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Engagés pour la nature et l'alimentation.

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29.04.2026 à 11:55

Le droit à l’alimentation levier de transformation sociale et écologique

Fabrice Savel

Texte intégral (1580 mots)

Le Collectif Nourrir rassemble aujourd’hui plus d’une cinquantaine d’organisations paysannes et citoyennes françaises engagées pour des politiques agricoles et alimentaires justes, démocratiques et écologiques. Il anime en France la campagne pour l’Initiative citoyenne européenne (ICE)« L’alimentation est un droit humain pour toutes et tous ! ». Entretien avec Charlotte Labauge, chargée de dossiers politiques pour le Collectif Nourrir.

Comment est née cette initiative citoyenne européenne sur le droit à l’alimentation ?

À l’occasion d’une conférence organisée à Genève en 2024 qui rassemblait des institutions comme l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est des organisations de la société civile travaillant sur les questions d’accessibilité durable d’une alimentation de qualité, est née l’idée de créer une entité européenne baptisée Good Food For All et de déposer une initiative citoyenne européenne (ICE) pour inscrire le droit à l’alimentation dans le cadre juridique de l’Union européenne.

L’ICE est un outil de démocratie participative créé par l’Union européenne pour permettre aux citoyens et aux citoyennes d’influencer l’agenda politique européen en proposant de nouvelles lois ou en modifiant des lois existantes. C’est une pétition à l’échelle européenne organisée sur une plateforme officielle en ligne. 

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le droit à l’alimentation est déjà reconnu à l’échelle internationale, notamment à travers plusieurs traités signés par les États européens. Pourtant, dans les faits, ce droit reste largement non respecté. De nombreuses personnes, y compris en Europe, n’ont pas accès à une alimentation suffisante, saine et durable. L’idée de cette initiative est donc de franchir une étape supplémentaire : faire reconnaître concrètement ce droit dans le cadre juridique de l’Union européenne, afin qu’il devienne un pilier des politiques publiques. Il ne s’agit pas seulement d’un principe, mais d’un levier d’action pour transformer en profondeur nos systèmes alimentaires.

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Aujourd’hui, pas moins de 330 organisations des pays membres de l’Union européenne participent à campagne, qui sont-elles ?

Ce qui fait la richesse de cette initiative, c’est précisément la diversité des acteurs engagés. On y retrouve des organisations paysannes, comme celles réunies au sein de la Via Campesina, qui représentent les agriculteurs et agricultrices qui défendent des modèles agricoles à taille humaine. Il y a aussi des organisations de la société civile, qui représentent les citoyens, les consommateurs et consommatrices, des associations engagées dans la lutte contre la précarité alimentaire, comme le Secours catholique ou Action contre la faim, CCFD – Terre solidaire.

On compte également des organisations de protection de l’environnement, qui travaillent sur les enjeux écologiques liés à l’agriculture, ainsi que des structures préoccupées par le bien-être animal.

Enfin, des organisations de solidarité internationale participent aussi à la campagne, en mettant en lumière les impacts de nos systèmes alimentaires sur les pays du Sud, notamment à travers les échanges commerciaux. Le nombre d’organisations aujourd’hui partenaires à l’échelle européenne témoigne de l’ampleur et de la transversalité du sujet.

Quels sont les objectifs de cette initiative citoyenne ?

L’objectif central est de faire reconnaître l’alimentation comme un droit humain fondamental au niveau européen. Mais derrière cette affirmation, il y a une vision beaucoup plus large.

Le droit à l’alimentation repose sur quatre grands piliers. D’abord, la disponibilité, c’est-à-dire le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre à une nourriture qualitativement et quantitativement adéquate pour tous les mangeurs et toutes les mangeuses. Cela implique donc de produire de la nourriture en quantité suffisante et de sécuriser les sources d’approvisionnement. Ensuite, il s’agit de garantir l’accessibilité à cette nourriture, à la fois économiquement et physiquement. Le troisième pilier est celui de l’adéquation, c’est-à-dire que cette alimentation soit saine, nutritive, mais aussi culturellement appropriée. Enfin, la durabilité, entendue dans ses dimensions écologiques, sociales et économiques, avec notamment la question de la juste rémunération des producteurs.

Au-delà de ces dimensions, cette initiative porte aussi une ambition démocratique forte : celle de la démocratie alimentaire. Il s’agit de redonner du pouvoir aux citoyens sur les choix qui structurent notre système alimentaire.

Vous évoquez la question de l’accessibilité. Elle ne se limite pas aux revenus…

L’accessibilité est souvent réduite à une question de pouvoir d’achat, mais elle est bien plus complexe. Elle est aussi géographique : selon l’endroit où l’on vit, en zone rurale ou dans certains quartiers urbains, l’accès à des produits de qualité peut être très limité.

Elle est également sociale et culturelle. Certaines personnes peuvent se sentir exclues de certains circuits alimentaires, ou ne pas avoir les ressources nécessaires pour y accéder.

C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité de transformer les environnements alimentaires. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter l’offre, mais de créer les conditions pour que chacun puisse réellement accéder à une alimentation choisie et de qualité.

Comment se déroule concrètement la campagne aujourd’hui ?

L’initiative citoyenne européenne repose sur un mécanisme précis : pour être examinée par la Commission européenne, elle doit recueillir un million de signatures dans au moins sept pays de l’Union d’ici fin décembre 2026.

La campagne a été lancée début janvier 2026. Pour l’instant, elle en est à ses débuts, avec environ 30 000 signatures au niveau européen, dont près de 20 000 en France. Les prochains mois vont être décisifs. L’enjeu est d’amplifier la mobilisation, de faire connaître cette initiative et d’encourager les citoyens à signer. Chaque signature est importante, car elle permet d’envoyer un signal fort aux décideurs publics.

Le contexte international marqué par les guerres, notamment au Moyen-Orient, aiguise les enjeux alimentaires… 

Ces crises ont des impacts très concrets sur nos systèmes alimentaires. Elles entraînent une hausse des prix de l’énergie, des intrants agricoles, du transport, ce qui se répercute sur les prix alimentaires. Mais en réalité, ces chocs ne sont pas nouveaux. Ils révèlent surtout les fragilités structurelles de nos systèmes agricoles, très dépendants des énergies fossiles et des marchés internationaux.

Pour nous, ces crises renforcent la nécessité de transformer en profondeur nos modèles. Il faut aller vers des systèmes plus résilients, plus autonomes, moins dépendants des fluctuations des marchés mondiaux.

Or, les réponses politiques actuelles restent souvent centrées sur des logiques productivistes à court terme, sans s’attaquer aux causes profondes de ces vulnérabilités. On le voit, le droit à l’alimentation est bien plus qu’un principe abstrait. C’est donc un véritable levier de transformation. En le plaçant au cœur des politiques publiques, on peut agir à la fois sur la production agricole, les conditions de travail, l’accès à l’alimentation et la préservation de l’environnement. C’est une approche globale qui permet de repenser en profondeur nos systèmes alimentaires pour les rendre plus justes, plus durables et plus démocratiques. Et c’est précisément ce que nous défendons à travers cette initiative.

SIGNER L’INITIATIVE CITOYENNE EUROPÉENNE POUR LE DROIT À L’ALIMENTATION

Entretien réalisé par Fabrice Savel

PDF
24.04.2026 à 10:47

Guerre au Moyen-Orient : vers une nouvelle crise alimentaire ?

Fabrice Savel

Texte intégral (644 mots)

Contribution du Réseau Action Climat, Ronan Groussier, responsable agriculture

Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences sur les prix de l’alimentation, doit-on s’attendre à une nouvelle crise alimentaire avec le conflit déclenché par Israël et les Etats-Unis au Moyen-Orient ? Cette guerre témoigne une fois de plus de la remise en cause du droit international, et s’accompagne de graves violations des droits humains.  Elle entraîne également un choc énergétique majeur, mais aussi alimentaire, l’envolée des prix des engrais azotés jouant le rôle de courroie de transmission. 


Un prix des engrais minéraux dépendant du gaz   

Le conflit provoque une réduction subite de l’offre d’engrais disponible sur le marché mondial et une hausse de leur coût de production. Du fait de l’abondance de leurs réserves en gaz, les pays du golfe sont d’importants producteurs et exportateurs d’engrais azotés. A ce titre, près d’un tiers du commerce mondial d’engrais azotés transite par le détroit d’Ormuz actuellement bloqué. Outre les exportations d’engrais, la situation actuelle restreint également fortement les exportations gazières de ces pays. Le Qatar a par exemple dû interrompre la production de gaz naturel liquéfié (GNL). Au total, environ 20% du GNL transite par le détroit d’Ormuz. Or, certains pays grands producteurs d’engrais azotés, comme l’Inde et l’Egypte, dépendent de ces flux de GNL et risquent dès lors de réduire leur production. Enfin, la réduction des exportations gazières provoque une flambée des cours mondiaux du gaz de plus de 65% trois semaines après le déclenchement du conflit. 

Étant donné la prééminence du gaz dans leurs coûts de production et le fonctionnement en flux tendu du marché des engrais azotés, cette réduction de l’offre et l’envolée du prix du gaz font grimper en flèche leur cours. La tonne d’urée est ainsi passé de 450 à près de 700 dollars en deux semaines (cf graph). Or, ce conflit arrive à un moment critique du point de vue du cycle agricole. : les cargaisons d’engrais doivent quitter le Golfe pour rejoindre les principales zones agricoles du monde pour les semis de printemps.

L’inflation alimentaire pourrait repartir si le conflit se poursuit

Pour les agriculteurs le coup est rude, doublement impactés par la hausse combinée du coût des engrais, pour fertiliser les cultures, et de l’énergie, renchérissant l’usage des machines agricoles. Cela pourrait inciter certains producteurs, notamment céréaliers déjà en difficulté depuis 2 ans, à revoir leurs plans (réduction de l’usage d’engrais, report vers des cultures moins gourmandes) avec une potentielle baisse des récoltes. La hausse directe des coûts de production et la potentielle baisse des récoltes, devraient à terme engendrer une hausse des prix, avec un risque de reprise de l’inflation des produits alimentaires. A cela risquent de s’ajouter une hausse des coûts de transformation des matières premières agricoles, avec des industries grandes consommatrices de gaz (par exemple pour le séchage des céréales), et des coûts du fret maritime avec une explosion des coûts d’assurance et l’allongement des routes parcourues.

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