19.05.2026 à 14:47
Huit conseils pour améliorer son réseau professionnel quand on est introverti
Texte intégral (1240 mots)

Le réseautage n’est pas réservé aux extravertis. En s’appuyant sur leurs forces naturelles, les introvertis peuvent créer des relations professionnelles solides et durables, sans se transformer.
Le réseautage est souvent présenté comme une bonne occasion de démontrer ses qualités professionnelles – poignées de main assurées et échanges rapides dans des salles bondées. Pourtant, pour beaucoup de personnes, en particulier les introvertis, ces situations sont davantage épuisantes que stimulantes.
Nouer des contacts et créer des opportunités de cette manière peut donner l’impression que les extravertis y sont naturellement plus à l’aise. Mais cette idée, et son pendant, à savoir que les introvertis seraient de ce fait désavantagés, est trompeuse.
Le networking n’implique pas nécessairement d’être la personne que tout le monde remarque dans la pièce. Il peut simplement consister à construire des relations de manière authentique et durable. Dans mes recherches sur les femmes entrepreneures, notamment à travers les entretiens menés pour mon nouveau livre, Permission Granted (non traduit en français), j’ai observé que les introverties s’épanouissent lorsqu’elles s’appuient sur leurs forces naturelles plutôt que de jouer les extraverties.
Bien sûr, les hommes peuvent eux aussi être concernés et se heurter aux mêmes idées reçues. Quel que soit votre profil, et où que vous en soyez dans votre carrière, voici mes principaux conseils pour faire de votre introversion une force professionnelle.
1. Comprendre ses forces d’introverti
L’introversion n’est ni de la timidité ni un manque de confiance en soi. Elle renvoie à la manière dont une personne traite l’énergie et l’information. Beaucoup d’introvertis sont des penseurs profonds, de bons auditeurs et des communicants réfléchis – des qualités qui favorisent des relations professionnelles solides et durables.
Inutile de chercher à « faire le tour de la salle ». Se concentrer sur une ou deux conversations plus approfondies est souvent bien plus efficace que de disperser son énergie. Lorsqu’ils abordent le réseautage avec curiosité plutôt que comme une performance, les introvertis y trouvent souvent quelque chose de plus naturel – et de bien plus efficace.
2. Comprendre pourquoi le réseautage est plus difficile pour les introvertis
Dans l’ensemble de mes recherches, approfondies dans mon livre, j’insiste sur un point : le networking est un travail. Il mobilise de l’énergie cognitive et émotionnelle.
Les environnements animés peuvent être excessivement stimulants, et les conversations superficielles épuisantes. Quant à l’injonction à « performer » socialement, elle crée une pression bien avant même que l’événement ne commence.
3. Redéfinir le réseautage
Au fond, le réseautage consiste à créer du lien. Lorsqu’on le voit comme une occasion d’apprendre des autres plutôt que de les impressionner, la pression retombe. Un échange sincère peut marquer bien plus durablement qu’une série de présentations expédiées.
Les gens sont sensibles à la chaleur humaine, à l’attention et à l’intérêt authentique.
4. Tenir compte de son tempérament
La préparation est l’un des grands atouts des introvertis en matière de réseautage. Savoir clairement pourquoi vous participez à un événement permet d’orienter l’expérience et de limiter le sentiment de débordement.
Repérer à l’avance une ou deux personnes que vous aimeriez rencontrer peut aussi aider à se sentir plus ancré. Et prévoir quelques amorces de conversation – par exemple autour du thème de l’événement ou d’intérêts communs – facilite les échanges. Une simple présentation en une phrase suffit souvent pour engager la discussion, sans avoir à forcer les choses.
5. Choisir des environnements qui vous conviennent
Tous les contextes ne conviennent pas à tous les tempéraments. Les introvertis s’épanouissent souvent dans des formats plus structurés ou plus intimes : tables rondes, ateliers en petit comité, petits-déjeuners professionnels ou même échanges en tête-à-tête autour d’un café.
Les grands espaces informels peuvent être déstabilisants ; privilégier des alternatives n’est pas un évitement, c’est une stratégie.
6. Assurer le suivi à sa manière
Les introvertis excellent souvent dans cette phase plus discrète et réflexive de la relation : le suivi. Un message personnalisé sur LinkedIn ou une brève invitation à poursuivre l’échange peuvent faire toute la différence.
Cette manière posée et attentive d’entretenir des relations professionnelles est souvent l’un de leurs atouts – même s’ils n’en ont pas toujours conscience.
7. Protéger son énergie
Le réseautage mobilise une énergie bien réelle. Se sentir vidé après coup n’est pas un défaut, c’est biologique. Prévoir des temps de pause avant et après les événements, limiter leur nombre dans la semaine et s’accorder des respirations pendant les moments les plus denses permet de préserver son équilibre.
Les introvertis ont besoin de gérer leur énergie : intégrer des temps de récupération, protéger ses moments de calme et s’autoriser à se reposer est essentiel pour inscrire le réseautage dans la durée.
8. La profondeur plutôt que le volume
La culture professionnelle valorise souvent la voix la plus forte dans la pièce. Pourtant, les relations durables se construisent par l’écoute, la curiosité et la présence – autant de qualités que les introvertis apportent naturellement. C’est un point central de mes recherches : nul besoin de dominer une pièce pour créer des liens significatifs. Il suffit de réseauter d’une manière qui vous correspond.
Commencez modestement. Protégez votre énergie. Faites confiance à vos forces plus discrètes. C’est dans la profondeur, et non dans le volume, que les introvertis excellent.
Maura McAdam ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.05.2026 à 14:35
Les lecteurs, nouveau comité éditorial ? Le cas de « Shy Girl »
Texte intégral (2086 mots)

L’arrivée de l’intelligence artificielle bouleverse profondément le monde de l’édition. Des auteurs n’hésitent plus en effet à y recourir pour écrire, redéfinissant les conditions d’accès au marché du livre. Devant une telle mutation, les lecteurs ne sont plus de simples consommateurs : leur avis devient déterminant dans les choix éditoriaux, au point de faire reculer certains éditeurs. Faut-il les informer de l’usage de ces outils ? Et comment savoir ce qui, dans un texte, relève potentiellement de l’IA générative ?
Ce débat, loin d’être théorique, s’est récemment invité dans l’actualité éditoriale avec l’annonce de la publication du roman d’horreur Shy Girl de l’écrivaine américaine Mia Ballard, prévue au printemps 2026 par le groupe Hachette. Initialement auto-édité en 2025 et fort de presque 2 000 ventes, l’ouvrage avait en effet été repéré par Hachette Group Book pour rejoindre la collection Orbit.
Cependant, une partie des lecteurs a soupçonné que le livre avait été généré par l’intelligence artificielle, déclenchant une vive controverse en ligne qui a conduit l’éditeur a renoncé à sa publication. Le roman a également été retiré des sites de commerce en ligne comme celui d’Amazon et n’a plus été distribué au Royaume-Uni, malgré une première publication en novembre 2025.
Bien que l’autrice nie avoir utilisé l’IA dans la rédaction de son livre, évoquant plutôt le potentiel recours à ces outils par un prestataire lors de son circuit en auto-édition, cette situation met en lumière un phénomène inédit : les lecteurs sont-ils les nouveaux détecteurs d’IA, se substituant au traditionnel comité éditorial, à défaut d’outils fiables pour scruter minutieusement les manuscrits ? Comment expertisent-ils les publications susceptibles d’avoir été générées par IA, au point d’influencer la décision d’un grand éditeur, prêt à sacrifier des ventes pour préserver sa crédibilité aux yeux de son lectorat ?
L’ochlocratie, ou le pouvoir de la communauté littéraire
Shy Girl, originellement auto-édité, a déclenché le mécontentement d’une partie du lectorat en accédant à l’édition traditionnelle. Des internautes témoignent en effet de leurs doutes sur l’authenticité de la prose humaine de Mia Ballard. Sur le réseau social Reddit, plus de 300 commentaires ont été comptabilisés, évoquant son écriture « machinique ». L’avis d’une internaute sur ce sujet a enregistré plus de 1 400 votes positifs.
Reddit n’est pas le seul espace où ce roman est critiqué. Des passionnés du livre se sont aussi exprimés sur YouTube. Dans une vidéo, intitulée « Je suis presque sûr que ce livre est une daube générée par l’IA », publiée en janvier 2026 sur sa chaîne « Un grand lecteur sans ami », le youtubeur Frankie’s Shelf consacre presque trois heures à décortiquer tant la forme que le fond de Shy Girl. Sa vidéo, qui dépasse le million de vues, cherche à indiquer aux lecteurs les caractéristiques de l’écriture « IAgénique ». Ces remarques faisant le buzz, Hachette, confrontée à une telle ochlocratie (du grec « okhlos », qui signifie « foule », et « kratos », « pouvoir », NDLR) a finalement annulé sa publication, illustrant le nouveau pouvoir des foules littéraires dans les dynamiques éditoriales.
Le recours à l’IA lors de la composition d’un livre dans le circuit de l’auto-édition n’est pas un épiphénomène. Son utilisation semble courante, particulièrement sur la plateforme Kindle Direct Publishing d’Amazon. Ouvert à tous et sans filtre éditorial, ce canal de publication permet à des ouvrages générés par IA de franchir facilement les portes du marché du livre. Devant une telle situation, les éditeurs traditionnels s’inquiètent. Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française, alerte : « Des centaines de milliers de faux livres circulent sur Amazon. » Et Coralie Piton, présidente directrice générale des éditions du Seuil, en analyse les conséquences : « Ils (les livres auto-édités générés par IA) occupent de l’espace numérique, et c’est de l’espace en moins pour les autres. »
Les éditeurs ne sont pas les seuls à s’alarmer. De nombreux auteurs s’inquiètent aussi devant la vitesse d’écriture de tels robots, capables de générer une multitude de textes en quelques prompts. Le journaliste Frank Landymore cite par exemple la romancière Coral Hart qui utilise Claude, l’IA d’Anthropic, pour produire des romans d’amour à la chaîne : « À travers 21 pseudonymes différents, Hart affirme avoir produit plus de 200 romans d’amour l’an dernier [2025] et les avoir auto-édités sur Amazon », note-t-il. Or, si jusqu’ici la plupart des livres auto-édités, générés en tout ou partie par IA, restaient cantonnés sur les plateformes d’auto-édition, ce n’est pas le cas de Shy Girl.
Autopsie d’un corps littéraire
Il n’existe pas encore d’outils fiables capables de détecter avec certitude le recours à l’IA dans l’écriture d’un roman. Si quelques logiciels sont présents sur le marché, leurs résultats sont souvent approximatifs et donc insuffisamment précis pour constituer une preuve solide.
Comment des internautes, généralement non spécialistes en IA, parviennent-ils à déterminer le degré d’IA présente dans un texte, quand les détecteurs automatiques eux-mêmes peinent encore à l’identifier ?
La plupart des internautes sur Reddit sont des lecteurs, des auteurs et quelques éditeurs, éloignés du monde professionnel des technologies qui sont à l’origine des IA génératives. Si certains reconnaissaient commenter sans avoir lu le livre, d’autres, à l’inverse, ont, sans outils rigoureux ni véritable méthodologie, décortiqué chaque paragraphe et dégagé des similitudes récurrentes.
Plusieurs internautes soulignent que Shy Girl aurait pu être facilement identifié par un comité éditorial scrupuleux. Selon eux, l’empreinte de l’IA serait en effet perceptible dès la première phrase du roman : « “Je porte une robe rose, du genre qui promet de la douceur et n’en donne aucune.” Cette première ligne, c’est du pur ChatGPT », souligne @lucxf, en évoquant aussi les structures de phrases réplétives et artificielles qu’il a pu détecter.
D’autres critères reviennent fréquemment comme « les répétitions, l’absence d’intrigue et le style très cliché » indique @KRwriter8, ou encore « l’usage excessif de comparaisons », comme l’écrit @cosmicsprouts, mais aussi « des tics linguistiques, l’absence d’imperfection grammaticale et l’absence de phrases longues et complexes » selon @r/horrorlit.
Au-delà de l’analyse stylistique, le recours à certains signes typographiques, pourtant courant dans la langue française comme l’usage du tiret cadratin, devient aussi un indice suspect comme l’explique @cstrdmnd. Cependant, cette autopsie du texte met en évidence le caractère largement subjectif des critères mobilisés.
Dans ces circonstances, un auteur maladroit ou au style non sophistiqué doit-il pour autant être assimilé à une production d’IA ? Plus largement, faut-il retirer de la vente un livre ayant suscité un réel intérêt en auto-édition, enregistrant une moyenne de 3,51 étoiles sur 5 sur Goodreads en mars 2026, au même titre qu’on retirerait la photo d’un mannequin sous prétexte qu’il serait photoshopé ?
Malaise chez les auteurs
Au-delà du cas de Shy Girl, cette situation questionne plus largement la question de l’authenticité des écrits. Devant le risque d’une forme de paranoïa éditoriale, les éditeurs, mais aussi désormais les auteurs, s’inquiètent : comment prouver qu’un texte est d’origine humaine ? Une telle question ne s’était sans doute jamais posée dans l’histoire littéraire.
Pour affronter une telle situation, certains écrivains évoquent la nécessité d’archiver leurs traces scripturales. Il ne s’agit plus seulement d’archiver pour conserver les différentes étapes littéraires mais d’archiver pour prouver l’origine humaine d’une publication, ainsi que le suggère @Abcdella. D’autres vont encore plus loin dans la démarche, n’hésitant pas à recourir aux bons vieux cahiers manuscrits afin de documenter l’ensemble du processus créatif de leur travail en cas d’accusation, comme le préconise @trashov. Dans ce contexte, une question demeure : « Verra‑t‑on un jour les auteurs déposer en bibliothèque les prompts relatifs à leurs manuscrits afin que l’on puisse par la suite reconstituer la genèse de leurs écrits ? ». Il s’agit là d’un renversement de situation inédit. Ce ne sont plus les machines qui tentent d’imiter les écrivains, mais les écrivains qui doivent désormais prouver qu’ils ne sont pas des machines.
Reste à savoir jusqu’où ira cette méfiance, car à force de traquer les signes d’une écriture artificielle, le risque est de voir s’installer un climat de suspicion généralisée, où chaque style, chaque tournure, chaque singularité pourrait devenir une preuve à charge. Est-ce qu’à terme un éditeur se verra obliger d’enfermer ses auteurs dans un lieu déconnecté lors de la rédaction d’un manuscrit ?
L’enjeu n’est alors plus seulement de distinguer l’humain de la machine, mais de préserver ce qui fait la valeur même de l’écriture humaine, sa liberté.
Stéphanie Parmentier ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
19.05.2026 à 12:24
Rougeole : Aux États-Unis, l’immunité collective fléchit dans certains comtés
Texte intégral (1855 mots)

Alors que le risque lié à la circulation de la rougeole demeure une préoccupation aux États-Unis, l’immunité collective dans le comté d’Allegheny, en Pennsylvanie, fléchit. Selon des données obtenues par le Washington Post en janvier 2026, dans ce comté, durant l’année scolaire 2023-2024, un élève de maternelle sur trois était scolarisé dans une classe où la couverture vaccinale était trop faible pour empêcher une flambée de rougeole. Quelles pourraient être les implications futures en matière de santé publique d’une baisse des taux de vaccination ?
Kar-Hai Chu, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Pittsburgh, et Maggie Slavin, responsable de programme de recherche au sein du département Sciences du comportement et de la santé communautaire, font le point pour The Conversation.
Contrairement aux écoles publiques, les écoles privées et confessionnelles du comté d’Allegheny se situent sous le seuil d’immunité collective. Comment expliquer cet écart ? Faut-il s’en inquiéter ?
Les travaux de recherche montrent que l’écart de couverture vaccinale entre les écoles privées ou confessionnelles et les écoles publiques tient au fait que les premières enregistrent des taux plus élevés de dispenses de vaccination pour motifs moraux ou religieux.
À l’échelle locale, les taux de vaccination dans les écoles du comté d’Allegheny sont en recul et se situent en dessous du niveau requis pour enrayer la propagation de la rougeole, estimé à 95 %. Entre les années scolaires 2023-2024 et 2024-2025, les écoles publiques ont affiché une baisse globale de leur couverture. Les écoles privées et confessionnelles ont, quant à elles, vu la leur progresser globalement, avec cependant une plus grande variabilité d’un établissement à l’autre.
Quel que soit le type d’établissement, les enfants doivent disposer d’un schéma vaccinal complet et à jour afin non seulement de se protéger eux-mêmes, mais aussi de protéger la collectivité. En effet, même de faibles baisses des taux de vaccination peuvent favoriser la propagation de la maladie.
Qu’appelle-t-on « vaccins combinés » ? Depuis quand sont-ils utilisés ?
Ce terme désigne des vaccins qui protègent contre plusieurs maladies, tout en étant administrés en une seule injection. Utilisés depuis les années 1940, les vaccins combinés comptent parmi les outils les plus efficaces de l’histoire de la santé publique.
Parmi les vaccins combinés les plus courants figurent, par exemple, le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche ou le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR). Aux États-Unis, le vaccin ROR est homologué depuis 1971. Il a contribué à l’élimination de la rougeole dans le pays en 2000. Au cours de la décennie qui a suivi son introduction, le nombre de cas de cette maladie a diminué de 80 % .
Pourquoi certains responsables gouvernementaux réclament-ils la dissociation de ces vaccins combinés ?
Les responsables états-uniens qui prônent la dissociation des vaccins combinés invoquent des allégations infondées établissant un lien avec l’autisme ainsi que des inquiétudes quant au nombre de vaccins administrés simultanément.
Ces allégations contredisent des décennies de données scientifiques attestant l’innocuité et l’efficacité des vaccins combinés.
Qui détermine les recommandations vaccinales aux États-Unis ?
Depuis 1964, l’Advisory Committee on Immunization Practices (ACIP, comité consultatif sur les pratiques vaccinales) formule des recommandations vaccinales fondées sur les données probantes. Ce comité est composé d’experts en médecine et en santé publique bénévoles, nommés par le secrétaire à la santé et aux services sociaux (Secretary of Health and Human Services). Leurs mandats, échelonnés, durent quatre ans.
Ces experts examinent les données scientifiques tout au long de l’année et actualisent les recommandations en conséquence. La mise en œuvre de ces recommandations relève cependant de la compétence de chaque État. Sous l’administration actuelle, les recommandations vaccinales ont été politisées, ce qui les nimbe d’une sorte de flou.
En juin 2025, le secrétaire à la santé Robert F. Kennedy Jr, qui a un long passé de promotion de désinformation en matière de vaccins, a pris une mesure sans précédent : il a révoqué les 17 membres du comité consultatif sur les pratiques vaccinales, puis a nommé 12 nouveaux membres, aux qualifications contestables et présentant des conflits d’intérêts. Cette décision peut être considérée comme une rupture fondamentale avec le processus fondé sur les preuves qui protégeait la santé publique depuis plus de soixante ans.
Les représentants du ministère de la santé de Pennsylvanie et le gouverneur actuel de l’État, Josh Shapiro, ont déclaré qu’ils continuaient d’adhérer aux recommandations vaccinales fondées sur les données probantes émanant des principales associations médicales nationales, telles que l’American Academy of Pediatrics (Académie américaine de pédiatrie), l’American Academy of Family Physicians (Académie américaine des médecins de famille) et l’American College of Obstetricians and Gynecologists (Collège américain des obstétriciens et gynécologues).
Quelles sont les conséquences concrètes de la mésinformation et de la désinformation vaccinales ?
Nous en avons un exemple éloquent sous les yeux : la rougeole se propage de nouveau aux États-Unis. En 2025, 2 255 cas ont été confirmés, soit près du double du pic de 1 274 cas enregistré en 2019.
Si, pour l’année 2026, aucun cas de rougeole n’a encore été confirmé dans le comté d’Allegheny, le ministère de la santé de Pennsylvanie a annoncé que des cas ont en revanche été signalés dans le comté de Lancaster le 3 février. Il a été établi que les personnes concernées n’étaient pas vaccinées.
Les personnes non vaccinées présentent un risque 140 fois plus élevé de contracter la rougeole que les personnes vaccinées. Plus de 90 % des cas survenus aux États-Unis en 2025 concernaient des personnes non vaccinées, ou dont le statut vaccinal était inconnu.
Lorsque des responsables gouvernementaux deviennent eux-mêmes des vecteurs de mésinformation, le risque croît de façon exponentielle. L’Organisation mondiale de la santé classe l’hésitation vaccinale parmi les plus grandes menaces pour la santé mondiale.
Comment préserver les politiques vaccinales fondées sur les preuves ?
Selon l’Académie américaine de pédiatrie, les politiques mises en œuvre au niveau des États pourraient offrir une meilleure réactivité pour faire face aux besoins rencontrés aux échelles locales, tout en continuant à respecter les standards de la médecine fondée sur les preuves.
Le renforcement des politiques étatiques joue un rôle déterminant pour garantir l’accès à la vaccination. En Louisiane, par exemple, le fait de présenter la vaccination comme un geste de protection envers ses voisins s’est avéré un levier efficace en matière de sensibilisation des communautés locales. Dans le Dakota du Sud, les défenseurs de la vaccination interpellent les chefs d’entreprise en mettant en avant les bénéfices économiques qu’elle génère. L’Oregon a élaboré un modèle de financement permettant aux prestataires de soins et aux cliniques d’accéder aux vaccins sans avance de frais : ils ne remboursent l’État qu’une fois que les assureurs les ont dédommagés.
Les citoyens peuvent aussi agir en soutenant les organisations qui privilégient les décisions fondées sur des données scientifiques plutôt que sur des témoignages anecdotiques. Ils peuvent exiger que les politiques publiques soient élaborées de façon transparente, et se former pour être capables de faire la distinction entre un débat scientifique légitime et des pratiques de désinformation coordonnées. Ces étapes sont essentielles pour protéger les politiques vaccinales. Pour finir, rappelons que les recommandations 2026 de l’American Academy of Pediatrics ont été jugées fiables par douze organisations de professionnels de santé différentes, qui représentent plus d’un million de spécialistes en pédiatrie.
Kar-Hai Chu reçoit des financements des NIH.
Maggie Slavin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.