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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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10.06.2026 à 06:00

Entrepreneur, élu et pro-mégabassines : à deux pas de Sainte-Soline, ce baron de l’eau s’enrichit en asséchant des zones humides

Floriane Louison

Texte intégral (2986 mots)
Jean-Louis Ledeux est un acteur influent de la gestion de l’eau dans la Vienne. © Vert

L’élu divers droite (DVD) dirige aussi deux entreprises privées : Sire drainage, spécialisée dans le drainage de terres agricoles, et Eris environnement, qui accompagne des projets agricoles, notamment d’irrigation ou de «mégabassines».

Vert révèle que sa société Sire drainage est visée par une enquête du parquet de La Rochelle pour de possibles délits environnementaux liés à des drainages irréguliers. Plusieurs associations ont porté plainte.

En tant qu’élu du département de la Vienne, il a soutenu un projet contesté de 41 «mégabassines» dans un territoire fragilisé par les sécheresses et le manque d’eau.

Associations locales, élu·es d’opposition, défenseur·es de l’environnement alertent depuis des années sur des risques de conflits d’intérêts liés au cumul de ses fonctions publiques et privées.

Ce matin d’hiver 2024, la terre fume encore sous le gel. Dans le champ labouré, une pelleteuse éventre le sol. À côté des tranchées, des centaines de mètres de tuyaux attendent d’être enfouis. En se promenant le long de ce champ de Bonneuil-Matours (Vienne), Robin* pressent que quelque chose cloche.

Membre d’une petite association d’habitant·es installé·es sur cette terre agricole de l’ouest de la France, il redoute un désastre écologique. Lors de ses recherches, il découvre que ce champ est classé comme zone humide. L’eau y circule lentement depuis des décennies. Sous ses yeux, six hectares sont asséchés – «drainés», dans le jargon agricole.

Sur le chantier, un détail attire l’attention de Robin, un logo jaune inscrit sur un camion : «Sire drainage». Il prévient les militant·es de l’association Vienne nature environnement. Le nom de cette entreprise les fait immédiatement réagir. Son dirigeant, Jean-Louis Ledeux, n’est pas un simple patron de PME. Vice-président du conseil départemental de la Vienne en charge de l’agriculture, c’est un acteur influent de la gestion de l’eau sur le territoire, où il a défendu le projet de construction de 41 «mégabassines». L’association décide de porter plainte.

Ce chantier aurait pu passer inaperçu : il est désormais au cœur d’une affaire environnementale d’ampleur qui éclabousse ce baron local de l’eau.

Une enquête ouverte pour «des pratiques d’ampleur»

La technique du drainage consiste à installer des tuyaux enterrés – des drains – qui évacuent artificiellement l’eau présente dans le sol. Devenue l’un des piliers de l’agriculture intensive, elle est notamment utilisée pour transformer des prairies humides en culture céréalière comme le maïs. Très impactante pour les milieux naturels, elle est strictement encadrée.

Mais ici, aucune trace d’enquête publique, d’autorisation préfectorale ou de plan de compensation écologique. Or, selon le code de l’environnement, drainer une zone humide de plus d’un hectare sans réaliser ces démarches constitue un délit puni d’un an de prison et 75 000 euros d’amende.

À la même époque, des observateur·ices de la Ligue pour la protection des oiseaux de la Vienne (LPO) tombent aussi sur un chantier de drainage mené par cette entreprise. Cette fois, c’est à Saulgé, un autre village du bassin du Clain, dans la Vienne. «Ils posaient des drains au milieu de roseaux», décrit Daniel Gilardot, membre du comité territorial de l’association. Suspectant la destruction d’une zone humide, la LPO porte plainte à son tour.

Cette même année 2024, à une trentaine de kilomètres de là, c’est l’OFB (Office français de la biodiversité – la «police de l’environnement») qui intervient. Lors d’un contrôle inopiné sur une exploitation agricole, les agent·es découvrent le drainage sans autorisation d’une zone humide et «la présence d’employés et d’engins de chantier de l’entreprise Sire drainage». Ce n’est pas la première fois que Sire drainage est citée pour ces faits par l’OFB.

Selon les informations de Vert, ces contrôles et ces plaintes ont conduit à l’ouverture d’une enquête judiciaire. Le pôle régional environnemental du parquet de La Rochelle travaille «sur des faits de drainages irréguliers suite à l’identification d’acteurs communs entre plusieurs procédures similaires laissant penser à des pratiques d’ampleur», indique à Vert la procureure Sophie Debas. Elle confirme être saisie de faits concernant notamment l’entreprise Sire drainage : «En janvier 2026, des investigations ont été réalisées sur les parcelles de 25 exploitations afin de confirmer le caractère humide des parcelles drainées. Des associations de protection de l’environnement mais aussi des collectivités se sont portées parties civiles et seront prochainement entendues.»

Jean-Louis Ledeux et son entreprise bénéficient de la présomption d’innocence. Vert a sollicité à plusieurs reprises ce dirigeant, directement ou par l’intermédiaire des structures dans lesquelles il siège. L’élu n’a pas répondu à nos questions sur ces drainages irréguliers. «Si les faits évoqués sont confirmés par l’enquête en cours, ils seraient particulièrement graves dans un territoire déjà durement touché par les sécheresses et les tensions croissantes autour du partage de l’eau», réagit Christine Graval, conseillère régionale (Les Écologistes) de la Vienne.

Un homme-clé de la «guerre de l’eau»

L’affaire intervient dans un contexte explosif. Les zones humides sont souvent décrites comme des éponges naturelles : elles ralentissent les crues et retiennent l’eau dans le sol. Dans ce territoire confronté à des sécheresses répétées sous l’effet du changement climatique, leur disparition inquiète. L’accès à l’eau attise les tensions dans le département et, au cœur de cette bataille, Jean-Louis Ledeux occupe une position centrale grâce à ses multiples casquettes.

Outre son entreprise qui assèche les zones humides, il dirige un cabinet d’études, Eris environnement, qui conseille les exploitations agricoles dans leurs démarches réglementaires. Sur son site, la société se félicite d’accompagner des projets de réserve d’irrigation, «autorisés et construits en un temps record». Elle propose même ses services pour aider les agriculteur·ices à obtenir les autorisations nécessaires à la construction de «mégabassines». Ces immenses réserves d’eau – remplies l’hiver par pompage dans les nappes ou les rivières afin d’irriguer en été – cristallisent la colère dans ce territoire marqué par la manifestation de Sainte-Soline en mars 2023, dans les Deux-Sèvres voisines.

En tant qu’élu départemental, Jean-Louis Ledeux a porté un projet de construction de 41 «mégabassines». Dans ses habits de politicien, il s’est ainsi déplacé devant des conseils communautaires et municipaux pour convaincre. Ces réserves sont «une réponse au changement climatique», argumente-t-il devant l’assemblée de la communauté de communes du Civraisien-en-Poitou, en octobre 2022.

L’année suivante, une étude scientifique officielle jette un froid. Après plusieurs années d’analyses, le rapport HMUC (hydrologie, milieux, usages, climat), chargé de quantifier la ressource en eau disponible dans le bassin du Clain, constate un problème critique. Il n’y a pas assez d’eau dans la nature pour faire fonctionner toutes ces bassines en projet. Jean-Louis Ledeux s’insurge dans la presse contre des résultats «biaisés». Pour l’heure, ces dizaines de bassines, autorisées par la préfecture, n’ont pas encore vu le jour.

Le «monsieur eau» du département

«Fervent promoteur des mégabassines», selon le collectif Bassines non merci, Jean-Louis Ledeux est le «monsieur eau» du département. Il siège dans plusieurs instances publiques chargées précisément de répartir et de protéger la ressource. Il est à la fois administrateur de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, qui finance les politiques de l’eau, mais aussi membre du Comité de bassin, le «parlement de l’eau». L’élu occupe également plusieurs sièges au sein de commissions locales de l’eau. En 2024, le conseil départemental lance un PTGE (projet de territoire pour la gestion de l’eau). Derrière cet acronyme, un outil central de planification pour la répartition de la ressource. Pour le piloter, la collectivité fait encore appel à lui.

En résumé, cet homme qui siège dans les instances chargées de protéger la ressource en eau dirige aussi une entreprise soupçonnée d’avoir participé à l’assèchement des éponges naturelles que sont les zones humides. Et ce n’est pas tout : il préside aussi un lobby agricole, l’Andhar. Sa spécialité : vanter le drainage et l’hydraulique agricole «responsable» auprès des décideur·ses.

Ces fonctions sont-elles toutes mentionnées dans sa déclaration à la HATVP (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) ? Vert a vérifié, et la réponse est non. Datée de 2021, cette déclaration obligatoire indique que ses activités cumulées lui rapportaient plus de 6 000 euros par mois. Jean-Louis Ledeux se déclare gérant de sociétés, mais Eris environnement, dont il est pourtant le gérant et le propriétaire, n’y figure pas. Ses mandats au sein des instances de l’eau ne sont pas non plus mentionnés.

Interrogé par Vert sur le contenu de sa déclaration et le cumul de ses fonctions, Jean-Louis Ledeux n’a pas répondu à nos questions. Le service presse du département, sollicité lui aussi, n’a pas non plus apporté de réponses. Contactée, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique nous a indiqué avoir contrôlé la déclaration de Jean-Louis Ledeux et «mis en évidence l’omission de sa fonction de gérant de la société Eris environnement. À la suite de ce contrôle, la HATVP lui a demandé de corriger cette omission afin d’assurer une information la plus précise possible aux citoyens, ce qu’il n’a pas fait à ce jour.» Ses fonctions au sein des instances de gouvernance de l’eau auraient également dû être mentionnées, selon la HATVP. «La HATVP a recommandé à M. Ledeux des mesures de prévention couvrant tous les risques identifiés», conclut-elle.

De multiples alertes ignorées

Au niveau local, certain·es dénoncent depuis longtemps un conflit d’intérêts potentiel. En 2023, la conseillère départementale (Les Écologistes), Chloé Girardot-Moitié, écrit à l’Agence de l’eau après la nomination de Jean-Louis Ledeux au sein de son conseil d’administration. «Ses activités privées de président d’Andhar sont en conflit d’intérêts avec les activités publiques d’intérêt général de l’Agence de l’eau», estime-t-elle dans ce courrier consulté par Vert. Peu de temps après, une association locale d’habitant·es, les Familles richelaises, fait un signalement au parquet de Poitiers pour «prise illégale d’intérêts et trafic d’influence», pointant des «activités privées pour le compte du secteur agricole incompatibles avec ses fonctions publiques». Contacté, le parquet de Poitiers n’a pas répondu à nos demandes concernant les suites données à ce signalement.

«Le cumul de toutes ces activités est a priori légal ; ce qu’il faut vérifier, c’est l’absence de conflit d’intérêts décision par décision. Or ce contrôle n’est pas automatiquement effectué, cela relève soit de l’initiative personnelle de l’élu soit d’un lanceur d’alerte qui signale la situation, cela revient souvent à chercher une aiguille dans une botte de foin», explique Farah Zaoui, consultante pour les collectivités en matière de prévention de la corruption. «Ce travail de fourmi, personne ne l’a jamais fait», déplore Michel Debiais, administrateur de Que Choisir ensemble (ex-UFC Que choisir) de la Vienne. Engagée sur les enjeux locaux de l’eau, l’association de consommateur·ices a tenté de se mobiliser : courriers au préfet, alertes à l’Agence de l’eau, demandes d’explication. «Mais, à chaque fois, on nous a répondu : “Circulez, il n’y a rien à voir”», raconte-t-il.

Pendant ce temps, les restrictions d’eau se multiplient dans le département et les projets de bassines sont toujours dans les tiroirs dans la Vienne. Le projet de loi d’urgence agricole adopté la semaine dernière en première lecture par l’Assemblée nationale vient d’ailleurs de donner plus de pouvoir aux préfet·es afin d’autoriser ces projets de stockage d’eau plus facilement. Avec ou sans eau pour les remplir.

Contacté une nouvelle fois par téléphone, Jean-Louis Ledeux a finalement décroché : «Je n’ai rien à vous dire, madame», a-t-il lancé à Vert avant de couper court à la conversation.

*Le prénom a été modifié.

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09.06.2026 à 18:13

«Cette équipe avance comme un rouleau compresseur» : à Carpentras, le maire RN met fin à la ferme municipale bio pour les cantines

Pierre Isnard-Dupuy

Texte intégral (1625 mots)
Les cultures de la ferme municipale de Carpentras, en 2025. © DR

«Je suis anéanti. C’était notre plus beau projet.» Olivier Ceyte, ancien élu divers gauche à l’agriculture de la mairie de Carpentras (Vaucluse), est amer. La ferme municipale qui alimentait depuis 2023 les cantines scolaires de cette commune de 30 000 habitant·es a été arrêtée, le 1er juin. Telle a été la décision du nouveau maire Rassemblement national (RN), Hervé de Lépinau, élu avec un peu plus de 50% des suffrages au second tour des municipales 2026.

La ferme était en gestion directe par une régie agricole, au sein de laquelle deux agents cultivaient des légumes bio sur deux hectares. «On fournissait 25% des légumes servis dans les 1 600 repas quotidiens des enfants, avec un objectif de 100% à terme grâce à une surface totale de 6,5 hectares», explique Olivier Ceyte. S’appuyant, entre autres, sur cette production, la restauration collective proposait 42% de produits bio, bien au-delà des 20% imposés par la loi Égalim de 2018.

«Le 20 mai, les agents ont été informés qu’il n’y aurait plus de régie agricole le 1er juin», ne décolère pas l’ex-élu. Hervé de Lépinau a décidé seul, sans aucun débat en conseil municipal ni consultation du personnel de la mairie, des communautés éducatives et des familles. Pour se justifier, il invoque des raisons budgétaires ; un argument sur lequel s’est aussi appuyé le conseil municipal, vendredi, pour voter la suppression de 300 000 euros de subventions à des associations culturelles et sociales, dont 3 000 euros retirés au Planning familial.

Au sujet de la régie agricole, le cabinet du maire explique à Vert que les finances de la Ville garantissent une «faible capacité d’auto-financement» et que le «niveau de dépenses obligatoires est élevé», en conséquence de quoi elle «ne pouvait pas se permettre de poursuivre cette activité». Et de préciser : «Les deux agents ont été repositionnés sur des missions essentielles de la collectivité, en manque de personnel.»

Dans sa réponse à La Provence, la nouvelle municipalité RN donne un indice sur sa priorité : «La situation financière de la ville fait qu’elle doit se recentrer sur les missions régaliennes.» Autrement dit, cap sur la sécurité – même si le terme «régalien» se rapporte plutôt aux politiques d’État : surveillance des frontières, armée, police nationale…

«Moins cher qu’un rond-point»

Les ancien·nes élu·es en charge de ce projet dénoncent une posture idéologique. «Le RN n’a de cesse de casser toutes nos réalisations. Cette équipe avance comme un rouleau compresseur, affirme Michel Blanchard, l’ancien élu (Les Écologistes) à la restauration collective. Elle fait comme si la restauration collective pouvait être un centre de profits, alors que c’est un centre de coûts. Elle prétend économiser quelques sous au détriment de la santé des enfants.»

«Ça nous a coûté 80 000 euros d’investissements. C’est moins cher qu’un rond-point. Notre chance, c’est que nous avions déjà le foncier, contrairement à la commune de Mouans-Sartoux [dans les Alpes-Maritimes, NDLR], que nous avons prise comme modèle», expose Olivier Ceyte, l’ex-élu à l’agriculture.

La ferme s’était établie au lieu-dit La Denoves, sur la commune voisine de Monteux. Carpentras avait bénéficié d’un legs de cette propriété en 1840, à quatre kilomètres de son centre-ville. «Déjà, c’était à Monteux», et donc pas sur le territoire communal, a argumenté la municipalité RN auprès de La Provence, pour justifier sa décision d’arrêter la ferme.

«Fermer, c’est jeter l’investissement par les fenêtres»

À la place, elle envisage «diverses options pour le devenir de ce foncier agricole», comme des «jardins familiaux» ou «une mise à disposition à un agriculteur auprès duquel la ville pourrait se fournir à l’avenir», comme elle l’écrit à Vert. Et de promettre que les légumes seront remplacés par «des produits agricoles de qualité similaire».

«Ça ne tient pas. Pour des jardins, ce sera aussi un éloignement pour les Carpentrassiens, générant des déplacements carbonés», juge Michel Blanchard. Par ailleurs, La Denoves continue d’abriter un centre aéré de la Ville de Carpentras. En outre, installer des agriculteur·ices fournissant la commune, c’est ce qui a déjà été fait avant la création de la régie publique. «Il fallait un marché pour chaque produit, c’était très compliqué ; et puis le délai de paiement aux agriculteurs était trop long, ce qui ne leur a pas donné envie de continuer», rembobine Olivier Ceyte.

«Fermer, c’est jeter l’investissement par les fenêtres. Avant de prendre une décision, il faut regarder ce qu’est le projet. La régie fonctionnait bien et coopérait dans le réseau national des fermes publiques», regrette Gilles Pérole, président de ce réseau d’une cinquantaine de fermes et adjoint à l’alimentation à Mouans-Sartoux (divers écologistes). «J’ai proposé à Carpentras d’échanger. D’autres statuts que la forme publique sont possibles : on a eu deux autres communes qui ont changé de majorité et qui ont voulu stopper leur ferme. Après échanges, elles ont changé d’avis, défend Gilles Pérole. Pour moi, c’est une politique qui dépasse les postures et les étiquettes. Dans les Alpes-Maritimes, des communes UDR [le parti d’Éric Ciotti, allié au RN, NDLR] ont leurs fermes et les défendent mordicus.»

La fin d’une politique pédagogique et sociale

Les ancien·nes élu·es tiennent à rappeler que leur projet était aussi pédagogique et social. «On faisait venir les enfants sur les terres pour faire des récoltes qu’ils allaient ensuite manger. Il y a des enfants qui ne savent pas ce qu’est une salade ou une tomate», expose l’ancien élu à l’agriculture. Les agents de la régie commençaient aussi à se rendre dans les écoles pour installer des potagers et planter des arbres fruitiers avec les élèves. «Cette politique permettait aussi d’offrir un repas de qualité à des enfants qui parfois n’en ont qu’un ou deux dans la journée, pas toujours très équilibrés», expose Michel Blanchard, l’ex-élu à la restauration collective. Les produits de la ferme devaient aussi bénéficier aux plus pauvres : «Cet été, je voulais faire des paniers qui auraient été donnés sur critères sociaux, avec le Centre communal d’action sociale», soupire Olivier Ceyte.

Côté parent·es d’élèves, presque aucune réaction : ni sur la place publique, ni sur les réseaux sociaux – hormis quelques commentaires d’indignation sous les posts Facebook d’Olivier Ceyte. Nous avons contacté une dizaine d’associations de parent·es d’élèves, sur autant d’écoles, sans qu’aucune ne souhaite s’exprimer. Les quelques parents avec qui nous avons échangé regrettent ce choix municipal. «J’ai appris cette fermeture brutale. Je trouve ça hyper dommage de mettre fin à cette tentative pour des produits locaux et de qualité», nous confie une mère d’élève d’une école du nord de la commune, qui a souhaité rester anonyme.

«C’était moins cher, c’était bio. C’est juste du clientélisme pour les agriculteurs fachos qui votent pour lui [Hervé de Lépineau, NDLR]. Les outils de démocratie participative, c’est fini aussi. C’est comme ça, quand on met le feu dans les urnes, ça brûle», réagit un père du sud de Carpentras, qui a lui aussi demandé l’anonymat. Pour Michel Blanchard, «la vision de l’agriculture de l’extrême droite n’est pas celle de l’avenir pour le bien-être et la santé». Élu député en 2022, Hervé de Lépinau n’a transmis des questions au gouvernement en matière d’agriculture que pour défendre l’usage de pesticides – interdit ou en passe de l’être – sur les emblématiques cultures de fraises et de cerises de la région.

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09.06.2026 à 11:53

Les 100 plus grandes entreprises européennes consacrent 30 fois plus d’argent à leurs actionnaires qu’à la transition écologique

Anne-Claire Poirier

Texte intégral (579 mots)
Des militant·es d’Oxfam lors de la marche Climat, justice, libertés, le 28 septembre 2025 à Paris © Mary-Lou Mauricio/Vert

Alors que les inégalités se creusent dans plusieurs pays d’Europe, dont la France, l’ONG Oxfam rappelle dans un rapport publié ce mardi que «les plus grandes entreprises européennes ne sont pas de simples spectatrices», au contraire. Après avoir passé à la loupe les écarts de rémunération, la manière dont les bénéfices sont redistribués ou encore les montants investis dans la transformation écologique des 100 plus grandes entreprises européennes, Oxfam estime qu’elles constituent aujourd’hui «des viviers d’inégalités».

Priorité aux actionnaires et aux PDG

Parmi les indicateurs clés, l’ONG relève qu’entre 2022 et 2024, ces multinationales ont versé, en moyenne, 70% de leurs bénéfices à leurs actionnaires. En 2024, ces sommes ont atteint 387,6 milliards d’euros, soit le double du budget de l’Union européenne pour 2026. Selon Oxfam, cela représente une augmentation des dividendes de 139% sur vingt ans, tandis que les salaires nominaux moyens ont augmenté de 69% sur la même période.

Dans le même temps, l’ONG constate que l’écart entre la rémunération des PDG et celle des salarié·es s’est aussi creusé entre 2022 et 2024. En 2024, un·e dirigeant·e de ces entreprises a empoché en moyenne 6 millions d’euros, soit 78 fois plus qu’un·e de ses salarié·es, avec un record à 22 millions d’euros pour l’ex-PDG de Stellantis, Carlos Tavares. À noter que des entreprises françaises telles qu’EDF, SNCF ou Crédit mutuel s’illustrent par des écarts de rémunération beaucoup plus faibles, inférieurs à 10 pour 1.

Priorité au CO2

En 2024, les 100 plus grandes entreprises européennes ont émis la bagatelle de 10 001 millions de tonnes de CO2 équivalent (CO2e), soit près de 20% des émissions mondiales totales. Et 58 d’entre elles ont vu leurs émissions directes et indirectes (correspondant aux scopes 1, 2 et 3) augmenter entre 2022 et 2024. Pourtant, les investissements alloués à leur transformation écologique restent dérisoires. À peine la moitié d’entre elles ont d’ailleurs consenti à publier des données à ce sujet.

Quand c’est le cas, les chiffres révèlent qu’elles ont versé en moyenne 32 fois plus à leurs actionnaires qu’elles n’ont investi dans la transition. Ce rapport atteint 838 fois plus chez le français Saint-Gobain, qui fabrique des matériaux de construction, et 108 fois plus chez le groupe de cosmétiques L’Oréal. À l’inverse, Oxfam souligne que les dépenses d’investissements «verts» d’EDF représentaient 23 fois les rendements versés aux actionnaires en 2024. Alexandre Poidatz, responsable des campagnes Climat et inégalités chez Oxfam, conclut : «Les inégalités ne sont donc pas inévitables : c’est un choix.»

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09.06.2026 à 11:31

Les températures remontent en fin de semaine : doit-on s’attendre à un nouvel épisode caniculaire ?

Mathilde Picard

Texte intégral (661 mots)
29 mai 2026, à Paris. La vague de chaleur qui a frappé l’Hexagone en mai n’a pas épargné la capitale. © Telmo Pinto/NurPhoto via AFP

Ces derniers jours, après un épisode caniculaire historique, une influence océanique a apporté des températures fraîches et un temps parfois pluvieux sur tout le territoire hexagonal. Alors que le mercure devrait rester bas jusqu’à jeudi, un anticyclone positionné au-dessus de l’Europe de l’Ouest inversera la tendance à partir de vendredi.

De hautes pressions atmosphériques feront grimper le thermomètre jusqu’à 30 degrés Celsius (°C) samedi dans le sud et l’ouest du territoire. «Ce sont des températures un peu au-dessus des normales de saison, mais loin de ce qu’on a connu lors de l’épisode de fin mai, tant en termes de valeurs absolues que d’anomalies saisonnières», précise à Vert Adrien Warnan, prévisionniste à Météo-France.

Prévision de Météo-France pour ce dimanche après-midi. Les températures avoisineront les 30°C. © Météo-France

Du 21 au 29 mai, l’épisode caniculaire qui a frappé la France avait atteint des pics à 35°C, voire 39°C localement. Cette chaleur était exceptionnelle par sa précocité, sa durée et son intensité : les valeurs étaient bien au-dessus des normales. Sans équivalent, donc, avec la météo annoncée pour ce week-end. Les températures devraient rester entre 3 et 5°C au-dessus des normes de saison, et il est encore difficile de savoir si cette anomalie perdurera dans le temps.

Des températures encore imprévisibles

«Le risque que l’on atteigne de nouveau les 35°C la semaine prochaine existe bien, explique Adrien Warnan. Mais les probabilités ne sont pas assez fortes pour que l’on puisse l’assurer.» Les prévisions météorologiques reposent sur des modèles établis par les expert·es de Météo-France. Le tout est de savoir si l’anticyclone maintiendra des températures importantes sur l’Hexagone, voire créera un dôme de chaleur (une sorte de couvercle), ou s’il se rabattra sur les régions du sud de l’Europe.

Le réchauffement climatique rend les vagues de chaleur plus probables et plus intenses. Mais, pour le moment, «les signaux qui indiqueraient le retour d’un épisode de chaleur s’allument puis se baissent plusieurs fois par jour», rapporte le spécialiste. «Quand nous avons trop d’oscillations, nous préférons rester prudents sur la prévision ; nous pouvons seulement annoncer le retour d’un temps estival», souligne-t-il.

Ce qui est certain, c’est que le sud et l’ouest de l’Hexagone seront les plus touchés. Comme souvent lors des hausses de températures, la vague de chaleur qui s’approche vient de la péninsule ibérique et a plus de risques de se maintenir sur la partie sud du territoire. Le nord, lui, devrait être relativement épargné.

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