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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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10.05.2026 à 05:30

Labels, fibres naturelles… Comment éviter les produits chimiques et les PFAS dans les vêtements pour enfants ?

Rémy Calland

Texte intégral (1664 mots)

C’est quoi le problème ?

Entre l’imperméable de pluie, le pantalon rose fuchsia et la combinaison anti-UV pour la mer, la garde-robe des tout-petits est loin d’être sans danger. Comme pour les adultes, les industriels du textile recourent à de nombreuses substances chimiques à toutes les étapes de fabrication d’un vêtement. Dans un t-shirt, on peut retrouver des centaines de produits différents. Le problème, c’est qu’ils ne sont mentionnés nulle part. «À titre de comparaison, les cosmétiques répondent à une réglementation européenne précise qui oblige les fabricants à dévoiler la composition. Hélas, les textiles font partie des articles les moins réglementés», se désole Anne Lafourcade, chimiste en santé-environnement à la tête de l’agence Alicse, qui accompagne des structures de la petite enfance dans la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Les textiles répondent à la réglementation européenne Reach (enregistrement, évaluation, restriction et autorisation des substances chimiques), au même titre que tous les produits de grande consommation. Si elle encadre une partie des substances chimiques, la liste reste incomplète au regard du nombre de produits problématiques dont on connaît les effets néfastes sur la santé.

Illustration. Les enfants sont plus exposés aux polluants que l’on retrouve dans les vêtements. © Matthieu Delaty/AFP

Dans les vêtements, on peut retrouver des PFAS, ces «polluants éternels» efficaces pour résister à l’eau mais très nocifs pour la santé (risque de cancer, maladies thyroïdienne, cholestérol, baisse de la fertilité, modification du système hormonal…). Depuis le 1er janvier 2026, la mise sur le marché de textiles qui en contiennent est interdite en France mais, dans les rayons, il reste difficile de savoir si ces molécules toxiques ont réellement disparu car ces interdictions ne concernent pas les produits contenant seulement des traces de PFAS.

Parmi les autres substances problématiques, on peut citer les phtalates, souvent présents dans les imprimés. Treize sont déjà interdits ou restreints au niveau européen mais une quarantaine d’autres sont encore autorisés malgré leur classement comme toxique pour la reproduction et perturbateurs endocriniens par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Dans les vêtements synthétiques, on peut retrouver du formaldéhyde, un composé organique volatil (COV) qui permet aux tissus d’être infroissables et hydrofuges. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé le formaldéhyde comme cancérogène avéré dès 2004. Des métaux lourds (cadmium, mercure, chrome), des composés chlorés (pour blanchir le textile) ou des colorants se cachent aussi dans les tissus et peuvent être allergènes, cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Impact sur la santé des tout-petits : que disent les experts ?

En plus d’être néfastes pour l’environnement, ces substances ont un impact réel sur la santé des tout-petits, dont l’organisme est plus fragile. «La peau des bébés et des enfants est plus perméable, les polluants entrent plus facilement dans leur corps», prévient Anne Lafourcade. Si la concentration de chaque produit est faible, leur multiplicité et leur accumulation posent problème : c’est ce que l’on appelle l’effet cocktail. «Il y a un risque par voie cutanée, comme pour les adultes, mais aussi par voie alimentaire, car les enfants ont tendance à mâchouiller leurs vêtements», complète Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement France. «Les enfants ne vont pas mourir en portant un vêtement contenant des produits chimiques, c’est plutôt une menace fantôme qui agit sur le long terme», rappelle la chimiste Anne Lafourcade.

Une fois dans le corps, les polluants s’installent et forment l’exposome. Ce concept désigne le cumul des expositions environnementales auxquelles les individus sont soumis durant toute leur vie. L’exposome est propre à chacun et peut varier selon l’alimentation, le lieu d’habitation, les comportements ou l’environnement. Pour Anne Lafourcade, «il est urgent de baisser la charge chimique des enfants ! Les expositions précoces ont une incidence différente, les 1 000 premiers jours conditionnent la santé de toute une vie.»

L’ONG Women engage for a common future (WECF) rappelle qu’un «grand nombre de pathologies touchant les enfants ou trouvant leur origine dans l’enfance sont en augmentation depuis cinquante ans». Elle cite des maladies telles que le cancer, l’asthme, les troubles du système immunitaire, du développement, de la reproduction. «De nombreux produits chimiques qui s’accumulent dans nos organismes sont mis en cause dans ces pathologies», alerte l’organisation dans un rapport de 2013.

Deux labels pour habiller bébé

«Aujourd’hui, quand on achète un produit, il est impossible de savoir s’il contient des polluants éternels», regrette Anne Lafourcade. Alors, que faire ? Vert vous propose cinq solutions faciles et peu coûteuses.

Proscrire les plateformes de vente en ligne. Amazon, AliExpress, Shein ou Temu sont à éviter car elles ne font l’objet d’aucun contrôle spécifique, là où de grandes enseignes (comme Kiabi, Zara, H&M, etc.) peuvent être concernées par des procédures de vérifications de la conformité de leurs produits. C’est au cours d’un contrôle de ce type que des articles de la marque Kiabi dépassant le seuil de PFAS autorisé ont été rappelés en mars dernier.

Privilégier les labels. À défaut d’avoir une réglementation spécifique aux textiles, les labels restent la seule assurance qu’il n’y a pas de produits chimiques invisibles. «Sur le marché de l’habillement, il existe plusieurs certifications, toutes sont des initiatives privées qui définissent leur propre cahier des charges et leur niveau d’exigence», précise Alban Jillet, responsable de certification textile chez Ecocert, l’un des organismes français de certification.

Dans la mode enfant, on retrouve le plus souvent deux labels : GOTS (Global organic textile standard) et Oeko-Tex. Le premier garantit que plus de 70% des fibres utilisées sont naturelles et d’origine biologique. Le label Oeko-Tex standard 100 certifie que le produit et ses composants ne contiennent aucune des 100 substances les plus nocives. Des marques comme Bout’chou (Monoprix), Petit Bateau ou encore Tape à l’œil commercialisent des vêtements portant l’un de ces labels. Toutefois, toutes les collections vendues en magasin ne sont pas certifiées. Les client·es doivent donc être vigilant·es aux mentions sur les étiquettes.

Choisir des fibres naturelles, éviter les motifs ou les anti-UV…

Penser naturel plutôt que synthétique. «Comme dans l’alimentaire, plus la liste des ingrédients est courte, mieux c’est», résume Thomas Ebélé, coauteur du livre La face cachée des étiquettes (éditions Eyrolles, 2023). Préférez les fibres naturelles comme le coton, le lin, la laine ou le chanvre aux fibres synthétiques. «Il faut bannir le polyamide, le polyester, le nylon, mais aussi les fibres artificielles comme la viscose et le lyocell.» De son côté, Anne Lafoucarde conseille la simplicité. Du coton blanc pour éviter les coups de soleil vaut mieux qu’un t-shirt coloré anti-UV : «Dès qu’il y a écritanti”, il faut se méfier. Pour rendre un vêtement antibactérien, on utilise un biocide. Tous les traitements appliqués à un textile rajoutent un produit chimique à sa composition.»

Gare au flocage ! Même si le visage de la Reine des neiges imprimé sur un pull fait plaisir à votre enfant, mieux vaut ne pas céder. «Les impressions par sérigraphie ou les motifs plastifiés peuvent contenir du PVC, un matériau synthétique rendu souple par des phtalates qui sont eux-mêmes des perturbateurs endocriniens, indique l’ONG WECF, qui préconise de choisir des vêtements aux motifs brodés et de se méfier des couleurs trop vives. Les colorants synthétiques présents dans les textiles restent le premier élément allergène provoquant des réactions sur la peau.»

Deux lavages valent mieux qu’un. Cette recommandation peut paraître anecdotique, mais le passage à la machine est chaudement conseillé avant d’enfiler un nouveau pantalon à votre bambin. «À chaque cycle en machine, la charge toxique d’un vêtement est divisée au moins par deux», chiffre Thomas Ebélé. Portés et nettoyés plusieurs fois, les vêtements de seconde main sont une bonne alternative à bas coût. Bonne nouvelle, la saison des vide-greniers est ouverte !

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08.05.2026 à 13:07

«Une pollution généralisée» : la plus grande nappe phréatique d’Europe contaminée par un cocktail de micropolluants chimiques

Esteban Grépinet

Texte intégral (1698 mots)

«Il ne reste que quelques points de mesures exempts de traces de micropolluants, ils sont un peu comme le dernier petit village d’Astérix», avance, laconique, Baptiste Rey, coordinateur pour l’Observatoire de la nappe d’Alsace (Aprona) du projet transfrontalier Ermes-ii-Rhin 2022-2025. Cet inventaire scientifique porte sur l’analyse de la qualité de l’eau de la nappe phréatique rhénane. Plus grand réservoir d’eau souterraine en Europe, elle permet d’alimenter près de cinq millions d’habitant·es en eau potable, de Francfort-sur-le-Main (Allemagne) à Bâle (Suisse) en passant par l’Alsace.

Dans un auditorium du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), la fin de la matinée du jeudi 7 mai se déroule dans une atmosphère bien pesante. Baptiste Rey conclut la présentation du rapport de 550 pages publié le jour même par l’équipe scientifique du projet Ermes-ii-Rhin : «Nous sommes face à une pollution généralisée de la ressource en eau de la nappe phréatique Rhénane.» Ce ton alarmant reflète les résultats dévoilés : 96 % des 1 500 points de mesures analysés – répartis le long du Rhin entre le sud de l’Allemagne, le nord de la Suisse et l’est de la France – sont contaminés par au moins un micropolluant. 

La famille des micropolluants regroupe plus de 100 000 molécules différentes. Dans le rapport de synthèse du projet, ils sont définis comme des «substances qui provoquent des effets toxiques sur la santé humaine et les écosystèmes à des concentrations infimes, de l’ordre du millionième ou du milliardième de gramme par litre». Ses plus célèbres représentants : les pesticides et leurs métabolites (les substances issues de la dégradation de la molécule mère d’un pesticide), les PFAS (ou «polluants éternels»), les médicaments ou encore les solvants et additifs alimentaires.

Une partie de la cinquantaine de personnes ayant travaillé sur le projet Ermes-ii-Rhin depuis 2022. © Dorian Mao/Vert

Les résultats du projet Ermes-ii-Rhin «ne constituent pas un diagnostic de la qualité de l’eau distribuée au robinet (eau potable), mais des eaux brutes souterraines», rappellent les scientifiques dans l’avant-propos du rapport. Entre 2022 et 2025, ils et elles se sont penché·es sur l’identification de 144 micropolluants organiques dans la nappe phréatique. Au total, ce projet regroupe près de 450 000 résultats d’analyses.

Les pesticides, principale source de pollution de la nappe phréatique

Selon le rapport, les pesticides et leurs métabolites «engendrent une pollution diffuse et chronique sur l’ensemble de la nappe rhénane» et ont été identifiés sur 90% des points de mesures. Dans plus d’une mesure sur deux, la concentration de ces polluants dépasse même les valeurs de référence pour la potabilité de l’eau utilisées dans l’Union européenne. Selon une étude publiée en 2022 par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’Institut française de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et citée dans le rapport, «l’agriculture est identifiée comme une source majeure d’introduction des pesticides dans l’environnement.»

Il faut que les élus politiques européens prennent leurs responsabilités en mettant en place un vrai contrôle de l’industrie chimique.»

Président de l’Agence de préservation de l’environnement du land d’Hesse (HLNUG), en Allemagne, le professeur et docteur Thomas Schmid témoigne : «Cette charge polluante est un véritable problème, il va falloir mettre l’accent sur cette problématique et que le législateur européen prenne position pour agir concrètement.»

Thomas Schmid, président de l’agence de l’environnement du land de Hesse. © Dorian Mao/Vert

Un avis partagé par Daniel Reininger, membre du comité de bassin Rhin-Meuse pour France nature environnement (FNE) : «Il faut que les élus politiques européens prennent leurs responsabilités en mettant en place un vrai contrôle de l’industrie chimique. Notre modèle industriel hérité des trente glorieuses n’est plus soutenable depuis bien longtemps, il est urgent d’en développer un nouveau qui ne pèse pas autant sur les ressources naturelles et la santé des citoyens.»

S’il s’avère que la situation s’est stabilisée et même améliorée à certains endroits par rapport aux résultats du premier projet Ermes, paru en 2016, le représentant de FNE n’en démord pas : «Que l’on voie le verre à moitié plein ou à moitié vide par rapport à 2016 n’a pas beaucoup d’importance. Dans les deux cas, la nappe phréatique est dans un état critique, catastrophique. Nous continuons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis pour nous fournir en eau potable.»

Le TFA, le «PFAS ultime» omniprésent dans la nappe phréatique

À l’instar de nombreux résultats en France, la nappe phréatique du Rhin supérieur n’est pas épargnée par l’acide trifluoroacétique (TFA), considéré comme le «PFAS ultime» par les scientifiques dans leurs conclusions. Issu de la dégradation de nombreux pesticides et PFAS, le TFA est extrêmement mobile, omniprésent dans l’environnement et presque indestructible, selon les spécialistes du sujet«Sa présence est détectée sur 97% des points de mesures, indique le rapport. C’est la substance chimique la plus quantifiée de cet état des lieux.»

La concentration en TFA dépasse les 100 nanogramme par litre (ng/l) dans 41 % des points de mesures. Cette valeur sert de référence pour la potabilité de l’eau en France pour la somme des 20 PFAS les plus préoccupants à l’échelle européenne – liste que le TFA doit rejoindre au 1er janvier 2027, selon le média Contexte. En Alsace, le TFA est retrouvé sur la quasi intégralité des points de mesures, mais à des concentrations entre 50 et 100 ng/l. Dans certains lands allemands, ces valeurs peuvent dépasser les 10 000 ng/l avec un maximum retrouvée à 14 100 ng/l.

«Le TFA est le symbole le plus marquant de l’impact de nos sociétés industrielles sur les ressources naturelles.»

Le docteur Joachim Bley, vice-président de l’agence régionale de l’environnement du Bade-Wurtemberg, est formel : «Le TFA est le symbole le plus marquant de l’impact de nos sociétés industrielles sur les ressources naturelles. C’est sans aucun doute une problématique qui va rester pendant très longtemps à l’agenda de nos enjeux pour les générations futures concernant l’état de la ressource en eau.»

Pour les autres membres de la famille des PFAS, ils ont été retrouvés sur près de 70 % des points, traduisant «une contamination généralisée sur l’ensemble du territoire, avec des concentrations mesurées majoritairement inférieures aux seuils réglementaires», écrivent les scientifiques.

Les rejets des stations d’épurations renforcent la contamination de la nappe

La seconde moitié du rapport est axée sur un autre potentiel coupable de la dégradation de la nappe phréatique : les rejets des stations d’épuration urbaines (les «STEU»). Il en existe plus de 230 sur l’ensemble du territoire de la nappe rhénane. «Nous avons sélectionné six sites pilotes pour étudier les interactions entre les rivières, les milieux récepteurs des STEU et la nappe phréatique afin d’observer l’impact des rejets sur l’eau souterraine», résume Violette Hisquin, chercheuse pour l’Observatoire de la nappe d’Alsace.

Violette Hisquin, chercheuse à l’Aprona. © Dorian Mao/Vert

Afin d’analyser ces rejets, les scientifiques ont utilisé une «méthode analytique innovante» : l’analyse non ciblée. Elle leur a permis d’identifier «entre 61 et 194 molécules selon les sites et les types d’eau analysés», dont plusieurs substances qui n’auraient pas été identifiées avec une analyse classique.

«Une observation commune ressort des études de chaque site pilote : des micropolluants organiques issus des eaux usées traitées sont identifiés dans les eaux souterraines en aval des STEU ou présents à des concentrations plus élevées qu’en amont des points de rejets, concluent les scientifiques. Ce constat confirme le rôle des rejets de STEU comme source potentielle de contamination des nappes alluviales, voire de captages d’alimentation en eau potable situés à l’aval des rejets.»

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08.05.2026 à 08:23

112 mètres de long et 400 tonnes de poissons pêchées par jour : un nouveau «navire de l’enfer» mis à l’eau en mer du Nord

Esteban Grépinet

Texte intégral (1061 mots)

Sur la côte d’Opale, dans le nord de la France, un bateau de pêche artisanale remonte en moyenne 30 à 40 tonnes par an. Bientôt, ces petites embarcations pourraient voir arriver un nouveau mastodonte dans leurs eaux : l’Annie Hillina, capable de capturer 400 tonnes… en l’espace d’une journée. «Ils vont faire en un jour ce que nous débarquons sur dix ans», déplore Stéphane Pinto, ancien fileyeur et vice-président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France.

Inauguré le 8 mai aux Pays-Bas, l’Annie Hillina peut remonter 400 tonnes de poissons par jour. © DR

Ce gigantesque chalutier est inauguré ce vendredi à IJmuiden (Pays-Bas, à une quarantaine de kilomètres d’Amsterdam) par le groupe Parlevliet & van der Plas, l’un des cinq géants néerlandais qui dominent la pêche industrielle en Europe (notre article). Avec 111,5 mètres de long et 21 mètres de large, ce navire-usine fait frémir depuis plusieurs jours pêcheur·ses et organisations de protection de l’environnement.

«Fuite en avant technologique»

Prévu pour remonter 60 000 tonnes de poissons à l’année, l’Annie Hillina égale un autre géant des mers, jusque là connu comme le plus grand chalutier au monde : l’Annelies Ilena. En service depuis les années 2000, ce dernier est lui-aussi possédé par la société Parlevliet & van der Plas.

Le tout nouveau bateau de l’entreprise néerlandaise «incarne une fuite en avant technologique mise au service de la destruction de l’océan et de la pêche artisanale», dénonce l’association de défense de l’océan Bloom. Ce «navire de l’enfer», comme le surnomme l’ONG, «s’est déjà vu octroyer des autorisations de pêche pour toute une batterie d’espèces déjà surexploitées».

L’Annie Hillina doit pêcher des poissons fourrages, ces petites espèces en bas de la chaîne alimentaire marine : maquereau, sardine, hareng, chinchard, ou encore merlan bleu. Plusieurs de ces animaux sont pourtant surpêchés dans les eaux européennes (notre article). Les scientifiques appellent par exemple à diviser par quatre les prises de maquereaux dans l’Atlantique nord – une recommandation que n’a finalement pas suivi l’Union européenne, qui a acté en mars dernier une baisse de seulement 48% des captures.

«Il y a quelque chose qui m’échappe» dans la stratégie de Parlevliet & van der Plas, témoigne Laëtitia Bisiaux, responsable de la campagne pêche industrielle à Bloom. Je ne comprends pas comment ils peuvent investir 80 millions d’euros dans un système contraint par des quotas en baisse avec l’effondrement des poissons, et avec des prix du carburant qui explosent.»

La militante n’hésite pas à soupçonner le groupe de «fraudes», rappelant par exemple que l’un des chalutiers géants dont il a la gestion avait été condamné en 2012 à 595 000 euros d’amende en France pour avoir pêché illégalement plus d’un millier de tonnes de poissons.

Bientôt dans les eaux françaises ?

Bien que sous pavillon des Pays-Bas, l’Annie Hillina dispose de droits pour pêcher dans les eaux françaises, au large de la Normandie et des Hauts-de-France. «En novembre-décembre, ces chalutiers aspirent la zone et mettent à blanc toute la zone côtière, c’est un vraie concurrence déloyale pour les petits pêcheurs», dénonce Laëtitia Bisiaux. «Il y a une répercussion sur la ressource, mais aussi sur la cohabitation entre les métiers, complète Stéphane Pinto. Nous subissons aussi les interdictions de pêche dans les zones anglaises, et on réduit l’espace maritime tout en augmentant la pression sur la ressource avec des navires de plus en plus gros.»

L’annonce de la mise à l’eau de ce nouveau chalutier géant est accueillie froidement par le monde de la pêche française. «N’importe quel pêcheur ne veut plus de ces bateaux usines qui pêchent beaucoup trop, a par exemple réagi Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France, dans Ouest FranceLa pêche artisanale fait vivre beaucoup de monde à terre, ces chalutiers épuisent la mer.»

Le groupe néerlandais doit cependant respecter des quotas de pêche, fixés par l’Union européenne pour chaque État membre, et répartis ensuite entre les pêcheur·ses dans chaque pays. Il dispose d’accords pour pêcher dans d’autres régions du monde, comme en Amérique du Sud ou le long des côtes africaines.

Pour Bloom, «un tel navire n’a sa place nulle part. Ni dans la bande côtière française en conflit avec les artisans, ni au large de l’Écosse à affamer les fous de Bassan [des oiseaux marins, NDLR], ni en Afrique de l’Ouest à piller les communautés côtières parmi les plus vulnérables au monde.»

L’association organise une manifestation avec citoyen·nes et pêcheur·ses ce vendredi en début d’après-midi sur le port d’IJmuiden pour dénoncer l’inauguration de ce «navire de l’enfer». Plus globalement, elle appelle à l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans les eaux territoriales françaises (soit les 22 premiers kilomètres depuis la côte), ou encore à un «plan de démantèlement des navires-usines».

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08.05.2026 à 05:00

La carte de Vert des festivals de musique écolos et indépendants en 2026

Antoine Poncet

Texte intégral (2138 mots)

Qui dit retour des beaux jours dit ouverture de la saison des festivals. Chaque été, ces rendez-vous festifs et musicaux rassemblent des milliers de personnes venues célébrer la musique et le vivre-ensemble partout dans le pays.

Mais derrière l’ambiance conviviale se cachent des impacts bien réels : transport du public et des artistes, consommation énergétique des scènes, restauration, production massive de déchets… Autant de facteurs qui pèsent sur le climat et le vivant. À cela s’ajoute une autre réalité : une partie des grands festivals appartient aujourd’hui à de puissants groupes du divertissement, participant à une uniformisation des programmations.

Heureusement, une autre voie existe. Partout en France, de nombreux festivals indépendants s’engagent pour réduire leur empreinte écologique et repenser leur modèle. Portés par des associations ou des structures à but non lucratif, ils défendent une approche plus locale, plus responsable et souvent plus expérimentale.

Au-delà de la musique, ces événements deviennent aussi des espaces de sensibilisation et d’échange. Villages associatifs, conférences, ateliers, fresques du climat, projections, balades nature, défis à vélo ou encore actions de ramassage de déchets : autant d’initiatives qui invitent le public à réfléchir et à agir face aux enjeux écologiques et sociaux.

Depuis cinq ans, Vert dresse ainsi une carte des festivals à la fois indépendants et engagés pour l’environnement. En 2026, ils sont 72 à répondre à ces critères.

Notre sélection repose sur trois grands principes :

L’indépendance : les festivals recensés ne sont pas détenus par de grands groupes. Ils sont généralement organisés par des associations ou des structures à but non lucratif.

L’engagement éditorial : au-delà de la programmation musicale, ces festivals proposent des contenus dédiés aux enjeux environnementaux et sociaux, avec une volonté de sensibiliser (voire de mobiliser) le public.

La réduction de l’impact environnemental : les initiatives vont au-delà des dispositifs désormais classiques (tri des déchets, gobelets réutilisables, toilettes sèches). Cela peut inclure une alimentation majoritairement ou entièrement végétarienne, le recours aux énergies renouvelables, des incitations à privilégier le train ou le vélo, ou encore des politiques de sobriété ambitieuses.

Bonne découverte !

Auvergne-Rhône-Alpes

Bourgogne-Franche-Comté

Bretagne

Centre-Val de Loire

Grand Est

Hauts-de-France

Île-de-France

Normandie

♂ Nouvelle-Aquitaine

Occitanie

Pays de la Loire

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Martinique

  • Mada green – 6 juin, Saint-Pierre (Martinique)

Si vous connaissez des festivals écolos et indépendants qui ne figurent pas dans notre liste, n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse contact[at]vert.eco. Après avoir vérifié qu’ils remplissent les critères, nous les ajouterons à la carte.

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07.05.2026 à 09:32

«Contrer le rire fasciste», un manuel d’autodéfense pour résister dans la bonne humeur

Antoine Poncet

Texte intégral (572 mots)

«Ce petit livre est né d’un effarement.» Le 20 janvier 2025, alors que Donald Trump est investi pour la seconde fois à la Maison-Blanche, son allié Elon Musk conclut son discours par deux saluts nazis. «Outre la nature ignominieuse du geste, écrit Denis Saint-Amand, c’est la façon dont cette provocation s’est jouée sur un mode bouffon pleinement assumé qui apparaissait invraisemblable.»

Saluts nazis goguenards, mèmes cyniques et vidéos absurdes générées par l’intelligence artificielle… Dans un essai combatif, Contrer le rire fasciste, le chercheur qualifié du Fonds de recherche scientifique (FNRS) et professeur à l’université de Namur (Belgique) décrypte les mécanismes de ce rire fondé sur le mépris et la domination. Un «humour» devenu la marque de fabrique de Donald Trump et qui se retrouve jusque sur les plateaux de CNews, ou dans les vidéos des influenceurs masculinistes français.

«Contrer le rire fasciste», Denis Saint-Amand, Rue de l’échiquier, mai 2026, 128 pages, 14 euros.

Depuis le retour au pouvoir du milliardaire d’extrême droite, l’administration étasunienne multiplie les vidéos abjectes où elle compare les personnes exilé·es à des Pokémon (avec le slogan «Attrapez-les tous !») ou mêle frappes militaires et séquences de jeux vidéo. «Ces provocations revendiquent une façon d’exercer le pouvoir brutalement, en riant au nez du monde et en jouissant d’une parfaite impunité», pointe le chercheur.

«Rétablir des espaces où on peut rire ensemble»

Alors comment s’y opposer ? Dans le reste du livre, Denis Saint-Amand montre les résistances que permet le rire sur internet et dans la rue. À un post d’Elon Musk qui proposait que les personnes qui qualifient quelqu’un de «nazi» ou «fasciste» soient jugées pour incitation au meurtre, le comédien Jeremiah Mullins répond : «Qu’est-ce qu’on fait s’ils s’identifient eux-mêmes de cette façon ?», republiant une image du salut nazi du fondateur de Tesla.

D’autres internautes renomment le Doge (Département de l’efficacité gouvernementale, qui a cessé d’exister depuis) d’Elon Musk en Douche, un mot qui peut se traduire par «abruti», en anglais (pour «Department of undoing child healthcare and education», soit le département du démantèlement de la santé et de l’éducation des enfants).

Pour l’auteur, cette reconquête du rire permet de «conjurer la peur et de tenir le danger à distance». Ces résistances se retrouvent en ligne, sur les pancartes des manifestations ou dans les costumes de grenouilles gonflables qu’arboraient certain·es citoyen·nes face à la police étasunienne de l’immigration, l’ICE. «Dans ce marasme, il est essentiel de rétablir des espaces et des conditions matérielles où on peut rire ensemble», écrit Denis Saint-Amand.

«Contrer le rire fasciste», Denis Saint-Amand, Rue de l’échiquier, mai 2026, 128 pages, 14 euros.

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07.05.2026 à 08:58

Brest-Bordeaux, Lille-Rennes… Air inter région, la nouvelle compagnie aérienne qui propose des vols intérieurs ultracourts

Lilou Hiver

Texte intégral (876 mots)

Prendre l’avion pour une durée de vingt minutes ? Vous n’y pensiez pas. Air inter région l’a fait. Le 29 avril, son fondateur, Franck Crépin, a annoncé le lancement de cette nouvelle compagnie aérienne avec de premiers vols prévus début 2027. L’ancien pilote, passé par la finance et l’industrie aéronautique, vise «des liaisons directes, interrégionales, sur des distances courtes de moins de 500 kilomètres et de moins de deux heures de vol». Le tout, avec des avions à faible capacité, entre neuf et treize sièges.

Les avions d’Air inter région embarqueront neuf à treize passager·es. © Capture d’écran Air inter région

Ce nouvel acteur aérien souhaite desservir l’ouest de la France et son littoral, un marché «très mal adressé, avec des temps de trajets longs en train, voire des destinations qui ne sont pas desservies», justifie Franck Crépin. Pour le moment, les trajets prévus incluent des liaisons comme Lille-Rennes, Brest-Bordeaux ou encore Le Touquet-Saint-Malo : des itinéraires qui prennent jusqu’à sept heures par le rail. En revanche, certains trajets envisagés, comme Le Touquet-Lille, ne nécessitent qu’environ deux heures de train.

Une consommation carbone multipliée

Problème : depuis la loi Climat et résilience de 2021, les vols intérieurs sont interdits quand il existe une alternative en train qui dure moins de deux heures trente. Est-ce que cela signifie pour autant qu’Air inter région ne respecte pas la législation ? «Non, ils ont su lire les petites lignes», constate Jérôme du Boucher, responsable aviation de l’ONG Transport & Environment.

Dans le décret d’application de la loi, le gouvernement français a établi des exceptions. En plus de durer moins de deux heures trente, la liaison ferroviaire doit être directe, assurée plusieurs fois par jour avec des fréquences suffisantes et des horaires satisfaisants, et permettre plus de huit heures de présence dans la ville d’arrivée dans la journée. Ce n’est pas le cas de la liaison Le Touquet-Lille, pour laquelle la SNCF ne propose que deux trajets directs par jour. En 2021, après l’entrée en vigueur de la loi, seulement trois lignes (Paris-Bordeaux, Paris-Lyon et Paris-Nantes) avaient été supprimées, ce qui représentait 2,5% du trafic aérien intérieur.

«Développer ce nouveau service semble à contre-courant quand on sait que pour des trajets très courts, la consommation de carbone par voyageur est plus élevée», souligne Jérôme du Boucher. Les phases de décollage et de montée, les plus énergivores, représentent une part proportionnellement plus importante des émissions par kilomètre et par passager lors des vols court-courriers. À titre de comparaison, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), un vol de 500 km émet 230 grammes de dioxyde de carbone (CO2) équivalent par km et par passager·e, contre 150 gCO2e/km par passager·e pour un vol de plus de 3 500 km. Et encore, ces chiffres sont valables pour des avions d’environ 200 sièges. Pour rappel, le secteur aérien représente 2,4% des émissions de CO2 mondiales et contribue pour 5,9% au réchauffement global, en considérant l’impact de la condensation (les fameuses traînées blanches) sur l’effet de serre.

Une offre pour les classes aisées

Et ces vols ne s’adressent pas à tout le monde. Bien qu’il y ait une offre ouverte au grand public, la compagnie aérienne souhaite avant tout réaliser des partenariats avec des entreprises. «La démographie se déplace vers les littoraux. Ces dernières années nous ont montré qu’il y aurait une demande de transports pour du travail hybride, avec la possibilité d’aller voir ses clients rapidement», développe Franck Crépin. Concrètement, Air inter région cible les hommes et femmes d’affaires exilé·es loin des métropoles, mais dont le travail les oblige à y retourner fréquemment. «Avoir du pouvoir d’achat contribue à des comportements souvent plus carbonés», rappelle le représentant de Transport & Environment.

Jérôme du Boucher nuance : «Aujourd’hui, l’essentiel des émissions CO2 du secteur de l’aérien provient des vols loisirs de compagnies low cost.» La compagnie aérienne promet sur son site de mettre fin à ses émissions carbone en vol d’ici 2035 grâce à une transition progressive vers l’électrification de sa flotte.

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07.05.2026 à 04:00

LVMH, Capgemini, Axa… À l’École normale supérieure, étudiants et chercheurs combattent l’influence des grandes entreprises

Antoine Poncet

Texte intégral (1813 mots)

Au mois de janvier dernier, le scandale des meurtres, arrestations et raids de l’ICE, la police de l’immigration étatsunienne, créait un électrochoc. Au cœur de l’hiver, la France a découvert qu’une filiale du cabinet de conseil français Capgemini, spécialisée en informatique, travaillait pour cette unité controversée. Or, Capgemini est l’un des mécènes de l’École normale supérieure (ENS) de Paris, établissement renommé de l’enseignement supérieur. Un collectif d’étudiant·es appelé Transparens s’est alors monté au sein du campus pour protester contre ce bienfaiteur privé devenu un peu trop gênant. «Ce n’est pas possible, ce n’est pas en accord avec nos valeurs», s’insurge auprès de Vert une scientifique* qui travaille au sein de l’établissement.

L’entrée de l’École normale supérieure, rue d’Ulm, à Paris. © Wikimédia

À la mi-avril, leur pétition «L’ENS n’est pas à vendre» a récolté plus de 200 signatures en interne, dont 30% de chercheur·ses. Les pétitionnaires demandent à la direction plus de transparence sur la nature des liens entre l’ENS et les entreprises privées, notamment en rendant publics les contrats de partenariats et mécénats. «Aujourd’hui, il est impossible de savoir si les contrats passés avec l’ENS intègrent une clause de non-dénigrement», soulève une étudiante*. En 2024, Libération a révélé que le pacte de mécénat entre TotalEnergies et l’École des mines de Nancy (Meurthe-et-Moselle) contenait cet engagement à ne pas critiquer l’entreprise.

Les élèves exigent aussi la mise en place de critères précis pour sélectionner les financeurs de l’école. Parmi ces garde-fous : l’exclusion des secteurs de l’armement, de l’industrie fossile et des pesticides, y compris les banques, assureurs et fonds d’investissement qui les soutiennent. Autre veto : les entreprises condamnées par la justice pour atteinte à l’environnement et aux droits humains, ainsi que les responsables de procédures bâillons visant à censurer des chercheur·ses ou journalistes.

Manque de transparence et déséquilibre des financements

La Fondation de l’ENS est chargée de faire le lien entre les partenaires privés et l’établissement. Une institution née en 1986, par laquelle les dons ont afflué à partir de 2016, avec une augmentation des montants des mécènes privés en 2019. En dix ans, le mécénat privé a versé environ 15 millions d’euros à l’école, selon Transparens. Le système fonctionne par chaires : une chaire correspond à une entreprise financeuse qui s’associe à un·e chercheur·se de l’école pour développer un projet scientifique.

Le PDG de LVMH, Bernard Arnault, en 2017. À L’ENS, Louis Vuitton détient une chaire qui finance la recherche sur l’IA. © Wikimedia

Celle de Capgemini, en association avec l’Institut IA et société, finance un observatoire de l’impact environnemental de l’intelligence artificielle «pour promouvoir des pratiques durables d’utilisation de l’IA». «Les thématiques de recherche sont censées être décidées par les conseils scientifiques ou les chercheurs eux-mêmes, pas par les entreprises, abonde une chercheuse de l’ENS*. Sinon, cela crée un déséquilibre énorme entre ces thématiques.» Résultat, un champ de recherche bénéficie de financements largement supérieurs à tous les autres : celui de l’intelligence artificielle.

Louis Vuitton détient une chaire qui finance la recherche dans ce domaine depuis 2018 ; le groupe Casino, lui, depuis 2022. Dans les deux cas, les entreprises mettent en avant les opportunités d’innovation et d’amélioration de leurs services permises par ces projets de recherche.

Représentation des liens entre l’institution ENS-PSL (Paris sciences et lettres) et les entreprises privées. © Collectif EIES

Autre chaire qui interroge les étudiant·es : celle sur le «stockage du carbone dans les sols et sous-sols», alimentée par le fonds d’investissement Ardian. Sa présentation officielle stipule que «dans le contexte actuel où des solutions sont activement recherchées pour atténuer les effets du réchauffement [climatique], la chaire se concentrera sur l’étude des impacts potentiels de l’injection de CO2 dans les sols».

Pour les étudiant·es, cela revient à «sponsoriser une alternative en disant qu’elle va changer le monde, alors que c’est loin d’être un consensus scientifique». Choisir d’accorder plus de financements à ce type de projets par rapport à d’autres, «c’est de la manipulation de l’opinion et de la recherche», s’indigne un Normalien. Cette méthode de stockage du carbone est critiquée pour son manque de fiabilité et parce qu’elle risque de ralentir les efforts des entreprises polluantes pour diminuer les émissions de CO2.

L’assurance du «sciencewashing»

Dans le contexte de guerre actuel, «ce qui choque les membres de la communauté normalienne, c’est aussi la chaire Espace, financée par les plus grandes compagnies françaises d’armement : Safran, Thalès, Airbus, Ariane groupe», liste le collectif Transparens. Un investissement dans la recherche spatiale qui «contribue à redorer l’image de ces entreprises pour faire oublier qu’elles fabriquent des missiles», selon les étudiant·es.

La compagnie d’assurances Axa détient également une chaire qui finance un projet de recherche sur la géopolitique du risque. «Pourtant, des travaux d’ONG ont prouvé son soutien aux industries fossiles», déplore encore le collectif. Selon l’ONG Reclaim finance, le groupe continue d’assurer des terminaux de gaz naturel liquéfié étatsuniens par lesquels transitent, entre autres, du gaz de schiste. «Ces financements peuvent être considérés comme du sciencewashing» soit l’utilisation de la science par une entreprise pour améliorer son image, remarque une chercheuse*.

Préserver «le bastion de la recherche publique»

La pétition des Normalien·nes s’inscrit dans la lignée des mobilisations étudiantes de nombreuses grandes écoles depuis le début de l’année : des manifestations à CentraleSupélec en passant par le campus bloqué d’AgroParisTech, la célèbre institution qui forme des ingénieur·es agronomes.

Afin de documenter l’influence grandissante du privé dans les grandes écoles, les étudiant·es des différents établissements ont lancé la plateforme EIES. Ce moteur de recherche permet de voir les liens entre chaque établissement et des entreprises privées. «Jusque ici, on voyait l’ENS comme un bastion de la recherche publique et de l’enseignement indépendant, note Margaux Falise, membre du collectif EIES. Mais, aujourd’hui, sa situation se rapproche de celle des autres écoles.»

La mobilisation à l’ENS s’inscrit dans des mouvements étudiants plus globaux au sein des grandes écoles. En janvier, des étudiant·es ont bloqué le campus d’AgroParisTech à Palaiseau (Essonne). © Agro en lutte

Avec l’influence du privé dans les grandes écoles, «c’est l’indépendance et la crédibilité de la science qui est en jeu : il faut pouvoir faire confiance à la production de savoirs pour avoir des débats publics sains», souligne l’étudiante en master d’économie politique à la London school of economics and political science de Londres (Royaume-Uni).

«À l’ENS, il est encore temps de réguler ce phénomène ; le privé n’est pas autant installé qu’à Polytechnique», espère une chercheuse. «Nous ne sommes pas contre les partenariats avec le privé dans l’absolu, tient à préciser l’un des membres de Transparens. Nous voulons les freiner pour les encadrer au maximum et garantir la liberté des étudiants et chercheurs.» Les scientifiques craignent également que les investissements privés encouragent l’État à réduire les financements publics.

Contactée par Vert, la direction de l’ENS n’a pas communiqué les montants alloués par les différentes chaires. Elle rappelle que «quatre cinquièmes des ressources propres qui financent la recherche de l’école, en plus de sa subvention publique et des organismes nationaux de recherche, proviennent des appels à projets publics nationaux et européens».

Selon elle, «les liens avec le monde socio-économique sont en accord avec les missions de l’école et contribuent aux relations nécessaires entre science et société». Elle souligne enfin que «le mécénat est encadré pour garantir toute l’indépendance de la recherche». Une réunion est prévue d’ici la fin du mois entre étudiant·es, chercheur·ses et équipe dirigeante pour aborder le sujet.

*L’ensemble des étudiant·es et chercheur·ses de l’ENS interrogé·es par Vert ont souhaité garder l’anonymat pour éviter de potentielles répercussions sur leur diplôme ou leur carrière.

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06.05.2026 à 16:12

«Un signal d’alarme très fort» : à cause de la déforestation, l’Amazonie risque de se transformer en savane

Mathilde Picard

Texte intégral (1057 mots)

«La déforestation rend l’Amazonie bien moins résiliente que ce que nous avions anticipé», avertit Nico Wunderling, auteur principal d’une étude parue ce mercredi dans la revue scientifique Nature. Selon une analyse qu’il a menée avec plusieurs chercheur·ses du monde entier, le déboisement, cumulé au réchauffement climatique, pourrait transformer la quasi-intégralité de cette forêt tropicale en savane si l’augmentation globale des températures de la planète atteignait 1,9 degré Celsius (°C) par rapport à l’ère préindustrielle (vers 1850). Une transformation de l’Amazonie qui entraînerait des bouleversements mondiaux.

Vue aérienne de l’Amazonie bolivienne. © Jonathan Lewis/Wikimedia

«Même un réchauffement supplémentaire modéré aurait des répercussions en chaîne sur de grandes parties de la forêt», précise Nico Wunderling. On savait déjà que les sécheresses et les incendies causés par le réchauffement climatique, ainsi que la déforestation, amenaient l’Amazonie à rejeter plus de carbone qu’elle n’en absorbe. Cette nouvelle étude dévoile la plus grande vulnérabilité du massif forestier face à «une transition critique» vers l’état de savane, ces prairies de hautes herbes et d’arbres clairsemés.

Aujourd’hui, 18% de la forêt ont été rasés, et 20% dégradés. Selon l’Organisation des Nations unies, le seuil de +1,5°C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle (prévu par l’Accord de Paris sur le climat) sera dépassé dans la décennie. Or les coauteurs de l’article montrent que, dans un contexte de réchauffement compris entre 1,5 et 1,9°C, et d’une déforestation de 22% du massif, les deux tiers de l’Amazonie risquent de se transformer en savane.

Cette hypothèse d’un double effet négatif de la déforestation et du changement climatique sur l’Amazonie a été soulevée dès les années 1970 par des chercheur·ses brésilien·nes, à l’image du climatologue Carlos Nobre. Mais «l’Amazonie est un système très complexe», rappelle Bruno Locatelli, chercheur au Centre de coopération internationale en recherche agronomique (Cirad). «On a donc besoin de nombreuses études pour corroborer ce point de bascule, savoir plus précisément quelle partie de la forêt est concernée et à quelle vitesse», souligne-t-il, affirmant que la nouvelle étude est «un signal d’alarme très fort en ce sens».

Le cycle de l’eau de l’Amazonie bouleversé par la déforestation

 La forêt amazonienne, qui s’étend sur neuf pays, a son propre cycle de l’eau : lorsque les gouttes s’évaporent des arbres, elles sont transportées sous forme de nuages et provoquent des pluies des centaines (voire des milliers) de kilomètres plus loin. Ce système permet d’entretenir une biodiversité foisonnante (10% des espèces mondiales), d’approvisionner en eau les États voisins et de refroidir la planète.

«Les pluies arrivent de l’océan Atlantique Nord, tombent sur la Guyane et le Venezuela, puis s’évaporent. Cette eau sous forme de vapeur est transportée par le vent vers le sud-ouest et retombe au nord du Brésil, puis s’évapore de nouveau avant de retomber, et ainsi de suite», détaille Jérôme Chave, écologue et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). L’augmentation des sécheresses dues au réchauffement climatique, ainsi que celle des surfaces déforestées, menacent de rompre cet équilibre. Quand on déforeste en amont, «la pompe de l’évaporation est moins puissante», indique-t-il. Tout le système est alors affaibli : «Plus on ajoute de zones déforestées, moins le cycle de l’eau de l’Amazonie est efficace.» Selon l’étude, c’est la zone bolivienne au sud-ouest de l’Amazonie qui serait la plus affectée par ces pluies plus faibles.

L’assèchement de l’environnement provoquerait alors plus facilement des feux, et les parties non détruites par les activités humaines seraient malgré tout détériorées. «Il y a une grande différence de capacité de recyclage de l’eau entre une forêt et une savane, explique Jérôme Chave. Grâce aux racines profondes des arbres qui peuvent puiser dans les nappes phréatiques, la forêt évapore plus d’eau dans l’atmosphère que la savane.» Le phénomène de dégradation continuera alors à s’autoentretenir.

Prendre le problème à la racine

«Ce ne serait pas seulement catastrophique pour la région, cela aurait des conséquences bien plus larges pour toute la planète», souligne Johan Rockström, coauteur de l’étude.

«Les conséquences de ce point de bascule sont effrayantes, renchérit Bruno Locatelli. Deux tiers des précipitations au sud du Brésil et en Argentine viennent de l’Amazonie, or ce sont de grandes zones productives de l’agriculture mondiale.» «Pour cette raison, il est crucial que la déforestation soit arrêtée autant que possible et le plus tôt possible», insiste Arie Staal, coauteur de l’étude. Si la déforestation s’arrêtait totalement dès demain, le seuil à partir duquel l’Amazonie se transformerait en savane passerait à +3,7°C de réchauffement global (au lieu de +1,9°C aujourd’hui).

«Ces transformations ne sont pas inévitables, appuie Johan Rockström. Restaurer les forêts dégradées et diminuer drastiquement les émissions peuvent encore réduire les risques.»

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06.05.2026 à 09:23

«Une économie de la flemme» : dans nos supermarchés, le plastique est toujours roi

Antoine Poncet

Texte intégral (1042 mots)

Faire ses courses sans être confronté à une horde de produits recouverts de plastique relève d’un vrai défi. Dans les allées du Auchan du 13ème arrondissement de Paris, le matériau s’impose en maître : des bouteilles du rayon boissons aux tubes et pots de l’espace hygiène-beauté, il est partout. Une fois les emplettes finies, les client·es en reprennent une dose avec les sacs accrochés sous les caisses, moins coûteux que ceux en tissu, disposés un peu plus loin.

En 2025, les ventes d’eau embouteillée ont augmenté de 3,3%. © Jean-François Fort/AFP

Face à ce constat, les associations No plastic in my sea et Que choisir ensemble (ex-UFC Que Choisir) ont fait un état des lieux de la dépendance de la grande distribution aux emballages plastiques, publié ce mercredi. Elles ont mené une enquête de terrain dans toute la France : 1 659 magasins ont été testés, dont des «traditionnels» (Auchan, Carrefour), des enseignes à bas prix (Lidl, Aldi) et des bios (Biocoop, Naturalia). Alors que la loi Climat et résilience de 2021 fixe un objectif de 20% de produits sans emballage d’ici 2030, et que la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020 impose la fin progressive des plastiques à usage unique à horizon 2040, le résultat montre que les pratiques ont peu évolué.

«C’est désolant, reconnait Françoise*, 56 ans, venue faire ses courses ce mardi dans le supermarché parisien après son travail. En même temps, si on ne nous propose pas d’alternative sans que ça coûte plus cher, on va continuer d’acheter du plastique.» Même si elle affirme faire attention en apportant toujours des sacs en papier pour ses fruits et légumes, elle reconnaît que, pour certains produits comme les bouteilles d’eau, c’est «difficile de faire autrement». Selon le rapport, en 2025, les ventes d’eau embouteillée ont augmenté de 3,3%, alors même que le rayon boissons reste celui où la part de plastique à usage unique est la plus élevée (40%).

Des pratiques «archétypales»

En plus du plastique habituel dans les magasins, les membres des deux associations ont également observé de nouvelles pratiques «complètement archétypales de ce qu’il ne faut pas faire, une utilisation de plastique à usage unique à outrance là où ce n’est pas indispensable», détaille Camille Wolff, chargé des campagnes réduction de plastiques à No plastic in my sea. Dans près d’un supermarché sur deux, des fruits prédécoupés, épluchés et emballés sous plastique sont à la vente. Pourtant, leur peau permet naturellement d’éviter toute forme d’emballage.

La tendance des fruits prédécoupés s’est développée dans les supermarchés. © Lilou Hiver/Vert

«Une économie de la flemme» que le rapport constate aussi avec davantage de produits vendus en dose unique, comme des masques de beauté en tissu, des dosettes de lessive ou encore des boissons dans de petites bouteilles de moins de 33 centilitres. «Alors que l’objectif est à la réduction, ces tendances envoient des signaux contradictoires aux consommateurs», déplore Camille Wolff.

En complément de l’observation sur le terrain, les deux associations ont envoyé des questionnaires aux enseignes de grande et moyenne surface pour connaitre leur stratégie d’alignement sur les lois Agec et Climat et résilience. «Les réponses qu’on a reçues montrent qu’il n’y a pas encore eu de prise de conscience et de décision sur ce sujet-là», explique le représentant de No plastic in my sea. La plupart des actions menées donnent la priorité au recyclage ou à la réduction de plastique, mais dans des rayons où sa présence n’est pas majoritaire.

Peu de vrac et de réemploi

Les supermarchés ont même fait marche arrière en matière de vrac, pourtant présenté comme une alternative aux emballages plastiques. La part des magasins avec un rayon vrac est passée de 57% en 2023 à 38% en 2026. Quant au réemploi des emballages, la Coopérative U, seule enseigne à avoir répondu à cette question, indique un taux de 0,9%, un chiffre bien en dessous de l’objectif de 10% d’ici 2027 prévu par la loi Agec.

Les rayons hygiène-beauté regorgent de produits emballés sous plastique. © Lilou Hiver/Vert

Parmi toutes les enseignes, les magasins bios ont de l’avance par rapport aux autres. Le vrac y est notamment plus développé. Les bouteilles d’eau en plastique sont même interdites à la vente depuis 2017 dans les Biocoop.

Pour réduire la dépendance aux emballages plastiques, les deux associations appellent les distributeurs à élaborer des plans d’action et à les rendre publics. Elles insistent aussi sur l’urgence de mettre fin à des pratiques jugées aberrantes «au plus vite». Et demandent par ailleurs à l’État de rendre effectifs les objectifs fixés par la loi, avec des trajectoires claires et des échéances intermédiaires.

Pour Clément Wolff, «la priorité doit aller à la réduction» : le réemploi et le recyclage n’interviennent qu’après qu’on a tout mis en œuvre pour diminuer les volumes de plastique.

*Elle n’a pas souhaité donner son nom de famille.

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06.05.2026 à 08:22

Superprofits de TotalEnergies : pourquoi Sébastien Lecornu et son gouvernement refusent de taxer le géant français du pétrole

Antoine Poncet

Texte intégral (1208 mots)

Face aux exceptionnels profits générés par les entreprises pétrogazières depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le gouvernement ne «s’interdit rien», selon sa porte-parole Maud Bregeon. Mais force est de constater qu’il ne fait rien non plus. Sur le cas emblématique de TotalEnergies, qui a dégagé en trois mois près de 5 milliards d’euros de profits – et dont 70% seront reversés à ses actionnaires –, la gauche a multiplié les propositions de loi pour capter ces superprofits (écologistes), bloquer les prix et encadrer les marges (communistes) ou encore nationaliser la multinationale (insoumis). «Le gouvernement, lui, refuse absolument d’être prescriptif, s’agace Fanny Petitbon, de l’ONG 350.org. Tout juste se contente-t-il d’espérer que TotalEnergies fera un geste !»

Sur les superprofits des énergéticiens, le gouvernement ne «s’interdit rien» mais n’agit pas non plus. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP

Plusieurs ministres sont en revanche monté·es au créneau pour dénoncer vigoureusement le «Total bashing» que subirait la firme. «On sent qu’il y a une levée de boucliers dès qu’on touche à ce fleuron de l’industrie française, estime Fanny Petitbon. Il y a aussi l’idée que TotalEnergies est un outil de protection et de souveraineté, car il assure la fourniture de la France en pétrole.»

«Je n’aime pas beaucoup, dans le débat public ou sur les réseaux sociaux, le Total bashing, parce que c’est une entreprise française qui emploie des Français, a plaidé mercredi dernier le premier ministre, Sébastien Lecornu, devant les parlementaires. Elle marque aussi une part des intérêts stratégiques du pays, et donc ne nous tirons pas une balle dans le pied».

Le gouvernement contraint au statu quo

Ce dernier a demandé dimanche au géant pétrolier d’envisager «un plafonnement généreux [des prix à la pompe] qui peut redevenir intéressant pour les consommateurs français». Dans la foulée, la multinationale a annoncé maintenir en mai le plafonnement qu’elle pratique depuis le 8 avril dans ses 3 300 stations-service en France : 1,99 euro le litre d’essence et 2,25 euros pour le diesel. Plafonnement qu’elle menace de suspendre si d’aventure le gouvernement décidait d’instaurer une taxe sur ses superprofits. Une manœuvre redoutable pour s’assurer le statu quo.

Ce geste commercial, qui assure à la firme de réaliser de confortables marges tout en redorant son blason à bon compte, ne rapportera rien à l’État. Ce, alors que Matignon estime à plus de 6 milliards d’euros le coût de la guerre pour les finances publiques en 2026. «On ne peut pas dédouaner TotalEnergies juste avec ça, c’est loin d’être suffisant», s’exclame Fanny Petitbon, qui juge «l’attitude du gouvernement incompréhensible vis-à-vis de la situation économique : l’État a impérativement besoin d’argent pour engager la transition et protéger les Français de l’instabilité et de la vulnérabilité créées par notre dépendance aux fossiles. Taxer les surprofits des entreprises fossiles qui alimentent la crise climatique, je ne vois pas ce qu’il y a de plus juste.»

TotalEnergies échappe à de nombreuses taxes

À l’heure actuelle, TotalEnergies échappe à de nombreuses taxes en France, telles que l’impôt sur les sociétés ou la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, car elle déclare faire des pertes financières dans l’Hexagone, tandis que 25 à 30% de ses profits sont réalisés dans des paradis fiscaux, dont la Suisse, comme le soulignait récemment l’économiste Gabriel Zucman, spécialiste de l’évasion fiscale et fondateur de l’Observatoire international de la fiscalité. Une pratique classique, selon sa collègue Ninon Moreau-Kastler, qui a examiné le cas de 77 multinationales de l’industrie extractive : «Elles déclarent en moyenne 12% de leurs profits dans des paradis fiscaux. Un taux qui grimpe à 20% lors des pics de prix comme en ce moment», explique la chercheuse.

Et d’ajouter : «Pour taxer intelligemment les superprofits de ces entreprises, il faut donc des taxes qui prennent en compte ce comportement qu’on appelle le profit shifting [déplacement des profits, en anglais, NDLR], et adapter la base fiscale sur laquelle on assoit les taxes.» À l’instar des États-Unis, elle suggère donc que les États «prennent en compte les résultats financiers des entreprises au niveau mondial, puis appliquent des taxes en proportion des ventes effectivement réalisées dans le pays». Un outil facilement mobilisable en France, d’autant que «l’administration fiscale a tout à disposition pour le faire», selon la spécialiste.

Un modèle qui pourrait s’appliquer au niveau européen, à l’heure où plusieurs pays, dont l’Allemagne, demandent à la Commission européenne de réactiver le mécanisme de taxation des surprofits déjà mis en œuvre lors de la crise énergétique de 2022. La France ne fait pas partie de ces pays.

«Sébastien Lecornu a dit qu’il n’avait pas d’opposition de principe, mais la réalité est que la France s’y oppose, sinon le tandem franco-allemand aurait permis d’avancer sur ce sujet», se désole Fanny Petitbon. Mardi, 33 économistes ont appelé le gouvernement français à s’engager aux côtés des autres pays européens favorables à une taxation des profits exceptionnels du secteur pétrolier «pour protéger les ménages et les finances publiques».

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