pour la lutte sociale
BLOG COLLECTIF - L.N Chantereau, Olivier Delbeke, Robert Duguet, Alexis Mayet, Luigi Milo, Vincent Presumey ...
Publié le 12.08.2026 à 09:56
Urgence sociale et climatique contre calendrier de la V° République. Editorial du 12 août 2026.
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Publié le 11.08.2026 à 19:20
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Publié le 10.08.2026 à 23:43
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Publié le 15.08.2026 à 19:10
Congrès de Perspective ouvrière
Présentation
En mars 2026, à l’initiative de jeunes travailleur·euses, notamment d’anciens membres de Priama Diia, a été fondé Perspective ouvrière qui se veut un lieu d’échanges et d’études critiques sur les expériences sur les différents lieux de travail.
Certain·es travaillent dans des restaurants, des entreprises de service ou de production, ou sont coursiers et pour beaucoup à Lviv. Cette initiative traduit l’insatisfaction d’une fraction de la jeunesse à l’égard du mouvement syndical réellement existant. Il est possible que la guerre s’avère à terme comme un accélérateur d’une recomposition syndicale en Ukraine. La FPU, selon ses propres chiffres, a perdu plus de 2 millions de membres en passant de 5 millions à trois millions. D’un autre côté, le syndicat du personnel soignant Soyez comme nous sommes connait un réel développement, même si son poids dans le mouvement syndical reste limité. L’exigence d’un syndicalisme de lutte, démocratique et indépendant est plus prégnante dans le salariat. Ce que souligne des militant-es du syndicat étudiant Priama Diia expliquant que l’expérience syndicale démocratique offerte par leur syndicat, forte de ses pratiques de luttes autogestionnaires, prépare les futurs travailleur-euses que sont les étudiant-es à la reconstruction d’un mouvement syndical ukrainien débarrassé des travers bureaucratiques.
Patrick Le Tréhondat
Document
Nous avons tenu notre première assemblée !
Récemment, l’équipe de Perspective ouvrière s’est réunie en présentiel afin de prendre des décisions clés concernant nos activités.
Au cours de l’assemblée générale, nous avons arrêté la structure organisationnelle du collectif, défini nos objectifs pour l’année, discuté des axes d’action du collectif, formulé les valeurs et les principes de Perspective ouvrière, mieux cerné nos méthodes de lutte, et convenu d’une vision commune de notre travail médiatique. Par ailleurs, nous avons organisé une séance de brainstorming collective au cours de laquelle, dans une ambiance détendue et avec un enthousiasme ludique, nous avons imaginé des slogans pour des autocollants et des affiches qui nous seront utiles lors des manifestations et de la campagne de sensibilisation.
Nous sommes un petit collectif jeune, qui continue de forger son identité et ses principes. C’est précisément pour cette raison que ce congrès a joué pour nous un rôle extrêmement fondamental, en jetant les bases d’un travail fructueux à venir visant à faire renaître et à renforcer le mouvement syndical et, ce qui n’est pas moins essentiel, en renforçant les relations entre les membres au sein de Perspective ouvrière, sans lesquelles il est impossible de maintenir l’unité et la solidarité dans la lutte.
Si ce que nous faisons vous interpelle et que vous souhaitez rejoindre notre collectif afin de construire ensemble un avenir meilleur pour les travailleurs ukrainiens, nous vous invitons à nous rejoindre !
Perspective ouvrière, 15 août 2026.
Source : RESU/PLT
Publié le 12.08.2026 à 11:48
Petit soldat de l’union sacrée se prenant pour Liebknecht.
Il arrive qu’on nous fasse des envois pour nous édifier. On nous a donc envoyé le dernier édito de la Tribune des Travailleurs, du 5 août 2026, par son éditorialiste éternel Daniel Gluckstein. Rappelons que ce journal est l’organe du PT (« Parti des Travailleurs »), ancien POID (Parti Ouvrier Indépendant Démocratique), l’un des deux rameaux de ce qu’est devenu l’ancien courant trotskyste dit « lambertiste », l’autre rameau étant le POI, aujourd’hui garde prétorienne de Mélenchon dans LFI et, dans ce cadre, agence de surveillance poutinienne.
Le POID puis le PT ont récusé l’intégration du POI dans LFI comme étant une liquidation nationale-bourgeoise, mais ont préservé pour le reste une orientation identique, y compris dans les appareils syndicaux à FO et à la CGT, et la même forme organisationnelle monolithique. L’intérêt (le seul) de cet édito de D. Gluckstein est qu’il est emblématique de ce que racontent aussi le POI, l’imperium dirigeant de LFI, LO, la FSM et les staliniens. Insistons-y : les staliniens. Vous avez ici la doxa stalinienne contemporaine.
Cet édito est exemplaire de ce qu’est en réalité le campisme que j’avais par ailleurs analysé longuement : le ralliement à l’ordre impérialiste, et il est pédagogique de montrer comment cela opère.
Voici cet édito :
<début document>
Supplétifs, avec leurs propres motivations.
L’ÉDITORIAL Par Daniel Gluckstein
La guerre qui s’étend permet à des régimes en crise de tenter d’assurer leur survie en profitant du chaos provoqué par l’impérialisme le plus puissant et son représentant politique : Trump. Au risque de contrarier ce dernier, dont les zig-zags successifs ne coïncident pas toujours avec les besoins immédiats de ses subordonnés.
Ils sont deux dans ce cas, supplétifs de Trump avec leurs propres motivations. Netanyahou voit d’un mauvais œil l’annonce par son maître d’un possible accord avec l’Iran. Lui veut poursuivre sa guerre génocidaire qui, depuis l’annonce du prétendu accord de paix, a déjà fait des milliers de victimes à Gaza, en Cisjordanie et au Liban. Il a deux objectifs : aller le plus loin possible dans l’instauration d’un « Grand Israël » fondé sur l’apartheid et la négation de l’existence du peuple palestinien ; prolonger un état de guerre lui permettant de rester au pouvoir et… d’échapper à la prison qui menace, au vu des accusations de corruption portées contre lui.
L’autre s’appelle Zelensky. Le 25 juillet, le jour où Trump annonçait un possible accord avec l’Iran, l’Ukraine lançait une attaque de drones contre plusieurs bâtiments en mer Caspienne, dont un navire iranien, y causant la mort d’un marin et faisant plusieurs blessés.
Pourquoi cette attaque dans une mer épargnée jusque-là de toute confrontation guerrière ? Pourquoi cet engagement direct – le premier – de l’Ukraine contre l’Iran ? Dans une tribune publiée par Le Monde le 28 juillet, deux chercheurs signalent qu’en trois ans « l’Ukraine a bâti l’un des complexes militaro-industriels les plus innovants au monde » au point d’être devenue fournisseur de technologies militaires de pointe en Europe et au Moyen-Orient. Huit cents entreprises ukrainiennes ont une capacité de production de 10 millions de drones par an, la valeur totale du secteur de l’armement ayant été multipliée par 50 en quatre ans. Des partenariats sont noués avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et plusieurs pays d’Europe. D’où l’intérêt du gouvernement Zelensky pour la poursuite d’une guerre qui, en outre, permet de faire diversion par rapport aux scandales de corruption qui se multiplient au sommet du régime.
Mais l’hypocrisie du Wall Street Journal doit être dénoncée quand ce quotidien fait mine de s’inquiéter de l’ouverture d’« un nouveau front dans deux guerres de plus en plus imbriquées ». Tout comme l’hypocrisie de ceux qui, « à gauche », dénoncent la guerre d’Israël à Gaza, mais votent trente fois au Parlement européen les centaines de milliards de crédits qui ont fait de l’Ukraine le fournisseur de technologies de guerre aux alliés d’Israël au Moyen-Orient !
Ce ne sont pas deux guerres de plus en plus imbriquées. C’est – avec sa part de contradictions internes – une seule et même guerre, menée par la classe capitaliste la plus puissante du monde, avide de se subordonner les économies qui lui échappent.
La seule position conforme à l’internationalisme ouvrier, c’est le refus de dissocier le combat contre la guerre du combat pour en finir avec le régime de la propriété privée des moyens de production qui nourrit la marche à la militarisation de toute la société. »
<fin document>
D’emblée, le premier paragraphe brouille toute compréhension claire de la crise du système international des États capitalistes, en posant une catégorie générale confuse qui s’appelle « la guerre » — et « la guerre », c’est mal, comme chacun sait. « La guerre » serait propagée par le seul impérialisme américain. La guerre de l’impérialisme russe contre l’Ukraine est ainsi noyée dans cette représentation confuse, et la place des guerres déclenchées par Trump, fuite en avant et réaction à la crise sociale qui menace de le chasser du pouvoir à Washington, causée en profondeur par l’affaiblissement des États-Unis, n’est absolument pas comprise. Il y a un mal global, c’est « la guerre », et un seul impérialisme qui sème le désordre, ce sont les États-Unis. Poutine ne joue ici aucun rôle, et aucun rôle non plus la connexion entre Trump et Poutine. C’est la nuit théorique dans laquelle tous les chats sont gris, loin de toute analyse concrète des situations.
Ce brouillard a une fonction : mettre sur le même plan Netanyahou et Zelensky, deux « supplétifs » mais qui jouent un rôle autonome. Leur rôle autonome est une réalité, et en ce sens, ce ne sont pas des « supplétifs » : D. Gluckstein résume de manière à peu près exacte ce que fait Netanyahou, à un aspect près, à savoir que Trump n’est pas son « maître » : là encore, D. Gluckstein veut passer sous silence la crise de l’impérialisme américain et nous faire croire qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil, que Washington a des valets un peu partout et tire les ficelles. Mais dans les attaques contre l’Iran de juin 2025 et de février 2026, c’est Netanyahou qui a entraîné Trump. Non pas que celui-ci soit le « maître » de Trump, mais parce que la crise à Washington lui a conféré une autonomie accrue.
Totalement différente est l’autonomie de Zelensky, et particulièrement grossier et crapuleux le procédé de D. Gluckstein, qui nie tout combat national de la part des Ukrainiens, alors que l’occupation de leurs territoires présente bien des ressemblances avec l’épuration ethnique que veut mener à bien le gouvernement Netanyahou, et Marioupol avec Gaza. Mais non, cela n’existe pas : tout ce qui existe ici serait une provocation ukrainienne agressant l’Iran !
Andrew Movchan, militant ukrainien de gauche, qui a participé à l’une des flottilles de solidarité se dirigeant vers Gaza et été arrêté par l’armée israélienne, explique très simplement comment tous les Ukrainiens comprennent l’opération visant un navire iranien en mer Caspienne :
« La République islamique est complice de l’invasion de l’Ukraine par la Russie depuis le tout début. Téhéran fournit des armes à la Russie. Il s’agit notamment de drones à longue portée de type Shahed, devenus l’une des principales causes de décès de civils à l’arrière du front.
L’Ukraine a ses propres raisons de frapper les navires iraniens à destination de la Russie ; elle n’a certainement pas besoin d’instructions d’Israël pour le faire. Le mobile de l’Ukraine est simple : protéger ses citoyens des attaques russes.
On peut certes s’interroger sur la nature militaire de la cargaison du navire et sur la légitimité de la cible, mais pas sur l’autonomie de l’Ukraine dans ses décisions. Si les États-Unis et Israël avaient pu, d’une manière ou d’une autre, contraindre l’Ukraine à entrer en guerre contre l’Iran, ils l’auraient fait depuis longtemps.
L’Ukraine n’a aucun intérêt à une guerre contre l’Iran ; son intérêt direct réside dans une résolution pacifique et la réouverture du détroit d’Ormuz, afin que la Russie ne puisse pas tirer profit de la flambée des prix du pétrole.
Il est dans l’intérêt direct de l’Ukraine que les États-Unis ne dépensent pas des sommes astronomiques dans une guerre contre l’Iran — des sommes qui ont déjà dépassé le montant total de l’aide reçue par l’Ukraine sous l’administration précédente.
La seule chose que l’Ukraine attend de l’Iran, c’est qu’il cesse de fournir des armes alimentant l’invasion criminelle russe et de contribuer aux souffrances de la population ukrainienne. Rien de plus. »
D. Gluckstein ignore totalement, et délibérément, la réalité de l’agression iranienne contre l’Ukraine, l’Iran étant ici le supplétif, avec la Corée du Nord, de l’impérialisme russe. Mais D. Gluckstein a-t-il trouvé tout seul la calomnie qu’il lance ici, non pas principalement contre Zelensky, mais contre la nation ukrainienne en lutte contre l’impérialisme ?
La question se pose en effet, car le thème qu’il reprend ici circule largement dans la stalinosphère et la poutinosphère, ainsi que dans les milieux fascistes à la manière de Soral : ce serait Israël qui aurait sollicité l’attaque ukrainienne, et Zelensky, dans ces écrits, est, comme l’écrit Gluckstein, le second « supplétif » de Washington, car il a un point commun avec Netanyahou … comme juif. D. Gluckstein évite ce thème, mais partage la représentation fondamentale : l’impérialisme unique, c’est Washington, et Israël et l’Ukraine sont ses agents provocateurs. C’est là une position impérialiste, celle de l’axe Moscou-Téhéran, largement partagée aussi dans les milieux MAGA et indissociable de l’antisémitisme.
D. Gluckstein dénonce comme d’infâmes hypocrites quiconque défend le peuple palestinien mais défend aussi le peuple ukrainien. C’est lui l’hypocrite : il appelle au désarmement des Ukrainiens, dont à leur défaite face à l’impérialisme russe. Il n’est pas neutre, il a un camp – impérialiste. Sa défense autoproclamée des Palestiniens tombe donc sous sa propre accusation d’hypocrisie, car elle n’est que l’alibi de cette orientation pro-impérialiste.
Orientation pro-impérialiste qui culmine dans un quasi-appel à détruire la capacité militaire ukrainienne : le « complexe militaro-industriel ukrainien » doit être détruit, par la force si nécessaire, telle est la conclusion incontournable que cet édito provocateur tend à suggérer. Il s’inscrit, répétons-le, dans une thématique que les réseaux russes font circuler dans la fachosphère et la stalinosphère. Dans une « université communiste » tenue récemment en Grande-Bretagne, un thème central était : « l’Ukraine, Israël de l’Europe contre la Russie » ! Alors que les territoires occupés le sont par la Russie !
Quelle hypocrisie de dénoncer « la guerre » en appelant en fait à l’écrasement militaire de l’Ukraine ! Quelle hypocrisie de se présenter en bon apôtre de « l’internationalisme ouvrier » !
C’est d’union sacrée qu’il s’agit ici : union sacrée contre l’Ukraine, avec la pire réaction au plan mondial, y compris de larges secteurs MAGA et trumpistes. Dans la réalité concrète où, quelle qu’en soit sa conscience, vit et existe D. Gluckstein, où est donc « le refus de dissocier le combat contre la guerre du combat pour en finir avec le régime de la propriété privée des moyens de production qui nourrit la marche à la militarisation de toute la société » ?
En dissociant la « lutte contre la guerre » du combat des peuples contre l’impérialisme russe, en faisant du même coup du soutien à la lutte du peuple palestinien un alibi hypocrite qui dessert les Palestiniens, D. Gluckstein se dissocie bel et bien de ce qui n’est plus, ici, que phrase ronflante sur le « régime de la propriété privée » et la « militarisation de la société », et, en pensant se préparer à soutenir bientôt le prétendu État ouvrier chinois contre Washington, il soutient ici et maintenant la réalité impérialiste présence du partage multipolaire entre Trump, Poutine et Xi.
C’est exemplaire. Ce serait anecdotique s’il ne s’agissait que de Gluckstein. Mais il montre ici, avec une hypocrisie d’autant plus crue qu’elle est illuminée de formules faussement « marxistes » tels les lampions les jours de fêtes, la forme contemporaine véritable du ralliement à l’ordre international existant, autrement dit : l’union sacrée.
VP, 11/08/2026.
Publié le 12.08.2026 à 09:56
Urgence sociale et climatique contre calendrier de la V° République. Editorial du 12 août 2026.
100 scientifiques ont, début juillet, lancé un appel « pour une loi d’urgence climatique », suivi d’une pétition, exigeant notamment l’interdiction de nouveaux financements d’entreprises françaises visant à extraire charbon, pétrole ou gaz, la suppression des subventions aux énergies fossiles, la reconnaissance du crime de « globocide ». Leur tribune cible à juste titre la firme Total, dont les profits dépassent tous les records cette année, et son PDG Patrick Pouyanné.
Leur exigence s’adresse donc au pouvoir légiférant, l’Assemblée nationale, et à l’exécutif pour qu’il ne mette pas de bâtons dans les roues de l’urgence vitale. De même, l’appel « Qui aurait pu prédire … » à manifester en masse le 26 septembre, que soutient et relaie Aplutsoc, s’adresse dans ces termes à l’Assemblée nationale, au gouvernement et à Macron :
« Nous ne venons pas vous demander de nous plaindre. Nous venons vous demander des comptes. Nous exigeons un plan d’urgence, parce que l’été prochain sera plus chaud que celui-ci. »
Ne pas attendre l’été prochain. Donc ne pas attendre les présidentielles. Exiger, imposer, réaliser. Maintenant. C’est vital.
Urgence, exigence, légiférer maintenant : soulignons la similarité de la démarche avec la Coalition féministe et enfantiste, ou Collectif « loi intégrale », dont les manifestations où les femmes ont fait irruption ont marqué le mois de juin : les 10 points mis en avant constituent une exigence adressée à l’Assemblée nationale, non satisfaite à ce jour malgré la mise en route d’une proposition de loi que l’union des droites du RN aux ex-macroniens a voulu détourner vers la seule dimension sécuritaire.
Le dirigeant parlementaire de LFI et président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, a par ailleurs réitéré ce 3 août sa demande d’une réunion extraordinaire de l’Assemblée fin août pour décider d’une loi de finance rectificative pour augmenter les crédits de lutte contre les incendies et aborder l’urgence climatique.
Oui, il y a urgence, et donc urgence à légiférer. La majorité relative des députés élus au titre du Nouveau Front Populaire en juillet 2024 pourrait et devrait, conformément au mandat populaire de ses électeurs, mettre cela en avant, censurer le gouvernement comme l’avait proposé le groupe écologiste début juillet, et mettre tous les autres députés au pied du mur des décisions législatives urgentes à prendre tout de suite.
Mais l’on sait que cette majorité relative s’est affaiblie elle-même par la division et que la majorité des députés PS début juillet, contre le vote du propre premier secrétaire de ce parti Olivier Faure, avait décidé de ne pas affaiblir l’exécutif de la V° République.
Dans cette Assemblée nationale, s’est dessinée une majorité non élue comme telle, car en juillet 2024 les électeurs n’ont pas voté pour elle et tout au contraire ont fait barrage au RN : une majorité RN/UDR/LR/Horizons, allant plus ou moins au-delà parmi les ci-devant macroniens.
Cette fausse majorité parlementaire illégitime s’est manifestée frontalement en votant en pleine catastrophe thermique une prétendue loi d’urgence agricole permettant à la mafia des Duplomb de polluer et préemptant les réserves d’eau pour les magnats de la FNSEA, alors que l’eau est rationnée.
Cette fausse majorité illégitime est celle que le premier ministre Lecornu cherche à avoir pour le prochain budget de 2027, qui sera un budget de guerre sociale contre les besoins vitaux et les services publics.
Ainsi donc les urgences, climatique, sociale, démocratique, féministe, les besoins majoritaires, se heurtent immédiatement à un exécutif illégitime et à une majorité parlementaire qui n’a jamais été élue comme telle. L’urgence et la colère vont monter jusqu’au 26 septembre et au-delà contre le vote du budget.
A qui fera-t-on croire que tout cela dépend des présidentielles six mois plus tard ? C’est l’inverse. L’attente des présidentielles et les présidentielles elles-mêmes ont pour fonction de faire passer ces mesures antidémocratiques et de relancer la V° République, si possible avec un exécutif de combat unissant RN et droites, sous l’égide de Trump et de Poutine. Si on attend en « faisant campagne » c’est ce qui va se passer.
C’est en n’attendant pas qu’on empêchera cela et pas autrement, en exigeant tout de suite les lois d’urgence conformes aux besoins majoritaires. Le sort de la présidentielle, ses résultats, se jouent d’abord là !
L’exigence majoritaire se heurte et va se heurter aux atermoiements et à la division des députés élus au titre du NFP et à la fausse majorité RN/UDR/LR/Horizons/Attal, conduisant tout partisan conséquent de la démocratie à une conclusion logique : il faut élire une Assemblée souveraine qui légiférera réellement, dès maintenant si possible, sinon en même temps que la présidentielle ou juste après.
En raison des conditions climatiques et sociales, ce scrutin législatif est et sera le spectre qui va hanter les présidentielles. Macron a déjà dû démentir les rumeurs lui prêtant l’intention de dissoudre à nouveau avant le 18 avril (1° tour de la présidentielle). Et tout le monde s’attend à ce que l’élu ou l’élue du 2 mai 2027, si les choses vont jusque-là, dissoudra – bien entendu pour avoir une Assemblée à sa botte, mais il pourrait en aller autrement !
Si l’affrontement social et climatique se généralise et se centralise, c’est bien vers une assemblée souveraine, constituante, qu’il faudra nous orienter, en finissant avec le RN et la V° République, dans le même mouvement !
Publié le 11.08.2026 à 19:20
Nous reproduisons le communiqué daté du 7 août 2026, publié par Femmes Solidaires. Ce document dénonce la répression subit par les femmes salariées de la région de Gawani en Éthiopie, à la suite de manifestation pour réclamer des arriérés de salaires, impayés depuis un an.
Cette situation de répression anti-ouvrière et anti-femmes réclame des prises de position de solidarité de toutes les organisations du mouvement ouvrier.
Femmes-Solidaires_cp_Arrestations-femmes-Gawani-manif-paiement-salairesTéléchargerPublié le 11.08.2026 à 16:30
Si Mélenchon veut gagner … par VP.
Le 29 juin dernier, Jean-Luc Mélenchon a rencontré le groupe France Industries dans un « diner discret » dont toute la presse a fait état. France Industries est officiellement un lobby patronal, créé récemment en 2018, se désignant comme « la représentation unifiée de l’industrie française », et selon le Parisien les représentants de Dassault, Thalès, et Renault, donc le cœur des secteurs de l’armement et de l’automobile, ont tenu à être du repas. Précisons que ces « industriels » sont, tout comme les agro-industriels, avant tout des capitalistes financiers.
Dans la foulée, on apprenait que le MEDEF a convié les candidats suivants à le rencontrer publiquement le 27 août prochain : Le Pen, Retailleau, Philippe, Attal, Gluksmann (bien que celui-ci ne soit pas encore officiellement candidat définitif), et J.L. Mélenchon. Jusque-là, celui-ci expliquait depuis 2012 que les rencontres avec le MEDEF, c’était bon pour le PS.
Selon lui, sa discussion avec les patrons, complétant sans nul doute d’autres rencontres plus officieuses, se serait faite sur un terrain excellent : une « vraie discussion » sur leurs relations réciproques quand il sera président.
Si cela nous indique, au cas où on se serait imaginé le contraire, que J.L. Mélenchon n’a pas l’intention d’exproprier les grands capitalistes, cela veut-il dire que les patrons des principaux trust industriels français pensent quant à eux sérieusement à Mélenchon président ?
Rien n’est moins sûr : ce qu’ils accréditent là est sa candidature, qui occupe bien le terrain dans le cadre de la division à gauche, ce qui explique que le MEDEF invite aussi R. Glucskmann, lequel représentera la « gauche non mélenchoniste » qu’il en soit, au final, le candidat, ou pas.
Selon les militants de LFI, le but de Mélenchon est de gagner, donc de battre au passage le RN qui est aux portes du pouvoir. Mais qu’en est-il pour Mélenchon lui-même ? Veut-il gagner ? En réunit-il les conditions ?
Cette rencontre avec les patrons ne répond pas à la question, car ce n’est pas dans cet électorat, au demeurant réduit, mais influent, qu’il fera des voix. Incontestablement, J.L. Mélenchon est au moment présent le plus fort des candidats de gauche.
En dehors de lui, nous avons d’une part les soi-disant « sociaux-démocrates » qui entendent poursuivre la politique antisociale de Hollande et du produit de Hollande que fut Macron. Si Glucksmann a l’acquis du soutien que lui a porté le PS lors des Européennes et du bon résultat que, sous l’impact populaire de la question ukrainienne, cette combinaison lui a procuré en juin 2024, sa candidature à la présidentielle n’est pas de même nature, car elle implique non que le PS le porte, mais que le PS se soumette au candidat. D’autres « sociaux-démocrates » sont sur les starting blocs, tels que Cazeneuve, etc., et, à part et il faudra peut-être y revenir, Ségolène Royal.
Finalement, tout le monde sait très bien que François Hollande décidera, sans doute début décembre, s’il entreprend de liquider tous les autres, bénéficiant de son statut d’ancien président de la V° République, qui, dans ce régime, est un facteur décisif, quitte à se retirer, ou pas, ensuite, pour Edouard Philippe, selon les rapports de force.
La fonction des candidatures « sociales-démocrates » a été essentiellement, à ce jour, d’interdire au PS de s’inscrire dans quelque tentative de processus unitaire que ce soit, d’affaiblir ainsi le Nouveau Front Populaire et donc de placer à nouveau ce parti et ses réseaux d’élus locaux devant le choix d’exister à gauche ou d’aller vers sa liquidation. Ce qui, il faut bien le dire, a été très utile à la stratégie de J.L. Mélenchon.
Le projet de primaire, porté notamment par Olivier Faure et par l’APRES, a fait long feu avec le vote court d’un petit nombre d’adhérents du PS – moins de 13 000 …- le 9 juillet dernier. Ce projet ne pouvait réussir qu’en se reliant aux luttes sociales et à la question des législatives, ce qui ne fut pas le cas. Son effacement a entrainé, de manière claire et honnête, le retrait de la candidature de Clémentine Autain, et placé en crise la candidature théoriquement maintenue de Marine Tondelier pour les Ecologistes. François Ruffin avait annoncé par avance se maintenir en l’absence de primaires, mais ses 500 signatures d’élus ne sont pas acquises. Potentiellement il peut représenter un certain danger pour J.L. Mélenchon, sur une ligne largement similaire sur le fond.
Par ailleurs, dans une sorte de fuite en avant qui interroge, le vote interne du PCF, quoi que partagé et diversifié dans le détail, a validé l’hypothèse d’une candidature de Fabien Roussel. Rappelons que, dans les représentations ayant court à LFI, c’est un complot mettant en avant Benoit Hamon en 2017, et un autre complot propulsant Fabien Roussel en 2022, qui, seuls, expliquent que Mélenchon ne soit pas allé au second tour où il aurait immanquablement gagné à la place de Macron face à Marine Le Pen (2022 : Le Pen 23,15%, Mélenchon 21,95%, Roussel 2,28%). Mais lorsque les adhérents du PCF avaient opté pour cette candidature en 2021, c’était l’expression d’une volonté d’exister en tant que parti indépendant relevant du mouvement ouvrier. Aujourd’hui, ceci apparaît comme une fuite en avant droit dans le mur.
Pour compléter le tableau, plusieurs candidatures pour « témoigner » et montrer au public qui sont les « révolutionnaires » sans servir à rien, voire soutenir Poutine contre les peuples, se préparent : la candidature de LO, véritable institution de la V° République, est rodée et acquise, le NPA-R et Révolution Permanente vont tenter le coup, apparemment pas le PT mais on verra.
Le NPA-A aurait pu mener un combat pour l’unité pour gagner, mais s’est préalablement, et sans rien avoir en échange, désisté pour Mélenchon, qu’il prend pour l’expression d’une chose appelée « la radicalité », j’y reviendrai.
Il est clair que la disproportion est totale entre toute cette poussière et la candidature Mélenchon, très forte de la faiblesse de toutes les autres, et d’autant plus faibles qu’elles sont nombreuses, à gauche. Mais une telle disproportion ne fait pas la victoire, reposant sur la faiblesse des autres. Quelles sont les forces propres de la candidature Mélenchon ?
Il dispose d’une base conséquente qu’il appelle désormais « le nouveau peuple », qui correspond à la population et à la jeunesse des villes de banlieues et, dans une moindre mesure, des centres-villes, et s’identifie, en termes d’images, à la population d’origine immigrée des banlieues, bien qu’en réalité l’attitude électorale majoritaire de cette dernière soit l’abstention, suivie du vote Mélenchon qui, en effet, y écrase tous les autres.
Au mieux, la mobilisation de cette base sociale et électorale le met entre 10 et 15% et ne suffit pas à elle seule. La condition d’un passage au second tour est un vote de gauche unitaire et défensif plus large en sa faveur. Ce qui ne va pas de soi, et, surtout, a déjà une histoire sur laquelle il nous faut rapidement revenir.
En 2012, la candidature Mélenchon était celle du Front de gauche, réunissant des secteurs issus du PS, le PCF et quelques autres, et apparaissant comme un regroupement unitaire susceptible de s’agrandir, pour mener une politique de gauche réelle, en rupture avec ce que l’on appelait le « social-libéralisme ». Avec 3 984 822 voix, 11,1%, en quatrième position, elle faisait un bon score, et le désistement immédiat, pour battre Sarkozy, de Mélenchon en faveur de Hollande fut un facteur clef de la défaite de Sarkozy, sans s’attendre à une politique de Hollande répondant, fut-ce a minima, aux besoins sociaux.
Et comme cette politique fut bien pire encore, Mélenchon, alors représentant des courants de gauche souhaitant « refaire une vraie politique de gauche », avait un boulevard, et pouvait sérieusement envisager gagner en 2017.
Mais c’est alors qu’il prit son tournant « populiste » et lança LFI. Le mot « radicalité », cher au NPA-A, recouvre la confusion entre une orientation « réformiste de gauche et unitaire », celle de 2012 sans laquelle Mélenchon n’aurait pas été lancé comme présidentiable, et le choix du populisme en rupture avec le mouvement ouvrier, la gauche et la démocratie, opéré depuis 2016.
Le Front de gauche fut liquidé, le PCF ne voulant pas d’un cadre unitaire permanent et large et Mélenchon entendant y substituer la « construction du peuple » par un mouvement sans courants ni orientations, tout entier voué au Chef, lui. Les apparences sont qu’ainsi, il est passé à 7 212 951 voix, 19,58%. Mais les apparences sont fausses : ce n’est pas la proclamation de la « France insoumise » et l’orientation populiste qui expliquent ce résultat, c’est l’amplification du regroupement spontané, unitaire, pour gagner à gauche, amorcé en 2012 et produit par le rejet de la politique de Hollande, qui y a conduit. Cependant, l’orientation populiste et le refus d’appeler à l’unité ont freiné cette poussée, car Mélenchon ne pouvait qu’être gagnant à appeler à l’unité avec Hammon (6,38%).
Dans la poussée populaire du vote Mélenchon de 2022, les couches prolétariennes et précarisées tenaient une grande place. Or, en 2018-2019, le mouvement des Gilets jaunes fut la plus grande explosion prolétarienne en France depuis la grève générale de mai-juin 1968, et on pouvait penser que le discours « populiste » de Mélenchon en 2017 devait aller à sa rencontre. Or, ce ne fut absolument pas le cas, pour une raison de fond : Mélenchon visait la présidence de la V° République et pas son renversement, sur lequel s’orientait initialement, de façon révolutionnaire, le mouvement des GJ marchant sur l’Elysée.
Les présidentielles de 2022 se présentaient donc, au départ, moins favorablement et plus dangereusement, la déception des GJ laissant, une fois la fraternité des ronds-points partie et l’atomisation revenue en force, le vote RN s’étendre dans ce qu’il est convenu d’appeler la « ruralité ». A Aplutsoc, nous avons alors opté pour le boycott actif, avec des camarades issus du PCF comme Pierre Zarka et Pierre Goldberg, jugeant que la recherche par le mouvement réel d’une nouvelle offensive sociale ne pouvait pas passer par le piège de la présidentielle, mais seulement le contredire.
Mais les conditions créées par l’irruption de la guerre à grande échelle en Europe, le 24 février 2022, ont déterminé la masse de l’électorat de gauche, principalement socialiste ou abstentionniste, à voter Mélenchon au premier tour pour éviter à tout prix une victoire possible de Marine Le Pen face à Macron au second tour (Macron 58,8%, Le Pen 41,45% : l’élection de Marine Le Pen est désormais une possibilité réelle), et avec l’espoir de le porter au pouvoir malgré toutes ses contradictions déjà largement ressenties.
Dans ces conditions, Mélenchon obtenait 7 712 520 voix, 21,95%, soit la grande majorité des voix de gauche (Jadot 4,43%, Roussel 2,28%, Hidalgo 1,75%, Poutou 0,77%, Artaud 0,56%).
Ce vote utile massif a masqué les pertes importantes, par rapport à 2017, dans les couches les plus populaires et précarisées, au profit de Marine Le Pen et de l’abstention, dans l’électorat de Mélenchon, en recul profond dans ce que l’on appelle « la ruralité ». Par exemple, dans une très ancienne petite ville industrielle, bastion syndical et socialiste autrefois, Commentry, Mélenchon en tête en 2017 est passé largement derrière Le Pen en 2022, alors que le maire menant une politique ouvrière et démocratique sera réélu en 2026.
Une politique non pas populiste, mais unitaire et démocratique, associant le soutien à l’Ukraine comme à la Palestine (la Palestine réelle, pas le fétiche « Palestine »), un fonctionnement démocratique, une opposition sincère au bonapartisme, au présidentialisme et à l’autoritarisme, de la part de Mélenchon, qui pouvait virtuellement se développer à partir de 2012, aurait assuré sa victoire, sinon en 2017, du moins en 2022, voire avant lors de la crise des Gilets jaunes.
Mélenchon a eu droit à des exposés, jeune, sur le front unique ouvrier quand il était à l’OCI, en 1969-1973. Toute son orientation repose sur le refus de cette méthode, parce que le populisme repose sur l’ego, le principe du chef, et la sélection d’une cour composée exclusivement d’imbéciles, ou, ce qui revient au même, d’intelligents qui font les imbéciles en présence du chef, renouvelée et maintenue en fidélité par des purges périodiques.
Compte tenu du capital politique accumulé même s’il n’en veut pas : la dynamique unitaire de rupture à gauche initiale (2012), le rassemblement populaire pour une vraie politique sociale (2017), le vote utile du peuple de gauche (2022), encore aujourd’hui Mélenchon pourrait gagner. Le veut-il ? Et son orientation le permet-elle ?
Très clairement, son orientation ne le permet pas, car, outre le capital politique accumulé que je viens de rappeler, il y a aussi le passif, le lourd passif, accumulé et qui nécessiterait une orientation et des méthodes sincèrement démocratiques et unitaires pour être surmonté. Sous le premier quinquennat Macron, Mélenchon a perdu l’électorat « Gilets jaunes » largement parti chez Le Pen. Sous le second quinquennat Macron, la brutalité de facture stalinienne a continué à lui aliéner de larges secteurs à gauche, et, fait d’une immense portée symbolique, il est le candidat dont une majorité de juifs ont peur, réellement peur.
Et ce n’est pas parce qu’il dit soutenir la Palestine. Et ce n’est pas uniquement parce que la droite et les médias ont utilisé à fond l’accusation d’antisémitisme, afin, dans le même temps, de « dédiaboliser » le RN. C’est en raison de l’orientation populiste que les saillies antisémites, qui en sont une composante qu’il s’agisse du populisme mélenchonien dans sa version 2017, dite « nationale-populiste », ou dans sa version 2022, dite « décoloniale », se sont multipliées sur un terreau marqué par le soutien à Bachar el Assad, dictateur génocidaire, à Poutine, autre dictateur génocidaire, et à Xi Jinping (dictateur génocidaire).
Il ne serait pas difficile à Mélenchon, si c’était sincère, d’exprimer contrition et peine devant cette catastrophe et de retourner l’opinion : faire peur aux juifs et faciliter un vote RN parmi eux ! Ce ne serait pas difficile …
… ce ne serait pas difficile, mais le populisme autoritaire l’interdit (outre le propre fond d’antijudaïsme chrétien qui transparait dans plusieurs propos de J.L. Mélenchon).
C’est ici que prend tout son relief la provocation de Grenoble. On résume : Barbara Butch est une disck-jokeuse ciblée par l’extrême droite parce que lesbienne, grosse revendiquée, et juive. Elle a signé à un moment donné un texte pour la loi Yadan en croyant s’opposer à l’antisémitisme, puis l’a regretté publiquement. Elle a aussi animé une réception à l’ambassade de France à Tel-Aviv. La LFI a entrepris d’appeler à lui pourrir ses concerts parce que « c’est une sioniste », avec à Grenoble un tract représentant un drapeau LGBT ensanglanté frappé de l’étoile de David. Bref, toute l’imagerie antisémite a été, inconsciemment on peut le supposer, mobilisée pour une agression organisée de son concert. Depuis, la gène monte largement dans des secteurs de LFI, mais Mélenchon observe un silence olympien, là où il lui serait si simple de dire « c’était une connerie ».
Ce n’est pas tout : des témoignages sur la dimension masculiniste et homophobe évidente du petit chef local de LFI à Grenoble se multiplient. Une photo suffira amplement.
Que ce soit volontaire ou non, nous sommes là dans le registre de la main tendue à Soral et compagnie, qui se félicitent d’ailleurs de ce genre d’exploits de la part de LFI – le registre de la convergence « antisioniste » « des beaufs et des barbares », comme le théorise Houria Bouteldja, c’est-à-dire l’alliance rouge-brune : pour le dire tout net, la contamination fasciste.
Tout cela, faut-il le préciser, n’a strictement rien à voir avec les Palestiniens, et tout à voir avec un univers de signaux codés et de sous-entendus qui sont en parfaite cohérence avec le soutien à Bachar el Assad et autres. Bref, nous avons là une main tendue vers une certaine extrême droite.
En parfaite cohérence aussi avec le masculinisme des milieux « opposants russes » que Mélenchon et LFI se prévalent de soutenir. Et avec la culture qui n’a plus rien de « trotskyste » que la garde prétorienne veillant au plein contrôle de LFI, qu’est le POI, de plus en plus poutinien et stalinisant, entretient – rappelons que la promotion du POI dans les sphères dirigeantes de LFI s’est faite en 2022 lors de son soutien à Adrien Quatennens sur une question de violence conjugale …
C’est donc pour des raisons de fond – l’attachement viscéral au populisme et au bonapartisme autoritaire, dont l’anticapitalisme tronqué, pour qui mange avec les patrons du lobby France Industrie, nécessite des ennemis que sont « les sionistes » – que J.L. Mélenchon se garde bien de dire quoi que ce soit de cette affaire de Grenoble, laissant Houria Bouteldja et plein d’autres répéter à tue-tête que ce ne fut qu’un « non-évènement » monté en épingle par « les merdias ».
Mais ce faisant, J.L. Mélenchon perd des voix, et ne peut pas ne pas le savoir. Le soupçon d’antisémitisme, fondé car il joue avec et ne fait rien pour le dissiper réellement, le soutien aux dictateurs sanguinaires, les méthodes antidémocratiques, la violence des petites frapettes machistes, tout cela est de plus en plus connu par un peuple de gauche qui n’est pas composé d’idiots qui voteront toujours utile quoi qu’il arrive, mais qui a une mémoire, celle de ses défaites, causées par le stalinisme et le social-libéralisme, et qui veut la démocratie.
Vous aurez remarqué une chose : je ne fais pas de la recherche des voix musulmanes le moteur du jeu malsain du mélenchonisme avec l’antisémitisme. Que, comme bien d’autres avant eux, de droite à gauche, des cadres locaux LFI passent des alliances avec des mouvements religieux antilaïques, antidémocratiques et antiféministes, et que ces menées possibles soient d’autant plus confortées par la théorisation populiste sur le « nouveau peuple », est une chose, mais cela ne veut pas dire que la cause des dérives mélenchoniennes proviendrait, en somme … de son adaptation aux musulmans !
Cette adaptation supposée a d’ailleurs des limites évidentes, car, comme l’ensemble des travailleurs, des jeunes, des précarisés, de ce pays, les musulmans ont besoin de l’unité pour gagner contre le racisme, les politiques antisociales, le RN et la V° République.
Non, la source de toutes les dérives autoritaires, masculinistes, antisémites, n’est pas à la base dans l’électorat d’origine immigrée considéré, pas toujours à raison d’ailleurs, comme musulman, elle est dans l’orientation populiste rompant avec le mouvement ouvrier, la gauche et la démocratie, choisie par Mélenchon en 2015-2016 quand il s’est pris pour le Chavez français.
Que ce soit avec un Kuzmanovic qui emmenait Mélenchon à Moscou en 2018 dans l’espoir déçu d’être reçu par Poutine, ou avec un Kotarac passé au RN quelques jours après avoir été félicité par Chikirou pour sa participation à une conférence en Crimée occupée avec tout le gratin de l’extrême droite, ou, à présent, avec une Houria Bouteldja et autres « indigénistes », que ce soit, donc, dans sa version tricolore ou dans sa version « métissée », le populisme et le type de mouvement que veut être LFI n’ont pas varié, et conduisent donc aux mêmes dérives, et déterminent la même politique internationale, j’y reviendrai, le tout applaudi dans tous les cas par la garde prétorienne POI.
Ce que j’écris là peut faire de la peine ou hérisser des militants sympathiques et sincères de LFI qui sont la majorité, lesquels d’ailleurs ont appris à éviter les situations internes lourdes de conflits et de purges. Sur les réseaux sociaux, il est frappant de constater que la violence, dans une large mesure fondatrice, de LFI en 2017 (ce fut le lieu principal d’apprentissage du populisme autoritaire, et ce n’est pas là que les voix ont été massivement gagnées !), revient en force et en mode absolutiste : ralliez-vous à nous car hors de nous pas de salut, taisez-vous et obéissez. Mélenchon a fixé novembre 2026 comme date limite des ralliements inconditionnels, comme par hasard juste avant le moment où Hollande annoncera sa propre candidature.
Alors que la situation dans le PCF, chez les Ecologistes, et y compris dans le PS, permettrait à une organisation démocratique menant une politique unitaire pour gagner d’y rallier de larges secteurs, LFI découpe et suscite l’autoproclamation de factions ralliées à « la seule solution », comme « les Verts populaires » – où Sandrine Rousseau, dont on connait la sensibilité au machisme, est interloquée par le fameux « non-évènement » de Grenoble. Là où pourrait aller de l’avant la marche de l’unité pour gagner, nous avons la stratégie du salami à la stalinienne.
La masse du peuple de gauche n’est pas née de la dernière pluie et elle ne ralliera pas une injonction à la soumission, car elle est réellement, elle, insoumise, et c’est comme telle qu’elle peut se rassembler.
Donc, il résulte de tout ce qui précède que le rassemblement unitaire de premier tour, permettant d’accéder au second tour, est loin d’aller de soi pour Mélenchon. Au contraire, il a réuni à ce jour les conditions pour que, le moment venu, François Hollande ait un espace. Cela, alors que la victoire du NFP en 2024 et le programme adopté par celui-ci avaient montré que l’unité pour gagner était possible, et non pas la division entre deux vieux mâles présidentiables, parfaitement modélisés sur les institutions de la V° République.
A supposer que cet obstacle soit franchi, la question du second tour elle aussi se présente mal. On le sait, les sondages donnent Mélenchon plus mauvais candidat possible face à Marine Le Pen. Bien sûr, les sondages valent ce qu’ils valent. Il y a tout de même là une terrible ironie de voir des militants LFI entrainés à dénoncer le « barrage », la « gauche castor », l’appel à s’aligner pour éviter de mettre le RN au pouvoir, et dont les imprécations à ce sujet traduisaient aussi un réel ras-le-bol de la base contrainte à la « discipline républicaine » et à voter pour le moins pire face au pire, miser désormais sur cette discipline et se tenir prêts à qualifier de traitres tous les réticents, tous les hésitants et tous les honteux, leur enjoignant, une fois de plus, la soumission.
Mais l’analyse anticipée d’un éventuel second tour Le Pen/Mélenchon doit être faite sur la base de données plus profondes que les sondages et les réflexes militants.
La raison fondamentale pour laquelle la situation se présente mal, toutes choses égales par ailleurs, dans ce cas de figure, est la suivante : il est transparent, à qui veut se donner la peine de voir l’éléphant au milieu de la pièce, que ce scenario est celui sur lequel misent Poutine et, sinon l’erratique Trump, en tous cas J.D. Vance et Elon Musk, pour faire élire Marine Le Pen.
Oui, de leur point de vue, comme pour de larges secteurs du capital, Mélenchon doit servir à faire élire Marine Le Pen.
Il doit donc, premièrement, écraser, conjointement avec François Hollande (probablement), tout mouvement propre unitaire et combatif à gauche, tout aligner, et, deuxièmement, faire peur dans les chaumières par des exploits tels que la mort du jeune fasciste Quentin Derranque à Lyon ou la provocation contre le spectacle de B. Butch à Grenoble.
Dans ce jeu, les médias Bolloré (liés à Moscou) et autres, diaboliseront LFI, et les militants souffrant de cette diabolisation et indignés de se faire traiter d’antisémites seront enjoints à faire faire silence dans les rangs.
La condition pour que cela marche jusqu’au bout, en laissant de côté ici les surprises que la lutte des classes va sans aucun doute nous réserver bien heureusement, serait que Mélenchon maintienne la même ligne jusqu’au bout.
S’il paraît s’apaiser et jouer à l’homme consensuel, ce ne sera pas pour réaliser l’unité des forces sociales, démocratiques, féministes et écologistes, mais pour s’entendre avec France Industrie et faire le néo-gaulliste, sur une ligne de politique étrangère soi-disant anti-américaine et réellement favorable à l’ordre impérialiste multipolaire de Poutine, Xi et Trump – comme Marine Le Pen.
Dans un tel second tour, les forces internationales du capital – Washington et Moscou, et Beijing derrière Moscou – miseront sur Le Pen dans l’espoir d’avoir en France une V° République forte écrasant les luttes sociales et démocratiques, et les grands capitalistes français, France Industrie comprise s’alignant avec le MEDEF sur la voie tracée par la FNSEA, suivront. Le gros des forces médiatiques et financières fera passer Le Pen.
Je le dis clairement et hautement tout de suite : dans ce cas de figure, je serai pour appeler à voter Mélenchon, contre Mélenchon, contre ce piège, parce que la situation sera plus instable pour le capital, malgré lui, s’il était élu, chose peu probable, dans ces conditions. Et il faudra, dans les organisations syndicales, prendre les mêmes précautions de sécurité et de préservation quel que soit le résultat !
Mais la lutte des classes est tout à fait capable de nous éviter ce mauvais film, et en particulier, vu les exigences climatiques et féministes adressées actuellement à l’Assemblée nationale, elle est capable de mettre au centre autre chose que l’élection présidentielle : l’élection d’une assemblée souveraine adoptant les lois d’urgence climatique et sociale dont la majorité a besoin.
Si Mélenchon voulait gagner, battre le RN et en finir avec la V° République, outre les petites phrases sincères qu’il saurait émettre sur la tragédie de la peur juive envers lui, il ferait deux choses :
- en politique internationale, mettre le soutien à l’Ukraine et le combat pour renverser Trump et Poutine au centre (et ce serait là d’une utilité réelle, immédiate, pour les Palestiniens !) ;
- -en politique nationale, appeler toutes les composantes du NFP à se réunir pour imposer la loi d’urgence climatique et défaire le budget que prépare Lecornu avec le RN, l’UDR, LR, Horizons et Renaissance, et exiger des élections législatives pour une assemblée souveraine et constituante appelée à en finir dans ce pays avec la monarchie présidentielle, 237 ans après 1789.
Unité, démocratie, rupture avec toutes les dictatures, et il gagnera, mais alors il ne gagnera pas comme sauveur suprême, mais comme simple mandataire de l’euthanasie de la V° République.
Mélenchon veut-il cela ? Manifestement non puisqu’il n’en prend pas la voie. Mais alors, vers quoi se dirige-t-il ? Que signifierait un résultat qui serait le RN au pouvoir avec une opposition de gauche sous hégémonie de LFI inchangée ? Qu’est-ce que Poutine et Vance peuvent espérer de mieux que Le Pen présidente et Mélenchon tyranneau de l’opposition de gauche ? Ce serait là une défaite sociale radicale. Et la similarité de leurs politiques étrangères laisserait, de plus, ouvert le champ des cohabitations rouge-brunes à la manière du petit chef de Grenoble …
Nous n’en sommes pas là. La colère s’accumule dans le pays, elle risque de déferler en septembre et de tout bousculer. Dans l’affrontement social, la politique de front unique, de front commun pour organiser des comités d’action, interpellera Mélenchon sans se soumettre à lui. C’est le contraire, c’est de lui qu’il faut exiger la soumission à la volonté populaire et démocratique. S’il faut le mettre au pouvoir, on ne demandera pas gentiment, on imposera, en toute indépendance.
Mais, en politique, il ne faut jamais postuler des impossibilités existentielles. Je le dis avec force pour conclure cet article : si Mélenchon rompt avec le poutinisme en politique internationale, avec le refus de la confrontation unitaire des courants politiques, s’il s’écarte du populisme antidémocratique et renoue avec la lutte des classes, alors la victoire est certaine. Certaine. C’est là un gros argument, non ?
Vincent Présumey, le 11 août 26.
Publié le 10.08.2026 à 23:43
« Cinquième canicule » ou catastrophe thermo-capitaliste ?
« La cinquième canicule » de l’année 2026 est donc là. Depuis un moment, je suis réticent à écrire « canicule », car il ne s’agit pas d’un évènement ponctuel ou exceptionnel, mais bien d’une catastrophe thermique globale, qui frappe – c’est peut-être là le fait le plus nouveau car l’Inde et d’autres parties du monde ont déjà eu leur compte et plus que leur compte – surtout l’Europe occidentale, et très violemment la France, la Grande-Bretagne, la péninsule ibérique et le Bénélux.
Je crois que même dans notre vie quotidienne perturbée et pénible, nous, les gens, ne comptons plus en « canicules ». Elles s’enchainent de manière continue et ce que l’on sait du « phénomène El Nino » qui arrive interdit d’envisager que cela se calme, et fait craindre un emballement de plusieurs semaines voire plusieurs mois. El Nino est un réchauffement cyclique, mais irrégulier, des eaux de surface du Pacifique central et oriental, qui assèche l’Asie du Sud-Est et arrose l’Amérique latine, perturbant l’ensemble de la circulation atmosphérique mondiale. Le réchauffement rend El Nino plus irrégulier et plus puissant. Il est difficile de dire quel sera son effet sur nos « canicules » n° 6, n° 7, etc., mais il y en aura un …
Les mots sont importants : ce ne sont pas là des « épisodes », comme le dit la télé, c’est une crise globale, qu’un retour de la fraicheur et des précipitations, qui aura lieu plus ou moins trop tard, et sera, lui aussi, un « épisode », ne terminera pas.
Cette crise globale, entièrement prévue par les scientifiques et par le GIEC (Groupe International d’Etudes sur le Climat, constitué en 1988), est entièrement causée par la combustion des fossiles hydrocarbonés sur laquelle repose depuis près de trois siècles le mode de production capitaliste. L’histoire géologique a connu des réchauffements, mais point d’aussi rapides.
D’autres dimensions que l’effet thermique, concernant notamment le cycle de l’azote et d’autres pollutions, s’y ajoutent et n’ont rien de négligeable : tout ne se ramène pas au réchauffement climatique, mais c’est bien lui, du point de vue social et politique, le phénomène massivement perçu sur lequel les affrontements vont se produire, et rapidement.
Parmi les rengaines climatosceptiques, l’une de celles qui se parait d’un déguisement scientifique nous susurrait que « la météo n’est pas le climat » et que l’aléatoire quotidien ne saurait être relié que très indirectement aux tendances globales et restait imprévisible au jour le jour – l’un des tenants les plus croquignolets de cette rengaine, assénée sous forme de sapience prudhommesque à la Monsieur Homais, « esprit fort marxiste » adoré par l’extrême droite, Denis Collin, doit finalement bien admettre, le 7 juillet 2026 (!), que « le réchauffement climatique est à peu près avéré » (à peu près …), et « on discutera » s’il est d’origine humaine, mais que, bon, on en a vu d’autres en matière de canicules, mon bon monsieur, en 1911 rappelez-vous (ça tombe bien : même Denis Collin n’y était pas !), mais c’est là l’arbre qui cache la forêt car le problème, c’est le ca-pi-ta-lis-me, bonne mère !
C’est naturellement l’inverse qui est vrai : les « cinq canicules », C’EST le réchauffement climatique et C’EST le capitalisme, indissociablement – le capitalisme : d’abord un mode de production, pas d’abord un mode de vie.
L’imprévisibilité au jour le jour en 2026 ne veut pas dire que nous ne savons pas s’il y a une relation étroite ou non entre l’évènement catastrophique et le réchauffement global, mais au contraire que l’aléa quotidien est la forme de manifestation de la tendance globale ; donc, ce que nous ignorons, c’est si nous subirons les 50 degrés en août 2026, en septembre 2026, l’année prochaine ou dans dix ans … tout en constatant l’accélération …
La catastrophe de 2026 au jour d’aujourd’hui, en France.
Selon l’agroclimatologue Serge Zaka, « … nous venons de vivre l’équivalent de près de trois canicules de 2003 au cours d’un seul été. » (et ce n’est pas fini). « Notre système alimentaire n’est absolument pas prêt à faire face au changement climatique. Nous ne devons plus le considérer comme une évolution lente et progressive qui assène une claque de temps à autre, mais comme une succession de chocs qui se répètent désormais, plusieurs fois par an. »
Par conséquent, « La situation agricole française n’est plus au bord du gouffre, comme elle pouvait l’être en 2022 : cette fois-ci, elle est dans le gouffre. Il n’est désormais plus inconcevable que nous soyons en train de vivre l’une des plus grandes catastrophes agricoles à l’échelle nationale depuis 1945, voire la plus importante. »
Le bilan provisoire, qui risque de s’aggraver, voire de s’aggraver fortement, est le suivant :
« Maïs : −40,7 % pour le maïs grain non irrigué, −25,3 % pour le maïs grain irrigué et −30,3 % pour le maïs fourrage.
Sorgho grain : −60,5 %.
Blé tendre de printemps : −30,6 %.
Blé dur : −17,6 % pour le blé dur d’hiver et jusqu’à −50,7 % pour le blé dur de printemps.
Orge de printemps et seigle : respectivement −26,5 % et −21,3 %.
Pois protéagineux : −30,3 %.
Tournesol : −19,1 %.
Soja : −24,5 %.
Pommes de terre : −42,1 % pour la pomme de terre de féculerie et −7,2 % pour la pomme de terre de conservation.
Fourrages et prairies : autour de −30 %. Dans une grande partie du territoire, l’herbe n’a quasiment plus poussé depuis mai. Si cette situation perdure, les conséquences pourraient devenir particulièrement graves pour l’élevage : manque de fourrage, consommation anticipée des stocks hivernaux, hausse du coût de l’alimentation et, à terme, risque de décapitalisation des cheptels.
Légumes : les premières estimations font état de pertes pouvant atteindre −30 à −70 % pour certaines productions et certains bassins, mais aucun bilan national officiel consolidé n’est encore disponible. »
A ce premier bilan, il est important d’ajouter l’hécatombe dans les élevages industriels de porcs et de poules, dès juin, qui se chiffre en millions d’animaux morts dans la souffrance.
Donc, « L’agriculture française traverse une grave crise. Il ne serait plus étonnant d’avoir des manques dans les rayons de nos supermarchés. »
Coup d’œil mondial.
Au plan mondial, les projections de production agricole sont totalement incertaines en raison d’El Nino et des « aléas », « évènements » et autres « épisodes » – termes dont on a vu l’usage trompeur – généralisés.
Les inquiétudes officielles de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture), reflétant le déni des Etats qui la composent, ne portent cependant pas encore sur une catastrophe climatique globale en terme de production cette année, de plus en plus menaçante, mais sur les perturbations liées à la fracturation du marché mondial, autre aspect de la crise du mode de production capitaliste : tarifs douaniers trumpiens, crise du détroit d’Ormuz, détroit de Bab-el-Mandeb et situation en mer Noire.
Dans ce registre, la crise d’Ormuz, construite par Trump, et prolongée conjointement par Trump et les pasdarans, a déjà des effets importants et en aura encore plus si elle se poursuit, car ce ne sont pas seulement du pétrole et du gaz qui passent par ce détroit, mais aussi des engrais. Le directeur de la FAO, Qu Dongyu, est d’ores et déjà affirmatif quant au fait que « les impacts observés aujourd’hui ne se limitent pas aux prix actuels, mais seront transmis aux prochaines récoltes, ce qui resserrerait l’offre de denrées alimentaires dans la deuxième moitié de 2026 et en 2027. »
Ormuz concentre 34% du commerce mondial d’urée et 23% de celui d’ammoniac. Sa place est donc ici plus importante que pour le pétrole et le gaz (20%). A noter que non seulement en Chine, mais dans les premières zones agricoles d’Europe comme les Flandres, urée et ammoniac (engrais azotés) avaient jusqu’au début du XX° siècle une source passée sous silence, mais abondante, les excréments humains, remplacés par les engrais chimiques importés et envoyés polluer les cours d’eau, nécessitant le traitement des eaux fluviales pour les agglomérations urbaines au lieu de faire pousser des légumes et des céréales, un exemple frappant d’absurdité contre-productive liée à la généralisation des relations marchandes portée par la production de capital …
La hausse des prix des engrais azotés, qui dope momentanément l’économie marocaine sans que la population n’en profite comme on l’a vu à Ceuta, et celle des hydrocarbures, pèsent sur l’industrie agraire capitaliste mondiale, notamment sur le marché du sucre, conduisant les agro-industriels brésiliens à remplacer massivement le sucre par l’éthanol comme débouché aux plantations de canne …
La production céréalière était en léger recul fin juin, les Etats-Unis s’orientaient vers une production record de maïs dont le cours plongeait à la bourse de Chicago, le lieu clef pour les prix céréaliers.
Vers la disette.
A ce stade, de manière tout à fait incertaine, on peut donc supposer que les rayons des supermarchés français seront encore pourvus en produits importés, mais nettement plus chers. Les frites, par exemple, étant donné la taille réduite des pommes de terre, seront dans quelques mois deux ou trois fois plus petites, mais pour le même prix.
La disette prendrait donc d’abord la forme de la hausse des prix et donc de la misère pour les larges couches paupérisées, et pas encore de la disparition pure et simple des denrées – en l’état actuel de ce que l’on peut prévoir.
Le prétendu « monde agricole » exige son dû.
Dans cette situation, que demande « le monde agricole » ?
Le monde agricole, ce ne sont pas les paysans, ce ne sont pas les producteurs de nourriture, ce sont les capitalistes financiers de l’agro-industrie, aux commandes de la FNSEA, bien représentés aussi dans la Coordination rurale, qui, plus orientée vers les moyens et petits producteurs pris à la gorge, fournit des troupes désespérées en soutien aux gros propriétaires et gros capitalistes du « monde rural » censés s’opposer aux « gens de la ville » à présent dénoncés comme « bobos-écolos-bios ». La FNSEA, institution véritable de la V° République supervisant les ministères de l’Agriculture, n’est pas un syndicat, mais un conglomérat de groupements de producteurs dominés par les plus riches, selon un schéma mis en place dans ce qui fut sa matrice : la Corporation paysanne du régime de Vichy.
Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, est un magnat du colza, à la tête du groupe capitaliste Avril, leader de la filière des huiles, protéines végétales et biocarburants en France, spécialisé dans les rachats de terre dans près d’une vingtaine de pays, Sénégal, Maroc, Tunisie, Belgique, Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Roumanie, Royaume-Uni, et surtout Brésil : il gagne donc sur les deux tableaux avec les accords commerciaux UE-Mercosur : comme exportateur d’agrocarburants brésiliens et en se faisant subventionner par Macron pour compenser son manque à gagner pour cause d’accord commercial !
La traite des subventions est en effet une composante essentielle des activités financières et des profits des agro-industriels français, dont un autre représentant, le célèbre et bien nommé, puisqu’il est le leader des pollueurs, Duplomb, déclarait récemment son mépris pour les « petits producteurs assistés » : les gros comme lui, qui emploient secrétaires et avocats pour faire leurs dossiers, drainent des millions d’euros d’aides européennes.
Loin de nous « nourrir », l’agro-industrie financière a préempté la production de nourriture soit par sa maitrise de la terre (le foncier), soit par son contrôle des filières bancaires (le Crédit agricole), et, élément décisif, ses liens organiques avec l’Etat et avec la Commission européenne à Bruxelles contre laquelle elle promène sa base avec ses tracteurs pour faire semblant de « défendre les paysans », au moins deux ou trois fois par an. Il s’agit de l’un des secteurs les plus parasitaires du capitalisme français.
Donc, monsieur Rousseau parle, cette année de « catastrophe climatique », mais oui mais oui, et cela pour demander – pour exiger – de l’Etat des aides par milliards, s’ajoutant à celles qui existent déjà, pour maintenir le même système. Bien entendu, il ne s’oublie pas et insiste particulièrement pour le colza !
Que s’agit-il de soutenir en réalité ? Notre nourriture dans nos assiettes ? Non. Il s’agit de soutenir les profits d’un secteur clef du capitalisme français – qui est, avec la finance pure, les armements et « le luxe », son secteur le plus important – et ses exportations : 1° rang européen et 5° rang mondial pour le blé, 8° rang mondial pour le maïs, 7° sur le sucre, 2° sur le vin, 3° sur les produits laitiers. Il ne s’agit pas de la « souveraineté alimentaire » de la France comme le disent la totalité des « hommes politiques » (Mélenchon, Roussel et Ruffin compris), mais de la compétitivité internationale de firmes basées en France. Au total, la France, très moyenne puissance impérialiste, reste, à coups d’aide de l’Etat, au 6° rang mondial des exportations agro-alimentaires.
Pour cela, les aides financières payées par les impôts de la population, et l’irrigation, vont principalement à des produits destinés à alimenter le bétail et les élevages industriels (maïs irrigué), aux agrocarburants (ne pas les appeler « biocarburants », là aussi les mots servent à tromper, ils ne valent pas mieux que le pétrole !), et à des monocultures industrielles ayant éliminé arbres et haies. La production de produits frais et de bonne qualité pour notre alimentation est plus ou moins assurée, mais mal et de surcroît, tout en étant concurrencée victorieusement par les produits transformés et addictifs néfastes à la santé, et elle l’est principalement par des moyens et petits producteurs, parfois « bios », qui ne reçoivent que moins du cinquième, en moyenne, du prix de vente au consommateur.
Tout cela pour dire que le discours sur « on vous nourrit, respectez-nous », des dirigeants de la FNSEA et de la Coordination rurale est une très mauvaise plaisanterie, et que ces pourfendeurs de fonctionnaires sont socialement parlant de véritables parasites nuisibles à grande échelle. Ils ne nous nourrissent pas, ils squattent la production de nourriture et, aujourd’hui, ils la compromettent.
La leçon de la forêt landaise condamnée.
Je n’ai pas encore abordé un aspect essentiel : la forêt.
Il y a forêt et forêt et quand Macron parle de planter des arbres, méfions-nous. Les alignements de sapins Douglas en montagne, régulièrement fauchés par des coupes claires d’une sauvagerie sans nom, sans sous-bois et sans champignons, sont une catastrophe écologique. Une partie croissante des forêts ne sont pas des forêts, mais des monocultures, exactement comme des champs de maïs.
La forêt des Landes a été imposée par le Second empire à la place des pâtures communales. Son cas est exemplaire car elle est condamnée, ce qu’il est quasiment interdit de dire, alors qu’elle l’est à brève échéance. Si cette forêt n’est pas socialisée, ce qui passe par l’expropriation de ses exploitants à commencer par les propriétaires rentiers, et en aidant les petits producteurs à se recycler, et en fait à se libérer, qu’ils le comprennent ou non, du piège où ils sont, hé bien elle va finir de brûler, c’est tout.
Un article de Médiapart dessine bien le tableau des causes sociales des incendies et de leur répétition. En effet, la forêt des Landes a déjà, en 1949, connu un incendie pire que ceux de 2022 et de 2026. Mais la nouveauté avec le réchauffement, c’est qu’elle est condamnée. Médiapart, Rémi Carayol, 7 août 2026 :
« À l’artificialisation tous azimuts des espaces, validée par les collectivités – entre 2011 et 2015 seulement, 8000 hectares de forêt ont été transformés en lotissements individuels au milieu des pins, ce qui multiplie les risques de départ de feu et complique le travail des pompiers – s’ajoute une gestion forestière aux mains de ses exploitants. Les uns renvoyant la responsabilité des incendies aux autres.
Regroupant petits propriétaires et grands groupes financiers, la filière bois y représente 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 34 000 emplois. Elle bénéficie ainsi directement aux communes les moins touristiques de la région. Leurs élus étant, pour la plupart, eux aussi propriétaires de parcelles.
Un paysagiste qui a travaillé sur le terrain après le feu de 2022 parle d’un enfermement des exploitants forestiers dans le modèle productiviste expliquant leur refus catégorique de réduire le nombre de pins plantés. « Lancés dans une course au profit qui les pousse à replanter plus tôt que nécessaire, à couper les pins au plus vite, à limiter des opérations d’entretien qui coûtent cher ou encore à rogner sur les zones qui devraient être défrichées pour en faire des pares-feux, ils et elles « auront du mal à changer d’eux-mêmes » », constate-t-il. Pour lui, seule la puissance publique pourrait les « pousser » à en sortir.
Or 90 % de la forêt des Landes est privée et le Centre national de la propriété foncière, auprès duquel les propriétaires de plus de 20 hectares doivent déposer un plan de gestion, est lui-même dirigé par des propriétaires forestiers. Même chose au niveau de ses instances régionales. « Ni les élus, ni les scientifiques, ni les citoyens n’y ont leur mot à dire », dénonce ainsi Jacques Pons du Collectif forêt vivante Sud-Gironde.
Bruno Lafon, illustre à lui seul l’emprise qu’exercent les sylviculteurs sur la région. Lui-même propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares de forêt, il est à la fois maire de Biganos – siège de l’une des usines de papier kraft les plus importantes d’Europe –, vice-président de la communauté d’agglomération du bassin d’Arcachon Nord, président de l’organisme gouvernemental de prévention contre les incendies (Défense de la forêt contre les incendies) et a dirigé le Syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest à trois reprises depuis 2005.
Tant que les propriétaires privés seront aux commandes de la gestion forestière, il y a fort à craindre que le modèle incendiaire actuel perdure et que la collectivité et l’écosystème en payent encore le prix. »
De toute évidence, pour éviter que cette forêt-là ne finisse de brûler, cette année et les années suivantes, il faut la transformer en réorganisant le drainage, en reconstituant des pâtures et en alternant marécages, pâtures, cultures et bois à essences diversifiées. On ne maintiendra pas la situation actuelle comme le veulent les lobbies d’exploitants à la courte vue. Non seulement ils sont condamnés, mais depuis le début du XXI° siècle la forêt des Landes produit plus de CO2 qu’elle n’en séquestre !
Les petits exploitants doivent être sortis, qu’ils le veuillent ou non, du piège dans lequel ils vont cramer, et peuvent être aidés à être transformés, comme l’ont souvent été leurs ancêtres, en éleveurs gestionnaires des milieux, rétribués correctement pour cela. Les profits des entreprises de l’agroforesterie et la rente des gros propriétaires pourraient d’ailleurs être socialisés pour aider à cette reconversion indispensable.
D’une façon générale, la liquidation des monocultures forestières serait une mesure de salut public. Les forêts domaniales par contre, et une grande partie des forêts privées, peuvent être sauvées et même étendues, à condition de planifier, comme l’ONF de plus en plus affaibli essaie de le faire, le remplacement des espèces et la reconstitution de zones humides.
Mais que font les gouvernements Macron, qu’exigent les affairistes aux commandes à la FNSEA et à la CR, et que ferait le RN ? Ils replanteraient des allumettes en favorisant les monocultures arbustives et laisseraient crever les vraies forêts.
Marx a des choses à nous dire.
Comme le dit dans un récent billet le camarade Daniel Tanuro, « Le spectre de Marx hante la forêt landaise dévastée ».
Marx en effet, notamment dans le livre II du Capital, estimait que « Tout l’esprit de la propriété capitaliste, orientée vers le profit monétaire immédiatement proche, est en contradiction avec l’agriculture, qui doit prendre en compte l’ensemble permanent- durable des conditions de vie de la chaîne des générations humaines. Les forêts en sont un exemple frappant, qui ne sont administrées dans une certaine mesure en accord avec l’intérêt général que là où elles ne sont pas soumises à la propriété privée mais à la gestion étatique. »
Je pense d’ailleurs qu’il faut aller beaucoup plus loin dans l’exploitation de cette mine, assez largement inexploitée alors qu’elle ne dégage pas de CO2, que Marx nous a laissée sur ce sujet. Il ne s’en tient pas, en effet, à une prise de position contre la propriété privée, mais il est également critique envers la propriété étatique du sol, qui pourrait très bien convenir au capital, non attaché à la terre, soucieux de « liquidité » et se contentant de payer des loyers : le rapport foncier est en effet une précondition du salariat, car il effectue l’expropriation des producteurs, individuels ou collectifs, de leurs propres conditions de vie, donc par excellence de la nourriture, et imposer le fait de devoir payer, un loyer, un fermage, une rente, un impôt, pour pouvoir simplement avoir « le droit » d’être là. Théories sur la plus-value, sections VIII à XIV : Marx ne considérait absolument pas l’étatisation du sol comme le dernier mot du socialisme, mais comme le dernier mot du capitalisme. Voilà pour la « collectivisation » stalinienne ou maoïste …
Mais alors, que préconisait-t-il comme étant la « propriété sociale » non étatique ? Nous ne trouverons pas de recette dans Marx, mais nous pouvons concevoir ce qui existe et dessine une gestion sociale des biens fonciers communs. Très génériquement, je distinguerais trois formes sociales.
La petite production marchande, mais incapable de tenir sans des « communs », d’une part des communaux et des biens municipaux, d’autre part des structures bancaires : ce fut le modèle illusoire de la paysannerie française après sa victoire en 1789-1793. Illusoire car dans le cadre capitaliste, la rente et les taxes ont largement relayé et remplacé les droits féodaux et aidé à l’enrégimentement des petits paysans par les agro-industriels qui les ont liquidés progressivement. Une bonne partie des véritables héritiers de ce type social historiquement et culturellement très important est constitué aujourd’hui par les producteurs bios qui en ont pris le relais et peuvent très bien être d’origine urbaine. Avec ses contradictions, la Confédération paysanne s’appuie sur cette base sociale là contre les corporations réactionnaires au service des parasites de l’agro-industrie, FNSEA et Coordination rurale.
La possession commune du sol et des « communs » issues des sociétés dites traditionnelles, encore très importante, car elle est une condition de survie, dans de vastes zones de l’Afrique à l’Amérique du Sud en passant par l’Inde et l’Indonésie, et qui perdure probablement aussi sous des formes plus ou moins occultées, mais incontournables, en Chine et en Russie.
Troisième type, généralement oublié : la production alimentaire urbaine, soit par l’introduction à la ville de jardins et de cultures par des populations migrantes qui y ont rapidement afflué, comme, dans de très mauvaises conditions, dans des quartiers de Lagos ou d’autres villes africaines, soit en situation d’effondrement – en Russie dans les années 1990, on défonce le trottoir pour y planter des patates.
On remarquera qu’en mettant en exergue ces trois formes, nous ne promouvons pas l’agriculture étatique à grande échelle (les sovkhozes !), mais sans exclure une régulation centralisée relevant du service public, dont certains éléments existent en France, dont la FNSEA veut la mort : Office Français de la Biodiversité, Office National des Forêts…
La petite agriculture marchande mais insérée dans des réseaux démocratiques-collectifs, les « communs » au sens traditionnel (du mir russe à l’ujamaa tanzanienne et l’ejidio mexicain, pour citer les cas-types d’ailleurs tous dépassés aujourd’hui), et l’agriculture en contexte urbain, sont trois formes toutes également rejetées par «l’agriculture » des prétendus « agriculteurs » capitalistes. La fonction sociale réelle de l’agriculture capitaliste n’est pas de nous nourrir, mais de nous empêcher de nous nourrir collectivement par les moyens dont nous disposons. Cette fonction sociale prolonge le rôle du rapport foncier et la rente foncière comme condition de la production capitaliste. La privation de l’accès à la terre et aux moyens de production se prolonge donc dans la privation de la production de nourriture. Monsieur Rousseau prétend qu’il nous donne à manger, alors qu’il nous prive des conditions de la nourriture humaine. Et ce rôle réactionnaire devient aujourd’hui directement destructeur.
Quelle politique ?
Dans cet article, je ne prétends nullement résumer tout ce que serait une politique foncière, agricole et forestière fondée sur les besoins sociaux réels, mais ouvrir la discussion en en donnant quelques grandes lignes.
Il s’agit de rompre avec la production capitaliste agro-industrielle et financière, pas par idéologie mais parce que c’est une question de survie, et de promouvoir à la place la petite production marchande insérée dans un tissu coopératif et démocratique, la gestion démocratique des communs, la reconstitution d’une ONF comme grand service public et la percée de la production alimentaire en contexte urbain, élément de l’indispensable végétalisation du bâtimentaire. Trois domaines demanderaient une action urgente immédiate.
La forêt, en liquidant la monoculture arboricole et en sauvant la forêt véritable comme il a été indiqué. Là, il doit s’agir d’une politique publique massive et planifiée – et elle est d’ailleurs facilement planifiable, à condition de s’y prendre à temps …
L’eau : FNSEA et CR ont déclaré la guerre de l’eau en voulant préempter des réserves. Or les vraies réserves, ce sont les nappes phréatiques et les zones humides. L’abrogation des deux « lois Duplomb » est un passage obligé. Une gestion rationnelle de l’eau serait concentrée sur les nappes et les zones humides, sans exclure les petits barrages.
La réorientation des productions : les élevages industriels ont montré leur inadaptation à toute autre fonction sociale qu’un profit rapide pour des pollueurs qui veulent nous gaver de mauvaise viande. Il est évident que la production doit être réorientée vers des fruits, légumes, céréales de qualité, et aussi des viandes de qualité (sur ce sujet, mais c’est un libre débat social et démocratique nécessaire, je suis plutôt de l’avis de l’écoféministe Val Plumwood que des végans, en tout cas pour éviter toute contrainte sociale).
Quel pouvoir pour cette politique ?
Ce ne sont ni des gouvernements Macron, ou Philippe et autres partisans de « l’accélération » comme Attal, qui feront un traitre mot de tout cela, ni le RN et l’union des droites. Ils nous diront de nous « adapter » tout en incendiant la nature. Ils deviennent, littéralement, des assassins.
Mais en même temps, l’urgence est là. Comme le dit l’appel aux rassemblements du 26 septembre, reflétant la colère qui monte, il ne s’agit pas d’attendre l’été prochain !
Autrement dit, il ne s’agit pas non plus d’attendre les présidentielles. Une loi d’urgence climatique, comportant a minima la réorientation agricole et foncière radicale dessinée dans cet article, demande à être imposée à cette Assemblée nationale, ou à ce qu’une assemblée nouvellement élue, se donnant le pouvoir constituant de la réaliser, s’en empare.
Tel est le niveau réel des besoins présents. L’urgence vitale, climatique et agricole peut et doit submerger le calendrier de la V° République qui nous mène à Le Pen !
Qui sont les adversaires ?
N’ayons aucune illusion : les dirigeants FNSEA et CR sont parmi les composantes les plus nuisibles, les plus parasitaires et les plus dangereuses de l’ennemi de classe dans ce pays. Nous n’allons pas seulement les trouver sur notre chemin : ils s’y mettent à l’avance, déclarent la guerre de l’eau, piétinent ouvertement les lois, préconisent la violence.
Quelle base sociale pour ce combat ?
L’un des enjeux pour les battre est de leur enlever leur base de masse « rurale » et « paysanne ». La campagne dans sa diversité, ce que l’on appelle maintenant « la ruralité », n’est pas le seul terrain du combat, lequel est national. Mais les ressources de la jeunesse rurale paupérisée, de cette « ruralité » qui comporte aussi les zones de vieilles industries, qui est le terrain des plus grosses batailles pour le service public, école publique, santé publique, sont considérables. C’est là que la bataille directe avec la FNSEA et la CR, et une grande partie de la bataille directe avec le RN et l’union des droites, va se mener. Et l’exigence de survie et de préservation du monde et de la verdure en sera un vecteur essentiel.
Vincent Présumey, 10 août 26.