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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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30.09.2026 à 17:11

Un «costard en kevlar» : l’affaire Bardella révèle le visage du fascisme et l’honneur du journalisme

Loup Espargilière

Texte intégral (630 mots)
Marine Le Pen s’en est pris aux journalistes de Mediapart, après les révélations sur Jordan Bardella. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

Marine Le Pen, mardi 29 septembre, devant une assemblée de journalistes : «Il va falloir dire à Mediapart d’enfiler son costard en kevlar.» En France, en 2026, la présidente de l’une des principales forces politiques suggère aux journalistes d’un média indépendant de s’équiper d’un gilet pare-balles.

«Officine d’extrême gauche», «fanatiques», «barbouzerie», «islamo-gauchistes», «prémices d’une guerre totale»… Après que Mediapart a révélé de nombreux écrits antisémites attribués à Jordan Bardella (qui aurait pu prédire ?), mettant à mal des années de «dédiabolisation», le RN contre-attaque de la manière la plus vile qui soit. Et révèle de nouveau son vrai visage.

Cette offensive politique est appuyée par les médias du groupe Bolloré, qui créent des éléments de langage pour défendre leur poulain, et même pire : ils partent en chasse contre les «taupes» du RN qui parlent aux journalistes, comme le révèle Le Monde ce mercredi.

J’en sais quelque chose pour y avoir travaillé jadis : par son indépendance, son exigence et son intransigeance avec les valeurs de notre métier, par ses milliers d’enquêtes, ses révélations folles sur Cahuzac, Sarkozy, Fillon, Le Pen et tant d’autres… Mediapart fait honneur au journalisme. Et le journalisme, c’est un pilier de la démocratie qui est en danger.

«Le RN n’a jamais changé»

Contrairement à ce qu’ont affirmé beaucoup de titres de presse, Mediapart «n’accuse» personne de quoi que ce soit par ces révélations. Ni policier·es, ni juges, notre métier de journalistes consiste à découvrir, vérifier, révéler et porter dans le débat public des faits importants pour la démocratie.

Les Français·es ont besoin de savoir que le président du RN, qui pourrait devenir le prochain premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen : a baigné dans l’antisémitisme d’Alain Soral ; a été assistant de l’eurodéputé RN défenseur du négationnisme Jean-François Jalkh ; a frayé avec la figure néofasciste Frédéric Chatillon ; a pour bras droit actuel François Paradol, qui a fait partie des réseaux d’Alain Soral.

Si ces gens-là parviennent au pouvoir, les médias qui ne mettront pas un genou à terre seront leurs premières cibles. La Hongrie ou les États-Unis nous l’ont bien montré : une démocratie, ça ne tient pas bien longtemps quand la presse libre est mise au pas.

En bref, le RN n’a jamais changé. Il avait juste enfilé une cravate. Tout notre soutien à nos confrères et consœurs de Mediapart.

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30.09.2026 à 11:26

Des traces de matière fécale dans l’eau d’un collège de Bagnolet : «Elle sortait souvent trouble des robinets»

Rémi-Kenzo Pagès, Giovanni Simone

Texte intégral (1682 mots)
Plus d’une vingtaine de membres du personnel ont exercé leur droit de retrait, lundi, au collège Georges-Politzer de Bagnolet. © Giovanni Simone/Vert

«Madame, c’est vrai qu’il y a du caca dans l’eau ?» La question fuse, directe et sans filtre. Face au collège Georges-Politzer, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), un petit attroupement se forme autour de bouteilles remplies d’un liquide jaunâtre. Les professeur·es sont en effervescence, brandissent des pancartes et des autocollants, s’attroupent autour d’une banderole, prêt·es à partir pour la manifestation organisée dans le cadre de la grève nationale de la fonction publique, ce mardi.

Dans un contexte déjà tendu, l’eau du collège a été déclarée non conforme, samedi. Une décision du département prise dans la foulée en interdit la consommation. Des taux anormalement élevés d’entérocoques et de bactéries coliformes (présentes dans les matières fécales) ont été mesurés dans l’eau froide du collège, en plusieurs points de prélèvement. Le rapport d’analyse, consulté par Vert, conseille «de réaliser une désinfection générale de l’installation avec contre-analyse sur l’ensemble des points».

Le personnel du collège, prêt à partir en manifestation à l’occasion de la grève nationale de la fonction publique, mardi. © Giovanni Simone/Vert

Une vingtaine de membres du personnel de l’établissement ont exercé leur droit de retrait, lundi, puis une trentaine le lendemain. Dans le registre des dangers graves et imminents (RGDI), elles et ils ont dit leurs inquiétudes concernant leur santé et celle des élèves. 

Plusieurs mois d’attente pour avoir les résultats

L’affaire date de bien plus longtemps. Dès le 10 février, au sein du comité d’hygiène et de sécurité, puis le 18 mai, en conseil d’administration, le personnel avait fait remonter des questions sur la qualité de l’eau. «Elle sortait souvent trouble des robinets, notamment au retour des vacances ou après des périodes de fermeture, indique Amélie Pialla, professeure documentaliste. La direction a sollicité le département, et on a eu des analyses en juin.» Tout coulait de source, jusqu’aux résultats des analyses, réalisées le 4 juin dernier par le laboratoire Aquatycia et communiqués au personnel samedi dernier seulement.

«Le département nous a indiqué n’avoir eu connaissance des analyses que le 4 septembre, mais on se demande pourquoi ils ont attendu trois semaines pour nous en faire part», continue Amélie Pialla. Un couac qui interroge jusqu’à la mairie de Bagnolet. «Il y a eu un problème de suivi, puisque le département ne les a reçus que le 6 septembre ; mais, entre le 6 et le 26, il y avait le temps de communiquer», regrette Édouard Denouel, le maire de la commune (soutenu par Les Écologistes et La France insoumise aux dernières municipales). Lui-même dit avoir été informé par une communication destinée aux parents d’élèves.

Les enseignant·es ont pris soin de prélever des échantillons de l’eau en différents endroits du collège. ©Giovanni Simone/Vert

De son côté, la préfecture de la Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture de l’établissement ce mercredi, pour décontaminer l’eau. «Ils vont mettre du chlore dans les tuyaux et il ne faut absolument pas que les élèves en boivent, pointe Clémence Jaubert, professeure d’espagnol. La cantine restera fermée potentiellement jusqu’au mardi 6 octobre s’il faut refaire une décontamination.»

Le personnel affirme être dans l’incapacité de garantir que les élèves ne boiront pas l’eau chlorée dans l’ensemble de l’établissement. La situation fait des remous parmi les jeunes. «Certains collégiens n’ont pas pu manger du tout parce qu’ils habitent loin, dénonce Joakim, élève de quatrième. Il y a toujours des problèmes d’eau à la cantine.» «Lundi dernier, ils ont mis des sacs-poubelles sur la machine à eau à la cantine, c’était bizarre», précise Narvina, élève de sixième. 

Un département délaissé

«Dès que je suis arrivée, on m’a dit de ne pas boire l’eau», témoigne Lucie Morel, professeure de français. «C’était déjà le cas quand je suis arrivée», confirme Clémence Jaubert, en poste au collège depuis huit ans. Une parent d’élève, ancienne collégienne de l’établissement, abonde : «Il y a toujours eu des problèmes d’hygiène.»

Samuel Mauve, délegué syndical CGT et CPE du collège Politzer, et Jérémy Vallat, élu syndical SUD éducation au collège. © Giovanni Simone/Vert

Pour les syndicats d’enseignant·es, la situation reflète un délaissement plus général de l’Éducation nationale dans le département. La campagne du Plan d’urgence 93, menée par une intersyndicale réunissant CGT, SUD éducation, CNT et FSU, met en avant depuis 2024 les besoins urgents du département. Les élèves de Seine-Saint-Denis reçoivent 30% de moyens en moins par rapport à la moyenne française, selon une note de la préfecture en 2023.

Un constat qui se répercute à tous les étages, du manque de personnel à la qualité du bâti. «Nous avons demandé des audiences à l’administration pour discuter de ce plan d’urgence, pointe Samuel Mauve, délégué syndical de la CGT Educ’action 93 et conseiller principal d’éducation (CPE) du collège Georges-Politzer. La première fois, on nous a répondu qu’ils ne savaient pas de quoi on parlait ; la deuxième, qu’ils ne pourraient rien faire.»

Amel Meddah, mère d’un élève : «Je trouve qu’on ne donne pas le bon exemple aux enfants avec ce manque de transparence.» © Giovanni Simone/Vert

Un sentiment d’abandon partagé par les habitant·es du département le plus pauvre de France hexagonale. Amel Meddah tient un kiosque de sandwichs et frites devant le collège. Mère d’un élève, elle s’inquiète pour sa santé : «Je trouve cela désolant qu’il y ait ce flou sur des résultats qu’il fallait communiquer. Ce n’est pas aux professeurs de les réclamer alors qu’ils sont là pour enseigner. On se demande si on est mis de côté parce qu’on est en Seine-Saint-Denis.»

Une enquête interne ouverte

Le sujet est sensible. Contactées, les autorités se renvoient la responsabilité ou se murent dans le silence. La direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis précise que «les mesures de précaution sont maintenues jusqu’à l’obtention d’un rapport attestant de la conformité de l’eau». Pour le reste, elle renvoie vers le Département, propriétaire des bâtiments et l’instance compétente pour la désinfection des installations.

Le Département annonce l’ouverture d’une enquête interne : «Une révision complète du réseau d’eau de l’établissement sera engagée pour identifier l’origine du problème et éviter qu’il ne se reproduise. De nouvelles analyses seront réalisées à l’issue des travaux. Les restrictions ne seront levées que si l’ensemble des échantillons prélevés est déclaré conforme.»

Aucun problème sur le réseau de la régie publique de l’eau

Si les eaux du collège sont contaminées, qu’en est-il du quartier ? «Les riverains sont en droit de se poser des questions, confie le maire Édouard Denouel. La situation est sérieuse et problématique mais, à ce stade, à partir des éléments que j’ai, il n’y a que le collège qui est concerné.» Selon la municipalité, il n’y a aucun problème détecté sur le réseau de la régie publique de l’eau, ce que confirment les analyses publiques du réseau d’eau potable consultées par Vert. Une réunion publique d’information aura lieu jeudi. Histoire de ne plus nager en eaux troubles.

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30.09.2026 à 10:39

La dessinatrice Laura Pozzi nous emmène dans «La Dernière Forêt» primaire d’Europe, à la rencontre de sa gardienne Simona Kossak

Coline Vigot

Texte intégral (692 mots)
«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi. © Actes Sud BD

Au début des années 1970, Simona Kossak, jeune diplômée en biologie, arrive par dépit dans l’extrême nord-est de la Pologne. Désireuse de travailler dans la recherche mais confrontée à la misogynie du monde académique, elle n’a obtenu qu’un poste d’assistante technique dans un institut scientifique. Elle se fait alors une promesse : elle n’y restera que trois ans, le temps d’acquérir de l’expérience afin de retourner dans sa région natale. Ainsi s’ouvre le roman graphique de la dessinatrice Laura Pozzi, La Dernière Forêt, publié ce mercredi aux éditions Actes Sud.

Mais c’est surtout l’histoire de la forêt primaire de Białowieża et de son écosystème que nous raconte l’autrice. Des planches très colorées, au crayon et à l’aquarelle, alternent avec des dessins en noir et blanc. Ces derniers ont été réalisés avec une encre élaborée à partir de l’écorce d’arbres consumés lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022. Un choix graphique qui donne corps à la menace qui pèse sur la forêt : celle de sa disparition.

Une vie au coeur de la forêt

Grâce à une amie, Simona découvre un ancien refuge situé au cœur du massif forestier, baptisé Dziedzinka. Isolé, non raccordé à l’électricité ni à l’eau courante, la chercheuse y passera pourtant le reste de sa vie.

Au fil des années, elle développe une relation singulière avec les animaux qui l’entourent. Elle recueille un marcassin qui vivra dix-neuf ans à ses côtés, est adoptée comme l’une des leurs par un troupeau de chevreuils et accueille chez elle oiseaux, loirs et serpents, quitte à modifier son quotidien pour s’adapter à leurs besoins.

À travers ses recherches en zoopsychologie, elle renouvelle profondément notre approche des mammifères : elle a notamment prouvé que ceux-ci peuvent avoir des émotions, qu’ils peuvent agir autrement que par instinct ou nécessité, dans le seul but d’éprouver de la joie. Elle mènera également un travail militant, avec des campagnes contre la chasse, la mise au point d’un système destiné à prévenir les animaux de l’arrivée d’un train, et l’écriture de plusieurs romans pour sensibiliser le grand public.

Un écosystème sous pression

À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, la forêt de Białowieża constitue l’un des derniers vestiges de forêt primaire du continent européen. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, elle abrite notamment les derniers bisons européens, mais aussi des arbres centenaires et une biodiversité exceptionnelle.

Cette richesse n’a pourtant pas empêché l’exploitation forestière de s’y développer, soutenue par les gouvernements successifs. Au fil des décennies, des milliers d’arbres ont été abattus, perturbant en profondeur l’écosystème.

Dans La Dernière Forêt, Laura Pozzi fait ainsi dialoguer deux histoires : celle d’une femme qui a choisi de consacrer sa vie au vivant et celle d’un écosystème dont la survie demeure fragile. À travers le parcours de Simona Kossak, la dessinatrice rappelle surtout qu’une forêt primaire n’est pas seulement un ensemble d’arbres à préserver, mais un monde complexe, peuplé d’êtres interdépendants. Et que, lorsque ce monde disparaît, c’est tout un pan de l’histoire qui meurt avec lui.

«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi, Actes Sud BD, septembre 2026, 230 pages, 32,90 €.

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30.09.2026 à 06:00

Au Brésil, les femmes autochtones à la conquête du pouvoir : «La violence politique est extrêmement forte»

Anaïs Richard

Texte intégral (1993 mots)
Lors de chacune de ses interventions, la députée fédérale Célia Xakriabá appelle à soutenir les candidatures autochtones et à réélire le président sortant, Lula da Silva. © Anaïs Richard/Vert

Un jaguar cousu à la poitrine, des plumes dans les cheveux, la forêt imprimée jusque sur les pommettes. Célia Xakriabá s’élance au milieu des immeubles de Belo Horizonte (Brésil), son territoire sur les épaules. «Quand une femme autochtone arrive au Congrès, la Terre est à ses côtés», scande la députée, d’une voix que l’enchaînement de journées de campagne a rendue rauque.

Ce 20 septembre, l’élue du Parti socialisme et liberté (PSOL) vient d’ouvrir la marche pour le climat dans son fief de l’État du Minas Gerais. Du haut de son mètre cinquante, elle porte les espoirs d’1,7 million d’autochtones brésilien·nes.

Dimanche 4 octobre, elle briguera un nouveau mandat lors des élections générales, qui renouvellent le pouvoir à tous les étages : présidence, Parlement et gouverneur·es des États. L’enjeu est de taille. Depuis 1982, date de l’élection de Mário Juruna, premier autochtone à pousser les portes de la Chambre des députés, jamais un·e autochtone n’a réussi à être réélu·e.

Si elle grandit à 12 heures de route de Belo Horizonte, bien loin des couloirs du pouvoir, la députée foule la moquette du Parlement dès ses 13 ans. Son cacique – le chef communautaire – décèle en elle un potentiel politique et la propulse au pupitre. La jeune Xakriabá s’adresse alors à un parterre de député·es, parmi lesquel·les se trouve… le futur président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

Célia Xakriabá rassemble ses soutiens à Belo Horizonte, le 20 septembre 2026, à l’occasion de la marche pour le climat. © Anaïs Richard/Vert

«À l’époque, on n’aurait jamais pensé qu’un homme aussi abject puisse se hisser jusqu’au sommet de l’État», se décompose-t-elle auprès de Vert. Aujourd’hui, Flávio Bolsonaro marche dans les pas de son père, dont il assume l’héritage climatosceptique. Le sénateur du Parti libéral (PL) est candidat à la présidence face au sortant, Lula da Silva. Les derniers sondages le placent au coude-à-coude avec le président de gauche en cas de second tour, le 25 octobre. Les candidates autochtones sont d’ores et déjà actrices de cette âpre bataille électorale. 

De la lutte pour les territoires aux bancs du Parlement

En 2018, Joênia Wapichana débroussaille le chemin pour toute une génération de femmes autochtones en obtenant le siège de députée de l’État de Roraima. En 2022, cette pionnière ne parvient pas à se maintenir, mais la présence des peuples traditionnels sur les bancs du Parlement s’étoffe avec l’élection de Célia Xakriabá, Juliana Cardoso et Sônia Guajajara. Les nouvelles recrues sont toutes des femmes. Une avancée historique qui reflète leur rôle clé sur le front environnemental.

«Qui attaque la Terre attaque toutes les autochtones», affirme Célia Xakriabá, profitant d’un bref répit après la marche pour le climat pour se reposer dans un hamac moucheté assorti à sa robe. Elle est la fondatrice de l’Anmiga, l’Articulation nationale des femmes autochtones guerrières de l’ancestralité. De nombreuses cosmologies traditionnelles conçoivent la terre comme une figure féminine.

«Nous sommes en première ligne pour transmettre les savoirs traditionnels et pour organiser les communautés», rappelle à Vert Alana Manchineri, représentante de l’Articulation des peuples autochtones brésiliens (APIB). En 2023, Lula nomme Sônia Guajajara à la tête du tout nouveau ministère des peuples autochtones. C’est la première fois qu’une femme autochtone intègre le cœur du pouvoir fédéral.

«Occuper cette place a inversé une logique historique : ne plus être seulement l’objet des politiques publiques, mais participer directement à leur élaboration», se félicite la parlementaire. À quelques centaines de kilomètres de là, elle bat elle aussi le pavé en quête de réélection, dans l’État de São Paulo.

Des propositions pour l’avenir de la planète

Combat contre l’exploitation minière illégale et la contamination au mercure, bataille pour la démarcation des territoires (soit leur délimitation et reconnaissance officielle) : depuis 2022, les parlementaires issus des peuples traditionnels multiplient les propositions pour défendre leurs droits, malgré un faible taux d’adoption dû à une majorité relative de droite.

«Nous luttons contre l’idée selon laquelle les autochtones ne pourraient parler que de questions autochtones. Nous avons des propositions pour la démocratie, le climat, l’économie, l’éducation et l’avenir de la planète», nuance Sônia Guajajara, qui revendique des valeurs universelles.

De cette volonté de structurer cette offre politique, d’appuyer et de donner de la visibilité aux candidatures, est née la «campanha indígena», la «campagne autochtone». L’initiative, qui regroupe les principales organisations régionales autochtones du pays, a travaillé sur la construction d’un projet politique national : «Notre territoire, notre vie».

«Notre objectif est d’accompagner les leaders autochtones qui cherchent à investir les espaces institutionnels. Nous considérons qu’il existe aujourd’hui une articulation, mais pas encore une véritable bancada du cocar», soit un bloc parlementaire «de la coiffe traditionnelle», détaille Alana Manchineri, coordinatrice du dispositif. Et les graines semées dans les territoires n’en finissent pas de germer.

L’ex-ministre des peuples autochtones, Sônia Guajajara, lors du lancement de la «campagne autochtone», pendant l’Acampamento Terra Livre, en avril 2026. © Anaïs Richard/Vert

En 2026, selon les données du Tribunal supérieur électoral (TSE), le scrutin compte 191 candidatures de personnes s’autodéclarant autochtones. Un record. Mais ce chiffre recouvre des réalités très différentes : toutes ne sont pas soutenues par les mouvements autochtones. Ces organisations ont distingué les candidatures engagées sur le terrain et dans la défense effective des droits des peuples traditionnels.

Dans cette course à la représentation politique, la part de femmes sur la ligne de départ est croissante. Parmi les 58 candidatures reconnues par les mouvements autochtones, 27 sont portées par des femmes, qui se frayent un chemin sur un terrain miné. «Lorsqu’ils ne tentent pas de nous empêcher d’arriver au pouvoir, ils tentent de nous empêcher d’y rester. La violence politique est extrêmement forte», témoigne la députée Célia Xakriabá.

Un terrain électoral hostile

Dans l’État d’Amazonas, la candidate Vanda Witoto a fait l’objet d’une caricature la représentant en tenue traditionnelle, dénudée et agenouillée devant un sénateur local. Racisme, machisme, menaces, manque de moyens : pour les candidatures féminines, les obstacles se cumulent.

L’absence de fonds constitue la principale difficulté, alors que leurs concurrent·es défendant les intérêts de l’agrobusiness bénéficient du soutien des lobbies et entreprises. «Le système électoral exige des ressources, une structure partisane, un accès aux médias et des réseaux qui bénéficient rarement de manière équitable aux candidatures autochtones», regrette Sônia Guajajara.

En 2022, Vanda Witoto a été candidate à la Chambre des députés et est devenue la femme autochtone la plus plébiscitée de l’histoire de l’Amazonas, avec 25 545 voix, sans toutefois être élue. Elle retente sa chance cette année. © Anaïs Richard/Vert

En 2026, les partis doivent attribuer aux candidatures autochtones une part de leurs financements publics. Une victoire obtenue par Célia Xakriabá auprès du TSE. Mais, dans la pratique, ces candidatures restent souvent au bas de la pile des priorités partisanes.

«Le parti ne m’a pas versé un seul centime du Fonds partisan», dénonce Neidinha Suruí, militante de longue date dans l’État de Rondônia, en Amazonie, qui se présente aujourd’hui pour devenir sénatrice. «Les autochtones sont autorisés à être des figures militantes dans la société civile, mais rarement à pénétrer le pouvoir législatif et exécutif», poursuit Célia Xakriabá.

Investir le pouvoir sans oublier les territoires

Lorsqu’elles accèdent finalement aux sphères politiques, ces candidates doivent composer avec les intérêts propres des partis dont elles ont pris les couleurs. Un défi qui nécessite, selon Sônia Guajajara, une relation permanente avec les territoires.

Militante autochtone et environnementaliste, Neidinha Suruí a consacré plus de trente ans à la défense des territoires amazoniens. En 2026, elle se lance dans la course au Sénat pour l’État de Rondônia. © Anaïs Richard/Vert

«Nous n’entrons pas dans ces espaces pour laisser notre identité à la porte, mais pour y apporter une autre manière de penser le pouvoir : plus collective, engagée envers les générations futures et fondée sur la défense de la vie.» Les membres de la «campagne autochtone» sont présent·es pour accompagner les candidat·es et élu·es dans ce processus.

Elles et ils œuvrent aussi à pallier le déficit informationnel qui réduit drastiquement la participation démocratique des peuples traditionnels. Parmi 1,7 million d’autochtones brésilien·nes, seulement 287 000 sont inscrit·es sur les listes électorales en 2026, selon le TSE.

«Des ressources pédagogiques sont envoyées aux communautés afin de contribuer à cette prise de conscience», explique Alana Manchineri, coordinatrice de la campagne. Objectif : lutter contre l’achat de votes – notamment à travers le «don» de paniers alimentaires – et montrer aux autochtones quel·les candidat·es défendent réellement leurs droits.

Car en cas de retour du clan Bolsonaro au pouvoir, ces élu·es pourraient constituer l’un des seuls remparts institutionnels face à une nouvelle vague d’attaques contre la planète et ses gardien·nes.

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