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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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24.07.2026 à 11:00

«Même au-delà de 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter» : les solutions du Mont-Saint-Michel face au changement climatique

Lilou Hiver

Texte intégral (1980 mots)
Tous les ans, plus de 2,8 millions de touristes visitent le Mont-Saint-Michel. © Lilou Hiver/Vert

☀ Tout l’été, Vert vous emmène à la découverte d’un site touristique emblématique percuté par le changement climatique.

Île d’Oléron, calanques de Marseille, forêt de Fontainebleau… Découvrez comment ces endroits se transforment et essayent de s’adapter à un monde en surchauffe. Cette semaine, nous partons dans la Manche, à l’assaut du Mont-Saint-Michel. Le deuxième site touristique le plus visité de France est en première ligne face à la montée des eaux.

Retrouvez tous les épisodes de notre série d’été en cliquant ici.

Dès les premières lueurs du jour, des centaines de touristes venu·es des quatre coins du monde entament leur marche, l’archange en ligne de mire. Comme les pèlerin·es qui les ont précédé·es au Moyen Âge, elles et ils avancent en file indienne, le regard tourné vers cette étrange colline, tantôt encerclée par les eaux, tantôt reliée au continent. Quelques moutons viennent les saluer. Après plusieurs arrêts pour l’immortaliser en photo, l’imposant Mont-Saint-Michel (Manche) est enfin à leurs pieds. Il ne reste plus qu’à s’échauffer les mollets et gravir les 350 marches qui mènent à sa mythique abbaye.

Du haut des remparts, la baie du Mont-Saint-Michel révèle la variété de ses paysages. © Lilou Hiver/Vert

Chaque année, le Mont attire plus de 2,8 millions de visiteur·ses. C’est le deuxième site touristique français le plus visité après l’Arc de Triomphe, à Paris. Inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1979, il a la particularité d’être entouré d’une diversité de paysages, façonnés au fil des décennies et par le changement climatique. Une fois au sommet, cette réalité s’impose : «Autour de nous, partout à perte de vue, l’espace infini, l’horizon bleu de la mer, l’horizon vert de la terre, les nuages, l’air, la liberté, les oiseaux envolés à toutes ailes», résumait Victor Hugo.

«Les prés salés ont tendance à reculer»

À marée basse, l’immense étendue de sable qui entoure le Mont devient le terrain de jeu préféré des touristes. Les plus timides restent sur la partie sèche sans trop s’éloigner pendant que les plus aventureux·ses, parfois accompagné·es d’un·e guide, parcourent les différents paysages de la baie, les pieds enfoncés dans les sables mouvants. Dans ce décor, rien ne laisse deviner qu’une vingtaine de jours par an, en période de grandes marées, le site redevient une île, cernée par les flots.

Un phénomène appelé à s’intensifier avec l’élévation du niveau de la mer. «Au 20ème siècle, le niveau augmentait chaque année d’environ deux millimètres ; aujourd’hui, on est plutôt à quatre millimètres et ça ne va faire que s’accélérer», souligne Dimitri Lague, géomorphologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) au laboratoire Géosciences de Rennes (Ille-et-Vilaine). D’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) normand, le niveau moyen de la mer pourrait s’élever jusqu’à 80 centimètres d’ici 2100 par rapport à la période 1995-2014. En cause : la fonte des glaciers et des calottes glaciaires, ainsi que la dilatation de l’eau des océans sous l’effet du réchauffement.

Images de synthèse extraites du jeu FuturGuessr (Artefact 3000 en partenariat avec le Réseau action climat), sur la base des scénarios «intermédiaires» à «élevés» du Giec. © Montage Vert

Du haut de ses 92 mètres, posé sur un solide socle de granit, le Mont-Saint-Michel n’est pas immédiatement menacé par la montée de la mer. La submersion risque d’être plus fréquente au niveau de ses parties basses (comme l’entrée de l’édifice), installées en dessous du niveau des hautes mers, surtout si la fréquence des tempêtes augmente aussi. Les touristes seront donc plus souvent bloqué·es quelques heures, le temps que la marée se retire. «Mais c’est aussi ce qui fait la spécificité du site», pointe Hervé Bierjon, directeur technique de l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel.

Au loin, les guides s’avancent dans les herbes vertes et jaunes des prés salés, ces terrains côtiers végétalisés recouverts par les marées. Connus notamment pour l’élevage de moutons, ces écosystèmes abritent une grande biodiversité (amphibiens, insectes, oiseaux, reptiles…). C’est ici que nombre d’enfants découvrent la salicorne et se laissent surprendre par sa saveur iodée. Mais ces milieux fragiles sont eux aussi affectés par la montée des eaux. «D’après les enregistrements géologiques, quand le niveau de la mer s’élève, les prés salés ont tendance à reculer», observe Dimitri Lague. Ces espaces se maintiennent grâce aux sédiments déposés par les marées, qui leur permettent de gagner progressivement en altitude et ainsi de rester au même niveau que la mer. Si l’eau monte plus rapidement que ces dépôts ne s’accumulent, les prés risquent d’être submergés et pourraient disparaître localement.

Les prés salés du Mont-Saint-Michel sont connus pour l’élevage de moutons. © Lilou Hiver/Vert

Quand ce n’est pas le trop-plein d’eau, c’est la sécheresse qui menace ces écosystèmes. À cause des épisodes de chaleur plus intenses et plus précoces, l’eau des rivières et de ces zones humides s’évapore, ce qui perturbe l’accueil de nombreuses espèces. «Certains amphibiens ont besoin de ces milieux pour se reproduire. S’il n’y a plus d’eau dès le mois de mai, les têtards ne peuvent plus se développer et l’espèce est en péril», explique Audrey Hemon, responsable environnement à l’Établissement public national du Mont-Saint-Michel. Depuis plusieurs années, elle constate par exemple une diminution progressive du pélodyte ponctué, un petit crapaud.

Observer l’évolution avant toute action

Conscient·es de la nécessité d’adapter le site touristique au changement climatique, les agent·es du Mont ont déjà mis en place plusieurs aménagements. Dès 2006 et jusqu’en 2015, un vaste chantier a restauré le caractère maritime du site. Le projet visait à enrayer l’ensablement, un phénomène naturel amplifié par l’intervention humaine, qui éloignait progressivement la mer du Mont. Mais pour la faire revenir, il fallait aussi anticiper la montée des eaux. Le parking, autrefois installé au pied du bloc de granit, a été déplacé à plusieurs kilomètres. Des navettes assurent désormais les allers-retours, tandis que l’ancienne route-digue a laissé place à une passerelle «pensée pour rester fonctionnelle malgré une hausse du niveau marin pouvant aller jusqu’aux 80 centimètres prévus par le Giec normand», précise Hervé Bierjon.

La passerelle construite en 2015 est adaptée à la montée des eaux jusqu’à 80 centimètres. © Lilou Hiver/Vert

Des contrôles et des travaux de maintenance sont également réalisés régulièrement afin de surveiller l’état du site et de s’assurer que la fréquentation touristique, l’action des vagues, les tempêtes ou encore les variations de température n’altèrent pas l’îlot et son bâti.

Pour limiter la disparition de la biodiversité dans la baie, l’équipe environnement de l’Établissement public a créé de nouvelles zones humides, en arrière-littoral, près des parkings. «On a aussi creusé pour approfondir les mares afin qu’elles stockent plus longtemps l’eau», note Audrey Hemon. La baie fait aussi partie du programme Sentinelles du climat en Normandie, qui suit l’évolution des conditions météorologiques et celle de plusieurs espèces. Au Mont, les observations portent notamment sur les tritons, les papillons et le lézard vivipare, une espèce qui aime les climats frais et humides. «Son évolution nous en dira beaucoup sur l’état de la biodiversité dans la baie», ajoute-t-elle. Elle s’attend aussi à voir arriver de nouvelles espèces plus habituées au climat méridional.

Au terme de ce programme, lancé il y a deux ans, les gestionnaires devront définir une stratégie d’adaptation. Faut-il chercher à maintenir coûte que coûte des espèces dont les conditions de vie disparaissent progressivement ? Créer davantage de zones humides en retrait de la côte, au risque d’empiéter sur des terres agricoles ? «On a encore des dizaines d’années avant de pouvoir donner une réponse», temporise Audrey Hemon.

Après 2100, un horizon à anticiper

Le Mont commence aussi à réfléchir à des enjeux plus lointains, au-delà de la fin du siècle. Avec le programme Adapto+, mené en partenariat avec le Conservatoire du littoral, les gestionnaires s’intéressent au recul du trait de côte, qui pourrait peu à peu grignoter la baie et réduire l’étendue des prés salés. Certains secteurs en subissent déjà les effets. À Saint-Jean-le-Thomas (Manche), au nord-est du Mont, les scientifiques ont mesuré un recul du trait de côte supérieur à 2,5 mètres par an entre 1992 et 2021. L’érosion des dunes et la multiplication des submersions marines font peser une menace croissante sur les habitations.

«Même au-delà de 2100, le niveau de la mer continuera d’augmenter. Il faudra forcément continuer d’adapter les infrastructures», alerte le géomorphologue Dimitri Lague. Mais pour Hervé Bierjon, le directeur technique du Mont, «nous n’avons pas encore les capacités de nous projeter aussi loin». L’ampleur des transformations sera confirmée dans les décennies à venir. Peut-être qu’un jour les célèbres omelettes de la Mère Poulard seront dégustées les pieds dans l’eau.

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23.07.2026 à 18:14

Dans tout ce chaos, une bonne nouvelle : Vert grandit d’un coup grâce à vous

Loup Espargilière

Texte intégral (545 mots)
Un nouveau pôle enquêtes, de nouvelles recrues… et c’est grâce à vous ! © Marie Rouge/Vert

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Notre nouveau pôle Enquêtes et solutions est lancé ; Sophie Roland nous rejoint en tant que rédactrice en chef de ce pôle et Zoé Moreau devient notre enquêtrice santé/pollutions. Autre recrue de qualité, Mathilde Picard est la nouvelle journaliste climat de Vert. Mais ce n’est pas tout !

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23.07.2026 à 07:00

Superpouvoirs des arbres, retour des animaux : comment les forêts renaissent de leurs cendres après un incendie

Lilou Hiver

Texte intégral (1698 mots)
À Fontjoncouse (Aude), dans le massif des Corbières, l’incendie de 2025 a redessiné le paysage. © Wikimedia

Après le passage des flammes, les forêts verdoyantes laissent place à des étendues calcinées au sein desquelles la faune et la flore peinent à survivre. Plus de 42 000 hectares ont brûlé en France entre le 1er janvier et la mi-juillet : un record depuis au moins vingt ans, selon les données satellitaires du système européen d’information sur les feux de forêt (Effis) publiées mardi. 

Retrouver la vigueur de ces écosystèmes prendra du temps. «Si des arbres de 60 ans sont brûlés, alors il faudra attendre 60 ans pour avoir le même développement», résume Bernard Prevosto, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (Inrae) au sein de l’équipe Écosystèmes méditerranéens et risques.

Pour accompagner cette régénération, les forestier·es, qui entretiennent les massifs, adaptent leurs interventions à chaque situation. Il n’existe pas de solution universelle, chaque incendie a des caractéristiques propres : intensité, état d’érosion des sols, espèces végétales présentes. «La première étape consiste à sécuriser la zone puis à établir un diagnostic du territoire pour déterminer ce qu’il est pertinent de faire», détaille Marion Toutchkov, experte incendies à l’Office national des forêts (ONF).

Le pin d’Alep, un résineux pas comme les autres

La plupart du temps, les forestier·es laissent la nature refaire surface d’elle-même. C’est souvent le cas dans les régions méditerranéennes, où la végétation est plus résistante à la sécheresse et aux incendies. Dans ces forêts pousse notamment le pin d’Alep, un résineux dont les cônes (les pommes de pin) restent fermés jusqu’à leur exposition à de fortes chaleurs. Lors d’un feu, ils s’ouvrent et libèrent les graines, qui germent et donnent naissance à une nouvelle génération de pins.

Des pins d’Alep dans l’Hérault. © Christian Ferrer/Wikimedia

Les arbres feuillus, comme le chêne vert, kermès ou pubescent, ont d’épaisses écorces qui protègent leurs racines, lesquelles survivent au passage des flammes. De nouvelles pousses émergent alors : c’est ce que l’on appelle des rejets.

Au-delà de ces mécanismes de régénération au cœur de la zone incendiée, la forêt se reforme aussi depuis ses marges. Les arbres épargnés en lisière disséminent progressivement leurs graines, transportées par le vent ou les oiseaux, jusqu’à recoloniser les espaces brûlés. Plus l’incendie a été important, plus cela prend du temps, même si «au bout de deux à trois ans, le sol se reverdit et les premiers arbustes font leur apparition», souligne le chercheur à l’Inrae.

En général, les forestier·es donnent un coup de pouce pour aider la forêt à cicatriser. Ça a été le cas dans le massif des Corbières après l’incendie de juillet 2025 qui a ravagé 11 000 hectares. Sur place, les agent·es de l’ONF ont installé des fascines : de petits ouvrages constitués de bois mort, disposés en travers des pentes, qui ralentissent l’écoulement de l’eau et limitent l’érosion des sols. En retenant la terre et les éléments rocheux emportés par les pluies, les fascines créent des conditions plus favorables au retour de la végétation.

Des actions de recépage ont également été menées : les feuillus endommagés par les flammes ont été coupés au niveau de la souche, puis laissés sur place pour favoriser leur décomposition et le retour de la matière organique dans le sol. Cette intervention permet aussi aux arbres de repartir depuis leur souche intacte, grâce à la pousse de nouveaux rejets.

La main (verte) de l’Homme

Parfois, il faut replanter. «Dans certains cas, la forêt joue un rôle de protection contre les risques naturels comme les chutes de pierres ou les avalanches. Alors, pour protéger un village, on reboise», explique Marion Toutchkov. La plantation peut aussi servir à diversifier les peuplements forestiers et à introduire des essences plus résistantes aux feux à venir. Mais ces interventions restent complexes et demandent des moyens importants. Et, alors que les incendies progressent vers le nord du pays, transposer les modèles du sud, comme la plantation de pins d’Alep, n’est pas toujours possible. «Le pin d’Alep n’est pas fait pour les climats plus humides ; il craint notamment les fortes gelées», précise Bernard Prevosto, de l’Inrae.

Les cèdres de l’Atlas (ici, au Maroc) sont plus adaptés au changement climatique que certaines espèces exploitées en France. © Aziz Aitakka/Wikimedia

Menées par l’ONF et le Centre national de propriété forestière, des expérimentations sont en cours pour planter des espèces peu exploitées en France mais plus adaptées au changement climatique. Sur une trentaine de sites, plus de 10 000 plantes ont été installées, dont des essences exotiques, comme le pin de Bosnie, le cèdre de l’Atlas ou encore le pin de Camoussèdre. Sont observées leur survie, leur croissance dans différents types de climats et leurs interactions avec la faune et la flore alentour.

Oiseaux, chauves-souris, cerfs… le retour de la faune après les flammes

Les animaux et insectes sont également victimes du passage des flammes. Selon l’association Wany the Pooh, plus de 10 millions d’individus ont perdu la vie dans l’incendie des Corbières. Parmi eux, 360 espèces d’oiseaux, 80 de mammifères – dont 27 espèces de chauves-souris – et une trentaine de reptiles et d’amphibiens. «Généralement, la faune revient progressivement toute seule», constate Marion Toutchkov, de l’ONF. Les arbres morts encore debout offrent des perchoirs aux oiseaux, tandis que les troncs et branches tombés au sol deviennent des refuges pour les insectes.

Les cerfs broutent les jeunes pousses et ne laissent pas le temps à l’écosystème de se restaurer après un incendie. © Wikimedia

Étonnamment, après un incendie de faible intensité, on assiste parfois à une explosion de biodiversité. «Certains insectes apprécient les milieux ouverts, créés par le passage du feu, qui deviennent alors des espaces favorables à leur développement et à leur reproduction», raconte l’experte incendie de l’ONF.

Mais le retour trop rapide des animaux n’est pas toujours souhaité. Les ongulés – les mammifères avec des sabots – comme les cerfs broutent les jeunes pousses et ne laissent pas le temps à l’écosystème de se restaurer. Il en va de même avec le pâturage. «Dans les forêts privées, le pâturage est interdit dix ans après un incendie pour permettre à la flore de repousser», précise Marion Toutchkov.

«Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir»

D’autres espèces peuvent freiner le retour de la forêt. C’est le cas du mimosa, une plante invasive qui profite des milieux perturbés par les incendies. En se développant rapidement après le passage du feu, il peut concurrencer les espèces locales et ralentir leur régénération. C’est aussi le cas du scolyte, un insecte qui profite des arbres affaiblis. Il prolifère très rapidement et accentue le dépérissement des peuplements.

Les scolytes sont un groupe de petits insectes qui se développent sous l’écorce des arbres. ©DSF BFC

Même si la nature et les forestier·es œuvrent à la régénération des zones incendiées, toutes les forêts ne retrouvent pas leur équilibre. «Plus les feux sont fréquents, moins les espèces ont le temps de grandir et de renforcer leur résistance. À terme, elles risquent d’être totalement brûlées» et leur peuplement finira par régresser, observe Bernard Prevosto.

À l’échelle nationale, la forêt française continue de gagner du terrain, mais elle est de plus en plus fragilisée. En dix ans, la mortalité des arbres a augmenté de 125%, sous l’effet combiné des incendies, des sécheresses, des maladies et des insectes ravageurs. Pour le chercheur de l’Inrae, il est désormais primordial pour les régions du nord du pays d’avoir «des politiques de prévention des incendies et des aménagements du territoire comme il en existe depuis des années dans le sud».

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22.07.2026 à 11:39

«Le recul environnemental de trop» : la ministre de l’écologie Monique Barbut annonce sa démission… puis change d’avis

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (791 mots)
Paris, le 30 juin 2026. La ministre de l’écologie, Monique Barbut, n’a guère apprécié l’intervention du sénateur Laurent Duplomb, au premier plan. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

«La politique n’est pas mon monde, et si c’est cela dont il s’agit, elle ne le sera définitivement pas», expliquait Monique Barbut, amère, dans un post diffusé ce mercredi matin sur le réseau social LinkedIn. Elle y annonçait sa décision de présenter sa démission au président de la République au lendemain de l’adoption définitive de la loi d’urgence agricole au Parlement.

Parmi les mesures les plus controversées, le texte ouvre la voie à la réintroduction, à titre dérogatoire, de deux pesticides interdits en France mais autorisés dans le reste de l’Union européenne (UE) : l’acétamipride et le flupyradifurone. «Il m’avait été garanti que la réintroduction d’un pesticide interdit mettrait un terme au parcours du texte, explique la ministre. Contrairement aux engagements qui m’avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure.» Pour elle, «ce revirement» constituait «le recul environnemental de trop».

Sa démission rejetée par Emmanuel Macron, Monique Barbut a finalement accepté de rester au gouvernement «face à l’urgence d’agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement notre pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale», a indiqué son cabinet, tout en assurant qu’elle avait «confirmé son désaccord sur la version définitive du projet de loi d’urgence agricole». Peut-être a-t-elle obtenu des garanties pour rester ? En tout cas, elles n’ont pas été dévoilées à ce stade.

Neuf mois de désaveux

Depuis son arrivée à l’hôtel de Roquelaure il y a neuf mois, la huitième ministre de l’écologie d’Emmanuel Macron enchaîne plutôt les désaveux, comme aucun·e autre avant elle. À tel point que le président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Allain Bougrain-Dubourg, a décidé de lui décerner le «Circaète d’or», en référence à un aigle chasseur de serpents qui raffole des couleuvres.

Outre la décriée loi d’urgence agricole, la ministre a aussi dû encaisser les rabotages successifs des aides à la rénovation énergétique (Ma Prime rénov’), la suppression des ZFE (zones à faibles émissions, finalement sauvées par le Conseil constitutionnel), la reprise du chantier de l’autoroute A69 ou plus globalement la fonte généralisée des dépenses liées à la transition écologique, notamment dans le budget 2026. Pas encore adopté, le projet de loi de «relance du logement» promet son lot de déconvenues avec notamment la prolongation, sous conditions, de la location des logements bouilloires.

De son côté, Monique Barbut préfère retenir «plusieurs avancées importantes» : interdiction des PFAS dans les textiles ; adoption de la loi contre l’ultra-fast fashion ; plan électrification. Elle a aussi pesé pour que le gouvernement se positionne contre la relance de l’exploitation d’hydrocarbures en outre-mer et que la réforme controversée de l’Ademe soit abandonnée. Plus récemment, elle a obtenu que ses moyens soient repartent à la hausse en 2027, en particulier le Fonds vert, dont l’enveloppe serait portée de 850 millions à un milliard d’euros. Son vrai-faux départ lui donnera-t-elle plus de poids à l’avenir ? Rien ne l’assure.

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