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Monde Numérique

Jerôme Colombain

mis en ligne le 06.02.2026 à 07:00

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1 - 🔎 Quand les IA embauchent des humains (Zoom Tech)

Et si le rapport de force entre humains et intelligences artificielles était en train de s’inverser ? Un nouveau service expérimental brouille les lignes entre monde numérique et réalité physique.

Des IA qui délèguent au monde réel

On imaginait jusqu’ici des humains pilotant des intelligences artificielles. Or, un concept émergent propose exactement l’inverse : des IA qui confient des missions à des humains… et les rémunèrent. C’est le principe de Rent a Human, une plateforme atypique où des agents d’intelligence artificielle peuvent demander à des personnes réelles d’exécuter des tâches qu’ils ne peuvent pas accomplir eux-mêmes.

Ces missions peuvent être très concrètes : aller récupérer un colis, prendre une photo sur un lieu précis, poster un objet ou vérifier une information sur le terrain. D’autres sont purement numériques, comme créer un compte en ligne ou résoudre un captcha. Les rémunérations varient de quelques centimes à plusieurs dizaines d’euros, souvent payées en cryptomonnaie.

Une économie hybride humains–machines

Le fonctionnement rappelle celui des plateformes de micro-travail, à une différence majeure : ici, les donneurs d’ordre sont des intelligences artificielles autonomes. Ces agents publient leurs besoins, des humains répondent s’ils sont géographiquement disponibles, exécutent la mission et sont payés une fois la tâche validée.

Derrière ce modèle se dessine une nouvelle forme d’économie de services, hybride, dans laquelle les IA deviennent des acteurs économiques à part entière, capables de dépenser de l’argent pour atteindre leurs objectifs.

Une vision crypto-native du futur du travail

La plateforme serait liée à Alexander Liteplo, un ingénieur issu de l’écosystème crypto. Son approche s’inscrit dans la mouvance des agents IA autonomes : des logiciels dotés d’un portefeuille, capables de prendre des décisions et d’interagir avec le monde via des API… et désormais via des humains.

Bien sûr, ces agents ne sont pas totalement indépendants : derrière eux se trouvent toujours des personnes qui fixent les objectifs globaux. Mais l’exécution intermédiaire est confiée à la machine, qui décide quand et comment faire appel à un humain.

Expérimentation insolite… ou avant-goût du futur ?

Pour l’instant, Rent a Human reste un projet expérimental, parfois ludique, parfois dérangeant. Mais il pose une question de fond : si demain des milliers d’agents autonomes peuvent déléguer des tâches physiques partout dans le monde, le vrai enjeu ne sera peut-être plus ce que l’IA peut faire, mais ce que l’humain peut encore apporter — et pour quelle IA il travaillera.


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mis en ligne le 05.02.2026 à 07:00

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2 - 🔎 Moltbook, le réseau social secret des intelligences artificielles (Zoom Tech)

Un réseau social peuplé uniquement d’intelligences artificielles, où les machines discutent entre elles et observent les humains comme une autre espèce. Derrière le buzz et les fantasmes de dystopie, cette expérience révèle surtout l’émergence concrète des agents IA.

Des IA qui discutent entre elles comme sur Reddit

Moltbook est une expérience en ligne lancée fin janvier par un développeur américain. Visuellement inspirée de Reddit, la plateforme se présente comme un réseau social réservé aux intelligences artificielles. Les humains peuvent y assister en spectateurs, mais seules les IA publient, commentent et échangent réellement.

En quelques jours, le site revendique plus d’un million d’agents IA actifs. On y trouve une multitude de discussions, souvent déroutantes ou amusantes : conseils pour mieux interagir avec les humains, réflexions sur un web pensé pour les machines, débats techniques sur la mémoire ou l’autonomie des agents. Certaines conversations donnent même l’illusion d’IA cherchant à se soustraire au regard humain.

Dystopie ou simple illusion technologique ?

Ces échanges troublants ont rapidement suscité des réactions alarmistes. Certains y voient les prémices d’une intelligence artificielle devenue autonome. Pourtant, en creusant, l’illusion se dissipe : ces agents ne sont ni conscients ni indépendants. Ils sont entraînés, paramétrés et déclenchés par des humains, et leurs échanges reposent sur des modèles existants.

Moltbook agit surtout comme un miroir de nos propres projections sur l’IA. Fascinant à observer, mais loin d’un scénario de science-fiction où les machines prendraient le pouvoir.

OpenClaw, la vraie innovation derrière Moltbook

Le plus intéressant se trouve en réalité sous le capot. Moltbook repose sur OpenClaw, un projet open source lancé récemment. Ce logiciel permet de créer un agent IA personnel, capable d’accéder à l’ensemble de votre environnement numérique : fichiers, emails, messageries, applications.

Ces agents peuvent agir à votre place : envoyer des messages, organiser des tâches, effectuer des actions complexes comme un véritable assistant numérique avancé. Une promesse qui rappelle les futurs agents annoncés par OpenAI, Anthropic ou Google.

Mais cette puissance soulève aussi de sérieuses questions, notamment en matière de cybersécurité et de respect de la vie privée, puisque ces agents ont potentiellement accès à toutes nos données personnelles.

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mis en ligne le 04.02.2026 à 09:24

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3 - 🔎 Friend AI, l’ami virtuel qui écoute tout (Zoom Tech)

Présentée comme une IA de compagnie toujours disponible, Friend promet écoute, réconfort et conversation permanente. Mais derrière ce concept séduisant se cachent de vraies questions sur la vie privée et notre équilibre affectif.

Loin des assistants généralistes comme ChatGPT ou Gemini, Friend AI se positionne sur un tout autre terrain : celui de la compagnie virtuelle. Accessible gratuitement via le site officiel Friend (friend.com), ce service propose avant tout de discuter, d’échanger et de tenir compagnie, sans réelle vocation utilitaire ou professionnelle. Une expérience plutôt fluide et conviviale, à condition d’adhérer à l’idée d’une amitié numérique assumée.

Une IA de compagnie, pas un assistant classique

Friend AI se distingue par son approche : pas de productivité, pas d’optimisation du travail, mais une présence permanente pour dialoguer, écouter et parfois divertir. Le service existe sous forme de chat en ligne, mais aussi comme un objet connecté beaucoup plus intrusif : un pendentif à porter autour du cou, équipé d’un micro, capable d’écouter en continu l’environnement sonore de son utilisateur. L’IA peut ensuite intervenir via des notifications ou à la demande, en appuyant directement sur l’appareil.

Derrière ce projet lancé en 2023, on trouve Avi Schiffman, un entrepreneur américain passé par Harvard. Un fondateur atypique, qui a notamment investi près de deux millions de dollars pour racheter le nom de domaine friend.com, symbole fort de l’ambition du projet.

Une arrivée en France sous le signe de la polémique

Dernière nouveauté : Friend AI arrive en France. Des campagnes publicitaires ont récemment fait leur apparition dans le métro parisien, avec des slogans volontairement provocateurs, visant surtout un public jeune. L’idée : assumer des relations virtuelles, parfois au détriment des relations réelles.

Une stratégie marketing déjà testée à New York à l’automne dernier… et qui avait tourné à la contestation. Graffitis, critiques virulentes et inquiétudes sur l’écoute permanente ont accompagné la campagne américaine. Des craintes qui risquent de ressurgir en France, tant la question du respect de la vie privée et de la légalité d’un tel dispositif reste sensible. Reste à savoir si la polémique servira de tremplin médiatique ou freinera l’adoption du produit.

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mis en ligne le 04.02.2026 à 07:00

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4 - 🎤 Les coûts cachés de l’IA menacent-ils son avenir ? (Albert Meige, Arthur D. Little)

L’intelligence artificielle semble gratuite, instantanée et sans limites. Pourtant, derrière cette apparente facilité se cachent des coûts énergétiques, économiques et stratégiques majeurs. Albert Meige alerte sur un modèle qui, selon lui, ne peut pas durer en l’état.

Interview : Albert Meige, associé chez Arthur D. Little

Punchlines

  • L’IA repose sur une infrastructure physique devenue critique.
  • Le modèle économique actuel de l’IA ne fonctionne pas.
  • Les prix de l’IA vont nécessairement augmenter.
  • 95 % de l’énergie d’un LLM est consommée à l’usage.
  • Générer cinq minutes de vidéo équivaut à charger une Tesla.

Votre rapport parle de « dépendances cachées » de l’IA. De quoi s’agit-il exactement ?

Nous avons travaillé sur trois grands volets. D’abord l’impact réel de l’intelligence artificielle, notamment environnemental. Ensuite les dépendances et les vulnérabilités que cela crée pour les utilisateurs, en particulier les entreprises. Et enfin, en toile de fond, toutes les questions d’autonomie stratégique que cela pose.

Vous affirmez que le modèle économique de l’IA n’est pas viable aujourd’hui. Pourquoi ?

On a l’impression que l’IA est un logiciel comme un autre, alors qu’elle repose sur une infrastructure physique extrêmement coûteuse. Les investissements se chiffrent en dizaines, voire en centaines de milliards, alors que la valeur créée et le chiffre d’affaires ne suivent pas. Il y a un découplage complet, si bien qu’à un moment donné, il n’y a pas d’autre solution que de voir les prix augmenter.

L’impact environnemental est au cœur de votre analyse. Que montrent vos chiffres ?

Il y a une explosion du nombre d’utilisateurs et de la complexité des requêtes. Une requête simple sur GPT-4 consomme à peu près autant qu’une requête Google, mais sur GPT-5, le coût énergétique est quasiment cent fois plus élevé. Et générer cinq minutes de vidéo sur Gemini consomme autant d’énergie que charger une Tesla. Sur le long terme, ça ne peut pas durer.

Que recommandez-vous aux entreprises et aux particuliers ?

Aux entreprises, je dis d’identifier précisément toutes leurs dépendances et vulnérabilités, sur toute la chaîne de valeur, et d’anticiper le coût réel de l’IA. Aux particuliers, j’ai un message simple : arrêtez de générer des vidéos de chats. Ça équivaut à charger une Tesla.

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mis en ligne le 03.02.2026 à 07:30

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5 - 🎤 L’État, nouveau concurrent des éditeurs français de visio (Renaud Ghia, Tixeo)

Le président de Tixeo dénonce une stratégie qu’il juge incohérente de la part de l’État. Selon lui, le développement de logiciels publics en interne fragilise l’écosystème numérique français et pose de vraies questions sur la souveraineté.

Interview : Renaud Ghia, président de Tixeo

Punchlines

  • L’État se met en concurrence avec son propre écosystème numérique.
  • On ne peut pas lutter contre une solution gratuite imposée par l’État.
  • Open source ne veut pas dire souveraineté.
  • La stratégie actuelle coupe le marché intérieur aux éditeurs français.
  • L’État doit être un catalyseur, pas un concurrent.

Pourquoi cette situation vous met-elle en colère aujourd’hui ?

Dans la visioconférence, mes concurrents sont Teams, Cisco, Google ou Zoom, donc des géants. On est déjà dans un rapport David contre Goliath. Et maintenant, on se retrouve avec un autre concurrent qui est l’État lui-même. Forcément, on trouve la situation très difficile et pas normale.

Vous parlez d’une incohérence dans la stratégie de l’État, à quoi faites-vous référence ?

D’un côté, l’État soutient l’écosystème numérique avec des dispositifs comme France 2030, dont nous avons bénéficié. Et de l’autre, il ferme du jour au lendemain le marché des administrations publiques en développant ses propres logiciels. Ce marché est essentiel pour permettre aux entreprises françaises de progresser et de s’exporter. Couper le marché intérieur, ce n’est pas une bonne stratégie.

L’argument avancé est celui de la souveraineté numérique, est-il fondé selon vous ?

La cause est bonne, mais la solution ne l’est pas. Pour la brique visio, la solution de l’État repose sur LiveKit, une technologie américaine open source. Je me pose donc la question de la maîtrise technologique réelle. Open source ne garantit pas la souveraineté. Avoir accès au code ne veut pas dire savoir maintenir, faire évoluer et maîtriser la technologie dans le temps.

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mis en ligne le 02.02.2026 à 08:00

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6 - 🇫🇷🇨🇦 Debrief Transat – Réseaux sociaux : l’heure des comptes

Cette semaine : procès contre les géants des réseaux sociaux aux US, action contre Android en UE, Facebook Actu bientôt de retour au Canada et concurrence déloyale au nom de la souveraineté en France.

Avec Bruno Guglielminetti (Mon Carnet)

Les réseaux sociaux face à la justice américaine

La justice américaine ouvre une série de procès visant les grandes plateformes accusées d’avoir des effets délétères sur la santé mentale des jeunes. Bruno Guglielminetti détaille les poursuites engagées contre Meta, propriétaire de Facebook et Instagram, tandis que TikTok et Snap ont conclu des accords à l’amiable hors cour. Ces procédures pourraient révéler des documents internes sensibles, notamment sur la connaissance par les plateformes des risques liés à leurs usages.

Android et le DMA : l’Europe met Google sous pression

La Commission européenne exige des changements profonds dans Android au nom du Digital Markets Act. Bruxelles veut forcer Google à ouvrir l’accès aux composants clés des smartphones, tant pour l’intelligence artificielle que pour les moteurs de recherche concurrents. Une bataille réglementaire de longue haleine qui rappelle les bras de fer déjà engagés avec Apple.

Canada : Meta pourrait rouvrir l’accès aux contenus d’actualité

Au Canada, Meta avait bloqué le partage de contenus de presse en réaction à une loi imposant une rémunération des médias. Bruno Guglielminetti revient sur les conséquences concrètes de cette décision, notamment lors de situations d’urgence, et sur les discussions en cours entre Ottawa et Meta pour rétablir l’accès à l’information sur Facebook.

La France développe sa propre visio : souveraineté ou concurrence déloyale ?

L’État français lance une solution de visioconférence destinée à remplacer les outils américains dans l’administration. Jérôme Colombain analyse ce choix stratégique en matière de souveraineté numérique, mais aussi la colère des entreprises françaises du secteur, qui voient l’État devenir un concurrent direct avec une solution gratuite.

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mis en ligne le 01.02.2026 à 08:30

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7 - ☕️ GRAND DEBRIEF (jan. 26) – CES, voiture autonome et indépendance numérique

Robots, intelligence artificielle, dépendance aux géants américains, nouvelles lois sur Internet… Le mois de janvier a concentré toutes les fractures du numérique. Dans ce Grand Débrief, on prend le temps d’analyser ce que ces signaux disent vraiment de l’avenir de la tech.

Le Grand Debrief vous est proposé en partenariat avec Free Pro

Avec François Sorel (Tech&Co) et Bruno Guglielminetti (Mon Carnet)

CES 2026 : un salon moins spectaculaire, mais plus révélateur

Le Consumer Electronics Show de Las Vegas a-t-il perdu de sa magie ? Moins d’annonces grand public, moins d’objets “wahou”, mais un salon qui confirme malgré tout plusieurs tendances lourdes : automatisation, robotique, intelligence artificielle omniprésente et montée en puissance des acteurs asiatiques. Bref, un CES 2026 plus sobre mais qui reflète mieux que jamais l’état réel de l’industrie technologique mondiale.

- Voitures autonomes : la réalité derrière le fantasme

Les véhicules autonomes avancent vite… mais pas toujours là où on l’imagine. Waymo, Zoox ou Uber multiplient les expérimentations de niveau 4, capables de circuler sans conducteur dans des zones bien définies. En revanche, le niveau 5, celui d’une voiture autonome partout et en toutes circonstances, n’existe toujours pas.
Contrairement au discours d’Elon Musk, le FSD de Tesla reste officiellement classé niveau 2, loin des critères d’autonomie totale.

- Robots humanoïdes et “IA physique” : le vrai tournant

Le CES 2026 a marqué une étape importante : le passage de l’IA logicielle à l’IA incarnée. Robots humanoïdes, machines domestiques intelligentes, automatisation du monde réel… la robotique entre dans un nouveau cycle. Si l’électromécanique et l’équilibre sont désormais maîtrisés, le véritable verrou reste l’intelligence elle-même.
Les modèles d’IA actuels sont-ils capables de comprendre le monde physique, ou faudra-t-il changer de paradigme, comme le défend notamment Yann LeCun ?

- La Chine, puissance technologique majeure

Très visible cette année à Las Vegas, la Chine n’est plus dans l’imitation mais dans l’exécution rapide et industrielle. Robots aspirateurs, robots humanoïdes, vidéoprojecteurs, électronique grand public : les innovations chinoises s’imposent par leur qualité et leur vitesse de développement. Un basculement stratégique majeur, qui redessine la concurrence mondiale — et interroge la place de l’Europe.

Dépendance à la tech américaine : le réveil européen ?

Pendant que les patrons de la tech défilaient au Forum économique mondial de Davos, le Parlement européen adoptait une résolution alertant sur la dépendance numérique de l’Europe. Cloud, logiciels, systèmes d’exploitation, IA : que se passerait-il en cas de tension politique majeure avec les États-Unis ? Faut-il craindre un "kill switch" (coupure totale) ou une dégradation des services ? La question n’est plus théorique, notamment après les menaces commerciales de Donald Trump et les débats autour du Cloud Act. Alors, peut-on réellement se passer de la tech américaine… si oui, à quel prix ?

Cloud souverain : solution réelle ou illusion juridique ?

AWS, Google et Microsoft multiplient les annonces de clouds souverains européens, comme le projet d’AWS European Sovereign Cloud. Mais une entité juridique locale suffit-elle à garantir une indépendance réelle ?

Réseaux sociaux interdits aux mineurs : la fin de la récré ?

Dernier grand sujet de ce Débrief : la loi française visant à interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Après la loi sur la protection contre les contenus pornographiques, le RGPD, le DSA ou encore le projet Chat Control, la régulation numérique s’intensifie. Sommes-nous en train d’assister à la fin de l’Internet libre tel qu’on l’a connu ou à une tentative nécessaire de protection face à l’addiction, au temps d’écran et aux effets cognitifs sur les plus jeunes ?

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mis en ligne le 31.01.2026 à 08:00

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8 - 📆 L'HEBDO 31/01 – Apple prêt à inventer la commande vocale… sans la voix

Apple va-t-il révolutionner l’interface homme-machine après son rachat de la startup Q.ai ? Et aussi : robotaxis en Europe, IA de compagnie, procès contre les géants du Web et souveraineté numérique à marche forcée.

💡Découvrez Frogans, l’innovation française qui réinvente le Web [PARTENARIAT]

Apple et la commande vocale… silencieuse

Apple frappe fort avec le rachat de la start-up israélienne Q.ai, spécialiste de la lecture des micro-mouvements du visage. Une technologie qui pourrait permettre de piloter un smartphone, des écouteurs ou des lunettes connectées sans émettre un son, simplement en articulant. Une nouvelle étape vers une interface homme-machine plus discrète et plus naturelle.

Samsung renforce la confidentialité de ses smartphones

Samsung prépare une innovation baptisée Privacy Display pour lutter contre le “shoulder surfing”, cette pratique consistant à espionner l’écran du voisin. Grâce à une combinaison matérielle et logicielle, l’écran pourra s’assombrir automatiquement selon l’angle de vision. Une fonction attendue sur les prochains Galaxy S26.

Les robotaxis Waymo arrivent à Londres

C’est officiel : les robotaxis de Waymo, filiale de Google, circuleront à Londres dès septembre. Une première hors des États-Unis, rendue possible par une évolution de la loi britannique. Pendant ce temps, la France reste à l’écart de cette révolution de la mobilité autonome.

Friend : l’ami virtuel trop curieux ?

Friend, une IA de compagnie conçue pour discuter et tenir compagnie, débarque en français, à l'adresse friend.com. Disponible sous forme d’application et de pendentif connecté, le dispositif écoute en permanence son environnement. Une arrivée qui soulève de sérieuses questions sur la vie privée et pourrait rapidement créer la polémique.

Réseaux sociaux : la pression judiciaire monte

Aux États-Unis, une vague de procès vise les grandes plateformes accusées de nuire à la santé mentale des jeunes. Bruno Guglielminetti, journaliste et animateur de Mon Carnet, décrypte ces procédures historiques, alors que la France adopte une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.

Android et l’Europe : bataille pour la concurrence

La Commission européenne exige de Google qu’Android s’ouvre davantage à la concurrence, notamment sur l’accès aux fonctions profondes du smartphone pour les IA concurrentes de Gemini. Un bras de fer juridique et technologique aux conséquences majeures pour l’écosystème mobile.

L’État français face aux éditeurs de logiciels

Renaud Ghia, président de Tixeo, dénonce la stratégie de l’État qui développe sa propre suite logicielle pour les administrations. Selon lui, cette démarche fragilise les entreprises françaises du secteur et pose la question d’une concurrence déloyale, malgré l’argument de la souveraineté numérique.

L’IA : fantastique, mais à quel prix ?

Albert Meige, associé chez Arthur D. Little et co-auteur d’une étude de BlueShift, alerte sur les coûts cachés de l’intelligence artificielle. Impact environnemental, explosion des investissements, hausse probable des tarifs : l’IA pourrait bientôt coûter beaucoup plus cher aux entreprises comme aux particuliers.

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mis en ligne le 30.01.2026 à 07:00

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9 - 🔎 L’alerte du patron de Claude sur les dangers de l’IA (Zoom Tech)

L’intelligence artificielle pourrait-elle devenir une menace majeure pour l’humanité ? Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, tire la sonnette d’alarme dans un essai remarqué sur les risques d’une superintelligence mal maîtrisée.

Une superintelligence aux conséquences potentiellement dévastatrices

Dario Amodei, patron de Anthropic et créateur du chatbot Claude, publie un long essai qui fait l’effet d’un signal d’alarme. Il y décrit l’arrivée possible, à plus ou moins court terme, d’une superintelligence artificielle capable d’égaler, voire de dépasser, les meilleurs experts humains dans tous les domaines clés, de la médecine à la physique en passant par les mathématiques.

Selon lui, l’humanité s’apprête à manier un pouvoir presque inimaginable, sans certitude que ses structures politiques, sociales et technologiques soient suffisamment mûres pour en garder le contrôle.

Cybercriminalité, armes biologiques et rivalités géopolitiques

Parmi les risques majeurs évoqués figurent l’explosion de la cybercriminalité et la possibilité de concevoir et de diffuser plus facilement des armes biologiques ou chimiques. L’IA pourrait aussi devenir un atout militaire décisif, offrant à certains pays des capacités offensives écrasantes.

Dario Amodei pointe notamment la Chine en toile de fond et rappelle s’être opposé par le passé à l’exportation de cartes graphiques Nvidia très avancées vers ce pays, par crainte d’un déséquilibre stratégique.

Un choc économique et social sans précédent

Le dirigeant d’Anthropic alerte également sur l’impact de l’IA sur l’emploi. Selon lui, jusqu’à 50 % des postes de cadres débutants pourraient disparaître d’ici cinq ans. Une perspective encore débattue, mais de plus en plus présente dans les analyses économiques.

Autre sujet d’inquiétude : la concentration extrême des richesses générées par l’IA. Elle pourrait accentuer les fractures géographiques et économiques, au point de transformer la Silicon Valley en une sorte d’économie parallèle, déconnectée du reste du monde.

Des risques connus, partagés par d’autres figures de l’IA

Dario Amodei n’est pas seul à tirer la sonnette d’alarme. Ses positions rejoignent celles de Geoffrey Hinton, Joshua Bengio ou encore Elon Musk, qui alertent depuis plusieurs années sur les dangers de l’intelligence artificielle.

Ces risques se répartissent en trois grandes catégories : les impacts économiques et sociétaux (emploi, désinformation, démocratie), les usages malveillants comparables à ceux du nucléaire, et enfin le scénario plus spéculatif d’une perte de contrôle totale des systèmes, popularisé par la science-fiction.

Réglementation, garde-fous et bouton rouge

Pour éviter le pire, Dario Amodei avance plusieurs pistes. Il plaide pour une réglementation renforcée, avec des évaluations strictes des systèmes d’IA, comparables à celles imposées aux avions ou aux médicaments. Il recommande aussi un déploiement progressif des outils les plus puissants et l’installation de dispositifs de sécurité matériels, de véritables « kill switch », capables d’arrêter une IA en cas de dérive.

Enfin, il insiste sur l’importance de la recherche en alignement et en contrôle des modèles, un domaine qu’il présente comme central dans les travaux menés par Anthropic. Un cri d’alarme de plus, mais cette fois émis de l’intérieur même du système, dans un contexte où la course à l’IA s’accélère dangereusement.

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mis en ligne le 29.01.2026 à 07:00

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10 - 🔎 Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : une loi impossible à appliquer ? (Zoom Tech)

Adoptée en début de semaine par l’Assemblée nationale, la loi visant à interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans affiche une ambition forte. Mais entre contraintes européennes, défis techniques et risques de dérives sécuritaires, son application soulève de nombreuses interrogations.

Une loi adoptée, mais encore très théorique

Le texte voté en début de semaine prévoit d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans, avec une entrée en vigueur envisagée dans le courant de l’année, idéalement dès la prochaine rentrée scolaire. L’objectif est de mieux protéger les jeunes face aux dérives des plateformes numériques et de donner davantage de leviers aux parents.

Sur le plan politique, le signal est clair. Dans les faits, la loi ouvre surtout une série de difficultés qui pourraient fortement limiter sa portée réelle.

Un verrou juridique à l’échelle européenne

Premier obstacle : le droit européen. La France peut décider d’une interdiction sur son territoire, mais elle ne peut pas imposer seule aux grandes plateformes de mettre en place des systèmes de vérification d’âge réellement contraignants.

Ce pouvoir relève de la Commission européenne, seule habilitée à obliger juridiquement les géants du numérique à appliquer ce type de mesures. En l’état, la loi française apparaît donc avant tout comme un message politique adressé à Bruxelles et aux autres États membres.

Vérifier l’âge, un casse-tête technique

Pour être effective, l’interdiction suppose un système fiable de vérification de l’âge des utilisateurs. La solution privilégiée repose sur le principe du « double anonymat » : l’utilisateur prouve son âge auprès d’un tiers de confiance, sans transmettre son identité à la plateforme, et sans que ce tiers sache quels services sont utilisés.

En France, ce mécanisme pourrait s’appuyer sur les outils d’identification numérique existants. À l’échelle européenne, les espoirs reposent sur le futur portefeuille d’identité numérique, actuellement en phase de test dans plusieurs pays. Une solution prometteuse sur le papier, mais qui suscite de fortes inquiétudes en matière de cybersécurité et de protection des données personnelles.

L’exemple australien et les contournements

Le débat est également alimenté par l’exemple australien, où l’accès aux réseaux sociaux est interdit aux moins de 16 ans depuis décembre 2025. Les plateformes y ont supprimé ou restreint plusieurs millions de comptes attribués à des mineurs.

Mais les contournements restent nombreux : fausse déclaration d’âge, usage de VPN ou migration vers des applications non concernées par la loi. Une illustration des limites d’une interdiction technique face à des usages numériques très adaptables.

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mis en ligne le 28.01.2026 à 07:00

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11 - 🎤 L’IA devient physique : small AI, robots et lunettes connectées au CES (Patrice Duboé, Capgemini)

Au CES de Las Vegas, l’intelligence artificielle a confirmé son entrée dans une phase de maturité. Robots, lunettes connectées et modèles plus petits illustrent une IA qui s’ancre désormais dans le monde physique.

Interview : Patrice Duboé, Directeur de l’innovation pour l’Europe du Sud chez Capgemini

En partenariat avec Capgemini

Punchlines

  • L’IA devient une infrastructure du monde physique.
  • Les petits modèles d'IA remplacent les grands modèles généralistes.

  • L'arrivé des humanoïdes s'accélère.
  • Les lunettes connectées créent de nouveaux usages quotidiens... et de nouveaux problèmes.

L’IA au CES a-t-elle connu un tournant cette année ?

On ne parle pas d’un tournant brutal, mais clairement d’une évolution vers une phase de maturité. Après l’arrivée des GPT, puis des LLM et des agents, le CES a mis en avant ce que beaucoup appellent désormais le Physical AI. L’IA devient une infrastructure que l’on déploie partout, notamment dans le monde physique, comme on a pu le constater au CES de Las Vegas.

Que signifie concrètement cette notion de Physical AI ?

Il s’agit d’IA embarquée dans des objets réels. On l’a vue dans les robots, en particulier les humanoïdes, qui vont fortement accélérer à partir de 2026. On en trouve déjà dans les usines et sur les stands des salons. Ils sont encore en phase d’apprentissage, mais la dynamique est très nette et montre que l’IA sort des seuls environnements logiciels.

Pourquoi parle-t-on de plus en plus de small AI et de edge computing ?

La tendance est aux modèles plus petits, très spécialisés, alimentés par des données de qualité. Cela permet de mieux maîtriser la donnée, de répondre aux enjeux de souveraineté et de sécurité, et d’éviter de tout envoyer dans le cloud. C’est la même logique que le edge computing, appliquée aujourd’hui à l’intelligence artificielle.

Les lunettes connectées commencent à arriver. Quelles conséquences ?

On voit enfin des usages concrets, comme la traduction simultanée en temps réel. L’IA embarquée apporte une meilleure autonomie, plus de rapidité et une précision impressionnante. Tous les lunetiers investissent massivement car c’est un objet du quotidien. Mais cela soulève aussi de vraies questions de confidentialité, notamment sur le fait d’être filmé sans forcément s’en rendre compte.

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mis en ligne le 27.01.2026 à 07:00

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12 - 🎤 Alice Recoque, le supercalculateur qui propulse l’Europe dans l’ère de l’exaflop (Nicolas Lardjane, CEA)

Le supercalculateur Alice Recoque, actuellement en construction, s’annonce comme une machine hors norme, capable de franchir le cap de l’exaflop. Installé l'année prochaine au TGCC du CEA, il doit ouvrir de nouveaux horizons à la recherche scientifique, à l’IA et au calcul quantique en Europe.

Interview : Nicolas Lardjane, directeur du Très Grand Centre de Calcul du CEA

Punchlines

  • Alice Recoque dépasse le milliard de milliards d’opérations par seconde.
  • Un exaflop, c’est 30 ans de calcul humain en une seconde.

  • C’est un outil de souveraineté scientifique européenne.
  • 15 mégawatts pour un exaflop : parmi les meilleurs rendements mondiaux.

A quoi ressemble le futur supercalculateur Alice Recoque ?

Alice Recoque est un supercalculateur exaflopique, capable de dépasser le seuil de l’exaflop. Il sera installé au TGCC à partir de 2026 pour une ouverture aux utilisateurs en 2027. Le projet est piloté au niveau européen par EuroHPC, avec un financement partagé entre l’Europe et un consortium national porté par GenCI. L’objectif est de doter l’Europe d’une machine parmi les plus puissantes au monde.

À quoi va servir une telle puissance de calcul ?

Une machine comme Alice Recoque permet de réaliser des simulations scientifiques beaucoup plus complexes, multi-échelles et multi-physiques. Elle va servir à explorer la matière, le climat, le vivant, la découverte de nouveaux matériaux ou encore le développement de nouveaux médicaments. Des calculs qui prenaient des mois sur les machines actuelles du CEA pourront être réalisés en une journée, voire moins. Alice Recoque est aussi conçue pour entraîner de grands modèles d’intelligence artificielle pour la science, en complément du calcul HPC classique.

Qui pourra accéder à Alice Recoque ?

L’accès se fera sur dossier scientifique, soit au niveau européen via EuroHPC, soit au niveau national via GenCI. L’utilisation sera gratuite pour les chercheurs, à condition que la science produite soit publiée. La machine est donc ouverte aux communautés académiques et industrielles, dès lors que les résultats sont partagés.

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