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Bernard Pagès, figure singulière de la sculpture française, est mort à 86 ans

Texte intégral (1552 mots)
Son indéboulonnable moustache gauloise, qui témoignait de son profond attachement au monde rural, le rendait immédiatement reconnaissable… Et si robuste qu’on ne l’imaginait pas disparaître. Bernard Pagès, figure fondatrice du mouvement Supports/Surfaces, est mort ce mardi 13 octobre, à l’âge de 86 ans. La triste nouvelle a été annoncée le jour même par la galerie Ceysson & Bénétière, qui le représentait.
L’artiste laisse derrière lui une œuvre expérimentale qui a profondément renouvelé le vocabulaire de la sculpture contemporaine. Bernard Pagès était non seulement « l’une des grandes figures de l’art contemporain international, qui n’a cessé de remettre en question les frontières entre sculpture et peinture », mais aussi « un homme exceptionnel d’une gentillesse rare, attentif à chacun », ont souligné les galeristes François Ceysson et Loïc Bénétière. Ces derniers ont également adressé leurs pensées à son épouse, l’écrivaine Maryline Desbiolles, ainsi qu’à sa famille et ses proches.
Une pratique inspirée du monde paysan
Né en 1940 à Cahors, dans le Lot, Bernard Pagès grandit dans la ferme de ses parents. Après une formation à l’Atelier d’art sacré de Paris, il se met à peindre et dessiner. Mais c’est bientôt la sculpture qui s’impose, sous l’influence notamment de Constantin Brancusi. En 1964, Bernard Pagès quitte Paris pour s’installer à Coaraze, dans l’arrière-pays niçois, où il développe une pratique à rebours des conventions académiques, au contact de la nature et de matériaux bruts.
Bernard Pagès, Les Trois épis, 2017
Ensemble de 3 sculptures. Profils creux peints, feuilles de cuivre oxydé et feuilles d’or, paille en vrac • Hauteur maximale : 350 cm. Espace occupé au sol : 200 × 300 cm • « L’Art dans les chapelles » à la chapelle Saint-Adrien à Saint-Barthélémy • Photo Aurélien Mole
À la fin des années 1960, ses recherches croisent celles de Claude Viallat, de Bernar Venet et d’autres artistes qui s’emploient à déconstruire les catégories traditionnelles de l’art. Pagès participe aux manifestations préfigurant la naissance de Supports/Surfaces, un mouvement qui interroge les constituants mêmes de l’œuvre, de la toile à son support. S’il prend part à certaines de ses expositions, il s’en éloigne dès 1971, refusant de se laisser enfermer dans une école.
Bernard Pagès, L’Abri de jardin, 1970
L’oeuvre comprend un abri de jardin réalisé d’après le modèle de Manufrance et un ensemble de 6 agrandissements photographiques de photos prises par l’artiste de l’Abri lors des expositions de l’été 1970 et 2011 • Coll. centre Pompidou, Mnam, Paris • © GrandPalais Rmn / Audrey Laurans
Bois, pierre, terre, plâtre, béton, fer, ficelle ou brique : Bernard Pagès compose avec des matériaux hétérogènes, dont il exploite les propriétés, les résistances et les tensions. Ses « Assemblages » et « Arrangements » des années 1970 font ainsi écho aux gestes et aux outils du monde paysan, qui l’ont marqué durant son enfance. L’artiste en fait le cœur même de ses œuvres dans lesquelles l’équilibre, l’empilement et l’agencement deviennent des principes récurrents de composition.
Des œuvres qui brouillent les frontières
De cette exploration naissent plusieurs séries emblématiques, comme les « Piquets », à partir de 1975, et les « Colonnes », au début des années 1980. Des propositions qui brouillent toujours les frontières entre sculpture et peinture, construction et assemblage, monumentalité et fragilité.
Exposition de Bernard Pagès « Voir à travers » à la galerie Ceysson & Bénétière, 2026
Photo Cyrille Cauvet
Après des expositions remarquées au musée Henri-Martin de Cahors et au musée Matisse de Nice en 1995, une première grande rétrospective lui est consacrée au château de Villeneuve, à Vence, en 2002.
Ces dernières années, son travail a continué d’être mis à l’honneur, notamment au musée Picasso d’Antibes et au domaine de Kerguéhennec, ainsi qu’avec une récente exposition organisée par la galerie Ceysson & Bénétière au domaine de Panéry, dans le Gard : « Voir à travers », où il avait notamment présenté des barres de métal tordues évoquant des branchages tortueux, des totems de matériaux à l’équilibre précaire et un cube en acier aérien s’élançant dans les airs, exposé à la rouille au milieu des pierres et de la végétation.