Le CRIEUR DE LA VILLENEUVE
Journal participatif
Publié le 12.03.2026 à 19:21
2014-2025. Le Crieur tire sa révérence. Un exemple de plus dans la longue liste des médias disparus de la Villeneuve.
Le Crieur de la Villeneuve, l’association éditrice du média, a été placée en liquidation judiciaire en mars 2025. Il nous était impossible de boucler le budget 2025. Dans un contexte de baisse des subventions, on voyait se profiler la fin mais elle a été précipitée. Tellement précipitée qu’on a mis… presqu’un an à vous l’annoncer. Sale temps pour les médias, surtout locaux.
Sale temps pour les associations, surtout locales. Il est loin le lancement du Crieur, en réaction au reportage d’Envoyé spécial sur France 2. La forte mobilisation citoyenne à la Villeneuve contre la vision véhiculée par le reportage avait conduit le quartier à se réapproprier sa parole médiatique : un journal pour les habitant∙e∙s, par les habitant∙e∙s. En novembre 2014, lors du forum à la MC2 « Médias et quartiers populaires », Le Crieur avait filmé le droit de réponse des habitant∙e∙s à France Télévisions, qui le leur avait toujours refusé.
2014-2025. On ne pensait pas durer aussi longtemps. Il s’en est passé des choses en 11 ans : le lancement de la version papier, l’accueil de journalistes en résidence, la participation à la création d’une émission radio, d’une émission télé, des interventions d’éducation aux médias au collège et dans les écoles, la création de mini-journaux scolaires, le travail sur l’histoire du quartier jusqu’à la publication du livre sur les 50 ans (lire l’article Nouveau tirage du livre du Crieur sur les 50 ans du quartier).
Le titre (papier et site internet) a été repris par l’association Villeneuve Debout, pour sauvegarder la mémoire et se laisser — ou laisser à d’autres — la possibilité de relancer Le Crieur. L’équipe du Crieur et Villeneuve Debout vous invitent donc à une réunion publique, le 17 mars, à 18 heures, au 10 place des Géants pour en discuter.
Comment conclure cette aventure humaine sans remercier chaleureusement les habitants, habitantes, associations, collectifs, tech-niciens et techniciennes du quartier. Citons particulièrement les rédacteurs et rédactrices, bénévoles, membres du conseil d’administration et membres du comité de relecture du Crieur : Agathe, Alain, Amale, André, Anfina, Anne, Antoine, Antoine, Ariadna, Ariane, Armand, Asma, L’Atelier populaire d’urbanisme, Audrey, Aziz, Benjamin, Benoît, Le Barathym, Basma, La bibliothèque Arlequin, Cécile, Charlotte, Christiane, Ciné-Villeneuve, Claire, Claire, Clémence, Clémentine, David, Déborah, Elsa, Emmanuel, Erika, Fadela, Ferhat, Flore, Géraud, Guy, Josette, Jouda, Juliette, Katia, Khalil, Lara, Lucie, La Machinerie, Maissa, Marie-Amélie, Marion, Maud, Mayavril, Mélody, M’hamed, Mme Ruetabaga, Mohamedou, Morgane, Nour-Eddine, Pas sans nous, Patrick, La Régie de quartier, Régis, Roberta, Sabrina, Sadette, Sahbi, Seb Bak, Solange, Sylvain, Tasnim, Thomas, Twscrew, L’Union de quartier Baladins-Géants, Vive la récup, Yannick ; et surtout les trois présidents successifs du Crieur : Gilles, Nicolas et Abdessamad.
Publié le 12.03.2026 à 18:11
Initialement publié en décembre 2024, le premier livre de l’association était en rupture de stock. Un nouveau tirage vient d’être réalisé.
La Villeneuve, 50 ans de photos, le livre du Crieur qui retrace l’histoire de notre quartier est de nouveau disponible ! Les 400 exemplaires du premier tirage, en décembre 2024, sont partis comme des petits pains entraînant une forte demande dans le quartier.
Néanmoins, avec les péripéties de la fin de l’association du Crieur, impossible de le rééditer. Un accord a été trouvé avec l’association Villeneuve Debout — un grand merci à ses membres — pour tirer à nouveau le livre, à 200 exemplaires. Aucun changement avec le premier tirage, le livre compte toujours 124 pages de photos en couleur et en noir et blanc du quartier, le tout toujours pour 8 €.
Le livre permet de retracer, grâce aux 200 photos d’archive légendées par nos soins, l’histoire du quartier, de l’arrivée des premiers habitants et habitantes en 1972 à la construction du nouveau collège Lucie Aubrac, en passant par le réaménagement de la place Rouge, la vie quotidienne et le travail des ouvriers bâtisseurs du quartier.
Le livre La Villeneuve, 50 ans de photos est disponible au pôle associatif du 10 place des Géants et au Barathym (Le Patio, 97 galerie de l’Arlequin, horaires variables). Pour plus d’informations :
- redaction@lecrieur.net ;
- contact@villeneuvedebout.org
Publié le 10.02.2025 à 17:44
Le restaurant d’insertion L’Arbre fruité, installé dans le quartier depuis 1993, a déménagé en octobre 2024. Originellement, le restaurant installé au 80 galerie de l’Arlequin devait prendre possession de nouveaux locaux sur la place du marché. Mais la Fondation Boissel, qui a repris l’Arbre fruité, ne souhaite plus rester dans le quartier et a trouvé de nouveaux locaux pour le restaurant avenue Jean-Perrot, à Grenoble.
L’équipe de l’Arbre fruité a organisé un buffet d’adieu le vendredi 18 octobre 2024, de 16 heures à 20 heures, dans ses locaux du 80 galerie de l’Arlequin.
Avec le départ de l’Arbre fruité, la Ville et la Métro (qui est en charge des commerces) se retrouvent le bec dans l’eau. Un projet de commerce mêlant café d’insertion et épicerie avait spécialement été monté par les deux collectivités pour l’Arbre fruité. Mais le refus de la Fondation Boissel de s’y installer remet en cause le projet et leur politique commerciale sur la place du marché de la Villeneuve, alors que le chantier de la nouvelle boulangerie s’est enfin terminé fin décembre 2024.
La Métro a donc lancé en juillet 2024 un appel à candidatures pour ouvrir une épicerie sur la place.
Publié le 10.02.2025 à 17:37
Mardi 8 octobre, en fin d’après-midi, a eu lieu l’inauguration de l’allée Élisa-Deroche, à Échirolles. Élisa Deroche (1882-1919) était une aviatrice française, première femme au monde à obtenir son brevet de pilote. Une façon de rappeler l’histoire des lieux puisque l’entrée de l’aéroport de Grenoble, fermé en 1967, se situait approximativement au bout de l’allée, côté Grenoble. L’ouverture de cette voie s’inscrit à la fois dans la rénovation et l’extension du centre commercial Grand’Place et dans le réaménagement des espaces publics du sud de Grenoble, dans le cadre du projet Grand’Alpe.
Quoi de mieux pour fêter le lien entre Grenoble et Échirolles que la BatukaVI ? La batucada réunit en effet des jeunes des Villeneuves de Grenoble et d’Échirolles. La troupe avait convié plusieurs associations des deux quartiers pour organiser des animations lors de cette inauguration.
La BatukaVI, lors de l’inauguration de l’allée Élisa-Deroche, en octobre 2024. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
Publié le 10.02.2025 à 17:25
Le gymnase de la Rampe, sous le 150 galerie de l’Arlequin, a en partie fait peau neuve. Le 9 octobre 2024, la Ville de Grenoble a inauguré la première étape de la rénovation du gymnase, processus lancé en… 2011. L’entrée, auparavant située dans la galerie, se fait désormais par l’esplanade créée par la démolition du 160 galerie de l’Arlequin. Les travaux ont consisté principalement en une réorganisation du rez-de-chaussée, une installation d’un ascenseur, la réfection de l’accueil et le changement du système de ventilation.
Une seconde étape de travaux, prévue pour 2026, verra la rénovation totale du reste de l’équipement : les vestiaires, la salle omnisport, la salle de boxe, le dojo transformé en salle multi-activités, la transformation de l’ancienne salle d’agrès, désaffectée suite à un incendie en 2002, en dojo avec tribunes.
Le maire de Grenoble, Éric Piolle, lors de la visite du gymnase de la Rampe. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
L’entrée du gymnase de la Rampe, récemment rénové. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
Publié le 20.11.2024 à 18:00
Le mouvement écologiste a lancé un nouveau tour de France, pour alerter sur les conséquences du changement climatique et promouvoir des politiques publiques y faisant face. L’étape grenobloise s’est effectuée à la Villeneuve.
Des barnums, des drapeaux colorés, des stands de Greenpeace et de la Confédération paysanne, des ateliers de cuisine, des tables rondes, la place Rouge de la Villeneuve fleure bon le forum altermondialiste, mercredi 18 septembre. Le mouvement écologiste Alternatiba, créé il y a une dizaine d’années, organise depuis juin un tour de France pour alerter sur les conséquences du réchauffement climatique. Partis de Nantes, les militants pour le climat arriveront à Marseille en octobre.
Le mouvement écolo se devait de faire étape à Grenoble. Particularité ici, le camp d’étape se tient donc à la Villeneuve. Tout sauf un hasard. « C’était un choix d’organiser cela à la Villeneuve, explique Julia Roux, bénévole à Alternatiba Grenoble. On voulait répondre à certains enjeux, aller toucher des personnes en dehors du milieu militant t ne pas faire un énième événement au parc Paul-Mistral. »
Habituellement, « le public est déjà sensibilisé aux enjeux climatiques, mais ce ne sont pas forcément les premiers touchés par les questions de justice sociale. Alors que justement, les plus précaires sont les premiers touchés par le changement climatique. », poursuit Julia Roux. Alternatiba a donc contacté plusieurs structures de la Villeneuve pour l’organisation de cette étape. « Il fallait expliquer la démarche et leur demander comment elles et eux voyaient l’événement, qu’est-ce qui plaisait aux gens. Le but était de faire une journée festive, centrée sur les questions d’alimentation. »
Une table ronde sur la « transition alimentaire » est ainsi organisée sur la place Rouge. Une préoccupation éloignée des habitants du quartier ? Jaouad Doudouh, du syndicat des quartiers populaires Pas sans nous 38, le rappelle ainsi lors de la table ronde : « Il faut avant tout parler de l’urgence du quotidien : le logement est trop cher, l’énergie est trop chère ! Avant de parler de transition alimentaire, il faut parler de transition sociale. Quelle est la place ici de la lutte contre les inégalités sociales ? »
« Dans le quartier, il y a des problèmes de pauvreté, les gens n’arrivent pas à manger, s’il n’y a pas les associations, comment fait-on ? On veut tous travailler, mais l’image qu’on rejette c’est celle de bandits. Alors qu’on fait plein de choses avec VDJ, aider les gens dans le besoin, faire des collectes de vêtements [lire l’article La rentrée pour tous, tout pour la rentrée, ndlr]. », poursuit Makan Traoré, de l’association VDJ.
Fin du monde, fin du mois
Pas simple en tout cas de lier les luttes pour la justice sociale et pour la justice climatique, autrement dit, rendre palpable le slogan des Marches pour le climat « Fin du monde, fin du mois, même combat ». Une piste est abordée lors de la table ronde avec la présentation de la sécurité sociale alimentaire, une réflexion, développée à l’échelle nationale et grenobloise, autour d’un nouveau droit social : le droit à manger correctement.
Rappelons que si les classes populaires doivent souvent faire face au reproche de ne pas être suffisamment écolos, elles polluent pourtant moins que les classes moyennes et supérieures et elles sont plus exposées aux nuisances de cette pollution (lire à ce sujet l’article Les classes populaires et l’enjeu écologique, de Jean- Baptiste Comby et Hadrien Malier, 2022).
Lors du tour de France d’Alternatiba, en septembre 2024, à la Villeneuve. (photo : Benjamin Bultel, Le Crieur de la Villeneuve)
Lors du tour de France d’Alternatiba, en septembre 2024, à la Villeneuve. (photo : Benjamin Bultel, Le Crieur de la Villeneuve)
Lors du tour de France d’Alternatiba, en septembre 2024, à la Villeneuve. (photo : Benjamin Bultel, Le Crieur de la Villeneuve)
Lors du tour de France d’Alternatiba, en septembre 2024, à la Villeneuve. (photo : Benjamin Bultel, Le Crieur de la Villeneuve)
Publié le 14.11.2024 à 16:12
Début décembre sortira La Villeneuve, 50 ans de photos, le premier livre du Crieur de la Villeneuve. Les préventes sont d’ores et déjà ouvertes.
Pour fêter les dix ans du média, Le Crieur publie un livre. La Villeneuve, 50 ans de photos, retrace en photos l’histoire du quartier. De la construction de l’Arlequin à l’arrivée du tram, en passant par l’évolution de la place du marché, retrouvez les principales étapes de notre quartier.
Le livre (124 pages, papier satiné 115g, format A4) est vendu au prix modique de 8 €, pour être accessible au plus grand nombre.
Le livre sera publié courant décembre 2024. Le Crieur vous le propose dès à présent en prévente, via la plateforme Helloasso. Les exemplaires seront à retirer dans le quartier, auprès du Crieur, ou par envoi postal (8 € de frais postaux en supplément).
Le formulaire est disponible ci-dessous ou bien à cette adresse : https://www.helloasso.com/associations/le-crieur-de-la-villeneuve/boutiques/livre-la-villeneuve-50-ans-de-photos
Publié le 02.10.2024 à 10:54
Pour sa deuxième édition, la Rentrée pour tous, la distribution de fournitures scolaires, a encore eu du succès. Trois cents kits et autant de sandwiches ont été offerts, tandis que différents stands animaient la place. Retour sur l’événement.
« Cinq, quatre, trois, deux, un, bienvenue ! » Ilyess Benmechta, responsable du centre de loisirs Les Arlequins (anciennement La Cordée), lance le décompte avant que la foule ne se dirige vers le stand de distribution de fournitures scolaires. Samedi 31 août a ainsi lieu la deuxième édition de la Rentrée pour tous. Trois cents kits composés de cahiers, de classeurs et d’une trousse complète vont être distribués gratuitement dans l’après-midi, avec une organisation un peu plus cadrée que l’année précédente (lire l’article que Le Crieur y avait consacré : Succès pour la distribution de fournitures scolaires).
La vidéo de l’événement, par Le Crieur.
Un père de famille du quartier, venu avec ses deux enfants, est ravi de cet événement. « C’est quelque chose de bien pour les enfants. » Outre les fournitures scolaires, les stands d’information, comme celui de l’AJA Villeneuve, le club de foot du quartier, ou celui de l’association Les Apalys, sur les problématiques de santé mentale, côtoient les activités maquillage pour les enfants, le coin jeux vidéos et les coiffeurs qui agitent tondeuses et ciseaux. Une distribution de vêtements, pas uniquement réservés aux enfants, se tient aussi, tout comme une distribution de sandwiches et de crêpes par l’association VDJ. Des fournitures, des vêtements, une nouvelle coupe de cheveux et le ventre plein, tout pour la rentrée donc.
« La rentrée, c’est coûteux. Le but c’est de se rendre beau et belle pour la rentrée, d’être bien présentable. De donner de la force aux familles. », explique Ilyess Benmechta.
Pour Salah Fouatih, de l’association Ambition Grenoble, un des organisateurs de l’événement, « L’idée, c’est de créer un choc émotionnel chez les jeunes, pour qu’ils prennent conscience de l’importance de l’école. L’occasion de dire aux jeunes […] prenez la rentrée du bon bout, vous avez accès à la culture, à l’éducation, profitez-en. »
Publié le 02.10.2024 à 10:34
La deuxième édition de la distribution de fournitures scolaires (mais pas que) s’est tenue le 31 août 2024 devant le centre de loisirs Les Arlequins. Retour en images sur cet après-midi.
Pour plus d’informations, lire l’article La rentrée pour tous, tout pour la rentrée.
Publié le 19.09.2024 à 11:33
En mai, à l’occasion de la semaine des Géants, la place du même nom a accueilli un invité exceptionnel, qui n’était pas venu depuis 30 ans. Klaus Schultze, l’artiste qui a créé les sculptures géantes de la place, de 1978 à 1980, a en effet passé plusieurs jours à Grenoble. L’article suivant est un mélange, reconstitué et mis en forme, de six heures d’échanges avec Klaus Schultze qui ont eu lieu lors de la semaine des Géants : le mardi 21 mai, lors d’une conférence à la maison des habitants des Baladins puis lors d’une rencontre avec des enfants de l’école des Trembles ; le mercredi 22 mai lors d’une balade le long des Géants puis lors d’une discussion impromptue au café Le Rhumel.
L’histoire des Géants
« Si je raconte la vérité, il n’y a pas d’histoire des sculptures. Il faut se dire que quand un artiste est devant une grande dalle, il ne pense pas à la signification des bonhommes qu’il va faire. Il pense surtout à la présence d’un volume convaincant.
« Au début, je n’ai vu que des plans de la place. Peut-être ai-je vu une maquette de la ville future, mais je ne me rappelle plus exactement. On m’a demandé d’animer un énorme espace, entouré d’immeubles, et évidemment, en premier lieu, je pense à mon travail. Comment je peux, à l’aide de la brique, imaginer le développement de plusieurs personnages. Puis, au fur et à mesure, se développe la réalisation.
Construction du géant allongé, à côté du futur 20 place des Géants : on distingue la structure métallique, recouverte par endroit de ciment, et le parement de brique en cours de pose, en 1979. (photo : archives personnelles de Klaus Schultze)
« Comment atteindre la population future qui va habiter ici ? Je me suis dit que le thème du couple, qui est éternel, serait favorable pour cet endroit. En plus, je savais qu’il y aurait beaucoup d’enfants. J’avais l’habitude que les gosses grimpent sur mes bonhommes et qu’ils devaient être résistants à l’assaut des gosses. Je me suis dit que si je faisais des grands géants couchés et que les bras ne sortaient pas trop dans l’espace, il n’y aurait pas de danger.
« Alors, en-dehors du couple, j’avais toujours le thème de la main. La main, comme forme, comme expression. Est-ce qu’on va la percevoir comme un signe d’accueil ? Ou est-ce que c’est un signe d’hostilité ? J’ai fait beaucoup de petites mains en sculpture. Pour moi, c’était formidable de pouvoir faire une grande main.
« Je ne peux pas beaucoup parler du sens de mes sculptures. Il faut que chacun y trouve son explication.
« Pour la taille des sculptures, quand j’avais quatre ans, mes parents m’ont emmené chez des parents à nous. Il y avait un cousin, plus âgé, il avait déjà huit ans. Pour moi il était très grand. Il avait construit une Tour Eiffel avec du métal [en Meccano, ndlr], avec une lumière tournante en haut. C’était encore plus grand que mon cousin ! Quand il a éteint la lumière, que la chambre était sombre et que la lumière de la Tour Eiffel a tourné, comme ça, je me suis dit : « Moi aussi, quand je serai grand, je veux faire quelque chose de grand ! » Ça m’a beaucoup impressionné. »
Klaus Schultze
• 1927 : naissance à Francfort-sur-le-Main (Allemagne) ;
• 1940 : installation à Überlingen, au bord du lac de Constance (Allemagne) ;
• 1945 : enrôlé à 17 ans comme soldat dans la Wermacht puis prisonnier de guerre ;
• 1945-1948 : occupation française d’une partie de l’Allemagne, découverte de la culture française ;
• 1948-1951 : apprenti potier à Constance ;
• 1952 : arrivée en France, divers emplois de potiers à Paris ;
• 1956 : ouverture de son atelier à Gournay-sur-Marne (Seine-Saint-Denis) et premiers objets en céramique vendus dans les galeries parisiennes ;
• 1969 : voyage à Sienne (Italie) et coup de foudre pour la brique ;
• 1970 : première sculpture en brique dans l’espace public à Vitry-sur-Seine ; début de la période des
géants, nombreuses commandes publiques en brique en France et dans d’autres pays ;
• 1978-1980 : Les Géants de la Villeneuve ;
• 1979 : devient professeur à l’académie des beaux-arts de Munich, retour en Allemagne ;
• 1992 : retour à Überlingen puis retraite.
La fabrication
« On ne peut pas mettre la brique comme ça. Il faut un appui, un squelette. Alors toutes les sculptures ont une espèce d’armature en métal sur lequel on pose une sorte de grillage. Ce grillage reçoit le ciment. Il faut donc d’abord construire la structure métallique qui a déjà la forme future. Après, il faut couvrir la structure avec du ciment et le laisser durcir. À partir de ce moment, on peut maçonner la brique sur cette surface endurcie. Mais il faut aussi des joints entre chaque brique. Il faut toujours mettre une rangée de briques horizontales, mettre du ciment sur l’horizontale et aussi dans la verticale. Un grand travail !
Enfants jouant sur la géante allongée, en cours de construction, vers 1979. (photo : archives personnelles de Klaus Schultze)
« Et il faut surtout, ce que personne ne sait, nettoyer après. On ne peut pas laisser la brique salie par le ciment, ce serait dommage. Alors nous étions obligés de prendre des brosses, parfois des brosses métalliques, pour enlever le ciment qui était trop étalé et nettoyer chaque brique pour qu’elle soit propre. Mais aussi pour l’unité entre toutes les briques, qui sont de couleur très différentes, pour que rien d’étranger ne gêne.
« J’ai posé une grande partie des briques moi-même. Les doigts, tous les doigts, c’est moi qui les ai faits, parce que c’était un travail très très personnel. La brique fait 22 centimètres de long et 11 centimètres de haut. Pour faire les doigts, il me faut des ronds. Alors je prends la brique et je la passe sous la scie. Ce sont des disques plantés avec des petits diamants qui permettent de découper la brique. Ensuite, je change de disque pour un disque de carborundum qui me permet de meuler la brique. Je tiens la brique et je tourne, je tourne, pour obtenir un demi-rond. Ensuite je découpe au milieu de la brique un triangle. Je pose ces briques rondes destinées aux doigts, j’essaye si ça va bien, si elles sont toutes assez rondes. Alors je commence à poser le premier rang. Je mets du ciment, je pose la deuxième rangée, toujours en regardant que l’intérieur soit vide, parce qu’il me servira pour le remplir avec du ciment et de la ferraille. Sans ferraille et sans ciment, ça ne tiendrait jamais. Je pose étage par étage et à la fin, il me faut encore la coupole. Le rond en haut. Là aussi, il faut que je meule une demi brique pour qu’elle soit comme ça, bien arrondie. Quand les, disons, dix étages de briques sont montés, je coule du ciment, je mets de la ferraille, je regarde que la ferraille ne dépasse pas le haut, je mets la coupole et j’ai donc un doigt, un très grand doigt. Alors ça dure, disons pour un doigt, il faut au moins deux jours. Je ne sais plus combien de doigts j’ai fait… J’ai fait aussi tous les éléments colorés, en émail.
« J’avais de très bons maçons qui avaient bien compris ce que je voulais. On pouvait les laisser seuls pour les parties des sculptures qui étaient cylindriques, les bras. Alors tu sais que pendant une semaine, le maçon qui va travailler avec toi, il pourra bien maçonner, régulièrement, un cylindre de briques. Et pendant ce temps, je pouvais partir pour Paris, parce que j’habitais à Paris et j’avais d’autres travaux. C’était des maçons français mais, à la fin, j’avais un maçon espagnol, formidable, qui avait déjà compris mon système. Il disait : « Oui, oui, monsieur Schultze, je sais, vous voulez faire cette pose comme ça. Je le fais. » Et là, c’était parfait !
« Mais j’ai parfois eu des pannes. Au début, j’ai fait confiance à un jeune sculpteur espagnol lui-aussi que je connaissais par un autre travail, en Alsace. Je lui ai demandé s’il voulait travailler avec moi à Grenoble. Il était feu et flamme. Alors je lui ai montré ce qu’il fallait faire. Mais comme j’avais beaucoup de travail à Paris, j’ai dû partir. J’ai dit : « José, tu sais ce que tu as à faire, je reviens dans deux semaines pour regarder si tout est en ordre. » Mais par hasard, je suis revenu un jour avant. À 3 heures, il n’y avait personne sur le chantier. À 4 heures, j’entends des voix ivres. Gueuler, gueuler ! « Ah ah ! » José, accompagné de deux français qu’il avait engagés lui-même, revenaient du restaurant. Ils avaient bu, bu, bu. Ils disaient : « Schultze n’est pas là, formidable ! » Alors, je l’ai aussitôt chassé ! Non, il n’y avait pas de pardon. Quand on blesse ma confiance, c’est fini. »
Le chantier
« Le premier jour, je suis venu avec ma 2CV et toutes mes affaires. Il était convenu que je dise bonjour aux maçons et aux ferrailleurs. Alors je suis monté à l’escalier et j’ai dit bonjour, j’ai découvert le chantier. « Alors, on commence demain ? », je dis. Je descends l’escalier et je vois que toutes les affaires dans ma voiture ont été volées, sauf la scie. Mon bloc d’aquarelle, mes couleurs d’aquarelle, tous mes habits… Alors je suis allé chez le monsieur de la police et j’ai déclaré le vol. Et le policier m’a dit : « Monsieur, c’est normal chez nous… » J’ai dû aller dans un supermarché, tout près d’ici, pour tout racheter. Le chantier a commencé comme ça !
L’artiste Klaus Schultze et le technicien de la Ville Edwin Hatton, à l’origine de sa venue, lors de la balade le long des statues, en mai 2024. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
« Sur la place, il n’y avait rien. C’était vraiment que du chantier. Il y avait tous les immeubles à côté, avec des grues, tout était en mouvement. Les grues qui tournaient et tout ça. Mais sur la dalle, il n’y avait encore rien. J’ai toujours espéré trouver un magasin, un café, un tabac, où je peux aller prendre une cigarette.
« Quand on m’a demandé de créer ça, on m’a dit : « Monsieur Schultze, vous avez une chance énorme parce que vous pouvez profiter de nos matériaux. » Pendant qu’on construisait, il y avait les grues, il y avait des camions de transport, de sable, de ciment. On n’avait qu’à téléphoner pour en obtenir. Qu’un artiste puisse créer quelque chose en utilisant les matériaux de la construction des immeubles, c’était formidable !
« Alors, dans l’ensemble, il a fallu je crois deux ans pour construire les statues. Avec des pauses, des moments de vacances. Les ouvriers avaient le droit d’avoir des vacances aussi.
« Au cours du chantier, il y avait déjà une partie érigée. Arrivent, tout d’un coup, des enfants qui demandent : « Qu’est-ce que vous faites, monsieur ? » Ils grimpent sur les bonhommes, ça nous gêne parfois. Nous venions de terminer, disons une tête et le moindre choc pouvait détruire quelque chose. Je leur disais « S’il-te-plaît, joue en bas, ou là-dessus, mais pas sur la tête… » Mais ça, ils en rigolaient. Finalement, on les a très bien supportés. La curiosité était énorme.
« Il y a aussi des adultes qui passent, comme ça : « Qu’est ce que cela veut dire ? » Il y a au départ, je ne veux pas dire méfiance, mais distance. Ça n’est pas facile parfois, quand on a l’impression que les gens n’ont pas l’œil, n’ont pas une curiosité, mais ils ont déjà une opinion. Et parfois le résultat est encore tellement mal compris. Mais les gens s’habituent, avec le temps, aux choses inconnues et inhabituelles. »
Les Géants de Klaus Schultze
Neuf sculptures, dont deux d’un couple, 1978-1980, fer, ciment, brique et céramique.
Du nord au sud, de l’ex-collège à l’école des Trembles :
• le couple à la fenêtre ;
• le couple dans l’escalier ;
• le géant qui lit ;
• la géante couchée ;
• l’arène (disparue) ;
• le géant allongé ;
• la main ;
• la femme qui rentre dans le sol ;
• le livre ouvert et le crayon (disparue).
L’arène, aussi dite « la chenille », a été démolie pour laisser place à un escalier, en 1994 ; le livre ouvert, à l’entrée du haut de l’école des Trembles, l’a été dans les années 1990.
La brique de Vaugirard
« Les briques venaient d’une briqueterie nommée Richard, à Villejuif [plutôt au Kremlin-Bicêtre, juste à côté. L’emblème de la briqueterie est d’ailleurs visible sur certaines briques, ndlr]. L’usine était aux portes de la ville de Paris. Peut-être à 200 mètres du périphérique. Pendant longtemps, la briqueterie Richard m’a servi pour n’importe quel chantier. Quand elle a fermé, je me suis adressé à une autre briqueterie, près de Beauvais. Le nom ne me revient pas. La composition de la brique normale est : sable, terre et des restes de charbon brûlé [mâchefer, ndlr]. Chaque brique était différente de l’autre. Elles étaient cuites dans un grand four circulaire. Il faut imaginer des petites chambres séparées dans laquelle on monte la brique sur du sable. D’en haut, on jette de l’huile et on la laisse s’enflammer. Pendant le feu, la couleur de la brique se développe différemment par rapport à sa position. Parfois, il y a des grains de charbon qui restent dans la brique. Ces bouts de charbon fondent et coulent. Alors ce sont d’extraordinaires résultats que tout d’un coup on a sur la brique. Un développement intérieur auquel vous n’êtes jamais préparé. Si on la casse, on découvre à l’intérieur des images formidables de couleurs.
L’emblème de la briqueterie Richard, ou Richard frères (R-F), au Kremlin-Bicêtre (K), sur un des Géants de la place. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
« Je ne sais pas quand, l’Union européenne a un jour décidé que toutes les briques devaient être normalisées. On a demandé qu’à l’intérieur de la brique tout soit également égal. Donc il n’y avait plus de surprise.
« Pour fabriquer l’émail, je peux émailler la brique avec de l’émail de céramique et la recuire. À une température autour de 980 °C. Sur la brique se développe alors le même effet [que la céramique]. Ça aussi, c’est un miracle. La lave d’Auvergne a été longtemps à la mode dans la communauté des potiers. Parce que la lave, on pouvait la couper en tranches et ça servait parfois pour les tables ou pour des petites choses décoratives. La lave aussi, on peut l’émailler. Mais, dès qu’on dépasse 1000 °C, elle commence à couler. La brique, elle, ne coule pas. C’est la grande préférence.
« Vous voulez savoir de qui j’obtiens les émaux ? Il y avait deux usines d’émaux : c’était L’Hospied, je crois près de la Méditerranée, l’autre c’était Rhône-Poulenc. Ils fabriquaient de formidables émaux. Les céramistes traditionnels méprisent l’émail acheté. Le vrai artiste, le vrai céramiste, essaie de faire ses émaux lui-même, d’après les préceptes traditionnels japonais et chinois, et il est très fier de les développer. Moi, j’étais un peu plus naïf. Je me suis dit, s’il y a, dans l’offre des usines d’émaux, tant de variations, pourquoi je ne les utilise pas ? Je peux par exemple commander un rouge et un bleu, les mélanger, et j’obtiens une espèce de mauve. Et on peut doser les mesures. »
Les retrouvailles
« Je suis heureux de retrouver les bonhommes. Et surtout intacts ! J’ai fait beaucoup de structures en brique mais très souvent on les a cassées. Parfois, elles étaient mises à la poubelle au bout d’un an. En Allemagne aussi. Peut-être est-ce le matériau qui gêne ? La brique est un matériau inhabituel. Si c’était en marbre, personne n’aurait fait ça… C’était en tout cas une très grande surprise de revoir mes œuvres en bonne forme et que la couleur reste. Que le temps, le gel, toutes ces années, n’attaquent pas la céramique, n’attaquent pas la brique. Il faut y penser, la brique n’est rien d’autre que de la terre cuite et que ce petit élément, cuit dans une usine, tient pendant des siècles. Je ne veux pas dire que les bonhommes vont tenir des siècles, mais ils pourraient.
« C’était un choc parce que je savais plus que c’était si grand. Dans mon souvenir, ça faisait peut-être deux mètres, mais il y a en fait des dimensions énormes ! Je ne savais plus que je m’étais attaqué à une forme si grande. À vouloir dominer un grand personnage sans qu’on se perde dans les détails.
Klaus Schultze sur la place des Géants, en mai 2024. (photo : BB, Le Crieur de la Villeneuve)
« Ce qui m’a surtout touché, c’est la bonne femme devant le rideaux, sous les arbres [sur la place des Saules, ndlr]. L’ombre des arbres protège les formes en briques. Je trouve ça formidable ! Malheureusement le concept initial d’entourer les géants avec des arbres a dû être arrêté à cause de la sécheresse, peut-être aussi par manque de possibilité d’arroser.
« Moi j’aime beaucoup la bonne femme qui sort du sol [à côté de l’école des Trembles, ndlr] parce qu’elle n’a pas de couleur. Peut-être que maintenant c’est ma préférée, parce qu’elle est si archaïque, raide et sans chichis. Je me demande si les autres [sculptures] ont vraiment besoin de couleur ? Sur la jupe de la femme, oui. Mais sur le bonhomme qui lit, ça non ! Il y a trop de couleur, c’est trop riche. Il y a des grandes formes, dans lesquelles on découvre des détails qui sont exécutés avec beaucoup d’amour. Le promeneur qui passe devant mes sculptures ne doit pas seulement comprendre qu’il y a une grande forme. Si le bonhomme couché était sans couleurs, je crois que ce serait plus pauvre. La couleur peut augmenter l’impression.
« C’est la question, est-ce qu’on ne devient pas, au cours d’un si long chantier, un peu décadent ? Je plaide pour l’ascèse de la brique, parce qu’elle se suffit à elle-même, dans sa couleur. Si on devient décoratif parce qu’on a envie de placer de la couleur, ce n’est pas très bon pour la forme. La couleur, mise sans réflexion, uniquement par joie de la couleur, c’est dangereux. »
La place des Géants
« J’écrirais un article qui s’appellerait la souffrance des géants, car la commerçants sont partis. Les géants seraient heureux de retrouver non seulement un café comme ça [Le Rhumel, ndlr], mais aussi un tabac, un restaurant, une pharmacie qui fonctionne tout le temps, un petit centre culturel et aussi un… réparateur de chaussures ! [rires] »