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27.08.2026 à 15:43

Droit de vote des étrangers : pourquoi les socialistes n’ont-ils jamais tenu leur promesse ?

Pierre-Nicolas Baudot, Maître de conférences, Université de Rouen Normandie
En 1972, le Parti socialiste promet le « droit de vote aux étrangers aux élections locales ». Il y renoncera en 1990. Dès la fin des années 1980, la pression exercée par la droite et l’extrême droite sur le thème de l’immigration place les socialistes en position défensive.
Texte intégral (1848 mots)

L’ESSENTIEL

  • En 1972, le Parti socialiste promet le « droit de vote aux étrangers aux élections locales ». Il y renoncera en 1990.

  • Depuis, cette mesure est régulièrement annoncée, mais jamais mise en œuvre. Comment expliquer le destin de ce projet avorté ?

  • À partir de la fin des années 1980, la pression exercée par la droite et l’extrême droite sur le thème de l’immigration place les socialistes en position défensive.


En 1972, Changer la vie – le programme de gouvernement du Parti socialiste (PS) – promet le « droit de vote aux étrangers aux élections locales ». En 1981, il constitue la 80ᵉ des 110 propositions du candidat François Mitterrand. Sept ans plus tard, ce dernier estime que « l’état des mœurs » ne le permet pas, avant que le PS entérine finalement son renoncement en 1990.

Rituellement annoncée depuis, mais systématiquement ajournée, cette mesure demeure irrémédiablement associée dans le commentaire politique à un « serpent de mer », une « Arlésienne » ou « un rendez-vous manqué ».

À travers sa trajectoire au sein du PS, elle apparaît comme un révélateur de la fabrique et du destin des promesses en politique.

Un « produit d’appel » ?

Si la présence du droit de vote des étrangers dans le programme de François Mitterrand est souvent évoquée, le processus qui l’y conduit dans les années 1970 est moins connu. Sa présence résulte d’une trajectoire heurtée, qui traduit la position complexe du PS entre les milieux syndicaux et associatifs et la compétition politique, entre la « deuxième gauche » et le partenaire communiste.

Le droit de vote des étrangers aux élections locales est porté, dans les années 1970, par le mouvement associatif. Il est directement lié à la sédentarisation de l’immigration, mais également à une approche culturelle des immigrés qui encourage des revendications ne se limitant pas au monde du travail. Outre les mobilisations d’immigrés en faveur de « l’égalité des droits », cette proposition est défendue par des associations, comme la Fédération des associations de soutiens aux travailleurs immigrés (Fasti) ou la Ligue des droits de l’homme (LDH), et des acteurs syndicaux comme certaines franges de la CFDT. Ensemble, ils constituent une galaxie engagée dans le « militantisme de solidarité » avec les immigrés.

À la même période, le PS est marqué par une dynamique de centralisation et d’expertisation qui le conduit à multiplier ses domaines d’intervention pour capter de nouveaux espaces sociaux et politiques. L’activisme d’une partie du mouvement social auprès des immigrés fait ainsi du droit de vote aux étrangers une opportunité politique pour un parti en quête de nouveaux relais électoraux. Cependant, le PS est à la même période engagé dans une union avec le Parti communiste français (PCF). Or, celui-ci entretient dans les années 1970 un rapport avec les immigrés que Johanna Siméant a pu qualifier de « problématique ». Le parti peine à les mobiliser, tandis que la gestion de leur logement entraîne des tensions dans les municipalités communistes. Dans les organisations communistes, les immigrés sont souvent invités « soit à lutter dans [leur pays d’origine], soit à se diluer dans la classe ouvrière française », selon Olivier Milza.

Dès lors, le rapport du PS au droit de vote des étrangers fluctue en fonction de son entente avec le PCF. S’il le défend en 1972, le PCF s’en tient au même moment à « des droits d’expression et d’organisation ». Le Programme commun de gouvernement, qui scelle l’union du PS, du PCF et des radicaux la même année, se limite alors à « la consultation régulière des associations représentatives de toutes les catégories d’habitants et d’usagers, y compris les étrangers dans des conditions à définir ». Tant que dure l’union, jusqu’en septembre 1977, le PS calque son discours sur cette formulation et cesse ses références au droit de vote.

Il faut attendre la rupture de l’union de la gauche pour que le droit de vote, comme le droit d’association, réapparaissent dans le discours socialiste. Ils sont tous deux défendus dans la proposition de loi déposée par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale en 1978 (article 3 et article 6) et portés à la tribune du congrès de Metz en 1979. Alors que le PS s’engage dans une stratégie de distinction avec le PCF, le droit de vote contribue à signaler l’originalité socialiste, singulièrement auprès des classes moyennes salariées et des milieux de solidarité.

La présence de la promesse du droit de vote des étrangers aux élections locales dans le programme socialiste de 1981 dépend donc en particulier de l’adresse qu’elle permet aux milieux de soutien aux travailleurs immigrés et à une partie de la « deuxième gauche ». Elle relève d’un contexte politique précis, déterminé par la position du PS dans l’opposition et le rapprochement sensible des perspectives d’alternance.

La crainte d’une instrumentalisation

L’arrivée au pouvoir des socialistes, le 10 mai 1981, s’accompagne de mesures symboliquement fortes, comme la régularisation de quelque 130 000 travailleurs immigrés. Cependant, le droit de vote des étrangers n’est pas mis en œuvre. Cette nouvelle décennie voit même une montée des tensions politiques autour de l’immigration, qui a pour conséquence d’éloigner un peu plus les perspectives d’application de cette promesse.

La sédentarisation de l’immigration, l’apparition d’une « seconde génération » et la croissance de discours qui y sont hostiles ont pour conséquence de multiplier des réflexions sur l’unité culturelle du pays – y compris en lien avec l’évolution du paysage religieux. Les effets de ce contexte sur la valeur politique de l’immigration prennent un tour particulier à partir des élections municipales de 1983 et européennes de 1984. Celles-ci marquent l’émergence politique du Front national, notamment sur des thématiques d’immigration et d’insécurité. En miroir, la multiplication de mobilisations antiracistes contribue également à accroître la visibilité des immigrés et à encourager la polarisation des débats à leur sujet.

Ce contexte incite une partie du PS à promouvoir l’antiracisme, mais il conduit également certains élus à souligner la sensibilité de leurs électeurs aux arguments de l’extrême droite et l’inanité des discours moraux pour les contrer. Si elle continue d’être promue dans le secteur associatif, la promesse du droit de vote des étrangers se trouve prise au PS dans des désaccords stratégiques internes quant à la gestion de la « question des immigrés » et à son instrumentalisation par la droite et l’extrême droite. À la fin des années 1980, la place de l’immigration dans le débat politique et la pression objective qu’exercent la droite et l’extrême droite alimentent le sentiment de vulnérabilité des socialistes sur ce thème. En 1989, la conquête d’une première mairie FN aux élections municipales (_ Saint-Gilles, dans le Gard, ndlr_) puis l’affaire de Creil (Oise) – première affaire du « voile » – ne font que renforcer cette situation.

Au printemps 1990, Michel Rocard, premier ministre, réunit l’ensemble des partis (hors FN) en amont du débat sur l’immigration à l’Assemblée nationale. Le Bureau national du PS observe alors que « [l’immigration n’est] pas un thème où nous pouvons positiver ». Il appelle, en réponse, à « ne pas parler que de cela [et à] trouver autour de l’action du gouvernement, de la campagne du parti de quoi décaler les axes ». Plus précisément sur le droit de vote, il estime qu’« on est en train de commettre une erreur. Ce sera l’élément qui pourra fédérer la droite et l’extrême droite. Un argument pour récupérer une partie de notre base sociale ».

Le cabinet de Pierre Mauroy, premier secrétaire du PS, constate également qu’il « paraît inopportun de créer un abcès de fixation sur une question importante mais non décisive ». La direction du parti annonce dans la foulée renoncer à cette promesse – suscitant toutefois des contestations en interne. La croissance électorale de l’extrême droite et la crainte du profit que la droite pourrait en tirer conduisent finalement les dirigeants socialistes à se déprendre d’une proposition progressivement perçue comme une opportunité offerte à ses adversaires.

En définitive, le droit de vote des étrangers paraît finalement pour ce qu’il n’a cessé d’être dans l’offre socialiste : un produit d’appel électoral.

Valorisé dans les années 1970 pour l’adresse qu’il permet aux milieux de solidarité et aux défenseurs du libéralisme culturel, il est démonétisé dans les années 1980 et 1990 lorsqu’il apparaît comme coûteux au sein des milieux populaires et bénéfiques pour les adversaires politiques.

La trajectoire du droit de vote des étrangers à gauche dépend donc des potentiels de mobilisation qui lui sont associés et de la valeur attribuée plus largement à l’immigration dans le débat public. Si ce changement de valeurs s’ancre dans la compétition politique, il tient également à la trajectoire du PS lui-même. Au cours de cette période, ses relations avec le monde associatif et syndical s’érodent. Dans le même temps, ses ressources institutionnelles progressent. Les intérêts électoraux s’en trouvent alors maximisés au sein du parti, autant que la place des professionnels de la politique.


Une version longue de article a été publiée dans la revue Parlements.

The Conversation

Pierre-Nicolas Baudot ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

27.08.2026 à 15:42

Pourra-t-on un jour refroidir nos maisons en envoyant leur chaleur dans le vide interstellaire ?

Virginie Ponsinet, Chercheuse CNRS sur des matériaux innovants pour le refroidissement radiatif, Université de Bordeaux
Camille Courtine, Enseignante-Chercheuse en Physique, ECE Paris
Zoé Lecomte, Doctorante en chimie, Université de Bordeaux
Refroidir un bâtiment de quelques degrés suffirait parfois à rétablir un certain confort intérieur tout en limitant l’usage polluant de la climatisation. Une piste envisagée est celle du « refroidissement radiatif », un processus passif et spontané.
Texte intégral (2234 mots)

L’ESSENTIEL

  • Avec les canicules à répétition, la question du refroidissement des bâtiments se pose, en particulier en évitant les méthodes qui aggravent l’effet de serre, le changement climatique et, donc, les pics de chaleur.

  • Le « refroidissement radiatif » est une piste : il s’agit d’exploiter le rayonnement thermique que tout objet envoie vers l’extérieur. Dans le cas des bâtiments, il faudrait optimiser ce rayonnement pour qu’il soit plus intense et dirigé vers le ciel.

  • Ce phénomène ne résoudra pas tous les problèmes d’un coup, mais il est passif (il n’utilise pas d’électricité) et est assez efficace pour provoquer parfois l’apparition de givre alors qu’il n’a pas gelé la nuit précédente !


Douches à répétition, bouteilles glacées devant les ventilateurs, blanc de Meudon sur les fenêtres, nous cherchons tous des moyens pour nous rafraîchir lors des canicules. Il a fait très chaud cet été, et ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Les vagues de chaleur nous forcent à nous interroger, individuellement et collectivement : comment adapter nos conditions de vie à ces hausses de températures sans augmenter notre impact carbone ? Alors qu’il apparaît que refroidir les bâtiments est indispensable à la santé des êtres qui y vivent, le moyen d’y parvenir n’est pas évident. En particulier, la climatisation, très efficace pour refroidir, pose de nombreux problèmes environnementaux (consommation électrique, îlots de chaleur, gaz réfrigérants au potentiel de réchauffement très élevé en cas de fuite…). À tel point que l’Agence internationale de l’énergie estime que les climatiseurs traditionnels représenteront 18 % de l’augmentation mondiale des émissions de gaz à effet de serre entre 2016 et 2050.

Il est donc urgent de développer des technologies permettant de diminuer notre usage de la climatisation classique. L’une d’elles pourrait être le refroidissement radiatif.


À lire aussi : Quelles sont les limites de la clim ?


Les maisons blanches autour de la Méditerranée, ou comment être moins réchauffé par le soleil

On a tous en tête les images des villages blancs de Grèce. Dans ces régions très ensoleillées, les toits sont peints en blanc pour réfléchir la lumière du soleil. La peinture blanche réfléchit environ 90 % de la lumière du soleil au lieu de l’absorber et de s’échauffer, comme le ferait un toit plus sombre.

Pour maximiser la réflexion des rayons du soleil, le plus efficace serait d’utiliser des miroirs, mais cela créerait un risque d’éblouissement par la réflexion directe du soleil.

La peinture blanche, au contraire, réfléchit de façon diffuse : bien que venant d’une direction unique, les rayons du soleil sont réfléchis dans toutes les directions. On dit que le toit blanc est « rétro-diffusant ».

Utiliser des toits rétrodiffusants peut réduire la température intérieure de 1 à 4 °C. Cette stratégie permet également de diminuer la température à l’extérieur des bâtiments, jusqu’à 2 °C, ce qui peut permettre de contrer l’effet des îlots de chaleur dans les villes.

Refroidir en envoyant la chaleur vers l’espace

Le refroidissement radiatif est un phénomène différent de la rétrodiffusion. Avez-vous déjà remarqué la présence de givre blanc sur un pare-brise ou sur l’herbe d’un jardin au petit matin alors qu’il n’a pas gelé pendant la nuit ? Cela est dû au « refroidissement radiatif ».

Cet effet est lié au fait que tous les corps ou objets émettent spontanément et continûment un rayonnement électromagnétique dû à l’agitation permanente des atomes qui les constituent (le « rayonnement thermique »). Les longueurs d’onde du rayonnement thermique dépendent de la température de l’objet qui l’émet. Pour certaines températures, il est visible par l’œil humain. Par exemple, autour de 1 000 °C, cette radiation est jaune, rouge et infrarouge et correspond à l’incandescence du fer chauffé au rouge ou de la lave d’un volcan. La surface du soleil, à 6 000 °C, émet entre 0,25 et 2,5 micromètres : des ultraviolets, des couleurs visibles (que nous percevons) et du proche infrarouge.

Au contraire, les objets à température terrestre émettent des infrarouges invisibles pour l’œil humain (entre 8 et 14 micromètres) : si nous pouvions voir ces longueurs d’onde, tous les êtres et objets qui nous entourent seraient lumineux ! Sauf le ciel qui paraîtrait entièrement noir : en effet, d’une part, l’atmosphère terrestre absorbe et émet très peu aux longueurs d’onde comprises entre 8 et 14 micromètres, c’est une « fenêtre de transparence » de l’atmosphère terrestre. D’autre part, l’espace intersidéral est à -270 °C, proche du zéro absolu, et n’émet quasiment pas de rayonnement thermique : il constitue un puits d’énergie. Ainsi, lorsqu’un objet est placé sous le ciel, il envoie vers l’espace un rayonnement – donc de l’énergie – ce qui refroidit légèrement l’objet.

Principe du refroidissement radiatif d'un bâtiment. Zoé Lecomte, Fourni par l'auteur

Ce refroidissement est particulièrement intéressant car il est spontané et ne demande pas d’électricité pour fonctionner. Mais il n’est que de faible intensité et, en général, très largement compensé par l’énergie reçue du soleil. Si on fait un bilan d’énergie simplifié sur une surface d’un mètre carré en plein soleil, on peut dire qu’elle reçoit entre 200 et 1 000 watts d’énergie solaire (selon la météo) alors qu’elle n’émet qu’entre 20 et 100 watts par rayonnement thermique, en fonction de la nature chimique de la surface, de sa topographie, de sa température, etc. On voit que, pour que le bilan corresponde à un refroidissement effectif, la surface doit réfléchir la quasi-totalité de ce qu’elle reçoit du soleil.

Utiliser le refroidissement radiatif pour les bâtiments

Afin de réduire notablement nos besoins en climatisation, on peut envisager de placer sur nos toits des matériaux qui émettent beaucoup entre 8 et 14 micromètres et rétrodiffusent tout ce qui vient du soleil. Les efforts de recherche les plus récents se concentrent sur l’optimisation des matériaux pour augmenter le refroidissement accessible.

Le premier groupe à avoir réussi l’exploit de concevoir un matériau capable de se refroidir sous la température ambiante malgré une exposition au soleil a été le groupe du professeur Shanhui Fan à Stanford (Californie) en 2014. Ces scientifiques ont développé un matériau à base de couches alternées de dioxyde de silice et de dioxyde d’hafnium, capable d’émettre 40 watts par mètre carré et de se refroidir jusqu’à 4,9 °C sous la température ambiante.

Heureusement, des matériaux plus communs peuvent également être efficaces, comme un film de silicone contenant des microbilles de verre, capable de dissiper 93 watts par mètre carré, même en plein soleil. Ce matériau a même été produit à une échelle de plusieurs mètres carrés, pour démontrer la capacité à le manufacturer.

Récemment, des entreprises ont émergé de ces innovations technologiques. En particulier, des revêtements pour toits ont été proposés à base de peinture blanche additionnée de grains de sable ou de coquillages broyés, dont la nature chimique est favorable à un fort rayonnement thermique, afin d’en réduire la température.

Dépasser les limites du refroidissement radiatif

Cependant, les peintures de toit permettant un refroidissement radiatif ont plusieurs limites, qui rendent difficile un développement commercial à grande échelle.

Un inconvénient majeur, dans les climats tempérés, est que le refroidissement existe également l’hiver et risque d’augmenter les besoins en chauffage. De plus, ce type de toits se salit vite et demande un entretien qui n’est pas toujours aisé. Enfin, un inconvénient, plutôt commercial celui-ci, est qu’il est difficile d’anticiper la performance du dispositif, car elle dépend de la configuration du bâtiment, et en particulier l’exposition du toit, mais aussi la façon dont le froid du toit va se propager vers l’habitation.

Une solution intéressante est de concevoir un « panneau refroidisseur » à poser sur le toit, qui rayonne de l’énergie vers le ciel et refroidit un fluide caloporteur transportant ce froid dans le bâtiment. La circulation du fluide refroidit l’intérieur de façon contrôlée et peut être interrompue lorsqu’il n’y a pas besoin de refroidir, notamment l’hiver. Actuellement sujet de recherches et de développement, ce type de panneaux présente encore deux défis principaux.

Le premier, intrinsèque au phénomène, est qu’il est moins efficace si les concentrations atmosphériques en humidité, en CO₂ ou en polluants augmentent. En effet, ces composés absorbent une partie des infrarouges entre 8 et 14 micromètres et les renvoient vers la Terre. L’impact des pollutions atmosphériques reste à étudier. Ceci restreindra peut-être cet usage aux régions arides et semi-arides et non polluées.

Le second est un défi à relever pour les scientifiques : il faut optimiser la nature, la topographie et la structure interne de la surface supérieure du panneau pour maximiser son rayonnement thermique, et ceci avec des matériaux bon marché et non toxiques.

Aujourd’hui, le refroidissement radiatif garde une amplitude modeste, et ne peut pas entièrement remplacer la climatisation, et surtout pas partout. Cependant, dans beaucoup de situations, refroidir de quelques degrés suffit à rétablir un confort intérieur.

L’association de « panneaux refroidisseurs » et d’une circulation fluide pourrait constituer un dispositif vertueux, silencieux et presque passif, puisque seule la circulation demande de l’énergie, contrairement à la climatisation. Des efforts sont désormais nécessaires pour convaincre usagers et professionnels du bâtiment que cette technologie passive peut être développée et déployée pour éviter de recourir exclusivement à la climatisation.

The Conversation

Virginie Ponsinet a reçu des financements de l'Université de Bordeaux.

Zoé LECOMTE a reçu des financements de l'Université de Bordeaux.

Camille Courtine ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

27.08.2026 à 15:41

France, première destination touristique mondiale : des retombées inégalement réparties dans la restauration

Nathalie Louisgrand, Enseignante-chercheuse, GEM
La France est une des destinations touristiques phares. Quelles retombées pour le secteur de la restauration ? Quel type de restaurants en bénéficie ? Dans quels lieux ? Quels sont les défis à relever par le secteur ?
Texte intégral (1358 mots)

L’ESSENTIEL

  • En 2025, plus de 100 millions de touristes ont été accueillis en France.

  • Les répercussions économiques sur le secteur de la restauration sont importantes, mais tous les types de restaurants n’en profitent pas de la même façon.

  • Cette mondialisation de la clientèle a bouleversé l’économie de la recommandation notamment. Il n’est désormais plus possible d’ignorer le numérique.


Avec 102 millions de visiteurs internationaux accueillis en 2025, la France confirme sa position de première destination touristique mondiale. Le secteur génère 77,5 milliards d’euros de recettes internationales, soit une augmentation de 9 % par rapport à 2024, ce qui représente un record historique.

Dans cette dynamique, la restauration occupe une place centrale. En 2023, selon le compte satellite du tourisme (CST) de l’Insee, les sommes consacrées aux « restaurants et cafés » ont atteint 20,6 milliards d’euros, ce qui place ce poste de consommation au troisième rang après l’hébergement et les transports et souligne son importance économique.

Ces données témoignent du rôle majeur de la restauration en France. Toutefois, les retombées économiques associées à cette consommation demeurent très inégalement réparties. Elles varient fortement selon les territoires, les emplacements et les types d’établissements, ce qui crée d’importants écarts entre les acteurs du secteur.


À lire aussi : Pour les salariés de la restauration, la haute saison touristique s’annonce à nouveau délicate


De l’importance d’être au bon endroit

Les restaurants qui tirent le plus profit du tourisme sont ceux situés dans les destinations les plus fréquentées comme Paris, de la Côte d’Azur, du littoral atlantique, des grandes stations alpines et des principales villes patrimoniales.

Grâce à l’afflux de visiteurs, les établissements de restauration implantés dans ces zones profitent d’un volume de clientèle plus soutenu, ce qui favorise la croissance de leur activité. La présence de consommateurs français et internationaux contribue également à diversifier la demande et à réduire la dépendance envers le marché local.

Si la France est réputée être mondialement reconnue pour sa gastronomie, les établissements étoilés ne représentent qu’une part limitée de l’offre de restauration. En 2025, le guide Michelin recensait 654 restaurants étoilés, tandis que l’Insee dénombrait plus de 171 000 entreprises dans ce domaine.

Des touristes qui cherchent leurs repères

De nombreux visiteurs privilégient aujourd’hui les enseignes connues et les chaînes de restauration rapide, telles que McDonald’s ou Burger King, car elles offrent des repères familiers en matière de menus, de qualité perçue, de prix, de langue et de façon de commander. Par ailleurs, les voyageurs recherchent de plus en plus des solutions simples, accessibles et faciles à organiser.

Portées par un modèle standardisé, des marques fortes et le développement de la franchise, les chaînes de restauration continuent ainsi de gagner des parts de marché. Selon les données de la Fédération française de la franchise, près d’un restaurant sur trois appartient à une chaîne de restauration.

Un casse-tête financier pour la restauration traditionnelle

Les restaurants indépendants sont particulièrement exposés à la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et de la main-d’œuvre. Faute de pouvoir répercuter intégralement ces augmentations sur leurs prix, beaucoup voient leurs marges se réduire.

De plus, l’attractivité touristique contribue à renforcer la valeur des emplacements commerciaux situés dans les zones les plus fréquentées. Cette dynamique se traduit souvent par une augmentation des loyers, ce qui tend à transférer une partie des bénéfices vers les détenteurs de foncier commercial plutôt que vers les exploitants.

L’atout « local »

Enfin, de nombreux établissements demeurent fortement dépendants de la saison touristique, car une part importante de leur activité est concentrée sur quelques mois de l’année. Cette dépendance les expose davantage aux fluctuations de la fréquentation, et aléas économiques, climatiques ou sanitaires susceptibles d’affecter le nombre de visiteurs.

Pour faire face à ces contraintes, de nombreux restaurateurs indépendants misent sur leur ancrage territorial. Produits du terroir, recettes régionales et savoir-faire locaux constituent autant de leviers de différenciation en réponse à la recherche d’authenticité des visiteurs. Cette stratégie est en phase avec l’évolution des comportements touristiques pour lesquels les expériences locales et immersives jouent désormais un rôle déterminant dans les choix de voyage et de consommation.

La réputation numérique : un atout stratégique

La capacité à attirer les touristes dépend de plus en plus de la visibilité en ligne. Avant de choisir un restaurant, les voyageurs consultent massivement les plateformes de réservation, les moteurs de recherche et les avis des consommateurs. La réputation numérique est ainsi devenue un facteur déterminant de fréquentation et de performance économique.

France 3 Provence-Alpes-Côte-d’Azur, 2026.

Dans cette concurrence, les établissements les mieux référencés bénéficient d’un avantage important. Les grandes chaînes disposent généralement de moyens marketing plus développés et d’une présence numérique plus forte que les restaurants indépendants, ce qui leur permet de toucher plus facilement la clientèle touristique.

Les avis en ligne, les recommandations et les distinctions des guides gastronomiques contribuent fortement à la visibilité des restaurants et influencent le choix des visiteurs. Les établissements qui bénéficient d’une bonne réputation et d’une forte présence numérique disposent ainsi d’un avantage concurrentiel susceptible de renforcer leur fréquentation.

Cependant, cette évolution contribue à accentuer les écarts entre les restaurateurs indépendants. Ceux qui parviennent à valoriser leur image attirent davantage de clientèle tandis que les autres profitent plus difficilement de la croissance touristique.

Le tourisme apparaît ainsi moins comme un facteur de croissance partagé que comme un révélateur des inégalités économiques qui traversent le secteur de la restauration.

The Conversation

Nathalie Louisgrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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