26.10.2026 à 13:04
Brésil : le rouleau compresseur de l’extrême droite peut caler
Texte intégral (853 mots)
Contre toute attente, Lula l’emporte sur Bolsonaro. Comment cette formidable victoire a-t-elle été possible ?
Purée, que c’est heureux ! Et que c’est un soulagement. Dimanche, au Brésil, Lula a battu Flávio Bolsonaro avec une avance que personne ne prédisait. Il y a trois semaines, le président sortant avait terminé derrière son adversaire d’extrême droite au premier tour. Le fils-à-papa facho avait bénéficié du ralliement de tous les autres candidats de droite. Et voilà l’ancien métallurgiste réélu avec 51,79% des voix, plus de 4 millions de suffrages d’avance. Lula a engrangé plus de 10 millions de voix supplémentaires entre les deux tours. Une victoire nette qui rompt avec le scénario que beaucoup pensaient inéluctable, celui d’une extrême droite mondiale avançant partout, élections après élections, sans que rien ne semble pouvoir l’arrêter. Pourtant, en Serbie, le mouvement étudiant vient, ce week-end, de défaire le pouvoir d’extrême droite aux législatives. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 3 novembre diront si Donald Trump peut conserver les deux chambres : ça semble mal parti pour lui. Et donc, hier, les Brésiliens ont mis un coup d’arrêt à la poussée des forces de haine.
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Pour le moment, reste à comprendre ce qui s’est passé au Brésil. Comment Lula a-t-il réussi à inverser une élection que Bolsonaro devait remporter ? Le premier élément est assurément un surcroît de mobilisation exceptionnel depuis trois semaines. Les jeunes et les abstentionnistes du premier tour ont été sollicités un à un. Les réseaux sociaux, délaissés par le vieux Lula, ont été activés par la jeunesse militante. C’est aussi une véritable noria de chauffeurs qui, défiant le coup de force, s’est mise en branle pour se substituer aux bus à l’arrêt alors qu’ils devaient acheminer les électeurs vers les bureaux de vote.
Cette mobilisation a été préparée par l’engagement de tout le mandat de Lula contre l’extrême droite. En 2022, Lula avait su rassembler très largement pour parvenir à battre Bolsonaro père. Durant son mandat, il a su composer avec cette coalition hétéroclite mais conforme à la réalité politique du Brésil. On était loin d’un gouvernement 100% issu du Parti des Travailleurs (PT). Au contraire, l’arc allait de la gauche à la droite démocratique. Assurément, cela a posé des difficultés dans la mise en œuvre de nombreuses réformes. Mais c’est bien cette politique de rassemblement sur la durée qui a permis les victoires, il y a quatre ans et aujourd’hui.
Lula a su composer avec cette coalition hétéroclite mais conforme à la réalité politique du Brésil. On était loin d’un gouvernement 100% issu du Parti des Travailleurs. Au contraire, l’arc allait de la gauche à la droite démocratique.
Le plus dur va commencer. La politique du dernier mandat a sorti des millions de gens de la misère mais elle n’a pas résolu les questions des inégalités faramineuses et de l’insécurité endémique. Lula ne peut plus faire l’impasse. Il devra aussi résister aux pressions dominatrices de Donald Trump qui veut contraindre le Brésil à s’abaisser au statut d’arrière-cour de Washington. Lula a su activer la fibre nationale qui fonctionne encore en Amérique du Sud… Il faudra la conforter en véritable autonomie stratégique et économique.
La tâche sera ardue car le Congrès est désormais dominé par des forces conservatrices et le puissant Centrão, cette coalition de partis centristes capables de soutenir le gouvernement sur certains textes et de le combattre sur d’autres. Lula n’aura pas les coudées franches. Il aura du mal à faire tout son programme, rien que son programme. Il devra négocier, composer, affronter une opposition déterminée.
La gauche brésilienne a donc gagné une bataille décisive parce qu’elle a su construire un rapport de forces large qui barre la route aux fascistes. Mais pour Lula, l’essentiel reste à faire : répondre aux attentes des Brésiliens.
26.10.2026 à 13:02
FOLIE DU JOUR
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Trappes : le terrorisme, la schizophrénie et nous
Vendredi dernier, Kévin T. assassine Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et blesse grièvement cinq autres personnes, dont une fille de 12 ans, toujours en réanimation. Il revendique le caractère raciste de ses actes. Depuis, la garde à vue du terroriste a été levée et Kévin T. a été placé en observation à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture. Il serait schizophrène. L’avocat de la victime, Yassine Bouzrou, « constate une récurrence préoccupante : lorsque l’attentat émane de l’extrême droite, la question psychiatrique s’impose très vite ». La maladie qui touche Kévin T. est peut-être une circonstance atténuante pour lui, en aucun cas elle ne l’est pour nous. La société française ne saurait se cacher derrière son petit doigt : la xénophobie distillée à longueur d’émissions construit les délires d’aujourd’hui. Mieux qu’un arsenal antiterroriste impotent, la France devrait lutter contre le racisme et la maladie mentale – une autre « grande cause nationale » d’Emmanuel Macron.
23.10.2026 à 14:01
« Les mouvements sociaux actuels s’adressent davantage à l’État qu’aux patrons »
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Nicolas Duvoux, sociologue, professeur à Paris-8, auteur de Des vies volées aux PUF, est l’invité de #LaMidinale.
