Richard Gaitet
mis en ligne le 10.06.2026 à 05:30
.Dans les coulisses du film « Persepolis »
Pour créer, Winshluss a besoin d’une « joie primitive »… qu’il ne trouve pas uniquement sur sa planche à dessins. Depuis 2003, l’homme signe aussi des films. Huit courts et cinq longs-métrages, passant de l’animation aux prises de vues réelles, parfois adaptés de ses bandes dessinées et souvent signés de son vrai nom, Vincent Paronnaud. Il y a de quoi rire devant la leçon d’humour noir d’Il était une fois l’huile (2010), être charmé face à La mort père et fils (réalisé avec Denis Walgenwitz, 2017) ou très ému devant Persepolis, d’après la BD de la regrettée Marjane Satrapi sur sa jeunesse en Iran, qu’il transposa avec elle à l’écran. Sélectionné à Cannes en 2007, ce drame expressionniste y récolte le prix du jury, puis deux César ainsi qu’une nomination aux Oscars, et attire en salles trois millions de personnes dans le monde.
Comment Winshluss a-t-il attrapé du cinéma le virus, jusqu’à y croire mordicus ? Prépare-t-il, non pas un, mais deux films, en plus d’une nouvelle BD ? C’est le sujet principal de ce troisième et dernier épisode, évoquant aussi les menaces qui pèsent sur trois de ses maisons d’édition historiques : Les Requins Marteaux, Cornélius et L’Association.
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
mis en ligne le 10.06.2026 à 05:15
.Défaire les contes de fée : méthode
Aux auteurs et autrices qui débutent, Winshluss conseille de « faire un max de trucs, même si ce n’est pas abouti. Pour avancer, il faut produire. Quand tu es publié, toutes les conneries que tu as pu faire te sautent au visage. C’est la meilleure façon de progresser ». Dans les années 2000, ce punk à lunettes sort sept albums de BD, à la fois foutraques et rigoureux, riches en gags potaches parfois d’abord écrits et dessinés pour Picsou Magazine ou le journal Ferraille illustré.
Dans ses histoires infernales qui finissent toujours mal, Winshluss alterne un noir et blanc brutal avec un usage naïf de la gouache, pastiche les comics des années 30, se moque de dieu dans un livre aux allures de missel ou fait de la « Tête-à-Toto » un alter-ego flegmatique dans l’observation de nos cruautés quotidiennes. Sale gosse du 9e art, il nargue la mort dans Welcome to the death club (Cornélius, 2001), ricane des galères d’un chimpanzé du paléolithique dans Smart monkey (Cornélius, 2004), régale les mômes avec son compère Cizo via les idioties de Wizz & Buzz (Delcourt, 2006-2007), avant de décrocher la timbale grâce à Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), sacré meilleur album à Angoulême et vendu à 65 000 exemplaires.
Comment a-t-il construit cette version robot du mythique pantin de Collodi, ici balloté de catastrophe en catastrophe avec, en guise de conscience, un insecte écrivain alcoolo nommé Jiminy Cafard ? Comment expliquer la douceur féérique et si marrante de son album pour enfants, Dans la forêt sombre et mystérieuse (Gallimard, 2016), lauréat de la « pépite d’or » au salon de littérature jeunesse de Montreuil, qu’il adapta fort joliment sur grand écran en 2024 avec Alexis Ducord ? Les livres de Winshluss contiennent souvent un minimum de mots. Comment écrire le muet, se demandera-t-on dans le deuxième épisode de ce sérieux bavardage autour de sa mécanique, vissée « d’errances et de certitudes ».
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
mis en ligne le 10.06.2026 à 05:00
.Dans la matrice de sa pop culture empoisonnée
Bienvenue dans le monde merveilleux de Winshluss ! Il était une fois un petit agité de Charente qui foutait le feu à ses jouets. L’école n’intéresse guère cet anarchiste en puissance, lecteur de Pif Gadget et du magazine Métal Hurlant ; il la quitte à dix-sept ans sans se douter des étranges aventures que lui fera vivre son talent monstrueux pour le dessin. Dès Super Negra, sa première BD publiée en 1999 aux Requins Marteaux, cet autodidacte énervé explosait les héros niais de Disney à la bombe nucléaire. Mais comment ce tatoué plutôt taiseux, « traumatisé » par David Lynch et obsédé par les ombres diaboliques du film La nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), a-t-il réussi à contaminer la société avec sa pop culture empoisonnée ? Au point d’exposer aujourd’hui son « goût de la matière noire » dans de très chics galeries d’art ? Quel double effet décisif eut sur lui le chef-d’œuvre d’Art Spiegelman, Maus ? Peut-on décider de « mal dessiner » pour bousculer les conventions ? C’est la toile de fond de ce premier épisode consacré à ce peintre rigolard de nos malheurs absurdes. Lumière, oui, sur les us et coutumes de Winshluss !
L’auteur du mois : Winshluss
Né en 1970 à La Rochelle, Winshluss est auteur de BD, cinéaste, musicien et plasticien. Narrateur goguenard de nos grandes et petites apocalypses, il a notamment signé, depuis la fin des années 90, une douzaine de bandes dessinées grotesques et désespérées, bourrées de losers malchanceux, de militaires serviles et d’hommes d’affaires crapuleux, dont une relecture anticapitaliste et contemporaine de Pinocchio (Les Requins Marteaux, 2008), récompensée du fauve d’or du meilleur album au festival international d’Angoulême. Sous le nom de Vincent Paronnaud, il est aussi le coréalisateur avec Marjane Satrapi du film Persepolis, distingué de deux César et d’un prix spécial du jury au festival de Cannes en 2007. Il vit et travaille à Bordeaux.
Cette conversation a été enregistrée en février 2026. Mais une semaine avant de la mettre en ligne, nous avons appris le décès de l'autrice et cinéaste Marjane Satrapi, souvent évoquée dans ce numéro de Bookmakers. Nous adressons donc toutes nos condoléances à ses proches, en particulier à son ami Winshluss.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, ainsi que Pauline, Daniel, Victor, Chloé et Bastien pour les lectures.
Enregistrements
février 2026
Entretien
Richard Gaitet
Montage
Mathilde Guermonprez et Esteban Capron
Réalisation et mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, toy-piano, synthétiseur, kalima, percussions
Michael Liot
Illustration
Sylvain Cabot
Production
ARTE Radio
mis en ligne le 08.04.2026 à 11:30
.Notre podcast littéraire fête son anniversaire !
Printemps 2026 : Bookmakers a 6 ans. Comme c’est à cet âge-là qu’on apprend à lire et à écrire, n’est-ce pas le moment de se pencher sur la fabrique du podcast des « écrivain·e·s au travail » ? Déjà quarante numéros que Richard Gaitet interroge en profondeur celles et ceux qui font naître – dans des conditions souvent précaires – des romans, des poèmes, du théâtre, des essais ou des bandes dessinées, en invitant parfois d’autres acteurs et actrices du monde du livre pour parler de traduction, d’édition ou de critique.
Mais comment ces discussions XXL, très documentées, se préparent-elles ? Combien de temps dure l’enregistrement initial, le montage, la production ? Comment « habille-t-on » une lecture ? Faut-il couper la moindre bafouille ? Charlie Marcelet cache-t-il vraiment « le son d’un cheval qui passe » dans chaque numéro ?
Pour répondre à ces questions cruciales, les deux auteurs de Bookmakers dévoilent leur propre making-of dans l’auditorium de la Gaîté Lyrique (Paris), le temps d’une conversation publique menée par Perrine Kervran (directrice éditoriale d’ARTE Radio) et entrecoupée d’archives ou de savantes interventions de l’assistance.
Les invités du mois : Richard Gaitet & Charlie Marcelet
Né à Lyon en 1981, Richard Gaitet est écrivain et journaliste. Après douze ans sur Radio Nova aux commandes de l’émission Nova Book Box ou du podcast La danse du zèbre, il crée Bookmakers en 2020 pour ARTE Radio, sans aucune maîtrise de la prise de son et du montage (ce qui n’a pas beaucoup changé depuis). Le pari de ces longues conversations hors promotion est de « soulever le capot de la littérature, pour voir comment le moteur tourne » et personne ne lui a jamais reproché cette métaphore automobile (alors qu’il n’a pas le permis). En 2025, il a publié Comme un malpropre (éditions Esquif) et Les ours blancs ne perdent pas le Nord (avec les dessins d’Anne-Hélène Dubray, éditions L’École des Loisirs).
Né à Orsay en 1983, Charlie Marcelet est réalisateur pour ARTE Radio où, selon la légende, il travaille en chaussettes. Depuis son arrivée au studio en 2008, il a notamment signé la réalisation de La reine des pirates de Claire Richard (2022) et reçu la mention spéciale du prix Italia 2022 (catégorie documentaire) pour Gilles ma sœur et moi de Camille Descroix ou la médaille d’or du prix Radio Urti 2025 pour Le chant de l’extinction de Jeanne-Marie Desnos. Précis et patient, il a réalisé et mixé trente-cinq numéros de Bookmakers en suivant ce principe de samouraï : « Une coupe – qui ne doit pas s’entendre – toutes les trois secondes. »
Enregistrements
mars 2026
Entretien
Perrine Kervran
Prison de son
Mathilde Guermonprez
Réalisation, montage, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Générique
Eve Girard (chant, claviers), Sogol Mirzaei (târ), Brice Perda (flugabone), Florence Kraus (saxophone), monté par Timothée Lerolle & Esteban Capron
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 19.02.2026 à 05:30
.Pister les animaux, pour twister sa réflexion
Pendant plus de deux ans, Baptiste Morizot a observé des castors. En compagnie de la paysagiste franco-américaine Suzanne Husky et d’une escouade de camarades, ils-elles ont appris les techniques de ce petit ingénieur rongeur pour échafauder à leur tour des barrages, susceptibles de régénérer des rivières « abîmées » et trop « contrôlées », dans la Drôme ou aux États-Unis. C’est l’un des axes essentiels du passionnant et très accessible Rendre l’eau à la terre, son essai sur des « alliances possibles » face au chaos climatique, parcouru de sublimes aquarelles, sorti en 2024 et vendu à 21 000 exemplaires.
« Chacun, chacune doit prendre en charge la défense de son milieu, explique le philosophe. Ne perdons pas trop de temps à nous demander si c'est déjà cuit, si on ferait mieux d'aller siroter des mojitos (…) Nous sommes à un moment pivot, analogue à la Renaissance ou les Lumières, à l’orée d’inventer (…) une nouvelle pensée de l’action technique qui permettrait de vivre de manière soutenable. »
Dans son dernier ouvrage, Le regard perdu (2025), il écrit qu’être une personne « décente » consiste peut-être « à vouloir être honnête, respecter les mots, dire ce qu’on pense calmement, être ferme et accepter avec souplesse de s’être trompé, ne pas vouloir occuper l’esprit des autres avec des choses viles faites seulement pour capter l’attention (…) Penser comme si c’était la chose la plus importante au monde et, simultanément, ne pas se prendre trop au sérieux (…) Penser, juste pour la joie de vivre l’aventure d’une idée. Penser comme un chien court sur la plage. » C’est l’attitude à suivre lors de ce troisième et dernier épisode, qui ne manque pas de flair.
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Enregistrements de terrain
Rodolphe Alexis
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 19.02.2026 à 05:15
.Frère castor, raconte-nous une histoire
Baptiste Morizot a pisté des bisons ou des grizzlys, des élans ou des corbeaux, couché dans des buissons du Wyoming ou du Vercors, au fil d’une première décennie d’enquêtes « diplomatiques » réalisées les genoux dans la boue, hors des sentiers battus, pour créer de nouveaux concepts bientôt débattus. Plus calmement, il a aussi étudié la sociologie des lombrics dans sa cuisine. « Aujourd'hui, dit-il, nos relations aux autres êtres vivants sont toxiques, pour eux et pour nous. La question est donc de réapprendre à faire attention, à brancher sa sensibilité sur les pollinisateurs, la faune des sols, les forêts… »
Attention, attention. En 2020, le succès de Manières d’être vivant le rendit connu comme le loup blanc auprès dans les sphères militantes de gauche. Dans son « recueil de novellas philosophiques », ce talentueux passeur multipistes veut « contourner en sifflotant les dualismes entre science et fiction, poésie et exactitude, pour forger une sorte d’alliage incandescent : les sens les plus aiguisés, le corps le plus mobilisé, l’imagination la plus sauvage, les raisonnements les plus serrés. » En postface, son ami romancier Alain Damasio encense son goût du terrain. « C’est un philosophe embarqué et situé. Hautement concret. L’inverse d’un parleur perché. »
Toujours « sur le qui-vive », Baptiste Morizot retrace dans ce deuxième épisode quelques scènes fondatrices de son désir animé de « cosmopolitesse » inter-espèces, dans laquelle nous, primates humains, pourrions peut-être, à force d’exercices empathiques, « en changeant de pratique, changer de métaphysique ».
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 19.02.2026 à 05:00
.Comment devient-on philosophe ?
« Un philosophe est un artisan qui fabrique des concepts et, dans mon cas, des cartes pour s’orienter », dit Baptiste Morizot, 42 ans. Porté par sa bougeotte, cet intellectuel de terrain entend produire des « textes-boussoles » susceptibles de « faire bouger les lignes du souci » vis-à-vis du vivant et de nos relations avec lui. Comment interagir au sein de cette infinie canopée de « cohabitants dont nous dépendons dans toutes les dimensions de notre existence » ? « Ce n’est pas là-bas dehors, mais sous nos pieds. Ce n’est pas l’arrière-plan d’un selfie, mais un lieu de géopolitique complexe, multi-espèces. Que signifie écrire face à la crise écologique ? Je ne cesse de chercher la réponse. Chaque texte est un tâtonnement », se demande l’auteur de Raviver les braises du vivant (2020) ou de S’enforester (avec les photographies d’Andrea Olga Mantovani, 2022). Mais comment s’est formée sa pensée, son éthique, à la confluence primordiale de Spinoza, Nietzsche et Deleuze ? A-t-il été ce jeune écrivain contrarié, borgésien, doublé d’un survivaliste amateur de baies sauvages ? C’est le sujet de ce premier épisode, bâti autour des rhizomes pas tristes de Baptiste Morizot.
L’auteur du mois : Baptiste Morizot
Né en 1983 à Draguignan (Var), Baptiste Morizot est philosophe et maître de conférences à l'université d'Aix-Marseille. De pelage brun, de taille moyenne, cet homo sapiens a choisi de quitter son biotope de bibliothèques vernies pour partir à la rencontre des « créatures fabuleuses » et des lieux merveilleux qui peuplent notre Terre, afin de mieux comprendre et réagir à la crise écologique. De ses aventures au grand air, en Pologne, au Kirghizstan ou en Californie, il ressort déjà dix livres depuis Les diplomates (Wild Project, 2016) jusqu’au Regard perdu (Actes Sud, 2025), en passant par Manières d’être vivant (2020, vendu à près de 90 000 exemplaires). Il vit et travaille dans son « dojo » près de Valence, dans la Drôme.
Remerciements :
Adèle Tocquet, Studio Gong, Rodolphe Alexis.
Enregistrements
décembre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son, montage
Mathilde Guermonprez
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Lectures
Chloé Assous-Plunian
Musiques originales
Samuel Hirsch
Chant, synthétiseur, ukulélé, flûte, marimbas, percussions
Émilie Rambaud
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 19.12.2025 à 06:30
.La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade
Dans son roman L’évasion (Gallimard, 2013), Dominique Manotti libère le seul personnage d’écrivain de son œuvre : Filippo Zuliani, un petit voyou rital de vingt-trois ans qui s’échappe d’une prison romaine mais qui regrettera bientôt d’avoir « marqué un point contre le désespoir » en publiant l’histoire de son compagnon de cellule, ancien membre des Brigades rouges. Le destin punira Filippo d’avoir trahi, en étant à la fois trop précis dans son roman et… trop bavard en interview.
« J’ai la conviction que le roman noir sera la grande littérature du XXIe siècle, ce siècle des paradis fiscaux et de la perte de contrôle des Etats sur les masses monétaires à l’échelle mondiale. Le pouvoir change de mains. Il faut le raconter », dit celle qui fréquenta trente ans durant « un certain nombre d’amis flics, démissionnaires ou retraités ». Les ténébreuses silhouettes qui peuplent ses livres-enquêtes commencent à lui parler dans les embouteillages, ou lors de ses moments de repos. « Je respecte les faits, leur ordre de succession, je m’oblige à construire mon histoire sans les déformer. Mais les personnages, je les invente, c’est ma jubilation. Je raconte des hommes qui ne sont ni des monstres ni des anges. Pour moi, il s'agit d'humaniser mes salauds. »
Pour Or noir (2015), son imagination « frémit » en situant la nouvelle enquête du commissaire Daquin à Marseille – qui lui fournit ensuite la matière terrible de son dernier roman en date : Marseille 73. Publié par Les Arènes en 2020, vendu à trente mille exemplaires, l’ouvrage restitue jour par jour le récit glacial d’une vague d’authentiques assassinats racistes perpétrés en toute impunité dans la cité phocéenne, en bande organisée. « La technique le flow de malade, artistiquement elle se balade, personne ne peut la canaliser » : si l’on se fie à cette description de Jul, Dominique Manotti, c’est Marseille mémé !
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
mis en ligne le 19.12.2025 à 06:15
.Documentation solide, tempo haletant, zéro poésie : la méthode Manotti
Dans ce deuxième volet de cet interrogatoire en règle chez le R. G., nous verrons comment Dominique Manotti s’est employée à signer « la chronique noire d’un échec : celle de la génération 68 », Roman après roman, rien n’échappe à son regard laser d’historienne « enragée », prête à remonter jusqu’au sommet de l’Etat : spéculation immobilière et trafic de coke dans le monde hippique (À nos chevaux, 1997), élus corrompus dans les vestiaires de Levallois (Kop, 1998), portrait armé de la diplomatie sous Mitterrand (Nos fantastiques années fric, 2001), délocalisation sans merci d’une usine des Vosges (Lorraine Connection, 2006, vendu à treize mille exemplaires) ou flics ripoux brisés par la « politique du résultat » (Bien connu des services de police, 2010, écoulé à vingt-cinq mille copies). Avec, de nouveau, le flegme savoureux du commissaire Daquin, qui passe parfois le relais à une nouvelle héroïne, Noria Ghozali, tendue comme un schlass planté dans la cuisse des prédateurs.
Son œuvre s’apparente à une version papier de la série Engrenages (Canal+, 2005-2020), souvent campée comme chez Manotti dans le nord blafard de Paris. De quelle manière alors s’articulent ses engrenages fictionnels, brefs et méchants, extrêmement documentés, dénués de poésie et de figures de style, mais riches en scènes de cul comme en règlements de compte, livrés dans un style sec, « direct », toujours écrit au présent ? Pour le savoir, poursuivons la déposition.
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
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Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
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Charlie Marcelet
Musiques originales
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Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
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Sylvain Cabot
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Studio Gong, Christophe Siébert
mis en ligne le 19.12.2025 à 06:00
.Des barricades de 68 aux premiers feux fictionnels
Dans cette nouvelle affaire confiée à notre agence de détectives littéraires, la principale suspecte se nomme Dominique Manotti, 83 ans, alias « la mamie rouge du roman noir ». Une multirécidiviste en activité depuis 1995, avec à son actif treize romans violents, rapides comme une balle et froids comme un flingue, salués par la critique, traduits en allemand, en anglais, en grec ou – plus louche – en russe. L’une des (trop) rares femmes du polar français des trente dernières années, qui publia son premier bouquin aux éditions du Seuil… à 52 piges !
Quels sont les secrets de cette fille de la bourgeoisie parisienne, de cette agrégée d’histoire économique aux fortes convictions marxistes anticoloniales, militante pour l’indépendance de l’Algérie ou le droit à l’avortement, cette lanceuse de pavés en mai 68 qui apprit à écrire dans « Les cahiers de mai » avant de devenir syndicaliste CFDT ? Faut-il retourner tous les tiroirs de son bureau pour comprendre comment elle s’engagea en littérature après avoir lu LA Confidential de James Ellroy ? De quelle manière a-t-elle taillé son premier diamant noir : Sombre Sentier, centré sur sa plus grande victoire syndicale dans les coulisses des ateliers textiles clandestins du centre de Paname, vendu à dix mille exemplaires et marqué par le coquin Théo Daquin, son célèbre commissaire gay à « belle gueule carrée », un poulet « chaud lapin » qui fait l’amour à ses indics et dont les bureaux se situent… passage du Désir ? C’est l’objet du premier volet de cette garde-à-vue sans menottes qui entend faire toute la lumière sur le dossier Manotti.
L’autrice du mois : Dominique Manotti
Née en 1942 à Paris sous le nom de Marie-Noëlle Thibault, Dominique Manotti a enseigné l’histoire au lycée puis à l’université Paris-VIII Vincennes Saint-Denis. Au milieu des années 90, cette spécialiste de l’histoire économique du XIXe siècle entame avec Sombre Sentier un cycle de treize romans noirs aux éditions Rivages ou dans la Série Noire de Gallimard, marqués par ses combats syndicaux. Elle a reçu en 2002 le grand prix du festival de Cognac pour Nos fantastiques années fric (adapté au cinéma par Éric Valette, avec André Dussollier et Rachida Brakni, sous le titre Une affaire d’État) ou, en 2011, le grand prix de littérature policière pour L’honorable société (co-écrit avec DOA). Elle vit et travaille au-dessus d’un cinéma, au bord du bassin de la Villette.
Remerciements :
Studio Gong, Christophe Siébert
Enregistrements
octobre 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Karen Beun, Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
Lectures
Chloé Assous-Plunian, Richard Gaitet
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Saxophone, piano, mellotron, violon, violoncelle et trombone
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Studio Gong, Christophe Siébert
mis en ligne le 07.10.2025 à 06:00
.Enquêtrice de la fabrique des images
Murielle Joudet le répète à l’envi : « Il faut prendre les actrices au sérieux, restituer avec justice et justesse leur importance dans nos vies, prendre en compte comment certaines ont su manœuvrer pour continuer d’apparaître telles qu’en elles-mêmes, y compris dans des films où le regard masculin est apparemment tout-puissant. Sans pour autant tomber dans l’illusion de leur liberté absolue car, bien sûr, l’industrie est là, souveraine. » Dans son troisième livre plein d’esprit, La seconde femme, elle dresse huit portraits de comédiennes qu’elle observe « jusqu’à plus soif » pour comprendre ce que Nicole Kidman, Meryl Streep, Brigitte Bardot ou son idole Bette Davis réussirent à imposer au système dans le deuxième acte de leur carrière – à force de travail, de bâtons de dynamite ou de simple désertion.
Ces derniers temps, Murielle Joudet a aimé Monte-Cristo version Pierre Niney, Max Mad : Furiosa, Joker 2, Bridget Jones 4, France de Bruno Dumont, The Substance de Coralie Fargeat, Anora de Sean Baker ou Spring breakers d’Harmony Korine. Des coups de cœur éclectiques, qui se comptent chaque année sur les doigts d’une main. « Habituellement, confie-t-elle, on peut écrire le texte dans sa tête pendant la projo, on sait exactement ce qu’on pense du film à la sortie et la plupart des œuvres font de moi une critique snob et blasée. Mais une ou deux fois par an, un film me désarme complètement. »
En conséquence, cette spectatrice exigeante préférera toujours « voir cinquante fois un chef-d’œuvre plutôt qu’une fois une œuvre plaisante », selon la formule de la cinéaste et écrivaine Catherine Breillat, femme « scandale » à laquelle Joudet consacre en 2023 un recueil d’entretiens, Je ne crois qu’en moi, sacré meilleur ouvrage français sur le cinéma par le Syndicat de la critique.
Dans ce troisième et dernier épisode, Murielle Joudet réaffirme ses envies d’enquêtes sur la fabrique des images, en « calmant ses envies de style, sans chercher l’éclat à tout prix ». Tout en rappelant l’existence d’un collectif qui ne manquera pas de fédérer des vocations : « Pigistes en pyjama ».
L’autrice du mois : Murielle Joudet
Née en 1991 à Paris, Murielle Joudet est critique de cinéma dans la presse (Le Monde), à la radio (sur France Inter pour Le masque et la plume), en ligne (dans le podcast Sortie de secours ou via l’émission Dans le film sur le site Hors-Série) ou pour la Cinémathèque française. Elle a publié quatre ouvrages qui documentent avec rigueur des façons de défier les conventions, en tant que femme, dans l’industrie du 7e art : Isabelle Huppert – vivre ne nous regarde pas (Capricci, 2018), Gena Rowlands – on aurait dû dormir (Capricci, 2021), La seconde femme – ce que les actrices font à la vieillesse (Premier Parallèle, 2022) et un recueil d’entretiens avec la cinéaste Catherine Breillat, Je ne crois qu’en moi (Capricci, 2023). Elle vit et travaille à Paris.
Enregistrement
juillet 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Mathilde Guermonprez
Montage
Étienne Bottini
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Harpe, flûte, clarinette, cor, basson, xylophone, timbales et gong
Xavier Thiry
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 07.10.2025 à 05:30
.Être critique, écrire sur les actrices
Elle a détesté Barbie de Greta Gerwig pour son « fétichisme de la marchandise gonflé aux dimensions d’un blockbuster estival », son « auteurisme définitivement dévoré par l’hégémonie des franchises, l’ironie permanente et la postmodernité comme impasses narratives » ou « et c’est sans doute le plus pénible », écrivit-elle dans Le Monde, « la défense d’un féminisme néolibéral infantilisant devenu la façade respectable d’un capitalisme décomplexé ».
Pour Murielle Joudet, un·e critique doit être « une sorte d’enfant obèse et ingrat, comme les post-humains imaginés par le studio Pixar dans Wall-E. Il ou elle ne doit rien à personne, parce qu’il ou elle n’a rien à revendiquer, rien à vendre et que personne ne l’aime. J’ai vu des critiques arrondir les angles d’une interview, couper ce qui pouvait être (un peu) choquant et ça m’a servi de leçon. J’écris des livres pour parler en mon nom, pour y aller à fond. »
Après 21 pages sur Coppola en 2016 (dans un bouquin où elle était la seule femme parmi neuf auteurs), et entre les dizaines d’articles du monumental Hitchcock la totale en 2019 (co-signé avec trois complices de la Cinémathèque française), Murielle Joudet se donne enfin le premier rôle via deux ouvrages consacrés à deux actrices majuscules. D’abord Isabelle Huppert, avec Vivre ne nous regarde pas en 2018, puis Gena Rowlands en 2021, avec On aurait dû dormir, récompensé par le Centre National de la Cinématographie.
Ce deuxième épisode dissèque ce remarquable diptyque contre l’ennui, pensé pour honorer des performances qui « tournent autour de la folie en s’aventurant très loin dans l’idée de se rendre incompréhensibles ». En montrant par exemple comment Gena Rowlands, égérie du cinéma de son compagnon John Cassavetes, parvient à traduire physiquement le « flux de conscience » cher à Virginia Woolf. « Son corps s’infléchit à la moindre pensée : elle ne ravale aucun état d’âme, les laisse infuser, fait du montage d’humeurs à même son corps, traversée par une violence inouïe. On peut avoir des éclats dépressifs ou des élans d’euphorie, dissimulés en général sous un masque de neutralité. Son masque glisse tout le temps. » Bas les masques, tout pour la plume.
L'autrice du mois : Murielle Joudet
Née en 1991 à Paris, Murielle Joudet est critique de cinéma dans la presse (Le Monde), à la radio (sur France Inter pour Le masque et la plume), en ligne (dans le podcast Sortie de secours ou via l’émission Dans le film sur le site Hors-Série) ou pour la Cinémathèque française. Elle a publié quatre ouvrages qui documentent avec rigueur des façons de défier les conventions, en tant que femme, dans l’industrie du 7e art : Isabelle Huppert – vivre ne nous regarde pas (Capricci, 2018), Gena Rowlands – on aurait dû dormir (Capricci, 2021), La seconde femme – ce que les actrices font à la vieillesse (Premier Parallèle, 2022) et un recueil d’entretiens avec la cinéaste Catherine Breillat, Je ne crois qu’en moi (Capricci, 2023). Elle vit et travaille à Paris.
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mis en ligne le 07.10.2025 à 05:00
.Itinéraire d'une cinéphile autodidacte
Dans la catégorie critiquée et redoutée de la critique ciné, au sein de ce métier malmené par la concurrence des algorithmes publicitaires, Murielle Joudet fait figure de rempart, de meilleur espoir. Signature cinglante du journal Le Monde depuis 2017, mousquetaire sur France Inter du nouveau Masque et la plume depuis 2024, la journaliste et autrice parisienne est la jeune première qui monte, acerbe et bien renseignée, incollable (ou presque) sur l’âge d’or d’Hollywood. À 34 ans, l’ex-chroniqueuse au lance-flammes du magazine Chronicart, vue dans l’émission Le Cercle sur Canal+, semble déjà reconnue comme la « bad cop » du milieu, sa mauvaise conscience, à la recherche du « grand » cinéma.
Mais comment cette stakhanoviste autodidacte a-t-elle formé son goût et ses dégoûts ? « Entre 17 et 24 ans, on attend que la vie commence et le cinéma est une sorte de teaser. Mais le décalage est toujours un peu décevant », dit cette lectrice de Sylvia Plath et de Pierre Michon, fan d’Éric Rohmer ou d’Abdellatif Kechiche, qui passa « religieusement » sept ans dans les salles obscures en marge de ses études de philo. « Les cinéphiles peuvent faire l’économie du dehors, comme si tous les films vus recouvraient la surface du monde, pour ne plus avoir à le voir – j’ai été comme ça, je le suis encore un peu. »
Qu’a-t-elle retenu de son exposition aux princesses et sorcières de Walt Disney ? Ou de ses nuits à zapper pour tomber sur le cinéma queer de Paul Morrissey ou Les hommes préfèrent les blondes avec Marilyn Monroe, dont la pluie de couleurs et de diamants lui donna l’idée « de travailler sur les images » ? Comment cette blogueuse graphomane a-t-elle professionnalisée sa « vie intérieure hyper-trophiée » ? Ces questions sont à l’affiche de ce premier épisode, à écouter les yeux grands ouverts.
L’autrice du mois : Murielle Joudet
Née en 1991 à Paris, Murielle Joudet est critique de cinéma dans la presse (Le Monde), à la radio (sur France Inter pour Le masque et la plume), en ligne (dans le podcast Sortie de secours ou via l’émission Dans le film sur le site Hors-Série) ou pour la Cinémathèque française. Elle a publié quatre ouvrages qui documentent avec rigueur des façons de défier les conventions, en tant que femme, dans l’industrie du 7e art : Isabelle Huppert – vivre ne nous regarde pas (Capricci, 2018), Gena Rowlands – on aurait dû dormir (Capricci, 2021), La seconde femme – ce que les actrices font à la vieillesse (Premier Parallèle, 2022) et un recueil d’entretiens avec la cinéaste Catherine Breillat, Je ne crois qu’en moi (Capricci, 2023). Elle vit et travaille à Paris.
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Richard Gaitet
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Harpe, flûte, clarinette, cor, basson, xylophone, timbales et gong
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mis en ligne le 26.08.2025 à 06:20
.Fantaisie comique, passion digression
Bertrand Belin écrit des livres comme d’autres nagent en eaux libres : il en a le souffle, la souplesse et l’endurance, au gré des marées montantes de son imagination. Dans son bonnet de bain, déjà cinq romans et un curieux recueil de « souvenirs », tous publiés ces dix dernières années aux éditions POL. Sa petite entreprise ne connaît pas la crampe et forme déjà un tout cohérent, sérieux dans sa phrase, libre dans la diversité de ses formes, irrigué par sa fantaisie comique, sa passion digression, son plaisir de la répétition, son goût gourmand du mot rare et les ombres tenaces de sa jeunesse.
Dans « Requin » (2015), un homme banal retarde sa noyade par le flot de ses pensées, qui séduiront près de dix mille lecteurs et lectrices. Dans « Littoral » (2016), l’occupation d’un port par une armée rebat les cartes de l’héroïsme. Dans « Grands carnivores » (2019), fable habile sur le capitalisme carnassier centré sur deux frères que tout oppose, sa verve déploie du mordant pour croquer de bien tristes puissants adeptes de « logorrhées vipérines » et de « galimatias venimeux ». Et dans « La figure » (2025), son roman le plus long, l’alter ego de Bertrand enquête sur le « poison » de son passé.
« Dans les livres », dit-il, « je peux être aventureux dans la spéculation, faire usage de mauvaise foi, fabriquer des dispositifs, des bazars rhétoriques qui ne peuvent se passer du temps long. La chanson est un canif de poche, le roman un service complet avec louche et fourchette à poisson. » Pour ce troisième et dernier épisode, ce « grand-duc » passe à table et plonge dans ses pages « le feu au cœur ».
L’auteur du mois : Bertrand Belin
Né en 1970 à Auray, Bertrand Belin est musicien, écrivain et acteur, toujours à la recherche « du mot juste, du beau geste ». Depuis vingt ans, du premier album remarqué qui porte son nom (2005) à « Tambour Vision » (2022), sans oublier « Hypernuit » (grand prix de l’académie Charles-Cros en 2010), ce drôle d’oiseau du Morbihan, au timbre grave et envoûtant, « survole nos villes et nos campagnes » avec, sous son aile, de mystérieuses ritournelles. « Que dit-on en chantant que l'on ne saurait dire en parlant simplement ? Pourquoi chanter une chose ? », se demandait-il en 2012 dans son premier livre, un court essai intitulé « Sorties de route ». Bertrand Belin est également l’auteur d’une poignée de brefs romans intrigants aux éditions POL. Il vit à Paris et publiera en octobre 2025 son huitième album solo, « Watt », annoncé comme « tendre, grave et gracieux, avec des divertissements ».
Enregistrement
avril 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
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Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
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Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Vibraphone
Cyprien Noble
Illustration
Sylvain Cabot
Remerciements
Loyse Dodinot-Plunian, Loo Hui Phang, Mina Souchon
mis en ligne le 26.08.2025 à 06:10
.Le chanteur vif-argent et son usine intime
Énigmatique de sa personne, dans ses effets fort économe, l’homme (comme son verbe) désarçonne. Pour Bertrand Belin, « les chansons sont faites d’une substance instable, comme de la nitroglycérine, à transporter en essayant de ne pas trop en renverser ». L’auteur rapide de « Lentement » et de « Glissé-redressé » négocie donc « avec la plasticité des mots », apprécie « les syntaxes un peu dégradées, les contraires, les accidents de grammaire », dynamite les interprétations en s’estimant « contenu dans une nécessaire discrétion ». Dans ses chansons, il « parle en fou » ou affronte, « résigné, devant le mal », un colosse parental. Et ajoute : « J’aime l’opacité. Beaucoup. L’incompréhensible et le merveilleux que cela comprend. Pour faire jaillir des possibilités de sens qui ne sont pas le fruit de la raison. »
En conséquence, ses vers « bêchent la terre gelée » de sentiments complexes ou dessinent « des silhouettes » : celles de clochards sur des bancs « mal gaulés » ou celle d’une femme « moitié folle, qui donne des ordres au soleil ». Son minimalisme, qui flirte parfois avec l’hermétisme, lui permet ainsi de diminuer « le risque du compromis ». Car « trop en dire » le « déçoit toujours ».
Sûr de sa force « bertran-quille » portée par son flegme vocal désormais légendaire, le chanteur vif-argent nous ouvre ici les portes de son usine intime, le moulin de Belin, lui qui affirme que ses textes… « ne sont pas écrits, passant directement de l’esprit à l’enregistrement ». Dans ce deuxième épisode, nous essaierons de le croire sur parole(s).
L’auteur du mois : Bertrand Belin
Né en 1970 à Auray, Bertrand Belin est musicien, écrivain et acteur, toujours à la recherche « du mot juste, du beau geste ». Depuis vingt ans, du premier album remarqué qui porte son nom (2005) à « Tambour Vision » (2022), sans oublier « Hypernuit » (grand prix de l’académie Charles-Cros en 2010), ce drôle d’oiseau du Morbihan, au timbre grave et envoûtant, « survole nos villes et nos campagnes » avec, sous son aile, de mystérieuses ritournelles. « Que dit-on en chantant que l'on ne saurait dire en parlant simplement ? Pourquoi chanter une chose ? », se demandait-il en 2012 dans son premier livre, un court essai intitulé « Sorties de route ». Bertrand Belin est également l’auteur d’une poignée de brefs romans intrigants aux éditions POL. Il vit à Paris et publiera en octobre 2025 son huitième album solo, « Watt », annoncé comme « tendre, grave et gracieux, avec des divertissements ».
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mis en ligne le 26.08.2025 à 06:00
.Aux origines de Belin
Dans cet épisode 1 aux origines de Belin, le crooner breton revient sur le « tissage sauvage des fils de son destin », son enfance atlantique dans une baie au parfum de varech parcourue à BMX, sa lignée de pêcheurs, ses disques de Thiéfaine ou son jeu de guitare qui, à 15 ans, déchaînait les passions dans les rades de Quiberon avec un groupe nommé Les Démons. Le sel de son « hypernuit ».
Mais comment l’écriture est-elle venue aux yeux et à la bouche de ce transfuge de classe alors que l’appartement familial ne comptait pour tout livre qu’une série d’encyclopédies ? Qu’a-t-il de commun avec le héros du roman « Martin Eden » de Jack London ? Comment ce titulaire d’un BEP-CAP électricien est-il passé d’un quotidien de musicien de studio – pour Bénabar ou Régine – à sa place convoitée de fils fantasmé de Bashung et de Brigitte Fontaine, chouchou de la critique, auquel il ne manque aujourd’hui qu’un succès populaire ? Pour le savoir, prenons le temps, Bertrand.
L’auteur du mois : Bertrand Belin
Né en 1970 à Auray, Bertrand Belin est musicien, écrivain et acteur, toujours à la recherche « du mot juste, du beau geste ». Depuis vingt ans, du premier album remarqué qui porte son nom (2005) à « Tambour Vision » (2022), sans oublier « Hypernuit » (grand prix de l’académie Charles-Cros en 2010), ce drôle d’oiseau du Morbihan, au timbre grave et envoûtant, « survole nos villes et nos campagnes » avec, sous son aile, de mystérieuses ritournelles. « Que dit-on en chantant que l'on ne saurait dire en parlant simplement ? Pourquoi chanter une chose ? », se demandait-il en 2012 dans son premier livre, un court essai intitulé « Sorties de route ». Bertrand Belin est également l’auteur d’une poignée de brefs romans intrigants aux éditions POL. Il vit à Paris et publiera en octobre 2025 son huitième album solo, « Watt », annoncé comme « tendre, grave et gracieux, avec des divertissements ».
Enregistrement
avril 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Mathilde Guermonprez
Montage
Mathilde Guermonprez, Étienne Bottini
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Musiques originales
Samuel Hirsch
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Sylvain Cabot
Remerciements
Loyse Dodinot-Plunian, Loo Hui Phang, Mina Souchon
mis en ligne le 05.06.2025 à 07:20
.À ses débuts, Nathacha Appanah croyait que « l’écriture est une île ». Elle prendra vite conscience des « bourrasques extérieures » d’une existence dédiée à « travailler sur la langue, sans étouffer sa géopolitique ». Pour elle, « l'inspiration, c’est comme l'amour, ça se nourrit, ça s'assèche, ça prend des tournures auxquelles on ne s’attendait pas. » Or, après quatre premiers romans publiés entre 2003 à 2007, l’autrice d’« En attendant demain » traverse huit ans de doutes, sans ajouter une ligne à sa bibliographie. Nathacha, hôtesse de son art, s’est formée seule, en interrogeant parfois consœurs et confrères, pour comprendre comment « construire un texte qui serait visible de loin : de la complexité à l’envers, de la simplicité à l’endroit ».
Sa simplicité subtile s’exprime pleinement dans « Rien ne t’appartient » (Gallimard, 2021), plongée dans l’enfer moral d’une pension pour « filles gâchées », qu’elle mit seize ans à écrire, après des frissons dans la jungle d’un reportage au Sri Lanka. Focalisées sur la trajectoire d’une jeune femme à qui la société veut interdire de danser, de rire ou d’aimer à gorge déployée, ces 173 pages, écoulées à 30 000 exemplaires, ont de quoi faire pousser des frangipaniers dans l’œil des autorités religieuses de toute obédience. Avec cette certitude : les mots « ont le pouvoir du pied de biche ou du marteau : celui d’ouvrir les narrations closes ». Dans ce troisième et dernier épisode, Nathacha Appanah lève aussi une part du voile sur ce mystérieux conclave de Saint-Germain-des-Prés : le comité de lecture de Gallimard.
L’autrice du mois : Nathacha Appanah
Née en 1973 à Mahébourg (île Maurice), Nathacha Appanah est une romancière, journaliste et traductrice dont l’œuvre reflète depuis 2003 « la vie des non-puissants, des outsiders, la vie qui passe parfois comme un ruban gris, sans aspérités, sans saveur ». Traduite en dix-sept langues, récompensée par vingt-trois prix littéraires dont treize pour « Tropique de la violence » (Gallimard, 2016), cette grande admiratrice de Virginia Woolf et d’Annie Ernaux a confié, à propos de son art de l’incarnation : « J’aspire à déployer une trame aussi délicate et complexe qu’une toile d’araignée, où je serais un vieux, un ado en taule, une mère célibataire, une meurtrière ou une taiseuse et que ce soit tellement bien écrit que l’on m’oublie, moi. » Elle vit à Paris et publiera fin août « La nuit au cœur », un roman sur trois femmes « qui courent, qui luttent », victimes de la violence de leur compagnon.
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Céline Develay-Mazurelle, Vanadis Feuille, Mina Souchon
mis en ligne le 05.06.2025 à 07:10
.« La littérature ressemble à un labyrinthe rempli des bruits que font les histoires qui n’ont pas été racontées », clame Nathacha Appanah dont le premier roman, « Les rochers de Poudre d’Or », sort l’année de ses 30 ans (Gallimard, 2003). Un premier tour de piste qui résonne comme un tour de force, pour évoquer les malheurs méconnus de centaines de milliers d’Indiens et d’Indiennes venu(e)s chercher fortune dans les Antilles ou sur l’île Maurice, et n’y récoltant qu’un travail forcé dans les champs des colons. L’ouvrage reçoit le prix RFO et se vendra, au fil des années, à vingt mille exemplaires.
Prolifique et, dit-elle, « sentimentale », celle dont les ouvrages dépassent rarement deux cents pages veut « prendre des risques de livre en livre », dans le fond comme dans la forme. Ce deuxième épisode aborde la tragédie passionnelle de « Blue Bay Palace » (2004), l’amitié initiatique du « Dernier frère » (2007, L’Olivier) ou le brutal récit choral de « Tropique de la violence », sur l’extrême précarité des mineurs isolés de Mayotte, 101e département français où l’autrice vécut deux ans. Vendu à 130 000 exemplaires, adapté au cinéma, au théâtre et en bande dessinée, ce roman reste la référence littéraire pour comprendre ce territoire malmené de notre République. « J’ai toujours peur que les mots m’échappent », dit pourtant celle dont le patronyme contient trois h, comme autant de haches aptes à trancher les clichés.
L’autrice du mois : Nathacha Appanah
Née en 1973 à Mahébourg (île Maurice), Nathacha Appanah est une romancière, journaliste et traductrice dont l’œuvre reflète depuis 2003 « la vie des non-puissants, des outsiders, la vie qui passe parfois comme un ruban gris, sans aspérités, sans saveur ». Traduite en dix-sept langues, récompensée par vingt-trois prix littéraires dont treize pour « Tropique de la violence » (Gallimard, 2016), cette grande admiratrice de Virginia Woolf et d’Annie Ernaux a confié, à propos de son art de l’incarnation : « J’aspire à déployer une trame aussi délicate et complexe qu’une toile d’araignée, où je serais un vieux, un ado en taule, une mère célibataire, une meurtrière ou une taiseuse et que ce soit tellement bien écrit que l’on m’oublie, moi. » Elle vit à Paris et publiera fin août « La nuit au cœur », un roman sur trois femmes « qui courent, qui luttent », victimes de la violence de leur compagnon.
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Musiques originales
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Voix, percussions
Charles-Baptiste
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Sylvain Cabot
Remerciements
Céline Develay-Mazurelle, Vanadis Feuille, Mina Souchon
mis en ligne le 05.06.2025 à 07:00
.« Au détour d’une route », Nathacha Appanah a fait surgir de « l’horizon flou » de son pays natal des fleurs couleur de feu et des personnages décidés à faire mentir leur destin. D’abord journaliste, elle quitte Maurice pour Grenoble en 1998 et dira à la revue XXI : « Dans les rédactions, j’étais la seule à être née à l’étranger. Certains de mes responsables s’étonnaient de la qualité de mon travail, de ma maîtrise du français. Il n’était pas rare que je sois assimilée à une figure de carte postale, à une "fille des îles" – avenante, bonne cuisinière mais pas très maligne (…) Je croisais les personnes à la peau foncée tôt le matin, dans le métro, dans le bus, je les entrevoyais dans les cuisines des restaurants, dans les cages d’escalier. J’avais du mal à me défaire de cette impression que nous étions cantonnés aux marges de la société. »
C’est pourtant la marge qui fait tenir les pages, comme disait Godard. Dans ce premier épisode, Nathacha Appanah raconte sa passion « de groupie » pour Albert Camus ou sa pratique assidue, adolescente, de la course à pied… comparable à l’écriture en termes d’endurance, de souffle et de virages à négocier. « J’ai toujours aimé courir, confia-t-elle à L’Express. Démarrer plus vite que son ombre, sprinter de bout en bout, ne rien lâcher, finir par terre s’il le faut. Peu de choses, à la télé, m’émeuvent autant qu’un relais 4×100 mètres. Avant le départ, j’ai le cœur qui s’emballe, les mains moites, je plisse les yeux, j’oublie de respirer. Comment maintenir le feu dans les jambes, la précision de l’esprit ? » C’est toute la question de cette interview-marathon.
Trois, deux, un, restez !
L’autrice du mois : Nathacha Appanah
Née en 1973 à Mahébourg (île Maurice), Nathacha Appanah est une romancière, journaliste et traductrice dont l’œuvre reflète depuis 2003 « la vie des non-puissants, des outsiders, la vie qui passe parfois comme un ruban gris, sans aspérités, sans saveur ». Traduite en dix-sept langues, récompensée par vingt-trois prix littéraires dont treize pour « Tropique de la violence » (Gallimard, 2016), cette grande admiratrice de Virginia Woolf et d’Annie Ernaux a confié, à propos de son art de l’incarnation : « J’aspire à déployer une trame aussi délicate et complexe qu’une toile d’araignée, où je serais un vieux, un ado en taule, une mère célibataire, une meurtrière ou une taiseuse et que ce soit tellement bien écrit que l’on m’oublie, moi. » Elle vit à Paris et publiera fin août « La nuit au cœur », un roman sur trois femmes « qui courent, qui luttent », victimes de la violence de leur compagnon.
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Céline Develay-Mazurelle, Vanadis Feuille, Mina Souchon
mis en ligne le 26.03.2025 à 12:10
.Vercors à corps
Pennac, on l’a vu dans le Vercors. En train de tirer à l’arc ou de s’enfermer pour écrire dans sa cabane de moyenne montagne. « Seul avec moi-même dans le travail, à l’intérieur de la langue, c’est une bataille. Quand ça ne sort pas, c’est désespérant, de l’ordre de la constipation mentale. » Ce troisième et dernier épisode montre comment, après plus de cinquante livres, la flèche qui pointe au bout de ses « doutes proliférants » – les couacs de Pennac – finit toujours par atteindre le centre de la cible. En s’attardant sur « Journal d’un corps », publié en 2012 et vendu à 340 000 exemplaires, roman inouï dans lequel un homme toute sa vie « cultive l’art de regarder » les évolutions de sa chair, de sa santé, de ses tripes. En se faufilant dans le trou de souris du scénario d’« Ernest & Célestine », ce film d’animation sublime réalisé la même année par Benjamin Renner, Stéphane Aubier et Vincent Patar d’après les albums illustrés de Gabrielle Vincent, récompensé à Cannes et aux Césars, qui enchanta 800 000 spectateurs en salles. Ou en parcourant ce drôle d’objet sorti en octobre 2024, « Mon assassin », sur l’origine de ses personnages, qui a déjà séduit soixante mille fans. Sans peine et sans trac !
L'auteur du mois : Daniel Pennac
Né à Casablanca en 1944, Daniel Pennac a choisi le roman « pour ne pas avoir à trop se fréquenter ». Il est l’auteur adoré de la saga « Malaussène », comédies policières cosmopolites sur une famille tapageuse de Belleville, vendue à 6,7 millions d’exemplaires rien qu’en France (huit tomes, 1985-2022, Gallimard). On lui doit également des romans pour enfants drôlement chouettes (« Cabot-Caboche », « L’œil du loup », 1982-1984), un bref essai sur la lecture intitulé « Comme un roman » (1,1 million d’exemplaires, 1992) ou des scénarios de bande dessinée pour Tardi, Florence Cestac ou la série Lucky Luke. Sacré par l’Académie Française en 2023 pour l’ensemble de son œuvre lumineuse, il vit et travaille à Paris, ainsi que dans son Vercors chéri.
Remerciements
Blandine Rinkel, Vincent Schneegans, Maxime Su Ribera.
Enregistrements
janvier 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Mathilde Guermonprez
Montage
Gary Salin & Mathilde Guermonprez
Lecture
Samuel Hirsch
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
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Samuel Hirsch
Piano
Maison Pierō
Illustration
Sylvain Cabot
mis en ligne le 26.03.2025 à 12:05
.Le grand marchand de prose
C’est l’histoire pétaradante d’une famille de Belleville aux parents absents, d’une tribu débraillée de sapajous qui crèche dans une ancienne quincaillerie riche en dingueries rue de la Folie-Regnault. Au cœur battant de ce bazar : Benjamin Malaussène, qui veille sur six frères et sœurs (Louna, Thérèse, Clara, Jérémy, Verdun et « Le Petit », né·e·s d’une mère voyageuse et d’un père inconnu à chaque fois différent), sur le chien Julius à l’odeur insupportable, sur son neveu et sa nièce (Maracuja et « C’est Un Ange »), avant d’être père lui-même – grâce à la jolie Julie – d’un bambin tout simplement baptisé « Monsieur Malaussène ».
Malicieuse et sans gêne mais jamais malsaine, la bienheureuse smala Malaussène, née du cerveau-hamac de Daniel Pennac, fête cette année ses 40 piges, depuis la sortie en 1985 d’un premier tome affamé, « Au bonheur des ogres », dans la légendaire Série Noire de Gallimard, qu’il quittera pour la collection « Blanche » suite au succès de « La petite marchande de prose », sacré du prix du Livre Inter 1990. Dans ce deuxième épisode, « Bookmakers » vous ouvre les coulisses d’une commedia dell’arte authentiquement populaire de deux mille pages, « vraisemblablement » terminée en 2022 avec « Terminus Malaussène », pour savoir ce que ce grand marchand de prose avait « dans le cigare » au moment d’enfanter de tels zouaves. En scène, les Malaussène !
L’auteur du mois : Daniel Pennac
Né à Casablanca en 1944, Daniel Pennac a choisi le roman « pour ne pas avoir à trop se fréquenter ». Il est l’auteur adoré de la saga « Malaussène », comédies policières cosmopolites sur une famille tapageuse de Belleville, vendue à 6,7 millions d’exemplaires rien qu’en France (huit tomes, 1985-2022, Gallimard). On lui doit également des romans pour enfants drôlement chouettes (« Cabot-Caboche », « L’œil du loup », 1982-1984), un bref essai sur la lecture intitulé « Comme un roman » (1,1 million d’exemplaires, 1992) ou des scénarios de bande dessinée pour Tardi, Florence Cestac ou la série Lucky Luke. Sacré par l’Académie Française en 2023 pour l’ensemble de son œuvre lumineuse, il vit et travaille à Paris, ainsi que dans son Vercors chéri.
Remerciements
Blandine Rinkel, Vincent Schneegans, Maxime Su Ribera.
Enregistrements
janvier 2025
Entretien, découpage
Richard Gaitet
Prise de son
Mathilde Guermonprez
Montage
Gary Salin & Mathilde Guermonprez
Lecture
Samuel Hirsch
Réalisation, mixage
Charlie Marcelet
Musiques originales
Samuel Hirsch
Piano
Maison Pierō
Illustration
Sylvain Cabot