30.01.2026 à 10:27
Président au Smic, et après ? — par François Ruffin
Texte intégral (1613 mots)
Dans ce texte pour Regards, François Ruffin revient sur le sens profond de sa proposition de président au Smic. Mardi, dans notre newsletter, nous avions interrogé cette idée. Le candidat à la présidentielle entend en faire plus qu’un symbole : il veut porter une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
Président au Smic ? « Quelle démagogie ! », « Comment peut-on proposer ça ! », « C’est n’importe quoi ! » Je les entends se succéder sur les plateaux. La mesure est donc critiquée par des gens qui, eux, gagnent cinq à dix fois le Smic, bien plus qu’un soignant, qu’un enseignant… Est-ce qu’après le chef de l’État, on n’essaierait pas de remettre à plat également ça ? La hiérarchie des salaires ? Eh bien si : « Les distinctions sociales ne peuvent reposer que sur l’utilité commune », énonce la déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Mais surtout : bien sûr que la mesure est symbolique, du clinquant fait pour clignoter, du miel pour attirer les mouches des médias. Et derrière, il y a quoi ? « La France dégringole dans l’indice de la corruption », en recul de cinq places, bien en dessous de la moyenne des pays démocratiques, selon Transparency international. « Le constat est sans appel : la France risque de perdre le contrôle de la corruption. » Et l’ONG d’ajouter : « La lutte contre la corruption et pour la probité a été singulièrement absente de la dernière campagne législative et du débat public ». Veut-on qu’elle soit absente, également, de la prochaine campagne présidentielle ? Une corruption non d’individus, mais du système, une corruption qui, au sommet, appartient tellement au paysage qu’on ne l’aperçoit plus ? Moi, pas. Il nous faut une nouvelle abolition des privilèges. Une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
Et oui : l’exemple doit commencer par soi-même.
D’abord, on va le dire : c’est quoi, le salaire d’un président de la République ? C’est son argent de poche. À l’Élysée, il ne paie pas de loyer, pas de chauffage. Ça m’étonnerait qu’on lui présente une note à la fin du dîner. Et pour les déplacements, en convoi, il ne sort pas sa carte bleue pour faire le plein chez Leclerc. Donc, aujourd’hui, c’est juste pour s’acheter les lunettes de Top Gun. Alors, ses 16 000€ par mois, il en fait quoi ? C’est sans souci que, comme extra, un Smic me suffira ! Et comme de Gaulle, je paierai mes factures d’électricité. Et comme sa femme Yvonne, j’achèterai ma vaisselle au supermarché. Et comment dépenser, comme le couple Macron, 62 000€ par an en coiffure et maquillage ? Je ne sais même pas. Nous ferons 20 millions d’euros d’économies sur le budget de l’Élysée, l’équivalent de 400 postes d’infirmières.
Idem pour les anciens présidents : fini les avantages à vie, majordomes, cuisiniers, chauffeurs, appartements de fonction, etc. Ne sera gardée que la protection policière, si nécessaire. Pas un euro pour Emmanuel Macron à sa sortie : il a assez ruiné le pays comme ça !
C’est symbolique, c’est vrai, mais l’exemple doit venir d’en haut, et ruisseler. Ruisseler sur les ministères : dans leurs cabinets, les salaires dépassent les 10 000€ et ils ont augmenté de 7% en un an, rien à voir avec l’inflation ! Ruisseler sur les parlementaires : en un mandat au Palais du Luxembourg, les sénateurs ouvrent autant de droits à la retraite qu’un travailleur du bâtiment durant toute sa carrière. Ruisseler sur les hauts fonctionnaires : sous Macron, leurs primes ont flambé, dans la plus grande opacité. Ruisseler, surtout, sur les milliardaires : comment accepter qu’ils paient moins d’impôt que leur secrétaire ? Qu’avec leurs holdings et sociétés-écrans, ils échappent à l’impôt sur le revenu ? Et les multinationales, à l’impôt sur les sociétés grâce aux prix de transfert ? Et que contre ces fraudes géantes, l’État laisse faire ?
Nous ouvrirons notre mandat par des états généraux de la fiscalité, avec des sièges pour les artisans, les retraités, les salariés… et aussi pour une place pour Bernard Arnault !
Corruption généralisée
Mais le souci ne s’arrête pas là : l’Argent a envahi l’État, a pris les pouvoirs.
Cette corruption, Marine Le Pen, Nicolas Sarkozy, Alexis Kohler, les 26 ministres d’Emmanuel Macron mêlés, à des titres divers, dans les affaires, etc., eux n’en sont que la partie visible, émergée.
Cette corruption est généralisée au sommet, elle appartient tellement au paysage qu’on ne l’aperçoit plus. Pourquoi, comment nos fleurons industriels, Péchiney, Arcelor, Alcatel, Alstom sont passés à l’étranger ? Parce que, dans l’élite, des cabinets conseils en tous genres, des banques d’affaires, des avocats ont intérêt à ces ventes à la découpe du patrimoine national. Parce que les dirigeants se voient offrir des stock-options et des parachutes dorés.
Un symbole, parmi mille : le Dolder a tenu sa réunion à l’Élysée. C’est-à-dire le lobby qui rassemble les plus grandes entreprises pharmaceutiques mondiales a tenu son salon, oui, à la présidence de la République ! Et depuis huit années, la Macronie se confond avec Sanofi : malgré le scandale de la Dépakine, la pollution autour de leurs sites, la destruction de la recherche et des usines, le président du labo, Serge Weinberg, a reçu la légion d’honneur des mains du chef de l’État. Sa place était devant les magistrats. Depuis huit années, et bien plus en vérité, l’intérêt national, l’intérêt général se confond avec l’intérêt des multinationales.
Autre cas : Le Monde publie, à sa Une, une enquête sur les OpenLux. Plus de cent milliards d’euros cachés dans les comptes au Luxembourg, 4% du PIB, avec 37 des plus grandes familles françaises dedans, Hermès, Mulliez, etc. Comment réagit le ministre de l’économie, Bruno Le Maire à l’époque ? Il ne réagit pas. Il laisse faire. La marque, là encore, d’une complicité.
Et pour faire court, je n’évoque pas Bernard Arnault, comment il achète la police, la justice, qui ment, espionne, fraude… et obtient une place à l’Académie des Sciences morales !
Je ne m’attarde pas sur Emmanuel Macron, qui incarne bien sûr cette corruption ordinaire : pantouflage et rétro-pantouflage, entre Bercy et une banque d’affaire.
Et je laisse de côté les médias, puisqu’il est naturel, désormais, qu’ils soient partagés entre des oligarques.
La corruption, c’est l’acceptation d’un Argent qui détruit tout : les fauves du Capital dévorent l’industrie, la planète, la démocratie et les politiques, qui devraient nous protéger, eux laissent faire. Le Capital s’auto-dévore, même : la semaine dernière, les entreprises du CAC 40 ont battu leur « record » de rachats d’actions, 35 milliards d’euros. 35 milliards d’euros, qui ne seront ni versés aux salariés, ni investis pour des projets, mais détruits, détruits pour satisfaire les actionnaires. A-t-on entendu un ministre s’offusquer ? Rien. Pas un mot. Et pas davantage parmi nos éditorialistes !
Voilà à quoi un président au Smic viendra s’attaquer.
Pas tout seul, avec des milliers de gens, d’agents, qui à l’inverse de nos dirigeants, n’aspirent qu’à une chose : servir, servir l’État, servir la France et les Français. Et non se servir.
Voilà ce que nous ferons : une grande loi de séparation de l’État et de l’Argent.
« Nous avons dû lutter contre les vieux ennemis, énonçait le président Franklin Roosevelt en 1936, au Madison Square Garden de New York : le monopole industriel et financier, la spéculation, la banque véreuse, l’antagonisme de classe, l’esprit de clan, le profiteur de guerre. Ils avaient commencé à considérer le gouvernement des États-Unis comme un simple appendice à leurs affaires privées. Nous savons maintenant qu’il est tout aussi dangereux d’être gouverné par l’argent organisé que par le crime organisé. »
90 ans plus tard, nous devons à notre tour mener ce combat, démanteler l’Argent organisé. C’est le combat éternel de David, des milliers de David, contre le Goliath financier.
29.01.2026 à 12:23
TRUMP : UNE ANNÉE DE DESTRUCTION
Lire plus (245 mots)
SOMMAIRE
La menace internationale
- Le monde n’est pas la propriété de Trump et de ses séide
- Trump menace le monde
- On a aussi un problème avec l’Europe
- Le Groenland est-il à nous ?
- Trump moque le droit international… et c’est pas drôle
- L’UE ne sauvera pas le Groenland si elle ne se sauve pas elle-même
Le chaos étasunien
- Meurtre de Charlie Kirk : une occasion pour écraser la gauche et la société
- Annuler les élections à mi-mandat : Trump ne « blague » jamais
- L’affaire Epstein, miroir d’une démocratie qui pourrit de l’intérieur
Déjà disponible pour les abonnées !
Et pour les autres, ça se passe dans notre boutique
MENSUEL – JANVIER 26 – 10 € (ou 4 € en version numérique)
29.01.2026 à 11:57
Attal, Philippe, Darmanin : qui rassemblera toute la droite ?
Texte intégral (1019 mots)
La prochaine présidentielle tournera la page de dix ans de macronisme. Et si aucun des prétendants à la suite ne souhaite assumer l’héritage, chacun compte bien occuper l’espace vacant à droite.
Le groupe TF1 semble avoir décidé de préempter ce tout début de campagne présidentielle. Que ce soit sur son JT ou sur le plateau de Darius Rochebin : tous les candidats y passent ou vont y passer. Et à droite comme à l’extrême droite, ils sont nombreux et bien accueillis.
TOUS LES JOURS, RETROUVEZ L’ESSENTIEL DE L’ACTU POLITIQUE DANS NOTRE NEWSLETTER
Dernier en date à avoir répondu à la question chez Darius Rochebin, le ministre de la justice, Gérald Darmanin. Il est venu redire à quel point il est de droite et campé sur une vision réactionnaire. On résume. Il commence par donner son explication de la victoire de Donald Trump et cette analyse va donner le « la » de sa candidature. « Le président Trump n’est pas irrationnel. Il a été largement élu parce que les Américains voulaient reprendre le contrôle, comme les Anglais ont voulu reprendre le contrôle avec le Brexit, comme d’autres pays votent pour des gens qui veulent reprendre le contrôle de leur destin parce que la mondialisation s’est faite contre les peuples et on le paye désormais aujourd’hui ». Gérald Darmanin ose tout. Ministre d’Emmanuel Macron sans discontinuer depuis neuf ans, il se présente comme un régulateur ou un démondialisateur.
Avec complaisance, le journaliste l’inscrit dans la continuité de Philippe Séguin. « Je suis un gaulliste social », précise le candidat à la mairie de Tourcoing. La partie économique du discours est très light. Il se dit opposé à l’augmentation des impôts des grandes sociétés ; accuse le RN d’être communiste sur le plan économique. Et surtout donne corps à sa proposition de « reprendre le contrôle » : un moratoire sur l’immigration pendant trois ans. Plus aucun visa ni de travail, ni familial, ni d’étudiants. Et au bout des trois ans, les Français sont interrogés par voie référendaire sur des quotas d’immigration après modification de la Constitution. Enfin, pour faire bonne mesure, le ministre de la justice propose la fin de l’imprescriptibilité pour les crimes sexuels sur enfants (mais pas sur femme demandeuse de logement) et pour les crimes de sang. On ne voit pas l’espace laissé au RN. Gérald Darmanin, élu du Nord, l’occupe en entier.
Gabriel Attal lui aussi veut prendre pied dans l’espace mental de l’extrême droite. Il rivalise d’idées pour défaire la laïcité et stigmatiser les musulmans, se poser en garant de l’ordre.
Gabriel Attal lui aussi veut prendre pied dans l’espace mental de l’extrême droite. Il rivalise d’idées pour défaire la laïcité et stigmatiser les musulmans, se poser en garant de l’ordre. Gabriel Attal ne se réfère pas au bon sens du charcutier d’Issy-les-Moulineaux. Il est resté « start-up nation ». Il ne fait plus de meetings, trop ringards, mais des « événements » où l’on vit des « expériences ». Celle de mardi semble avoir été particulièrement barbante. Tant pis pour ceux qui ont payé 20 euros pour le « full pass » et se sont embourbés toutes les tables rondes. Seront-ils partis rassérénés par la promesse de « Nouvelle république », qui devrait aussi devenir le nom du parti macroniste-attaliste ? Gabriel Attal n’a pas retenu ses leçons de marketing : on ne change pas le nom d’une marque tous les ans… ou ça n’imprime pas. Gabriel Attal accélère pour profiter du trou d’air de son rival, l’autre ancien premier ministre, Édouard Philippe.
L’héritier d’Alain Juppé vit en accéléré le destin de son mentor : chouchou des sondages… et décrochage. Nombre de commentateurs attribuent cette baisse sondagière au crime de lèse-président : avoir demandé à Emmanuel Macron de partir. On peut en douter. Édouard Philippe n’a pas su « cranter » d’autres idées que celle fameuse d’une retraite à 67 ans. N’est-ce pas là le signe d’une politique hors-sol alors même que les macronistes ont dû concéder un recul qui fait symbole sur leur réforme fétiche ? Édouard Philippe le sait : il a besoin de se réancrer et fait donc de sa réélection à la mairie du Havre un point de passage. On reparlera de lui après.
Attal, Philippe, Darmanin : les trois sont dans un mouchoir de poche dans le cœur des Français, selon l’institut Elabe. Les LR sont portés disparus. Ces trois-là ont beaucoup en commun, notamment leur ralliement à Emmanuel Macron dès 2017. Ce qui les différencie ? Deux ont un parti, pas le troisième. Aussi se fait-il l’apôtre d’une primaire pour gagner en poids politique. Gérald Darmanin prétend ne pas avoir d’ego, n’être qu’au service de la France et redoute un second tour RN-Mélenchon. La droite a son épouvantail pour rappeler tout le monde à la raison et au bercail. Gérald Darmanin ne fait que reprendre la prophétie de Michel Barnier : la droite doit s’unir ou elle perdra la présidentielle.

