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L’actualité de l’écologie dans un format minimaliste - Dir. de publication : Juliette Quef

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10.05.2026 à 05:30

Labels, fibres naturelles… Comment éviter les produits chimiques et les PFAS dans les vêtements pour enfants ?

Rémy Calland

Texte intégral (1664 mots)

C’est quoi le problème ?

Entre l’imperméable de pluie, le pantalon rose fuchsia et la combinaison anti-UV pour la mer, la garde-robe des tout-petits est loin d’être sans danger. Comme pour les adultes, les industriels du textile recourent à de nombreuses substances chimiques à toutes les étapes de fabrication d’un vêtement. Dans un t-shirt, on peut retrouver des centaines de produits différents. Le problème, c’est qu’ils ne sont mentionnés nulle part. «À titre de comparaison, les cosmétiques répondent à une réglementation européenne précise qui oblige les fabricants à dévoiler la composition. Hélas, les textiles font partie des articles les moins réglementés», se désole Anne Lafourcade, chimiste en santé-environnement à la tête de l’agence Alicse, qui accompagne des structures de la petite enfance dans la réduction de l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Les textiles répondent à la réglementation européenne Reach (enregistrement, évaluation, restriction et autorisation des substances chimiques), au même titre que tous les produits de grande consommation. Si elle encadre une partie des substances chimiques, la liste reste incomplète au regard du nombre de produits problématiques dont on connaît les effets néfastes sur la santé.

Illustration. Les enfants sont plus exposés aux polluants que l’on retrouve dans les vêtements. © Matthieu Delaty/AFP

Dans les vêtements, on peut retrouver des PFAS, ces «polluants éternels» efficaces pour résister à l’eau mais très nocifs pour la santé (risque de cancer, maladies thyroïdienne, cholestérol, baisse de la fertilité, modification du système hormonal…). Depuis le 1er janvier 2026, la mise sur le marché de textiles qui en contiennent est interdite en France mais, dans les rayons, il reste difficile de savoir si ces molécules toxiques ont réellement disparu car ces interdictions ne concernent pas les produits contenant seulement des traces de PFAS.

Parmi les autres substances problématiques, on peut citer les phtalates, souvent présents dans les imprimés. Treize sont déjà interdits ou restreints au niveau européen mais une quarantaine d’autres sont encore autorisés malgré leur classement comme toxique pour la reproduction et perturbateurs endocriniens par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). Dans les vêtements synthétiques, on peut retrouver du formaldéhyde, un composé organique volatil (COV) qui permet aux tissus d’être infroissables et hydrofuges. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé le formaldéhyde comme cancérogène avéré dès 2004. Des métaux lourds (cadmium, mercure, chrome), des composés chlorés (pour blanchir le textile) ou des colorants se cachent aussi dans les tissus et peuvent être allergènes, cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.

Impact sur la santé des tout-petits : que disent les experts ?

En plus d’être néfastes pour l’environnement, ces substances ont un impact réel sur la santé des tout-petits, dont l’organisme est plus fragile. «La peau des bébés et des enfants est plus perméable, les polluants entrent plus facilement dans leur corps», prévient Anne Lafourcade. Si la concentration de chaque produit est faible, leur multiplicité et leur accumulation posent problème : c’est ce que l’on appelle l’effet cocktail. «Il y a un risque par voie cutanée, comme pour les adultes, mais aussi par voie alimentaire, car les enfants ont tendance à mâchouiller leurs vêtements», complète Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association santé environnement France. «Les enfants ne vont pas mourir en portant un vêtement contenant des produits chimiques, c’est plutôt une menace fantôme qui agit sur le long terme», rappelle la chimiste Anne Lafourcade.

Une fois dans le corps, les polluants s’installent et forment l’exposome. Ce concept désigne le cumul des expositions environnementales auxquelles les individus sont soumis durant toute leur vie. L’exposome est propre à chacun et peut varier selon l’alimentation, le lieu d’habitation, les comportements ou l’environnement. Pour Anne Lafourcade, «il est urgent de baisser la charge chimique des enfants ! Les expositions précoces ont une incidence différente, les 1 000 premiers jours conditionnent la santé de toute une vie.»

L’ONG Women engage for a common future (WECF) rappelle qu’un «grand nombre de pathologies touchant les enfants ou trouvant leur origine dans l’enfance sont en augmentation depuis cinquante ans». Elle cite des maladies telles que le cancer, l’asthme, les troubles du système immunitaire, du développement, de la reproduction. «De nombreux produits chimiques qui s’accumulent dans nos organismes sont mis en cause dans ces pathologies», alerte l’organisation dans un rapport de 2013.

Deux labels pour habiller bébé

«Aujourd’hui, quand on achète un produit, il est impossible de savoir s’il contient des polluants éternels», regrette Anne Lafourcade. Alors, que faire ? Vert vous propose cinq solutions faciles et peu coûteuses.

Proscrire les plateformes de vente en ligne. Amazon, AliExpress, Shein ou Temu sont à éviter car elles ne font l’objet d’aucun contrôle spécifique, là où de grandes enseignes (comme Kiabi, Zara, H&M, etc.) peuvent être concernées par des procédures de vérifications de la conformité de leurs produits. C’est au cours d’un contrôle de ce type que des articles de la marque Kiabi dépassant le seuil de PFAS autorisé ont été rappelés en mars dernier.

Privilégier les labels. À défaut d’avoir une réglementation spécifique aux textiles, les labels restent la seule assurance qu’il n’y a pas de produits chimiques invisibles. «Sur le marché de l’habillement, il existe plusieurs certifications, toutes sont des initiatives privées qui définissent leur propre cahier des charges et leur niveau d’exigence», précise Alban Jillet, responsable de certification textile chez Ecocert, l’un des organismes français de certification.

Dans la mode enfant, on retrouve le plus souvent deux labels : GOTS (Global organic textile standard) et Oeko-Tex. Le premier garantit que plus de 70% des fibres utilisées sont naturelles et d’origine biologique. Le label Oeko-Tex standard 100 certifie que le produit et ses composants ne contiennent aucune des 100 substances les plus nocives. Des marques comme Bout’chou (Monoprix), Petit Bateau ou encore Tape à l’œil commercialisent des vêtements portant l’un de ces labels. Toutefois, toutes les collections vendues en magasin ne sont pas certifiées. Les client·es doivent donc être vigilant·es aux mentions sur les étiquettes.

Choisir des fibres naturelles, éviter les motifs ou les anti-UV…

Penser naturel plutôt que synthétique. «Comme dans l’alimentaire, plus la liste des ingrédients est courte, mieux c’est», résume Thomas Ebélé, coauteur du livre La face cachée des étiquettes (éditions Eyrolles, 2023). Préférez les fibres naturelles comme le coton, le lin, la laine ou le chanvre aux fibres synthétiques. «Il faut bannir le polyamide, le polyester, le nylon, mais aussi les fibres artificielles comme la viscose et le lyocell.» De son côté, Anne Lafoucarde conseille la simplicité. Du coton blanc pour éviter les coups de soleil vaut mieux qu’un t-shirt coloré anti-UV : «Dès qu’il y a écritanti”, il faut se méfier. Pour rendre un vêtement antibactérien, on utilise un biocide. Tous les traitements appliqués à un textile rajoutent un produit chimique à sa composition.»

Gare au flocage ! Même si le visage de la Reine des neiges imprimé sur un pull fait plaisir à votre enfant, mieux vaut ne pas céder. «Les impressions par sérigraphie ou les motifs plastifiés peuvent contenir du PVC, un matériau synthétique rendu souple par des phtalates qui sont eux-mêmes des perturbateurs endocriniens, indique l’ONG WECF, qui préconise de choisir des vêtements aux motifs brodés et de se méfier des couleurs trop vives. Les colorants synthétiques présents dans les textiles restent le premier élément allergène provoquant des réactions sur la peau.»

Deux lavages valent mieux qu’un. Cette recommandation peut paraître anecdotique, mais le passage à la machine est chaudement conseillé avant d’enfiler un nouveau pantalon à votre bambin. «À chaque cycle en machine, la charge toxique d’un vêtement est divisée au moins par deux», chiffre Thomas Ebélé. Portés et nettoyés plusieurs fois, les vêtements de seconde main sont une bonne alternative à bas coût. Bonne nouvelle, la saison des vide-greniers est ouverte !

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08.05.2026 à 13:07

«Une pollution généralisée» : la plus grande nappe phréatique d’Europe contaminée par un cocktail de micropolluants chimiques

Esteban Grépinet

Texte intégral (1698 mots)

«Il ne reste que quelques points de mesures exempts de traces de micropolluants, ils sont un peu comme le dernier petit village d’Astérix», avance, laconique, Baptiste Rey, coordinateur pour l’Observatoire de la nappe d’Alsace (Aprona) du projet transfrontalier Ermes-ii-Rhin 2022-2025. Cet inventaire scientifique porte sur l’analyse de la qualité de l’eau de la nappe phréatique rhénane. Plus grand réservoir d’eau souterraine en Europe, elle permet d’alimenter près de cinq millions d’habitant·es en eau potable, de Francfort-sur-le-Main (Allemagne) à Bâle (Suisse) en passant par l’Alsace.

Dans un auditorium du Parlement européen à Strasbourg (Bas-Rhin), la fin de la matinée du jeudi 7 mai se déroule dans une atmosphère bien pesante. Baptiste Rey conclut la présentation du rapport de 550 pages publié le jour même par l’équipe scientifique du projet Ermes-ii-Rhin : «Nous sommes face à une pollution généralisée de la ressource en eau de la nappe phréatique Rhénane.» Ce ton alarmant reflète les résultats dévoilés : 96 % des 1 500 points de mesures analysés – répartis le long du Rhin entre le sud de l’Allemagne, le nord de la Suisse et l’est de la France – sont contaminés par au moins un micropolluant. 

La famille des micropolluants regroupe plus de 100 000 molécules différentes. Dans le rapport de synthèse du projet, ils sont définis comme des «substances qui provoquent des effets toxiques sur la santé humaine et les écosystèmes à des concentrations infimes, de l’ordre du millionième ou du milliardième de gramme par litre». Ses plus célèbres représentants : les pesticides et leurs métabolites (les substances issues de la dégradation de la molécule mère d’un pesticide), les PFAS (ou «polluants éternels»), les médicaments ou encore les solvants et additifs alimentaires.

Une partie de la cinquantaine de personnes ayant travaillé sur le projet Ermes-ii-Rhin depuis 2022. © Dorian Mao/Vert

Les résultats du projet Ermes-ii-Rhin «ne constituent pas un diagnostic de la qualité de l’eau distribuée au robinet (eau potable), mais des eaux brutes souterraines», rappellent les scientifiques dans l’avant-propos du rapport. Entre 2022 et 2025, ils et elles se sont penché·es sur l’identification de 144 micropolluants organiques dans la nappe phréatique. Au total, ce projet regroupe près de 450 000 résultats d’analyses.

Les pesticides, principale source de pollution de la nappe phréatique

Selon le rapport, les pesticides et leurs métabolites «engendrent une pollution diffuse et chronique sur l’ensemble de la nappe rhénane» et ont été identifiés sur 90% des points de mesures. Dans plus d’une mesure sur deux, la concentration de ces polluants dépasse même les valeurs de référence pour la potabilité de l’eau utilisées dans l’Union européenne. Selon une étude publiée en 2022 par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et l’Institut française de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et citée dans le rapport, «l’agriculture est identifiée comme une source majeure d’introduction des pesticides dans l’environnement.»

Il faut que les élus politiques européens prennent leurs responsabilités en mettant en place un vrai contrôle de l’industrie chimique.»

Président de l’Agence de préservation de l’environnement du land d’Hesse (HLNUG), en Allemagne, le professeur et docteur Thomas Schmid témoigne : «Cette charge polluante est un véritable problème, il va falloir mettre l’accent sur cette problématique et que le législateur européen prenne position pour agir concrètement.»

Thomas Schmid, président de l’agence de l’environnement du land de Hesse. © Dorian Mao/Vert

Un avis partagé par Daniel Reininger, membre du comité de bassin Rhin-Meuse pour France nature environnement (FNE) : «Il faut que les élus politiques européens prennent leurs responsabilités en mettant en place un vrai contrôle de l’industrie chimique. Notre modèle industriel hérité des trente glorieuses n’est plus soutenable depuis bien longtemps, il est urgent d’en développer un nouveau qui ne pèse pas autant sur les ressources naturelles et la santé des citoyens.»

S’il s’avère que la situation s’est stabilisée et même améliorée à certains endroits par rapport aux résultats du premier projet Ermes, paru en 2016, le représentant de FNE n’en démord pas : «Que l’on voie le verre à moitié plein ou à moitié vide par rapport à 2016 n’a pas beaucoup d’importance. Dans les deux cas, la nappe phréatique est dans un état critique, catastrophique. Nous continuons de scier la branche sur laquelle nous sommes assis pour nous fournir en eau potable.»

Le TFA, le «PFAS ultime» omniprésent dans la nappe phréatique

À l’instar de nombreux résultats en France, la nappe phréatique du Rhin supérieur n’est pas épargnée par l’acide trifluoroacétique (TFA), considéré comme le «PFAS ultime» par les scientifiques dans leurs conclusions. Issu de la dégradation de nombreux pesticides et PFAS, le TFA est extrêmement mobile, omniprésent dans l’environnement et presque indestructible, selon les spécialistes du sujet«Sa présence est détectée sur 97% des points de mesures, indique le rapport. C’est la substance chimique la plus quantifiée de cet état des lieux.»

La concentration en TFA dépasse les 100 nanogramme par litre (ng/l) dans 41 % des points de mesures. Cette valeur sert de référence pour la potabilité de l’eau en France pour la somme des 20 PFAS les plus préoccupants à l’échelle européenne – liste que le TFA doit rejoindre au 1er janvier 2027, selon le média Contexte. En Alsace, le TFA est retrouvé sur la quasi intégralité des points de mesures, mais à des concentrations entre 50 et 100 ng/l. Dans certains lands allemands, ces valeurs peuvent dépasser les 10 000 ng/l avec un maximum retrouvée à 14 100 ng/l.

«Le TFA est le symbole le plus marquant de l’impact de nos sociétés industrielles sur les ressources naturelles.»

Le docteur Joachim Bley, vice-président de l’agence régionale de l’environnement du Bade-Wurtemberg, est formel : «Le TFA est le symbole le plus marquant de l’impact de nos sociétés industrielles sur les ressources naturelles. C’est sans aucun doute une problématique qui va rester pendant très longtemps à l’agenda de nos enjeux pour les générations futures concernant l’état de la ressource en eau.»

Pour les autres membres de la famille des PFAS, ils ont été retrouvés sur près de 70 % des points, traduisant «une contamination généralisée sur l’ensemble du territoire, avec des concentrations mesurées majoritairement inférieures aux seuils réglementaires», écrivent les scientifiques.

Les rejets des stations d’épurations renforcent la contamination de la nappe

La seconde moitié du rapport est axée sur un autre potentiel coupable de la dégradation de la nappe phréatique : les rejets des stations d’épuration urbaines (les «STEU»). Il en existe plus de 230 sur l’ensemble du territoire de la nappe rhénane. «Nous avons sélectionné six sites pilotes pour étudier les interactions entre les rivières, les milieux récepteurs des STEU et la nappe phréatique afin d’observer l’impact des rejets sur l’eau souterraine», résume Violette Hisquin, chercheuse pour l’Observatoire de la nappe d’Alsace.

Violette Hisquin, chercheuse à l’Aprona. © Dorian Mao/Vert

Afin d’analyser ces rejets, les scientifiques ont utilisé une «méthode analytique innovante» : l’analyse non ciblée. Elle leur a permis d’identifier «entre 61 et 194 molécules selon les sites et les types d’eau analysés», dont plusieurs substances qui n’auraient pas été identifiées avec une analyse classique.

«Une observation commune ressort des études de chaque site pilote : des micropolluants organiques issus des eaux usées traitées sont identifiés dans les eaux souterraines en aval des STEU ou présents à des concentrations plus élevées qu’en amont des points de rejets, concluent les scientifiques. Ce constat confirme le rôle des rejets de STEU comme source potentielle de contamination des nappes alluviales, voire de captages d’alimentation en eau potable situés à l’aval des rejets.»

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08.05.2026 à 08:23

112 mètres de long et 400 tonnes de poissons pêchées par jour : un nouveau «navire de l’enfer» mis à l’eau en mer du Nord

Esteban Grépinet

Texte intégral (1061 mots)

Sur la côte d’Opale, dans le nord de la France, un bateau de pêche artisanale remonte en moyenne 30 à 40 tonnes par an. Bientôt, ces petites embarcations pourraient voir arriver un nouveau mastodonte dans leurs eaux : l’Annie Hillina, capable de capturer 400 tonnes… en l’espace d’une journée. «Ils vont faire en un jour ce que nous débarquons sur dix ans», déplore Stéphane Pinto, ancien fileyeur et vice-président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France.

Inauguré le 8 mai aux Pays-Bas, l’Annie Hillina peut remonter 400 tonnes de poissons par jour. © DR

Ce gigantesque chalutier est inauguré ce vendredi à IJmuiden (Pays-Bas, à une quarantaine de kilomètres d’Amsterdam) par le groupe Parlevliet & van der Plas, l’un des cinq géants néerlandais qui dominent la pêche industrielle en Europe (notre article). Avec 111,5 mètres de long et 21 mètres de large, ce navire-usine fait frémir depuis plusieurs jours pêcheur·ses et organisations de protection de l’environnement.

«Fuite en avant technologique»

Prévu pour remonter 60 000 tonnes de poissons à l’année, l’Annie Hillina égale un autre géant des mers, jusque là connu comme le plus grand chalutier au monde : l’Annelies Ilena. En service depuis les années 2000, ce dernier est lui-aussi possédé par la société Parlevliet & van der Plas.

Le tout nouveau bateau de l’entreprise néerlandaise «incarne une fuite en avant technologique mise au service de la destruction de l’océan et de la pêche artisanale», dénonce l’association de défense de l’océan Bloom. Ce «navire de l’enfer», comme le surnomme l’ONG, «s’est déjà vu octroyer des autorisations de pêche pour toute une batterie d’espèces déjà surexploitées».

L’Annie Hillina doit pêcher des poissons fourrages, ces petites espèces en bas de la chaîne alimentaire marine : maquereau, sardine, hareng, chinchard, ou encore merlan bleu. Plusieurs de ces animaux sont pourtant surpêchés dans les eaux européennes (notre article). Les scientifiques appellent par exemple à diviser par quatre les prises de maquereaux dans l’Atlantique nord – une recommandation que n’a finalement pas suivi l’Union européenne, qui a acté en mars dernier une baisse de seulement 48% des captures.

«Il y a quelque chose qui m’échappe» dans la stratégie de Parlevliet & van der Plas, témoigne Laëtitia Bisiaux, responsable de la campagne pêche industrielle à Bloom. Je ne comprends pas comment ils peuvent investir 80 millions d’euros dans un système contraint par des quotas en baisse avec l’effondrement des poissons, et avec des prix du carburant qui explosent.»

La militante n’hésite pas à soupçonner le groupe de «fraudes», rappelant par exemple que l’un des chalutiers géants dont il a la gestion avait été condamné en 2012 à 595 000 euros d’amende en France pour avoir pêché illégalement plus d’un millier de tonnes de poissons.

Bientôt dans les eaux françaises ?

Bien que sous pavillon des Pays-Bas, l’Annie Hillina dispose de droits pour pêcher dans les eaux françaises, au large de la Normandie et des Hauts-de-France. «En novembre-décembre, ces chalutiers aspirent la zone et mettent à blanc toute la zone côtière, c’est un vraie concurrence déloyale pour les petits pêcheurs», dénonce Laëtitia Bisiaux. «Il y a une répercussion sur la ressource, mais aussi sur la cohabitation entre les métiers, complète Stéphane Pinto. Nous subissons aussi les interdictions de pêche dans les zones anglaises, et on réduit l’espace maritime tout en augmentant la pression sur la ressource avec des navires de plus en plus gros.»

L’annonce de la mise à l’eau de ce nouveau chalutier géant est accueillie froidement par le monde de la pêche française. «N’importe quel pêcheur ne veut plus de ces bateaux usines qui pêchent beaucoup trop, a par exemple réagi Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches des Hauts-de-France, dans Ouest FranceLa pêche artisanale fait vivre beaucoup de monde à terre, ces chalutiers épuisent la mer.»

Le groupe néerlandais doit cependant respecter des quotas de pêche, fixés par l’Union européenne pour chaque État membre, et répartis ensuite entre les pêcheur·ses dans chaque pays. Il dispose d’accords pour pêcher dans d’autres régions du monde, comme en Amérique du Sud ou le long des côtes africaines.

Pour Bloom, «un tel navire n’a sa place nulle part. Ni dans la bande côtière française en conflit avec les artisans, ni au large de l’Écosse à affamer les fous de Bassan [des oiseaux marins, NDLR], ni en Afrique de l’Ouest à piller les communautés côtières parmi les plus vulnérables au monde.»

L’association organise une manifestation avec citoyen·nes et pêcheur·ses ce vendredi en début d’après-midi sur le port d’IJmuiden pour dénoncer l’inauguration de ce «navire de l’enfer». Plus globalement, elle appelle à l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans les eaux territoriales françaises (soit les 22 premiers kilomètres depuis la côte), ou encore à un «plan de démantèlement des navires-usines».

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08.05.2026 à 05:00

La carte de Vert des festivals de musique écolos et indépendants en 2026

Antoine Poncet

Texte intégral (2138 mots)

Qui dit retour des beaux jours dit ouverture de la saison des festivals. Chaque été, ces rendez-vous festifs et musicaux rassemblent des milliers de personnes venues célébrer la musique et le vivre-ensemble partout dans le pays.

Mais derrière l’ambiance conviviale se cachent des impacts bien réels : transport du public et des artistes, consommation énergétique des scènes, restauration, production massive de déchets… Autant de facteurs qui pèsent sur le climat et le vivant. À cela s’ajoute une autre réalité : une partie des grands festivals appartient aujourd’hui à de puissants groupes du divertissement, participant à une uniformisation des programmations.

Heureusement, une autre voie existe. Partout en France, de nombreux festivals indépendants s’engagent pour réduire leur empreinte écologique et repenser leur modèle. Portés par des associations ou des structures à but non lucratif, ils défendent une approche plus locale, plus responsable et souvent plus expérimentale.

Au-delà de la musique, ces événements deviennent aussi des espaces de sensibilisation et d’échange. Villages associatifs, conférences, ateliers, fresques du climat, projections, balades nature, défis à vélo ou encore actions de ramassage de déchets : autant d’initiatives qui invitent le public à réfléchir et à agir face aux enjeux écologiques et sociaux.

Depuis cinq ans, Vert dresse ainsi une carte des festivals à la fois indépendants et engagés pour l’environnement. En 2026, ils sont 72 à répondre à ces critères.

Notre sélection repose sur trois grands principes :

L’indépendance : les festivals recensés ne sont pas détenus par de grands groupes. Ils sont généralement organisés par des associations ou des structures à but non lucratif.

L’engagement éditorial : au-delà de la programmation musicale, ces festivals proposent des contenus dédiés aux enjeux environnementaux et sociaux, avec une volonté de sensibiliser (voire de mobiliser) le public.

La réduction de l’impact environnemental : les initiatives vont au-delà des dispositifs désormais classiques (tri des déchets, gobelets réutilisables, toilettes sèches). Cela peut inclure une alimentation majoritairement ou entièrement végétarienne, le recours aux énergies renouvelables, des incitations à privilégier le train ou le vélo, ou encore des politiques de sobriété ambitieuses.

Bonne découverte !

Auvergne-Rhône-Alpes

Bourgogne-Franche-Comté

Bretagne

Centre-Val de Loire

Grand Est

Hauts-de-France

Île-de-France

Normandie

♂ Nouvelle-Aquitaine

Occitanie

Pays de la Loire

Provence-Alpes-Côte d’Azur

Martinique

  • Mada green – 6 juin, Saint-Pierre (Martinique)

Si vous connaissez des festivals écolos et indépendants qui ne figurent pas dans notre liste, n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse contact[at]vert.eco. Après avoir vérifié qu’ils remplissent les critères, nous les ajouterons à la carte.

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