Patrick Le Hyaric
Voir les vaches et les veaux euthanasiés, chargés comme de vulgaires déchets par des camions-grues, installés au coin de l’étable, est une indescriptible tragédie pour les familles paysannes et leur entourage. Entendre, à l’aube, des animaux souffrant, appelant au secours, est un déchirement. L’émotion, le respect dû aux êtres doués de sensibilité, n’auraient jamais dû quitter l’action publique. Cela permettrait de mieux mesurer à quel point ce qui se passe dans les campagnes, avec la propagation de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse, est un terrible drame. Cette maladie extrêmement dangereuse et contagieuse pour les animaux*, transmise par les piqûres de mouches appelées stomoxes, ne se soigne pas. Déjouant les frontières, elle est passée par le continent africain, où elle a décimé une grande partie du cheptel, puis remontée vers les Balkans, avant de toucher l’Asie puis d’apparaître en Sardaigne et en Lombardie au printemps 2025 avant de pénétrer en France par la Savoie. Comme tout virus, le nationalisme lui est donc totalement étranger. Un virulent virus qui condamne les animaux à de fortes fièvres, et à l’apparition de nodules sur la peau et les muqueuses. Une partie des vaches en meurent. Celles qui réussissent à survivre ont de telles séquelles et souffrances que leur vie devient insupportable. Ces raisons ont conduit le comité national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale sur la base des travaux scientifiques et vétérinaires à mettre en place le protocole actuel d’abattage ciblé donc à euthanasier des élevages entiers dès lors un animal malade y est détecté. Seulement, un troupeau n’est pas un chiffre. Il n’est même pas une image. Il est une création. Il est le résultat d’années, parfois de générations de travail, de soins, d’attentions, de sélection, de complicités aussi dans une osmose singulière entre le travail de l’éleveur et celui des vaches pour produire de la valeur ajoutée et de la nourriture avec le lait et la multitude de produits laitiers. C’est dans cet affect, dans ce travail commun entre l’être humain et l’animal et l‘ampleur des pertes de lignée et de production future, qu’il faut comprendre et mesurer l’irrépressible détresse paysanne qui se manifeste. De telles épizooties réduisent à néant des vies de labeur et de soins, ouvrant le sombre tunnel du découragement et de l’angoisse. Du désespoir souvent. Car la maladie ne se présente pas seule aux portes des difficultés et des souffrances. La dermatose comme les autres maladies qui apparaissent ces dernières années viennent encombrer le carrefour déjà embouteillé par un entremêlement d’enjeux locaux et internationaux : pression à la baisse sur les prix à la production alors que les coûts de production augmentent sans cesse ; concurrence déloyale organisée au sein de l’espace européen, traité de libre-échange qui écrasent notre production ovine, accélération du démantèlement de la production bovine et laitière avec le traité Mercosur, modifications climatiques, insécurité sanitaire, insertion toujours plus grande de la production agricole et alimentaire dans le vaste marché capitaliste mondial ou quelques grandes multinationales de l’agro-industrie et les marchés boursiers font la loi. Ce désarroi ne peut se traiter à coups de gaz lacrymogène contre des rassemblements de paysans choqués et en larmes refusant l’abattage systématique de leurs troupeaux. Il ne se traite pas non plus à coups de petites phrases ministérielles aussi sèches et dépourvues de la moindre empathie envers les travailleurs de la terre asphyxiés par dans un système économique qui marchandise tout en n’ayant que faire de la vie paysanne et de tout le vivant. Heureusement que ces travailleurs-paysans se rassemblent pour se faire entendre, pour partager leur tristesse, mais surtout pour combattre de fatales dépressions et semer des graines d’avenir. Le lien sur les barrages est l’ennemi du désespoir. C’est sur ces barrages paysans qu’il faut être pour s’informer, discuter, soutenir, et projeter avec les intéressés un nouveau modèle de production agricole et alimentaire ne niant rien de la science et de la médecine vétérinaire pour progresser vers la sécurité sanitaire humaine, animale et végétale. Un tel modèle est incompatible avec une orientation agricole tournant le dos à la reconquête de la souveraineté alimentaire et agricole au profit d’une agriculture d’exportation, une agriculture « compétitive » « ce pétrole vert » comme on le dit sous les lambris des bureaux ministériels et dans les bunkers de la commission européenne. C’est cette stratégie qui interdit depuis des mois de vacciner préventivement les 15 millions de bovins de notre pays. La vaccination empêcherait l’exportation. Or, nous n’exportons que 16% de la production française. Autant dire que les autorités ont refusé la vaccination générale à la seule fin de respecter le fameux « marché ouvert où la concurrence est libre ». C’est ubuesque ! On peut concevoir les inconvénients d’une interdiction d’exporter des animaux durant plusieurs mois. Cependant, abattre une partie du cheptel à cause de la maladie interdira de toute façon tout commerce car le cheptel national se réduira. D’autre part, ne serait-il pas utile de procéder à des études permettant des accords bilatéraux notamment avec l’Italie et l’Espagne pays récepteurs de nos exportations, afin de se mettre d’accord sur la santé des animaux et surtout sur les vaccinations massives et préventives dans nos pays ? En effet les traitements partiels en cours, n’immunisent pas contre un risque de réapparition de la maladie compte tenu du réchauffement climatique favorable à la multiplication des mouches vectrices de l’épidémie. Ce n’est donc pas de coupes budgétaires dont a besoin notre pays, mais de colossaux investissements pour des moyens de contrôle et d’anticipation de la circulation de virus mortels, dans la recherche sur de possibles nouvelles épizooties et pour le traitement préventifs des maladies animales et végétales ainsi que leurs implications sur la santé humaine. Les agences de sécurité sanitaire ont besoin d’être dotée de nouveaux moyens face aux risques qui grandissent. L’État doit investir urgemment pour construire un service public de santé animale à partir des centres de recherche existant qu’il conviendrait de renforcer et la mise en place de services publics vétérinaires régionaux chargés des détections, préventions et traitements lorsque cela s’avère nécessaire. Ajoutons que nous n’avons pour l’instant aucune confirmation que nos pays disposent d’un nombre de vaccins suffisants pour traiter tout le cheptel. Il est utile de préciser à ce propos que l’Afrique du Sud, si méprisée par les pays du Nord lorsqu’elle avait pris la tête des pays dit du « Sud global », militant pour une production suffisante et accessible de vaccins contre le Covid 19, est le pays qui aujourd’hui fournit le vaccin très efficace contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC)*. L’Union Européenne devrait se doter d’une banque publique de vaccins. Ce contexte renforce encore la nécessité de ne pas signer le traité Mercosur. Ni aujourd’hui, ni demain. Il appelle aussi à maintenir les crédits de la politique agricole commune (PAC) tout en les réorientant vers le travail et l’agro écologie, ainsi que les financements européens de développement régional. Ces deux postes d’investissement européen sont aujourd’hui menacés au profit de la stratégie militariste européenne. La prise en considération des multiples fonctions du travail paysan doit conduire à agir pour le sortir des entraves de son insertion dans le marché capitaliste mondialisé. Elle oblige à entendre le désarroi, la détresse et les appels au secours. On ne peut accepter sans frémir de compter un suicide de paysan chaque jour qui passe. De nouveaux moyens d’accompagnement, de détection et de soins des dépressions, des crises d’angoisses et des troubles liés à l’anxiété doivent être construits en coopération avec les associations d’aides aux paysans et la mutualité sociale agricole. Un moyen de réduire la pression serait d’engager un vaste plan de désendettement des exploitations agricoles par des renégociations de d’emprunts et des annulations de dettes. Il est temps de diriger nos regards vers les institutions bancaires et financières qui se repaissent du travail paysan. Nous parlons ici de vies croisées humaines et animales. Nous voudrions tracer dans les campagnes des sillons d’espoir, sans Mercosur, ni Dermatose ; sans mépris, ni surexploitation des paysans-travailleurs qui, en lien avec les scientifiques, portent une grande part de l’avenir du vivant. Patrick Le Hyaric 15 décembre 2025 * la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ne présente aucun risque pour les êtres humains. La loi santé animale qui encadre l’action sanitaire des éleveurs européens votés en 2021 la classe en catégorie A, soit comme une maladie à « éradication immédiate ». **Vaccin produit par le laboratoire Sud-Africain Onderstepoort Biological Products (OBP). Image by JackieLou DL from Pixabay Texte intégral (1703 mots)
Patrick Le Hyaric
Après notre dossier précédent sur les conséquences de la loi Duplomb, le nouveau numéro de La Terre qui paraît dans quelques jours porte en grand les résultats des recherches scientifiques sur la nocivité économique et sanitaire des aliments ultra-transformés dans le cadre d’un modèle agroalimentaire piloté par un capitalisme mondialisé de plus en plus barbare. Nous y valorisons aussi les initiatives pour le droit à l’alimentation et les expériences pour la réduction des déséquilibres et des inégalités territoriales. Chaque semaine qui passe désormais montre la nécessité impérative pour la santé humaine, animale, celle des sols et des eaux de dépasser le capitalisme agro-industriel et agrochimique afin d’inventer un nouveau projet agricole et alimentaire : Traité Mercosur, aliments ultra-transformés, volonté de la commission européenne de ré-autoriser des pesticides et des herbicides qu’elle a bannie il y a déjà des années pour leurs dangerosités, découvertes de PFAS dans les eaux de consommation… Pendant que plusieurs maladies difficilement maîtrisables touchent les troupeaux ovins et bovins. Avec d’autres actrices et acteurs, nous sonnons l’alerte sur ce système qui fait la part belle aux grandes firmes capitalistes qui épuise le travailleur-paysan, les sols qu’il cultive et les animaux qu’il élève. Pris dans ce terrible étau, les corps et les esprits des travailleurs-paysans sont si malmené que la Mutualité sociale agricole et les associations d’aide aux paysans en difficulté estiment que chaque jour se termine par un suicide. La Terre se fixe l’ambition de décrypter les rouages de ce capitalisme déchaîné qui fait régresser la civilisation. La Terre valorise, soutient tout ce qui s’expérimente de nouveau pour contrarier ce système carnassier : expériences coopératives, installations de jeunes agriculteurs à partir de projets participatif, circuits courts, expérimentation de la sécurité sociale de l’alimentation, projets municipaux alimentaires et celles et ceux qui portent une ruralité vivante avec la défense des services publics. Nous vous proposons de participer à ce projet global sur les enjeux de l’information avec la revue papier et la lettre électronique, bimestrielles, de débat et d’action avec le « Forum pour le droit à l’alimentation » et la création du réseau « Nous La Terre ». Il s’agit de créer des groupes locaux en lien avec d’autres forces associatives, politiques ou coopératives pour faire émerger une nouvelle stratégie agricole et alimentaire. « Nous La Terre » vous permettra de construire du lien, d’imaginer des actions progressistes contre les cultivateurs de haine et de division, de nous proposer des sujets d’enquête ou d’en réaliser vous-mêmes et de participer au soutien financier de La Terre. Déjà, de nombreuses lectrices et lecteurs, des amis ont versé un soutien à notre revue au travers du fonds de dotation « Humanité en partage » qui permet de bénéficier d’une réduction d’impôt de 66 %. En versant un don avant le 31 décembre vous devenez membre de l’association « Nous La Terre » et vous bénéficierez d’une déduction d’impôt pour cette année 2025. Une nouvelle rencontre par visio-conférence vous sera proposée dans les premiers jours de janvier prochain. Les enjeux sont capitaux : ruralité vivante et droit à l’alimentation. Texte intégral (746 mots)

Fabrice Savel
De l’aéroport de Beauvais à La Défense, accompagné de sa valise à roulettes, Darius traverse à pied campagnes et banlieues pour mener à bien une mystérieuse mission. Avec Animal Totem, Benoît Delépine signe un conte écologique, touchant, drôle, étonnant et enfin, radical. Un regard sur ce que la nature nous offre de plus beau. Avec une rétine de prédateur, la plus large possible, grâce au cinémascope anamorphosé. Une fable de La Fontaine version western dont la morale n’est jamais moralisatrice. Sortie le 10 décembre. Entretien. Votre film, Animal Totem, nous emmène dans un road trip à pied, sans empreinte carbone, dans les pas de Darius, le personnage principal, au cœur d’une nature grand format. Qu’est-ce qui a déclenché votre écriture de ce conte écologique ? Benoît Delépine : J’habite en Charente depuis maintenant 27 ans avec ma famille dans une ancienne ferme que nous avons restaurée petit à petit. Picard d’origine, je me sens charentais d’adoption. Il y a deux ans, un projet d’implantation d’une usine d’enrobé pour les routes menaçait de s’implanter dans la campagne environnante, en limite de zone Natura 2000. Mais aussi à proximité d’écoles et d’exploitations agricoles en bio. Avec les vents dominants, cela promettait d’emmener toute la pollution dans la vallée de la Charente. C’était vraiment honteux au moment où le gouvernement se gargarisait de l’objectif zéro artificialisation nette en France. Un mobilisation citoyenne locale s’est soulevée avec un collectif dont j’ai fait partie. Pendant cette bataille, j’étais vert de rage et pessimiste car nous redoutions de faire face à un rouleau compresseur tel qu’on peut le voir face à des projets comme l’A 69. Et du coup, dans le même temps, j’ai commencé à écrire le film. Je pensais que même si on perdait, au moins je me vengerais cinématographiquement et symboliquement. Mais, finalement, le bon sens l’a emporté et le projet a été abandonné. Par contre, moi j’étais lancé dans mon film que je ne voulais pas abandonner. J’avais également convaincu les producteurs. Et surtout, j’avais l’accord de l’acteur principal, Samir Guesmi, que je voulais absolument dans le film. C’est lui que je voyais avec ses grandes enjambées et son mélange de force et de douceur. Car je ne voulais pas d’un héros masculiniste, plutôt un pacifiste qui, tout d’un coup, estime que ça va trop loin et décide de passer à l’action. De nombreuses scènes nous placent du point de vue de l’animal. Avec le soin de n’être jamais moralisateur, le film interroge de nombreuses questions de société. C’est une fable de La Fontaine ? Benoît Delépine : C’est à la fois une fable de la Fontaine et à la fois un western, avec un personnage venu d’ailleurs, un peu mystérieux. J’aime les scénarios où l’on ne sait pas où on va, où tout s’explique à rebours… Là, je donne quand même des indices petit à petit. C’est pourquoi je signe « un conte de Benoît Delépine », avec un personnage de gros méchant assez caricatural, encore que… Olivier Rabourdin en acceptant sans hésiter le rôle m’a dit « dans tout conte, il faut un ogre » ! C’est lui qui m’a soufflé le genre de l’histoire. Il joue parfaitement son rôle d’ogre de la fable et c’est vrai que le personnage principal est une sorte de Petit Poucet. Oui, il y a bien une dimension fable avec une forme de morale à la fin. Dans le film, vous n’épargnez pas les grands quartiers d’affaires, les transports polluants et bruyants comme les avions, les grands patrons, la chasse, l’irrigation agricole, les pesticides, les réflexes sécuritaires, le racisme… Alors qu’elle est-elle la morale de cette histoire ? Benoît Delépine : D’abord, peut-être, revenir à une forme de simplicité, de lenteur, de respect et d’écoute de la nature. Mais le plus fort politiquement du film est à la fin. Sans la dévoiler, il y a quelque chose dans ce système prédateur qui n’est pas récupérable et que je voulais dénoncer au bout du compte. Cet été, plus de deux millions de personnes ont signé une pétition contre la réintroduction d’un pesticide contenu dans la loi Duplomb. La maladie et les pesticides sont abordés de façon drôle et sensible dans le film. Cela vient d’où cette sensibilité à vif sur ce sujet ? Directement de ma vie. Je suis fils d’agriculteur. Quand j’étais enfant, souvent, mon père rentrait des champs jaune des pieds à la tête. Je ne sais pas par quelle chance il y a résisté. Mais, oncles, tantes, cousin, mère, beaucoup trop de mes proches sont morts du cancer « en bonne santé », « elle ne fumait pas », « c’est la faute à pas de chance ». Mais je ne blâme pas les agriculteurs. J’ai des grands débats avec mon père qui est encore vivant. Il me dit à chaque fois « N’oublie pas, tu es un fils du glyphosate ». Parce qu’en fait, il s’était endetté pour acheter une ferme de 40 hectares dans l’Aisne. La ferme s’est révélée pourrie de chiendent. Pendant deux ans, il a passé son temps à racler, sarcler, il n’en voyait pas le bout, jusqu’au jour où à la coopérative on lui a dit « il y a un nouveau produit qui vient des Etats-Unis, tu pourrais essayer… » C’est pour ça qu’il me rappelle toujours que sans ça il aurait fait faillite. Je connais toutes ces contradictions. Pas loin de la ferme de mon père, il y avait l’usine Bonduelle. C’est pour ça qu’il faisait des haricots, des petits pois, etc. Il me disait, « tu vois, agriculteur, c’est comme ouvrier d’usine, sauf que c’est toi qui payes les machines ». Je n’ai pas envie de jeter la pierre à ces agriculteurs qui ont des crédits de fou sur le dos. On est face à une espèce de contradiction totale et destructrice. Avec Darius, il y a un second personnage principal, la nature et comme fil conducteur de l’histoire notre rapport à la nature… Benoît Delépine : Et inversement ! C’est pour cela que je voulais absolument avoir le regard des animaux sur l’humain. Pour cela on a trouvé une solution incroyable avec le format du film en cinémascope anamorphosé. Au départ, nous étions parti du cinémascope surtout pour rendre à l’image toute la beauté des paysages de Picardie qui ont jalonné mon enfance. Puis aussi pour la dimension western du film, etc. Mais au bout du compte, j’étais déçu… Jusqu’à ce qu’on enlève la marge de sécurité sur les côtés du format qu’on ne montre jamais parce que les télés n’en veulent pas… On a donc élargi l’image avec cette marge et ça donne une largeur de vue incroyable ! Un peu comme la vision de certains animaux. Et du coup, on a réalisé le film comme ça, avec le courage de mes producteurs. J’en ai joué à fond dans mes cadres, ça donne une ampleur très poétique. Nous avons aussi un deuxième chef opérateur, un jeune, qui ne fait que des films animaliers. Avec son matériel, ses caméras qui vont sous terre où sous l’eau, un drone pour la vision des oiseaux, on a pu tourné les scènes avec le regard animalier… Ça nous change du seul point de vue de l’humain. Texte intégral (1388 mots)
Patrick Le Hyaric
Il m’arrive souvent de répondre à des interlocuteurs déclarant qu’ils ne font pas de politique, que, pourtant la politique se niche jusque dans leur assiette. Nous venons d’en avoir un sinistre aperçu en cette fin du mois de novembre. Il oblige à réfléchir tant il éclaire les choix du pouvoir en faveur du grand capital agro-alimentaire international. Une loi dite « climat » votée en 2021 édictent que le gouvernement devait publier une « Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat » (SNANC) au plus tard le 1er juillet 2023. Ce texte à valeur juridique et politique a pour objectif de réorienter les politiques publiques afin d’améliorer la qualité alimentaire et nutritionnelle de la nourriture et d’inscrire le projet agroalimentaire dans la lutte contre le réchauffement climatique. Or, depuis trois ans, de mois en mois, la publication de ce texte a été retardée. Pourtant, il y a urgence. Cent-quatre études prospectives publiées ces dernières années ont démontré la nocivité des « aliments ultra-transformés* ». Le 19 novembre dernier, 43 experts internationaux de la santé et de la nutrition ont publié une série de trois articles documentés dans la revue « The Lancet » qui confirment les effets négatifs des aliments qui nous font de l’œil sur les étals des grands supermarchés après nous avoir alléchés à grand renfort de publicité. Nous parlons ici des céréales, boissons énergisantes, yaourts aromatisés, nuggets, pain de mie, barre chocolatées, sauces diverses, pâtes à tartiner, plats cuisinés etc. Ces aliments ultra transformés qui constituent désormais 80 % de l’offre alimentaire de la grande distribution sont bourrés d’additifs, de conservateurs, d’édulcorants, de colorants, d’émulsifiants et d’arômes divers qui provoquent diabète, accident vasculaire cérébral (avc), cancers, dépression. Les substances ajoutées pour améliorer la conservation, le goût, l’odeur ou la texture des aliments les rendent plus appétissants pour nous rendre plus dépendants. Les scientifiques ont également démontré que de nombreux composés toxiques (furanes, amines hétérocycliques, hydrocarbures aromatiques polycycliques) sont produits à l’occasion de la transformation de la nourriture et des perturbateurs endocriniens comme les phtalates, bisphénols ou PFAS peuvent migrer des emballages vers les aliments**. Pour vendre leurs produits alimentaires industrialisés les trois grands groupes américains Coca-Cola, PepsiCo et Mondelez International n’ont pas hésité à dépenser 13,2 milliards de dollars en alléchante publicité. Cette somme astronomique équivaut à quatre fois le budget de l’Organisation mondiale de la santé. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que le lien entre ce que nous mangeons et notre santé est aujourd’hui largement démontrée. C’est dans ce contexte d’accumulation de preuves contre les effets néfastes d’un modèle agricole et alimentaire défini par les choix rapaces du complexe agro-industriel que finalement le gouvernement devait rendre public vendredi 28 novembre sa stratégie nationale pour l’alimentation. Rien de révolutionnaire dans ce texte qui, comme à l’accoutumé demande à chacune et chacun de faire attention, de ne pas laisser trop les enfants devant les publicités diffusées en continue par les écrans et d’autres mesurettes du même type. Rien qui ne puisse contrarier les mastodontes de l’alimentaire comme Nestlé, Unilever, Kraft Heinz, Coca-Cola, Danone et autres qui pratiquent le gavage des actionnaires de dividendes grâce à l’exploitation du travail paysan, celui de millions de salariés prolétarisés et les familles populaires qui doivent se nourrir d’aliments méconnaissables par nos champs et nos étables, éjectés de leurs longues chaînes de production. Ces groupes étaient d’autant plus tranquilles que le programme gouvernemental avait été expurgé d’une recommandation qui existait dans les textes préparés par de précédents gouvernements appelant précisément à « limiter les aliments ultra-transformés ». Juste « limiter ». Mais même cela est trop pour ces grands parasites qui font leur beurre dans nos assiettes. La révélation par la cellule investigation de Radio-France de cette hypocrite biffure a contraint le gouvernement à ne pas rendre public son texte. Soudain la connivence entre le pouvoir et la grande industrie agroalimentaire, représentée par l’Association nationale des industries agroalimentaires(ANIA), a bondie au grand jour, dans un contexte de rejet populaire des politiques gouvernementales. Ce nouveau front ouvert sur un enjeu de santé publique, comme les révélations à propos de la fameuse loi Duplomb a donc contraint à ce nouveau recul de publication. L’affaire est encore aggravée par le fait que le directeur de la communication de l’ANIA a rejoint, comme par hasard, le cabinet du Premier ministre le 21 novembre. Ainsi, les intérêts du grand capital international conduisent le pouvoir à ne pas appliquer la loi pour ne pas freiner sa soif de profit. Les nouveaux petits chefs de guerre contre le droit et les « normes », leurs amis pique-assiettes, et les pillards qui vivent sur le dos des travailleurs et des citoyens consommateurs, n’ont que faire de ce que nous mangeons, de la santé publique et de la nature. Ils provoquent un basculement de civilisation dans lequel l’intérêt général, humain et écologique passe au second plan jusqu’à l’effacer tragiquement des réflexions stratégiques et des politiques publiques, concomitamment à l’acharnement des mandataires du capital à délaisser le secteur public de la santé et à tenter d’offrir la sécurité sociale et les retraites aux assurances privés et aux fonds de pensions. Ne nous trompons pas. Il n’y a ici nulle erreur mais les besoins et la volonté d’un système aussi cohérent que brutal, aussi rapaces qu’inhumain: celui qui fait du paysan travailleur un extracteur de minerais écrasé par les bas prix, les dettes, mis en concurrence avec les autres paysans, extracteurs de minerais des quatre coins de la planète. Les uns et les autres, enchaînés, dépendant d’un tentaculaire complexe agro-industriel mondialisée et de plus en plus concentré , exploitant ses travailleuses et travailleurs, exigeant des traités de libre-échange, la fin des règles et des normes sociales, environnementales, sanitaires, formatant les goûts, décidant des productions, payant de faux articles de presse et de fausses études, prospérant sur l’austérité des collectivités locales ou des hôpitaux pour fournir ses marchandises à bas prix et profitant d’un mode d’organisation d’une société urbanisée, d’une organisation du travail et du temps de travail qui privent les familles populaires du temps pour cuisiner des produits frais et sains. De nouvelles réglementations sont certes indispensables comme les mises en garde sur les emballages, l’interdiction de vente d’aliments ultra transformés dans les écoles et autres collectivités, la réduction de la publicité, la réduction d’un certain nombre d’ingrédients, particulièrement des édulcorants ou les émulsifiants. Mais l’enjeu est plus profond, plus systémique. C’est cette barbarie capitaliste qu’il faut dépasser pour la remplacer par un nouveau projet civilisationnel attentif aux êtres humains, à l’environnement, à l’ensemble du vivant. Dans celui-ci, les travailleuses et les travailleurs de la terre, celles et ceux des industries agroalimentaires, les productrices et producteurs de savoirs et de soins dans les laboratoires et les centres de santé, comme les citoyennes et citoyens consommateurs doivent reprendre le pouvoir sur leur vie, sur leur alimentation et donc sur la production et le travail. Tel est la hauteur de l’enjeu. Ce n’est pas simplement et seulement comme on l’entend une question de « lobbying » sur les gouvernements. Ce qui se joue ici comme ailleurs, c’est la poursuite d’un capitalisme dont le divorce d’avec la civilisation est largement consommé. Ce système qui détruit la nature, met en cause la santé humaine en s’invitant sans autorisation dans nos assiettes et nos verres, se gavant de surcroît de la guerre, doit être urgemment dépassé dans un processus communiste de transformation civilisationnelle. Un combat de haute intensité pour le droit à une alimentation de qualité en quantité suffisante peut ouvrir ce chemin. * Les aliments ultra transformé (AUT) sont catégorisés par la recherche internationale, l’organisation mondiale de la santé, la FAO (Food and agriculture organisation) . Ce sont des aliments contenant des aliments traité technologiquement dans lesquels on a inclut des ingrédients qu’on ne trouve pas dans les foyers comme les émulsifiants, sirop de glucose, arômes, colorants alimentaires, conservateurs. ** extrait de l’étude publiée par « The Lancet ». « Le remplacement des régimes alimentaires traditionnels par des aliments ultra transformés constitue un moteur majeur de l’augmentation mondiale du fardeau des maladies chroniques liées à l’alimentation ». Texte intégral (1548 mots)
The Conversation
Par Émeline Roux, Maître de conférences en biochimie alimentaire et Gaëlle Boudry, Chargée de recherche, responsable d’équipe Institut Numecan, Inrae. Déborah Maurer Nappée (étudiante en master 2 Nutrition et sciences des aliments de l’Université de Rennes) a contribué à la rédaction de cet article. Une alimentation variée en termes de diversité d’espèces végétales consommées est essentielle à la santé pour son apport en fibres et en nutriments. La recherche s’intéresse à cette biodiversité alimentaire qui pourrait aussi se révéler précieuse pour le bien-être mental, notamment par l’entremise du microbiote intestinal. L’industrialisation de l’agriculture et le développement de l’industrie agroalimentaire ont favorisé les monocultures induisant une baisse drastique de la biodiversité alimentaire, depuis le XXe siècle. Actuellement, douze espèces végétales et cinq espèces animales fournissent 75 % des cultures alimentaires mondiales, selon l’organisation non gouvernementale World Wide Fund (WWF). Et trois espèces végétales sont produites majoritairement dans le monde : le maïs, le blé et le riz, malgré une estimation de plus de 7 000 (peut-être même 30 000) espèces végétales comestibles, rappelle l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Il est important de différencier la diversité alimentaire qui représente la consommation de grands groupes alimentaires comme les produits laitiers ou les fruits et les légumes… de la biodiversité alimentaire qui prend en compte chaque espèce biologique (animale et végétale) consommée par un individu. Par exemple, si un individu mange des carottes, des poivrons et des artichauts, en termes de diversité alimentaire, un seul groupe – celui des légumes – sera comptabilisé, contre trois espèces en biodiversité alimentaire. Or, tous les légumes n’apportent pas les mêmes nutriments et molécules actives. La biodiversité alimentaire est donc importante pour couvrir tous nos besoins. Une fois ingérés, les aliments impactent notre organisme, et ce, jusqu’au cerveau, notamment via le microbiote intestinal. Le microbiote intestinal représente l’ensemble des microorganismes (bactéries et autres) qui se trouvent dans le tube digestif, en particulier au niveau du côlon. Cela représente un écosystème complexe avec environ 10 000 milliards de microorganismes. Un microbiote sain et équilibré est caractérisé par une grande diversité bactérienne et la présence de certaines espèces bactériennes. L’état de santé ou l’alimentation peuvent moduler la composition de notre microbiote en quelques jours. Par ailleurs, l’impact de l’alimentation pourrait, après plusieurs mois, se répercuter sur le bien-être mental. Parmi les molécules de notre alimentation, qui impactent de façon bénéfique notre microbiote, se trouvent les fibres végétales. Ces longues chaînes glucidiques ne sont pas hydrolysées par les enzymes humaines, mais constituent le substrat principal de bactéries importantes du microbiote. En dégradant les fibres, des métabolites sont produits par certaines bactéries (par exemple, Bifidobacterium, Lactobacillus, des espèces du phylum des Bacillota), dont les acides gras à chaîne courte (AGCC) : acétate, propionate et butyrate. Le butyrate, en particulier, agit sur certains paramètres biologiques et pourrait exercer des effets bénéfiques sur la santé physique et mentale. En effet, le butyrate module la réponse immunitaire par stimulation des cellules immunitaires et exerce une action anti-inflammatoire en augmentant l’expression de certains gènes. Il permet également de diminuer la perméabilité de l’épithélium intestinal et donc de limiter le passage de molécules inflammatoires ou toxiques dans la circulation sanguine. Par ailleurs, certains neurotransmetteurs comme la sérotonine, l’acide gamma-aminobutyrique (GABA) ou la dopamine sont synthétisés à partir de précurseurs apportés par l’alimentation. L’augmentation de la concentration des précurseurs suivants aurait un impact positif sur le cerveau : le tryptophane (présents notamment dans le riz complet, les produits laitiers, les œufs, la viande et le poisson, les fruits à coque…) pour la sérotonine ; le glutamate qui représente 8 à 10 % de la teneur en acides aminés dans l’alimentation humaine, les acides aminés étant les constituants de base des protéines alimentaires (on retrouve le glutamate dans les produits laitiers, graines oléagineuses, viandes et produits de la mer). Il est le précurseur du neurotransmetteur GABA (qui est également directement présent dans le riz brun germé ou les aliments fermentés) ; la tyrosine (présente notamment dans les fromages à pâtes pressées cuites, les graines de soja ou la viande) pour la dopamine. Il est recommandé de consommer de 25 grammes à 38 grammes de fibres quotidiennement, apportées via la consommation de végétaux (cf. tableau ci-après). Or la moyenne française en 2015 était inférieure à 18 grammes d’après une étude de Santé publique France. On soulignera néanmoins que, lorsqu’on souhaite augmenter son apport en fibres, pour éviter les effets indésirables de leur fermentation dans le colon, il est conseillé de les réintroduire progressivement dans son alimentation au cours de plusieurs semaines. Enfin, d’autres nutriments jouant un rôle important sur la santé mentale par une action directe sur le cerveau ont aussi une action indirecte en modulant le microbiote intestinal ou en étant précurseurs de métabolites bactériens ayant un effet au niveau du système nerveux central (qui inclut le cerveau). Ainsi, un ratio équilibré oméga-3/oméga-6 (1 :4) exerce des effets bénéfiques sur le microbiote intestinal. Mais dans l’alimentation occidentale, le ratio est déséquilibré en faveur des oméga-6, ce qui engendre un état inflammatoire. Les aliments les plus riches en oméga-3 sont issus de végétaux terrestres (l’huile de lin, de colza, etc.) et d’animaux marins (les poissons gras comme le saumon, le maquereau, le hareng, la sardine et l’anchois, etc.), explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). En revanche, l’huile de tournesol et de pépin de raisin sont très riches en oméga-6, participant ainsi au déséquilibre des apports. Une alimentation riche en polyphénols (certaines épices, cacao, baies de couleur foncée, artichauts…) confère également des effets bénéfiques anti-inflammatoires via la modification du profil du microbiote intestinal. Enfin, les vitamines ou minéraux participent aux fonctions de base de l’organisme. Une alimentation biodiversifiée permet un apport complet de tous ces nutriments (cf. les recommandations sur le site de l’Anses et du Programme national nutrition santé [PNNS]). Des données existent sur la teneur moyenne en nutriments de ces aliments et leur saisonnalité (site Ciqual). Cependant, les aliments n’apportent pas tous les mêmes classes de nutriments. Pour donner un exemple concret, un artichaut cuit contient assez de fibres (11 g/100 g) pour satisfaire les besoins journaliers, mais sera pauvre en vitamine C (moins de 0,5 mg/100 g), contrairement au brocoli cuit plus riche en vitamine C (90 mg/100 g), mais assez pauvre en fibre (2,4 g/100 g). Ainsi, la prise en compte de la biodiversité alimentaire est essentielle pour évaluer les apports totaux en ces différents nutriments. Afin d’avoir un bon état de santé physique et mentale, il est recommandé de diversifier les sources alimentaires pour couvrir l’ensemble des besoins. Cependant, la disponibilité en aliments varie selon les saisons. Le tableau ci-dessous présente quelques propositions d’associations d’aliments de saison pour couvrir nos besoins quotidiens en fibres. Exemples d’aliments de saison à consommer pour avoir un apport journalier suffisant en fibres totales (Sources : Ciqual et ministère de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire) A contrario, l’organisme est impacté négativement par d’autres facteurs, comme l’exposome qui représente l’ensemble des expositions environnementales au cours de la vie. Ainsi, les xénobiotiques (par exemple, les pesticides), qui impactent la croissance et le métabolisme des bactéries du microbiote intestinal, qui, en retour, peut bioaccumuler ou modifier chimiquement ces composés. Les aliments issus de l’agriculture biologique contiennent beaucoup moins de xénobiotiques et sont donc recommandés. Enfin, l’utilisation d’ustensiles de cuisine en plastique ou en téflon, entre autres, peut notamment engendrer la libération de perturbateurs endocriniens ou de polluants persistants (comme les substances per- et polyfluroalkylées PFAS) qui vont se bioaccumuler dans les bactéries du microbiote intestinal. De ce fait, il est recommandé de limiter leur utilisation au profit d’autres matériaux alimentaires (inox, verre). Différentes molécules et facteurs impactant le microbiote intestinal et susceptibles d’agir sur le bien-être mental Adopter une alimentation variée est donc essentiel pour couvrir les besoins nutritionnels à l’échelle moléculaire, et cela impacte de manière bénéfique la santé physique mais aussi mentale, notamment via le microbiote. Toutefois, il est important de prendre soin de son alimentation sans tomber dans une anxiété excessive, qui pourrait engendrer des troubles alimentaires et nuire finalement au bien-être global, la notion de plaisir restant essentielle dans l’alimentation. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Texte intégral (2192 mots)
De l’intérêt de la biodiversité alimentaire pour le microbiote intestinal
Fibres, microbiote, neurotransmetteurs et bien-être mental
De l’intérêt de consommer davantage de fibres végétales
Favoriser aussi un bon ratio oméga-3/oméga-6, vitamines, minéraux, etc.
Quels aliments apportent quelles classes de nutriments ?
L’impact des PFAS, pesticides et perturbateurs endocriniens à ne pas négliger
La Terre
Par Nathalie Calmé Face à la dégradation des services publics dans l’Allier, l’Union Départementale CGT a entrepris une démarche de reconquête. Après un an et demi de travail, elle publie un livret « Des services pour le développement de l’Allier », dans lequel elle dresse un état des lieux sans concession des services du département. Cette cartographie repose sur une démarche minutieuse : « Nous avons croisé les données de l’INSEE avec les retours des syndicats des différentes professions, des agents et des usagers, explique Laurent Indrusiak, secrétaire général de l’UD CGT. Chaque secteur a été passé en revue : effectifs, besoins de la population, évolution des dotations. Le constat est sévère : « Tous les services n’ont cessé de subir des coups de rabot ! » tranche le syndicaliste, mais certains illustrent bien la situation : « Il y a encore dix ou quinze ans, le département comptait une trentaine de points d’accueil des finances publiques. Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois : Montluçon, Moulins et Vichy », déplore-t-il. « Des habitants parcourent des dizaines de kilomètres, parfois des centaines, pour un simple renseignement cadastral ou pour payer leurs impôts ». Il en va de même pour la santé : « Nos trois grands hôpitaux connaissent des difficultés financières majeures. Des services entiers ont disparu, obligeant des patients à se rendre jusqu’à Clermont-Ferrand ou Vichy pour se faire soigner. » Pour la mobilité, autre secteur en tension, le bassin de Montluçon paie lourdement les réductions de l’offre ferroviaire. « Relier Montluçon à Paris prend aujourd’hui plus de temps qu’il y a quarante ans, et encore, quand il y a un train ! », ironise-t-il. Quant à la Poste, « des dizaines de bureaux ont fermé et ont été remplacés par des agences postales installées dans des commerces. Le service n’est pas du tout le même ». Pour la CGT, ces fragilisations ne doivent rien au hasard. « C’est très clairement le résultat de choix politiques libérales, depuis le tournant de la rigueur en 1983, qui ont mis en concurrence les territoires, imposé la rentabilité aux hôpitaux, privilégié les grandes lignes ferroviaires au détriment des dessertes locales », dénonce-t-il. Et de poursuivre : « On nous répète que les services publics coûtent trop cher. C’est faux ! Notre rôle est d’expliquer, de déconstruire cette idée reçue. Lorsqu’on montre aux Bourbonnais – parfois victimes de désinformation à travers les grands médias – ce que coûte une privatisation ou ce que signifie une fermeture de service dans leur commune, ils comprennent et adhèrent à cette démonstration ». Face à cette crise, le syndicat avance des solutions claires : « La première mesure, c’est le recrutement massif d’agents. La deuxième, c’est de redonner de vrais moyens financiers aux services publics, en renforçant le rôle des collectivités et des échelons locaux. Cela permettrait de ramener de la proximité dans les décisions et dans l’action. La troisième, c’est d’assumer une politique à rebours de ce qui a été mené depuis des décennies : réinvestir le territoire, rouvrir des services publics (la Poste, les hôpitaux, les gares…) dans les villes moyennes, les quartiers populaires, les campagnes, là où vivent les gens ». Laurent Indrusiak considère que les élus sont des acteurs à part entière : « Eux-aussi subissent dans leurs communes les conséquences de la disparition des services publics. Certains se retrouvent face à leurs contradictions : ils ont parfois soutenu, via leur famille politique, les politiques libérales qui ont fragilisé les services, et constatent ensuite leur disparition sur leur propre territoire. Leur présence à nos réunions permet qu’ils entendent ce que vivent la population et les agents ». La CGT entend également avancer avec les autres organisations syndicales. Des échanges réguliers existent déjà, notamment dans l’Éducation nationale ou sur les finances publiques avec Solidaires. « L’idée, c’est de bâtir des initiatives unitaires, d’élaborer des cahiers revendicatifs communs, interpeller ensemble les élus locaux ou les représentants de l’État » Un autre point central du rapport concerne les collectivités locales. « Elles ont vu leurs dotations baisser en moyenne de 40 % ces dernières années. Alors que la décentralisation devait renforcer la proximité, elle a en réalité abouti à une recentralisation dans les grandes villes. Ce que nous demandons, c’est un vrai redéploiement des moyens là où on les a supprimés » Effectivement la question des financements revient sans cesse. Mais, pour la CGT, ce n’est pas un problème d’argent mais « de politique et de société » . « On nous explique que la France serait au bord de la faillite. Ce n’est pas vrai : notre pays reste la sixième ou septième puissance économique mondiale, souligne-t-il. Chaque année, près de 211 milliards d’euros d’aides publiques sont versés aux entreprises – certains parlent même de 270 milliards. Une partie de ces sommes pourrait être réorientée vers le financement des services publics ». Le livret a été remis au préfet de l’Allier. Il doit servir à faire vivre le débat démocratique, sensibiliser la population et interpeller les décideurs. Ainsi, après deux premières étapes à Bourbon-l’Archambault et Commentry, la CGT va lancer un « village public » itinérant dans les grands bassins de vie du département et dans plusieurs petites commune ; l’objectif étant d’aboutir à l’organisation d’États généraux des services publics dans l’Allier. Le syndicat refuse que l’Allier soit un territoire sacrifié. « Nous ne pouvons pas nous contenter d’être les spectateurs en désarroi d’un département en perte de vitesse, considéré comme un territoire de relégation des métropoles riches et attractives ». Le syndicaliste met en garde contre les dérives politiques que peut engendrer ce sentiment d’abandon. « La désespérance de ces territoires nourrit le terreau du vote d’extrême droite. Nous disons aux habitants : ne vous laissez pas emporter par de fausses solutions qui ne feront qu’accentuer le repli et la diminution de moyens pour le monde du travail ! ». Télécharger le Livret « Des services pour le développement de l’Allier » Texte intégral (1171 mots)
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