Esteban Grépinet
Des plantes génétiquement modifiées pourront être cultivées et vendues plus facilement dans l’Union européenne. Les eurodéputé·es ont approuvé ce mercredi un texte qui autorise les nouvelles techniques génomiques (NTG) pour les végétaux. Cette mouture avait déjà été validée par les États membres en avril dernier, ouvrant la voie à son application dans l’Union européenne. Pour leurs soutiens, ces technologies de laboratoire permettront de modifier une partie précise de l’ADN des plantes pour leur donner plus de rendement et de résistance aux aléas climatiques. Mais nombre de scientifiques, syndicats paysans et associations écologistes pointent des risques importants pour l’environnement, la viabilité de l’agriculture biologique (qui interdit les organismes génétiquement modifiés – OGM) ou encore l’information des consommateur·ices (notre article). «Le Parlement européen, la droite et l’extrême droite se sont couchés face aux lobbys agrochimiques américains et chinois, c’est une véritable capitulation», réagit auprès de Vert Christophe Clergeau (socialiste) à l’issue du scrutin. L’eurodéputé avait déposé une quinzaine d’amendements – tous rejetés – visant à rouvrir les négociations sur la question de la traçabilité des plantes génétiquement modifiées ou encore sur les brevets. Ces derniers sont des droits de propriété intellectuelle qui s’appliquent sur les technologies et les plantes «améliorées» qui en découlent. Les brevets doivent «permettre le décollage du marché, car pour la plupart des start-ups, il n’y a pas de modèle économique sans brevet, et donc pas de développement des NTG», soutient auprès de Vert l’eurodéputé Pascal Canfin (centriste), qui a voté pour le texte. «Nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant.» Mais de nombreux acteurs craignent une appropriation de ces brevets – et donc des semences – par les géants du secteur agrochimique. «Nous ne rejetons ni la science ni l’innovation, mais nous refusons une innovation sans règles, sans traçabilité et sans protections contre la privatisation du vivant, défend Christophe Clergeau. «En rejetant des amendements pourtant pragmatiques, elles [la droite et l’extrême droite, NDLR] ouvrent la voie à une mise sous dépendance des agriculteurs et à l’étouffement des petits semenciers, au bénéfice de Bayer-Monsanto, Syngenta ou Corteva», complète-t-il. «Nous jetons par la fenêtre le principe de précaution, il n’y a pas de traçabilité, pas d’évaluation des risques, ce n’est pas quelque chose que nous pouvons accepter», a aussi dénoncé lors des débats Martin Häusling (Les Verts, Allemagne). «Nous avons aujourd’hui la possibilité de donner aux agriculteurs européens les outils dont ils ont besoin pour relever les défis de l’avenir : changements climatiques, maladies, instabilité mondiale…, a listé la rapporteuse du texte, Jessica Polfjärd (droite, Suède), devant un hémicycle rempli. Les NTG sont un élément de solution, nous pouvons de cette manière développer des cultures plus résilientes, réduire l’impact environnemental et renforcer la sécurité alimentaire européenne.» «Il est important d’aller de l’avant dans le cadre de ces nouvelles techniques génomiques, qui représentent une solution pour les citoyens européens et pour les productions agricoles en réduisant l’utilisation de pesticides et d’autres produits», l’a rejoint Pietro Fiocchi (extrême droite, Italie). «Il s’agit de mettre un terme à cette campagne de manipulation de l’information qui provient des talibans de l’environnement habituels», a même attaqué l’eurodéputée Silvia Sardone (extrême droite, Italie), arguant que les plantes issues des NTG sont «tout à fait différentes» des OGM. L’accord voté par le Parlement européen sépare les NTG en deux catégories : la première, où les végétaux modifiés sont autorisés au même titre que toute plante conventionnelle ; la deuxième, pour les mutations complexes (plus de 20 opérations), où les plantes sont considérées comme des OGM «classiques», avec un processus de surveillance, de traçabilité et d’étiquetage. Le temps de sa mise en place, cette nouvelle génération d’OGM, censée être plus fiable, devrait arriver d’ici quelques années dans les assiettes des Européen·nes. Texte intégral (912 mots)

Tous les amendements ont été rejetés
«Talibans de l’environnement»
Valentin Wender
Au palais de justice de Paris, la Cour de cassation décidera prochainement si le long combat judiciaire de Tran To Nga contre l’agent orange pourra se poursuivre. L’avis de l’avocat général rendu mardi matin sur l’île de la Cité donne de l’espoir à ses soutiens. À la sortie de l’audience, ces dernier·es s’autorisent quelques sourires avant d’être vite encerclé·es par les micros et les caméras. Interrogée sur son état d’esprit, Tran To Nga, 84 ans, répond : «Je suis heureuse aujourd’hui, car c’est une noble cause.» Son combat, c’est celui des millions de victimes de l’épandage d’un produit défoliant hautement toxique : l’agent orange. Entre 1961 et 1971, l’armée des États-Unis, enlisée dans sa guerre contre le Front national de libération (FNL) vietnamien, a largué 80 millions de litres de ce produit désherbant sur les forêts du pays. Une étude étasunienne de 2003 estime que 2 à 5 millions de Vietnamien·nes ont été directement en contact avec l’agent orange. C’est le cas de Tran To Nga, agente de liaison pour le FLN pendant la guerre du Vietnam. Le composant le plus dangereux de l’agent orange, la dioxine, a contaminé durablement les terres et les corps vietnamiens. C’est la raison pour laquelle on parle du premier écocide de l’Histoire, délit reconnu depuis 2021 en France et qui caractérise des dégâts volontaires, importants et durables sur les écosystèmes. Aujourd’hui, plus de 3 millions de Vietnamien·nes souffrent encore de pathologies et de malformations liées à ces épandages. C’est la quatrième génération contaminée. Après douze ans de procédure judiciaire contre 14 firmes étasuniennes qui ont produit l’agent orange, dont Hercules, Uniroyal, Dow Chemical et Monsanto-Bayer, Tran To Nga n’a pas dit son dernier mot : «Votre soutien, la présence d’amis me donnent la force, le courage. Pendant toutes les années qui me restent, je continue le combat.» Celui-ci commence en 2014 au tribunal d’Évry (Essonne). Mais ce dernier se déclare incompétent pour juger l’affaire, en 2021. Tran To Nga et ses avocat·es portent alors l’affaire devant la cour d’appel de Paris, mais le résultat est le même : la plainte est jugée «irrecevable» en 2024. Il reste alors une solution pour continuer ce combat judiciaire : porter un recours devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction française. Sous les dorures et les grandes peintures qui symbolisent la justice, l’enjeu est simple : les sociétés étasuniennes poursuivies peuvent-elles être jugées par la justice française ? Mardi, devant la Cour de cassation, les chimistes se sont défaussés – comme depuis douze ans – de toute responsabilité. Ils étaient cinq avocats à représenter à l’audience les sociétés Hercules, Uniroyal ou encore Bayer-Monsanto. Les firmes ont dit avoir agi sous l’ordre et pour le compte d’un État souverain – les États-Unis. S’appuyant sur le principe qu’un État ne peut en juger un autre, la cour d’appel avait débouté Tran To Nga et reconnu une immunité, dite de juridiction, à ces entreprises. Au prétoire, l’avocat de Tran To Nga, Paul Mathonnet, a défendu que l’accord qui liait les firmes et les États-Unis était «un contrat civil». Il a dénoncé une immunité de juridiction «transformée en écran» qui permet de «trouver refuge derrière les commanditaires et d‘échapper à ses responsabilités». Ce qui est cependant rassurant pour Tran To Nga et ses soutiens, ce sont les conclusions de l’avocat général. S’il reconnait «la configuration inédite du litige», sa position est claire : la production de l’agent orange par les chimistes ne peut être considérée comme un acte souverain. En d’autres termes, «les sociétés mises en cause ne peuvent bénéficier de l’immunité de juridiction». Le magistrat demande à la Cour la cassation du précédent jugement, soit le retour de l’affaire devant les tribunaux. «C’est évidemment encourageant», réagit Bertrand Repolt, autre avocat de Tran To Nga, auprès de Vert. Il tempère en précisant que la Cour n’est pas tenue de suivre l’avis de l’avocat général. La Cour de cassation rendra son arrêt le 16 septembre prochain. Paul Mathonnet espère que cette décision permettra «d’ouvrir enfin le procès porté par madame Tran, avec tout le courage qu’on lui connaît, et avec tout le cortège des vivants et des morts qui la suivent». Dans le cas où la Cour de cassation jugerait elle aussi la plainte irrecevable, Tran To Nga ne baisserait pas les bras pour autant et saisirait la Cour européenne des droits de l’Homme. Dans le cas contraire, l’arrêt renverrait l’affaire devant les tribunaux et créerait un précédent dans l’histoire des luttes environnementales et décoloniales. «C’est une décision qui fera jurisprudence dans d’autres dossiers dans lesquels se pose la question de la responsabilité de sociétés privées qui fournissent un produit dangereux, toxique, à un État», complète Bertrand Repolt. Tom Nico, membre du collectif Vietnam Dioxine et du comité de soutien à Tran To Nga, déjà interrogé par Vert, situe son engagement dans un cadre plus large que celui de l’agent orange : «On se mobilise contre le colonialisme chimique», appuie-t-il. Et de mentionner «ce qui se passe au Liban, à Gaza», notamment l’utilisation de phosphore blanc par l’armée israélienne. Pour continuer à mobiliser et à médiatiser la question de l’agent orange et du colonialisme chimique, le collectif Vietnam Dioxine donne rendez-vous à Paris, sur la place de la Bastille, le 20 juin prochain. Les militant·es côtoieront des organisations engagées pour faire reconnaitre la pollution au chlordécone en Martinique et en Guadeloupe. Une convergence logique, selon Tom Nico : «On souhaite organiser un temps commun pour lutter contre le même système agrochimique, capitaliste, qui détruit les corps, les terres et qui empoisonne sur de longues durées.» Texte intégral (1317 mots)


Immunité contre responsabilité

Vers une décision historique ?
Amélie David
Youssef Atwi soulève son pantalon au-dessus du genou droit. La peau, brunie, luisante par endroits, reste irrégulière, comme arrachée par plaques. «C’est là que le phosphore blanc m’a touché. Ma peau a été complètement brûlée», décrit, en ce mois de juin, cet agriculteur de 60 ans originaire de Khiam (sud du Liban). Cette ville détruite par l’armée israélienne est aujourd’hui sous son occupation. Sur le téléphone de son épouse, des images prises quelques jours après l’attaque qui l’a blessé montrent une jambe couverte de taches blanches épaisses. Des médecins consulté·es à qui nous avons montré ces photos estiment qu’un lien avec le phosphore blanc est «très probable». Selon Amnesty international, le phosphore blanc est une substance incendiaire utilisée pour créer un écran de fumée dense ou marquer des cibles. Lorsqu’il est exposé à l’air, il brûle à des températures extrêmement élevées (jusqu’à 800 degrés Celsius) et provoque souvent des incendies. Les personnes exposées peuvent souffrir de lésions respiratoires, de défaillances d’organes et d’autres blessures aux conséquences durables, notamment des brûlures extrêmement difficiles à traiter. Son utilisation est encadrée par le protocole III de la Convention sur certaines armes classiques (CCAC), auquel le Liban a adhéré en 2017, contrairement à Israël. Ce protocole interdit l’emploi d’armes incendiaires larguées par voie aérienne dans des zones dans lesquelles se trouvent des civils, et restreint fortement l’usage d’armes incendiaires tirées depuis le sol. Youssef Atwi et son épouse ont traversé de nombreuses épreuves en tant qu’enfants du sud du Liban : les guerres, les occupations, les morts, les déplacements, les destructions… Mais jamais le couple n’avait dû faire face aux conséquences des brûlures causées par l’arme incendiaire. L’épisode remonte à juin 2024, dans la région de Khiam. Selon la plateforme whitephosphorous.info, créée par le chercheur Ahmad Beydoun, qui a vérifié plus de 248 incidents impliquant l’utilisation de phosphore blanc, deux épisodes distincts ont touché la zone les 2 et 23 juin 2024. Youssef Atwi ne se souvient pas du jour exact mais il se rappelle parfaitement les circonstances. Sur son terrain de 10 hectares, il récoltait des pastèques quand des formes, semblables à de gros ballons blancs, sont apparues dans le ciel et ont déversé d’épaisses fumées. «J’avais le feu sur moi, décrit-il aujourd’hui avec de grands gestes. Je n’arrivais à respirer, ni à voir. J’ai couru dans le lac le plus proche pour éteindre le feu.» Deux ans plus tard, les symptômes persistent : démangeaisons, plaies qui rouvrent, altération de la vision de l’œil gauche. Le couple et ses deux filles, déplacé·es à plusieurs reprises depuis le début de la guerre en octobre 2023, avec un bref retour à la maison en 2025, vivent désormais dans le nord du Liban. Dans leur fuite, elles et il n’ont pris que quelques affaires, laissant les comptes rendus médicaux auxquels nous n’avons donc pas pu avoir accès. Israël est en guerre contre le Liban depuis octobre 2023 et l’ouverture d’un front de soutien au Hamas depuis le sud du pays par le Hezbollah, parti politique chiite pro-iranien doté d’une puissante milice. Lors de la dernière escalade, en cours depuis le 2 mars, l’armée israélienne a tué 3 826 personnes, blessé 11 851 autres et provoqué le déplacement forcé de plus d’un million d’habitant·es. Elle continue ses avancées sur le territoire libanais, après avoir délimité une «zone tampon», comme lors de son occupation entre 1982 et 2000, et a rasé au moins 65 villes et villages à l’intérieur, dont Khiam. «En 2026, mais aussi en 2024 et 2023, du phosphore blanc a été utilisé à plusieurs reprises par l’armée israélienne de manière illégale au-dessus de zones résidentielles», rappelle le chercheur Ramzi Kaiss, de l’ONG Human rights watch, qui a documenté des usages dans plusieurs localités du sud du Liban en 2023 et 2024. Selon l’organisation, l’armée israélienne a employé illégalement des munitions au phosphore blanc lors de tirs d’artillerie au-dessus d’habitations, le 3 mars, dans la ville de Yohmor, dans le sud du Liban. «L’utilisation illégale et répétée du phosphore blanc par Israël au Liban, ainsi que d’autres armes, et les attaques qui ont tué des civils à un rythme alarmant, devraient servir de signal d’alarme aux États qui continuent de fournir des armes à Israël», dont la France, poursuit Ramzi Kaiss. L’ONG Green southerners évoque de son côté environ 181 occurrences depuis mars, tout en précisant qu’il s’agit d’un minimum. Le 7 juin dernier, elle a documenté une attaque au phosphore blanc au-dessus d’un quartier résidentiel de Nabatieh, ville de 75 000 habitant·es qui accueillait de nombreuses personnes déplacées, et qui a fait l’objet d’ordres d’évacuation forcée de l’armée israélienne, le 26 mai, puis le 2 juin. «Nous n’avons pas pu identifier d’activité militaire apparente de cette zone», explique son président, Hisham Younès. L’utilisation du phosphore blanc «s’inscrit dans un schéma plus large d’intimidation, de déplacement forcé et de transformation des zones civiles en lieux de plus en plus difficiles à habiter», décrit-il. Hussein Ezzedine a fui Zawtar el-Gharbiyeh, dans le sud du Liban, actuellement occupée par l’armée israélienne. Aujourd’hui déplacé au nord de Beyrouth, la capitale, il nous confie par téléphone avoir tout perdu : sa maison de trois étages, ses plantations d’agrumes, d’avocats, de blé et de légumineuses et ses 35 moutons. «Bien sûr qu’ils ont utilisé du phosphore blanc ! Nous le sentons dans la terre, car elle a changé depuis la guerre : il n’y a plus rien qui pousse», s’agace-t-il. Depuis 2023, les frappes répétées dans le sud du Liban ont provoqué «de graves perturbations écologiques», souligne Hassan Malkhlouf, professeur à l’Université libanaise et spécialiste des sols : destruction du couvert végétal, stérilisation des couches superficielles, disparition de la vie microbienne et de la matière organique, altération des cycles nutritifs et vulnérabilité accrue à l’érosion. «Dans les écosystèmes méditerranéens, où les sols sont déjà fragiles et soumis à la sécheresse, le plus inquiétant n’est pas seulement l’incendie visible des forêts et des terres agricoles, mais la dégradation progressive de la vie des sols. Une fois leur équilibre biologique perturbé, leur restauration est lente et exige une réhabilitation rapide», explique le président de l’association Lebanon Eco Movement (LEM). Le ministère libanais de l’agriculture a détecté des niveaux élevés de phosphore dans certaines zones du sud, sans danger immédiat pour les cultures, selon lui. D’après les chiffres officiels, près de 52 000 hectares de terres agricoles ont été endommagés par tous les bombardements depuis 2023 et près de 80% des agriculteur·ices ont été déplacé·es de force. Entre fin 2024 et début 2025, l’Université américaine de Beyrouth (AUB) a analysé plus de 250 sites au Liban afin d’évaluer les contaminations liées au phosphore blanc. Les premiers résultats montrent des concentrations totales jusqu’à 400 fois supérieures aux niveaux naturels dans les zones touchées. Le chercheur Rami Zurayk (AUB) a lui aussi mené des prélèvements grâce aux échantillons apportés par les agriculteur·ices. «Les sols calcaires fixent le phosphore, le rendant peu disponible. La contamination par les métaux lourds et les entités contaminantes associées à la destruction massive des habitations [ainsi qu’aux frappes et aux bombardements, NDLR] va possiblement causer plus de problèmes à court et moyen terme que le phosphore», observe-t-il. Pour Roberto Reno, co-auteur d’une étude de Source international, Amel Italia et Amel association international publiée en mai, l’armée israélienne utilise les mêmes techniques au Liban qu’en Syrie et en Palestine, notamment à Gaza, où du phosphore blanc a été largué. «L’utilisation des armes incendiaires, qui incluent le phosphore blanc, crée des conditions de terre brûlée rendant des zones entières inhabitables et visant collectivement les populations civiles ainsi que leurs moyens de subsistance», affirme le président d’Amel Italia. Loin de sa terre dans le sud du Liban, Youssef Atwi allume une nouvelle cigarette : «Quand nous sommes retournés dans notre village après le cessez-le-feu, la terre ne donnait plus rien. Tout était mort car tout avait été brûlé.» Ses 70 oliviers qui lui permettaient d’assurer un minimum de revenus ont été réduits en cendres ou déracinés et, pour certains, emportés de l’autre côté de la frontière, selon lui. Pour la fille aînée du couple, Israël tente de détruire le lien de la population à la terre. Sa mère (qui n’a pas souhaité que son nom apparaisse) renchérit : «Ils veulent notre terre, notre eau, car c’est un paradis pour eux.» Cette dernière voyagera bientôt pour rendre visite à ses enfants installé·es au Canada. Youssef Atwi, malgré leur insistance, a décidé de rester au Liban, «ne pouvant abandonner sa terre», vivant avec les cicatrices de ses brûlures, marqué à jamais. Contactée à plusieurs reprises par e-mail, l’armée israélienne ne nous a pas répondu. Texte intégral (1988 mots)

«J’avais le feu sur moi»

Un signal d’alarme aux États qui fournissent des armes à Israël
«Il n’y a plus rien qui pousse»»
«Ils veulent notre terre, notre eau, car c’est un paradis pour eux»
Esteban Grépinet
Déguisements de vaches, pancartes de maïs et drapeaux jaunes de la Confédération paysanne. Ce mardi matin, quelques centaines d’agriculteur·ices et de militant·es écologistes de toute l’Europe ont manifesté devant le Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin) contre les «nouveaux OGM». Un rassemblement de la dernière chance : les eurodéputé·es doivent voter mercredi pour ou contre l’autorisation des nouvelles techniques génomiques (NTG) dans l’Union européenne. Ces technologies sont destinées à modifier l’ADN des plantes pour les rendre plus productives et résistantes aux changements climatiques (notre article). Mais elles inquiètent de nombreuses organisations écologistes et paysannes ainsi que plusieurs scientifiques quant à leurs risques pour l’environnement et l’avenir des activités paysannes. Les brevets, ces droits de propriété intellectuelle prévus dans l’accord actuel, laissent notamment craindre un renforcement du poids des géants de l’agrochimie (Bayer, Syngenta…) au sein du marché mondial des semences. Le vote de mercredi pourrait être l’ultime étape d’un long parcours législatif, lancé par la Commission européenne à l’été 2023. En avril dernier, les États membres ont approuvé (avec la voix de la France) l’accord conclu cinq mois plus tôt avec le Parlement européen. Ce dernier doit donc désormais rendre son verdict, mais rien n’est joué. Plusieurs groupes de gauche ont déposé une quarantaine d’amendements pour modifier des points cruciaux du texte. En première ligne, le socialiste Christophe Clergeau espère rétablir la position initiale – plus protectrice – du Parlement européen : «Tout cela a été balayé pendant le trilogue par une rapporteure [Jessica Polfjärd, droite, NDLR] qui n’a pas respecté le mandat du Parlement», accuse-t-il. L’élu socialiste appelle notamment à exclure du brevetage les caractéristiques végétales pouvant être obtenues par des méthodes conventionnelles, ou encore à protéger les agriculteur·ices en cas de «contamination fortuite ou accidentelle» de leurs cultures. «Il faut éviter qu’un agriculteur puisse être accusé d’utiliser des NTG qu’il n’a pas payés, alors qu’il est tout simplement face à une pollution de son champ par les NTG du voisin», défend Christophe Clergeau. «Le texte établit qu’on ne peut pas breveter ce qui existe déjà dans la nature, lui répond l’eurodéputé Pascal Canfin, chef de file du groupe Renew Europe sur le dossier. La présence accidentelle de matériel breveté chez un agriculteur, due à une reproduction naturelle [par la pollinisation, NDLR], n’est pas comparable à une contrefaçon classique.» Le centriste estime que le compromis conclu en décembre est satisfaisant : «Il a fallu trouver un point d’équilibre entre la nécessité de rétribuer l’innovation, et donc d’autoriser des brevets, sans tomber dans des risques de trop grande dépendance.» Sur la traçabilité – autre point chaud du texte –, Martin Häusling (écologiste, Allemagne) et Anja Hazekamp (gauche radicale, Pays-Bas) veulent rétablir un étiquetage des produits issus des NTG, «de manière à garantir que les opérateurs et les consommateurs disposent d’informations précises qui leur permettent d’exercer de manière effective leur liberté de choix». Christophe Clergeau votera ces propositions, mais défendra un amendement «moins ambitieux», susceptible de rallier plus de voix : «Si cet amendement n’est pas voté, il n’y aura aucune possibilité de détecter les NTG dans la nature ou dans les aliments.» À ce stade, seuls les sacs de semences achetés par les agriculteur·ices seront étiquetés. Pour Pascal Canfin, «les consommateurs qui veulent avoir la certitude de ne pas consommer de NTG pourront le faire en achetant des produits bio», qui excluent ces techniques de leur cahier des charges. Si un seul (ou plusieurs) de ces amendements était voté mercredi, le texte repartirait pour de nouvelles négociations avec la Commission européenne et les États membres. Sinon, il serait définitivement adopté. Lundi soir, les eurodéputé·es de la commission de l’environnement, du climat et de la sécurité alimentaire (Envi) ont voté par 56 voix contre 32 en faveur du texte, sans approuver aucun des amendements. Les Verts, la gauche radicale et les socialistes s’y sont opposé·es, quand la plupart des centristes, de la droite et de l’extrême droite ont voté pour. «Nous restons prudents, mais le texte devrait passer en plénière», juge Pascal Canfin, dont le groupe votera pour. Comme l’analyse le média Contexte, le scrutin en séance publique reste très incertain, avec plusieurs groupes politiques fracturés. À l’exception des délégations espagnoles et danoises, une grande partie des Socialistes et démocrates (deuxième groupe au Parlement européen) devrait voter la plupart des amendements proposés. Ils et elles pourront compter sur les voix des Verts et de la gauche radicale, pleinement opposé·es au texte. Plusieurs voix du centre à l’extrême droite pourraient venir grossir les rangs, y compris chez le Parti populaire européen (droite), force majeure du Parlement. Début avril, plusieurs élu·es de la droite allemande ont fait part à la Commission européenne de leur inquiétude vis-à-vis des brevets. De là à atteindre une majorité de 361 voix sur l’un des amendements ? «Une barre élévée», reconnaît Christophe Clergeau : «S’il se confirmait que les groupes de droite et d’extrême droite s’alignent sur les intérêts des multinationales et abandonnent la bataille sur les brevets, alors nous serons battus.» Texte intégral (1149 mots)

Vifs débats sur les brevets et l’étiquetage
«Il n’y aura aucune possibilité de détecter les NTG dans la nature ou dans les aliments»
Divisions internes
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