« “Devenir autonome”, cela pourrait vouloir dire, aussi bien : apprendre à se battre dans la rue, à s’accaparer des maisons vides, à ne pas travailler, à s’aimer follement et à voler dans les magasins », pouvait-on lire dans L'insurrection qui vient (2007, La Fabrique). Apologie du désordre pour le désordre, esthétisation petite-bourgeoise de la violence, maquillage pseudo-révolutionnaire du pillage : les autonomes ont encouru les critiques d'une large majorité de la gauche, qui rappelle que « tout ce qui bouge n'est pas rouge ». Pour autant, cette nébuleuse n'a cessé de croître ces dernières années, agrégeant des individualités déçues par l'horizon des partis et syndicats traditionnels... jusqu'à déteindre sur les manifestations du dimanche 17 octobre ? Si elles ont été émaillées de multiples actions para-légales dépourvues de signification politique, d'autres ont été accompagnées de slogans, pratiques et références culturelles qui résonnent avec la culture des « autonomes ». Dans Le monde ou rien. Histoire du mouvement autonome en France (Cerf, 2025), Arthur Pouliquen revient sur cette mouvance. Dans cet extrait, rédigé il y a plus d'un an, il notait une démocratisation des pratiques « autonomes », aux dépens d'une cohérence, idéologique ou organisationnelle, de toutes manières refusée par le mouvement depuis ses prémices.
Lire plus (216 mots)
« “Devenir autonome”, cela pourrait vouloir dire, aussi bien : apprendre à se battre dans la rue, à s’accaparer des maisons vides, à ne pas travailler, à s’aimer follement et à voler dans les magasins », pouvait-on lire dans L'insurrection qui vient (2007, La Fabrique). Apologie du désordre pour le désordre, esthétisation petite-bourgeoise de la violence, maquillage pseudo-révolutionnaire du pillage : les autonomes ont encouru les critiques d'une large majorité de la gauche, qui rappelle que « tout ce qui bouge n'est pas rouge ». Pour autant, cette nébuleuse n'a cessé de croître ces dernières années, agrégeant des individualités déçues par l'horizon des partis et syndicats traditionnels... jusqu'à déteindre sur les manifestations du dimanche 17 octobre ? Si elles ont été émaillées de multiples actions para-légales dépourvues de signification politique, d'autres ont été accompagnées de slogans, pratiques et références culturelles qui résonnent avec la culture des « autonomes ». Dans Le monde ou rien. Histoire du mouvement autonome en France (Cerf, 2025), Arthur Pouliquen revient sur cette mouvance. Dans cet extrait, rédigé il y a plus d'un an, il notait une démocratisation des pratiques « autonomes », aux dépens d'une cohérence, idéologique ou organisationnelle, de toutes manières refusée par le mouvement depuis ses prémices.
« Les Palestiniens n’ont pas l’air si maigres sur les photos ». La formule, prêtée au conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et à l’émissaire Brett McGurk, résume à elle seule la façon dont l’administration Biden a géré, pendant quinze mois, le massacre de Gaza. Alors que les artisans de cette politique - Antony Blinken en tête - multiplient aujourd’hui les tournées médiatiques pour réécrire leur rôle dans le désastre, le journaliste Akbar Shahid Ahmed publie Crossing the Red Line (Norton and Company, 2026), une contre-enquête qui démonte un à un leurs éléments de langage. Washington, montre-t-il, a disposé dès les premières heures d’un levier réel sur Israël - preuve en a été faite quand Biden a dissuadé Netanyahou d’ouvrir un second front au Liban, dès le 11 octobre 2023. Mais ce levier, l’administration a choisi, à de multiples reprises et en toute connaissance de cause, de ne pas l’actionner : en laissant filer les chiffres de victimes civiles, en coupant les financements de l’UNRWA sur la foi d’accusations israéliennes non vérifiées, en laissant filer sans conséquence le franchissement de la « ligne rouge » de Rafah, en réprimant les mobilisations étudiantes plutôt que d’en écouter les alertes. Jusque dans ses derniers jours, l’exécutif démocrate a préféré enterrer les conclusions juridiques qui qualifiaient ces actes de crimes de guerre.
Lire plus (252 mots)
« Les Palestiniens n’ont pas l’air si maigres sur les photos ». La formule, prêtée au conseiller à la sécurité nationale Jake Sullivan et à l’émissaire Brett McGurk, résume à elle seule la façon dont l’administration Biden a géré, pendant quinze mois, le massacre de Gaza. Alors que les artisans de cette politique - Antony Blinken en tête - multiplient aujourd’hui les tournées médiatiques pour réécrire leur rôle dans le désastre, le journaliste Akbar Shahid Ahmed publie Crossing the Red Line (Norton and Company, 2026), une contre-enquête qui démonte un à un leurs éléments de langage. Washington, montre-t-il, a disposé dès les premières heures d’un levier réel sur Israël - preuve en a été faite quand Biden a dissuadé Netanyahou d’ouvrir un second front au Liban, dès le 11 octobre 2023. Mais ce levier, l’administration a choisi, à de multiples reprises et en toute connaissance de cause, de ne pas l’actionner : en laissant filer les chiffres de victimes civiles, en coupant les financements de l’UNRWA sur la foi d’accusations israéliennes non vérifiées, en laissant filer sans conséquence le franchissement de la « ligne rouge » de Rafah, en réprimant les mobilisations étudiantes plutôt que d’en écouter les alertes. Jusque dans ses derniers jours, l’exécutif démocrate a préféré enterrer les conclusions juridiques qui qualifiaient ces actes de crimes de guerre.
467 voix pour, 87 contre : le 10 août dernier, le Parlement turc a voté à une majorité écrasante la loi censée solder, après quatre décennies de guerre, le conflit entre l’État et la guérilla kurde du PKK. Libération conditionnelle des militants emprisonnés, désarmement déjà engagé, reconnaissance d’Abdullah Öcalan comme interlocuteur incontournable : le processus engagé par la coalition Erdoğan-Bahçeli avance à un rythme que personne n’aurait anticipé voilà deux ans. Mais la même main qui desserre l’étau sur le mouvement kurde le resserre sur l’opposition turque : depuis l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, des dizaines d’édiles du CHP ont été destitués ou emprisonnés, selon des méthodes d’abord éprouvées contre les municipalités kurdes. Loin d’annoncer une démocratisation du pays, la pacification en cours pourrait bien signer une nouvelle configuration de l’autoritarisme d’Erdoğan. Décryptage par Ertuğrul Kürkçü, traduction par Alexandra Knez.
Lire plus (170 mots)
467 voix pour, 87 contre : le 10 août dernier, le Parlement turc a voté à une majorité écrasante la loi censée solder, après quatre décennies de guerre, le conflit entre l’État et la guérilla kurde du PKK. Libération conditionnelle des militants emprisonnés, désarmement déjà engagé, reconnaissance d’Abdullah Öcalan comme interlocuteur incontournable : le processus engagé par la coalition Erdoğan-Bahçeli avance à un rythme que personne n’aurait anticipé voilà deux ans. Mais la même main qui desserre l’étau sur le mouvement kurde le resserre sur l’opposition turque : depuis l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem İmamoğlu, des dizaines d’édiles du CHP ont été destitués ou emprisonnés, selon des méthodes d’abord éprouvées contre les municipalités kurdes. Loin d’annoncer une démocratisation du pays, la pacification en cours pourrait bien signer une nouvelle configuration de l’autoritarisme d’Erdoğan. Décryptage par Ertuğrul Kürkçü, traduction par Alexandra Knez.