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28.08.2026 à 14:00

À Chaillot – Théâtre national de la Danse, la rentrée s’ouvre avec une pièce culte d’Anne Teresa De Keersmaeker

Maïlys Celeux-Lanval
Quelques chaises dépareillées, des danseuses aux gestes saccadés et vifs, une musique en boucles rythmiques. …

28.08.2026 à 12:00

De Paris à Melbourne, 14 bibliothèques qui magnifient le savoir

Inès Boittiaux
On pousse leur porte pour étudier, s’évader et s’émerveiller : ce sont bien sûr les …

28.08.2026 à 10:42

Cezanne, Zurbarán, Séraphine Louis, Irving Penn… Les plus belles expos de la rentrée dans toute la France

Sophie Flouquet
Après la pause estivale, les musées font leur rentrée en fanfare ! Il y aura …
Texte intégral (7022 mots)
Après la pause estivale, les musées font leur rentrée en fanfare ! Il y aura …

28.08.2026 à 07:00

« J’aime les collectionneurs pour leur liberté, l’originalité de leur regard et leur générosité »

Fabrice Bousteau
L’histoire de l’art aime les génies, célèbre leurs fulgurances, leurs révolutions. Elle s’intéresse plus rarement …
Texte intégral (1149 mots)

L’histoire de l’art aime les génies, célèbre leurs fulgurances, leurs révolutions. Elle s’intéresse plus rarement à ceux qui – avant les musées et le marché – ont su voir un chef-d’œuvre dans une peinture décriée. Gustave Fayet (1865–1925) est l’un de ceux-là et, paradoxalement, l’un des moins connus des collectionneurs français, tout simplement parce que sa collection a été dispersée après sa mort.

Alors que Gauguin est à l’époque largement rejeté, Fayet acquiert 200 de ses œuvres ; il est aussi le principal mécène d’Odilon Redon. Une collection de près de 1 000 pièces comprenant également Cezanne, Van Gogh, Degas, Matisse et Picasso. Passé sous les radars, Fayet, qui était aussi artiste, sera célébré cet automne dans une grande exposition à la fondation Louis Vuitton, à Paris, qui réunit pour la première fois nombre de ces chefs-d’œuvre, aujourd’hui propriété de musées du monde entier, ainsi que ses propres créations.

De l’importance des collectionneurs

On oublie souvent combien nos musées ont été et sont toujours nourris par les collectionneurs. Près de 35 % des collections du Louvre proviennent de dons ou de legs ! À titre d’exemple, le baron Edmond de Rothschild a offert 40 000 dessins et le docteur Louis La Caze 583 peintures de Chardin, Fragonard, La Tour… Près de 40 % des collections du musée d’Orsay proviennent de dons de collectionneurs et environ 50 % pour le Centre Pompidou si on inclut les dons d’artistes et les dations. Aux États-Unis, les collectionneurs remplacent quasiment l’État puisque 70 à 90 % des œuvres du Metropolitan Museum, du MoMA ou de l’Art Institute de Chicago proviennent de dons privés.

Outre leurs donations en France, les collectionneurs proposent depuis les années 2000, à travers leurs fondations, des expositions avec des points de vue et des pièces exceptionnelles. Je pense à Antoine de Galbert, qui prête pour des expositions nombre des œuvres de sa collection atypique et en dehors du marché. Et surtout à François Pinault qui, en plus de 40 ans et près de 10 000 œuvres, a constitué l’un des collections privées les plus importantes au monde.

Un mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix

« Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. »

François Pinault

Mais ce qui la rend unique, c’est l’œil du milliardaire, qui a repéré très tôt des artistes négligés comme David Hammons. Et surtout son choix de privilégier les pièces les plus radicales : « Je préfère toujours les œuvres qui dérangent, car ce sont celles qui résistent au temps et c’est là que se trouvent les chefs-d’œuvre. » Ses trois lieux (deux à Venise, un à Paris) offrent à voir ses collections à travers des expositions très différentes de celles des institutions. Un regard à part qui nous nourrit autant que l’histoire de l’art ! Et cela fait école : Laurent Dumas, PDG d’Emerige, va ouvrir à l’automne un centre d’art contemporain consacré à la scène française, à partir notamment de sa collection mais pas seulement.

Il ne faut pas oublier les centaines de jeunes collectionneurs, peu fortunés mais qui eux aussi offrent des œuvres aux musées. J’aime les collectionneurs pour leur liberté, l’originalité de leur regard et leur générosité. Ce qui fait la grandeur, le caractère unique de la culture française, c’est ce mélange inouï de points de vue, de désirs, d’envies et de choix, entre nos musées et nos institutions d’une part et, d’autre part, ces collectionneurs extraordinaires et libres.

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Gustave Fayet – Collectionneur, créateur

Du 9 octobre 2026 au 8 mars 2027

www.fondationlouisvuitton.fr

27.08.2026 à 20:00

Les chefs-d’œuvre peuvent-ils nous informer sur le dérèglement climatique ?

Malika Bauwens
Un ciel rouge feu, des patineurs sur des lacs gelés en hiver, une volée d’oiseaux …
Texte intégral (1461 mots)

Un ciel rouge feu, des patineurs sur des lacs gelés en hiver, une volée d’oiseaux qu’on n’entend guère plus chanter… Après l’été difficile que nous venons de vivre en 2026, et si nous regardions la peinture comme une archive climatique ? En cette rentrée, Beaux Arts Magazine répond à dix questions que vous vous posez sur l’art, sans jamais avoir osé le demander.

Pourquoi les sourires sont-ils si rares dans l’histoire de l’art ? Qu’est-ce-que le nombre d’or ? Le syndrome de Stendhal existe-t-il vraiment ? Les artistes ont-ils un don ? Dans cette série, à retrouver ici en intégralité, notre journaliste Malika Bauwens répond de manière aussi précise que concise à ces questions pas si bêtes que vous vous posez sur l’art.

Commençons par le plus emblématique des exemples avec le fameux Cri d’Edvard Munch. En 1893, le peintre norvégien immortalise une silhouette hurlante sous un ciel embrasé.

Dans son journal, l’artiste raconte avoir ressenti « le grand cri de la nature » face à ce ciel brusquement écarlate. Longtemps, les historiens d’art n’y ont vu qu’une projection psychique, l’expression d’une angoisse typique du symbolisme finissant.

Une catastrophe naturelle dans le ciel de Munch

Mais en 2004, des chercheurs de l’Université du Texas proposent une lecture météorologique. Selon les scientifiques, ce ciel correspondrait aux nuages spectaculaires observés jusqu’en Norvège après l’éruption du Krakatoa, en Indonésie, le 27 août 1883 – l’une des catastrophes naturelles les plus meurtrières de l’Histoire.

Hypothèse depuis nuancée par la chercheuse norvégienne Helene Muri, qui évoque plutôt des « nuages nacrés », iridescences stratosphériques liées à la destruction de la couche d’ozone. Volcanique ou polaire, le ciel du Cri garde une part de mystère mais nul doute que Munch représentait (en plus de tourments) un phénomène atmosphérique bien réel.

Les frimas du nord

Autre siècle, autre climat. Au XVIIe siècle, les maîtres flamands et hollandais peignent en boucle des scènes frissonnantes. Dès 1565, avec Les Chasseurs dans la neige, Pieter Brueghel l’Ancien invente l’hiver en peinture – un motif jusque-là quasi absent des toiles religieuses ou agricoles. Suivront Hendrick Avercamp, Adam van Breen, Gijsbrecht Leytens et leurs patineurs joyeux sur canaux gelés. Le géographe Alexis Metzger, qui a passé au crible 500 tableaux hollandais du Siècle d’or, y voit la trace du « petit âge glaciaire », période de refroidissement global qui s’étend de 1300 à 1850 environ.

Pieter Brueghel l'Ancien, Chasseurs dans la neige
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Pieter Brueghel l’Ancien, Chasseurs dans la neige, 1565

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Huile sur bois • 117 × 162 cm • Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Bridgeman Images

Gare toutefois à l’image d’Épinal car, selon le scientifique, les hivers glacés ne représentaient que 16,8 % des conditions météorologiques observées. Cette avalanche de patineurs tiendrait autant du fantasme identitaire, à savoir celui d’une jeune nation en guerre contre l’Espagne se rêvant unie sous la glace, que d’un relevé météo fidèle.

Toute une faune qui disparaît

Reste une observation des plus vertigineuses que nous enseignent nombre de tableaux et dessins : la biodiversité perdue. En 1611, Jan Brueghel l’Ancien crée L’Air, une allégorie foisonnante conservée au musée des Beaux-Arts de Lyon réunissant plus de 60 espèces d’oiseaux européens. Une étude publiée en 2026 dans la revue scientifique pluridisciplinaire américaine PNAS y a repéré une scène inédite. Brueghel a peint une chauve-souris noctule capturant un oiseau en vol, un comportement que la science n’a confirmé qu’en 2025, grâce à des balises embarquées.

Jan Brueghel l'Ancien, Les quatre éléments : allégorie de l’air
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Jan Brueghel l’Ancien, Les quatre éléments : allégorie de l’air, 1594

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Huile sur panneau • 50,3 × 80,1 cm • Coll. Galleria Doria Pamphilj, Rome • © Luisa Ricciarini / Bridgeman Images

Au-delà de l’anecdote, les chercheurs voient dans cette toile de Brueghel la preuve que les tableaux naturalistes peuvent servir d’archives écologiques. En recensant les espèces représentées à une date donnée, ils permettent de mesurer, des siècles plus tard, l’ampleur du déclin actuel de la biodiversité. Ce même principe est appliqué aux poissons des natures mortes italiennes ou aux bouquets hollandais, révélateurs des routes commerciales – et aujourd’hui des extinctions.

27.08.2026 à 17:17

Yayoi Kusama : 12 œuvres qui racontent sa trajectoire, des happening des sixties à ses environnements « infinis »

Joséphine Bindé
De ses visions d’enfant aux miroirs infinis, l’artiste japonaise Yayoi Kusama n’a cessé d’étendre et …
Texte intégral (4237 mots)

De ses visions d’enfant aux miroirs infinis, l’artiste japonaise Yayoi Kusama n’a cessé d’étendre et d’agrandir ses obsessions pour envahir joyeusement l’espace. Pois à foison, fleurs, phallus, citrouilles : de ses performances d’avant-garde à ses spectaculaires installations immersives, en passant par ses dessins plus intimes, voici douze œuvres emblématiques résumant les plus de sept décennies de carrière de cette star planétaire.

On peine à y croire, et pourtant : l’inlassable vertige a atteint son point final. Yayoi Kusama est décédée le 14 août 2026 à l’âge de 97 ans, laissant derrière elle une œuvre immédiatement reconnaissable. Partie de rien dans les rues du New York des années 1960, cette excentrique Japonaise a réussi à conquérir le monde entier, de l’avant-garde américaine aux plus grands musées, et jusqu’aux Instagrammeurs séduits par ses environnements immersifs.

Peintures, sculptures, performances, installations : créatrice infatigable, Yayoi Kusama a fait de la répétition et de l’infini les fils conducteurs d’un univers où l’intime se mêle étrangement au spectaculaire. De ses premiers dessins marqués par le traumatisme de la guerre à ses célèbres Infinity Mirror Rooms, en passant par Phalli’s Field et Pumpkin, retour sur douze œuvres mythiques qui permettent de mesurer en images l’ampleur de son héritage.

Yayoi Kusama, Atomic Bomb
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Yayoi Kusama, Atomic Bomb, 1954

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Du traumatisme au rêve

Née en 1929 à Matsumoto, Yayoi Kusama a grandi dans un Japon ravagé par la Seconde Guerre mondiale. Ce fabuleux dessin, réalisé à seulement 25 ans, porte la trace de ce traumatisme : sur le papier, la gouache, l’encre et le pastel font surgir une vision sombre et tourmentée de la destruction nucléaire. Bien qu’hantée par la catastrophe, cette œuvre de jeunesse transforme déjà la souffrance en vision onirique. Certains y verront ainsi la page d’un herbier fantasque, une fleur carnivore se dressant dans un nuage mauve !

Gouache, encre et pastel sur papier • 25 x 1,6 cm • Coll. Matsumoto City Museum of Art / © YAYOI KUSAMA.

Yayoi Kusama, My Flower Bed
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Yayoi Kusama, My Flower Bed, 1962

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En pleine hallucination

Banales, les fleurs ? Pas chez Yayoi Kusama ! Ici, 174 gants rembourrés, peints en rouge et cousus sur une structure métallique, composent une étrange masse organique de 2,50 mètres de côté. Sous l’apparence d’un parterre floral se cache l’une de ses premières « Accumulations » : en répétant inlassablement les formes, l’artiste fait basculer le quotidien dans un univers à la fois sensuel, grotesque et hallucinatoire.

Performance et installation • Coll. Centre Pompidou, Mnam, Paris • Courtesy yayoi Kusama

Yayoi Kusama, “Infinity Mirror Room – Phalli’s Field” (1965) lors de la rétrospective à Gropius Bau Museum, Berlin
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Yayoi Kusama, “Infinity Mirror Room – Phalli’s Field” (1965) lors de la rétrospective à Gropius Bau Museum, Berlin, 2021

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Au cœur du vertige

Première de ses célèbres « Infinity Mirror Rooms », Phalli’s Field enferme en 1965 le visiteur dans une pièce dont les murs sont couverts de miroirs. Au sol : des centaines de formes molles, phalliques, cousues dans du tissu et couvertes de pois rouges. Leur répétition, multipliée par les reflets, semble se prolonger à l’infini. Ces protubérances étranges, pop et presque comiques, comme des champignons hallucinogènes de bande dessinée, deviennent soudain un vertigineux paysage mental.

© Beata Siewicz/Pacific Press/Shutterstock/SIPA

Yayoi Kusama, Peep Show ou Endless Love Show
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Yayoi Kusama, Peep Show ou Endless Love Show, 1966

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Regard intérieur

Une petite pièce hexagonale, entièrement tapissée de miroirs, où des ampoules colorées clignotent et se démultiplient jusqu’à donner l’illusion d’un espace sans fin. Pour pénétrer dans cet univers psychédélique, le visiteur doit regarder par deux judas : d’où le titre Peep Show, qui fait référence au voyeurisme et à la mise en scène. Kusama transforme ainsi le regard lui-même en une expérience immersive qui donne accès à son univers intérieur.

Perfomance et installation • Courtesy Yayoi Kusama

Yayoi Kusama, “Horse Play”, Woodstock
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Yayoi Kusama, “Horse Play”, Woodstock, 1967

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Happening psychédélique

En pleine effervescence de la contre-culture américaine, Kusama descend dans la rue et investit le territoire de la performance. Dans Horse Play, réalisé en 1967 à Woodstock (alors un foyer de rencontre d’artistes, avant d’accueillir le célèbre rassemblement hippie de 1969), elle transpose son obsession des pois dans un happening ludique. Vêtue d’un justaucorps et de collants blancs semés de pois noirs, elle tient en laisse un cheval sombre ponctué de pois blancs. Le corps, la nature et le motif répétitif se mêlent ici dans une joyeuse entreprise de brouillage des frontières entre art et vie, rêve et réalité.

Performance • © AP/SIPA / Yayoi Kusama Studio

Yayoi Kusama, Self-Obliteration
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Yayoi Kusama, Self-Obliteration, 1966-1974

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Au-delà de la disparition

Autour d’une table dressée, six silhouettes féminines semblent participer à un ordinaire repas. Mais chez Kusama, rien n’est banal : mannequins, chaises, table, vaisselle, fleurs et fruits sont recouverts de motifs répétitifs et de couleurs hallucinatoires. Le titre dit tout : l’« auto-oblitération » désigne chez elle la disparition des frontières entre soi et son environnement. Les individus deviennent motifs parmi les motifs, absorbés dans le grand vertige de la répétition.

Peinture sur mannequins, tables, chaises, perruques, sacs à main, tasses, assiettes, pichets, cendriers, plantes en plastique, fleurs en plastique et fruits en plastique • dimensions variables • © Yayoi Kusama. M+, Hong Kong

Yayoi Kusama, “Pumpkin” sur l’île de Naoshima
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Yayoi Kusama, “Pumpkin” sur l’île de Naoshima, 1994

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Jaune comme une citrouille

Jaune soleil, ronde et opulente comme un personnage de dessin animé, constellée de pois noirs : la citrouille de l’île japonaise de Naoshima (véritable oasis artistique comptant plusieurs musées) est devenue l’emblème de Kusama. Installée en 1994 au bout d’une jetée, face à la mer, elle fut pensée dès l’origine pour dialoguer avec le paysage. L’artiste, qui représentait déjà ce fruit dans les années 1940, en a depuis créé d’innombrables versions monumentales en bronze, céramique, acier, bois, nylon ou fibre de verre – y compris sous forme de lanternes géantes dans une « Infinity Mirror Room ».

Plastique renforcé de fibre de verre et peinte à la main • 2,5 mètres de diamètre • © James Davies / Alamy / Hemis / © YAYOI KUSAMA

Yayoi Kusama, Flower Obsession
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Yayoi Kusama, Flower Obsession, 2018

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L’amour des fleurs

Après les pois, les fleurs. Avec Flower Obsession, Kusama transforme un intérieur domestique en une jungle florale : murs, meubles, objets et surfaces disparaissent sous une prolifération de fleurs artificielles. L’œuvre prolonge le principe de Obliteration Room, l’une de ses plus célèbres installations où les visiteurs recouvrent progressivement une pièce immaculée de milliers d’autocollants colorés.

Installation à la NGV Triennial, Melbourne • Photo Eugene Hyland

Yayoi Kusama, “Infinity Mirrored Room” à la Tate Modern, Londres
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Yayoi Kusama, “Infinity Mirrored Room” à la Tate Modern, Londres, 2021

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Un espace hors du monde

Entrer dans cet espace magique, c’est quitter le monde terrestre. Dans une pièce tapissée de miroirs, des points lumineux suspendus dans l’obscurité se répètent à perte de vue, comme autant d’étoiles scintillant dans l’obscurité de l’univers. Le sol réfléchissant brouille encore davantage les repères. Comme un point parmi les points, le corps du visiteur se perd dans cette nuée vertigineuse : c’est le principe même de l’« auto-oblitération » cher à Kusama, poussé ici jusqu’à l’expérience cosmique.

© Nathaniel Noir / Alamy / Hemis / © Yayoi Kusama

La sculpture de Yayoi Kusama exposée au sommet du magasin Louis Vuitton des Champs-Élysées
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La sculpture de Yayoi Kusama exposée au sommet du magasin Louis Vuitton des Champs-Élysées, 16 janvier 2023

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À l’assaut du monde

Ici, l’artiste elle-même devient motif. En janvier 2023, une gigantesque Kusama en perruque rouge semble surgir du toit du magasin Louis Vuitton des Champs-Élysées, tandis que la façade se couvre de pois. À Paris comme à Londres, New York ou Tokyo, des robots à son effigie « peignent » les vitrines des boutiques de la marque. Une campagne spectaculaire, devenue virale mais aussi controversée : certains y ont vu l’aboutissement vertigineux de la marchandisation de son image.

© ACau / SIPA

Yayoi Kusama, Everyday I Pray For Love
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Yayoi Kusama, Everyday I Pray For Love, 2023

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Le désir de créer jusqu’au bout

À la fin de sa vie, Kusama ne cesse de peindre. Avec ses lignes noires rayonnantes semées de pois sur fond jaune, cette œuvre – l’un de ses ultimes dessins, assorti d’un poème en japonais, réalisé dans sa chambre d’hôpital – évoque à la fois la peinture aborigène et un tunnel vers l’infini. Dans cette série commencée en 2021, les mots, les signes, les rayons et les motifs semblent jaillir de la toile dans une explosion d’énergie. Son titre, Every Day I Pray for Love, sonne comme une épitaphe : surmontant ses démons grâce à l’art, l’artiste en appelle à l’amour, à la vie et à l’infini.

Acrylique et marker sur toile • 60,6 x 50 cm • Coll. et © YAYOI KUSAMA.

Yayoi Kusama, Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe, vue d’installation dans l’exposition à la fondation Beyeler, Riehen / Bâle.
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Yayoi Kusama, Infinity Mirrored Room – The Hope of the Polka Dots Buried in Infinity Will Eternally Cover the Universe, vue d’installation dans l’exposition à la fondation Beyeler, Riehen / Bâle., 2025

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Vers l’infini

Pour sa grande rétrospective présentée à la fondation Beyeler en 2025, Kusama imagine une nouvelle plongée dans l’infini. Évoquant des tiges géantes ou des tentacules, d’immenses formes organiques jaunes à pois noirs serpentent dans la salle et se reflètent dans les miroirs, transformant l’espace en une forêt artificielle et labyrinthique. Au centre, une autre chambre de miroirs prolonge l’expérience. Une démarche invasive et immersive poussée à son paroxysme, comme si l’artiste se réincarnait dans ce paysage fantasque en perpétuelle expansion.

© YAYOI KUSAMA / Photo Mark Niedermann.

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