Fabrice Savel
Par Patrick Le Hyaric. La canicule menace de revenir, dans le cadre d’une augmentation générale des températures détectée depuis des décennies par les chercheurs et les scientifiques. Aux périodes de canicule succèdent pluies torrentielles, chutes de grêle et inondations. Les cultures n’y résistent pas. Les bouleversements climatiques ne sont donc pas une légende pour la paysannerie qui les subit. Et ces moments de chaleur intense ne seront pas demain l’exception. Nous changeons donc de période pour notre Terre commune. Ce moment devrait être mis à profit pour repenser le développement agricole, reconsidérer le cycle qui s’achève de l’intensification du travail paysan et la concentration agraire sous domination des firmes industrielles et financières en amont et en aval de la production agricole. Au lieu de cela, les forces réactionnaires poussent encore plus fort le char qui mène droit dans le mur. Ainsi, la majorité réactionnaire du Sénat décide d’accentuer les orientations qui poussent vers la catastrophe générale et insécurisent encore plus les paysans-travailleurs. Elle le fait en bafouant les aspirations populaires, en bâillonnant la démocratie. La nouvelle loi dite « d’urgence agricole » ne traite en rien de la vie réelle des paysans, de la rémunération de leur travail. Elle place encore plus les paysans sous la coupe des firmes capitalistes à partir d’apparente techno-solutions. Qu’importe pour ces sénateurs que deux millions de personnes aient signé un texte contre la fameuse loi Duplomb ? Que le Conseil constitutionnel ait considéré qu’elle n’était pas conforme ? Ils ont réintroduit dans leur texte la possibilité d’utiliser l’acétamipride, destructeur de santé humaine et de celle des sols et de l’eau. Ce néonicotinoïde est classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé. Qu’à cela ne tienne ! Au lieu de mener la bataille au service de la santé dans toute l’Union européenne en alliance avec les paysans de ces pays, les scientifiques, les médecins, les associations de ces pays, le pouvoir, obéissant aux ordres des firmes de l’agrochimie, préfère expliquer qu’il faut se soumettre à ce qui se fait de plus mauvais ailleurs. Et ces firmes veulent faire disparaître toutes les structures de contrôle et d’évaluation. On apprend ainsi que le groupe de pression nommé « Phyteis », qui rassemble Bayer, BASF, Syngenta, fournit des notes et des amendements clés en main à des sénateurs, dont à l’un des vice-président de la commission des Affaires économiques, allié de M. Duplomb, pour obliger l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) à être plus souple dans ses appréciations sur la nocivité des pesticides et donc sur l’élargissement de leur autorisation. C’est cette même agence publique que M. Wauquiez voulait supprimer il y a quelques mois. C’est ce petit groupe – Phyteis – rassemblant les firmes agrochimiques qui mène le jeu avec la complicité de sénateurs de droite extrémisée et trumpisée qui ont obtenu, pour leurs intérêts de profit, la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone dans la loi contre la biodiversité et la santé. Ces deux pesticides sont destructeurs des insectes utiles à la pollinisation et la production. Le choix de les ré-autoriser est un crime contre la nature et est anti-économique. En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour notre nourriture dépendent pour une grande part des insectes pollinisateurs. Les détruire, c’est détruire l’avenir de la production agricole. Et on estime que la contribution de ces insectes à la production se situe aux alentours de 5 milliards d’euros, soit à peu près 12 % de la valeur de la production végétale destinée à l’alimentation. Cette politique droitière à courte vue va à l’encontre de l’intérêt général humain dans le seul but de permettre à quelques firmes d’engranger toujours plus de profit. Pendant ce temps, le paysan-travailleur trime, subit les effets des bouleversements climatiques, mais il est utilisé au service du responsable qui les provoque. Image by liu xiaozhong from Pixabay. Texte intégral (828 mots)
Fabrice Savel
Par Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste. « Le sport porte en lui le tout de la société ». C’est assez dire que le résistant à toutes les dérives, Edgar Morin, tapait juste. La grande déglingue universelle sera parvenue à défigurer les rêves de notre enfance. Ce football que nous attendions avec fièvre. Ces matches rares et désirables. Et cette réalité, dans la passion, qui ne menaçait pas encore de s’effacer dans un virtuel à la fois grotesque et pathétique. Comme s’il fallait une Coupe du monde pour pointer tous les quatre ans, un gigantisme, une violence, qui n’en finissent plus d’envahir nos vies. Avec ses 9 millions de tonnes de CO₂ produits par ce rendez-vous, c’est un gouffre écologique et durable que le Disney du foot devrait offrir à la planète. Il en faudra en effet des avions pour assumer les milliers de kilomètres séparant Canada, Mexique et États-Unis Mais quand Diego Maradona dénonçait avec courage les comportements mafieux de la FIFA – organisatrice de la Coupe du monde –, c’est désormais un Palace verrouillé de l’intérieur par le servile Gianni Infantino, patron de la FIFA, aux ordres de Trump. Avant même le début du tournoi, l’humanité d’un tel rendez-vous a montré ses premières limites et avec elles, la soumission des médias : Omar Artan, désigné meilleur arbitre africain, devait ainsi représenter fièrement la Somalie, son pays d’origine. C’est oublier que ce pays est « pourri » selon les propres termes utilisés par le nouveau Néron de la politique internationale, Donald Trump. Le passeport diplomatique de ce jeune arbitre venu de Somalie n’a pas suffi : retour immédiat au pays, et adieu la Coupe du monde. La FIFA n’a pas bronché. La liste des infamies jalonnant cette coupe du monde est déjà trop longue pour être fidèlement dressée. Je pense notamment à tous ceux – plusieurs dizaines de milliers -, Mexicains passionnés depuis toujours, et qui ne pourront approcher de leur sport favori, faute de moyens. À Mexico, les enseignants campent dans la rue, sous des tentes, et réclament des salaires décents. Mais la police est sur les dents. Au marché noir, qui fait tourner les têtes, les places se vendent désormais à hauteur de plusieurs milliers de dollars. Enfin, il y a, cette maladie, sourde, menaçante et dont l’ombre portée s’épanouira sans doute au cours de ce Mondial : l’effacement progressif de toute réalité humaine dans ce jeu destiné au plus grand nombre. Eduardo Galeano, immense poète uruguayen, amoureux du football, regrettait dans son magnifique Ombre et Lumière : « Notre football, hélas, appartient à la télévision. » C’est ainsi que plus de cinq milliards de téléspectateurs vont s’habituer progressivement à la victoire de l’image, ses publicités, au détriment du réel. Les pauses hydratantes ont commencé. L’escroquerie du spectacle offrira deux minutes supplémentaires de publicité. Les arbitres n’en finiront plus de mimer le geste du téléviseur afin de trouver une vérité qui n’existe pourtant que dans la vie des hommes. Le joueur remplacé aura l’obligation de courir afin de rejoindre son banc en moins de dix secondes. Les Jeux du cirque ont débuté. Et n’oublions jamais qu’ils sont déjà le laboratoire des Jeux autorisant le dopage. Alors nos rêves s’effaceront. Au grand profit d’une réalité défigurée. Non merci. Retrouvez la chronique de Pierre-Louis Basse dans La Terre Image by Gerd Altmann from Pixabay. Texte intégral (743 mots)
Fabrice Savel
La Confédération paysanne et le Modef appelle à sortir de l’industrialisation de l’agriculture. Dans une lettre ouverte, le Modef interpelle la ministre de l’agriculture sur la sécheresse et la canicule qui menacent une nouvelle fois les exploitations agricoles. Mais alerte le MODEF, l’urgence n’est pas seulement de compenser les conséquences de la crise, mais d’agir sur ses causes. Ainsi, le MODEF dénonce des politiques qui sacrifient progressivement notre capacité de production. Artificialisation des meilleures terres agricoles, multiplication des projets de méthanisation, développement de l’agrivoltaïsme sur des surfaces productives, disparition de terres agricoles au profit d’autres usages : autant de décisions qui réduisent notre potentiel nourricier et fragilisent notre souveraineté alimentaire. Pour la Confédération paysanne, « Cette canicule n’est ni un phénomène isolé ni un événement exceptionnel : elle constitue au contraire les prémices d’années qui seront encore plus chaudes. Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. » Et le syndicat s’insurge après la réunion de 30 minutes accordée par le ministère aux syndicats agricoles pour évoquer les conséquences de la canicule, qui ont « surtout mis en lumière l’irresponsabilité face aux difficultés que rencontrent les paysan·nes confronté·es aux multiples impacts des vagues de chaleur, ainsi que face aux inquiétudes légitimes concernant les années à venir. Le gouvernement, comme les représentants de la FNSEA*, de la Coordination rurale (CR) et de Chambres d’agriculture France, font preuve d’un décalage inquiétant avec la réalité. Aucun des acteurs réunis ne semble prendre la mesure de ce que signifie cet épisode caniculaire. » Pour la Confédération paysanne, « Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. La loi d’urgence portée par le gouvernement, la FNSEA* et la CR, qui a pour seule boussole la compétitivité, illustre l’obsolescence des réponses apportées aux paysan·nes. » Lire la déclaration de la Confédération paysanne « Les conséquences ne sont pas encore pleinement mesurables pour l’activité agricole, souligne la Confédération paysanne » mais les températures exceptionnellement élevées, accompagné·es d’une sécheresse de printemps dans certains territoires, provoquent des manques de fourrage, des prairies et des vignes brûlent, des cultures d’été sont compromises, même celles irriguées. La production laitière diminue drastiquement et dans certains bâtiments d’élevage, les températures peuvent devenir létales pour les animaux. Les risques d’incendies et de mégafeux, comme durant l’été 2025, sont également exacerbés. » « L’année 2026 est une année très difficile pour l’agriculture souligne également le Modef. En février, nous avons connu une période avec beaucoup de pluie, un gros coup de chaud à la fin mai et une canicule depuis sept jours. Les récoltes sont catastrophiques en fourrages et en céréales. Les premiers rendements en blé tendre sont autour de 40 quintaux par hectare contre 74,2 quintaux par hectare en 2025 et 60,9 quintaux par hectare en 2024. Les rendements d’orge d’hiver et de colza sont attendus à la baisse (…). Le déficit pluviométrique annoncé pour les semaines à venir va limiter le potentiel des repousses et les possibilités de fauche de regains. Image by Christelle PRIEUR from Pixabay Texte intégral (730 mots)
Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric. Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement. Depuis un demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique. Un demi-siècle où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de notre Terre commune augmente. Le réchauffement de l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète. Et des chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence d’agir. C’est de l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres froides de la communication. Loin des minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher l’irréversibilité du redoutable processus en cours. Un train à grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles, de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la guerre au Moyen-Orient, capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements relancent les forages afin de permettre à quelques multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes, d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise. Pour l’éviter, il n’y a pas d’autre voie pour les peuples que d’entendre les mises en garde et de construire des mobilisations pour un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs, en lien avec toutes et tous les scientifiques. Ceux qui nous proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable sont les obstacles à cette indispensable transition. Ils nous serinent leurs phrases pré-mâchées autour de « la dette » comme d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre notre humanité : la dette écologique. Il n’y aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union internationaliste de combat pour le vivant. Les mêmes qui nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des transitions au service des collectivités territoriales. La fameuse « gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de voir l’essentiel. Elle cache les raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées. Les corps souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de 85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un logement de qualité ou d’accès à la santé. Des chaleurs aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus en plus vulnérables. Et elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation. Les arbres récemment plantés dans les villes pour végétaliser rendent l’âme. Les lits des cours d’eau sont nus. La terre devient caillou. Les poulets suffoquent. Les vaches et les chèvres ne peuvent plus faire leur travail de fabrication du lait. Les abeilles tombent comme des mouches. Les chevaux ne trouvent plus l’ombre. Les enjeux climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de sécurité, de santé publique et de sécurité alimentaire. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargie à la sécurité sociale écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les « temps de cerveau disponible ». Déjà, en plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le « droit à la fraîcheur » comme droit inconditionnel du bien-être du vivant. Il s’agit à la fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs sur les conditions de travail. Au-delà, c’est leur pouvoir sur les productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités, empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec l’agroécologie. Le droit à la fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale est un urgent enjeu civilisationnel. 23 juin 2026. Texte intégral (1288 mots)
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