Mathilde Picard
Durant cet été 2026, marqué par des incendies exceptionnels, les pompier·es ont alerté à de multiples reprises sur la difficulté d’exercer leurs missions en toute sécurité. Premier·es exposé·es aux fumées toxiques des incendies, elles et ils demandent un meilleur suivi sanitaire tout au long de leur carrière, ainsi qu’un financement plus pérenne. L’ensemble des syndicats a appelé à la grève à partir de ce mardi 8 septembre jusqu’à la fin du mois. Le nombre d’embauches nécessaires, ce ne sont même pas les syndicats qui l’ont estimé, c’est l’inspection générale de l’administration. Elle a constaté que 32 millions d’heures de garde dans les casernes étaient effectuées par des pompiers volontaires. Pour que ce temps de travail soit couvert par des professionnels, il faudrait recruter 21 000 personnes. Nous réclamons également davantage de matériel, dont des camions-citernes pour les feux de forêts : on en a perdu près d’un millier sur dix ans. La livraison annoncée par Emmanuel Macron à l’issue des incendies de l’été 2022 n’a pas permis de développer le parc, seulement de le renouveler, car les véhicules arrivaient à leur limite d’âge. On l’a vu en Gironde cet été : des camions destinés aux feux urbains ont été utilisés à la place. Nos dirigeants ont continué de nous dire qu’il n’y a pas eu de problèmes de moyens cet été. Ont-ils vu les civils éteindre les incendies ? Je n’avais jamais vu ça en France. Ce sont les agriculteurs qui ont dû venir nous aider avec leurs tracteurs. Les pompiers s’engagent dans la lutte contre les feux de forêts pendant leurs congés. Ça signifie que, si on se blesse ou qu’on se tue sur nos congés, on n’est pas reconnu comme blessé ni mort au travail. Nous sommes coincés entre les politiques locales qui se plaignent d’avoir à tout payer pour la sécurité civile, et le gouvernement qui, lui, nous dit qu’il donne les moyens aux collectivités locales mais qu’elles ne gèrent pas correctement leur budget. Finalement, c’est sur nous que ça retombe : nous restons en bout de chaîne, à souffrir de cette situation. Si le gouvernement souhaite un fonctionnement optimal de la sécurité civile, il doit assumer financièrement. Elle s’est dégradée ces dernières années. Aujourd’hui, avec la fermeture de certaines urgences et le manque de médecins, les pompiers ont davantage de gens à visiter et à emmener à l’hôpital. Nous sommes exposés à toutes sortes d’éléments toxiques car nous intervenons partout. Particules fines, benzène, amiante… Les gaz de combustion contiennent des millions de substances différentes. Un meuble qui brûle contient des produits retardateurs de flammes par exemple. Or leur efficacité n’est pas prouvée et ces retardateurs se transforment en des milliers de molécules que l’on retrouve ensuite dans le sang des pompiers, car ils les absorbent par la peau. Avant, nous avions des visites médicales tous les ans, puis tous les deux ans. Aujourd’hui, elles ont lieu tous les quatre ans. Nous avons une visite intermédiaire avec un infirmier tous les deux ans et devons attendre le double pour voir un médecin. Ça va à l’encontre de tout ce qu’on découvre sur notre santé ces dernières années ! Plus on a chaud, plus le gouvernement met le chauffage. Je connais des jeunes pompiers d’une trentaine d’années qui ont des cancers de la prostate, de la vessie ou encore des testicules. On appelle ça des «cancers de fumeurs» mais, eux, ils n’ont jamais fumé. On n’est pas chercheurs, mais on se doute bien que ça vient des fumées des feux. Nous ne sommes pas assez soumis à des études, or nos dirigeants s’appuient sur des analyses scientifiques pour financer nos équipements. Nous sommes exposés à des substances cancérogènes sans aucune protection. On pourrait les avoir, mais on ne nous les achète pas. On nous traite comme si nous étions plus forts que les autres et que nous avions des poumons meilleurs que les autres. En plus de l’équipement, il faudrait limiter le temps d’exposition. Si on avait un suivi médical régulier, on pourrait contrôler les doses assimilées. On ferait des analyses régulières et, en cas de trop grande exposition, soit on n’effectuerait plus d’interventions le temps que le corps se régénère, soit, si ce sont des molécules persistantes, on arrêterait tout simplement les expositions aux fumées pour éviter de tomber malade. Pour cela, il faut plus de personnel, c’est comme une course de relais. Nous assurerons un service normal. Comme en milieu hospitalier, les pompiers sont soumis à un service minimum obligatoire. Nos missions seront réalisées de la même manière qu’en temps normal. La grève consistera à poser des banderoles sur nos casernes et à porter le brassard «En grève». Le 29 septembre, un rassemblement est prévu au Champ de Mars, à Paris ; ça devrait être une mobilisation d’ampleur, avec des déplacements de pompiers de tous les départements. Des rassemblements statiques seront aussi organisés sur le même lieu, les 27 et 28 septembre. Un peu partout en France, les pompiers sont à l’initiative de rencontres citoyennes devant les mairies, les préfectures ou sur les places de marché. L’idée est d’expliquer aux gens pourquoi nous sommes en grève. J’en ai fait une à Poitiers [dans la Vienne, NDLR], la semaine dernière ; une autre est prévue le 11 septembre à Orléans [Loiret], par exemple. Lors de ces actions, nous nous mettons à la disposition du public, des citoyen·es et des parlementaires pour leur expliquer la situation de la sécurité civile aujourd’hui. C’est l’occasion de parler de nos 600 heures travaillées gratuitement par an, de notre exposition à des substances cancérogènes sans protection et de nos conditions de travail de manière générale. Cette mobilisation est inédite. Ceux qui nous gouvernent sont allés trop loin. Ça fait dix ans que nous alertons sur le niveau de sécurité civile de plus en plus préoccupant et que nous ne sommes pas écoutés. Souvent, les syndicalistes sont perçus comme des gens qui ne sont jamais contents. Nous ne demandons même pas un plus gros salaire ou davantage de confort. Nous souhaitons juste que les Français, quand ils ont des problèmes, puissent être pris en charge par les pompiers. Texte intégral (1332 mots)

Quelles sont vos principales revendications après l’été infernal que nous venons de vivre ?
Alors que les pompier·es sont exposé·es à des fumées toxiques tout au long de leur carrière, l’intersyndicale dénonce le manque de suivi sanitaire…
Quelle forme prendra la grève ?
Lilou Hiver
Un complexe de loisirs «hors normes» qui doit «confirmer la place de la France en tant que première destination touristique au monde». C’est ainsi qu’Emmanuel Macron a présenté le projet saoudien de trois parcs d’attractions à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), le 24 août, aux côtés du prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane. Le tout pour la bagatelle de six milliards d’euros. Pour l’heure, aucun calendrier précis n’a été communiqué : tout juste sait-on que l’un des parcs aura pour thème les mangas. Cette annonce rappelle à Bernard Loup, militant du Collectif pour le Triangle de Gonesse, engagé contre l’urbanisation des terres agricoles, un projet avorté à une vingtaine de kilomètres plus à l’est : EuropaCity. «Tout le monde semble avoir oublié EuropaCity, mais je ne vois pas très bien en quoi cette nouvelle initiative est différente», souffle le militant octogénaire. En 2011, le groupe Auchan, deuxième distributeur français, annonce la création d’un vaste complexe de loisirs et de commerces de 80 hectares, pour un investissement de trois milliards d’euros. Il s’associe au groupe chinois Wanda, alors premier opérateur de parcs d’attractions en Chine. Un centre aquatique, une piste de ski, plus de 500 boutiques, une salle de concert et un complexe cinéma sont notamment prévus. Le parc doit s’implanter sur les terres agricoles du Triangle de Gonesse (Val-d’Oise), au nord de Paris. «Des terres pourtant réputées comme exceptionnelles et parmi les plus fertiles d’Europe», souligne Stéphane Tonnelat, ethnographe au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et auteur de Sauver les terres agricoles (Seuil, 2026). Elles sont notamment précieuses dans un monde en proie au changement climatique puisqu’elles ne nécessitent pas d’arrosage. Grâce à leur grande profondeur, les sols peuvent stocker l’eau de pluie, qui remonte ensuite par capillarité lorsque les températures augmentent. Pendant presque dix ans, Bernard Loup et son collectif se sont mobilisés pour faire annuler le projet et conserver ces terres agricoles. «On a fait de nombreux recours juridiques, on a occupé une partie du terrain, on a informé la presse et la population, on a même marché de Gonesse à Matignon… et ça a fini par payer», se remémore le militant. En 2018, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule l’arrêté de création de la zone d’aménagement. Le gouvernement abandonne définitivement EuropaCity en novembre 2019, lors d’un conseil de défense écologique. Il s’agit d’un «projet d’une autre époque, fondé sur une consommation de masse d’objets et de loisirs. Nous souhaitons éviter autant que possible ce genre d’équipements, qui concentrent l’activité à l’écart des villes, dévitalisent les centres historiques et créent d’importants besoins de transports automobiles», avait déclaré Élisabeth Borne, alors ministre de la transition écologique. «En quoi le parc à Cergy répond mieux à la situation actuelle ?», s’exaspère Bernard Loup. Pour Stéphane Tonnelat, ces nouveaux parcs prouvent que l’intérêt du gouvernement pour l’environnement n’existe plus. «On fait face aux mêmes problématiques qu’avec EuropaCity, mais avec un projet dont l’envergure est multipliée par deux», ajoute-t-il, exaspéré. Les parcs de Cergy doivent s’étendre sur 200 hectares, selon l’Élysée, dont 55 seront aménagés sur le site de l’ancien parc d’attractions Mirapolis, qui a fait faillite et est à l’abandon depuis 1991. Les 145 hectares restants doivent, eux, être pris sur des terres agricoles. Sauf que celles-ci abritent des zones humides, nids de biodiversité. Si le complexe est construit, il se trouvera aussi à la lisière du parc naturel du Vexin, un plateau agricole classé dont les zones naturelles d’intérêt écologique couvrent près de 29% de la surface. «Le bruit et la lumière vont forcément perturber le quotidien de la quinzaine d’espèces protégées présentes», explique Tony Clavaud, cofondateur du collectif Mirapolis aux habitant·es, contre le projet. On y trouve notamment plusieurs chauves-souris et une libellule rare, l’agrion de Mercure. Autre similitude avec EuropaCity, le gouvernement français collabore avec des investisseurs étrangers. Pour le nouveau parc, le président de la République a confirmé son financement par Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Fund dédiée au divertissement, au sport et à la culture. «Que ce soit la Chine ou l’Arabie saoudite, à chaque fois ce sont des rapprochements avec des gouvernements autoritaires, ce qui est hautement questionnable», pointe l’ethnographe Stéphane Tonnelat. Avec ces nouveaux parcs d’attractions, Emmanuel Macron promet la création de 22 000 emplois directs, «du jamais-vu depuis Disneyland Paris», s’est-il félicité sur X. «C’est un projet qui pourrait vraiment conforter l’attractivité touristique de l’Île-de-France», a renchéri sur TF1 Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France. Des arguments qui sonnent comme un disque rayé quand on sait que les perspectives d’attractivité économique et touristique étaient déjà mises en avant pour EuropaCity. «Sauf que, ce qu’ils ne disent pas, c’est que les emplois seront pour la plupart saisonniers, et que les personnes recrutées ne seront pas forcément du coin car, comme à Disneyland, il faut embaucher du personnel qui parle toutes les langues d’Europe», constate Bernard Loup. Pour s’opposer à ce projet, lancé sans concertation avec les citoyen·nes concerné·es, le collectif Mirapolis aux habitant·es s’est rapidement constitué. Lors de sa première réunion, le 27 août dernier, une soixantaine d’habitant·es inquiet·es avaient fait le déplacement. Une pétition vient également d’être lancée. «Ce qu’on veut, c’est davantage d’informations et que les habitants soient consultés», réclame Tony Clavaud, cofondateur du collectif. «S’ils ont besoin d’aide pour lutter, les membres du Triangle de Gonesse viendront les soutenir. On est aussi passés par là», glisse amicalement Bernard Loup. Il est encore trop tôt pour savoir comment le projet évoluera. S’il suit son cours, un débat public devrait être organisé. Reste à voir si les parcs de Cergy connaîtront le même destin qu’EuropaCity. Texte intégral (1479 mots)

«Un projet d’une autre époque»

145 hectares de terres agricoles urbanisées
Les débuts d’une mobilisation
Vert
Vert est partenaire du So good MAIF Festival. Pour ses prochaines éditions, le festival posera ses valises à Marseille le 26 septembre et à Nantes le 16 octobre. Au menu : des rencontres, des conférences, des expériences immersives, de l’humour et les concerts de Camélia Jordana et Danyl à Marseille et Miki à Nantes ! Le tout pour célébrer l’engagement sous toutes ses formes. Retrouvez toutes les infos ici. (182 mots)
Nous avons le plaisir de vous faire gagner deux places pour chaque date. Pour participer, rien de plus simple : assurez-vous d’être disponible à Marseille le 26 septembre ou à Nantes le 16 octobre, et inscrivez-vous au tirage au sort ici jusqu’au dimanche 13 septembre. Nous contacterons par mail les gagnant·es.
Mathilde Picard
À l’initiative de l’association Bio Consom’acteurs, près de 30 000 personnes ont signé une lettre ouverte au président de la République, Emmanuel Macron, pour exiger un plan d’urgence, d’adaptation et d’atténuation face au réchauffement climatique. Dans ce texte, elles et ils appellent à une mobilisation nationale le 26 septembre. Actuellement, on recense 138 manifestations dans tout l’Hexagone : cliquez sur l’image ci-dessous pour en savoir plus. Soutenues par de nombreuses organisations écologistes comme Greenpeace, les Amis de la Terre, Alternatiba ou le Réseau action climat, ces marches sont organisées directement par des citoyen·nes. Ces personnes forment des groupes locaux que vous pouvez rejoindre en amont du 26 septembre. Des assemblées se tiendront le même jour que les manifestations afin de planifier les prochains rendez-vous. Les canicules successives, les incendies et la sécheresse exceptionnelle ont alimenté l’indignation des associations environnementales, qui alertent depuis des années sur les conséquences du changement climatique. L’écoanxiété progresse au sein de la population française et a touché plus de 15 millions de personnes cet été. Face à cette tendance, scientifiques, thérapeutes et premier·es concerné·es soulignent les bienfaits de l’action collective. D’autres mobilisations sont prévues aux mois de septembre et d’octobre. (369 mots)

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds
🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène