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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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12.09.2026 à 07:00

«C’est frappant d’entendre si peu d’alouettes» : dans les jumelles d’un ornithologue à l’heure du déclin des oiseaux

Esteban Grépinet

Texte intégral (1733 mots)
Ornithologue et chercheur au Muséum national d’histoire naturelle, Grégoire Loïs compte depuis cinq ans les oiseaux sur un secteur des Yvelines. © Esteban Grépinet/Vert

Guiperreux (Yvelines), fin avril, quelques semaines avant que le pays bascule dans un été caniculaire. Il est sept heures du matin, le soleil est levé depuis moins d’une heure et dépose timidement ses rayons sur la cime des plus grands arbres. À la lisière d’un bosquet encore humide de rosée, le chant lancinant du merle noir réchauffe l’atmosphère. Il est rapidement rejoint par les notes saccadées du pouillot véloce, petit oiseau verdâtre qui passe sa vie dans les frondaisons. Soudain, le cri nasillard d’un faisan de Colchide retentit au loin.

Au milieu de ce concert matinal, Grégoire Loïs se tient debout, l’oreille alerte. Jumelles autour du cou et carnet en main, le cinquantenaire griffonne énergiquement le nom de chaque espèce vue ou entendue. Récoltées en suivant un protocole méticuleux, ses observations alimenteront – avec celles de centaines d’autres ornithologues dans toute la France – la précieuse base de données du Suivi temporel des oiseaux communs (le «Stoc»).

Réalisé chaque printemps depuis 1989, ce comptage permet aux scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) d’estimer l’évolution de l’abondance des différentes espèces à plumes au cours du temps. Le dernier bilan en date, publié en 2021 avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), est sans appel : les oiseaux des villes et des campagnes françaises ont décliné de près de 30% en trente ans.

«Des gagnants et des perdants»

«La première fois que nous avons établi une tendance moyenne pour toutes les espèces, nous ne nous attendions pas à voir un tel déclin, se souvient Grégoire Loïs, lui-même chercheur au MNHN, en charge des sciences participatives. Il y a des gagnants et des perdants chez les oiseaux, mais nous ne pensions pas avoir autant de perdants.» Passionné d’ornithologie depuis sa plus tendre enfance, ce natif des Yvelines a vu de ses propres yeux la disparition de plusieurs espèces emblématiques de sa campagne. Vert a suivi le scientifique sur les dix points d’écoute qu’il couvre chaque printemps depuis cinq ans.

Le Suivi temporel des oiseaux communs (Stoc) est l’un des plus anciens comptages naturalistes en France. Plusieurs centaines d’ornithologues y participent chaque année depuis 1989. Chacun se voit attribuer un carré de deux kilomètres de côté tiré au sort à proximité d’un lieu de préférence. À l’intérieur, dix points de comptage sont répartis en tenant compte de la diversité des écosystèmes présents (villages, forêts, rivières…).

Trois passages doivent être effectués en mars, avril et mai. À chaque point d’écoute, les ornithologues notent la totalité des espèces entendues ou vues en l’espace de cinq minutes, chronomètre en main. Les comptages sont effectués chaque printemps, si possible aux mêmes jours et dans les mêmes conditions météorologiques que les années passées.

Les données remontées par chaque naturaliste sont ensuite collectées, vérifiées et analysées par des scientifiques du Muséum national d’histoire naturelle, qui établissent des tendances sur le temps long pour chaque espèce et groupe d’espèces.

«Vu le milieu, il devrait y avoir au moins trois rossignols, s’étonne-t-il en pointant du doigt une friche. Quand j’étais gamin, il y en avait partout.» Difficile à observer dans les broussailles dans lesquelles il se terre, le rossignol philomèle est pourtant impossible à manquer lors d’un comptage : il passe ses journées (et même ses nuits !) à chanter, recouvrant même les gazouillis des autres espèces. Si ses populations restent stables ces deux dernières décennies à l’échelle nationale, l’oiseau a vraisemblablement disparu de la zone suivie par l’ornithologue.

Un peu plus loin, en se rapprochant des habitations, le comptage réserve des surprises plus réjouissantes. Le naturaliste observe de plus en plus de verdiers d’Europe. Une bonne nouvelle pour ce petit passereau habitué des mangeoires : ses populations s’effondrent ces dernières années à cause d’une épidémie de trichomonose, une maladie parasitaire qui touche les voies digestives. En vingt-cinq ans, l’oiseau a perdu près de 70% de ses effectifs au niveau national.

Le long du parcours, les chants d’alouettes se font timidement entendre. © Esteban Grépinet/Vert

Le long du chemin, mésanges, pinsons, grives et autres oiseaux très communs se font régulièrement entendre. Ces espèces dites «généralistes», qui peuvent aussi bien vivre en ville qu’à la campagne ou en montagne, sont les seules à connaître une dynamique positive. Le pigeon ramier, reconnaissable à son vol lourd et sa bande blanche sur le cou, en est un cas emblématique : sa population a plus que doublé en vingt-cinq ans.

Les alouettes ne sont plus à la fête

À l’inverse, la situation des oiseaux «spécialistes» est plus inquiétante : ceux des milieux agricoles (perdrix, bruants…) ont décliné de 30% en trente ans, et ceux des milieux forestiers (pics, troglodytes…) de 10%. Même les espèces des zones bâties sont en difficulté, avec une chute de 28% depuis 1989. Oiseaux emblématiques des campagnes, qui nichent dans les granges et les garages, les hirondelles rustiques ont vu leurs populations s’effondrer de trois quarts en Île-de-France (notre article).

«Il est très rare d’être surpris par une espèce. Chaque année, ce sont plutôt les absents qui m’étonnent.»

Les causes de ces déclins varient selon les espèces et leurs habitudes écologiques : disparition des friches ou des cavités dans les bâtiments rénovés pour certains oiseaux urbains, intensification de l’agriculture à la campagne… Pour les oiseaux insectivores, une récente étude française – basée sur l’analyse des données du Stoc – a mis en avant une «forte corrélation» sur le temps long entre les ventes de produits insecticides et le déclin de ces espèces (notre article).

Sur son circuit de comptage, qu’il couvre trois fois par an depuis 2021, Grégoire Loïs se remémore des moments marquants. Là, sur ce grand arbre étouffé de lierre, une chouette hulotte s’était envolée en plein jour à son approche. Plus loin, sur un vieux poirier planté au milieu d’un champ de céréales, une pie-grièche écorcheur était figée, tel un fantôme du passé. Typique des haies, où il empale ses proies, ce passereau au bec crochu se fait de plus en plus rare en Île-de-France. Proche cousine, la pie-grièche grise nichait encore dans la région il y a trente ans : elle n’y a plus été observée depuis 2005.

Un poirier au milieu d’un champ de céréales, sur le parcours du «carré Stoc» de Grégoire Loïs. © Esteban Grépinet/Vert

«Il est très rare d’être surpris par une espèce. Chaque année, ce sont plutôt les absents qui m’étonnent, témoigne Grégoire Loïs. Cela peut être lié à l’aléatoire, mais aussi à des populations plus faibles.» Le naturaliste s’aventure désormais au milieu des vastes étendues d’orge et de blé, typiques de plaines céréalières du centre de la France. «Vous voyez comme ça s’est calmé ?, chuchote-t-il. Pour l’instant, on entend juste deux espèces», contre une dizaine sur les précédents points d’écoute.

Symbole de ces campagnes silencieuses, le chant d’une alouette des champs s’étouffe au loin. «Normalement, c’est le bruit de fond omniprésent de ce type de milieu, souffle le chercheur. C’est frappant d’en entendre si peu.» Dès la fin de l’hiver, ce passereau couleur terre passe ses journées à faire résonner son indescriptible gazouillis métallique. Mais l’oiseau bien connu des comptines pour enfants n’est plus à la fête en France : en vingt-cinq ans, sa population a chuté de 32%.

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11.09.2026 à 15:16

En Haute-Savoie, une nouvelle autoroute décriée : ce chantier «condamne l’habitabilité de notre territoire»

Kim Vaillant

(473 mots)

Entre Machilly et Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), le chantier de l’A412, l’autoroute du Chablais, cristallise la colère de militant·es et riverain·es. Le ruban d’asphalte de 16,5 kilomètres en plein cœur de la montagne doit être livré en 2029 ; les travaux ont débuté le 1er septembre et de premiers arbres ont été abattus sur le tracé, lundi. 

Perrignier (Haute-Savoie), le 9 septembre 2026. Sur le chantier de l’autoroute A412, les abattages d’arbres ont commencé. © Kim Vaillant/Vert

Vert a rencontré des opposant·es qui se mobilisent pour tenter de bloquer le passage des abatteuses. Pour Jérôme Déthes, maraîcher et membre du syndicat agricole Confédération paysanne 74, ce projet qui rappelle la controversée A69 entre Toulouse (Haute-Garonne) et Castres (Tarn) est «en train de condamner l’habitabilité de notre territoire en détruisant sa faune, sa flore, ses milieux».

Crapaud sonneur et grand capricorne

Le chantier s’étendra sur 180 hectares. «On va retrouver environ 80 hectares de forêt détruits et 70 hectares de terres agricoles […] On coupe des corridors écologiques, une quarantaine de cours d’eau», liste Joanna Linares, membre du collectif StopA412. «Il y a des espèces emblématiques comme le castor, le crapaud sonneur à ventre jaune, le grand capricorne…», abonde Jérôme Déthes.

Pour Amedea (une filiale du groupe Eiffage), le concessionnaire de la future voie : «L’autoroute doit être construite pour soulager les routes départementales existantes et les villages traversés par un trafic de transit. […] Amedea a choisi de limiter autant que possible les impacts sur le territoire : par le choix du tracé, la multiplication des ouvrages, leur surdimensionnement.»

Désengorger les villages ? Une fausse promesse, dénonce Joanna Linares : «L’autoroute apportera encore plus de trafic dans notre région ; encore plus de gens viendront s’installer et prendront leur voiture. Ça incite les gens à utiliser des véhicules motorisés individuels, alors qu’il y a plein de solutions de transport en commun disponibles.»

Contactée, la préfecture de Haute-Savoie n’a, pour l’heure, pas répondu à nos sollicitations.

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10.09.2026 à 17:55

Après cet été caniculaire, allez-vous payer vos aliments plus cher dans les supermarchés ?

Esteban Grépinet

Texte intégral (1924 mots)
S’il n’y a pas de pénuries pour le moment, les canicules de cet été ont provoqué une hausse des prix des produits frais, notamment des légumes. © Riccardo Milani/Hans Lucas via AFP

🛒 En août 2026, le prix des produits frais a augmenté de 5,8% sur un an à cause de la sécheresse et des canicules qui ont lourdement affecté l’agriculture, souligne l’Insee.

🥬 Tomates, salades, poireaux… Les légumes sont particulièrement touchés (+13,8% sur un an), mais pas les fruits ni les pommes de terre.

🥔 La grande distribution a aussi annoncé revoir son cahier des charges : plusieurs fruits et légumes vendus seront plus petits et plus difformes.

🥫 En début d’année prochaine, l’inflation pourrait se reporter sur les produits transformés (conserves, pains, fromages…). Sur le long terme, les changements climatiques aggravent l’insécurité alimentaire.

Des fruits et légumes brûlés par la chaleur, des productions de pommes de terre en baisse, des élevages menacés par la sécheresse et le manque de fourrages… Après cet été aux conditions climatiques désastreuses pour l’agriculture française, les effets vont-ils se répercuter sur les rayons des supermarchés ?

«Les épisodes caniculaires de l’été contribueraient à réchauffer le prix des produits frais, notamment ceux des légumes», expose l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) dans sa note de conjoncture publiée ce jeudi. Dans le détail, en août 2026, les prix des produits frais (fruits, légumes, poissons…) ont augmenté de 5,8% sur un an, «des rythmes inobservés depuis début 2024», selon l’organisme.

Pas de pénuries, mais une inflation marquée pour les légumes

Pour l’instant, la grande distribution ne parle pas de «pénuries» ; plutôt de «tensions» sur certains aliments. «Cet été, nous avons notamment rencontré des difficultés d’approvisionnement sur les salades et tomates et, dans une moindre mesure, sur certains légumes très consommateurs d’eau comme les aubergines ou les radis, détaille auprès de Vert le Groupement Mousquetaires (Intermarché, Netto). Notre vigilance porte désormais surtout sur les récoltes d’automne et d’hiver : pommes, pommes de terre, carottes, poireaux, choux…»

Les produits issus de l’agriculture biologique ont également souffert : «Nous observons des fruits et légumes parfois plus petits ou de moindre qualité visuelle, une diminution des volumes de certaines céréales, notamment du blé, ainsi que des difficultés pour l’élevage», détaille le réseau de magasins bios Biocoop, qui prévoit des baisses de rendement de l’ordre de 10 à 20%.

«Les conditions climatiques peuvent entraîner, pour certaines filières, des tensions ponctuelles entre l’offre et la demande, et donc faire évoluer les prix», ajoute Hugues Beyler, directeur agriculture et filières de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe les principales enseignes françaises de supermarchés. C’est un principe économique bien connu : lorsque l’offre d’un produit se raréfie, les prix tendent à augmenter (on parle alors d’inflation) pour limiter la demande et rééquilibrer le marché.

«Nous observons aussi quelques impacts au niveau du prix des poissons et de produits particuliers comme les moules, dont la croissance est plus compliquée quand la température de l’eau s’élève.»

À ce jour, si l’inflation alimentaire globale reste stable en août 2026 (+1,1% sur un an), la hausse est particulièrement prononcée pour la catégorie des produits frais, et tout particulièrement pour celle des légumes, dont les prix sont en augmentation de 13,8% sur un an en août, selon l’Insee. «En revanche, aucun impact n’est identifié sur le prix des fruits et pommes de terre», complète l’organisme.

En juillet, la hausse de prix était de 13% sur un an pour les légumes à fruits (tomates, courgettes…) et de 8% pour les légumes à tiges (salades, endives…), détaille Sébastien Faivre, responsable de la division «prix à la consommation» à l’Insee. «Nous observons aussi quelques impacts au niveau du prix des poissons et de produits particuliers comme les moules, dont la croissance est plus compliquée quand la température de l’eau s’élève», précise-t-il.

Des fruits et légumes plus petits dans les supermarchés

La répercussion de la crise climatique sur les prix dans les rayons dépend aussi des stratégies de la grande distribution, qui peut recourir à plus d’importations pour garnir son offre. «Sur la tomate, nous avons eu de fortes hausses en juin, tempérées par l’importation de tomates marocaines, illustre Sébastien Faivre. En juillet et en août, il y a eu moins d’importations, donc des hausses de prix plus fortes.»

«Notre premier réflexe ne sera pas d’aller chercher davantage de produits à l’étranger», assure le Groupement Mousquetaires. Outre la priorité donnée aux produits français, l’ensemble des enseignes de la Fédération du commerce et de la distribution a annoncé le 18 août «adapter les pratiques aux réalités du terrain», avec des produits plus petits ou biscornus.

«Un fruit plus petit ou un légume moins joli reste un bon produit.»

Pommes, salades, poivrons, pommes de terre… «Pour certains fruits et légumes, les consommateurs pourront trouver des calibres et aspects différents de ceux auxquels ils sont habitués, détaille Hugues Beyler. Ces différences ne signifient évidemment pas une différence de qualité et permettent de valoriser une plus grande partie de la production française.» «Un fruit plus petit ou un légume moins joli reste un bon produit. L’apparence change, pas nécessairement le goût ni la qualité», abonde le Groupement Mousquetaires.

«La grande distribution a simplement mis en place les choses qui sont absolument indispensables et qui devraient être la norme, nuance Mathieu Dalmais, porte-parole de l’ONG Inside Track France, qui regroupe des acteurs de l’agroalimentaire. Il serait plutôt rassurant que le consommateur paie une partie, car il faut absolument soutenir le monde agricole. Mais nous craignons que cette hausse de prix finisse surtout dans la poche de la grande distribution, il va falloir être extrêmement attentif.»

De même que Carrefour, le Groupement Mousquetaires se dit «prêt à réduire [ses] marges autant que possible» sur les produits les plus en tension, sans donner plus de détails. Si Biocoop revendique déjà des standards différents de la grande distribution pour lutter contre le gaspillage alimentaire, le réseau de magasins bios a «assoupli» ses règles dès juillet et réduit ses marges sur certains produits, comme les abricots et les raisins.

À plus long terme, le changement climatique risque d’accroître la précarité alimentaire

Si l’inflation concerne aujourd’hui principalement les produits frais, elle pourrait progressivement se reporter sur les produits transformés (conserves, pains, fromages, compotes…). «Les conséquences sur les céréales et les productions animales devraient se manifester plus tard, puisque les produits actuellement disponibles proviennent encore en partie des récoltes précédentes», explique Biocoop.

L’effet de la hausse des cours mondiaux des matières premières agricoles, comme les céréales, pourrait s’observer plutôt en début d’année prochaine, estime Dorian Roucher, chef du département de la conjoncture de l’Insee : «Nos modélisations montrent qu’il faut cinq mois pour que cette hausse se transmette aux industries agroalimentaires, et cinq mois pour arriver jusqu’aux prix des produits alimentaires.»

À plus long terme, les changements climatiques aggravent les pressions sur les systèmes alimentaires. Les canicules de l’été 2022 ont par exemple accru l’inflation alimentaire d’environ 0,67 point de pourcentage en Europe, selon une étude de la Banque centrale européenne et de l’Institut de recherche de Potsdam sur les effets du changement climatique. Selon leurs estimations, la hausse des températures estimée sur le continent pour 2035 conduirait à une inflation alimentaire d’un à trois points de pourcentage par an.

Si les salaires ne suivent pas, la hausse des prix réduit le pouvoir d’achat des consommateur·ices et accroît la précarité des plus démuni·es. Avec les vagues de chaleur et sécheresses de 2023, environ un million de personnes supplémentaires ont subi de l’insécurité alimentaire en Europe par rapport à la période 1981-2010, selon l’édition européenne du Lancet countdown : «Les chocs climatiques et météorologiques font grimper les prix des fruits et légumes, rendant plus difficile pour les ménages à faibles revenus de se procurer une alimentation saine et nutritive.»

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10.09.2026 à 17:05

Congé climatique, «journée intensive»… Pour concilier travail et chaleur, la France pourrait s’inspirer de solutions espagnoles

Marti Blancho

Texte intégral (1516 mots)
Madrid (Espagne), le 9 septembre 2026. Le ministre français du travail, Jean-Pierre Farandou (à gauche), la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet (à droite), et la ministre espagnole du travail, Yolanda Díaz (au centre), participent à une visite de chantier. © Thomas Coex/AFP

En cette rentrée, le ministre du travail, Jean-Pierre Farandou, a fait ses valises pour l’Espagne. Pas pour se prélasser en bord de mer, mais afin de comprendre comment nos voisin·es s’adaptent aux fortes températures quand il s’agit de travailler. Un «voyage d’étude» annoncé en juin, au début de l’été le plus chaud jamais enregistré en France.

Accompagné de représentant·es de syndicats et du patronat, le ministre a été reçu mercredi à Madrid par son homologue ibérique, Yolanda Díaz, communiste et ex-leader du parti Sumar (gauche). «La France devient l’Espagne», a déclaré Jean-Pierre Farandou pour illustrer la nécessité de s’inspirer d’un pays «habitué aux grandes chaleurs depuis longtemps et à l’avant-garde des mesures prises pour gérer leur impact sur le monde du travail».

L’urgence est criante. 7 300 décès excédentaires ont été enregistrés cet été par Santé publique France ; un bilan encore provisoire. Sur la même période, au moins 14 personnes sont mortes de la chaleur au travail, d’après les derniers chiffres de la Confédération générale du travail (CGT). «Ce voyage à Madrid confirme que la France est très en retard face aux chaleurs et aux intempéries, assure Sophie Binet, sa secrétaire générale. À l’issue de ce déplacement, une chose est claire : il y a urgence à modifier le code du travail pour intégrer les protections qui existent déjà chez nos voisins.»

La journée intensive

Premier dispositif observé par la délégation française : la «journée intensive» (ou «continue»). En été, nombre d’employé·es, ouvrier·es du BTP ou travailleur·ses agricoles commencent plus tôt – environ 7h30 dans les bureaux ; parfois dès 6h sur les chantiers – et terminent vers 14h ou 15h, sans pause déjeuner. La journée de travail est condensée sur la seule matinée, après laquelle chacun·e rentre chez soi. «La logique est implacable : on évite les heures les plus chaudes, et donc les risques les plus importants», a reconnu Jean-Pierre Farandou.

En général, cette organisation s’étend de fin juin à début septembre – les dates varient selon les provinces. Il ne s’agit toutefois pas d’un droit légal automatique : elle doit être prévue par la convention collective ou inscrite sur le contrat de travail. Environ la moitié des entreprises espagnoles proposent cette journée intensive, d’après différentes estimations.

En fin de compte, «la proposer est dans l’intérêt des employeurs, puisqu’elle permet d’améliorer la productivité», a assuré la ministre espagnole du travail, expliquant que de nombreuses études démontrent que la productivité chute à force de travailler sous la chaleur.

Mais la mesure a ses limites. La saison de la journée intensive s’arrête début septembre, alors que le thermomètre avoisine encore régulièrement les 40°C dans le courant du mois, surtout en Andalousie. Cette semaine, l’agence espagnole de météorologie (Aemet) a émis une alerte orange pour fortes chaleurs à Séville, à Cordoue et à Jaén, dans cette région du sud de l’Espagne. Quant à certains secteurs très exposés à la chaleur comme les filières bois, métallurgie ou ciment, ils ne bénéficient même pas de cette option dans leur convention.

Un décalage pointé par Jaime Sarmiento, secrétaire à la santé au travail du syndicat UGT à Cordoue : «Les températures ne connaissent ni calendrier ni convention collective. Si la chaleur continue et que la santé des travailleurs est menacée, les mesures de prévention doivent continuer à s’appliquer

En cas d’alerte rouge, fermeture des terrasses des bars et restaurants

Au-delà de cette flexibilité négociée, les employeur·ses espagnol·es ont, depuis 2023, l’obligation légale de protéger leurs salarié·es en cas de forte chaleur : adaptation des horaires, protocoles de prévention, voire interdiction de certaines tâches en extérieur. Dès que l’Aemet émet une alerte orange ou rouge et que les mesures préventives ne suffisent plus, la loi impose l’adaptation des conditions de travail — pouvant aller jusqu’à la réduction des horaires.

Dans ce contexte, un·e maçon·ne doit pas travailler à l’extérieur pendant les heures les plus chaudes de la journée. Autre exemple : la nouvelle convention collective de la restauration prévoit la fermeture des terrasses, des bars et des restaurants en cas d’alerte rouge ou de températures proches ou supérieures à 42°C, sous peine d’amendes pouvant atteindre 50 000 euros.

Les autorités affirment veiller au respect de la loi. Le montant des amendes aux entreprises en infraction a ainsi doublé entre les étés 2022 et 2025, passant de 706 000 euros à 1,56 million d’euros, d’après des chiffres du ministère du travail espagnol, révélés par le journal El País. Des sanctions qui touchent surtout la construction et l’agriculture, pour non-respect des horaires adaptés. Les syndicats espagnols dénoncent néanmoins des trous dans la raquette. La confédération Comisiones Obreras comptabilise 3 830 accidents liés à la chaleur en 2025, près du double de l’année précédente.

Congé climatique

Autre dispositif scruté par la délégation française : le désormais fameux congé climatique, entré en vigueur le 28 novembre 2024, un mois après les inondations meurtrières à Valence, dans l’est du pays. Il ouvre droit à quatre jours de congés payés par an lorsqu’un·e salarié·e fait face à une «situation de risque grave et imminent», notamment lorsqu’elle découle d’«une catastrophe ou d’un phénomène météorologique adverse». Les fortes chaleurs font bien partie de ces situations, comme l’a confirmé le ministère espagnol du travail, et contrairement aux propos de Jean-Pierre Farandou, qui avait assuré, fin juin, que la mesure excluait les alertes canicule. Madrid n’a cependant pas confirmé si ce congé avait été effectivement utilisé dans le contexte d’une vague de chaleur.

En France, l’idée a déjà des relais politiques. Les Écologistes soutiennent une proposition de loi visant à instaurer cinq jours de congés payés en cas d’alerte rouge météo. Jean-Pierre Farandou émet des réserves : «Je ne crois pas que l’on puisse transposer exactement la même chose», a-t-il confié à El País, un jour avant son voyage en Espagne. Une fois arrivé à Madrid, le ministre a préféré éluder le sujet.

L’Hexagone dispose cependant d’un dispositif similaire : le «régime de chômage-intempéries», qui prend en compte les fortes chaleurs mais reste réservé au secteur du BTP. La CGT, Solidaires et la FSU demandent d’étendre le dispositif à tous les secteurs. La CGT a aussi insisté pour inscrire dans la loi des températures de référence. Outre-Pyrénées, un décret exige depuis 1997 que la température intérieure ne dépasse pas 27°C dans les bureaux et 25°C en cas d’activité physique «légère».

Reste à savoir comment la France transposera ces enseignements. Jean-Pierre Farandou a d’ores et déjà tranché en faveur du dialogue social, au lieu d’une procédure législative. Le groupe de travail formé avec les représentant·es des syndicats et des entreprises doit poursuivre ses réflexions à Paris dans les prochaines semaines. Le ministre voudrait «conclure les discussions fin 2026 ou début 2027» mais anticipe déjà qu’«il n’est pas exclu qu’on ne voie pas les choses pareil».

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