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21.04.2026 à 10:51

Lutter par le soin : Résistances et poétique du lien

L'Autre Quotidien
Lutter : du latin luctari, se débattre, résister, tenir. Soin : de sollicitudo, l’attention inquiète, la présence qui maintient en vie.Ces deux gestes, longtemps tenus pour incompatibles, partagent pourtant un même territoire : celui du maintien. Lutter, c’est chercher à garder ouvertes des possibilités, à préserver des idées, des pratiques ou des liens susceptibles de disparaître. Soigner, c’est accompagner ce qui vacille. L’un relève de l’effort, l’autre de la présence ; tous deux sont des formes d’attention agissante face à ce qui nous menace.
Texte intégral (1206 mots)

Lutter : du latin luctari, se débattre, résister, tenir. Soin : de sollicitudo, l’attention inquiète, la présence qui maintient en vie.Ces deux gestes, longtemps tenus pour incompatibles, partagent pourtant un même territoire : celui du maintien. Lutter, c’est chercher à garder ouvertes des possibilités, à préserver des idées, des pratiques ou des liens susceptibles de disparaître. Soigner, c’est accompagner ce qui vacille. L’un relève de l’effort, l’autre de la présence ; tous deux sont des formes d’attention agissante face à ce qui nous menace.

Chez Foucault, dans Le Souci de soi (1984), la lutte se loge dans le quotidien : écrire, cuisiner, réparer, glaner, transmettre. Il y voit une éthique active, un travail de transformation discret. De leur côté, TronToeT GilliG décrivent le soin comme une éthique relationnelle fondée sur la vulnérabilité partagée. Prendre soin, c’est reconnaître notre interdépendance et soutenir des formes de vie fragiles. Il s’agit d’un geste politique trop souvent invisibilisé car associé au domestique et au non-monumental. Traversée par différents fluides (lait, eau, sang, ferments, sécrétions, flux interespèces, son), l’exposition tisse un écosystème de relations où apparaissent des modes de résistance lente : nourrir, filtrer, hydrater, envelopper, faire circuler entre les corps ce qui permet de tenir.Dans cette écologie de pratiques, les œuvres de Joanna Wong et Mathilde Cohen, Stéphanie Sagot, Grégory Baptista, Charlotte Janis et Minia Biabiany ouvrent un champ commun plutôt qu’un récit linéaire. Elles composent un ensemble de pratiques attentives : transmissions nourricières, relations interespèces, mémoires situées, formes de soutien mutuel. Ensemble, elles font émerger une politique du care3 entendue comme responsabilité, ajustement et co-dépendance, des modes d’existence qui réaffirment la primauté des liens.Ici, la résistance ne prend pas la forme de l’affrontement, mais celle du geste tenace, d’un contre-récit qui rompt avec le paradigme de la performance individuelle. Une cuisine silencieuse, une fermentation lente, un rituel partagé : autant d’actes inaperçus du capitalisme et pourtant essentiels à la survie sensible des communautés. Fabien Vallos parle de désœuvrement pour désigner ces pratiques qui soutiennent sans produire, qui transforment sans conquérir, une lutte qui tient le monde debout.

Pour le collectif Enoki, la curation est un espace de relation et de responsabilité : une manière d’habiter l’exposition en soutenant des formes de vie et les conditions qui les rendent possibles. Notre travail repose sur l’attention, l’ajustement et la responsabilité partagée plutôt que sur la mise en ordre ou la performance. Nous cherchons à préserver les récits vulnérables et à maintenir ouverts les espaces où des relations peuvent se tisser. La curation est pour nous un geste de soutien actif : une façon de tenir, avec et pour les autres.

Mardi 5 mai à 19h15, ATELIER D’ECRITURE — Adultes
Avec les Amis de la Librairie l’Établi
Réservation auprès de la Librairie L’Établi.
Durée approx. 1h45 minutes

Samedi 23 mai à 15h30, VISITE L’Art à Portée de Mains
Visite commentée bilingue en Langue des Signes Française et en français, pour toutes et tous : sourd·e·s, malentendant·e·s et entendant·e·s.
Réservation nécessaire en cliquant ici ou par SMS au 07 83 57 28 32
Durée approx. 1h

Samedi 30 mai à 15h30, VISITE Bloup’Blop
Une visite-atelier commentée et amusante pour les 7 à 11 ans.
Réservation nécessaire en cliquant ici
Durée approx. 45 minutes

Samedi 6 juin mars ouverture exceptionnelle de 16h à 23h, NUIT BLANCHE
Retrouvez toute la programmation en détail en cliquant ici.

de 16h à 17h : temps de soin
de 17h à 17h45 : salon de lecture
de 18h à 19h : visite Vin contemporain — réservation nécessaire en cliquant ici.
de 19h à 20h : visite de l’exposition par Joanna Wong, membre du collectif Enoki
de 20h à 21h : Écriture, Mouvement, Amour : Les écritures bougées 10ème édition.

Vendredi 12 juin, FERMETURE EXCEPTIONNELLE

Samedi 13 juin de 13h30 à 15h, BANQUET
Organisé par Joanna Wong et Mathilde Cohen. Sur réservation uniquement.
and at 15:30, Let’s Go! VISIT
Let’s visit the exhibition in English! All levels are welcome, even beginners! A vocabulary list will be provided before the visit.
Llimited places, reservation required by clicking here.
Approx. duration 45 minutes

Phil Deufer , le 22/04/2026

LUTTER PAR LE SOIN : RÉSISTANCES ET POÉTIQUE DU LIEN -> 20/06/2026
artistes : Minia Biabiany, Charlotte Janis, Stéphanie Sagot, Grégory Baptista, Joanna Wong en collaboration avec Mathilde Cohen
curation : collectif Enoki (Barbara Lagié, Ludivine Pangaud, Joanna Wong
CAC La Traverse, Centre d'art contemporain d'Alfortville 9, rue Traversière. 94140 Alfortville

21.04.2026 à 09:00

A l'époque de Pascal Praud, Rubin Steiner se demande ce qu'aurait fait Brian Eno. Merci de nous avoir posé la question

L'Autre Quotidien
Pascal Praud est-il un rideau ? Un paravent qui gâche la culture actuelle ? Une figure exotique ( et caca !) chargée de dissimuler ce qui se passe en ce moment pour nous faire revenir aux hit-panades des 60’s carpentier et des émois catho rigoristes de tante Yvonne ? A tout cela oui. Mais, car il y a un mais, Rubin Steiner sort son jeu de cartes obliques et trace de biais dans la réalité à l’aide du brillant Brian avec son album azimuthé qui se tape royalement de la soi-disante réalité bol à raie.
Texte intégral (809 mots)

Pascal Praud est-il un rideau ? Un paravent qui gâche la culture actuelle ? Une figure exotique ( et caca !) chargée de dissimuler ce qui se passe en ce moment pour nous faire revenir aux hit-panades des 60’s carpentier et des émois catho rigoristes de tante Yvonne ? A tout cela oui. Mais, car il y a un mais, Rubin Steiner sort son jeu de cartes obliques et trace de biais dans la réalité à l’aide du brillant Brian avec son album azimuthé qui se tape royalement de la soi-disante réalité bol à raie.

Un peu de contexte : Érudit musical et influencé par le jazz, le hip-hop, le punk rock US 80's et la pop, la musique qu'il compose est tour à tour, selon les albums depuis 1998, electro-jazz, électronique, krautrock, pop, disco-punk, post-punk, house ou techno. En gros et en détail, c’est Bob Flappy athlète complet aussi à l’aise dans la réalisation ciné que guitariste de free jazz. De quoi défriser tous les wokistes qui n’aiment le Connemara qu’en version gras double arrosée de fin de soirée. En même temps que rassurer les aficionado qui naviguent sans boussole de Sun Ra à Kraftwerk et Derrick May, en passant par Martin Dennny et … Brian Eno. De quoi mettre en colère, à raison, les crétins atrabilaires des chaînes d’infox.

Que se passe-t-il donc ici qui mérite votre (totale) attention ? Disons qu’à l’apparence du bol breton ( rond avec liseré bleu et prénom mal écrit à la main et inénarrable dessin naïf de paysan au fond… ) que chaque visiteur s’offre comme souvenir, Rubin Steiner substitue un vrai kintsugi japonais. Et ce bol, casse-gueule dans l’esprit et la forme, revient recousu à l’or fin, régénéré et apte à servir d’autres nectars. Et, en 11 titres qui font un rapide survol de l’histoire de la musique qui l’intéresse, on passe de comptines électro en ode au créateur du synthé modulaire Buchla, à l’exotica qui titilla longuement les créateurs du trip hop, on sent la parenté avec Kirk Di Giorgio ( As One) qui mixait 90’S le jazz et la techno, ou encore un hommage somptueux à Briian Eno avec Golden Hours qu’on dirait tout droit sorti de Another Green World pour ensuite s’échapper du côté de Perrey (Eva) et finir en larmes comme le répiicant de Blade Runner… 
Stratégie oblige/que qui fait clore l’affaire en disant “Jordan, barre-toi de là, le monde n’a pas besoin de toi, alors que Rubin, ben ouais quoi… “

Jean-Pierre Simard, le 22/04/2026
Rubin Steiner - What Would Brian Eno Have Done - Platinum Records

21.04.2026 à 08:25

Côté post-apocalypse, vous connaissiez “La Route”, découvrez l’autoroute d’Asphalte sauvage signé Anne Masse

L'Autre Quotidien
Dans un monde en ruine, Vlada et Pouic sillonnent les routes, portés par leurs propres buts, mais surtout une amitié naissante dans ce monde hostile. Pourtant dans cet album, pas de monstres, pas de cannibales sanguinaires, de milices ou de rencontres dangereuses, Anne Masse prend le contre-pied des récits post-apo classique et dévoile une terre ravagée où les êtres humains sont solidaires, curieux et touchants.
Texte intégral (2547 mots)

Dans un monde en ruine, Vlada et Pouic sillonnent les routes, portés par leurs propres buts, mais surtout une amitié naissante dans ce monde hostile. Pourtant dans cet album, pas de monstres, pas de cannibales sanguinaires, de milices ou de rencontres dangereuses, Anne Masse prend le contre-pied des récits post-apo classique et dévoile une terre ravagée où les êtres humains sont solidaires, curieux et touchants.

Alors que son album Ultime éco où il était question de multivers est actuellement en sélection du prix BD SF lancé par Lloyd Chéry à travers son podcast C’est plus que de la SF pour les meilleurs albums de 2024,Anne Masse revient avec un nouvel album qui explore une nouvelle thématique du genre : le post-apo. 

Et là où Ultime éco parlait d’amour, du couple et de choix à travers cette saga qui s’ancre dans les multivers, Asphalte Sauvage creuse les sujets de l’amitié, de la confiance et de la foi dans cet univers post-apocalyptique. 

Louche France,
Chers débris de mon enfance

Dans ces paysages post-apocalyptiques, on reconnait quelque chose de la France. Les deux protagonistes se baladent dans ce territoire ravagé sans en connaître la raison, nées après la catastrophe. Vlada et Pouic sont très différents et leurs appartenances à des groupes, aux coutumes et héritages très spécifiques, les éloignent au début. Mais si beaucoup de choses les opposent dans leurs buts, croyances ou mode de vie, ils vont se retrouver dans cette traversée et faire front commun. 

Au fil de leurs pérégrinations, ils tombent sur des vestiges du passé : panneaux, graffiti, cartes postales, revues porno et livres. Des livres qui ont une importance particulière pour les deux personnages, objet de crainte pour Vlada qui ne sait pas lire et trésor pour Pouic qui a entamé une quête bien à lui pour trouver tout ce qui touche à Pilou. Personnage de livre pour enfant façon Tchoupi, vestige de la civilisation éteinte, Pouic collectionne ces livres antiques qu’il considère comme un trésor inestimable. Les aventures de Pilou fonctionnent comme celles de Tchoupi ou Petit ours brun avec des images pédagogiques et un ton lénifiant, imaginez une version de Tchoupi façon propagande pour expliquer comment se comporter en cas de pénurie de vivres ou d’énergie. 

Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres

Mais à la découverte d’un prospectus pour Pilouland, le parc d’attractions de Pilou, leur vie va prendre un tournant radical. Leur traversée a un but, et quelques indices graphiques donnent l’itinéraire des deux survivants, entre les vestiges du Lac du Salagou après les Cévennes, du métro de Lyon ou encore du Poulet de Bresse métallique qui domine l’autoroute (pour les fans de l’A39).

Comme dans Ultime écho, la dessinatrice joue avec les logos, invente des codes et des symboles pour créer un univers cohérent bien plus vaste que l’histoire présentée. Son travail sur les costumes, typiques de son travail, mais aussi de l’intégration du dessin dans le récit où les protagonistes dessinent, griffonnent sur les murs pour laisser une trace, déchiffrent publicités, panneaux, livres ou cartes postales ; et s’interrogent sur ce monde d’avant.   

Pour Vlada, les livres sont effrayants, vestiges de la technologie qui a probablement conduit à l’apocalypse, mais elle apprend aux côtés de Pouic que tout est histoire de croyance. D’ailleurs les images religieuses, croix, églises, jalonnent le parcours des survivants pour ajouter à la réflexion et à la critique sociale qui transparait dans cet album mordant. 

Être né sous l’signe de l’uranium
C’est pas l’espoir, en vérité

Les oeuvres d’Anne Masse sont toutes portées par un humour protéiforme, détails visuels, répliques bien senties ou comique de situation, l’autrice excelle dans la comédie et sait l’injecter dans des univers très particuliers, des multivers aux vampires, du Paris romantique à la France post-apocalyptique

En résulte une post-apo joyeuse qui tire vers le hopepunk, en totale opposition avec La Route de Cormac McCarthy, best-seller du genre où l’auteur américain décrit un futur où l’humanité offre bien peu d’espoir [lisez notre article complet sur le sujet ici]. Asphalte sauvage cherche plutôt la lumière malgré les difficultés de ce monde ravagé, porté par une bichromie jaune et grise stylisée pour rendre cet univers. Avec des planches dessinées à l’encre, avec des effets délavés, griffés ou éclaboussures, coulures et projections, la dessinatrice propose son travail le plus audacieux graphiquement. Les rehauts de jaunes viennent souligner des émotions, isoler des instants ou mettre en valeur des propositions graphiques qui participent à nous immerger dans cet univers. 

Habituée des codes du webtoon, pour cet album elle délaisse la narration en chapitre qui était présente dans toutes ses œuvres pour garder le récit d’un souffle ponctué de respirations visuelles avec des pleines pages et doubles planches décalées ou très graphiques. 

En bonus, sur son site vous pouvez suivre toutes les étapes de travail de ce projet intitulé La Brouette en 2010 et qui a fait du chemin pour arriver à ce livre publié en 2026, on y découvre des planches dessinées dans d’autres styles, en couleur, des morceaux de scénario abandonnés, d’autres qu’on retrouve en pointillés dans la version définitive, c’est passionnant. 

Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres

Avec Asphalte sauvage Anne Masse réussit son pari de continuer de parler de sujets forts, intimes et universels dans des univers très marqués. Et là où Ultime éco avait montré tout son potentiel, avec Asphalte sauvage elle pousse encore son trait et son ambition artistique et trouve de la lumière et compersion là où d’autres n’auraient dessiné que les décombres ou la mort.

Thomas Mourier, le 22/04/2026
Anne Masse - Asphalt sauvage - Label 619, Rue de Sèvres
->. Les,liennns renvoient sur le site Bubble où vous pouvez vous procurer les ouvrages évoqués.

Extrait du livre ©Anne Masse / Rue de Sèvres

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