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Cette page accueille le dessus du panier et toutes les co-productions de SPECTRE, coopérative de podcasts pour le monde d’après, en accès libre et gratuit.


Bookmakers

Richard Gaitet

mis en ligne le 19.01.2023 à 10:30

Pierre Christin (3/3)

Partie de chasse (aux trésors) Bookmakers #22 - L'auteur du mois : Pierre ChristinNé en 1938 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), Pierre Christin est l’un des scénaristes majeurs de la bande dessinée européenne. Souvenons-nous, en premier lieu, de sa saga spatio-temporelle au rayonnement international : « Valérian et Laureline », avec les dessins intersidéraux de Jean-Claude Mézières, dès la fin des années 60. Puis des premiers albums exceptionnels d’Enki Bilal, de « La Croisière des oubliés » à « Partie de chasse », en passant par son préféré : « Les Phalanges de l’Ordre noir », sur la réunion d’anciens membres des Brigades internationales pour un dernier baroud d’honneur contre des terroristes chrétiens.Salué en 2019 du prix René-Goscinny pour l’ensemble de son œuvre, cet artisan du verbe et des situations, également journaliste et auteur de romans « très noirs, à charge contre une certaine classe politique française », qui fut une fois librettiste d’opéra, conserve une belle humilité vis-à-vis de sa fonction au royaume du 9e art : « Un super scénario offert à un dessinateur nul, ça donne une BD nulle ; un scénario faible dans les mains d’un grand dessinateur… ça donne une BD pas mal. » Pierre Christin (3/3)« Scénariste, c'est un métier merveilleux, beaucoup moins triste que d'être écrivain. Quand on écrit des romans, on s'emmerde comme un rat mort. Il y a trop de mots et… on est toujours tout seul. » Pierre Christin le dit souvent : son vrai métier, c’est journaliste. Parcourant le monde de long en large au gré des reportages, et créant à Bordeaux la première école publique et gratuite de journalisme, où il forma – et corrigea « ligne-à-ligne » – ses élèves pendant trente-cinq ans. Comment cette casquette de gratte-papier a-t-elle pesé sur ses récits de bande dessinée ? Selon son assistante, Stella Lory : « Pierre milite pour le mouvement, se déplacer sur les lieux de l’action (…) Il a une passion pour les lieux sans nom. Les banlieues sinistrées, les sites abandonnés, les plaines monotones des déserts. Les endroits considérés comme inintéressants sont les plus dignes d’intérêts pour lui, car sur eux rien n’a encore été dit. »Et c’est ainsi qu’une ferme isolée sans eau courante en Aveyron, entre Aurillac et Rodez, devient l’un de ses lieux d’écriture favoris. Il y récolte des histoires folkloriques, qui lui inspirent « Rumeurs sur le Rouergue », le premier album dessiné par le jeune Tardi (1972), préfigurant les combats altermondialistes de José Bové ou de Notre-Dame-des-Landes. La rencontre avec Enki Bilal le fait dévirer vers une sorte de « fantastique social », le temps d’un cycle de « légendes d’aujourd’hui » (1975-1983), mordantes et fascinantes – dont « Partie de chasse », qui anticipe la mise à mort du marxisme soviétique et la chute de l’URSS. Comment l’auteur d’« Agence Hardy » agence-t-il ses cases ? Lui qui voit ses scénar’ comme des « chiffons de papier, un document barbant » ? À qui une dame a dit un jour, en dédicace : « Et alors vous, vous rajoutez les textes dans les bulles, c’est ça » ? Ce sachem tranquille du 9e art, qui entend à chaque livre « faire surchauffer la réalité, par effet de loupe », dont la bibliothèque contient « absolument de tout, pour rester un minimum crédible » sur la faune, la flore, les armes, l'architecture, la génétique ou l'astronomie. Comment bosse cet « accumulateur d'amorces d'histoires, avec beaucoup d'idées nulles avortées », qui n’a jamais voulu devenir « un mercenaire du scénario » et qui planche encore sur au moins deux albums ? Gardons en tête ce conseil aux scénaristes en herbe : « Tu tergiverses pas ! Tu ouvres un putain de fichier et tu écris "Page 1". À un moment, faut arrêter de faire flop-flop dans le pédiluve. » Enregistrements : novembre-décembre 22 - Mise en ligne : janvier 2023 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Arnaud Forest, Silvain Gire, Samuel Hirsch, Olivier Minot et le public du Palais de Tokyo - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Loo Hui Phang, Clarisse Le Gardien, Avril Tembouret et Kanari Films pour les propos de J.-C. Mézières tirés du documentaire « L’Histoire de la page 52 » - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 19.01.2023 à 10:15

Pierre Christin (2/3)

Valérian : chronologie, art, destin Bookmakers #22 - L'auteur du mois : Pierre ChristinNé en 1938 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), Pierre Christin est l’un des scénaristes majeurs de la bande dessinée européenne. Souvenons-nous, en premier lieu, de sa saga spatio-temporelle au rayonnement international : « Valérian et Laureline », avec les dessins intersidéraux de Jean-Claude Mézières, dès la fin des années 60. Puis des premiers albums exceptionnels d’Enki Bilal, de « La Croisière des oubliés » à « Partie de chasse », en passant par son préféré : « Les Phalanges de l’Ordre noir », sur la réunion d’anciens membres des Brigades internationales pour un dernier baroud d’honneur contre des terroristes chrétiens.Salué en 2019 du prix René-Goscinny pour l’ensemble de son œuvre, cet artisan du verbe et des situations, également journaliste et auteur de romans « très noirs, à charge contre une certaine classe politique française », qui fut une fois librettiste d’opéra, conserve une belle humilité vis-à-vis de sa fonction au royaume du 9e art : « Un super scénario offert à un dessinateur nul, ça donne une BD nulle ; un scénario faible dans les mains d’un grand dessinateur… ça donne une BD pas mal. » Pierre Christin (2/3)Pour les fans de BD comme pour les chercheurs de la cosmo-université des astéroïdes de Shimballill, les aventures de « Valérian et Laureline » ont marqué l’Histoire. En 22 tomes déployés sur 1200 pages publiées aux éditions Dargaud, il s’agit de la plus longue saga à être restée entre les mains de ses créateurs originaux, Pierre Christin (scénario) et Jean-Claude Mézières (dessins), de l’album zéro intitulé « Les mauvais rêves » (1967) jusqu’au dernier tome de la série officielle, « L’Ouvretemps » (2010). Quatre décennies de boulot doux-dingue, dont l’intrigue court sur quarante siècles, au cours desquels voyage son duo merveilleux d’agents temporels.Classique de la science-fiction vendu à plus de trois millions d’exemplaires, exposé au Portugal ou au Québec, traduit en vingt langues de l’Islande à la Chine en passant par la Turquie, ce space opera monté sur ressorts, malicieux et pacifiste, auquel « Star Wars » a beaucoup piqué, réjouit toujours. Par l’abondance de ses « bestioles » et de ses couches narratives, par l’ampleur graphique impériale de ses mille planètes, par les couleurs d’Evelyne Tranlé, ou par la grâce intrépide de Laureline, héroïne en avance sur son temps, née d’un rêve forestier et des convictions féministes de Christin. Lequel constate : « Valérian n’est pas une bande dessinée facile à lire : il y a beaucoup de cases, de texte, des thèmes ambitieux, d’allusions... Et pas d’éternel combat du bien contre le mal, mâtiné de déchirements familiaux. » Avec son cher copain Mézières (disparu en janvier dernier), ils auront pourtant su offrir un pays aux étoiles, en subjuguant trois générations d’astronautes en culottes courtes, parmi lesquels Manu Larcenet, Christophe Blain, Charles Berberian ou Luc Besson. Tandis que le scribe galactique vient d’apporter un ultime point final à cette supernova via l’album « Là où naissent les histoires » (2022, avec les dessins de Virginie Augustin), grimpons illico à bord des vaisseaux de Pierre. Enregistrements : novembre-décembre 22 - Mise en ligne : janvier 2023 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Arnaud Forest, Silvain Gire, Samuel Hirsch, Olivier Minot et le public du Palais de Tokyo - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Loo Hui Phang, Clarisse Le Gardien, Avril Tembouret et Kanari Films pour les propos de J.-C. Mézières tirés du documentaire « L’Histoire de la page 52 » - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 19.01.2023 à 10:00

Pierre Christin (1/3)

La croisière des souvenirs Bookmakers #22 - L'auteur du mois : Pierre ChristinNé en 1938 à Saint-Mandé (Val-de-Marne), Pierre Christin est l’un des scénaristes majeurs de la bande dessinée européenne. Souvenons-nous, en premier lieu, de sa saga spatio-temporelle au rayonnement international : « Valérian et Laureline », avec les dessins intersidéraux de Jean-Claude Mézières, dès la fin des années 60. Puis des premiers albums exceptionnels d’Enki Bilal, de « La Croisière des oubliés » à « Partie de chasse », en passant par son préféré : « Les Phalanges de l’Ordre noir », sur la réunion d’anciens membres des Brigades internationales pour un dernier baroud d’honneur contre des terroristes chrétiens.Salué en 2019 du prix René-Goscinny pour l’ensemble de son œuvre, cet artisan du verbe et des situations, également journaliste et auteur de romans « très noirs, à charge contre une certaine classe politique française », qui fut une fois librettiste d’opéra, conserve une belle humilité vis-à-vis de sa fonction au royaume du 9e art : « Un super scénario offert à un dessinateur nul, ça donne une BD nulle ; un scénario faible dans les mains d’un grand dessinateur… ça donne une BD pas mal. » Pierre Christin (1/3)Il aurait aimé avoir « cent vies, dans cent villes – et autant d'identités ». Pierre Christin, 84 ans, a préféré publier, le temps d’une seule existence, pas moins de cent livres ! L’essentiel se trouve au rayon bande dessinée, dont ce fiévreux disciple d’Alexandre Dumas fut – et demeure – l’un des scénaristes incontournables, aussi prolifique dans les galaxies de l’imaginaire que précis et consciencieux sur le plan politique. Lunettes sur le front, ce grand reporter et professeur de journalisme « entré en scénario en dilettante, par effraction » fut aussi dealer d’histoires pour Tardi, Boucq, Annie Goetzinger ou, plus récemment, Sébastien Verdier (via une fabuleuse biographie de son maître George Orwell, en 2019, écoulée à près de 25 000 exemplaires).Mais par quelle somme de hasards – et de rebondissements – ce fils de coiffeur de la banlieue parisienne, « miraculé de l’Education nationale », est-il arrivé jusqu’au légendaire journal « Pilote » ? Quels furent les conseils techniques des papas d’Astérix ou de Blueberry, René Goscinny et Jean-Michel Charlier ? « Scénariste, c'est l'art d'organiser les pièces du puzzle », selon lui. Dans ce premier épisode, tentons de remettre dans l’ordre la vie de ce manipulateur de marionnettes de papier, qui nous reçoit à domicile, généreux dans sa gouaille de titi parisien, en ouvrant sur nous les grands yeux bleus de son beau visage parcheminé. Enregistrements : novembre-décembre 22 - Mise en ligne : janvier 2023 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Arnaud Forest, Silvain Gire, Samuel Hirsch, Olivier Minot et le public du Palais de Tokyo - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Loo Hui Phang, Clarisse Le Gardien, Avril Tembouret et Kanari Films pour les propos de J.-C. Mézières tirés du documentaire « L’Histoire de la page 52 » - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 24.11.2022 à 08:30

Loo Hui Phang (3/3)

Se souvenir de « Black-out » Bookmakers #21 - L’autrice du mois : Loo Hui Phang Née en 1974 au Laos, Loo Hui Phang est l’une des scénaristes les plus respectées de la bande dessinée franco-belge. Ses histoires dessinées par Frederik Peeters (« L’Odeur des garçons affamés ») ou Philippe Dupuy (« Les enfants pâles », « Nuages et pluie ») sont hantées par les thèmes de l'identité, du désir et de l'étrangeté. Lauréate en 2021 du prix Goscinny du scénario pour « Black-out » (dessiné par Hughes Micol, sur un acteur métis de l’âge d’or hollywoodien), elle a imaginé et coordonné en janvier 2022 une exposition exceptionnelle au festival international de la BD d’Angoulême : « Écrire est un métier », sur la profession de scénariste de BD. Également metteuse en scène, dramaturge et romancière, Loo Hui Phang vit et travaille à Bruxelles. Se souvenir de « Black-out » (3/3)En 1986, un an avant sa mort, l’icône hollywoodienne Rita Hayworth se souvient avec mélancolie d’un homme qu’elle aima follement. Seule dans son appartement, la star immortelle de « Gilda » estime que cet acteur charismatique en diable était, par la richesse unique de ses origines ethniques, « les Américains » à lui tout seul. Mais d’où vient Maximus Ohanzee Wildhorse, alias Maximus Wyld, héros maudit de la BD « Black-out » publiée en 2020 aux éditions Futuropolis, dessinée par Hugues Micol, dont l’histoire – dense, vénéneuse, mythologique – vaudra à Loo Hui Phang le prix Goscinny du scénario au festival d’Angoulême ? Quelle est la part de hasard dans une architecture narrative si rigoureusement boulonnée ? Comment s’organise économiquement la vie de l’autrice quand on sait qu’un album de cette qualité ne s’est vendu, malgré les honneurs, qu’à 5300 exemplaires ? Parmi ces honneurs, citons cette joie : suite au prix, Loo Hui Phang se vit confier la charge d’organiser une exposition au festival d’Angoulême 2022. Cela devint « Écrire est un métier », qui lui permit d’interroger trente-deux scénaristes internationaux sur leurs conditions de travail ; une sorte de « Bookmakers » géant, didactique, pour sensibiliser le public à ce job de l’ombre, si précieux, le plus précisément possible. Au sein des invités de cette exposition, se trouvait Pierre Christin, cocréateur cosmico-politique de la saga S.-F. « Valérian et Laureline », avec qui Loo écrit en ce moment une histoire surréaliste – par échange de notes vocales. Ce qui mérite de faire décoller notre vaisseau spécial vers la planète Christin, jusqu’à l’atelier du maître, en guise d’épilogue de ce troisième épisode. Enregistrement : octobre 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage, musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Samuel Hirsch, Charlie Marcelet - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Pierre Christin, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 24.11.2022 à 08:15

Loo Hui Phang (2/3)

L’inconscient à la loupe Bookmakers #21 - L’autrice du mois : Loo Hui Phang Née en 1974 au Laos, Loo Hui Phang est l’une des scénaristes les plus respectées de la bande dessinée franco-belge. Ses histoires dessinées par Frederik Peeters (« L’Odeur des garçons affamés ») ou Philippe Dupuy (« Les enfants pâles », « Nuages et pluie ») sont hantées par les thèmes de l'identité, du désir et de l'étrangeté. Lauréate en 2021 du prix Goscinny du scénario pour « Black-out » (dessiné par Hughes Micol, sur un acteur métis de l’âge d’or hollywoodien), elle a imaginé et coordonné en janvier 2022 une exposition exceptionnelle au festival international de la BD d’Angoulême : « Écrire est un métier », sur la profession de scénariste de BD. Également metteuse en scène, dramaturge et romancière, Loo Hui Phang vit et travaille à Bruxelles. L’inconscient à la loupe (2/3)Loo Hui Phang se définit comme une « paresseuse contrariée », qui aimerait « passer ses journées au lit à bouquiner, mais il y a toujours des histoires à écrire ». Les siennes ont des désirs impérieux qui forcent à sortir du plumard, afin de prendre la plume – et elle n’est clairement pas là pour buller. Citons par exemple, au gré d’une quinzaine d’albums publiés : « Panorama » et « J’ai tué Geronimo », avec les dessins de Cédric Manche (Atrabile, 2004-2007), délirants dédales fantasmatiques propices à des rêveries lynchiennes ; « L'Odeur des garçons affamés », mis en images par Frederik Peeters (Casterman, 2016), troublant détournement des codes hétéronormés du western, vendu à 22 000 exemplaires ; « Les enfants pâles », extraordinaire roman graphique dans une Europe dévastée par la famine, avec Philippe Dupuy (Futuropolis, 2012), qui ne s’écoule, lui, qu’à 1000 copies ; « Nuages et pluie », conte vampirique dans l'Indochine des années 20, toujours avec Dupuy (Futuropolis, 2016) ; en attendant « Oliphant », errance en terre polaire aux frontières de la folie, avec Benjamin Bachelier (prévu pour mars 2023, Futuropolis). Ses partenaires sont prestigieux, mais Loo le confesse avec fierté, plaisir, panache : son « principal collaborateur », c’est son inconscient. La conteuse se documente à outrance puis, au moment de s’y mettre : « J'oublie tout et je me laisse guider par l'intuition, explique-t-elle. C'est un peu comme préparer un voyage : je lis plein de guides, je boucle ma valise mais au moment de partir, je me balade les mains dans les poches, et si possible, je me perds. » Plongeons tout au fond de son fleuve mental pour tenter, dans ce deuxième épisode, de comprendre la méthode de Loo pour accoucher de tant de livres chelous. Enregistrement : octobre 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage, musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Samuel Hirsch, Charlie Marcelet - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Pierre Christin, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 24.11.2022 à 08:00

Loo Hui Phang (1/3)

Loo du fleuve Bookmakers #21 - L’autrice du mois : Loo Hui PhangNée en 1974 au Laos, Loo Hui Phang est l’une des scénaristes les plus respectées de la bande dessinée franco-belge. Ses histoires dessinées par Frederik Peeters (« L’Odeur des garçons affamés ») ou Philippe Dupuy (« Les enfants pâles », « Nuages et pluie ») sont hantées par les thèmes de l'identité, du désir et de l'étrangeté. Lauréate en 2021 du prix Goscinny du scénario pour « Black-out » (dessiné par Hughes Micol, sur un acteur métis de l’âge d’or hollywoodien), elle a imaginé et coordonné en janvier 2022 une exposition exceptionnelle au festival international de la BD d’Angoulême : « Écrire est un métier », sur la profession de scénariste de BD. Également metteuse en scène, dramaturge et romancière, Loo Hui Phang vit et travaille à Bruxelles. Loo du fleuve (1/3)Ses histoires sont peuplées de fantômes ou de personnages moralement ou sexuellement « ambigus », capables à tout moment de faire dévier le cours du récit – et nous emporter tel un fleuve en furie. Née sur les bords du Mékong en 1974, fuyant les khmers rouges avec sa famille, Loo Hui Phang étudia d’abord les lettres et le cinéma en Normandie. Bouleversée par une biographie de François Truffaut, formée à l’art du scénario par l’une des plus proches collaboratrices de celui-ci, et sommée de venir à Paris par Jean-Pierre Léaud en personne, celle qui aimerait être « hermaphrodite : un mélange d’Arthur Rimbaud et de Marguerite Duras » arrive à la bande dessinée « par accident », en 1999. Depuis « La minute de bonheur », illustrée par Jean-Pierre Duffour aux éditions L’Association, on guette avec fougue, oui, les albums de Loo Hui Phang, qu’on peine à faire rentrer dans une case. Car quand elle n’écrit pas pour le 9e art, cette artiste du « frottement entre les genres », qui adore quand la BD « s’accouple » avec d’autres formes d’expression, met en scène des spectacles avec Bertrand Belin ou Rodolphe Burger, tourne un clip pour Moriarty, revisite son passé dans un bref premier roman sensuel nommé « L’Imprudence » (en clin d’œil à Bashung), adapte Houellebecq en court-métrage avec Melvil Poupaud et Kad & Olivier, ou part en Arizona filmer les drag-queens mexicaines. « Changer de territoire, interroger les limites... émanent de l’exil qui a fait bifurquer ma vie », dit-elle. Dans ce premier épisode, promenons-nous avec Loo dans les sillons fertiles de ses bifurcations. Enregistrement : octobre 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage, musiques originales : Samuel Hirsch - Lectures : Emma Bouvier, Stella Defeyder, Samuel Hirsch, Charlie Marcelet - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Pierre Christin, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 26.10.2022 à 09:21

Bookmakers live avec 16 allumettes

La version scénique de Bookmakers Enregistrée aux SUBS de Lyon lors de la seconde édition du festival « Littérature Live », cette version scénique de « Bookmakers » prend le pari de réunir les 16 premie.è.r.e.s invité.e.s du podcast grâce à un habile re-montage de leurs propos. Résultat : une super-master-class pour évoquer en 90 minutes l’essentiel des questions à se poser quand on veut écrire un roman, de l’éveil de la vocation à la signature du contrat. Avant, pendant et après l’écriture. Trois parties, trois chapitres, le temps d’une conversation susceptible d'éclairer la célèbre phrase attribuée à William Faulkner (qu’il n’a ni écrite, ni prononcée) : « Écrire, c'est comme craquer une allumette au cœur de la nuit, au beau milieu d'un bois. La littérature ne sert pas à mieux voir. Seulement à mesurer l'épaisseur de l’obscurité. » En présence imaginaire de : Philippe Jaenada, Alice Zeniter, Delphine de Vigan, Tristan Garcia, Chloé Delaume, Dany Laferrière, Lola Lafon, Nicolas Mathieu, Marie Desplechin, Pierre Jourde, Sylvain Prudhomme, Alain Damasio, Hervé Le Tellier, Sophie Divry, Lydie Salvayre et Bayon. (Spectacle créé à Brest, en janvier 2022, lors du festival Longueur d’Ondes.) En partenariat avec Babelio. Enregistrement : 22 mai 22 - Entretiens, présentation, lectures : Richard Gaitet - Prises de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, régie : Charlie Marcelet, Baptiste Dupin, Sahar Pirouz - Musiques originales et mixage : Samuel Hirsch - Conception et mise en scène : Richard Gaitet, Charlie Marcelet, Samuel Hirsch - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Remerciements : aux équipes lyonnaises des SUBS, du festival « Littérature Live » et de la Villa Gillet - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 15.09.2022 à 10:42

Mohamed Mbougar Sarr (3/3)

Sa mémoire n’est plus un secret Bookmakers #20 - L’auteur du mois : Mohamed Mbougar SarrNé à Dakar en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est devenu – en 2021 et à 31 ans – le premier écrivain d’Afrique subsaharienne consacré par le plus prestigieux des prix littéraires français, le Goncourt, pour « La plus secrète mémoire des hommes », enquête au long cours et labyrinthe narratif enivrant, inspiré par le destin tragique du Malien Yambo Ouologuem (éditions Jimsaan / Philippe Rey). Mais avant le succès, ce wonderboy des lettres africaines était déjà l’auteur de trois romans diablement maîtrisés, aux sujets casse-gueule : « Terre ceinte » (2015, sur les milices djihadistes), « Silence du chœur » (2017, sur l’accueil de 72 migrants en Sicile) et « De purs hommes » (2018, sur l’homophobie au Sénégal). Il vit et travaille aujourd'hui à Beauvais (Oise). En partenariat avec Babelio. Sa mémoire n’est plus un secret (3/3)« Je vais te donner un conseil : n’essaie jamais de dire de quoi parle un grand livre. Ou, si tu le fais, voici la seule réponse possible : rien. Un grand livre ne parle jamais que de rien, et pourtant tout y est. » Dans « La plus secrète mémoire des hommes », un jeune écrivain sénégalais, Diégane Latyr Faye, « doctorant fainéant écrasé par ses modèles », découvre à Paris, à la faveur d’une rencontre érotique, un roman légendaire « qui tient de la cathédrale et de l’arène ». Ce livre dans le livre s’intitule « Le Labyrinthe de l’inhumain », signé dans les années 30 par l’énigmatique T. C. Elimane qui, vite épuisé par les scandales que son chef-d’œuvre suscite, choisit d’arrêter d’écrire puis de « s’enfoncer dans la nuit » en disparaissant, purement mais pas du tout simplement. D’Amsterdam à Buenos Aires, de Dakar à Saint-Germain-des-Prés, Diégane mène l’enquête – quitte à se perdre dans une toile d’araignée existentielle. À charge pour lui « d’élucider » le secret de la comète Elimane, accusé de plagiat. Conjointement publié à la rentrée 2021 par deux éditeurs indépendants, les Sénégalais de Jimsaan et le Français Philippe Rey, ce roman d’initiation de 500 pages rédigées sans plan, d’une originalité folle, héritier des dédales de Borges, Gombrowicz ou Bolaño (auquel il emprunte son titre), convoque plusieurs genres : « la geste griotique, le récit historique, le rapport ethnologique, mêlés dans un plaisir très gourmand de la narration ». Joyeux ou graves, pleins de mystique et d’ironie, les récits s’enchâssent, du journal intime aux articles universitaires, à coups de « frottements » ou de phrases qui courent parfois sur huit pages. Critiques et libraires sont unanimes. « La plus secrète mémoire des hommes » décroche le Goncourt et s’écoule à près de 500 000 exemplaires. Gloire à Mbougar Sarr, dont l’art paraît déjà si sûr. Dans ce troisième et dernier épisode, écoutons l’auteur raviver sa mémoire, lui pour qui l’écrivain « est un navigateur du Temps », lui qui semble bien là pour durer. Enregistrement : mai 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Gloria Saltel, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 15.09.2022 à 10:36

Mohamed Mbougar Sarr (2/3)

La fierté Gueye Bookmakers #20 - L’auteur du mois : Mohamed Mbougar SarrNé à Dakar en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est devenu – en 2021 et à 31 ans – le premier écrivain d’Afrique subsaharienne consacré par le plus prestigieux des prix littéraires français, le Goncourt, pour « La plus secrète mémoire des hommes », enquête au long cours et labyrinthe narratif enivrant, inspiré par le destin tragique du Malien Yambo Ouologuem (éditions Jimsaan / Philippe Rey). Mais avant le succès, ce wonderboy des lettres africaines était déjà l’auteur de trois romans diablement maîtrisés, aux sujets casse-gueule : « Terre ceinte » (2015, sur les milices djihadistes), « Silence du chœur » (2017, sur l’accueil de 72 migrants en Sicile) et « De purs hommes » (2018, sur l’homophobie au Sénégal). Il vit et travaille aujourd'hui à Beauvais (Oise). En partenariat avec Babelio. La fierté Gueye (2/3)Son principal trait de caractère est d’être « patient » et « ancré sur Terre ». Mohamed Mbougar Sarr a songé, ces dernières années, à écrire un hommage à son dieu en ce bas-monde (Zinedine Zidane), mais aussi à écrire une biographie de Dieu, le vrai, celui des cieux, « en forme d’introspection-bilan, sur sa tristesse et sa solitude ». « Si Dieu existe, dit-il, je m’interroge : dans quel état est-Il ? Sa solitude comme Sa tristesse est sans doute plus forte que celle des hommes. Pour préserver Sa santé mentale, Dieu s’est bouché les tympans et s’est tourné vers autre chose depuis très longtemps. » L’auteur a, à ce jour, renoncé à ce livre, « car ce serait très provocateur – et je ne suis pas un provocateur ». Les sujets de ses trois premiers romans, écrits et publiés entre 2012 et 2018, n’ont pourtant rien de particulièrement lisse. Il y aura d’abord sa tentative de « prendre à bras-le-corps une Histoire en cours », via le remarquable « Terre ceinte », en partie inspiré par « L’Armée des ombres » de Kessel et centré sur la résistance d’un village africain à la tyrannie du djihadisme. Un séjour en Sicile fait ensuite naître en lui l’ambitieux « Silence du chœur », sur « les échos faibles » des réfugiés qui traversent la Méditerranée à leurs risques et périls, le racisme ordinaire, la solidarité humanitaire, les « bons » et les « mauvais migrants ». Suivra enfin le très bref et courageux « De purs hommes », qui dénonce l’homophobie quotidienne institutionnalisée au Sénégal à travers les yeux grands ouverts d’un jeune professeur de lettres, Ndéné Gueye. L’ouvrage déclenchera tardivement une polémique qui colle encore aux baskets de l’écrivain. Trois livres de son temps pour « défier la réalité », trois livres vendus à moins de 3000 exemplaires à leur sortie aux éditions Présence Africaine puis Jimsaan / Philippe Rey, qui sont décortiqués dans ce deuxième épisode, à la lumière de cette profession de foi, que M. M. S. formula un matin sur France Inter : « Que la violence soit devenue la langue la plus audible ne signifie pas qu’elle doive demeurer la plus entendable. (…) Essayons (…), le courage au ventre, de trouver d’autres phrases, d’exhumer des phrases de soie sous les phrases de fer, de nous enfoncer dans l’ombre des phrases à la recherche des phrases d’ombre – celles qui protègent du feu, dût-on d’abord y aller pour les en tirer, ou les y forger. » Enregistrement : mai 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Gloria Saltel, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 15.09.2022 à 10:31

Mohamed Mbougar Sarr (1/3)

Mohamed compte triple Bookmakers #20 - L’auteur du mois : Mohamed Mbougar SarrNé à Dakar en 1990, Mohamed Mbougar Sarr est devenu – en 2021 et à 31 ans – le premier écrivain d’Afrique subsaharienne consacré par le plus prestigieux des prix littéraires français, le Goncourt, pour « La plus secrète mémoire des hommes », enquête au long cours et labyrinthe narratif enivrant, inspiré par le destin tragique du Malien Yambo Ouologuem (éditions Jimsaan / Philippe Rey). Mais avant le succès, ce wonderboy des lettres africaines était déjà l’auteur de trois romans diablement maîtrisés, aux sujets casse-gueule : « Terre ceinte » (2015, sur les milices djihadistes), « Silence du chœur » (2017, sur l’accueil de 72 migrants en Sicile) et « De purs hommes » (2018, sur l’homophobie au Sénégal). Il vit et travaille aujourd'hui à Beauvais (Oise). En partenariat avec Babelio. Mohamed compte triple (1/3)« Il faut surveiller ce petit. » En 2014, Léonora Miano lit « La Cale », l’une des premières nouvelles d’un écrivain sénégalais de 24 ans. Frappée par la justesse de cette évocation des horreurs de la traite négrière qu’on croirait échappée d’un recueil de Conrad, la romancière franco-camerounaise formule un avertissement qui a l’épaisseur, aujourd’hui, d’une prophétie. Il fallait garder un œil, oh que oui, sur Mohamed Mbougar Sarr, fils de médecin, fan de foot et champion de Scrabble, dévoreur de dictionnaires, « fruit du croisement » d’au moins deux spiritualités : d’un côté, sa culture musulmane, de l’autre la culture sérère de son enfance, du nom de cette ethnie qui rassemble environ 20 % de la population du Sénégal. Un peuple essentiellement agricole, dit-il, « structuré autour d’une tradition animiste liée aux rites de passage et attentive aux ancêtres, au prochain, à l’hospitalité ». Mais qui est donc ce jeune vieux sage à l’éloquence élégante, que la France découvre en novembre 2021 – lorsque celui-ci reçoit, à 31 ans, le Goncourt pour son quatrième roman, « La plus secrète mémoire des hommes » ? Quel fut le parcours de ce modeste étudiant qui parle, depuis ses 6 ans, le sérère, le wolof (langue vernaculaire du Sénégal) et le français ? « Lorsque j’écris, explique-t-il, je dois transposer en français l’imaginaire de ma langue maternelle. Je ne traduis pas d’une langue à l’autre, mais d’un imaginaire à l’autre. Je reste donc un étranger dans la langue française, qui est un héritage de la colonisation – ce qui peut mettre très mal à l’aise. Plutôt que d’en faire une difficulté, j’ai décidé d’assumer cette condition : une aventure ambiguë », conclue-t-il, en reprenant le titre du grand roman d’un maître et compatriote, Cheikh Hamidou Kane. Dans ce premier épisode, partons à l’aventure dans les ambigüités fertiles de Mohamed Mbougar Sarr, du pagne de ses grands-mères à la bibliothèque du lycée militaire de Saint-Louis, jusqu’à son arrivée dans l’Oise, sa thèse abandonnée sur les débuts de la littérature postcoloniale en Afrique francophone, et… un blog, qui fut la serre de sa vocation, la serre de Sarr. Enregistrement : mai 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Gloria Saltel, Clarisse Le Gardien - Production : ARTE Radio - Samuel Hirsch

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mis en ligne le 07.07.2022 à 15:53

Jakuta Alikavazovic (3/3)

La nuit elle ment Bookmakers #19 - L’autrice du mois : Jakuta AlikavazovicNée à Paris en 1979, Jakuta Alikavazovic est une romancière multirécidiviste suspectée à juste titre de détournements d’attention, de trafic d’énigmes et de corruption d’imaginaires. Elle a reçu en 2008 le Goncourt du premier roman pour « Corps volatils » (L’Olivier) et, en 2021, le prix Médicis de l’essai pour « Comme un ciel en nous » (Stock). Elle a aussi publié d’habiles romans pour la jeunesse et une histoire d’amour inoubliable, « L’Avancée de la nuit ». Mais qui est donc cette érudite « d’un naturel inquiet », souvent vêtue d’un imperméable de détective privé, pour qui « internet est l’ennemi juré de l’écriture », par ailleurs chroniqueuse enjouée pour « Libération » et traductrice anglophone d’Eve Babitz ou de David Forster Wallace ? Pour le savoir, y a qu’à écouter Jakuta. En partenariat avec Babelio. (3/3) La nuit elle mentC’est une histoire d’amour extraordinaire et, au moins pour l’une des deux personnes concernées, très compliquée. À Paris, Paul, dix-huit ans, réceptionniste et étudiant en architecture ayant « coupé les ponts » avec son modeste milieu d’origine, comble un ennui existentiel par quelques « étreintes évasives dans les escaliers de secours ». Une nuit, il rencontre Amélia Dehr, riche héritière de la chaîne d’hôtels qui l’emploie. Panique totale, et début d’une romance brûlante longue durée. « Elle était de ces gens qui détruisent tout et appellent ça de l’art. » Amélia choisira de s’en aller dans ces Balkans « à peine pacifiés » à la recherche de sa mère, Nadia, praticienne d’une poésie à vocation documentaire, partie dans les ruines de la guerre en ex-Yougoslavie pour essayer d’exprimer, par fragments, l’épuration ethnique, la torture, les crimes de masse. Paul tentera de survivre à cette absence, à sa manière.  Publié en 2017 aux éditions de L’Olivier, « L’Avancée de la nuit » a pour racine l’un des silences de la mère de Jakuta Alikavazovic : sa décision d’arrêter d’écrire. « Le silence est un organisme. Il est vivant et il s'infiltre », lit-on dans ce roman fort maîtrisé sur « les secousses sismiques » des traumatismes familiaux. « La fiction représente la distance juste, qui permet de voir. Comme un instrument d'optique », dit l’autrice à propos de cette tragédie intime qui flirte avec l’anticipation, via des puces de surveillance et des voitures sans chauffeur.  Retenu sur les listes du prix littéraire du Monde, du Médicis, du Femina et du Livre Inter, salué comme la « révélation française de l’année » par le magazine Lire, « L’Avancée de la nuit » s’est seulement écoulé à 5800 exemplaires. Il se pourrait que cela change. Récemment traduit aux Etats-Unis, il a été applaudi par l’écrivaine britannique Deborah Levy pour « sa profondeur tenace », qui « met en lumière nos blessures individuelles et collectives, sans jamais dépouiller ses personnages de leurs défauts ni de leurs zones d'ombre ». Il est l'heure de plonger dans la nuit. Enregistrement : avril 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Lectures : Chloé Assous-Plunian, Arnaud Forest, Richard Gaitet, Silvain Gire - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard

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mis en ligne le 07.07.2022 à 15:39

Jakuta Alikavazovic (2/3)

Louxor j’adore Bookmakers #19 - L’autrice du mois : Jakuta AlikavazovicNée à Paris en 1979, Jakuta Alikavazovic est une romancière multirécidiviste suspectée à juste titre de détournements d’attention, de trafic d’énigmes et de corruption d’imaginaires. Elle a reçu en 2008 le Goncourt du premier roman pour « Corps volatils » (L’Olivier) et, en 2021, le prix Médicis de l’essai pour « Comme un ciel en nous » (Stock). Elle a aussi publié d’habiles romans pour la jeunesse et une histoire d’amour inoubliable, « L’Avancée de la nuit ». Mais qui est donc cette érudite « d’un naturel inquiet », souvent vêtue d’un imperméable de détective privé, pour qui « internet est l’ennemi juré de l’écriture », par ailleurs chroniqueuse enjouée pour « Libération » et traductrice anglophone d’Eve Babitz ou de David Forster Wallace ? Pour le savoir, y a qu’à écouter Jakuta. En partenariat avec Babelio. (2/3) Louxor j’adore« Esme ne pensait pas à ses origines et ses origines, croyait-elle, ne pensaient pas à Esme. La réalité était légèrement différente. » Dans « Le Londres-Louxor », son deuxième roman de littérature générale paru en 2010 aux éditions de L’Olivier et vendu à 2400 exemplaires, Jakuta Alikavazovic suit la jeune Esme Vitch, qui signe des livres qu’elle n’a pas écrit, dont la sœur a disparu, et qui cherche la paix dans un ancien cinéma devenu refuge pour la diaspora bosniaque depuis le siège de Sarajevo. Il faudra à Esme le temps du roman pour trouver sa voie et sa voix. Dans l’intervalle, elle tombera amoureuse (et réciproquement) d’un critique littéraire exigeant, en quête de bouquins « qui lui résistent », qui ne peuvent pas « prendre instantanément la forme d’une anecdote ». C’est l’effet, heureux et rare, produit par les ouvrages de Jakuta Alikavazovic ; difficile de voir, au premier regard, quelles charpentes soutiennent ses intrigues bizarres, d’où proviennent ses personnages récurrents d’intellectuels vaporeux, son goût du clair-obscur, ses phrases brèves et millimétrées, l’élégance de ses références, ou les « trous » de ses fictions – dans lesquelles notre agence de voyages recommande de se jeter, sans risque. Enregistrement : avril 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Lectures : Chloé Assous-Plunian, Arnaud Forest, Richard Gaitet, Silvain Gire - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard

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mis en ligne le 07.07.2022 à 12:21

Jakuta Alikavazovic (1/3)

Tombée du ciel Bookmakers #19 - L’autrice du mois : Jakuta AlikavazovicNée à Paris en 1979, Jakuta Alikavazovic est une romancière multirécidiviste suspectée à juste titre de détournements d’attention, de trafic d’énigmes et de corruption d’imaginaires. Elle a reçu en 2008 le Goncourt du premier roman pour « Corps volatils » (L’Olivier) et, en 2021, le prix Médicis de l’essai pour « Comme un ciel en nous » (Stock). Elle a aussi publié d’habiles romans pour la jeunesse et une histoire d’amour inoubliable, « L’Avancée de la nuit ». Mais qui est donc cette érudite « d’un naturel inquiet », souvent vêtue d’un imperméable de détective privé, pour qui « internet est l’ennemi juré de l’écriture », par ailleurs chroniqueuse enjouée pour « Libération » et traductrice anglophone d’Eve Babitz ou de David Forster Wallace ? Pour le savoir, y a qu’à écouter Jakuta. En partenariat avec Babelio. (1/3) Tombée du cielElle a caché quelque chose au Louvre. Un outil, ou peut-être un insecte. Un mystère de poche introduit en loucedé, au nez et à la barbe des équipes de sécurité, lors de sa nuit au musée dont le récit, intitulé « Comme un ciel en nous », lui a valu le prix Médicis 2021 de l’essai. Vendu à 7300 exemplaires, ce petit livre, son plus personnel à ce jour, est à double fond : Jakuta Alikavazovic y expose ses joyeuses réflexions sur l’art, « cette histoire de fantômes pour grandes personnes », tout en esquissant le portrait pudique de son père monténégrin en « émigré esthétique » venu à Paris pour « s’installer dans la beauté ». Ce nouveau forfait méritait une enquête approfondie sur cette admiratrice d’Hercule Poirot et de Philip Marlowe, qui lit dans son bain et se rêve parfois dans la peau de Raskolnikov, armée d’une hache. Comment s’éveilla sa vocation ? C’est ce que nous allons tenter d’élucider dans la première partie de cette garde à vue sonore. Enregistrement : avril 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Lectures : Chloé Assous-Plunian, Arnaud Forest, Richard Gaitet, Silvain Gire - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Clavier, chant : Eve Girard

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mis en ligne le 19.05.2022 à 10:00

Bertrand Blier (2/2)

Tenue de stylo Bookmakers #18 - L’écrivain du mois : Bertrand Blier« Quand on écrit, on est un gangster impuni, jamais attrapé. » Né en 1939 à Boulogne-Billancourt, Bertrand Blier est l’auteur-réalisateur de dix-neuf longs-métrages qui l’ont imposé comme l’un des francs-tireurs du cinéma français, du documentaire « Hitler… connais pas ! » (1963), jusqu’à « Convoi exceptionnel » (2019). Parmi ses hold-ups, citons ses 5,7 millions d’entrées avec un film culte, violent, drôle et choquant, « Les Valseuses » (1974) ; l’Oscar du meilleur film étranger pour « Préparez vos mouchoirs » (1978) ; ses trois Césars du scénario (1980, 1985, 1989), pour « Buffet froid », « Notre histoire » et « Trop belle pour toi », ce dernier film remportant également le Grand Prix du festival de Cannes ; sans oublier le grand prix européen de la Mostra de Venise, pour « 1, 2, 3, soleil » (1993).Entre les tournages, Blier écrit du théâtre et des romans pleins de verve et d’humour désespéré, dont le très réjouissant « Fragile des bronches » (2022, Seghers, avec la collaboration de la journaliste Eva Bester), récit réinventé de son adolescence, entre premier amour, quintes de toux et naissance de sa vocation. En partenariat avec Babelio. (2/2) Tenue de styloBertrand Blier démarre souvent ses scripts en utilisant des poncifs ou des structures dramatiques classiques qu’il « retourne comme un gant », pour « briser les émotions et le confort intellectuel » du public. En soixante ans de carrière, notre hôte s’est appliqué à déconstruire ses récits, piéger et déconcerter le spectateur, comme avec le jeu de massacre de « Buffet froid » (1979), l’histoire d’amour racontée dans le désordre de « Trop belle pour toi » (1989), les labyrinthes métaphysiques spatio-temporels de « Merci la vie » (1991) ou la panique de l’écrivain alcoolique forcé de cohabiter avec son cancer personnifié dans « Le bruit des glaçons » (2010). Souvent inspirées, ses expériences narratives aiment « jouer des impasses, des doutes, des bifurcations », comme l’écrit le critique Vincent Roussel dans « Bertrand Blier, cruelle beauté » (Marest, 2020). » Dans un salon du neuvième arrondissement de Paris, les deux protagonistes du premier épisode se recalent dans leur fauteuil pour le dernier acte de ce dialogue – avant l’entrée d’un troisième personnage, qui était là depuis le début.  NB : afin d’appuyer les propos de Bertrand Blier, ce numéro contient de brefs dialogues tirés des films suivants, dont tous les scénarios ont été écrits par lui : « Laisse aller, c’est une valse », réalisé par Georges Lautner, et « Les Valseuses », « Préparez vos mouchoirs », « Beau-père », « Buffet froid », « Tenue de soirée », « Notre histoire », « Trop belle pour toi », « Merci la vie », « Mon homme », « Les Acteurs », « Combien tu m’aimes ? », « Le Bruit des glaçons » et « Convoi exceptionnel », réalisés par Bertrand Blier. Ces films sont disponibles en DVD/VOD chez Studio Canal. On entendra également Une « version de travail » du monologue introductif de « Beau-père » lue par Bertrand Blier sur une musique de Philippe Sarde, éditée par Universal. Enregistrement : mars 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Flûte, voix : Maïa Barouh - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Eva Bester - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Flûte, voix : Maïa Barouh

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mis en ligne le 19.05.2022 à 09:00

Bertrand Blier (1/2)

Faire valser les codes Bookmakers #18 - L’écrivain du mois : Bertrand Blier« Quand on écrit, on est un gangster impuni, jamais attrapé. » Né en 1939 à Boulogne-Billancourt, Bertrand Blier est l’auteur-réalisateur de dix-neuf longs-métrages qui l’ont imposé comme l’un des francs-tireurs du cinéma français, du documentaire « Hitler… connais pas ! » (1963), jusqu’à « Convoi exceptionnel » (2019). Parmi ses hold-ups, citons ses 5,7 millions d’entrées avec un film culte, violent, drôle et choquant, « Les Valseuses » (1974) ; l’Oscar du meilleur film étranger pour « Préparez vos mouchoirs » (1978) ; ses trois Césars du scénario (1980, 1985, 1989), pour « Buffet froid », « Notre histoire » et « Trop belle pour toi », ce dernier film remportant également le Grand Prix du festival de Cannes ; sans oublier le grand prix européen de la Mostra de Venise, pour « 1, 2, 3, soleil » (1993).Entre les tournages, Blier écrit du théâtre et des romans pleins de verve et d’humour désespéré, dont le très réjouissant « Fragile des bronches » (2022, Seghers, avec la collaboration de la journaliste Eva Bester), récit réinventé de son adolescence entre premier amour, quintes de toux et naissance de sa vocation. En partenariat avec Babelio. (1/2) Faire valser les codes« C’est un métier d’adolescent attardé et rêveur, de marginal… pratiqué avec des acteurs qui sont fous parmi les fous. » Extérieur jour, un après-midi à Paris, près de la gare du Nord : ARTE Radio frappe à la porte de l’un des plus grands cinéastes de ce pays pour une leçon de scénario à domicile qui, bien entendu, ne se passera pas comme prévu. Flegmatique, le scandaleux metteur en scène de « Tenue de soirée » se définit parfois comme un « écrivain de cinéma ». L’extraordinaire musicalité de sa prose goguenarde, à la confluence de Céline, Kafka, Beckett et du roman noir américain, a subjugué trois générations de spectateurs. Et quelques réalisateurs – Quentin Dupieux, Gustave Kervern et Benoît Delépine, Alexandre Astier –, qui se revendiquent de son méta-cinéma, gouailleur et provocateur, lyrique ou grand-guignolesque. Gageons qu’ils apprécieront ce conseil : « Au stade de l’écriture, j’accouche de choses effroyables, impossibles à filmer telles quelles, mais extrêmement jouissives en soi. Ensuite, il faut gommer, peaufiner, équilibrer. Puis inventer les images justes. On peut tout dire, tout faire admettre, si c’est esthétiquement valable. C’est à ce stade qu’on évite le scandale gratuit. » Mais comment ce fils d’acteur célèbre, aux piètres résultats scolaires, s’est-il imposé – façon diesel, lentement d’abord, puis à toute blinde – comme un auteur incontournable du septième art ? C’est le sujet de ce premier épisode qui démarre plutôt calmos. NB : afin d’appuyer les propos de Bertrand Blier, ce numéro contient de brefs dialogues tirés des films suivants, dont tous les scénarios ont été écrits par lui : « Laisse aller, c’est une valse », réalisé par Georges Lautner, et « Les Valseuses », « Préparez vos mouchoirs », « Beau-père », « Buffet froid », « Tenue de soirée », « Notre histoire », « Trop belle pour toi », « Merci la vie », « Mon homme », « Les Acteurs », « Combien tu m’aimes ? », « Le Bruit des glaçons » et « Convoi exceptionnel », réalisés par Bertrand Blier. Ces films sont disponibles en DVD/VOD chez Studio Canal. On entendra également Une « version de travail » du monologue introductif de « Beau-père » lue par Bertrand Blier sur une musique de Philippe Sarde, éditée par Universal. Enregistrement : mars 22 - Texte, voix, entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Flûte, voix : Maïa Barouh - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Eva Bester - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Flûte, voix : Maïa Barouh

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mis en ligne le 17.03.2022 à 09:30

Maria Pourchet (3/3)

Feu à volonté Bookmakers #17 - L'écrivaine du mois : Maria PourchetNée en 1980 à Épinal (Vosges), Maria Pourchet est romancière et scénariste. Après des études de sociologie, une thèse sur la médiatisation des écrivains et des missions dans l’industrie du conseil qui l’ont « desséchée », cette Parisienne d’adoption réalise à 30 ans son rêve obsessionnel de petite fille : écrire. Depuis 2012, elle a publié six romans sur les drames de l’incommunicabilité entre les êtres, empreints d’un humour assez désinvolte, parmi lesquels « Champion » (Gallimard, 2015) et surtout « Feu » (Fayard, 2021), vendu à 50 000 exemplaires. En partenariat avec Babelio. (3/3) Feu à volonté« Tu vas me foutre en l’air », confie son héroïne dans la pénombre d’un théâtre après une partie de sexe triste. Ce fut l’un des succès surprise de la rentrée 2021, avec 50 000 exemplaires écoulés, cinq traductions, pléthore d’articles élogieux et des nominations pour les prix Goncourt, Renaudot, Interallié, Décembre et de Flore. Paru aux éditions Fayard, « Feu », le sixième roman de Maria Pourchet, démarre comme une histoire d’amour très mal barrée. Laure, prof’ d’université de 40 ans, mariée et mère de deux enfants, s’ennuie à crever ; elle rencontre Clément, banquier solitaire et désabusé de 50 piges « au corps noueux, blanc tirant sur le vert », qui n’a d’yeux que pour son vieux clébard baptisé Papa. Ces deux personnes prennent le risque de se brûler. Attraction désastre. Le canevas est archétypal, mais ce qui change tout, c’est la manière : à chaque phrase ou presque, souvent très resserrée, le désespoir progresse d’un cran. Via des observations fort bien senties ou des saillies d’humour noir comme autant de grenades jetées dans le plumard d’une bourgeoisie chiantissime. Au fil d’une narration qui alterne le point de vue des deux protagonistes jusqu’au double dénouement inattendu, cette « mid-life crisis » est aussi traversée – ou plutôt : revitalisée – par un troisième personnage, Vera, 17 ans. La fille aînée de Laure refuse d’« aller au dressage, de marcher au pas, tout ça pour se faire monter plus tard et à la fin se faire bouffer » ; ce destin de « Petit Poney ».De l’étincelle aux cendres, ce troisième et dernier épisode s’intéresse au processus de combustion d’un roman déjà classique. « Feu » à volonté. Enregistrements : janvier 22 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son : Baptiste Dupin - Montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Lectures : Richard Gaitet, Delphine Saltel - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei

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mis en ligne le 17.03.2022 à 09:15

Maria Pourchet (2/3)

Rome en 3650 jours Bookmakers #17 - L'écrivaine du mois : Maria PourchetNée en 1980 à Épinal (Vosges), Maria Pourchet est romancière et scénariste. Après des études de sociologie, une thèse sur la médiatisation des écrivains et des missions dans l’industrie du conseil qui l’ont « desséchée », cette Parisienne d’adoption réalise à 30 ans son rêve obsessionnel de petite fille : écrire. Depuis 2012, elle a publié six romans sur les drames de l’incommunicabilité entre les êtres, empreints d’un humour assez désinvolte, parmi lesquels « Champion » (Gallimard, 2015) et surtout « Feu » (Fayard, 2021), vendu à 50 000 exemplaires. En partenariat avec Babelio. (2/3) Rome en 3650 joursDans « Toutes les femmes sauf une », son roman semi-autobiographique sur l’accouchement, la maternité et ses injonctions (Pauvert, 2018), Maria Pourchet observe, en se remémorant son adolescence : « J’essaie d’écrire et c’est le seul repos que je connaisse. La seconde de calme inouïe qui succède au point, après la phrase qu’on voulait dire. Je connais cet endroit comme on connaît sa propre chair. » Cette brève confession d’une jeune mère au bout du rouleau, qui refuse de reproduire sur sa fille la litanie des paroles que la société jette aux oreilles féminines, ne fut pas de tout repos pour elle. « Ce livre blessera. Je l’ai retenu, j’ai serré les dents, j’avais les jetons. C’est passé. Je n’ai plus peur. Je n’ai pas le choix. » Son écriture au scalpel ne flirte plus, ici, avec l’ironie. Sa colère dissèque les vacheries répétées par des générations de femmes « haineuses envers leur genre » et « méchantes avec toutes les excuses de la Terre ». Baigné de sang et de ressentiment, ce cri sera entendu par 9000 lecteurs et lectrices, et salué du prix « révélation » de la Société des Gens De Lettres. Il aura fallu trois livres à Maria Pourchet pour atteindre une telle mise à nue. Après deux romans d’apprentissage poliment farfelus (« Avancer », vendu à 2600 exemplaires, « Rome en un jour », vendu à 6400 exemplaires), la trentenaire commence à trouver sa voix avec le doux-amer « Champion », en 2015 (6700 exemplaires vendus). Ce grand déballage d’un ado gouailleur des années 90, placé en centre de repos, qui s’invente un ami sous la forme d’un loup de Sibérie, attire davantage l’attention des critiques et libraires. Et prépare l’accueil des « Impatients » en 2019, qui sera son dernier roman publié dans la collection Blanche de Gallimard, écoulé à 12 000 exemplaires, mais qu’elle n’« aime pas ». Ce deuxième épisode revient sur une petite décennie au cours de laquelle Maria Pourchet « fait ses classes » ; la preuve, si nécessaire, qu’on ne peut guère bâtir Rome en un jour. Enregistrements : janvier 22 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son : Baptiste Dupin - Montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Lectures : Richard Gaitet, Delphine Saltel - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei

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mis en ligne le 17.03.2022 à 09:00

Maria Pourchet (1/3)

Illusions gagnées Bookmakers #17 - L'écrivaine du mois : Maria PourchetNée en 1980 à Épinal (Vosges), Maria Pourchet est romancière et scénariste. Après des études de sociologie, une thèse sur la médiatisation des écrivains et des missions dans l’industrie du conseil qui l’ont « desséchée », cette Parisienne d’adoption réalise à 30 ans son rêve obsessionnel de petite fille : écrire. Depuis 2012, elle a publié six romans sur les drames de l’incommunicabilité entre les êtres, empreints d’un humour assez désinvolte, parmi lesquels « Champion » (Gallimard, 2015) et surtout « Feu » (Fayard, 2021), vendu à 50 000 exemplaires. En partenariat avec Babelio. (1/3) Illusions gagnées Un jour, Maria Pourchet a déclaré : « J’aime par dessus-tout la ville, le silence, oublier l’heure et quel jour on est, commencer un roman, la forêt, l’argent qui tombe du ciel, l’Italie, les tables de 6 ou 8, boire du vin (du Sud) dans des verres très très fins, être amoureuse, dormir, relire les romans de Jean Echenoz des années 80, les illusions, les hommes de ma vie, relire les romans de Philippe Djian des années 80, relire Flaubert, constater que j’ai le temps pour ça, ranger un placard et nettoyer les nids de serpents. » Dix ans après son premier roman au titre programmatique (« Avancer », Gallimard, 2012), que trouve-t-on dans les placards de cette femme « saturée de livres » ? Qu’a-t-elle retenu de la langue des vipères, dans la campagne vosgienne de son enfance ? D’où lui vient ce goût de la réplique cinglante, cet art consommé de la punchline qui fit en partie le succès de son roman le plus récent, « Feu » (Fayard, 2021) ? De quoi fut-elle « sauvée » en découvrant Romain Gary et son double, Émile Ajar ? Voici venue l’heure d’interroger, en profondeur, cette romancière et scénariste dont les six livres, teintés d’ironie et d’un regard bien renseigné propre à sa formation de sociologue, mettent en scène des personnages de profs, de publicitaires, de P.-D.-G., de môme paumé ou de mère sévère, qui ne savent pas – ou plus – se parler. Enregistrements : janvier 22 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son : Baptiste Dupin - Montage : Sara Monimart, Baptiste Dupin - Lectures : Richard Gaitet, Delphine Saltel - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei - Illustration : Sylvain Cabot - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Târ : Sogol Mirzaei

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mis en ligne le 17.02.2022 à 08:30

Claude Ponti (3/3)

Au pied-bleu de la lettre Bookmakers #16 - L'écrivain du mois : Claude PontiClaude Ponti est né en 1948 à Lunéville (Lorraine). C’est l’un des souverains pontifes de la littérature jeunesse, avec 8,6 millions de livres vendus en France depuis 1986, parfois traduits en italien, en roumain, en japonais ou en chinois. Un dessinateur-auteur culte, occasionnellement dramaturge et romancier, avec plus de 80 ouvrages publiés pour l’essentiel à L’École des Loisirs, dont les incontournables « Okilélé », « Pétronille et ses 120 petits » ou encore « Blaise et le château d’Anne Hiversère ».Chéri par deux générations de lectrices et lecteurs de toutes tailles, l’art poétique de Claude Ponti fait le pont entre deux rives. D’un côté, le pays du dessin merveilleux – via ses flaques magiques, ses îles touffues et ses arbres sans fin, peuplés de monstres et de petites créatures angoissées mais intrépides. De l’autre, la contrée du langage réinventé, dans la lignée de Lewis Carroll, avec des bagages entiers de mots-valises ou de néologismes éclapatouillants. En partenariat avec Babelio. (3/3) Au pied-bleu de la lettreEn 2016, pour l’album « Le Mystère des Nigmes », Claude Ponti met en scène « la kastatroffe » d’une tribu de Souris Archivistes : toutes les lettres de leurs livres ont été remplacées par des pattes de mouches ! Qui a bien pu commettre ce crime linguistique ? Les mouches ? Pourquoi cette violence contre les mots ? Comment retrouver les pages perdues ? Et l’auteur, maître du sous-texte symbolique, de s’interroger avec nous : « Sans la mémoire de ce qui est arrivé, comment savoir ce qu’on a détesté et le refuser ? »Onze ans plus tôt, en 1995, Claude Ponti publie aux éditions de l’Olivier un premier roman dont nous déconseillons la lecture aux enfants. Dans « Les pieds-bleus », le dessinateur se dévoile sous les traits d’Hercule, ado d’un village des Vosges au début des années 60. Il évoque frontalement les sévices d’un père qui « signe » son gosse à coups de rallonge électrique, les ravages de l’alcoolisme, la démission d’une mère, le racisme ordinaire et les abus d’un grand-père à la « vieille peau de linge sale pourri » qui menace de le tuer. Sans oublier quelques histoires lugubres liées à l’Occupation découvertes par Hercule et ses copains, qui se consolent en rêvant d’être Apaches dans les grottes souterraines du « territoire Pied-Bleu ».Dans ce troisième et dernier épisode, Claude Ponti revient sur la « rage » qui l’animait au moment d’écrire – en trois mois – ce roman si triste et si puissant, qui permet de mieux appréhender sa fabrique de monstres en pagaille. Nous nous attarderons enfin sur sa pratique de l’écriture inclusive, dont il est l’un des pionniers, également en avance sur la question du genre de ses « héroïns et héroïnes ». Tendez l’oreille ! C’est extrafoudingue ! Il y a tant de choses à écouter derrière la porte de l’auteur de « L’Écoute-aux-portes ». Enregistrements : décembre 21 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Lectures : Sabine Zovighian - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Dominique Thbaut et Benoît Thuault pour leur automobile, Lison et Coline pour la lettre et les dessins - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus

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mis en ligne le 17.02.2022 à 08:15

Claude Ponti (2/3)

Ponti et ses 120 millions de petits Bookmakers #16 - L'écrivain du mois : Claude PontiClaude Ponti est né en 1948 à Lunéville (Lorraine). C’est l’un des souverains pontifes de la littérature jeunesse, avec 8,6 millions de livres vendus en France depuis 1986, parfois traduits en italien, en roumain, en japonais ou en chinois. Un dessinateur-auteur culte, occasionnellement dramaturge et romancier, avec plus de 80 ouvrages publiés pour l’essentiel à L’École des Loisirs, dont les incontournables « Okilélé », « Pétronille et ses 120 petits » ou encore « Blaise et le château d’Anne Hiversère ».Chéri par deux générations de lectrices et lecteurs de toutes tailles, l’art poétique de Claude Ponti fait le pont entre deux rives. D’un côté, le pays du dessin merveilleux – via ses flaques magiques, ses îles touffues et ses arbres sans fin, peuplés de monstres et de petites créatures angoissées mais intrépides. De l’autre, la contrée du langage réinventé, dans la lignée de Lewis Carroll, avec des bagages entiers de mots-valises ou de néologismes éclapatouillants. En partenariat avec Babelio. (2/3) Ponti et ses 120 millions de petitsNotre « Bourlingue-Œil » se promène partout. Dans la caverne à croquis de Monsieur Claude Ponti, nous souhaitons maintenant savoir comment naissent ses histoires. Quelle est la portion d’intuition dans sa ratatouille d’humour, d’aventure et de surréalisme ? Finira-t-il par créditer les marmots qui l’entourent pour leurs inventions langagières involontaires ? D’où vient l’épopée de « Pétronille et ses 120 petits » (1990), fable admirable sur la charge mentale vendue à plus d’1,3 million d’exemplaires, dont plus de la moitié en Asie ? Quelles sont les racines de « L’Arbre sans fin » (1992), ayant su conquérir le cœur de 870 000 lecteurs, via l’odyssée d’une fillette qui, pour la première fois de sa vie, doit faire face à la mort (de sa grand-mère) et au danger (d’une méchante salade géante aux dents pointues) ?Un matin calme, Claude Ponti a déclaré : « Les émotions de l’enfance viennent comme elles veulent, mais je trie en virant les clichés. » En voici un, bien démonté. Quand des journalistes félicitent le roi de la gouache parce qu’il a su « conserver son âme d’enfant », ce vieux sage répond : « Ça me gonfle. Y a des petits cons, chez les enfants, aussi. » Enregistrements : décembre 21 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Lectures : Sabine Zovighian - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Dominique Thbaut et Benoît Thuault pour leur automobile, Lison et Coline pour la lettre et les dessins - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus

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mis en ligne le 17.02.2022 à 08:00

Claude Ponti (1/3)

Le poussin démasqué ! Bookmakers #16 - L'écrivain du mois : Claude PontiClaude Ponti est né en 1948 à Lunéville (Lorraine). C’est l’un des souverains pontifes de la littérature jeunesse, avec 8,6 millions de livres vendus en France depuis 1986, parfois traduits en italien, en roumain, en japonais ou en chinois. Un dessinateur-auteur culte, occasionnellement dramaturge et romancier, avec plus de 80 ouvrages publiés pour l’essentiel à L’École des Loisirs, dont les incontournables « Okilélé », « Pétronille et ses 120 petits » ou encore « Blaise et le château d’Anne Hiversère ».Chéri par deux générations de lectrices et lecteurs de toutes tailles, l’art poétique de Claude Ponti fait le pont entre deux rives. D’un côté, le pays du dessin merveilleux – via ses flaques magiques, ses îles touffues et ses arbres sans fin, peuplés de monstres et de petites créatures angoissées mais intrépides. De l’autre, la contrée du langage réinventé, dans la lignée de Lewis Carroll, avec des bagages entiers de mots-valises ou de néologismes éclapatouillants. En partenariat avec Babelio. (1/3) Le poussin démasqué !Sonnons le début de la récré. Quittons Paris, direction la Sarthe et la vallée du Loir, jusqu’à la maison bordée de tilleuls de Claude Ponti. Dans ce premier épisode, le papa rigolmarrant de Tromboline et Foulbazar, de la courageuse Pétronille, du malheureux Okilélé ou du facétieux Blaise le poussin masqué se démasque dans l’intimité de son atelier. Comment ce jeune Vosgien, fils d’une institutrice et d’un ouvrier, a-t-il réussi à survivre à une enfance désastreuse, marquée par l’inceste, la violence et le déni de sa souffrance ? Quel événement a incité ce passionné de psychanalyse, qui se rêvait peintre « maudit », à enchanter les imaginaires ? À quelle heure s’activent les rouages de son cerveau incroyabilicieux ?Détail inventif : lorsque nous cherchons comment stabiliser notre micro sur sa table à dessin, le créateur du génial « Catalogue de parents pour les enfants qui veulent en changer » (2008) nous souffle de planter celui-ci dans son pot de pinceaux. C’est parti ! Bookmakers fout l’bazar chez Claude Ponti !  Enregistrements : décembre 21 - Entretien, découpage : Richard Gaitet - Prise de son, montage : Sara Monimart - Lectures : Sabine Zovighian - Réalisation, mixage : Charlie Marcelet - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus - Illustration : Sylvain Cabot - Remerciements : Dominique Thbaut et Benoît Thuault pour leur automobile, Lison et Coline pour la lettre et les dessins - Production : ARTE Radio - Musiques originales : Samuel Hirsch - Saxophone : Florence Kraus

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