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ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


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09.03.2026 à 09:34

Contre le racisme, les fascistes et les violences d’État – Manifestations partout le 14 mars. 

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La mort d’un jeune fasciste à Lyon n’y change rien. L’offensive actuelle de toutes les franges de l’extrême-droite et du fascisme, du RN et Reconquête aux groupes royalistes et néo-nazis, ne fait que l’illustrer :  il est urgent de s’organiser contre le racisme et pour barrer la route au fascisme. Nous appelons à construire partout […]
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La mort d’un jeune fasciste à Lyon n’y change rien. L’offensive actuelle de toutes les franges de l’extrême-droite et du fascisme, du RN et Reconquête aux groupes royalistes et néo-nazis, ne fait que l’illustrer :  il est urgent de s’organiser contre le racisme et pour barrer la route au fascisme.

Nous appelons à construire partout la mobilisation, dans chaque quartier, lieu de travail et d’étude et à manifester dans l’unité sur tout le territoire le samedi 14 mars contre le racisme, les fascistes et les violences d’état.

Nous appelons tout le mouvement social et politique à affirmer sa solidarité avec les organisations menacées par les fascistes, en premier lieu la France Insoumise et le syndicat Solidaires dont des locaux ont été attaqués.

En France, comme à Minneapolis, nous sommes la majorité, notre arme est la solidarité et notre force est dans la rue. A Paris, nous appelons à lancer cette campagne par une manifestation pour exiger la vérité et la justice pour El Hacen Diarra samedi 21 février à 14H00 au métro Barbès.

Pour signer l’appel à manifester samedi 14 mars : https://framaforms.org/mobilisations-partout-samedi-14-mars-contre-le-racisme-le-fascisme-les-violences-policieres-les

Source : https://www.antiracisme-solidarite.org/14-mars-2026-plus-que-jamais-lutter-contre-le-fascisme

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08.03.2026 à 08:08

Elections municipales : Commentry.

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Bonjour Sylvain Bourdier, rappelle-nous d’abord rapidement ton histoire politique, qui a fait de toi le maire de Commentry ? Je crois que mon histoire politique a commencé assez jeune : peut-être que le point de départ date de cette belle victoire de la gauche en 1981, qui a été un tournant important de ma vie, […]
Texte intégral (6179 mots)

Bonjour Sylvain Bourdier, rappelle-nous d’abord rapidement ton histoire politique, qui a fait de toi le maire de Commentry ?

Je crois que mon histoire politique a commencé assez jeune : peut-être que le point de départ date de cette belle victoire de la gauche en 1981, qui a été un tournant important de ma vie, alors que j’avais douze ans. J’ai vu qu’on allait pouvoir s’émanciper de cette vieille France corsetée d’avant 80. On a vu émerger les radios libres, on a aussi vu la vie des gens s’améliorer avec beaucoup d’acquis sociaux et la cinquième semaine de congés payés. Cela a sans doute marqué mon existence et amené une évidence à mes yeux : la gauche peut être utile à nos concitoyens. 

Et puis je me suis toujours intéressé à ce qui se passait lors des élections municipales dans ma commune d’origine qui était Domérat, jusqu’à ce que je la quitte à la fois pour mes études et ensuite pour mon travail, lorsque je suis arrivé à Commentry. Cette ville n’était pas n’importe quelle ville : elle avait une histoire sociale et politique très riche, avec le premier maire socialiste au monde, Thivrier, un berceau du socialisme ouvrier. 

Cela a aussi marqué mon existence et mon envie de m’investir politiquement dans la commune. 

C’est ce que j’ai fait et bien sûr, rien d’étonnant quand on est dans la première ville socialiste au monde : j’ai adhéré au Parti socialiste. Le PS venait de perdre la mairie de Commentry, qui était tenue depuis une centaine d’années par les socialistes. Il y avait eu une vague bleue et même s’il n’y avait pas eu d’erreur de gestion de la part du maire, il a été emporté par cette vague. 

Ça aussi, c’était quelque chose d’intéressant : arriver dans une section socialiste, adhérer au Parti socialiste non pas en pleine gloire, mais plutôt quand il est au creux de la vague municipale et où tout est à refaire. 

Bien sûr, ça a été un parcours laborieux qui est inévitablement à passer par une étape un peu douloureuse, celle où il a fallu quitter le Parti pour finalement avoir les coudées plus franches et essayer de reprendre cette mairie. 

Ça ne s’est pas fait en ligne droite. Il a fallu 20 ans. Et finalement nous y sommes parvenus et aujourd’hui nous avons une équipe qui se reconnaît dans les valeurs de la gauche qui unit à la fois des communistes, des socialistes, des gens qui n’ont pas d’étiquette, en tout cas pas déclarée comme telle, mais qui se reconnaissent dans les valeurs de la gauche.

Tu l’as évoqué : Commentry, ce n’est pas n’importe quelle ville dans l’histoire, n’est-ce pas ?

Effectivement, Commentry reste une commune où, le 18 mars, le drapeau rouge de la Commune de Paris est hissé sur le balcon de la mairie. 

C’est une tradition, c’est celle de Christophe Thivrier. D’ailleurs, quand on regarde en 1882, le programme de Thivrier, premier maire socialiste au monde, on s’aperçoit que la plupart de ses idées sont extraites du programme de la Commune de Paris. 

Aujourd’hui, nous nous reconnaissons dans beaucoup de ces mesures, dans beaucoup de cet héritage. Donc nous avons perpétué cette tradition du 18 mars et puis le 1er mai, on a aussi pour tradition de mettre le drapeau rouge sur la mairie. 

C’est finalement une convention entre le Maire et son équipe et les représentants ouvriers, les syndicats. Il signifie que la Mairie leur est ouverte et que nous sommes là pour recueillir leurs revendications (que l’on transmet ensuite à la Préfecture). 

Dans le passé, Georges Rougeron recevait aussi chaque 1er mai les représentants socialistes espagnols en exil. 

Notre ville a été un creuset des luttes sociales et politiques et de l’organisation ouvrière depuis le 19ème siècle : pour la République, pour la dignité, pour le progrès et la transformation sociale.  

Il y a même un rhinocéros. D’où il sort, ce rhinocéros ?

Et bien l’histoire de Commentry tient bien sûr à son industrie : tout d’abord la Glacerie qui est devenue, quelques années plus tard, la Forge. 

Lorsque l’entreprise a évolué vers la production d’aciers rapides, c’est à dire des aciers d’une grande dureté,  le rhinocéros a été choisi comme emblème de l’entreprise : sans doute parce que cet animal représente la force et la solidité, la puissance. 

Pendant le mandat qui s’achève, comment avez-vous essayé de fonctionner au plan de la démocratie, avec la population ?

La question de la démocratie n’est pas une question évidente, notamment sur des communes de notre strate. Il faut dire que dans leur quotidien, les habitantes et les habitants sont préoccupés par leurs propres problèmes, et ne sont pas forcément très disponibles. 

On a beau mettre en place des outils, il est difficile et long de faire que les citoyens s’en emparent réellement. 

Et je pense que c’est d’autant plus le cas dans des communes de notre strate car en vérité les gens viennent assez facilement voir le maire : ils savent que le bureau est ouvert, il y a une proximité qui n’existe pas dans les grandes villes.  

D’ailleurs, j’ai des Commentryennes et des Commentryens qui prennent régulièrement rendez-vous sans qu’il y ait d’ordre du jour : ils viennent sans question précise, tout simplement pour parler des affaires de la commune. 

Je me dis que tant que cela existe, et bien ma foi on est sauvé !

On a néanmoins essayé de mettre des outils comme le conseil citoyen qui a son propre budget. Ce n’est que finalement ces dernières années qu’on a vu des projets émerger du conseil citoyen et voir le jour. 

C’est donc quelque chose qui nécessite d’être développé, entretenu. On pourrait d’ailleurs peut-être confier à ces habitants la mise en place d’un conseil municipal jeune. Jusqu’à présent, on ne l’avait pas fait car j’étais toujours embêté de voir que finalement ce conseil municipal jeune était composé des enfants des élus … Ce n’est pas tellement le but ! Peut-être que si l’on charge des habitants non élus de travailler à cela, on pourra espérer une autre composition. 

Nous n’avons pas fait de bilan de mi-mandat parce que je trouve qu’une moitié de mandat, d’abord, ça passe très vite. Souvent sur un mandat, on a déjà à peine le temps de réaliser les opérations d’ampleur, donc sur un demi-mandat, ça n’a pas beaucoup de sens, si ce n’est de faire payer ce support par la collectivité… 

Plutôt que ce genre d’exercice de communication, nous avons voulu procéder à l’évaluation des politiques publiques en fin de mandat, par le biais d’un questionnaire envoyé à tous nos concitoyens, financé et distribué par les élus et les militants de Commentry Pour Tous. 

Nous avons eu pas mal de retours, sur toutes les questions, toutes les mesures que nous avions mis en place. La question était : est-ce que ça vous est utile ou pas utile ? Est-ce qu’il faut le conserver, l’améliorer ou le supprimer ? Ce genre de consultation me paraît utile pour la vie démocratique. 

Comment êtes-vous parvenu à instaurer la cantine à 1 euros, cette mesure dont beaucoup parlent mais que peu font ?

Une de nos mesures emblématiques a bien été la cantine un euro. 

Nous avions constaté quand nous étions dans l’opposition que certains enfants, pour un prix de cantine somme toute modique par rapport à ce que cela coûte réellement, ne pouvaient pas venir à la cantine et on se doute que si on n’arrive pas à manger pour quelques euros, il y a de fortes chances que cela se termine par un paquet de chips devant la télé.  

Il y avait les enfants qui ne mangeaient pas du tout et les enfants qui ne mangeaient que quelques jours dans la semaine et qui, les autres jours, se débrouillaient autrement. 

Nous avons décidé de mettre en place la cantine à un euro pour tous, sans tenir compte du quotient familial, parce que le quotient familial a le défaut d’écarter certaines personnes de cette mesure. 

Nous n’avons pas, à Commentry, d’habitants « super-riches », et ces mêmes personnes qui auraient été écartées de la mesure par l’application du quotient familial, nous les entendons souvent dire :« nous on paye, mais on n’a jamais droit à rien ».

Pour échapper à cette remarque, parfois fondée, il faut bien le reconnaître, nous avons décidé d’offrir la cantine à 1€ pour tous les Commentryens. 

La particularité dans notre commune, c’est que nous avions déjà un assez fort taux d’inscriptions dans les cantines (cantines municipales dont les repas sont préparés par les agents communaux). Nous prenions donc un risque mesuré. En effet, si vous avez 50 % des enfants qui mangent à la cantine, et que demain vous en avez 80 %, vous risquez d’avoir à la fois des problèmes de locaux et des problèmes d’encadrement, et vous avez la difficulté à vous projeter sur l’impact financier de la mesure. Nous, ce n’était pas le cas puisqu’une grande majorité d’enfants fréquentaient déjà la restauration scolaire. Cela ne nous a d’ailleurs pas empêché de gagner 10 points de fréquentation supplémentaires (de 70 à 80%) depuis la mise en place de la mesure. Nous avons vu des enfants qui ne venaient pas jusqu’à présent s’inscrire. Nous avons aussi vu des enfants qui ne venaient que quelques jours dans la semaine venir les quatre jours.

Nous pouvons donc considérer que l’objectif est atteint et que c’est une belle réussite. Ces enfants sont en pleine croissance et en plein apprentissage. Nous leur devons un repas équilibré avec des filières courtes et des produits bio quand c’est possible. 

Sur le prix que cela coûte à la collectivité, je pense qu’il faut relativiser. D’abord, je serais tenté de dire que ce sujet est secondaire par rapport au fait de nourrir des enfants de la République dans les écoles. C’est un choix politique. Mais si on discute du coût, on s’aperçoit qu’auparavant, il y avait des parents qui ne pouvaient pas payer les factures de cantine et qui sollicitaient notre CCAS. 

Depuis que la cantine à un euro a été adoptée, les parents payent la cantine et le CCAS se retrouve avec moins de dépenses (CCAS ou Commune, à la fin, il s’agit bien de la même poche…). 

Il y avait aussi beaucoup d’impayés de cantine quand on est arrivé, de l’argent qui de toute façon passe en perte et profit : il s’agissait aussi d’une dépense indirecte. 

Donc nous n’avons pas de regrets de ce côté-là, ni sur le coût, ni sur le résultat.

De quelles autres mesures es tu le plus fier ou content ?

Le fil rouge de ce mandat, c’est que nous avons estimé que si on veut régler les difficultés dans la cité, il faut mettre l’accent sur les plus jeunes et la scolarité. 

On l’a vu avec la cantine à 1€, mais on l’a vu aussi avec tout un tas de mesures pour faciliter l’enseignement. Nous avons mis en place une ATSEM par classe dans les écoles maternelles, nous avons aussi offert des kits de fournitures scolaires et la calculatrice pour l’entrée en sixième (qui est remise dès le CM2 pour que les enseignants puissent faire travailler les enfants avec cet outil et qu’ils arrivent en sixième en le connaissant bien). 

Ces mesures facilitent l’apprentissage et c’est bien en commençant par là que l’on peut espérer améliorer les choses. 

Nous avons également développé l’accès à la culture avec la gratuité de la Pléiade (bibliothèque) et de l’École de Musique et l’installation d’un musée numérique Micro-Folie avec une médiatrice culturelle, en considérant que la culture n’était pas un bien marchand comme les autres : tout le monde doit pouvoir y accéder. 

Nous avons également procédé à la rénovation totale de l’École Municipale de Musique (qui n’avait pas connu de travaux depuis 40 ans, alors qu’elle était à son origine la plus moderne du département), dont on espère qu’elle sera bientôt classée conservatoire et qui permet aux enfants de s’impliquer dans la vie de la cité en pratiquant la musique à la fois de manière individuelle et collective, et qui contribue aux animations locale et à la saison culturelle. Cela me semble important.

Les questions de sécurité et de délinquance ont elles aussi été abordées de front ?

Concernant les questions de la sécurité, nous voyons aujourd’hui qu’il s’agit de la grande passion des candidats :  jouer avec les peurs de leurs électeurs. 

Or, je crois que Mandela avait bien raison d’affirmer que nos choix doivent refléter nos espoirs et non nos peurs. 

Jouer sur les peurs, c’est évident : c’est facile, mais ça n’a pas toujours grand sens…

Ce que l’on voit chez les candidats, c’est : « les caméras de vidéoprotection » : mais les caméras ne servent pas à grand-chose à elles seules. 

Et je serais même tenté de dire :  plus vous avez de caméras de vidéoprotection, moins vous avez de gendarmes dans la cité. Or, quand un gendarme se déplace, il fait ce que l’on appelle une enquête de proximité, c’est-à-dire qu’il arrive à recueillir des éléments concernant l’affaire en question, mais également tout un tas d’autres éléments qui sont portés à sa connaissance. Ce n’est pas une caméra de vidéoprotection qui va faire ce travail : une fois sur deux, l’angle n’est pas le bon, c’est extrêmement compliqué. C’est un outil, la caméra, mais qui ne peut que s’ajouter à des forces de gendarmerie sur le terrain.

Nous parlons là du volet répression, mais vous pouvez mettre toutes les caméras que vous voulez : quand quelqu’un a envie de faire un sale coup, ce n’est pas la caméra qui l’arrêtera, on le sait bien.  

Il faut donc un volet prévention : là encore, avec nos jeunes, avec le Point Informations Jeunesses, on a beaucoup de projets pour intervenir vers la jeunesse et éviter que ça dévisse … 

Effectivement nous avons été confrontés à des actes d’incivilité qui ont tourné à des actes de petite délinquance, c’est vrai. Ces actes sont maintenant derrière nous et la commune a toujours connu à des moments divers dans sa vie municipale ce type de difficultés. 

Cela s’est réglé, mais bien sûr en mettant autour de la table tous les acteurs grâce au Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance, grâce à la coopération entre la Ville, la gendarmerie, les services de la Préfecture, Monsieur le Procureur de la République, et évidemment doivent être dans la boucle tous les acteurs associatifs qui œuvrent dans ce domaine. Nous avons pris un arrêté qui avait fait beaucoup parler, qui est l’arrêté de circulation des mineurs. Pour ma part, je reste persuadé qu’un gamin de 12 ans à minuit dans les rues, minuit ou 2h du matin, à Commentry, à part faire des bêtises, n’a pas grand-chose à faire. 

Il faut faire cesser cela parce qu’en réalité, si on ne le fait pas, on sait que ça va aller crescendo et un jour, ce gamin il va dévisser et peut-être commettre l’irréparable. 

C’est notre devoir de faire arrêter tout ça, d’agir, de faire en sorte que les enfants soient chez eux et en sécurité le soir. Ce n’est pas pour les priver de liberté, mais justement, c’est peut-être pour leur garantir une autre liberté à venir…

Quelle étiquette les médias et les diverses forces politiques mettent sur ta majorité municipale ? Par exemple, Claude Riboulet *te « traite » tout le temps d’ « insoumis », non ?

[ * actuel président de droite du Conseil départemental et ancien maire de Commentry, battu par Sylvain Bourdier en 2020, NDR.]

Pour ce qui est de l’étiquette, il y a deux choses : celle du candidat, et celle de la liste. 

Aujourd’hui, la plupart des listes sont « sans étiquette » et même les médias, les interviewers, poussent à cela. 

Personnellement, j’y tiens pas : je ne peux pas dire que je sois un consommateur averti, mais je n’achète pas un produit sans étiquette et j’invite les gens à faire de même. Derrière le « sans étiquette » ne se cache pas souvent le meilleur, et bien souvent le pire …

Donc j’ai tenu à ce que comme en 2020, la liste que j’anime soit étiquetée Divers Gauche. Chaque membre de ma liste sait ce que cela signifie. 

Quant aux étiquettes des candidats individuellement, il faut bien le reconnaître : peu sont encartés. 

Moi le premier, j’ai été adhérent quelques années au Parti Socialiste. Depuis, je n’ai plus d’étiquette politique, je ne suis plus encarté, mais je me reconnais dans l’idée de rassembler la gauche en partant du principe que nous n’avons pas les moyens d’être divisés par les temps qui courent et que si on est unis, on n’est pas sûr de gagner, mais si on est divisé, en revanche : on est à peu près sûr de perdre. 

Comment vous, vous vous percevez ? Si je dis « une majorité ouvrière et démocratique unitaire et combative », ça le fait ?

Il est difficile de dire si nous sommes une « majorité ouvrière et démocratique, unitaire et combative ». Je serais tenté de dire que nous saurons rapidement et que c’est bien aux électeurs de nous le dire…

Mais quand même : tout cela donne lieu parfois à des situations cocasses. Je me souviens d’un conseil communautaire où un élu m’a reproché de faire de la politique.  

À ce moment-là, je lui ai demandé si nous étions là pour faire du cerceau ou du bilboquet. Je pense qu’à peine avait-il fini sa phrase qu’il s’est aperçu qu’il avait dit une bêtise… 

Si dans une communauté de communes ou une commune nous ne sommes pas là pour faire de la politique, alors je ne comprends pas …

Mais en réalité, derrière le mot politique, on a l’impression que c’est quelque chose dont il faut plus prononcer le nom… Et c’est pour cela qu’à chaque fois j’essaye de le réhabiliter en disant que tout est politique : c’est peut-être un peu exagéré de dire que « tout » est politique, mais beaucoup de choses sont politiques et la politique est bien la manière dont on veut collectivement organiser la vie de notre cité, prendre notre destin en main, exprimer ce qui nous convient comme ce qui ne nous convient pas et s’organiser pour que ça aille mieux. 

Vous vous êtes engagés en matière de solidarité internationale : Palestine, Ukraine ?

Sur notre engagement en solidarité avec le peuple ukrainien, ou pour la paix au Proche-Orient, je serais tenté de dire qu’il découle du fait que l’on est toujours engagés auprès de ceux qui sont en difficulté et qui souffrent, et finalement je me reconnais assez dans les idées de Jaurès qui se disait contre la guerre, mais qui était d’abord contre la guerre de l’envahisseur, et jamais contre le fait que celui qui est envahi puisse se défendre.

Et puis par son histoire, Commentry a accueilli des vagues de migrations d’étrangers fuyant l’oppression : Espagnols, Italiens… ou qui se sont engagés contre l’oppression, comme les résistants polonais. 

Et le RN, il veut ta peau ? 

La question de la présence du Rassemblement National à Commentry est relativement complexe : ce qui fait qu’un électeur, y compris, il faut bien le dire sans se mentir, un électeur de gauche, peut voter RN, correspond à des mécanismes assez complexes. 

Mais si l’on regarde de plus près, le programme du RN ne peut évidemment pas répondre aux attentes d’un électeur de gauche : il ne peut pas se reconnaître dans cette histoire-là. 

Nous arrivons aux élections municipales, et nous constatons que le RN n’a pas pu déposer de liste et qu’il y a deux listes de droite face à nous, mais aucune estampillée RN en tant que tel. 

Cela montre bien que l’affaire des municipales est une toute autre affaire et c’est aussi, quand même, une relation personnelle entre les électeurs et leur maire. 

Je serais tenté de dire qu’une sorte de confiance s’établit, qu’il faut entretenir et qui est aussi fondée, je pense, sur la loyauté.

Et donc, depuis quelques mois, la terrible agression : 190 emplois menacés à Erasteel ! La commune se mobilise ?

En effet, depuis quelques mois, 190 emplois sont menacés à l’usine Erasteel, c’est cette usine qui est au cœur de Commentry, puisque Commentry est une ville qui s’est construite autour de l’usine, qui était donc là avant la ville. 

Évidemment, ça a été un coup terrible et quelque chose de brutal. Il convient de rappeler que ce site fut une Glacerie, puis a évolué en une Forge, une Forge qui, au cours de l’histoire, a été leader des aciers rapides, c’est-à-dire des aciers de très grande dureté, vanadium notamment. 

Et puis, face à la concurrence de la Chine, la concurrence des pays émergents, parfois une concurrence déloyale sur un marché qu’on n’a pas su protéger, les salariés ont été priés de se reconvertir et de ne plus faire d’acier, mais du recyclage de batteries, de piles et de catalyseurs d’usines pétrolières. 

Il se trouve que malgré les investissements qui ont été faits, le groupe Syntagma, qui s’est emparé de l’usine, a décrété qu’elle consommait trop de cash et a décidé, d’un coup de crayon, du haut sans doute de bureaux bien confortables, de rayer l’usine de la carte et de mettre dehors 190 salariés, de mettre dans l’embarras leurs familles, les sous-traitants, les commerces environnants, nos écoles, notre capacité à accueillir des médecins, enfin tout ce qui en découle … 

Face à cela, ce qui me dérange, c’est que je ne sais pas si aujourd’hui ce qui était présenté il y a peu encore comme une activité de recyclage stratégique pour la France l’est toujours : personne n’est vraiment capable de répondre honnêtement à cette question, qui devrait être le B.A.-BA. Y a-t-il un intérêt à garder la seule usine en France qui a cette particularité de recycler des pots catalytiques d’usine pétrolières et des batteries ? Il semblerait aussi que puisqu’on s’oriente vers du véhicule électrique et dans une perspective de transformation écologique des modes de production, il y ait effectivement une nécessité …

Aujourd’hui, le PSE [ « Plan de Sauvegarde de l’Emploi », NDR] de l’usine a été entravé et nous avons un « répit » d’environ six mois pour trouver une solution, un repreneur digne de ce nom, un industriel qui voudrait se pencher sur la question. 

Il y a environ 4 millions d’euros à engager pour moderniser l’outil industriel et le rendre performant et je crois que l’État, les collectivités locales, seraient prêts à aider financièrement tout repreneur, mais il faut pour cela qu’il y ait un repreneur. 

La mobilisation de la population a été puissante : la Forge est un marqueur identitaire indéniable pour Commentry. 

Mais il faut aussi dire qu’il y a quelques déconvenues … Par exemple, lorsque l’on apprend qu’en Savoie, dans la commune de La Léchère, il y a le projet d’installer une usine qui fait semble-t-il la même chose, d’après les forgerons de Commentry que j’ai tendance à croire, même si la région Auvergne-Rhône-Alpes se défend que le projet soit similaire …

Ce qui est un peu troublant, c’est que lorsque l’on regarde où s’installe cette usine en Savoie, on constate que c’est à 12 minutes de trajet du fief électoral du président de Région … Peut-être et sans doute une coïncidence bien sûr.

Il y a eu un à-coté du drame d’Erasteel, avec l’affaire désolante de l’Education nationale ne comprenant rien ni à la laïcité, ni aux enfants, ni à Bernard Lavilliers …

C’est une habitude à Commentry de faire travailler les enfants des écoles avec l’École Municipale de Musique et l’Harmonie, notamment à l’occasion de grands spectacles à l’Agora où les enfants des écoles ont travaillé certains thèmes et viennent chanter sur scène notamment. 

Il s’agissait de la même volonté cette année, le thème, c’est la forge : évidemment parce que cela a construit Commentry, que cela a participé de toute notre histoire, et qu’aujourd’hui bien-sûr, c’est un symbole de la ville qui est en difficulté. 

Il avait donc été proposé d’apprendre dans les écoles, avec notre intervenante musique, la chanson Les Mains d’Or de Lavilliers, qui est au répertoire de l’Éducation nationale. 

La hiérarchie de l’Éducation a considéré plein de choses différentes et contradictoires, mais pour synthétiser, il s’agit selon elle d’une atteinte au principe de neutralité et elle ne voulait pas que les enfants apprennent cette chanson. 

Tempête dans un verre d’eau : en d’autres temps, je me rappelle d’une municipalité proche de Commentry où les enfants avaient appris le Chiffon Rouge de Michel Fugin et étaient montés sur scène à Athanor pour chanter, scène incroyable et chanson autrement marquée que Les Mains d’Or de Lavilliers… 

Quant au principe de neutralité, que signifie-t-il ? Qui n’est pas d’accord aujourd’hui avec cette chanson ? Y a-t-il un citoyen, un responsable politique d’une étiquette particulière qui s’opposerait à ce que les enfants viennent chanter cette chanson à Commentry, qui est si signifiante pour la ville, pour les parents d’élèves, pour les femmes et les hommes de notre cité ?

Je n’ai pas trouvé de réponse et je serai tenté de dire que ce qui est un peu dommage, c’est que si l’Éducation Nationale ne veut pas que cette chanson soit chantée, c’est peut-être là que se situe l’atteinte à la neutralité : l’Éducation Nationale sort de sa neutralité en s’opposant à ce que les enfants chantent cette chanson. 

On peut le déplorer, mais on espère quand même qu’il y aura des enfants qui viendront sur scène par solidarité.

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07.03.2026 à 16:10

Guerre de Trump et Netanyahou contre l’Iran, un premier bilan. Vincent Présumey.

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La guerre aérienne de grande intensité engagée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran dure depuis maintenant plus d’une semaine. Le relatif effet de sidération produit par la liquidation initiale de nombreux dignitaires, dont le « Guide suprême » Ali Khameneï en personne, dont la fin a été saluée, dans la mesure où elle pouvait le faire, […]
Texte intégral (2302 mots)

La guerre aérienne de grande intensité engagée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran dure depuis maintenant plus d’une semaine. Le relatif effet de sidération produit par la liquidation initiale de nombreux dignitaires, dont le « Guide suprême » Ali Khameneï en personne, dont la fin a été saluée, dans la mesure où elle pouvait le faire, par la population iranienne, s’est vite dissipé, et laisse clairement apparaître qu’une telle agression ne pouvait réaliser le renversement du régime des mollahs ni n’avait pour finalité de le faire.

Cette réalité de fond dénie les deux récits complémentaires et mensongers : celui selon lequel « les démocraties » représentées par Washington et Tel-Aviv interviendraient en faveur des peuples, et celui selon lequel « les pays du Sud » représentés par l’Iran, le Hezbollah, le Hamas et les Houtis, affronteraient « l’impérialisme ». Ce n’est ni l’un ni l’autre.

Alors c’est quoi ?

Du point de vue américain, c’est la poursuite, à une nouvelle échelle, de la fuite en avant interventionniste de Trump (Nigéria, Venezuela, Groenland, menace sur Cuba …), dont les deux ressorts sont de forcer le partage du monde avec Beijing et Moscou, en séparant Moscou de Beijing pour assujettir l’Europe avec Poutine et l’extrême droite, et de poursuivre le coup d’Etat rampant aux Etats-Unis, de plus en plus en difficulté alors que si les élections au Congrès cet automne sont encore des élections libres ou semi-libres, Trump y sera défait.

Cette fuite en avant ne consiste pas dans la mise en œuvre de plans cohérents élaborés à l’avance : c’est une fuite en avant. En l’occurrence, Trump a suivi Netanyahou, comme déjà en juin, mais au lieu de le brider il a cette fois-ci surenchéri.

Ni l’un ni l’autre n’a souhaité la victoire de l’explosion révolutionnaire qui s’est produite en Iran fin 2025 début 2026, que le régime des mollahs a réprimé dans un bain de sang comparable à la répression de la Commune de Paris en 1871, de l’insurrection de Varsovie en 1944, ou de Tian An Men en 1989.

Pire encore : c’est au moment précis où les manifestations reprenaient dans les universités et lors des obsèques des victimes, que les bombardements ont été déclenchés, fauchant net le mouvement renaissant !

Bombarder les populations – car soyons clairs, les populations sont bombardées : une école de petites filles a été massacrée et la population urbaine a dû fuir, démunie, dans les campagnes arides -, c’est très exactement le contraire que de leur donner des armes !

Les armes sont nécessaires pour renverser la République islamique d’Iran. Bombarder les villes après avoir laissé le régime massacrer les manifestants, ce n’est non seulement pas armer la population, mais c’est l’écraser un peu plus. Très clairement, l’immense majorité a salué la mort de Khamenei et regretté de ne pas avoir pu faire cela elle-même.

« Ce sont DES ARMES qu’il faut TOUT DE SUITE aux peuples d’Iran. Des armes, et pas Trump ! », écrivais-je mi-janvier.

Quand nous soulevons cette question de l’armement du peuple, on nous dit souvent : « mais à qui, à quelles structures, voulez-vous que l’on distribue des armes ? »

Certes, c’est une vraie question, mais le réalisme assumé requiert d’abord une autre question : « qui peut les distribuer » ? – ou, à ce stade, puisque nous ne sommes pas en armes et au pouvoir, « qui peut en imposer la distribution » ?

Aucune puissance capitaliste n’y est évidemment disposée. La question qui s’ensuit est celle d’un véritable internationalisme exigeant, au moment où il le faut, l’armement du peuple, à l’image de ce qui est actuellement le mouvement le plus avancé vers un véritable internationalisme, à savoir les réseaux de solidarité avec l’Ukraine (le RESU/ENSU en Europe), qui, depuis 2022, luttent pour pousser, contraindre, à armer l’Ukraine.

Au moment où il le faut : en Syrie c’était au printemps 2011, en Iran c’était début janvier 2026 que l’internationalisme appelant à l’armement, le véritable internationalisme, a manqué aux peuples d’Iran. Il n’aurait pas manqué alors de forces sur place pour s’en saisir.

Au moment présent le but massif pour lequel il faut combattre est l’arrêt des bombardements.

En bombardant après avoir donné le permis de massacrer aux mollahs, Trump ne cherche pas l’avènement de la démocratie en Iran. Peter Hegseth a d’ailleurs bien précisé qu’il n’appelle pas les pilotes à bombarder pour la démocratie, mais pour … Dieu !

S’il fallait des preuves, non pas seulement de ce dédain, mais de l’hostilité à toute démocratie en Iran, des Trump et consorts, la promotion de l’héritier de la dynastie Pahlavi le confirme et, tout récemment, la remarquable déclaration de Trump selon laquelle il veut, lui, participer à la désignation du prochain Guide suprême, dans sa ridicule outrance, indique que le trumpisme, ce n’est pas le soi-disant « Regime change », c’est le maintien des dictatures existantes mais avec des caniches de Trump au sommet.

Comme au Venezuela. Et, disons-le, les prétendus « anti-impérialistes » sont ainsi bien attrapés, car ils se retrouvent à soutenir comme « anti-impérialistes » des régimes à la botte de l’impérialisme yankee en mode trumpien : la boucle est bouclée !

Comme on le savait déjà, la guerre dite des 12 jours de juin 2025 n’a pas détruit le programme nucléaire iranien. Une démocratie en Iran entendrait exercer sa souveraineté en matière militaire, même si elle serait bien inspirée de renoncer à l’arme nucléaire et d’appeler Israël et les autres Etats à en faire autant. Mais Trump et Netanyahou n’en veulent pas : c’est un roi, ou un Guide suprême, mais obéissant, qu’il leur faudrait.

Cependant, en Iran, une issue provisoire à la vénézuélienne (ou du type de ce dont Marco Rubio rêve à Cuba) est improbable. L’appareil d’Etat meurtrier des mollahs, des « Gardiens de la Révolution » et des Bassidjis, qui a failli être renversé réellement début janvier par la révolution, est toujours là, il a abondamment riposté sur les pays du golfe arabo-persique et jusque sur les raffineries saoudiennes et vers Chypre (avec, forcément, les traditionnels missiles interceptés en direction d’Israël), et ce faisant il a en réalité porté, de son point de vue, trois coups à Trump.

Premier coup, en ne capitulant pas, tout simplement.

Second coup, en imposant l’idée réaliste que la guerre peut durer des jours, ou des semaines, ou des mois.

Troisième coup, en instaurant une situation de blocus du détroit d’Ormuz.

Notons que toutes les conséquences de ce dernier fait ne déplaisent pas aux Etats-Unis, car, d’une part, c’est l’approvisionnement pétrolier de la Chine qui est affecté, et, d’autre part, la hausse des prix du pétrole avantage à la fois Washington et Moscou, qui vient d’ailleurs d’être « autorisé » à vendre ouvertement son pétrole à l’Inde.

La finalité stratégique, pour les Etats-Unis (indépendamment de ce qui se passe dans le crane de Trump), est de séparer Moscou de Beijing. Trahir l’Ukraine, ce que Trump fait sans arrêt (et les Etats-Unis ne lui livrent pratiquement plus d’armes depuis des mois), n’y a pas suffi, car l’Ukraine résiste, en raison des aspirations démocratiques des Ukrainiens. Assujettir l’Iran, dont la présence scelle en quelque sorte actuellement le bloc eurasiatique Moscou/Beijing, c’est défaire ce bloc qui a pris forme depuis 2022.

Cependant, si la Russie est l’allié clef des Etats-Unis de Trump et Vance contre l’Europe, elle ne tient pas à se « couper » de la Chine dont l’emprise économique (sans compter la probable, mais mal connue, pénétration en Sibérie) est désormais très forte sur elle. Envers l’Iran comme déjà envers le Venezuela, Moscou est officiellement passive, tout en fournissant une aide en matière de renseignement dénoncée aujourd’hui même dans la presse américaine.

Deux autres guerres s’imbriquent en outre avec la guerre de pure destruction engagée contre l’Iran.

Le Hezbollah a, comme de bien entendu, « soutenu l’Iran » en lançant des missiles sur le Nord d’Israël, offrant le prétexte à une agression meurtrière de l’armée israélienne contre le Liban : occupation du Sud, bombardement de Beyrouth, catastrophe humanitaire. Fuite en avant là encore, qui n’apporte strictement aucune stabilité à Israël, bien au contraire (mais tel n’a jamais été le souhait de Netanyahou).

L’exigence de retrait israélien du Liban est d’autant plus nécessaire que tout ce bruit et cette fureur recouvrent la poursuite à bas bruit de l’écrasement de Gaza et de la purification ethnique en Cisjordanie.

Par ailleurs, mais dans le silence médiatique, le Pakistan et l’Afghanistan sont en état de guerre, aucun régime autonome, même le pire, en Afghanistan, ne pouvant cautionner la ligne frontalière héritée du colonialisme britannique, qui coupe le peuple pachtoune en deux. Le Pakistan a bombardé Kaboul juste avant le déclenchement de l’attaque aérienne généralisée de l’Iran. Cette guerre est à nouveau gelée semble-t-il, mais elle se combine aussi à la question nationale baloutche qui oppose cette nationalité opprimée aux Etats pakistanais, iranien et afghan.

Concernant les nationalités opprimées en Iran, les rumeurs vont bon train sur les pressions US et israéliennes sur les deux principaux partis-armées kurdes irakiens pour qu’ils interviennent en Iran – ce qui n’a pas empêché des bombardements de villes kurdes par les Etats-Unis et Israël. S’il est possible qu’une telle intervention serait efficace dans le Kurdistan iranien, en raison de la question nationale, sa poursuite vers Téhéran est bien plus hasardeuse et spéculative encore. Mais laissons là ces rumeurs.

Une conséquence non négligeable de cette agression a été d’étaler, une fois de plus, la lâcheté et le tempérament de clients, des dirigeants européens, à l’exception notable de l’Espagne : tous, Macron le premier et Merz voulant se distinguer en bon auxiliaire, ont à la fois constaté que le « droit international » est bafoué par ceux qui bombardent, et soutenu leurs bombardements au prétexte du « régime » iranien. Autrement dit, le « droit international », ils mettent leur mouchoir dessus.

Ces positionnements, intervenant après la totale rupture de confiance à propos du Groenland, où le spectre de l’affrontement militaire Europe/Etats-Unis s’est invité, confirment que les Macron, Starmer, Merz, et, bien entendu, Meloni, ne sont nullement capables de faire face à Trump et à Poutine, ce qui est une nécessité politique, morale, internationaliste, et militaire, pour l’Europe.

A l’heure où sont écrite ces lignes, le président élu iranien, Masoud Pezeskhian, est apparu à la télévision iranienne pour dire à la fois qu’une capitulation était hors de question et que l’Iran allait stopper les tirs sur les Etats arabes, « sauf si des attaques partent de leur territoire ». Ce très relatif discours iranien de « début de commencement d’apaisement » veut plus dire, en fait, installation dans la durée, qu’apaisement effectif, et renforce les difficultés auxquels se sont évidemment heurtés Trump et Netanyahou.

En conclusion, il me faut donc souligner ce que l’écrasante majorité des analyses ignorent ou esquivent : cette guerre, comme bien des situations criminelles instaurées par Trump ou avant lui, aura sa solution dans l’affrontement social et démocratique aux Etats-Unis, et dans la gestation d’un véritable internationalisme.

Les sondages aux Etats-Unis indiquent deux fois plus d’adversaires de cette nouvelle « Opération militaire spéciale » que de partisans, ce qui est sans précédent pour une guerre étatsunienne, avec le renforcement de la cassure dans la base MAGA, les secteurs isolationnistes et ouvertement antisémites étant en sécession envers Trump. Bien entendu, il n’y a rien à espérer de ces secteurs socio-politiques, mais ils attestent de la fracturation du bloc néofasciste. A l’action démocratique de masse, qui, depuis Minneapolis, a redécouvert le thème de la grève générale, de chasser Trump. Et à l’internationalisme véritable de soutenir le peuple américain comme le peuple iranien !

Vincent Présumey, le 7 mars 2026.

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07.03.2026 à 14:09

Jean Luc Mélenchon, un itinéraire qui va de la gauche de la social-démocratie au national-populisme, par Robert Duguet.

aplutsoc

Questions après l’interview donné par Raquel Garrido au journal Libération le 28 février, par Robert Duguet Lettre ouverte à Raquel Garrido Raquel Garrido, ex-députée et membre de la direction de l’Après, répond à un journaliste de Libération qu’elle condamne les propos ironiques de Jean Luc Mélenchon tenus en meeting public le 26 février sur la […]
Texte intégral (2453 mots)

Questions après l’interview donné par Raquel Garrido au journal Libération le 28 février, par Robert Duguet

Lettre ouverte à Raquel Garrido

Raquel Garrido, ex-députée et membre de la direction de l’Après, répond à un journaliste de Libération qu’elle condamne les propos ironiques de Jean Luc Mélenchon tenus en meeting public le 26 février sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein. Quelques jours plus tard, le dimanche 1er mars au palais des congrès à Perpignan, l’intéressé récidivait autour du nom du responsable du mouvement Place Publique Raphaël Glücksmann. Accusé d’antisémitisme, il s’est dit lundi « désolé » d’avoir « déformé par erreur » le nom de l’eurodéputé et d’autres personnalités. Cynisme, ce ne sont pas de vraies excuses, il se moque de ceux et de celles qu’il a choqués…

Après ce dérapage, Raquel estime que le chef de la FI « doit se mettre en retrait ». Elle déclare :

« Je suis dégoûtée parce que La France insoumise représente pour moi trente ans de vie militante, et Jean-Luc Mélenchon est en train de saboter toutes ces années de travail. Mais il sait ce qu’il fait. Donc, nous sommes tous tenus de dépasser ces provocations, et d’essayer de se positionner pour continuer de construire ce qui a toujours été notre ambition, à savoir gouverner un jour ce pays…

Il y a une solution qui saute aux yeux : Jean-Luc Mélenchon doit se mettre en retrait. Cela finira bien par arriver, et le plus tôt sera le mieux. C’est une énième preuve qu’il est inapte à porter le programme de LFI. »

Ces propos me posent un problème. Je n’appelle pas pour ma part à une Révolution de palais au sein de France Insoumise, qui opposerait tel ou tel autre leader du petit imperium national en capacité de tuer le père, comme dirait Sigmund Freud. Si le fils ou la fille prend la place du Calife, on continue « l’État gazeux » et avec son programme ? Avec ce mouvement dont la direction a franchi aujourd’hui toutes les lignes rouges !

30 ans ma camarade, mais pour d’autres, les vétérans dont je fais partie, c’est la séquence qui va du congrès de Metz du PS en 1979, la lutte pour écarter la deuxième gauche de l’alliance au centre jusqu’à la constitution de France Insoumise en 2016. 47 ans ? Deux générations à la poubelle ? La question qui doit être posée : est-ce qu’il y a continuité politique entre d’une part la Gauche Socialiste, PRS, moment où le courant Mélenchon est dans l’aile gauche du PS, le Parti de gauche où un parti est fondé pour renforcer et développer le FDG (Front de Gauche) et d’autre part la France Insoumise. Il y a une rupture fondamentale qui est posée à cette date de 2014-2016 par Jean Luc Mélenchon que vous avez, vous, le groupe [des initiateurs] de l’Après, approuvée et appliquée. Je ne dis pas cela dans un esprit de polémique, j’énonce des faits. La stratégie de Front Politique de la gauche, le FDG, au sein duquel existait une relative démocratie militante et qui devait rapidement représenter une dizaine de courants politiques, était un pôle de résistance face aux dérives du hollandisme. Le FDG s’inscrivait dans une recomposition possible au-delà de la social-démocratie et du « communisme » historique. D’ailleurs, les prémices de cette stratégie Mélenchon l’avait justement analysée dans plusieurs pays européens, les Die Linke allemands, Izquierda Unida (Gauche Unie) en Espagne, Syriza en Grèce… A l’échelle internationale les fronts de gauche vont dériver vers le national-populisme, dont le cas le plus avancé vers une position rouge-brun est celui de Sahra Wagenknecht en Allemagne.

Ce qui s’est passé à partir de l’automne 2014 après la publication du livre-manifeste l’Ère du Peuple et la naissance officielle de France Insoumise en 2016, c’est un évènement politique d’une tout autre nature. Mélenchon l’a expliqué maintes fois : le parti, c’est la classe ! Le populisme dit de gauche, c’est le rapport direct du peuple au leader, par-dessus « les corps intermédiaires », les organisations de la classe ouvrière, les syndicats. Alors que le Mélenchon dans l’aile gauche du PS défendait les prérogatives respectives des syndicats et des partis traduits dans la Charte d’Amiens, FI lors des mouvements sur les retraites passait par-dessus la tête des syndicats. Nous sommes sur le terrain du bonapartisme et du respect des institutions de la Vème République. Mélenchon s’offusque : « la FI n’est pas un mouvement d’extrême gauche ! » Il a bien raison sur ce point. C’est le langage du ministre de l’Intérieur Retailleau qui monte après la mort violente du fasciste Quentin Deranque une opération d’Union nationale. Soit dit en passant, aucune minute de silence n’aurait dû se justifier. Il n’y a pas plus légaliste que Mélenchon, il est devenu, à travers son combat pour briguer l’Élysée, un homme d’une Constitution usée, corrompue qui n’en finit pas d’agonir. Charlotte Girard, qui connaît parfaitement le personnage pour l’avoir accompagné dans la période de PRS, puis au PG et au FDG, puis dans la première campagne présidentielle très à gauche de 2012 qui réalise pour la première fois un score de 12%. En réalité, cette camarade l’a exprimé très clairement dans l’interview qu’elle a donné aux auteurs du livre La Meute :

« En réalité, je ne suis pas sûre qu’il arrive à penser en dehors de la Vème République. Je pense qu’il n’a jamais cru à la VIème République, c’est un vrai homme de la Vème, il en connait tous les recoins, tous les personnages, il sait en jouer. Il adore les ors de la République, il a toujours adoré ça. Il n’est pas dans une configuration intellectuelle qui rende possible une vraie sortie du système. En théorie, oui, mais en pratique non. »

Le vrai tournant politique où le mouvement FI et son leader se radicalisent contre la démocratie, c’est-à-dire contre le droit pour un adhérent, un militant de contrôler sa direction, c’est la campagne de 2017. En fait l’électorat le plus à gauche, le salariat et la jeunesse, a voulu confirmer la stratégie de conquête de 2012. La réalité est que leader était déjà sur une autre orientation : il a réservé ses coups aux alliés d’hier, au PCF, au courant emmanuelliste de Benoît Hamon, aux Verts… En Corse, il a été jusqu’à soutenir un mouvement autonomiste corse contre une liste de Front de Gauche maintenu aux élections régionales. 2012, le drapeau est rouge avec le chant de l’Internationale ! 2017, c’est le drapeau tricolore et la Marseillaise. Ce jour-là Mélenchon rate la marche du second tour, une stratégie d’unité l’aurait porté au-delà de 20%.

Depuis 2017 la vie de FI n’a cessé d’évoluer dans le sens d’une brutalisation à l’encontre de tout ce qui pouvait traduire une aspiration à la démocratie. La crise du macronisme et la dissolution de la chambre libèrent la montée sociale des travailleurs et de la jeunesse encadrée par les syndicats. Ce fut la courte embellie du NFP (Nouveau Front Populaire), après quoi la FI et son leader cassent le NFP et redoublent d’attaques contre le PS. Ce qui n’est pas sans rappeler les leçons de l’histoire, quand l’Internationale communiste sous la direction du sinistre Staline, se préparant au honteux pacte germano-soviétique, interdisait au KPD allemand de réaliser tout accord avec la social-démocratie pour faire front contre les nazis. Mélenchon et ses alliés du POI lambertiste connaissent cette histoire par cœur, mais ils y vont quand même. C’est ça le nœud de la question politique : pourquoi ils savent et pourquoi ils font seuls contre tous !

À la question que le journaliste de Libération pose à Raquel Garrido, « Mais comment Jean-Luc Mélenchon peut-il trouver un intérêt à passer pour un antisémite ? », elle répond : « Il cherche à se rendre absolument infréquentable pour le reste de la gauche. À cause du risque de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, l’aspiration à l’union est très forte. Du coup, l’énergie que doit déployer Mélenchon pour fracturer le NFP est immense… »

Quel NFP ? Il est à terre. C’est une douce illusion que de considérer que les nôtres, les forces sociales sont prêtes à brandir à nouveau la bannière du NFP. Oui, il y a quelques tentatives dans le cadre des campagnes électorales locales de refaire l’unité des forces de gauche. J’ai souligné dans un article récent le cas de la ville de Talence en Gironde où une liste d’Union rassemblant toute la gauche (FI, PS, PCF, Verts, l’Après) met en difficulté l’actuel maire de la ville. L’accord NFP a été possible parce qu’il y a eu un mouvement de la classe ouvrière et de la jeunesse dans la brèche de la dissolution. Aujourd’hui, il n’y a pas ce mouvement dans la société. De plus le PS et la direction de Faure cèdent à la droite de Hollande et du parti : Faure donne consigne de rompre tout lien local entre leur parti et FI. De division en division et jusqu’à la victoire finale du RN ?

Les résultats de la dernière élection présidentielle font apparaître qu’au second tour de la présidentielle de 2022, une partie de l’électorat de FI et de la jeunesse votent au second tour pour le RN. FI porte cette contradiction entre ceux qui restent des gens de gauche normaux et ceux qui ont commencé à faire un mouvement vers le RN.

Sur la question de l’antisémitisme, c’est la même dérive : Mélenchon n’a jamais été convaincu d’antisémitisme idéologiquement, mais il est porté par les contradictions du mouvement qu’il a construit, et qui dans la période récente en développant l’ancrage sur les banlieues s’est radicalisé vers les positions du Parti des Indigènes de la République, voire les réseaux de l’Islamisme politique. Il en recueille les fruits pourris. Lors des négociations pour le NFP un sondage IPSOS a fait apparaître que 20% des sympathisants de FI jugent souhaitable le départ des Juifs de France, contre 12% pour la population de notre pays.

Marcel Déat aussi n’était pas antisémite : c’était un pur produit du socialisme démocratique, à tel point que Léon Blum envisageait d’en faire son dauphin. Au congrès de Paris de la SFIO en juillet 1933 – Hitler a pris le pouvoir en janvier – le courant néo-socialiste est exclu, suite à une offensive de l’aile gauche de Zyromski et Pivert. Une polémique s’ouvre sur la question de l’antisémitisme contre Blum. Déat polémique contre son « subtil byzantinisme […] et [sa] passivité tout orientale ». (1) Offensive qui vise au-delà de la personne de Blum un certain nombre de cadres du parti, comme Jean Zay, ainsi que l’équipe de militants d’origine juive animant le journal « Le Populaire ». Déat instrumentalise l’antisémitisme. En 1931 il avait publié un livre intitulé « Perspectives socialistes » et il écrira beaucoup plus tard dans ses « Mémoires Politiques », rédigées à la fin de sa vie en 1947 en Italie sous la protection de l’Église, que l’essentiel de la position néo-socialiste était dans cet essai polémique contre la direction réformiste de la SFIO. Ce n’est pas la révolution, c’est-à-dire le prolétariat comme classe politique qui est la locomotive de l’Histoire, mais le « front du peuple ». La théorie du rassemblement « interclassiste », le prolétariat n’étant qu’un élément parmi d’autres. Il s’agit de mettre en place les structures d’un État unitaire, associant Capital et Travail. Dans la collaboration avec le régime de Pétain, il construira le RNP (Rassemblement National Populaire). En écoutant les interventions des néos au congrès de Paris, Léon Blum se déclarera « épouvanté ».

Relisons le livre-manifeste « l’Ère du peuple », dont les principes inspireront l’acte de naissance de France Insoumise. On peut être épouvanté. On en recueille aujourd’hui les fruits !

La FI devient une passerelle vers l’extrême droite. Dans la position de Raquel il y a une ambiguïté qui doit être discutée : « C’est une énième preuve que [Jean Luc Mélenchon] est inapte à porter le programme de LFI. » La question pour une représentation politique qui veut combattre pour l’émancipation sociale n’est pas celle d’un bon candidat sur le programme de FI, mais celle d’une recomposition politique sur la ligne de l’émancipation sociale, décidée par les acteurs eux-mêmes. FI a brûlé le terrain de la recomposition à gauche. Le travail de deuil et de clarification ne peut pas être mené en demi-teinte.

« Chercher la vérité et la dire » (Jaurès).

Robert Duguet, le 6 mars 2026.

1) Citation de Déat retransmise par le Populaire, 16-17 juillet 1933, soit après le congrès d’exclusion des néos.

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06.03.2026 à 21:38

1, 2, 3 … provocations ? Stop. Un enjeux de ce 8 mars.

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La « provocation », à savoir l’organisation, de type policier, mais pas forcément par la police elle-même, mais aussi par des officines d’extrême droite, par des politiciens poursuivant leurs objectifs propres, ou par des services secrets, joue un rôle ancien dans la lutte des classes. Souligner sa fonction à un moment donné n’est nullement sombrer dans des […]
Texte intégral (1709 mots)

La « provocation », à savoir l’organisation, de type policier, mais pas forcément par la police elle-même, mais aussi par des officines d’extrême droite, par des politiciens poursuivant leurs objectifs propres, ou par des services secrets, joue un rôle ancien dans la lutte des classes.

Souligner sa fonction à un moment donné n’est nullement sombrer dans des explications complotistes des évènements. En effet, la provocation ne marche que si elle rencontre des courants politiques, des militants, qui tombent tête baissée dedans, donc en fonction des faiblesses politiques des uns et des autres, et des orientations politiques de tel ou tel appareil plaçant la vision qu’il a de ses intérêts au-dessus de l’intérêt général du combat des exploité.e.s et des opprimé.e.s.

Le 12 février dernier, la provocation d’extrême droite visant à susciter d’abord une échauffourée au moyen de « Némésis » à l’entrée d’une réunion politique (de LFI et SUD-Etudiant avec Rima Hassan) à Lyon, puis une agression qui a très mal tourné, est à présent très bien documentée, et ne fait strictement aucun doute.

Sa « réussite » tient à la mort du jeune militant fasciste Quentin Deranque, résultat du plongeon tête baissée dans la provocation de membres de l’ex-Jeune Garde Antifasciste, alors en pleine procédure d’appel contre sa dissolution : la violence de leur réaction a contredit de bout en bout les règles les plus élémentaires d’un service d’ordre antifasciste conscient.

Comme on le sait, cette mort a immédiatement été massivement exploitée pour accréditer le grand mensonge qui prépare l’avènement au pouvoir de l’« union des droites » encadrant le RN par Reconquêtes, divers groupes fascistes et nazis, aussi bien que par l’UDR et jusqu’à tout ou partie de LR et d’Horizons.

Parce qu’il est impossible qu’un tel front visant à instaurer la peur de l’ordre trumpo-poutinien arrive au pouvoir par le simple processus électoral et des débats officiellement démocratiques, la provocation et l’inversion des valeurs leur sont indispensables.

Inversion des valeurs : le fascisme et le nazisme seraient « de gauche » et le seul danger pour le droit à la sureté des personnes et la sécurité publique viendrait de « LFI », diabolisée, mais prêtant le flanc aux provocations.

Car après cette première et meurtrière provocation, nous avons eu la provocation verbale, médiatique et picrocholine, des jeux de mots de J.L. Mélenchon, déjà rodés en fait avant son meeting de Lyon, mais lâchés spectaculairement lors de celui-ci, sur « Epstine » qui serait une prononciation visant à attaquer … la Russie !

Il jouait ainsi consciemment, mais de façon très perverse, avec l’antisémitisme, et en a remis depuis une couche à Perpignan en visant « Glucksman », puis en proférant de vrais-fausses excuses tordues.

Qui était en réalité visé par les provocations bassement rhétoriciennes de J.L. Mélenchon ?

Celles-là mêmes et ceux-là mêmes qui, dans toute la France, s’écriaient « nous ne hurlerons pas avec les loups ! », « nous avons de graves critiques envers LFI mais nous refusons la diabolisation », « l’unité est nécessaire pour battre l’extrême droite, l’union des droites  et la politique antisociale de l’exécutif Macron/Lecornu ».

Le courant unitaire, soulevé par le dégoût causé par l’inversion des repères et des valeurs que l’on croyait acquises depuis 1945, faisant de l’antifascisme la menace « fasciste » n°1 et propulsant les fascistes déguisés en victimes malgré la visibilité de la matraque dépassant sous leurs costumes de petits saints, telle était la cible de J.L. Mélenchon.

Il manifestait ainsi son mépris et son hostilité, non seulement à la réalisation de l’unité qui, comme en 2024, peut parfaitement, mais peut seule, barrer la route à l’extrême droite, mais même à la protection la plus élémentaire de « ses » propres militants, dont il refuse la défense unitaire.

Et ça a marché : la direction du Parti Socialiste, tête baissée dans la provocation, a proclamé interdire toute alliance avec LFI dans les élections municipales (alors que tous les membres du PS sont loin d’obéir à cette injonction), apportant ainsi sa pierre au tremplin offert à l’union des droites extrêmes !

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le risque existe d’un troisième épisode majeur de provocation pour diviser et criminaliser, à l’occasion de la manifestation parisienne du 8 mars.

Némésis menaçait de venir, mais, de toute évidence, y a officiellement renoncé sous la pression du ministère de l’Intérieur et de la préfecture de police, moyennant leur non-dissolution, alors que la place centrale de ce groupe dans un grand nombre de provocations physiques et notamment dans celle de Lyon le 12 février est avérée.

Mais il circule des appels, des visuels, de groupes d’extrême gauche et de groupes propalestiniens, à affronter « les fascistes, les racistes et les sionistes » ce 8 mars, à Paris notamment.

Le sionisme est un terme très large regroupant différentes tendances nationalistes juives, allant de la gauche au néofascisme. La culture militante dominante dans la gauche plus ou moins radicale ou « extrême » ramène toute cette histoire au colonialisme et au racisme, et y est aidée bien entendue par l’infâme politique coloniale de Netanyahou et consorts, à laquelle génocide et purification ethnique ne font pas peur.

Le sentiment d’attachement à un Etat territorial abritant des Juifs, qu’est Israel, est très banalement amalgamé à ce colonialisme barbare, alors qu’il ne saurait s’y réduire, et qu’il a été lui-même avivé par le massacre du 7 octobre 2023 et les menaces iraniennes, massacre qui, quelles que soient les discussions sur l’emploi du terme, a ravivé la mémoire des pogroms.

Les mots d’ordre qui circulent visent précisément le collectif « Nous vivrons ».

On peut discuter l’orientation politique, qui, de toute façon en ces circonstances, peut difficilement être « de gauche radicale », de ce collectif, mais son amalgame avec Némesis est un brouillage trompeur. Elles-mêmes disent leur hostilité à la fois au RN et à LFI.

Le 8 mars, sous la protection des organisations syndicales, féministes et démocratiques, des femmes juives indignées par les viols du 7 octobre 2023 ont autant le droit de manifester que des propalestiniens indignés par les crimes sexuels commis dans les prisons israéliennes à l’encontre de Palestiniennes et de Palestiniens. Le rôle du 8 mars devrait même être de permettre aux unes et aux autres de manifester sinon côte à côte – ce qui serait légitime- au moins dans le même cortège.

En annonçant par avance vouloir se battre – car c’est bien de cela qu’il s’agit- avec des « sionistes », faisant l’amalgame entre Némésis et Nous vivrons, les groupes qui font circuler de telles annonces tombent par avance dans une possible 3° provocation, qui pourrait voir des femmes juives frappées par de virilistes « révolutionnaires » aussi bien que d’autres virilistes « protecteurs des femmes juives » frapper des manifestantes et des manifestants.

Nous disons : non ! Refusons cela, car ce ne serait rien d’autre, après le mort de Lyon et les rodomontades de J.L. Mélenchon, que le troisième étage d’une série de provocations ne visant à rien d’autre qu’à inonder le pays d’une « shitstorm » (tempête de merde), comme disent les trumpistes, qui s’y connaissent, pour interdire tout débat démocratique argumenté, toute réalisation de l’unité des forces du mouvement ouvrier, de la gauche et de la démocratie, et mettre au pouvoir l’union des droites poutino-trumpiste et masculiniste !

Il est de la responsabilité des organisations de masse, syndicales, féministes et démocratiques, de permettre à des femmes juives de manifester le 8 mars. Il est de la responsabilité de Nous vivrons de ne pas se faire instrumentaliser par des provocateurs des deux côtés. Et il est de la responsabilité, car il n’est jamais trop tard pour cela, pour les militants se tenant pour de braves révolutionnaires propalestiniens, d’utiliser leur discernement.

Il y va de la contre-attaque unitaire nécessaire dans notre pays, par laquelle nous vaincrons l’union des droites, l’autoritarisme de la V° République et l’oppression des femmes !

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06.03.2026 à 14:28

Adresses Numéro 18 : dans le miroir américain

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Le numéro 18 de la revue Adresses – Internationalisme et démocr@tie est entièrement consacré à la situation américaine. Nous reproduisons ci-dessous l’article introductif de Christian Mahieux ainsi que le sommaire du numéro. Télécharger le numéro 18 de la revue Adresses – Internationalisme et démocr@tie Sommaire du numéro 18 Article introductif du numéro 18 Dans le […]
Texte intégral (1380 mots)

Le numéro 18 de la revue Adresses – Internationalisme et démocr@tie est entièrement consacré à la situation américaine.

Nous reproduisons ci-dessous l’article introductif de Christian Mahieux ainsi que le sommaire du numéro.

Télécharger le numéro 18 de la revue Adresses – Internationalisme et démocr@tie

Sommaire du numéro 18

Article introductif du numéro 18

Dans le miroir américain [Adresses – internationalisme et démocr@tie n°18]

Les États-Unis d’Amérique ne sont pas un modèle pour nous. Mais ils sont parfois un miroir. Un miroir grossissant, brutal, qui montre ce que produit un pouvoir réactionnaire lorsqu’il se croit tout-puissant — et ce que peuvent accomplir des mouvements populaires lorsqu’ils s’organisent réellement. La séquence américaine récente — montée du trumpisme, résistances massives, grève générale du Minnesota — n’est pas un simple épisode étranger. C’est un réservoir d’enseignements pour le mouvement ouvrier, les mouvements populaires partout dans le monde, et donc aussi en France, à un moment où nos propres droits sont attaqués, où les offensives antisociales s’accélèrent, où les tentatives de division se multiplient.

Ce qui se joue là-bas éclaire ce que nous devons renforcer ici. C’est un rappel que les victoires populaires ne tombent jamais du ciel : elles se construisent. Même face à un pouvoir agressif, sûr de lui, soutenu par les milliardaires et les appareils répressifs, les mouvements populaires peuvent reprendre l’initiative. Mais à une condition : être organisé·es. Les textes qui composent cette livraison d’Adresses suggèrent quelques enseignements que nous tentons de résumer en huit points.

1. Une attaque généralisée appelle une riposte généralisée
Le trumpisme a frappé partout : personnes immigrées, trans, fonctionnaires, étudiant·es, journalistes, écologistes, minorités religieuses. Cette stratégie visait à isoler chaque groupe, à empêcher toute solidarité.

Elle a produit l’inverse. Quand le pouvoir attaque sur tous les fronts, la seule réponse efficace est la convergence réelle des luttes. Pas une convergence déclarative, mais une coordination concrète : actions communes, revendications partagées, défense mutuelle.

Les mouvements qui gagnent sont ceux qui, s’inscrivant dans l’inévitable lutte de classe, refusent de hiérarchiser les oppressions, qui comprennent que la division est l’arme principale du pouvoir.

2. La solidarité n’est pas un slogan, c’est un outil de lutte
La grève générale du Minnesota n’a pas surgi spontanément. Elle a été rendue possible par des réseaux communautaires déjà existants, des syndicats implantés, des collectifs d’immigré·es, des comités étudiants actifs, des commerçant·es solidaires. Ce tissu social a permis de mobiliser en quelques jours des dizaines de milliers de personnes, de fermer des centaines d’entreprises, de bloquer les écoles.

La solidarité doit être construite avant la crise. Les mouvements populaires doivent être dans les quartiers, les lieux de travail et d’études, et en lien direct avec les associations. Construire préalablement cette infrastructure est une condition nécessaire à l’organisation de mobilisations d’ampleur.

3. La grève générale ne doit pas seulement être un symbole, mais une stratégie d’action

Quelques exemples historiques sont ici convoqués. À Seattle en 1919, il y eut une immense mobilisation, mais sans objectifs clairs ; ce fut un échec. À Oakland en 1946, l’absence de stratégie amena un essoufflement d’un mouvement pourtant porté par une grande force sociale. Minneapolis en 1934 fut une victoire durable grâce à une campagne organisée. La grève du Minnesota de 2026 s’inscrit dans cette lignée : elle n’a pas été pensée comme un coup d’éclat, mais comme un outil de pression dans une campagne plus large contre la répression migratoire.

Une grève générale doit être préparée, articulée, intégrée dans une montée en puissance. Elle doit avoir des revendications précises, des objectifs mesurables, une stratégie d’escalade, une capacité à durer. Sans cela, elle devient un symbole sans lendemain.

4. Les mouvements populaires doivent savoir créer des coalitions larges, sans renoncer à leurs principes

L’une des forces de la séquence américaine actuelle est la capacité à rassembler mouvements, syndical, étudiant, de travailleurs et travailleuses immigré·es, des communautés religieuses, des association écologistes, des collectifs LGBTQI+…

Une coalition solide ne se bâtit pas en abandonnant les minorités, mais en les plaçant au centre. Les mouvements qui gagnent sont ceux qui refusent les compromis sur le dos des plus vulnérables.

5. La peur change de camp quand les mouvements populaires montrent qu’ils peuvent protéger

Les raids anti-immigrés visaient à terroriser. La réponse a été collective la mise en place de l’hébergement solidaire, des réseaux d’alerte, la présence de masse dans les rues, un soutien juridique, la grève générale. Résultat : la peur s’est déplacée. Le pouvoir a dû reculer, au moins temporairement.

Un mouvement populaire doit être capable de protéger concrètement celles et ceux qui sont ciblé·es. Pas seulement par des discours, mais par des dispositifs matériels.

6. L’histoire est une de nos armes

Plusieurs textes de ce numéro insistent sur les parallèles historiques. Il ne s’agit pas de dire que les situations sont identiques, mais de rappeler que les mouvements populaires disposent d’une mémoire collective.

Les luttes doivent s’appuyer sur les expériences passées : leurs victoires, leurs erreurs, leurs bifurcations. L’histoire est une ressource politique.

7. Rien ne remplace l’organisation

Les mobilisations massives ne suffisent pas. Les indignations ne suffisent pas. Les coups d’éclat ne suffisent pas. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation : dans les lieux de travail, dans les quartiers, dans les écoles, dans les universités, … Les syndicats, les associations, les collectifs sont indispensables.

Nous devons construire et développer des organisations capables de durer, de se coordonner, de protéger, de planifier, de riposter.

8. Le vent tourne, mais il faut des voiles

La séquence américaine montre une chose essentielle : un pouvoir réactionnaire peut vaciller, même lorsqu’il semble tout-puissant. Mais ce vacillement n’est jamais spontané. Il est le produit d’un mouvement populaire organisé, stratégique, solidaire. Le vent tourne. Mais le vent, seul, ne fait rien. Il faut des voiles. Il faut des mains pour les tenir. Il faut des collectifs pour décider de la direction.

C’est cela, l’enseignement central : la force populaire se construit.

Christian Mahieux

Christian Mahieux est cheminot retraité, syndicaliste SUD-Rail [Union syndicale Solidaires], co-animateur du Réseau syndical international de solidarité et de luttes

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