30.06.2026 à 14:39
Assignation à résidence, une géographie de la peine .
Texte intégral (4668 mots)
J’ai longtemps eu le sentiment que mon histoire ne rentrait dans aucune case simple. On m’a d’abord connu à travers une affaire pénale liée au terrorisme, puis, une fois ma peine purgée, on m’a maintenu dans un autre type de contrainte : l’assignation à résidence. Depuis 2008, ma vie se déroule sous un régime de limitation permanente, avec des pointages, des couvre-feux, des déménagements imposés et une surveillance qui ne dit pas son nom.¹Ce que je veux montrer ici, c’est que l’enfermement ne se réduit pas à la prison. Il peut aussi prendre la forme d’une liberté surveillée, morcelée, encadrée, presque neutralisée. Dans mon cas, la sortie de prison n’a pas signifié la fin de la peine, mais l’entrée dans une autre manière d’être empêché de vivre normalement.²La question que je porte est simple en apparence, mais elle engage des enjeux plus larges : comment peut-on rester durablement privé de liberté après avoir purgé sa peine ?³ Comment une mesure administrative peut-elle devenir, dans les faits, une prolongation de la sanction pénale ?⁴J’ai compris au fil des années que mon cas dépasse ma personne. Il interroge le rapport entre sécurité publique, lutte antiterroriste, droit des étrangers et libertés fondamentales.⁵ Si l’on peut me maintenir pendant des années dans un périmètre assigné, alors il faut regarder de près ce que cela dit du fonctionnement de l’État quand il décide qu’un homme doit rester libre, mais pas trop.⁶
La prison comme premier enfermement
Mon histoire judiciaire commence dans le contexte de l’après-11 septembre, au moment où la lutte antiterroriste prend une place centrale dans les politiques publiques. J’ai été arrêté, puis condamné en appel en 2005 à une peine de prison pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.⁷ J’ai purgé cette peine jusqu’à ma sortie en 2008.⁸La prison a été un enfermement net, visible, institutionnel. Elle m’a retiré du monde ordinaire pendant plusieurs années. Mais ce premier enfermement n’a pas clos mon histoire ; il a ouvert la suivante.⁹

La logique punitive ne s’est pas arrêtée à la sortie de cellule, car l’administration a pris le relais sous une autre forme.¹⁰
L’assignation à résidence comme peine prolongée.
Depuis 2008, je vis sous assignation à résidence. Concrètement, cela veut dire des obligations de pointage, des horaires à respecter, des restrictions de déplacement et des décisions préfectorales ou ministérielles qui peuvent me contraindre à changer de lieu de vie.¹¹ J’ai souvent dit que j’étais libre, mais seulement dans le périmètre qu’on m’assigne.¹²Cette formule n’a rien d’une métaphore. Elle décrit une réalité concrète : une liberté qui existe, mais amputée de presque tout ce qui la rend vivable. On ne m’enferme pas derrière des barreaux, mais on m’attache à un territoire, à des horaires, à des obligations répétées qui m’empêchent de construire une vie stable.¹³ C’est une peine après la peine, un enfermement sans cellule, mais pas sans effets.¹⁴
Le temps brisé
Ce qui m’a le plus marqué, ce n’est pas seulement la contrainte spatiale, c’est la façon dont elle découpe le temps. Une journée assignée n’est pas une journée libre. Elle est scandée par le pointage, par la nécessité de se présenter à la gendarmerie ou au commissariat, par l’attente du prochain horaire, par la répétition des gestes imposés.¹⁵J’ai fini par compter. J’ai compté les jours, les kilomètres, les passages obligés. J’ai compris que l’administration fabrique aussi du temps captif.¹⁶
Mon existence s’est mise à ressembler à un calendrier de contrainte plus qu’à une vie ordinaire. Le temps ne m’appartient pas pleinement quand je dois sans cesse me rendre disponible à un contrôle qui me rappelle que je ne suis jamais totalement sorti de la peine.¹⁷

La vie familiale et la relégation
L’assignation à résidence n’a pas seulement touché ma liberté de déplacement. Elle a aussi pesé sur mes proches. Vivre ainsi, c’est être séparé, déplacé, éloigné, empêché de tisser une continuité familiale normale.¹⁸ Les décisions administratives ne frappent jamais un seul individu ; elles atteignent un entourage entier.¹⁹J’ai connu les déménagements imposés, les ruptures de stabilité, les distances forcées.²⁰ Cela produit une relégation particulière : on vous laisse dans la société, mais on vous place à sa marge, dans une zone où la vie quotidienne devient un combat contre l’empêchement.²¹ Je n’étais ni enfermé au sens classique, ni libre au sens réel.J’étais maintenu dans un entre-deux épuisant.²²
Le droit et ses limites
J’ai contesté cette situation à travers les voies de recours possibles. Mon cas a été examiné par les juridictions françaises, puis par la Cour européenne des droits de l’homme.²³ En 2024 encore, le Conseil d’État a rejeté un pourvoi que j’avais formé contre mon assignation à résidence.²⁴Ces décisions montrent une chose importante : le contrôle juridictionnel existe, mais il n’abolit pas toujours la logique de la mesure.²⁵ Autrement dit, le droit encadre, mais il peut aussi laisser durer ce qu’il prétend seulement vérifier.²⁶ C’est là que mon histoire devient plus large que moi : elle montre comment une mesure présentée comme préventive peut fonctionner comme une contrainte stable et prolongée.²⁷
Ce que révèle une vie assignée
Si j’écris ou si je parle de mon expérience, ce n’est pas pour faire de moi une exception romantique ou un personnage de roman. C’est parce que mon cas révèle une réalité politique : en France, l’enfermement ne passe pas toujours par la prison. Il peut aussi passer par la police administrative, par le contrôle du territoire, par la répétition des obligations et par la suspension durable d’une vie normale.²⁸J’ai appris dans ma chair qu’on peut être libre en apparence et empêché en profondeur. On peut vivre hors de la prison et rester dans un régime d’enfermement. On peut sortir physiquement et ne jamais retrouver pleinement l’espace de sa vie.²⁹ C’est ce paradoxe que je veux rendre visible.³⁰
L’intimité sous contrôle .
L’assignation à résidence n’a pas seulement limité mes déplacements ; elle a profondément modifié ma vie privée. Vivre sous contrainte administrative, c’est voir l’intime colonisé par des obligations extérieures : les horaires, les pointages, les lieux imposés et la menace permanente d’une sanction viennent s’insérer dans les gestes les plus ordinaires de l’existence.³¹ Cette intrusion constante empêche toute forme de stabilité privée et transforme le quotidien en succession de contraintes.³²Ce qui a été le plus lourd, pour moi, c’est la séparation d’avec ma femme et mes enfants. Les autorités m’ont maintenu loin d’eux pendant des années, au point que la distance n’était plus seulement géographique, mais affective et sociale.³³
Quand je dis que cette situation me touche personnellement, ce n’est pas une formule : c’est une réalité vécue dans le corps, dans l’attente, dans l’absence, dans l’impossibilité de partager une vie familiale normale.³⁴Cette atteinte à la vie privée ne relève pas seulement de l’exception administrative ; elle touche aussi à la dignité. Être assigné, c’est devoir organiser ses journées autour du contrôle, mais aussi accepter que sa vie affective soit fragilisée par une logique de surveillance.³⁵ À force de déménagements imposés, de distances forcées et d’horaires à respecter, on finit par vivre dans une forme d’entre-deux où l’intimité devient précaire.³⁶L’effet le plus insidieux est peut-être celui-ci : on ne me prive pas seulement de liberté, on me prive de continuité. Une vie privée suppose des habitudes, des repères, une adresse stable, des liens qui peuvent se construire sans interruption. Or l’assignation à résidence introduit la rupture dans tout ce qui devrait être stable.³⁷ Elle empêche les projets, fragilise les relations, et installe une fatigue durable qui déborde largement le seul cadre juridique.³⁸En ce sens, mon cas montre que les mesures administratives ne produisent pas seulement une contrainte publique ; elles dégradent aussi la sphère la plus intime.
La vie privée, ici, n’est pas protégée : elle est rendue vulnérable, exposée, dépendante du bon vouloir de l’administration.³⁹ C’est ce glissement qu’il faut comprendre si l’on veut mesurer la violence réelle de l’assignation à résidence.⁴⁰

Le piège juridique
Sur le plan juridique, mon affaire montre d’abord une chose simple : on peut sortir de prison sans sortir du contentieux. J’ai purgé ma peine, mais je suis resté pris dans un enchevêtrement d’arrêtés, de recours, de décisions de justice et de rejets qui ont prolongé mon état de contrainte.⁴¹ Ce n’est donc pas seulement une histoire de peine pénale ; c’est aussi une histoire de maintien administratif de la restriction.⁴²
L’effet le plus important, pour moi, a été l’absence de véritable issue juridique. À plusieurs reprises, j’ai contesté les arrêtés qui encadraient mon assignation à résidence, mais les juridictions ont souvent validé la logique générale du dispositif.⁴³ Le Conseil d’État a encore rejeté en 2024 un pourvoi visant à faire annuler un arrêt défavorable de la cour administrative d’appel de Paris.⁴⁴ Cela veut dire, très concrètement, que la mesure continue à produire ses effets, et que le contentieux se prolonge sans lever la contrainte.⁴⁵J’ai aussi compris que le droit pouvait devenir un espace d’épuisement. Quand on vit depuis des années sous assignation, chaque recours prend du temps, chaque décision repousse une éventuelle sortie, et chaque rejet confirme la persistance du régime.⁴⁶ On m’a souvent répondu par des formules de procédure, alors que ce que je vivais relevait d’une restriction continue de ma liberté.⁴⁷ Le langage juridique ne disait pas toujours la violence réelle de la mesure.⁴⁸Cette situation m’a placé dans un véritable no man’s land juridique.
D’un côté, je ne pouvais pas être expulsé vers l’Algérie en raison du risque de torture reconnu par la Cour européenne des droits de l’homme ; de l’autre, je ne pouvais pas vivre librement en France à cause de l’interdiction de territoire et de l’assignation à résidence.⁴⁹ Le droit m’a donc maintenu dans un entre-deux où je n’étais ni expulsable, ni pleinement résident, ni véritablement libre.⁵⁰Les conséquences juridiques ne sont pas seulement abstraites. Elles ont un effet direct sur ma capacité à travailler, à me déplacer, à faire valoir pleinement mes droits et à construire une vie ordinaire.⁵¹ À force de contentieux, la mesure devient un régime en soi, presque autonome, qui se reproduit au fil des décisions administratives etjudiciaires.⁵² J’ai alors eu le sentiment que la justice ne mettait pas fin à l’assignation, mais qu’elle en organisait la continuité.⁵³Enfin, mon cas a une portée plus large : il interroge la capacité du droit à limiter réellement une mesure présentée comme provisoire, alors qu’elle dure depuis des années.⁵⁴ Il montre aussi que les garanties juridictionnelles peuvent coexister avec une contrainte durable, sans que cela suffise à rétablir une liberté effective.⁵⁵ C’est là, me semble-t-il, la leçon la plus lourde de mon histoire : le droit peut constater la situation, la régler partiellement, mais ne pas parvenir à y mettre fin.⁵⁶
Mon histoire n’est pas seulement celle d’une condamnation, puis d’une assignation à résidence. C’est celle d’un enfermement qui change de forme sans cesser d’exister.⁵⁷ La prison a pris fin, mais la contrainte a continué sous d’autres modalités.⁵⁸ Ce que j’essaie de montrer, c’est que la liberté ne se mesure pas seulement à l’absence de barreaux. Elle se mesure aussi à la possibilité de travailler, de circuler, de voir ses proches, de choisir son lieu de vie et de ne pas être ramené chaque jour à une exception.⁵⁹Si cette intervention a un sens, c’est peut-être celui-là : dire qu’il existe des enfermements qui ne se voient pas toujours, mais qui durent, qui fatiguent et qui abîment.⁶⁰ Mon expérience en est une illustration extrême.⁶¹

Notes et références
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage et citation de Kamel Daoudi.
http://leseditionsduboutdelaville.com/index.php?id_product=20&controller=product� - Bibliothèque nationale de France (BnF), notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb47379220r� - Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024 ; Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024..
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.24.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.26.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
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- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
- Le Monde, « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 11 mai 2021.
- Le Monde, « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 11 mai 2021.
- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, citation de Kamel Daoudi.
- Amnesty International France, « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
- Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
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- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
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- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
- CAGE, « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi ».
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024 ; Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
- CAGE, « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi ».
- Amnesty International France, « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
- Le Monde, « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
- GISTI, « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi ».
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- Les Éditions du Bout de la Ville, Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne, présentation de l’ouvrage.
- CQFD, « Kamel Daoudi : enfermé dehors », 29 septembre 2022.
- Bibliothèque nationale de France (BnF), notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
Bibliographie
Ouvrage
Daoudi, Kamel. Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne. Le Mas-d’Azil : Les Éditions du Bout de la Ville, 2022.
Jurisprudence et sources institutionnelles
Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Daoudi c. France, requête n° 48638/18.
GISTI. « L’assignation à résidence à perpétuité subie par Kamel Daoudi », 31 octobre 2023.
https://www.gisti.org/spip.php?article7123�
GISTI. Affaire : M. Kamel Daoudi, mémoire d’intervention volontaire devant la cour administrative d’appel.
https://www.gisti.org/IMG/pdf/mem_iv_daoudi_caa.pdf�
Ligue des droits de l’homme (LDH) et GISTI. « Assignation à résidence perpétuelle : intervention volontaire du GISTI et de la LDH au soutien de la requête en appel de M. Kamel Daoudi », 8 juillet 2021.
Rapports, communiqués et organisations
Amnesty International France. « Kamel Daoudi ou les dérives de la lutte contre le terrorisme », 17 décembre 2018.
https://www.amnesty.fr/actualites/kamel-daoudi-ou-les-derives-de-la-lutte-contre-le-terrorisme�
Amnesty International France. « L’acharnement contre Kamel Daoudi », 5 octobre 2020.
https://www.amnesty.fr/actualites/kamel-daoudi-acharnement-judiciaire-un-an-de-prison/�
CAGE. « La Cour européenne des droits de l’homme approuve l’assignation à résidence perpétuelle de Kamel Daoudi par la France », 2023.
Ligue des droits de l’homme (LDH). « Le gouvernement est responsable du sort de Kamel Daoudi », communiqué commun avec le GISTI, 12 février 2018.
https://www.ldh-france.org/gouvernement-responsable-du-sort-kamel-daoudi/�
Articles de presse et analyses
CQFD. « Kamel Daoudi : enfermé dehors », CQFD, n° 212, septembre 2022.
https://cqfd-journal.org/Kamel-Daoudi-enferme-dehors�
Le Monde. « Kamel Daoudi condamné à quatre mois de prison pour violation de son assignation à résidence », 12 mai 2021.
https://www.lemonde.fr/archives-du-monde/12-05-2021/�
Le Monde. « Le Conseil d’État rejette un pourvoi de Kamel Daoudi sur son assignation à résidence », 11 mars 2024.
Lundi.am. « Assigné à résidence depuis 14 ans, la CEDH refuse d’examiner le cas de Kamel Daoudi », 19 septembre 2023.
https://lundi.am/La-CEDH-refuse-d-examiner-le-cas-de-Kamel-Daoudi-plus-vieil-assigne-a-residence�
Orient XXI. Freschi, Rayan. « La persécution de Kamel Daoudi par la France indiffère la justice européenne », 10 octobre 2023.
La Sellette. « L’assignation à résidence : une peine après la peine », 8 janvier 2026.
https://lasellette.org/lassignation-a-residence-une-peine-apres-la-peine/�
Catalogues et notices bibliographiques
Bibliothèque nationale de France (BnF). Notice bibliographique de Je suis libre dans le périmètre qu’on m’assigne.
https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb47379220r�

28.06.2026 à 19:23
Les morts de chaleur, les responsables politiques et le silence des médias.
Texte intégral (1610 mots)
Des morts de chaleur s’accumulent dans les logements, au travail, aux urgences.
Le gouvernement organise l’impuissance, protège les propriétaires et les entreprises. Et les médias transforment cette faillite politique en bulletin météo.

Une hécatombe historique.
Hier, le SAMU de Paris signalait 109 morts en 24h, contre 7 par jour l’année dernière.
Vendredi, le SAMU du Nord indiquait une hausse de 78% des appels par rapport au 26 juin 2025. Précisant que contrairement à la canicule de 2003, ce sont des jeunes de 30 à 50 ans, sans antécédents, qui se retrouvent en réanimation.
Vendredi, toujours dans le Nord, un agent d’entretien de 33 ans est mort d’un arrêt cardio-respiratoire après un coup de chaleur sur son lieu de travail.
Le même jour, les urgences de Metz-Thionville communiquaient une hausse de 40% des appels vers le centre de régulation, et une hausse de 20% des passages aux urgences.
Vendredi encore, ce sont les pompes funèbres en Île-de-France qui nous apprennent que les chambres funéraires commencent à saturer. Parmi les témoignages rapportés, « Un Monsieur qui a fait un arrêt cardiaque sur son balcon, une femme retrouvée morte au sol avec un oreiller sous sa tête car elle cherchait un peu de fraîcheur… ».
Vendredi toujours, dans les Yvelines, une adolescente de 12 ans décède dans un appartement et son grand frère de 15 ans est retrouvé en hyperthermie.
Il faut donc se tourner vers les soignants urgentistes et vers les pompes funèbres pour être informés, sous forme de brèves, de l’hécatombe en cours.
Pendant que les morts ne sont même pas encore comptés, le gouvernement prolonge les soldes.
Pendant ce temps, Farandou, ministre du travail, déclarait : « On ne peut pas arrêter la France à partir de 30° », ou encore « Je pense qu’on peut se passer de boire de l’alcool ».
Macron, lui, plastronnait en disant qu’un « gros travail a été fait » face à la canicule. Et il renvoyait la responsabilité à la météo « On ne s’adapte pas à un pic qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui en Europe ».
Le premier ministre Lecornu, lui, se félicitait que « beaucoup de chemin (…) a été quand même parcouru depuis 2003 » dans les EHPAD.
Barbut, la ministre de la Transition écologique, avouait l’abandon du sujet par son gouvernement, affirmant qu’il allait falloir « passer à un plan massif », puis ajoutant : « dans la situation actuelle, il est clair qu’on gère l’urgence ». Après 9 ans de mandats macronistes.
Rist, ministre de la Santé se contentait de nous dire de “Continuer à boire beaucoup d’eau, et à rester à l’abri pendant les heures chaudes”.
Geffray, ministre de l’Education nationale, annonçait le maintien du brevet, et renvoyait la responsabilité aux établissements, en envisageant des fermetures d’établissements ou des reports d’examen qu’en dernier recours.
Jeanbrun, Ministre de la Ville et du logement, suggérait « des petits changements d’usage », en suivant l’exemple des japonais, qui « enlèvent leurs cravates les jours de canicule ».
Bregeon, porte-parole du gouvernement, déclarait crânement que « les hôpitaux tiennent ».
Mais le gouvernement ne se contente pas de commenter son inaction. Il agit aussi pour dégrader les conditions de lutte contre les effets du changement climatique.
Le 3 juin dernier, au lendemain de la première canicule, le gouvernement réduisait de 20% le fonds vert (amputé de 162,5 millions d’euros), destiné à soutenir les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique.
Au moment même où la canicule expose la violence des logements inhabitables, le gouvernement assouplit la responsabilité des propriétaires.
Le 24 juin, il présente en Conseil des ministres un projet de loi logement qui permettrait de remettre en location 700 000 passoires énergétiques contre une simple promesse de travaux des propriétaires. Dans le seul intérêt de ces propriétaires, il trafique les normes à la baisse pour faire sortir 850 000 autres logements du statut de passoire énergétique.
Et évidemment, il n’oublie pas de servir les intérêts des entreprises au passage, en annonçant le prolongement des soldes pour aider les commerces pénalisés par la canicule.
Il n’oublie pas non plus de renforcer la répression dans les quartiers ou chez les militants. Comme envoyer cinq véhicules de police à Clermont pour empêcher des enfants de se rafraîchir dans une piscine gonflable installée en bas de leur immeuble. Ou interdire Solidays et la Marche des fiertés à Paris.
Une catastrophe politique traitée comme un bulletin météo
Le 28 juin, alors que les alertes sur l’hécatombe commencent à circuler sur les réseaux sociaux, et tandis que la presse régionale en reste encore à des brèves non reliées entre elles, le journal de 8h de France Inter consacre une séquence de 4 mn 24 à la canicule à l’ouverture de son journal.
L’annonce de la séquence dans les titres parle d’air chaud qui fait suffoquer, d’adaptation des infrastructures, d’hôpitaux saturés et d’écoles sous tension. On se dit qu’on va peut-être parler des personnes qui souffrent du manque de moyens pour les services publics… Évidemment, on sera déçus.
On commence par 1mn23 de commentaire météo, pour annoncer, ouf, que c’est presque fini.
Et puis on fait 10 secondes pour rappeler que tout ça c’est la faute du changement climatique. Un peu comme on évoquerait une catastrophe naturelle et inéluctable.
La séquence santé, elle durera 16 secondes. Elle mérite d’être partagée in extenso :
« Les corps eux continuent de souffrir. Les effets de la canicule vont se ressentir encore plusieurs semaines. Notamment pour les maladies chroniques. Les autorités n’avancent pas encore de chiffre mais il y a un nombre de décès supérieur à la normale indique la Ministre de la santé Stéphanie Rist. »
Ensuite, un reportage de 1mn52 est consacré aux rails qui se dilatent, et ça met en panne les trains, alors qu’en Inde on n’a pas le même procédé de soudure, etc…
On enchaîne avec 54 secondes sur la « catastrophe » qui touche les petits commerces – c’est le seul moment de la séquence où l’on reconnaîtra une catastrophe – suivi de l’annonce du prolongement des soldes.
Et on termine par 13 secondes pour parler d’Europe, pour insister sur le fait que, finalement, c’est partout pareil. En sous-texte : ce n’est pas la faute de notre gouvernement.
La radio publique aura donc passé sous silence la réalité de l’hécatombe. La situation dans les hôpitaux, les EHPAD, les écoles. Le drame pour les personnes à la rue, pour les salarié.es qui font un boulot physique, parfois dehors sous le soleil. Le drame pour les personnes isolées, pour nos vieux, pour les personnes handicapées.
Elle aura lavé de tout soupçon la responsabilité du gouvernement qui a organisé l’impuissance de l’Etat traitant le sujet comme un phénomène météo dont les principales conséquences sur les infrastructures ferroviaires. Et se contentant de lire les 2 lignes du communiqué de presse du Ministère de la santé.
Avant de préparer le terrain à une possible propagande publique sur les morts « de maladies chroniques » et pas de la chaleur (souvenirs du négationnisme des morts du COVID).
Et en bon média macroniste, elle aura fait pleurer dans les chaumières sur la seule chose qui a de la valeur pour le pouvoir : le fric qui fait du fric. La seule préoccupation du gouvernement sera donc de « prendre soin » des bénéfices des entreprises. Nul doute qu’on annoncera bientôt des aides économiques aux patrons qui ont tant souffert de la canicule.
Et on continuera d’accumuler les morts sur les brancards dans les urgences. De scotcher les vitres cassées dans les hôpitaux et dans les écoles. De continuer à demander aux salarié.es de sacrifier leur vie pour ne pas arrêter l’économie.
***
Alors oui, la canicule tue.
Mais elle tue parce que les logements sont invivables, elle tue à cause de la pénibilité du travail, qui continue coûte que coûte. Elle tue quand les services publics sont à l’os, que l’Etat ne se sent même pas la responsabilité de compter les morts.
La canicule tue et tuera davantage encore tant que les responsables ne seront pas nommés. Et tant que les médias regarderont ailleurs.
28.06.2026 à 11:41
Aurillac, cas d’école de l’étouffement des libertés associatives.
Texte intégral (2102 mots)
À Aurillac, la tentative d’annulation d’un concert de solidarité avec Gaza dit beaucoup plus qu’un simple conflit local autour d’une salle municipale. Elle révèle la manière dont les libertés associatives sont aujourd’hui fragilisées par la pression administrative, financière et politique. Même invalidée par le tribunal, cette censure à bas bruit reste un signal d’alerte démocratique.
De la peur organisée à la liberté surveillée
Le pouvoir macroniste nous a progressivement habitués à la perte de nos droits fondamentaux.
Avec à chaque fois, la même tactique : effrayer la population par un langage de peur contre un « ennemi de l’intérieur » (terrorisme islamiste, djihadisme, salafisme, frérisme, islam politique, entrisme, séparatisme, barbus, voilés… bref « les musulmans »), transformer la peur en haine pour faire accepter un arsenal juridique qui détricote nos droits fondamentaux. À chaque fois, la même rengaine fallacieuse : « tu préfères ta liberté ou ta sécurité » ?
Parmi ces libertés, il y en a une essentielle, qui maille nos vies sociales, politiques et culturelles, c’est la liberté d’association. Une liberté reconnue par la loi 1901, et considérée comme un principe fondamental dans la Constitution française depuis 1971.
Comme pour toutes les autres libertés d’expression, cette liberté a fait l’objet d’attaques massives depuis une décennie.
Le mandat de François Hollande avait déjà instauré l’Etat d’urgence, le renforcement du pouvoir policier et administratif et la normalisation de mesures exceptionnelles attentatoires aux libertés associatives[i].
On se souvient alors des premières victimes de l’état d’urgence socialiste, et de ses mesures liberticides supposées nous protéger toutes et tous contre le terrorisme islamisme : 24 militants écologistes assignés à résidence avant la COP21, après perquisitions administratives à leurs domiciles[ii].
Ce que Hollande a initié, Macron l’a poursuivi en grand avec la loi séparatisme, qui a instauré une suspicion généralisée envers l’ensemble des associations. Concrètement, depuis cette loi, toute association financée par l’État ou une collectivité doit signer un « Contrat d’Engagement Républicain », qui l’engage – selon la formule consacrée – à respecter les « principes républicains ».
Et comme ces fameux principes républicains n’ont aucune définition juridique, leur respect par les associations est laissé à l’appréciation de l’administration.
Dit autrement, on a transformé une liberté constitutionnelle en autorisation accordée par une administration devenue police politique. Accordée… si la cause lui plaît. Et si tu demandes gentiment. Comme pour le droit de manifester.
Évidemment, cette nouvelle police politique peut compter sur la collaboration attentive de tous les élus réactionnaires du pays. Critiquer des politiques publiques ? Interdit. Interpeller des élus ou des administrations ? Sanctionné. La désobéissance civile ? Entravée. Recourir aux tribunaux contre l’État ou une collectivité ? Réprimé. Militer pour les droits des musulmans ? Pas républicain. Dénoncer le génocide des palestiniens ? Illégal.

Faire taire celles et ceux qui documentent la répression
Dans un premier rapport en 2020, l’Observatoire des libertés associatives exposait 100 cas de restrictions des libertés associatives[iii]. Dans un second rapport, « « Une nouvelle chasse aux sorcières » contre les associations — Enquête sur la répression des associations dans le cadre de la lutte contre l’islamisme »[iv] il documente une vingtaine de cas d’entrave politique et financière contre des associations auxquelles participent des personnes musulmanes.
Évidemment, il y en a bien plus sous les radars. Mais si même des mastodontes comme la Ligue de l’enseignement ou la Ligue des Droits de l’Homme sont réprimées alors qu’elles ont pignon sur rue, imagine le quotidien des collectifs qui agissent en proximité avec et pour la communauté musulmane…
Alors, pour que la répression devienne incontestable, il faut d’abord mettre à l’arrêt — voire aux arrêts — les empêcheurs de réprimer en rond.
Et c’est sans doute là l’un des effets les plus impressionnants, et les plus efficaces, de la politique fascisante de la Macronie : cibler en priorité celles et ceux qui alertent, documentent et défendent les droits des personnes attaquées. Faire taire les contre-pouvoirs, faire taire les défenseurs des personnes concernées, faire taire les antifascistes… pour installer durablement un système autoritaire.
Voilà pourquoi les moyens de répression du pouvoir se concentrent sur les collectifs et associations qui luttent contre l’islamophobie — Collectif contre l’islamophobie en France, Coordination contre le racisme et l’islamophobie… — contre le fascisme — Groupe antifasciste Lyon et environs, La Jeune Garde — et contre le génocide des Palestiniens — Comité Action Palestine, Collectif Palestine Vaincra, Urgence Palestine, Association France Palestine Solidarité.
Évidemment, les menaces et leurs effets ne se limitent pas là : ils touchent désormais l’ensemble de la société civile organisée.
Une recherche menée par un collectif autour de Julien Talpin a présenté les effets du Contrat Engagement Républicain, et ça fait froid dans le dos : après seulement trois ans de mise en œuvre de la mesure, 41% des associations citoyennes déclarent des formes d’auto-censure, et renonce ou réoriente une action pour anticiper une sanction. Pour l’ensemble des associations (et il y en a 1,5 million en France), c’est 27% qui s’autocensure[v].
La répression n’a pas seulement sanctionné des associations : elle a installé une menace diffuse, qui pousse une partie du monde associatif à renoncer lui-même à interpeller le pouvoir. Avec un discours très clair : stoppez votre critique et rentrez dans le rang si vous voulez continuer à être financés — et si vous ne voulez pas être dissous.
Cette logique produit désormais ses effets à l’échelle locale. Dans les collectivités, le soutien aux associations de défense des droits est de plus en plus conditionné à leur discrétion politique. Une question revient dans les conseils municipaux, départementaux ou régionaux : « Est-ce bien normal de soutenir une association qui fait de la politique ? »
Quand on sait que 30% des financements associatifs viennent des collectivités et qu’une association sur deux bénéficie d’une mise à disposition gratuite ou quasi-gratuite de locaux, cette question a un effet direct pour la démocratie : imposer par la pression financière une dépolitisation du monde associatif.


Aurillac, ou la censure locale à bas bruit
Tous ces ingrédients répressifs se retrouvent dans la tentative de la Mairie LR d’Aurillac d’empêcher l’organisation d’un concert de solidarité avec le peuple palestinien organisé par les collectifs Cantal Palestine Solidarité et Blouses Blanches pour Gaza 15, comme l’ont dénoncé les organisateurs dans leur communiqué de presse. La tentative a finalement échoué : saisis en urgence, les juges du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ont donné gain de cause aux organisateurs[vi]. Mais cette victoire juridique ne retire rien au fond de l’affaire. Elle montre au contraire qu’il a fallu passer par le tribunal pour faire respecter une liberté qui n’aurait jamais dû être entravée.
La méthode se veut subtile : annuler deux jours avant l’événement la mise à disposition de la salle. Bien plus efficace que de refuser la mise à disposition dès le départ, l’annulation en dernière minute visait à empêcher les organisateurs de se replier vers un second lieu.
Le motif invoqué, « neutralité institutionnelle », est une injonction à la dépolitisation des associations, dont les mairies de droite et d’extrême-droite rêveraient qu’elles se transforment toutes en clubs de bridge, en ateliers de karaoké, ou en organes de promotion du terroir, si possible avec beaucoup de cochonaille dedans.
Évidemment, cette dépolitisation n’est qu’un trompe-l’œil, et cette répression par le bas cible bien une lutte en particulier : le soutien au peuple palestinien et la dénonciation du génocide perpétré par l’État et la société israéliens.
Cet événement n’est pas isolé. Et il n’est pas anodin, parce que beaucoup moins visible qu’une décision de préfecture ou de conseil des ministres prise à grand renfort de médiatisation.
Ici, ce qui a tenté de se jouer, c’est la censure à bas bruit de la démocratie associative et des mouvements de solidarité qui s’expriment localement. Que cette censure ait été stoppée par le tribunal est une bonne nouvelle. Mais cela ne change rien au mécanisme : une décision municipale peut produire un effet d’intimidation immédiat, désorganiser un événement, épuiser les collectifs, et déplacer sur eux la charge de défendre en urgence leurs libertés.
C’est la raison pour laquelle nous devons relayer massivement chacune de ces actions de répression politique. Faisons circuler le communiqué de presse. Et faisons aussi circuler les victoires obtenues contre ces interdictions : elles rappellent que ces entraves ne sont ni normales, ni incontestables, ni inéluctables.
Soyons solidaires de la résistance des collectifs et associations au génocide des Palestiniens, qui est, aussi, une conséquence de la fascisation de la société française !
[i] https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/12/france-renewal-of-state-of-emergency-risks-normalizing-exceptional-measures/
[ii] https://www.lemonde.fr/societe/article/2015/11/27/les-militants-de-la-cop21-cible-de-l-etat-d-urgence_4818885_3224.html
[iii] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2021/12/Rapport-Observatoire_Web.pdf
[iv] https://alinsky.fr/wp-content/uploads/2022/02/Rapport_Chasse-aux-Sorcières_2022_VF.pdf
[v] https://www.associations-citoyennes.net/wp-cac/wp-content/uploads/2025/07/2025Juin-Enquetequantitativelibertesassociatives.pdf
[vi] https://actu.fr/auvergne-rhone-alpes/aurillac_15014/soiree-pour-gaza-prive-de-salle-par-le-maire-ce-collectif-obtient-gain-de-cause-devant-la-justice_64466941.html#google_vignette