06.03.2026 à 12:49
Abdelhakim Sefrioui, condamner un homme pour écrire une histoire
Texte intégral (2206 mots)
Lorsque Samuel Paty a été assassiné, je travaillais comme précaire de l’Éducation nationale, assistante d’élèves en situation de handicap.
J’ai aujourd’hui beaucoup de mal à me remémorer cette période sans m’effondrer psychologiquement. Elle a été une période extrêmement difficile de ma vie, mais aussi de celle des personnels de l’Éducation nationale, et plus encore de celles et ceux qui n’ont aucune reconnaissance sociale, qui ne sont pas professeurs et qui sont également sous-payés et maltraités.
À cette époque nous étions en pleine pandémie et en plein dans sa gestion catastrophique.
L’école était l’un des seuls services publics où le tout numérique n’avait pas remplacé l’humain. Nous avions repris le travail dans des conditions épouvantables dès la fin du premier confinement.
Les consignes changeaient sans cesse. Les protocoles sanitaires arrivaient tard et étaient modifiés toutes les semaines. Le ministre Jean-Michel Blanquer annonçait souvent les nouvelles règles sur Twitter avant même que les personnels ne les découvrent par leur hiérarchie.
Les journées étaient interminables. Nous avions peur d’attraper une maladie dont nous ne connaissions pas encore tous les dangers. Les parents étaient eux-mêmes épuisés et inquiets. Leur colère se tournait souvent vers nous. Certains nous reprochaient d’imposer le masque aux enfants. D’autres nous reprochaient de ne pas le faire respecter suffisamment. Certains nous reprochaient d’être malades et de ne pas venir travailler. D’autres nous reprochaient au contraire de venir travailler alors que nous l’étions peut-être. Certains nous trouvaient trop prudents. D’autres pas assez.
Mais la pression ne s’arrêtait pas lorsque nous quittions l’école.
Le soir, lorsque nous rentrions chez nous, enfermés à cause des confinements, nous retrouvions sur internet un autre monde hostile. Des articles de la presse mainstream, des commentaires sur les réseaux sociaux, des vidéos reprochaient à l’Éducation nationale, et surtout à ses salariés, de ne pas gérer correctement la situation pandémique.
Les arguments invoqués étaient souvent tout et leur contraire.
Certains affirmaient que l’école mettait les enfants en danger en restant ouverte. D’autres reprochaient aux enseignants de ne pas travailler suffisamment. Quoi que nous fassions, nous étions coupables.
Notre vie était devenue un cauchemar.
Nous étions obligés de travailler au milieu d’autres êtres humains, notamment des enfants particulièrement contagieux, mais nous devions rentrer chez nous et nous enfermer à 18 heures comme si le virus n’existait qu’à certaines heures.
À cette époque j’avais une expression pour parler de toutes les personnes en télétravail. Je les appelais les planqués de l’arrière. C’est dans cette ambiance que l’assassinat de Samuel Paty est survenu.
Une ambiance de fatigue extrême, d’angoisse permanente et de confusion générale.
Nous avons eu peur. Vraiment peur. Je ne peux pas le cacher. À ce moment-là, la première chose que je me suis dite, c’est que peut-être les parents musulmans nous détestaient et ne confiaient leurs enfants à l’école publique que parce qu’ils n’avaient pas le choix.
Je ne sais pas pourquoi j’ai pensé cela. Je n’étais qu’une modeste assistante d’élèves en situation de handicap. Mais cette idée m’a traversé. Elle m’a plongée dans une immense tristesse. Et dans des pensées sombres , absurdes et paranoìaques pwndant un temps . Et contradictoires de surcroît.
Parmi les précaires de l’Éducation nationale, nous sommes nombreux à être musulmans ou issus de l’immigration musulmane. Depuis les attentats, une menace plane au-dessus de nos têtes. Le signalement. Un signalement peut intervenir n’importe quand. Il suffit de peu de choses. Bien souvent c’est la parole d’un adulte contre celle d’un enfant.
Ce système fait planer une terreur sourde sur les parents musulmans mais aussi sur les personnels musulmans de l’Éducation nationale. Je l’ai ressenti très fortement le matin de la rentrée où devait avoir lieu la minute de silence pour Samuel Paty. Tout avait été encadré de manière quasi militaire. La minute de silence devait avoir lieu à la même heure dans toutes les écoles. Le contenu de l’hommage était lui aussi strictement défini.
Mais je travaillais avec des élèves en situation de handicap. Certains avaient des troubles du comportement. D’autres réagissaient très fortement au stress. Je laisse chacun imaginer ce que peut signifier pour ces enfants une minute de silence pour une mort violentw.
À l’Éducation nationale pourtant, on ne pose pas de questions. On obéit.
Après cet événement, les professeurs ont progressivement perdu toute liberté pédagogique.
Les hommages sont devenus des exercices tout faits.
En élémentaire, ce que retenaient les élèves, c’est qu’on allait colorier le drapeau français. C’est tout.
Quant à l’événement lui-même, ils écoutaient sagement, sans en retenir grand-chose. Un de mes derniers souvenirs à l’Éducation nationale concerne une autre minute de silence organisée après la mort violente d’un professeur. L’instituteur avec qui je travaillais eut l’idée de demander aux élèves de CM2 s’ils se souvenaient d’autres minutes de silence. Nous pensions qu’ils parleraient de Samuel Paty.
Aucun élève n’en parla.
Tous se souvenaient en revanche de la minute de silence organisée pour Jacques Chirac.en 2019. Nous avons ri plus tard, par autodérision. De nos pauvres vies de salariés modestes.
Lorsqu’arrive un événement tragique comme la mort d’un collègue, c’est évidemment d’abord la mort d’un collègue. On ne peut extirper de soi ce lien que l’on a en passant ses journées de huit heures à dix-huit heures avec des êtres humains qui ont la même fonction que nous. Quelles que soient par ailleurs leurs opinions politiques ou religieuses. L’humanité commune et le partage des journées créent quelque chose.
Je ne suis pas allé au procès d’Abdelhakim Sefrioui. J’y comptais pourtant. J’ai essayé de me persuader qu’il y avait peut-être un espoir. En réalité je n’en ai eu aucun depuis le départ. Je savais que tous les éléments de fait pourraient être apportés. Mais je savais aussi qu’il ne s’agissait pas seulement de juger une affaire. Il s’agissait d’écrire une histoire. Dire que les musulmans avaient eu tort. Dire qu’ils étaient tous plus ou moins coupables. En condamnant un homme.
Abdelhakim Sefrioui, militant contre l’islamiophobie a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle après son procès en appel. Pourtant les faits sont connus.
Le meurtrier n’avait jamais vu les contenus publiés par Abdelhakim Sefrioui.
Il avait pris sa décision avant même que ces contenus ne soient diffusés.
Avant l’assassinat de Samuel Paty, Abdelhakim Sefrioui était déjà sous surveillance.
Rien n’avait justifié l’intervention de l’antiterrorisme.
Voilà pour les faits. Je n’ai jamais rencontrè Abdelhakim . Mais tous les militants de la place parisienne savent que c’ètait quelqu’un qui luttait depuis des annèes avec les mots et les manifs . Même ses adversaires politiqies de l’èpoque et je crois qu’on a tous le devoir de le dire . Tous qui ètions là dans les annèes 2010 .
Mais il ne s’agissait pas seulement des faits. S’il s’agissait vraiment de justice, alors de nombreux militants d’extrême droite qui appellent à la remigration ou à des violences contre les immigrés seraient aujourd’hui en prison après des meurtres racistes ou des agressions très graves.
Ce n’est pas le cas.
La conclusion est donc vite tirée. Je l’avais d’ailleurs écrit avec François Burgat dans un texte après le premier procès. Mais voir cette réalité en face est plus difficile. On cherche des arguments. On cherche quoi dire. Et puis on ne trouve rien. Qu’un mur. Le mur de l’injustice.
Il y a aussi ce que j’appellerais l’incommunicabilité des expériences contradictoires.
C’est sans doute ce que ressentent beaucoup d’entre nous, musulmans et musulmanes salariés au sein de l’Éducation nationale.
Nous ne pouvons pas parler aux autres musulmans de la réalité de ce qu’est l’école au quotidien. Nous ne pouvons pas dire que malgré les lois islamophobes, malgré la violence politique du moment, notre quotidien avec les enfants est aussi fait d’attention, de petits gestes, parfois de petites désobéissances. Il ne doit nous en être donné aucune gloire. Mais elles existent.
Nous ne pouvons pas non plus dire que les enfants sont heureux avec nous. Parce que beaucoup de parents, musulmans ou non, ne sont pas persuadés que leurs enfants soient heureux à l’école. C’est justifiè, souvent , mais pas toute la journèe
De l’autre côté, nous ne pouvons pas non plus parler à nos collègues. Comme une grande partie de la société française, ils sont pour beaucoup frappés par une propagande islamophobe de plus en plus forte et de plus en plus délirante. Je l’ai constaté après le 7 octobre et après le début du génocide à Gaza.
Des collègues que je trouvais jusqu’ici sympathiques, attentifs aux élèves, compétents dans leur métier, se sont persuadés que les musulmans n’étaient pas exactement des êtres humains et que ce qui se passait à Gaza était une riposte légitime.
Cette incommunicabilité conduit beaucoup d’entre nous à se sentir étrangers partout où ils vont.
Étrangers et enfermés dans une situation inextricable.
Pour celles et ceux d’entre nous qui sont musulmans s’ajoutent encore d’autres contraintes : l’impossibilité de porter le hijab, la gêne pendant le Ramadan lorsque tout le monde observe si nous sommes fatigués et si nous faisons correctement notre travail.
Et surtout une chose : lorsque nous faisons bien notre travail, lorsque nous le faisons aussi parce que nous avons des valeurs musulmanes, il ne nous en sera jamais fait crédit.
Nous sommes censés être des êtres neutres dont on a extirpé l’islam.
J’ai quitté l’Éducation nationale il y a deux ans. Je l’ai quittée à contre-cœur. Parce que j’aimais travailler avec les enfants. Mais il ne m’ était plus possible d’y travailler en étant musulmane.
C’est de tout cela que j’aurais aimé parler à Abdelhakim Sefrioui. Mais il est en prison. Condamné à quinze ans pour avoir été militant antiraciste contre l’islamophobie.
Je sais ce qu’il m’aurait répondu.. c’est un militant.
Il m’aurait regardée et il m’aurait dit :
« Et alors, que comptes-tu faire ? »
Je fais ce qui est logique dans cette situation d’injustice. Une injustice qui est la sienne. Mais aussi celle de tous les militants contre l’islamophobie.
Ils savent désormais que s’ils se mobilisent contre une injustice et que des événements tragiques ont lieu ensuite, même sans aucun rôle matériel et sans aucune influence sur leur déroulement, ils pourront aller croupir quinze ans en prison. Dans l’indifférence la plus grande. Et être considérés comme les complices d’un meurtrier.
Je suis aujourd’hui militante contre l’islamophobie. Minuscule. Toujours précaire. Toujours sans importance. Mais il y a toujours une suite. Toujours une transmission.
Et c’est peut-être la seule leçon à tirer de tout cela.

19.02.2026 à 09:33
Communiqué : démocratie française, une dérive annoncée.
Texte intégral (1840 mots)
Basculement
Une alerte à la bombe vise le siège d’un parti politique. Des permanences voient leurs vitres brisées.
Une mosquée est attaquée dans un contexte où les lieux de culte musulmans sont déjà régulièrement pris pour cible depuis des mois. Des militantes antifascistes sont doxxées, exposées publiquement, livrées aux menaces et au harcèlement. À Châteauroux, un militant du Rassemblement national se retranche, tire sur les forces de l’ordre, mobilise le RAID.
Dans le même temps, sur les plateaux de télévision, des responsables politiques réclament la dissolution des groupes antifascistes et de LFI.
L’histoire européenne connaît ces moments où la tension devient un climat.
° L’attentat de Piazza Fontana en 1969.

La mort de Quentin Deranque est un drame humain. Mais la manière dont un drame est immédiatement intégré dans un récit politique révèle le basculement en cours.
De la dédiabolisation à la diabolisation
Dans les années 2010, le Rassemblement national a été progressivement normalisé.
- Présence médiatique acceptée, oubli total du « on ne débat pas avec l’extrême-droite.
- Thèmes identitaires diffusés dans le débat dominant, normalisation de groupes ouvertement racistes
- Installation parlementaire banalisée.
La dédiabolisation a fonctionné. Aujourd’hui, le mouvement s’inverse. Ce ne sont plus les forces issues de l’extrême droite qui sont traitées comme une menace pour les démocraties, les enseignements des crimes commis au 20ᵉ siècle par le premier fascisme ont été muséifiés. Ce sont les forces qui refusent leur normalisation qui deviennent suspectes. L’antifascisme est désigné comme problème. Évidemment, ce mouvement s’inscrit dans la dynamique occidentale centrée autour des États-Unis dirigés par Trump, avec une proximité assumée des mouvements suprémacistes blancs les plus fanatiques.
Ce déplacement structure la séquence actuelle.
Lyon : le déclencheur effacé
À Lyon, des groupes d’extrême droite avaient annoncé leur intention d’empêcher un meeting légal tenu par une députée européenne ciblée pour son identité et ses positions sur la Palestine. Rima Hassan fait l’objet d’un acharnement sur la durée, raciste, sexiste et islamophobe. Et ce, avec l’assentiment, voire la participation du pouvoir, qui ne garantit même plus la sécurité des campagnes électorales.
C’est le point de départ.
Sans cette attaque politique, il n’y aurait pas eu confrontation. Pourtant, le récit dominant efface ce déclencheur pour installer une lecture univoque : l’antifascisme comme menace centrale. Ce récit ouvre un horizon précis. La dissolution comme perspective assumée.
Dans les heures qui ont suivi, des responsables politiques nationaux ont réclamé la dissolution des groupes antifascistes. Éric Ciotti, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et d’autres ont multiplié les déclarations visant “l’ultragauche” et exigeant fermeté et interdictions. Les deux derniers, anciens ministres de l’Intérieur et candidats possibles à la présidentielle incarnent à la perfection le mélange dangereux des genres.
Ces prises de position ne sont pas marginales. Elles s’inscrivent dans une stratégie plus large. Une partie de la droite parlementaire assume désormais des convergences avec l’extrême droite. Le pouvoir exécutif oscille entre deux options : s’unir à une partie de cette extrême droite ou intégrer son logiciel pour le supplanter.
Dans les deux cas, la conséquence est la même : la gauche qui refuse la normalisation devient l’obstacle principal. La qualification judiciaire d’“association de malfaiteurs” élargit les enquêtes, permet de perquisitionner, de cartographier des réseaux, d’étendre le champ des poursuites. La dissolution devient une perspective assumée. Une trajectoire déjà engagée Cette logique ne commence pas à Lyon.
La loi dite “séparatisme” a étendu les pouvoirs de police administrative.
Des associations musulmanes ont été dissoutes. Des perquisitions préventives ont été banalisées. Des interdictions administratives se sont multipliées. Puis est venue la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre. Puis la dissolution de la Jeune Garde antifasciste.
Ce fut d’abord l’Islam, puis l’Écologie. Maintenant, c’est au tour de l’Antifascisme. Le périmètre du soupçon s’élargit progressivement, avec l’islamophobie comme matrice.
La loi “séparatisme” a installé une logique : un courant culturel ou politique peut être traité administrativement comme une menace globale. La répression des mobilisations contre le génocide en Palestine s’est inscrite dans ce cadre :
- Interdictions de manifestations.
- Pressions universitaires.
- Criminalisation médiatique.
Pourtant, la lutte contre les génocides appartient au cœur des traditions antifascistes et humanistes. Un nouvel antifascisme s’est structuré autour de cette mobilisation. Large, internationaliste, intégrant une direction en partie musulmane et issue de l’immigration. C’est cette recomposition qui est aujourd’hui visée.
L’inversion historique
Les dissolutions administratives trouvent leur origine dans la loi du 10 janvier 1936, adoptée après les émeutes du 6 février 1934 pour dissoudre les ligues fascistes. Elle constituait théoriquement un instrument de défense contre ceux qui menaçaient la démocratie. La mobiliser aujourd’hui contre des antifascistes constitue une inversion majeure, déjà utilisée pendant la guerre d’Algérie puis suite à « mai 68 ». L’outil conçu pour dissoudre les ligues fascistes est retourné contre ceux qui s’y opposent.
Mémoire et sélection
Une minute de silence a été observée à l’Assemblée nationale en hommage à Quentin Deranque. Ça ne coûte rien et effectivement, dans l’absolu, une vie est une vie. Mais l’absolu n’a jamais existé en politique.
Les minutes de silence parlementaires ne sont pas automatiques pour toutes les victimes de crimes politiques. Hichem Miraoui, assassiné le 31 mai 2025, n’a pas fait l’objet d’un tel hommage.
Plus lointainement dans l’histoire des crimes de l’extrême-droite française, même les rares qui ont été vraiment médiatisés, Brahim Bouarram, tué le 1ᵉʳ mai 1995 par des militants d’extrême droite, non plus. Ibrahim Ali, abattu le 21 février 1995 à Marseille par des colleurs d’affiches du Front national, non plus.
La mémoire institutionnelle sélectionne. Et cette sélection accompagne un déplacement.
La stratégie de la tension
Le 12 décembre 1969, l’attentat de Piazza Fontana fit 17 morts. La responsabilité fut immédiatement imputée à l’extrême gauche. Des militants furent arrêtés. Giuseppe Pinelli mourut lors d’un interrogatoire.

Reconstitution du décès de G Pinelli
Des années plus tard, l’implication de réseaux néofascistes dans une stratégie de la tension fut établie. Dans toute séquence de tension, la question n’est pas seulement celle des faits. Elle est celle de l’orientation du récit et de ses effets. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’issue d’une enquête.
Nous assistons à un basculement :
- de la dédiabolisation de l’extrême droite
- à la diabolisation de l’antifascisme.
Or, l’antifascisme n’est pas une faction. Il est une tradition démocratique née des catastrophes du XXe siècle. Mais au-delà des dissolutions elles-mêmes, l’enjeu central réside dans l’extension continue des pouvoirs de police administrative :
- Perquisitions préventives.
- Dissolutions par décret.
- Interdictions de manifestations.
- Contrôles administratifs et financiers accrus.
Ces mécanismes s’élargissent. Et ils s’appliquent toujours selon la même orientation idéologique. Une démocratie ne peut fonctionner durablement si le droit d’association, le droit de manifestation et le pluralisme deviennent conditionnels. On ne fait pas disparaître une révolte en la dissolvant. On ne supprime pas un soulèvement antifasciste par décret.
La réponse ne peut être l’isolement des organisations visées. Elle suppose un front large attaché aux libertés publiques, au refus de l’arbitraire administratif, à la défense des espaces de mobilisation. Elle suppose de tenir ensemble les luttes écologistes, antiracistes, sociales et antifascistes. La vigilance antifasciste ne menace pas la démocratie.
Ce qui la menace, ce sont les mécanismes qui cherchent à la neutraliser.
04.02.2026 à 12:47
Procès en appel d’Elias d’Imzalène : chronique d’une mascarade « antiraciste » annoncée
Texte intégral (2561 mots)
Le procès en appel d’Elias d’Imzalène a fourni aux organisations déterminées à faire taire les voix critiques du colonialisme génocidaire israélien une nouvelle occasion de révéler au grand jour l’étendue de leur inconséquence sur les questions « antiracistes ». Droit dans ses bottes et stoïque tout au long de l’audience malgré les multiples provocations, Elias d’Imzalène est demeuré fidèle à ses principes, assumant ses positions antiracistes et anticolonialistes face à des « parties civiles » pour qui ce procès en appel s’est transformé en véritable naufrage…
Une « intifada judiciaire » au service du colonialisme sioniste
Les 7 et 8 janvier 2026, se tenait à Paris le procès en appel d’Elias d’Imzalene, militant anticolonialiste poursuivi pour avoir eu l’outrecuidance de dénoncer publiquement le génocide en Palestine ; un génocide commis par l’Etat colonial sioniste, avec la complicité des gouvernements occidentaux, dont le gouvernement français. Côté « parties civiles », une dizaine d’avocats mandatés par des organisations dont l’«antiracisme » s’arrête aux portes de Gaza et de la Cisjordanie… Ces mêmes organisations qui prétendent qu’on a le droit de critiquer le gouvernement israélien tout en menant une « intifada judiciaire » implacable contre toute personne cherchant à exercer ce droit…
Une propagande médiatique moins efficace que prévue ?
Mal préparés, brouillons et désorganisés, les avocats des parties civiles ont avant tout cherché à s’appuyer sur l’intense campagne de propagande et de dénigrement médiatique ayant précédé l’audience. En effet, au cours de l’année 2025, Elias d’Imzalene a été mentionné dans plusieurs livres, reportages et autres « enquêtes » (souvent truquées) tandis que son visage apparaissait en couverture de Marianne, magazine dont la dérive « netanyahuesque » a fait l’objet de critiques acerbes de la part de ses propres salariés…
Aussi, lors de la première journée d’audience, les avocats des « parties civiles » se sont essentiellement concentrés sur la réputation prétendument « sulfureuse » d’Elias d’Imzalene ; un catalogue de mensonges et de contre-vérités en total décalage avec la personnalité et combats d’Elias, connu pour son engagement de longue date dans les luttes menées contre les injustices perpétrées à l’égard des « damnés de la Terre ».
La stratégie visant à diaboliser à outrance le militant anticolonialiste a fini par agacer le président du tribunal qui a dû rappeler que l’objectif de l’audience n’était pas de savoir si Elias d’Imzalene était un « gentil garçon » (ou pas) mais plutôt de déterminer si l’utilisation du mot « intifada » relevait d’une forme d’incitation à la haine raciale ou religieuse…
De l’art de choisir les « bons » témoins « arabo-musulmans »…
Affaiblis par leur piètre prestation lors du premier jour du procès, les avocats des « parties civiles » n’avaient plus d’autre choix que de faire appel à des témoins triés sur le volet. Des témoins qui, à travers leurs livres et articles publiés dans la presse dominante et leurs très nombreuses apparitions dans les médias (y compris sur le service public) ou encore à l’Assemblée nationale, ont joué un rôle majeur dans la cabale médiatique contre Elias d’Imzalène et, à travers lui, les voix qui se sont élevées pour dénoncer le génocide sioniste en Palestine. A la barre, les deux témoins ont tenu à rappeler leurs origines « arabo-musulmanes ». Pourquoi cette insistance ? Pour redorer l’image des organisations des « parties civiles » dans le champ antiraciste et démontrer qu’elles n’ont aucune forme d’hostilité envers les personnes d’origine « arabo-musulmane » ? On se souvient qu’en 2017, Mohamed Sifaoui, qui a longtemps été un des journalistes préférés des soutiens inconditionnels d’Israel, avait quitté la LICRA (« partie civile » au procès d’Elias) avec fracas en déclarant notamment que la LICRA était «largement noyautée par des individus, des femmes et des hommes, qui n’ont strictement rien à faire dans des organisations antiracistes ». Dans la même déclaration, Mohamed Sifaoui affirmait que la LICRA « n’est pas encore prête à accueillir des cadres d’origine maghrébine », y compris des maghrébins « laïques et démocrates, des progressistes luttant contre l’antisémitisme n’y ont pas leur place. D’ailleurs c’est ce qui explique probablement leur absence criante », concluait le journaliste.
On se rappelle également Zineb El Razoui, journaliste et essayiste qui était adulée du temps où elle appelait la police à « tirer à balles réelles » sur les « racailles des quartiers » mais qui a disparu des radars médiatiques et s’est même vu retirer le prix Simone Veil accordé par la Région Île de France après avoir « osé » s’émouvoir des massacres perpétrés par l’armée israélienne à Gaza…
Il ne fallait donc pas se tromper sur le choix des témoins…
Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur
Invité à s’exprimer à la barre, Omar Youssef Souleimane, qui se présente lui-même comme un journaliste et essayiste d’origine syrienne, a affirmé qu’il était obligé de se grimer lorsqu’il assistait à certains rassemblements ou manifestations en soutien au peuple palestinien, contre le génocide à Gaza et le nettoyage ethnique de la Cisjordanie. Manque de pot : pour l’écrasante majorité des gens, Omar Youssef Souleimane est un illustre inconnu… Cette réalité, Omar Souleimane l’avait découverte au moment du procès en première instance. Ignoré par la plupart des gens qui étaient dans l’assistance ce jour-là, le journaliste-essayiste a dû inventer une « exfiltration » par la police qui n’a jamais eu lieu… Rien d’étonnant de la part d’un journaliste qui, dans ses « enquêtes », multiplie les imprécisions et les contre-vérités. Dans le cadre de la promotion de son dernier livre, publié par une maison d’édition qui appartenant au milliardaire françafricain Vincent Bolloré, Omar Souleimane dénonçait ainsi le rôle d’un certain « Elias el Hajri » qu’il présentait comme le suppléant du député de la France insoumise Louis Boyard. Vérification faite, la personne attaquée ne s’appelle pas Elias (mais Omar voit des « Elias » partout) et n’a jamais été le suppléant de Louis Boyard. A la barre, Omar Souleimane a dû se prêter à un exercice auquel il n’était pas préparé. En effet, ayant longtemps été habitué à pérorer sur les plateaux de télévision sans aucune contradiction, le journaliste-essayiste a dû répondre aux questions des avocats d’Elias d’Imzalène sur l’origine et le sens du mot « intifada » ainsi que les nombreuses contre-vérités qui apparaissent dans son livre. Acculé, Omar Souleiman, que l’on n’avait jamais vu autant agacé, est ressorti de la salle d’audience la mine déconfite et sans avoir eu besoin d’une quelconque « exfiltration » par la police. Comme à son habitude, Omar Souleimane a proposé une autre version du déroulé de son audition au tribunal ; une version que l’on retrouve dans les colonnes du journal Marianne. Mais oui, Marianne ! Vous savez, ce journal dont la directrice de rédaction, Eve Szeftel avait participé, en juillet 2025, à un voyage tous frais payés par le gouvernement israélien afin de mieux relayer auprès de l’opinion publique française la propagande de l’armée génocidaire ? Bien évidemment Eve Sfetzel s’était abstenue d’indiquer à ses lecteurs qui avait payé les frais du voyage, déclenchant ainsi une motion de défiance de la part de sa propre rédaction. On comprend mieux pourquoi les articles d’Omar Youssef Souleimane, célébrité imaginaire et sérial affabulateur sont régulièrement publiés dans Marianne…
Nora Bussigny ou Alice au pays des « islamo-wokistes »
Après Omar Youssef Souleimane, c’était autour de Nora Bussigny, « journaliste d’investigation », de se présenter à la barre en tant que témoin. Craignant sans doute de ne pas être reconnue, Nora Bussigny a préféré laisser à la maison la perruque rose qu’elle revêtait jadis dans le cadre de ses opérations d’« infiltration » des groupuscules « wokistes »… A la barre, Nora Bussigny a tenu à indiquer qu’elle ne saurait être suspectée de « racisme antimusulman », étant elle-même d’origine marocaine… Oui, Nora parle bien de « racisme antimusulman » et non d’ « islamophobie», terme qu’elle rejette catégoriquement. Comme la LICRA et la plupart des organisations s’étant portées « parties civiles » dans le cadre du procès intenté à Elias d’Imzalène. Et comme la LICRA, Nora Bussigny a une fâcheuse tendance à assimiler les critiques envers l’Etat d’Israel à de l’antisémitisme…
Invitée par un des avocats d’Elias d’Imzalène à situer politiquement les journaux auxquelles elle contribue régulièrement (« Le Point », « Franc-Tireur ») Nora Bussigny finit par concéder, non sans difficulté, qu’ils ne sont pas très à gauche ; « je les situerai au centre-droit » finira-t-elle par admettre dans un geste de contrition auquel ses très nombreuses apparitions médiatiques ne l’avaient pas habitué. En effet, comme Omar Youssef Souleimane, Nora Bussigny s’est vu dérouler, pendant plusieurs mois, le tapis rouge dans les médias, et même à l’Assemblée nationale, souvent sans aucun contradicteur pour nuancer, interroger, remettre en cause les déclarations de la « journaliste d’investigation ». Ainsi, lors de son audition à l’Assemblée Nationale, Nora Bussigny a pu déclarer tranquillement qu’Elias d’Imzalène était poursuivi pour « apologie du terrorisme », ce qui est totalement faux. Mais Nora n’a pas jugé utile de faire une déclaration publique pour corriger les contre-vérités qu’elle avait contribué à propager. A la barre, elle indiquera avoir demandé que sa déclaration erronée concernant les chefs d’accusation reprochés à Elias d’Imzalène soit amendée dans le procès-verbal de l’audition. Ce qui ne fut pas fait, évidemment. On aura connu des « journalistes d’investigation » plus rigoureux. Pour Nora Bussigny, l’audience devant le tribunal s’avèrera beaucoup moins facile que prévue ; loin de la « promenade de santé » que les avocats des « parties civiles » lui avaient probablement prédite… Perturbée par des questions des avocats d’Elias d’Imzalène auxquelles elle ne s’attendait vraisemblablement pas, Nora Bussigny, pourtant diplômée en lettres modernes alla même jusqu’à confondre le subjonctif et le conditionnel… Astafourlay !
Quand les pourfendeurs des discours de « haine » et du « laxisme de la justice » squattent les plateaux d’un média raciste et d’un délinquant sexuel…
Face à la prestation calamiteuse de leurs témoins, les avocats des parties civiles ont renoué, en fin d’audience, avec leurs vieilles recettes : accuser Elias d’Imzalène de tous les crimes de France et de Navarre. N’ayant honte de rien, une des avocates alla même jusqu’à suggérer qu’Elias d’Imzalène pouvait même être considéré comme le responsable (intellectuel ?) d’une agression homophobe en région parisienne. La raison ? Islam, charia, toussa, toussa.
Quand on connait le pedigree de certains des avocats présents dans la salle d’audience du côté des « parties civiles », il n’y a rien d’étonnant. Ainsi, Muriel Ouaknine-Melki, avocate représentant l’organisation juive européenne (OJE), dont elle est la présidente, est une habituée des plateaux de C News, chaine du milliardaire françafricain Vincent Bolloré et temple de la haine (islamophobe, négrophobe) dans le paysage audiovisuel français. Les multiples condamnations pour incitation à la haine raciale d’Eric Zemmour, ex-chroniqueur star de C News, ainsi que les rappels à l’ordre de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) en raison des propos racistes tenus sur les antennes de la chaine n’ont pas suffi à convaincre Me Ouaknine-Melki, pourfendeuse autoproclamée des discours de « haine », de boycotter la chaine d’information du groupe Bolloré. Pire, le 15 janvier 2026, Muriel Ouaknine-Melki était présente sur le plateau de C News, et plus précisément dans l’émission de Jean-Marc Morandini, au lendemain de la condamnation définitive de ce dernier pour « corruption de mineurs »… Au cours d’une émission animée par un délinquant sexuel condamné à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende notamment pour avoir envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016 mais aussi pour avoir invité chez lui un adolescent de 16 ans avant de lui demander de se masturber, Me Ouaknine-Melki dénoncera le laxisme de la justice française envers les jeunes (d’origine arabo-musulmane bien évidemment) qui, à son goût, causent trop de troubles en marge des matches de la Coupe d’Afrique des Nations. Un réquisitoire implacable et en toute décontraction contre la justice « laxiste » sur le plateau d’un animateur inscrit au fichier des délinquants sexuels…
Muriel Ouaknine, avocate et présidente de l’Organisation Juive européenne (« partie civile » au procès en appel d’Elias d’Imzalène) sur le plateau de C News, dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini, le 15 janvier 2026 (capture d’écran).
Feindre de s’insurger contre les discours « haineux » tout en squattant régulièrement le bastion médiatique de la haine en France, fustiger le « laxisme » de la justice en France sur le plateau d’un délinquant sexuel notoire : voilà un bon aperçu de la double personnalité de Muriel Ouaknine-Melki qui pourrait intéresser les journalistes sérieux dans le cadre d’une « enquête ». Reste à savoir si Omar Youssef Souleimane et Nora Bussigny, les « journalistes d’investigation » préférés de la LICRA et de l’OJE, pourront relever le défi…
Prochain rendez-vous : septembre 2026
Les avocats des deux parties n’ayant pas pu plaider à l’issue de la deuxième journée de ce procès en appel, la date de la prochaine audience a été repoussée à septembre 2026. Combien d’émissions Muriel Ouaknine-Melki fera-t-elle d’ici-là sur la chaine C-NewsHaine et dans l’émission du délinquant sexuel Jean-Marc Morandini ? Suspense…
Black Fedayin