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06.04.2026 à 11:09

Au-delà du pétrole, les usines de dessalement deviennent l’infrastructure la plus critique du Golfe

Sanam Mahoozi, Research Associate, City St George's, University of London
Le dessalement a permis aux villes du Golfe de prospérer malgré la pénurie d’eau. Mais la concentration de ces installations essentielles pourrait devenir l’un des points faibles majeurs de la région.
Texte intégral (2157 mots)
Environ 70 % de l’eau potable en Arabie saoudite provient d’usines de dessalement. Au Koweït et à Oman, cette proportion atteint 90 %. Stanislav71/Shutterstock

Alors que les tensions militaires s’intensifient au Moyen-Orient, les usines de dessalement apparaissent comme des infrastructures critiques. Leur vulnérabilité pourrait rapidement transformer un conflit régional en crise humanitaire.


Depuis des décennies, le Golfe est indissociable du pétrole. Pétroliers, oléoducs et raffineries ont longtemps été considérés comme les infrastructures les plus stratégiques — mais aussi les plus vulnérables — de la région. Ces derniers jours, des frappes américano-israéliennes ont d'ailleurs visé des dépôts pétroliers à Téhéran. Dans leur sillage, des habitants ont évoqué une pluie noire tombant pendant des heures, que certains médias ont décrite comme de la pluie acide.

Mais ce sont désormais les réseaux et les infrastructures qui assurent l’accès à l’eau — ainsi que les usines de dessalement — qui soutiennent la vie quotidienne. Lorsque l’approvisionnement en pétrole se resserre et que les prix flambent, les « chocs pétroliers » fragilisent les économies. Mais une crise de l’eau peut, elle, déstabiliser des sociétés entières.

Dans toute la péninsule Arabique, le dessalement de l’eau de mer — qui consiste à obtenir de l'eau potable à partir de l’eau salée — a transformé ces paysages parmi les plus arides de la planète en sociétés urbaines prospères. Des villes comme Dubaï, Doha, Koweït City ou Abou Dhabi dépendent très largement des usines de dessalement.

Ainsi, 70 % de l’eau potable de l’Arabie saoudite provient de ces installations. Au Koweït et à Oman, cette part peut atteindre 90 %. Sans ces usines de dessalement, une grande partie des systèmes urbains modernes de la région aurait du mal à exister.

Pourtant, cet exploit technologique a discrètement créé une nouvelle forme de vulnérabilité stratégique. La sécurité hydrique du Golfe dépend en effet d’un nombre relativement limité d’immenses usines côtières de dessalement — de vastes complexes industriels qui servent de véritables bouées de sauvetage pour des villes entières.

Le conflit militaire en cours commence à en révéler les fragilités. Des frappes de missiles et des interceptions de drones ont eu lieu à proximité de grandes installations de dessalement ainsi que de complexes combinant production d’eau et d’électricité dans le Golfe. L’Iran comme les États-Unis ont été accusés d’avoir ciblé ces infrastructures. Même lorsque les dégâts restent limités, ces attaques soulignent à quel point ces installations sont exposées dans un contexte de guerre moderne.

Contrairement aux oléoducs ou aux terminaux de stockage du pétrole, les usines de dessalement ne peuvent pas être facilement contournées ni remplacées. Ce sont des installations fixes et extrêmement complexes, qui nécessitent d’importants apports d’énergie, des membranes spécialisées ou des systèmes thermiques, ainsi que des processus continus de traitement chimique et mécanique. Réparer des dommages importants sur une grande installation pourrait prendre des mois, voire davantage.

Les conséquences d’une interruption de fonctionnement seraient immédiates. La plupart des villes de la région disposent de capacités de stockage d’eau limitées. Si une grande usine de dessalement cessait de fonctionner, les gouvernements pourraient être confrontés à la perspective d’un rationnement d’urgence de l’eau pour des millions d’habitants en quelques jours seulement. Les hôpitaux, les systèmes d’assainissement, la production alimentaire et l’industrie seraient tous touchés simultanément.

Dépendance au dessalement

Ce risque est amplifié par la rareté structurelle de l’eau dans la région. Le Moyen-Orient compte parmi les régions les plus touchées par le stress hydrique au monde. Les précipitations y sont faibles et très irrégulières, tandis que la hausse des températures accroît l’évaporation et la demande en eau. Les nappes phréatiques ont été fortement surexploitées dans une grande partie de la région.

En Iran, la baisse du débit des fleuves, les sécheresses prolongées et la surexploitation des eaux souterraines ont déjà laissé certains barrages à sec. Des pressions similaires existent dans d’autres pays où les ressources renouvelables en eau douce sont extrêmement limitées. Le dessalement est ainsi passé d’une technologie complémentaire à la colonne vertébrale des systèmes urbains d’approvisionnement en eau. Cette évolution a fait émerger ce que l’on pourrait appeler une « dépendance au dessalement » : une situation dans laquelle des sociétés entières reposent sur un petit nombre d’installations centralisées pour assurer leur approvisionnement en eau.

L’ampleur de cette dépendance est frappante. Environ 100 millions de personnes dans la région au sens large dépendent directement de l’eau dessalée. La péninsule Arabique à elle seule représente une part importante de la capacité mondiale de dessalement, et dix des plus grandes usines du monde se concentrent le long des rives du Golfe et de la mer Rouge. À mesure que la pénurie d’eau s’intensifie dans la région, cette dépendance devrait encore s’accentuer. Mais une dépendance accrue signifie aussi une exposition plus grande aux risques.

Des usines de dessalement d’eau visées par des attaques.

Les infrastructures hydrauliques ont historiquement été vulnérables en temps de guerre. De l’Irak à la Syrie en passant par le Yémen, des usines de traitement de l’eau, des stations de pompage et des réservoirs ont été endommagés ou pris pour cible lors de conflits antérieurs. Le droit international humanitaire reconnaît d'ailleurs ce danger. L’article 54(2) du protocole additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949, relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux (protocole I), dispose que :

Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des biens indispensables à la survie de la population civile, tels que les denrées alimentaires, les zones agricoles destinées à la production de denrées alimentaires, les cultures, le bétail, les installations et réserves d’eau potable ainsi que les ouvrages d’irrigation, dans le but spécifique d’en priver la population civile ou la partie adverse pour leur valeur de subsistance, quel qu’en soit le motif, que ce soit pour affamer les civils, les contraindre à se déplacer ou pour toute autre raison.

Ces protections s’appliquent aussi bien aux conflits armés internationaux qu’aux conflits armés non internationaux.

Des risques majeurs

Les conséquences humanitaires de la mise hors service de ces immenses usines de dessalement seraient considérables. Contrairement aux infrastructures pétrolières, qui peuvent parfois être contournées grâce aux marchés mondiaux ou à des réserves d’urgence, les systèmes d’approvisionnement urbains en eau sont fortement localisés. Si une usine de dessalement alimentant une grande métropole était touchée et endommagée lors d’une attaque, il existerait très peu d’alternatives immédiates. Des importations d’eau par navires-citernes ou des unités de dessalement d’urgence pourraient apporter un soulagement temporaire, mais elles ne pourraient pas remplacer la production quotidienne d’une grande installation.

Les effets en cascade iraient bien au-delà de l’eau potable. Les systèmes d’assainissement commenceraient à défaillir, les risques sanitaires augmenteraient et l’activité économique pourrait ralentir fortement. Le tourisme, l’industrie et les services — des piliers des économies des États du Golfe — dépendent d’un approvisionnement en eau stable.

Les conséquences géopolitiques seraient également majeures. Le Golfe apparaît de plus en plus comme un laboratoire pour comprendre les nouvelles formes de vulnérabilité des infrastructures à l’ère du stress climatique : la militarisation des systèmes de production d’eau. À mesure que le dessalement se développe dans le monde — de la Californie à l’Australie, en passant par l’Afrique du Nord et le sud de l’Europe — des fragilités comparables pourraient émerger ailleurs. Des mégapoles côtières confrontées à la sécheresse investissent déjà massivement dans de grandes installations de dessalement pour sécuriser leur approvisionnement futur en eau. La question de leur protection en temps de conflit dépasse donc largement le Moyen-Orient.

Protéger les usines de dessalement n’est plus seulement un enjeu régional. C’est un défi global : comment sécuriser les infrastructures technologiques dont dépend désormais la vie quotidienne des sociétés modernes dans un contexte de raréfaction de l’eau.

Plusieurs stratégies pourraient réduire ces risques. Développer le recyclage des eaux usées et restaurer les zones naturelles de stockage de l’eau permettrait de diversifier les ressources. Des systèmes de dessalement plus distribués — avec des installations plus petites réparties sur plusieurs sites — limiteraient la dépendance à quelques grandes usines. L’augmentation des capacités stratégiques de stockage d’eau offrirait également aux villes un tampon en cas d’interruption brutale.

Mais les solutions techniques ne suffiront pas à elles seules. Le véritable enjeu est de reconnaître ce que sont devenues les usines de dessalement : des infrastructures humanitaires critiques dont dépend l’approvisionnement en eau de populations entières.

Pendant une grande partie du XXe siècle, le pétrole a façonné les villes du Golfe. Au XXIe siècle, c’est l’eau dessalée qui les fait vivre.

The Conversation

Sanam Mahoozi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

06.04.2026 à 09:29

Politiques climatiques : comment convaincre les électeurs centristes et obtenir des majorités ?

Loïc Berger, Chercheur CNRS, LEM (UMR 9221), IÉSEG School of Management
Thomas Epper, Professeur, University of Zurich
Uyanga Turmunkh, Associate Professor in Economics, IÉSEG School of Management
Mesures climatiques : 33 % des électeurs européens n’y sont ni favorables ni opposés par principe. Leur soutien dépend de la manière dont les politiques sont conçues et peut faire basculer les majorités.
Texte intégral (2345 mots)
Une interdiction pure et simple des voitures à moteur thermique est rejetée par les électeurs pivots. En revanche, elle est plutôt soutenue si elle est associée à certaines conditions. Sur l’image, le périphérique parisien, le 25 janvier 2026. Yann Vernerie/Shutterstock

En Europe, les débats sur le climat opposent souvent deux camps. Pourtant, une vaste enquête menée dans 13 pays européens raconte une autre histoire. Entre soutien et rejet existe un groupe décisif : un tiers des électeurs, dont l’adhésion dépend surtout de la manière dont les politiques sont conçues.


Nous avons interrogé près de 19 000 adultes dans 13 pays de l’Union européenne (UE) sur 15 propositions de politiques climatiques. Nos résultats montrent que l’opinion publique n’est pas divisée en deux blocs figés « pour » et « contre ». Une part significative de la population se situe au centre, dans ce que nous appelons le « milieu conditionnel ». Ces électeurs ne sont ni apathiques ni désengagés. Leurs opinions évoluent en fonction de la conception des politiques, de leur équité perçue, de leurs coûts réels, et de leur degré d’intrusion dans leur quotidien. Comme ce groupe du « milieu conditionnel » représente 33 % des électeurs, et son soutien peut faire basculer une politique vers (ou hors de) l’obtention d’une majorité.

Trois leçons pour convaincre les électeurs pivots

Si l’objectif est de construire des majorités durables pour l’action climatique, la solution n’est pas d’éviter les politiques difficiles. C’est de bien les concevoir. Trois leçons pratiques se dégagent :

  • Mettre en avant les bénéfices individuels. Les électeurs réagissent fortement à la façon dont les politiques climatiques sont conçues et à la question de savoir qui paie et qui bénéficie (et si le soutien aux groupes vulnérables est crédible). Une mesure sera plébiscitée si elle est perçue comme avantageuse pour eux, et rejetée si elle menace leur pouvoir d’achat ou semble compliquer leur quotidien.

  • Concevoir les instruments politiques comme des leviers d’acceptabilité. Les taxes, interdictions, subventions ou exemptions ne sont pas de simples outils techniques : leur conception détermine si une politique sera perçue comme juste, flexible ou contraignante, et si elle obtiendra un soutien.

  • Ne pas confondre opposition bruyante et opinion publique. Une large part des Européens ne sont pas des opposants endurcis. Si les électeurs pivots sont souvent silencieux, ils peuvent faire basculer une majorité.

Ce qui influence le milieu conditionnel : les coûts, les contraintes, et l’instrument politique lui-même

Ce groupe agit avant tout selon une logique individuelle de coût-bénéfice. Nos résultats) le confirment : la conception des politiques et leurs impacts perçus (sur le pouvoir d’achat, le bien-être ou l’économie nationale) sont les principaux déterminants de leurs préférences, bien plus que leur pays d’origine, leurs attitudes ou leur profil sociodémographique. En d’autres termes : ils ne suivent pas une idéologie, mais leur portefeuille. Pour les rallier, il faut donc privilégier des mécanismes concrets perçus comme équitables, plutôt que des arguments moraux ou collectifs.

Prenons l’exemple des politiques automobiles : une interdiction pure et simple des nouvelles voitures à moteur thermique après 2035 rencontre une forte résistance parmi les électeurs pivots, avec seulement 15 % de soutien. Mais l’ajout d’une exemption pour les carburants synthétiques, une alternative perçue comme moins contraignante, fait bondir ce soutien à 42 %. Cet exemple révèle une logique clé : ce groupe réagit moins à l’objectif final d’une politique qu’à la manière dont elle s’applique concrètement à leur situation.

Certaines politiques sont systématiquement plus faisables que d’autres

Parmi les 15 propositions que nous avons étudiées), les niveaux de soutien varient considérablement. Les mesures imposant des coûts visibles et directs aux consommateurs (taxes ou interdictions de consommation) ont tendance à rencontrer des difficultés.

À l’inverse, les politiques présentées comme des investissements partagés, des subventions, ou des règles accompagnées de protections pour les ménages vulnérables obtiennent de meilleurs résultats.

Par exemple, la création d’un fonds ferroviaire européen, destiné à étendre le réseau ferroviaire et à réduire le coût des billets de train, recueille un large assentiment avec 77 % de soutien, perçue comme un investissement collectif porteur de bénéfices partagés. À l’inverse, l’idée d’une taxe sur la viande bovine, bien que visant à encourager des modes de consommation plus durables, ne convainc que 11 % des répondants, jugée trop onéreuse sur le plan individuel et difficilement acceptable dans le contexte économique actuel.

Ce graphique représente la proportion moyenne de répondants, tous pays confondus, qui soutiennent chacune des 15 politiques (en vert), ainsi que la proportion de répondants appartenant au groupe « Conditionnel » ayant répondu « neutre » à chaque politique
Ce graphique représente la proportion moyenne de répondants, tous pays confondus, qui soutiennent chacune des 15 politiques (en vert), ainsi que la proportion de répondants appartenant au groupe « conditionnel » ayant répondu « neutre » à chaque politique (en jaune). Climate Policy Feasibility across Europe Relies on the Conditional Middle, Fourni par l'auteur

Comment ce groupe peut faire basculer les majorités

Les personnes appartenant au groupe du « milieu conditionnel » représentent un poids électoral décisif : 71 % d’entre elles ont participé aux élections européennes de 2024, ce qui souligne leur engagement dans le processus démocratique. Leur influence s’étend particulièrement au sein des partis centristes, qui jouent un rôle clé dans la constitution des majorités politiques.

Si ces électeurs pivots, actuellement neutres, basculaient en faveur des politiques climatiques, le nombre de mesures soutenues par une majorité augmenterait substantiellement, passant de 4 à 10 sur 15. Ainsi, à la situation actuelle où une majorité de répondants soutient le fonds ferroviaire européen, l’interdiction des avions privés, les normes d’isolation obligatoire et la taxe sur les profits des entreprises de carburants fossiles, s’ajouterait un soutien à :

  • un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM),

  • l’interdiction des publicités pour les produits très polluants dans l’UE,

  • l’extension du système d’échange de quotas d’émission (EU ETS) aux transports, à l’agriculture et au chauffage,

  • l’interdiction des ventes de véhicules à moteur thermique avec exemptions pour les carburants synthétiques.

En Europe, cinq pays supplémentaires verraient alors une majorité de leurs citoyens soutenir au moins 7 des 15 politiques climatiques étudiées.

Carte
Climate Policy Feasibility across Europe Relies on the Conditional Middle, Fourni par l'auteur

Où doit aller l’argent du climat ?

Les électeurs pivots affichent des préférences nettes quant à l’utilisation des revenus climatiques (ceux issus du système d’échange de quotas d’émission de l’UE, par exemple). Ils privilégient avant tout les projets d’adaptation comme les investissements dans les technologies vertes ou les transports bas carbone, perçus comme des bénéfices concrets et collectifs. Le soutien aux ménages les plus vulnérables, sous forme de mesures de compensation, arrive en seconde position, car il atténue les inégalités et renforce la légitimité sociale de ces financements. En revanche, les aides aux travailleurs des secteurs fossiles menacés par la transition sont jugées bien moins prioritaires.

Pour maximiser l’adhésion du groupe du « milieu conditionnel », il est crucial que ces revenus soient affectés à des usages perçus comme légitimes et utiles à tous. La communication joue ici un rôle clé : elle sera plus efficace si elle est transparente, concrète et centrée sur les bénéfices individuels ou locaux (services publics, infrastructures). Par exemple, un message comme « votre contribution finance des digues pour protéger votre région des inondations » aura un impact bien supérieur à une formule générique telle que « votre taxe soutient la transition écologique ». Il s’agit de montrer comment la mesure améliore directement le quotidien, et non simplement d’en décrire la finalité environnementale ou sociale.

Alors que l’UE finalise de nouvelles mesures climatiques pour 2040, notre étude montre que la transition écologique n’est pas une question de conviction idéologique, mais de conception. En Europe, une majorité silencieuse est prête à agir, à condition qu’on lui propose les arguments auxquels elle sera sensible.

The Conversation

Loïc Berger a reçu des financements de l'Union Européenne sous le programme Horzon (projet CAPABLE, n° 101056891)

Thomas Epper a reçu des financements de l'Union Européenne sous le programme Horizon (projet CAPABLE, n° 101056891) et l'Agence nationale de la recherche (projet WIASSS, ANR-25-CE26-4698).

Uyanga Turmunkh a reçu des financements de de l'Union Européenne sous le programme Horizon (projet CAPABLE, n° 101056891) et l'Agence nationale de la recherche (projet ENDURA, ANR- 21-CE03-0018).

06.04.2026 à 09:28

From cowboy to crusader: how Trump distorts American mythology in the conflict with Iran

Jérôme Viala-Gaudefroy, Spécialiste de la politique américaine, Sciences Po
Donald Trump’s communication style, especially since the start of the US military campaign against Iran has revived several old myths that are engrained in the American psyche.
Texte intégral (2295 mots)

The United States’ Operation Epic Fury against Iran does more than mark a military escalation. It shows how Trump revives old national myths: the American frontier, the cowboy, regenerative violence, and Providence – while stripping them of their civic dimension and turning them into narratives of domination.

That is what distinguishes him from earlier presidents: he does not draw on these myths to celebrate collective effort or democratic purpose, but to stage domination, purification, and personal omnipotence.

A conflict fuelled by myths

Since the start of the war on Iran, Trump has sounded less like a President than a conqueror. He demands Tehran’s “unconditional surrender,” promises that “bombs will be dropping everywhere,” and evokes the selection of “great, acceptable leaders” for the postwar period.

This language is more than the language of military necessity: it reactivates an old grammar of American power in a brutally hardened form.

In Republics of Myth (2022), Hussein Banai, Malcolm Byrne and John Tirman argue that conflict with Iran is driven not only by strategic interests but also by two incompatible national narratives, each of which turns every new crisis into confirmation of older humiliations, fears, myths, and hostilities.

On the American side, that narrative remains deeply shaped by, the myth of the frontier: a space to tame, “savages” to defeat, and a mission to fulfil. Applied to the Middle East, that framework casts Iran as an external frontier to be subdued. Trump did not invent this narrative. He radicalised it.

The Frontier: from expansion to predation

In his inaugural address on January 20, 2025, Trump presented the frontier as one of the nation’s central founding myths. The United States, he said, must once again become “A growing nation – one that increases our wealth, expands our territory,” and pursues its “manifest destiny.” He added that “the spirit of the frontier is written into our hearts.” Here, the frontier is no longer a metaphor for collective progress. It becomes, once again, a language of power and appropriation.

Nor did this rhetoric remain abstract. In the first weeks of his second term, Trump repeatedly said that Canada should become the 51st state and declared of Greenland:

I think we’re going to get it one way or the other.”

This narrative is rooted in a Puritan imaginary of mission in the wilderness, of a “New Jerusalem,” and of the violent conquest of a territory populated by figures deemed as “barbaric savages.” Republics of Myth also shows how this grammar was projected from Latin America to the Middle East.

Trump is therefore not simply reusing an old American image; he is reactivating its most expansionist version. The same mechanism operates home. At the southern border, Trump speaks of “invasion,” “migrant occupation” and, again, “savages.” Abroad, he applies the same logic to Iran, describing it in apocalyptic terms as a force of “evil” that must be crushed and as an imminent existential danger. In both cases, the point is less to protect a border than to stage a reconquest through a moral narrative of good versus evil.

The cowboy becomes a cult of the leader

The second myth is that of the individualistic cowboy, as analysed by Historian Heather Cox Richardson: the ideal of the “real” American, typically white who acts alone, expects nothing from government, protects his own, and imposes his will by dominating others.

Richardson shows that this myth, reworked in the modern era by Barry Goldwater and later mainstreamed by Ronald Reagan, has become central to Republican political culture. Under Trump, it is taken to an extreme. One sentence, spoken when he announced the opening of strikes against Iran on February 28, captures the logic:

“No president was willing to do what I am willing to do tonight.”

The cowboy is no longer a figure of popular autonomy. He becomes the exceptional man, the one who dares alone, above institutional caution.

Trump folds the myth into his own person. With the alleged Iranian plot to assassinate him during the 2024 campaign in mind, he even frames the death of Ayatollah Ali Khamenei as an O.K. Corral-style duel:

“I got him before he got me.”

Where earlier presidents could use frontier imagery to narrate a national effort, Trump turns the cowboy into a template for the charismatic, transgressive leader. The hero no longer stands for a collective order. He externalises conflict, polarises the world into good and evil, and justifies himself only through his ability to win. This pattern is not without precedent. From Reagan’s “evil empire” to George W. Bush’s “axis of evil,” American presidents have often opposed a virtuous “us” to a threatening “them.” But under Trump, the moral narrative no longer primarily serves to defend values or the “free world.” It serves to magnify a leader whose legitimacy rests on his capacity to prevail. Yet, Trump also undermines the very binary he deploys: even after branding an adversary as evil, he may pivot the next day and embrace the idea of a deal with the enemy. The rhetoric is therefore not only harsher than before; it is also more unstable, more transactional, and more theatrical.

Violence as regeneration

The third myth is that of regenerative violence, long identified by historian Richard Slotkin. He has shown the idea that violence can purge disorder and restore a lost order runs through modern American political mythology.

Violence is not an accident of the frontier; it is its symbolic engine. It destroys the obstacle, repairs humiliation, for example, the humiliation left by the 1979 hostage crisis, which Trump invoked in his February 28, 2026 address – purifies space, and regenerates the community.

As early as 2017, Trump’s inaugural address invoked “American carnage” painting a portrait of a ravaged country that had to be restored through rupture, a narrative drawn from the rhetorical tradition of the Jeremiad.

In 2025–2026, that logic extends to foreign policy. At West Point, addressing graduates of the US military academy, Trump said he wanted to refocus the military on “crushing America’s adversaries, killing America’s enemies,” and on the ability to “dominate any foe and annihilate any threat.”

Since the start of his second term, that myth has been dramatised even more explicitly through the fusion of entertainment and reality, as in a White House video that mixed images of the strikes on Iran with scenes from Hollywood films and video games under the slogan “American Justice.”

Trump promises his enemies “certain death” and links destruction to a supposed political liberation. Violence, then, is no longer simply a means. It becomes the condition of renewal. This is where Trump departs most clearly from a more conventional presidential use of power.

Where his predecessors tied violence to an explicit project of political transformation – democratisation, state-building, regional redesign, Trump expresses a more radical belief: power itself becomes a virtue, and crushing the enemy its most dazzling proof. Violence no longer prepares a new order. It becomes an end in itself, as though the demonstration of power alone could produce a political solution.

Under Trump, the old American myth of violence is stripped of its universalist trappings. What remains is destruction as proof of power.

Providence and the leader’s mission

The fourth myth is religious. From the outset, the American frontier was bound up with a providentialist imagination: a mission in the wilderness, a chosen people, a direct Protestant relationship to God. Trump takes up that tradition, but shifts it onto himself. In his 2025 inaugural address, he said that his “life was saved for a reason” and that he was “saved by God to make America great again. At the National Prayer Breakfast he again declares that God has "a special plan and a glorious mission for America.”

Here too, the original myth is distorted. Providence is no longer invoked to recall the nation’s collective vocation. It is used to sacralise the president himself in a quasi-messianic role. Trump’s supporters intensify this drift: part of evangelical Trumpism cast him in the language of anointing, prophecy, or a war between good and evil. Religion does not replace strategy here; it sacralises force.

US Defense secretary Pete Hegseth is a particularly revealing embodiment of that dynamic. A modern crusader figure, he fuses nationalist Christianity, martial virility, and the sacred legitimisation of force, with a vision of violence largely unbound by restraint. He invokes divine purpose before troops to justify war.

What the conflict against Iran really reveals

The war against Iran throws all of this into sharp relief. It shows how old American myths are not just reused, but hardened and distorted. The frontier becomes predation, the cowboy – a cult of the leader, violence - redemptive crushing, religion – the sacralisation of the leader.

Trump does not simply inherit the US presidential tradition. He radicalises its darkest impulses, draining these narratives of their civic, moral, or universalist content and leaving only their most brutal core: conquest, force, divine right, and the annihilation of the enemy. That is also part of what makes them appealing to many Republican sympathisers.


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Jérôme Viala-Gaudefroy ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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