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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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26.05.2026 à 12:06

«Un évènement sans précédent» : les cinq chiffres fous de la canicule inédite qui s’abat sur nous

Médianes

Texte intégral (1391 mots)
Ce lundi, à Paris, le ressenti a culminé à 36°C. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

Huit départements en vigilance orange

C’est la toute première alerte canicule de l’histoire de la France pour un mois de mai : après avoir classé 18 départements en vigilance jaune, Météo-France a ajouté ce lundi huit départements en vigilance orange pour le risque de canicule.

À l’échelle de la France, ce mardi prévoit d’être encore plus chaud que lundi. Hier, Météo-France a enregistré les températures les plus élevées jamais mesurées pour un mois de mai. L’écart observé par rapport à la température moyenne de référence (1991-2020) est de + 7,1 °C selon Le Monde. Il grimpe jusqu’à +10°C dans l’ouest de la France, et notamment en Bretagne.

Cet épisode de fortes chaleurs devrait durer au moins jusqu’à la fin de la semaine. «Il s’agit d’un événement sans précédent, millénaire, avec de l’ordre d’une chance sur 1 000 de survenir à cette période de l’année, par rapport au climat de 1979-2025», rappelait le climatologue Christophe Cassou dans une interview au Monde.

7 morts liés à la chaleur

Ce mardi matin, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon a annoncé sept décès «liés directement ou indirectement à la chaleur». Elle a rappelé sur TF1 que «tout ça méritera d’être précisé à la fin de l’épisode que l’on connaît aujourd’hui». Parmi ces morts, au moins cinq sont ces cas de noyades. Les fortes chaleurs augmentent les risques d’accidents, en particulier dans les lacs et les cours d’eau.

Ce week-end, à Paris, un homme est également décédé à la suite d’un malaise lors d’une course à pied. La ministre des Sports, Marina Ferrari, a indiqué qu’il pourrait y avoir des annulations de compétitions sportives dans les prochains jours.

300 records locaux de température battus

À l’échelle locale, Météo-France a comptabilisé plus de 300 records inédits de températures ce lundi. Les maximales en journée ont été particulièrement élevées dans l’ouest : à Nantes (Loire-Atlantique), le thermomètre indiquait 34,3°C, bien plus que le précédent record de 32,8°C le 26 mai 2017. À Brest, le mercure a atteint 33°C ce lundi : le niveau le plus haut jamais connu pour la ville du Finistère était de 29,8°C et avait été atteint… plus tôt ce week-end. Il a fait 33,3°C au Mans (Sarthe) ou encore 30,7°C à Rouen (Seine-Maritime), là encore des records pour ces villes.

Carte des températures maximales de ce mardi selon Météo France. © Météo France

De même pour les valeurs plus basses de la journée ce lundi : il n’a pas fait moins de 20,1°C hier à Bordeaux (Gironde), le dernier précédent était en mai 2022. La liste des villes qui n’ont pas connu de rafraichissement conséquent est longue. Parmi celles-ci : Mulhouse (Haut-Rhin) n’a connu pas moins de 18,6°C dans la nuit, Orly (Val-de-Marne), 19,9°C et Lorient (Morbihan), 20°C.

Jusqu’à 36°C localement

La majorité du pays a connu lundi après-midi des températures allant de 32°C à 35°C, avec des pics à 36°C dans l’ouest du pays. Les prévisionnistes annoncent un très léger fléchissement des valeurs maximales sur la Bretagne mercredi, mais elles seront en hausse sur le Sud-Est.

Seules les côtes de la Manche devraient se rafraîchir mercredi grâce à un vent d’est à nord-est. La chaleur sera encore plus forte ce jeudi dans de nombreuses régions, avec des maximales qui atteindront jusqu’à 38°C.

Le reste de l’Europe de l’ouest aussi est touché, 38°C en Espagne

🇪🇸 Entre mercredi et vendredi, les maximales devraient atteindre entre 36 et 38°C dans le sud-ouest de l’Espagne. Le pays s’attend à des «nuits tropicales généralisées» – lorsque le thermomètre ne descend pas sous 20°C la nuit, empêchant le corps ne peut pas se reposer (notre article).

🇮🇪 L’Irlande a atteint jusqu’à 28,8 °C dans le sud du pays, une température inédite.

🇬🇧 Le Royaume-Uni aussi est frappé par des records de chaleur avec plus de 34,8°C ce lundi dans le sud-est de Londres. La température la plus haute jamais évaluée en mai était de 32,8°C en 1922 et en 1944. La nuit de lundi à mardi était tropicale et le mercure n’est pas descendu sous les 21,3°C.

Le dôme de chaleur à l’origine de cet épisode caniculaire recouvre une partie de l’Europe de l’Ouest, et pas seulement la France. Le consensus scientifique est unanime : la longueur, la fréquence et le caractère précoce des canicules sont causées par le changement climatique. Ces températures absolument exceptionnelles s’expliquent par l’accumulation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, due à la poursuite des émissions mondiales. L’institut européen du climat prévenait dès ce mois d’avril : l’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète, multipliant les risques climatiques comme l’actuelle vague de chaleur.

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25.05.2026 à 16:45

En Mayenne, un élan de solidarité et des producteurs de lait bio sauvés in extremis : «On fait un pari sur l’avenir»

Médianes

Texte intégral (1551 mots)
Matthieu Virfolet, producteur de lait bio, avec son troupeau, le 19 mai, à la ferme de Montaigu (Mayenne). © Isya Okoué Métogo/Vert

«Ça, c’est Pâquerette, c’est ma préférée. Elle a fait son petit veau mercredi Sur le flanc d’une colline à quelques kilomètres du centre de la commune de Mayenne (Mayenne), Matthieu Virfolet contemple son troupeau de 50 vaches laitières. Il les connaît toutes par leur nom : Rihanna est la fille de Madonna, Haribo et Ricola sont de la même lignée, puis viennent Ouagadougou et Vienne pour les capitales, et Val-Cenis comme la station de ski. «Tout ça, ça compte. S’il n’y a pas ça, moi je ne suis pas paysan», appuie-t-il en caressant mécaniquement Pâquerette.

Sous le soleil timide de ce mois de mai, le paysan a de nouveau le sourire, après des semaines d’incertitude. Comme 21 autres producteur·ices de lait bio mayennais, il vient de signer un contrat de cinq ans avec le collecteur Biolait. Cet accord fait suite à la liquidation judiciaire de la fromagerie d’Entrammes, le 27 avril, qui lui achetait 80% de sa production.

Une fromagerie fragilisée de longue date

Créée en 2010 par la coopérative Lait bio du Maine, celle-ci fabriquait 200 tonnes de fromage par an, grâce à une vingtaine de laitier·es et de salarié·es. Une structure à taille humaine, qui a essuyé des difficultés financières. En août 2024, la fromagerie est frappée par une crise sanitaire à cause d’une suspicion de contamination bactérienne, entraînant la destruction de 15 tonnes de fromage, au moment du renouvellement des contrats avec les collèges et les lycées aux alentours.

Elle peine également à revendre son surplus de lait non transformé en fromage à d’autres industriels, dans un contexte de surproduction généralisé. «L’année dernière, il y avait énormément de lait bio injecté dans du lait conventionnel, une rentrée d’argent non négligeable pour la filière, explique Matthieu Virfolet. Sauf que la tendance s’est inversée après : il y avait trop de lait partout.» Et donc moins de débouchés. Fragilisée par ces coups successifs, la coopérative dépose son bilan le 27 avril.

«Tu es obligé de te lever le matin pour aller traire tes vaches, et ça finit dans le caniveau.»

Sur les 24 producteur·ices de lait bio dépendant de la fromagerie, 21 sont laissé·es sans solution à la fermeture de la fromagerie. Pendant dix jours, leur lait est répandu dans leurs salles de traite. «Biolait voulait bien nous collecter, mais il fallait trouver des débouchés ensuite. Il n’y avait pas assez de garanties sur le prix des volumes de lait que les transformateurs pouvaient nous prendre, continue-t-il. Jeter son lait, c’est trop dur. Tu es obligé de te lever le matin pour aller traire tes vaches, et ça finit dans le caniveau. T’as l’impression de faire un produit de qualité, et que personne n’en veut.»

Un élan de solidarité

En attendant une solution, des initiatives solidaires ont vu le jour. À Coudray, à quelques kilomètres de là, l’association des parents d’élèves de l’école a appelé à une mobilisation pour que les particulier·es aillent directement acheter leur lait à la ferme la plus proche. À Mayenne, l’Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) De la bouche aux oreilles a organisé une vente directement chez Matthieu Virfolet. «On a appris par la presse et les réseaux la fermeture de la fromagerie, et deux producteurs avec lesquels on travaille en faisaient partie, raconte Cyrielle Moussay, co-présidente de l’association. C’est Pierre, notre producteur de légumes, qui a dit que ce serait bien de faire quelque chose.»

Pointant l’allée menant à la ferme, au loin, Matthieu Virfolet mime une rangée de voitures garées le long du chemin. «D’un coup, trois, quatre, cinq voitures : des bagnoles partout. Ça met du baume au cœur. Quand tu vois les gens te regarder avec vachement d’empathie, c’est trop chaud. Moi je me cachais, je suis un émotif», glisse le paysan. En l’espace de quelques jours, des centaines de personnes se rendent dans plusieurs fermes affectées par la crise pour tenter de sauver quelques litres, sur les milliers jetés.

Dix jours durant, entre fin avril et début mai 2026, les laitier·ères de la coopérative Lait bio du Maine ont été contraint·es de jeter leur lait, faute de repreneurs. © Isya Okoué Métogo/Vert

Une filière bio qui n’a pas retrouvé ses jambes

Malgré un début de sortie de la crise profonde du bio, entre 2021 et 2023, le secteur n’a toujours pas véritablement sorti la tête de l’eau. Sous l’effet de l’inflation, qui a causé une baisse de la consommation, les ventes ont chuté de 2,6% en 2021, puis de 7,8% en 2022. En tout, 550 magasins spécialisés ont fermé en deux ans. Et si la demande a progressé pour la première fois en 2024, permettant au marché de retrouver sa fréquentation de 2019, la production, elle, n’a pas suivi. Le nombre d’agriculteur·ices bio a même baissé en 2025, une première.

«La consommation est repartie depuis un an et demi, mais ça ne se traduit pas vraiment par une assise forte pour le marché du lait bio», concède Philippe Marquet, producteur dans les monts du Lyonnais et président de Biolait. La France a perdu 15% de ses producteur·ices de lait bio entre 2022 et juillet 2025. Des pertes en grande partie causées par des retours à un modèle conventionnel et des départs à la retraite. «Aujourd’hui, une ferme laitière sur quatre seulement reste bio lorsqu’elle est reprise», déplore Philippe Marquet.

Pour le président de Biolait, le secteur souffre aussi d’un manque de soutien politique, alors que l’Agence bio a vu son budget amputé de 15 millions d’euros en 2025, soit 64% des moyens alloués à son fonctionnement. «Le gouvernement fait souvent des annonces, mais le soutien réel n’est pas vraiment là», souffle le Lyonnais.

Depuis le 6 mai, le collecteur Biolait assure la collecte de 21 fermes en Mayenne, à la suite de la faillite de la fromagerie d’Entrammes. © Isya Okoué Métogo/Vert

Il regrette que des crédits inutilisés de la politique agricole commune (PAC) européenne, initialement dédiés à la conversion d’exploitations en bio, aient été réorientés vers des dispositifs bénéficiant surtout à l’agriculture conventionnelle. Sans parler des aides insuffisantes au maintien dans le bio, et des arbitrages favorisant les pesticides. Matthieu Virfolet abonde : «On va donner à celui qui pollue le plus pour qu’il fasse moins. Mais moi, il y a longtemps que je fais moins. Tout est comme ça dans le bio : il faut tout le temps gueuler. C’est fatiguant.»

«L’agriculture de demain, elle sera bio ou elle ne sera pas.»

Depuis le 6 mai, des coopératives et des fromageries se sont engagées à transformer le lait collecté en Mayenne par Biolait, pendant quatre mois. «On fait un pari sur l’avenir, explique son président, Philippe Marquet. Mais je suis un producteur bio plus que convaincu : l’agriculture de demain, elle sera bio ou elle ne sera pas. On sait qu’on va dans le mur avec l’agriculture conventionnelle.»

Sur le chemin qui mène à son corps de ferme, Matthieu Virfolet, lui, ne se voit pas faire un autre métier : «Tu l’as dans le sang, ou tu l’as pas. Moi j’ai vachement de connexion avec mes vaches. C’est tout ce qui me plait. » En contrebas, Pâquerette, Rihanna et Ouagadougou paissent dans un soleil timide de fin d’après-midi, sous un ciel encore teinté de gris.

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25.05.2026 à 11:37

Une première en France pour un mois de mai : 18 départements en vigilance jaune canicule, 34°C attendus à Rennes et Nantes

Médianes

Texte intégral (927 mots)
Dès dimanche, les températures ont atteint les 35°C à Paris. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

«Nous basculons dans l’inconnu, météorologiquement parlant». Tels étaient les mots, forts, du présentateur du journal météo-climat de France télévisions de samedi soir, à l’annonce de la vague de chaleur inédite que traverse le pays.

Ce lundi, Météo-France a étendu sa vigilance jaune à 18 départements, dans l’ouest de la France et à Paris, et ce jusqu’à mardi au moins. Un tel niveau d’alerte est tout simplement une première pour un mois de mai, depuis la création de la vigilance canicule en 2004.

«Épisode de chaleur précoce et remarquable»

Dans son bulletin publié ce lundi matin, l’établissement public décrit un «épisode de chaleur précoce et remarquable» : «Les maximales restent très élevées pour la saison, la chaleur s’étend encore plus au nord, avec quasiment partout plus de 30 degrés Celsius (°C), excepté au bord de la Manche et sur les plages de Méditerranée. Il fait 30°C à 35°C sur la moitié Nord. Dans le Sud-Ouest, le mercure atteint 32°C à 36°C, tout comme dans la vallée du Rhône. Sur le reste du Sud-Est, on attend 29 à 32°C.»

De nombreuses villes devraient dépasser les 30°C ce lundi après-midi en France. © Météo-France

D’après les prévisions actuelles, le mercure devrait atteindre ce lundi les 34°C à Rennes (Ille-et-Vilaine), Nantes (Loire-Atlantique) ou encore Tours (Indre-et-Loire), soit des records pour un mois de mai depuis le début des mesures. À Paris, la température ressentie pourrait aller jusqu’à 36°C cet après-midi.

Comme Vert l’expliquait vendredi dernier, la France traverse depuis jeudi un épisode de fortes chaleurs lié à un phénomène de dôme de chaleur, une sorte de «couvercle» qui bloque l’air chaud au-dessus du territoire, le comprime et le réchauffe encore. Si ce schéma atmosphérique existe naturellement, le changement climatique «amplifie les effets de ces blocages», selon Christelle Robert, prévisionniste à Météo-France.

Les climatologues ont montré que les canicules à répétition sont un marqueur sans équivoque du changement climatique, causé principalement par la combustion des énergies fossiles. Ces vagues de chaleur sont appelées à se multiplier, s’allonger et s’intensifier.

Dix personnes en urgence absolue lors d’une course dans le Val-de-Marne

Les départements concernés par la vigilance jaune canicule ce lundi matin sont : le Finistère, le Morbihan, l’Ille-et-Vilaine, la Mayenne, Le Maine-et-Loire, la Sarthe, la Loire-Atlantique, la Vendée, la Charente, les Deux-Sèvres, la Vienne, le Loir-et-Cher, l’Indre-et-Loire, le Finistère, suivis à partir de midi par la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine et Paris.

«Les atteintes les plus graves peuvent conduire au décès.»

Depuis 2004, Météo-France surveille les canicules, soit les vagues de chaleur qui ont un impact sanitaire sur la population. Des niveaux de vigilance (vert, jaune, orange, rouge) sont définis pour chaque département en croisant les données météorologiques sur trois jours glissants et des facteurs sociaux-économiques locaux (notre article). Preuve du caractère inédit des températures actuelles, cette surveillance s’opère habituellement du 1er juin au 15 septembre.

«Les principales pathologies spécifiquement ou en grande partie dues à l’exposition à la chaleur sont : coup de chaleur ou hyperthermie, déshydratation et hyponatrémie, rappelle Météo-France sur son site. Les atteintes les plus graves peuvent conduire au décès.»

Dimanche, en lien avec les fortes chaleurs, dix personnes ont été hospitalisées en urgence absolue lors d’une course à pieds organisée dans le Val-de-Marne. À Menton (Alpes-Maritimes), plusieurs courses ont été annulées après une succession de malaises (trois personnes ont été hospitalisées). Le même jour, un homme d’une cinquantaine d’années est décédé d’un arrêt cardiaque lors d’un dix kilomètres dans le 20e arrondissement de Paris, sans qu’un lien soit pour l’instant établi avec les températures.

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24.05.2026 à 07:00

«On ne s’occupe pas de la population» : en Seine-et-Marne, le futur plus grand datacenter d’Europe électrise les associations

Médianes

Texte intégral (1592 mots)
Image de synthèse du Campus IA, à Fouju (Seine-et-Marne). © DR

«Avec le lac et toute cette verdure, on se croirait dans un Center Parcs, grince Sophie*. On est à l’opposé de la réalité.» La bénévole de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) évoque le visuel de présentation du Campus IA (intelligence artificielle) dont la construction est prévue à Fouju, un village de 650 habitant·es en Seine-et-Marne. Le 13 mai dernier, aux côtés de représentant·es d’autres organisations (France nature environnement, les Soulèvements de la Terre ou la Confédération paysanne), elle a pris la parole devant la mairie pour dénoncer le projet et déposer des contributions dans le cadre de l’enquête publique ouverte jusqu’à la fin du mois. Ce dimanche 22 mai, un pique-nique est organisé aux alentours du site pour sensibiliser les riverain·es.

Si le projet aboutit, le quotidien de la commune sera chamboulé. Annoncé par le président de la République, Emmanuel Macron, lors du sommet sur l’IA en 2025, le centre de données demande un investissement de 50 milliards d’euros, soutenu par le fonds émirati MGX, l’entreprise tricolore Mistral AI, la Banque publique d’investissement (BPI) et l’éditeur de logiciels Nvidia. Objectif affiché : en faire le plus grand datacenter d’Europe.

D’après l’avis de la mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) d’Île-de-France, le Campus IA a des caractéristiques «hors normes», notamment «en termes de consommations énergétiques, d’empreinte carbone et de consommations foncières». Au total, onze datacenters de 20 mètres de haut seront regroupés sur 90 hectares, l’équivalent de 125 terrains de foot. Des terres aujourd’hui exploitées à des fins agricoles, bien qu’elles soient classées comme zones destinées au développement économique dans le plan local d’urbanisme.

Visuel principal de présentation du Campus IA. © DR

À elle seule, l’infrastructure devrait mobiliser 1,4 gigawatt de puissance électrique, soit à peu près la capacité d’un réacteur nucléaire tel que celui de Civaux (Vienne). Une fois en service, elle consommera 12 fois ce que la communauté de communes Brie des rivières et châteaux (dont Fouju fait partie) consomme actuellement, souligne même la MRAe. «On demande aux citoyens une sobriété énergétique, mais l’État fait le choix de l’ébriété», s’indigne Jean-François Dupont, coprésident de France nature environnement (FNE) 77.

Une telle consommation d’énergie s’explique aussi par le choix de refroidir les serveurs en dry cooling – par système réfrigérant – plutôt qu’en puisant l’eau de la nappe phréatique. D’après l’autorité environnementale, cela signifie utiliser 514,3 tonnes de fluides frigorigènes (que l’on retrouve également dans les réfrigérateurs, les systèmes de climatisation ou les pompes à chaleur). En plus d’induire la production de HFC 23, un gaz au puissant effet de serre, ces fluides contiennent le barbare R1234ze, un «polluant éternel» (PFAS) particulièrement toxique. Or les porteurs de projet évaluent à 3% le taux de fuite annuel, soit 15 tonnes émises chaque année dans l’atmosphère. Des «rejets […] loin d’être négligeables», alerte la MRAe, d’autant que ces substances augmentent les risques de maladies, comme les cancers ou les problèmes de thyroïde.

Nuisance sonore et îlot de chaleur

La présence de 613 groupes électrogènes pose également question en termes de qualité de l’air. Ces moteurs, destinés à alimenter le centre de données en cas de coupure électrique, fonctionnent pour la plupart au fioul. Lorsqu’ils sont en marche, ils rejettent des particules fines, des oxydes d’azote et du monoxyde de carbone. Pour s’assurer qu’ils ne tombent pas en panne, ils sont mis en fonction plusieurs heures par mois. Problème, selon l’autorité environnementale : «En fonctionnement normal, les seuils toxiques sont dépassés pour les habitants de la prison» qui sera bientôt construite à proximité du site. En tout, le bilan carbone du Campus IA est estimé à 766 000 tonnes de dioxyde de carbone équivalent (CO2e) par an, soit deux fois les émissions actuelles de la communauté de communes.

Les membres de France nature environnement Seine-et-Marne, dont Jean-François Dupont (à droite), ont déposé leurs contributions à l’enquête publique sur le projet de datacenter à Fouju. © Lilou Hiver/Vert

«Sans parler de la nuisance sonore et de l’émanation de chaleur qu’induisent le système réfrigérant, les groupes électrogènes et les serveurs», note Jean-François Dupont, de FNE. Sans refroidissement, la température intérieure pourrait grimper jusqu’à 60 degrés Celsius (°C). Elle serait ensuite évacuée vers l’extérieur par les systèmes de climatisation, ce qui contribuerait à la formation d’îlots de chaleur autour du site et affecterait les riverain·es à proximité.

Des habitantes résignées

«On a l’impression de vivre dans un département sacrifié», se désole Jean-Noël Péché, apiculteur à Fouju. Il raconte avoir vu le territoire s’artificialiser au fil des années avec des entrepôts logistiques, une décharge et bientôt une prison. «On ne s’occupe pas de la population ; tout ce qui les intéresse, c’est que l’autoroute et les lignes de raccordement au réseau électrique soient à proximité», peste-t-il.

À coups de tracts et de réunions d’information, les associations essaient d’alerter les riverain·es et de les mobiliser. Mais la tâche s’avère ardue. «Les habitants semblent résignés. Ils se disent que si ça n’avait pas été un datacenter, ça aurait été autre chose», souffle Jean-Noël Péché. Selon lui, beaucoup ignorent ce qu’implique un centre de données car «les impacts ne sont pas palpables».

Dans l’espoir de sensibiliser davantage de personnes, Jean-François Dupont est allé à la rencontre de la commissaire-enquêtrice, dossier sous le bras, le 13 mai. Il souhaitait une prolongation de quinze jours de l’enquête publique, ainsi que l’organisation d’un nouveau débat, «vu l’ampleur du projet». D’après la commissaire-enquêtrice, l’extension de la période sera discutée, mais pas celle d’un nouveau débat public.

«Un très beau projet»

Présent pour soutenir le collectif d’opposant·es, le député La France insoumise de Seine-et-Marne, Arnaud Saint-Martin, tient à faire de «Fouju un enjeu national», symbole des projets géants qui pullulent un peu partout en France. Actuellement, on trouve plus de 350 datacenters dans le pays : leur installation est encouragée par la politique d’Emmanuel Macron. La loi de «simplification» de la vie économique, adoptée en avril, facilite la construction de centres de données en leur accordant le statut de «projets nationaux d’intérêt majeur».

Des fouilles archéologiques ont commencé à Fouju. © Lilou Hiver/Vert

De leur côté, les porteur·ses du projet tentent de rassurer sur les impacts environnementaux. «Plus de 45 hectares favorables à la faune locale seront créés en trente ans, avec des prairies et des haies», a répondu au Parisien Campus IA – qui n’a pas donné suite à nos sollicitations. «La condition principale était de ne pas prélever d’eau dans la nappe, je n’ai rien lâché», abonde Christian Poteau, le président de la communauté de communes, interrogé par Vert. Pour lui, comme pour le maire de Fouju, Jonathan Wochenmayer, il s’agit avant tout «d’un très beau projet», avec des retombées économiques qui «dépasseront forcément le million d’euros» pour la commune.

À l’issue de l’enquête, une déclaration d’utilité publique devra encore être publiée par la préfecture pour permettre le début des travaux. Les maîtres d’ouvrage espèrent un premier coup de pelle à l’été 2026 et la livraison de la première partie au printemps 2028.

*Elle n’a pas souhaité donner son nom de famille.

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