Lilou Hiver
Avec le retour de la canicule vient l’envie de se baigner… mais la présence de «polluants éternels» (PFAS) pourrait nous décourager. Océan, mer, lac ou rivière : tous les types d’eau de baignade en France y sont contaminés. C’est ce que révèle un rapport de l’association Surfrider foundation Europe, publié vendredi. Sur 107 sites analysés, tous présentent au moins une de ces substances chimiques toxiques. Au total, 23 PFAS différents ont été comptabilisés. Ces molécules utilisées par les industriels entrent dans la composition de plusieurs pesticides et de nombreux objets du quotidien (poêles, tissus imperméables…) et sont réputées pour leur toxicité et leur persistance dans le corps humain et l’environnement. Jusqu’à 19 substances ont été découvertes sur un même site, au niveau de la plage de Bordeaux Lac (Gironde), alors que la qualité de l’eau y est considérée comme «excellente», selon la directive européenne sur les eaux de baignade. Parmi la liste de PFAS retrouvés partout en France, l’acide trifluoroacétique (TFA), classé «toxique pour la reproduction suspecté» par l’Agence européenne des produits chimiques, se distingue par son omniprésence et sa concentration élevée. Les teneurs moyennes en TFA atteignent 1 728 nanogrammes par litre (ng/l) pour les sites en eau douce et 356,5 ng/l pour les sites marins. Le chiffre pour l’eau douce dépasse largement la moyenne observée pour l’eau du robinet, soit 1 100 ng/l, selon un rapport de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce sont ensuite le PFOA (92,6% des sites d’eau douce et 71% des sites côtiers) et le PFOS (92,6% des sites d’eau douce et 61,7% des sites côtiers), deux substances pourtant interdites, que l’on retrouve en plus grande quantité. Elles sont par ailleurs considérées comme les plus à risque pour la santé, classées respectivement «cancérogène pour les humains» et «cancérogène possible» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Aujourd’hui, la réglementation européenne pour interdire ou non la baignade ne tient compte que des critères bactériologiques, sans intégrer la pollution chimique. Elle se base notamment sur l’analyse de la présence d’E. coli et d’entérocoques intestinaux, deux bactéries du tube digestif. Un récent rapport de la Commission européenne assure même que 85% des eaux de baignade sont «excellentes». Selon Surfrider, si le PFOS était pris en considération, environ 78% des sites continentaux et 44% des sites littoraux qu’elle a échantillonnés seraient classés en «mauvais état chimique». Pour le moment, seuls les Pays-Bas se sont dotés d’un outil pour mesurer la pollution chimique aux PFAS. L’Institut national de la santé publique et de l’environnement néerlandais a fixé un seuil sanitaire (280 ng/l) pour les PFAS dans les eaux de surface, au-delà duquel la baignade est interdite. À partir de ce modèle, Surfrider a constaté que la base nautique de Bédanne, près de Rouen (Seine-Maritime), dépasse largement ce seuil, avec un échantillon mesuré à 450 ng/l. Face à cette contamination qui touche l’ensemble du continent, l’association demande à l’Union européenne la mise en place de normes de qualité chimique des eaux de baignade, d’améliorer les dispositifs de contrôle et d’enclencher des plans de dépollution. Texte intégral (887 mots)


Des eaux en «mauvais état chimique»
Mathilde Picard
La vague de chaleur de juin a officiellement pris fin mardi dernier, laissant à la France hexagonale à peine quelques jours plus frais avant que le mercure ne grimpe de nouveau dans le sud, ce week-end. Seize départements sont classés en vigilance orange canicule ce lundi, notamment à l’ouest (Charente-Maritime, Gironde, Landes entre autres) et dans le sud-est (Ardèche, Drôme, Vaucluse, par exemple). En mai dernier déjà, le thermomètre avait atteint des valeurs historiques pour la saison. Ce lundi, le sud du territoire sera le plus affecté par les températures très élevées : du sud-ouest jusqu’à la basse vallée du Rhône, le thermomètre dépassera les 35 degrés Celsius (°C), voire les 38°C à 40°C localement au plus chaud de la journée. Des températures qui se propageront vers le nord mardi, avec des maximales entre 36°C et 38°C dans l’est et le nord de l’Hexagone, y compris en région parisienne. Seuls les Hauts-de-France et l’extrême est resteront en dessous des 35°C. Il est encore difficile de définir la durée de ce nouvel épisode caniculaire. La situation pourrait se prolonger en raison d’un anticyclone sur le proche Atlantique, qui empêche les dépressions et de potentielles précipitations d’atteindre le territoire. Le réchauffement climatique rend les vagues de chaleur et canicules plus fréquentes, plus précoces et plus intenses. Cet épisode de chaleurs intenses est le troisième après ceux, inédits, de mai puis de juin : un véritable «train de canicules», selon le climatologue Christophe Cassou, qui appelle dans un post Linkedin à «politiser les canicules». «Une sécheresse sans précédent s’installe, surpassant celle de 1976 qui avait saigné le monde agricole et économique», relève encore Christophe Cassou. Le déficit de pluie a atteint près de 50% sur le mois de juin, selon Météo-France, provoquant une sécheresse généralisée à l’ensemble de l’Hexagone et de la Corse depuis la fin du mois. De nombreux départements connaissent actuellement des restrictions d’eau, décidées par les préfets, consultables juste ici. Les plantes sont particulièrement affectées par la chaleur et le vent. Cette combinaison provoque un effet sèche-cheveux qui peut leur être fatal. Dans un post Linkedin, l’agroclimatologue Serge Zaka explique que les agriculteur·ices doivent s’attendre à des impacts étendus de cette sécheresse, tels que «la brûlure totale des légumes les plus sensibles, l’avortement massif de fleurs pour le maraîchage, la défoliation [perte de tout ou partie des feuilles, NDLR] massive des arbres et une mortalité massive des animaux les plus sensibles […] Ce qui se profile est une catastrophe pour nos écosystèmes.» Météo-France le signalait depuis plusieurs semaines : l’enchaînement d’épisodes de chaleur précoces, additionné aux rafales dans le sud du territoire, multiplie le risque d’incendies. L’assèchement de la végétation a transformé cette dernière en un combustible hautement inflammable. Ce lundi matin, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a indiqué sur France 2 que 11 000 hectares avaient brûlé depuis le début de la saison, contre 5 700 à la même période en 2025. Dans les Pyrénées-Orientales, un feu gigantesque a entraîné l’évacuation de 10 000 personnes et n’était pas encore fixé ce lundi matin. D’autres brasiers ont démarré, notamment en Ariège, dans l’Aude ou encore dans le Gard. Sans compter que, depuis mercredi, les vents se renforcent dans la moitié sud du pays. La tramontane (vent turbulent venu du nord-ouest) s’est étendue, et un fort mistral (vent fort et sec) souffle sur le pourtour méditerranéen. Sept départements sont actuellement placés en risque «très élevé» d’incendies, le plus haut niveau d’alerte, et 41 en risque «élevé». Mardi, 57 départements seront concernés par un danger élevé. Texte intégral (975 mots)

«Un train de canicules»

Une sécheresse inédite
Une saison des feux remarquablement précoce
Théo Mouraby
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump tente de remodeler l’histoire des États-Unis à son image en faisant disparaître les chapitres qui lui plaisent le moins. Deux mois à peine après son retour aux manettes, le 27 mars 2025, il a signé un décret pour «restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine». Et, dans les semaines qui ont suivi, les panneaux informatifs abordant l’esclavage, les peuples autochtones ou le réchauffement climatique ont disparu des parcs nationaux ou des sites fédéraux. Les musées ont aussi été touchés : à Washington D.C., la National Portrait Gallery, qui renferme les portraits des présidents étasuniens, a dû retirer certaines descriptions, dont une sous le portrait du milliardaire d’extrême droite, en janvier dernier. Elle précisait qu’il avait perdu l’élection présidentielle de 2020 et subi deux tentatives infructueuses de destitution pour «abus de pouvoir et incitation à l’insurrection après l’attaque du Capitole américain par ses partisans le 6 janvier 2021». Finalement, le 13 juin dernier, une décision de justice a ordonné au gouvernement fédéral de réinstaller les panneaux, arguant que l’administration ne pouvait pas «présenter une vision partielle de l’histoire» et enlever les inscriptions «qui ne correspondent pas à son récit officiel». La Maison Blanche a fait appel. Pour Esther Cyna, maîtresse de conférences en histoire et civilisation des États-Unis à l’université Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, la célébration des 250 ans de l’indépendance représente une nouvelle opportunité pour Donald Trump de réécrire le récit de la nation. Ce samedi 4 juillet est le point d’orgue de l’événement : la Maison Blanche prévoit une grande manifestation de près «d’un million de personnes», qui culminera avec un discours de Donald Trump. Deux grandes tendances convergent dans son rapport à l’histoire. D’abord, il y a ses affinités avec les mouvements nationalistes blancs chrétiens, qui cherchent à dépeindre les États-Unis comme une nation blanche, chrétienne, hétéronormée, supérieure et qui n’a commis aucun crime. Ensuite, il y a sa haine des universités et des institutions du savoir parce qu’elles seraient associées à la gauche. Trump est devenu la figure de proue de mouvements plus anciens, conservateurs et ultraconservateurs, qui, depuis les années 1980-1990, ont identifié les campus américains comme des bastions de la gauche qui font un travail idéologique à combattre. Trump exacerbe des positions conservatrices qui datent d’avant lui, et les pousse jusqu’à l’extrême. C’est le cas avec son décret pour «restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine». C’est une caricature, presque dystopique, de positions qui sont avancées de façon un peu moins violente depuis plusieurs années. Le décret est extrêmement explicite. Il y est écrit que tout ce qui n’est pas un récit national positif, c’est-à-dire à la gloire des États-Unis, n’a rien à faire dans des textes d’histoire. Selon ce texte, tout ce qui se rapporte à des choses dont les États-Unis pourraient avoir honte – l’esclavage, le génocide des populations amérindiennes… – tendrait à diviser la nation. Pour Trump, c’est donc un problème de sécurité nationale et cela doit être évincé des musées. Concrètement, l’État fédéral ne peut vraiment agir que sur les institutions fédérales, donc certains musées ou les parcs nationaux. Ce qu’aurait voulu faire Trump, c’est attaquer les programmes scolaires, mais il n’a pas le pouvoir de faire ça. Ce sont les États fédéraux et les districts scolaires locaux qui ont un droit de regard là-dessus. Oui, complètement. Réécrire l’histoire, c’est dire qui on considère être citoyen ou citoyenne des États-Unis : qui est Américain. Si l’histoire nationale ne parle que des descendants européens chrétiens, on exclut une grande partie de la population – toutes les personnes racisées, les immigrés, les personnes non chrétiennes – du récit national. C’est ouvrir la porte – ce qui est par ailleurs le projet – à la création de classes de citoyens et citoyennes. Si être Américain, c’est avoir des ancêtres qui sont arrivés avec les colons et être blanc, alors ça facilite le travail pour retirer le droit du sol aux immigrés. Même si c’est faux, c’est un récit qui correspond à l’agenda politique. On peut penser que l’histoire est dans les musées, dans les livres, et que ça n’a pas l’impact qu’ont les lois. Mais, en fait, c’est lié. Et particulièrement aux États-Unis. Si on regarde les arrêts de la Cour suprême, les juges justifient souvent leurs décisions avec des références à l’histoire de la nation. Si vous prenez l’arrêt qui retire le droit fédéral à l’avortement, il y a la justification que ce droit n’est pas inscrit historiquement dans la tradition étasunienne. La construction d’un récit historique a une répercussion directe sur les lois et sur les droits des personnes. C’est le même mécanisme. Trump a une idéologie climatosceptique et une politique qui nie le réchauffement climatique. Il utilise des institutions touristiques, culturelles et d’éducation pour aveugler la population et ne pas être contredit, tout simplement. C’est faire disparaître le problème, mais c’est aussi créer l’idée d’un ennemi. Ceux qui disent qu’il y a un changement climatique, qui disent que la nation est diverse : ce sont des ennemis qui nous divisent, des dangers. La célébration des 250 ans de l’indépendance des États-Unis est pour moi une deuxième opportunité. C’est une fête qui rentre dans cette logique et qui mélange un peu tout : la célébration de Trump, de son régime et la célébration de la nation. Ce n’est pas du tout un moment d’éducation historique. C’est vraiment la fête, comme on imagine, des régimes autoritaires qui viennent asseoir leur puissance. Force est de constater que les tentatives de résistance sont extrêmement modestes et timorées. Pour une raison simple : les universités se sont retournées contre leurs enseignants et enseignantes et ont cédé au gouvernement Trump. Donc les historiens et historiennes ne peuvent pas vraiment agir et ont peur. Il n’y a pas de mouvement à la hauteur de l’assaut que représente le trumpisme sur l’histoire. Texte intégral (1617 mots)

Quelle vision Donald Trump donne-t-il de l’histoire des États-Unis ?

Quel était l’objectif de ce décret ?
Cela traduit-il une volonté de modifier l’histoire des États-Unis ?

Pourquoi avoir retiré les panneaux qui abordaient les questions climatiques dans les parcs nationaux ?
Au-delà du décret, y a-t-il d’autres tentatives de réécrire le récit national ?
Est-ce qu’il y a des tentatives de s’opposer à cette réécriture de l’histoire au sein de la société américaine ?
Clément Gousseau
Cet article a été mis à jour. «On joue un peu avec notre santé.» Jeudi 25 juin, après avoir disputé le championnat de France du contre-la-montre sous la canicule, la coureuse de l’équipe FDJ-Suez, Marine Le Net, résumait le malaise grandissant dans le monde du cyclisme, auprès de Directvelo. Alors que le Tour de France masculin s’est élancé samedi de Barcelone (Espagne), et que l’épreuve féminine débutera le 1er août, une question s’impose : la plus grande course cycliste au monde peut-elle encore se courir en plein été, à l’heure du réchauffement climatique ? «La compétition flirte déjà avec les seuils critiques» de chaleur, estime auprès de Vert Benjamin Sultan, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD) et auteur-contributeur du sixième rapport du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Avec le réchauffement climatique, «les épisodes de chaleur extrême ont augmenté en fréquence, en ampleur et en durée dans de nombreux endroits à travers le monde. L’Europe ne fait pas exception : l’été 2022 a été le plus chaud jamais enregistré, tandis que les étés 2019 et 2023 ont battu plusieurs records quotidiens de température», rappelle l’IRD dans une étude publiée en février. Depuis samedi, les coureurs affrontent des températures brûlantes en Catalogne, et cela devrait continuer cette semaine dans l’Hexagone. Cette météo propice aux incendies a même poussé les organisateur·ices à adapter l’étape de ce lundi 6 juillet. Les derniers kilomètres prévus dans les Pyrénées-Orientales seront interdits aux spectateur·ices à cause de l’important feu qui ravage le secteur. Une première. Les scientifiques analysent aussi ce que l’on appelle la température WBGT (Wet bulb globe temperature, ou «température humide», en français), un indice mesurant la capacité du corps humain à se refroidir. Ainsi, à Toulouse, Perpignan ou Lyon, les équipes de l’IRD ont observé ces dernières années de plus en plus d’épisodes de chaleur dépassant les 28 degrés Celsius (°C) WBGT. L’Union cycliste internationale (UCI), organe de supervision mondial du cyclisme, utilise cet indicateur pour élaborer son protocole fortes chaleurs, appliqué pendant le Tour. Au-delà de 28°C WBGT, l’instance considère les risques liés à la chaleur comme «élevés» et recommande une adaptation des épreuves, pouvant aller jusqu’à leur annulation. Si un tel seuil n’a pour le moment jamais été atteint lors de la Grande Boucle, «il n’est pas impossible qu’il soit dépassé cette année», considère Benjamin Sultan. De fortes chaleurs sont attendues dès la première semaine de compétition. Celles-ci font peser des risques sur la santé, même si les athlètes sont «plus habitués que les amateurs» aux fortes températures, rappelle Valentin Guillemin, médecin de l’équipe cycliste féminine Ma Petite entreprise, engagée sur le Tour de France 2026. Les coureur·ses «peuvent souffrir de crampes, voire de coups de chaleur [lorsque la température corporelle atteint ou dépasse les 40°C, NDLR], qui peuvent être létaux», souligne Benjamin Sultan, de l’IRD. D’autant plus que les fortes températures «peuvent se cumuler avec une pollution de l’air accrue», complète Guillaume Chevance, chercheur à l’École des hautes études en santé publique. Les dangers planent aussi sur la performance. «Rapidement, on peut ne plus être dans la course : il suffit de perdre 1% du poids de son corps pour perdre 10% de performance. Au niveau professionnel, cela fait la différence», poursuit le médecin de l’équipe Ma Petite entreprise. «Scientifiquement, on sait que la performance diminue lorsque les températures augmentent», confirme Frédéric Ostian, l’un des entraineurs de l’équipe masculine Cofidis, partante sur le Tour. Et la chaleur affecte aussi les spectateur·ices : les dix à douze millions de fans rassemblé·es au bord de la route y sont vulnérables car «immobiles pendant plusieurs heures, souvent dans des espaces urbains, non ombragés», poursuit Benjamin Sultan. Alors, que fait la direction du Tour ? Auprès de Vert, l’organisateur assure disposer d’un protocole fortes chaleurs «très précis». Le directeur de l’épreuve masculine, Christian Prudhomme, est plus volubile auprès de l’Agence France-Presse. Il raconte être «en contact constant avec les préfectures des départements traversés. La caravane du Tour, c’est 2,5 millions de couvre-chefs, 550 000 canettes distribuées et nous avons par ailleurs 400 000 litres d’eau emportés en bouteille», à destination des spectateur·ices. «Pour les coureurs, il est possible d’avoir plus de ravitaillements. Les délais d’élimination peuvent être revus dans un sens beaucoup plus large pour éviter que les coureurs lâchés n’aient à fournir des efforts démesurés» pour ne pas être éliminés, poursuit-il auprès de l’agence de presse. Christian Prudhomme reconnait toutefois ne pas disposer d’une grande marge de manœuvre concernant l’adaptation des étapes aux températures extrêmes. Pour cause : le Tour nécessite la fermeture de nombreuses routes chaque jour, parfois sur plus de 200 kilomètres. «Les autorisations, on les a pour une certaine heure. Ce ne sont pas des choses qui se font au dernier moment. Tu peux faire quinze kilomètres de moins ou partir une demi-heure plus tôt ; mais ça ne se fait qu’à la marge», détaille le directeur. Interrogé par Vert, le grimpeur français Guillaume Martin-Guyonnet, qui s’élancera sur les routes ce samedi avec son équipe Groupama-FDJ, reconnaît une «amorce» de prise en compte des questions de santé lors des compétitions cyclistes, «avec des protocoles concernant les conditions météorologiques. Mais ce n’est que le début et c’est minimal.» Comment réinventer la compétition ? «Déjà, on a besoin de réduire collectivement nos émissions de gaz à effet de serre. Le sport, y compris le Tour de France, y contribue parfois massivement. C’est important que ce monde en prenne conscience», note Benjamin Sultan. Le bilan carbone de la Grande Boucle s’élevait à 216 000 tonnes équivalent CO2 (tCO2e) en 2021, selon ses organisateurs. Loin d’un évènement comme la Coupe du monde de football, dont l’édition 2026 devrait générer neuf millions de tCO2e. Ensuite, il serait préférable de changer d’horaires et de zones géographiques. «À l’avenir, on peut imaginer un circuit qui se situerait plus fréquemment dans le nord de la France et en Belgique», plaide le chercheur Guillaume Chevance. «On commence à se poser sérieusement des questions sur le futur du Tour, mais on a quand même des leviers pour s’adapter, reconnaît de son côté Frédéric Ostian, l’entraîneur de l’équipe Cofidis. L’audience à la télé ne serait sans doute pas la même si le Tour avait lieu en matinée plutôt que l’après-midi. Mais, sans tout bousculer, on pourrait déjà imaginer un départ une heure plus tôt», alors que les étapes s’élancent généralement entre midi et 14 heures. En 2025, près de 150 millions de téléspectateur·ices ont regardé le Tour de France hommes en Europe, selon les chiffres officiels. Le médecin Valentin Guillemin va plus loin : «Actuellement, la coupure dans la saison cycliste a lieu en octobre, qui est une période pas trop mal au niveau de la chaleur. On pourrait très bien imaginer à l’avenir une coupure du 15 juillet au 15 août, avec un changement de calendrier pour le Tour de France et le Tour d’Espagne», actuellement organisé de fin août à début septembre. Techniquement, des ajustements pourraient aussi être envisagés. «On a besoin de davantage de zones de ravitaillement sur les parcours, propose Frédéric Ostian. Nous pourrions aussi autoriser en compétition des maillots avec un gilet froid intégré, qui sont pour le moment interdits.» Afin de tenter de s’adapter aux fortes chaleurs, les équipes mettent déjà en place des protocoles d’adaptation en amont des compétitions estivales. «On peut adapter l’organisme volontairement à la chaleur, au travers de séances sur home trainer [un dispositif qui permet de fixer son vélo en intérieur, NDLR] dans des pièces chauffées, en augmentant progressivement la température, expose Frédéric Ostian. En extérieur, à l’approche de l’été, les coureurs du Tour font leur dernière heure d’entraînement avec une couche supplémentaire, comme un coupe-vent, pour monter en température.» Avant le départ d’une course, le port de vestes froides, de gilets avec glaçons intégrés ou l’ingestion de boissons glacées n’empêche pas que certain·es coureur·ses se retrouvent à «ne plus réussir à s’hydrater correctement», pointe-t-il. Tous ces protocoles pourraient être insuffisants à l’avenir. «Cela fait longtemps que les scientifiques alertent sur le fait que certaines zones géographiques ne sont plus viables pour ce type de compétition, rappelle Benjamin Sultan. Pour le moment, les choix des villes-étapes sont réalisés selon des intérêts politiques et économiques. Mais, dans les prochaines années, il peut y avoir des endroits ou des moments où il ne sera plus possible d’organiser des compétitions.» Texte intégral (2014 mots)

Avec l’interdiction pour les spectateur·ices d’accéder aux derniers kilomètres de l’étape 3, ce lundi 6 juillet. Vers une édition 2026 brûlante ?

Au bord de la route, des fans en déroute
Un indispensable changement de braquet pour les organisateurs…
… et pour les équipes
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🌱 Observatoire de l'Anthropocène