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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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01.10.2026 à 10:56

«La parole des scientifiques est bafouée» : le Conseil européen s’accorde sur le prolongement des autorisations de nombreux pesticides

Zoé Moreau

Texte intégral (1207 mots)
Plus de 500 scientifiques et médecins demandaient la suspension des négociations sur l’Omnibus X. © Mary-Lou Mauricio/Vert

Voilà plusieurs mois que des scientifiques alertent sur les risques liés au paquet législatif «Omnibus X» sur les pesticides. Cette réforme prévoit notamment d’allonger la durée d’autorisation de nombreuses substances actives utilisées dans les pesticides, sans nouvelle évaluation de leur dangerosité. Elle a été présentée il y a près d’un an par la Commission européenne comme un moyen de «réduire les charges réglementaires inutiles» pesant sur les agences européennes.

La semaine dernière encore, 573 scientifiques et médecins demandaient la suspension des négociations, jusqu’à la réalisation d’une évaluation indépendante de ses conséquences sanitaires et environnementales.

Mais cette mise en garde n’a pas infléchi le cap des États européens. Réuni·es mercredi, leurs représentant·es au Conseil se sont accordé·es, après des mois de tergiversations, sur une version définitive du texte à défendre dans les débats à venir. Un vote qui donne un véritable coup d’accélérateur à l’Omnibus X, alors que les négociations patinaient depuis des mois et que plusieurs pays, dont la France, affichaient jusqu’ici une opposition au projet.

«Ce vote envoie un signal extrêmement préoccupant»

Vert a examiné en détail ce nouvel accord entre États : malgré quelques garde-fous supplémentaires par rapport à la proposition initiale de novembre 2025, il conserve les principaux bouleversements voulus par la Commission.

C’est un «compromis honteux», «la parole des scientifiques est bafouée», a réagi l’ONG Générations futures. «Ce vote envoie un signal extrêmement préoccupant quant à l’engagement de l’Union européenne en faveur de politiques publiques fondées sur les données scientifiques», a commenté Salomé Roynel, du réseau d’action contre les pesticides PAN Europe.

Dans le détail, le compromis soutenu par les États membres rompt avec la logique de réévaluation systématique de la toxicité des substances qui prévaut dans l’Union européenne. Il prévoit, à la place, des autorisations sans limite de durée pour les molécules considérées comme «à faible risque». Il est légèrement plus protecteur que la version initiale du texte, qui ambitionnait d’autoriser sans limite de temps la quasi-totalité des pesticides (hormis les plus dangereux).

Du glyphosate et de l’acétamipride à gogo

Les substances à risque «normal à élevé» resteraient soumises à un réexamen périodique, mais la durée d’approbation passerait à quinze ans à la première autorisation (contre dix actuellement) et à vingt-cinq ans lors des renouvellements (contre quinze aujourd’hui). L’argument avancé est avant tout administratif : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) est submergée par le volume de dossiers à traiter, ce qui entraîne engorgements et retards.

Ce n’est pas tout. L’Omnibus X prévoit un mécanisme d’extension automatique des approbations déjà en vigueur. Une cinquantaine de substances actives – parmi lesquelles l’acétamipride ou encore le captane – verraient leur autorisation prolongée. L’acétamipride ne serait ainsi pas réexaminé avant 2043, tandis que le captane pourrait rester sur le marché jusqu’en 2049, sans aucune réévaluation de sa dangerosité.

Avec cette mesure, «il y a un risque que les avancées de la science relatives à la toxicité des pesticides soient ignorées pendant de longues années», déplore auprès de Vert Andy Battentier, de Générations futures.

Ce risque est loin d’être théorique. Ces dernières années, de nombreux pesticides dangereux ont été interdits précisément à l’issue de ces réexamens. Générations futures en a recensé 31 depuis 2011, dont l’insecticide neurotoxique chlorpyrifos ou le fongicide mancozèbe, reconnu toxique pour la reproduction et perturbateur endocrinien.

La «production» comme mot d’ordre

Un garde-fou a tout de même été ajouté au texte : en cas de doute sur la toxicité d’une substance (lié à la publication d’une nouvelle étude, par exemple), les États pourront demander à la Commission européenne des évaluations «ciblées». Toutefois, ils ne pourront plus interdire directement des produits que leurs agences sanitaires nationales auraient préféré bannir.

Le détricotage ne s’arrête pas là. Le compromis conserve l’allongement jusqu’à trois ans des «délais de grâce» accordés aux industriels pour écouler leurs stocks après une éventuelle interdiction de produits jugés dangereux, alors qu’ils sont aujourd’hui limités à un an et demi. Il sera également plus facile pour les agriculteur·ices de bénéficier de dérogations pour user de pesticides interdits dans les cas où la «production» serait menacée. 

«À l’heure où les données scientifiques suscitent des inquiétudes croissantes au sujet des pesticides, les États membres ne devraient pas soutenir l’ouverture de nouvelles voies permettant à des substances dangereuses de continuer d’être utilisées», déplore Salomé Roynel, de PAN Europe.

De son côté, Générations futures invite chacun·e à se mobiliser le weekend des 10 et 11 octobre dans plusieurs villes de France contre ce projet «politiquement indéfendable tant il va à l’encontre de la volonté générale». L’appel est soutenu par plus de 70 organisations, parmi lesquelles Cancer colère, France nature environnement, Greenpeace France ou encore Notre Affaire à tous.

Le compromis trouvé mercredi ne signifie pas que la réforme est adoptée. Mais elle fixe la ligne que défendra désormais le Conseil face au Parlement européen. Ce dernier doit encore arrêter sa propre position dans les prochaines semaines : les négociations reprendront le 5 octobre, selon le média Contexte. Les deux institutions devront ensuite négocier un texte commun avant une éventuelle adoption définitive.

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30.09.2026 à 17:11

Un «costard en kevlar» : l’affaire Bardella révèle le visage du fascisme et l’honneur du journalisme

Loup Espargilière

Texte intégral (628 mots)
Marine Le Pen s’en est pris aux journalistes de Mediapart, après les révélations sur Jordan Bardella. © Daniel Perron/Hans Lucas via AFP

Marine Le Pen, mardi 29 septembre, devant une assemblée de journalistes : «Il va falloir dire à Mediapart d’enfiler son costard en kevlar.» En France, en 2026, la présidente de l’une des principales forces politiques suggère aux journalistes d’un média indépendant de s’équiper d’un gilet pare-balles.

«Officine d’extrême gauche», «fanatiques», «barbouzerie», «islamo-gauchistes», «prémices d’une guerre totale»… Après que Mediapart a révélé de nombreux écrits antisémites attribués à Jordan Bardella (qui aurait pu prédire ?), mettant à mal des années de «dédiabolisation», le RN contre-attaque de la manière la plus vile qui soit. Et révèle de nouveau son vrai visage.

Cette offensive politique est appuyée par les médias du groupe Bolloré, qui créent des éléments de langage pour défendre leur poulain, et même pire : ils partent en chasse contre les «taupes» du RN qui parlent aux journalistes, comme le révèle Le Monde ce mercredi.

J’en sais quelque chose pour y avoir travaillé jadis : par son indépendance, son exigence et son intransigeance avec les valeurs de notre métier, par ses milliers d’enquêtes, ses révélations folles sur Cahuzac, Sarkozy, Fillon, Le Pen et tant d’autres… Mediapart fait honneur au journalisme. Et le journalisme, c’est un pilier de la démocratie qui est en danger.

«Le RN n’a jamais changé»

Contrairement à ce qu’ont affirmé beaucoup de titres de presse, Mediapart «n’accuse» personne de quoi que ce soit par ces révélations. Ni policier·es, ni juges, notre métier de journalistes consiste à découvrir, vérifier, révéler et porter dans le débat public des faits importants pour la démocratie.

Les Français·es ont besoin de savoir que le président du RN, qui pourrait devenir le prochain premier ministre en cas de victoire de Marine Le Pen : a baigné dans l’antisémitisme d’Alain Soral ; a été assistant de l’eurodéputé RN défenseur du négationnisme Jean-François Jalkh ; a frayé avec la figure néofasciste Frédéric Chatillon ; a pour bras droit actuel François Paradol, qui a fait partie des réseaux d’Alain Soral.

Si ces gens-là parviennent au pouvoir, les médias qui ne mettront pas un genou à terre seront leurs premières cibles. La Hongrie ou les États-Unis nous l’ont bien montré : une démocratie, ça ne tient pas bien longtemps quand la presse libre est mise au pas.

En bref, le RN n’a jamais changé. Il avait juste enfilé une cravate. Tout notre soutien à nos confrères et consœurs de Mediapart.

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30.09.2026 à 11:26

Des traces de matière fécale dans l’eau d’un collège de Bagnolet : «Elle sortait souvent trouble des robinets»

Rémi-Kenzo Pagès, Giovanni Simone

Texte intégral (1682 mots)
Plus d’une vingtaine de membres du personnel ont exercé leur droit de retrait, lundi, au collège Georges-Politzer de Bagnolet. © Giovanni Simone/Vert

«Madame, c’est vrai qu’il y a du caca dans l’eau ?» La question fuse, directe et sans filtre. Face au collège Georges-Politzer, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), un petit attroupement se forme autour de bouteilles remplies d’un liquide jaunâtre. Les professeur·es sont en effervescence, brandissent des pancartes et des autocollants, s’attroupent autour d’une banderole, prêt·es à partir pour la manifestation organisée dans le cadre de la grève nationale de la fonction publique, ce mardi.

Dans un contexte déjà tendu, l’eau du collège a été déclarée non conforme, samedi. Une décision du département prise dans la foulée en interdit la consommation. Des taux anormalement élevés d’entérocoques et de bactéries coliformes (présentes dans les matières fécales) ont été mesurés dans l’eau froide du collège, en plusieurs points de prélèvement. Le rapport d’analyse, consulté par Vert, conseille «de réaliser une désinfection générale de l’installation avec contre-analyse sur l’ensemble des points».

Le personnel du collège, prêt à partir en manifestation à l’occasion de la grève nationale de la fonction publique, mardi. © Giovanni Simone/Vert

Une vingtaine de membres du personnel de l’établissement ont exercé leur droit de retrait, lundi, puis une trentaine le lendemain. Dans le registre des dangers graves et imminents (RGDI), elles et ils ont dit leurs inquiétudes concernant leur santé et celle des élèves. 

Plusieurs mois d’attente pour avoir les résultats

L’affaire date de bien plus longtemps. Dès le 10 février, au sein du comité d’hygiène et de sécurité, puis le 18 mai, en conseil d’administration, le personnel avait fait remonter des questions sur la qualité de l’eau. «Elle sortait souvent trouble des robinets, notamment au retour des vacances ou après des périodes de fermeture, indique Amélie Pialla, professeure documentaliste. La direction a sollicité le département, et on a eu des analyses en juin.» Tout coulait de source, jusqu’aux résultats des analyses, réalisées le 4 juin dernier par le laboratoire Aquatycia et communiqués au personnel samedi dernier seulement.

«Le département nous a indiqué n’avoir eu connaissance des analyses que le 4 septembre, mais on se demande pourquoi ils ont attendu trois semaines pour nous en faire part», continue Amélie Pialla. Un couac qui interroge jusqu’à la mairie de Bagnolet. «Il y a eu un problème de suivi, puisque le département ne les a reçus que le 6 septembre ; mais, entre le 6 et le 26, il y avait le temps de communiquer», regrette Édouard Denouel, le maire de la commune (soutenu par Les Écologistes et La France insoumise aux dernières municipales). Lui-même dit avoir été informé par une communication destinée aux parents d’élèves.

Les enseignant·es ont pris soin de prélever des échantillons de l’eau en différents endroits du collège. ©Giovanni Simone/Vert

De son côté, la préfecture de la Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture de l’établissement ce mercredi, pour décontaminer l’eau. «Ils vont mettre du chlore dans les tuyaux et il ne faut absolument pas que les élèves en boivent, pointe Clémence Jaubert, professeure d’espagnol. La cantine restera fermée potentiellement jusqu’au mardi 6 octobre s’il faut refaire une décontamination.»

Le personnel affirme être dans l’incapacité de garantir que les élèves ne boiront pas l’eau chlorée dans l’ensemble de l’établissement. La situation fait des remous parmi les jeunes. «Certains collégiens n’ont pas pu manger du tout parce qu’ils habitent loin, dénonce Joakim, élève de quatrième. Il y a toujours des problèmes d’eau à la cantine.» «Lundi dernier, ils ont mis des sacs-poubelles sur la machine à eau à la cantine, c’était bizarre», précise Narvina, élève de sixième. 

Un département délaissé

«Dès que je suis arrivée, on m’a dit de ne pas boire l’eau», témoigne Lucie Morel, professeure de français. «C’était déjà le cas quand je suis arrivée», confirme Clémence Jaubert, en poste au collège depuis huit ans. Une parent d’élève, ancienne collégienne de l’établissement, abonde : «Il y a toujours eu des problèmes d’hygiène.»

Samuel Mauve, délegué syndical CGT et CPE du collège Politzer, et Jérémy Vallat, élu syndical SUD éducation au collège. © Giovanni Simone/Vert

Pour les syndicats d’enseignant·es, la situation reflète un délaissement plus général de l’Éducation nationale dans le département. La campagne du Plan d’urgence 93, menée par une intersyndicale réunissant CGT, SUD éducation, CNT et FSU, met en avant depuis 2024 les besoins urgents du département. Les élèves de Seine-Saint-Denis reçoivent 30% de moyens en moins par rapport à la moyenne française, selon une note de la préfecture en 2023.

Un constat qui se répercute à tous les étages, du manque de personnel à la qualité du bâti. «Nous avons demandé des audiences à l’administration pour discuter de ce plan d’urgence, pointe Samuel Mauve, délégué syndical de la CGT Educ’action 93 et conseiller principal d’éducation (CPE) du collège Georges-Politzer. La première fois, on nous a répondu qu’ils ne savaient pas de quoi on parlait ; la deuxième, qu’ils ne pourraient rien faire.»

Amel Meddah, mère d’un élève : «Je trouve qu’on ne donne pas le bon exemple aux enfants avec ce manque de transparence.» © Giovanni Simone/Vert

Un sentiment d’abandon partagé par les habitant·es du département le plus pauvre de France hexagonale. Amel Meddah tient un kiosque de sandwichs et frites devant le collège. Mère d’un élève, elle s’inquiète pour sa santé : «Je trouve cela désolant qu’il y ait ce flou sur des résultats qu’il fallait communiquer. Ce n’est pas aux professeurs de les réclamer alors qu’ils sont là pour enseigner. On se demande si on est mis de côté parce qu’on est en Seine-Saint-Denis.»

Une enquête interne ouverte

Le sujet est sensible. Contactées, les autorités se renvoient la responsabilité ou se murent dans le silence. La direction des services départementaux de l’éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis précise que «les mesures de précaution sont maintenues jusqu’à l’obtention d’un rapport attestant de la conformité de l’eau». Pour le reste, elle renvoie vers le Département, propriétaire des bâtiments et l’instance compétente pour la désinfection des installations.

Le Département annonce l’ouverture d’une enquête interne : «Une révision complète du réseau d’eau de l’établissement sera engagée pour identifier l’origine du problème et éviter qu’il ne se reproduise. De nouvelles analyses seront réalisées à l’issue des travaux. Les restrictions ne seront levées que si l’ensemble des échantillons prélevés est déclaré conforme.»

Aucun problème sur le réseau de la régie publique de l’eau

Si les eaux du collège sont contaminées, qu’en est-il du quartier ? «Les riverains sont en droit de se poser des questions, confie le maire Édouard Denouel. La situation est sérieuse et problématique mais, à ce stade, à partir des éléments que j’ai, il n’y a que le collège qui est concerné.» Selon la municipalité, il n’y a aucun problème détecté sur le réseau de la régie publique de l’eau, ce que confirment les analyses publiques du réseau d’eau potable consultées par Vert. Une réunion publique d’information aura lieu jeudi. Histoire de ne plus nager en eaux troubles.

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30.09.2026 à 10:39

La dessinatrice Laura Pozzi nous emmène dans «La Dernière Forêt» primaire d’Europe, à la rencontre de sa gardienne Simona Kossak

Coline Vigot

Texte intégral (692 mots)
«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi. © Actes Sud BD

Au début des années 1970, Simona Kossak, jeune diplômée en biologie, arrive par dépit dans l’extrême nord-est de la Pologne. Désireuse de travailler dans la recherche mais confrontée à la misogynie du monde académique, elle n’a obtenu qu’un poste d’assistante technique dans un institut scientifique. Elle se fait alors une promesse : elle n’y restera que trois ans, le temps d’acquérir de l’expérience afin de retourner dans sa région natale. Ainsi s’ouvre le roman graphique de la dessinatrice Laura Pozzi, La Dernière Forêt, publié ce mercredi aux éditions Actes Sud.

Mais c’est surtout l’histoire de la forêt primaire de Białowieża et de son écosystème que nous raconte l’autrice. Des planches très colorées, au crayon et à l’aquarelle, alternent avec des dessins en noir et blanc. Ces derniers ont été réalisés avec une encre élaborée à partir de l’écorce d’arbres consumés lors de l’incendie qui a ravagé les Landes en 2022. Un choix graphique qui donne corps à la menace qui pèse sur la forêt : celle de sa disparition.

Une vie au coeur de la forêt

Grâce à une amie, Simona découvre un ancien refuge situé au cœur du massif forestier, baptisé Dziedzinka. Isolé, non raccordé à l’électricité ni à l’eau courante, la chercheuse y passera pourtant le reste de sa vie.

Au fil des années, elle développe une relation singulière avec les animaux qui l’entourent. Elle recueille un marcassin qui vivra dix-neuf ans à ses côtés, est adoptée comme l’une des leurs par un troupeau de chevreuils et accueille chez elle oiseaux, loirs et serpents, quitte à modifier son quotidien pour s’adapter à leurs besoins.

À travers ses recherches en zoopsychologie, elle renouvelle profondément notre approche des mammifères : elle a notamment prouvé que ceux-ci peuvent avoir des émotions, qu’ils peuvent agir autrement que par instinct ou nécessité, dans le seul but d’éprouver de la joie. Elle mènera également un travail militant, avec des campagnes contre la chasse, la mise au point d’un système destiné à prévenir les animaux de l’arrivée d’un train, et l’écriture de plusieurs romans pour sensibiliser le grand public.

Un écosystème sous pression

À cheval entre la Pologne et la Biélorussie, la forêt de Białowieża constitue l’un des derniers vestiges de forêt primaire du continent européen. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, elle abrite notamment les derniers bisons européens, mais aussi des arbres centenaires et une biodiversité exceptionnelle.

Cette richesse n’a pourtant pas empêché l’exploitation forestière de s’y développer, soutenue par les gouvernements successifs. Au fil des décennies, des milliers d’arbres ont été abattus, perturbant en profondeur l’écosystème.

Dans La Dernière Forêt, Laura Pozzi fait ainsi dialoguer deux histoires : celle d’une femme qui a choisi de consacrer sa vie au vivant et celle d’un écosystème dont la survie demeure fragile. À travers le parcours de Simona Kossak, la dessinatrice rappelle surtout qu’une forêt primaire n’est pas seulement un ensemble d’arbres à préserver, mais un monde complexe, peuplé d’êtres interdépendants. Et que, lorsque ce monde disparaît, c’est tout un pan de l’histoire qui meurt avec lui.

«La Dernière Forêt», de Laura Pozzi, Actes Sud BD, septembre 2026, 230 pages, 32,90 €.

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