Antoine Poncet
Quarante-cinq articles, une cinquantaine de pages et une foultitude d’enjeux abordés. Annoncé mi-janvier par le premier ministre, Sébastien Lecornu, après une manifestation à Paris des syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes agriculteurs), le projet de loi d’urgence «pour la protection et la souveraineté agricoles» débarque ce mardi à l’Assemblée nationale. Considérablement amendé par les député·es en commission, le texte doit être débattu en séance publique jusqu’au 29 mai, avant de filer au Sénat pour un examen fin juin. Cette troisième réforme d’ampleur sur l’agriculture en l’espace d’un an – après la loi d’orientation agricole et la loi Duplomb – aborde une variété de sujets : parfois intéressants pour l’avenir de la profession, souvent inquiétants pour celui de la protection de l’environnement. Vous voulez tout comprendre ? Accrochez-vous, c’est parti ! Avec les changements climatiques, l’eau se raréfie en été et les tensions locales s’accentuent (notre reportage). Depuis plusieurs années, le gouvernement soutient le développement des «bassines» pour stocker les eaux hivernales et les utiliser pour l’irrigation des cultures en période de sécheresse. Mais ces infrastructures sont vivement critiquées par les associations écologistes et plusieurs scientifiques, qui pointent leur maladaptation : risques de surconsommation de l’eau, évaporation partielle, accaparement au profit des plus grosses fermes… Alors que la loi Duplomb lui avait déjà conféré une présomption d’«intérêt général majeur», le stockage d’eau pourrait être encore favorisé par la loi d’urgence agricole. Le gouvernement veut remplacer les réunions publiques par de simples permanences en mairie et contourner les règles concertées localement par les acteurs de l’eau (notre article) pour faciliter les projets de «bassines» lorsqu’ils font l’objet d’un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE). Si la justice annule une autorisation de prélèvement d’eau (trop excessif pour les milieux naturels, par exemple), la loi permettrait aussi aux préfet·es de la prolonger pour deux années supplémentaires. La FNSEA aimerait monter à cinq ans. Ces prélèvements d’eau devront permettre l’«adaptation de l’agriculture du territoire au changement climatique en tenant compte du renouvellement des générations», précise tout de même le texte. Depuis 1980, 14 640 captages d’eau potable ont fermé en France, dont près d’un tiers à cause de la dégradation de la qualité de la ressource (pesticides, nitrates…). Face à la menace croissante des pollutions diffuses (agricoles, notamment) sur l’eau du robinet, le gouvernement promet depuis 2022 de définir par un arrêté des «points de prélèvements sensibles», soit les zones où agir en urgence – par exemple en favorisant d’autres pratiques agricoles pour réduire, voire interdire, les pesticides. Fin 2025, les principaux représentants agricoles (FNSEA, Coordination rurale, chambres d’agriculture) ont claqué la porte des négociations. La version initiale de la loi d’urgence agricole prévoyait de réécrire cette mesure, en parlant de captages «prioritaires» et non plus «sensibles»… repoussant encore la publication de l’arrêté tant attendu. «Un recul majeur», pour l’association Générations futures, qui craint aussi que la portée des actions soit amoindrie. À l’initiative de La France insoumise, les député·es de la commission du développement durable ont cependant supprimé une grande partie de l’article en question, mais les discussions reviendront en séance publique. En 2025, 4 400 attaques de loups gris contre des troupeaux ont été recensées en France, notamment dans les nouveaux territoires d’installation de l’animal – où les dispositifs de protection sont moins développés. Depuis le début des années 2010, la France privilégie une stratégie d’abattage des prédateurs, avec des quotas d’individus à tuer chaque année (notre article). Le texte du gouvernement vise à «sortir le loup des espèces protégées» en lui conférant un statut à part. Il propose d’inscrire dans la loi les quotas de tir annuels ou encore les nouvelles règles de tir décidées par arrêté en début d’année : depuis février 2026, les éleveur·ses peuvent tuer un loup sans autorisation préalable accordée par l’État (ils et elles doivent simplement le déclarer a posteriori). «Tout l’article ne fait que paraphraser ce que l’État fait déjà depuis des années», résume Jean-David Abel, qui pilote le réseau Biodiversité à France nature environnement (FNE). Seule évolution majeure, le texte propose de baser ces tirs sur l’état de conservation de l’espèce «au niveau national», et plus selon la situation locale. Un autre ajout du camp présidentiel ouvre la voie à des tirs de défense à l’intérieur des réserves naturelles nationales. Les gestionnaires de ces espaces protégés et les associations environnementales dénoncent une «ligne rouge». Bovins, moutons, porcs, volailles… La France compte 145 000 fermes dédiées à l’élevage. Ces bâtiments, qui accueillent parfois un très grand nombre d’animaux, peuvent générer des nuisances importantes (pollutions, incendies, odeurs, bruit…), raison pour laquelle ils sont encadrés par le régime des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE). Pour construire ou agrandir de telles infrastructures, des règles précises doivent être respectées, selon leur taille. La loi Duplomb avait déjà «simplifié» ces procédures pour les plus grands bâtiments agricoles, mais le gouvernement veut désormais sortir l’élevage de ce fameux régime ICPE, afin de le placer sous une «police spéciale adaptée». «Un élevage n’est pas une usine», défend la ministre de l’agriculture Annie Genevard, qui promet un «régime plus simple, plus lisible». «Au nom de la “simplification”, on va créer un nouveau texte et un nouveau régime, c’est contradictoire», oppose Ronan Groussier, responsable Agriculture au Réseau action climat (RAC). Si le gouvernement reste flou sur les nouvelles règles qu’il souhaite rédiger pour l’élevage, les associations craignent une modification «en profondeur» des contrôles, des sanctions ou encore de l’information du public. Vivement dénoncée par le monde agricole lors de la mobilisation contre le traité de libre-échange du Mercosur (notre reportage), la compétition avec des productions étrangères (sud-américaines, en l’occurrence) aux normes sociales et environnementales réduites met en difficulté les paysan·nes. Pour lutter contre ces «concurrences déloyales», le projet de loi d’urgence agricole propose de renforcer les contrôles à travers la création d’une «brigade nationale de contrôle des denrées importées». Le ministère de l’agriculture veut aussi se donner la possibilité de suspendre les importations de produits agricoles contenant des traces de pesticides ou de médicaments qui ne sont plus autorisés dans l’Union européenne. Cette mesure «répond à des attentes légitimes de la société civile», salue Générations futures, qui pointe cependant une «politique du double standard» qui «détourne l’attention sur les pratiques de production nationales» : par exemple, des pesticides prohibés en Europe sont régulièrement autorisés par dérogation en France. La mesure reste «cosmétique», selon Enzo Armaroli, de la Fondation pour la nature et l’Homme (FNH), puisque le gouvernement peut déjà prononcer de telles interdictions d’importations – il l’avait fait en janvier dernier pour des fruits et légumes sud-américains contenant cinq pesticides interdits en Europe (notre article). Pour soutenir l’agriculture locale, un autre article propose d’interdire dans la restauration collective les repas à base de produits ne provenant pas de l’Union européenne – «sauf en cas d’absence d’offre». Les terres agricoles couvrent la moitié du territoire hexagonal, mais cette part ne cesse de s’éroder, avec 2,4 millions d’hectares perdus en quarante ans. L’accès au foncier est un enjeu crucial : alors que le nombre de fermes diminue année après année, celles qui restent s’agrandissent et les jeunes arrivant·es peinent à s’installer. Le projet de loi d’urgence agricole essaie de répondre au problème de deux manières. D’abord, en tentant de limiter l’emprise urbaine sur le foncier agricole : il instaure des sanctions pour les sociétés d’aménagement qui ne respectent pas la «compensation collective agricole», censée réparer financièrement le grignotage des terres paysannes. Il renvoie également à ces mêmes aménageurs – et plus aux agriculteur·ices – la charge des zones de non-traitement (ZNT), ces «tampons» végétalisés placés en bordures de champ pour protéger les riverain·es des épandages de pesticides. «L’agriculture n’existe pas sans biodiversité et services écosystémiques.» Ensuite, à l’inverse, lorsque les activités agricoles affectent la biodiversité locale, le gouvernement propose de prioriser les mesures de compensation (replanter une haie, recréer une zone humide…) sur les espaces «non productifs», comme les friches. Et cela «dans un périmètre géographique plus large»… donc au détriment des espèces impactées sur place. Cette disposition rejoue l’opposition «dogmatique» entre agriculture et biodiversité, juge Enzo Armaroli : «L’agriculture n’existe pas sans biodiversité et services écosystémiques. S’il n’y a plus de bandes tampons, de prairies, d’espaces semi-naturels, la production agricole en souffrira.» En 2020, près de 20% des agriculteur·ices vivaient sous le seuil de pauvreté, avec des écarts marqués selon les régions et les types de production (un céréalier gagne généralement plus qu’un éleveur). Les revenus paysans souffrent d’un problème récurrent : les prix auxquels sont vendus les produits agricoles sont principalement déterminés par les acheteurs, ce qui mène parfois à des ventes à perte. Malgré plusieurs lois dites «EGalim» depuis 2018, les négociations restent très déséquilibrées avec les industriels et la grande distribution. Pour tenter d’inverser la tendance, la loi d’urgence agricole propose de généraliser l’expérimentation du «tunnel de prix». Déjà mis en place dans la filière bovine, ce système borne les prix entre une valeur plancher, qui ne peut être inférieure aux coûts de production des agriculteur·ices, et une valeur plafond. D’autres articles proposent aussi de renforcer les coopératives agricoles et les organisations de producteur·ices, pour mieux peser dans les négociations. Le gouvernement veut aussi mettre en place un mécanisme de médiation, voire de sanctions, en cas d’enlisement des discussions. Pour le collectif Nourrir, qui réunit une cinquantaine d’organisations écologistes et paysannes, ce volet revenu est «le seul signal positif du projet présenté par le gouvernement», mais il «reste largement insuffisant pour répondre à l’urgence». Le projet de loi d’urgence agricole promet d’être encore considérablement modifié, avec plus de 2 200 amendements déposés par les député·es avant l’ouverture des débats. Texte intégral (3277 mots)

«Bassines» : faciliter (encore) le stockage d’eau et l’irrigation
À suivre : sursis temporaire pour les zones humides
En commission du développement durable, les député·es de gauche et du centre ont supprimé un article controversé qui voulait «simplifier» l’exploitation des zones humides jugées «non-fonctionnelles», par exemple pour y construire des retenues d’eau ou des bâtiments (notre article). Mais l’article pourrait être réintroduit cette semaine à l’Assemblée.
Captages «prioritaires» : enfin une action du gouvernement pour protéger l’eau potable ?
Loup : inscrire dans la loi les nouvelles règles de tir
À suivre : bientôt des tirs dans les réserves naturelles ?
En commission du développement durable, la droite a fait passer un amendement largement inspiré des demandes de la FNSEA, qui permettrait de tuer des loups jusqu’à l’atteinte du «nombre minimal de spécimens compatible avec un état favorable de conservation». Le chiffre – très controversé – de 500 individus est souvent avancé… ce qui reviendrait à pouvoir abattre la moitié de la population actuelle de loups gris. Et serait totalement contraire au droit européen, rappelle Jean-David Abel.
Élevage : un «régime plus simple» pour les bâtiments agricoles, vraiment ?
À suivre : une mesure «anti-L214» votée en commission
En commission des affaires économiques, le camp présidentiel a fait adopter un amendement qui durcit les peines en cas d’«intrusion dans un local à usage agricole». Une mesure qui vise notamment les associations animalistes qui filment des scènes de maltraitance dans les élevages. Pour L214, ces dispositions vont «accélérer l’intensification de l’élevage et criminaliser les associations qui la dénoncent».
«Concurrences déloyales» : des produits européens dans les cantines, une nouvelle police aux frontières
À suivre : vers un retour de l’acétamipride ?
L’article sur les concurrences déloyales offre une «accroche» aux parlementaires pour tenter de réintroduire l’acétamipride, cet insecticide interdit en France mais autorisé dans le reste de l’Union européenne, qui était au cœur de débats sur la première loi Duplomb. Le Rassemblement national a déjà tenté sa chance (sans succès) en commission. Laurent Duplomb (Les Républicains) a annoncé qu’il proposerait son texte lors des débats au Sénat.
Accès aux terres : plus pour l’agriculture, moins pour l’écologie
Revenu agricole : vers des prix plus rémunérateurs pour les agriculteurs ?
Antoine Poncet
L’association de défense des consommateur·ices Foodwatch révèle ce mardi avoir décelé des substances interdites en Europe dans des aliments importés, au-delà des limites tolérées. L’ONG a fait tester en laboratoire 64 produits commercialisés sous de grandes marques et marques de distributeurs en France, en Allemagne, en Autriche et aux Pays-Bas : thé, épices, riz. Sur les 64, 45 présentaient des résidus de pesticides interdits en Europe, certains cumulant jusqu’à une vingtaine de ces substances. Sur l’ensemble, 14 aliments contenaient des substances interdites dans des concentrations qui dépassaient même les limites maximales de résidus (LMR) prévues par le règlement européen. Parmi ces produits, deux ont été achetés en France : du paprika doux moulu Ducros contenant des résidus d’insecticides chlorfénapyr et flonicamide, et du riz «Le Thaï» Taureau ailé renfermant de l’anthraquinone au-delà des limites légales. On retrouve aussi un riz vendu en Autriche chez Lidl qui contient des résidus d’acétamipride (un insecticide néonicotinoïde) ou des cumins avec des résidus de l’herbicide Flamprop, vendus par les enseignes Edeka et Lidl en Allemagne. En France, les épices et les thés sont les plus contaminés : 9 des 10 échantillons de ces produits contenaient des résidus de pesticides non autorisés (Albert Ménès, Ducros, Lipton (deux références), Twinings, Intermarché, Carrefour, Leader Price, Monoprix). Parmi les plus fréquemment détectés figurent trois néonicotinoïdes, ainsi que l’isoprothiolane, un fongicide utilisé sur le riz. «Il est courant de trouver des résidus de pesticides non autorisés dans l’UE dans des produits alimentaires du quotidien : cela est dû à l’existence de failles dans le cadre juridique actuel», alerte l’ONG. Foodwatch déplore qu’à l’interdiction d’une substance en Europe, la Commission européenne ne réduise pas automatiquement les limites de résidus tolérés. Bruxelles autorise en outre toujours la production de pesticides interdits sur le continent, qui sont exportés et reviennent ensuite «comme un boomerang» sur les étals européens via des importations. Ce mardi, Foodwatch appelle donc l’Union européenne (UE) à revoir son projet sur la sécurité alimentaire et les contrôles de pesticides. Cette démarche intervient alors que la Commission européenne prépare un paquet législatif dit «Omnibus» sur la sécurité alimentaire, contesté par les ONG. Il prévoit notamment un assouplissement des procédures d’autorisation des produits phytosanitaires avant leur mise sur le marché. Le texte prévoit des études d’impact individuelles plutôt qu’une réduction automatique des LMR, déplore Foodwatch, dénonçant «un assouplissement général des règles gouvernant les évaluations de sûreté des substances». Le projet, dans un objectif de «simplification», permettrait aussi d’accorder une autorisation illimitée à certaines substances en supprimant les réexamens périodiques, sauf révision décidée par la Commission. «Nous refusons que notre sécurité alimentaire soit sacrifiée au nom de la compétitivité», insiste Camille Dorioz, directeur des campagnes à Foodwatch France. L’association a lancé une pétition citoyenne pour interpeller les député·es européen·nes sur le sujet et leur demander de refuser cette simplification de la régulation. Foodwatch demande aussi à l’UE de «mettre en place, de manière urgente, une limite maximale de résidu à zéro pour l’ensemble des pesticides non-autorisés» et de cesser le «commerce toxique» de ces substances. Texte intégral (744 mots)

Thé, épices et riz parmi les plus contaminés
Cesser le «commerce toxique» de pesticides interdits
Médianes
Qui se jettera à l’eau sur la plage du bourg de Deshaies ? En ce vendredi 8 mai, les prétendant·es ne semblent pas nombreux·ses dans cette commune du nord-ouest de la Guadeloupe, sur l’île de Basse-Terre. Pourtant, depuis le 27 avril, la baignade et les activités nautiques sont de nouveau autorisées. Pendant près d’un mois et demi, il était strictement interdit d’y piquer une tête à cause d’une contamination bactériologique élevée, avec une présence anormalement forte de germes Escherichia coli. Cette bactérie intestinale avait été détectée le 9 mars par l’Agence régionale de santé (ARS) et sa présence s’expliquait par le rejet dans la mer des eaux usées de la station d’épuration de Bas-Vent, située dans le quartier du même nom. Sur l’archipel, d’autres communes ont le même problème. Depuis le 11 mai, l’anse Thomas de Bouillante (ouest) et trois sites de baignade à Saint-François (est) sont interdits au public. En décembre, la plage de la Datcha, dans la commune très touristique du Gosier, avait connu le même sort. De nouveau, l’explication se trouvait dans le rejet massif d’eaux usées de la station d’épuration de Montauban, à moins de deux kilomètres de là. Parfois, c’est toute une plage qui est sinistrée et qui se voit frappée d’une interdiction permanente de baignade. C’est le cas de celle de Fond Curé, sur l’île de Terre-de-Haut (sud), où, depuis le 16 mars 2026, on ne peut plus mettre un pied dans l’eau. En Guadeloupe, il existe près de 105 sites référencés comme étant des zones de baignade. Des secteurs que l’ARS surveille comme le lait sur le feu : «Nous réalisons des prélèvements tous les 30 jours et pouvons, après de fortes pluies ou épisodes cycloniques, en réaliser davantage avec l’autorisation de la préfecture. Il y a des défauts majeurs sur le réseau d’assainissement en Guadeloupe qui expliquent que l’on retrouve parfois un nombre important de bactéries dans l’eau», explique Meylanie Balourd, cheffe du service santé et sécurité de l’environnement extérieur à l’ARS. Deshaies, Le Gosier, Saint-François, Sainte-Anne… La quasi-totalité des communes est concernée. Les municipalités prennent régulièrement des arrêtés d’interdiction temporaire, voire définitive, afin de protéger la population. Selon le dernier rapport de l’ARS, publié en 2024, au moins huit sites en Guadeloupe sont même totalement interdits à la baignade. Dans l’archipel, 40% de la population est raccordée à un système d’assainissement collectif, c’est-à-dire à l’une des 17 grosses stations d’épuration du département. Or neuf d’entre elles ne respectent plus les normes nécessaires à leur bon fonctionnement, selon l’ARS. Quant au reste de la population, il dépend des près de 33 autres petites stations d’épuration du territoire, dont la moitié sont à l’arrêt. En cause, un sous-investissement chronique depuis plus d’une quarantaine d’années, avec des stations obsolètes ou en fin de vie. Dans un entretien accordé à l’émission «C Pas Si Loin» (France télévisions), Cédric Vincent, directeur adjoint scientifique et technique de l’Office de l’eau Guadeloupe, indique qu’il faudrait investir près de 250 millions d’euros pour tout remettre à niveau. Sur le terrain, le Syndicat mixte de gestion de l’eau et de l’assainissement de Guadeloupe (SMGEAG), en charge des travaux, semble à la peine. Dans son rapport d’observation définitif sur la compétence assainissement du SMGEAG depuis sa création en 2021, la Chambre régionale des comptes (CRC) étrille la gestion du syndicat. Elle l’accuse non seulement de ne pas connaître en détail le réseau, mais également de ne pas en assurer l’entretien et d’y consacrer un budget insuffisant : «Le SMGEAG ne dispose ni des outils obligatoires d’entretien et de maintenance des installations ni des outils opérationnels (ateliers, magasins dédiés) de maintenance curative et préventive. La télégestion est très partielle et ne permet pas des interventions efficaces en cas de panne. Enfin, l’exploitation manque de main-d’œuvre qualifiée et productive.» Le plan pluriannuel d’investissement (PPI 2023-2027), financé par le SMGEAG et ses partenaires (État, fonds européens, région, département), prévoit des coupes claires dans le financement du réseau d’assainissement, afin de prioriser les travaux qui visent à réparer le système de distribution de l’eau potable dans les foyers. Le budget est ainsi passé de 153 millions d’euros en juin 2024 à seulement 34 millions d’euros en septembre de la même année. Contacté à de multiples reprises, le SMGEAG n’a pas souhaité répondre à nos questions. Les communes portent elles aussi leur part de responsabilité. «Elles sont censées établir des profils de baignade. C’est un document obligatoire qui pose un diagnostic environnemental détaillé permettant d’identifier les sources de pollution pouvant dégrader la qualité des eaux de baignade et affecter la santé des nageurs. Beaucoup de communes n’en possèdent pas, faute de moyens pour les réaliser, ou sont en train de les construire», confie Marcus Agbekodo, directeur adjoint de l’office de l’eau Guadeloupe, qui accompagne cinq communes dans cette démarche. Les services des mairies du Gosier, de Deshaies ou de Saint-François n’ont pas non plus répondu à Vert. En l’état, la situation est une bombe à retardement aussi bien sanitaire qu’écologique. «Dans une eau présentant une forte contamination fécale, on trouve une part importante de bactéries comme Escherichia coli ou des entérocoques. Ces dernières peuvent entraîner des otites, des gastro-entérites ou des pathologies au niveau des yeux», explique Meylanie Balourd, de l’ARS. La biodiversité est elle aussi menacée par ces contaminations : «Lorsque l’eau est chargée en matières en suspension, ces dernières se déposent sur les écosystèmes pour créer un sédiment très fin qui étouffe les végétaux. Sans lumière, ils ne peuvent plus se développer et régressent. Les algues se développent et prennent le pas sur les anémones de mer, les gorgones, les éponges et autres animaux marins appartenant à la famille des coraux», indique Thibaud Rossard, président de l’association V-Reef, qui agit pour la protection et la préservation de l’environnement. Selon les données du Parc national de la Guadeloupe, entre 2022 et 2025, le taux de recouvrement des fonds marins par les coraux a baissé de près de 50% sur l’archipel. «Les facteurs qui expliquent ce phénomène sont multiples, entre le réchauffement climatique, la surpêche ou la pollution des eaux pluviales. On sait que le rejet des eaux usées est aussi responsable de cette disparition des coraux, mais on ignore encore si c’est l’un des facteurs majeurs», ajoute Thibaud Rossard. À ces conséquences sanitaires et environnementales s’ajoutent des préoccupations économiques. La Guadeloupe est un archipel dans lequel le tourisme représente près de 10% de la richesse produite. Autant que le secteur industriel. De nombreux segments de l’économie dépendent entièrement du tourisme, qu’il s’agisse de l’hôtellerie-restauration, de la location de voitures ou de meublés saisonniers, ainsi que de nombreuses très petites et moyennes entreprises (TPE/PME). Si la Guadeloupe tend à se diversifier en misant sur le spiritourisme (tourisme de spiritueux) ou l’éco-tourisme, la perspective de se baigner reste incontournable. Interrogé, le comité du tourisme des îles de Guadeloupe reste évasif : «Nous espérons que des solutions seront trouvées rapidement. Car l’ensemble des formes de pollutions – y compris la pollution des eaux – constituent une problématique pour les destinations touristiques, encore plus dans des zones balnéaires.» Comme le rappelle Meylanie Balourd, la situation ne va pas en s’améliorant : «Il y a dix ans, 80% des eaux et rivières de Guadeloupe avaient une qualité d’eau excellente. En 2024, nous étions tombés à 72%.» Texte intégral (1705 mots)


Un réseau mal entretenu

Des impacts multiples

Médianes
Après les scandales de l’amiante, du plomb, ou du chlordécone, l’histoire semble se répéter aujourd’hui avec les PFAS, le cadmium, les pesticides toxiques, les perturbateurs endocriniens et tant d’autres substances. Les alertes des scientifiques sont de nouveau ignorées. Nos dirigeant·es préfèrent protéger les intérêts des industriels que la population. Le prix, c’est nous qui le payons avec notre santé et celle de nos proches. Face à cette urgence sanitaire et écologique, le journalisme a un rôle inédit à jouer. Depuis sa naissance en 2020, Vert s’est fait une place à part dans le paysage médiatique, avec ses newsletters, ses décryptages, ses enquêtes et ses vidéos. En 2026, alors que l’inaction politique et la désinformation font rage, nous passons la vitesse supérieure pour enquêter sur des sujets vitaux pour notre avenir. Pour révéler les pollutions partout où elles sont, exposer les responsables des décisions qui nous mettent en danger et faire émerger les vraies solutions pour rester en bonne santé, nous voulons assembler une équipe d’un genre nouveau. Celle-ci sera dirigée par Sophie Roland, passée par Cash investigation et Envoyé spécial, qui enquête depuis quinze ans sur ces sujets. Elle comptera également Zoé Moreau, notre nouvelle enquêtrice santé-environnement. Vous avez déjà pu lire ses révélations sur Sanofi, l’A69, ou notre ministre de l’écologie. Vert collaborera avec un vaste réseau de journalistes d’enquête partout à travers la France et à l’international, pour révéler ce que vous devez savoir au plus près de chez vous. Des photographes, graphistes et vidéastes donneront du relief à nos enquêtes et nous permettront de toucher un maximum de monde avec nos révélations. Nous utiliserons tous les outils du journalisme et de la science, puisque nous réaliserons aussi des analyses sur le terrain et en laboratoire. Vert se dotera aussi d’un nouveau comité d’expert·es, composé de scientifiques de renom, spécialistes de la santé et de l’environnement, que nous vous dévoilerons bientôt. Enfin, la clé de toute cette équipe, c’est vous ! Un nouveau canal sécurisé vous permettra de nous transmettre des informations à partir desquelles nous pourrons enquêter. Chaque année, vous serez invité·e à une masterclass de nos expert·es, pour leur poser toutes vos questions. Salaires des journalistes, frais de transport et de logement, analyses en laboratoire, matériel, frais juridiques, production de vidéos… Chaque enquête peut coûter jusqu’à 4 000€. Comme vous le savez, Vert est un média 100% indépendant financé par Pour développer cette équipe dans la durée en toute indépendance, et permettre à tout le monde d’avoir accès à nos informations, nous avons besoin de vous. Notre objectif pour créer cette équipe : 5 000 nouveaux soutiens mensuels. Retour de la loi Duplomb, loi d’urgence agricole, cadmium, PFAS… Ne perdons plus une seconde. C’est ensemble que nous irons chercher des réponses à nos questions et que nous trouverons comment rester en bonne santé. Texte intégral (861 mots)
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