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L.N Chantereau, Olivier Delbeke, Robert Duguet, Alexis Mayet, Luigi Milo, Vincent Presumey ...

ARGUMENTS POUR LA LUTTE SOCIALE


▸ les 20 dernières parutions

10.05.2026 à 17:34

Soirée Nicaragua le 22 mai 2026 à Paris (et 17, 18 et 19 mai à Toulouse, Montpellier, Lyon)

aplutsoc

Le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua (CSPN), France Amérique Latine (FAL) vous invitent, dans le cadre des Semaines de l’Amérique Latine et des Caraïbes (SALC), à la soirée : Nicaragua : Le bâillon, l’exil ou la prison. Témoignages d’exilé.es et de victimes de la répression 22 mai 2026 de 20h à 22h Lieu: LE DOROTHY, […]
Texte intégral (560 mots)

Le Collectif de Solidarité avec le Peuple du Nicaragua (CSPN), France Amérique Latine (FAL) vous invitent, dans le cadre des Semaines de l’Amérique Latine et des Caraïbes (SALC), à la soirée :

Nicaragua : Le bâillon, l’exil ou la prison. Témoignages d’exilé.es et de victimes de la répression

22 mai 2026 de 20h à 22h

Lieu: LE DOROTHY, 85 bis Rue de Ménilmontant – 75020 Paris

M°Ménilmontant ou Gambetta

Depuis le soulèvement populaire d’avril 2018 au Nicaragua, le régime autoritaire du couple Ortega-Murillo gouverne par la répression et la terreur : des centaines de morts, de prisonniers et prisonnières politiques (dont plusieurs centaines ont été expulsé•es et déchu•es de leur nationalité), des disparu•es. Près de deux millions de Nicaraguayen•nes ont choisi le chemin de l’exil ou été empêché•es de rentrer au pays. Les élections de 2021 n’ont pas été validées par les instances internationales, plus aucun journal papier n’existe au Nicaragua, la majorité des journalistes sont exilé•es.

Pour témoigner de cette réalité d’atteintes systématiques aux droits humains, nous accueillerons :

  • Rafael Aragón, prêtre dominicain hispano-nicaraguayen est un penseur de la théologie de la libération et figure emblématique d’une église au service des pauvres et de l’émancipation des peuples en Amérique centrale. Il a travaillé pendant quarante ans au Nicaragua, notamment dans des communautés rurales. Il a été interdit de séjour dans ce pays après un voyage en Espagne.
  • Gabriel Putoy, enseignant, autochtone, fait partie des milliers de personnes emprisonnées à la suite du mouvement social de 2018. Torturé et menacé de mort, il est aujourd’hui réfugié au Costa Rica voisin, où il continue de subir le harcèlement du régime.
  • et Emilia Yang, directrice et créatrice de « AMA y No Olvida », musée de la mémoire contre l’impunité, un musée conceptuel et de mémoire communautaire créé en collaboration avec l’Association Mères d’avril (AMA), qui explore des formes participatives d’art pour se souvenir et exiger justice pour les victimes de la violence d’État dans son pays d’origine, le Nicaragua.

https://semainesameriquelatinecaraibes.fr/Nicaragua-Le-baillon-l-exil-ou-la-prison-Temoignages-d-exile-es-et-de-victimes

Nous espérons votre présence.

Pour celles et ceux qui ne sont pas à Paris, trois autres soirées sont prévues à Toulouse (17 mai), Montpellier (18 mai) et Lyon (19 mai) avec le frère Rafael Aragon. Vous trouverez le détail en pièce jointe.

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10.05.2026 à 12:08

Proposition pour gagner en 2027.

aplutsoc

Présentation Aplutsoc a organisé deux réunions-débats publiques les 7 avril et 1° mai, à partir de la question des guerres et des menaces de guerre en Europe et de la nécessité pour les forces voulant l’émancipation sociale de s’approprier, en toute indépendance, les sujets militaires. La discussion dans ces deux réunions, comme nous l’avons proposé […]
Texte intégral (827 mots)

Présentation

Aplutsoc a organisé deux réunions-débats publiques les 7 avril et 1° mai, à partir de la question des guerres et des menaces de guerre en Europe et de la nécessité pour les forces voulant l’émancipation sociale de s’approprier, en toute indépendance, les sujets militaires. La discussion dans ces deux réunions, comme nous l’avons proposé à l’issue de la seconde, nous a conduit à envisager le lancement d’un appel unitaire associant ces questions et celle des présidentielles. Voici donc le texte soumis à discussion, modification, critique, amendements …, en vue d’une nouvelle rencontre ouverte que nous proposons le mercredi 20 mai prochain.

Proposition de texte

Chacune et chacun le voit et le ressent : il y a danger, international et national. Danger de l’axe Trump/Poutine au plan international et danger du RN et de l’union des droites au plan national, les deux étant étroitement liés l’un à l’autre.

La fuite-en-avant impérialiste de la Maison blanche et du Kremlin menace l’Europe et les peuples du monde, à commencer par les peuples ukrainien et palestinien.

Si Meloni est en difficulté en Italie et si Orban a perdu en Hongrie, l’extrême droite intégrée à cet axe ultra-réactionnaire et néofasciste vise le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France. La France est pour elle un maillon décisif, car elle hériterait du potentiel autoritaire du régime de la V° République et du contrôle de l’armée et des armes nucléaires.

Mais le paradoxe est là : la grande majorité, notamment de la jeunesse et des femmes, et avec eux des exploités et des opprimés, aspire à une issue démocratique et écologique. En France, nous avons imposé l’unité pour empêcher l’avènement d’un exécutif Macron/Bardella en 2024, et les poussées sociales de décembre 2024 et de septembre 2025 ont montré la force réelle du mouvement d’en bas. 

Or, la manière dont les forces politiques de gauche en France « préparent les présidentielles » équivaut à l’organisation de la défaite.

La tenaille Mélenchon/Hollande nous conduit à Bardella !

L’unité doit être et sera IMPOSÉE par en bas, sur la base des revendications qui sont là, et celle-ci ne peut que se faire contre l’extrême droite et contre l’axe Trump/Poutine : 

  • pour la rupture avec le capitalisme illibéral de Macron qui conduit tout droit à LePen/Bardella ;
  • pour la rupture avec le régime de la Vè république ;
  • et pour une paix juste partout où la guerre impérialiste fait rage ou menace, pour la fin de l’occupation génocidaire en Ukraine et en Palestine, pour l’arrêt des frappes en Iran et au Liban, et des menaces sur Cuba, Taïwan …

L’unité et la victoire exigent que l’extrême droite et l’union des droites soient dénoncées et attaquées indissociablement en tant que relais de Trump et de Poutine œuvrant à l’asservissement de l’Europe – non pas comme marché commun de l’UE ou place forte d’un “Occident” imaginaire, mais comme espace de conquêtes démocratiques et sociales et de luttes populaires capables de faire obstacle à l’offensive impérialiste globale. 

Il n’y aura donc ni unité pour la défense de l’ordre existant et des institutions nationales et européennes existantes, ni unité pour « la paix » en sacrifiant le peuple ukrainien et toute l’Europe centrale et orientale.

L’unité sera antifasciste, c’est-à-dire qu’elle préparera le combat contre l’axe Trump/Poutine.

Pour battre Bardella/Le Pen/Retailleau and co et sortir de Macron/Philippe/Attal and co en 2027, il faut assumer le combat contre toutes les forces impérialistes et réactionnaires à commencer par celles de Trump et de Poutine en Europe, tout en imposant l’unité sur nos revendications démocratiques, sociales et écologiques.

Une candidature unitaire à la présidentielle, ne contribuant pas à l’organisation de la défaite, doit remplir ces conditions.

Avis, critiques, amendements, suggestions, peuvent être envoyés à notre boite mail : aplutsoc@netc.eu

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10.05.2026 à 12:07

Unité, V° République et présidentielles, suite. VP.

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A la fin de mon précédent article, je posais la question : « Une candidature unitaire aux présidentielle de la V° République, ne visant pas à la sauver, mais s’inscrivant dans le mouvement d’en bas pour la démocratie, est-elle possible ? Comment articuler combat pour l’unité et présidentielle, sachant que la présidentielle est l’arme la plus redoutable de […]
Texte intégral (3215 mots)

A la fin de mon précédent article, je posais la question : « Une candidature unitaire aux présidentielle de la V° République, ne visant pas à la sauver, mais s’inscrivant dans le mouvement d’en bas pour la démocratie, est-elle possible ? Comment articuler combat pour l’unité et présidentielle, sachant que la présidentielle est l’arme la plus redoutable de nos institutions pour aligner et pour diviser ? »

L’officialisation de sa candidature par J.L. Mélenchon le 3 mai, si elle ne fut pas une surprise, illustre bien cette fonction d’ordre social de la présidentielle « pour aligner et pour diviser ».

Le 8 mai, la démission de Boris Vallaud et des membres de son courant (17% des mandats) de la direction du PS lui apporte en somme son complément nécessaire. Olivier Faure reste statutairement le premier secrétaire du PS, mais en minorité (42% des mandats du dernier congrès). Vallaud lance en même temps une initiative « Construire 2027 » avec, notamment, Raphael Glucskmann, Carole Delga, Yannick Jadot.

Chez les Ecologistes, la droite tournée de ce côté-là (Jadot) et la « gauche » tournée vers LFI (Sandrine Rousseau), se coalisent pour le conseil national des 6-7 juin pour, à la fois, mettre en cause le projet de primaire et, du coup, la candidature de Marine Tondelier à celle-ci. Intéressante convergence !

Dans cet enchainement, inauguré de fait par l’annonce de J.L. Mélenchon (même si le coup de Vallaud se préparait sans doute depuis quelques temps), le seul évènement se situant à contre-courant de la logique présidentialiste d’alignement-division, malgré ses limites, fut le meeting de la Bellevilloise, le 5 mai, de « Front populaire 2027 ».

Mais malgré le volontarisme de Danielle Simonnet, Lucie Castet ou Raquel Garrido, que l’on peut saluer, cet évènement fut perçu par ses participants et par les médias comme poussif, et il ne pouvait guère en être autrement : les primaires semblent battre de l’aile.

Ainsi, si François Ruffin notamment, entend légitimer sa candidature par celles-ci, il cherche à se donner les moyens de la maintenir si elles n’ont pas lieu. Sa déclaration d’hostilité à « l’immigration de travail » – prétexte à insultes de la part de LFI dont c’était largement le discours jusque vers 2019 – relève d’ailleurs d’une démarche présidentialiste s’imaginant rassembler large.

La « sortie » du courant Vallaud sonne comme une « punition » faite à Faure pour son soutien au principe d’une primaire et sa présence à la Bellevilloise. Mais il est très important ici de souligner qu’elle intervient également en réaction à un évènement, qui, potentiellement, débouche sur la lutte des classes directes.

Je veux parler de la question du 1° mai.

En effet, la volonté des ci-devant macroniens de s’en prendre au 1° mai a une très grande portée politique et sociale : elle signifie qu’ils veulent reprendre l’offensive contre tous les droits sociaux, alors que la force objective du prolétariat, qui a affleuré notamment en septembre 2025, les a contraints à des reculs limités et partiels mais exprimant le risque de paralysie du pouvoir : décalage de la contre-réforme des retraites, suspension de la énième réforme de l’assurance chômage, neutralisation du « choc des savoirs » au collège.

Or, ce sont l’unité syndicale et la menace d’une motion de censure en cas d’affrontement parlementaire, qui ont poussé Lecornu, d’abord à retirer le projet et le tapis sous les pieds de Renaissance, ensuite à reprendre l’offensive en contournant la loi. Et ce sont alors nos camarades de SUD-Commerce et la députée Danielle Simonnet qui se sont portés aux avant-postes de cet affrontement très politique.

Cela n’a guère été médiatisé ni commenté, mais le spectre de la motion de censure articulée sur la lutte des classes, comme lors de la chute des gouvernements minoritaires et illégitimes précédents, Barnier en décembre 2024, Bayrou en septembre 2025, s’est à nouveau profilé dans cet épisode, donc la réalisation de fait de l’unité des partis du NFP en même temps que de l’unité syndicale.

Voila qui montre à la fois la force potentielle, toujours sous-jacente, et en réalité énorme, de l’unité, et qui a sonné comme une alerte pour les divers « droitiers du PS » voulant éviter de retomber dans un cadre relevant peu ou prou de ce qu’a été le NFP en devant censurer le gouvernement nommé par Macron. La déclaration de candidature de J.L. Mélenchon leur a offert le moment idéal pour passer à l’offensive.

Le courant de Boris Vallaud préconise parait-il la « démarchandisation ». Mais il a engagé clairement une tentative d’embardée vers la droite pour tout le PS et au-delà, théoriquement contre Mélenchon, qui ne saurait que s’en réjouir, et s’en réjouit.

Rappelons que le congrès du PS de juin 2025 avait acté que la participation du PS à une primaire devait être tranchée par un vote des adhérents, initialement fixé à fin 2025 puis reporté. Il devient douteux qu’il ait lieu, la coalition des droites du PS, disant combattre la prétendue dictature de Faure-le-tyran, ne voulant pas d’un tel vote, car on ne sait jamais …

Le cartel « Construire 2027 », sur une base très générale, veut en fait dessiner un rassemblement très large, c’est-à-dire au-delà de la gauche, « contre l’extrême droite ». Il annoncerait un « plan en trois étapes » : une quinzaine de « grandes idées » (donc, pas de référence au programme du NFP), puis « l’équipe », et pour finir « le nom » du candidat, « après l’été ».

Derrière ce flou, difficile de ne pas voir tout le dispositif autour de l’ancien président François Hollande, qui, quant à lui, déclare à ce stade que le candidat soutenu par le PS devra être choisi en janvier 2027.

Cette date tardive ne signifie pas seulement que Hollande veut se donner de l’aise pour s’imposer, mais qu’il s’agit de voir si Mélenchon pourra espérer parvenir au second tour, auquel cas, rappelons-le, il risque d’être, toutes choses égales par ailleurs, d’une efficacité comparable, pour faire élire Bardella ou Le Pen, à celle de Jean-Marie Le Pen en 2002 pour faire élire Chirac.

Devant une telle perspective, Hollande et toute la traine allant de Glucksmann à Vallaud, pourrait soit tenter d’appeler au ralliement de « la droite et du centre » sur son nom d’ancien président, soit, plus probablement, se rallier et tenter de rallier le PS et un maximum d’électeurs de gauche, à une candidature dite de « la droite et du centre » – en l’état actuel, à Edouard Philippe.

Autrement dit, et en résumé, nous avons de ce côté-là affaire à une opération de division qui conduit à la destruction du Parti Socialiste, dont la « résurrection », quoi qu’on en pense et quoi que furent ses limites, a été une composante nécessaire du NFP et de notre victoire à éviter l’exécutif Macron-Bardella en 2024. Destruction dont la portée est beaucoup plus grande encore : il s’agirait de la liquidation d’une grande partie de « la gauche » et des courants politiques issus du mouvement ouvrier.

On lit ou on entend parfois, d’ailleurs, que voter Philippe pourrait devenir un acte civique responsable, comme le fait de soutenir Peter Magyar contre Victor Orban le fut en Hongrie. Cette comparaison est erronée.

En Hongrie, le monde du travail n’a pas de représentation politique, même éclatée, la « gauche » issue de l’Etat stalinien n’ayant jamais joué ce rôle, et c’est une mobilisation par en bas, de la société civile, qui a imposé la défaite d’Orban au moyen de Magyar. En France, un alignement derrière un Philippe aurait, pour la société civile, le pluralisme et le syndicalisme, une signification opposée.

La poussée du RN ne serait que contenue et reprendrait, pouvant éventuellement être par la suite intégrée au gouvernement qui serait issu de cette opération dont le but serait, évidemment, la restauration d’une V° République pleinement autoritaire et omnipotente.  Rappelons d’ailleurs qu’Horizons, l’un des trois appareils issus du néo-gaullisme avec LR et l’UDR, est compris dans l’« union des droites » telle que l’appelle de ses vœux un Pierre-Edouard Stérin, et ne manque pas de passerelles vers l’extrême droite, comme LR.

Ajoutons qu’un grand rassemblement avec « la droite et le centre » derrière François Hollande aurait, pour le PS et plus largement pour la gauche, les écologistes et les courants issus du mouvement ouvrier, une portée également liquidatrice. Ce ne serait pas la même chose que le vote dit « républicain » du second tour des législatives de 2024 qui s’articulait sur l’apparition et l’affirmation du Nouveau Front Populaire.

Mais le danger « liquidateur » est plus important encore si nous prenons en compte, et il faut le faire, les orientations de Jean-Luc Mélenchon. Dans mon précédent article, première partie de ces réflexions, je disais qu’il part affecté de deux contradictions structurelles qui l’opposent et vont l’opposer à sa base sociale et électorale : une orientation internationale similaire à celle du RN et le bonapartisme présidentialiste le plus assumé et affiché qui soit.

Dans son long entretien sur LCI le 8 mai sur la politique internationale, il a accentué tous les traits liés à ces deux contradictions, et rencontré bien entendu un succès certain auprès de la sphère médiatique qu’il est supposé détester, et auprès de l’appareil d’Etat de l’impérialisme français, en se définissant, en se présentant, et en étant réellement, « gaullo-mitterrandien », très, très loin, en vérité, des secteurs jeunes et urbains qui soutiennent LFI.

Les trois éléments principaux de cette politique étrangère développés dans cette interview sont, d’abord, l’entente avec la Russie pour la faire « revenir en Europe », sans aucunement remettre en cause le régime poutinien (il nous faudra revenir par ailleurs, ce que nous avons commencé à faire, sur les très douteux « opposants russes » de J.L. Mélenchon). Ce « retour en Europe » doit se faire en « sortant d’Ukraine », mais en passant par des « référendums » permettant aux « russophones » que l’Ukraine aurait soi-disant persécutés de s’exprimer, cela bien entendu sans préciser où s’arrête la Russie et où s’arrête l’Ukraine, puisque ce serait aux dits référendums de le dire, et donc sans exiger le moindre retrait des troupes russes des zones occupées plongées en réalité dans une logique génocidaire.

Second volet, le soutien à la revendication de Xi Jinping d’annexion de Taiwan et donc, potentiellement, le soutien à une invasion de Taiwan. J’ai par ailleurs écrit une note synthétique sur cette question de Taiwan.

Troisième volet, prétendument anti-américain : une « sortie de l’OTAN » consistant – qui plus est, progressivement – à revenir à la situation qui fut celle existant, selon Mélenchon, sous De Gaulle et Mitterrand. La France en réalité n’a pas « quitté l’OTAN » sous De Gaulle en 1966, elle a boycotté son commandement intégré tout en restant membre du Pacte Atlantique instituant l’OTAN. C’est cela qu’en réalité propose Mélenchon. En l’occurrence, rien ne saurait mieux convenir à Trump car ainsi, l’OTAN ne serait ni défiée en Europe, ni investie pour y affronter les Etats-Unis.

Cette orientation internationale est, à ce stade, nettement mieux articulée et argumentée que celle du RN, embarrassé par le souci de se démarquer sans se démarquer tout en se démarquant, d’avec Trump et Poutine, mais elle repose sur des fondamentaux communs, largement partagés parmi les forces liées à l’impérialisme français d’un bout à l’autre du « spectre politique ».

Enfin, l’entretien se termine par quelques mots sur un éventuel gouvernement du président Mélenchon. L’équipe est constituée, veut-il bien nous dire – là encore de manière tout à fait monarchique. Elle s’ouvrira aux communistes et écologistes qui s’intégreront dès maintenant à sa campagne, et sera ouverte au-delà. Au-delà ? M. De Villepin a tout son « respect » et sa « sympathie » », qu’on le note bien. Mais les « socialistes » – de toute nuance, Olivier Faure inclus, et tout ce qui pourrait être accusé de s’apparenter à eux- en seront, eux, irrémédiablement exclus. 

Ainsi, Mélenchon prophétise-t-il une autre forme d’union nationale potentiellement sans rivage à droite que celle que cherche à nous mitonner François Hollande, mais il s’agit bien d’une variante de la même cuisine : celle du sauvetage et de la restauration de la V° République.

Cette trame, qui certes transparaît mais qui le fait de manière fort voyante à qui veut bien voir, ne définit pas Mélenchon comme un réformiste de gauche ayant quelques travers autoritaires, ainsi qu’il est souvent perçu par exemple dans les deux NPA, mais bien comme un candidat pleinement bonapartiste, par rapport auquel François Hollande et tout ce qu’il représente n’est pas une antithèse, mais un complément.

Les deux forment une tenaille qui pourrait bien placer Bardella ou Le Pen à l’Elysée, mais qui, de plus, et ceci est essentiel à comprendre, menacent, des deux côtés, de liquidation de ce qui reste de courants politiques issus du mouvement ouvrier, de la gauche et de l’écologie dans ce pays, à savoir ce qui persiste à bouger en termes de courants confrontant des orientations, du PS au NPA en passant par le congrès du PCF et l’existence de l’APRES, d’une part, et l’existence indépendante en tant que telle, malgré une intégration financière et institutionnelle largement avancée dans leurs sommets, des organisations syndicales.

Ainsi présentée, cette tenaille peut sembler puissante. Mais l’épisode récent du 1° mai, d’ailleurs non terminé, évoqué plus haut, montre qu’il n’en est rien. Toute irruption de la lutte des classes directes – dont Mélenchon, d’ailleurs, avec celui de la charte d’Amiens, théorise le rejet comme chemin vers la transformation sociale – peut à tout moment briser complétement ladite tenaille.

Quand un Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, parle d’ « insurrection populaire » en cas d’arrivée au pouvoir du RN, et appelle à des manifestations de masse contre le racisme, il a raison, et c’est, à travers le poids même que lui confère son élection, la poussée vers la lutte des classes indépendantes qui se cherche dans ses propos.

Je reprends donc les deux questions par lesquelles commençait cet article, en en inversant l’ordre.

« Comment articuler combat pour l’unité et présidentielle, sachant que la présidentielle est l’arme la plus redoutable de nos institutions pour aligner et pour diviser ? »

La lutte des classes doit dominer l’élection présidentielle et non être dominée par elle. Aussi bien sur le plan de la défense du niveau de vie contre la hausse des prix, de la défense des services publics et des emplois, que sur le plan de l’affrontement, ici et maintenant, avec l’extrême droite et l’union des droites, en train de se durcir comme on le voit à propos du « Canon français » ou de « Murmures de la Cité », c’est la lutte ici et maintenant qui doit cadrer les choses : notre responsabilité de militants, et d’un centre politique de proposition, de discussion et d’action comme Aplutsoc, est de pousser à sa généralisation et à sa centralisation.

« Une candidature unitaire aux présidentielle de la V° République, ne visant pas à la sauver, mais s’inscrivant dans le mouvement d’en bas pour la démocratie, est-elle possible ? »

Elle est possible, mais certainement pas acquise. Des primaires n’auraient de sens qu’en étant construites sur la base des luttes et en même temps qu’elles, et pas en mettant l’idée du choix d’un.e candidat.e au centre, mais celle de la nécessité d’imposer l’unité, pour gagner. Difficile mais pas impossible, d’autant que le PS en tant que tel est en fait confronté au choix de disparaître ou d’en être un canal, et il pourrait en aller de même pour le PCF et pour les Ecologistes.

Pour s’inscrire dans le mouvement d’en bas pour la démocratie, elle devrait aussi aborder la discussion sur les candidatures unitaires aux législatives, et avancer l’exigence que l’assemblée élue dans ce cas là soit constituante.

A qui me dirait que cette orientation est une vue de l’esprit, une utopie, je répondrai qu’elle est beaucoup plus réaliste que de croire soit qu’à travers la candidature gaullo-mitterrandienne de Mélenchon le peuple sera rassemblée et le RN terrassé, soit qu’un miracle pourrait advenir à travers les ouvertures centro-droitières de Hollande à Vallaud. Evidemment, ce réalisme ne veut pas dire que ce soit facile à faire, vu les orientations politiques des appareils existants. Mais qui ne lutte pas ne gagne rien.

Vincent Présumey, 10/05/26.

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10.05.2026 à 12:02

Petite note sur Taïwan.

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« Taïwan, c’est la Chine. » Non, en raison des faits historiques ci-dessous mis bout à bout : 1) la première strate de peuplement est austronésienne et reste présente dans les montagnes de l’intérieur, c’est de Taïwan que sont parties les vagues de peuplement vers les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie, etc. 2) sous le nom de Formose, […]
Texte intégral (869 mots)

« Taïwan, c’est la Chine. »

Non, en raison des faits historiques ci-dessous mis bout à bout :

1) la première strate de peuplement est austronésienne et reste présente dans les montagnes de l’intérieur, c’est de Taïwan que sont parties les vagues de peuplement vers les Philippines, la Malaisie, l’Indonésie, etc.

2) sous le nom de Formose, Taïwan est un enjeu au XVII° siècle entre l’empire mandchou (Chine), le Japon, et les Portugais puis les Anglais.

3) un important peuplement d’origine chinoise s’installe spontanément dans l’île, mais il s’agit de populations sinisées venues de Chine du Sud, de langue Min et pas Han (1). Ils forment la majorité des Taïwanais actuels.

4) Taïwan a été colonisée par les Japonais (1895-1945) et un mouvement national, solidaire des Chinois (Guomindang et PCC) s’y est alors développé.

5) en 1949, se produit en réalité une colonisation chinoise, par le Guomindang de langue chinoise standard Han, qui fuit les armées rouges de Mao et se base à Taïwan, où son installation fait 200 000 morts dans la population insulaire. Néanmoins, le Han ne sera jamais parlé majoritairement.

6) les luttes sociales ont depuis les années 1970 imposé des droits démocratiques et syndicaux qui n’existent pas en RPC et qui seraient anéantis, comme à Hong-Kong et sans doute plus rapidement, en cas d’incorporation à la RPC.

7) la question de l’identité nationale fait débat, démocratiquement, à Taïwan : les deux principales positions sont l’indépendance d’une nation taïwanaise distincte de la Chine continentale, ou une indépendance-association ou confédération impliquant une démocratisation de la Chine continentale. Aucune de ces deux positions n’est bien entendu celle de Xi Jinping et du PCC, rappelée hier soir par JL Mélenchon qui la soutient (« Taïwan c’est la Chine »).

8) je dirai même qu’une identité taïwanaise démocratique et associée à la Chine est la plus explosive et dangereuse pour le pouvoir de l’oligarchie capitaliste du PCC, car elle implique la démocratisation de la Chine et donc le droit à l’autodétermination des Tibétains, Ouighours, Mongols, et la reconnaissance de la pluralité chinoise elle-même (« la » langue chinoise unique recouvre, sous une écriture standard identique, 9 langues aussi différentes entre elles que le français et l’espagnol).

9) la force principale, à Taïwan, alliée au PCC et à son oligarchie, avec des liens économiques, familiaux et mafieux, c’est le Guomindang : ironie de l’histoire, ceux qui se croient « révolutionnaires » et « anti-impérialistes » en soutenant l’annexion de Taïwan, sont avec les héritiers de Jiang Jieshi alias Tchang Kai-Tchek !

Hé oui, ancien camarade Jean-Luc, comme disait Marx citant Spinoza :

« L’ignorance n’a jamais servi de rien à personne. »

(1) Je sais qu’en principe, le Min et les autres langues sinitiques font partie du « Han ». Mais le recouvrement de l’ensemble des langues sinitiques dans la catégorie « Han » est justement l’effet d’une opération politico-idéologique, qui certes pèse sur la réalité. « Mandarin » est un terme occidental, dont l’équivalent chinois ne va pas de soi – à la rigueur ce serait le ganhua, forme la plus répandue du « Han ». L’usage consistant à amalgamer au Han les langues – car linguistiquement ce sont bien des langues – du Sud de la Chine, Wu, Min, Hakka, Yue, n’est pas neutre : il assimile à la nation chinoise Han les populations qu’elle a en fait sinisées, dont le substrat peut différer fortement, et encore récemment, des langues sinitiques.

De la même façon l’uniformité de l’écriture et la centralisation étatique font qu’il est dangereux de désigner ces langues comme ce qu’elles sont techniquement, des langues, mais qu’elles sont censées être des « dialectes » de la seule langue nationale.. A Taïwan, on a en fait 70% des gens parlant à la maison le Hokkien, qui relève du Min et se retrouve en face, au Fujian, à peu près 15% parlent le Hakka, provenant de l’arrière-pays cantonais, et seulement 12% le « mandarin » ou « Han » au sens étroit, et c’est l’occupation par le Guomindang en 1949 qui en a fait la langue quasi officielle. Mais justement, l’aperception d’eux-mêmes des Taïwanais remet en cause cette assimilation, et peut être contagieuse envers les populations chinoises, notamment du Sud.

VP, le 10/05/2026.

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09.05.2026 à 12:58

Dire adieu à Lénine ? Par Paul Le Blanc

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Présentation Dans le texte que nous reproduisons ci-dessous, Paul Le Blanc répond à l’article de Dan La Botz ( Adieu à Lénine et au Léninisme) que nous avions publié le 4 mai. Paul Le Blanc appartient à la même génération politique que Dan La Botz, celle des années 60 qui se radicalisa notamment contre la […]
Texte intégral (9459 mots)

Présentation

Dans le texte que nous reproduisons ci-dessous, Paul Le Blanc répond à l’article de Dan La Botz ( Adieu à Lénine et au Léninisme) que nous avions publié le 4 mai.

Paul Le Blanc appartient à la même génération politique que Dan La Botz, celle des années 60 qui se radicalisa notamment contre la guerre du Vietnam. Mais il entra en politique par l’autre aile du mouvement trotskyste, celle incarnée par le SWP américain, gardien pendant plusieurs décennies d’une certaine orthodoxie, stature acquise avec la fameuse lutte fractionnelle de l’hiver 1939-1940 qui vit Max Shachtman et ses partisans scissionner du SWP pour former le Workers Party en avril 1940. Les International Socialists, là où Dan La Botz a fait son initiation politique, descendent de cette branche rivale.

A la fin des années 70, lorsque l’âge atteint par les pionniers des années 30 et 40 du SWP sonna l’heure du passage de générations, une nouvelle direction emmenée par Jack Barnes purgea les survivants de la vieille garde historique et balança par-dessus bord l’héritage trotskyste pour promouvoir une sorte de castrisme adapté aux USA. Mais cela, c’est une autre histoire qui ne rentre pas dans le cadre de cette présentation.

Paul Le Blanc, en ce début délicat des années 80, fait partie des jeunes qui tentèrent aux côtés des vieux de la « vieille garde » du SWP de préserver ce que Jack Barnes et ses disciples reniaient. Certains créèrent Socialist Action, d’autres, dont Paul, initièrent la Fourth International Tendency qui se fixait pour but de redresser le SWP castrisé, en tant que fraction externe. Hélas, à la fin des années 80, les partisans de la FIT jetèrent l’éponge et intégrèrent pour la plupart la nouvelle organisation Solidarity fondée en 1986 qui constituait d’une certaine façon un retour sur la scission de 1940 en réunissant les héritiers des « orthodoxes » et des « hétérodoxes ». Cette nouvelle organisation eut à faire face aux difficultés que le triomphe du néo-libéralisme entraîna sur la vie sociale et politique aux USA et malgré une certaine forme de continuité à saluer, s’enlisa dans le piétinement.

La stagnation de cette formation conduisit Paul Le Blanc dans les années 2000 à s’intégrer, malgré son pedigree « orthodoxe », au sein d’une organisation plus « activiste », plus dynamique, l’ISO (International Socialist Organization) issue de la tradition « hétérodoxe » et liée tumultueusement au courant de Tony Cliff. Hélas, sous le poids de contradictions internes liées au contexte politique US dont une affaire de violences sexuelles couverte par la direction historique de ce groupe, l’ISO explosa en 2016 et disparut de la surface du globe.

Malgré toutes les vicissitudes de cet itinéraire, Paul Le Blanc, en tant qu’historien universitaire, a poursuivi un travail de recherche et d’enseignement permettant d’approfondir et de renouveler la connaissance des œuvres et trajectoires de Lénine, Luxembourg et Trotsky.

Texte de Paul Le Blanc

Dans « Dire adieu à Lénine ? », Paul Le Blanc engage un dialogue critique avec l’article de Dan La Botz, « Adieu à Lénine et au léninisme », paru dans LINKS International Journal of Socialist Renewal. La réponse de Le Blanc paraît simultanément sur LINKS et Communis.

Dan La Botz, intellectuel, militant et écrivain de renom, vient de publier un essai d’une importance capitale. Il clame haut et fort : « Adieu à Lénine et au léninisme ! » La publication de cet essai peut être considérée comme un véritable tour de force intellectuel, s’inscrivant pleinement dans un long débat qui dure depuis plus d’un siècle.

Au lendemain de la Révolution russe de 1917, et surtout durant la Décennie rouge des années 1930, un nombre important d’intellectuels et de travailleurs considéraient la révolution socialiste comme l’avenir, et pour beaucoup d’entre eux, Vladimir Lénine en était le symbole éclatant. À l’inverse, dans les années 1950, relativement peu d’intellectuels et d’universitaires de gauche en Occident étaient enclins à défendre l’héritage de Lénine. Certes, d’importants travaux contradictoires, de qualité variable, émanaient du vaste mouvement communiste influencé par Staline, mais aussi des fragments survivants du trotskisme. Ces travaux furent généralement rejetés (parfois injustement) par les intellectuels dominants. Mais l’hostilité envers Lénine et le léninisme était assurément la norme.

Quelques intellectuels et universitaires reconnus, représentant un courant dissident, existaient. On pouvait les compter sur les doigts d’une main : Isaac Deutscher, E.H. Carr, Eric Hobsbawm, Erich Fromm, Herbert Marcuse, C.L.R. James, Raya Dunayevskaya, Hal Draper, Ernest Mandel, Arno Mayer, et même (le plus souvent en filigrane, mais parfois explicitement) Hannah Arendt. Ce petit groupe était loin d’adopter une vision inconditionnelle de Lénine et n’était en aucun cas unanime sur tous les sujets. À quelques exceptions près, rares étaient ceux qui se considéraient comme léninistes, mais tous ont avancé – au moins occasionnellement – ​​des points de vue favorables à Lénine. Ces points de vue étaient généralement ignorés, rejetés, marginalisés. En termes plus contemporains, il arrivait que ceux qui exprimaient de telles opinions soient tout simplement mis au ban de la société.

La première place était en revanche accordée à ceux qui produisaient des travaux prônant un rejet catégorique de Lénine, de ses idées et de son œuvre. Parmi les plus éminents figuraient des personnalités telles que Sidney Hook, Bertram D. Wolfe, James Burnham, Leonard Schapiro, Daniel Bell, Isaiah Berlin, Raymond Aron, Will Herberg, Alfred G. Meyer, Robert V. Daniels, Walt Rostow, Jeanne Kirkpatrick et Richard Pipes. On comptait parmi eux un bon nombre d’anciens militants de gauche et d’anciens léninistes. Nombre d’entre eux occupaient des postes d’influence considérables au sein du courant intellectuel dominant, notamment dans les universités et les agences gouvernementales anticommunistes.

Malgré les vagues de radicalisation récurrentes des cinquante dernières années, un nombre considérable de travaux universitaires nouveaux et importants ont ouvert la voie à une réflexion plus approfondie et plus nuancée sur Lénine et l’héritage léniniste. On peut en trouver des exemples dans les œuvres de Moshe Lewin, Alexander Rabinowitz, Ronald Suny, Lars Lih, John Riddell, Tamas Krausz, Kevin Anderson, Alan Shandro, Jodi Dean, August Nimtz, Lara Doud, Alla Ivanchikova et bien d’autres. Ces travaux ont été largement abordés lors des « Journées léninistes », un cycle de quatre mois qui s’est tenu de janvier à mai 2024, et seront également présents dans le prochain Cambridge Companion to Lenin.

C’est toutefois au sein d’autres cercles que Dan souhaite concentrer son attention : parmi le nombre croissant de jeunes militants de gauche (notamment au sein des Democratic Socialists of America, dont l’influence ne cesse de croître). Ils sont confrontés à une question fondamentale : que faire ? — et certains se sont intéressés aux enseignements utiles que l’on pourrait tirer de la tradition léniniste. C’est précisément là que la contribution de Dan La Botz vise à avoir l’impact le plus significatif.

J’ai beaucoup de respect pour Dan. Bien que je sache que je ne serais pas d’accord avec lui sur tous les points, j’attendais avec intérêt sa contribution à la compréhension collective de Lénine, surtout à ce moment précis de l’histoire. Or, l’essai de Dan est profondément décevant. Un point saillant est qu’il ignore purement et simplement les nouvelles études qui ont progressé ces trente dernières années. Au lieu de cela, on a droit à un essai qui reflète la pensée « mûre » (déradicalisée) de Sidney Hook et Bertram D. Wolfe des années 1950 et 1960. Dan n’offre pas grand-chose non plus – hormis quelques bribes impressionnistes et des affirmations peu ou pas étayées – sur la façon dont tout cela se rapporte aux actions militantes d’aujourd’hui et de demain.

Réfuter sérieusement tout ce que Dan avance exigerait un livre, voire plusieurs. Je n’ai certainement pas le temps pour cela, et peu de lecteurs seraient enclins à se lancer dans un tel projet de lecture. Je me contenterai donc ici d’une critique brève et ciblée de son propos. Note 1

Ni le Christ (ni l’Antéchrist)

Un aspect positif de l’article de Dan réside dans son refus salutaire de cautionner la déification de Lénine. « Songez-y : après sa mort en 1924, à l’âge de 53 ans, il fut quasiment canonisé ; son corps embaumé, dans son cercueil ouvert, sur sa tombe de la Place Rouge, devint un lieu de pèlerinage pour des dizaines de millions de fidèles communistes. » Parmi les nombreux révolutionnaires qui partageaient ce sain dégoût figurait Nadejda Kroupskaïa, camarade et compagne de longue date de Lénine, qui espérait prévenir une telle atrocité par cette déclaration publique :

« Camarades, ouvriers et paysans ! J’ai une requête importante à vous adresser : ne laissez pas votre chagrin pour Ilitch s’exprimer par une vénération extérieure de sa personne. Ne lui érigez pas de monuments, ne donnez pas son nom à des palais, n’organisez pas de célébrations fastueuses en sa mémoire, etc. Tout cela lui importait si peu de son vivant : il trouvait tout cela si pénible. Souvenez-vous de la pauvreté et du désordre qui règnent dans notre pays. Si vous voulez honorer le nom de Vladimir Ilitch, construisez des crèches, des jardins d’enfants, des maisons, des écoles… etc., et surtout, efforcez-vous en tout de perpétuer son héritage.  » Note 2

Mais comme Dan le déplore à juste titre, l’héritage des idées de Lénine a subi un traitement similaire. Lénine a été érigé en « dieu d’une religion d’État », une religion façonnée par une clique bureaucratique, dirigée par Staline, soucieuse de justifier son propre pouvoir. Comme le souligne Dan, même les opposants à Staline n’ont pas échappé à la tentation de considérer les idées de Lénine non comme des notions susceptibles d’être justes ou fausses, mais comme un texte sacré que les véritables révolutionnaires ne pouvaient remettre en question. (Malheureusement, il en va de même pour les écrits d’autres révolutionnaires – Karl Marx, Léon Trotsky, Rosa Luxemburg, Mao Zedong, et bien d’autres.) Révolté par cette influence néfaste, Dan conclut son essai par ces sages paroles :

 » On n’a pas besoin de Lénine pour être socialiste ou révolutionnaire. On n’a pas besoin de Lénine pour créer une organisation socialiste. Il suffit de principes socialistes, de débats démocratiques et de l’engagement et de l’autodiscipline de ses membres. Nos organisations socialistes doivent être authentiques et pleinement démocratiques, y compris dans leurs relations avec les mouvements ouvriers et sociaux. La démocratie est au cœur de notre socialisme. »

On pourrait être entièrement d’accord avec cela (et je pense que Lénine lui-même l’aurait été), tout en ajoutant que les socialistes d’aujourd’hui pourraient encore tirer des enseignements utiles de Lénine et de ses camarades, non seulement pour comprendre les événements historiques, mais aussi pour discerner ce qui est pertinent dans notre situation actuelle. Certes, Lénine n’avait pas raison sur tout, mais il avait certainement raison sur certains points.

Tout en reconnaissant que Lénine « était un dirigeant politique exceptionnel », Dan insiste à juste titre sur le fait qu’« il nous faut faire preuve de discernement pour saisir la portée de la pensée et de l’œuvre de Lénine ». Mais ce qu’il propose dans cet essai ne semble pas véritablement « perspicace » ; il ne s’agit certainement pas d’une tentative sérieuse de comprendre comment et pourquoi les choses se sont déroulées ainsi dans l’histoire. Au contraire, il semble conçu pour atteindre un objectif politique précis : dire adieu à Lénine et inciter les autres à faire de même.

Pourquoi Dan juge-t-il important d’atteindre un tel résultat ? Il semble que ce modèle de vertu révolutionnaire soit devenu pour lui son exact opposé :

 » L’expérience, la vie et l’œuvre de Lénine, tant intellectuelles que pratiques, l’ont mis en conflit avec les principes fondamentaux du marxisme et du socialisme démocratique. Surtout, ils ont rompu avec l’idée qu’une révolution socialiste et la création d’une société socialiste devaient nécessairement être démocratiques… La conception du parti par Lénine était, dès le départ, autoritaire, et, en tant qu’homme qui dominait la direction du parti, il détenait l’autorité suprême. »

Ceci a abouti à la création de l’ordre stalinien – ou, comme le dit Dan : « Lénine donne à Staline le pouvoir de diriger l’État à parti unique.» James Burnham avait apparemment vu juste en 1945 lorsqu’il affirmait que Staline était véritablement l’héritier de Lénine : « Il n’y a rien de fondamental que Staline ait fait… rien, de l’institution de la terreur comme fondement principal de l’État à l’affirmation d’un monopole politique, dont les germes, voire les pousses, qui n’aient été semés et développés sous Lénine. » Note 3

Dans la mesure où ces affirmations sont vraies, il est essentiel de prémunir les militants socialistes d’aujourd’hui et de demain contre une telle influence néfaste. Mais la réalité historique ne correspond pas à ce que Dan semble croire. Avant de tirer des conclusions politiques, il serait utile de citer quelques exemples de graves lacunes dans le récit historique de Dan.

La conception du parti selon Lénine

Dans son ouvrage monumental Lenin Rediscovered / Lénine redécouvert, Lars Lih a forgé l’expression « version scolaire de Lénine » pour désigner les distorsions anti-Lénine répandues chez les universitaires de la Guerre froide et maintes fois reprises dans le monde anglophone. Il les a ridiculisées avec une facilité déconcertante. Malheureusement, Dan semble totalement sous l’influence de cette version déformée et caricaturale de Lénine. Certes, ce n’est pas ainsi qu’il comprenait les idées de Lénine lorsqu’il était militant léniniste, avant de se libérer des « illusions » de sa jeunesse.

Quoi qu’il en soit, Dan présente à présent une vision historique erronée dans le récit qu’il propose à ses lecteurs. Tout ce qu’il affirme n’est pas faux. Il note, à juste titre par exemple, qu’une majorité de délégués au deuxième congrès du Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) a rejeté la demande du Bund juif d’organiser les travailleurs juifs séparément, ce qui a entraîné le départ du Bund du congrès. Il affirme ensuite que cela « signifiait que les partisans de Lénine étaient désormais majoritaires, ou bolcheviks, tandis que les partisans de Julius Martov étaient minoritaires, les mencheviks. Les bundistes écartés, Lénine a présenté son plan d’organisation du parti, Que faire ?, ce qui a conduit au débat avec Martov et ses partisans. » Dan ajoute que « Martov n’avait rédigé aucun document aussi complet que ceux de Lénine » — ce qui est également vrai, mais à ce stade, son récit est déjà gravement erroné.

Il convient de souligner que Que faire ? n’était pas simplement le « document de synthèse » de Lénine. À cette époque (avant la rupture bolchevique-menchevique), ceux que Dan appelle les « disciples » de Lénine étaient en réalité des penseurs proches de la revue marxiste Iskra. Un autre Dan – Théodore Dan, camarade du POSDR qui devint plus tard un dirigeant de la fraction menchevique sous Martov – apporte un éclairage important. C’est lui qui fit entrer clandestinement en Russie les premiers exemplaires de cet ouvrage, et qui expliqua plus tard que « l’objectif principal de Que faire ? était la concrétisation des idées organisationnelles formulées dans le programme de l’Iskra », ajoutant que « Potresov [un autre militant éminent du POSDR qui deviendra bientôt menchevik] exprima l’opinion de tous les membres du comité de rédaction et des plus proches collaborateurs de l’Iskra lorsqu’il écrivit à Lénine (22 mars 1902) : “J’ai lu votre petit livre deux fois de suite et je ne peux que féliciter son auteur. L’impression générale… est excellente.” » Note 4

Lénine lui-même a insisté plus tard sur le fait que cet ouvrage « est un résumé des tactiques et de la politique organisationnelle de l’Iskra en 1901 et 1902. Un simple résumé, ni plus ni moins. » Note 5Martov ne ressentait aucun besoin d’écrire ce que son camarade pro-Iskra, Lénine, avait déjà rédigé. Ce document n’a d’ailleurs pas été la cause de la rupture entre Lénine et Martov. Lors du congrès du POSDR de 1903, leur désaccord ne portait pas sur les idées exposées dans l’ouvrage de Lénine de 1902, mais sur deux points distincts.

Le premier point, comme le souligne Dan La Botz, concernait le désaccord de Lénine avec la conviction de Martov que l’adhésion au parti devait inclure « les militants qui adhéraient au programme du parti, le soutenaient financièrement et travaillaient sous la direction de l’une de ses organisations ». Lénine, en revanche, insistait sur le fait que l’adhésion au parti devait inclure « la participation personnelle à l’une de ses organisations », car la définition plus souple de Martov « ouvre la porte à toutes sortes de confusion, d’hésitation et d’opportunisme ». Lénine regrettait d’avoir perdu le vote sur ce point, mais il n’était guère enclin à diviser le POSDR à ce sujet. Note 6

Dan résume avec justesse le second point de désaccord entre Lénine et Martov : « Plus tard, lors de ce congrès, deux propositions furent présentées concernant la composition du comité de rédaction de l’Iskra : l’une devait inclure six camarades (Georgi Plekhanov, Pavel Axelrod, Vera Zasulich, Lénine, Martov et Alexander Potresov), l’autre trois (Plekhanov, Lénine et Martov). Cette proposition entraîna une scission, la composition à trois proposée par Lénine ayant été approuvée par le vote, Martov refusant d’accepter la décision.»

Dan offre brièvement un résumé pertinent de la conception de l’organisation selon Lénine : « Lénine préconisait un débat ouvert sur les questions internes au parti, suivi d’une décision démocratique, puis, une fois la décision prise, d’une action unie. » Bien entendu, les mencheviks partageaient également ce principe, mais ils finirent par l’interpréter de manière beaucoup plus souple.

En 1904, une profonde division s’installa quant à la question de savoir si la classe ouvrière devait s’allier aux capitalistes contre la monarchie tsariste (position menchevique) ou si une alliance ouvrière-paysanne était nécessaire pour lutter à la fois contre la monarchie et les capitalistes (position bolchevique). Dan cite avec approbation la polémique de Rosa Luxemburg avec Lénine en 1904, qui penche pour la position menchevique sur les questions d’organisation – mais avec le temps, sa pensée évolua. En 1911 (tout en désapprouvant toujours ce qu’elle considérait comme la rigidité de Lénine), elle écrivait avec exaspération au sujet des mencheviks : « Il n’y a pas de place dans les rangs du parti du prolétariat révolutionnaire pour cette purification liquidatrice et opportuniste. Il n’y a pas de différence significative, dans l’évaluation politique des mencheviks, entre nous et le courant de Lénine. » Note 7

Une personnalité autoritaire ?

Certains passages de l’essai de Dan donnent l’impression que Lénine était l’archétype de l’autoritarisme. Il écrit : « Plusieurs figures socialistes de premier plan ont vivement critiqué Lénine, se fondant sur leur lecture de son ouvrage Que faire ? et d’autres écrits comme sa brochure Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique, sur leur connaissance personnelle de Lénine et sur leurs observations de son rôle à la tête des bolcheviks.»

Dan poursuit en formulant des généralisations sur certains socialistes influents qui ont tenu des propos sévères, voire terribles, à l’égard de Lénine : Rosa Luxemburg, Trotsky (avant 1917), David Riazanov et Maxime Gorki. Nous reviendrons sur ce point prochainement, mais il convient également de noter qu’il s’étend peu sur le contenu précis des écrits qui, selon lui, leur déplaisaient. Il s’attarde peu sur Que faire ? (dont nous avons déjà parlé) et ne dit absolument rien du contenu des Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique. Nous aborderons plus en détail cet ouvrage de 1905 plus loin dans cette réponse.

Concernant l’allégation selon laquelle Lénine aurait en réalité fait preuve d’une personnalité autoritaire, Dan n’apporte aucun élément de preuve. C’est important, étant donné les nombreux éléments qui semblent aller dans le sens inverse. Non pas que Lénine ait été un homme simplement « bon ».

Une cousine de Winston Churchill, la sculptrice Clare Sheridan, a saisi toute la complexité de sa personnalité en travaillant à la réalisation d’un portrait du leader révolutionnaire en 1920. Lénine avait posé comme condition qu’elle ne l’interrompe pas dans son travail – par exemple, lorsqu’un ouvrier venait discuter de questions importantes avec lui. Voici son témoignage :

« Le camarade est resté longtemps, et la conversation [avec Lénine] était très animée. Je n’avais jamais vu personne faire autant d’expressions. Lénine riait, fronçait les sourcils, paraissait pensif, triste et amusé tour à tour. Ses sourcils se contractaient, parfois jusqu’au plafond, puis se rapprochaient d’un air malicieux. » Note 8

Carter Elwood, éminent spécialiste de Lénine (à tout le moins, anti-léniniste dans ses convictions), a souligné dans son dernier recueil d’essais percutants, The Non-Geometric Lenin, que les idolâtres politiques et nombre de critiques qui se focalisent exclusivement sur son action révolutionnaire passent à côté d’« un homme aux intérêts non révolutionnaires et aux faiblesses humaines ». Mais « ni le Lénine hagiographique ni le Lénine linéaire n’étaient des personnages fascinants ». Il était bien plus complexe. Elwood note qu’« il était parfois attentionné et amical, parfois condescendant et méprisant, comme beaucoup d’autres personnes confrontées à des problèmes personnels complexes ». Il ajoute qu’« une vision équilibrée et complète de Lénine » exige d’aller au-delà de la politique « pour étudier ses relations avec son entourage » et de le considérer comme « un homme aux intérêts normaux : la bouffe, la boisson, les vacances et les randonnées en montagne ». Note 9

Des détails essentiels sur ce « Lénine non géométrique » sont, en réalité, connus depuis longtemps. Selon un opposant politique aussi virulent que l’éminent menchevik Raphaël Abramovitch, qui le connaissait personnellement et lui avait rendu visite, ainsi qu’à sa compagne Nadejda Kroupskaïa, lors de leur exil en Suisse en 1916, « il est difficile d’imaginer une personne plus simple, plus aimable et plus modeste que Lénine chez lui ». Martov n’a jamais pardonné à cet ancien ami qui, selon lui, avait développé « ce mépris et cette méfiance envers ceux qui ont tant contribué à son ascension au rang de leader ». Mais Martov partageait également l’avis d’autres personnes selon lequel Lénine ne manifestait « aucun signe d’orgueil personnel » et qu’il recherchait, « en compagnie d’autrui, l’occasion d’acquérir des connaissances plutôt que d’étaler les siennes ». Note 10.

Isaac Don Levine a cité ces propos dans une étude de 1924 sur Lénine. Ce journaliste américain d’origine russe était un critique intransigeant de Lénine et devint un pilier de l’anticommunisme. Mais connaissant bien les détails de sa vie, Levine a noté que le dirigeant communiste « prenait un réel plaisir à côtoyer les enfants et à les divertir », et qu’il avait un « faible pour les chats, qu’il aimait câliner et avec lesquels il aimait jouer ». Levine, fin connaisseur, a rapporté que parmi ses autres passions figuraient le cyclisme, la photographie amateur, les échecs, le patinage, la natation et la chasse – bien que Lénine ait parfois hésité à abattre les animaux qu’il chassait (« eh bien, il était si beau, vous savez », a-t-il dit à propos d’un renard dont il avait refusé de prendre la vie).

Selon l’une de ses connaissances, le diplomate britannique Bruce Lockhart, il était « le père de la randonnée moderne… un amoureux passionné de la vie au grand air ». Et, bien sûr, Lénine aimait la musique. « Durant son séjour en Suisse, Lénine appréciait énormément les concerts improvisés que les émigrés politiques organisaient entre eux », rapportait le journaliste. « Lorsqu’un musicien ou un chanteur était particulièrement doué, Lénine se laissait tomber en arrière sur le canapé, serrait ses genoux contre ses bras et écoutait avec un intérêt si captivant qu’il semblait vivre une expérience profonde et mystérieuse. » Note 11

D’autres qualités, plus explicitement politiques, étaient naturellement mises en avant par le perspicace anticommuniste Levine : une personnalité « concise dans le discours, énergique dans l’action et pragmatique », dotée d’une foi inébranlable dans le marxisme, bien qu’« extraordinairement agile et flexible quant aux méthodes », et d’une « érudition » que l’on pourrait qualifier de « vaste ». Sa « capacité à étayer ses arguments était brillante ». S’il était capable de « reconnaître aisément ses erreurs tactiques et ses défaites », il ne voulait jamais envisager « l’éventuelle invalidité de sa grande idée » (le marxisme révolutionnaire). Levine conclut :

Le phénomène extraordinaire chez Lénine est qu’il alliait cette foi inébranlable, presque fanatique, à une absence totale d’ambition personnelle, d’arrogance ou d’orgueil. Désintéressé et irréprochable de caractère, d’une nature réservée, presque ascétique dans ses habitudes, extrêmement modeste et doux dans ses relations avec autrui, bien que péremptoire et moqueur envers ses adversaires politiques, Lénine pouvait se montrer audacieux et provocateur dans sa politique. Note 12

George F. Kennan, anticommuniste perspicace et érudit, a judicieusement mis en lumière la différence entre les qualités de leadership de Lénine et de Staline. En poste à l’ambassade des États-Unis à Moscou du début des années 1930 à la fin des années 1940, et parlant couramment le russe, il était chargé d’évaluer les dirigeants soviétiques. Il a par la suite fait remarquer que Lénine

était épargné par le lourd fardeau de l’insécurité personnelle qui pesait si lourdement sur Staline. Il n’a jamais eu à douter du respect et de l’admiration que lui portaient ses collègues. Il pouvait les gouverner par l’affection qu’ils lui portaient, tandis que Staline était contraint de les gouverner par la peur. Note 13

Qu’en est-il des critiques socialistes de Lénine cités par Dan – Luxemburg, Trotsky, Gorki, Riazanov ? On constate chez eux des attitudes fluctuantes et des sentiments ambivalents, mêlant respect et affection.

En 1911, Luxemburg écrivait à une amie : « Lénine est venu hier, et à ce jour, il est déjà venu quatre fois. J’aime discuter avec lui ; il est intelligent et cultivé, et il a une si belle tête, le genre que j’aime regarder.» Elle n’était d’ailleurs pas la seule à être séduite par le charme de Lénine. « Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui puisse rire de façon aussi communicative que Vladimir Ilitch », commentait Maxime Gorki.


Il était même étrange que ce réaliste austère, qui percevait et ressentait si vivement l’inévitabilité des grandes tragédies sociales, cet homme inflexible et implacable dans sa haine du monde capitaliste, puisse rire si naïvement, jusqu’aux larmes, à peine capable de reprendre son souffle. Note 14

Trotsky acquiesçait :

 » Lors de certaines réunions peu fréquentées, Lénine était parfois pris d’un fou rire, et cela arrivait non seulement lorsque tout allait bien, mais aussi dans les moments difficiles. Il s’efforçait de se contenir, mais finissait toujours par éclater d’un rire communicatif. « 

Sans surprise, Trotsky soulignait également l’intensité politique de Lénine :

 » On retrouve Marx tout entier dans le Manifeste du Parti communiste, dans la préface de sa Critique, dans Le Capital. Même s’il n’avait pas été le fondateur de la Première Internationale, il serait resté à jamais ce qu’il a été jusqu’alors. Il en va autrement pour Lénine, dont toute la personnalité est centrée sur l’action révolutionnaire. Ses travaux scientifiques n’étaient qu’un prélude à l’action. S’il n’avait jamais publié un seul livre, il serait entré dans l’histoire à jamais comme il y est entré : comme chef de la révolution prolétarienne, fondateur de la Troisième Internationale.  » Note 15

Les réflexions pertinentes de George Kennan sur l’impact politique des qualités personnelles de Lénine méritent également d’être prises en compte :

 » Doté de ce tempérament, Lénine sut communiquer à ses collaborateurs un climat d’optimisme militant, de bonne humeur, de constance et de loyauté fraternelle, ce qui fit de lui l’objet de leur plus profonde admiration et affection et leur permit de consacrer toute leur énergie à la tâche, confiants que si celle-ci était bien accomplie, ils ne manqueraient ni de soutien ni de reconnaissance au sommet du Parti. Dans ces conditions, tandis que l’autorité suprême de Lénine demeurait incontestée, il était possible de déléguer l’initiative et les responsabilités bien plus largement que ce ne fut jamais le cas à l’apogée du pouvoir stalinien.  » Note 16

Ceci nous amène à David Riazanov, le dernier critique de Lénine dont Dan nous parle. Brillant, visionnaire et d’une productivité prolifique, ce marxiste était un révolutionnaire farouchement indépendant, que John Reed décrivait comme « une minorité farouchement contestataire ». L’Institut Marx-Engels connut un essor remarquable de 1919 à 1930 sous sa direction, malgré ses nombreux désaccords avec Lénine et d’autres camarades.

Alors que la bureaucratie renforçait son emprise, il affirma au congrès du parti de 1924 que « sans le droit et le devoir d’exprimer nos opinions, on ne peut appeler cela le Parti communiste ». Dans un discours prononcé à l’Institut des professeurs rouges, il déclara : « Je ne suis ni bolchevik, ni menchevik, ni léniniste. Je suis seulement marxiste, et en tant que marxiste, je suis communiste. » Pourtant, son prestige n’a cessé de croître, et parmi ses contributions importantes figure une étude populaire remarquable et largement diffusée intitulée Karl Marx et Friedrich Engels : Introduction à leur vie et à leur œuvre. Note 17

En 1927, année où Riazanov reçut le prix Lénine, Staline visita l’Institut Marx-Engels. Remarquant les portraits de Marx, Engels et Lénine exposés en évidence, il demanda : « Où est mon portrait ? » La réponse révélatrice de Riazanov : « Marx et Engels sont mes maîtres ; Lénine était mon camarade. Mais que représentez-vous pour moi ? » Cette attitude contribua certainement à sa perte et à celle de l’Institut Marx-Engels. Note 18


Opposant à la démocratie ?

Dan nous explique :

 » L’expérience de Lénine, sa vie et son œuvre, tant intellectuelle que pratique, l’ont mis en conflit avec les principes fondamentaux du marxisme et du socialisme démocratique. Surtout, ils ont rompu avec l’idée qu’une révolution socialiste et la création d’une société socialiste devaient nécessairement être démocratiques. »

Le rejet de cette rupture par Dan est absolu et sans compromis : « La démocratie est au cœur de notre socialisme. Luxemburg avait raison : il n’y a pas de socialisme sans démocratie, ni de démocratie sans socialisme. »

Pourtant, la dénonciation éloquente de Dan déforme profondément la vie et l’œuvre de Lénine. Par exemple, les mencheviks ont rejeté l’ouvrage classique de Lénine de 1905, « Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique », car il polémique avec leur orientation stratégique, celle d’une alliance entre ouvriers et capitalistes libéraux pour renverser le tsar. Lénine, au contraire, insistait sur une alliance révolutionnaire entre ouvriers et paysans pour renverser l’ordre tsariste et instaurer une démocratie bourgeoise (dont lui et la plupart des marxistes pensaient qu’elle jetterait les bases d’une future révolution socialiste ouvrière). Comme le déplorait le menchevik Raphael Abramovitch, cela revenait à « une révolution bourgeoise sans bourgeoisie » Note 19.

Mais la polémique de Lénine ne prévoyait pas non plus une révolution sans démocratie. Au contraire, Lénine affirmait que « tant les intérêts directs du prolétariat que ceux de sa lutte pour les objectifs ultimes du socialisme exigent la plus grande liberté politique possible et, par conséquent, le remplacement de la forme autocratique de gouvernement par la république démocratique » – un point récurrent dans son œuvre, sur lequel bolcheviks et mencheviks s’accordaient. Mais il poursuivait en énonçant l’idée bolchevique essentielle :

 » Seul le prolétariat peut être un combattant cohérent pour la démocratie. Il ne peut devenir un combattant victorieux pour la démocratie que si les masses paysannes se joignent à sa lutte révolutionnaire. Si le prolétariat n’est pas assez fort pour cela, la bourgeoisie sera à la tête de la révolution démocratique et lui conférera un caractère incohérent et égoïste. » Note 20

Cependant, avec le déclenchement de la Première Guerre mondiale, comme le souligne Nadejda Kroupskaïa dans ses Souvenirs de Lénine, la nature et le rôle de la démocratie devinrent une question encore plus pressante qui animait la pensée de Lénine, lequel parvint à « une vision très claire et précise des relations entre économie et politique à l’époque de la lutte pour le socialisme » Note 21. Soulignant que « le rôle de la démocratie dans la lutte pour le socialisme ne pouvait être ignoré », Kroupskaïa cite Lénine qui insistait sur le fait que la démocratie est nécessaire à la réalisation du socialisme à deux égards : premièrement, la classe ouvrière ne peut mener à bien une révolution socialiste sans y être préparée par la lutte pour la démocratie ; deuxièmement, « le socialisme ne peut consolider sa victoire et conduire l’humanité à l’avènement de la disparition de l’État que si la démocratie est pleinement réalisée » Note 22.

Le lien établi par Lénine entre l’idéal socialiste et la « disparition progressive de l’État » mérite une attention particulière. Il considérait l’existence d’une démocratie authentique, dans la mesure où elle s’intègre aux habitudes des citoyens en matière de prise de décision, comme indissociable de la réalisation de l’objectif visé : un socialisme sans État. Mais il estimait également qu’il s’agissait d’un élément essentiel d’une stratégie politique visant à substituer le socialisme au capitalisme :

« Nous devons conjuguer la lutte révolutionnaire contre le capitalisme avec un programme et une tactique révolutionnaires respectant toutes les revendications démocratiques, notamment la république, la milice, l’élection des représentants du gouvernement par le peuple, l’égalité des droits pour les femmes, l’autodétermination des nations, etc. Tant que le capitalisme existe, toutes ces revendications ne peuvent se réaliser qu’exceptionnellement, et de manière incomplète et déformée. En nous appuyant sur la démocratie déjà acquise et en démontrant ses carences sous le capitalisme, nous exigeons le renversement du capitalisme et l’expropriation de la bourgeoisie comme condition essentielle à l’abolition de la pauvreté des masses et à la pleine et entière mise en œuvre de toutes les transformations démocratiques. » Certaines de ces transformations s’amorceront avant le renversement de la bourgeoisie, d’autres pendant ce renversement, et d’autres encore après. La révolution sociale n’est pas un combat unique, mais une époque de luttes successives sur tous les problèmes de transformation économique et démocratique, dont l’achèvement ne sera possible qu’avec l’expropriation de la bourgeoisie. C’est en vue de ce but ultime que nous devons formuler chacune de nos revendications démocratiques de manière résolument révolutionnaire.  » Note 23

Marx, Lénine et la Révolution russe

Nous avons vu que Dan estime que Lénine ne se contentait pas de rompre avec l’idée que le socialisme est indissociable de la démocratie (un point que nous avons vivement contesté ici), mais qu’il était également en conflit avec les principes fondamentaux du marxisme. On pourrait reformuler cela en disant que Lénine tentait d’instaurer une révolution socialiste dans un pays qui, de fait, ne s’y prêtait pas. Autrement dit, on peut se référer à l’affirmation de George Lichtheim :

La singularité de Lénine – et de l’organisation bolchevique qu’il a fondée et maintenue unie – résidait dans sa décision de faire du soulèvement agraire l’œuvre de la révolution prolétarienne à laquelle tous les sociaux-démocrates étaient, en principe, attachés. Note 24

La Botz nous explique :

 » La pensée de Marx reposait, premièrement, sur l’idée que le socialisme émergerait dans une société capitaliste où la production industrielle permettrait une abondance de biens et de services. Deuxièmement, il croyait qu’une importante classe ouvrière industrielle posséderait les connaissances et le pouvoir nécessaires pour organiser démocratiquement et collectivement la production et la vie sociale au profit de toute la société. « 

Or, la Russie était un pays économiquement et industriellement arriéré, où la classe ouvrière était une petite minorité et où les paysans représentaient plus de 80 % de la population active. « Ni Marx et Engels, ni Lénine, ni Luxemburg ni Trotsky, écrit La Botz, ne croyaient que les paysans pouvaient mener une révolution ou qu’une révolution socialiste était possible dans une société majoritairement paysanne. » Faire une révolution dans un pays comme la Russie, avec un parti autoritaire – c’est ainsi que La Botz (avec Lichtheim et d’autres) décrivait l’organisation de Lénine – était la recette d’un cauchemar autoritaire.

Ce sujet mérite une analyse plus approfondie que celle permise ici. En résumé :

1. Comme nous l’avons montré, le parti de Lénine n’était pas une organisation autoritaire.

2. L’approche de Marx était bien plus complexe et évolutive que ne le perçoit La Botz. Il croyait fermement qu’un processus socialiste révolutionnaire pouvait être déclenché dans la Russie arriérée, à condition que la révolution russe contribue à engendrer une révolution mondiale, impliquant des soulèvements ouvriers dans les pays industrialisés plus avancés. Note 25

3. Lénine en était parfaitement conscient, ne se faisait aucune illusion sur la possibilité d’instaurer le socialisme dans un pays agraire isolé comme la Russie, et considérait la révolution qu’il a contribué à mener comme une « forteresse assiégée » jusqu’à ce que la révolution se propage à d’autres pays, notamment aux pays industrialisés. C’est dans cet esprit qu’a été créée l’Internationale communiste. Note 26

4. La théorie de la révolution permanente de Trotsky a anticipé tous ces éléments. La perspective de Trotsky a convergé avec les analyses et les efforts de Lénine et d’autres pour y parvenir. Note 27

Parmi les ouvrages les plus accessibles et les plus fiables sur la Révolution russe de 1917, source d’inspiration, figurent le classique de John Reed, Dix jours qui ébranlèrent le monde, disponible en de nombreuses éditions, et le plus récent October, The Story of the Russian Revolution de China Miéville. Note 28

Finalement, cette tentative courageuse échoua. L’effervescence révolutionnaire mondiale existait bel et bien, mais elle ne triompha ni comme Lénine et ses camarades l’avaient imaginé, ni dans les délais prévus. S’ensuivit l’avènement d’un ordre bureaucratique et autoritaire baptisé « communisme ». Parmi les tentatives d’analyse de ce phénomène, on peut citer ma propre étude récente, October Song: Bolshevik Triumph, Communist Tragedy, 1917-1924 (Chicago : Haymarket Books, 2017).

Que faire ?

Il y a, en vérité, beaucoup à faire. Les socialistes révolutionnaires doivent s’engager activement avec les camarades de divers groupes afin de construire des luttes de classe conscientes au sein de la classe ouvrière réelle et diverse – par le biais de mouvements de masse et de coalitions de front uni – visant à remporter des victoires bénéfiques à la classe ouvrière et à tous les opprimés. Cela implique une combinaison d’actions de masse, d’agitation et d’éducation socialistes, ainsi que d’action électorale socialiste, le tout guidant les efforts d’un réseau en constante évolution de collectifs révolutionnaires. Ce n’est pas suffisant, mais c’est un début.

Alors que nous continuons à créer ce qui est nécessaire, nous devons nous engager, « premièrement, à apprendre, deuxièmement, à apprendre, et troisièmement, à apprendre, et ensuite à veiller à ce que… l’apprentissage devienne véritablement une partie intégrante de notre être. » Note 29  Contrairement à ce que Dan La Botz nous exhorte à faire, je crois que cela implique non pas de dire adieu à Lénine et au léninisme, mais de continuer à apprendre de manière critique de Lénine et de ses camarades, de leurs expériences, de leurs succès, de leurs lacunes, de leurs erreurs et des tâches inachevées.

Notes

  • 2 Cité dans Robert H. McNeal, Bride of the Revolution: Krupskaya and Lenin (London: Victor Gollancz, 1973), 242.
  • 3 James Burnham, “Lenin’s Heir,” Partisan Review, vol. XII, no. 1, Winter 1945, 71.
  • 4 Theodore Dan, The Origins of Bolshevism (New York: Schocken Books, 1970), 236, 237-238.
  • 5 V.I. Lenin, “Preface to the Collection Twelve Years” (1907), Collected Works, Vol. 13 (Moscow: Progress Publishers, 1978), 102.
  • 6 Ce différend est décrit en détail, avec documentation à l’appui dans Paul Le Blanc, Lenin and the Revolutionary Party (Chicago: Haymarket Books, 2015; originally published in 1990), 63-64.
  • 7 Rosa Luxemburg, “On the Situation in the Russian Social Democracy,” Special Section: Selected Political and Literary Writings, Revolutionary History, Volume 10, Number 1, 72; also see a different translation in The Rosa Luxemburg Reader, ed. by Peter Hudis and Keven B. Anderson (New York: Monthly Review Press, 2004), 272.
  • 8 Clare Sheridan, Mayfair to Moscow—Clare Sheridan’s Diary (New York: Boni and Liveright, 1921), 120.
  • 9 Carter Elwood, The Non-Geometric Lenin: Essays on the Development of the Bolshevik Party 1910–1914 (London: Anthem Press, 2011), xiv, xvii, xviii.
  • 10 Martov and Abramovitch cités dans le livre d’Isaac Don Levine, The Man Lenin (New York: Thomas Seltzer, 1924), 13, 36.
  • 11 Levine, 157, 160, 176.
  • 12 Levine, 179, 192, 193.
  • 13 George F. Kennan, Russia and the West Under Lenin and Stalin (New York: New American Library, 1962), 243.
  • 14 Maxim Gorky, Untimely Thoughts: Essays on Revolution, Culture, and the Bolsheviks, 1917–1918 (New Haven, CT: Yale University Press, 1995), 268; The Letters of Rosa Luxemburg, ed. by Georg Adler, Peter Hudis, Annelies Laschitza (London: Verso, 2011), 298.
  • 15 Leon Trotsky, On LeninNotes Towards a Biography (London: George G. Harrap and Co., 1971),165, 146.
  • 16 Kennan, Russia and the West Under Lenin and Stalin, 244.
  • 17 Nicolás González Varela, “David Riazanov, a Revolutionary Scholar of Marxism,” Jacobin, February 27, 2024, https://jacobin.com/2024/02/david-ryazanov-revolutionary-marxism-scholar. Riazanov’s dual biography of Marx and Engels is available through the Marxist Internet Archive: https://www.marxists.org/archive/riazanov/works/1927-ma/index.htm
  • 18 González Varela, “David Riazanov.” On the Marx-Engels Institute, see a useful Wikipedia entry https://en.wikipedia.org/wiki/Marx%E2%80%93Engels%E2%80%93Lenin_Institute and an article in the Marxist Internet Archive: https://marxists.architexturez.net/archive/riazanov/bio/bio02.htm.
  • 19 Raphael Abramovitch, The Soviet Revolution, 1917-1939 (New York, International Universities Press 1962), 214.
  • 20 V.I. Lenin, “Two Tactics of Social-Democracy in the Democratic Revolution,” Collected Works, Vol. 9 (Moscow: Progress Publishers, 1962), 23, 60. 
  • 21 Lenin, “Two Tactics,” Collected Works, Vol. 9, 29; N.K. Krupskaya, Reminiscences of Lenin (New York: International Publishers, 1971), 328.
  • 22 Krupskaya, 328.
  • 23 Lenin, “The Revolutionary Proletariat and the Right of Nations to Self-Determination, Collected Works, Vol. 21 (Moscow: Progress Publishers, 1964), 408-409; Krupskaya, 328-329.
  • 24 George Lichtheim, Marxism, An Historical and Critical Study (New York: Frederick A. Praeger, 1965), 333. Lichtheim a également dépeint Lénine de la même manière que La Botz, comme un dirigeant autoritaire insistant sur un « contrôle dictatorial au sein d’un parti “restreint” de “révolutionnaires professionnels” ». (330).
  • 25 Voir Teodor Shanin, Late Marx and the Russian Road: Marx and the Peripheries of Capitalism (originally published in 1983 by Monthly Review Press), et deux études de Kevin Anderson: Lenin, Hegel, and Western Marxism, A Critical Study (Chicago: Haymarket Books, 2023; originally published in 1995) and The Late Marx’s Revolutionary Roads: Colonialism, Gender, and Indigenous Communism (London: Verso, 2025).
  • 26 See the invaluable essays in John Riddell, Lenin’s Comintern Revisited (Leiden: Brill, 2026).
  • 27 Beginnings of critical-minded exploration can be found in Leon Trotsky, Permanent Revolution and Results and Prospects (New York: Pathfinder Press, 1969); Michael Löwy, The Politics of Combined and Uneven Development: The Theory of Permanent Revolution (London: Verso, 1981); Ernest Mandel, Trotsky as Alternative (London: Verso, 1995).
  • 28 China Miéville, October, The Story of the Russian Revolution (London: Verso, 2017). For a succinct summary, one might consult Paul Le Blanc, “Russia 1917,” LINKS (https://links.org.au/paul-le-blanc-russias-1917-revolution-and-problems-socialist-organization), also available through Communis, December 26, 2025, (https://communispress.com/russia-1917/) and Solidarity (https://solidarity-us.org/russias-1917-revolution-problems-of-socialist-organization/). 
  • 29 V.I. Lenin, “Mieux vaut moins, mais mieux” (1923) dans Paul Le Blanc, ed. Lenin: Revolution, Democracy, Socialism, Selected Writings (London: Pluto Press, 2008), 339.

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08.05.2026 à 16:58

Combat pour l’unité, combat contre la V° République, et élections présidentielles. VP.

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L’élection présidentielle dans la V° République. L’élection présidentielle sert à recharger les batteries de la V° République, qui en a particulièrement besoin ce coup-ci : Macron aurait pu ne pas parvenir à 2027, mais il est à présent probable, sans faire de pari absolu là-dessus, qu’il y parviendra. Insistons : l’élection présidentielle en France n’est pas […]
Texte intégral (2936 mots)

L’élection présidentielle dans la V° République.

L’élection présidentielle sert à recharger les batteries de la V° République, qui en a particulièrement besoin ce coup-ci : Macron aurait pu ne pas parvenir à 2027, mais il est à présent probable, sans faire de pari absolu là-dessus, qu’il y parviendra.

Insistons : l’élection présidentielle en France n’est pas un « moment démocratique », encore moins le moment suprême de la démocratie. Tout au contraire, elle a pour fonction de garantir la reproduction du régime autoritariste de la V° République, et éventuellement, ce qu’espèrent pour 2027 patronat, appareil d’Etat et forces politiques soutenant ce régime, de le reconstituer, de le rétablir quand il est affaibli.

Le général De Gaulle avait, par un coup d’Etat institutionnel, imposé cette élection au suffrage universel en 1962, en lui donnant comme fonction de procurer à ses successeurs sa propre aura charismatique, ou plus exactement bonapartiste. A cette date en effet, la seule élection présidentielle officiellement tenue en France, réalisée sur les cadavres des prolétaires de juin 1848, avait porté au pouvoir un individu, dit Napoléon-le-petit, qui utilisa trois ans plus tard ses fonctions pour mener un coup d’Etat militaire faisant de lui un empereur héréditaire – sa chute verra l’irruption de la Commune. C’est en fin de compte pour cela que le renouvellement de cette procédure ne figurait pas encore dans le texte constitutionnel de 1958.

Mais De Gaulle tenait son pouvoir de la commotion créée par le coup d’Etat militaire du 13 mai 1958 à Alger, et du référendum-plébiscite de septembre 1958 instaurant la V° République, avec 86% de votes Oui, profonde défaite démocratique qui, dans l’esprit des gens, tenait lieu de suffrage, car tout le monde savait très bien que les grands électeurs désigneraient De Gaulle. En 1962, il s’agissait pour lui d’assurer la reproduction, tous les 7 ans, des mêmes conditions politiques. Ce qui, jusqu’à présent, s’est fait, mais jamais facilement.

En 1965 De Gaulle fut tenté de partir car il n’avait pas la majorité absolue dès le premier tour, qu’aucun de ses successeurs n’espérera. En 1969 il partit effectivement, effet un peu différé de la grève générale de mai-juin 1968, mais la mécanique fonctionna, avec Pompidou puis Giscard dont la puissance toutefois n’était déjà plus la même, alors que l’impérialisme français de moins en moins fort ne parvenait finalement pas à remodeler complétement les rapports sociaux dans un sens autoritaire, en intégrant totalement les syndicats à l’Etat jusqu’à leur base.

En 1978 le vent du boulet souffla sur le régime, car sans la campagne de division déclenchée par la direction du PCF, on aurait eu une majorité parlementaire opposée au président. Mitterrand parvint donc au pouvoir trois ans plus tard, par la voie présidentielle : se lovant dans cette fonction qu’il avait tant dénoncée, on peut dire qu’il assura brillamment la perpétuation de la V° République, tout en consentant à un faux effacement présidentiel lors des « cohabitations ».

En 2000, son successeur Chirac et son premier ministre de cohabitation Jospin tombèrent d’accord sur un aménagement nécessaire pour éviter les crises de régime : le passage au quinquennat assorti de la tenue des législatives juste après les présidentielles, et surtout pas juste avant, devait assurer des périodes régulières de cinq ans avec un président et une Assemblée nationale assortis l’un à l’autre (et implicitement, si ça se passe bien, le président fait deux mandats consécutifs, soit dix ans en tout).

Sarkozy, avec son « collaborateur » Fillon qui resta lui aussi à Matignon les cinq mêmes années, voulait utiliser à fond ce dispositif pour redynamiser la V° République, c’est-à-dire frapper les mouvements sociaux, mettre au pas la jeunesse, et, à l’extérieur, redorer le blason de l’impérialisme français.

Son échec produit encore des effets en cascades avec ses graves condamnations judiciaires, qui, en tant que telles, affaiblissent un peu plus le régime. Hollande élu contre cette évolution a dû s’auto-définir par l’oxymore du « président normal », ce qu’il ne fut pas : l’évolution autoritaire revint en force sur la fin de son quinquennat (état d’urgence et « loi travail »), mais ceci conduisit, à l’encontre de ce qu’avaient tenté tous ses prédécesseurs, à son renoncement à un second mandat en 2017 (il semble vouloir se rattraper).

Les présidentielles de 2017 se sont tenues dans des conditions nouvelles au niveau des partis politiques, avec l’affaissement du PS d’une part, de la droite dite républicaine d’autre part, la percée de LFI conçue et voulue comme une ligue plébiscitaire, et celle du RN dont la présence au second tour permit l’élection de Macron, qui pouvait penser avoir le champ libre pour une « présidence jupitérienne » réalisant cette relance, ce rajeunissement, et ce plein autoritarisme, d’une V° République remise sur ses rails.

En gros, cela a paru marcher pendant environ un an, puis l’affaire Benalla et l’explosion sociale des Gilets jaunes ont vitrifié l’autorité du président. Il fut néanmoins réélu en 2022, en raison du même dispositif politique qu’en 2017 – LFI d’un côté et RN de l’autre, celui-ci de plus en plus assis électoralement – et dans le moment précis de l’effet de stress produit par la guerre généralisée de Poutine en Ukraine. Si des forces politiques suffisantes l’avaient voulu, le boycott de la présidentielle et l’ouverture d’un processus constituant par la mobilisation sociale auraient été possibles.

Macron réélu, son autorité présidentielle n’était pas restaurée pour autant, situation inédite indiquant le niveau d’usure du régime, ce qui se traduisait aussi par une majorité présidentielle à l’Assemblée nationale de plus en plus fragile. Macron voulut se rétablir par un coup social autoritaire à la Thatcher, sa « réforme des retraites », qui le laissa KO debout, car la puissance sociale du monde du travail s’est à nouveau affirmée pendant des mois, sans pouvoir déboucher politiquement par un affrontement central que ne voulaient pas les directions syndicales. Mais une V° République ne tenant que par la crainte des directions syndicales de la renverser n’est pas une V° République bien portante !

Ces conditions ont conduit Macron à la dissolution, qui était une tentative de former un gouvernement avec le RN. Nouvel échec et « assemblée ingouvernable » depuis. La crise du régime est plus profonde que jamais, sa pulsion autoritaire, avec le refus de tenir compte des résultats électoraux pour former les gouvernements successifs, également. Cet état de chose n’aurait pas dû durer mais il a duré en raison, toujours, de la crainte des directions syndicales de renverser le régime, et d’autre part, de la division du Nouveau Front Populaire.

La présidentielle de 2027 le sauvera-t-elle ? C’est le rôle qu’entend jouer le RN, dont la puissance électorale est sans précédent, et l’union des droites visant à l’encadrer et à stabiliser un régime autoritaire.

Toute déclaration de candidature à ce stade aide de fait la présidentielle à jouer son rôle anti-démocratique. Cette remarque n’interdit pas toute discussion sur les candidatures, ni toute méthode pour les sélectionner, mais elle devait être faite …

Jean-Luc Mélenchon 2027 …

Les militants qui croient encore en « l’Avenir en commun » psalmodieront ici la Promesse : « Voici venir la VI° République par la grâce de Jean-Luc Mélenchon président de la V° » !

Mais soyons sérieux.

Certes, la candidature de Mélenchon, déjà connue en vérité, a été officialisée, le 3 mai dernier, à une date assez bien choisie compte tenue de la crise du PS et des atermoiements et divisions des autres forces de gauche, mais, outre son caractère répétitif porteur tout autant d’épuisement que d’ancrage, elle souffre de deux contradictions structurelles, et liées l’une à l’autre.

Il est en effet frappant que Mélenchon se présente comme le seul à même de battre l’extrême droite mais à condition que tous les « traitres » (tous les autres candidat.e.s éventuels à gauche) soient liquidés pour qu’il soit au second tour, tout en prétendant (contre l’évidence) que le danger de l’extrême droite au second tour n’est pas si grand que ça.

Cette manière curieuse de se poser en seule solution possible devant le danger (qu’avaient utilisé Macron en 2022 et en 2017, et déjà Chirac en 2002), tout en minimisant le dit danger, a pour cause l’ignorance volontaire de la réalité de l’axe Trump/Poutine, c’est-à-dire de la vague néofasciste globale dans les classes dominantes (on parle bien de fascisme en général, mais pas de la place centrale de Poutine, ni de Xi Jinping ou des régimes iranien et venezuelien), et de la prise en tenaille de l’Europe par Trump et Poutine.

Le soutien à un « cessez-le-feu » en Ukraine garantissant à Poutine l’occupation génocidaire des régions qu’il a saisies en est l’expression la plus nette. La défense de la Palestine joue là un rôle de compensation, permettant un affichage contestataire. Mais sur le fond, Mélenchon partage des fondamentaux structurants de l’orientation du RN et de l’ « union des droites » en matière de politique étrangère.

Il y a là une première contradiction fondamentale, qu’il serait tout à fait erroné de croire seulement « internationale » : en effet, prétendre éviter, et même être le seul à même d’éviter, l’arrivée du RN au pouvoir tout en taisant, et même en combattant l’idée, que derrière le RN il y a Trump/Poutine, c’est combattre l’extrême droite avec une main attachée dans le dos.

L’unité qui doit s’imposer contre l’extrême droite, ce que Mélenchon utilise comme un ordre intimant au « peuple de gauche », au monde du travail, à la jeunesse, de s’aligner en rang derrière lui, cette unité qui doit être imposée, ne peut l’être que contre l’extrême droite et tout ce qu’elle est, c’est-à-dire contre l’asservissement de l’Europe à Trump et à Poutine.

Là est la première contradiction fondamentale de Mélenchon, dont l’appareil politique en ses sommets (Chikirou, le POI) est poutinien.

Elle fait corps avec son autre contradiction, à savoir qu’il nous raconte qu’il va, du sommet de l’Etat et en utilisant les pouvoirs de la V°, faire advenir une VI° République. Mais on ne renverse pas la V° République en commençant par recharger sa batterie présidentielle.

De plus, le vieux (aujourd’hui, il est vieux !) programme de LFI « l’Avenir en commun », plus à droite sur ce point que le programme plus récent du NFP dont LFI prétend qu’il en a découlé, prévoit une constituante octroyée par le président, sans candidats des partis, avec tirage au sort, etc., bref une invraisemblable usine à gaz n’ayant de constituante que le nom.

Le dernier pays à avoir eu un président qui disait piloter du haut de son trône l’avènement d’une démocratie par une constituante, qui fut d’ailleurs une référence de Mélenchon, est le Venezuela. On a vu.

Soyons réalistes : si Mélenchon était élu, il serait inévitablement conduit, et pas à l’insu de son plein gré mais très consciemment et ouvertement, d’autant que dans cette hypothèse il en aurait quelques atouts, à tenter le rétablissement d’un pouvoir présidentiel tout puissant comme l’aurait voulu De Gaulle, et comme l’ont tenté à leurs façons Sarkozy et Macron, réalisant un contrôle de la société civile et des syndicats au nom des intérêts supérieurs de la Nation, de l’Avenir En Commun, de la Nouvelle France, de l’Ancienne France, et de tout ce que vous voulez, y compris de la « VI° République » comme nouveau nom de la V°, mais ni de la démocratie, ni du monde du travail.

La façon de Mélenchon serait peut-être – peut-être …- plus « à gauche », plus « chaviste », la question de l’indépendance syndicale et de la démocratie, contre la V° République et son président, ne s’en poserait pas moins !

Mais en fait, l’articulation de ces deux contradictions majeures, liées à l’impérialisme et au bonapartisme, fait, premièrement, que la présence de Mélenchon au second tour est loin d’être assurée, et, deuxièmement, que dans ce cas, toutes choses égales par ailleurs, il risquerait d’assurer l’élection de Bardella ou de Le Pen avec une efficacité comparable à celle de Le Pen père assurant l’élection de Chirac en 2002, permettant ainsi que cette élection soit une grave défaite démocratique !!!

Le choix du bonapartisme s’est d’ailleurs invité dans la manière et la faconde de Mélenchon annonçant sa candidature : son âge, son expérience, sa Personne, sont présentés comme les boucliers devant les guerres et la crise climatique, les boucliers de la Nation. Il se présente, explicitement, comme le Vieux Sauveur de la Nation.

La double contradiction se développe alors en contradiction de LFI, mouvement divers non structuré démocratiquement mais fourmillant de groupes de base dont le caractère jeune et vivant ne fait aucun doute, et ayant récemment vu des élus locaux l’être sur une base autonome et non pas présidentielle, comme Bally Bagayoko à Saint-Denis.

Le Vieux Sauveur de la Nation se présente, dans plusieurs tweets et éléments de langage, comme le nouveau Mitterrand, ce qui ne cadre pas bien avec le rejet compulsif de tout ce qui s’apparente au « PS » diabolisé (indépendamment de ses forfaits bien réels !), mais qui repose en effet sur un même socle, qui rend bien lourde de sens cette référence : hé oui, c’est Mitterrand qui a renouvelé le bail de la V° République, après s’être lui aussi élevé contre le présidentialisme. Sans lui, elle n’existerait plus !

Donc, nous annoncer de nouveau 1981, c’est nous annoncer un grand espoir suivi du renouvellement de tout l’ordre existant ! Au demeurant, rappelons avec un tantinet de perfidie, mais Jean-Luc Mélenchon l’a bien cherché, que Mitterrand n’avait pas 74 ans en 1981, mais 66 …

Il n’est pas question ici de minimiser la force de la candidature Mélenchon, ni de l’attaquer sur d’autres points qui ne sont que les diverses manifestations des contradictions principales (le sale caractère, les petites phrases, etc., etc.), mais de souligner ses contradictions structurantes, imparables, qui vont opérer. Concrètement, elles se traduisent ainsi : la tentative d’actionner un rouleau compresseur en sa faveur ne mise pas sur le dynamisme et l’auto-organisation, mais sur le fatalisme et l’obéissance à ce qui est présenté comme nécessaire et donc inévitable. Mais la vie sociale est bien plus riche, et cela ici et maintenant.

Conclusion : oui il faut imposer l’unité, contre l’extrême droite et contre une alternance du type Edouard Philippe, mais l’unité ne consiste pas dans le ralliement à un homme providentiel imposé d’en haut. L’unité doit être imposée d’en bas, pour nos revendications, contre l’extrême droite de Trump/Poutine, et ainsi, elle ne visera pas à restaurer la V° République. Une candidature unitaire aux présidentielles de la V° République, ne visant pas à la sauver, mais s’inscrivant dans le mouvement d’en bas pour la démocratie, est-elle possible ? Comment articuler combat pour l’unité et présidentielle, sachant que la présidentielle est l’arme la plus redoutable de nos institutions pour aligner et pour diviser ?

Ce sera je pense le sujet d’un prochain article. La discussion, rapide, mais bien la discussion, est souhaitée !

Vincent Présumey, le 08/05/2026.

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