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11.07.2026 à 15:58

Plages et baignades : dix conseils pour profiter pleinement de l’océan cet été

Jeoffrey Dehez, Chargé de recherche en économie des loisirs et environnement, Inrae
Bruno Castelle, Directeur de Recherche CNRS, Université de Bordeaux
Quelles sont les principales choses à vérifier lorsque l’on arrive sur une plage pour se baigner en toute sécurité ? Petit récapitulatif.
Texte intégral (2700 mots)

Que signifie un drapeau jaune sur une plage ? À quel moment les courants de baïnes sont-ils les plus intenses ? Que faire si un courant nous emporte au large ? Le point sur les choses à savoir pour se baigner en toute sécurité.


La plage est un environnement exceptionnel, et notre territoire possède une façade maritime extrêmement étendue. Cet été, il est fort probable que le littoral reste la première destination touristique des Français.

Se baigner en mer ou dans l’océan est un plaisir simple qui présente d’indéniables bienfaits pour la santé. Cependant, ce qui en fait l’attrait peut aussi se révéler dangereux, si l’on n’y prête pas un minimum attention.

Voici quelques conseils de sécurité élémentaires, fondés sur la recherche scientifique et l’expertise des nageurs sauveteurs.

1. Se renseigner avant de partir

Avant d’aller planter son parasol dans le sable ou d’étendre sa serviette sur les galets, on pense généralement à consulter la météo et les conditions de circulation pour accéder aux plages.

Un autre bon réflexe est de se renseigner sur la taille des vagues et l’état de la marée, en particulier sur les plages exposées aux houles océaniques et sur celles sur lesquelles le marnage (c’est-à-dire la différence entre la hauteur d’eau à marée basse et la hauteur d’eau à marée haute) est potentiellement important (Atlantique, mer du Nord, Manche). En effets, dans bon nombre d’endroits, ces deux paramètres conditionnent les aléas (c’est-à-dire les dangers), notamment les courants ou les vagues de shore break, aussi appelées vagues de bord.

En plus de leur hauteur, la « période » des vagues (autrement dit la durée qui sépare deux vagues successives) est une autre information potentiellement importante. Des houles dites « longues » (c’est-à-dire avec une longue période entre deux vagues), formées par des dépressions lointaines plusieurs jours avant, peuvent générer des vagues plus puissantes et des courants plus forts que les vagues dites « courtes ».

Particulièrement recherchées par les surfeurs, les houles longues sont plus rares en été, mais elles peuvent tout de même arriver.

2. Lire les panneaux d’information

En arrivant à la plage, il vaut mieux prendre quelques minutes pour lire les panneaux d’informations. Ces derniers indiquent la façon dont la surveillance s’organise, la signification des drapeaux et les horaires de présence des nageurs sauveteurs.

Y figurent aussi les conditions du jour (température de l’air et de l’eau, taille des vagues, horaires de marée) et les éléments de vigilance locaux (alerte canicule, alerte orage, présence de méduses, etc.). Parfois même, les courants spécifiques à la plage y sont schématisés, avec la localisation de la zone de bain.

Ces panneaux sont généralement situés à côté du poste de secours ou dans l’accès à la plage. Non loin du poste de secours se trouve également le drapeau indiquant la dangerosité de la baignade. Ce dernier suit un code à trois couleurs :

  • il est vert si la baignade est surveillée et sans danger apparent ;

  • il est jaune si la baignade est surveillée, avec un danger limité ou marqué ;

  • il est rouge si la baignade est interdite ; dans ce dernier cas, les nageurs sauveteurs seront présents sur site.

Si le drapeau est baissé ou absent, alors la baignade n’est pas surveillée : dans ce cas, les usagers se baignent à leurs risques et périls. Se baigner seul constitue naturellement un facteur de risque supplémentaire à éviter.

3. Savoir identifier les zones de bain, et les respecter

En ce qui concerne la matérialisation des zones de bain, la France se conforme depuis 2022 aux standards internationaux. En théorie, la signalétique utilisée sur les plages françaises va donc être retrouvée dans la plupart des pays où l’on est susceptible de voyager.

Les zones de bain sécurisées et surveillées sont délimitées entre deux drapeaux rectangulaires bicolores jaune et rouge (ceux-ci remplacent les flammes triangulaires bleues utilisées jusqu’en 2022).

En France, ces zones sont exclusivement réservées à la baignade : elles sont donc interdites aux activités nautiques telles que le surf. À l’inverse, des zones consacrées au surf sont parfois signalées par un drapeau rectangulaire à damier noir et blanc, sur la plage.

L’établissement de telles zones de bain sécurisées, implantées dans les secteurs les plus favorables à la baignade, permet une surveillance optimale et permanente par les nageurs sauveteurs, favorise une intervention rapide en cas de besoin et participe à la réduction du risque d’accident et de noyade.

4. Ne pas se précipiter, prendre le temps d’observer

Même si l’envie est forte, à l’arrivée sur la plage il faut toujours prendre le temps d’évaluer les conditions.

Il faut faire attention à l’entrée dans l’eau après une exposition prolongée au soleil (c’est d’ailleurs encore mieux d’éviter une telle exposition…). En effet, un brusque changement de température lors de l’entrée dans l’eau peut entraîner différentes réactions physiologiques, notamment une stimulation vagale, pouvant provoquer un malaise, une perte de connaissance voire, dans de rares cas, un arrêt cardiaque. Ces réactions, maladroitement rassemblées dans le langage courant sous le terme « hydrocution », augmentent le risque de noyade.

Autre recommandation importante : ne jamais plonger la tête la première, a fortiori quand on ne connaît pas le fond. Le risque de se blesser, en particulier aux vertèbres cervicales, est en effet bien réel.

Ce risque est également très élevé avec les vagues de bord, ou vagues de shore break. Ces vagues déferlent brutalement au bord de la plage dans très peu d’eau. Elles ne sont pas nécessairement très grosses, mais peuvent faire chuter violemment les baigneurs et les plaquer au sol. Il ne faut pas essayer de sauter au-dessus de la vague : il est recommandé de passer sous elle et de ne jamais lui tourner le dos afin d’éviter d’être projeté violemment contre le sable.

5. Ne pas surestimer ses capacités

Pour se baigner en toute sécurité, savoir nager est évidemment un prérequis indispensable. Mais les piscines où se dispense cet apprentissage n’ont rien à voir avec le milieu naturel, en particulier l’océan. Les vagues, les courants ou l’absence de repères changent complètement la donne.

De plus, nous avons forcément une vision subjective de nos aptitudes, parfois soumise à des biais cognitifs documentés dans la littérature scientifique. Lesdits biais nous incitent à retenir uniquement les informations qui nous confortent dans notre sentiment (de compétence, par exemple) et à oublier les autres.


À lire aussi : Prévention des noyades : face à l’océan, aiguisons notre perception du risque


Les études montrent que ces biais sont plus souvent présents chez les hommes que chez les femmes, lesquelles se comportent généralement de façon plus prudente. Selon les données des enquêtes NOYADES 2018 et 2021 analysées par Santé publique France, les noyades graves concernaient davantage les hommes. Il importe donc de rester humble vis-à-vis de ses capacités.

6. Surveiller les enfants, à tous âges

Si les jeunes enfants se noient surtout en piscine, les adolescents et les adultes ont plus d’accidents en milieu naturel.

Les plus petits requièrent une attention de tous les instants. La bouée, le gilet flottant ou les brassards ne remplaceront jamais la surveillance d’un adulte.

Et si l’on préfère rester sur la plage, il vaut mieux faire des châteaux de sable que de creuser des trous avec eux. En effet, les trous creusés dans le sable peuvent s’effondrer brutalement, ensevelissant partiellement ou totalement une personne, en particulier les enfants.

Lorsque les enfants seront devenus adolescents, la prévention ne devra pas se limiter à l’apprentissage de la natation. Même à cette période de la vie, le rôle des parents reste essentiel, notamment en matière d’exemplarité.

7. Face au courant, ne pas lutter

Les courants d’arrachement sont des courants intenses et étroits dirigés vers le large qui prennent naissance dans la zone de déferlement, parfois très près de la plage, et qui peuvent s’étendre bien au-delà des déferlantes. Ils se forment lorsque leur eau trouve un passage pour retourner vers le large, souvent par des chenaux sous-marins incisant les bancs de sable.

Il existe plusieurs types de courants d’arrachement que l’on peut retrouver sur diverses façades maritimes en France, ou dans le monde.

Dans le sud-ouest de la France, les courants dits de « baine » appartiennent à cette famille de courants. Ils sont généralement plus intenses entre la mi-marée et la marée basse et peuvent être violents, de l’ordre d’un mètre par seconde, même par houle de taille moyenne.

Des courants d’arrachement peuvent également se former en Méditerranée. En outre, des courants d’arrachement spécifiques peuvent se former aux abords des épis et des digues rocheuses.

Si l’on est emporté, il ne faut pas lutter mais flotter et se laisser dériver, pour économiser ses forces, garder son calme, signaler sa présence par de grands mouvements de bras afin d’être repéré pour être ensuite pris en charge par les secours. La panique est souvent la principale cause de l’accident.

Si on peut difficilement l’empêcher, des stratégies peuvent aider à la limiter, par exemple se concentrer sur sa respiration, que l’on essaie de maintenir lente et régulière. Cela permet d’adopter plus facilement des comportements adaptés.

À lire aussi : Baïnes et courants d’arrachement : ce qu’il faut savoir avant d’aller se baigner

8. Garder à l’esprit que porter secours ne s’improvise pas

Chaque année, de nombreuses personnes se noient en tentant de porter assistance à quelqu’un.

Sur la plage, il ne faut absolument pas se précipiter dans l’eau si l’on est témoin d’un accident, au risque de se mettre en danger soi-même. S’il n’y a pas de sauveteurs à proximité immédiate, il faut appeler le 112 ou le 196 (pour les secours en mer) qui basculeront l’appel vers le poste de secours le plus proche.

Si l’on est en train de surfer ou de pratiquer une activité nautique impliquant l’emploi d’une planche, cette dernière peut constituer un précieux support pour se reposer ou aider une autre personne.

9. Ne pas consommer d’alcool

Sur les plages, la consommation d’alcool est très souvent interdite par arrêté municipal. Il s’agit en effet d’un facteur de risque très aggravant en matière d’accidents, comme l’ont démontré de nombreuses études scientifiques.

Les vagues de chaleur estivales incitent nombre d’entre nous à adapter nos horaires de visite en arrivant plus tard, par exemple pour profiter d’un pique-nique en soirée. Ces moments festifs constituent une tentation supplémentaire pour consommer de d’alcool, à une période où, qui plus est, la baignade ne sera plus surveillée.

Raison de plus pour ne pas relâcher sa vigilance durant de tels moments : on reste sur la plage et on profite du coucher de soleil…

10. Expérimenter, apprendre

À la plage, une large part de l’activité des nageurs sauveteurs consiste à faire de la prévention et à communiquer. Il ne faut donc pas hésiter à aller à leur rencontre. Et, pourquoi pas, s’immerger dans leur quotidien.

Dans les Landes, le syndicat mixte de gestion des baignades landaises (SMGBL) a développé le dispositif « NSXL Tour », qui propose de passer quelques heures dans la peau d’un nageur sauveteur, afin d’appréhender les diverses facettes du métier.

Depuis peu, le SMGBL a également mis en place la « NSXL Académie » qui offre des sessions gratuites d’initiation au sauvetage professionnel.

Pour les plus jeunes, un autre programme, « Junior Lifeguard », porté par une association basée en Charente-Maritime, initie gratuitement aux gestes de secours, aux règles de sécurité et à l’environnement côtier.

Qui sait ? Ces premières expériences créeront peut-être des vocations qui pourraient amener certaines personnes à s’inscrire dans des club de sauvetage aquatique à la rentrée ? Et pourquoi pas, viser de participer aux Jeux olympiques de Brisbane, en Australie, en 2032 : le sauvetage aquatique pourrait y faire partie des sports des démonstrations !


Cet article a été co-écrit avec Guillaume Blancart, chef de poste sur la commune de Seignosse (Landes) et coordinateur du dispositif NSXL.

The Conversation

Jeoffrey Dehez est membre du groupe de recherche sur la sécurité de la baignade de l'université de New South Wales (University of New South Wales Beach Safety Research Group) Jeoffrey Dehez a reçu des fonds du Conseil Régional de Nouvelle Aquitaine

Bruno Castelle est membre du groupe de recherche sur la sécurité de la baignade de l'université de New South Wales (University of New South Wales Beach Safety Research Group).

11.07.2026 à 11:05

Et si les fan-zones étaient plutôt des « fun zones » ?

Nico Didry, Maître de conférences en ethnomarketing, Stratégies Economiques du Sport et du Tourisme, CREG, Université Grenoble Alpes (UGA)
Contrairement à ce que son appellation pourrait laisser penser, la fan-zone est bien plus qu’un espace réservé aux supporters. D’où vient l’engouement pour ces espaces collectifs et festifs ?
Texte intégral (1813 mots)

Au-delà des supporters d’une équipe sportive, les fan-zones attirent un public bien plus large à la recherche d’un moment fun. Plongeons dans cette expérience collective pour comprendre les raisons de cet engouement.


Assister à une rencontre sportive au sein d’un large public permet de vivre ce que Durkheim a appelé les effervescences collectives qui sont la conséquence d’une sacralisation du sentiment d’appartenance collective. Ce besoin de se retrouver physiquement, de vivre ensemble et partager des émotions dans notre société de plus en plus digitalisée.

Dans ce contexte, les événements sportifs et musicaux (concerts, festivals, free party) tendent à remplacer les grands rassemblements (notamment religieux ou politiques) qui constituaient autrefois des espaces privilégiés de communion émotionnelle collective.

Mes précédentes études ont montré que les dimensions sociales et émotionnelles de l’expérience jouent un rôle central pour le spectateur ou le festivalier ; confirmant dans le secteur de l’événementiel, le résultat des études en psychologie sociale de P. Rimé : les individus cherchent plus à vivre une émotion pour la partager que pour la ressentir eux-mêmes. Ce phénomène explique en grande partie le succès des fan-zones, quelle que soit leur forme


À lire aussi : Les fan-zones, fan ou pas fan ?


La fan-zone, un espace de communion émotionnelle avant tout

Notre étude met en avant le fait que la fan-zone est perçue comme un espace de lien social et de vécu collectif aussi bien avant de s’y rendre qu’après avoir vécu l’expérience. Certains s’y rendent pour « vibrer ensemble », notamment quand il n’est pas possible d’accéder au stade :

« Tu vas dans la fan-zone, car tu n’as pas envie de regarder le match tout seul ou à deux chez toi, c’est plus grand qu’un pub, c’est pas mal, car tu n’as pas forcément les moyens [d’aller sur l’événement], ça remplace avantageusement, tu sors de chez toi, tu es avec d’autres supporters. » (Vincent)

Elle développe donc le sentiment de communion émotionnelle, de vivre ensemble un moment mémorable :

« On a senti la bonne humeur de tout le monde, c’était agréable de voir la foule réunie derrière les équipes françaises. » (Emmanuelle, JOP 2024, Club France à Nantes.)

La circulation des émotions via le phénomène de contagion émotionnelle – qui fait que l’on est saisi et touché par les émotions exprimées par les autres et que l’on va partager à son tour – est renforcée par la configuration spatiale des fan-zones, qui implique une grande proximité entre les spectateurs. Cette forte densité sociale ne se retrouve d’ailleurs pas systématiquement lors d’événements sportifs lorsque les espaces dédiés au public sont peu concentrés (spectateurs le long de la route du Tour de France, ou du parcours d’un biathlon) ou que le stade est parsemé.

Dans les fan-zones, ce partage d’émotions recherché par les spectateurs d’événement sportifs y est omniprésent :

« L’intérêt de la fan-zone, c’est de partager à l’instant T, partager cette ferveur à distance avec des gens, c’est la puissance de regarder du sport à plusieurs, après l’émotion est décuplée. » (Marie)

Les valeurs sociales associées au vécu de l’événement sportif (interactions sociales, communion, patriotisme) sont importantes et sont systématiquement présentes dans ces espaces.

Ainsi, la fan-zone répond à l’attente des spectateurs sur le plan social et émotionnel, c’est son point fort. Néanmoins, au regard des autres dimensions de l’expérience, les représentations demeurent largement négatives.

Un espace ludique, malgré une mauvaise image

Les représentations des fan-zones sont assez mauvaises, l’expérience n’apparaissant pas forcément agréable a priori (confort, qualité de la vision, possibilité de choisir sa place et sa position (assis ou debout par exemple). Elles sont souvent perçues comme des espaces très basiques :

« Sur une place en plein air avec plein de gens serrés. » (Karine)

Pourtant, dans certaines fan-zones, par exemple celles des JOP 2024 à Paris et dans les grandes villes, de nombreuses animations étaient mises en place. L’expérience ne se réduisait pas à la projection des épreuves sportives sur écran géant mais incluait de nombreux services pour les visiteurs (restauration, jeux, spectacles, présentations, DJ ou concerts…). Dans ce cadre-là, l’expérience peut être très ludique et interactive, ce qui ne sera pas le cas dans la fan-zone organisée par un bar.

D’ailleurs, les fan-zones institutionnelles (gérées par les organisateurs de l’événement) sont ouvertes bien en amont et en aval de la rencontre sportive à l’instar de la fan-zone mise en place par le PSG au Parc des Princes pour les finales de la ligue des champions 2025 et 2026 ne se déroulant pas à Paris. Ce type de fan-zones sont par ailleurs considérées par certains spectateurs d’événements sportifs comme « un piège à touristes ou piège à consommation » (Pierre).

La fan-zone de New Jersey lors de la Coupe du monde de football 2026 est d’ailleurs la première fan zone payante. Cette image marchande tend à occulter, dans les représentations, la dimension ludique que peut revêtir une fan-zone.

Un substitut à l’expérience télévisée ou à l’expérience du stade ?

Au premier abord, la fan-zone est d’abord perçue comme un remplacement de l’expérience télévisée :

« Ça ne remplace pas le stade, c’est un ersatz, la fan-zone va plutôt remplacer l’expérience TV chez toi, c’est l’intermédiaire, tu vas dans la fan-zone, car tu n’as pas envie de regarder le match tout seul chez toi. » (Vincent)

L’expérience fan-zone est souvent associée à l’expérience TV chez soi par les répondants, qui comparent (ou opposent) l’expérience in situ à l’expérience « écran » :

« Ce que tu vis, tu ne peux pas le comparer à ce que tu regardes à la télé. » (Clément)

Cependant, il est à noter que l’expérience spectateur sur site se rapproche parfois de l’expérience fan-zone en fonction des sports. C’est le cas notamment pour les sports de plein air :

« Quand tu vas voir une course de ski alpin, c’est un peu une fan-zone, tu regardes le coureur sur l’écran, puis tu vois le coureur deux secondes passer la ligne d’arrivée. » (Thierry)

ou encore :

« Au biathlon, on est au bord de la piste et donc on essaie d’avoir un écran en face de nous. » (Karine)

Une fois l’expérience fan-zone vécue, elle peut apparaître comme un substitut à l’expérience stade, notamment au niveau émotionnel :

« Pour aller en fan-zone, faut être droguée, être shootée aux sensations, sur les JO, j’allais en fan-zone si je n’avais pas de billet. » (Patricia)

De plus, l’expérience fan-zone, même à distance, procure un sentiment d’appartenance à l’événement, le sentiment de pouvoir participer à la fête : « Y être sans y être » (Valérie, fan-zone JOP 2024, à Angers). Ce qui participe aussi à une forme d’inclusion pour ceux qui n’ont pu acheter des billets :

« Ici, on a l’impression d’assister aux compétitions comme si on était dans les gradins. » (Jérémy, JOP 2024, Club France Paris.)

ou bien :

« On a vécu l’esprit JO, je me dis que moi aussi je suis allé aux Jeux, alors que je ne suis pas allé voir une épreuve en direct. » (Marie, JOP 2024, Club France Paris.)

Ainsi, vivre l’événement sportif en fan-zone locale ou distale peut être, du point de vue de la valeur affective, une solution de remplacement à l’expérience sur site pour certains spectateurs.

Et enfin, cela peut aussi être ni l’un ni l’autre pour les personnes qui n’auraient pas regardé le match à la télé et encore moins acheté des places pour le stade mais qui vont quand même aller dans une fan-zone. Car comme nous l’avons vu, on ne va pas dans une fan-zone uniquement pour supporter son équipe ou regarder le spectacle sportif mais pour vivre un moment partagé. Nos observations montrent que c’est particulièrement le cas dans les fan-zones opportunistes (les bars, par exemple), ou intimes (organisées dans une sphère privée) même si on retrouve ce type de profil aussi dans les fan-zones institutionnelles.

Fan-zone ou « fun zone » ?

On y vient aussi pour jouer, que cela soit jouer à faire la ola, à chanter ensemble, s’amuser et interagir avec les autres tout en regardant l’écran de manière plus ou moins intense en fonction du profil du spectateur. En ce sens la fan-zone est aussi un espace ludique qui n’est pas exclusivement plébiscité par le fan, défini comme « admirateur enthousiaste, passionné de quelqu’un, de quelque chose ». En somme, on y vient pour avoir du fun !

La fan-zone est alors plus qu’un « espace réservé aux supporters » (selon la traduction de fan-zone proposée par l’Académie française). Si certains sont fans de l’équipe qui joue, d’autres apprécient l’événement, quand les « passionnés de la fête » y voient un simple prétexte à célébration collective.

The Conversation

Nico Didry a reçu le soutien du Centre d’Études Olympiques Français pour cette recherche.

11.07.2026 à 11:04

Pays pauvres : comment les institutions financières internationales leur permettent de se financer à moindre coût ?

Tidiani Sidibe, Doctorant en Banque & Finance, Université de Perpignan Via Domitia
Éric Paget Blanc, Professeur en sciences de gestion, Université d’Evry – Université Paris-Saclay
Pourquoi les banques multilatérales de développement prêtent-elles aux pays pauvres ? Leur secret tient au statut de créancier privilégié.
Texte intégral (2254 mots)

Alors que les pays les plus pauvres connaissent des situations économiques fragiles, les banques multilatérales de développement, ou BMD, comme la Banque mondiale, leur octroient des prêts à des conditions avantageuses par rapport à des banques commerciales et aux marchés financiers. Quel est leur secret pour éviter des pertes sur ces opérations ? La réponse se trouve du côté du statut de créancier privilégié ou preferred creditor status.


Les pays à faible revenu se caractérisent par un accès très limité, voire inexistant, aux marchés internationaux de capitaux en devises comme le dollar, l’euro, la livre sterling ou le yen – ces marchés permettent aux États d’emprunter auprès d’investisseurs internationaux. Cette quasi-exclusion s’explique par la fragilité de leurs finances publiques, mais aussi par leur forte exposition à des chocs politiques, climatiques ou sécuritaires.

En conséquence, le risque de non-remboursements des prêteurs (ou risque de défaut souverain) est structurellement plus élevé pour ces pays que pour les économies avancées ou émergentes. Résultat ? Les prêteurs privés tels que les banques commerciales et les marchés sont dissuadés de leur accorder des financements. A contrario, ils n’hésitent pas à prêter aux pays riches endettés, car ils ont confiance – à tort ou à raison – dans le fait d’être remboursés.

Dans ce contexte, les institutions financières internationales, notamment les banques multilatérales de développement – Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque asiatique de développement, etc. – jouent un rôle central dans le financement des pays pauvres. Elles ont reçu de la part de leurs États membres un mandat de prêteur contracyclique, à savoir leur accorder des financements alors que les acteurs privés s’y refusent.

Pour autant, elles subissent peu de pertes et leur qualité de crédit, mesurée par la note de crédit, ou rating, est généralement très élevée.

Pour expliciter ce paradoxe, notre article met en évidence un mécanisme institutionnel propre aux banques multilatérales de développement (BMD) : le statut de créancier privilégié, ou preferred creditor status (PCS). Concrètement, lorsqu’un État éprouve des difficultés à rembourser sa dette, il accorde la priorité au service des prêts des banques multilatérales de développement par rapport à ses autres créanciers – banques commerciales, détenteurs d’obligations ou prêteurs bilatéraux.

Dépendance aux notations de S&P, Moody’s et Fitch

La question du financement en devises des pays pauvres, comme le dollar ou l’euro, se pose avec une acuité particulière lorsque l’accès aux marchés internationaux dépend fortement des notes souveraines.

L’obtention d’une « note en catégorie d’investissement » attribué par les grandes agences de notation financière – Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch – constitue une condition clé pour mobiliser des ressources financières à des conditions soutenables. Or, la majorité des pays pauvres ne remplissent pas ces critères. Pour nombre d’entre eux, les banques multilatérales de développement sont leurs principaux bailleurs de fonds.


À lire aussi : African Credit Rating Agency : l’Afrique cherche à s’émanciper des agences de notation occidentales


Certes, des initiatives émergent pour développer une grande agence de notation africaine, afin de mieux tenir compte des réalités économiques et institutionnelles du continent. À ce jour, les trois grandes agences internationales continuent de jouer un rôle central dans l’appréciation du risque souverain de ces pays par les marchés financiers.

Les banques multilatérales de développement

Contrairement aux banques commerciales et aux investisseurs obligataires, les banques multilatérales de développement (BMD) sont des créanciers officiels. Ces dernières sont guidées par des objectifs d’intérêt public, et non de rendement. Elles se distinguent par plusieurs autres caractéristiques :

  • elles ont un mandat de financement du développement à long terme ;

  • leur actionnariat est composé d’États membres, dont certains ne sont pas emprunteurs, mais accordent leur soutien à l’institution. C’est le cas des États-Unis, principal actionnaire de la Banque africaine de développement, de la Banque asiatique de développement ou de la Banque inter-américaine de développement ; un pays qui ne recourt pas à des emprunts auprès de ces institutions.

  • elles ont un accès privilégié aux marchés internationaux de capitaux grâce à un rating généralement élevé – la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou la Banque asiatique de développement sont notées AAA ;

  • elles bénéficient d’une protection contre le risque de crédit émanant du statut de créancier privilégié.

Un statut de créancier privilégié

Le statut de créancier privilégié est informel – ou de facto –, car il n’est pas inscrit dans le droit international. Il repose sur une pratique solidement ancrée en s’appuyant sur des incitations fortes pour les États emprunteurs.

Par exemple, un pays pauvre peut obtenir un prêt en devises auprès de la Banque mondiale à long terme et à taux d’intérêt très faible – 3 ou 4 % –, alors qu’il paierait beaucoup plus cher – voire ne pourrait pas   – sur les marchés internationaux.

Nombre de défauts souverains par type de créditeur de 1962 à 2022. Bank of Canada/Bank of England/Auteurs, Fourni par l'auteur

Grâce aux dons qu’elles mobilisent, les banques multilatérales de développement accordent aux pays les plus pauvres des prêts à des taux bonifiés et à des maturités très longues – dits « concessionnels ». En conséquence, un défaut vis‑à‑vis d’une banque multilatérale de développement entraîne non seulement un coût réputationnel élevé, mais a pour effet de compromettre durablement l’accès aux financements les moins chers pour un État.

Risque de défaut extrêmement faible

Les données que nous avons relevées à partir des comptes des banques multilatérales de développement confirment la solidité de ce modèle.

Sur la période 1992‑2022, la probabilité annuelle de défaut d’un État vis‑à‑vis des banques multilatérales de développement s’élève à 0,4 %. À titre de comparaison, elle se situe entre 6 % et 12 % pour les autres créanciers publics et privés, selon la base de données compilées par la Banque du Canada et de la Banque d’Angleterre.


À lire aussi : Pourquoi la France, malgré la dégradation de sa note par les agences financières, reste emprunteuse « sans risque » pour les régulateurs ?


Même en cas de défaut du pays emprunteur, les pertes subies par les banques multilatérales de développement après recouvrement restent très limitées, de l’ordre de 3 à 4 %, grâce au effet bénéfique de leur statut de créancier privilégié, contre près de 50 % pour les créanciers privés sur les obligations souveraines.

Cette différence s’explique précisément par le statut de créancier privilégié. Celui-ci réduit significativement le risque de crédit et permet aux banques multilatérales de développement de préserver la qualité de leur actif.

Le contrat implicite entre les États et les banques multilatérales de développement

Le modèle économique des banques multilatérales de développement est unique. Afin d’accorder des prêts à des conditions favorables, elles doivent elles-mêmes se financer à faible coût sur les marchés obligataires internationaux. Ceci suppose de maintenir des notations élevées, rendues possibles, outre le statut de créancier privilégié, par :

  • d’importantes dotations en capital (ressources financières apportées par les actionnaires) ;

  • un soutien total des États membres, prenant la forme de capital souscrit mais non versé, réclamé en cas de difficultés ;

  • une gestion prudente des risques de crédit et des risques financiers ;

Il en résulte une forme de contrat implicite entre les banques multilatérales de développement et leurs États membres. Les premières fournissent des financements en devises à faible coût sur de longues maturités. En échange, les États leur accordent un traitement privilégié.

En moyenne, les taux de provisionnement des banques multilatérales de développement s’élèvent à seulement 1,5 %, contre 2,5 % pour les banques commerciales comparables. Sans les protections dont elles bénéficient, dont le statut de créancier privilégié, ce ratio serait plus élevé ; elles augmenteraient leur taux afin de maintenir leur marge et éviter des pertes.

Complémentarité avec les acteurs privés

Les banques commerciales et les investisseurs obligataires, de leur côté, interviennent peu dans le financement souverain des pays pauvres. Ils ne bénéficient ni du statut de créancier privilégié ni du soutien des États membres ; ils sont fortement exposés au risque de défaut des emprunteurs si ceux-ci rencontrent des difficultés financières. En conséquence, ils accordent très peu de financements aux pays pauvres et exigent des taux d’intérêt élevés.

Les banques multilatérales de développement n’ont pas vocation à se substituer au secteur privé, mais à le compléter. Leur rôle est d’intervenir là où le marché est défaillant, tout en contribuant à stabiliser les économies et à créer les conditions d’un retour progressif des investisseurs privés.

Dans un contexte marqué par la multiplication des crises de la dette souveraine et l’augmentation des besoins de financement, le statut de créancier privilégié est parfois remis en question. Le supprimer serait toutefois contre-productif. Il renchérirait le coût des ressources des pays à faible revenu et réduirait les financements disponibles au moment où ils sont le plus nécessaires. Préserver ce mécanisme revient à garantir un accès durable des pays les plus pauvres aux financements en devises, et, au-delà, à renforcer l’efficacité du système financier international au service du développement durable.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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