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L.N Chantereau, Olivier Delbeke, Robert Duguet, Alexis Mayet, Luigi Milo, Vincent Presumey ...

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14.04.2024 à 15:42

Deux leçons de ce qui s’est passé cette nuit dans le ciel au dessus de la Palestine et d’Israël. Billet d’humeur par VP

aplutsoc

Premièrement, les mollahs iraniens n’en ont absolument rien à foutre des Palestiniens. Les motifs de leur attaque étaient en partie internes (donner une impression de force après le bombardement de leur consulat à Damas, qui n’est qu’un prétexte purement symbolique) et en partie externes, et là, c’est important : la distanciation croissante de Washington envers […]
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Premièrement, les mollahs iraniens n’en ont absolument rien à foutre des Palestiniens. Les motifs de leur attaque étaient en partie internes (donner une impression de force après le bombardement de leur consulat à Damas, qui n’est qu’un prétexte purement symbolique) et en partie externes, et là, c’est important : la distanciation croissante de Washington envers le gouvernement Netanyahou, avec une condamnation par avance de toute “seconde Nakba” achevant de se réaliser à Gaza, portait en elle le blocage de la destruction de Gaza. Par son opération, Téhéran permet à Tsahal de poursuivre. Il est essentiel que les “campistes” et les « BRICS+ » puissent compter en permanence sur ce qu’ils appellent « le génocide », c’est-à-dire la destruction de Gaza, pour mener leurs opérations ailleurs, manipuler des foules et des idiots utiles partout, il serait catastrophique pour eux que les Palestiniens arrêtent de se faire tuer.

Symbole de cette réalité : à ce que l’on sait à cette heure, la seule victime humaine au pronostic vital engagé est une petite fille bédouine.

Quand au Hezbollah et aux Houtis, ils ont poursuivi leur cirque habituel, sans plus. Ils n’en ont rien à foutre des Palestiniens, les cris du chœur des groupies hurlant « Stop au génocide » n’ont d’autre fonction réelle que de perpétuer le massacre des Palestiniens.

Deuxièmement, l’attaque iranienne massive a été presque totalement déjouée par la défense antiaérienne israélienne adossée à l’aide américaine, avec la collaboration jordanienne. Au plan militaire et technique, c’est, pour l’Iran, un fiasco (mais le vrai but politique : garantir que la destruction de Gaza puisse continuer pour pouvoir continuer à s’en servir, est sans doute atteint, hélas).

Cette défense efficace devrait conduire tout esprit libre à crier une question, adressée au Pentagone : POURQUOI L’UKRAINE EST-ELLE PRIVÉE DE SON “DÔME DE FER” ?

VP, le 14/04/2024.

14.04.2024 à 12:10

L’émergence du capitalisme vue par un médiéviste, par Vincent Présumey.

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Jérome Baschet est médiéviste. On pense peut-être, dans le « grand public », qu’un médiéviste s’occupe de choses fort anciennes sans rapport avec nous, mais c’est faux : l’histoire et l’humanité sont équivalents et, dans le cas du « Moyen Age », il s’agit de la préface du capitalisme. Il n’est donc pas si étonnant qu’un médiéviste produise un essai […]
Texte intégral (4491 mots)

Jérome Baschet est médiéviste. On pense peut-être, dans le « grand public », qu’un médiéviste s’occupe de choses fort anciennes sans rapport avec nous, mais c’est faux : l’histoire et l’humanité sont équivalents et, dans le cas du « Moyen Age », il s’agit de la préface du capitalisme. Il n’est donc pas si étonnant qu’un médiéviste produise un essai titré « Quand commence le capitalisme ? »

Cet essai est manifestement né d’une rencontre créative, celle de Jérome Baschet et des éditions Crise et Critique, dont l’orientation est liée à la « théorie critique de la valeur », dont cet ouvrage ne relève cependant pas. Plus généralement, et le fait est déjà ancien, la confrontation de la recherche historique médiévale et des élaborations de Marx est l’un des domaines les plus créatifs de cette recherche.

Dans ses ouvrages antérieurs dont les conclusions sont réunies dans La civilisation féodale. De l’an mil à la colonisation de l’Amérique (Champs-Flammarion, Paris, 2006), Jérome Baschet analyse la société dite féodale en Europe comme un système dynamique et expansif, reposant sur l’exploitation de la paysannerie sous la forme d’une dépendance de caractère à la fois local (le dominium) et global (l’ecclesia). L’Eglise est ici l’institution dominante et motrice, fournissant ce double cadre local et global, par lequel l’exploitation de la paysannerie ne nourrit pas une seule classe dominante ou un seul Etat de type impérial, mais une polymorphie et un polycentrisme de formations sociopolitiques, engagées dans une dynamique de confrontations.

Un point de méthode et de vocabulaire d’une grande importance, nécessaire à l’appréhension de son approche des débuts du capitalisme, est l’idée selon laquelle les catégories construites à partir du capitalisme, y compris chez Marx les termes tels que « mode de production », n’ont pas de validité transhistorique. Avant le capitalisme, il n’y a pas de sphère économique distincte et donc pas d’ « économie », comme l’a montré systématiquement Karl Polanyi, et donc pas non plus de champ propre qui pourrait s’appeler « la production » : il n’y a donc pas de sens à parler, pour l’exploitation de la paysannerie, de « contrainte économique » ou « extra-économique », car la contrainte du dominium, le cadre local et seigneurial qui constitue la communauté en communauté productive ayant une relative autonomie, et celle de l’ecclésia, le cadre global, sont totalement constitutives des relations sociales et donc des « rapports de production ». Est ainsi dépassé un vieil affrontement terminologique entre les supposés « marxistes » pour qui la « religion » ou la « chevalerie » n’étaient que les masques idéologiques du « prélèvement du surproduit », et les « purs médiévistes » pour qui le « Moyen Age » échapperait au « marxisme » puisque si, dans le capitalisme, on peut admettre que « l’économie » commande, dans le « Moyen Age », c’était « la religion ».

Baschet ne parle d’ailleurs pas de « religion » pour le Moyen Age européen, mais bien de la combinaison dynamique ecclesia/dominium. La catégorie de « religion » comme sphère spécifique n’apparait elle-même, justement, qu’en même temps que se dégage (se désencastre, selon les termes de Polanyi), l’ « économie », singulièrement, pour l’« économie », chez Adam Smith, et pour la « religion », chez J.J. Rousseau.

Cette société féodale est tout sauf immobile, et l’une des conséquences particulièrement intéressantes sur le plan historique de l’approche de J. Baschet est l’analyse des « grandes découvertes » et de la colonisation de l’Amérique espagnole au XVI° siècle comme partie intégrante, d’une certaine façon le couronnement, de l’histoire féodale, non comme le début effectif de l’histoire capitaliste, bien qu’elle en pose le cadre. De sorte que, par l’intermédiaire notamment de l’examen des sociétés ibériques musulmanes puis chrétiennes des IX°-XV° siècles, la construction de cet objet historique dénommé « Amérique latine » est intégrée, chez Baschet – qui a enseigné à San Cristobal de las Casas, au Chiapas mexicain – à l’histoire médiévale globale.

En outre, les éléments d’accumulation monétaire par les circuits commerciaux de longue distance, ou par le prêt contre intérêt, et la combinaison de ces deux formes de « capital », ne sont pas considérés ici comme les débuts ou les embryons d’un « capitalisme » appelé naturellement à sortir de sa coquille et à triompher, mais comme des relations sociales pleinement constituantes de la société féodale, à l’articulation du dominium et de l’ecclesia.

Dans son essai paru chez Crise et Critique, Jérome Baschet applique ses conceptions à une approche progressive de la question de l’apparition du capitalisme proprement dit, aboutissant à une définition qui émerge à la fin de ce petit travail, au chapitre 3. Si un capital est une somme d’argent engagée en vue d’avoir plus d’argent, chose qui existe bien avant le capitalisme, il devient dans le capitalisme un rapport de production par l’achat et la vente de la force de travail, et, ajouterais-je -ce point en effet n’est pas développé par Baschet alors qu’il me semble indispensable, relié qu’il est à la dynamique finale du féodalisme et renvoyant, chez Marx, à la question essentielle et généralement ignorée ou mal comprise de la rente foncière capitaliste – : par l’obligation faite à la majorité de vendre sa force de travail pour vivre, donc l’expropriation des producteurs immédiats de leurs rapports au sol et aux moyens de travail assurant leur vie.

La formule de Marx, désignant l’achat en vue de la vente, A-M-A’, peut s’appliquer au capital avant le capitalisme. Mais dans ce cas, elle se dissocie en un acte d’achat, A-M, et un acte de vente, M-A’, bien séparés dans le cas du commerce lointain qui relie des zones non connectées par ailleurs (ou à un acte de prêt et un acte d’extorsion dans le cas de l’usure). Dans le capitalisme elle devient autre chose, car les deux termes A-M et M-A’ sont indissociables et doivent être indéfiniment répétés, du fait que le centre de la formule est la production de marchandises par la consommation productive de la force de travail (c’est en fait A-M-P-M’-A’), par lequel la formule simple du capital comme argent grossissant devient un rapport de production, et le rapport de production le plus dynamique, dominant tous les rapports sociaux.

« … il serait sans doute préférable de renoncer à considérer qu’une même « formule générale du capital » puisse s’appliquer à la fois aux formes antédiluviennes du capital et à sa forme fondamentale. En tout cas, l’usage d’une formule également libellée (A-M-A’) est pour le moins trompeur en ce que « M » désigne, dans un cas, la marchandise en tant qu’elle est achetée et vendue, et dans l’autre, la marchandise en tant qu’elle est produite comme telle, à travers l’achat de la force de travail, devenue marchandise productrice de valeur. On en conclura que la forme fondamentale du capital et ses formes antédiluviennes ne relèvent pas d’une formule générale, mais de formules spécifiques impliquant une profonde différence de nature entre elles. »

La définition du capitalisme à laquelle aboutit J. Baschet est très exactement celle de Marx : un mode de production, qui est constitué comme tel par l’achat et la vente de la force de travail, le rapport salarial. Mais Marx est pour ainsi dire ici « accentué » par l’idée que la catégorie même de « mode de production » est spécifique au capitalisme et que les modes de production antérieurs ne sont ainsi dénommés que par une analogie partielle avec lui, mais relèvent en fait de dynamiques sociales différentes. Ce n’est que dans le capitalisme que la production devient une fin en soi, en tant qu’accumulation sous forme monétaire dépourvue de toute limite. Le capitalisme est donc une anomalie, à l’échelle géologique car le circuit exponentiel en quoi il consiste, par la levée des limites qui en serait en somme l’acte accoucheur effectif, risque de conduire à la destruction du monde humainement habitable.

La formule « formes antédiluviennes du capital » est de Marx, et elle signifie bien que le capital précède le capitalisme, en tant que forme sociale d’accroissement de la fortune sous forme monétaire. Mais il faut clarifier Marx, chez qui ces catégories ont été conçues sous une forme souvent combinée, en précisant que le capital antédiluvien n’était pas, lui, un mode de production, et n’était donc en rien du capitalisme.

Ces clarifications vont avec la claire conscience d’une discontinuité radicale entre le mode de production capitaliste, ou le capitalisme mode de production, et les formations sociales antérieures. Je dirai que cette discontinuité est en réalité plus importante que celle qui oppose les « sociétés sans classes » de la préhistoire ou des « peuples premiers » (qui ont en réalité des hiérarchies à commencer par la plus ancienne, celle des sexes), et les « sociétés divisées en classe ». Le Marx de 1848 et du Manifeste a, sur ce point, été dépassé par le Marx du Capital. La grande cassure dans l’histoire non pas seulement humaine, mais géobioclimatique, est celle du capital.

Avec le capitalisme comme étant « le » mode de production par excellence, commencent, chez Baschet, l’anthropocène et le capitalocène, qu’il ne cherche pas vraiment à distinguer. Je serai pour ma part enclin à envisager un anthropocène non capitaliste (nous n’avons plus le choix !), qui avait commencé avec l’action croissante de l’humanité sur la biosphère terrestre, dès la préhistoire, distinct du capitalocène où l’accumulation exponentielle se traduit par des prélèvements et des rejets exponentiels eux aussi.

Baschet aide donc à clarifier le caractère inexact des théories, libérales ou « marxistes », qui tendent à assimiler capitalisme avec capital, commerce et argent, voire échange tout simplement, et voient donc des capitalistes à toutes les époques, et considèrent en fait le capitalisme comme un phénomène naturel. Non seulement ceci est faux, mais le capitalisme comme mode de production ne provient pas du développement des formes antédiluviennes de capital, mais d’un bouleversement des rapports sociaux dans lequel l’Etat a un rôle moteur : c’est là un acquis de Marx lui-même, dont la dernière section du livre I du Capital ne s’appelle pas, comme toutes les « écoles de formation marxistes » l’ont souvent répété, L’accumulation primitive du capital, mais : La prétendue accumulation initiale, nuance !

Cette critique des conceptions libérales et « marxistes » est prolongée, explicitement, dans cet essai, en direction des travaux historiques d’Alain Birh (Le premier âge du capitalisme (1415-1763), Lausanne-Paris, Page Deux-Syllepse, 2018-2019), chez qui le capitalisme comme mode de production est séparé du capitalisme comme « rapport de production », ce qui aboutit à réinstaurer la fausse continuité commerce-capital (amalgame qui devient complet dans le résumé du Capital, appelé Logique du Capital, de Bihr), et aussi envers la « théorie critique de la valeur » (Anselm Jappe, Robert Kürz) qui, en faisant tout découler de la pure forme-valeur A-M-A’, retombe dans une sorte de fétichisme à force de vouloir dénoncer le fétichisme. Certes, les termes de Baschet ne sont pas aussi « durs », mais ils suggèrent ces critiques : le rapport central de production, c’est l’achat et la vente de la force de travail, et donc, ajouterais-je, c’est la lutte des classes, non plus celle du Manifeste qui l’inscrit dans la continuité des luttes des esclaves, des serfs et aussi des bourgeois, mais la lutte des classes telle qu’elle émerge des rapports capitalistes, qui en est bien la clef – et, surtout, la clef de leur abolition.

Le féodalisme, dans sa forme principale qui fut européenne (on laisse de côté ici la réalité reconnue d’un féodalisme japonais, qui n’est pas sans conséquences sur l’histoire actuelle mais n’a de toute façon pas eu, ou pas eu le temps, d’acquérir une telle dimension), contient bien une série de traits fondamentaux d’où le capitalisme partira, mais sans nulle nécessité préalable et sans qu’aucun de ces traits n’ait été, comme tel, le prototype d’un trait du capitalisme. Il y a bien eu rupture à un moment donné.

Avant de se demander quand, identifions ces traits d’après Baschet : l’exploitation des paysans dans le dominium stimule une croissance endogène de longue durée, la grande « expansion » tant intensive qu’extensive des X°-XIII° siècles européens ; l’ecclesia, qui n’est pas donnée une fois pour toute mais qui prend forme en se détachant de Rome puis de Byzance et en structurant une idéologie à la fois dualiste et englobante, fournit le carburant idéologique du caractère expansif de cette formation sociale ; cette expansion prend la forme de rivalités entre monarchies, principautés, corporations, ordres monastiques, réseaux marchands-guerriers, le tout entrelacé, rivalités qui en accentuent le dynamisme. Enfin, ajouterais-je, le « capital » est présent : en tant que fin en soi, il est repéré et dénoncé par Aristote sous le nom de « chrématistique ». Il apparait comme une motivation essentielle des grandes découvertes en tant que soif de l’or, indissociable des représentations conquérantes et eschatologiques, relatives au statut individuel, au salut individuel, et à l’eschaton collectif (Christophe Colomb voulait gagner l’Asie à la chrétienté pour reprendre Jérusalem).

Chacun de ces traits se retrouve dans les autres grands ensembles civilisationnels de l’arc eurasiatique, les mondes arabo-musulman et turc ottoman, persan, indien, chinois, et à l’extrémité coréen et japonais, ainsi que l’Insulinde, mais dans des dosages différents. La forme sociale des métaux monétaires est commune à tout cet arc et ne se retrouve pas ailleurs avant les « grandes découvertes ». La croissance intensive de la Chine Song est semblable ou supérieure à la croissance intensive de l’Occident chrétien. Mais la dynamique expansive sur la longue durée est la plus forte dans le cas du féodalisme européen.

Saisir cette dynamique expansive est essentiel pour expliquer la réelle domination « occidentale » mondiale pendant quelques siècles, sans le faire d’une manière occidentalocentrique ou eurocentrique. Les récits « décoloniaux » qui prétendent se distancier de l’occidentalocentrisme en accusant « l’Occident » d’avoir empêché le développement du reste du monde, sont en réalité tout à fait occidentalocentriques eux-mêmes : transformer la terre bénie du Progrès en foyer malfaisant ne change rien à la fausseté de telles représentations. 1492 dans la conception de Baschet, n’est pas le point de départ du capitalisme, ce qui n’enlève rien à son importance, mais qui implique, sans qu’il le développe vraiment, que les rapports raciaux à l’échelle mondiale ne sont pas constitutifs du capitalisme, mais des conditions de son émergence, ce qui n’est pas la même chose.

Cette émergence elle-même est située chez lui dans la tranche 1760-1830, qu’il rapporte à trois données.

Premièrement, la soumission de l’Inde moghole au colonialisme britannique (entrainé par sa rivalité dynamique avec le colonialisme français) constitue un tournant majeur que 1492 n’avait pas entrainé : les civilisations non européennes de l’arc eurasiatique vont être dominées, ce qui n’avait absolument pas été le cas avant, ni pour l’empire ottoman, ni pour la Perse, ni pour l’Inde, ni pour la Chine. En particulier, par le bélier militaro-commercial de la production et du commerce de l’opium, l’Inde va être le levier pour dominer commercialement et pénétrer la Chine.

L’ « hégémonie européenne » (un court moment à l’échelle de l’histoire, mais qui transplante au niveau mondial la dynamique de l’accumulation capitaliste) ne provient donc pas de la dévastation de l’Amérique ni de la traite des Noirs (également pratiquée à grande échelle par les empires musulmans et impliquant des royaumes africains), mais de ce bouleversement des relations eurasiatiques – même si l’on peut considérer que la domination des Amériques et la circumnavigation de l’Afrique l’ont préparée.

Deuxièmement, le décollage, en Angleterre, d’une production de marchandises nouvelles, produites en tant que capital, et destinées soit à la consommation de masse du prolétariat (le textile), soit à la production (métallurgie), bref ce qu’il est convenu d’appeler la « révolution industrielle », constitue la seconde donnée clef, inséparable justement de la ruine de l’industrie indienne. La consommation des combustibles fossiles en est le fondement matériel, assurant des économies dans la dépense de capital constant.

Le troisième élément est le « désencastrement » (Polanyi) de l’économie, le dégagement de toute autre contrainte sociale d’un impératif de développement économique mesuré de manière monétaire et constituant une fin en soi, dominant idéologiquement la société (d’abord en Angleterre avec l’émergence de l’économie politique puis sa conversion en « science économique »).

J. Baschet met donc en avant, sur une courte période de basculement, trois données globales, l’une touchant à la géopolitique planétaire (la colonisation de l’Inde à partir des années 1750-1760), l’autre à la production proprement dite (l’industrie), la troisième au système de représentations, aux mentalités et aux formes idéologiques. De façon assez surprenante, il ne fait pas au moins la remarque que la période de ces transformations correspond aussi à un cycle de révolutions, nord-américaine, française surtout, et aussi haïtienne, puis latino-américaines, et au fait qu’un cycle de guerres s’ensuit, à l’échelle européenne, qui fournissent le cadre de la révolution industrielle britannique et, après 1815, de son extension à d’autres pays.

La principale difficulté suscitée par l’analyse rapide de J. Baschet concerne les préconditions de la grande transformation qui se produit lors de cette charnière des XVIII° et XIX° siècles. S’il opte surtout pour des origines endogènes du capitalisme en Europe, en relation avec la société féodale tardive, il identifie principalement comme éléments endogènes la sphère des représentations globales et de l’idéologie, à savoir la naissance de la science moderne au début du XVII° siècle associée à la célèbre aspiration cartésienne à se rendre « maître et possesseur de la nature », suivie de l’affirmation de « l’individualisme possessif » dans lequel le maître et possesseur est le propriétaire privé souverain envers lui-même et sa propriété (John Locke).

Ces deux éléments – appréhension de la nature et appréhension des individus souverains – forment effectivement un cadre plus prégnant et lourd de conséquences que de simples récits idéologiques et/ou mythologiques : Baschet les rapproche de ce que l’anthropologue Philippe Descola appelle des « ontologies » et, finalement, c’est au passage d’une ontologie « analogique » à une ontologie « naturaliste » qu’il attribue le franchissement du seuil entre le féodalisme tardif et mondialisé des XVI-XVIII° siècles et le capitalisme, avec en outre l’idée que l’analogisme sous forme chrétienne était pour ainsi dire prédisposé à se développer en naturalisme.

Je crains qu’il y ait là un raccourci qui pose plus de problèmes qu’il n’en résout. D’une part, les « ontologies » descoliennes soulèvent bien des difficultés (Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005). Rappelons qu’il s’agit de classer les formes d’auto-positionnement des sociétés par rapport aux êtres et au monde en quatre grandes combinaisons possibles : l’animisme qui prête une intériorité commune aux êtres différents (au moins aux animaux, souvent aux plantes), le totémisme qui classe humains et autres êtres dans des rubriques communes mais étanches entre elles, l’analogisme qui fait triompher partout le couple différences/ressemblances, et le naturalisme pour lequel la nature physique est une et la même, objet de science, alors que l’intériorité humaine, « raison » ou « esprit », spécifie les seuls êtres raisonnables autodéterminés.

Ce classement grandiose peut passer pour une conception scientifique et Descola le présente ainsi, il est cependant évident qu’il s’agit d’une construction idéologique élaborée progressivement par un chercheur qui a d’abord opposé, avec un jugement de valeur quasi-explicite, l’animisme des Indiens d’Amazonie pour qui la distinction entre « nature » et « culture » n’a aucun sens, et ce qu’il appelle alors le « naturalisme » propre à l’Occident capitaliste d’où il a dominé le monde, puis rajouté dans ce tableau le totémisme, inassimilable à l’animisme et identifié comme dominant dans le seul cas des australiens, et enfin fourgué tout le reste dans le grand tiroir de l’ « analogisme ». Mon propos ici n’est pas de développer une critique de Descola, dont les idées sont évidemment stimulantes et intéressantes, mais de signaler que la catégorie des « ontologies » (que l’on pourrait aussi rapprocher de l’ « être-au-monde » heideggérien ou de la « culture » au sens élargi qui lui donne Val Plumwood) sert chez Baschet de raccourci sommaire, trop sommaire, pour compléter la sauce préalable conduisant à la transformation qualitative des années 1760-1830.

Surtout, cette focalisation sur les « ontologies » est me semble-t-il à mettre en relation chez Baschet à la faible part prise par les luttes sociales effectives, aux résultats non préétablis, dans la transformation, ce qui rejoint donc la remarque faite plus haut sur l’absence de mention des révolutions, en particulier de la révolution française, dans le saut qualitatif de 1760-1830. Au XVI° siècle aussi, et en fait dès le XIV°, des luttes sociales gigantesques, des Lollards marchant sur Londres en 1380 à la Guerre des paysans allemands des années 1520, sans oublier la révolution Ming en Chine en 1368, ont ouvert d’autres possibles. Les préconditions du capitalisme consistent aussi dans la préservation des rapports de domination et d’exploitation féodaux qui, pour se perpétuer, mutent en expropriation/libération de la masse des travailleurs (ruraux) anglais, laquelle prend racine dès les lendemains de la peste noire de 1348 (un fait perçu par Marx au livre I du Capital). Ces affrontements sociaux, porteurs, jusque dans la révolution française, des racines du socialisme, car porteurs d’autres possibles non advenus, se combinent au système-monde féodal-mercantile qui s’est déployé, depuis la peste de 1348 et la « découverte » de 1492, précédé par les microbes, et forme le cadre dans lequel l’accumulation illimitée démarre au plan mondial, avant de s’emparer de la production et donc de devenir mode de production (capitaliste).

Bien entendu, je ne fais là que dessiner à grands traits un processus qui requiert un récit historique effectif. Ce que je veux indiquer par-là, c’est que la dimension de la « lutte des classes » conduisant au salariat producteur de capital et à sa réémergence sur cette base, est indispensable à la compréhension, premièrement, de la transformation du féodalisme en capitalisme (et permet au passage de restituer la cohérence entre le processus endogène et le système-monde partiellement exogène, à savoir le passage de la première mondialisation « archaïque et polycentrique » des XI°-XVIII° siècles selon Baschet, à la mondialisation capitaliste), et, deuxièmement, du caractère non fatal, non déterministe, et en ce sens non « matérialiste », de la transformation : les humains font leur propre histoire, dans des circonstances héritées et avec des conséquences imprévues, mais ils la font, ils dansent avec la Fortune comme disait Machiavel.

Cette prise en compte des affrontements sociaux, de la lutte des classes, avant les « ontologies » (et expliquant celles-ci), serait en pleine cohérence avec l’approche résolument discontinuiste que préconise Baschet. Sa conclusion est importante : si l’origine du capitalisme fut discontinuiste et non prédéterminée, la sortie du capitalisme le sera tout autant, elle rompra justement avec le développement autoreproduit, apparaissant comme fatalité naturelle, que nous prenons pour celui de l’histoire mais qui ne l’est que dans la mesure où il est celui du capital.

La transition aujourd’hui nécessaire à la survie, dans les prochaines décennies (le plus tôt serait le mieux …), est celle du « réencastrement de l’économie dans le social – ou, pour mieux dire [de] la disparition de l’économie comme sphère séparée et dominante. » Saut dans l’inconnu ? Pas tant que cela, car il y a des héritages pour ce faire, et parce qu’il s’agirait « non pas de créer les conditions d’une démultiplication exponentielle de l’appareil productif (…) mais de s’appuyer sur les moyens matériels et techniques déjà existants » en en démantelant la part nocive. La sortie du capitalisme n’est pas le franchissement d’une nouvelle étape de « croissance » dont le capitalisme aurait été la préface nécessaire, mais la rupture avec une anomalie radicale mettant en danger l’existence humaine et le vivant.

Cette conclusion forte me semble correspondre à la réalité de ce qu’est la révolution aujourd’hui.

VP, le 13/04/24.

13.04.2024 à 01:26

Équateur – CONAIE : « 11 fois NON » ! / FAL condamne fermement la violation de l’ambassade du Mexique à Quito (communiqué)

aplutsoc

Présentation Un excellent communiqué de l’ association France Amérique Latine sur la situation en Équateur, suivi d’un communiqué de la CONAIE sur la « Consultation Populaire » du Président Noboa du 21 avril 2024 prochain. 1) Ce qui se joue dans cette « Consultation populaire » du 21 avril prochain, autour de 11 questions, initiative du président Noboa, c’est […]
Texte intégral (2084 mots)

Présentation

Un excellent communiqué de l’ association France Amérique Latine sur la situation en Équateur, suivi d’un communiqué de la CONAIE sur la « Consultation Populaire » du Président Noboa du 21 avril 2024 prochain.

1) Ce qui se joue dans cette « Consultation populaire » du 21 avril prochain, autour de 11 questions, initiative du président Noboa, c’est :

  • a) d’asseoir institutionnellement « la militarisation » de la vie quotidienne politique et sociale en Équateur, ce que, avec la déclaration de « Conflit armé interne  » en janvier 2024, accompagnée de la « déclaration de l’Etat d’urgence »* le gouvernement Noboa a mis en place d’ores et déjà sous prétexte de lutte contre le narcotrafic…
  • b) tout en faisant adopter dans la même fournée, au nom de l’appel aux investissements mondiaux dans l’économie équatorienne (pour réaliser le « destin minier de l’Équateur », dixit Noboa en février dernier au Canada devant l’ assemblée annuelle des principaux investisseurs miniers du monde), # d’une part, l’acceptation des règles d’arbitrage mondial en cas de litige avec une transnationale (Chevron (pétrole) s’ en frotte les mains d’avance) # d’autre part, l’acceptation de contrats temporaires de travail et au paiement par heure de travail (ce qui voit la fin de la SS, des vacances, des versements pour la retraite etc..) c’est à dire l’acceptation de la précarisation, la flexibilisation du marché du travail, la baisse des salaires et l’arbitraire patronal.

2) L’envahissement le 18 mars par les Forces Armées et la Police, dans la province de Cotopavix, des bourgades paysannes de Palo Quemado et de Las Pampas, où l’entreprise minière canadienne Atico Mining devrait réaliser l’ immense projet minier « La Plata », (cuivre, Zinc, or), avait pour but d’imposer une « consultation truquée  » de 70 personnes sur une population de plus de 1.200 habitants, population qui s’oppose à ce projet ainsi qu’ à la consultation truquée.

Après avoir créé en janvier « l’ état de choc » de la déclaration de guerre contre le narcotrafic et 22 de ses bandes armées, suite aux démonstrations de force des mafias (envahissant une station de TV en direct et les prisons équatoriennes et réalisant la fuite de deux de ses principaux leaders – toutes actions qui ne peuvent se réaliser sans la complicité des forces répressives d’un État équatorien, fortement gangrené), le gouvernement Noboa a voulu, avant même la réalisation de sa « Consultation populaire » et du renforcement qu’il en attend, faire un exemple.

Le gouvernement Noboa a ainsi démontré ce qu’il entendait par « Conflit armé interne » exigeant l’ utilisation de l’armée dans un conflit social, en n’hésitant pas à qualifier de « terroriste liée au narcotrafic » la résistance pacifique des paysans de cette région. Le cadre organisé de la CONAIE et du Front National Anti-minier (voir article dans le dernier numéro en ligne de Inprecor) a, pour l’instant, permis une résistance conséquente, malgré une sévère répression (20 blessés, 72 paysans poursuivis judiciairement), et a contraint la justice à demander et obtenir la sortie des forces armées de la région et à confirmer provisoirement, à nouveau le 9 avril, l’interruption de la fausse consultation.

3) L’invasion de l’Ambassade du Mexique pour y arrêter un personne bénéficiant du droit d’asile, opposant politique, ex-ministre de Correa, sous prétexte de poursuites pour corruption, démontre que Noboa est capable de faire sauter tous les verrous de l’état de droit et du non respect des droits démocratiques, pour imposer sa politique et celle du bloc économique qui l’appuie. Il compte bien sûr, sur le rouleau compresseur d’une presse aux ordres, sur le climat de peur, d’incertitude, d’aspiration à l’ordre, créés par toutes ces opérations.

Membre d’ une famille qui possède l’empire de l’exportation de la banane (premier produit d’exportation en Équateur) mais qui, à travers d’autres entreprises, investit à fond dans les projets miniers en alliance avec les transnationales minières, ce jeune chef d’entreprise de 36 ans, diplômé US, se comporte dans le pays comme sa famille se comporte dans son empire bananier.

N’oublions pas de plus, que la plus grande partie de l’arrivée de la drogue en Europe, qui part des ports équatoriens, se fait dans les containers de la banane équatorienne. Certes depuis la déclaration de « guerre » il y a eu environ 350 arrestations de jeunes subalternes de trafic de drogue. Les quartiers populaires vivent sous des contrôles militaires permanents, les camions militaires sillonnent les rues des villes équatoriennes, et stationnent dans les carrefours. Pourtant les quartiers chics de Quito ou Guayaquil, où habitent les barons de la drogue (financiers investissant légalement dans toute l’ économie légale et en particulier dans les mines) continuent à vivre tranquillement. (voir article de Andres Tapia et Andres Madrid dans l’avant dernier numéro de Inprecor)… Et par ailleurs, crimes, enlèvements se sont poursuivis en février, en mars, récemment en avril…

NOBOA a besoin de remporter la victoire politique que représenterait un vote OUI aux 11 questions posées dans sa « Consultation populaire » du 21 avril. Obtenir le consentement de celui qui sera exploité, chassé, empoisonné, affamé, réprimé…c’est le rêve du néolibéral, accompagné quand même de l’ appareil répressif toujours indispensable en cas de mauvaise conduite de l’ opprimé.

Cette victoire lui permettrait de préserver et de renforcer ainsi dans les meilleures conditions la militarisation de l’Équateur et d’engager les plans et projets miniers qu’il s’est engagé à accomplir devant les investisseurs du monde entier en février dernier, ainsi que l’ensemble de la politique extractiviste dont sa famille est une des plus puissantes représentantes. Non seulement, il réussirait là où ses prédécesseurs n’ont que partiellement avancé, ( à cause en particulier des révoltes d’octobre 2019, de celles de juin 2022 ) mais il préparerait ainsi sa réélection dans les très prochaines présidentielles de 2025.

4) La participation de la Conaie, la principale organisation de masse du pays à la campagne pour le « 11 fois NON à la consultation populaire », est un facteur important pour tenter de faire obstacle aux plans destructeurs du néolibéralisme autoritaire. Elle n’est pas bien sûr la seule à mener cette lutte pour le « 11 fois NON ». Ainsi les forces populaires qui avaient mené aussi la lutte pour la préservation du parc Yasuni de l’ Amazone contre l’ exploitation pétrolière, lutte qui s’est terminée par un vote de plus de 60% en sa faveur dans le référendum d’ août dernier (résultat que Noboa veut maintenant remettre en question)… il y a maintenant, le parti qui se réclame de Correa, Révolution Citoyenne-RC, affaibli, (l’ex président est exilé au Mexique), mais avec une représentation parlementaire encore importante, qui vient de rompre le « pacte de gouvernabilité » qu’il a passé, dès l’ installation en novembre 2023 du nouveau parlement, avec la droite, le PSC (Parti Social Chrétien) et le gouvernement Noboa, après l’ affaire de l’ ambassade du Mexique. Noboa d’ailleurs, a provoqué (avec l’ affaire de l’ ambassade du Mexique) et se saisit à nouveau du fort sentiment anti-corréiste qu’il y a en Équateur, pour mener campagne pour le Oui à sa « consultation populaire ». Si l’ augmentation de l’ IVA à 15%, du prix de l’essence et du gaz, le manque d’investissement dans les écoles et la santé, pèsent sur les couches populaires, les sondages restent encore favorables au gouvernement Noboa.

Le résultat de la « consultation populaire », dont l’ issue en faveur du gouvernement faisait peu de doute jusqu’ ici, avec ce que cela voulait dire comme défaite pour les intérêts du peuple équatorien, est certes un peu plus incertaine, particulièrement en ce qui concerne les deux questions que nous avons soulignées plus haut (« Arbitrage international » et « contrat de travail précaire par heure »).

Si dans le conflit minier de Palo Quemado il y a eu pour l’instant une sorte de match nul, le succès est loin d’être assuré contre ce projet minier prédateur. Dans ce sens, il convient, dans le sens du Communiqué adopté par l’ Association France Amérique Latine , que nous multipliions les prises de position solidaires avec la résistance des paysans de Palo Quemado et Las Pampas , contre la répression, pour le droit à une consultation libre et informée telle qu’ elle est prévue dans la constitution équatorienne.

Jean P.

Document 1

Communiqué de FAL (France Amérique Latine) du 8 avril 2024 :

Équateur : FAL condamne fermement la violation de l’ambassade du Mexique à Quito

Document 2

Confédération des Nationalités Indigènes de l’Équateur – CONAIE

Quito, 05 avril 2024

Dire 11 fois NON à la Consultation de Noboa!

La consultation populaire de Daniel NOBOA, ne représente pas les intérêts du peuple équatorien.

Elle ne bénéficie pas au pays, elle est fait pour favoriser un agenda politique personnel de Noboa, une campagne anticipée pour sa réélection et les intérêts de grands groupes économiques.

Le gouvernement de Noboa n’a pas tenu ses promesses. Il a augmenté les impôts, il a augmenté l’IVA à 15%, l’essence,le gaz, le panier des produits de base est maintenant 50% plus cher, et il a réduit le budget de l’éducation à tous les niveaux, la santé et les services publics de base. Impulsant ses intérêts miniers, Noboa a entrepris une politique extractiviste agressive qui continue à dépouiller les peuples et les nationalités de leurs territoires, causant des dommages irréparables à la nature, emprisonnant les défenseurs des Droits démocratiques et criminalisant les leaders des communautés.

Toute la force de l’État doit se focaliser sur l’éradication de la délinquance et du crime organisé, mais la Consultation populaire est une manœuvre politique pour mettre en place de vieux projets des groupes économiques, comme la réforme du travail et le contrat par heure de travail qui flexibilise les droits du travail, favorise l’instabilité et la précarisation et cherchent à payer moins que le salaire minimum.

La réactivation de l’arbitrage international menace notre souveraineté nationale et favorise les entreprises transnationales, notre pays perdrait 2.426 millions de Dollars dans ces tribunaux. Chevron, responsable de nombreux attentats environnementaux, pourrait recevoir 2.000 millions de dollars, minant ainsi l’économie nationale et permettant que les transnationales puissent fuir leurs responsabilités.

Les réformes sur la sécurité proposées dans la Consultation populaire peuvent être proposées à travers l’ Assemblée Nationale ou les attributions présidentielles sans qu’il soit nécessaire de recourir à une dépense irresponsable de plus de 60 millions de dollars dans une consultation populaire qui n’est pas nécessaire.

La consultation ne met pas en avant les réformes structurelles du système de justice et de sécurité. La création de charges de juge spécialisées ne résout pas à la racine le problème de la justice : la corruption et la politisation. Il est urgent d’exiger une réforme structurelle qui garantisse une justice réelle et équitable.

La consultation populaire est une supercherie. Elle représente seulement un jeu politique pour favoriser les intérêts du groupe Noboa. Dites Non à la Consultation de Noboa !

Ne te laisse pas tromper, dis NON au mauvais gouvernement !

Conseil de gouvernement- Conaie-Equateur

13.04.2024 à 00:54

Un moment de vérité pour Lloyd Austin – Les États-Unis sont les gardiens des raffineries russes. Par Vadim Zaidman.

aplutsoc

12 avril 2024 Il y a deux semaines, après la publication par le Financial Times d’un article sur les demandes tacites de l’administration Biden à l’Ukraine de cesser d’attaquer les raffineries russes, j’ai publié un article au titre explicite « Biden and Co. are not heavy-handed » (Biden et Cie n’ont pas la main lourde), dans lequel […]
Texte intégral (817 mots)

12 avril 2024

Il y a deux semaines, après la publication par le Financial Times d’un article sur les demandes tacites de l’administration Biden à l’Ukraine de cesser d’attaquer les raffineries russes, j’ai publié un article au titre explicite « Biden and Co. are not heavy-handed » (Biden et Cie n’ont pas la main lourde), dans lequel je me moquais chaleureusement du président américain paniqué et de son entourage qui craignent une soi-disant escalade. Biden et Cie sont moqués en imaginant d’autres exigences possibles de l’administration américaine à l’égard de l’Ukraine : ne pas utiliser davantage de systèmes de défense aérienne et antimissile lors des frappes de missiles et de drones russes sur les infrastructures énergétiques et habitations ukrainiennes, cesser de détruire les avions russes et les navires de la flotte de la mer Noire en Crimée, freiner le développement de l’opération de destruction du pont de Crimée et cesser complètement de résister à la Wehrmacht russe. Toutes ces actions de l’Ukraine risquent de déplaire à Poutine et de conduire à une escalade.

Toutefois, certains lecteurs ont douté à l’époque de la fiabilité des informations du Financial Times concernant la demande faite à l’Ukraine de cesser de frapper les raffineries russes, étant donné qu’au lieu de sources spécifiques avec des noms, il n’y avait qu’une vague référence à des « sources bien informées ».

Aujourd’hui, l’heure de vérité a sonné.

Le chef du Pentagone, Lloyd Austin, a demandé à l’Ukraine de cesser d’attaquer les raffineries de pétrole russes. Cette déclaration n’a pas été faite lors d’une conversation semi-officielle, mais lors d’une réunion de la commission des forces armées du Sénat américain. En d’autres termes, il ne peut s’agir d’une déclaration plus officielle et plus bruyante.

Le cynisme du principal « allié » de l’Ukraine bat certainement tous les records. Sans parler de l’impudeur d’un tel appel à l’Ukraine (ils s’inquiètent du prix de l’essence dans les stations-service américaines à la veille des élections – alors que de l’autre côté de la balance il y a un tout autre prix, la vie de milliers d’Ukrainiens), ils ont le culot d’exiger quelque chose d’elle alors qu’ils l’ont déjà abandonnée à son sort il y a six mois, la laissant sans aucune aide face à un agresseur qui lui mène une guerre d’anéantissement au sens le plus littéral du terme ! Alors que l’Ukraine a touché le point vulnérable de Poutine, son aiguille de Koshcheyeva, et qu’elle frappe les raffineries qui alimentent l’or noir de cette guerre !

« De telles attaques peuvent affecter la situation énergétique mondiale. L’Ukraine ferait mieux de frapper des cibles tactiques et opérationnelles qui peuvent avoir une incidence directe sur la bataille », a conseillé M. Austin à l’Ukraine. Bien sûr, pour n’affecter qu’une bataille spécifique – et non l’ensemble de la campagne militaire, pour ne frapper que des cibles tactiques et opérationnelles – et en aucun cas pour infliger une défaite stratégique à l’agresseur.

De qui, après tout cela, les États-Unis sont-ils vraiment les alliés ? À qui appartient la victoire qu’ils recherchent réellement ? À qui s’adresse la défaite qu’ils ne veulent en aucun cas permettre ?

Mes fantasmes et mes plaisanteries n’ont pas suivi la réalité.

On sait que les frappes réussies de l’Ukraine sur les raffineries de pétrole russes ont été possibles parce que la Russie ne dispose pas de suffisamment de systèmes de défense aérienne – tous les systèmes disponibles sont utilisés sur le front et pour couvrir Moscou et Saint-Pétersbourg. Il n’y a rien pour couvrir les raffineries de pétrole.

Si les événements continuent à évoluer dans ce sens, la prochaine étape logique de l’« allié » américain de l’Ukraine sera la livraison de systèmes Patriot à la Russie pour protéger ses raffineries des frappes de drones ukrainiens.

Pensez-vous que je fantasme et que je râle à nouveau ? – Je ne suis pas du tout certain que cette histoire à la Kafka ne devienne pas bientôt réalité.

Source : http://www1.kasparov.org/material.php?id=6617D315C3D91&section_id=444F8A447242B

13.04.2024 à 00:29

Recrudescence de violences d’extrême droite. Communiqué du syndicat étudiant Priama Diia

aplutsoc

Ne laissons pas la violence haineuse s’installer ! Dans toute société saine, il n’y a pas de place pour une hostilité irrationnelle et sauvage en raison du sexe, de la race, de l’orientation sexuelle ou de tout autre facteur. La préservation des valeurs progressistes est l’un des objectifs de la lutte actuelle de l’Ukraine contre l’invasion […]
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Ne laissons pas la violence haineuse s’installer !

Dans toute société saine, il n’y a pas de place pour une hostilité irrationnelle et sauvage en raison du sexe, de la race, de l’orientation sexuelle ou de tout autre facteur.

La préservation des valeurs progressistes est l’un des objectifs de la lutte actuelle de l’Ukraine contre l’invasion impériale : le régime de l’État agresseur introduit des lois absolument obscurantistes telles que l’interdiction de l’avortement ou la « propagande de l’homosexualité » ; bien entendu, la mise en place de telles initiatives est inacceptable dans une société démocratique.

Or, certains représentants de notre société semblent partager ces postulats poutinistes. Ces derniers jours, les agressions commises par des radicaux d’extrême droite se sont multipliées à un rythme alarmant, ciblant principalement les personnes LGBT+.

Le 3 avril, un groupe de jeunes hommes a attaqué un couple homosexuel près de Rusanivka à Kyiv, accompagnant les coups de cris d’insultes. Le 7 avril, un autre couple homosexuel a été agressé, aspergé de gaz poivré et menacé que « les Ultras reviendront cet été ». Le 9 avril, une jeune fille a été victime de violences et menacée en raison de sa ceinture aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Les cas de violence xénophobe ont été trop nombreux ces derniers temps pour que l’on puisse parler de hasard – nous avons affaire à une nouvelle recrudescence de la violence d’extrême droite. Les victimes de cet arbitraire sont tous ceux qui sont considérés comme « indésirables ». En particulier, les agresseurs expriment une forte antipathie à l’égard des militants qui soutiennent des initiatives progressistes et aident les forces armées.

Nous demandons instamment au public de ne pas fermer les yeux sur le scandale qui se produit. Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour empêcher la violence de rue d’augmenter et pour empêcher les attitudes réactionnaires destructrices de gagner du terrain sous quelque forme que ce soit.

L’une des mesures à prendre pour faciliter ce processus est l’adoption du projet de loi 5488 sur les crimes de haine, que les législateurs devraient adopter immédiatement.

Cette loi ne mettra pas fin aux insultes et aux attaques motivées par l’intolérance raciale, sexiste ou autre, mais elle protégera considérablement les membres des groupes vulnérables et dissuadera les criminels xénophobes en établissant des normes claires en matière de responsabilité pour les crimes de haine.

Pour un monde sûr et humain pour tous !

Le syndicat étudiant ukrainien Priama Diia  (Action directe)

12 avril 2024

11.04.2024 à 10:16

Un outil pour naviguer dans les Cahiers Léon Trotsky. Par Robert Duguet

aplutsoc

Pierre Broué (1926-2005) « [le travail de l’historien]ce sont de longues heures de travail, souvent de nuit, dans une lutte contre le sommeil et le conservatisme de la pensée. Le travail épuisant, mais qui apporte de si belles récompenses ! La plus belle : trouver une clé, une arme imparable pour dénoncer un mensonge, démentir une […]
Lire la suite (445 mots)

Pierre Broué (1926-2005)

« [le travail de l’historien]ce sont de longues heures de travail, souvent de nuit, dans une lutte contre le sommeil et le conservatisme de la pensée. Le travail épuisant, mais qui apporte de si belles récompenses ! La plus belle : trouver une clé, une arme imparable pour dénoncer un mensonge, démentir une calomnie, restaurer le vrai visage d’une militante ou d’un militant. Cette recherche m’a donné des joies immenses. » (Lettre à Carolina)

Les Cahiers Léon Trotsky ont été édités de janvier 1979 à décembre 2002 sous la responsabilité de Pierre Broué (1926-2005), militant et historien trotskyste. Parallèlement Pierre Broué a constitué l’Institut Léon Trotsky, avec un groupe de militants anglais et d’historiens aux fins de publier les œuvres complètes de Trotsky : 27 volumes paraîtront de son vivant. L’ouverture en 1980 de la partie fermée des archives de Trotsky déposées par ce dernier à la Houghton Library de Harvard, conduira ce groupe de militants chercheurs à écrire de nombreux articles et présenter des documents apportant des éclairages nouveaux. Ce sont les Cahiers Léon Trotsky qui publieront tous les trimestres ces travaux.

Le site conçu par Robert Duguet sur les Cahiers Léon Trotsky, disponible à l’adresse suivante,

https://cahiers-leon-trotsky.eu

proposait, quand il fut ouvert il y a 4 ans, trois dossiers regroupant:

  • Les articles de Pierre Broué, soit 90 articles publiés dans les Cahiers de 1979 à 2002
  • Trotsky et les trotskystes face à la seconde guerre mondiale, 74 documents et articles sélectionnés par Pierre Broué…
  • 44 articles et documents sur la littérature et de l’art d’un point de vue marxiste.

J’y ajoute aujourd’hui un outil permettant de naviguer dans les 960 articles ou documents de la base de données constituée avec diverses entrées possibles :

  • Par thèmes (exemple : sur la révolution espagnole, ou le trotskysme par pays…)
  • Sur les auteurs marquants (exemple : sur Léon Sedov).
  • Les biographies… (exemple : Christian Rakovsky)
  • Sur Les collaborateurs de Pierre Broué.
  • Les 960 entrées de la base de données par auteurs
  • La consultation par numéro des Cahiers
  • Une liste des 200 articles disponibles au format pdf.

D’autres mises à jour suivront par descripteurs et 200 documents et articles qui ne sont pas pour l’instant caractérisés par la base.

6 / 20
 Persos A à L
Mona CHOLLET
Anna COLIN-LEBEDEV
Julien DEVAUREIX
Cory DOCTOROW
EDUC.POP.FR
Michel GOYA
Hubert GUILLAUD
Gérard FILOCHE
Alain GRANDJEAN
Hacking-Social
Samuel HAYAT
Dana HILLIOT
François HOUSTE
Tagrawla INEQQIQI
Infiltrés (les)
Clément JEANNEAU
Paul JORION
Frédéric LORDON
LePartisan.info
 
 Persos M à Z
Henri MALER
Christophe MASUTTI
Romain MIELCAREK
Richard MONVOISIN
Corinne MOREL-DARLEUX
Timothée PARRIQUE
Emmanuel PONT
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VisionsCarto
Yannis YOULOUNTAS
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