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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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20.09.2026 à 07:00

Chicorée, café d’orge ou de lupin : quelles sont les alternatives au café les plus écologiques ?

Raphaëlle Vivent

Texte intégral (1545 mots)
Derrière son bon goût, le café cache un fort bilan carbone, une déforestation conséquente ou encore des problématique de droits humains dans les pays producteurs. © Sarmale Olga/Flickr

Déguster une tasse de café fumante au saut du lit : un rituel matinal partagé par une grande partie des Français·es de plus de 18 ans. Selon une étude Ipsos réalisée en 2024 pour Nescafé Dolce Gusto, 73% d’entre elles et eux en consomment régulièrement, à raison de trois par jour pour la moitié du panel interrogé. Un engouement planétaire : près de deux milliards de personnes en consomment chaque jour à travers le globe.

Mais cette demande massive et en plein essor pose de sérieux problèmes environnementaux : déforestation dans les pays producteurs (notamment au Brésil, au Vietnam et en Colombie), recours intensif aux engrais azotés et aux pesticides, forte consommation d’eau (132 litres pour une seule tasse, selon l’hydrologue Charlène Descollonges, interrogée par le média Reporterre), émissions de gaz à effet de serre lors de la production et du transport… Sans oublier les atteintes aux droits humains : l’ONG Coffee Watch fait état de travail forcé, de travail des enfants et de salaires misérables dans de nombreuses exploitations, y compris pour certains cafés issus du commerce équitable.

Le café menacé par le réchauffement climatique

La culture du café est par ailleurs fortement exposée aux aléas climatiques. Tempêtes et gels records au Brésil, sécheresses en Côte d’Ivoire ou au Vietnam ont fait chuter la production ces dernières années, provoquant une flambée des prix (+37 % entre 2024 et 2025, selon une évaluation du média France info). Malgré de meilleures récoltes en 2026, la tendance de fond devrait se poursuivre : le changement climatique pourrait rendre incultivables de nombreuses parcelles aujourd’hui dédiées à cette plante.

Pour des raisons éthiques, écologiques, ou simplement pour réduire leur consommation de caféine, de plus en plus de consommateur·ices se tournent donc vers des alternatives, qui se sont multipliées ces dernières années. Celles et ceux qui cherchent à retrouver le goût exact du café seront déçu·es, mais ces boissons ont leurs propres saveurs à faire valoir. Produites localement, elles sont aussi plus respectueuses de l’environnement. Tour d’horizon des principales alternatives.

Les boissons à base de chicorée

Longtemps affublée d’une image désuète, la chicorée connaît un regain de popularité. Aux côtés des acteurs historiques comme Leroux ou Ricoré (Nestlé), de jeunes marques telles que Nourée ou Cherico entreprennent de la dépoussiérer.

Obtenue à partir de racines torréfiées puis réduites en poudre, cette boisson affiche un bon bilan environnemental. Au kilo, son empreinte carbone est pourtant très proche de celle du café : 7,87 kilogrammes d’équivalent CO2 par kilogramme (kg CO₂e/kg) contre 8,4kgCO2e/kg pour le café moulu, selon la base Agribalyse de l’Ademe. Toute la différence se joue à la tasse, car on dissout seulement deux à trois grammes de chicorée soluble, contre une dizaine de grammes de café moulu. Résultat : une tasse de chicorée émet environ quatre fois moins de dioxyde de carbone (CO2) qu’une tasse de café.

La chicorée exige en outre moins d’intrants chimiques et pousse principalement dans le nord de la France – premier producteur mondial – et chez ses voisins (Belgique, Pays-Bas, Allemagne). Choisie bio, elle réduit encore son impact, même si l’essentiel de son empreinte tient à l’étape de transformation.

Sans caféine, cette racine est riche en fibre et en inuline, une prébiotique reconnue pour son impact positif sur le microbiote. «Côté goût, on retrouve l’amertume du café, avec des notes de caramel et de noisette», détaille Doriane Le Leu, cofondatrice de la marque Cherico. Le prix, lui, varie fortement selon les marques et le mode de culture – conventionnel ou bio – de 12 à 38 centimes la tasse.

Le café d’orge

Populaire en Italie (caffè d’orzo) et au Portugal (cevada), le café d’orge séduit les personnes ne tolérant pas la caféine ou celles qui veulent remplacer le café de l’après-midi. En France, cette alternative riche en fibres et en nutriments reste relativement méconnue, même si son marché progresse.

Faute de calcul d’empreinte carbone pour ce substitut céréalier, on retiendra que l’essentiel de l’orge utilisée est cultivée et transformée en France : dans le Cantal pour Kafékap, dans le Tarn pour la Ferme de Vanessa Vialettes, ou en Bretagne pour Graine de Breton. «Nous avons fondé la marque il y a onze ans pour proposer une alternative locale au café décaféiné. Depuis deux ans, nous constatons un vrai engouement du grand public», raconte Nathalie Gouéry, qui a créé Graine de Breton avec son mari Yoann.

L’enseigne décline plusieurs gammes : l’orgé, au goût de céréales et de pain grillé, et l’orzo, plus doux, aux notes de noisette. «Nous avons également développé le Koffé 532, un mélange d’orge et de petit épeautre. De nombreux clients nous disent qu’en terme de goût, c’est ce qui se rapproche le plus du café», précise-t-elle. Le café d’orge se prépare en infusion, idéalement en cafetière à piston, ou en cafetière italienne ; plusieurs marques proposent aussi des capsules. Comptez en moyenne 20 euros (€) le kilo pour l’orzo – comparable, voire inférieur, au prix des cafés bios moulus.

Le café de lupin

Le lupin est une légumineuse dont les graines comestibles, très riches en protéines, sont torréfiées pour donner un café moulu ou en grains. «La consommation de café de lupin est très ancienne, mais l’habitude s’est perdue en France. Je l’ai découverte en Allemagne il y a cinq ans, alors que je cherchais une alternative sans caféine pendant ma grossesse. J’ai eu envie de remettre cette boisson au goût du jour», explique Anaïs Marescaux, fondatrice de Lupi Coffee. Le lupin est originaire du nord de la France et d’Allemagne – la marque, qui se fournit déjà auprès de fermes bio, vise une production 100% française dès l’an prochain.

D’autres se sont depuis lancées sur ce marché encore confidentiel, comme Arsène, qui revendique une production 100% française, ou La Tribu des Kawas, dont les grains sont cultivés et transformés en Bretagne.

Corsé et rond, le café de lupin dévoile des arômes de noisette grillée et de cacao. «Le goût se rapproche vraiment de celui du café, avec moins d’acidité», assure Anaïs Marescaux. Il s’accommode de toutes les cafetières – filtre, italienne, à piston, voire à expresso – en suivant les recommandations propres à chaque méthode. Lupi Coffee vend sa version 19€ les 600 grammes (g), soit environ 23 centimes la tasse selon la marque.

Et le thé dans tout ça ?

Le thé n’est évidemment pas un substitut au café. Mais pour qui cherche à alléger son empreinte carbone, c’est un bon réflexe : selon l’Ademe, il figure parmi les boissons les moins émettrices après l’eau du robinet, avec 43,6gCO₂e par litre, soit quinze fois moins que le café.

Certes, le thé vient lui aussi de loin : la Chine et l’Inde en sont les premiers producteurs. Mais sa culture, moins intensive, entraîne moins de déforestation que celle du café. Là encore, privilégier le bio limite le recours aux pesticides.

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19.09.2026 à 07:00

«On sait très bien que le RN n’aime pas l’écologie» : à Carpentras, France nature environnement lâchée par la mairie d’extrême droite

Cécilia Brès

Texte intégral (1257 mots)
Claude Ranocchi, présidente départementale de France nature environnement depuis mai 2026. Cette année marque les cinquante ans d’existence de l’antenne vauclusienne. © Cécilia Brès/Vert

Quand le mistral ne souffle pas trop fort, des passants s’assoient sur la volée de marches menant au local vitré. Au-dessus de leur tête, un hérisson rouge, l’air hargneux : le logo de France nature environnement (FNE). La structure nationale, qui fédère de nombreuses association de protection de la nature, est la seule occupante des lieux, malgré l’enseigne «Maison de l’environnement» qui persiste sur la façade.

À l’intérieur, Claude Ranocchi, présidente bénévole de l’antenne Vaucluse, extrait deux feuilles A4 d’un dossier jaune. Par les ruelles du centre ancien de Carpentras, la mairie n’est qu’à 300 mètres du local associatif. Mais c’est bien par La Poste que la décision est tombée.

Dans un courrier daté du 1er septembre, le maire Hervé de Lépinau (Rassemblement national) et son adjointe à la vie associative se disent «conscients de l’intérêt de [la présence de FNE 84] sur le territoire de Carpentras», mais plus en capacité de louer des locaux au bénéfice d’associations. Ils proposent «la mise à disposition d’une salle non exclusive selon un calendrier déterminé à l’avance».

La nouvelle équipe municipale de Carpentras met un terme à la convention d’hébergement qui permettait à FNE 84 d’occuper gracieusement un local, depuis plus de quinze ans. © Cécilia Brès/Vert

Avec deux salariées, une personne en service civique et une autre en mécénat de compétences, «c’est irréaliste» tranche Claude Ranocchi. Et d’ajouter : «On sait très bien que le RN n’aime pas l’écologie, ce n’est pas un scoop.» En juin dernier, le nouvel édile de Carpentras mettait déjà un terme à la ferme municipale, créée par l’ancienne majorité (notre article).

«La ville louait un local plus de 500 euros par mois et le mettait gratuitement à disposition de l’association pour un usage exclusif. Nous y mettons un terme car ce n’est pas soutenable financièrement» détaille la municipalité (qui n’a pas répondu à nos sollicitations), auprès du quotidien régional La Provence.

«Un dentiste d’Orange nous propose un local, en dessous de son cabinet»

À Carpentras, FNE 84 ne perçoit pas de subvention municipale. Ce local lui permet de mener son action quotidienne. Elle y accueille ses équipes, y stocke ses archives et son matériel. Au sous-sol, se côtoient pêle-mêle des tubes de peinture, paires de jumelles et autres pinces et gants destinés aux opérations de ramassage de déchets.

À l’étage, s’alignent de multiples dossiers, trois bureaux et une grande table, dimensionnée pour accueillir chaque mois le conseil d’administration (CA) et sa quinzaine de membres. Tous bénévoles. Pour elles et eux, la période est «particulièrement intense» souffle Claude Ranocchi.

Dans leur quête d’un nouveau lieu, les membres du CA activent leur réseau : des messages sont envoyés aux membres et à la trentaine d’associations adhérentes. Calme ce matin-là, le local a pris des airs de QG de crise.

Claude Ranocchi n’y croyait guère, mais les propositions affluent. Elle les passe en revue, faisant glisser la pointe de son stylo le long d’une liste imprimée : «On a même un dentiste d’Orange [autre municipalité RN, NDLR] qui nous propose un local, en dessous de son cabinet !»

Trouver un nouveau lieu, et s’assurer cette base arrière. Mais le gros de l’activité se joue hors des murs. L’association intervient en milieu scolaire, autour de l’eau, des déchets ou de la biodiversité. Sur un terrain reçu en don, dans une commune voisine, elle combine installation de nichoirs, plantation d’arbres fruitiers et inventaire naturaliste, pour sensibiliser à la préservation des sols.

Scotchées sur les vitres du local, des affiches invitent les passant·es à rejoindre la «grande marche pour le climat et le vivant» fin septembre, les informent des fruits et légumes de saison ou célèbrent la biodiversité du Vaucluse. © Cécilia Brès/Vert

Sensibiliser aussi via un partenariat avec le tribunal correctionnel de Carpentras, et l’organisation de «stages de citoyenneté» pour des personnes ayant commis des infractions environnementales, comme l’utilisation de produits phytosanitaires interdits ou la capture d’oiseaux protégés.

«On y passe des heures et des heures»

Les membres de FNE 84 accompagnent des structures locales dans leur action en justice. «On les conseille, on est à leurs côtés au tribunal. Lorsqu’il y a un projet de construction, il y a systématiquement une enquête publique : le fait que FNE rédige une contribution, ça a du poids, révèle Claude Ranocchi. C’est un travail de fond, il faut s’appuyer sur les textes, les lois. On y passe des heures et des heures.»

«On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet.»

À Entraigues-sur-la-Sorgue, à quinze minutes d’Avignon, leur lutte a permis de réduire de 100 hectares les plans d’extension d’une zone d’activité. À Pertuis, d’obtenir l’annulation d’un autre projet de 86 hectares. «Une grande victoire» souligne Claude Ranocchi.

Mais les inquiétudes sont grandes, également. Les pouvoirs locaux ne sont pas les seuls à lâcher l’association. «On perd notre local, mais on perd aussi des financements. L’État ne finance plus, et les collectivités locales sont obligées de donner des coups de ciseaux par ricochet», s’inquiète la présidente.

Alors, l’équipe vauclusienne intensifie sa recherche de mécènes. Sur la porte du local associatif, le hérisson rouge conserve un regard combatif. Mais d’ici au 31 décembre, il lui faudra quitter son poste.

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18.09.2026 à 11:55

«Une forme de gestion de l’indésirable» : le juriste William Acker documente le racisme environnemental subi par les «gens du voyage»

Rémi-Kenzo Pagès

Texte intégral (2296 mots)
Des «gens du voyage» installés dans l’ancien parc à thèmes de Mirapolis, près de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). © Thomas Samson/AFP

Lorsque la fumée noire des incendies de l’usine de Lubrizol envahissait l’aire d’accueil des «gens du voyage», située dans la zone industrielle de Rouen et du Petit-Quevilly (Seine-Maritime), en septembre 2019, on aurait pu s’attendre à ce que ses habitant·es soient évacué·es. Pourtant, ces oublié·es du plan d’évacuation ne reçoivent aucune information de la part des autorités et sont complètement abandonnés sous le nuage toxique.

C’est ce qui les motive, les jours suivants, à se mobiliser en interpellant publiquement les responsables politiques de la métropole rouennaise et en portant l’affaire devant les tribunaux, déclenchant le premier cas médiatique français de racisme environnemental concernant les communautés des «gens du voyage», une catégorie administrative qui désigne notamment les Yéniches, les Manouches, les Sintis, les Rroms ou les Gitans (sans que ces groupes ne se reconnaissent forcément dans cette dénomination).

Depuis, les aires d’accueil sont de plus en plus identifiées comme polluées, en partie grâce au travail du juriste William Acker, lui-même issu de ces communautés. Dès 2019, il entame un travail cartographique inédit, recensant toutes les zones d’accueil des «gens du voyage», dont il résume les conclusions dans un premier livre publié en 2021. Dans un deuxième ouvrage publié ce vendredi, Racisme environnemental, penser la convergence depuis la lutte contre l’antitsiganisme (éditions du commun, 2026), William Acker décrit les mécanismes racistes qui favorisent leur exposition aux pollutions et aux risques industriels.

Comment vit-on dans une aire d’accueil ?

La majorité des aires sont des parkings habités de manière permanente par des personnes qui ne voyagent pas ou peu. Les équipements sont souvent en mauvais état à cause d’un manque d’entretien et parce qu’ils ne correspondent pas toujours aux besoins des personnes accueillies.

Ils sont coincés sur ces parkings qui ne sont pas adaptés à de bonnes conditions de vie, entourés de béton, avec peu d’espaces végétalisés, ce qui produit des îlots de chaleur. Quand il y a des canicules, des tempêtes, des grands froids, les aires d’accueils sont surexposées aux aléas climatiques. En plus, «les gens du voyage» ne parviennent pas à s’assurer parce que les assureurs ne veulent pas les couvrir. Il y a une double injustice quand il y a une catastrophe et qu’on perd son habitat.

L’autre problématique, c’est la qualité environnementale de ces lieux, qui est vraiment médiocre. Environ 52% des aires d’accueil sont à proximité directe de sources polluantes ou d’industries dangereuses. Plus de 70% sont situées en dehors de toutes zones dédiées à l’habitat, ce qui donne une indication sur le niveau de relégation territoriale.

Une étude de Santé publique France, parue en 2024, estime que l’espérance de vie des «gens du voyage» est inférieure de 10 à 15 ans à la moyenne nationale. Elle est similaire à celle des personnes qui vivent sans abri. Les chiffres montrent un effet concret de cet environnement sur la santé des voyageurs. Certaines maladies sont très présentes dès le plus jeune âge : problèmes pulmonaires, maladies cutanées, hypertension, diabète, obésité infantile… Tout cela est conditionné par un rejet très ancien lié aux origines supposées ou réelles des personnes.

Il y a un adage chez les voyageurs qui dit que si on ne trouve pas l’aire d’accueil en arrivant dans une ville, il faut chercher la déchetterie. Les aires d’accueil sont-elles à ce point associées aux pollutions et aux zones exposées aux risques industriels?

Mon grand-père disait cela, mais il n’était pas le seul. Cela montre qu’on connaît le problème depuis des décennies, même s’il n’y avait aucun chiffre. C’est pour cela que j’ai commencé, dès 2019, à produire des données en utilisant des cartes, pour appuyer la mobilisation contre la mauvaise gestion de l’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen.

J’ai réalisé 1 358 cartes qui correspondent à l’ensemble des aires d’accueil françaises, en analysant leur position au regard des zones les plus polluées. On observe que les aires sont souvent à la frontière communale, avec la volonté de les éloigner au maximum des autres habitants.

William Acker est juriste et délégué général de l’Association nationale des gens du voyage citoyens (ANGVC). © Lisa Péan

Il y a ensuite une logique de rationalisation de l’urbanisme qui entre en jeu : plus on éloigne un équipement, plus il coûte cher, parce qu’il faut créer les réseaux d’eau et d’alimentation électrique. Les communes cherchent à les rapprocher d’autres équipements qui sont éloignés pour d’autres raisons, notamment environnementales. C’est le cas des décharges, des stations d’épuration, des usines.

On retrouve des aires d’accueil à proximité de ces équipements pollués. On les retrouve aussi à côté d’établissements qui ne présentent pas de risques de pollution, mais qui sont censés abriter des personnes qui sont également stigmatisées, comme les centres de rétention administrative ou des mosquées. On se rend compte qu’il y a des zones d’exclusion dans certaines collectivités, où on va reléguer ceux qu’on ne désire pas voir dans les centres-villes. C’est une forme de gestion de l’indésirable. On a l’impression de voir le racisme vu du ciel, puisque je m’appuie beaucoup sur de la cartographie aérienne.

Sans l’histoire de l’usine Lubrizol et de l’aire du Petit-Quevilly le sujet serait-il connu du grand public ?

Lubrizol a mis en lumière ce sujet mais il y avait déjà des collectifs en lutte sur la question, comme le Collectif des femmes d’Hellemmes-Ronchin (Nord) dans la métropole de Lille [dont le terrain est pollué par une usine de béton et un centre de recyclage, NDLR].

Quand l’usine AZF de Toulouse (Haute-Garonne) a explosé en 2001, il y avait un terrain de voyageurs à proximité, personne n’en parlait. Mais les personnes qui vivaient sur l’aire d’accueil près de Lubrizol ont rencontré des militants aguerris et des chercheurs qui se sont associés, puis il y a eu un mouvement collectif dans une période où il y avait un focus médiatique important.

«Pendant sept ans, les personnes qui vivaient sur l’aire près de Lubrizol ont été expulsées, chassées pendant des années dans la zone industrielle.»

Le mouvement lié à Lubrizol nous a permis d’affiner un langage politique, parce qu’à l’époque le racisme environnemental n’était pas une notion utilisée. Aujourd’hui la plupart des collectifs de voyageurs utilisent ce terme, ce qui veut dire qu’il y a une réflexion qui permet de croiser les champs de l’antiracisme avec les luttes pour le droit à un environnement sain.

Que sont devenus les habitants de l’aire du Petit-Quevilly?

Ils ont été relogés cet été. Des terrains familiaux locatifs qui prennent la forme de maisons avec un petit emplacement où il est possible de mettre une caravane ont été construits. Ce sont des logements adaptés aux besoins des voyageurs mais il a fallu presque sept ans, avec une pression médiatique et politique sur la métropole de Rouen, pour trouver une solution.

Pendant sept ans, les personnes qui vivaient sur l’aire près de Lubrizol ont été expulsées, chassées pendant des années dans la zone industrielle. Il m’est arrivé de retourner à Rouen et de revoir des familles sur le parking de Lubrizol. C’était quand même assez cynique.

Est-ce qu’on peut dire que certaines pollutions deviennent des formes d’expression de l’antitsiganisme ?

La question reste ouverte. En tout cas, l’antitsiganisme conditionne à une surexposition aux pollutions. On parle de racisme environnemental précisément parce que ces espaces ne sont dédiés qu’à une catégorie de la population historiquement appréhendée par sa race. La recherche vient montrer qu’il y a un lien entre la condition raciale des personnes et les inégalités environnementales qu’elles subissent.

William Acker, Racisme environnemental, éditions du commun, septembre 2026, 190 pages, 16 euros. © Éditions du commun

En France, le cas emblématique est celui du chlordécone dans les Antilles françaises, qui touche majoritairement des personnes noires. On peut observer cette domination raciale dans beaucoup de circonstances dans les Outre-mer mais aussi en Hexagone.

La situation des aires d’accueil illustre ce sujet parce qu’on a des lieux dédiés à une population historiquement discriminée sur des questions raciales qu’on met à l’écart [l’antitsiganisme étant un racisme spécifique qui cible les personnes perçues comme «Tsiganes», NDLR]. Ces lieux sont choisis par l’État, validés par les décideurs publics.

Nous avons vraiment tous les critères de la définition du racisme environnemental telle qu’elle avait été posée dans les années 1980 par les militants des droits civiques aux États-Unis. Mais, en France hexagonale, on considère que la race n’est pas un sujet. Le fait qu’on ne produise pas de statistiques sur les questions raciales fait qu’on a un aveuglement sur la question. C’est difficile de le nommer en droit, où l’on va surtout parler de discriminations.

Est-ce que l’antitsiganisme est un racisme territorial qui vise un rapport jugé illégitime par rapport à l’espace, aux frontières et à l’État?

La question raciale a été pensée dans une perspective d’éviction territoriale. Regardez l’historique des lois françaises qui encadrent l’itinérance des voyageurs en créant des statuts de nomades, puis des catégories de «gens du voyage» en instituant depuis 1912 des carnets de fichage, des listings en préfecture, en cherchant à les empêcher de voyager, en tentant de les fixer dans des conditions précaires sur un territoire pour les contrôler.

«Nous sommes dans une société partagée entre le rejet permanent et la tentative de fixation forcée des voyageurs, mais sans jamais leur donner l’opportunité d’habiter.»

On les oblige à se sédentariser dans certains lieux, mais on ne les autorise jamais à s’installer. On exclut les voyageurs, mais en même temps il ne faut pas qu’ils voyagent parce qu’en voyageant ils deviennent autant d’intrus dans d’autres territoires.

Nous sommes dans une société partagée entre le rejet permanent et la tentative de fixation forcée des voyageurs, mais sans jamais leur donner l’opportunité d’habiter. Cette pratique raciale sur les territoires est complètement encadrée par le droit. Il faut donc réformer le droit, et pour cela il faut mener la bataille politique.

Vous parlez de racisme environnemental : les communautés se réapproprient-elles cette notion?

C’est quelque chose qui est pensé depuis des décennies sans forcément utiliser ces mots. Avec la notion de racisme environnemental, une nouvelle grille de lecture permet de nommer les discriminations, les malaises, les traumatismes et de faire ressortir des terrains de luttes communs. Cela permet de mettre en évidence que c’est systémique.

En posant ce regard, on lie la condition raciale aux discriminations environnementales, ce qui permet une lecture politique aux voyageurs et de nous sortir du seul combat antiraciste, qui est difficile à porter en France. Surtout, ça nous sort de cette représentation de pollueurs et d’intrus. D’un coup, nous devenons des acteurs de l’écologie et nous faisons la synthèse entre les mouvements antiracistes et les écologistes.

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18.09.2026 à 11:07

«Je ne suis pas sûre que faire mieux permette d’éviter le réchauffement climatique» : en Gironde, Marine Le Pen prône l’inaction

Théo Mouraby

Texte intégral (1747 mots)
La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, échange avec un sylviculteur au Porge, commune sinistrée par le mégafeu de Gironde en juillet 2026. © Théo Mouraby/Vert

La route, une longue ligne droite étirée sur plusieurs kilomètres, dévoile un spectacle qui noue la gorge. Ici, tout a brûlé de part et d’autre de la chaussée. Un paysage de sable et de cendres. Certains pins maritimes sont tombés. Étonnamment, la plupart, entièrement noircis, reste plantés bien droits, comme des allumettes qu’on aurait laissé brûler.

Au bout de la route, la ville du Porge, épicentre de l’incendie qui a ravagé 42 000 hectares en Gironde fin juillet, le plus grand en superficie en France depuis 1949. À l’entrée de cette bourgade proche du bassin d’Arcachon, le panneau est barré d’un épais scotch noir, comme pour marquer le deuil. Le mégafeu, qui a détruit 250 maisons, en a emporté plus de 180 dans cette commune de 3 500 habitant·es.

C’est ce décor que Marine Le Pen a choisi pour son premier déplacement de campagne. Jeudi, la candidate du Rassemblement national (RN) à l’élection présidentielle est allée à la rencontre des sinitré·es. Un choix qui peut paraître étonnant : la patronne du RN est d’habitude peu prolixe sur l’écologie.

La semaine dernière, lors de son discours de rentrée, elle n’en a parlé que pour fustiger les trop nombreuses «normes». Et le parti «n’a toujours pas de réel volet écologique dans son programme» à six mois de la présidentielle, rappelait cette semaine, dans un entretien à Vert, le spécialiste de l’extrême droite Stéphane François. Lors de la précédente présidentielle en 2022, le mot «réchauffement climatique» n’apparaissait pas dans la brochure dédiée à l’écologie.

Pourtant, c’est bien à cause du changement climatique que ces mégafeux deviennent plus intenses et plus fréquents. En 2022, un autre incendie en Gironde avait déjà emporté près de 20 000 hectares. Cet été, la sécheresse et les canicules à répétition ont fortement compliqué la tâche des pompiers pour contenir les flammes.

Sur l’écologie ? «On a des trucs en soute»

Alors, Marine Le Pen est-elle venue au Porge pour annoncer ses mesures pour lutter contre le réchauffement climatique ? «Non, il n’y aura pas d’annonce programmatique aujourd’hui», balaie Renaud Labaye, le directeur adjoint de la campagne. Sa championne est là avant tout pour rencontrer et écouter les habitant·es, explique-t-il. Il assure à Vert qu’une réflexion sur le sujet est en cours au RN : «On a des trucs en soute». Un livret programmatique sera dévoilé, à une date encore inconnue. Déjà en 2023, le parti avait chargé Andréa Kotarac, aujourd’hui porte-parole de la campagne, de rédiger ledit livret. Ce dernier n’a pour l’instant jamais vu le jour.

«Nous avons une forme de modestie et nous savons que le réchauffement climatique n’est pas lié exclusivement à la France.»

Interrogée à son tour, Marine Le Pen reste évasive : «Oui, on présentera notre projet sur ce sujet. Mais nous avons une forme de modestie et nous savons que le réchauffement climatique n’est pas lié exclusivement à la France. C’est un problème mondial. Nous sommes déjà un pays éminemment vertueux, un des plus vertueux du monde dans ce domaine.» Un argument qui renvoie la faute sur les autres, et passe sous silence le fait que la France est l’une des dix nations ayant émis le plus de CO2 depuis la révolution industrielle.

C’est aussi l’un des douze discours qui participent à ralentir l’action climatique, comme l’ont identifiés les scientifiques. Dès la phrase suivante, elle en mobilise un deuxième, cette fois aux accents fatalistes : «Je ne suis pas sûre que faire mieux, qui est toujours un objectif, permette d’éviter ce réchauffement climatique, insiste la frontiste. Mais ce qui est sûr, c’est qu’il faut s’y adapter». Et c’est pour recueillir des idées, dit-elle, que la candidate est venue sur le terrain.

Une commune «sacrifiée» ?

En début d’après-midi, Marine Le Pen a échangé avec une dizaine de sinistré·es trié·es par le parti, dans le jardin arrière d’une maison, en présence de la presse. Une autre vingtaine de personnes s’est attroupée devant la propriété et attend que la candidate sorte, comme Christine Sirot, 51 ans, femme de ménage pour qui «Marine, c’est l’avenir de la France». Sa maison, à elle, n’a pas brûlé, mais elle exprime une opinion qui est partagée au Porge : tout cela aurait pu être évité.

Pendant les incendies, une polémique a enflé sur les réseaux sociaux et dans les médias. Plusieurs habitant·es de la commune dénonçaient le manque de moyens et de secours pour combattre les flammes. Ils auraient été «abandonnés», «sacrifiés» au profit de la commune voisine de Lège-Cap-Ferret et ses maisons cossues. Une affirmation démentie par le responsable des pompiers girondins, Marc Vermeulen, un mois après le sinistre.

Mais la colère est toujours là, ce jeudi, comme chez Frédéric Biard, 51 ans. Il a appelé deux fois les pompiers, ils ne sont jamais venus. La troisième fois, c’est son système de sécurité qui a contacté directement les secours : sa maison était en flammes. «Notre colère, elle n’est pas contre les pompiers, ils ont fait ce qu’ils ont pu, précise-t-il. C’est contre le commandement.» Marine Le Pen encourage ces témoignages. Elle recycle aussi son discours anti-normes et anti-élites : «Avant les forestiers géraient leur forêt et ils savaient faire. Maintenant, il y a des gens dans des bureaux qui leur disent comment faire». «Nos anciens le faisaient très bien», intervient un homme. «Bah voilà !», abonde la cheffe du RN.

Marine Le Pen a échangé avec une dizaine de sinistré·es au Porge (Gironde). © Théo Mouraby/Vert

Des échanges de la journée, elle conclut qu’il faut «travailler à un dispositif complet» à déclencher lors de ces «catastrophes naturelles», qu’elle reconnait plus fréquentes avec le changement du climat. Les contours de ce dispositif seraient présentés après la présidentielle.

«Ce sont des climatosceptiques !»

C’est la deuxième fois que le RN s’invite en Gironde, après leur meeting de rentrée l’an dernier. Une terre où il est historiquement faible, mais où le vote RN monte, comme au Porge. Le département «n’est plus une forteresse gauchiste imprenable», avait déclaré en septembre dernier Edwige Diaz. La députée, présente ce jeudi, est la seule élue nationale du parti dans le département. Elle est aussi en lice pour les élections sénatoriales qui auront lieu le 27 septembre.

«On ne veut pas que le RN viennent danser sur nos cendres !»

Reste que le RN n’est pas encore le bienvenu partout : le maire du Porge a refusé de prêter une salle à la candidate et ses équipes pour qu’elle puisse rencontrer des agriculteur·ices, des élu·es et des chef.fes d’entreprises. Les frontistes ont dû se rabattre sur la commune voisine du Temple. «Il s’est très mal comporté», dénonce Marine Le Pen.

Alors que les échanges se poursuivent à l’arrière de la maison, des cris se font entendre depuis la rue. Une habitante du Porge vient d’apprendre la visite de la candidate en direct à la télévision. «On ne veut pas que le RN viennent danser sur nos cendres !», crie Béatrice, 56 ans, fonctionnaire territoriale. Elle est venue seule faire entendre son opposition à l’extrême droite, à côté des supporter·ices frontistes qui la regardent en coin, indifférent·es. «Ils utilisent le fait que des gens ont perdu leur maison et leur forêt alors que ce sont des climatosceptiques. À part sa climatisation quand il fait 40 degrés, elle ne propose rien !» Les cris, trop loin, ne troublent pas la visite.

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