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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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27.09.2026 à 06:00

Croquettes, pâtées, repas maison ou menus végé : quelle est la nourriture pour chat et chien la plus écologique ?

Raphaëlle Vivent

Texte intégral (1219 mots)
Sur le plan environnemental, les croquettes valent mieux que la pâtée. © Adobe stock

Le lourd bilan carbone de l’industrie de la viande est désormais bien connu, et plus de la moitié des Français·es déclarent avoir réduit leur consommation ces dernières années. Dans le même temps, de plus en plus de personnes s’interrogent sur l’impact environnemental de l’alimentation de leurs compagnons à quatre pattes, qui repose en grande partie sur les protéines animales.

L’alimentation représente 90% de l’empreinte carbone de nos animaux domestiques. Selon l’Ademe, elle s’élève à environ 50 kilos équivalent CO2 (kgCO2e) par an pour un chat. Pour un chien, c’est entre 125 et 595 kgCO2e, selon son poids. On est loin de l’empreinte carbone moyenne de l’alimentation d’un·e Français·e, soit 2,1 tonnes de CO2e par an.

Croquettes, pâtées ou rations ménagères ?

Cuisiner du blanc de poulet ou de l’échine de porc pour son animal peut sembler une bonne idée. C’est pourtant le mode d’alimentation le plus néfaste pour l’environnement. Selon une analyse d’impact publiée en 2023 dans La Dépêche vétérinaire, un repas maison à base de poulet frais émet cinq fois plus de CO2e qu’un bol de croquettes, et jusqu’à vingt fois plus s’il est à base de bœuf. «Le problème de la ration ménagère, c’est qu’on utilise des produits dédiés à l’alimentation humaine, qui ont un impact carbone massif : des animaux sont élevés pour en nourrir d’autres», explique Charlotte Devaux, vétérinaire spécialisée en nutrition animale.

À l’inverse, les croquettes et les pâtées industrielles sont fabriquées à partir de «sous-produits animaux», c’est-à-dire de parties de l’animal que les humain·es ne consomment pas : peau, os, sang, graisse ou encore certains abats. Issus de la filière viande existante, ces morceaux ont donc une empreinte carbone plus faible.

Vaut-il alors mieux se tourner vers la nourriture sèche ou humide ? Entre ces deux options, ce sont bien les croquettes qui l’emportent sur le plan environnemental. Une étude publiée en 2022 dans la revue Scientific Reports indique que la pâtée peut émettre jusqu’à huit fois plus de CO2e que l’alimentation sèche. Principale explication : dans les régimes humides, 90% des calories proviennent d’ingrédients d’origine animale, contre 45% dans les régimes secs. Enfin, mieux vaut privilégier une alimentation à base de petits animaux, notamment de volaille, plutôt que de bœuf, de mouton ou de porc.

Une alimentation végé pour mon animal, c’est possible ?

Pour réduire l’empreinte carbone, faut-il nourrir les animaux de compagnie de façon végétarienne, voire végane ? Techniquement, c’est possible, assure Charlotte Devaux, qui a consacré un article à la question. Les chats et les chiens ont besoin d’acides aminés et d’acides gras essentiels, de vitamines, de minéraux et de fibres. Autant de nutriments que l’on trouve dans des produits d’origine animale ou végétale, ou sous forme synthétique.

Dans les faits, c’est plus compliqué. «Déjà, il faut oublier la ration ménagère végétarienne ou végétalienne. C’est très technique de confectionner de la nourriture pour animaux sans protéines animales. Avec des repas maison, il y a trop de risques de carences», alerte la vétérinaire. Surtout pour le chat, qui est un carnivore strict. Le chien, lui, peut suivre un régime omnivore, mais il a tout de même des besoins spécifiques.

Côté alimentation industrielle, Charlotte Devaux distingue deux catégories : les marques vétérinaires et les marques grand public. Les premières proposent des aliments végétariens de bonne qualité. «Elles ont été développées dans un objectif de santé, pour des animaux qui ne tolèrent pas les protéines animales. Elles sont souvent à base de soja et contiennent les nutriments nécessaires aux chats et aux chiens. En revanche, elles ne sont pas véganes, puisqu’elles contiennent de l’huile de poisson», détaille-t-elle. Plus caloriques que les croquettes classiques, ces aliments ne conviennent toutefois pas à tous les animaux.

En revanche, les gammes végétales des marques grand public ont tendance à être déséquilibrées. Une étude étatsunienne de 2015 a ainsi montré que seules cinq références végétariennes sur 21 couvraient les besoins nutritionnels du chien ou du chat. Pour les croquettes végétaliennes, des études brésilienne, allemande et canadienne n’ont identifié aucun produit présentant les teneurs en nutriments nécessaires, ce qui expose l’animal à des risques de carences.

Et les protéines d’insectes ?

Plusieurs marques de croquettes et de terrines pour animaux produisent à base d’insectes, ces derniers étant très riches en protéines et en nutriments. Cette option n’est pourtant pas si vertueuse pour la planète. D’abord, les élevages d’insectes sont énergivores, car ils doivent être chauffés en continu entre 25°C et 30°C. Ensuite, les insectes n’ont pas le droit d’être nourris avec des déchets : les éleveurs se tournent donc vers des dérivés de céréales, habituellement destinés aux autres types d’élevages.

Comme le résumait une étude publiée en 2021 dans le Journal of insects as food and feed, les protéines d’insectes sont une piste à explorer pour l’alimentation humaine, mais elles présentent peu d’intérêt pour celle de nos animaux domestiques. Pour cause : la viande utilisée dans les croquettes et les pâtées provient déjà de sous-produits animaux. Charlotte Devaux l’affirme : «En termes d’impact environnemental, il vaut mieux des croquettes au poulet que des croquettes aux insectes.»

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26.09.2026 à 18:37

Marche pour le climat : à Fontainebleau comme dans plus de 260 villes, «l’été a provoqué une grosse envie d’agir»

Mathilde Picard

Texte intégral (1921 mots)
Fontainebleau, samedi 26 septembre. Wendel réclame davantage de justice sociale dans les mesures d’adaptation au changement climatique. © Mathilde Picard/Vert

«D’habitude, à Fontainebleau, c’est plutôt les processions catholiques», remarque Véronique, à la tête d’un commerce de prêt-à-porter. Sur le pas de son magasin, elle observe la marche pour le climat, le vivant et la justice sociale progresser vers le centre-ville. «Tout le monde n’est pas allé voir le pape à Paris alors», s’amuse une habitante qui ignorait tout de la manifestation jusqu’à la voir surgir au coin de l’avenue.

Dans le rue piétonne, les militant·es marchent en famille et entre ami·es, pancartes en main : «Pas de nature pas de futur», «Changeons la politique pas le climat» ou encore «Liberté, dignité, habitabilité». Selon les organisateur·ices, plus de 800 personnes se sont mobilisées à Fontainebleau, en Seine-et-Marne. Comme dans près de 260 villes en France, les Bellifontain·es ont répondu à l’appel du mouvement citoyen du 26 septembre, publié en exclusivité dans Vert au cœur de l’été caniculaire.

Une première pour nombre d’organisateurs et de participants

«Ces derniers mois, on a vécu un trop plein d’anxiété, ça a provoqué une grosse envie d’agir», raconte à Vert Ingrid, organisatrice. Comme nombre de ses camarades, c’est la première fois que la cinquantenaire participe à la mise en place d’une manifestation.

Elle explique ce qui l’a poussée à se lancer : «Je suis originaire de Bordeaux et j’habite près de Fontainebleau ; j’ai vécu coup sur coup les incendies de mon lieu de vie et de ma forêt d’enfance, ça a été très dur, c’était dystopique.»

Après l’incendie historique qui a ravagé 10% de la forêt francilienne à la mi-juillet, la protection de ce patrimoine naturel est aujourd’hui sur toutes les lèvres. À quelques kilomètres de la place du marché d’où s’est élancé le cortège, encore 2 500 hectares en cendres sont fermés au public sur les 22 500 que couvre la végétation.

Les manifestant·es réclament l’interdiction de la chasse dans la forêt de Fontainebleau. © Mathilde Picard/Vert

L’association pour la préservation de la faune sauvage en forêt de Fontainebleau donne de la voix dans le défilé. «Pour une forêt vivante», clament ses membres en cœur. Parmi eux, François et Olivier ont été marqués par le brasier. «La faune a énormément souffert à cause de la sécheresse et des incendies, déplore Olivier. C’est lamentable que la chasse soit autorisée dans ces conditions.»

Marcher à proximité de la forêt : «un symbole fort après l’incendie»

François abonde : «Dans les mares de la forêt que je connais bien, il n’y a plus d’eau, donc il n’y a plus de vie.» «Défiler à Fontainebleau est un symbole fort après l’incendie», approuve Priscilla. La jeune femme participe à un rassemblement pour la première fois. Elle est venue avec son amie Léa qui brandit une pancarte «Le capitalisme ne sauvera pas la planète». «C’est important de parler de la forêt, un des poumons de l’île-de-France, insiste-t-elle. Mais le problème est plus large, on ne peut pas parler d’écologie tout en acceptant de continuer à extraire du pétrole.»

Priscilla et Léa participent à une manifestation pour la première fois. © Mathilde Picard/Vert

Inquiètes d’une potentielle répression policière, les deux vingtenaires préfèrent marcher ici plutôt qu’à Paris. «On est plus à l’aise à Fontainebleau, c’est plus tranquille», souligne Priscilla. Outre les Bellifontain·es, des habitant·es de tout le département ont afflué.

Justine et Wendel viennent de Savigny-le-Temple. «On habite dans une résidence construite il y a deux ans et il a fait plus de 36 degrés Celsius chez nous cet été, s’indigne Justine. On vient pour se redonner espoir parce que pour l’instant toutes les décisions sont prises par les riches pour les riches alors qu’on a besoin de justice sociale et de vraies mesures d’adaptation au réchauffement climatique.»

Anne, artiste dans le sud de la Seine-et-Marne est venue exprès malgré la distance. «Je me suis dit que la place allait être plus remplie, je m’attendais à voir plus de monde», confie-t-elle. «À Fontainebleau, il n’y a pas souvent de manifestations», justifie Ingrid. Alors les organisateur·ices insistent sur le mot d’ordre du mouvement national. «On rappelle qu’on est apartisan», indique-t-elle. Un moyen selon le collectif, «d’attirer du monde dans une ville pas particulièrement de gauche», renchérit un autre organisateur.

Une stratégie que tous·tes ne partagent pas au sein du rassemblement. À la vue d’une pancarte pour la défense du climat et de la Palestine qui arbore un petit logo La France insoumise, les discussions vont bon train et les voix s’échauffent. Certains organisateur·ices demandent le retrait de la pancarte au risque de «décrédibiliser le mouvement.» «On avait prévenu, s’agace Christine, une des instigatrices. Les partis politiques peuvent défiler, mais à l’arrière du cortège et sans arborer de signe ni de pancarte.»

La foule s’est rassemblée sur la place du marché. © Mathilde Picard/Vert

Les groupes locaux du mouvement du 26 septembre se sont réunis autour de trois axes énoncés dans la tribune publiée par Vert. Ils réclament trois plans : des mesures d’adaptation au changement climatique, d’autres d’atténuation des émissions de gaz à effets de serre ainsi qu’un plan d’urgence pour protéger les plus vulnérables. Pour ce faire, le mouvement propose de taxer les superprofits des industries des énergies fossiles et de l’armement ou encore de mettre en place un impôt climatique sur les grandes fortunes.

Outre les groupes politiques et citoyen·es, les associations, elles aussi participent, à l’image d’Amnesty International, de la Ligue des droits de l’homme, d’Extinction Rebellion, de Terre de liens, des Amis de la terre ainsi que des collectifs locaux de cyclistes. Le collectif de lutte contre le projet de data center à Fouju (Seine-et-Marne) est venu en nombre. «Trop de blé pour les centres de données et pas assez de fric pour le service public», scandent ses membres à l’unisson.

Les plus motivé·es ont conclu le rassemblement par une assemblée citoyenne. L’occasion d’organiser la suite et de proposer des actions à l’échelle locale. «C’est un mouvement qui n’est pas destiné à s’arrêter, s’enthousiasme Ingrid. On va poursuivre la démarche jusqu’aux élections, il faut qu’on se fasse entendre le plus longtemps et le plus fort possible.»

Un rassemblement national dans le Tarn est déjà prévu pour coordonner tous les mouvements locaux à travers la France. Les dates du 14 et 15 novembre sont évoquées pour programmer une nouvelle marche.

De Saint-Étienne à Paris, la couverture de survie comme symbole du mouvement

Les 260 manifestations de ce samedi ont réuni plus de 120 000 personnes, selon les organisateurs. La foule était au rendez-vous à Nantes (Loire-Atlantique) où la marche a rassemblé quelques milliers de personnes au Miroir d’eau. À Saint-Étienne (Loire), elles et ils étaient environ 800. À Clermont-Ferrand, où environ mille personnes se sont retrouvées, un automobiliste a forcé le passage et foncé sur la foule, provoquant quatre blessé·es.

Des marches se sont tenues dans d’autres villes moins habituées à de tels évènements, comme à Pornic (Loire-Atlantique) ou encore Périgueux (Dordogne). À Paris, la préfecture a transformé la manifestation en rassemblement statique en raison de la venue du pape. En début de soirée, la place de la République s’est remplie de monde dans une ambiance festive. Les nombreux·ses manifestant·es ont arboré des couvertures de survie, symbole du mouvement à l’échelle nationale pour rappeler le manque d’adaptation des logements aux températures extrêmes.

Paris, place de la République, ce samedi. Nombre de manifestant·es ont arboré des couvertures de survie. © Moncef Arbadji/Vert

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25.09.2026 à 11:54

Après deux premières années chaotiques, l’EPR de Flamanville va être mis à l’arrêt pendant près d’un an

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (622 mots)
À l’intérieur du réacteur de Flamanville (Manche), en avril 2024. © Lou Benoist/AFP

«L’EPR de Flamanville 3 fonctionne bien. Plus encore, il dépote», fanfaronne sur son site internet le porte-voix du nucléaire en France, la Société française d’énergie nucléaire (SFEN). Voilà une drôle de façon d’interpréter les débuts chaotiques du dernier réacteur nucléaire français.

Flamanville 3 a été raccordé au réseau le 21 décembre 2024, après d’innombrables déboires, douze ans de retard et une facture multipliée par sept. Et, moins de deux ans plus tard, le voilà déjà contraint de s’arrêter pour près d’une année (si les délais sont tenus) afin de subir une première «visite complète».

Un vaste «check-up»

Si cet arrêt «réglementaire» est imposé à tous les nouveaux réacteurs dans les trente mois suivant leur mise en route, celui de Flamanville 3 sera exceptionnellement long et coûteux. Pour cause : il prévoit le remplacement de l’immense couvercle d’acier qui ferme la cuve du réacteur, défectueux depuis l’origine.

En mai 2023, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) avait autorisé EDF à l’utiliser temporairement, car son remplacement «avant la mise en service du réacteur conduirait à reporter celle-ci d’environ un an».

Alors que la facture du chantier est passée, en dix-huit ans, de 3,2 à 23,7 milliards d’euros (selon la Cour des comptes), EDF doit consentir à une rallonge de «plusieurs centaines de millions d’euros», d’après la SFEN, pour mener à bien ce vaste check-up. Après quoi s’ouvrira la «routine opérationnelle» tant attendue, annonce-t-elle.

Débuts chaotiques

Or, pour l’instant, les deux premières années de fonctionnement du réacteur ont paru plutôt chaotiques. Au moment de son arrêt samedi, il aura produit 10 terrawattheures d’électricité, soit environ 40% de sa puissance cible. Lors de son raccordement au réseau électrique en décembre 2024, EDF tablait sur 14 terrawattheures délivrés.

Le réacteur 3 de Flamanville, au premier plan. © JKremona, Wikimédia

D’après les données de production du réacteur, il a été arrêté à treize reprises – et pendant 44% du temps – en vingt-deux mois. Pendant ces périodes, sa production journalière a été très légèrement négative, c’est-à-dire qu’il a utilisé plus d’énergie pour fonctionner qu’il n’en a produit.

Si le planning est tenu, il devrait de nouveau injecter ses électrons sur le réseau le 11 septembre 2027. À pleine puissance, cette fois ?

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25.09.2026 à 11:06

Intoxications, cancers… Le parcours du combattant des pompiers pour faire reconnaitre leurs maladies professionnelles

Valentin Baudin

Texte intégral (1543 mots)
Marcheprime (Gironde), le 26 juillet 2026. Cet été, des dizaines de pompier·es ont été intoxiqué·es lors des mégafeux. © Romain Perrocheau/AFP

L’annonce est tombée comme un coup de massue, au cours d’un scanner de routine en octobre 2025. Ce jour-là, Mathieu (son prénom a été modifié), sapeur-pompier professionnel en région parisienne depuis plus de vingt-cinq ans, est diagnostiqué d’un cancer du rein.

Le père de famille passe par toutes les émotions. Jamais, pourtant, il ne fait le lien entre sa maladie et son métier qui le passionne tant. «Avant, on ne parlait pas des maladies professionnelles ; c’est apparu tard, quand on a commencé à parler de la toxicité des fumées», rembobine-t-il. Depuis un an, il se bat contre vents et marées pour faire reconnaître son cancer en maladie professionnelle.

En 2022, le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé l’exposition professionnelle des pompier·es comme cancérigène pour l’humain. La France a connu de récentes avancées. Fin 2025, les mésothéliomes (qui touchent les organes internes, majoritairement les poumons) et les cancers de la vessie ont été ajoutés au tableau des maladies professionnelles. Celui-ci comprenait déjà le carcinome hépatocellulaire (cancer du foie) et le carcinome du nasopharynx (cancer de la gorge).

«L’inscription de deux nouveaux cancers dans le tableau des maladies professionnelles est la plus grande avancée sociale chez les sapeurs-pompiers ces dix dernières années», se réjouit auprès de Vert Frédéric Monchy, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés (SNSPP-PATS).

Quatre cancers reconnus en France

Pour autant, associations comme pompier·es estiment que la France reste en retard sur la question de la reconnaissance des maladies professionnelles dans cette corporation. Leur meilleure prise en compte est justement l’une des revendications des syndicats de pompier·es, qui ont appelé à la grève pendant six semaines et à déambuler dans les rues de Paris le 29 septembre. «La santé et la sécurité des personnels doivent enfin devenir une priorité nationale, en intégrant notamment la reconnaissance de l’exposition aux agents toxiques et cancérogènes», a plaidé l’intersyndicale dans son préavis de grève.

Depuis janvier, près de 100 000 hectares sont partis en fumée en France, selon l’Office national des forêts. Les pompier·es ont été en première ligne, jour et nuit, pendant des semaines, et des dizaines d’entre elles et eux ont été intoxiqué·es. Inhalation de fumées, exposition aux températures élevées, pénibilité physique… «La multiplicité de ces expositions peut contribuer à l’augmentation des accidents et au développement de pathologies», explique l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un état des lieux publié en 2019. Selon ces études, certains cancers sont surreprésentés chez les pompier·es.

Un parcours du combattant 

Il faut dire que le sujet tarde à émerger en France. Selon les dernières données accessibles en ligne, datées de 2022, seules 31 déclarations de maladies professionnelles pour les pompier·es ont été recensées par la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales (CNRACL). Le parcours d’indemnisation ressemble à un chemin de croix. «La plus grande difficulté est administrative, souffle Frédéric Monchy. Il faut établir un lien entre l’exposition et la maladie, ce qui est presque insurmontable.» Comment retracer les fumées auxquelles un·e pompier·e a été confronté·e sur des dizaines, voire des centaines d’incendies ? Quelles substances chimiques ou toxiques ont été inhalées ?

«Il n’existe pas de livret sur lequel on consigne nos missions avec les produits et le temps d’exposition», regrette Mathieu. Son cancer du rein n’est pas officiellement reconnu comme maladie professionnelle chez les pompier·es en France – c’est pourtant le cas en Australie ou au Canada. Pour constituer son dossier de reconnaissance, il se retrouve «seul au monde», y passe des journées entières après son opération. Il consigne ses maux de tête récurrents après une intervention, la suie qui infiltre ses marines et se retrouve projetée sur ses mouchoirs. Il étaye son dossier d’études scientifiques, françaises et anglophones.

Un premier médecin refuse d’établir le lien entre son métier et son cancer. Douche froide. Il demande une contre-expertise auprès d’un cancérologue, qui appuie sa demande. Son dossier – d’une soixantaine de pages – devrait être très prochainement traité. La première étape d’un parcours semé d’embûches ? Le Service départemental d’incendie et de secours, le médecin agréé, le comité médical, la CNRACL… «Il y a trop de strates décisionnelles, c’est extrêmement compliqué», dénonce Rémy Laurens, président de l’association RIFS (Risques incendies fumées santé), qui accompagne des dizaines de pompier·es dans cette démarche, dont Mathieu. «Je ne lâcherai rien», assure le père de famille, en traitement pendant un an, qui confie n’avoir aucune rancœur contre sa profession.

«Le sujet peut faire peur»

Dans un corps de métier adulé, où les professionnel·les sont souvent érigé·es au rang de héros de la nation, la question du cancer est-elle taboue ? Les personnes interrogées par Vert assurent que les mentalités évoluent et que les formations abordent le sujet des maladies professionnelles. Cependant, le terme «cancer» n’apparaît nulle part dans le dernier guide de doctrine opérationnel sur la prévention des risques liés à la toxicité des fumées chez les pompier·es, publié par le ministère de l’intérieur. «Est-ce un problème que les pouvoirs publics prennent à bras-le-corps ?, interroge Rémy Laurens. Le sujet peut faire peur, alors que nous manquons de sapeurs-pompiers.»

Dans ce contexte, l’association RIFS – apolitique et asyndicale – plaide pour l’inscription de nouvelles maladies professionnelles. Parmi elles : les cancers du côlon, de la prostate et du testicule. Mais aussi le mélanome et le lymphome non hodgkinien, pour lesquels il existe des liens «limités» avec l’exposition professionnelle des pompier·es, indique le Circ. Ainsi que le cancer du sein, des ovaires et de l’utérus chez les femmes – qui représentent 23% des effectifs.

«En France, on est incapable de dire combien de pompiers sont morts d’un cancer lié à leur activité professionnelle», déplore Rémy Laurens. Pour mesurer le retard de l’Hexagone, il faut traverser l’Atlantique. Le Canada est pionnier sur cette question. À Ottawa, une statue en bronze d’un pompier pointe en direction d’un mur sur lequel sont gravés les noms des soldat·es du feu mort·es en service. À leurs côtés sont inscrits depuis quelques années ceux des victimes de cancers liés à leur exposition au travail.

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