15.07.2026 à 09:49
Comment Londres, Paris et New York faisaient face aux canicules avant la climatisation
Texte intégral (1408 mots)
Les canicules qui frappent aujourd’hui Londres, Paris et New York ne sont pas inédites. Dès le XIXe siècle, les habitants de ces métropoles inventaient déjà des stratégies pour échapper à la chaleur, révélatrices des profondes inégalités sociales.
Paris, Londres et New York évoquent plus spontanément la culture, la finance ou l’histoire que les canicules. Pourtant, chaque été, ces trois métropoles sont de plus en plus confrontées à des températures extrêmes auxquelles elles n’ont jamais été conçues pour résister.
Comme de nombreuses zones urbaines denses, elles amplifient la chaleur en raison de ce que l’on appelle l’« îlot de chaleur urbain ». Ce phénomène tient au fait que le béton, l’asphalte et le verre emmagasinent la chaleur, transformant les journées chaudes en épisodes potentiellement dangereux.
Avec ses gratte-ciel de verre et d’acier, ses chaussées recouvertes de béton et ses immenses ensembles résidentiels, New York retient la chaleur comme peu d’autres métropoles. La ville présente d’ailleurs l’un des effets d’îlot de chaleur urbain les plus marqués des États-Unis, un indicateur qui mesure l’écart de température entre les zones urbaines et les zones rurales. Chaque année, la chaleur tue plus de 500 New-Yorkais. Un lourd bilan qui aggrave encore les inégalités sociales et raciales.
Alors que beaucoup fuient vers le littoral ou la campagne pour trouver un peu de fraîcheur, d’autres restent en ville, où la chaleur est plus difficile à éviter et souvent plus éprouvante. Pourtant, ces expériences très inégales de la chaleur urbaine ne datent pas d’hier. Dans des villes comme Londres, Paris ou New York, la capacité à supporter les étés chauds a toujours été profondément marquée par les inégalités.
Au cours des XIXe et XXe siècles, les citadins ont développé toute une série de stratégies pour faire face aux fortes chaleurs dans des environnements très urbanisés. Nos recherches menées dans le cadre du projet Melting Metropolis s’intéressent aux expériences quotidiennes de la chaleur. Voici quelques-unes des solutions adoptées autrefois et ce qu’elles nous apprennent sur la manière de vivre avec la chaleur en ville.
Londres
Pour la plupart des citadins d’autrefois, quitter leur logement était le meilleur moyen d’échapper à la chaleur. Au milieu du XXe siècle, certains Londoniens montaient sur le toit de leur immeuble pour profiter des courants d’air plus frais qui circulaient au-dessus des rues de la ville.
Depuis le XIXe siècle, les espaces publics ont constitué pour beaucoup le principal refuge contre la chaleur de leur logement. Les Londoniens recherchaient l’ombre des arbres dans les parcs, se rafraîchissaient dans les fontaines ou allaient se baigner dans les piscines de plein air (lidos) et les étangs.
D’autres tentaient de mieux supporter la chaleur chez eux. Contrairement à ceux qui trouvaient un peu de fraîcheur dans les espaces publics, les Londoniens les plus aisés utilisaient leur fortune et les technologies de l’époque pour rester au frais. Au XIXe siècle, ils achetaient de la glace importée de Norvège ou faisaient appel à des domestiques pour actionner des éventails.
Paris
Lors des vagues de chaleur du XIXe siècle, les Parisiens cherchaient eux aussi à fuir la chaleur. Comme les Londoniens, ils profitaient largement des parcs aménagés par les urbanistes lors des grands travaux de transformation de la capitale menés par Haussmann à la fin du XIXe siècle. Mais les espaces verts n’étaient pas les seuls refuges : les arbres plantés le long des avenues offraient également une protection bienvenue contre les rayons du soleil pendant les chaudes journées d’été.
Si la Seine offrait un formidable potentiel pour se rafraîchir, la baignade y a été interdite au milieu du XIXe siècle. Malgré cette interdiction, des photographies d’époque montrent que certains Parisiens, en quête de fraîcheur, n’hésitaient pas à enfreindre la loi pour piquer une tête.
À l’intérieur des logements, les Parisiens les plus aisés utilisaient de la glace importée des régions septentrionales ou récoltée localement pendant l’hiver, puis conservée dans des glacières jusqu’au retour des fortes chaleurs. La glace est toutefois restée un produit de luxe jusqu’à la fin des années 1870, lorsque les progrès de la réfrigération artificielle en ont fait baisser le coût et l’ont rendue accessible à un public plus large.
Au milieu du XXe siècle, la vie quotidienne à Paris, y compris pendant l’été, s’était profondément transformée. La climatisation commençait à se diffuser, mais certaines pratiques plus anciennes sont restées au cœur de l’art de vivre estival : les terrasses de café continuent de faire le plein, les quais de Seine restent envahis par les promeneurs, et les fontaines publiques héritées du XIXe siècle servent toujours à remplir les gourdes et les bouteilles d’eau.
New York
Au XIXe siècle, les immeubles populaires de New York voyaient leurs toits se remplir de personnes venues dormir à la belle étoile, tandis que d’autres s’installaient sur les escaliers de secours pour échapper à la chaleur étouffante des appartements. Les plus riches, eux, quittaient simplement la ville pour leurs résidences à la campagne. Les journaux qualifiaient ces migrants saisonniers de « réfugiés de la chaleur ».
Pour trouver un peu de fraîcheur à l’extérieur, la plupart des New-Yorkais du XIXe siècle se rendaient à la plage – après tout, la ville est construite sur des îles. Au XXe siècle, ils ont aussi commencé à organiser des fêtes de quartier, avec de grandes quantités de glace achetées dans les bodegas, les petites épiceries de proximité. Il leur arrivait également d’ouvrir les bouches d’incendie pour créer des jets d’eau rafraîchissants, une pratique devenue l’un des grands classiques des étés new-yorkais.
Les futures vagues de chaleur
Depuis que les épisodes de chaleur extrême affectent la vie urbaine, les citadins ont imaginé des moyens de s’y adapter. Aujourd’hui, les villes prennent davantage en compte ce risque et mettent en œuvre des stratégies pour mieux y faire face. La canicule meurtrière de 2003 a notamment servi d’électrochoc à Paris, qui a lancé un plan canicule dès l’année suivante et poursuit depuis ses efforts pour rendre la capitale plus vivable pendant l’été.
À New York, la climatisation est au cœur des stratégies de résilience climatique de la ville. Elle est aussi devenue un enjeu politique, les organisations de défense de la justice environnementale militant pour la reconnaissance d’un « droit à la fraîcheur » (right to cooling), à travers un ensemble de propositions législatives.
Si elle peut aggraver le changement climatique en augmentant la consommation d’énergie, la climatisation sauve aussi des vies à mesure que nous cherchons à nous adapter à des chaleurs toujours plus intenses. En mai 2026, le Comité britannique sur le changement climatique (Climate Change Committee) a averti que le mode de vie des Britanniques était désormais menacé par la chaleur.
Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.
Ces travaux ont été financés par le Wellcome Trust, dans le cadre de la subvention n° 225843/Z/22/Z.
15.07.2026 à 08:55
Regards croisés sur l’histoire des Kalmouks, peuple mongol de Russie
Texte intégral (3374 mots)

Seule région d’Europe où le bouddhisme est majoritaire, la Kalmoukie, région du nord du Caucase, est aujourd’hui une république de la Fédération de Russie, après avoir appartenu à l’URSS et auparavant à l’Empire russe. Trois Européens — un jésuite tchèque en 1700, un pasteur letton en 1802, une voyageuse belge en 1878 — ont présenté dans leurs récits des regards croisés qui éclairent la constitution progressive de la Russie contemporaine.
La Russie d’aujourd’hui, héritière de l’Empire russe des XVIIIe et XIXe siècles, est composée de près de 200 « nationalités ». Chacune a une histoire singulière qui rend difficile la construction d’un récit global capable de rendre compte de la situation présente. Mais chacune dit aussi quelque chose de cette histoire globale et en donne des clés de compréhension.
Les Kalmouks, dont le nombre est estimé à environ 180 000 personnes, constituent l’une de ces nationalités. Ils vivent aujourd’hui, dans leur grande majorité, sur le territoire de la République de Kalmoukie, dans le Sud de la Russie d’Europe, entre la mer Noire et la mer Caspienne. À la différence de la plupart des peuples de Sibérie ou du Grand-Nord, les Kalmouks ne constituent pas un peuple autochtone : ces Mongols occidentaux, de religion bouddhiste, se sont installés dans la région au début du XVIIe siècle, alors que de nombreux peuples habitaient déjà cette zone.
Comment aborder leur histoire ? La présence de voyageurs européens dans la région apporte des éléments de réponse et éclaire la formation de l’Empire russe. La lecture de leurs récits oblige à la prudence : l’interprétation des faits par les voyageurs est liée à leur propre histoire et à leur propre culture ; ils ne nous donnent pas accès à la réalité, mais seulement à la manière dont ils ont perçu cette réalité. Mais c’est aussi ce qui fait leur richesse : leur lecture nous offre plusieurs points de vue, qui échappent en partie à la manière dont l’État russe a pris en charge l’écriture de sa propre histoire. Le croisement de ces regards permet également d’intégrer l’histoire des Kalmouks à l’histoire du continent européen pour mieux la comprendre.
Le voyage de Jan Milan en 1700
Jan Milan est un jésuite tchèque. Il est envoyé en mission en 1700 sur les rives orientales de la mer Noire, à Taganrog (Taganrok sur la carte ci-dessous) pour évangéliser les habitants. Son ministère s’exerce, pendant dix mois environ, dans un vaste espace multi-ethnique.
C’est dans ce contexte qu’il rencontre des Kalmouks. Dans son récit de voyage manuscrit, rédigé en latin et conservé à la Bibliothèque de Prague, Milan montre qu’il n’existe pas une seule et même communauté de Kalmouks, mais plusieurs groupes distincts, dirigés par des chefs qui peuvent entrer en désaccord sur la politique à tenir à l’égard des autres peuples.
Milan est accueilli par l’un de ces groupes, les Derbets, qui s’est installé dans la région du Don. Leur chef, Menko-Temir entretient des relations complexes avec Ayuki, le chef d’un autre groupe plus important, les Torguts. Le khan Ayuki règne alors sur les Kalmouks de la Volga qui forment alors un khanat.
Milan, qui discute de théologie avec un dignitaire religieux polyglotte, décrit un peuple bouddhiste et nomade qui n’a « aucune ville », et représente par le dessin la musique et la danse de ses hôtes. Il raconte que les Kalmouks font parfois la guerre aux Russes, mais qu’ils nouent également des relations diplomatiques avec le tsar (il s’agit alors de Pierre le Grand, qui fondera l’Empire russe en 1721). Ils entretiennent aussi des relations complexes avec d’autres groupes, comme les Turcs, les Cosaques et les Tatars de Crimée. Les Kalmouks sont incontestablement moins puissants que l’État russe, mais constituent néanmoins une entité politique relativement indépendante, qui négocie ses alliances.
Le voyage de Benjamin Bergmann en 1802-1803
Benjamin Bergmann est un pasteur letton qui effectue un séjour de quinze mois chez les Kalmouks, avec lesquels il nomadise, tout en apprenant leur langue. En 1804-1805, il publie à Riga, en allemand, un grand récit de voyage encyclopédique qui offre des informations essentielles sur la culture des Kalmouks : leur organisation politique, leurs modes de vie, mais aussi leur littérature et leur religion.
Au moment où Bergmann se rend dans la steppe, un événement majeur dans l’histoire des Kalmouks a eu lieu. En 1771, sous le règne de Catherine II, la plus grande partie des Kalmouks a quitté la Russie, sans doute pour échapper à une administration impériale de plus en plus pesante. Les Kalmouks se rendent sur leur territoire d’origine, la Djoungarie, où a régné un autre khanat de Mongols occidentaux, que les Mandchous ont anéanti en 1757. À la suite de cette migration, les Kalmouks restés sur le territoire russe sont privés de leur autonomie politique et militaire par la tsarine, qui vient de conquérir l’Ukraine et de soumettre les Cosaques.
Lorsque Catherine II meurt en 1796, son fils et successeur Paul Ier accorde aux Kalmouks le rétablissement de la dignité de vice-khan, dont est alors investi le prince petit-derbet Tchoutcheï Tundutov. Le 13 juillet 1802, une cérémonie officielle est organisée dans la steppe pour entériner cette décision : Bergmann y assiste et la décrit.
La cérémonie a lieu en présence du dignitaire religieux bouddhiste devant un autel orné des représentations des divinités, mais un drapeau impérial a été placé à côté. Le drapeau de l’empire flotte au milieu de deux drapeaux kalmouks. Le vice-khan et le représentant de l’empereur s’avancent côte à côte, cependant le vice-khan porte le portrait du tsar sur sa poitrine, comme pour signifier que c’est bien l’empereur qui le désigne pour diriger les Kalmouks. Les fils du vice-khan portent les parchemins qui légitiment le pouvoir de leur père en vertu des règles d’ascendance propres aux Kalmouks.
La cérémonie montre toute l’ambiguïté du statut des Kalmouks au sein de l’Empire et la fragilité des équilibres de pouvoir : cette nomination par la puissance russe d’un prince petit-derbet, au mépris des descendants légitimes d’Ayuki, ne fait pas l’unanimité parmi les Kalmouks. Bergmann précise que seuls cinq des seize chefs des différents groupes se présentent sans retard à la cérémonie. Intégré au groupe petit-derbet où il séjourne, Bergmann adopte le point de vue de Tchoutcheï et déplore cette absence : à ses yeux, ce comportement semble par avance vouer à l’échec le fragile équilibre qui aurait pu garantir une forme d’indépendance aux Kalmouks au sein de l’Empire russe.
Cette modeste autonomie ne survit pas au décès de Tchoutcheï, le 23 mai 1803. Le fils du défunt Paul Ier, Alexandre Ier, entend bien reprendre à son compte la politique impérialiste de sa grand-mère Catherine II.
Le voyage de Carla Serena en 1878
Carla Serena découvre la Kalmoukie à l’automne 1878, au retour d’un grand voyage en Orient. Le témoignage de cette Belge francophone, qui voyage seule dans le Caucase, juste après la guerre russo-turque de 1877-1878, est publié en 1883. Avant elle, Adèle Hommaire de Hell avait voyagé dans la région avec son époux Xavier (voir illustration de couverture).
Serena rencontre à Astrakhan la tutrice du descendant de Tchoutcheï, le prince David Tundutov, alors âgé de dix-huit ans. Le groupe petit-derbet a maintenant un centre politique sédentaire, le village de Malye-Derbety. Celui-ci a été fondé en 1803, après l’érection d’un monument funéraire destiné à accueillir les restes de Tchoutcheï.
Ce village, qui existe encore, jouxte le village de Tundutovo, de peuplement russe à l’époque où Serena le visite : le XIXe siècle voit le renforcement de l’impérialisme russe et de la colonisation des terres par des colons russes, en vue de leur exploitation. Serena, qui accompagne son hôtesse dans ses obligations politiques, sociales et religieuses, a l’occasion de pénétrer dans des lieux peu fréquentés des étrangers. Son statut de femme voyageant seule lui permet de dialoguer avec la tante du jeune David et d’accéder à son point de vue.
Serena insiste sur la soumission des Kalmouks au sein de l’Empire. Elle montre que l’administration russe prédomine désormais sur l’administration locale. Elle écrit que les fonctionnaires russes « maltraitent rudement ces pauvres gens, surtout ceux qui n’ont pas les moyens de leur graisser la patte. Les Kalmouks sont souvent battus sans pouvoir se plaindre. En cela, les Russes agissent, d’ailleurs, comme la plupart des Européens en Orient, qui, forts des privilèges dont ils jouissent, ne se font pas faute d’accabler les indigènes. » Pour Serena, le traitement réservé aux Kalmouks en cette fin du XIXe siècle relève d’une forme de colonisation, qu’elle met en relation avec la politique expansionniste des Européens en Orient.
Cette réflexion est d’autant plus remarquable qu’en 1883 une petite troupe de Kalmouks est exposée au Jardin d’Acclimatation, à Paris, pour distraire les Parisiens qui viennent les observer derrière une barrière. L’engouement pour ces expositions d’êtres humains montre que les Français de cette fin de siècle étaient loin de tous partager le regard de Serena sur l’expansion européenne.
L’étude des récits de voyage en Kalmoukie nous permet ainsi de mieux comprendre l’histoire des Kalmouks, leur intégration progressive à l’Empire russe, mais aussi les relations qu’ils ont établies avec des voyageurs européens. Celles-ci éclairent également la construction progressive des États, processus long et complexe, qui met en jeu des individus singuliers. La lecture attentive de ces récits permet de restituer, ne serait-ce que partiellement, la pluralité de leurs points de vue.
Virginie Tellier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
14.07.2026 à 18:51
Vous écoutez de la musique pour vous concentrer sur votre travail ? Ce n’est pas toujours la bonne stratégie
Texte intégral (1629 mots)
L’idée que la musique classique pourrait aider à mémoriser et traiter de nouvelles informations a longtemps circulé. Qu’en penser ? Cela ne dépend-il pas en fait d’un ensemble de circonstances plus large ?
Entrez dans n’importe quelle bibliothèque universitaire et vous verrez sans doute des étudiants portant des écouteurs, en train d’écouter de la musique.
L’idée que la musique puisse favoriser l’apprentissage circule depuis plusieurs décennies. L’« effet Mozart » est un concept largement connu en psychologie populaire. Formulé pour la première fois dans un article publié en 1993, il désigne l’hypothèse selon laquelle l’écoute de musique classique améliorerait la mémorisation ainsi que le traitement de nouvelles informations.
En tant que psychologue de l’éducation spécialisée dans l’étude de la cognition et de la motivation, mes recherches portent sur la manière dont les étudiants régulent leurs apprentissages et leur attention face aux distractions numériques.
Écouter de la musique est une stratégie que les étudiants utilisent couramment pour tenter de rester concentrés.
Peut-on dire cependant si la musique favorise ou non les apprentissages ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question
Comment la musique peut faciliter ou perturber l’étude
Les chercheurs s’accordent généralement à dire que la relation entre la musique et l’apprentissage est complexe. Les effets de la musique sur l’étude et d’autres tâches exigeantes sur le plan cognitif semblent dépendre du type de tâche effectuée, du genre musical et des élèves eux-mêmes.
Certains chercheurs affirment que la musique aide les élèves à se concentrer, à améliorer leur humeur et apprendre de manière générale. D’autres ont constaté que l’écoute de la musique perturbe la réflexion, en particulier lorsqu’elle est rapide et forte, ou lorsqu’elle comporte des paroles.
J’ai cherché à mieux comprendre ce qui se cache derrière ces résultats contradictoires concernant la musique et la concentration. Dans le cadre d’une étude menée au cours des deux dernières années, j’ai interrogé 163 étudiants sur leurs habitudes d’écoute musicale lorsqu’ils lisent des manuels, rédigent des dissertations, résolvent des problèmes de maths et révisent pour leurs examens – et sur les moments où ils appuient sur le bouton « pause ».
Il n’y a pas d’approche universelle
L’une de mes principales découvertes est que la musique aide les élèves à se sentir plus impliqués, motivés ou à l’aise lorsqu’ils étudient. Mais cette réaction varie en fonction de la musique qu’ils choisissent, du type de tâche sur laquelle ils travaillent et de la confiance qu’ils ont en leur propre capacité de concentration.
Environ 67 % des élèves que j’ai interrogés ont déclaré avoir recours à la musique pour améliorer leur concentration, tandis que 75 % ont indiqué l’utiliser pour renforcer leur motivation.
« J’utilise la musique comme l’une de mes principales sources de motivation pour étudier, surtout quand il s’agit d’un sujet qui ne m’intéresse pas. Je sais bien identifier cela et en tirer parti », a expliqué une étudiante de 21 ans en dernière année de psychologie.
Tous les étudiants à qui j’ai parlé s’accordaient à dire que la nature des tâches qu’ils effectuaient – ainsi que le niveau de difficulté du projet en cours – influençait leur décision d’écouter de la musique ou non, ainsi que le type de musique qu’ils choisissaient.
Les étudiants ont également évoqué les diverses raisons d’éviter la musique, notamment les paroles qui les distrayaient.
« J’ai remarqué que si j’écoute un morceau que je peux chanter, j’ai beaucoup plus de mal à étudier », a expliqué une étudiante de 22 ans spécialisée en éducation musicale.
Dans certains cas, les étudiants ont indiqué que même la musique instrumentale ne les aidait pas à mieux se concentrer.
« Même s’il s’agit de musique instrumentale, j’ai l’impression de devoir me concentrer sur la musique plutôt que sur ce que je lis », a confié un étudiant de 19 ans en formation pour devenir enseignant dans le secondaire.
Beaucoup ont déclaré écouter de la musique pour éviter l’ennui, améliorer leur humeur et, de manière générale, rendre l’étude plus agréable.
« La musique m’aide à avoir l’impression que je peux continuer encore et encore à écrire », a déclaré une étudiante de 20 ans en psychologie.
La question de la confiance en soi
Afin de déterminer dans quelle mesure l’écoute de musique influence les apprentissages, j’ai mené une enquête auprès de 103 étudiants de premier cycle.
Près de la moitié d’entre eux ont déclaré écouter de la musique lorsqu’ils lisaient, et 68 % ont indiqué qu’ils en écoutaient lorsqu’ils écrivaient. Environ 70 % ont déclaré écouter de la musique lorsqu’ils résolvaient des problèmes de mathématiques, et environ 30 % ont indiqué qu’ils en écoutaient systématiquement, quelle que soit la tâche à accomplir.
Les étudiants présentaient également des différences au niveau de la confiance dans leur capacité à rester concentrés. Ces convictions influençaient le choix du moment où ils décidaient d’écouter de la musique et celui où ils préféraient travailler en silence.
Un étudiant de 26 ans, en formation d’enseignant et de géologie, a déclaré qu’il étudierait en musique à une condition : « s’il s’agit d’une matière avec laquelle je me sens plus à l’aise ou que je connais mieux. Mais pour une matière qui me pose vraiment des difficultés, je pense que je m’en passe ».
J’ai également constaté que les étudiants qui étaient statistiquement plus motivés et plus confiants avaient tendance à écouter de la musique lorsqu’ils révisaient pour leurs examens et à se concentrer sur leur lecture.
Écouter ou ne pas écouter ?
La musique n’est une garantie ni de distraction ni d’aide à l’étude. En revanche, les apprenants peuvent tirer profit d’une utilisation stratégique de la musique, en l’adaptant à la tâche à accomplir et à leurs propres besoins.
Au final, retarder la gratification en utilisant la musique comme récompense est probablement plus efficace que de l’utiliser systématiquement. Plutôt que de partir du principe que la musique améliore la concentration, les élèves devraient réfléchir aux moments où elle les aide à rester motivés et à ceux où elle devient une distraction supplémentaire qui détourne leur attention.
Si vous comptez écouter de la musique pendant que vous étudiez, pensez à choisir des morceaux moins distrayants pour les tâches difficiles. La playlist qui vous motive pour les tâches routinières risque de vous déconcentrer lorsque vous vous attaquez à un travail plus exigeant.
Pour les étudiants qui ont du mal à se lancer dans un devoir ou à rester concentrés pendant une longue session d’étude, la musique peut aider à rendre le travail plus supportable. Cependant, dès qu’elle commence à nuire à la concentration, il est peut-être temps de passer au bruit blanc, en particulier lorsque l’on étudie dans un environnement source de distractions, comme une bibliothèque bondée ou un café bruyant.
La lecture et l’écriture reposent toutes deux en grande partie sur le traitement du langage. Les chansons dont les paroles sont très présentes peuvent rendre plus difficile la concentration sur la lecture et l’écriture. Dans mon étude, les étudiants qui savaient le mieux aménager leur espace de travail préféraient la musique instrumentale à la musique avec des paroles, souvent pour couvrir les bruits de fond gênants et améliorer leur concentration.
Comme me m’expliquait une étudiante de 20 ans spécialisée dans l’enseignement secondaire : « Je commencerais probablement sans musique, puis, si je me rends compte que j’avais vraiment du mal, je la mettrais pour voir si ça m’aide. »
Bridget K. Daleiden, Ph.D. ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.