Louise Deshautels
Après la mobilisation du 17 octobre, les images de pillages et de destructions matérielles ont tourné en boucle à la télévision, éclipsant les revendications lycéennes. La réponse gouvernementale s’est voulue sécuritaire, avec des centaines de personnes interpellées et des couvre-feux ciblés dans plusieurs villes : Paris, Marseille, Lyon, Bordeaux et Nice. Une situation qui rappelle certaines mobilisations emblématiques, retrace l’historienne spécialiste des mouvements sociaux et des révolutions, Ludivine Bantigny. Dans cet entretien à Vert, elle revient sur l’utilisation de la violence comme outil de contestation et de revendication. De nombreuses pancartes revendiquent l’héritage de Mai 68, avec une génération qui écrit : «On te remet 68». Les points de comparaison entre les deux mouvements sont nombreux. En 1968, la mobilisation avait aussi commencé par une jeunesse scolarisée qui voulait étudier autrement, qui revendiquait des conditions non seulement matérielles mais également plus de dignité. Puis il y avait eu une répression policière. Des jeunes matraqués par la police et que l’on avait vus ensuite à la Une de certains magazines, le visage maculé de sang. Après ça, une solidarité s’était manifestée avec le monde du travail. Des organisations syndicales avaient appelé à une grève générale de 24 heures. On peut aussi souligner la similarité de certaines revendications actuelles avec le mouvement lycéen et étudiant de 1986 contre la loi Devaquet, qui prévoyait notamment d’instaurer une sélection à l’entrée des universités. Avec, à ce moment-là aussi, l’idée de lutter contre les inégalités. Ou encore avec celui de 2006 contre le contrat de première embauche (CPE), qui avait aussi commencé dans la jeunesse scolarisée pour s’étendre au monde salarié. Dans toutes ces grandes mobilisations, les étudiants et étudiantes ont revendiqué l’auto-organisation, avec la volonté de ne pas se laisser déposséder du mouvement. C’est quelque chose que je relève beaucoup en ce moment, face au discours de certains médias et politiques qui vise à dire qu’il y aurait une manipulation, que les jeunes seraient complètement instrumentalisés. C’est très grave, parce que c’est une infantilisation, une sorte de mépris à l’égard de cette jeunesse. Comme si elle était incapable d’autonomie, d’intelligence et de liberté de penser. Les grandes grèves générales avec occupation, comme celles de 1936 ou 1968, n’étaient pas forcément accompagnées de dégradations matérielles. C’était plutôt l’inverse d’ailleurs, avec la volonté d’occuper les lieux de travail en faisant attention à ne rien abîmer, à bien préserver les machines. Mais la casse comme forme d’action contestataire n’est pas nouvelle. On l’a beaucoup vu pendant le mouvement des Gilets jaunes. Globalement, elle apparait à chaque moment de révolte urbaine : en 2005, après la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré, décédés dans un transformateur électrique en essayant d’échapper à la police [à Clichy-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, NDLR] ; ou lors de la mort de Nahel Merzouk à Nanterre [dans les Hauts-de-Seine]. «Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences.» Il est même possible de remonter bien plus loin. En 1947 et 1948, de grandes grèves ouvrières avaient éclaté chez les mineurs, les métallurgistes… Eux aussi utilisaient des moyens de dégradation matérielle et la confrontation avec les forces de l’ordre. À cette époque était même apparu le slogan «CRS SS». On venait juste de sortir de la guerre et les grévistes avaient l’impression que la répression gouvernementale dont ils faisaient l’objet était similaire à celle des SS qui venaient d’occuper le pays. Dès la fin du 19ème siècle, on parlait des briseurs de réverbères et de vitrines. Rien de ce que l’on voit aujourd’hui en termes de violence urbaine n’est totalement nouveau. La particularité, c’est que ces actes sont concentrés autour de jeunes issus surtout des quartiers populaires, qui souffrent de discrimination et considèrent qu’il y a une violence sociale, à laquelle ils répondent par une autre forme de brutalité. C’est toujours à double tranchant. En 1968, pendant la nuit du 10 au 11 mai, les étudiants et étudiantes ont décidé d’exclure les forces de l’ordre du Quartier latin, à Paris, avec l’érection de barricades. La répression qui s’en est suivie a engendré une mobilisation encore plus vaste, la grève généralisée, et finalement les occupations. «Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs.» Si le mouvement des Gilets jaunes a remporté un certain nombre d’acquis, notamment concernant la taxe instaurée sur les carburants, c’est aussi parce qu’il y avait un engagement extrême, qui pouvait passer par des attaques de magasins et des formes de résistance physique aux forces de l’ordre. Un autre exemple, c’est celui des suffragettes britanniques. Après plusieurs années de mobilisation pacifique, certaines avaient voulu passer à la vitesse supérieure et s’étaient attaquées au mobilier urbain en incendiant des monuments. Cela leur avait permis de conquérir l’égalité entre les femmes et les hommes sur le plan des droits civiques. Il y a deux poids, deux mesures dans le regard que l’on porte aux violences. Il suffit de comparer le mouvement lycéen et les actions de certains grévistes, lors de fermetures d’usines, ou même de certains agriculteurs. Ils brûlent des pneus, saccagent des bâtiments publics ou s’en prennent physiquement à des personnes. Cela a été le cas en 2015, lorsque des salariés d’Air France avaient arraché les chemises de deux cadres lors d’une manifestation à l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, contre un projet de restructuration qui menaçait plusieurs milliers d’emplois. Ces prises à partie et actions directes divisent l’opinion, mais une partie les comprend. «C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales.» L’opinion publique n’est jamais unanime et, surtout, elle est en partie construite, notamment par les grands médias. Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, le débat est très divisé. Certains sont choqués par les magasins dévalisés, d’autres affirment que la vraie violence est ailleurs. Elle se trouve parmi les gens qui meurent dans la rue à cause de la pauvreté ; dans le fait que certains sont amenés à fouiller dans les poubelles, y compris des personnes qui ne sont pas sans abri mais qui n’arrivent plus à finir leur mois ; dans les féminicides et les violences sexistes et sexuelles, face auxquelles le pouvoir ne réagit pas avec la fermeté que beaucoup désirent ; dans la répression policière, qui fait que des personnes sont mutilées à vie. C’est révoltant aux yeux de certains que l’on puisse être à ce point scandalisé par les violences matérielles, et pas sociales. D’autres encore estiment que l’on a plus entendu parler des vitrines brisées dans Paris ou à Marseille que de Gaza sous les bombes. Texte intégral (1589 mots)

Cette révolte étudiante et sociale s’inscrit-elle dans la lignée des mouvements sociaux historiques en France ?

Quelle place prennent la violence et les dégradations matérielles dans l’histoire des mouvements contestataires ?
L’usage de la violence a-t-il un impact sur la réussite des mobilisations ?
Comment évolue, aux yeux de l’opinion publique, la légitimité de l’usage de la violence au sein des mouvements sociaux ?
Josué Toubin-Perre
Des tags critiquant TotalEnergies à l’intérieur et à l’extérieur des murs. Un immense dessin à la craie représentant Patrick Pouyanné, président-directeur général de la multinationale, en poulpe étendant ses tentacules et son pétrole sur l’université de Montpellier (Hérault). Quand on arrive à la faculté des sciences, occupée par des étudiant·es depuis le 6 octobre, on assiste à un mouvement de révolte sans précédent dans l’histoire de l’institution. La faculté des sciences de Montpellier n’a pas une réputation contestataire, contrairement à la faculté de lettres voisine. Mais depuis le 10 juin, c’est elle qui est en ébullition. La cause ? Un accord académique passé entre l’université de Montpellier et l’association TotalEnergies Professeurs associés. À travers cette dernière, TotalEnergies, première compagnie pétrolière française et cinquième mondiale, propose aux universités de mettre à disposition «gracieusement» des professeur·es, en échange de certains avantages. «Bienvenue dans notre espace d’autogestion», présente Ratus*, étudiante en troisième année de licence de biologie. Sur les trois étages du bâtiment 36 occupé, se sont construits en deux semaines une cantine solidaire, des dortoirs, des espaces de révision et de cours participatifs, un espace médical et un roulement bien ficelé pour le ménage. «Cette occupation n’est pas juste là pour faire joli, elle nous coûte aussi. Que l’université soit fermée m’empêche de faire un stage dans un laboratoire, obligatoire pour pouvoir passer en master. Mais on sait qu’on se bat pour des enjeux qui sont plus hauts que nous», souligne l’étudiante. «Vous imaginez vouloir travailler sur les questions écologiques et être diplômé d’une fac qui a un accord avec une telle entreprise, responsable de l’extraction de pétrole et de gaz mais aussi visée par des plaintes de “complicité de crimes de guerre” notamment pour ses actions au Mozambique ?», déplore Pierre*, étudiant en première année de licence Sciences de la vie, santé, environnement (SVSE). L’accord avec TotalEnergies a répandu l’essence de la contestation, mais ce sont les mobilisations lycéennes de septembre qui ont été l’allumette de l’occupation. «On a senti un mouvement national. D’un coup, on s’est retrouvé à 500 en assemblée générale. Et l’enjeu local de Total a soudé le mouvement», se souvient Pierre. Autre mouvement de contestation interne, mais cette fois du côté des laboratoires, quinze «correspondants transition écologique» (CTE) se sont mis en grève début septembre. Ce sont des personnes volontaires pour faire un lien entre les différentes composantes de l’université, un statut créé en 2024 par la faculté des sciences pour «ancrer les pratiques durables dans l’ensemble des structures de l’établissement». Elles et ils expliquent que «puisque cette convention remet en cause les missions, le sens et le rôle des CTE, nous nous mettons en grève de notre fonction […] tant que cette convention ne sera pas abrogée.» Nombre de chercheur·ses manifestent aussi publiquement leur désaccord. «Au-delà du symbole de l’entreprise, certaines contreparties sont inacceptables», juge Matthieu Romagny, mathématicien dans un institut de l’université et élu d’opposition au conseil de la faculté des sciences. Parmi les passages les plus décriés de la convention, dont nous avons pu consulter une copie, l’université de Montpellier décrit TotalEnergies comme un «acteur majeur de la transition énergétique». Pourtant, le 25 octobre 2025, le tribunal administratif de Paris a condamné la firme pour «pratiques commerciales trompeuses», en particulier pour s’être présentée en ces termes sur son site internet. En échange de 62,5 heures d’équivalent travaux dirigés (TD) assurées dans l’année par des professeur·es de TotalEnergies, le partenariat permet à ces employés de la multinationale de co-construire certaines unités d’enseignement (UE) du master Énergies et d’évaluer les élèves. Une autre clause a fait bondir nombre de scientifiques : «L’université de Montpellier s’engage à ne pas reproduire ni utiliser la marque et le logo qui pourraient porter préjudice à TotalEnergies.» «Pour moi, TotalEnergies utilise la même stratégie de marchands du doute que les industries du tabac, déplore Matthieu Romagny. Elles font mine de vouloir financer la recherche, elles mettent un pied dans les universités pour mieux contrôler ce qui est dit… mais elles ne veulent pas que ça se sache.» Pour le chercheur, ce n’est pas un hasard si la major pétrolière a visé l’université de Montpellier, très réputée pour ses travaux autour de l’écologie. En 2025, selon le classement de Shanghai, elle se classait première université française sur ces questions, et quatorzième mondiale. Dès juin, la pilule avait du mal à passer. La première version de la convention de partenariat avait failli être rejetée au conseil de la faculté des sciences. Lors de ce premier vote, elle avait récolté 14 voix pour et 14 contre, égalité parfaite. C’est donc le doyen de la faculté, Jean-Michel Marin, qui a tranché, en décidant d’accepter l’accord avec TotalEnergies. Mais la montée des contestations pourrait entrainer une annulation du partenariat. Selon des sources concordantes, lundi 19 octobre, Jean-Michel Marin a rencontré une délégation des étudiant·es occupant·es. Il leur a promis de soumettre au vote lors de la prochaine réunion du conseil de la faculté des sciences une nouvelle mouture du partenariat. Impossible de savoir toutes les modifications, mais selon ses propos rapportés, confirmés par plusieurs sources, la mention polémique de Total Energies comme «acteur majeur de la transition énergétique» n’y figurerait plus. Le conseil de la faculté des sciences se réunira le 4 novembre. Même si elle n’est pas encore à l’ordre du jour, c’est vraisemblablement à cette date que la nouvelle version de convention sera proposée. Si elle est rejetée par le conseil, l’ancienne sera de nouveau soumise au vote. Et si cette dernière est également refusée, alors le partenariat entre l’université de Montpellier et TotalEnergies sera sans doute annulé. Contacté par Vert, le doyen Jean-Michel Marin n’a pour l’heure pas répondu à nos sollicitations. Les étudiant·es occupant·es disent célébrer cette première victoire, «même si nous savons que c’est le moment où il ne faut rien lâcher», assume Ratus. L’occupation de la faculté des sciences de Montpellier a d’ailleurs été prolongée pour une semaine supplémentaire. «Personnellement, je suis assez confiant pour ce vote, et je pense que l’accord sera annulé, confie le mathématicien Matthieu Romagny. En juin, c’était déjà très serré et, depuis, nous avons eu le temps d’en parler entre collègues : il y a eu de nombreuses prises de parole qui ont éclairé certains aspects qu’un tel accord impose aux universités.» *Les prénoms ont été modifiés. Texte intégral (1626 mots)


Un campus sous tension

Des mouvements de contestation à tous les niveaux

Montpellier, université numéro 1 en écologie

Le doyen de la faculté promet un deuxième vote
Une première victoire
Eva Thiébaud
«Ce qui se passe ici, c’est grâce à vous ! Votre mobilisation vous rend impossibles à ignorer !» En jean et veste coupe-vent noire, à la tribune, Russett Perry, sénatrice démocrate de l’État de Virginie, défend un projet de loi de moratoire qu’elle vient de déposer. Il fait beau et frais en ce samedi 17 octobre, le soleil fait jouer ses rayons dans les feuilles des arbres du parc où applaudissent une petite centaine de militant·es. Car au-delà de ce sage rassemblement, au-delà des alignements de maisons propres et colorées qui l’accueillent, Leesburg, située en grande banlieue de Washington D.C., est le théâtre d’un envahissement qui inquiète ses habitant·es. Celui de centres de données gigantesques aux consommations électriques massives, suivis de leur cortège d’infrastructures d’alimentation géantes. Ces data centers pullulent avec le développement de l’intelligence artificielle (IA) générative, particulièrement énergivore. Pour mieux évaluer les impacts sanitaires et environnementaux de ces constructions, Russett Perry et les associations organisatrices de l’événement demandent une pause dans l’État de Virginie. Un moratoire, à l’image de ceux décidés en juillet dans l’État de New York, ou en août au Texas. Sauf que la Virginie est bien plus concernée par le développement débridé de centres de données qu’aucun autre État américain. Dans le comté de Loudoun, dont l’idyllique Leesburg est le chef-lieu, le long de larges routes rectilignes reliant entre elles les banlieues cossues de la capitale, se situe l’allée des centres de données (Data center alley), le hub historique de la donnée. Là où, attirés par la proximité de Washington D.C., des incitations fiscales, une électricité abondante et l’accès à des câbles internet sous-marins reliant l’Amérique du Nord à l’Europe, les data centers se sont développés dès les années 1990. Et là où, après la mise en ligne fin 2022 de l’agent conversationnel ChatGPT, ces infrastructures se sont mises à bourgeonner à une cadence inégalée. Au premier semestre 2026, la Virginie concentrait environ 400 de ces bâtiments pour une puissance cumulée ayant doublé au cours de la seule année 2025, atteignant 12,3 gigawatts (GW) – pour mémoire, un réacteur nucléaire dispose d’une puissance de l’ordre d’un GW. «C’est totalement inédit et ça menace toutes nos ressources.» Julie Bolthouse, directrice de l’aménagement du territoire au sein du Conseil environnemental du Piedmont (Piedmont environmental council), une association régionale, a pris le relais à la tribune. Figure de proue du mouvement, la jeune femme, en polaire grise et lunettes sur le nez, énumère les sujets mis à mal par la construction extensive de centres de données : qualité de l’air, fiabilité du réseau électrique, coût de l’énergie, eau… «Tout cela pour quoi ?, reprend-elle. Soi-disant pour nos téléphones, soi-disant pour la sécurité nationale. Pourquoi faisons-nous tout cela ? Pour que quelques-uns puissent gagner de l’argent à court terme.» La manifestation fait partie d’une série de «marches pour un moratoire» organisées à travers toute la Virginie en ce mois d’octobre. Elle rassemble ce jour-là des militant·es du Projet climat Loudoun (Loudoun Climate project), de la Fondation foncière de Virginie (Land trust of Virginia) et de Bloquons la liaison nord de la vallée (Block Valley Link North), une toute récente association de voisin·es inquiet·es de la construction d’une immense ligne à haute tension. «En mai, je ne savais rien des data centers. J’ai dû m’informer, ça se passe littéralement dans mon jardin», confie Ashley Warmeling, co-présidente de ce nouveau collectif. Dans l’assistance, un jeune homme avec une casquette verte porte une pancarte «Pas de centres de données, pas de rois» («No data centers, no kings»), en référence aux rassemblements anti-Donald Trump qui ont lieu partout aux États-Unis le même jour. Si les manifestant·es de Leesburg semblent tous pencher côté démocrate, l’opposition aux centres de données transcende en réalité les lignes partisanes et peut impliquer des républicains. «On attend une délégation du Tea Party [un mouvement contestataire d’extrême droite, NDLR] lors de l’une des prochaines marches», confirme, au-dessus de sa table pleine de tracts et d’affiches, Ting Waymouth, la coordinatrice du Réseau d’action climatique de Chesapeake (Chesapeake climate action network). La convergence tient à plusieurs facteurs qui vont du coût de l’électricité aux risques que font peser les centres de données sur la santé des riverain·es. «Mais les questions de propriété privée parlent aussi beaucoup aux électeurs républicains», nous confie Julie Bolthouse après l’événement. Les destructions massives d’emploi, voire la fin de l’humanité, promises par l’intelligence artificielle (IA), n’enthousiasment pas non plus les administré·es virginien·nes, quel que soit leur bord politique. Ces craintes ont ainsi propulsé les data centers dans le jeu des élections législatives de mi-mandat – en août, 40% des campagnes électorales embrassaient sérieusement le sujet, selon le Washington Post. Le 3 novembre prochain, les électeur·ices voteront essentiellement pour renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat : une élection test pour la politique du président Donald Trump, dont la popularité est au plus bas – la guerre qu’il a initiée en Iran ayant provoqué une hausse inégalée des prix du carburant. Mais si les démocrates se prêtent à rêver de remporter les deux chambres, les décisions de suspension de data centers ne se joueront de toute façon pas au niveau fédéral, mais bel et bien au niveau local ou au niveau des États. Où les projets de moratoires ne rencontrent pas toujours l’approbation générale. «Il y a un conflit au sein même des démocrates sur la question des data centers, analyse Julie Bolthouse. Mais celles et ceux qui sont élus au niveau local ne peuvent pas ignorer leurs administrés.» Le dynamisme de certains mouvements citoyens a ainsi permis d’empêcher l’implantation de projets, comme celui de la «Prince William Digital Gateway», une zone technologique de 850 hectares qui devait voir le jour en Virginie. Ces blocages restent toutefois ponctuels face à la tendance générale. «Les obstacles au développement s’accroissent, mais la valeur d’une implantation en Virginie augmente également, notent les analystes de Cushman & Wakefield dans une note. La trajectoire du marché n’a pas changé, pointant vers une expansion continue mais plus cadrée.» Le soleil baisse sur le parc et les militant·es commencent à ranger leurs tracts. «Ce qui est aussi important, c’est que ces centres de données s’accompagnent d’infrastructures secondaires, comme des centrales à gaz, des pipelines, des lignes haute tension», insiste Ting Waymouth. Des infrastructures massives et polluantes, qui, si la bulle de l’IA venait à se dégonfler, pourraient se révéler superflues. «Nous laissant autour du cou, ici, en Virginie, un fardeau d’actifs inutilisables», soupire Julie Bolthouse. Les militant·es se dispersent. Rendez-vous demain, à la prochaine marche. Texte intégral (1877 mots)

Une concentration inédite

«Ça se passe littéralement dans mon jardin»

Un sujet au centre des débats des élections de mi-mandat
Centrales à gaz, pipelines et lignes à haute tension
Esteban Grépinet
Voilà une nouvelle qui ne manque pas de piquant. La commune de Castellar, au nord de Menton (Alpes-Maritimes), a annoncé samedi la découverte d’un porc-épic à crête. L’observation de cette espèce – filmée fin septembre grâce à un piège photographique – est une «première absolue en France», vante la mairie sur ses réseaux sociaux. Présent dans le sud de l’Italie depuis des siècles, ce gros mammifère – une vingtaine de kilogrammes ! – s’est progressivement rapproché de la frontière française ces dernières décennies. «Il s’agit de la première observation certaine en France, confirme Lucas Benaiche, naturaliste indépendant basé dans le sud du pays. On se doutait qu’il arriverait dans ce secteur, car c’est la zone de passage géographique la plus simple pour l’espèce ; mais on ne savait pas où ni quand.» Reconnaissable à ses longs piquants blancs, le porc-épic à crête est un rongeur originaire d’Afrique du Nord et subsaharienne. Sa présence sur le continent européen ne date pas d’hier : «Si les sources bibliographiques mentionnent depuis plusieurs décennies une introduction ancienne par les Romains durant l’Antiquité, certaines sources évoquaient une introduction plus tardive au Moyen-Âge», expliquait Lucas Benaiche le 12 octobre, dans un post publié sur LinkedIn. Longtemps confiné au sud de l’Italie, Hystrix cristata a passé la chaîne de montagne des Apennins à partir des années 1970, s’étendant dans toute la plaine du Pô, de Venise à Milan. La population la plus proche de la frontière française proviendrait cependant d’une deuxième introduction humaine de l’espèce, effectuée depuis la région de Rome. De manière anecdotique, un piquant de l’animal avait été retrouvé échoué sur une plage corse ce printemps. Faute d’études sur le sujet, la dynamique de l’espèce demeure difficile à expliquer. L’effet de la hausse globale des températures sur son expansion reste forcément une hypothèse, souligne Lucas Benaiche : «Son passage des Apennins concorde avec le moment où l’on commence à observer les effets du changement climatique, avec des hivers moins rudes et des ressources alimentaires qui évoluent.» L’établissement d’une véritable population dans le sud-est de la France pourrait prendre plusieurs années – l’animal observé à Castellar étant probablement un individu isolé. «Principalement nocturne, ce mammifère se réfugie en journée dans des terriers ou des cavités. Son régime alimentaire est essentiellement végétarien : il consomme des racines, des tubercules, des écorces et des fruits tombés au sol», documente le site spécialisé Faune France. «À une époque où les nouvelles concernant l’érosion de la biodiversité sont souvent alarmantes, cette arrivée spontanée constitue une excellente nouvelle», salue la mairie de Castellar. Si l’espèce n’est pas connue pour être invasive, les conséquences de son arrivée en France sur les écosystèmes restent encore à étudier. Texte intégral (705 mots)

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