30.06.2026 à 14:39
Assignation à résidence, une géographie de la peine .
Texte intégral (4668 mots)
J’ai longtemps eu le sentiment que mon histoire ne rentrait dans aucune case simple. On m’a d’abord connu à travers une affaire pénale liée au terrorisme, puis, une fois ma peine purgée, on m’a maintenu dans un autre type de contrainte : l’assignation à résidence. Depuis 2008, ma vie se déroule sous un régime de limitation permanente, avec des pointages, des couvre-feux, des déménagements imposés et une surveillance qui ne dit pas son nom.¹Ce que je veux montrer ici, c’est que l’enfermement ne se réduit pas à la prison. Il peut aussi prendre la forme d’une liberté surveillée, morcelée, encadrée, presque neutralisée. Dans mon cas, la sortie de prison n’a pas signifié la fin de la peine, mais l’entrée dans une autre manière d’être empêché de vivre normalement.²La question que je porte est simple en apparence, mais elle engage des enjeux plus larges : comment peut-on rester durablement privé de liberté après avoir purgé sa peine ?³ Comment une mesure administrative peut-elle devenir, dans les faits, une prolongation de la sanction pénale ?⁴J’ai compris au fil des années que mon cas dépasse ma personne. Il interroge le rapport entre sécurité publique, lutte antiterroriste, droit des étrangers et libertés fondamentales.⁵ Si l’on peut me maintenir pendant des années dans un périmètre assigné, alors il faut regarder de près ce que cela dit du fonctionnement de l’État quand il décide qu’un homme doit rester libre, mais pas trop.⁶
La prison comme premier enfermement
Mon histoire judiciaire commence dans le contexte de l’après-11 septembre, au moment où la lutte antiterroriste prend une place centrale dans les politiques publiques. J’ai été arrêté, puis condamné en appel en 2005 à une peine de prison pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.⁷ J’ai purgé cette peine jusqu’à ma sortie en 2008.⁸La prison a été un enfermement net, visible, institutionnel. Elle m’a retiré du monde ordinaire pendant plusieurs années. Mais ce premier enfermement n’a pas clos mon histoire ; il a ouvert la suivante.⁹

La logique punitive ne s’est pas arrêtée à la sortie de cellule, car l’administration a pris le relais sous une autre forme.¹⁰
L’assignation à résidence comme peine prolongée.
Depuis 2008, je vis sous assignation à résidence. Concrètement, cela veut dire des obligations de pointage, des horaires à respecter, des restrictions de déplacement et des décisions préfectorales ou ministérielles qui peuvent me contraindre à changer de lieu de vie.¹¹ J’ai souvent dit que j’étais libre, mais seulement dans le périmètre qu’on m’assigne.¹²Cette formule n’a rien d’une métaphore. Elle décrit une réalité concrète : une liberté qui existe, mais amputée de presque tout ce qui la rend vivable. On ne m’enferme pas derrière des barreaux, mais on m’attache à un territoire, à des horaires, à des obligations répétées qui m’empêchent de construire une vie stable.¹³ C’est une peine après la peine, un enfermement sans cellule, mais pas sans effets.¹⁴
Le temps brisé
Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas seulement la contrainte spatiale, c’est la façon dont elle découpe le temps. Une journée assignée n’est pas une journée libre. Elle est scandée par le pointage, par la nécessité de se présenter à la gendarmerie ou au commissariat, par l’attente du prochain horaire, par la répétition des gestes imposés.¹⁵J’ai fini par compter. J’ai compté les jours, les kilomètres, les passages obligés. J’ai compris que l’administration fabrique aussi du temps captif.¹⁶
Mon existence s’est mise à ressembler à un calendrier de contrainte plus qu’à une vie ordinaire. Le temps ne m’appartient pas pleinement quand je dois sans cesse me rendre disponible à un contrôle qui me rappelle que je ne suis jamais totalement sorti de la peine.¹⁷

La vie familiale et la relégation
L’assignation à résidence n’a pas seulement touché ma liberté de déplacement. Elle a aussi pesé sur mes proches. Vivre ainsi, c’est être séparé, déplacé, éloigné, empêché de tisser une continuité familiale normale.¹⁸ Les décisions administratives ne frappent jamais un seul individu ; elles atteignent un entourage entier.¹⁹J’ai connu les déménagements imposés, les ruptures de stabilité, les distances forcées.²⁰ Cela produit une relégation particulière : on vous laisse dans la société, mais on vous place à sa marge, dans une zone où la vie quotidienne devient un combat contre l’empêchement.²¹ Je n’étais ni enfermé au sens classique, ni libre au sens réel.J’étais maintenu dans un entre-deux épuisant.²²
Le droit et ses limites
J’ai contesté cette situation à travers les voies de recours possibles. Mon cas a été examiné par les juridictions françaises, puis par la Cour européenne des droits de l’homme.²³ En 2024 encore, le Conseil d’État a rejeté un pourvoi que j’avais formé contre mon assignation à résidence.²⁴Ces décisions montrent une chose importante : le contrôle juridictionnel existe, mais il n’abolit pas toujours la logique de la mesure.²⁵ Autrement dit, le droit encadre, mais il peut aussi laisser durer ce qu’il prétend seulement vérifier.²⁶ C’est là que mon histoire devient plus large que moi : elle montre comment une mesure présentée comme préventive peut fonctionner comme une contrainte stable et prolongée.²⁷
Ce que révèle une vie assignée
Si j’écris ou si je parle de mon expérience, ce n’est pas pour faire de moi une exception romantique ou un personnage de roman. C’est parce que mon cas révèle une réalité politique : en France, l’enfermement ne passe pas toujours par la prison. Il peut aussi passer par la police administrative, par le contrôle du territoire, par la répétition des obligations et par la suspension durable d’une vie normale.²⁸J’ai appris dans ma chair qu’on peut être libre en apparence et empêché en profondeur. On peut vivre hors de la prison et rester dans un régime d’enfermement. On peut sortir physiquement et ne jamais retrouver pleinement l’espace de sa vie.²⁹ C’est ce paradoxe que je veux rendre visible.³⁰
L’intimité sous contrôle .
L’assignation à résidence n’a pas seulement limité mes déplacements ; elle a profondément modifié ma vie privée. Vivre sous contrainte administrative, c’est voir l’intime colonisé par des obligations extérieures : les horaires, les pointages, les lieux imposés et la menace permanente d’une sanction viennent s’insérer dans les gestes les plus ordinaires de l’existence.³¹ Cette intrusion constante empêche toute forme de stabilité privée et transforme le quotidien en succession de contraintes.³²Ce qui a été le plus lourd, pour moi, c’est la séparation d’avec ma femme et mes enfants. Les autorités m’ont maintenu loin d’eux pendant des années, au point que la distance n’était plus seulement géographique, mais affective et sociale.³³
Quand je dis que cette situation me touche personnellement, ce n’est pas une formule : c’est une réalité vécue dans le corps, dans l’attente, dans l’absence, dans l’impossibilité de partager une vie familiale normale.³⁴Cette atteinte à la vie privée ne relève pas seulement de l’exception administrative ; elle touche aussi à la dignité. Être assigné, c’est devoir organiser ses journées autour du contrôle, mais aussi accepter que sa vie affective soit fragilisée par une logique de surveillance.³⁵ À force de déménagements imposés, de distances forcées et d’horaires à respecter, on finit par vivre dans une forme d’entre-deux où l’intimité devient précaire.³⁶L’effet le plus insidieux est peut-être celui-ci : on ne me prive pas seulement de liberté, on me prive de continuité. Une vie privée suppose des habitudes, des repères, une adresse stable, des liens qui peuvent se construire sans interruption. Or l’assignation à résidence introduit la rupture dans tout ce qui devrait être stable.³⁷ Elle empêche les projets, fragilise les relations, et installe une fatigue durable qui déborde largement le seul cadre juridique.³⁸En ce sens, mon cas montre que les mesures administratives ne produisent pas seulement une contrainte publique ; elles dégradent aussi la sphère la plus intime.
La vie privée, ici, n’est pas protégée : elle est rendue vulnérable, exposée, dépendante du bon vouloir de l’administration.³⁹ C’est ce glissement qu’il faut comprendre si l’on veut mesurer la violence réelle de l’assignation à résidence.⁴⁰

Le piège juridique
Sur le plan juridique, mon affaire montre d’abord une chose simple : on peut sortir de prison sans sortir du contentieux. J’ai purgé ma peine, mais je suis resté pris dans un enchevêtrement d’arrêtés, de recours, de décisions de justice et de rejets qui ont prolongé mon état de contrainte.⁴¹ Ce n’est donc pas seulement une histoire de peine pénale ; c’est aussi une histoire de maintien administratif de la restriction.⁴²
L’effet le plus important, pour moi, a été l’absence de véritable issue juridique. À plusieurs reprises, j’ai contesté les arrêtés qui encadraient mon assignation à résidence, mais les juridictions ont souvent validé la logique générale du dispositif.⁴³ Le Conseil d’État a encore rejeté en 2024 un pourvoi visant à faire annuler un arrêt défavorable de la cour administrative d’appel de Paris.⁴⁴ Cela veut dire, très concrètement, que la mesure continue à produire ses effets, et que le contentieux se prolonge sans lever la contrainte.⁴⁵J’ai aussi compris que le droit pouvait devenir un espace d’épuisement. Quand on vit depuis des années sous assignation, chaque recours prend du temps, chaque décision repousse une éventuelle sortie, et chaque rejet confirme la persistance du régime.⁴⁶ On m’a souvent répondu par des formules de procédure, alors que ce que je vivais relevait d’une restriction continue de ma liberté.⁴⁷ Le langage juridique ne disait pas toujours la violence réelle de la mesure.⁴⁸Cette situation m’a placé dans un véritable no man’s land juridique.
D’un côté, je ne pouvais pas être expulsé vers l’Algérie en raison du risque de torture reconnu par la Cour européenne des droits de l’homme ; de l’autre, je ne pouvais pas vivre librement en France à cause de l’interdiction de territoire et de l’assignation à résidence.⁴⁹ Le droit m’a donc maintenu dans un entre-deux où je n’étais ni expulsable, ni pleinement résident, ni véritablement libre.⁵⁰Les conséquences juridiques ne sont pas seulement abstraites. Elles ont un effet direct sur ma capacité à travailler, à me déplacer, à faire valoir pleinement mes droits et à construire une vie ordinaire.⁵¹ À force de contentieux, la mesure devient un régime en soi, presque autonome, qui se reproduit au fil des décisions administratives etjudiciaires.⁵² J’ai alors eu le sentiment que la justice ne mettait pas fin à l’assignation, mais qu’elle en organisait la continuité.⁵³Enfin, mon cas a une portée plus large : il interroge la capacité du droit à limiter réellement une mesure présentée comme provisoire, alors qu’elle dure depuis des années.⁵⁴ Il montre aussi que les garanties juridictionnelles peuvent coexister avec une contrainte durable, sans que cela suffise à rétablir une liberté effective.⁵⁵ C’est là, me semble-t-il, la leçon la plus lourde de mon histoire : le droit peut constater la situation, la régler partiellement, mais ne pas parvenir à y mettre fin.⁵⁶
Mon histoire n’est pas seulement celle d’une condamnation, puis d’une assignation à résidence. C’est celle d’un enfermement qui change de forme sans cesser d’exister.⁵⁷ La prison a pris fin, mais la contrainte a continué sous d’autres modalités.⁵⁸ Ce que j’essaie de montrer, c’est que la liberté ne se mesure pas seulement à l’absence de barreaux. Elle se mesure aussi à la possibilité de travailler, de circuler, de voir ses proches, de choisir son lieu de vie et de ne pas être ramené chaque jour à une exception.⁵⁹Si cette intervention a un sens, c’est peut-être celui-là : dire qu’il existe des enfermements qui ne se voient pas toujours, mais qui durent, qui fatiguent et qui abîment.⁶⁰ Mon expérience en est une illustration extrême.⁶¹

Notes et références
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage et citation de Kamel Daoudi.
http://leseditionsduboutdelaville.com/index.php?id_product=20&controller=product� - Bibliothèque nationale de France (BnF), notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb47379220r� - Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024 ; Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024..
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.24.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.26.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
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- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
- Le Monde, « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 11 mai 2021.
- Le Monde, « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 11 mai 2021.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
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- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
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- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
- CAGE, « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi ».
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024 ; Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- CAGE, « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi ».
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
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- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Bibliothèque nationale de France (BnF), notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
Bibliographie
Ouvrage
Daoudi, Kamel. Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne. Le Mas-d’Azil : Les Éditions du Bout de la Ville, 2022.
Jurisprudence et sources institutionnelles
Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
GISTI. « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi », 31 octobre 2023.
https://www.gisti.org/spip.php?article7123�
GISTI. Affaire : M. Kamel Daoudi, mémoire d’intervention volontaire devant la cour administrative d’appel.
https://www.gisti.org/IMG/pdf/mem_iv_daoudi_caa.pdf�
Ligue des droits de l’homme (LDH) et GISTI. « Assignation à résidence perpétuelle : intervention volontaire du GISTI et de la LDH au soutien de la requête en appel de M. Kamel Daoudi », 8 juillet 2021.
Rapports, communiqués et organisations
Amnesty International France. « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
https://www.amnesty.fr/actualites/kamel-daoudi-ou-les-derives-de-la-lutte-contre-le-terrorisme�
Amnesty International France. « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
https://www.amnesty.fr/actualites/kamel-daoudi-acharnement-judiciaire-un-an-de-prison/�
CAGE. « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi par la France », 2023.
Ligue des droits de l’homme (LDH). « Le gouvernement est responsable du sort de Kamel Daoudi », communiqué commun avec le GISTI, 12 février 2018.
https://www.ldh-france.org/gouvernement-responsable-du-sort-kamel-daoudi/�
Articles de presse et analyses
CQFD. « Kamel Daoudi : enfermé dehors », CQFD, n° 212, septembre 2022.
https://cqfd-journal.org/Kamel-Daoudi-enferme-dehors�
Le Monde. « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 12 mai 2021.
https://www.lemonde.fr/archives-du-monde/12-05-2021/�
Le Monde. « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
Lundi.am. « Assigné à résidence depuis 14 ans, la CEDH refuse d’examiner le cas de Kamel Daoudi », 19 septembre 2023.
https://lundi.am/La-CEDH-refuse-d-examiner-le-cas-de-Kamel-Daoudi-plus-vieil-assigne-a-residence�
Orient XXI. Freschi, Rayan. « La persécution de Kamel Daoudi par la France indiffère la justice européenne », 10 octobre 2023.
La Sellette. « L’assignation à résidence : une peine après la peine », 8 janvier 2026.
https://lasellette.org/lassignation-a-residence-une-peine-apres-la-peine/�
Catalogues et notices bibliographiques
Bibliothèque nationale de France (BnF). Notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb47379220r�

28.06.2026 à 19:23
Les morts de chaleur, les responsables politiques et le silence des médias.
Texte intégral (1610 mots)
Des morts de chaleur s’accumulent dans les logements, au travail, aux urgences.
Le gouvernement organise l’impuissance, protège les propriétaires et les entreprises. Et les médias transforment cette faillite politique en bulletin météo.

Une hécatombe historique.
Hier, le SAMU de Paris signalait 109 morts en 24h, contre 7 par jour l’année dernière.
Vendredi, le SAMU du Nord indiquait une hausse de 78% des appels par rapport au 26 juin 2025. Précisant que contrairement à la canicule de 2003, ce sont des jeunes de 30 à 50 ans, sans antécédents, qui se retrouvent en réanimation.
Vendredi, toujours dans le Nord, un agent d’entretien de 33 ans est mort d’un arrêt cardio-respiratoire après un coup de chaleur sur son lieu de travail.
Le même jour, les urgences de Metz-Thionville communiquaient une hausse de 40% des appels vers le centre de régulation, et une hausse de 20% des passages aux urgences.
Vendredi encore, ce sont les pompes funèbres en Île-de-France qui nous apprennent que les chambres funéraires commencent à saturer. Parmi les témoignages rapportés, « Un Monsieur qui a fait un arrêt cardiaque sur son balcon, une femme retrouvée morte au sol avec un oreiller sous sa tête car elle cherchait un peu de fraîcheur… ».
Vendredi toujours, dans les Yvelines, une adolescente de 12 ans décède dans un appartement et son grand frère de 15 ans est retrouvé en hyperthermie.
Il faut donc se tourner vers les soignants urgentistes et vers les pompes funèbres pour être informés, sous forme de brèves, de l’hécatombe en cours.
Pendant que les morts ne sont même pas encore comptés, le gouvernement prolonge les soldes.
Pendant ce temps, Farandou, ministre du travail, déclarait : « On ne peut pas arrêter la France à partir de 30° », ou encore « Je pense qu’on peut se passer de boire de l’alcool ».
Macron, lui, plastronnait en disant qu’un « gros travail a été fait » face à la canicule. Et il renvoyait la responsabilité à la météo « On ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe ».
Le premier ministre Lecornu, lui, se félicitait que « beaucoup de chemin (…) a été quand même parcouru depuis 2003 » dans les EHPAD.
Barbut, la ministre de la Transition écologique, avouait l’abandon du sujet par son gouvernement, affirmant qu’il allait falloir « passer à un plan massif », puis ajoutant : « dans la situation actuelle, il est clair qu’on gère l’urgence ». Après 9 ans de mandats macronistes.
Rist, ministre de la Santé se contentait de nous dire de “Continuer à boire beaucoup d’eau, et à rester à l’abri pendant les heures chaudes”.
Geffray, ministre de l’Education nationale, annonçait le maintien du brevet, et renvoyait la responsabilité aux établissements, en envisageant des fermetures d’établissements ou des reports d’examen qu’en dernier recours.
Jeanbrun, Ministre de la Ville et du logement, suggérait « des petits changements d’usage », en suivant l’exemple des japonais, qui « enlèvent leurs cravates les jours de canicule ».
Bregeon, porte-parole du gouvernement, déclarait crânement que « les hôpitaux tiennent ».
Mais le gouvernement ne se contente pas de commenter son inaction. Il agit aussi pour dégrader les conditions de lutte contre les effets du changement climatique.
Le 3 juin dernier, au lendemain de la première canicule, le gouvernement réduisait de 20% le fonds vert (amputé de 162,5 millions d’euros), destiné à soutenir les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique.
Au moment même où la canicule expose la violence des logements inhabitables, le gouvernement assouplit la responsabilité des propriétaires.
Le 24 juin, il présente en Conseil des ministres un projet de loi logement qui permettrait de remettre en location 700 000 passoires énergétiques contre une simple promesse de travaux des propriétaires. Dans le seul intérêt de ces propriétaires, il trafique les normes à la baisse pour faire sortir 850 000 autres logements du statut de passoire énergétique.
Et évidemment, il n’oublie pas de servir les intérêts des entreprises au passage, en annonçant le prolongement des soldes pour aider les commerces pénalisés par la canicule.
Il n’oublie pas non plus de renforcer la répression dans les quartiers ou chez les militants. Comme envoyer cinq véhicules de police à Clermont pour empêcher des enfants de se rafraîchir dans une piscine gonflable installée en bas de leur immeuble. Ou interdire Solidays et la Marche des fiertés à Paris.
Une catastrophe politique traitée comme un bulletin météo
Le 28 juin, alors que les alertes sur l’hécatombe commencent à circuler sur les réseaux sociaux, et tandis que la presse régionale en reste encore à des brèves non reliées entre elles, le journal de 8h de France Inter consacre une séquence de 4 mn 24 à la canicule à l’ouverture de son journal.
L’annonce de la séquence dans les titres parle d’air chaud qui fait suffoquer, d’adaptation des infrastructures, d’hôpitaux saturés et d’écoles sous tension. On se dit qu’on va peut-être parler des personnes qui souffrent du manque de moyens pour les services publics… Évidemment, on sera déçus.
On commence par 1mn23 de commentaire météo, pour annoncer, ouf, que c’est presque fini.
Et puis on fait 10 secondes pour rappeler que tout ça c’est la faute du changement climatique. Un peu comme on évoquerait une catastrophe naturelle et inéluctable.
La séquence santé, elle durera 16 secondes. Elle mérite d’être partagée in extenso :
« Les corps eux continuent de souffrir. Les effets de la canicule vont se ressentir encore plusieurs semaines. Notamment pour les maladies chroniques. Les autorités n’avancent pas encore de chiffre mais il y a un nombre de décès supérieur à la normale indique la Ministre de la santé Stéphanie Rist. »
Ensuite, un reportage de 1mn52 est consacré aux rails qui se dilatent, et ça met en panne les trains, alors qu’en Inde on n’a pas le même procédé de soudure, etc…
On enchaîne avec 54 secondes sur la « catastrophe » qui touche les petits commerces – c’est le seul moment de la séquence où l’on reconnaîtra une catastrophe – suivi de l’annonce du prolongement des soldes.
Et on termine par 13 secondes pour parler d’Europe, pour insister sur le fait que, finalement, c’est partout pareil. En sous-texte : ce n’est pas la faute de notre gouvernement.
La radio publique aura donc passé sous silence la réalité de l’hécatombe. La situation dans les hôpitaux, les EHPAD, les écoles. Le drame pour les personnes à la rue, pour les salarié.es qui font un boulot physique, parfois dehors sous le soleil. Le drame pour les personnes isolées, pour nos vieux, pour les personnes handicapées.
Elle aura lavé de tout soupçon la responsabilité du gouvernement qui a organisé l’impuissance de l’Etat traitant le sujet comme un phénomène météo dont les principales conséquences sur les infrastructures ferroviaires. Et se contentant de lire les 2 lignes du communiqué de presse du Ministère de la santé.
Avant de préparer le terrain à une possible propagande publique sur les morts « de maladies chroniques » et pas de la chaleur (souvenirs du négationnisme des morts du COVID).
Et en bon média macroniste, elle aura fait pleurer dans les chaumières sur la seule chose qui a de la valeur pour le pouvoir : le fric qui fait du fric. La seule préoccupation du gouvernement sera donc de « prendre soin » des bénéfices des entreprises. Nul doute qu’on annoncera bientôt des aides économiques aux patrons qui ont tant souffert de la canicule.
Et on continuera d’accumuler les morts sur les brancards dans les urgences. De scotcher les vitres cassées dans les hôpitaux et dans les écoles. De continuer à demander aux salarié.es de sacrifier leur vie pour ne pas arrêter l’économie.
***
Alors oui, la canicule tue.
Mais elle tue parce que les logements sont invivables, elle tue à cause de la pénibilité du travail, qui continue coûte que coûte. Elle tue quand les services publics sont à l’os, que l’Etat ne se sent même pas la responsabilité de compter les morts.
La canicule tue et tuera davantage encore tant que les responsables ne seront pas nommés. Et tant que les médias regarderont ailleurs.
28.06.2026 à 11:41
Aurillac, cas d’école de l’étouffement des libertés associatives.
Texte intégral (2102 mots)
À Aurillac, la tentative d’annulation d’un concert de solidarité avec Gaza dit beaucoup plus qu’un simple conflit local autour d’une salle municipale. Elle révèle la manière dont les libertés associatives sont aujourd’hui fragilisées par la pression administrative, financière et politique. Même invalidée par le tribunal, cette censure à bas bruit reste un signal d’alerte démocratique.
De la peur organisée à la liberté surveillée
Le pouvoir macroniste nous a progressivement habitués à la perte de nos droits fondamentaux.
Avec à chaque fois, la même tactique : effrayer la population par un langage de peur contre un « ennemi de l’intérieur » (terrorisme islamiste, djihadisme, salafisme, frérisme, islam politique, entrisme, séparatisme, barbus, voilés… bref « les musulmans »), transformer la peur en haine pour faire accepter un arsenal juridique qui détricote nos droits fondamentaux. À chaque fois, la même rengaine fallacieuse : « tu préfères ta liberté ou ta sécurité » ?
Parmi ces libertés, il y en a une essentielle, qui maille nos vies sociales, politiques et culturelles, c’est la liberté d’association. Une liberté reconnue par la loi 1901, et considérée comme un principe fondamental dans la Constitution française depuis 1971.
Comme pour toutes les autres libertés d’expression, cette liberté a fait l’objet d’attaques massives depuis une décennie.
Le mandat de François Hollande avait déjà instauré l’Etat d’urgence, le renforcement du pouvoir policier et administratif et la normalisation de mesures exceptionnelles attentatoires aux libertés associatives[i].
On se souvient alors des premières victimes de l’état d’urgence socialiste, et de ses mesures liberticides supposées nous protéger toutes et tous contre le terrorisme islamisme : 24 militants écologistes assignés à résidence avant la COP21, après perquisitions administratives à leurs domiciles[ii].
Ce que Hollande a initié, Macron l’a poursuivi en grand avec la loi séparatisme, qui a instauré une suspicion généralisée envers l’ensemble des associations. Concrètement, depuis cette loi, toute association financée par l’État ou une collectivité doit signer un « Contrat d’Engagement Républicain », qui l’engage – selon la formule consacrée – à respecter les « principes républicains ».
Et comme ces fameux principes républicains n’ont aucune définition juridique, leur respect par les associations est laissé à l’appréciation de l’administration.
Dit autrement, on a transformé une liberté constitutionnelle en autorisation accordée par une administration devenue police politique. Accordée… si la cause lui plaît. Et si tu demandes gentiment. Comme pour le droit de manifester.
Évidemment, cette nouvelle police politique peut compter sur la collaboration attentive de tous les élus réactionnaires du pays. Critiquer des politiques publiques ? Interdit. Interpeller des élus ou des administrations ? Sanctionné. La désobéissance civile ? Entravée. Recourir aux tribunaux contre l’État ou une collectivité ? Réprimé. Militer pour les droits des musulmans ? Pas républicain. Dénoncer le génocide des palestiniens ? Illégal.

Faire taire celles et ceux qui documentent la répression
Dans un premier rapport en 2020, l’Observatoire des libertés associatives exposait 100 cas de restrictions des libertés associatives[iii]. Dans un second rapport, « « Une nouvelle chasse aux sorcières » contre les associations — Enquête sur la répression des associations dans le cadre de la lutte contre l’islamisme »[iv] il documente une vingtaine de cas d’entrave politique et financière contre des associations auxquelles participent des personnes musulmanes.
Évidemment, il y en a bien plus sous les radars. Mais si même des mastodontes comme la Ligue de l’enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme sont réprimées alors qu’elles ont pignon sur rue, imagine le quotidien des collectifs qui agissent en proximité avec et pour la communauté musulmane…
Alors, pour que la répression devienne incontestable, il faut d’abord mettre à l’arrêt — voire aux arrêts — les empêcheurs de réprimer en rond.
Et c’est sans doute là l’un des effets les plus impressionnants, et les plus efficaces, de la politique fascisante de la Macronie : cibler en priorité celles et ceux qui alertent, documentent et défendent les droits des personnes attaquées. Faire taire les contre-pouvoirs, faire taire les défenseurs des personnes concernées, faire taire les antifascistes… pour installer durablement un système autoritaire.
Voilà pourquoi les moyens de répression du pouvoir se concentrent sur les collectifs et associations qui luttent contre l’islamophobie — Collectif contre l’islamophobie en France, Coordination contre le racisme et l’islamophobie… — contre le fascisme — Groupe antifasciste Lyon et environs, La Jeune Garde — et contre le génocide des Palestiniens — Comité Action Palestine, Collectif Palestine Vaincra, Urgence Palestine, Association France Palestine Solidarité.
Évidemment, les menaces et leurs effets ne se limitent pas là : ils touchent désormais l’ensemble de la société civile organisée.
Une recherche menée par un collectif autour de Julien Talpin a présenté les effets du Contrat Engagement Républicain, et ça fait froid dans le dos : après seulement trois ans de mise en œuvre de la mesure, 41% des associations citoyennes déclarent des formes d’auto-censure, et renonce ou réoriente une action pour anticiper une sanction. Pour l’ensemble des associations (et il y en a 1,5 million en France), c’est 27% qui s’autocensure[v].
La répression n’a pas seulement sanctionné des associations : elle a installé une menace diffuse, qui pousse une partie du monde associatif à renoncer lui-même à interpeller le pouvoir. Avec un discours très clair : stoppez votre critique et rentrez dans le rang si vous voulez continuer à être financés — et si vous ne voulez pas être dissous.
Cette logique produit désormais ses effets à l’échelle locale. Dans les collectivités, le soutien aux associations de défense des droits est de plus en plus conditionné à leur discrétion politique. Une question revient dans les conseils municipaux, départementaux ou régionaux : « Est-ce bien normal de soutenir une association qui fait de la politique ? »
Quand on sait que 30% des financements associatifs viennent des collectivités et qu’une association sur deux bénéficie d’une mise à disposition gratuite ou quasi-gratuite de locaux, cette question a un effet direct pour la démocratie : imposer par la pression financière une dépolitisation du monde associatif.


Aurillac, ou la censure locale à bas bruit
Tous ces ingrédients répressifs se retrouvent dans la tentative de la Mairie LR d’Aurillac d’empêcher l’organisation d’un concert de solidarité avec le peuple palestinien organisé par les collectifs Cantal Palestine Solidarité et Blouses Blanches pour Gaza 15, comme l’ont dénoncé les organisateurs dans leur communiqué de presse. La tentative a finalement échoué : saisis en urgence, les juges du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ont donné gain de cause aux organisateurs[vi]. Mais cette victoire juridique ne retire rien au fond de l’affaire. Elle montre au contraire qu’il a fallu passer par le tribunal pour faire respecter une liberté qui n’aurait jamais dû être entravée.
La méthode se veut subtile : annuler deux jours avant l’événement la mise à disposition de la salle. Bien plus efficace que de refuser la mise à disposition dès le départ, l’annulation en dernière minute visait à empêcher les organisateurs de se replier vers un second lieu.
Le motif invoqué, « neutralité institutionnelle », est une injonction à la dépolitisation des associations, dont les mairies de droite et d’extrême-droite rêveraient qu’elles se transforment toutes en clubs de bridge, en ateliers de karaoké, ou en organes de promotion du terroir, si possible avec beaucoup de cochonaille dedans.
Évidemment, cette dépolitisation n’est qu’un trompe-l’œil, et cette répression par le bas cible bien une lutte en particulier : le soutien au peuple palestinien et la dénonciation du génocide perpétré par l’État et la société israéliens.
Cet événement n’est pas isolé. Et il n’est pas anodin, parce que beaucoup moins visible qu’une décision de préfecture ou de conseil des ministres prise à grand renfort de médiatisation.
Ici, ce qui a tenté de se jouer, c’est la censure à bas bruit de la démocratie associative et des mouvements de solidarité qui s’expriment localement. Que cette censure ait été stoppée par le tribunal est une bonne nouvelle. Mais cela ne change rien au mécanisme : une décision municipale peut produire un effet d’intimidation immédiat, désorganiser un événement, épuiser les collectifs, et déplacer sur eux la charge de défendre en urgence leurs libertés.
C’est la raison pour laquelle nous devons relayer massivement chacune de ces actions de répression politique. Faisons circuler le communiqué de presse. Et faisons aussi circuler les victoires obtenues contre ces interdictions : elles rappellent que ces entraves ne sont ni normales, ni incontestables, ni inéluctables.
Soyons solidaires de la résistance des collectifs et associations au génocide des Palestiniens, qui est, aussi, une conséquence de la fascisation de la société française !
[i] https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/12/france-renewal-of-state-of-emergency-risks-normalizing-exceptional-measures/
[ii] https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/27/les-militants-de-la-cop21-cible-de-l-etat-d-urgence_4818885_3224.html
[iii] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2021/12/Rapport-Observatoire_Web.pdf
[iv] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport_Chasse-aux-Sorcières_2022_VF.pdf
[v] https://www.associations-citoyennes.net/wp-cac/wp-content/uploads/2025/07/2025Juin-Enquetequantitativelibertesassociatives.pdf
[vi] https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/aurillac_15014/soiree-pour-gaza-prive-de-salle-par-le-maire-ce-collectif-obtient-gain-de-cause-devant-la-justice_64466941.html#google_vignette
22.06.2026 à 10:35
Le prix du macronisme
Texte intégral (1900 mots)
Le macronisme promettait le plein emploi, la prospérité et la modernisation du pays. Près de dix ans après les premières réformes d’Emmanuel Macron, le chômage demeure élevé, la pauvreté progresse et les inégalités se creusent. Dans le même temps, les milliardaires français n’ont jamais été aussi riches et les mouvements sociaux ont fait face à une répression d’une ampleur inédite depuis des décennies. Retour sur un bilan bien éloigné des promesses initiales.
Longtemps présenté comme le cœur du projet porté par Emmanuel Macron, le redressement économique de la France devait passer par une série de réformes destinées à relancer l’emploi, réduire durablement le chômage et renforcer l’attractivité du pays. Flexibilisation du marché du travail, réforme de l’assurance chômage, baisse de la fiscalité sur le capital, suppression de l’ISF sur les valeurs mobilières, réforme des retraites : pendant près d’une décennie, ces mesures ont été justifiées par une même promesse. Celle d’une économie plus dynamique dont les bénéfices finiraient par profiter à l’ensemble de la société.
Près de dix ans après l’arrivée à Bercy de l’ancien ministre de l’Économie, quel bilan peut-on tirer de cette politique ?
Le plein emploi promis n’est jamais arrivé
Selon les données de la DARES, la France comptait au premier trimestre 2026 environ 6,64 millions de demandeurs d’emploi inscrits à France Travail, catégories A à E confondues. Vingt ans plus tôt, en 2006, ce chiffre s’élevait à 4,32 millions.
Cette comparaison brute mérite d’être nuancée par l’évolution démographique. La population française est passée de 62,9 millions d’habitants en 2006 à 69,1 millions au 1er janvier 2026 selon l’Insee.
Rapporté à la population active, le taux de chômage atteint néanmoins 9,61 % au premier trimestre 2026. Un niveau proche de celui observé au deuxième trimestre 2014, période à partir de laquelle le chômage avait dépassé les 9 % sans véritablement redescendre sous ce seuil, à l’exception d’une parenthèse en 2023. En 2006, ce taux était de 6,87 %.
L’évolution apparaît également limitée lorsqu’on la rapporte aux différentes fonctions exercées par Emmanuel Macron :
- Ministre de l’Économie (août 2014) : 9,2 % de chômage ;
- Président de la République (mai 2017) : 9,9 % ;
- Fin du premier mandat et début du second : 9,0 % ;
- Premier trimestre 2026 : 9,61 %.
Après dix années de flexibilisation du marché du travail, de réformes de l’assurance chômage et d’allègements consentis aux entreprises au nom de la compétitivité, la France demeure loin du plein emploi promis.
À cela s’ajoute un angle mort rarement évoqué dans les bilans gouvernementaux : celui des radiations administratives. France Travail procède à environ 55 000 radiations chaque mois, soit près de 600 000 par an. Sans remettre en cause leur légalité, ce phénomène nourrit les interrogations sur la manière dont sont produites les statistiques du chômage et sur le nombre réel de personnes durablement éloignées de l’emploi.
Dix ans de réformes pour rester dans la moyenne
À l’échelle européenne, la France demeure légèrement en dessous de la moyenne de l’Union en matière de taux d’emploi.
En 2024, celui-ci atteignait 68,8 % en France contre 70,8 % dans l’Union européenne.
Après dix années de réformes présentées comme indispensables au retour du plein emploi, la France reste en retrait par rapport à la moyenne européenne. Les sacrifices demandés au monde du travail au nom de la compétitivité n’ont pas produit les résultats promis.
La pauvreté progresse
Les indicateurs sociaux montrent une progression continue du taux de pauvreté monétaire fixé à 60 % du revenu médian.
Selon les données Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA :
- 2014 : 13,7 % ;
- 2017 : 13,8 % ;
- 2023 : 15,4 %.
Autrement dit, après près de dix années de politiques justifiées au nom de l’emploi, de la croissance et de l’attractivité économique, la pauvreté n’a pas reculé. Elle a progressé.
Le principal argument mobilisé pour justifier les réformes successives du marché du travail était qu’elles finiraient par améliorer la situation de l’ensemble de la population. Les chiffres disponibles ne permettent pas de confirmer cette promesse.
Les riches plus riches, les inégalités aussi
Le niveau de vie annuel médian progresse néanmoins sur la période :
- 2014 : 24 060 euros ;
- 2018 : 24 530 euros ;
- 2023 : 25 760 euros.
Cet indicateur signifie que la moitié de la population dispose d’un niveau de vie supérieur à ce montant et l’autre moitié inférieur.
Mais cette progression ne traduit pas une amélioration uniforme des conditions de vie.
L’indice de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, est passé :
- de 0,282 en 2014 ;
- à 0,290 en 2018 ;
- puis à 0,297 en 2023.
Le rapport interdécile D1/D9, qui compare les revenus des 10 % les plus riches à ceux des 10 % les plus pauvres, reste relativement stable autour de 3,5.
En revanche, les écarts entre les revenus les plus faibles et les plus élevés continuent de se creuser :
- 6,91 en 2018 ;
- 7,31 en 2023.
La question n’est donc pas celle de l’absence de richesse produite mais de sa répartition. Alors que davantage de ménages basculent dans la pauvreté et que le coût de la vie continue d’augmenter, les grandes fortunes françaises ont connu une croissance spectaculaire au cours de la décennie. Bernard Arnault est devenu l’un des hommes les plus riches du monde et les groupes du CAC 40 ont distribué des montants records à leurs actionnaires.
La promesse était que les avantages accordés au capital finiraient par bénéficier à l’ensemble de la société. Dix ans plus tard, les bénéficiaires de cette politique sont identifiables. Les perdants le sont également.
Une exception sociale française ? Pas vraiment
En 2023, le taux de pauvreté monétaire atteignait 16 % en France, soit un niveau proche de la moyenne de l’Union européenne.
La France se situe également à un niveau comparable à celui de l’Allemagne sur cet indicateur.
Ce constat relativise l’image d’une exception française en matière de protection sociale. Malgré l’importance de ses mécanismes redistributifs, le pays n’échappe pas aux dynamiques de précarisation observées dans une grande partie de l’Europe.
Pauvreté, précarité, répression : l’autre bilan du macronisme
Les chiffres économiques ne racontent cependant qu’une partie de l’histoire.
Le macronisme s’est également caractérisé par un niveau de conflictualité sociale rarement atteint depuis plusieurs décennies. Du mouvement des Gilets jaunes à la mobilisation contre la réforme des retraites, en passant par les luttes hospitalières, étudiantes ou écologistes, la dernière décennie a été marquée par une succession de contestations massives auxquelles le pouvoir a répondu en privilégiant l’affrontement plutôt que la négociation.
Le mouvement des Gilets jaunes constitue à cet égard un tournant majeur. Né d’une hausse de la fiscalité sur les carburants touchant d’abord les ménages dépendants de leur véhicule pour travailler, il a révélé l’ampleur de la fracture sociale traversant le pays. La réponse du pouvoir ne fut pas une remise en cause de sa trajectoire économique mais une répression d’une ampleur inédite depuis plusieurs décennies.
Des milliers de personnes ont été blessées lors des manifestations, plusieurs ont subi des mutilations irréversibles et les méthodes de maintien de l’ordre françaises ont suscité des critiques répétées d’organisations nationales et internationales de défense des droits humains.
La réforme des retraites de 2023 a prolongé cette logique. Rejetée par une majorité de la population selon les enquêtes d’opinion, contestée pendant plusieurs mois dans la rue et combattue par l’ensemble des principales organisations syndicales, elle a finalement été imposée grâce à l’article 49.3.
Les principales réformes conduites sous les gouvernements Macron ont précisément concerné les mécanismes de protection du salariat : droit du travail, assurance chômage, retraites. À mesure que progressaient la pauvreté, les inégalités et certaines formes de précarité, les espaces permettant de contester collectivement cette évolution semblaient se réduire.
La question n’est donc pas seulement de savoir si les réformes ont produit les résultats annoncés. Elle est aussi de savoir quel prix démocratique a été payé pour les imposer.
Le prix du macronisme
Les soutiens d’Emmanuel Macron invoquent régulièrement la pandémie mondiale, l’inflation, la crise énergétique, le retour de la guerre sur le continent européen ou encore le ralentissement économique international pour expliquer les résultats obtenus.
Ces crises sont réelles. Mais après près de dix ans d’exercice du pouvoir, elles ne peuvent plus servir d’explication unique.
Le chômage de masse demeure, la pauvreté progresse, les inégalités se creusent et les protections collectives du monde du travail ont été affaiblies. Dans le même temps, les patrimoines des milliardaires atteignent des sommets historiques et les dividendes versés aux actionnaires battent record sur record.
Le macronisme s’est présenté comme une politique d’efficacité économique. Ses défenseurs affirment que ses bénéfices apparaîtront à long terme. Pourtant, après une décennie de réformes, les résultats observés ne peuvent plus être attribués aux seules circonstances. Ils constituent aussi le produit des choix effectués.
Pour des millions de travailleurs, de retraités, de chômeurs et de familles populaires, la décennie macroniste ne se mesure ni aux performances du CAC 40 ni aux classements internationaux sur l’attractivité économique. Elle se mesure à la dégradation de nombreux services publics, à la difficulté croissante de se loger, à l’allongement de la durée du travail, à l’incertitude face à l’emploi et à l’augmentation continue des dépenses contraintes.
Le prix du plein d’essence qui a déclenché la colère des Gilets jaunes était censé n’être qu’un épisode. Dix ans plus tard, il apparaît surtout comme l’un des symboles les plus précoces d’un divorce durable entre les promesses du macronisme et l’expérience quotidienne d’une grande partie de la population.
17.06.2026 à 18:39
France : une justice contre la Palestine
Texte intégral (1069 mots)
Le juge français contre la Palestine ?
La condamnation dont j’ai moi-même fait l’objet, le 29 avril dernier, devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence (à 17 000 euros d’amende pénale et de dommages et intérêts aux associations pro israèliennes parties civiles) pourrait constituer une bonne illustration de l’évolution préoccupante du traitement judiciaire de la question palestinienne en France. J’y reviendrai peut-être un jour. Mais un autre dossier mérite aujourd’hui davantage d’attention.
Parce qu’il est …pire. Parce qu’il est plus révélateur. Parce qu’il est plus difficile à caricaturer. Et surtout parce qu’il éclaire une mutation profonde de la justice française face à la Palestine. En mars 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation, la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français, a validé la condamnation de Mohamed Makni, entrepreneur, père de famille et adjoint au maire d’Échirolles.
Le propos qui lui était reproché tenait en une phrase :« Ils s’empressent de qualifier de terrorisme ce qui, à nos yeux, est un acte de résistance évident. ». Cette phrase ne provenait pas d’un chef militaire palestinien. Elle ne provenait pas davantage d’un responsable du Hamas. Elle reprenait les propos d’Ahmed Ounaïs, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, (ancien ambassadeur de ZA Ben Ali en Russie et en Inde), une personnalité située à mille lieues de toute rhétorique révolutionnaire. Pour avoir relayé cette analyse politique, Mohamed Makni a été condamné à quatre mois de prison avec sursis et à quatre mois d’inéligibilité.
La Cour d’appel d’abord puis la Cour de cassation ensuite ont validé cette condamnation. Il ne s’agit pas d’une décision ordinaire. Pour la première fois depuis le 7 octobre 2023, la plus haute juridiction française intervient directement dans la bataille politique et juridique autour de la qualification de la résistance palestinienne. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Depuis plus d’un siècle, la question palestinienne est traversée par une interrogation fondamentale : un peuple soumis à une occupation militaire prolongée dispose-t-il ou non du droit de résister ? Le droit international répond par l’affirmative. Une grande partie du monde arabe, africain, asiatique et latino-américain répond également par l’affirmative. La France officielle semble désormais répondre autrement. La condamnation de Mohamed Makni ne sanctionne pas un appel à tuer. Elle ne sanctionne pas davantage un appel à commettre des attentats. Elle sanctionne l’affirmation d’un lien entre occupation et résistance. Autrement dit, elle criminalise une grille de lecture politique partagée bien au-delà des seuls soutiens du Hamas.
Cette évolution n’est pas apparue spontanément.À la suite du 7 octobre 2023, le gouvernement français a choisi d’utiliser le délit d’apologie du terrorisme comme principal instrument de police du débat public relatif à la Palestine. Conçue à l’origine pour combattre la propagande de Daech et le recrutement djihadiste, cette incrimination a progressivement changé de fonction. Elle est devenue un moyen de discipliner les discours qui refusent de dissocier le 7 octobre de son contexte historique. Car le cœur du désaccord est là. Pour le narratif dominant chez les élites politiques occidentales, le 7 octobre doit être considéré comme un événement autonome, détaché de toute histoire antérieure. Pour une large majorité du reste du monde, il s’inscrit dans une séquence historique marquée par l’occupation, la colonisation, les déplacements forcés et le refus persistant des droits nationaux palestiniens. C’est cette seconde lecture qui se trouve aujourd’hui de plus en plus souvent placée sous surveillance judiciaire. La portée de l’affaire Makni dépasse de loin la personne de Mohamed Makni.
La criminalisation de toute mise en relation entre les actes commis en Israel le 7 octobre 2023 et les exigences de la résistance constitue en fait un véritable camouflet non seulement pour tous les Français d’origine étrangère qui ont choisi la voie de l’intégration républicaine, mais également pour toutes les élites politiques arabes, ou plus largement du Sud, qui partagent la lecture d’un ministre tunisien des Affaires étrangères, ancien ambassadeur de Z A Ben Ali, très éloigné de la rhétorique des Houthis yéménites. Elle est enfin un affront caractérisé à la pensée du plus prestigieux des hommes politiques français : en 1967, le Général de Gaulle, répétons-le sans nous lasser, avait très explicitement cautionné cette relation entre le droit de résister à une occupation illégale et la propension du colonisateur à qualifier cette résistance de “terrorisme”.
L’affaire Makri concerne donc tous ceux qui refusent que la Palestine soit exclue du droit commun de l’Histoire. Tous ceux qui continuent de penser que les catégories de colonisation, d’occupation et de résistance demeurent pertinentes lorsqu’il s’agit du peuple palestinien. Tous ceux qui refusent enfin qu’un débat politique soit transformé en question pénale.
La question posée par cette décision est simple :
Peut-on encore, en France, rappeler qu’une occupation engendre des résistances sans être accusé d’apologie du terrorisme ? La Cour de cassation vient d’apporter une réponse inquiétante. Cette réponse permet de penser que non seulement les juridictions françaises fonctionnent aujourd’hui sous influence du gouvernement, mais que ce gouvernement fonctionne lui-même sous l’influence du narratuf israéluen . C’est précisément pour cette raison que cette affaire mérite d’être connue et dénoncée bien au-delà des frontières de la France.

12.04.2026 à 18:39
Après la Catastrophe, une rencontre, contre toute attente.
Texte intégral (1841 mots)
Ce qui ne devait pas arriver
Il y a des rencontres que seule l’Histoire peut susciter.
La rencontre entre Mustafa Cakici et moi-même est de celles-là.
Elle est née du martyr de la Palestine et du génocide des Palestinien·ne·s de Gaza.
À priori, pas grand-chose ne nous permettait de nous retrouver à militer ensemble. Moi, militant ouvrier dans deux groupes trotskystes depuis 50 ans. Syndicaliste en entreprise, en usine durant 12 ans, puis assistant social dans un hôpital psychiatrique. Athée, fils et petit-fils d’assassinés et de survivant·e·s de la Shoah. Et Mustafa, responsable d’une mosquée à Besançon, secrétaire du Conseil départemental du culte musulman du Doubs, dirigeant d’une petite entreprise. Plus jeune que moi de près de 30 ans.
Apprendre à lutter ensemble
Après le 7 octobre 2023, Palestine Amitié, principale association de solidarité avec le peuple palestinien de Besançon, a appelé à constituer un Collectif Palestine élargi sur la ville, regroupant des dizaines d’associations, de syndicats et de partis politiques.
Mustafa et moi nous sommes rencontrés quelques semaines après le 7 octobre 2023, lors d’une réunion du Collectif qu’il avait demandé à intégrer avec plusieurs membres de la communauté musulmane.
Nous, les militant·e·s du Collectif, avons appris à nous connaître, à passer outre nos préjugés, et nous avons commencé à militer ensemble.
Dans les manifestations hebdomadaires, les actions de boycott de Carrefour, les projections de films autour de la Palestine. Nous avons surtout développé des liens de sororité et de fraternité dans la lutte commune contre le génocide à Gaza. Toutes et tous ensemble dans le cadre du Collectif.
Pour moi, cela a été un moment fondateur dans ma vie de militant à Besançon.
Nommer le génocide
J’avais déjà mené de nombreux combats avec des camarades de diverses origines et confessions – dont des musulman·e·s – lorsque je travaillais en usine.
À Besançon, pour la première fois depuis 22 ans, je me battais aux côtés de nombreux et nombreuses musulman·e·s. Moi, militant européen issu du mouvement ouvrier traditionnel, coutumier des cortèges Bastille/République ou de leurs équivalents bisontins.
Nous avons milité ainsi jusqu’à l’automne 2024. Jusqu’au moment où un article publié sur un blog local, par un journaliste autoproclamé qui, en réalité, est un personnage trouble et extrêmement controversé dans la ville, se réclamant de l’antifascisme mais usant de méthodes quasi policières, a mis le feu aux poudres.
Quand le passé revient
Cet individu a rendu publiques des publications internet relayées par Mustafa, s’étalant de 2014 à 2025. Il n’y a aucun problème à dire que ces publications étaient très problématiques.
Ces publications ont déclenché une crise au sein du Collectif. C’était le but recherché par ce journaliste.
La mouvance PCF/CGT, le NPA-A, Solidaires 25, pour ne parler que des groupes les plus connus, à défaut d’être importants localement, ont exigé l’exclusion de Mustafa.
La majorité du Collectif a refusé cette exclusion, tout en lui demandant de s’expliquer sur ses positions passées et présentes. Mustafa a supprimé toutes les publications problématiques.
Cela ne fut pas suffisant pour les organisations citées plus haut, qui quittèrent le Collectif.
Prendre le temps de se dire
À partir de ce moment, bien des membres du Collectif ont manifesté une certaine défiance à l’encontre de Mustafa, sommé régulièrement de s’expliquer, de prouver qu’il n’était ni antisémite, ni homophobe…
Une charte – garante d’une absence totale d’antisémitisme, d’homophobie… – a été constituée ; signée par toutes et tous les membres du Collectif, Mustafa compris, évidemment.
Le Collectif de Besançon était composé de 14 organisations et de nombreuses et nombreux individus venant de divers horizons : religieux·ses musulman·e·s et catholiques, gauche traditionnelle, syndicalistes, trotskistes, associations de défense des droits humains, humanistes…
Ce qui se brise, ce qui tient
Quiconque milite dans une entreprise (cela a été mon cas durant 45 ans), dans une association de parents d’élèves, un collectif de défense de l’hôpital local, dans un mouvement de quartier… connaît cette configuration. On milite pour un but commun. En l’occurrence contre un génocide, malgré nos différences.
Je n’ai fait, au Collectif, que continuer ce que j’ai fait toute ma vie.
Avec des événements marquants comme les deux grèves pour les salaires que j’ai contribué à animer lorsque je travaillais à l’usine Belin/Danone d’Évry (91). L’une d’une semaine, l’autre au printemps 1995, de cinq semaines. Les deux dirigées par des comités de grève réunissant syndiqué·e·s et non-syndiqué·e·s, sous le contrôle permanent de l’assemblée générale des 600 grévistes.
Ces grèves furent victorieuses, et le fait de ne pas être dirigées par des syndicats mais par les grévistes elles et eux-mêmes permit de prendre conscience de la vraie force des travailleurs et travailleuses lorsqu’elles et ils débattent, décident et mettent en œuvre leurs décisions librement et démocratiquement. En toute égalité : hommes, femmes, Français·es ou non, athées ou non, politisé·es ou non. C’est dans ces moments que disparaissent les préjugés.
Plus tard, j’ai continué à l’hôpital. Pour exiger avec les ASH (femmes de ménage des hôpitaux) qu’elles soient reconnues comme membres des équipes de soins, pour organiser collectivement et horizontalement tout le personnel paramédical, administratif, ouvrier… face aux mauvais coups des directions. Pour permettre aux femmes (83 % du personnel hospitalier) d’avoir toute la place qui leur revient dans le syndicat…
L’unité totale dans la lutte, sans aucune distinction de genre, de sexe, de profession, d’appartenance syndicale, de nationalité, de religion, est la condition fondamentale de l’existence même de la lutte, indépendamment de son succès ou de son échec.

Décider, malgré tout
Voilà quelle a été notre politique, à Mustafa, à moi et aux autres camarades sincères, pour mener le combat contre le génocide.
Mustafa a proposé un rendez-vous, sentant bien une défiance à son encontre, à chacune des organisations sortantes, aux individus qui le souhaitaient. Sans aucune réponse.
J’ai été le premier à accepter une discussion de trois heures avec Mustafa.
C’est là que nous avons fait connaissance. Nous avons fait l’inventaire de nos importantes divergences mais aussi de nos convergences fondamentales pour lutter ensemble contre un génocide.
J’ai décidé de me solidariser avec Mustafa face aux attaques et calomnies dont il commençait à être victime. J’ai décidé de ne pas m’appuyer sur ses publications passées – bien que les désapprouvant – pour me battre aux côtés d’un homme au comportement irréprochable jusqu’à aujourd’hui.
Continuer, après
Mustafa a apporté toutes ses compétences au Collectif.
Il a fait vivre BDS Besançon jusqu’à notre exclusion totalement antidémocratique.
Il a organisé une conférence avec les humanitaires de Palmed et de Caravanes solidaires. Une conférence qui a rassemblé plus de 250 personnes à Besançon, l’une des plus importantes affluences.
Mustafa a organisé l’accueil des blouses blanches en grève de la faim, lui-même jeûnant comme les autres militant·e·s.
Il a fait confectionner un martyrologe de milliers de noms et organisé la lecture de ces noms simultanément avec de nombreuses villes…
J’ai découvert l’homme, le militant, l’humaniste, le père de famille.
J’ai changé. Moi, le bouffeur de curés pour qui « la religion est l’opium du peuple », le juif assimilé, trotskiste. J’ai découvert un homme tolérant, ouvert à l’autre. Que demander de mieux dans la vie ?
Une vraie confiance s’est instaurée entre nous. Une vraie franchise aussi pour évoquer nos désaccords.
Notre relation, que l’on peut qualifier d’amicale, a résisté au lynchage médiatique de Mustafa après les publications de StreetPress et Mediapart, suscitées par le journaliste bisontin.
Mustafa s’est excusé publiquement pour ses publications passées. Le Collectif s’est autodissous fin 2025, après la tempête médiatique qui a suivi et sali durablement Mustafa.
Cela n’a en rien signé la fin du combat pro-palestinien à Besançon.
Nous continuons à nous réunir régulièrement. Nous manifestons toujours deux fois par mois. Nous organisons toujours des conférences, dont la dernière avec Raphaël Porteilla, universitaire dijonnais et professeur à l’université de Bir Zeit, en Cisjordanie. Cette conférence a réuni 100 personnes.
Nous sommes allé·e·s manifester à Paris, à Dijon. Nous nous sommes réuni·e·s à quelques-un·e·s autour d’un repas, pour que Mustafa nous raconte ses semaines sur la flottille de l’automne 2025 et l’arraisonnement de son bateau, puis son transfert dans le Néguev par les sionistes.
En fait, tout a continué comme avant la dissolution du Collectif, pour la cause palestinienne, à Besançon.
Ce que la lutte transforme
J’ai souffert pour Mustafa, et souffre encore de son ostracisation de la flottille, après toutes les souffrances qu’il a endurées, de sa mise au ban du milieu militant, presque de l’humanité que certain·e·s semblent lui souhaiter.
Mustafa et moi sommes différents et nous n’avons ni la même culture, ni les mêmes traditions. Il y a des sujets qui pourraient nous fâcher – comme le génocide arménien – mais la lutte contre le génocide des Palestiniens a scellé une proximité, qui n’était pas évidente, entre lui et moi.
Cette amitié a résisté aux attaques, aux calomnies, à la déshumanisation venant de partout – y compris de mon milieu politique et syndical. Elle s’est renforcée dans l’adversité.
J’en suis fier.
L’honneur de Mustafa doit être réhabilité.
C’est le but de cette tribune.
Norbert Nusbaum
02.04.2026 à 19:56
Quand « Plus jamais ça » devient un délit.
Texte intégral (1489 mots)
Sous couvert de lutte contre le négationnisme, la loi Yadan redéfinit ce qu’il devient possible de dire des crimes de masse. En rendant la comparaison risquée, elle touche directement à la manière dont la Shoah a été pensée par ses survivants.
« Plus jamais ça ».
Ce slogan ne naît pas dans les institutions ni dans des cercles de réflexion. Il s’impose dans l’après-guerre comme un mot d’ordre moral issu de l’expérience des camps.Au camp de concentration de Buchenwald, en avril 1945, les survivants formulent ce que l’on appelle le Serment de Buchenwald, un texte collectif proclamé après la libération du camp.
Ce serment affirme notamment : « La destruction du nazisme avec ses racines est notre mot d’ordre. La construction d’un monde nouveau de paix et de liberté est notre idéal. » Il ne contient pas la formule « Plus jamais ça » telle quelle, mais il en exprime clairement l’horizon politique et moral : empêcher que les mécanismes qui ont conduit à l’extermination puissent se reproduire. Ce texte, porté par des survivants de différentes origines — déportés politiques, Juifs, résistants — ne constitue pas une mémoire fermée. Il affirme une exigence universelle. C’est dans cet esprit que se diffuse, dans les années qui suivent, le mot d’ordre « Plus jamais ça », comme formulation synthétique de cette expérience.
Autrement dit : ce serment suppose que l’on puisse comparer, comprendre et reconnaître ailleurs les mécanismes de destruction. C’est précisément cette possibilité qui est aujourd’hui remise en cause.
L’article 4 de la proposition de loi portée en 2026 par Caroline Yadan introduit une infraction nouvelle : la « banalisation outrancière » de la Shoah, y compris lorsqu’elle prend la forme d’une comparaison ou d’une analogie.
Le négationnisme peut-il alors exister même lorsqu’il n’existe pas ?
Peut-on punir la contestation de crimes contre l’humanité là où ces crimes ne sont pas contestés ?
Un génocide peut-il être soustrait à toute comparaison avec les autres, isolé de l’histoire, placé hors d’atteinte de toute analogie — et cette analogie devenir un délit ?
C’est exactement ce que prévoit ce texte. Ce déplacement n’est pas abstrait. Il intervient dans un contexte précis, où la qualification de ce qui se déroule en Palestine est au cœur du débat public. Une loi qui transforme l’interprétation en délit. L’article 4 ne se contente pas de sanctionner la négation de la Shoah. Il étend l’infraction à la minoration, à la relativisation et à la banalisation outrancière, y compris lorsque celles-ci prennent la forme d’une comparaison, d’une analogie ou d’un rapprochement. Le droit pénal ne vise plus seulement le mensonge. Il vise désormais des usages du langage, des formes d’analyse, des lectures de l’histoire.
Ce basculement a une conséquence directe : la notion même de négationnisme devient instable. À force d’être étendue, elle perd sa capacité à désigner clairement ce qu’elle prétend combattre. Si tout peut relever de la banalisation, alors plus rien ne relève du négationnisme. Les négationnistes existent. Ils sont organisés, structurés, implantés à l’échelle internationale. Ils diffusent leurs contenus depuis des juridictions où ils ne risquent rien. Cette loi ne les atteindra pas.
Elle frappera ailleurs : dans l’espace public accessible, dans le débat, dans la parole exposée. Elle visera ceux que l’on peut atteindre, pas ceux qu’elle prétend combattre. Dans le même temps, elle introduit une incertitude juridique majeure.
La notion de « banalisation outrancière » est indéterminée. Elle ne repose sur aucun critère objectif stable et confère au juge un pouvoir d’interprétation considérable. La loi ne cible pas le phénomène qu’elle prétend combattre. Elle redéfinit ce qui peut être dit.
Une loi à géométrie politique dangereusement variable
Dans les faits, cette loi ne sera pas appliquée uniformément. Les comparaisons entre la Shoah et d’autres génocides — Rwanda, Srebrenica, Ouïghours, et jusqu’à la destruction des peuples amérindiens — continueront d’exister là où elles sont tolérées. Mais d’autres comparaisons seront ciblées.
Aujourd’hui, chacun comprend lesquelles. La question de la qualification de ce qui se déroule en Palestine — et la possibilité de le penser en termes de génocide — est directement visée par ce déplacement du droit. C’est là que la loi trouve sa fonction réelle : non pas lutter contre le négationnisme, mais encadrer les termes dans lesquels certains crimes peuvent être nommés. Demain, ce sera autre chose. Une fois inscrite dans le droit, cette arme pourra être utilisée contre n’importe quelle analogie historique jugée dérangeante. Une loi pénale qui dépend du pouvoir en place n’est pas une protection. C’est un levier. Interdire la comparaison, c’est interdire de comprendre
La comparaison n’est pas un abus. C’est la base du travail historique.
C’est par elle que le concept de génocide a été élaboré. C’est par elle que l’on identifie des mécanismes communs, que l’on comprend les logiques de destruction, que l’on pense les continuités et les ruptures. Faire de la comparaison un risque pénal, c’est attaquer directement la possibilité même de penser les génocides. Ce n’est pas protéger la mémoire. C’est organiser son appauvrissement.
Isoler la Shoah, c’est sortir ses victimes de l’humanité
Cette loi ne protège pas la mémoire de la Shoah. Elle la met à part. En rendant juridiquement risquée la comparaison, elle la détache de l’histoire et la rend intouchable. Les victimes deviennent incomparables, c’est-à-dire séparées de toute expérience humaine commune. Cette séparation n’est pas neutre.L’antisémitisme européen s’est construit sur l’idée que les Juifs constitueraient une altérité radicale, irréductible au reste de l’humanité. C’est cette idée qui a justifié leur mise à l’écart, leur enfermement, leur exclusion, puis leur extermination.
Faire de la Shoah un événement absolument incomparable, c’est reconduire cette logique sous une autre forme. La singularité absolue n’est pas une protection. C’est une construction dangereuse qui rompt avec le continuum de pensée et d’action qui a inspiré toutes les générations humanistes occidentales après le nazisme. Les comparaisons abusives, les relativisations sournoises, les minorations antisémites ont toujours existé. Elles ont toujours été combattues politiquement avec succès. La vague négationniste des débuts de l’internet est derrière nous.
Une attaque contre le concept même de génocide
Si la comparaison devient suspecte, le concept de génocide devient inutilisable. On ne peut plus rapprocher, analyser, comprendre les violences de masse dans leur ensemble. Chaque événement est enfermé dans son propre silence.
En réalité, le concept même de génocide porte un universalisme. Le formuler au sortir de l’extermination des Juifs d’Europe, c’est affirmer que ce qui s’est produit ne concerne pas seulement un peuple, mais l’histoire de l’humanité tout entière — et peut se reproduire ailleurs. C’est pourquoi il est profondément révélateur qu’aujourd’hui, dans le monde de 2026, alors même que le génocide des Palestiniens est dénoncé à travers la planète, et que la question de sa reconnaissance devient un enjeu politique central, on cherche à restreindre la possibilité de penser ensemble les crimes de masse. Car cet héritage n’appartient à aucun État. Il appartient à celles et ceux qui refusent que l’histoire se répète.
Et il ne peut vivre qu’à une seule condition : que la comparaison reste possible. Cette loi ne combat pas le négationnisme.Elle en redéfinit les contours jusqu’à le dissoudre. Elle ne protège pas la mémoire. Elle en contrôle les usages.Elle ne renforce pas la compréhension des génocides. Elle en interdit les outils.
Bref si des génocidaires avaient voulu écrire une loi, ils auraient écrit exactement celle-là….
06.03.2026 à 12:49
Abdelhakim Sefrioui, condamner un homme pour écrire une histoire
Texte intégral (2206 mots)
Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap.
J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités.
À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique.
L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement.
Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie.
Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez.
Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions l’école.
Le soir, lorsque nous rentrions chez nous, enfermés à cause des confinements, nous retrouvions sur internet un autre monde hostile. Des articles de la presse mainstream, des commentaires sur les réseaux sociaux, des vidéos reprochaient à l’Éducation nationale, et surtout à ses salariés, de ne pas gérer correctement la situation pandémique.
Les arguments invoqués étaient souvent tout et leur contraire.
Certains affirmaient que l’école mettait les enfants en danger en restant ouverte. D’autres reprochaient aux enseignants de ne pas travailler suffisamment. Quoi que nous fassions, nous étions coupables.
Notre vie était devenue un cauchemar.
Nous étions obligés de travailler au milieu d’autres êtres humains, notamment des enfants particulièrement contagieux, mais nous devions rentrer chez nous et nous enfermer à 18 heures comme si le virus n’existait qu’à certaines heures.
À cette époque j’avais une expression pour parler de toutes les personnes en télétravail. Je les appelais les planqués de l’arrière. C’est dans cette ambiance que l’assassinat de Samuel Paty est survenu.
Une ambiance de fatigue extrême, d’angoisse permanente et de confusion générale.
Nous avons eu peur. Vraiment peur. Je ne peux pas le cacher. À ce moment-là, la première chose que je me suis dite, c’est que peut-être les parents musulmans nous détestaient et ne confiaient leurs enfants à l’école publique que parce qu’ils n’avaient pas le choix.
Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé cela. Je n’étais qu’une modeste assistante d’élèves en situation de handicap. Mais cette idée m’a traversé. Elle m’a plongée dans une immense tristesse. Et dans des pensées sombres , absurdes et paranoìaques pwndant un temps . Et contradictoires de surcroît.
Parmi les précaires de l’Éducation nationale, nous sommes nombreux à être musulmans ou issus de l’immigration musulmane. Depuis les attentats, une menace plane au-dessus de nos têtes. Le signalement. Un signalement peut intervenir n’importe quand. Il suffit de peu de choses. Bien souvent c’est la parole d’un adulte contre celle d’un enfant.
Ce système fait planer une terreur sourde sur les parents musulmans mais aussi sur les personnels musulmans de l’Éducation nationale. Je l’ai ressenti très fortement le matin de la rentrée où devait avoir lieu la minute de silence pour Samuel Paty. Tout avait été encadré de manière quasi militaire. La minute de silence devait avoir lieu à la même heure dans toutes les écoles. Le contenu de l’hommage était lui aussi strictement défini.
Mais je travaillais avec des élèves en situation de handicap. Certains avaient des troubles du comportement. D’autres réagissaient très fortement au stress. Je laisse chacun imaginer ce que peut signifier pour ces enfants une minute de silence pour une mort violentw.
À l’Éducation nationale pourtant, on ne pose pas de questions. On obéit.
Après cet événement, les professeurs ont progressivement perdu toute liberté pédagogique.
Les hommages sont devenus des exercices tout faits.
En élémentaire, ce que retenaient les élèves, c’est qu’on allait colorier le drapeau français. C’est tout.
Quant à l’événement lui-même, ils écoutaient sagement, sans en retenir grand-chose. Un de mes derniers souvenirs à l’Éducation nationale concerne une autre minute de silence organisée après la mort violente d’un professeur. L’instituteur avec qui je travaillais eut l’idée de demander aux élèves de CM2 s’ils se souvenaient d’autres minutes de silence. Nous pensions qu’ils parleraient de Samuel Paty.
Aucun élève n’en parla.
Tous se souvenaient en revanche de la minute de silence organisée pour Jacques Chirac.en 2019. Nous avons ri plus tard, par autodérision. De nos pauvres vies de salariés modestes.
Lorsqu’arrive un événement tragique comme la mort d’un collègue, c’est évidemment d’abord la mort d’un collègue. On ne peut extirper de soi ce lien que l’on a en passant ses journées de huit heures à dix-huit heures avec des êtres humains qui ont la même fonction que nous. Quelles que soient par ailleurs leurs opinions politiques ou religieuses. L’humanité commune et le partage des journées créent quelque chose.
Je ne suis pas allé au procès d’Abdelhakim Sefrioui. J’y comptais pourtant. J’ai essayé de me persuader qu’il y avait peut-être un espoir. En réalité je n’en ai eu aucun depuis le départ. Je savais que tous les éléments de fait pourraient être apportés. Mais je savais aussi qu’il ne s’agissait pas seulement de juger une affaire. Il s’agissait d’écrire une histoire. Dire que les musulmans avaient eu tort. Dire qu’ils étaient tous plus ou moins coupables. En condamnant un homme.
Abdelhakim Sefrioui, militant contre l’islamiophobie a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle après son procès en appel. Pourtant les faits sont connus.
Le meurtrier n’avait jamais vu les contenus publiés par Abdelhakim Sefrioui.
Il avait pris sa décision avant même que ces contenus ne soient diffusés.
Avant l’assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui était déjà sous surveillance.
Rien n’avait justifié l’intervention de l’antiterrorisme.
Voilà pour les faits. Je n’ai jamais rencontrè Abdelhakim . Mais tous les militants de la place parisienne savent que c’ètait quelqu’un qui luttait depuis des annèes avec les mots et les manifs . Même ses adversaires politiqies de l’èpoque et je crois qu’on a tous le devoir de le dire . Tous qui ètions là dans les annèes 2010 .
Mais il ne s’agissait pas seulement des faits. S’il s’agissait vraiment de justice, alors de nombreux militants d’extrême droite qui appellent à la remigration ou à des violences contre les immigrés seraient aujourd’hui en prison après des meurtres racistes ou des agressions très graves.
Ce n’est pas le cas.
La conclusion est donc vite tirée. Je l’avais d’ailleurs écrit avec François Burgat dans un texte après le premier procès. Mais voir cette réalité en face est plus difficile. On cherche des arguments. On cherche quoi dire. Et puis on ne trouve rien. Qu’un mur. Le mur de l’injustice.
Il y a aussi ce que j’appellerais l’incommunicabilité des expériences contradictoires.
C’est sans doute ce que ressentent beaucoup d’entre nous, musulmans et musulmanes salariés au sein de l’Éducation nationale.
Nous ne pouvons pas parler aux autres musulmans de la réalité de ce qu’est l’école au quotidien. Nous ne pouvons pas dire que malgré les lois islamophobes, malgré la violence politique du moment, notre quotidien avec les enfants est aussi fait d’attention, de petits gestes, parfois de petites désobéissances. Il ne doit nous en être donné aucune gloire. Mais elles existent.
Nous ne pouvons pas non plus dire que les enfants sont heureux avec nous. Parce que beaucoup de parents, musulmans ou non, ne sont pas persuadés que leurs enfants soient heureux à l’école. C’est justifiè, souvent , mais pas toute la journèe
De l’autre côté, nous ne pouvons pas non plus parler à nos collègues. Comme une grande partie de la société française, ils sont pour beaucoup frappés par une propagande islamophobe de plus en plus forte et de plus en plus délirante. Je l’ai constaté après le 7 octobre et après le début du génocide à Gaza.
Des collègues que je trouvais jusqu’ici sympathiques, attentifs aux élèves, compétents dans leur métier, se sont persuadés que les musulmans n’étaient pas exactement des êtres humains et que ce qui se passait à Gaza était une riposte légitime.
Cette incommunicabilité conduit beaucoup d’entre nous à se sentir étrangers partout où ils vont.
Étrangers et enfermés dans une situation inextricable.
Pour celles et ceux d’entre nous qui sont musulmans s’ajoutent encore d’autres contraintes : l’impossibilité de porter le hijab, la gêne pendant le Ramadan lorsque tout le monde observe si nous sommes fatigués et si nous faisons correctement notre travail.
Et surtout une chose : lorsque nous faisons bien notre travail, lorsque nous le faisons aussi parce que nous avons des valeurs musulmanes, il ne nous en sera jamais fait crédit.
Nous sommes censés être des êtres neutres dont on a extirpé l’islam.
J’ai quitté l’Éducation nationale il y a deux ans. Je l’ai quittée à contre-cœur. Parce que j’aimais travailler avec les enfants. Mais il ne m’ était plus possible d’y travailler en étant musulmane.
C’est de tout cela que j’aurais aimé parler à Abdelhakim Sefrioui. Mais il est en prison. Condamné à quinze ans pour avoir été militant antiraciste contre l’islamophobie.
Je sais ce qu’il m’aurait répondu.. c’est un militant.
Il m’aurait regardée et il m’aurait dit :
« Et alors, que comptes-tu faire ? »
Je fais ce qui est logique dans cette situation d’injustice. Une injustice qui est la sienne. Mais aussi celle de tous les militants contre l’islamophobie.
Ils savent désormais que s’ils se mobilisent contre une injustice et que des événements tragiques ont lieu ensuite, même sans aucun rôle matériel et sans aucune influence sur leur déroulement, ils pourront aller croupir quinze ans en prison. Dans l’indifférence la plus grande. Et être considérés comme les complices d’un meurtrier.
Je suis aujourd’hui militante contre l’islamophobie. Minuscule. Toujours précaire. Toujours sans importance. Mais il y a toujours une suite. Toujours une transmission.
Et c’est peut-être la seule leçon à tirer de tout cela.

19.02.2026 à 09:33
Communiqué : démocratie française, une dérive annoncée.
Texte intégral (1844 mots)
Basculement
Une alerte à la bombe vise le siège d’un parti politique. Des permanences voient leurs vitres brisées.
Une mosquée est attaquée dans un contexte où les lieux de culte musulmans sont déjà régulièrement pris pour cible depuis des mois. Des militantes antifascistes sont doxxées, exposées publiquement, livrées aux menaces et au harcèlement. À Châteauroux, un militant du Rassemblement national se retranche, tire sur les forces de l’ordre, mobilise le RAID.
Dans le même temps, sur les plateaux de télévision, des responsables politiques réclament la dissolution des groupes antifascistes et de LFI.
L’histoire européenne connaît ces moments où la tension devient un climat.
° L’attentat de Piazza Fontana en 1969.

La mort de Quentin Deranque est un drame humain. Mais la manière dont un drame est immédiatement intégré dans un récit politique révèle le basculement en cours.
De la dédiabolisation à la diabolisation
Dans les années 2010, le Rassemblement national a été progressivement normalisé.
- Présence médiatique acceptée, oubli total du « on ne débat pas avec l’extrême-droite.
- Thèmes identitaires diffusés dans le débat dominant, normalisation de groupes ouvertement racistes
- Installation parlementaire banalisée.
La dédiabolisation a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Ce ne sont plus les forces issues de l’extrême droite qui sont traitées comme une menace pour les démocraties, les enseignements des crimes commis au 20ᵉ siècle par le premier fascisme ont été muséifiés. Ce sont les forces qui refusent leur normalisation qui deviennent suspectes. L’antifascisme est désigné comme problème. Évidemment, ce mouvement s’inscrit dans la dynamique occidentale centrée autour des États-Unis dirigés par Trump, avec une proximité assumée des mouvements suprémacistes blancs les plus fanatiques.
Ce déplacement structure la séquence actuelle.
Lyon : le déclencheur effacé
À Lyon, des groupes d’extrême droite avaient annoncé leur intention d’empêcher un meeting légal tenu par une députée européenne ciblée pour son identité et ses positions sur la Palestine. Rima Hassan fait l’objet d’un acharnement sur la durée, raciste, sexiste et islamophobe. Et ce, avec l’assentiment, voire la participation du pouvoir, qui ne garantit même plus la sécurité des campagnes électorales.
C’est le point de départ.
Sans cette attaque politique, il n’y aurait pas eu confrontation. Pourtant, le récit dominant efface ce déclencheur pour installer une lecture univoque : l’antifascisme comme menace centrale. Ce récit ouvre un horizon précis. La dissolution comme perspective assumée.
Dans les heures qui ont suivi, des responsables politiques nationaux ont réclamé la dissolution des groupes antifascistes. Éric Ciotti, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et d’autres ont multiplié les déclarations visant “l’ultragauche” et exigeant fermeté et interdictions. Les deux derniers, anciens ministres de l’Intérieur et candidats possibles à la présidentielle incarnent à la perfection le mélange dangereux des genres.
Ces prises de position ne sont pas marginales. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large. Une partie de la droite parlementaire assume désormais des convergences avec l’extrême droite. Le pouvoir exécutif oscille entre deux options : s’unir à une partie de cette extrême droite ou intégrer son logiciel pour le supplanter.
Dans les deux cas, la conséquence est la même : la gauche qui refuse la normalisation devient l’obstacle principal. La qualification judiciaire d’“association de malfaiteurs” élargit les enquêtes, permet de perquisitionner, de cartographier des réseaux, d’étendre le champ des poursuites. La dissolution devient une perspective assumée. Une trajectoire déjà engagée Cette logique ne commence pas à Lyon.
La loi dite “séparatisme” a étendu les pouvoirs de police administrative.
Des associations musulmanes ont été dissoutes. Des perquisitions préventives ont été banalisées. Des interdictions administratives se sont multipliées. Puis est venue la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre. Puis la dissolution de la Jeune Garde antifasciste.
Ce fut d’abord l’Islam, puis l’Écologie. Maintenant, c’est au tour de l’Antifascisme. Le périmètre du soupçon s’élargit progressivement, avec l’islamophobie comme matrice.
La loi “séparatisme” a installé une logique : un courant culturel ou politique peut être traité administrativement comme une menace globale. La répression des mobilisations contre le génocide en Palestine s’est inscrite dans ce cadre :
- Interdictions de manifestations.
- Pressions universitaires.
- Criminalisation médiatique.
Pourtant, la lutte contre les génocides appartient au cœur des traditions antifascistes et humanistes. Un nouvel antifascisme s’est structuré autour de cette mobilisation. Large, internationaliste, intégrant une direction en partie musulmane et issue de l’immigration. C’est cette recomposition qui est aujourd’hui visée.
L’inversion historique
Les dissolutions administratives trouvent leur origine dans la loi du 10 janvier 1936, adoptée après les émeutes du 6 février 1934 pour dissoudre les ligues fascistes. Elle constituait théoriquement un instrument de défense contre ceux qui menaçaient la démocratie. La mobiliser aujourd’hui contre des antifascistes constitue une inversion majeure, déjà utilisée pendant la guerre d’Algérie puis suite à « mai 68 ». L’outil conçu pour dissoudre les ligues fascistes est retourné contre ceux qui s’y opposent.
Mémoire et sélection
Une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en hommage à Quentin Deranque. Ça ne coûte rien et effectivement, dans l’absolu, une vie est une vie. Mais l’absolu n’a jamais existé en politique.
Les minutes de silence parlementaires ne sont pas automatiques pour toutes les victimes de crimes politiques. Hichem Miraoui, assassiné le 31 mai 2025, n’a pas fait l’objet d’un tel hommage.
Plus lointainement dans l’histoire des crimes de l’extrême-droite française, même les rares qui ont été vraiment médiatisés, Brahim Bouarram, tué le 1ᵉʳ mai 1995 par des militants d’extrême droite, non plus. Ibrahim Ali, abattu le 21 février 1995 à Marseille par des colleurs d’affiches du Front national, non plus.
La mémoire institutionnelle sélectionne. Et cette sélection accompagne un déplacement.
La stratégie de la tension
Le 12 décembre 1969, l’attentat de Piazza Fontana fit 17 morts. La responsabilité fut immédiatement imputée à l’extrême gauche. Des militants furent arrêtés. Giuseppe Pinelli mourut lors d’un interrogatoire.

Reconstitution du décès de G Pinelli
Des années plus tard, l’implication de réseaux néofascistes dans une stratégie de la tension fut établie. Dans toute séquence de tension, la question n’est pas seulement celle des faits. Elle est celle de l’orientation du récit et de ses effets. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’issue d’une enquête.
Nous assistons à un basculement :
- de la dédiabolisation de l’extrême droite
- à la diabolisation de l’antifascisme.
Or, l’antifascisme n’est pas une faction. Il est une tradition démocratique née des catastrophes du XXe siècle. Mais au-delà des dissolutions elles-mêmes, l’enjeu central réside dans l’extension continue des pouvoirs de police administrative :
- Perquisitions préventives.
- Dissolutions par décret.
- Interdictions de manifestations.
- Contrôles administratifs et financiers accrus.
Ces mécanismes s’élargissent. Et ils s’appliquent toujours selon la même orientation idéologique. Une démocratie ne peut fonctionner durablement si le droit d’association, le droit de manifestation et le pluralisme deviennent conditionnels. On ne fait pas disparaître une révolte en la dissolvant. On ne supprime pas un soulèvement antifasciste par décret.
La réponse ne peut être l’isolement des organisations visées. Elle suppose un front large attaché aux libertés publiques, au refus de l’arbitraire administratif, à la défense des espaces de mobilisation. Elle suppose de tenir ensemble les luttes écologistes, antiracistes, sociales et antifascistes. La vigilance antifasciste ne menace pas la démocratie.
Ce qui la menace, ce sont les mécanismes qui cherchent à la neutraliser.
04.02.2026 à 12:47
Procès en appel d’Elias d’Imzalène : chronique d’une mascarade « antiraciste » annoncée
Texte intégral (2561 mots)
Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…
Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste
Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit…
Une propagande médiatique moins efficace que prévue ?
Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en couverture de Marianne, magazine dont la dérive « netanyahuesque » a fait l’objet de critiques acerbes de la part de ses propres salariés…
Aussi, lors de la première journée d’audience, les avocats des « parties civiles » se sont essentiellement concentrés sur la réputation prétendument « sulfureuse » d’Elias d’Imzalene ; un catalogue de mensonges et de contre-vérités en total décalage avec la personnalité et combats d’Elias, connu pour son engagement de longue date dans les luttes menées contre les injustices perpétrées à l’égard des « damnés de la Terre ».
La stratégie visant à diaboliser à outrance le militant anticolonialiste a fini par agacer le président du tribunal qui a dû rappeler que l’objectif de l’audience n’était pas de savoir si Elias d’Imzalene était un « gentil garçon » (ou pas) mais plutôt de déterminer si l’utilisation du mot « intifada » relevait d’une forme d’incitation à la haine raciale ou religieuse…
De l’art de choisir les « bons » témoins « arabo-musulmans »…
Affaiblis par leur piètre prestation lors du premier jour du procès, les avocats des « parties civiles » n’avaient plus d’autre choix que de faire appel à des témoins triés sur le volet. Des témoins qui, à travers leurs livres et articles publiés dans la presse dominante et leurs très nombreuses apparitions dans les médias (y compris sur le service public) ou encore à l’Assemblée nationale, ont joué un rôle majeur dans la cabale médiatique contre Elias d’Imzalène et, à travers lui, les voix qui se sont élevées pour dénoncer le génocide sioniste en Palestine. A la barre, les deux témoins ont tenu à rappeler leurs origines « arabo-musulmanes ». Pourquoi cette insistance ? Pour redorer l’image des organisations des « parties civiles » dans le champ antiraciste et démontrer qu’elles n’ont aucune forme d’hostilité envers les personnes d’origine « arabo-musulmane » ? On se souvient qu’en 2017, Mohamed Sifaoui, qui a longtemps été un des journalistes préférés des soutiens inconditionnels d’Israel, avait quitté la LICRA (« partie civile » au procès d’Elias) avec fracas en déclarant notamment que la LICRA était «largement noyautée par des individus, des femmes et des hommes, qui n’ont strictement rien à faire dans des organisations antiracistes ». Dans la même déclaration, Mohamed Sifaoui affirmait que la LICRA « n’est pas encore prête à accueillir des cadres d’origine maghrébine », y compris des maghrébins « laïques et démocrates, des progressistes luttant contre l’antisémitisme n’y ont pas leur place. D’ailleurs c’est ce qui explique probablement leur absence criante », concluait le journaliste.
On se rappelle également Zineb El Razoui, journaliste et essayiste qui était adulée du temps où elle appelait la police à « tirer à balles réelles » sur les « racailles des quartiers » mais qui a disparu des radars médiatiques et s’est même vu retirer le prix Simone Veil accordé par la Région Île de France après avoir « osé » s’émouvoir des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza…
Il ne fallait donc pas se tromper sur le choix des témoins…
Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur
Invité à s’exprimer à la barre, Omar Youssef Souleimane, qui se présente lui-même comme un journaliste et essayiste d’origine syrienne, a affirmé qu’il était obligé de se grimer lorsqu’il assistait à certains rassemblements ou manifestations en soutien au peuple palestinien, contre le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. Manque de pot : pour l’écrasante majorité des gens, Omar Youssef Souleimane est un illustre inconnu… Cette réalité, Omar Souleimane l’avait découverte au moment du procès en première instance. Ignoré par la plupart des gens qui étaient dans l’assistance ce jour-là, le journaliste-essayiste a dû inventer une « exfiltration » par la police qui n’a jamais eu lieu… Rien d’étonnant de la part d’un journaliste qui, dans ses « enquêtes », multiplie les imprécisions et les contre-vérités. Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, publié par une maison d’édition qui appartenant au milliardaire françafricain Vincent Bolloré, Omar Souleimane dénonçait ainsi le rôle d’un certain « Elias el Hajri » qu’il présentait comme le suppléant du député de la France insoumise Louis Boyard. Vérification faite, la personne attaquée ne s’appelle pas Elias (mais Omar voit des « Elias » partout) et n’a jamais été le suppléant de Louis Boyard. A la barre, Omar Souleimane a dû se prêter à un exercice auquel il n’était pas préparé. En effet, ayant longtemps été habitué à pérorer sur les plateaux de télévision sans aucune contradiction, le journaliste-essayiste a dû répondre aux questions des avocats d’Elias d’Imzalène sur l’origine et le sens du mot « intifada » ainsi que les nombreuses contre-vérités qui apparaissent dans son livre. Acculé, Omar Souleiman, que l’on n’avait jamais vu autant agacé, est ressorti de la salle d’audience la mine déconfite et sans avoir eu besoin d’une quelconque « exfiltration » par la police. Comme à son habitude, Omar Souleimane a proposé une autre version du déroulé de son audition au tribunal ; une version que l’on retrouve dans les colonnes du journal Marianne. Mais oui, Marianne ! Vous savez, ce journal dont la directrice de rédaction, Eve Szeftel avait participé, en juillet 2025, à un voyage tous frais payés par le gouvernement israélien afin de mieux relayer auprès de l’opinion publique française la propagande de l’armée génocidaire ? Bien évidemment Eve Sfetzel s’était abstenue d’indiquer à ses lecteurs qui avait payé les frais du voyage, déclenchant ainsi une motion de défiance de la part de sa propre rédaction. On comprend mieux pourquoi les articles d’Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur sont régulièrement publiés dans Marianne…
Nora Bussigny ou Alice au pays des « islamo-wokistes »
Après Omar Youssef Souleimane, c’était autour de Nora Bussigny, « journaliste d’investigation », de se présenter à la barre en tant que témoin. Craignant sans doute de ne pas être reconnue, Nora Bussigny a préféré laisser à la maison la perruque rose qu’elle revêtait jadis dans le cadre de ses opérations d’« infiltration » des groupuscules « wokistes »… A la barre, Nora Bussigny a tenu à indiquer qu’elle ne saurait être suspectée de « racisme antimusulman », étant elle-même d’origine marocaine… Oui, Nora parle bien de « racisme antimusulman » et non d’ « islamophobie», terme qu’elle rejette catégoriquement. Comme la LICRA et la plupart des organisations s’étant portées « parties civiles » dans le cadre du procès intenté à Elias d’Imzalène. Et comme la LICRA, Nora Bussigny a une fâcheuse tendance à assimiler les critiques envers l’Etat d’Israel à de l’antisémitisme…
Invitée par un des avocats d’Elias d’Imzalène à situer politiquement les journaux auxquelles elle contribue régulièrement (« Le Point », « Franc-Tireur ») Nora Bussigny finit par concéder, non sans difficulté, qu’ils ne sont pas très à gauche ; « je les situerai au centre-droit » finira-t-elle par admettre dans un geste de contrition auquel ses très nombreuses apparitions médiatiques ne l’avaient pas habitué. En effet, comme Omar Youssef Souleimane, Nora Bussigny s’est vu dérouler, pendant plusieurs mois, le tapis rouge dans les médias, et même à l’Assemblée nationale, souvent sans aucun contradicteur pour nuancer, interroger, remettre en cause les déclarations de la « journaliste d’investigation ». Ainsi, lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Nora Bussigny a pu déclarer tranquillement qu’Elias d’Imzalène était poursuivi pour « apologie du terrorisme », ce qui est totalement faux. Mais Nora n’a pas jugé utile de faire une déclaration publique pour corriger les contre-vérités qu’elle avait contribué à propager. A la barre, elle indiquera avoir demandé que sa déclaration erronée concernant les chefs d’accusation reprochés à Elias d’Imzalène soit amendée dans le procès-verbal de l’audition. Ce qui ne fut pas fait, évidemment. On aura connu des « journalistes d’investigation » plus rigoureux. Pour Nora Bussigny, l’audience devant le tribunal s’avèrera beaucoup moins facile que prévue ; loin de la « promenade de santé » que les avocats des « parties civiles » lui avaient probablement prédite… Perturbée par des questions des avocats d’Elias d’Imzalène auxquelles elle ne s’attendait vraisemblablement pas, Nora Bussigny, pourtant diplômée en lettres modernes alla même jusqu’à confondre le subjonctif et le conditionnel… Astafourlay !
Quand les pourfendeurs des discours de « haine » et du « laxisme de la justice » squattent les plateaux d’un média raciste et d’un délinquant sexuel…
Face à la prestation calamiteuse de leurs témoins, les avocats des parties civiles ont renoué, en fin d’audience, avec leurs vieilles recettes : accuser Elias d’Imzalène de tous les crimes de France et de Navarre. N’ayant honte de rien, une des avocates alla même jusqu’à suggérer qu’Elias d’Imzalène pouvait même être considéré comme le responsable (intellectuel ?) d’une agression homophobe en région parisienne. La raison ? Islam, charia, toussa, toussa.
Quand on connait le pedigree de certains des avocats présents dans la salle d’audience du côté des « parties civiles », il n’y a rien d’étonnant. Ainsi, Muriel Ouaknine-Melki, avocate représentant l’organisation juive européenne (OJE), dont elle est la présidente, est une habituée des plateaux de C News, chaine du milliardaire françafricain Vincent Bolloré et temple de la haine (islamophobe, négrophobe) dans le paysage audiovisuel français. Les multiples condamnations pour incitation à la haine raciale d’Eric Zemmour, ex-chroniqueur star de C News, ainsi que les rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) en raison des propos racistes tenus sur les antennes de la chaine n’ont pas suffi à convaincre Me Ouaknine-Melki, pourfendeuse autoproclamée des discours de « haine », de boycotter la chaine d’information du groupe Bolloré. Pire, le 15 janvier 2026, Muriel Ouaknine-Melki était présente sur le plateau de C News, et plus précisément dans l’émission de Jean-Marc Morandini, au lendemain de la condamnation définitive de ce dernier pour « corruption de mineurs »… Au cours d’une émission animée par un délinquant sexuel condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende notamment pour avoir envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016 mais aussi pour avoir invité chez lui un adolescent de 16 ans avant de lui demander de se masturber, Me Ouaknine-Melki dénoncera le laxisme de la justice française envers les jeunes (d’origine arabo-musulmane bien évidemment) qui, à son goût, causent trop de troubles en marge des matches de la Coupe d’Afrique des Nations. Un réquisitoire implacable et en toute décontraction contre la justice « laxiste » sur le plateau d’un animateur inscrit au fichier des délinquants sexuels…
Muriel Ouaknine, avocate et présidente de l’Organisation Juive européenne (« partie civile » au procès en appel d’Elias d’Imzalène) sur le plateau de C News, dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini, le 15 janvier 2026 (capture d’écran).
Feindre de s’insurger contre les discours « haineux » tout en squattant régulièrement le bastion médiatique de la haine en France, fustiger le « laxisme » de la justice en France sur le plateau d’un délinquant sexuel notoire : voilà un bon aperçu de la double personnalité de Muriel Ouaknine-Melki qui pourrait intéresser les journalistes sérieux dans le cadre d’une « enquête ». Reste à savoir si Omar Youssef Souleimane et Nora Bussigny, les « journalistes d’investigation » préférés de la LICRA et de l’OJE, pourront relever le défi…
Prochain rendez-vous : septembre 2026
Les avocats des deux parties n’ayant pas pu plaider à l’issue de la deuxième journée de ce procès en appel, la date de la prochaine audience a été repoussée à septembre 2026. Combien d’émissions Muriel Ouaknine-Melki fera-t-elle d’ici-là sur la chaine C-NewsHaine et dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini ? Suspense…
Black Fedayin