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14.10.2026 à 06:00

Palestine. Qibya, anatomie d'une tuerie et d'un déni israélien

Raphael Mimoun

Le 14 octobre 1953, Israël organise un raid sur le village palestinien de Qibya. Il commet alors son premier meurtre de masse d'État. Négation, manipulation des faits, création de groupes d'influence pro-israéliens : ce massacre annonçait déjà beaucoup de l'histoire de la violence à venir. « C'est Bibi [Benyamin Nétanyahou], pas Israël », disent les sionistes libéraux lorsqu'ils sont confrontés à la destruction de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Alors que la plupart des Juifs en Israël (…)

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Texte intégral (3989 mots)

Le 14 octobre 1953, Israël organise un raid sur le village palestinien de Qibya. Il commet alors son premier meurtre de masse d'État. Négation, manipulation des faits, création de groupes d'influence pro-israéliens : ce massacre annonçait déjà beaucoup de l'histoire de la violence à venir.

« C'est Bibi [Benyamin Nétanyahou], pas Israël », disent les sionistes libéraux1 lorsqu'ils sont confrontés à la destruction de Gaza depuis le 7 octobre 2023.

Alors que la plupart des Juifs en Israël croient sincèrement que la guerre d'Israël contre Gaza est juste, les sionistes libéraux répondent à une équation contradictoire : désavouer les actions israéliennes dans l'enclave tout en continuant de défendre la légitimité de l'État d'Israël. Et pour absoudre Israël et le sionisme de la destruction de Gaza, Benyamin Nétanyahou est la figure idéale. Selon le refrain habituel, le problème n'est pas le sionisme, mais une version du sionisme corrompue par des extrémistes messianiques. En d'autres termes, ce que l'armée israélienne fait à Gaza depuis le 7 octobre ne représente pas le « vrai » Israël.

L'histoire prouve pourtant le contraire : le meurtre indiscriminé de civils palestiniens est indissociable du sionisme depuis au moins 1948. Le massacre de Qibya en 1953 en est une démonstration implacable.

Dans cette période, plusieurs attaques sont menées par des Palestiniens ayant été chassés de leur territoire lors de la guerre de 1948. En représailles à l'une d'elles, l'armée israélienne planifie un raid meurtrier sur le village de Qibya, en Cisjordanie, et assassine des innocents.

Ce crime de masse est la preuve que le génocide à Gaza advient dans la continuité de l'histoire israélienne depuis son origine et qu'il n'y a, entre la destruction de Gaza et les politiques sionistes du passé, qu'une différence de degré et non de nature.

Une extermination systématique

Le début des années 1950 est le terrain des répercussions de la guerre de 1948, au cours de laquelle plus de 700 000 Palestiniens sont chassés de leurs villages – ainsi que le démontrent des documents déclassifiés de l'armée israélienne –, leur territoire annexé formant les nouveaux contours de l'État israélien. De nombreuses familles palestiniennes tentent de revenir dans leur maison, reprendre leurs moissons, la culture de leurs terres. Elles en sont empêchées par Israël. David Ben Gourion, le père fondateur de l'État et premier ministre d'Israël, déclare sans ambiguïté en avril 1949 que « la position du gouvernement est qu'ils ne doivent pas revenir2 ».

Des milliers de Palestiniens traversent la ligne verte3 depuis le Liban, la Cisjordanie (sous contrôle jordanien) et Gaza (sous contrôle égyptien) vers le territoire désormais contrôlé par Israël. Yael Vered, une haute fonctionnaire du ministère israélien des affaires étrangères écrit en mars 1953 que « l'infiltration est, dans la plupart des cas, le résultat de difficultés matérielles, d'une situation de séparation de la source de revenus (par exemple des champs du mauvais côté de la frontière) ou de membres de la famille4 ». Elle conclut : « Rares sont les cas où les objectifs délibérés sont le meurtre et la vengeance. »

Les accrochages et confrontations militaires entre les combattants palestiniens et l'armée israélienne sont alors fréquents. Entre janvier et août 1953, les attaques menées par les Palestiniens causent la mort de trois civils israéliens. Le 13 octobre, des combattants palestiniens traversent la frontière depuis la Jordanie et attaquent la colonie israélienne de Yehoud, à 15 kilomètres à l'est de Tel-Aviv. Une mère et ses deux enfants sont tuées. Le prénom de la petite fille, Shoshana, sera repris pour désigner le raid militaire israélien lancé dès le lendemain.

À la traque des auteurs des attaques, Ben Gourion, au cours d'une réunion avec le ministre de la défense Pinhas Lavon, le chef d'état-major Mordehaï Makleff et l'officier en chef des opérations Moshe Dayan, préfère la vengeance et la dissuasion immédiates. Il cible le village de Qibya, 2 000 habitants, pourtant sans lien apparent avec l'attaque de la veille.

La nuit du 14 octobre, 103 soldats d'un bataillon de parachutistes et 20 de l'unité 101, une unité spéciale de l'armée fondée et commandée par le futur premier ministre Ariel Sharon, fondent sur le village. Ils ont reçu l'ordre « d'attaquer et d'occuper temporairement le village, de faire un maximum de destruction et de morts, dans l'objectif de chasser les villageois de leurs maisons ». Bilan : 69 villageois sont assassinés, dont une majorité de femmes et d'enfants, 45 maisons, une école et une mosquée sont détruites.

Les diplomates états-uniens en poste à Amman rapportent5 sans ambiguïté les événements à leur administration : « Les Israéliens ont systématiquement exterminé les personnes dans les maisons avant de les faire exploser. » Un télégramme de leurs homologues à Tel-Aviv indique que l'armée israélienne avait « ouvert le feu sur tous les bâtiments, tiré à travers portes et fenêtres, jeté des grenades dans les bâtiments et criblé de balles tout villageois tentant de s'enfuir ».

Le « vrai » Israël

En dépit de quelques voix dissidentes, la classe politique et militaire israélienne, avec à sa tête David Ben Gourion et le futur chef d'état-major Moshe Dayan, soutient la logique de représailles à grande échelle visant à soumettre par la violence toute résistance palestinienne. S'inscrivant dans une recherche de paix durable, sans toutefois remettre en question aucune orientation fondamentale de la politique israélienne, le ministre des affaires étrangères Moshe Sharett plaide, lui, pour des opérations militaires ciblées associées à une action diplomatique. Les voix minoritaires comme la sienne sont systématiquement marginalisées ou ignorées. Alors même que Sharett est à ce moment-là premier ministre par intérim, il n'est pas invité à prendre part aux discussions qui mèneront à l'opération militaire contre le village de Qibya.

La condamnation internationale du massacre de Qibya est unanime. En Jordanie, de grandes mobilisations populaires appellent à des représailles. L'Irak propose de déployer des troupes en Cisjordanie. Le Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) condamne Israël, tandis que les États-Unis gèlent leurs versements d'aide à l'État israélien. La Grande-Bretagne envisage de déployer des troupes pour rassurer la Jordanie. Le vice-chef d'état-major impérial déclare que les Britanniques « ne [souhaitent] pas combattre les Israéliens », mais devront « manifestement le faire s'ils mènent une attaque directe sur la Jordanie ».

Face à cette crise diplomatique, Israël prend la décision de mentir. Sur l'insistance de Ben Gourion, les diplomates israéliens annoncent que le massacre n'a pas été commis par l'armée mais par des civils israéliens d'une colonie voisine, dont « la patience avait atteint ses limites », appuie Ben Gourion dans un discours radiodiffusé6. « Une enquête est en cours, mais il ne fait aucun doute que pas une seule des unités de l'armée ne se trouvait hors de sa base la nuit de l'attaque de Qibya », assène-t-il.

Y compris parmi les alliés d'Israël, bien peu d'acteurs internationaux croient à cette version. La manipulation des faits n'est pas une nouveauté pour le gouvernement israélien. En 1948, l'expulsion de 700 000 Palestiniens avait été documentée par l'armée elle-même, ce qui n'avait pas empêché Israël d'affirmer sans relâche que les réfugiés palestiniens étaient partis volontairement, et que l'État israélien n'en portait aucune responsabilité.

Au fil du temps, les mensonges de ce type allaient devenir un trait caractéristique des relations publiques israéliennes face aux critiques extérieures.

Qibya n'est ni le premier ni le dernier des massacres commis par Israël à cette époque. Mais c'est la première fois qu'un meurtre de masse est perpétré par les forces armées officielles israéliennes sur ordre explicite des dirigeants de l'État. Les précédents massacres de cet ordre, comme celui de l'hôtel King David à Jérusalem en 1946 ou celui du village de Deir Yassin en 1948, avaient été le fait de groupes paramilitaires sionistes7.

La coalition au pouvoir au moment du massacre était dirigée par le Mapaï (Parti des travailleurs de la terre d'Israël, devenu en 1968 le Parti travailliste), qui dominait le Yishouv juif d'avant 1948 et la politique israélienne des trois premières décennies. Le gouvernement avait à sa tête David Ben Gourion et comptait des ministres comme Moshe Sharett, Golda Meir et Levi Eshkol. Tous trois passeront par le poste de premier ministre au cours des années suivantes. Moshe Dayan, aujourd'hui vénéré comme héros militaire, était alors le chef des opérations de l'armée et sera nommé chef d'état-major à peine deux mois après le massacre de Qibya. Ariel Sharon, qui deviendra premier ministre un demi-siècle plus tard, était à la tête de l'unité qui avait perpétré le massacre. Ceux qui ont approuvé, planifié et commis le massacre de Qibya ne sauraient mieux représenter cet Israël idéalisé des premières années.

L'unité avant tout

Si le massacre de Qibya a été condamné à l'international, il en a été autrement à l'échelle du pays. La presse et les partis politiques ont exprimé un soutien quasi unanime à l'opération des forces armées israéliennes.

À l'exception du quotidien antisioniste Kol Ha'am, détenu par le Maki, le parti communiste, qui titre « Meurtre de masse commis dans le village arabe de Qibya », tous les grands journaux israéliens reprennent le récit du gouvernement, des médias proches de la droite ultraorthodoxe et nationaliste aux journaux indépendants, centristes ou de gauche comme Haaretz et Davar.

Dans les jours et les semaines qui suivent Qibya, aucun d'entre eux n'emploie le mot « massacre », préférant parler d'« incident » ou d'« événement ». La plupart, après avoir timidement déploré les « malheureuses pertes en vies humaines », désignent les gouvernements arabes ou occidentaux comme véritables responsables du massacre pour n'avoir pas su contenir les « infiltrations ». Les rares critiques de l'opération militaire ont trait à ses conséquences néfastes pour l'image d'Israël à l'étranger. Francis Evans, ambassadeur britannique à Tel-Aviv, frappé par l'ampleur de l'adhésion populaire à l'attaque de Qibya, commente ainsi la situation : « Le gouvernement d'Israël a rarement reçu un soutien aussi unanime de la part de la presse israélienne que lors de cet événement particulièrement indigne. »

Le cas de Moshe Sharett est des plus révélateurs. Bien qu'il manifeste une forte réprobation, écrivant dans son journal8 : « Le fait que nous soyons capables d'une telle tuerie restera gravé dans les mémoires et ne s'effacera pas. Ce fait ne pourra pas être retiré », il finit par se ranger à la ligne officielle. Il sera même un infatigable défenseur d'Israël durant la crise diplomatique de Qibya.

Cette position, qui consiste à désapprouver l'action d'Israël sur le plan moral tout en continuant de le défendre, est la norme chez les sionistes libéraux en Israël. Mapam, le parti sioniste le plus à gauche du spectre politique israélien (et prédécesseur du parti Meretz) réduit également ses critiques au strict minimum, se concentrant sur le risque que le massacre puisse donner aux « ennemis d'Israël une excuse pour présenter les victimes comme des agresseurs9 ».

Rose Halprin, ancienne dirigeante de Hadassah, puissante organisation féminine sioniste aux États-Unis, déclare que l'attaque « [est] à l'opposé de la force éthique et morale de [la] tradition [juive]. Il ne se [trouve] pas un sioniste ni un juif qui ne [soit] mortellement blessé par Qibya10 ». La force de cette réaction s'inscrit dans la tradition de défense par les juifs états-uniens du libéralisme politique et des droits humains aux États-Unis et à l'étranger.

Mais comme leurs homologues en Israël, les sionistes libéraux états-uniens se rallient à la défense d'Israël. Une délégation de notables juifs, dont Maxwell Abbell, président d'United Synagogue of America, et Philip Klutznick, président de la branche internationale du B'nai B'rith, la plus ancienne organisation juive états-unienne, rencontre rapidement des responsables du Département d'État pour tenter de mettre fin au gel de l'aide à Israël. L'ampleur de la crise diplomatique entraîne la création de nouvelles organisations juives pour mieux défendre les intérêts d'Israël, dont l'American Zionist Committee for Public Affairs (AZCPA) qui deviendra plus tard l'American Israel Public Affairs Committee (Aipac), incontournable groupe de pression pro-israélien aux États-Unis. On peut considérer que Qibya a constitué la genèse du lobby pro-israélien aux États-Unis tel que nous le connaissons aujourd'hui.

De Qibya à Gaza

Bien qu'en petit nombre, des juifs et des juives se sont levés contre la sauvagerie exercée par l'armée israélienne à Qibya. Yeshayahou Leibowitz, intellectuel israélien et juif orthodoxe, a désigné Qibya comme « une punition massive et cruelle de personnes innocentes pour un crime commis par d'autres11 » et s'est interrogé sur « ce qui avait pu donner naissance à cette génération de jeunes qui n'éprouvaient aucune inhibition ni aucun remords en commettant une telle atrocité ». Isaac Steinberg − un territorialiste qui avait, durant l'Holocauste, cherché un refuge pour les juifs ailleurs qu'en Palestine − a condamné le massacre, mais aussi « la réaction indifférente ou satisfaite à cet événement de la part de la population juive en Israël12 ». Il a ajouté que l'événement « avait été rendu “casher” en mobilisant tous les arguments stratégiques, politiques et sentimentaux possibles », et que « la question morale avait été totalement ignorée ».

Les mots de Steinberg sonnent plus juste que jamais devant l'indéfectible soutien des sionistes libéraux à Israël depuis le 7 octobre 2023, alors que leurs arguments − en premier lieu celui consistant à dénoncer Nétanyahou et sa coalition d'extrême droite – sonnent tout aussi creux aujourd'hui qu'en 1953.


1À titre d'exemples, non exhaustifs : l'auteur et journaliste Yossi Klein Halevi, qui écrit dans « Our season of reckoning : Israel's moral crossroads in Gaza », The Times of Israel, le 7 septembre 2025 : « Le gouvernement Nétanyahou, une coalition de fanatiques et de corrompus, déshonore l'État juif » ; le sénateur démocrate juif Chuck Schumer, qui déclare dans le Boston Globe le 14 mars 2024 : « En conséquence, [Nétanyahou] a trop volontiers toléré le bilan humain civil à Gaza, ce qui fait chuter le soutien à Israël dans le monde entier à des niveaux historiquement bas » ; J Street, le lobby « progressiste » pro-israélien, qui reste sur son site résolument sioniste malgré ses critiques récurrentes de Nétanyahou et de « sa guerre » à Gaza.

2Cité dans Tom Segev, 1949 : The First Israelis, Free Press, 2018)

3Ligne d'armistice de 1949 conclue entre Israël d'une part, et la Syrie, le Liban, la Transjordanie et l'Égypte d'autre part, à l'issue de la guerre de 1948.

4Citée par Benny Morris dans Israel's Border Wars 1949-1956 : Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Oxford University Press, 1993.

5Ibid, p. 247.

6Repris par Moshe Sharett dans son journal, cité dans « The 1953 Qibya Raid Revisited : Excerpts from Moshe Sharett's Diaries », Journal of Palestine Studies, vol. 31, 2002.

7L'Irgoun, dirigé par Menahem Begin (qui sera premier ministre de 1977 à 1983) rejoint pour le second par le Lehi.

8Lire « Le Raid de 1953 sur Qibya », extraits du journal de Moshe Sharett commentés par Walid Khalidi et annotés par Neil Caplan, disponible en ligne.

9Benny Morris, « The Israeli Press and the Qibya Operation, 1953 », Journal of Palestine Studies, vol. 25, 1996.

10Benny Morris, Israel's Border Wars 1949-1956 : Arab Infiltration, Israeli Retaliation, and the Countdown to the Suez War, Oxford University Press, 1993.

11Yeshayahou Leibowitz, Judaism, Human Values, and the Jewish State, Harvard University Press, 1995.

12Gur Alroey, Zionism Without Zion, Wayne State University Press, 2016.

13.10.2026 à 06:00

Iran. La logique civilisationnelle de Marco Rubio

Marmar Kabir

Sept mois après le début de la guerre israélo-états-unienne contre l'Iran, les objectifs initialement proclamés par Washington ont changé et le conflit s'installe dans la durée. À Athènes, le secrétaire d'État a convoqué le roi perse Xerxès, l'Acropole et la grandeur de l'Occident. Un déplacement vers un discours civilisationnel qui dit à la fois l'épuisement du récit de guerre initial et le poids plus marqué des néo-conservateurs dans l'entourage de la Maison Blanche. Le 7 octobre 2026, (…)

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Texte intégral (2548 mots)

Sept mois après le début de la guerre israélo-états-unienne contre l'Iran, les objectifs initialement proclamés par Washington ont changé et le conflit s'installe dans la durée. À Athènes, le secrétaire d'État a convoqué le roi perse Xerxès, l'Acropole et la grandeur de l'Occident. Un déplacement vers un discours civilisationnel qui dit à la fois l'épuisement du récit de guerre initial et le poids plus marqué des néo-conservateurs dans l'entourage de la Maison Blanche.

Le 7 octobre 2026, depuis le Pnyx, face à l'Acropole, le secrétaire d'État Marco Rubio, en visite officielle en Grèce, a construit tout le déroulé de son discours, en hommage à la civilisation grecque et – par extension – à la civilisation occidentale, autour d'une scène de l'histoire ancienne. En 480 avant notre ère, les armées perses du roi Xerxès entrent à Athènes, mettent le feu aux sanctuaires et rasent l'Acropole. Mais plus tard, avec le retour des Athéniens, la ville est reconstruite, le Parthénon est érigé. Il traverse vingt-cinq siècles, tandis que des empires « se sont dressés puis sont tombés », et que les « fils d'Athènes et de Rome » ont assuré la continuité d'une civilisation occidentale appelée à retrouver sa puissance. Rubio part de l'exemple athénien, mobilise pêle-mêle Alexandre, César, Charlemagne et Hernán Cortés, pour ensuite célébrer le nationalisme conquérant de l'Occident. Dans son allocution, les États-Unis incarnent la transformation d'une république côtière en « empire continental », louant une philosophie politique de la puissance, présentée comme héritage naturel de l'Occident.

Évidemment, le secrétaire d'État ne dit pas explicitement que l'Iran de 2026 est la Perse de Xerxès. Mais dans le contexte d'une guerre menée depuis le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran, le choix de cette scène n'est pas neutre. Il transforme cette agression en épisode d'affrontement civilisationnel. À ses yeux, l'Occident qu'il considère comme un héritier exclusif d'Athènes doit être défendu aujourd'hui avec la même ardeur que celle-ci l'a été dans l'Antiquité.

Un raccourci historique

Sur le site d'information iranien Entikhab, Touraj Daryaee, historien spécialiste de l'Iran ancien, a répondu à ce discours1 en rappelant que l'incendie d'Athènes ne surgit pas dans un vide historique : en 498 avant notre ère, pendant la révolte ionienne, les insurgés, soutenus par Athènes et Erétrie, attaquent Sardes, capitale de la satrapie perse de Lydie et y mettent le feu, détruisant ainsi une partie importante de la ville. Daryaee retourne ensuite la perspective : sur les deux derniers siècles, écrit-il, ce sont essentiellement la Grande-Bretagne et les États-Unis qui ont projeté leur puissance vers l'Est, ont colonisé des territoires et imposé leur présence militaire. Il ajoute enfin que l'opposition simpliste entre « Orient » et « Occident » que pose Marco Rubio est anachronique : l'empire achéménide comptait de nombreux sujets et soldats de langue grecque.

Sur le premier point, Encyclopaedia Iranica confirme l'élément essentiel : Athènes envoie vingt navires aux Ioniens et Erétrie cinq. L'expédition prend Sardes en 498. L'incendie détruit notamment le sanctuaire de Cybèle. Athènes n'a pas à elle seule brûlé Sardes, mais sa participation à l'expédition est attestée, et l'épisode appartient bien à la chaîne d'événements qui précède les guerres médiques (de 499 à 449 avant notre ère).

Sur le second point, l'Iran n'a pas été une colonie occidentale au sens juridique classique de l'Inde britannique ou de l'Algérie française. Mais son histoire moderne est traversée par des mécanismes de domination impériale très concrets. En 1901, la concession D'Arcy avait déjà accordé à William Knox D'Arcy, un entrepreneur britannique, des droits exclusifs sur la recherche, l'exploitation et l'exportation du pétrole dans l'essentiel du territoire iranien pour soixante ans. Le symbole le plus important de l'impérialisme britannique et états-unien dans la mémoire politique iranienne reste le coup d'État de 1953. Après la nationalisation de l'industrie pétrolière, le premier ministre Mohammad Mossadegh est renversé le 19 août. Dans les décennies suivantes, les forces armées du shah sont organisées dans le cadre d'une « relation spéciale » avec Washington, avec missions de formation, groupes de conseil, assistance technique et achats massifs d'armes états-uniennes. C'est dans ce sens précis qu'on peut parler de néocolonialisme : non pas la conquête militaire ou l'administration directe d'un territoire, mais un système dans lequel la souveraineté formelle subsiste tandis que le pétrole, la sécurité, le financement et les choix politiques sont durablement structurés par des puissances extérieures.

Les hordes venues d'Orient

Marco Rubio sait-il que cet héritage grec qu'il tient tellement à célébrer n'a été transmis à l'Occident que par le truchement d'échanges et de circulations avec cet « Orient » honni ? Une part essentielle des textes philosophiques, médicaux et scientifiques grecs a été préservée, traduite, commentée et enrichie par les savants arabes et persans du monde musulman, avant d'être transmise à l'Europe latine. Aristote, Galien, Ptolémée ou Euclide ont ainsi circulé à travers des traditions intellectuelles auxquelles ont contribué Avicenne, Al-Razi, Al-Farabi ou Averroès, dont les travaux ont également nourri l'Europe médiévale. Les mondes byzantin, latin, arabe et persan se sont influencés mutuellement au fil des traductions, des controverses et des échanges, bien loin de l'axe occidental Athènes – Rome – Washington que le secrétaire d'État trace en toute ignorance.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que les guerres menées par Xerxès et ses armées sont utilisées par une rhétorique anti-iranienne, s'inscrivant dans le cadre fantasmé d'un affrontement civilisationnel. En 2007, le film de Zack Snyder 300, qui évoque la bataille d'une poignée de Spartiates conduits par Léonidas contre l'armée du roi des Perses, a représenté « pour une partie du public américain […] une revanche sur le 11 septembre, une manière d'affirmer la supériorité des États-Unis sur les hordes islamiques qui menacent la civilisation »2. Au-delà du raccourci historique, le secrétaire d'État s'inscrit dans une idéologie qui cimente la frange néo-conservatrice de la classe politique états-unienne depuis un quart de siècle. Celle-ci était déjà à l'œuvre dans le discours du vice-président J. D. Vance à la Conférence de sécurité de Munich, en février 2025 : le bras droit de Donald Trump y avait notamment appelé à « donner une nouvelle direction à notre civilisation commune ».

Une guerre aux objectifs incertains

Marco Rubio choisit de commencer son discours au moment historique qui l'arrange. Il prend l'incendie d'Athènes comme point de départ, ignore le précédent de Sardes. Puis il projette sur l'Antiquité une frontière civilisationnelle qui ressemble beaucoup trop à celle que Washington a exportée au début des années 2000, et vers laquelle tend à nouveau une partie de l'administration de Donald Trump.

Au début des bombardements sur l'Iran, le 28 février 2026, Washington et Tel-Aviv ont pourtant eu une rhétorique beaucoup plus contemporaine. Donald Trump a insisté sur l'interdiction absolue pour l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire et de conserver ses missiles balistiques, autant de menaces présentées comme imminentes. Dans le même mouvement, il a appelé les Iraniens à « reprendre » leur pays. Rapidement et d'un jour à l'autre, les objectifs ont varié : empêcher l'acquisition de la bombe, détruire les capacités militaires, obtenir une reddition, favoriser un changement de régime, puis, entre deux menaces, rechercher une sortie négociée.

En réalité, la menace nucléaire n'a jamais été aussi réelle que les déclarations états-uniennes le laissaient entendre. Trois jours avant l'offensive, l'agence Reuters a rappelé que les services de renseignement états-uniens continuent d'estimer que l'Iran ne construit pas activement une arme nucléaire et que son programme d'armement reste suspendu depuis 2003. Certes, l'enrichissement à 60 % et les stocks d'uranium constituaient bien un risque de prolifération sérieux. Mais Donald Trump n'avait fourni aucune preuve publique de son affirmation selon laquelle Téhéran avait relancé la construction d'une bombe après la guerre des 12 jours de juin 2025. Deux mois plus tard, en août 2025, une nouvelle évaluation du renseignement états-unien indiquait que le temps nécessaire à l'Iran pour fabriquer une arme, si une décision politique était prise en ce sens, n'avait pas changé de manière significative depuis les bombardements : autour d'un an, selon les sources citées par Reuters. Autrement dit, la guerre de juin 2025 n'avait pas, à ce stade, modifié l'estimation initiale qui avait servi de toile de fond au conflit.

Le changement de régime, pourtant affiché comme objectif assumé, s'est évaporé. Dès les premiers jours, des responsables états-uniens ont douté qu'il puisse advenir à court terme, la structure du pouvoir iranien ayant survécu au choc initial. Leur guerre cesse dès lors d'avoir une ligne d'arrivée identifiable.

Un récit de remplacement

Le 28 février 2026, quelques heures après le début des bombardements, l'école primaire Shajareh Tayyebeh, à Minab, dans la province d'Hormozgan, est touchée. Une enquête de l'agence Associated press (AP) a conclu qu'au moins un missile états-unien avait frappé l'établissement. Bilan : 168 morts parmi lesquels plus de 120 élèves. Des enseignants figurent également parmi les victimes, comme Nasim Neyestani, qui avait réussi à faire évacuer quatorze élèves de sa classe. Elle a été tuée avec les huit qui restaient. En septembre 2026, une mission internationale d'établissement des faits mandatée par le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a conclu qu'il existait des motifs raisonnables de croire que les États-Unis étaient derrière la frappe de Minab et celle d'un gymnase à Lamerd, qui a fait 21 morts. Ces attaques pouvaient, selon la mission, constituer des crimes de guerre faute de vérification suffisante des cibles et de précautions prises envers les civils. Des experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU ont par ailleurs indiqué avoir reçu des informations faisant état de milliers de civils tués au cours des bombardements qui ont eu lieu entre le 28 février et le 6 avril 2026, ainsi que de destructions d'infrastructures civiles critiques.

Sept mois après le 28 février, le conflit n'a plus rien de l'opération brève qui devait imposer un résultat décisif. Il pèse durablement sur le détroit d'Ormuz, les coûts du transport et de l'assurance, les prix de l'énergie et la politique intérieure états-unienne. Début octobre 2026, le cours du pétrole Brent évolue encore autour ou au-dessus de 100 dollars le baril (soit plus de 90 euros), tandis que la logistique pétrolière reste profondément perturbée. Le discours du président Trump oscille toujours entre les menaces de nouvelles frappes – qui attendront toutefois les élections de mi-mandat – et la promesse de discussions « productives » avec Téhéran. Entre-temps, une majorité d'États-Uniens désapprouve toujours sa gestion de la guerre et aucun plan clair de sortie n'a été présenté.

Le jour même du discours de Marco Rubio à Athènes, le vice-président J. D. Vance expliquait encore que l'Iran devait réduire de façon substantielle ses capacités d'enrichissement pour mettre fin à la guerre. C'est là le paradoxe final : après des mois de bombardements, on revient à la nécessité d'une négociation pour déterminer le niveau des stocks d'uranium, d'enrichissement, les garanties d'inspection. La guerre a détruit, tué, déplacé des lignes militaires et bouleversé les marchés. Mais elle n'a pas supprimé la nécessité d'un accord politique.

C'est dans cette impasse que le détour par Xerxès prend son sens politique. Pas comme justification juridique formelle, mais comme récit de remplacement. Lorsque l'imminence nucléaire reste non démontrée publiquement, que le changement de régime n'est plus une perspective crédible, que la guerre s'éternise et que Minab s'impose dans la mémoire du conflit, l'Antiquité offre une autre grammaire : celle de la dette historique, de la revanche civilisationnelle et d'un Occident condamné à se défendre éternellement contre l'Est, la tentation d'une vengeance historique imaginaire, où Xerxès devient l'ancêtre commode d'un ennemi contemporain.

Mais Athènes n'équivaut pas à un mandat de l'ONU. Xerxès n'est pas un casus belli. Et les enfants de Minab ne sont pas une note de bas de page de l'histoire occidentale.


1« Réponse du professeur Touraj Daryaee aux affirmations de Rubio : l'attaque de Xerxès contre Athènes était une punition pour l'incendie de Sardes », 9 octobre 2026.

2Alain Gresh, « 300, la bataille des Thermopyles, Hollywood et le choc des civilisations », Nouvelles d'Orient, 26 mars 2007.

12.10.2026 à 06:00

Palestine. « Naza » ou la reconnaissance israélienne du génocide

Jean Michel Morel

Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor expose au grand jour les témoignages de soldats israéliens ayant participé aux massacres perpétrés à Gaza. Si elles ne révèlent rien de nouveau, ces paroles rendent plus difficile le déni occidental et plus spécifiquement israélien de ce qui se passe dans l'enclave depuis le 7 octobre 2023. Vingt-cinq minutes d'applaudissements publics. C'est ainsi que Naza, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, a été accueilli à la Mostra de (…)

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Texte intégral (1743 mots)

Le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor expose au grand jour les témoignages de soldats israéliens ayant participé aux massacres perpétrés à Gaza. Si elles ne révèlent rien de nouveau, ces paroles rendent plus difficile le déni occidental et plus spécifiquement israélien de ce qui se passe dans l'enclave depuis le 7 octobre 2023.

Vingt-cinq minutes d'applaudissements publics. C'est ainsi que Naza, le documentaire de Yuval Abraham et Rachel Szor, a été accueilli à la Mostra de Venise, où il était présenté en compétition officielle en septembre 2026 et où il a reçu le prix spécial du jury.

Le titre du film renvoie à l'acronyme de l'expression nezek agavi utilisée par l'armée et qui signifie « dommages collatéraux » en hébreu. Le décor est planté. Le documentaire nous plonge au cœur du processus d'éradication des habitants de Gaza sous couvert de chasse aux « terroristes ». Un processus documenté depuis trois ans par les journalistes et les chercheurs palestiniens que le monde occidental a, jusque-là, préféré ignorer. De même, bien évidemment, la population israélienne à laquelle le film s'adresse en priorité.

Des confessions sans retenue

Le dispositif arrêté par les auteurs est simple et efficace : installé la nuit sur le toit d'un immeuble de Tel-Aviv, Yuval Abraham, cinéaste et journaliste d'investigation, en particulier pour le média palestino-israélien en ligne +972, interroge 24 militaires et agents du renseignement israélien devant la caméra de sa consœur Rachel Szor. L'intervieweur est visible, l'interviewé, lui, reste dans l'obscurité. Sa voix est modifiée numériquement.

À écouter les hommes de l'ombre, on comprend comment on a pu tuer plus de 74 000 personnes dont 21 000 enfants — en attendant que les décombres soient déblayés pour en sortir les cadavres des disparus, Israël refusant toujours de laisser entrer des engins de chantier dans l'enclave. Il a suffi pour cela que les officiers et les soldats bénéficient d'une grande liberté d'action dans le cadre de cette opération baptisée « Glaive de fer », et de l'aide efficace de l'intelligence artificielle (IA), les deux étant dépourvus d'éthique.

Les récits sont glaçants. Les acteurs du drame qui perdure se livrent à des confessions sans retenue, insistant sur la recherche d'une efficacité maximum. Ils ont bénéficié d'une impunité totale, dont le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et Yoav Gallant, ancien ministre de la défense, ont été les garants lors de leurs nombreuses interventions médiatiques. Après s'être engagés dans l'armée sous le choc des massacres du 7 octobre 2023, certains soldats ont, peu à peu, pris conscience qu'ils s'étaient embarqués dans une politique d'éradication. Nous n'en saurons pas plus le plus souvent, Yuval Abraham et Rachel Szor précisant dans le dossier de presse que « consacrer trop de temps aux motivations des sources — leurs remords, leur fierté ou leurs opinions politiques — risquait de détourner l'attention des victimes ».

Ce parti pris va à l'encontre de l'expression « tirer et pleurer » qui renvoie à un certain type de cinéma israélien, centré autour de l'auto-absolution par les larmes d'actions que des soldats disent regretter avoir commises. Dans Naza, il n'existe aucun dispositif de compréhension pour absoudre les exactions guerrières. Le mal est fait : il est irréparable. Et de l'individu au gouvernement en passant par l'institution militaire, il n'y a pas d'innocents.

« Une usine du crime »

C'est dans le cadre d'un projet baptisé Lavender (« Lavande ») que l'IA a pris le pas sur l'humain. Les vérifications auxquelles se livrait l'armée israélienne avant de procéder à un assassinat ciblé ont été déléguées, et la décision d'exécution dévolue à la machine. À ce passage de relais du repérage de la cible et de sa mise à mort immédiate s'est ajoutée l'autorisation d'élargir le nombre de victimes dites « collatérales ».

Ce contexte technico-fasciste aboutit fatalement sur un génocide. L'un des interviewés parle d'une « usine du crime », d'un « anéantissement », d'une « annihilation », de « nettoyage jusqu'à rendre les zones propres, qu'on puisse croire qu'il n'y a eu aucune civilisation à cet endroit ».

Un modèle d'IA intitulé The Gospel (« L'Évangile ») permet de savoir quand un supposé responsable du Hamas est chez lui avec ses proches. Dès lors, le nom de code « Where's Daddy ? » (« Où est papa ? ») autorise l'armée coloniale à bombarder le domicile, faisant des membres de sa famille d'inévitable sacrifiés.

« Recueillir des paroles émanant du système »

Cette description clinique de la volonté et des moyens de tuer les gens chez eux, sans considération d'âge ou de sexe se déroule devant les fenêtres éclairées de Tel-Aviv, à travers lesquelles on discerne des Israéliens aller et venir en toute tranquillité dans leur appartement, allumer la télévision, préparer le repas du soir. Ce décor de quiétude — Gaza est à 60 kilomètres — ajoute de la nausée à celle que génèrent les récits des militaires.

Bien que le documentaire n'ait pas été distribué dans les salles israéliennes et donc, peut-on supposer, très peu vu, sa sortie a provoqué de la dénégation — on ne critique pas « l'armée la plus morale du monde » — et de la colère. Sur les murs de certaines villes, des affiches avec les portraits des deux réalisateurs sont barrées de la mention « traîtres ». Si 1 500 réalisateurs israéliens ont pétitionné pour défendre leurs confrères contre les menaces du premier ministre de les déchoir de leur nationalité, Yuval Abraham et Rachel Szor ne sont pas rentrés depuis la sortie du film, leurs vies étant désormais en danger dans leur pays.

Ces menaces seront-elles suffisantes pour mettre un terme aux interrogations des quelques Israéliens juifs parmi les plus lucides, ceux pour qui les Palestiniens ne sont pas des « animaux humains »1 ? Pour les auteurs qui s'adressent clairement à leur propre société et à une partie non négligeable du monde occidental qui vit toujours dans la mise en doute de la parole palestinienne, l'objectif est limpide :

C'est parce que nous vivons dans un monde qui a si souvent refusé de croire les victimes et minimisé leurs témoignages, que nous avons ressenti le besoin impérieux de recueillir des paroles émanant du système même qui les attaquait. Nous espérons que cela rendra ce déni plus difficile, car c'est le déni qui permet à ces crimes de perdurer. Or, ils se poursuivent encore aujourd'hui2.

Naza – Bande-annonce

1Référence à la déclaration du 9 octobre 2023 du ministre de la défense Yoav Gallant : « Pas d'électricité, pas d'eau, pas de nourriture, pas de carburant […] nous combattons des animaux humains, et nous agissons en conséquence. »

2Citation tirée de la déclaration d'intention des réalisateurs de Naza, signée par Yuval Abraham et Rachel Szor, publiée le 10 septembre 2026 à l'occasion de la première du film à la Mostra de Venise et reproduite dans le dossier de presse.

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