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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef
04.11.2026 à 06:00

Bâtons de charbon, carafes filtrantes, réduction des pollutions… Quelles solutions pour éviter les pesticides dans l’eau potable ?

Esteban Grépinet

Texte intégral (1867 mots)
La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de l’exposition aux pesticides… mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation. © Nicolas Economou/NurPhoto via AFP

En 2026, 36 millions de Français·es ont bu une eau contenant au moins un pesticide, a révélé la semaine dernière la carte interactive réalisée par Vert à partir des données du site Dans mon eau, créé par les associations Générations futures et Data for good.

Plusieurs millions d’habitant·es consomment même une eau qui dépasse les seuils de qualité, notamment dans le nord de la France. Attention, pas de panique : cette limite «n’est pas un indicateur de risque sanitaire», rappelle l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Ce n’est pas parce qu’elle est dépassée que consommer l’eau a des conséquences directes sur la santé.

Pour autant, les pesticides et leurs métabolites (les molécules issues de leur dégradation dans l’environnement) restent des substances toxiques, avec des effets documentés sur la santé, qui dépendent notamment des doses auxquelles nous sommes exposé·es.

La consommation d’eau ne représente qu’une petite part de cette exposition (moins de 10%), mais s’ajoute à d’autres voies de contamination, principalement l’alimentation.

La base : vérifier si son eau est contaminée

Dans un premier temps, il s’agit de prendre la mesure de l’état réel de l’eau qui coule à votre robinet. La carte interactive de Vert permet de prendre connaissance des territoires où la contamination est la plus forte : les Hauts-de-France – où plus de la moitié des réseaux de distribution d’eau potable ont des concentrations supérieures aux normes –, la Normandie, le Grand Est…

À court terme : des techniques de filtrations à l’efficacité toute relative

À l’échelon individuel, plusieurs solutions de court terme existent pour limiter l’exposition aux pesticides et autres polluants… mais elles ont toutes leurs limites. Parmi les principaux exemples :

L’eau en bouteille. Certaines communes où l’eau est la plus contaminée sont parfois contraintes de se ravitailler en packs, comme le raconte Le Monde. Extraite en profondeur, l’eau minérale en bouteille contient souvent moins de polluants chimiques – mais n’en est pas dépourvue. Moins contrôlée, elle présente surtout beaucoup de microplastiques : un litre contient en moyenne jusqu’à 240 000 particules de plastique, selon une étude publiée en 2024 dans la revue scientifique Pnas.

Les bâtons de charbon. Déposé quelques heures dans une carafe d’eau, un bâton de charbon actif est censé fixer sur sa surface les plus grosses molécules (on parle d’adsorption). «Cette technique peut se révéler peu efficace pour certains pesticides, soulève Julie Mendret, maîtresse de conférences à l’université de Montpellier (Hérault). Le remède peut même être pire que le mal, avec un risque de développement bactérien en l’absence d’une maintenance régulière.»

Les carafes filtrantes et filtres pour robinet. Le principe est similaire : l’eau passe cette fois par un filtre contenant des granulés de charbon actif. Cette technique peut marcher pour certaines grosses molécules, comme le chlorothalonil, un fongicide interdit depuis 2020 mais encore fréquemment retrouvé dans l’eau. Là encore, elle induit d’autres risques : en 2017, l’Anses a rendu un avis très nuancé sur l’efficacité des carafes filtrantes, avertissant notamment d’une possible «altération de la qualité microbiologique de l’eau».

Les filtres par osmose inverse. Cette fois, pas de charbon : l’eau est mise sous pression et traverse une membrane via des trous infiniment petits, qui bloquent la plupart des éléments indésirables. «C’est le système qui offre le spectre d’élimination le plus large. Il est efficace sur un très grand nombre de molécules, y compris les PFAS», ces «polluants éternels», détaille Julie Mendret. Mais un tel appareil coûte cher – plusieurs centaines d’euros – et consomme beaucoup d’eau et d’énergie.

«Ce sont des techniques de séparation, et non de dégradation, complète Julie Mendret. Dans le cas de l’osmose inverse, on produit un concentrat», ce liquide composé des molécules retenues par la membrane, qui est ensuite rejeté dans le réseau d’assainissement. En somme, ces technologies ne règlent pas le problème, elles le déplacent.

À long terme : réduire les pollutions à la source

«Les moyens de dépollution, collectifs ou individuels, sont coûteux et parfois inefficaces», pointe le site Dans mon eau, pour qui «la seule solution est collective». «Ces systèmes créent un clivage social, entre ceux pour qui ils sont abordables et les autres, abonde Julie Mendret. La solution ne doit pas venir des particuliers, mais d’un effort à l’échelle des usines de production d’eau potable.» Si toutes ne traitent pas les polluants chimiques, de plus en plus de stations sont dotées de dispositifs à base de charbon actif, voire de filtrations par osmose inverse.

Mais cette dépollution coûtera cher à l’État : plusieurs milliards d’euros par an, selon les évaluations (ici et là) publiées par l’administration française cet été. Une étude menée par l’Agence de l’eau Seine-Normandie, relayée par le média Contexte en septembre, confirme que ces solutions curatives contre les pesticides et nitrates coûtent au moins trois fois plus cher que de réduire les pollutions à la source.

Mieux vaut prévenir que guérir : la meilleure solution pour protéger l’eau reste de limiter les pesticides, notamment en favorisant la transition du monde agricole (principal utilisateur de pesticides en France) vers des modèles moins intensifs. Après plusieurs années d’attente, le gouvernement est justement sur le point de publier un décret (en consultation publique jusqu’au 9 novembre) visant à engager des plans d’action pour limiter les pollutions sur les captages d’eau potable «prioritaires» – mais ONG et collectivités locales regrettent son manque d’ambition.

Partout en France, il existe déjà une multitude d’initiatives pour favoriser la transition écologique des fermes :

🚜 Depuis 2020, l’entreprise publique Eau de Paris et l’agence de l’eau Seine-Normandie accompagnent une centaine d’agriculteur·ices installé·es sur des aires d’alimentation de captage autour de la capitale afin de réduire, voire supprimer, les engrais et pesticides. Le projet a déjà permis de réduire l’utilisation de ces derniers de 77% sur les parcelles suivies.

🤝 Des partenariats similaires entre agences de l’eau, régies publiques et agriculteur·ices sont nés ces dernières années : en Alsace, où l’objectif est de diminuer de 50% l’utilisation d’herbicides sur les captages prioritaires ; près de Rennes (Ille-et-Vilaine), avec le projet Terres de sources ; autour de Lyon (Rhône)…

💧 En Bretagne, la commission locale de l’eau – sorte de «parlement» qui rassemble élu·es, chambres d’agriculture, associations… – du bassin de la Vilaine a adopté le 16 octobre une ambitieuse feuille de route pour la protection de l’eau, qui prévoit l’interdiction des herbicides sur certaines parcelles de maïs proches des captages les plus pollués.

À noter que solutions préventives et curatives se complètent : même en réduisant drastiquement les pollutions sur les captages les plus exposés dès maintenant, les efforts de dépollution devraient se poursuivre pendant encore des années. Pour cause : les pesticides sont des molécules très persistantes, dont la dégradation complète peut prendre plusieurs décennies…

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03.11.2026 à 11:56

Manifestations interdites, couvre-feu, suspension du droit de vote : tout cela est-il bien légal ?

Louise Deshautels

Texte intégral (2233 mots)
De nombreuses manifestations ont été interdites depuis le 17 octobre. © Dario Nadal/Vert

Samedi 31 octobre, les manifestant·es se sont de nouveau réuni·es, pour certain·es costumé·es, dans les rues de plusieurs villes françaises. À Paris, le sort du cortège a été incertain jusqu’au dernier moment. Les organisateur·ices voulaient défiler de la place de la Bastille à celle de la Nation. La préfecture a préféré un trajet périphérique, entre la porte de Bagnolet et celle de Charenton.

Un nouvel épisode qui ravive les interrogations sur les restrictions du droit de manifester. En France, c’est un droit fondamental, reconnu par le Conseil constitutionnel. Après le 17 octobre et les pillages qui ont suivi la manifestation, de nombreuses préfectures ont pris des arrêtés d’interdiction, pour plusieurs jours. Mais ce n’est pas tout : il y a aussi eu des couvre-feu et même des menaces d’interdiction des réseaux sociaux. Vert fait le point sur la légalité de ces mesures.

Interdire les manifestations : quand le président outrepasse ses pouvoirs

Toute manifestation doit être déclarée en mairie ou en préfecture, trois jours avant minimum. Avec à chaque fois l’identité des organisateur·ices, le but, le lieu, la date et l’heure du rassemblement. Si le préfet juge qu’il y a un risque de trouble à l’ordre public, il peut l’interdire.

Plusieurs motifs peuvent être retenus. «Une mesure de police administrative repose sur un aspect prédictif», rappelle Serge Slama, professeur de droit public à l’université Grenoble-Alpes et spécialiste des droits humains. Les incidents survenus lors de précédents rassemblements et les remontées des services de renseignement de la police servent d’indices. «Les manifestations organisées par les syndicats rassurent la préfecture, explique le professeur de droit public. En revanche, pour des groupes moins encadrés, comme les lycéens, le risque perçu est plus important.»

Depuis la crise des Gilets jaunes en 2018, les interdictions dites «périmétriques» se sont multipliées. Elles permettent aux préfets d’exclure les manifestations de certaines zones, notamment des centres-villes, jugés plus difficiles à sécuriser. Le Conseil d’État admet cette possibilité, à condition que les restrictions soient justifiées par les circonstances et limitées dans l’espace comme dans le temps. «Actuellement, les circonstances sont très largement liées au 17 octobre et aux pillages qui ont suivi», remarque le juriste.

Le climat politique influe aussi sur la prise de décision des préfectures. Le 22 octobre, Emmanuel Macron déclare que seules les manifestations organisées à la demande des syndicats seront autorisées et que «la recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation». Normalement, dans un régime libéral, le principe est la liberté et l’exception est l’interdiction. Avec la déclaration du président, la règle est inversée. Pour Serge Slama, elle a surtout instauré un «contexte encourageant les préfets à refuser une manifestation».

Par ailleurs, Sébastien Platon, professeur de droit public à l’université de Bordeaux et auteur d’un rapport sur «la résistance du système juridique français face à un choc autoritaire», rappelle que «le président n’a aucun pouvoir en la matière, c’est une compétence qui relève des maires et des préfets». Ce qu’a confirmé le Conseil d’État le 23 octobre, rappelant que les préfets doivent évaluer les risques pour chaque manifestation et ne peuvent pas légalement se fonder sur la seule absence d’affiliation syndicale pour l’interdire.

Modifier le parcours : une mesure légale mais dévoilée trop tardivement

Lorsque les manifestations ne sont pas interdites, leur parcours peut être modifié par arrêté préfectoral. Ces derniers jours, les décisions des préfectures ont été publiées très tardivement. À tel point que les organisateur·ices n’ont plus le temps de les contester devant la justice. Le 23 octobre, la préfecture de Paris impose un itinéraire différent de celui de la déclaration de manifestation, tard dans l’après-midi, la veille de la déambulation. Un recours est déposé dans la foulée, mais à 22h40, alors que les tribunaux sont déjà fermés. La requête est alors rejetée parce que le juge n’a pas eu suffisamment de temps pour rendre sa décision. En temps normal, un référé-liberté – la procédure d’urgence qui permet de faire cesser une atteinte à une liberté fondamentale portée par l’administration – nécessite un délai minimal de 48 heures.

Pour Sébastien Platon, cette pratique engendre un recul de l’État de droit. «L’intérêt est triple : cela ne laisse pas le temps de saisir le juge, permet de placer les manifestants en garde à vue – puisque la participation à une manifestation interdite est un délit –, et a un effet dissuasif pour toute personne qui peut craindre de se retrouver, sans le savoir, dans une manifestation interdite.»

Face aux mesures d’interdiction et aux risques d’être gazé, nassé, voire verbalisé, certaines personnes sont plus hésitantes à aller manifester. «Cela affaiblit très clairement la liberté de manifestation, alors même que c’est l’une des libertés les plus essentielles en démocratie», rappelle Serge Slama.

Mettre en place un couvre-feu : autorisé s’il y a un risque établi

Interdire de circuler dans certains quartiers et à certaines heures peut également être légal, si cette restriction répond à un risque précis de trouble à l’ordre public. De telles mesures ont été instaurées dans plusieurs villes françaises après le 17 octobre : à Paris, Lyon, Lille, Nice, Bordeaux ou encore Limoges. Les juges acceptent facilement l’élément contextuel comme une justification.

Pour autant, un couvre-feu ne peut pas s’étendre durablement. Par ailleurs, cette mesure est habituellement admise dans certains quartiers, à l’égard de mineur·es et lorsqu’il y a des phénomènes de délinquance localisés. Actuellement, ils sont assez généralisés et ne concernent pas seulement les mineur·es. «Sans la mémoire du 17 octobre, ces arrêtés ne résisteraient pas au temps», assure Serge Slama.

Bloquer les réseaux sociaux, «c’est clairement illégal»

Le 19 octobre, Gabriel Attal suggérait de bloquer «temporairement et de manière ciblée l’accès à certaines plateformes pour stopper l’effet de meute». Trois jours plus tard, selon une enquête publiée par Blast, le premier ministre Sébastien Lecornu a écrit aux opérateurs téléphoniques pour leur demander de préparer techniquement une suspension temporaire de plusieurs plateformes, avant les mobilisations prévues le 24.

«En l’état du droit actuel, c’est clairement illégal», rappelle Serge Slama. Il y a même un précédent : lorsque le gouvernement avait suspendu TikTok en Nouvelle-Calédonie lors des émeutes de mai 2024. Le Conseil d’État avait annulé la décision, rappelant qu’une interruption temporaire d’un réseau social ne peut être envisagée que dans des circonstances exceptionnelles et selon des conditions strictes. Elle doit être indispensable, aucune autre solution moins attentatoire aux libertés ne doit permettre d’atteindre le même objectif, et sa durée doit être strictement limitée.

Dans la nuit du 27 au 28 octobre, le Sénat a adopté le projet de loi «casseurs-payeurs». Ce dernier contient notamment un amendement qui vise à accélérer le retrait des contenus appelant à l’insurrection ou à l’armement. Avec la possibilité de bloquer les plateformes en cas de non-retrait. Un projet qui pourrait faire basculer dans la légalité la suspension des réseaux sociaux.

Suspendre le droit de vote des pilleurs, une peine de plus en plus prononcée

La volonté de sanctionner les personnes condamnées pour des pillages ou des dégradations commis en marge de manifestations s’est aussi traduite par des propositions de privation du droit de vote, un droit civique. «On ne vote pas aux prochaines élections quand on a pillé des magasins ou attaqué des policiers», déclarait le ministre de la justice Gérald Darmanin le 22 octobre. Le même jour, il annonçait avoir adressé une circulaire aux parquets pour demander une suspension du droit de vote pour les personnes condamnées pour pillage.

Une telle peine existe en droit français. Dans certaines affaires, un juge pénal peut prononcer une sanction complémentaire entraînant notamment la perte de certains droits civiques tels que le droit de vote. Elle s’applique pour les infractions comme les pillages et les dégradations. Mais ces peines se décident au cas par cas et les procureur·es sont libres de les demander.

«Habituellement, ce ne sont pas des peines que l’on voit pour ce type d’infraction», affirme Eva Barouk, avocate en droit pénal. Mais en demandant à ce que ce soit systématique, n’importe quelle participation, même en marge, peut se voir sanctionnée de suspension de droit civique.» Pour l’avocate, le contexte actuel «exacerbe la sévérité judiciaire» : «Les positions liberticides et toujours plus autoritaires de Gérald Darmanin imprègnent les réquisitions et les condamnations. On assiste à des situations ubuesques et on ne sait plus prédire les peines possibles auprès de nos clients.»

Contrôler des pancartes, une forme de censure

À l’entrée des cortèges de manifestations, certain·es se sont vu confisquer leurs pancartes par les forces de l’ordre. Or la liberté de manifester comprend aussi celle d’exprimer ses opinions.

«Il n’y a aucune base légale qui permet à des policiers de confisquer des pancartes, confirme Serge Slama. C’est une forme de censure qui est absolument inadmissible.» Une pancarte peut constituer une infraction uniquement si elle comporte une menace ou des propos injurieux. Dans ce cas précis, un procès-verbal peut être dressé.

Vers un «état d’urgence» constant ?

Au-delà des restrictions prises dans l’urgence, c’est l’évolution du cadre juridique français qui inquiète les juristes. Sébastien Platon observe un «durcissement de l’arsenal de police administrative, sous l’influence des pouvoirs propres à l’état d’urgence, entrés dans le droit commun», ainsi que des reculs dans les libertés de la société civile, notamment la liberté de manifestation.

Pour Serge Slama, il est désormais clair que «nous sommes en état d’urgence larvé, qui ne dit pas son nom». L’état d’urgence est une situation juridique d’exception qui permet aux autorités administratives (ministre de l’intérieur et préfets) de disposer de pouvoirs renforcés pour maintenir l’ordre public, notamment en interdisant la circulation des personnes ou des véhicules dans certains lieux et à certaines heures. «Au vu de tous les instruments adoptés par le gouvernement et des différentes lois sécuritaires et antiterroristes adoptées ces trente dernières années, si l’extrême droite parvient au pouvoir, elle n’aura pas besoin de nouveau texte pour gouverner de manière autoritaire».

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03.11.2026 à 06:00

RN, dette et pauvreté en hausse, démocratie et climat en berne : le lourd bilan d’Emmanuel Macron en graphiques

Anne-Claire Poirier, Sébastien Eid

Texte intégral (3045 mots)
En dix ans, la confiance accordée au président de la République n’a jamais été aussi basse, selon le Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris. © Benoit Tessier/AFP

🌡 Climat : le prochain exécutif devra faire (beaucoup) plus

En dix années au pouvoir, Emmanuel Macron a souvent eu l’occasion de défendre son action en matière d’écologie. «Personne n’a autant fait que nous depuis trois ans», expliquait-il dès 2020, avant que toute la macronie n’en fasse un mantra.

Le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron touche bientôt à sa fin. Quelques mois avant l’élection présidentielle de 2027, Vert revient sur ses dix années au pouvoir à travers une série rétrospective intitulée «C’était Macron». Pour ce troisième épisode, focus sur son héritage écologique et démocratique, en graphiques.

De fait, les émissions de gaz à effet de serre ont baissé comme jamais entre 2017 et 2026, de 3,15% par an en moyenne, contre -0,6% par an entre 1990 et 2016. Mais cela ne suffit pas à mettre la France sur les bons rails, alertent les expert·es année après année, notamment parce que les baisses constatées ont souvent résulté de crises – Covid-19, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient… – et pas de transformations structurelles.

En juillet 2026, le gouvernement a officialisé l’ambitieuse trajectoire de baisse des émissions qu’il lègue au prochain exécutif. Mais le dernier rapport du Haut Conseil pour le climat estime que les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour qu’elle soit respectée, pointant notamment un «affaiblissement des dispositifs liés à l’action climatique en 2025 et 2026», conjugué à des «financements sous-dimensionnés».

⛽ Énergie : le pouvoir d’achat plombé comme jamais

«Il faut nous désintoxiquer des énergies fossiles», affirmait le chef de l’État en 2018 dans un discours consacré à la transition écologique. Sept ans plus tard, «la question n’est plus que climatique, elle touche désormais à l’intérêt national», abonde son premier ministre, Sébastien Lecornu.

Ces dernières années, la France a payé très cher sa dépendance aux énergies fossiles importées : l’invasion de l’Ukraine par la Russie (2022), puis le conflit déclenché par les États-Unis et Israël en Iran (2026), ont fait s’envoler les prix de l’énergie, plombant l’économie et le pouvoir d’achat des Français·es. Les salaires réels (lorsque l’on tient compte de l’inflation) sont en baisse depuis 2019, une première depuis 1983-1985. D’après des calculs de l’Institut français d’économie (IFE), réalisés pour Le Monde, la chute du pouvoir d’achat depuis 2024 correspond à une perte de 1 200 euros par famille en moyenne.

Pourtant, entre ces deux dates, trop peu a été fait pour décarboner l’économie française. En avril dernier, le gouvernement a lancé un plan d’électrification des usages, qu’il compte financer «sans argent nouveau» mais en réorientant des sommes jusqu’ici allouées aux économies d’énergie. Quant à la filière des énergies renouvelables, elle est plongée dans une profonde crise à cause des reniements du gouvernement.

💀 Santé et agriculture : l’usage des pesticides n’a pas diminué

Dans son programme présidentiel de 2017, Emmanuel Macron avait promis de placer la France «en tête du combat contre les perturbateurs endocriniens et les pesticides». Motif : «ils sont l’une des principales causes de l’augmentation des cancers des enfants depuis vingt ans», expliquait-il alors. Las, le poids du réel – et des lobbys – a eu raison de cette promesse. Un exemple parlant : l’interdiction du glyphosate, l’herbicide le plus utilisé en France et classé «cancérigène probable» par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Après avoir annoncé en novembre 2017 son interdiction «au plus tard dans trois ans», le président est revenu sur sa promesse en janvier 2019.

Au global, les ventes de pesticides sont restées stables sous ses deux mandats, même si celles des produits les plus dangereux pour la santé ont nettement reculé. Dans l’intervalle, de plus en plus d’études ont confirmé les liens entre pesticides et cancers.

🏛 Politique : l’extrême droite aux portes du pouvoir

Au soir de sa première élection, en mai 2017, Emmanuel Macron (66%) avait déclaré à propos des électeur·ices de Marine Le Pen (34%) : «Je ferai tout durant les cinq années qui viennent pour qu’ils n’aient plus aucune raison de voter pour les extrêmes.»

Raté. Les résultats des échéances électorales qui ont suivi dessinent au contraire un marchepied pour l’extrême droite. En témoignent les scores du Rassemblement national (et de ses allié·es) aux élections législatives de 2017 (13,2%), 2022 (18,7%) et 2024 (29,3%), ou encore la fulgurante progression de Marine Le Pen aux élections présidentielles : battue à 34% au second tour en 2017, elle réalise 41,45% en 2022.

Plus inquiétant, plusieurs textes reprenant des positions de l’extrême droite ont été adoptés à l’Assemblée nationale grâce aux voix conjuguées du bloc présidentiel et du RN. C’est le cas de la loi «pour contrôler l’immigration», promulguée début 2024 (le détail des votes), ou de la proposition de loi «visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre» (rebaptisée «permis de tuer» par ses détracteur·ices), votée en juillet 2026.

✊ Mouvements sociaux : la contestation de plus en plus réprimée

Des Gilets jaunes au mouvement lycéen, les deux quinquennats d’Emmanuel Macron ont été émaillés de mouvements sociaux, dont certains ont été férocement réprimés. À tel point que l’État français a reçu les avertissements de nombreuses institutions, dont le Défenseur des droits, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), l’ONU ou encore le Conseil de l’Europe.

À propos du mouvement lycéen, toujours en cours, «la politique agressive de la police contre la jeunesse n’a jamais connu une telle ampleur, on n’a jamais eu autant de mutilés», constatait auprès de Vert le sociologue Sebastian Roché, spécialiste de la gestion des foules par la police.

Les défenseur·es de l’environnement, de plus en plus criminalisé·es, ne sont pas en reste. Outre la tentative inédite de dissoudre les Soulèvements de la Terre en mars 2023, l’association MDSE (Mouvement de soutien aux défenseur·es de l’environnement) constate un nombre de procès en augmentation constante : 52 ont été recensés en 2023, 93 en 2024, et déjà 80 en juillet 2025.

🗳 Institutions : la défiance au plus haut

Alors que le candidat Emmanuel Macron martelait en 2016 la «nécessité d’une révolution démocratique en France», le président et ses allié·es ont, à l’inverse, régulièrement été accusé·es de contourner les contre-pouvoirs, de pousser les institutions à leurs limites ou de rompre avec des usages démocratiques.

Parmi les cas emblématiques : le refus d’Emmanuel Macron de nommer un·e premier·e ministre de gauche en dépit de la victoire du Nouveau Front populaire aux élections législatives de 2024 ; ou encore les manœuvres du camp présidentiel pour empêcher les débats parlementaires sur certains textes controversés, dont la loi agricole Duplomb.

Résultat, le niveau de confiance dans les institutions politiques s’est effondré en dix ans. Selon le baromètre annuel du Cevipof (Centre de recherches politiques de Sciences Po Paris), la confiance accordée au président de la République n’a jamais été aussi basse. Même chose pour l’Assemblée nationale. Et 77% des sondé·es estiment que la démocratie ne fonctionne «pas très bien» ou «pas bien du tout». Du jamais-vu.

💼 Emploi : la fabrique de travailleurs pauvres

S’il y a bien un héritage qu’Emmanuel Macron compte assumer, c’est celui-ci : sous sa présidence, le taux de chômage a baissé. Supérieur à 10% avant son élection, il a atteint un plus bas historique en 2022-2024, autour de 7%. Avant de repartir à la hausse depuis 2022.

Le chef de l’État n’a pas lésiné sur les moyens pour y arriver : assouplissement du code du travail, multiples réformes de l’assurance-chômage, subvention de l’apprentissage, généreuses aides aux entreprises (166 milliards d’euros en 2024). Mais cette politique de flexibilisation et de baisse du coût du travail a surtout produit de la précarité.

De fait, le taux de pauvreté n’a jamais cessé d’augmenter depuis son élection. En 2017, 8,5 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en France (fixé à 60% du niveau de vie médian), soit 13,8% de la population. Elles étaient 1,3 million de plus en 2024, dont près d’un tiers en emploi. D’après l’Insee, le taux de pauvreté en France est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis 1996, année où il a débuté ses mesures.

💰 Les inégalités au plus haut depuis au moins trente ans

Réduire la fiscalité du capital et des entreprises pour augmenter l’investissement privé : tel a été le pari d’Emmanuel Macron tout au long de ses deux quinquennats. En témoigne la baisse de l’impôt sur les sociétés, passé de 33,33% à 25% ; l’instauration d’une flat tax (un prélèvement à taux unique) de 30% sur les revenus du capital (contre jusqu’à 45% sur ceux du travail) ; ou encore la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF, qui taxait l’ensemble du patrimoine), remplacé par un simple impôt sur la fortune immobilière (IFI).

Hélas, cette politique n’a pas eu les effets de «ruissellement» escomptés. La France est rapidement devenue championne du versement de dividendes, avec des montants payés aux actionnaires en hausse de 43% entre 2017 (52,1 milliards de dollars) et 2024 (74,2 milliards de dollars), selon le gestionnaire d’actifs Janus Henderson.

Selon Oxfam, la fortune des milliardaires français·es a doublé depuis son arrivée au pouvoir. Les 53 milliardaires tricolores sont désormais plus riches que plus de 32 millions de Français·es réuni·es, soit près de la moitié de la population. À l’inverse, selon l’Insee, les inégalités sont aujourd’hui à leur niveau le plus élevé depuis qu’il a débuté les mesures il y a trente ans.

💸 L’explosion de la dette publique : un héritage toxique

Du côté des finances publiques, cette politique fiscale a conduit à une sévère baisse des recettes qui, conjuguée à la hausse des dépenses en temps de crise (Covid-19, guerre en Ukraine…), a provoqué une dangereuse explosion de la dette publique, passée de 98% du PIB en 2017 à 119% au deuxième trimestre 2026 (Insee). Un héritage toxique pour le prochain exécutif, car il empêche les investissements publics futurs.

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02.11.2026 à 12:06

Petites avancées et gros échecs : huit chiffres clés pour tout comprendre à la COP17 sur la biodiversité

Esteban Grépinet

Texte intégral (1747 mots)
La COP17 sur la biodiversité s’est clôturée samedi au petit matin à Erevan, capitale de l’Arménie. © Karen Minasyan/AFP

De grandes déclarations et de petites avancées. La 17ème conférence mondiale (COP17) sur la biodiversité d’Erevan (Arménie) s’est achevée samedi matin, à l’issue d’un marathon nocturne de négociations. Les textes adoptés appellent notamment à «accélérer» sur la mise en œuvre des cibles visant à enrayer l’extinction du vivant d’ici 2030.

Malgré des avancées sur des sujets sensibles – les subventions néfastes à la biodiversité, par exemple –, ces deux semaines de débats auront été marquées par de nombreux blocages, notamment sur la question des financements. Vous avez manqué des infos ? On vous résume les enseignements clés de ce grand raout sur la biodiversité en huit chiffres clés.

23

En 2022, les 196 pays signataires de la Convention sur la diversité biologique ont conclu l’ambitieux accord de Kunming-Montréal, qui définit 23 cibles à atteindre d’ici 2030 : stopper l’extinction d’origine humaine des espèces menacées, lutter contre les espèces exotiques envahissantes, augmenter les espaces «verts et bleus» en ville (parcs et jardins, cours d’eau…), assurer une participation équitable et inclusive dans les processus de décision…

Quatre ans plus tard, la COP17 d’Erevan avait pour principal objectif de faire un bilan de mi-parcours. La quasi-totalité des 23 cibles apparaît aujourd’hui impossible à atteindre : «À moins d’une accélération rapide de l’application collective, […] les objectifs et la mission du Cadre à l’horizon 2030 ne seront pas réalisés», affirme l’«examen mondial» conclu à Erevan.

«Nous parvenons à maintenir le dialogue, mais peinons à prendre collectivement les décisions qu’exige l’urgence environnementale», a regretté samedi la ministre de la transition écologique, Monique Barbut, pointant le manque d’ambition de l’accord final et les attaques contre la science menées par plusieurs délégations.

62 millions

C’est probablement la cible la plus emblématique de Kunming-Montréal : protéger 30% des terres et des mers dans le monde d’ici 2030. À quatre ans de l’échéance, nous n’y sommes pas encore. Les engagements actuels des États – s’ils sont pleinement respectés – devraient mener à la protection de 27% des terres et de 12% des mers en 2030.

Mais scientifiques, associations et même certaines délégations, comme l’Espagne ou le Panama, s’insurgent contre des protections «de papier». Selon un rapport conduit par plusieurs ONG internationales, 62 millions d’hectares d’aires protégées en régions tropicales sont chevauchés par des zones de recherche et d’exploitation d’hydrocarbures ; et 43 millions d’hectares par des concessions minières.

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Autre cible souvent associée : la restauration de 30% des écosystèmes endommagés ou détruits par les activités humaines (zones humides, haies, récifs coralliens…), toujours à horizon 2030. Un rapport des Nations unies, publié le 29 octobre, est venu apporter deux nouvelles en la matière. La bonne : la restauration de la nature est d’une «ampleur sans précédent», avec 252 millions d’hectares concernés en 2026. La moins bonne : on est encore loin des 30% à horizon 2030 ; pour atteindre cet objectif, les États vont devoir tripler leurs efforts et multiplier par quatre les financements.

80 milliards

On passe maintenant à l’autre gros morceau de cette COP17 : le financement de toutes ces actions pour la biodiversité. Les comptes ne sont pas bons : sur les 200 milliards de dollars (soit 179 milliards d’euros) par an promis pour 2030 – qui mêlent dépenses des États, des organisations internationales, du secteur privé… –, nous n’en sommes pour l’instant qu’à environ 80 milliards de dollars (72 milliards d’euros), d’après une évaluation de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

Sur ce total, 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) doivent être versés par les pays développés pour aider les pays qui ont le moins de moyens. Ces derniers veulent un fonds plus garni mais aussi plus accessible, quand les premiers s’opposent fermement à toute nouvelle structure – pour ne pas «augmenter une architecture mondiale déjà fracturée», selon la France. Le dossier, qui avait déjà bloqué les négociations lors de la COP16, a de nouveau crispé : les États se sont contentés d’adopter une série de critères pour évaluer l’efficacité du fonds actuel, renvoyant à plus tard une décision de fond(s).

25

À ce jour, seuls 25 pays dans le monde (le Canada, l’Australie, le Japon, beaucoup de pays européens, dont la France…) ont l’obligation d’aider les pays en voie de développement en matière de biodiversité. L’élargissement de cette liste – qui date de 2006 ! – a suscité de vifs débats. Des pays émergents comme le Brésil, la Chine ou, surtout, l’Arabie saoudite y sont peu enclins. Les discussions d’Erevan ont accouché d’un tout petit compromis : les pays non-contributeurs pourront «faire savoir au secrétariat si elles souhaitent figurer sur la liste» ; sans aucune obligation, donc.

10 588

C’est une autre facette méconnue de l’économie du vivant : depuis des décennies, des entreprises – souvent occidentales – exploitent massivement des ressources génétiques (des séquences d’ADN, pour fabriquer des médicaments, des cosmétiques…) dans les pays en voie de développement ; on parle de «biopiraterie». En 2024, la COP16 a permis la création du fonds «Cali», par lequel les firmes peuvent verser volontairement une partie de leurs bénéfices afin d’assurer un partage juste et équitable de ces données, notamment à la faveur des populations autochtones.

Problème : depuis sa création, ce fonds n’a été abondé que par cinq entreprises, à hauteur de 10 588 dollars (9 479 euros)… sur les plus d’un milliard de dollars par an espérés à l’origine ! Au cours du sommet d’Erevan, trois petites entreprises anglaises et belge ont mis la main à la poche, mais sans enclencher de réelle dynamique.

Les délégations présentes ont en revanche trouvé un compromis pour rendre le fonds Cali plus attractif : des certificats seront délivrés aux entreprises qui y consacrent 1% de leur chiffre d’affaires, ou 0,1% de leurs bénéfices. Mais son avenir reste incertain, d’autant que, comme le raconte le média Contexte, le géant de l’agrochimie Bayer lance un fonds alternatif.

-16%

Parmi les nouveautés à retenir côté français, le ministère de la transition écologique a profité de cette COP17 pour présenter un plan de réduction de 16% de ses subventions néfastes à la biodiversité d’ici 2030, estimées à 11,2 milliards d’euros en 2025. L’objectif est simple : réduire le soutien de l’État aux activités qui détruisent l’environnement, par exemple la construction de nouvelles infrastructures (bâtiments neufs, routes…).

À l’échelle mondiale, l’accord de Kunming-Montréal prévoit de réduire ces «incitations préjudiciables à la biodiversité» de 500 milliards de dollars (soit environ 450 milliards d’euros) par an d’ici 2030, mais cet objectif est loin d’être atteint. Après d’intenses tractations et malgré l’opposition de pays comme la Russie ou l’Argentine, un paragraphe appelant à «accélérer la réalisation» de cette cible a finalement été retenu dans l’«examen mondial».

18

Et oui, après la COP17 vient la… COP18. Jusque-là rien d’étonnant. Elle aura lieu en 2028 – les sommets sur la biodiversité se déroulant tous les deux ans, contrairement à leurs cousins du climat qui sont annuels. Et l’hôte sera l’Équateur, préféré de justesse au Panama. Pays contributeurs, nouveau fonds pour la biodiversité… La communauté internationale devra cette fois prendre à bras le corps l’enjeu des financements, trop longtemps remis à plus tard. Rendez-vous à Quito !

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