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16.09.2026 à 06:00

France - Algérie. « Un lien direct, charnel, familial »

Jean-Pierre Séréni

En France, l'Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l'écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant. Quelque neuf millions d'habitants vivant dans l'Hexagone ont un lien avec l'Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois (…)

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Texte intégral (761 mots)

En France, l'Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l'écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant.

Quelque neuf millions d'habitants vivant dans l'Hexagone ont un lien avec l'Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois générations ont eu à un moment de leur vie un attachement plus ou moins fort avec l'autre rive. Si la majorité a souvent oublié, il reste néanmoins trois à quatre millions qui « entretiennent un lien direct, charnel, familial » avec l'Algérie.

Dans La Part algérienne de la France, Karim Amellal, écrivain franco-algérien et ancien ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée (2020-2025), déconstruit, chapitre après chapitre, des convictions largement répandues dans l'opinion métropolitaine et montre l'intimité de la relation franco-algérienne.

Non, la Guerre d'indépendance algérienne n'est pas passée : ni chez ceux pour qui le 18 mars 1962 marque une défaite de la France ni chez les descendants des militants du Front de libération nationale (FLN) pour qui c'est le jour de la libération du joug colonial.

Les relations entre Paris et Alger ne sont pas qu'une affaire politique et concernent également la vie quotidienne d'Algériens et de Franco-Algériens qui travaillent, élèvent leurs enfants, partagent les épreuves du peuple français — du COVID au chômage et à la canicule —, fréquentent les consulats et trop souvent font les frais de crises qui les oublient.

Une diaspora hétérogène

Contrairement aux hallucinations de certains responsables politiques et de médias mal intentionnés, la diaspora algérienne ne constitue pas « un bloc compact et homogène ». Au contraire, elle se diversifie socialement et culturellement. Génération après génération, ses enfants, à force de ténacité et d'endurance, font des études supérieures — la moitié des plus jeunes est diplômée de l'enseignement supérieur et occupe des emplois qualifiés ou indispensables. Où en seraient les hôpitaux français, déjà bien malades, sans les quelque 6 000 médecins venus d'Algérie et les dizaines de milliers d'infirmiers et d'infirmières qui les secondent ?

En Algérie, les classes moyennes continuent à parler français, et la population suit avec passion la vie politique dans l'Hexagone — même si la normalisation diplomatique de la Ve République ne la mobilise plus comme il y a vingt ans au moment du voyage triomphal de Jacques Chirac à Alger en pleine guerre d'Irak1.

Enfin, les tenants d'une ligne dure vis-à-vis du régime autoritaire d'Alger, qui se recrutent très à droite et à l'extrême droite, ne réussissent le plus souvent qu'à souder la population et le régime. Un exploit !


1Le voyage a eu lieu en mars 2003. Des milliers d'Algérois étaient alors descendus dans la rue pour soutenir Jacques Chirac dans son opposition à la guerre contre l'Irak menée par les États-Unis. Lors de ce séjour, Jacques Chirac avait rendu au président algérien Abdelaziz Bouteflika le sceau du dey d'Alger que celui-ci avait remis en 1830 aux autorités françaises, marquant ainsi le début de la colonisation.

15.09.2026 à 06:00

Israël. La marche vers l'expulsion des Palestiniens

Amira Hass

Amira Hass est une journaliste israélienne installée depuis vingt ans à Ramallah, en Cisjordanie. Dans une tribune publiée dans Haaretz le 1er septembre, elle explique qu'à Gaza, en Cisjordanie et en Israël même, le mécanisme visant à rendre la vie des Palestiniens impossible est déjà en marche. Et prépare le terrain à une expulsion massive. Nous la publions ici. Dans une interview accordée au quotidien Israel Hayom le 28 août, Gadi Eisenkot, favori des élections générales du 27 octobre (…)

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Texte intégral (1872 mots)

Amira Hass est une journaliste israélienne installée depuis vingt ans à Ramallah, en Cisjordanie. Dans une tribune publiée dans Haaretz le 1er septembre, elle explique qu'à Gaza, en Cisjordanie et en Israël même, le mécanisme visant à rendre la vie des Palestiniens impossible est déjà en marche. Et prépare le terrain à une expulsion massive. Nous la publions ici.

Dans une interview accordée au quotidien Israel Hayom le 28 août, Gadi Eisenkot, favori des élections générales du 27 octobre prochain et chef du parti Yashar (centre) a déclaré : « Ceux qui envisagent une solution à deux États après le 7 octobre se font tout simplement des illusions. » Mais sa position, en fin de compte, n'a aucune importance. Ce qui est en jeu aujourd'hui, ce n'est pas une « solution diplomatique », mais l'existence même du peuple palestinien entre le Jourdain et la Méditerranée. Les forces israéliennes qui s'efforcent de les « effacer » ne connaissent ni limites ni contraintes. Leurs partisans sont trop nombreux pour que nous puissions nous fier uniquement à la fermeté et au soumoud1 d'un peuple qui a déjà subi les plans d'expulsion mis en œuvre par Israël.

Le monde reste impassible. La gauche est minuscule, faible et aphone à force de lancer des avertissements. L'opposition anti-Nétanyahou oscille entre minimisation du danger, indifférence et soutien sans réserve à l'expulsion. Les condamnations sporadiques, principalement suscitées par une publication sur X, le 13 août, de l'ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, à propos du siège de trois maisons de Qusra par plusieurs dizaines de colons sionistes religieux — « Les actions de ceux derrière cet acte de terreur horrible, visant à intimider et à harceler cette famille, sont répugnantes » —, sont aussi efficaces qu'un tamis sous une averse. Les « phalangistes » juifs attaquent constamment et partout, pas seulement à Qusra.

Le débat sur un État, deux États ou une fédération est plus théorique que jamais. Toute solution consensuelle exige d'abord la reconnaissance du problème et une définition claire de celui-ci. Trop de Juifs en Israël ont été conditionnés à croire que le problème réside dans la présence même, sur cette terre, d'un peuple palestinien enraciné, bénéficiant d'une continuité historique et économique, d'un patrimoine culturel et matériel, d'un riche héritage agricole et d'un profond attachement à sa patrie.

Effacer tout un peuple

« L'effacement » est la solution cauchemardesque qui se concrétise chaque jour davantage. Lois de la Knesset, déclarations politiques, ordres militaires, manuels scolaires et sacro-saints bataillons immobiliers opérant à Gaza, en Cisjordanie et dans le Néguev, tous œuvrent, ensemble et séparément, à la mise en œuvre de cette « solution » avec diligence et sans crainte de condamnation internationale.

Après les avoir privés de conditions de vie digne, la politique israélienne vise à rendre la vie insupportable aux Palestiniens où qu'ils soient, afin que leur départ puisse être présenté comme volontaire, et non comme une expulsion. En Israël même, les autorités laissent carte blanche aux organisations criminelles arabes pour s'armer et tuer des citoyens palestiniens chez eux. En Cisjordanie, ces mêmes autorités israéliennes donnent carte blanche aux « bataillons de Dieu » pour s'armer, tuer et expulser, tandis que l'armée officielle poursuit ses raids jour et nuit. À Gaza, dévastée et assoiffée, le gouvernement et l'armée alimentent des milices armées de collaborateurs criminels, tandis que les pilotes israéliens continuent de lancer des missiles de représailles qui fauchent la vie d'encore plus d'enfants. Toutes ces viriles démonstrations de force sont liées entre elles.

Dans le même temps, Israël détruit ou restreint considérablement la capacité des Palestiniens à gagner leur vie. À Gaza, cette mission est accomplie. Une population de deux millions de « morts-vivants » dépendants de l'aide humanitaire — portant le poids de quelque 74 000 tombes récentes, de familles et de souvenirs, de talents et de professions, et d'économies anéanties — est entassée sur environ 150 kilomètres carrés de terre brûlée. La créativité, l'ingéniosité et l'entraide sont étouffées par l'ampleur de la destruction et par l'interdiction faite par Israël de reconstruire et de se relever.

En Cisjordanie, l'étau économique du ministère des finances se resserre autour d'environ trois millions de personnes et de l'Autorité palestinienne. Le détournement systématique des recettes est aggravé par les campagnes de destruction menées par l'armée dans les villes et les camps de réfugiés, ainsi que par d'autres méthodes employées pour empêcher les Palestiniens de cultiver et de développer leurs terres : points de contrôle, interdictions bureaucratiques, clôtures et présence de bergers juifs israéliens.

En Israël même, la « judaïsation de la Galilée et du Néguev » était et demeure un euphémisme pour désigner le vol des terres et des ressources aux citoyens palestiniens d'Israël. Les discriminations à leur encontre en matière d'attribution de terres, de subventions et d'emploi, ainsi que les interdictions de construire et les démolitions, ont toujours occupé une place prépondérante dans la politique officielle menée de l'autre côté de la Ligne verte.

« Une terre débarrassée des Arabes »

Je le répète : l'existence même du peuple palestinien entre la mer et le Jourdain est aujourd'hui menacée. Trop de forces agissantes contribuent à ce danger : la puissance et les capacités militaires d'Israël ; le culte du service militaire en toutes circonstances et sous tous les gouvernements ; l'obéissance érigée en valeur ; le recours systématique aux armes et aux attaques militaires ; la banalisation du syndrome de stress post-traumatique et des suicides chez les soldats ; l'attrait d'une carrière militaire et les opportunités qu'elle offre ; la tentation d'une villa abordable dans une communauté exclusive de Galilée ou dans une banlieue de colons en Samarie ; les mensonges de la propagande officielle et officieuse ; l'indifférence face à l'enfer sur terre qu'Israël a créé dans la bande de Gaza ; le déni de soixante ans d'occupation et de domination par la force ; le réflexe pavlovien du « Mais le 7 octobre… » ; la synergie entre l'armée, le gouvernement, les rabbins et les milices portant la kippa en Cisjordanie ; l'indifférence face à la destruction du Liban ; le mépris pour l'occupation de nouvelles régions de Syrie ; la normalisation du discours sur l'expulsion ; les systèmes judiciaire et éducatif entachés de racisme tant laïque que religieux ; et l'armée de geôliers qui maltraitent des milliers de prisonniers palestiniens, sur ordre ou de leur propre chef.

Ensemble, ces forces — et d'autres similaires — créent au sein de la société juive israélienne l'infrastructure matérielle, idéologique et psychologique nécessaire à une nouvelle expulsion massive des Palestiniens et à ce qui pourrait l'accompagner : un massacre de masse. Les « héros » des milices de colons proclament ouvertement que l'expulsion est leur objectif. Ils reconnaissent clairement la disposition de larges pans de la société juive israélienne à y participer, activement ou passivement, directement ou indirectement. Par leurs provocations et crimes quotidiens, commis au grand jour et rendus possibles uniquement grâce à un soutien institutionnel, les « phalangistes » cherchent constamment à provoquer un acte de rage et de vengeance palestinien qui « réussisse » afin de l'instrumentaliser pour déclencher une nouvelle guerre sainte.

Les « phalangistes » juifs et les organisations de droite qui les alimentent comptent sur une mobilisation massive — incluant les dirigeants, électeurs et partisans de Yashar et du parti Les Démocrates (centre gauche) — en faveur d'une guerre qui pourrait déjà se résumer au slogan : « Un peuple, une armée, une terre débarrassée des Arabes ».


1NDLR. Le terme soumoud n'a pas d'équivalent exact en français. Il renvoie au fait de tenir bon dans la résistance.

15.09.2026 à 06:00

Génocides et crimes de masse : quelle réponse internationale ?

Agnès Callamard, Sarra Grira, Jean-François Corty, Johann Soufi

Dans le cadre de l'évènement La Fabrique de la Diplomatie organisé par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères les 4 et 5 septembre, Orient XXI a participé à la table ronde « Génocides et crimes de masse : quelle réponse internationale ? » Épuration ethnique, crimes de guerre, génocide, autant de termes qui traduisent des réalités humaines et juridiques différentes sujettes à controverses politiques. Dans les multiples conflits actuels aux relais médiatiques inégaux où (…)

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Images et montage : David Even.

Dans le cadre de l'évènement La Fabrique de la Diplomatie organisé par le ministère de l'Europe et des affaires étrangères les 4 et 5 septembre, Orient XXI a participé à la table ronde « Génocides et crimes de masse : quelle réponse internationale ? »

Épuration ethnique, crimes de guerre, génocide, autant de termes qui traduisent des réalités humaines et juridiques différentes sujettes à controverses politiques. Dans les multiples conflits actuels aux relais médiatiques inégaux où l'impunité règne et où l'aide est considérée comme une variable d'ajustement, quels sont les leviers du droit international pour prévenir, empêcher et condamner ces drames ? Quels sont les obligations des États et l'espace interventionnel possible des ONG humanitaires et de défense des droits Humains à l'heure où une offensive anti-droits s'accélère, y compris au sein des démocraties occidentales ?

Avec Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, chercheur associé à l‘IRIS ; Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International ; Johann Soufi, juriste international, travaille depuis près de vingt ans pour des juridictions internationales et des mécanismes d'enquête de l'ONU, sur de nombreux terrains de crise à travers le monde.
Modération par Sarra Grira, rédactrice en chef d'Orient XXI.

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