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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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11.06.2026 à 11:53

«Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée» : les communes esseulées face au défi des PFAS

Lisa Boudoussier

Texte intégral (1680 mots)
Malandry (Ardennes), le 30 septembre 2025. La maire de la commune, Annick Dufils, présente une installation expérimentale qui sert à filtrer l’eau contaminée. © Jean-Christophe Verhaegen/AFP

En juillet 2025, près de 3 000 habitant·es des Ardennes se sont vu interdire de boire l’eau du robinet. Une décision prise par la préfecture face à des analyses révélant des taux de PFAS bien supérieurs aux normes autorisées dans les sources alimentant treize communes. Ces substances chimiques très persistantes dans l’environnement peuvent contaminer l’eau que l’on boit et s’accumulent ensuite dans l’organisme.

Malandry fait partie des localités concernées. Sa maire, Annick Dufils, raconte : «J’ai appris avec sidération et colère que notre eau était contaminée par des polluants éternels.» La commune distribue, encore en ce mois de juin, deux litres d’eau en bouteille par jour à chacun·e des 80 habitant·es. De fait, la dernière analyse réalisée en janvier dans le cadre du contrôle sanitaire révèle une concentration en PFAS de 0,706 microgramme par litre (µg/l), soit sept fois la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l.

Depuis quelques années, les interdictions de boire une eau potable contaminée aux PFAS se multiplient en France : à Saint-Louis (Haut-Rhin) en avril 2025, à Arrentès-de-Corcieux (Vosges) en octobre 2025, ou encore, en avril dernier, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône). Si certaines interdictions ont depuis été levées, d’autres demeurent. Entre l’identification d’une pollution et sa résolution, le chemin peut être long.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur»

Lorsqu’une eau est déclarée non conforme, c’est au distributeur – responsable pénalement de sa qualité – de prendre les mesures nécessaires pour rétablir la situation. En pratique, il s’agit souvent de communes ou de syndicats de l’eau. Problème : les différentes techniques de traitement ne permettent pas encore de détruire de façon systématique les PFAS – et elles sont particulièrement coûteuses.

Accablée, la maire de Malandry explique : «Nous n’avons pas les moyens de remettre l’eau en conformité, donc elle reste polluée.» L’été dernier, un test a tout de même été mené avec de l’eau prélevée de la source et mise dans un bidon avec du charbon actif ; sans pouvoir le développer à grande échelle. «Cette technique ne fait disparaître qu’une partie des PFAS, seulement les plus grosses molécules», rappelle par ailleurs Annick Dufils. Dans la commune voisine d’Haraucourt, une cuve à charbon actif vient d’être installée, le 8 juin. Son fonctionnement – qui implique de changer régulièrement les filtres – risque de coûter cher.

«Pour le moment, les collectivités n’ont pas d’autre choix que d’augmenter la facture d’eau des usagers domestiques. À l’arrivée, ce sont eux qui payent le prix de la dépollution», regrette Gabriel Amard, député La France insoumise (LFI), qui a déposé le 15 avril un rapport d’information avec Jean-Michel Brard (Horizons) sur la transposition et la mise en œuvre de la directive européenne sur la qualité des eaux.

«Il faut renforcer le principe pollueur-payeur», poursuit-il. Difficile d’imaginer que cette volonté soit entendue, alors que la redevance censée taxer les PFAS à hauteur de 100 euros pour 100 grammes rejetés dans l’eau n’est toujours pas entrée en vigueur. Elle aurait dû être appliquée à partir du 1er mars, mais Sébastien Lecornu l’a reportée de plusieurs mois, comme l’a révélé la cellule investigation de Radio France.

Des plaintes pour retrouver les responsables

Avec cinq autres communes des Ardennes, Malandry a déposé une plainte contre X pour «mise en danger de la vie d’autrui» et «pollution de l’eau», le 7 avril. L’objectif est de trouver les responsables de cette pollution aux PFAS liée à l’épandage de boues d’épuration, selon une enquête de Disclose et France 3 publiée en février.

Une plainte similaire a été déposée dans les Vosges, en février. Elle fait suite à la découverte de résultats d’analyses des PFAS dans l’eau indiquant un dépassement des seuils dans les communes d’Arrentès-de-Corcieux et de Tendon. «Ce sera à la justice d’établir la chaîne de responsabilité. Mais, au-delà des industriels, c’est aussi l’État qui pourrait être tenu pour responsable», estime Jean-François Fleck, de Vosges nature environnement, l’une des associations qui a porté plainte avec deux particuliers.

C’est justement ce que souhaitent faire reconnaître les associations Notre Affaire à tous, Bloom et Générations futures, ainsi que des victimes de la pollution aux PFAS, qui ont directement attaqué l’État devant le tribunal administratif de Paris, le 21 mai. Elles dénoncent notamment le fait que les autorités avaient connaissance de cette contamination et des risques sanitaires associés.

«C’est la présence de PFAS qui fait le poison»

Dans une lettre ouverte envoyée début juin au gouvernement, la Conférence nationale des unions régionales des professionnels de santé (CN URPS-ML) alerte sur la menace que fait peser sur la santé cette pollution de l’eau que l’on boit.  

De nombreux travaux scientifiques démontrent que ces molécules peuvent avoir des effets délétères pour l’être humain : augmentation du taux de cholestérol, cancers, effets sur la fertilité et le développement du fœtus, sur le foie, sur les reins… Pascal Meyvaert, coordinateur du groupe de travail santé environnementale de la CN URPS-ML, affirme : «Même un taux inférieur aux limites de qualité ne veut pas dire qu’il n’y a plus de danger. Aujourd’hui, on considère que c’est la présence de PFAS qui fait le poison.»

D’autant plus que seuls 20 PFAS sont réglementés sur une famille de plus de 10 000 molécules. Une liste à laquelle n’appartient pas l’acide trifluoroacétique (TFA), alors qu’il vient tout juste d’être officiellement considéré comme «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques. La recherche de ce polluant ne sera obligatoire qu’à compter de janvier 2027 en France.

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11.06.2026 à 10:28

L’eau de votre robinet est-elle contaminée aux PFAS ? Notre carte exclusive

Lisa Boudoussier

Texte intégral (2362 mots)

👉 Nous révélons qu’au moins 2,7 millions de Français·es vivent dans des zones où les données sont incomplètes.

Qu’ont en commun les villes de Strasbourg, Hénin-Beaumont, Savigny-sur-Orge, Menton ou encore Fort-de-France ? Leurs habitant·es n’ont aucun moyen de savoir si leur eau du robinet est contaminée par les «polluants éternels».

Pourtant, depuis le 12 janvier dernier, la loi a rendu obligatoire la surveillance dans l’eau potable de 20 PFAS – une vaste famille de substances chimiques particulièrement persistantes dans l’environnement, qui présentent des risques pour la santé.

Plus inquiétant encore, Vert révèle que dans 96 communes, les analyses déjà réalisées montrent que l’eau dépasse la limite de qualité fixée à 0,1 microgramme par litre (µg/l) pour la somme des 20 PFAS. Ainsi, l’eau potable d’au moins 6 100 habitant·es est polluée par ces molécules.

Votre eau du robinet a-t-elle été analysée ? Est-elle contaminée aux PFAS ? Pour le vérifier, Vert a créé une carte interactive qui recense les résultats des contrôles sanitaires partout en France hexagonale et dans les outre-mer.

*La somme des 20 PFAS ne doit pas dépasser 0,1 µg/l (PFBA, PFBS, PFDA, PFDODA, PFDODS, PFDS, PFHPA, PFHPS, PFHXA, PFHXS, PFNA, PFNS, PFOA, PFPEA, PFPS, PFTRDA, PFTRDS, PFUNA, PFUNDS, PFOS)

** La somme des 4 PFAS les plus préoccupants (PFOA, PFOS, PFNA, PFHxS) ne doit pas dépasser 0,02 µg/l, selon le seuil recommandé par le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP)

En entrant le nom de votre commune dans la barre de recherche, vous aurez accès aux résultats des contrôles réalisés dans chaque unité de distribution d’eau potable (UDI), qui permet d’acheminer l’eau jusqu’à votre robinet. Vous pourrez alors vérifier si l’eau de votre commune a bien été analysée, et si elle respecte la limite de qualité.

Par ailleurs, face à l’étendue des risques que font peser les PFAS sur la santé, le respect d’un seuil plus contraignant est recommandé par le Haut Conseil pour la santé publique (HCSP) en complément de la limite de qualité. Nous l’avons donc intégré à notre carte.

De fortes inégalités territoriales

Selon les calculs de Vert, près de 8 500 réseaux de distribution d’eau potable – sur plus de 25 000 recensés dans le pays – n’ont toujours pas publié le résultat des analyses des PFAS dans leurs eaux. Selon nos estimations, au moins 2,7 millions de Français·es sont concerné·es par ce manque de données.

Gabriele Gien, avocate spécialisée en droit de l’environnement, notamment sur la question de la pollution de l’eau, s’interroge sur ce piètre bilan : «Comment est-ce possible que tous les réseaux de distribution n’aient pas encore été analysés, alors que cela fait six ans que l’on connaît l’échéance [de 2026] ?»

Dès 2020, la directive européenne sur l’eau potable imposait aux États membres de surveiller une liste de 20 PFAS (parmi des milliers de molécules) afin de respecter une limite de qualité de 0,1 μg/l au robinet et de protéger la santé des citoyen·nes. La France a transposé cette directive européenne en décembre 2022, de quoi, en principe, laisser suffisamment de temps aux agences régionales de santé (ARS) pour organiser cette nouvelle surveillance. Hélas. «Sans le contrôle complet des réseaux de distribution par les ARS, on ne peut pas être certain que toutes les eaux sont conformes», analyse encore Gabrièle Gien.

Notre carte révèle de fortes inégalités territoriales, l’absence de données étant visible sur les zones grisées. L’Occitanie est l’une des régions où il manque le plus de résultats : environ 67% des réseaux d’eau n’ont pas d’analyse à jour. La situation est aussi préoccupante en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Bourgogne-Franche-Comté, où plus de quatre réseaux sur dix n’ont pas encore communiqué de résultats. Pire encore, la Martinique et Mayotte ne disposent d’aucune analyse sur l’ensemble de leur territoire.

Certains réseaux de distribution ne seront pas analysés avant plusieurs mois

Comment expliquer que de nombreux réseaux d’eau potable ne soient pas encore analysés ? Interrogée par Vert, la direction générale de la Santé (DGS) explique que les prélèvements ne sont pas menés partout au même moment. «Au regard des fréquences de contrôle sanitaire, qui varient suivant la taille de la population alimentée […], ce n’est que dans les prochains mois que nous aurons une vision exhaustive de la situation», détaille-t-elle sans préciser la date exacte à laquelle la totalité des réseaux d’eau potable auront été analysés sur le territoire.

Seules 7 des 17 agences régionales de santé contactées par Vert nous ont répondu. De la même manière que la direction générale de la santé, les ARS expliquent que la programmation des analyses se fait en fonction de la fréquence réglementaire, qui varie au cas par cas selon le volume d’eau distribué. L’ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur, interrogée sur le manque d’analyses dans la commune de Menton (Alpes-Maritimes), indique à Vert : «Les analyses n’ont pas encore été réalisées cette année, elles le seront dans les mois qui viennent, trois analyses de PFAS sont programmées entre juillet et novembre 2026.»

Toutes nous assurent que des campagnes de mesures ont été menées avant même l’entrée en vigueur de l’obligation. «Notre région avait déjà anticipé la réglementation puisque des recherches sont réalisées depuis 2022», affirme par exemple l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes. Néanmoins, ces «campagnes d’analyses exploratoires» ne peuvent pas être interprétées au même titre que le contrôle sanitaire puisqu’elles sont réalisées en dehors du programme d’analyses prévu. «Les résultats de [ces] analyses ne sont pas nécessairement représentatifs de la qualité de l’eau du réseau de distribution, à l’inverse des données du contrôle sanitaire», peut-on lire dans le bilan national de la qualité de l’eau du robinet sur les PFAS de 2024.

«Élus locaux, citoyens et associations ont un rôle important pour exiger des analyses»

Les distributeurs d’eau potable – que sont les mairies, les syndicats de l’eau, les communautés de communes ou encore les exploitants privés – sont responsables pénalement de la qualité de l’eau distribuée.

Vert a contacté plusieurs distributeurs parmi ceux qui alimentent le plus de personnes pour leur demander s’ils avaient interpellé leur ARS face à l’absence d’analyse les concernant. Ni l’eurométropole de Strasbourg (Bas-Rhin), qui distribue l’eau à environ 420 000 personnes, ni Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) et ses 36 000 buveur·ses ne nous ont répondu.

En revanche, la communauté urbaine d’Arras (Pas-de-Calais) nous renvoie à la dernière analyse effectuée en février dernier par l’ARS. Néanmoins, celle-ci ne concerne qu’un seul réseau d’eau alimentant 325 habitant·es, alors que la commune en compte 43 765, selon les données disponibles dans le contrôle sanitaire. Une grande partie de la population d’Arras ne sait donc pas si son eau est polluée au PFAS à ce jour.

Pour Jean-François Fleck, vice-président de l’association Vosges nature environnement : «Les élus locaux, citoyens et les associations ont un rôle important pour exiger que des analyses soient menées par les administrations», qu’il accuse de «jouer soit l’absence d’information, soit le fait de nier l’ampleur du problème».

Eau potable contaminée aux PFAS : une centaine de communes concernées

Lorsque les analyses sont bel et bien réalisées, les résultats s’avèrent parfois préoccupants. «Plusieurs réseaux de distribution de l’eau potable sont non-conformes, c’est quand même très inquiétant pour les populations», observe la toxicologue Pauline Cervan, de l’association Générations futures. Avant de compléter : «Or la directive sur l’eau potable demande à la fois la surveillance des PFAS, mais aussi le respect de la limite de qualité.»

Selon les dernières analyses du contrôle sanitaire, quinze réseaux de distribution ont des concentrations de PFAS supérieures à la limite de qualité fixée à 0,1 µg/l pour la somme de ces 20 molécules dans les eaux de consommation. Colorés en rouge sur notre carte, ces dépassements concernent, selon les calculs de Vert, au moins 6 100 personnes de 96 communes dans les Ardennes, la Haute-Saône, le Gard et le Rhône, l’Isère ou encore l’Ardèche.

Pour qu’une eau soit jugée non conforme à la limite de qualité, plusieurs analyses supplémentaires sont nécessaires. Dès février 2025, une instruction du ministère de la santé imposait le retour à la conformité avant janvier 2026 de l’ensemble des situations pour lesquelles le dépassement de la limite de qualité avait été confirmé.

En Haute-Saône, le réseau de distribution d’eau potable de Breuches a été déclaré non conforme par l’ARS à la fin de l’année 2025. Il apparaît en rouge sur notre carte puisque la dernière analyse datant d’août 2025 mesure à 0,408 µg/l le taux de PFAS dans l’eau potable. Aucune analyse plus récente n’est disponible, pourtant l’ARS Bourgogne-Franche-Comté écrit sur son site : «Un suivi renforcé de la qualité de l’eau est instauré.» Par ailleurs, la consommation de l’eau n’a pas été restreinte – les préfet·es peuvent prendre des arrêtés interdisant la consommation de l’eau du robinet –, les habitant·es continuent donc de la boire. Pour Pauline Cervan : «C’est encore une fois une illustration de l’inaction de l’État qui sait que l’eau est contaminée mais qui ne fait rien.»

Notre méthodologie

Cette carte a été réalisée à partir des résultats d’analyse du contrôle sanitaire de l’eau distribuée commune par commune, publiés sur datagouv.fr. Ces données sont extraites de la base nationale SISE-Eaux d’alimentation et elles ont été mises à jour pour la dernière fois le 1er juin 2026.

Les résultats d’analyses affichés sur la carte remontent à janvier 2025 et vont jusqu’à fin avril 2026. Elle est à l’échelle des UDI, sauf pour les territoires d’outre-mer, où les résultats sont affichés par commune (le tracé des UDI n’étant pas disponible).

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11.06.2026 à 00:01

Budget carbone qui s’épuise, températures records : des scientifiques publient de nouveaux chiffres chocs sur l’évolution du climat

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (1145 mots)
Cette actualisation de données a notamment été signée par les Français·es Valérie Masson-Delmotte, Christophe Cassou, Aurélien Ribes ou Pierre Friedlingstein. © Pierre Trudelle/Unsplash

Cinq ans après la parution des dernières données du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) sur le sujet, 73 scientifiques du monde entier ont actualisé une douzaine d’indicateurs essentiels pour saisir l’état du climat planétaire et l’influence humaine sur son évolution. Bilan des émissions mondiales de gaz à effet de serre, évolution des températures sur terre et en mer, budget carbone restant avant de franchir le seuil de 1,5°C de réchauffement climatique… Cet important travail de revue, signé par plusieurs climatologues de renom, dont les Français·es Valérie Masson-Delmotte, Christophe Cassou, Aurélien Ribes ou Pierre Friedlingstein, devrait provoquer un électrochoc chez nos dirigeant·es. Et pourtant.

⛽ Émissions de gaz à effet de serre : nouveaux records

Sauf pandémie ou crise énergétique d’ampleur, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) franchissent chaque année un nouveau record et les deux dernières ne font pas exception. En 2024, les émissions totales de GES – dioxyde de carbone (CO2), méthane (CH4), protoxyde d’azote (N20) – ont atteint un niveau inédit de 56,8 milliards de tonnes équivalent CO2 (gigatonnes de CO2e).

Le collectif de scientifiques Global carbon project a averti dès novembre que les émissions issues des combustibles fossiles marqueraient un nouveau record en 2025. Or les trois quarts des émissions mondiales sont «directement dus à l’usage des énergies fossiles», rappellent les scientifiques.

Seul point positif, les émissions n’augmentent plus aussi vite que pendant les années 2000, notent les chercheur·ses. Depuis la signature de l’Accord de Paris, elles sont en voie de stabilisation et l’Agence internationale de l’énergie entrevoit même un pic avant 2030.

Mais, dans leur opus de 2021, les auteur·ices du Giec ont indiqué que la limitation du réchauffement mondial à 1,5°C d’ici 2100 par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850) nécessitait d’atteindre ce pic avant 2025 et de diviser par deux le niveau d’émissions entre 2019 et 2030.

⏱ Le budget carbone épuisé

La hausse continue des émissions de gaz à effet de serre épuise le budget carbone restant – c’est-à-dire la quantité de CO2 qu’il reste à émettre avant d’atteindre 1,5°C de réchauffement. Depuis 2020, ce budget a fondu de 74% pour s’établir à 130 milliards de tonnes de CO2 début 2026. C’est à peine plus de deux ans et demi d’émissions au rythme actuel.

«Il est désormais inévitable que le réchauffement atteigne puis dépasse 1,5°C», estiment les chercheur·ses. Toujours au rythme actuel d’émissions, la température mondiale atteindra +1,5°C dans trois ans, +1,7°C dans douze ans et +2°C dans vingt-cinq ans.

Pour rappel, le seuil de 1,5°C de réchauffement n’est pas scruté par hasard. Dépasser ce niveau de réchauffement pourrait notamment déclencher des points de bascule climatique. Autrement dit, lorsqu’un élément clé du climat (calottes polaires, courants océaniques, forêts tropicales, etc.) bascule vers un nouvel état, avec des conséquences irréversibles et difficilement contrôlables.

🌡 Mercure au top

Pour l’heure, les scientifiques estiment que le réchauffement climatique moyen (sur la période 2016-2025) s’établit à 1,24°C par rapport à l’ère préindustrielle. Il n’était «que» de 1,09°C à la parution du rapport du Giec en 2021. Sur la seule année 2025 – troisième plus chaude de l’Histoire – le réchauffement a atteint 1,39°C (dont 1,37° uniquement dus aux activités humaines), selon les scientifiques. C’est moins que les estimations de l’Observatoire européen Copernicus, qui a établi le réchauffement à 1,47°C cette année-là en utilisant d’autres jeux de données (notre article).

Dans tous les cas, le rythme de réchauffement reste «à son plus haut niveau historique», attestent les chercheur·ses. À ce sujet, elles et ils rappellent une étrangeté du système climatique – aux yeux du grand public – liée à la baisse de la pollution au soufre (historiquement générée par les centrales au charbon, raffineries et industries métallurgiques et chimiques). Ces particules dangereuses pour les voies respiratoires ont aussi le pouvoir de réfléchir une partie du rayonnement solaire et donc de masquer le réchauffement climatique. Leur baisse drastique – de 12 à 1,4 gigatonne émise entre 1990 et 2024 – annule aujourd’hui cet effet.

Une telle accumulation de chaleur a pour conséquence directe l’accélération de la montée du niveau de la mer (sous l’effet conjugué de la dilatation des océans et de la fonte des glaces), qui a atteint +23 centimètres en 2025 par rapport à 1901. La hausse annuelle s’est fortement accélérée, passant de +1,73 millimètre sur la période 1901-2018 à +3,66 millimètres en 2006-2025. Autre preuve tangible du bouleversement climatique en cours : le nombre de jours de vagues de chaleur marine a doublé entre 1982 et 2016, puis a plus que triplé (x3,3) entre 1991 et 2025. L’année 2024 a connu à elle seule 82 jours de vagues de chaleur marine, un record.

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10.06.2026 à 16:44

Cultiver sans pesticides, c’est possible : dans la Somme, ces scientifiques sèment des alternatives

Esteban Grépinet

Texte intégral (1603 mots)
Une bineuse en action dans un champ de betteraves : elle permet de lutter contre les «mauvaises herbes» sans utiliser d’herbicide. © Esteban Grépinet/Vert

En cette chaude matinée de mai, un nuage de poussière s’élève au milieu d’un champ. Un tracteur équipé d’une houe rotative, sorte d’alignement de roues dentées destinées à gratter le sol, fonce à toute allure au milieu des rangées de betteraves.

«Avec la vitesse, elle vient éjecter les adventices [les «mauvaises herbes», NDLR] et les mettre en surface au soleil, explique au volant Sébastien Darras, qui travaille à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). C’est un des leviers que nous utilisons pour nous passer des herbicides.»

Situé sur l’unité expérimentale Inrae d’Estrées-Mons (Somme), au beau milieu des grandes plaines de Picardie, ce champ n’est pas comme les autres : aucun pesticide n’y est utilisé. Depuis 2012, plusieurs parcelles ont contribué, avec huit autres sites de l’Inrae répartis dans toute la France, à un projet national de «systèmes de culture zéro pesticides» – le «Rés0Pest».

Publiés en février dernier, les résultats de cette expérimentation sur dix ans sont clairs : «Il est possible d’atteindre des rendements comparables aux systèmes conventionnels et supérieurs aux systèmes biologiques et, dans certains cas, de générer un revenu agricole net plus élevé», écrivent les scientifiques.

Bandes fleuries et coccinelles

«Nous avons été extrêmes dans la non-utilisation de produits phytosanitaires, expose Jean-Noël Aubertot, agronome à l’Inrae et initiateur du projet. Mais ces systèmes ne sont pas en bio, car nous autorisons par exemple les engrais de synthèse», qui favorisent la croissance des plantes. L’expérience a été menée sur des parcelles de grandes cultures (céréales, pommes de terre, betteraves…), comme c’est le cas à Estrées-Mons, et de polyculture-élevage (prairies, cultures fourragères…), en Bretagne, dans le Poitou ou encore près de Toulouse (Haute-Garonne).

«Nous avons tenu bon et nous avons récolté beaucoup plus qu’attendu dans certains cas.»

«En 2012, beaucoup de gens n’y croyaient pas, ils pensaient que nous n’allions rien obtenir», se souvient Sébastien Darras, qui pilote le projet dans la Somme. «Nous avons tenu bon et nous avons récolté beaucoup plus qu’attendu dans certains cas, se réjouit Jean-Noël Aubertot. Nous n’avons pas observé de problème majeur lié aux attaques de ravageurs et au développement des maladies. En revanche, sur certains sites, nous avons été confrontés à des impasses techniques, avec des difficultés à gérer certaines plantes vivaces, comme les chardons.»

Avec le désherbage mécanique, les plantes adventices (ici un chardon) sont arrachées et remises en surface du sol pour protéger les rangées de betteraves. © Esteban Grépinet/Vert

Le site d’Estrées-Mons a produit les résultats les plus «spectaculaires», selon les mots du chercheur. «Globalement, nous sommes en moyenne à 85% des rendements conventionnels, estime Sébastien Darras. Et cela sans dégrader la capacité productive des parcelles du système.» Si la gestion des céréales (blé, orge…) a été plus complexe, certaines cultures réputées très dépendantes des pesticides – comme le colza – ont régulièrement atteint voire dépassé les moyennes régionales. De 2013 à 2025, les rendements de la betterave sucrière sans pesticides ont atteint en moyenne 96% des résultats conventionnels du secteur, mais avec de fortes variations selon les années (105% en 2024, 57% en 2020…).

«La base de la réussite, ce sont les leviers agronomiques», dévoile Sébastien Darras. Pour perturber le cycle des bioagresseurs (pucerons, plantes adventices…), les scientifiques ont allongé et diversifié la rotation des cultures : une année du blé, la suivante de la betterave, puis du colza, des pommes de terre, du triticale (un hybride entre le blé et le seigle), des haricots, de l’orge, et ainsi de suite.

Plantées en bordure de parcelles, les bandes fleuries accueillent une multitude d’insectes, dont certains régulent les «ravageurs» des cultures. © Esteban Grépinet/Vert

En complément, des bandes fleuries ont été semées en bordure des parcelles pour favoriser les coccinelles, guêpes et autres petites bêtes s’attaquant aux «ravageurs». «L’idée, c’est de stocker ces auxiliaires de culture pour qu’ils soient déjà présents à proximité lorsqu’on arrive au stade sensible», c’est-à-dire lorsque les bioagresseurs arrivent, explique Sébastien Darras en progressant au milieu d’un méli-mélo de fleurs de toutes les couleurs.

«Nous n’avons pas inventé la solution magique»

Contre les «mauvaises herbes», les technicien·nes ont alterné des faux-semis (le fait de préparer le sol pour faire germer les adventices déjà présentes) et des techniques de désherbage mécanique, comme la houe rotative. «Ce sont les outils de nos anciens, ils ont plus de cinquante ans», explique Sébastien Darras en observant une bineuse et ses rangées de lames sectionner la surface du sol dans un champ. Certaines années, les parcelles sont labourées – une pratique qui consiste à retourner la terre en profondeur pour enfouir les graines indésirables et les résidus de culture, mais qui peut avoir un impact négatif sur la santé des sols.

La bineuse passe dans les inter-rangs pour couper les «mauvaises herbes» avec des lames oscillant de droite à gauche. © Esteban Grépinet/Vert

Autre levier : la sélection génétique. À Estrées-Mons, les scientifiques ont planté une variété de pommes de terre bien plus résistante aux maladies, de quoi éviter la quinzaine de traitements phytosanitaires habituellement nécessaire. Résultat : depuis 2019, les rendements sans pesticides ont atteint environ 80% des moyennes du secteur.

Si cette pomme de terre n’est pas utilisée par les agriculteur·ices, c’est parce qu’elle ne répond pas au cahier des charges des industries locales, qui fixent des variétés précises calibrées pour la transformation. «La réussite de la transition agroécologique dépend non seulement de l’ensemble des agriculteurs, mais aussi de la capacité des systèmes alimentaires à évoluer, en mobilisant l’ensemble des acteurs des filières d’amont et d’aval», éclaire Jean-Noël Aubertot.

«Sans pesticides, on est beaucoup plus soumis aux aléas, avec beaucoup moins de filets de sécurité.»

Des parcelles expérimentales d’un demi-hectare aux vastes surfaces agricoles de la région, le passage de relais est encore loin. «Sur le papier, ça fonctionne, mais il faut aussi se mettre dans la réalité technico-économique d’une exploitation, juge Jérôme Pernel, responsable de l’innovation à Agro-Transfert, un organisme chargé de faire l’interface entre la recherche et le monde agricole dans les Hauts-de-France. Sans pesticides, on est beaucoup plus soumis aux aléas, avec beaucoup moins de filets de sécurité, et derrière il y a des enjeux de revenu direct pour l’agriculteur. Sur un bassin de production, si une année le rendement est divisé par trois, cela met aussi en péril l’activité des filières locales.»

Pour être efficace, la houe rotative nécessite un temps chaud et sec sur plusieurs jours, ce qui limite la fenêtre d’action. © Esteban Grépinet/Vert

Les alternatives demandent forcément plus de temps et d’efforts que les épandages, pour des rendements plus fluctuants. «Nous n’avons pas inventé la solution magique, prévient Sébastien Darras. Nous ne pouvons pas garantir que cela fonctionnera chez quelqu’un d’autre.» Ce dernier espère la création d’un label «zéro phytos» pour financer et valoriser cette «troisième voie» entre le bio et le conventionnel.

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