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30.04.2026 à 14:50

« Les Français ne veulent plus travailler » : généalogie d’un soupçon qui a quarante ans

Jean Pralong, Professeur de Gestion des Ressources Humaines, EM Normandie
Régulièrement, le rapport des Français au travail est remis en cause. Pourtant, les études montrent que la centralité du travail reste d’actualité. Et c’est peut-être ça le problème…
Texte intégral (1760 mots)

Les Français ne travaillent pas assez. La valeur travail recule… Ces lieux communs qui tournent en boucle dans le débat public à gauche – pour s’en féliciter- comme à droite – pour le déplorer – alors même que les faits prouvent le contraire avec une étonnante régularité. Et si cette idée reçue développée dans les années 80 était la première fake news qui empêche de poser la question du travail de manière vraiment pertinente ?


Grande démission, quiet quitting, paresse supposée des nouvelles générations, crise du sens… les Français se seraient désengagés du travail. Le diagnostic a pourtant quarante ans. Il est né au début des années 1980, dans le moment néolibéral inauguré par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et n’a jamais désarmé depuis. Les enquêtes longues qui mesurent ce que les Français disent du travail le contredisent avec la même constance. Apparamment en vain.

Récits jumeaux

Au tournant des années 1980, deux discours sur la « crise du travail » émergent simultanément, dans des registres opposés. D’un côté, une critique intellectuelle annonce la fin de la société du travail. André Gorz publie Adieux au prolétariat en 1980, Roger Sue Vers une société du temps libre ? en 1982, Gilles Lipovetsky L’ère du vide en 1983. La séquence se prolongera quinze ans plus tard avec Jeremy Rifkin (La fin du travail, 1996). Le travail-valeur s’effacerait derrière l’individualisme contemporain : la critique vient de la gauche intellectuelle, elle accompagne la sortie du fordisme.

De l’autre s’installe un discours patronal et managérial, dans le sillage immédiat de l’élection de Margaret Thatcher (1979) et de Ronald Reagan (1981) : les salariés occidentaux ne travailleraient pas assez, leur productivité décrocherait face aux concurrents asiatiques, les rigidités du droit du travail nous tueraient. Ezra Vogel publie Japan as Number One en 1979 ; William Ouchi Theory Z en 1981 ; Tom Peters et Robert Waterman In Search of Excellence en 1982. Le Japon devient le miroir où l’Occident se regarde et se découvre déficitaire.


À lire aussi : Libéraux et conservateurs ont-ils raison de s’attaquer à l’assistanat et à l’État social ?


La réthorique du « Jamais assez »

En France, le tournant de la rigueur de 1983 signe l’alignement de la gauche au pouvoir sur cette grammaire compétitive ; le patronat, par la voix d’Yvon Gattaz puis de ses successeurs au CNPF, fait du « jamais assez » sa rhétorique principale. Le salarié français n’est jamais assez conscient des enjeux économiques, jamais assez engagé, jamais assez productif. « Pendant que vous paressez, les Japonais travaillent » est le cliché des années 1980. L’Allemagne remplacera le Japon dans les années 1990, qui sera ensuite remplacé par la Corée, puis la Chine… Si le pays avec lequel on compare la France change ; la conclusion reste la même : un déficit permanent du salarié français, à mesurer à l’aune d’un autre toujours plus laborieux.

Si les deux récits induisent des politiques opposées, ils convergent sur une intuition partagée : le rapport au travail aurait changé. C’est cette intuition qui s’installe pour quarante ans.

Or, il existe un dispositif, l’European Values Study (EVS), qui mesure précisément ce que les Français disent du travail dans leur vie, et qui le mesure à intervalles réguliers depuis 1981. Lancée à l’initiative de chercheurs européens, conduite en France sous la direction d’Hélène Riffault, synthétisée pour l’essentiel par Jean Stoetzel dans Les valeurs du temps présent (PUF, 1983), elle interroge tous les neuf ans environ un échantillon représentatif. Cinq vagues à ce jour : 1981, 1990, 1999, 2008, 2018.

La centralité toujours renouvelée du travail

La question est simple : « Diriez-vous que le travail est, dans votre vie, très important, assez important, peu ou pas du tout important ? » Les réponses « très important » : 60 % en 1990, 69 % en 1999, 68 % en 2008, niveau comparable en 2018. La centralité subjective du travail est l’une des données les plus stables que les sciences sociales aient mesurées sur quatre décennies.

Pire pour le récit dominant : la France est parmi les pays européens où le travail conserve la plus forte centralité déclarée. L’enquête publiée en 2023 par l’Institut Montaigne avec Kantar Public, conduite sur 5 001 actifs et titrée Les Français au travail : dépasser les idées reçues – titre symptomatique du décalage –, confirme : satisfaction au travail élevée et stable, malgré une intensification massivement ressentie.

Que se passe-t-il, alors ? Une autre série d’enquêtes, conduites depuis 1978 par la DARES et renouvelées tous les sept ans (Conditions de travail 1978, 1984, 1991, 1998, 2005, 2013, 2016, 2019), documente avec précision ce qui s’est effectivement transformé, moins le rapport au travail que ses conditions concrètes d’exercice. Les contraintes de rythme se sont multipliées – en 2016, un salarié sur trois est soumis à au moins trois contraintes de rythme simultanées. La charge mentale a crû. L’autonomie réelle, malgré la rhétorique de l’empowerment et de la responsabilisation, recule. Le travail sous pression s’est durablement banalisé.

Quand la solution aggrave le problème

Cette dégradation n’est pas un effet de bord. Elle accompagne l’importation, à partir des années 1980, des pratiques managériales nées du diagnostic patronal : lean management, flexibilisation, juste-à-temps, cercles de qualité, individualisation des objectifs, évaluation continue. Le « jamais assez » a produit les dispositifs concrets qui intensifient le travail. Le diagnostic et son traitement forment un même mouvement.

Deux faits coexistent donc : le travail compte toujours autant pour les Français, même si les conditions d’exercice se sont durcies – précisément parce que la grammaire managériale dominante l’a voulu ainsi. La souffrance documentée par les enquêtes n’est pas le signe d’un retrait subjectif. Elle est l’effet d’une centralité maintenue dans des conditions dégradées par l’effort même de combattre un désengagement qui n’avait pas lieu.

Pourquoi le récit persiste

Dans ces conditions, si le récit du « jamais assez » persiste, c’est parce qu’il n’a jamais eu pour fonction de décrire, mais de justifier. Il est, d’abord, est un dispositif rhétorique qui produit la demande d’expertise censée le résoudre. Le baromètre annuel State of the Global Workplace publié par Gallup, qui chiffre depuis vingt ans le « désengagement » mondial, en est l’archétype : il documente en mesurant ce qu’il a besoin de constater pour justifier son commerce de conseil. McKinsey avait inauguré le genre à la fin des années 1990 avec son rapport War for Talent – autre récit de pénurie destiné à vendre une expertise. Chaque vague du récit nourrit un marché.

The Conversation France/Canalchat 2026.

Le dispositif a aussi une fonction générationnelle : présenter chaque cohorte qui entre sur le marché du travail comme étrangère à la précédente. Les baby-boomers étaient déjà soupçonnés en 1968 d’avoir « refusé le travail » ; les X « ne s’investissaient plus comme avant » dans les années 1990 ; les Y avaient « besoin de sens » dans les années 2000 ; les Z auraient désormais « la flemme ». La rupture est toujours générationnelle, et toujours nouvelle.

Une fonction politique enfin : il sert tour à tour à justifier la flexibilisation (« les jeunes ne veulent plus s’engager ») et à la dénoncer (« le néolibéralisme a tué le sens du travail »). Il est utilisable de tous bords.


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Soupçons permanents

Mais ces fonctions recèlent une matrice plus profonde : un dispositif de soupçon permanent à l’égard du salarié, né dans le moment néolibéral du début des années 1980 et qui n’a depuis jamais cessé de se réinventer. Or si l’on prend les données au sérieux, les politiques d’engagement, de fidélisation ou de marque employeur ne s’adressent pas à des salariés désinvestis.

Elles s’adressent à des salariés qui tiennent au travail dans des organisations qui tiennent de moins en moins leurs promesses. Tant qu’on lit la souffrance comme un retrait, on cherche à réengager des gens jamais désengagés en empilant des dispositifs qui aggravent ce qu’ils prétendent soigner. Si on la lit pour ce qu’elle est – un engagement contrarié –, on s’oblige à regarder ce qui, dans les organisations, contrarie cet engagement : l’intensification non négociée, l’autonomie reprise, le sens promis et non tenu.

The Conversation

Jean Pralong ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

30.04.2026 à 14:25

Vingt ans de sanctions économiques, 16 000 frappes et 50 % d’inflation, pourquoi le régime des mollahs ne tombe-t-il pas ?

Benyamin Shajari, Professeur de management de la chaîne d'approvisionnement, Excelia
La résilience de l’économie iranienne prend sa source dans un choix logistique, privilégiant la robustesse à l’hyperperformance. Quelles leçons en tirer ?
Texte intégral (1566 mots)

Depuis le début de l’intervention israélo-états-unienne en Iran, la résilience du régime interroge. Alors que le caractère répressif du régime annihile les mouvements d’opposition, ce dernier a mis en place une organisation logistique favorisant la robustesse à tout prix plutôt que l’efficience à court terme. L’hyperperformance des systèmes logistiques est-elle devenue, a contrario, une source de faiblesse de premier plan ?


La quête de rentabilité absolue a créé un monstre fragile. Nos chaînes logistiques mondiales sont à la fois hyperoptimisées et vulnérables. Résultat : le moindre grain de sable paralyse désormais l’économie globale.

Cette fragilité systémique se confirme avec un exemple inattendu. Le régime iranien résiste de façon spectaculaire dans l’actuel conflit au Moyen-Orient, illustrant l’efficacité redoutable d’une stratégie fondée sur la robustesse plutôt que sur la performance.

Performance logistique

Durant quarante ans le commerce mondial a vénéré l’efficience maximale. Les entreprises ont vidé leurs entrepôts pour fonctionner en flux tendus permanents. Cette obsession a concentré les échanges autour de quelques passages maritimes étroits. Le détroit d’Ormuz, le Bab-el-Mandeb (détroit de la mer Rouge, ndlr), Taïwan, Malacca (dans le sud-ouest de la Malaisie, ndlr) ou le canal de Suez (en Égypte, ndlr) incarnent cette perfection dangereuse. Un cinquième du pétrole mondial transite chaque jour par Ormuz.


À lire aussi : Le détroit d’Ormuz est un laboratoire pour gérer la logistique mondiale en temps de guerre


Cette concentration offre des profits immenses en temps de paix mais prive le système de toute marge d’erreur. Une pandémie, un navire échoué ou un conflit militaire suffit à faire vaciller l’édifice.

L’effondrement récent du trafic maritime au détroit d’Ormuz prouve que cette performance logistique est devenue notre principal point faible.

Une vulnérabilité fatale : la  perfection

Cette fragilité oblige les dirigeants à changer de logiciel mental. La performance pure ne fonctionne que dans un monde stable et abondant. Dans notre époque marquée par les crises et la rareté, l’optimisation devient une vulnérabilité fatale. Un système robuste accepte d’être sous-optimal à court terme pour garantir sa survie lors des tempêtes.

Ce renversement de pensée explique la dynamique du conflit actuel. Beaucoup prédisaient un effondrement rapide de Téhéran face à une puissance de feu supérieure. Pourtant, le régime tient bon. L’État iranien a substitué la survie à la victoire éclatante en imitant les mécanismes de défense de la nature.

La redondance comme levier de survie

Cette résilience résulte de plus de vingt années d’apprentissage forcé. La République islamique a transformé les pires sanctions de l’histoire en doctrine de survie. La redondance systémique est devenue sa règle d’or. Sur le plan militaire, Téhéran n’a pas concentré ses usines. La carte publiée par la CIA montre que le pays a disséminé la production de ses drones et de ses missiles sur tout son territoire.

CIA, Fourni par l'auteur

Ce maillage décentralisé permet à d’autres sites de prendre le relais sous les bombardements. Ainsi, une destruction de ce réseau par voie aérienne devient quasi impossible et très coûteuse. L’objectif pour le régime consiste donc à absorber le choc pour durer.

Cette logique de forteresse s’applique aussi à l’économie civile par des choix contre-intuitifs. Premièrement, l’Iran figure parmi le Top 15 mondial des producteurs de blé et frôle l’autosuffisance. Toutefois, selon l’agence de presse iranienne Tasnim, l’État, anticipant la possibilité d’un conflit majeur, a importé environ trois millions de tonnes de céréales fin 2025. Deuxièmement, le 3 mars 2026, Téhéran a même sacrifié ses précieuses rentrées de devises. Le gouvernement a interdit toute exportation agroalimentaire pour protéger son marché intérieur. Troisièmement, selon le média iranien Tabnak, le partenariat stratégique avec la Russie signé en 2025 continue à sécuriser la chaîne alimentaire par l’intermédiaire de la mer Caspienne depuis le début de la guerre en fin février. Enfin, pour contourner le blocus d’Ormuz, le pays a basculé ses échanges vers l’Asie centrale.

France 24, avril 2026.

Porte de secours

L’explosion du commerce, militaire et alimentaire, avec le Tadjikistan prouve l’efficacité de cette porte de secours. Les embargos et les bombardements n’ont donc pas tué la République islamique d’Iran. Ils ont forgé un écosystème où la sécurité des approvisionnements alimentaires et surtout militaires surpasse toujours la rentabilité.

Mais cela a forcément un prix, car l’inflation en Iran dépasse désormais le chiffre symbolique de 50 %.

Encaisser les chocs sans se briser

Cette séquence stratégique dépasse largement les frontières iraniennes. Elle sonne l’alarme pour tous les décideurs économiques. Ceci marque la fin d’une époque : la survie d’un acteur organisé pour la robustesse face à des adversaires structurés pour la performance. Dans un environnement avec des disruptions chroniques, les modèles d’affaires fondés sur la rationalisation extrême sont très fragiles.

Les entreprises doivent recréer des marges de manœuvre. Il faut accepter de sacrifier les profits immédiats. Il devient vital de multiplier les fournisseurs locaux et de reconstituer des stocks stratégiques. Une part d’inefficacité opérationnelle est le nouveau prix à payer pour la sécurité à long terme.

La compétition mondiale ne couronnera plus l’entité la plus optimisée. Elle récompensera celle qui saura encaisser les chocs sans se briser.

The Conversation

Benyamin Shajari ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

30.04.2026 à 11:27

Overcoming the algorithmic gender bias in AI-driven personal finance

Eliana Canavesio, Senior Research Associate and Project Coordinator, European University Institute
An economist explores the gender data bias behind credit scoring and borrowing money from the bank that excludes women worldwide, denying them the same economic rights as men.
Texte intégral (1548 mots)

Artificial intelligence is transforming our world and financial services are no exception. AI is reshaping the personal banking sector but where does it currently stand on gender parity, transparency and fairness?

When someone applies for a loan today, there is a growing chance that no human ever reads their application. A data-driven algorithm decides whether they qualify, how much they can borrow, and how risky they are considered, often in a matter of seconds and without explanation, quietly shaping financial opportunities in ways most people never see but feel in their everyday lives.

These systems are usually presented as neutral tools: faster than people, more consistent, less prone to prejudice.

In a sector long criticised for opacity and bias, that promise is appealing and frequently echoed in industry and policy debates. But that promise rests on a fragile assumption, rarely made explicit, that the data these systems learn from reflects everyone’s lives equally.

A recent report by the EU Agency for Fundamental Rights, based on fieldwork in five member states, examined how high-risk AI systems are governed under the EU AI Act in areas such as employment, public benefits and law enforcement. It found a striking gap between legal ambition and practice: while risks of discrimination are broadly acknowledged, providers and deployers often lack the tools, expertise and guidance to assess them systematically. Self-assessments tend to be inconsistent, and oversight remains thin.

This is an important issue. When the data feeding these systems fails to capture the reality of women’s financial lives with the same depth and accuracy as men’s, the result is not just a technical shortcoming but a structural distortion, one that shapes who gets access to credit, on what terms, and with what long-term consequences. For AI-driven finance to be fair, women must first be “visible” in the data on which these systems rely.

Algorithms do not judge fairness or ask whether an outcome makes sense, but estimate what is most likely to be correct based on the data they are given, drawing patterns and projecting them forward. When data is incomplete or distorted, the system’s conclusions rest on shaky assumptions from the start.

If women are underrepresented, poorly measured, or never analysed separately from men, the system cannot see unequal outcomes, and what it cannot see, it cannot correct. Bias is simply carried forward and made routine.

This dynamic is easy to miss when discussions stay at the level of models and regulation, but its effects become clear as soon as automated systems are observed in practice. Across different countries, evidence shows how quickly inequality can be embedded in algorithmic decisions, not because systems are designed to discriminate, but because they faithfully reproduce the distortions already present in the data they learn from.

Kenya offers a telling illustration. According to published studies, a widely used digital lending algorithm consistently offered women smaller loans than men, in some cases by more than a third, despite stronger repayment performance. The system did not single women out deliberately: it simply learned from data shaped by long-standing social and economic disparities, and then applied those patterns at scale.

What matters in this example is not Kenya itself, but what the case makes visible. The algorithm did exactly what it was designed to do, learning from past behaviour and applying those patterns consistently, yet without the ability to distinguish between women’s and men’s outcomes, there was no way to detect that inequality was being reproduced in real time. The problem was not automation, but blindness.

How can finance overcome the gender blind spot?

That is where sex-disaggregated data becomes essential. By sorting financial data by gender, regulators, financial institutions, and technology designers can uncover the impacts of automated systems, identify who has access to finance, and pinpoint areas where outcomes begin to diverge. Without that visibility, gender gaps remain hidden, and hidden gaps have a habit of becoming permanent. In digital finance, data is “a girl’s best friend”, not as a slogan, but as a practical condition for accountability.

Most financial institutions already record a customer’s gender as part of basic identification. On paper, the information is there, embedded in routine reporting and basic customer records. In practice, however, recording a variable is not the same as using it. In many countries, the sex of the customer appears in databases but is never analysed, reported, or monitored by supervisors, including in core supervisory frameworks such as prudential reporting. Too often, the data already exists, but it is collected, filed away, and then quietly ignored. The problem lies not in what can be done, but in what is done.

Fairer finance: developing countries are leading the way

The picture looks very different in countries often assumed to have fewer resources. In parts of Latin America and Africa, regulators have required sex-disaggregated reporting for years and regularly publish data on gender gaps in finance.

In Chile, financial authorities have tracked gender differences in loans and deposits for more than two decades, publishing regular sex-disaggregated financial statistics.

In Mexico, regulators combine bank data with national household surveys to understand how women and men use financial services and how they perform as borrowers.

That visibility has had practical consequences. In Mexico, supervisory data showed that women’s loans were smaller but less risky, evidence that fed into changes in loan loss provisioning rules.

In Chile, the data revealed that equal access to accounts did not translate into equal outcomes in savings or insurance, prompting more targeted policy responses. Once these gaps became visible, they became far harder to ignore.

Seen from this perspective, the situation in many high-income economies looks less like a technical lag and more like an institutional hesitation. In much of Europe, gender data remains voluntary or fragmented despite advanced data infrastructures, a failure not of technical capacity but of institutional choice. My upcoming policy paper “Data Are a Girl’s Best Friends: Tackling Digital Financial Inequality Through Sex‑Disaggregated Data”, due to be published in May explores this.

As artificial intelligence becomes more deeply embedded in financial decision-making, that choice becomes harder to defend. At a time when Europe is implementing the EU AI Act and debating how to regulate algorithmic decision-making in finance, the absence of systematic gender data raises a basic question: how can fairness be monitored if the data needed to detect inequality is never analysed?

Making women visible in the data is not symbolic. Without it, fair finance is little more than a claim.


A weekly e-mail in English featuring expertise from scholars and researchers. It provides an introduction to the diversity of research coming out of the continent and considers some of the key issues facing European countries. Get the newsletter!


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Eliana Canavesio est membre de Volt Europa.

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