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02.11.2026 à 13:32

Et ce sera (encore) Comme à la Radio avec Brigitte Fontaine

L'Autre Quotidien
Il fut un temps, d'après 1968, où toute réunion musicale était jouable. Et soudain la chanson française échappait au syndrome variété / yéyé pour s’envoler vers l’ailleurs avec ou sans volutes de shit, avec ou sans acides, mais toujours avec bienveillance pour les nouvelles pistes et la découverte. Psyché d’un côté, free de l’autre, voire folk pour les années à venir : Fontaine, Areski, Higelin, Béranger, Hedayat, Magny, Manset, Sheller - pour n’en citer que quelques un(e)s. Alors la ressortie augmentée du mythique Comme à la radio mérite le détour - et toute votre attention…
Texte intégral (1024 mots)

Il fut un temps, d'après 1968, où toute réunion musicale était jouable. Et soudain la chanson française échappait au syndrome variété/ yéyé pour s’envoler vers l’ailleurs avec ou sans volutes de shit, avec ou sans acides, mais toujours avec bienveillance pour les nouvelles pistes et la découverte. Psyché d’un côté, free de l’autre, voire folk pour les années à venir: Fontaine, Areski, Higelin, Béranger, Hedayat, Magny, Manset, Sheller - pour n’en citer que quelques un(e)s. Alors la ressortie augmentée du mythique Comme à la radio mérite le détour - toute votre attention… 

Le classique de Brigitte Fontaine, sorti en 1970 avec Areski Belkacem, Wadada Leo Smith et l’Art Ensemble of Chicago et Jacques Higelin est ici réédité dans une édition 2LP Deluxe remasterisée à partir des bandes originales. Il contient l’album original ainsi qu’un second de bonus et comprend un livret de 24 pages avec des textes de Wadada Leo Smith, Andy Beta, Benoît Mouchard et Benjamin Barouh. Cette réédition sera accompagnée d’une autre sortie intitulée Comme à la radio : On Air, avec des enregistrements live inédits de l’ORTF et des bonus studio supplémentaires.

Comme A La Radio - English Version Brigitte Fontaine

On pourrait croire, à tort, que Comme à la radio est un objet musical unique issu de l’après 68 qui s’allume, flambe, fait feu de tout bois, puis disparaît à jamais. Or, que nenni, pour mieux comprendre le propos, il faut ajouter le livre de Serge Loupien, paru chez Rivages et justement intitulé : Free jazz et pop rock, 1965-1979, le temps des utopies, La France Underground. Un opus qui retranscrit les multiples tentatives alternatives dans le domaine de la culture, du rock indépendant, en passant par free jazz, au cinéma expérimental et aux premiers festivals... le temps des utopies. Mais justement ici, c’est un trait de plume qui efface les miasmes de la chanson qui pue de la tête en respirant le vide interstellaire des programmations radio des grandes ondes où chacun/ne se congratule de ces merveilleuses chansons qui ne remettent jamais rien en jeu, sinon leur vacuité réitérée.

Le Goudron - Libre Parcours 70 Brigitte Fontaine

Mais là, juste là, dans les interstices se joue le vivant qui refuse de crever - et le dit franchement. Un disque comme… l’après société de consommation que tous les gros cons d’aujourd’hui n’ont jamais accepté, de Sarkozy à Alloncle, en passant par micron, Philippe et tous les dégénérés du bulbe, comme le crétin congénital du puits du fion, et de ses sbires de dhar nain nain à ratato, voire cuve à pisse ou chiottard ; tous ces gens du siècle dernier ou d’avant, ces empêcheurs de jouir en rond / en carré ( et pourquoi pas en triangle ?). Avec ses sons, ses sens, ses chants d’ailleurs et sa musique expérimentale, cet album est devenu un classique intemporel, un objet propre à un temps de révolte qui, comme par hasard, sent furieusement l’aujourd’hui d’une révolte toujours à vivre, toujours à refaire et défaire pour vivre - pas de limite ( musicale et précontrainte), pas de modèle de chanson à décalquer, juste des pistes à suivre et à explorer. Encore et toujours, et cette putain de ligne de basse… pour contrer le silence ( des agneaux!). Toujours vivants, toujours vivants… 

Jean-Pierre Simard le 3/11/2026
Brigitte Fontaine - Comme à la radio + Comme à la radio : on air - We Want Sounds

Le Noir C'est Mieux Choisi Brigitte Fontaine

02.11.2026 à 11:40

Des braises étouffées : jeunesse et incertitudes dans la Chine industrielle

L'Autre Quotidien
En photographiant la périphérie de sa ville natale, Wuhai, en Chine, Yue Sun immortalise une ville minière en déclin et une jeune génération en proie à l’incertitude, dont la vie est mise en sourdine.
Texte intégral (2002 mots)

En photographiant la périphérie de sa ville natale, Wuhai, en Chine, Yue Sun immortalise une ville minière en déclin et une jeune génération en proie à l’incertitude, dont la vie est mise en sourdine.

Teens © Yue Sun

Lorsque la République populaire de Chine a été fondée en 1949, moins de 500 personnes vivaient là où se trouve aujourd’hui Wuhai. Ce petit village de Mongolie intérieure vivait principalement de l’élevage, mais la découverte par l’État de vastes réserves de charbon sous le désert a déclenché un essor industriel. Aujourd’hui, la ville compte plus de 500 000 habitants, mais ses jeunes générations sont confrontées à un avenir incertain. En raison de l’épuisement des réserves de charbon et de la pression exercée par la forte pollution, la ville a dû diversifier son économie en misant sur le tourisme — mais bon nombre de ces initiatives ont échoué.

Pour tenter de saisir ce sentiment d’incertitude, le photographe Yue Sun, originaire de Wuhan, a passé deux ans à parcourir la périphérie de la ville avec un appareil photo grand format, photographiant les paysages et les habitants de ces quartiers. « Nous avons connu cette modernisation à un rythme tellement effréné que nous assistons aujourd’hui à une sorte d’effet inverse », explique Sun, qui vit désormais à Hangzhou, une ville de l’est de la Chine. Selon lui, de nombreux jeunes de Wuhai se trouvent dans une situation d’incertitude, se demandant si partir pour une grande ville offrant davantage d’opportunités vaut la peine, compte tenu des risques et de l’investissement que cela implique.

A Ger © Yue Sun

La photo montrant trois garçons adossés à leurs trottinettes illustre bien cette tension. « Si vous regardez de plus près, vous verrez qu’il s’agit en réalité d’adolescents de 14 ans ; sur la photo, ils sont exactement comme je les ai trouvés : ils jouent les durs, fumant des cigarettes, vêtus de contrefaçons de Prada et de Louis Vuitton. Il y a quelque chose de vulnérable dans la masculinité qu’ils affichent », explique Sun. Ce sentiment d’être au bord du gouffre, ou assis au bord d’un précipice, persiste à travers toutes les images de Sun — que ce soit dans des bâtiments abandonnés, des paysages déserts ou un autoportrait dans un miroir évoquant une réflexion ambivalente sur soi.

Man by the Window © Yue Sun

Le projet porte un titre différent en chinois. Il se traduit littéralement par « La mer d’or noir » — un nom donné à la ville de Wuhai par l’homme d’État Zhou Enlai, en référence directe aux réserves de charbon de la région. Sun s’est rendu compte que la traduction anglaise ne rendait pas les nuances subtiles de l’original chinois. Puis, lors d’un voyage, il a appris l’existence d’un feu qui brûlait sous terre, se propageant à travers le labyrinthe d’une mine abandonnée. Ce feu est invisible, mais son odeur tenue flotte dans l’air de la ville. C’est cette image qui a inspiré le titre anglais, *Muted Ember* — une métaphore pour « les turbulences subtiles dans la vie des personnes que j’ai photographiées ».
En savoir plus sur son travail, ici

Yue Sun - Muted Amber
Marigold Warner pour Lens Culture, édité par la rédaction le 2/11/2026

Abandoned Coal Mine © Yue Sun

02.11.2026 à 11:15

Le théâtre imaginaire de Magnus Plessen

L'Autre Quotidien
Théâtre imaginaire inaugure la représentation de Magnus Plessen à la Galerie Lelong. Né à Hambourg en 1967, Plessen vit et travaille à Berlin. Artiste autodidacte, il s’initie d’abord à la peinture, avant de se tourner vers la photographie et le cinéma, puis de se consacrer entièrement à la peinture à partir de 1999.
Texte intégral (1273 mots)

Théâtre imaginaire inaugure la représentation de Magnus Plessen à la Galerie Lelong. Né à Hambourg en 1967, Plessen vit et travaille à Berlin. Artiste autodidacte, il s’initie d’abord à la peinture, avant de se tourner vers la photographie et le cinéma, puis de se consacrer entièrement à la peinture à partir de 1999.

L’exposition réunit un ensemble d’une vingtaine de peintures, réalisées entre 2024 et 2026, et rend compte de l’évolution récente de son œuvre. À l’exception de My Dying Father, les tableaux exposés trouvent leur origine dans l’imagination de l’artiste. Le choix du titre nous informe aussi qu’il ne s’agit pas simplement d’un théâtre inventé, mais d’un espace mental, un lieu de projection d’images, constituées de souvenirs, de rêves ou de fictions.

Sur cette scène, où coexistent l’abstraction et la figuration, chaque peinture affirme sa propre autonomie. Ensemble, elles semblent pourtant dialoguer à travers leurs gestes, endossant des rôles changeants sans narration préétablie. Cette ambiguïté se trouve renforcée par des visages qui se transforment, se démultiplient et glissent parfois les uns dans les autres. Les mains — figures récurrentes dans son travail — instaurent quant à elles un rapport tactile aux corps et renforcent le sentiment d’intimité qui traverse son œuvre.

Dans la dernière salle, la série Le Baiser prolonge cette réflexion sur la proximité, en évoquant la tendresse et la complicité. L’artiste y emploie la feuille d’or et confère ainsi à ses compositions une dimension iconique.

Egon Klimt, le 2/11/2026
Magnus Plessen - Théâtre imaginaire -> 14/11/2026

Galerie Lelong, Matignon 38, avenue Matignon. 75008 Paris

Magnus Plessen, Your Face in my Hands, 2025 — Huile et fusain sur toile — 50 x 60 cm Courtesy of the artist & Galerie Lelong, Paris

Magnus Plessen, The Third, 2026 Feuille d’or, pastel à huile, acrylique et fusain sur bois — 50 × 60 cm Courtesy of the artist & Galerie Lelong, Paris

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