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01.06.2026 à 10:45

Mode durable : Pourquoi les vêtements recyclés peinent encore à convaincre

Hanene Oueslati, Maître de conférences en Marketing, Université Bourgogne Europe
Patricia Niglis, MCF Sciences de gestion, Université Marie et Louis Pasteur (UMLP)
Yohan Bernard, Maître de conférences en Sciences de gestion et du management, Université Marie et Louis Pasteur (UMLP)
Les vêtements recyclés ont du mal à emporter l’adhésion, bien qu’ils permettent de réduire l’impact environnemental de la mode. Une étude révèle les freins du côté des consommateurs.
Texte intégral (1814 mots)
Le recyclage reste un phénomène marginal dans l’industrie de la mode. Jarmoluk, CC BY

Sensibles à l’écologie, les consommateurs achètent pourtant peu de vêtements recyclés. Pour comprendre cet apparent paradoxe, il faut s’intéresser à l’image du « recyclé » qui reste floue pour un grand nombre de personnes. Pourtant, ces produits possèdent d’incontestables atouts à même de séduire un large public.

Notre étude se penche sur les doutes de la clientèle et met en lumière des solutions pour promouvoir une industrie de la mode plus durable. Un chantier important pour compenser l’impact néfaste de la fast-fashion sur l’environnement.


Recycler ses vêtements, ou en acheter issus de matériaux recyclés, semble, à première vue, une solution évidente face aux dérives de la mode actuelle. L’industrie textile, tirée par la fast-fashion, produit toujours plus vite, moins cher, et au prix d’un impact environnemental considérable : émissions de dioxyde de carbone (CO2), consommation d’eau et accumulation de déchets.

Selon la Fondation Ellen-MacArthur, moins de 1 % des textiles sont aujourd’hui recyclés en nouveaux vêtements, ce qui illustre l’ampleur du défi. Dans ce contexte, les vêtements recyclés apparaissent comme une alternative prometteuse. Mais leur adoption reste encore marginale. Pourquoi ?

Dans la tête des consommateurs

Pour répondre à cette question, notre recherche s’appuie sur la théorie des représentations sociales. L’idée est simple : au-delà de nos opinions individuelles, nous partageons collectivement des images, des croyances et des associations d’idées qui influencent nos comportements. Dans le cas des vêtements recyclés, plusieurs éléments ressortent fortement. Les consommateurs comprennent globalement le principe : il s’agit de vêtements fabriqués à partir de matières ayant déjà eu une première vie. Ils associent aussi spontanément ces produits à l’écologie.


À lire aussi : Près de 90 % des déchets textiles finissent brûlés. Comment changer cela ?


Mais une autre image s’impose tout autant, celle du plastique recyclé. Pour beaucoup de consommateurs, les vêtements recyclés sont avant tout des produits issus de bouteilles plastiques transformées en fibres textiles. Cette représentation, largement diffusée par les marques et les médias, est devenue centrale. Or, cette association est ambivalente. Si elle valorise l’innovation, elle suscite aussi des réticences.

Entre bonnes intentions et inquiétudes persistantes

Les résultats de notre étude montrent que les consommateurs perçoivent les vêtements recyclés comme globalement bénéfiques pour l’environnement. Mais cette perception positive est fragilisée par plusieurs types de craintes.

D’abord, il y a des doutes sur la qualité : ces vêtements sont-ils aussi résistants et aussi confortables que des habits conventionnels ? Ensuite, il y a des interrogations sur la santé, notamment liées à l’utilisation de matériaux recyclés comme le plastique. Enfin, il y une préoccupation de représentation sociale : porter du « recyclé » est-il perçu comme tendance ou au contraire comme un choix marginal ?

Ces freins sont bien identifiés dans les analyses du secteur. Des cabinets comme McKinsey & Company soulignent que la perception de qualité reste un facteur décisif dans l’achat de vêtements durables.

Entre convictions et comportements, un grand écart

Un autre enseignement clé de notre recherche concerne le décalage entre les intentions et les pratiques. La majorité des consommateurs se disent préoccupés par l’environnement. Pourtant, ils continuent massivement à acheter des vêtements issus de la fast-fashion, voire de l’ultrafast-fashion.

Ce paradoxe, bien connu dans la littérature et chez les professionnels, s’explique par des arbitrages très concrets liés au prix, au style, à la disponibilité ou encore aux habitudes d’achat. Comme le souligne le cabinet de conseil Deloitte dans ses études sur la consommation responsable, les critères traditionnels (prix, qualité et image) restent dominants, même chez les consommateurs engagés.


À lire aussi : Du troc aux ventes d’occasion, les paradoxes de la consommation collaborative chez les jeunes


Une image floue qui entretient l’hésitation des consommateurs

Autrement dit l’argument écologique, à lui seul, ne suffit pas. Fait intéressant, notre analyse montre que les défauts souvent attribués aux vêtements recyclés (mauvaise qualité, manque de style et inconfort) ne font pas réellement l’unanimité, car ils ne sont pas au cœur des représentations partagées. Et leurs qualités potentielles (durabilité, éthique de production et aspect tendance) ne sont pas non plus clairement identifiées. Résultat : les vêtements recyclés souffrent moins d’une mauvaise image… que d’une image incomplète ou incertaine. Ce flou entretient l’hésitation des consommateurs.

Face à ce constat, un levier apparaît central : la communication. Les entreprises ont un rôle clé à jouer pour clarifier ce que sont réellement les vêtements recyclés, et surtout ce qu’ils ne sont pas. Plusieurs pistes concrètes émergent :

  • expliquer les procédés de recyclage de manière simple et transparente ;

  • diversifier les imaginaires, en montrant que le recyclage ne se limite pas au plastique mais concerne aussi le coton et d’autres fibres naturelles ;

  • rassurer sur la qualité et la sécurité, en s’appuyant sur des certifications ;

  • mettre en scène les produits, en magasin et en ligne, pour valoriser leur esthétique et leur durabilité.

Ces recommandations rejoignent celles du site spécialisé Business of Fashion et du Forum économique mondial, qui insistent sur l’importance d’une pédagogie active pour accompagner la transition vers une mode circulaire.

Decathlon Sustainability, 2020.

Vers une nouvelle norme de consommation

Au-delà du marketing, l’enjeu est plus large. Il s’agit de faire évoluer les représentations collectives pour que le recyclé ne soit plus perçu comme une option possible, mais comme une norme crédible et désirable. Autrement dit, passer d’un choix engagé, réservé à quelques consommateurs convaincus, à une pratique ordinaire, intégrée aux habitudes de consommation.

Cette transformation suppose une action coordonnée entre les marques, les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs de la filière textile. Il revient aux entreprises de rendre ces produits visibles, désirables et compréhensibles. Les pouvoirs publics, de leur côté, peuvent soutenir la structuration de la filière via des politiques de collecte, des incitations ou des normes. Quant aux acteurs du recyclage, ils participent à rendre concrète cette économie circulaire en assurant le tri, la transformation et la réintroduction des matières dans de nouveaux vêtements.


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Un levier économique pour les territoires

Car le développement du recyclage textile ne se limite pas à une question d’image. Il constitue aussi un levier économique et social. Une économie textile plus circulaire pourrait réduire significativement la pression sur les ressources naturelles tout en créant de nouvelles activités, notamment dans la collecte, le tri et le recyclage des fibres. Ces activités, souvent localisées, peuvent contribuer à la création d’emplois non délocalisables, à la revitalisation des centres-villes et au dynamisme des territoires.

Pour que cette transition prenne réellement de l’ampleur, un autre défi doit être relevé, celui de la confiance. Les consommateurs doivent non seulement comprendre ce qu’est un vêtement recyclé, mais aussi être convaincus de sa qualité, de sa sécurité et de sa valeur. Cela implique de rendre les processus de fabrication plus transparents, mais aussi de proposer des produits capables de rivaliser, en termes de style et de performance, avec les vêtements conventionnels.

En somme, les vêtements recyclés ne souffrent pas d’un manque d’intérêt… mais d’un manque de compréhension et de lisibilité. Et c’est sans doute là que se joue leur avenir : dans la capacité des acteurs à transformer une innovation technique en évidence culturelle.

The Conversation

Yohan Bernard a reçu des financements de l'ANR.

Hanene Oueslati et Patricia Niglis ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur poste universitaire.

01.06.2026 à 10:45

Marques et nano ou micro-influenceurs : pourquoi les contenus informatifs sont-ils plus efficaces que les contenus persuasifs ?

Sandra Arrivé, Enseignant chercheur, marketing digital, IÉSEG School of Management
Andria Andriuzzi, Maître de conférences en marketing, Université Jean Monnet, Saint-Étienne
Avec les réseaux sociaux, la figure de l’influenceur est devenue essentielle dans le marketing. Mais quels types de contenus sont les plus efficaces ?
Texte intégral (1249 mots)

Le marketing d’influence consiste pour une marque à collaborer avec un influenceur et reste une pratique relativement récente qui se professionnalise. La question posée est de savoir quel type de contenu est le plus à même de séduire l’audience des influenceurs. Quel contenu suscitera de l’engagement pour la marque ?


Avec l’apparition des plates-formes de réseaux sociaux, les marques ont multiplié la création de contenus. Le marketing de contenu s’est alors imposé comme un nouveau concept, incarné par de nouvelles pratiques et de nouveaux métiers.

Le marketing de contenu consiste à « créer et publier du contenu unique et intéressant » pour ses prospects et ses clients, afin de « les informer, les aider à résoudre des problèmes et les inviter à s’engager auprès de la marque ».

Les contenus de marque sont de plusieurs natures. Ils peuvent être divertissants : le dernier film d’animation de la marque Intermarché « Le Mal-Aimé », diffusé pendant les fêtes de fin d’année, en est un bon exemple. Ils peuvent être de nature persuasive : ils visent alors à donner une présentation attrayante du produit avec l’intention de plaire et d’inspirer l’audience ciblée. Ils peuvent aussi être de nature informative et apporter des informations objectives sur un produit, sur son utilisation ou sur ses spécificités techniques. L’intention de la marque est alors d’éduquer son audience, comme le font les vidéos de type tutoriels.

Des marques et des influenceurs

Tous ces contenus relatifs à la marque peuvent être produits par diverses sources, que ce soit la marque elle-même, mais aussi ses fans ou les influenceurs. De nombreuses marques travaillent désormais avec des influenceurs. Rémi Delrue, directeur général de Garnier France, affirmait récemment (Marketing Magazine, septembre 2025) travailler aussi bien avec des influenceurs ayant de grosses communautés (macro-influenceurs) pour assurer la visibilité de leur marque, qu’avec de plus petits influenceurs (micro-influenceurs) pour créer une proximité avec l’audience, « une relation directe presque intime ».


À lire aussi : Mentions de divulgation : quand la clarté du vocabulaire rend la publicité plus lisible


L’efficacité des contenus de types informatif ou persuasif a souvent été comparée à celle des contenus divertissants ; en revanche, les analyses de l’efficacité comparée des contenus informatifs et persuasifs restent rares. La question s’avère pourtant pertinente lorsqu’une marque collabore avec des influenceurs : doit-elle favoriser des contenus plutôt informatifs (qui donnent des informations utiles sur le produit et son utilisation) ou persuasifs (qui présentent des arguments commerciaux pour vendre le produit) ?

Un taux d’engagement plus élevé

Dans une étude publiée récemment dans le Journal of Marketing Management, nous nous sommes concentrés sur cette question et sur les contenus générés par les nano et micro-influenceurs (moins de 100 000 followers) qui représentent la majorité des influenceurs et comptabilisent de plus forts taux d’engagement.

Pour conduire cette étude, nous avons mené deux expérimentations sur un total de 326 participants. Ces derniers ont été exposés à différents scénarios, présentant des contenus générés par la marque ou par des influenceurs et de nature persuasive ou informative. Les résultats montrent que les contenus générés par les nano et micro-influenceurs sont plus efficaces lorsqu’ils sont informatifs (plutôt que persuasifs).

En revanche, la différence entre les deux approches n’est pas significative lorsque les contenus sont produits par les marques. Ces résultats s’expliquent par le fait que les consommateurs sont plus sceptiques et accordent moins de confiance à la marque lorsqu’un contenu est persuasif et généré par les nano et micro-influenceurs. En effet, un contenu informatif est plus en phase avec la relation d’expertise et de proximité que ces influenceurs ont développée avec leur audience.

Nos résultats suggèrent qu’il sera plus efficace pour une marque de générer des contenus de nature informative ou éducative lors de ses collaborations avec des nano ou des micro-influenceurs. Les contenus informatifs génèrent plus de confiance envers la marque et sont par conséquent plus efficaces sur l’intention d’achat et sur l’engagement envers la marque.

Éviter les contenus trop promotionnels

Nous recommandons aux marques d’encourager les nano et micro-influenceurs partenaires à créer des contenus qui apportent de la valeur à leur communauté (des informations factuelles sur un produit, des conseils d’utilisation), plutôt que des contenus trop promotionnels qui engendrent du scepticisme chez leurs abonnés et une baisse de confiance envers la marque. Les marketeurs ne doivent par ailleurs pas être trop directifs dans leurs briefs de collaboration avec les micro-influenceurs afin de les laisser créer des contenus plus authentiques, qui sonnent vrai.

L’exemple de la marque Kiabi Link permet d’illustrer les résultats de notre étude. En collaborant avec ses propres clientes, qu’elle assimile à des nano et micro-influenceuses, la marque les incite à produire des contenus informatifs (conseils, tests produits) et authentiques à destination de leur communauté. Très concrètement, ce programme a permis de renforcer la confiance et l’engagement pour la marque ; d’un point de vue quantitatif, il a permis de générer un taux de conversion dépassant la moyenne du secteur.

Ces influenceurs sont plus proches de leur communauté, qui en attend des contenus authentiques, en adéquation avec leurs valeurs. Les marques doivent alors encourager la création de contenus spontanés et éducatifs sur leurs produits pour gagner la confiance de leur audience : les abonnés apprécieront des contenus qui leur apportent de la valeur, des informations utiles ; ils seront au contraire plus sceptiques si ces contenus sont trop commerciaux.

The Conversation

Andria Andriuzzi a reçu un financement de Saint-Etienne Métropole.

Sandra Arrivé ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

01.06.2026 à 10:44

Les salariés après 45 ans n’auraient plus de potentiel ? Pourquoi un plafond de verre freine encore la carrière des seniors

Giverny De Boeck, Associate professor in Talent Management & Work Design, LEM - Lille Economie Management, UMR 9221, IÉSEG School of Management, IÉSEG School of Management
Melvyn R.W. Hamstra, Professor in Leadership and Organizational Behavior, LEM - Lille Economie Management, UMR 9221, IÉSEG School of Management
En suivant quelques prérequis, les entreprises peuvent s’assurer que le potentiel n’est plus déterminé par l’âge et qu’il inclut toutes les générations, notamment les plus de 45 ans.
Texte intégral (1609 mots)

On connaît tous le plafond de verre qui empêche les femmes de progresser dans les entreprises. Un obstacle similaire existe pour les travailleurs plus âgés : le silver ceiling. Ce plafond fait référence aux barrières invisibles qui entravent injustement la mobilité ascendante des travailleurs plus âgés dans les entreprises.


Dans les années à venir, la France va devoir gérer un nombre croissant de travailleurs plus âgés. Les projections sur la population active montrent que le taux d’activité des travailleurs âgés de 55 à 64 ans devrait grimper à 68,9 % d’ici 2032 (contre 60,4 % en 2024), en partie à cause des discussions et débats sur la réforme des retraites.

Sans surprise, la gestion de carrière des travailleurs plus âgés est devenue une priorité pour le gouvernement français.

Notre étude souligne que ces travailleurs plus âgés risquent de se heurter à ce qu’on appelle le silver ceiling, ou plafond d’argent, une métaphore utilisée pour décrire le plafond qui bloque leur avancement dans les entreprises.

Ce plafond d’argent touche déjà les employés à partir de 45 ans. Or, à cet âge, la plupart des travailleurs ont encore près de 20 ans de carrière devant eux.

Moins de promotion

De nombreuses entreprises dans des secteurs comme la finance et le conseil déclarent suivre le principe de la méritocratie dans leurs décisions en matière de personnel et ressources humaines. Elles cherchent à distribuer des avantages et récompenses telles que des augmentations de salaire et des promotions en fonction des efforts, des compétences et des performances des employés.

Les chercheurs s’intéressent généralement aux différences dans les évaluations de performance pour expliquer les barrières structurelles auxquelles se heurtent les travailleurs plus âgés, les femmes et les minorités ethniques dans leur carrière. Souvent, les performances ne permettent pas d’expliquer (entièrement) pourquoi ces groupes ont systématiquement moins d’opportunités de carrière dans les organisations.

Nos données recueillies auprès de 842 personnes travaillant dans une grande organisation financière ont montré que, malgré des performances égales ou même supérieures, les travailleurs plus âgés avaient toujours moins de chances d’être promus l’année suivante.

Piège du potentiel

Pour repérer les futurs leaders, les grandes entreprises utilisent souvent des outils comme la « matrice à neuf cases » qui évalue les performances et le potentiel des travailleurs sur deux axes. Sur le premier, les managers évaluent les performances des travailleurs dans leur rôle actuel au cours de l’année écoulée ; sur l’autre axe, ils évaluent le potentiel des travailleurs à réussir dans des rôles de plus haut niveau, généralement sur une période future de un à cinq ans.

La différence de perspective temporelle (passé vs futur) est essentielle pour comprendre pourquoi les évaluations du potentiel créent un plafond de verre pour les travailleurs plus âgés, plus encore que les évaluations de performance. Contrairement à la performance, qui se base sur des activités concrètes passées, le potentiel est une prédiction de l’avenir qui est intrinsèquement incertain. Pour évaluer le potentiel, les managers doivent prendre des décisions avec des informations incomplètes.

Comment les stéréotypes s’installent

La théorie psychologique explique que, face à l’incertitude, le cerveau humain utilise des « heuristiques ». Il s’agit de raccourcis mentaux qui aident les gens à prendre des décisions rapides. Dans le contexte des évaluations du potentiel, l’âge sert de raccourci aux managers, ce qui permet aux stéréotypes liés à l’âge dans le monde du travail de s’installer.


À lire aussi : Les seniors au travail ne sont pas ceux que vous croyez. Et c’est aussi pour cela que la guerre des générations n’existe pas


Les managers associent souvent implicitement les jeunes travailleurs à des traits de caractère potentiels tels que l’ambition professionnelle et la capacité d’adaptation. À l’inverse, ils risquent de se fier à des stéréotypes négatifs liés à l’âge présentant (à tort) les travailleurs plus âgés comme moins ambitieux, moins disposés à s’adapter et à apprendre, et plus résistants au changement.

Nos expériences menées auprès de 627 travailleurs confirment ce biais. Lorsqu’on leur a présenté deux travailleurs identiques, l’un âgé de 28 ans et l’autre de 48 ans, les managers qui avaient des stéréotypes négatifs liés à l’âge ont systématiquement attribué des notes de potentiel plus faibles au travailleur de 48 ans. Cela s’est produit même si les performances et les traits liés au potentiel étaient les mêmes pour les deux travailleurs.

Effet boule de neige

Les notes de potentiel biaisées ont un effet boule de neige sur les systèmes de ressources humaines (RH). Lorsque les travailleurs plus âgés sont injustement étiquetés comme ayant un faible potentiel, ils risquent non seulement de se voir refuser l’accès à des promotions, mais aussi à d’autres opportunités de carrière telles que les programmes de développement des talents.

Ne pas reconnaître le potentiel des travailleurs plus âgés est une erreur stratégique. La main-d’œuvre vieillit partout dans le monde et beaucoup d’entreprises sont actuellement confrontées à une pénurie critique de talents. En écartant les travailleurs plus âgés des décisions relatives à leur carrière, les entreprises réduisent non seulement leur propre réserve de talents, mais risquent aussi de perdre l’engagement de leur personnel le plus expérimenté.

De plus, elles cèdent un avantage stratégique à leurs concurrents qui, eux, reconnaissent le potentiel inexploité des travailleurs plus âgés.

Comment briser ce plafond ?

Les préjugés à l’égard des travailleurs plus âgés dans les décisions de carrière ne sont pas inévitables. Nos recherches suggèrent que les entreprises peuvent libérer le potentiel des travailleurs plus âgés en apportant des changements à leurs systèmes d’évaluation.

Ce plafond a disparu dans nos expériences lorsque nous avons rendu les managers responsables de leurs évaluations. Lorsqu’ils ont su qu’ils devaient préciser comment ils évaluaient le potentiel des travailleurs, ils sont passés d’une réflexion heuristique (stéréotypée) à un traitement plus délibéré et systématique.

Sur la base de nos recherches, nous recommandons quatre pratiques pour briser ce plafond :

Intégrer la responsabilité

Demander aux managers de fournir des justifications (écrites) pour les évaluations de potentiel. Par exemple, leur demander d’expliquer exactement quelles informations ils ont utilisées pour juger le potentiel des travailleurs, comment celles-ci ont été pondérées et pourquoi.

Définir « le potentiel »

Éviter les définitions vagues du potentiel, et préciser le poste et l’horizon temporel que les managers doivent prendre en compte dans les évaluations. Par exemple, l’accent est-il mis sur les postes de direction, les postes techniques plus élevés ou les postes axés sur l’innovation stratégique ? Et le potentiel est-il évalué pour occuper un tel poste l’année suivante ou seulement dans les cinq ans ?

Utiliser des indicateurs concrets du potentiel

Au lieu d’utiliser un seul score (par exemple, comme dans la matrice à neuf cases), concentrez-vous sur la mesure des comportements observables. Par exemple, demandez aux managers d’évaluer la manière dont les employés réagissent aux nouveaux défis ou dont ils tirent les leçons de leurs échecs.

Surveiller les données

Vérifiez si les évaluations du potentiel diffèrent systématiquement selon les groupes d’âge afin de détecter les biais cachés.

En suivant ces recommandations, les organisations peuvent s’assurer que le potentiel n’est plus déterminé par l’âge et qu’il inclut toutes les générations.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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