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10.08.2026 à 06:30

La France et l’Europe deviendront-elles inassurables ? 

Ramona Bloj

Les événements climatiques extrêmes, désormais récurrents et dont l'impact est croissant d'année en année, posent une question cruciale aux banques et aux assurances.

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Texte intégral (1012 mots)

Les sécheresses exceptionnelles et les incendies qui ont frappé la France, l’Espagne et une grande partie de l’Europe cet été auront des conséquences économiques majeures, dont on commence seulement à mesurer l’ampleur : destruction de logements et de capital productif, pertes de production colossales, notamment dans l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, suivie par une inflation importante sur les prix de ces produits.

  • Selon les données rassemblées par l’Agence européenne de l’environnement, les quatre années 2021-2024 ont été celles où les pertes économiques directes causée par des événements climatiques (tempêtes, inondations, incendies, gel, grêle et sécheresse) ont été les plus importantes depuis 1980, avec 208 milliards d’euros de dommages recensés pour l’ensemble de l’Union.
  • Lorsque les données de 2026 seront également disponibles, ce record sera, selon toute probabilité, largement dépassé.  
  • Ces événements, désormais récurrents et dont l’impact est croissant d’année en année, posent de très nombreuses questions en matière de politiques publiques d’adaptation au changement climatique. 
  • Ils créent notamment de graves difficultés pour le secteur des assurances, qui est l’un des moyens privilégiés depuis longtemps pour amortir le choc provoqué par ce type d’événements pour des individus, des régions ou des activités donnés.
  • Or, la fréquence croissante des événements climatiques extrêmes et la hausse des coûts qu’ils engendrent mettent les assureurs à mal. Il s’agit en plus de dynamiques nouvelles et changeantes, pour lesquelles ils ne disposent pas de l’historique nécessaire pour estimer les risques et ajuster les primes d’assurance dans les cas usuels. 
  • En réaction, ils ont tendance à augmenter fortement leurs tarifs et/ou à réduire leur couverture. Ce qui revient à laisser de plus en plus de citoyens et d’entreprises assumer seuls ces coûts.

Cette tendance est d’autant plus préoccupante que, selon la Banque centrale européenne 1 et le régulateur européen des assurances, seuls un quart des dommages causés par les événements climatiques sont actuellement couverts par les assureurs dans l’Union. 

  • Dans un contexte où le montant de ces pertes explose d’année en année, les Européens ont certainement besoin de plus de couverture assurantielle, et non de moins. Or, c’est précisément dans cette direction que la dynamique spontanée du marché conduit les acteurs 2.
  • Outre les problèmes humains, sociaux et économiques colossaux que cela engendre, ces pertes non assurées créent également des risques supplémentaires pour l’autre pilier du système financier : les banques. Celles-ci se retrouvent en effet confrontées à des clients, particuliers ou entreprises, incapables de rembourser les crédits qu’elles leur ont accordés, comme le rappelle le Center for Economic Transition Expertise de la London School of Economics 3
  • Si la question des pertes non assurées n’est pas réglée, les banques risquent de refuser des crédits ou d’augmenter fortement leurs taux pour des clients, des régions ou des secteurs jugés à risque, ce qui amplifiera les effets négatifs des événements climatiques. 
  • C’est la raison pour laquelle, depuis 2023, la Banque centrale européenne et le régulateur européen des assurances appellent ensemble à la création d’un mécanisme européen de réassurance — une assurance des assurances en quelque sorte –, pour les risques liés au climat. Ce dispositif pourrait être complété par la création d’un fonds public européen pour aider les États membres à faire face à ces risques pour les infrastructures publiques.

La mise en place de mécanismes de ce type ne peut et ne doit évidemment pas servir à maintenir le statu quo et se substituer à une politique d’adaptation volontariste au changement climatique. 

  • C’est le problème classique de l’aléa moral en matière d’assurances : en limitant les coûts subis suite à tel ou tel sinistre, on limite aussi l’incitation à prendre des mesures pour éviter que le problème ne se reproduise à l’avenir. 
  • Pour éviter cela, des mesures européennes de réassurance au profit des États membres pourraient être conditionnées à la mise en place effective de plans d’adaptation ambitieux.  
Sources
  1. The climate insurance protection gap », Banque centrale européenne.
  2. Dashboard on insurance protection gap for natural catastrophes », European Insurance and Occupational Pensions Authority.
  3. The insurance–bank nexus : the climate protection gap as a source of risk for the financial system », CETEX, 25 juin 2026.

10.08.2026 à 06:00

Et si la vraie révolution technologique n’était pas l’IA ? 

Louis Puel

La course aux modèles pourrait masquer une transformation plus décisive de l’économie mondiale : l’énergie verte.

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Texte intégral (8429 mots)

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Deux puissantes révolutions technologiques sont en cours. La première concerne l’intelligence artificielle et fait l’objet d’une attention particulièrement soutenue de la part de la presse. Elle est présentée par certains comme le signe avant-coureur de changements massifs, voire du remplacement des êtres humains par une « super-intelligence ». En 2018, Sundar Pichai, le directeur général de Google ne déclarait-il pas : « L’IA est plus profonde que le feu ou l’électricité » ? 1

La seconde, en revanche, suscite un intérêt bien moindre : il s’agit d’un ensemble interconnecté de technologies, comprenant l’énergie solaire, les batteries et les véhicules électriques. Nous appellerons cet ensemble la « triade des technologies propres » ou TTP. Sa diffusion et son adoption permettent aujourd’hui de remplacer les combustibles fossiles. C’est elle aussi qui deviendra le fondement énergétique de l’économie politique et qui aura l’impact le plus grand sur la vie des populations à l’échelle mondiale. 

En effet, la TTP répond directement à un grand nombre de défis. Elle est déjà une réalité et son adoption est motivée par des intérêts économiques de plus en plus évidents. À l’inverse, l’ampleur et l’impact de l’IA sont encore incertains. 

Les révolutions technologiques les plus cruciales pour la société sous-tendent ce que Carlota Perez appelle un nouveau paradigme techno-économique (PTE). Un PTE repose sur un facteur de production clef, dont la technologie doit réunir plusieurs propriétés : être bon marché et voir son prix baisser continûment ; elle doit être inépuisable dans un avenir prévisible ; elle doit avoir des applications variées ; enfin, elle doit augmenter la productivité tout en réduisant le coût du capital et de la main-d’œuvre 2. À ces quatre critères, il faut en ajouter deux autres : elle doit répondre à des besoins fondamentaux existants ou en créer de nouveaux (par exemple, le téléphone mobile est désormais un besoin qu’on peut qualifier de « fondamental » dans la majeure partie du monde) et permettre à de nouvelles entreprises de se développer et de devenir incontournables. 

Les nouveaux paradigmes techno-économiques devraient avoir un impact sur tous les aspects de notre vie socio-économique. Les trois derniers PTE que nous avons connus sont : l’ère de l’acier et de l’électricité, l’ère du pétrole et des moteurs à combustion interne ; et, plus récemment, l’ère des technologies de l’information et de la communication (TIC). Dans ce dernier cas, c’est le semi-conducteur qui en a été le « moteur » principal, indispensable au bon fonctionnement des ordinateurs et des logiciels qui les rendent utiles. 

Les États-Unis ont dominé ces trois périodes. Si des entreprises européennes et japonaises occupaient également des positions de premier plan lors des deux premiers, dans le domaine des TIC, les États-Unis ont néanmoins imposé leur hégémonie. En 2026, ils tentent toujours de préserver cette domination mondiale dans les deux premiers paradigmes en contrôlant l’énergie issue des combustibles fossiles et en repoussant la menace qui pèse désormais sur leur domination dans le troisième paradigme, en empêchant la Chine de se procurer des semi-conducteurs, des équipements de pointe et les logiciels nécessaires à leur production. L’objectif est de freiner son essor dans le domaine de l’informatique, et plus précisément de l’intelligence artificielle. La supériorité américaine dans l’économie pétrolière et dans les PTE liés aux semi-conducteurs est en effet remise en cause par la Chine : dans le premier cas, via la triade des technologies propres ; dans le second, via la mise en place d’une pile (stack) informatique parallèle. 

La technologie sous-jacente au prochain PTE pourrait ne pas être l’IA, mais la TTP, qui répond directement à certains des « grands défis » actuels : le changement climatique et la pollution liées aux transports et au chauffage, causées en grande partie par l’utilisation de combustibles fossiles ; l’accès à une énergie moins coûteuse et plus durable, afin de répondre à des besoins fondamentaux tels que l’accès à l’eau potable, la production alimentaire, les communications et les transports.

L’IA, le fondement du prochain PTE ? 

Face à cet engouement mondial et, apparemment, inépuisable, suscité par l’IA et ses grands modèles de langage, il est crucial de déterminer si elle est seulement un outil ou si elle représente quelque chose de plus puissant encore. Si elle est largement adoptée, l’IA pourrait-elle transformer l’économie politique mondiale et faire advenir un nouveau PTE ? Pour répondre à cette question, examinons la stratégie des États-Unis, pour l’heure dominante, puis celle de la Chine, dont les modes de développement de l’IA sont très différents, au regard des critères du PTE évoqués précédemment.

Une production bon marché et un prix qui ne cesse de baisser ?

Le premier critère d’un nouveau PTE est que la technologie qui le sous-tend doit devenir de moins en moins coûteuse au fil du temps. Le coût réel de l’IA reste opaque : les entreprises américaines ont d’abord commercialisé des services informatiques basés sur l’IA à des prix bien inférieurs à leur coût de production et n’ont augmenté le prix d’utilisation que récemment, afin de récupérer au moins une partie des sommes investies. La stratégie américaine en matière d’IA repose sur des investissements massifs dans des centres de données, qui nécessitent des quantités colossales d’électricité et, par conséquent, de nouvelles capacités de production, que les consommateurs actuels devraient subventionner. 

La promesse de l’IA est d’augmenter considérablement la productivité, à un niveau tel que les enthousiastes les plus ambitieux prévoient désormais la naissance d’une « intelligence artificielle générale ». Cet objectif n’est pas seulement poursuivi par les Big Tech, mais également par d’autres entreprises spécialisées dans l’IA. Parmi elles figurent OpenAI, propriétaire de ChatGPT, qui affichait une valorisation de 852 milliards de dollars et qui comptait moins de 7 000 employés en mars 2026 ; Anthropic, dont la valorisation s’élevait à près de 1 000 milliards de dollars et qui comptait moins de 7 200 employés en mai 2026 ; et SpaceX, détenue par Elon Musk, issue de la fusion entre l’ancienne société SpaceX et son entreprise xAI. Mais, à ce jour, ni les Big Tech ni ces entreprises spécialisées dans l’IA n’ont réussi à rentabiliser leurs activités dans ce domaine.

Ces investissements colossaux ne concernent qu’un petit nombre d’entreprises. De 2015 à 2026, plus de 177,5 milliards de dollars ont été investis dans OpenAI, à l’heure où l’engouement et les promesses autour de l’IA ne cessaient de prendre de l’ampleur. En mai 2026, des rumeurs laissaient entendre qu’OpenAI prévoyait une introduction en bourse avec une valorisation supérieure à 1 000 milliards de dollars, aujourd’hui reportée à 2027. Celle-ci devait être suivie par celle d’Anthropic, qui prévoyait également l’opération pour 2026, avec une valorisation estimée elle aussi à 1 000 milliards de dollars 3. Ces valorisations s’ajoutent aux centaines de milliards d’investissements déjà annoncés par diverses entreprises technologiques telles qu’Amazon, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Oracle. Le phénomène a de quoi étonner : les sommes en jeu sont si colossales que même les Big Tech, qui disposent pourtant d’énormes flux de trésorerie, se tournent vers Wall Street pour emprunter de l’argent.

La rapidité, l’ampleur et la concentration des investissements dans l’IA sont sans doute sans précédent dans l’histoire mondiale et pourraient même dépasser celles observées lors de la bulle Internet de la fin des années 1990. Toutes les entreprises les plus valorisées au monde, à l’exception de Saudi Aramco, investissent actuellement dans l’IA. À titre d’exemple, au premier trimestre 2026, Google, Amazon, Microsoft et Meta ont déclaré avoir investi plus de 130 milliards de dollars dans la construction de centres de données 4. D’autres estimations prévoient que les entreprises américaines, notamment les géants de la technologie et d’autres acteurs, investiront environ 1 000 milliards de dollars en 2027 dans des installations et des équipements liés à l’IA 5. Toutes ces infrastructures nécessiteront une capacité massive de production d’électricité. Les géants américains de la technologie sont ainsi, de fait, en train de passer du statut d’entreprises de logiciels à faible intensité d’actifs à celui de propriétaires de centres de données à forte intensité d’actifs. Leur pari repose sur l’espoir d’une IA qui sera d’une productivité telle que tous ces investissements en capital dans les logiciels et les centres de données – des actifs dont l’obsolescence est pourtant rapide – généreront des rendements exceptionnels 6.

Le phénomène est si important qu’il contribue de manière tangible à la croissance du produit intérieur brut américain. Par exemple, les économistes de la Banque fédérale de réserve de Saint-Louis ont calculé que les investissements dans l’IA avaient contribué à hauteur de 1,3 point de pourcentage à la croissance du PIB réel au premier trimestre 2025 et de 1,16 point de pourcentage au deuxième trimestre, avant de se stabiliser à 0,48 point de pourcentage au troisième trimestre 7. Selon la Banque : « Cette contribution a permis d’éviter une contraction plus marquée au premier trimestre et a représenté 30 % de la croissance du PIB au deuxième trimestre et 11 % de celle du troisième trimestre. » 8 À l’heure où nous écrivons ces lignes, il semble que l’ampleur de cet investissement se soit maintenue en 2026. Ces chiffres sont clairs : l’avenir de l’économie américaine repose sur le succès de l’IA. Si l’on considère les dépenses d’investissement en pourcentage du PIB, il s’agit du plus grand boom d’investissement de l’histoire des États-Unis.

Aucun autre pays, pas même la Chine, son principal concurrent dans le domaine de l’IA, n’investit à une telle échelle ni avec une telle intensité, concentrée sur un si petit nombre d’entreprises.

L’ampleur des montants n’est pas le seul élément stupéfiant : les pertes qui en découlent le sont tout autant. Par exemple, OpenAI affirme avoir réalisé un chiffre d’affaires de 13 milliards de dollars en 2025, mais avoir enregistré une perte de 8 milliards. Cette tendance n’est pas près de prendre fin, car l’entreprise continue de subventionner l’utilisation de l’IA tout en prévoyant de consacrer autour de 600 milliards de dollars aux infrastructures d’ici 2030 9. En mai 2026, Anthropic a déclaré que son chiffre d’affaires annualisé avait dépassé les 47 milliards de dollars 10. Cependant, à l’instar d’OpenAI, l’entreprise perd des milliards de dollars chaque année 11

Bien que le coût unitaire d’utilisation de l’IA (par « token », c’est-à-dire l’incrément de puissance de calcul consommé) ait connu une baisse, la dynamique semble s’inverser en 2026 et son coût s’apprête à augmenter. Cela s’explique en partie par une nouvelle tendance : les fournisseurs d’IA modifient leur mode de facturation. Ils ont commencé à facturer un montant par « token », au lieu du forfait d’abonnement très bas, utilisé initialement comme produit d’appel. En réaction, bon nombre des plus importants utilisateurs ont réduit leur consommation. En juin 2026, Uber a ainsi annoncé limiter l’utilisation des outils d’IA par ses employés, alors même qu’il les avait auparavant encouragés à y recourir autant que possible 12

Ces éléments ne permettent pas de tirer de conclusions, mais ils suggèrent néanmoins qu’en 2026, l’IA pourrait continuer à avoir un coût relativement bas pour certains usages grâce aux subventions, et que les consommateurs commencent à réduire leur utilisation des modèles plus avancés et plus chers. La trajectoire reste ouverte 13.

Une ressource inépuisable dans un avenir proche ?

Les possibilités de diffusion de l’IA sont-elles inépuisables ? 

Il est prématuré de le dire. C’est dans le domaine du code que les applications semblent actuellement les plus prometteuses. Mais là encore, les diagnostics diffèrent d’une source à l’autre : certaines affirment que les gains de productivité réels seraient modestes 14, tandis que d’autres déclarent au contraire que la productivité en matière de codage logiciel a considérablement progressé. L’IA est également utilisée dans des domaines variés : travaux étudiants, articles et rendus universitaires, bilans médicaux, traductions et transcriptions, comptes-rendus de réunions, mémoires juridiques, musique, création d’œuvres d’art, et bien plus encore. Mais ces applications suscitent-elles une demande massive et changent-elles notre monde au point de justifier des investissements d’une ampleur inédite ?

Certaines utilisations de l’IA sont devenues inévitables, car elle est aujourd’hui intégrée à Google Search ou aux produits Microsoft, et les utilisateurs ont de plus en plus de mal, voire ne parviennent plus, à s’en défaire. Si certaines données suggèrent que les applications de l’IA sont sans limite, il n’est pas certain que la hausse de la productivité se poursuive sur la même lancée. Comme pour toute nouvelle technologie, nous pourrions découvrir à l’avenir des applications jusqu’alors imprévues.

Enfin, le caractère inépuisable de l’IA dépend également du coût des centres de données et de l’électricité. Si le prix réel par jeton est facturé, son caractère illimité ne sera plus une évidence.

Des applications suffisamment variées ?

En principe, l’IA devrait pouvoir s’appliquer à toute fonction utilisant des données et permettre d’en améliorer les performances. L’utilisation de l’IA pourrait-elle se généraliser et sous quelles formes ? Y aura-t-il une adoption massive d’agents IA par exemple ? 

L’IA permet-elle d’augmenter la productivité tout en réduisant le coût du capital et de la main-d’œuvre ?

La vision actuellement défendue par la Silicon Valley est celle du remplacement prochain de tous les travailleurs par des IA. Si elle se concrétisait, le capital remplacerait les travailleurs. La promesse de l’IA est qu’elle rendra les travailleurs restants plus productifs. En ce qui concerne le capital, si les entreprises ne parviennent pas à fixer le prix de leurs offres à un niveau suffisamment élevé pour récupérer leurs coûts, les investissements massifs dans les centres de données pourraient ne pas rendre le capital plus productif. Ce problème est grave, car, contrairement à la bande passante et aux chemins de fer, les semi-conducteurs se déprécient rapidement en raison du rythme des améliorations technologiques. Enfin, en raison de la construction massive de centres de données, qui devrait se poursuivre dans les prochaines années, la demande en électricité devrait augmenter rapidement, ce qui nécessitera des investissements considérables.

Pour qu’une technologie puisse servir de base à un PTE, elle doit non seulement continuer à s’améliorer en termes de fonctionnalités, mais aussi en termes de coût. En 2026, on ignore si l’application de l’IA à une même tâche, comme le codage, permettra d’améliorer en continu la qualité du code, tout en réduisant les coûts. Permettra-t-elle d’améliorer la qualité de la production ou de réduire les coûts de manière économiquement significative ? En d’autres termes, les rendements ne devraient pas diminuer.

L’IA répond-elle à des besoins fondamentaux et permet-elle de le faire à moindre coût ? 

Comme tout logiciel, l’IA n’est pas directement consommable. Son utilisation vise à créer de la valeur ajoutée ou à réduire des coûts en proposant de nombreux services qui n’étaient pas disponibles auparavant. À ce jour, l’IA ne semble pas répondre directement à des besoins fondamentaux identifiés. Cependant, l’application de l’IA à l’ingénierie, à la culture des plantes, à la médecine et à d’autres domaines pourrait apporter de nouvelles perspectives susceptibles de déboucher sur de nouveaux produits. À l’avenir, l’IA pourrait également répondre à des besoins fondamentaux, comme le désir d’avoir des « amis » ou des « partenaires », même s’ils sont numériques, grâce à des chatbots. 

Le développement de nouvelles entreprises clefs

Dans le secteur émergent de l’IA, OpenAI et Anthropic font figure d’entreprises emblématiques. Cependant, contrairement aux entreprises phares des PTE précédents, ces deux sociétés sont totalement imbriquées aux géants des logiciels, des semi-conducteurs et désormais de l’IA — Amazon, Google, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla/SpaceX (xAI) — et en dépendent entièrement. Comme évoqué précédemment, ces deux entreprises sont dans une situation financière précaire, l’action SpaceX affichant des résultats décevants en juillet 2026, après son introduction en bourse le mois précédent.

Par conséquent, la croissance d’OpenAI et d’Anthropic semble bien accréditer la thèse d’une technologie capable de favoriser la montée en puissance de nouvelles entreprises, mais sans qu’elles soient à ce jour rentables. Il est par ailleurs possible que les géants technologiques existants finissent par absorber cette technologie. Cette éventualité montre que l’IA n’est peut-être pas suffisamment transformatrice pour constituer le fondement d’un nouveau PTE.

La stratégie chinoise en matière d’IA

La stratégie chinoise, très différente de celle des États-Unis 15, serait-elle plus à même de faire de l’IA le fondement d’un nouveau PTE ? 

Le développement de l’IA en Chine a connu une accélération inattendue, propulsant ses modèles au niveau des innovations de pointe américaines 16. La Chine ne se contente toutefois pas de suivre l’exemple américain : les entreprises chinoises ont en effet adopté une stratégie open source qui consiste à mettre leurs modèles d’IA à la disposition de tous les utilisateurs. Ces derniers peuvent les télécharger, les modifier et les exécuter librement. En 2026, ces modèles se sont déployés à l’échelle mondiale en raison de leur faible coût, y compris dans des entreprises américaines, qui cherchent à réduire leurs dépenses, et qui se détournent des modèles propriétaires américains, très onéreux. Ce succès se généralise, alors même que l’administration américaine cherche à le freiner, voire à y mettre un terme, non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier 17

Selon les analystes de Goldman Sachs, les développeurs chinois sont parvenus, en 2026, à créer des modèles de classe mondiale, tout en investissant bien moins de capitaux que les entreprises américaines. C’est là que réside l’avantage concurrentiel de la Chine : elle propose des modèles de haute qualité à moindre coût, dans le but de conquérir des parts de marché et ainsi de fidéliser les utilisateurs à l’échelle mondiale.

Comme aux États-Unis et en Europe, les entreprises chinoises appliquent l’IA à la recherche, à la publicité en ligne ou à la production de logiciels. En revanche, ce qui distingue la Chine, c’est le concept d’IA « incarnée », c’est-à-dire le fait d’intégrer l’IA à des agents physiques, tels que les robots ou les drones 18. Pékin déclare que ces outils ne sont pas conçus pour remplacer les travailleurs, mais plutôt pour les assister. 

Si l’on en revient aux conditions nécessaires à l’avènement d’un nouveau PTE, le modèle de développement chinois est en mesure de réduire le coût de l’IA, permettant ainsi sa diffusion et sa généralisation à grande échelle. Le choix de l’open source permettra à un nombre et à une diversité bien plus grands d’utilisateurs d’innover, en créant de nouvelles applications et de nouveaux usages de l’IA, tout en réduisant le coût de son adoption et de son utilisation. Toutefois, les cas d’usage véritablement transformateurs restent à identifier, en Chine comme aux États-Unis. 

Un PTE alternatif : les batteries électriques et les technologies propres

Intéressons-nous plus précisément à la « triade des technologies propres » ou TTP, certes bien moins médiatisée et à première vue moins séduisante, mais qui pourrait servir de manière plus plausible de fondement à la naissance d’un nouveau PTE. 

Depuis deux cents ans, les combustibles fossiles, transformés en énergie par combustion, constituent la principale source d’énergie mondiale. Ils sont présents dans la plupart des aspects de nos vies, qu’il s’agisse du transport de marchandises, de la mobilité des personnes ou du chauffage. Le remplacement d’une telle ressource entraînera des changements profonds à plusieurs niveaux : dans la vie quotidienne, dans la circulation des flux d’énergie, dans les sources de pollution, mais aussi dans la répartition du pouvoir, à la fois politique et financier à l’échelle mondiale. En 2025, les investissements pour la transition énergétique s’élevaient à 2 300 milliards de dollars, et devraient encore croître compte tenu du climat géopolitique actuel et à mesure que la demande en véhicules électriques, en batteries et en installations solaires augmente 19

Les promesses de cette énergie propre avaient d’abord suscité l’intérêt dans l’espoir de trouver une réponse à la pollution et au changement climatique, causés en partie par l’utilisation de véhicules thermiques. Jusqu’à très récemment, elle était toutefois coûteuse et peu efficace, en particulier dans le domaine des transports. Elle n’était économiquement viable que sur des marchés de niche ou grâce à d’importantes subventions. Cependant, les progrès réalisés au cours de la dernière décennie, tant sur le plan technologique que dans la production, ont non seulement permis une amélioration rapide des performances, mais aussi une baisse des prix. Une meilleure mise au point des batteries est le facteur clef qui explique le succès croissant des énergies propres et des véhicules électriques. 

Le premier véritable progrès dans l’utilisation des batteries a été l’arrivée sur le marché au Japon, en 1997, de la Prius, un véhicule hybride de Toyota, resté pendant deux décennies la vitrine de l’électrification automobile. Cette innovation a considérablement stimulé la demande de batteries plus performantes, car la Prius dépendait encore des combustibles fossiles. La deuxième étape de cet essor a été l’utilisation de batteries au lithium, initialement employées dans l’électronique grand public, qui ont connu des progrès technologiques rapides et une baisse significative de leurs coûts

Les progrès considérables réalisés dans ce domaine ont permis de remplacer les combustibles fossiles dans un nombre croissant d’applications. Les batteries présentent deux caractéristiques qui facilitent cette transition. Tout d’abord, elles rendent économiquement viable l’intervalle de temps entre la production et la consommation d’énergie électrique. C’était un point capital pour que l’énergie renouvelable puisse être exploitée, alors que les combustibles fossiles peuvent naturellement stocker de l’énergie. Deuxièmement, cette capacité à conserver suffisamment d’électricité sans perte économique permet d’exploiter l’énergie qu’elles contiennent sans se connecter à un réseau. Les batteries peuvent donc désormais servir à stocker de l’énergie et à la rendre disponible partout. C’est ce qui permet aujourd’hui aux véhicules électriques de s’imposer comme une alternative viable aux véhicules thermiques.

En 2026, l’électricité photovoltaïque associée à un stockage par batterie est la forme la moins coûteuse de production et d’approvisionnement en énergie dans la plupart des régions du monde. Les avantages de cette technologie ne cessent par ailleurs d’être mis en lumière, grâce aux progrès constants réalisés tant au niveau de la production photovoltaïque que de la rentabilité des batteries et des moteurs électriques. Ces avancées sont en passe de faire de la TTP la source d’énergie dominante, en remplacement des combustibles fossiles. 

Une production bon marché et un prix qui ne cesse de baisser

L’électricité peut désormais remplacer l’essence et le diesel dans les transports, et le gaz naturel dans la cuisine et le chauffage, à des conditions économiques favorables. Cela est rendu possible par l’amélioration constante des batteries en termes de densité énergétique, de temps de charge et de sécurité, tandis que leur coût continue de baisser. Il devient donc de plus en plus rentable de décaler la production d’électricité dans le temps, ce qui permet de lisser la production intermittente, caractéristique des sources d’énergie renouvelables dépendantes des conditions météorologiques. Des batteries suffisamment légères et à haute densité énergétique permettent d’accéder à l’énergie sans connexion physique à une source. La capacité à produire de l’électricité partout, tant qu’il y a du soleil ou du vent, puis à la stocker pour une utilisation ultérieure, a des implications profondes : ces caractéristiques remettent en cause les fondements mêmes de l’économie du XXe siècle, centrée sur les combustibles fossiles.

En 2025, le cabinet de conseil en recherche énergétique Ember, spécialisé dans les TTP, observait que les énergies renouvelables étaient de plus en plus souvent privilégiées pour les nouveaux projets énergétiques 20. Ce sont leurs avantages en termes de coûts qui ont motivé ce choix. Par exemple, le coût de l’énergie pour un projet hybride solaire-batterie s’élève à 59 dollars par mégawattheure, contre 102 dollars par mégawattheure pour un projet combinant une turbine à gaz naturel. Même en prenant en compte le stockage, les énergies renouvelables constituent désormais l’option la moins coûteuse, et les prix continuent de baisser rapidement.

Comme 40 % du coût d’un véhicule électrique provient des batteries, le prix des véhicules électriques diminue également. Il en va de même pour d’autres composants, notamment les moteurs électriques. Enfin, les voitures sont repensées pour être optimisées avec les nouveaux groupes motopropulseurs, ce qui améliorera leur efficacité et réduira aussi leur coût. 

Une ressource inépuisable dans un avenir proche

L’énergie produite grâce aux sources renouvelables est inépuisable. Il est désormais possible d’installer des panneaux solaires photovoltaïques partout. Les espaces qu’on peut qualifier d’« inutilisés », tels que les façades des bâtiments, les toits, voire les toits des voitures, peuvent ainsi être aménagés pour produire de l’énergie. Les parkings, par exemple, peuvent être recouverts de panneaux solaires. En Californie, les aqueducs ont commencé à être recouverts de panneaux solaires qui produisent de l’énergie et réduisent l’évaporation, permettant ainsi d’économiser l’eau. Au départ, les batteries des véhicules électriques reposaient sur une technologie au nickel-manganèse-cobalt coûteuse, mais elles sont progressivement remplacées par des batteries lithium-fer-phosphate bien moins chères, tout en étant très performantes. Des batteries au sodium, encore moins chères, mais tout aussi concluantes, font également leur percée. La baisse des coûts des batteries au sodium les rendra si économiques que leur approvisionnement sera pratiquement intarissable. Le stockage d’énergie sera ainsi aussi abondant que la production d’énergie propre elle-même. 

Des applications suffisamment variées

L’énergie est un intrant fondamental pour toutes les activités économiques et l’électricité est la forme d’énergie la plus facile à transporter sur le plan technique. Dans le domaine des transports, rares étaient ceux qui pensaient que les batteries pourraient remplacer le kérosène, mais des avions de transport régional à courte distance ainsi que différents types de transport fluvial alimentés par batterie sont en cours de développement. Les combustibles fossiles sont déjà en train d’être supplantés dans tous les types de transport. Enfin, la TTP devient également de plus en plus compétitive pour les usages énergétiques hors transport.

Les pays du Sud dépendent davantage des combustibles fossiles que les pays développés, en raison de l’insuffisance de leurs réseaux électriques. Toutefois, l’énergie solaire et les batteries permettent de rendre l’électricité accessible, même dans les zones les plus isolées, à condition qu’elles bénéficient d’un ensoleillement suffisant. Cela a créé de nouveaux marchés pour les véhicules électriques, en particulier les scooters et les motos. L’accès à une énergie peu coûteuse pour ceux qui ne disposent actuellement que de combustibles fossiles onéreux permet d’élargir les applications de la TTP. 

Enfin, l’amélioration constante des batteries permet l’émergence de nouvelles applications qui n’étaient pas envisageables jusqu’alors. À titre d’exemple, à mesure que des batteries présentant une densité énergétique plus élevée feront leur apparition, les robots humanoïdes deviendront encore plus performants. Paradoxalement, le développement de l’intelligence artificielle nécessite d’énormes quantités d’énergie, qui proviendront non seulement des énergies renouvelables, mais aussi des combustibles fossiles coûteux et de l’énergie nucléaire.

La TTP permet d’augmenter la productivité tout en réduisant le coût du capital et de la main-d’œuvre

La TTP aura un impact considérable sur le coût des investissements liés à l’énergie. 

Le coût de l’énergie issue des combustibles fossiles se compose de deux éléments : d’une part les coûts d’investissement liés au forage à grande échelle, au transport maritime, au raffinage et à l’acheminement ; d’autre part le coût variable du combustible lui-même, qui ne peut être recyclé après usage. Les cellules photovoltaïques et les batteries au lithium supposent, elles aussi, une infrastructure massive d’extraction, de transformation et de production, mais leurs coûts variables sont pratiquement nuls. À la seule échelle de la construction, une centrale à combustibles fossiles est désormais plus coûteuse qu’une centrale solaire ; et cette comparaison laisse encore de côté l’immense infrastructure d’extraction et de transport que la première suppose en amont. Les coûts de la TTP, enfin, continuent de baisser grâce à des innovations techniques prévisibles et aux économies d’échelle de la production de masse.

L’impact sur le coût de la main-d’œuvre est toutefois plus difficile à évaluer. Dans le secteur de la production de véhicules, les véhicules électriques comportent moins de composants et sont donc moins complexes que les véhicules à moteur à combustion interne. Ils nécessitent donc moins de main-d’œuvre et d’investissements en capital dans les usines, tant pour la production que pour la conception. De même, la production de cellules photovoltaïques est hautement automatisée et ne requiert pas de main-d’œuvre importante. En revanche, l’installation de systèmes solaires nécessitera une main-d’œuvre conséquente. De manière générale, l’électricité est plus simple et plus facile à maîtriser que l’énergie issue des combustibles fossiles. D’un point de vue plus global, la TTP permet de réduire les coûts énergétiques et devrait donc entraîner une baisse du coût de la vie.

La TTP répond à des besoins fondamentaux existants ou elle en crée de nouveaux 

La TTP répond directement au besoin fondamental de l’être humain en énergie, qui revêt une importance cruciale dans toute société. À mesure que le coût des énergies renouvelables diminue, le prix des engrais, du dessalement de l’eau de mer, etc. doit également baisser. Les progrès réalisés dans le domaine des batteries permettront de ne plus avoir besoin d’une connexion directe à une source d’électricité pour les moyens de transport, comme les trains et les métros. Bien que les robots humanoïdes, les drones et de nombreux autres produits aient existé avant l’apparition de batteries puissantes et peu coûteuses, leur développement a été possible par l’amélioration continue de ces dernières.

Le développement de nouvelles entreprises clefs

L’économie des véhicules électriques a donné naissance à plusieurs entreprises emblématiques, dont Tesla, cette entreprise de la Silicon Valley qui s’est révélée pionnière dans l’industrie mondiale des véhicules électriques et propose des modèles de pointe. Tesla produit également des batteries pour véhicules électriques, mais s’approvisionne auprès de divers fournisseurs pour le reste, dont beaucoup sont chinois. Tous les autres leaders du secteur sont chinois, le plus marquant d’entre eux étant BYD, qui produit aujourd’hui plus de véhicules électriques et hybrides rechargeables que n’importe quelle autre entreprise au monde. BYD est également le deuxième plus grand fabricant de batteries au monde. Outre BYD et Tesla, d’autres constructeurs chinois de véhicules électriques, comme Xpeng, Nio ou Geely, ont connu une croissance rapide. Il y a également l’entreprise chinoise CATL, moins connue, qui produit 40 % des batteries pour véhicules électriques dans le monde, ainsi que de nombreux autres petits fabricants. La Chine produit environ 90 % des cellules photovoltaïques mondiales et la quasi-totalité des wafers. Aucun constructeur automobile ni fabricant de batteries historique n’atteint 10 % du marché mondial ; le coréen LG Energy Solutions, seul à s’en approcher. 

Il semble ainsi de plus en plus probable que ce soient les entreprises chinoises qui mèneront et assureront la transition mondiale vers les technologies propres.

Les technologies propres comme nouveau paradigme techno-économique 

Si l’IA suscite un intérêt remarquable, la TTP bénéficie d’améliorations technologiques croissantes et son adoption s’accélère à l’échelle mondiale. Quant à savoir laquelle de ces deux technologies sera au cœur du prochain PTE, la TTP semble avoir davantage de chances d’en devenir le pivot, au vu des évolutions actuelles. Cela n’empêche pas l’IA d’être une nouvelle technologie de premier plan qui pourrait même permettre d’améliorer davantage la TTP. 

L’intelligence artificielle a le potentiel de devenir une technologie à usage général puissante, et le modèle en source ouverte chinois permet de réduire son coût d’utilisation mais pour le moment, elle ne s’attaque directement à aucun des grands défis mondiaux et ne semble pas non plus répondre à des besoins fondamentaux de la société. Elle pourrait toutefois jouer un rôle très important dans l’amélioration de la chimie des batteries, des panneaux solaires et de nombreux autres aspects de la TTP. 

Le développement des véhicules électriques permet de s’attaquer directement au défi du changement climatique, tout en renforçant l’autosuffisance énergétique nationale et en réalisant d’importantes économies sur la durée de vie des véhicules. S’y ajoutent la réduction de la pollution locale due aux aérosols des plaquettes de frein, la diminution de l’utilisation d’antigel et l’élimination des fuites d’huile des moteurs à combustion interne. Bien que ces avantages ne se reflètent pas dans le coût de possession, ils ont un impact sur l’environnement et sur la vie des populations. Certes, la TTP a encore elle aussi des impacts sur l’environnement, notamment lors de l’extraction, du traitement et de la fabrication des minerais, mais ils sont susceptibles d’en avoir bien moins que les véhicules thermiques. De plus, les batteries, les panneaux solaires et les véhicules électriques sont recyclables ; ce n’est pas le cas des véhicules à moteur à combustion interne, et les combustibles fossiles qui les alimentent sont loin de l’être. Leur combustion génère de la chaleur et une pollution chimique. Mais, surtout, la TTP est moins coûteuse et plus résiliente.

L’essor de la TTP a des implications géopolitiques. Pour n’en prendre qu’un exemple, l’un des piliers de la puissance mondiale des États-Unis est le pétrodollar, que l’adoption des véhicules électriques et des batteries aurait menacé, même sans la guerre lancée contre l’Iran. Pour de nombreux pays, l’une des sanctions les plus contraignantes a longtemps été d’être privé d’un accès aux combustibles fossiles – une situation que l’Allemagne et le Japon ont tous deux connue pendant la Seconde Guerre mondiale.

En 2026 à l’échelle mondiale, en dehors des États-Unis, c’est la TTP qui bénéficie du plus grand nombre d’investissements. Pour la plupart des habitants de la planète, l’accès à une énergie et à une mobilité fiables et peu coûteuses revêt une importance bien plus grande que le code logiciel généré par l’IA, les présentations, les résumés d’actualités, la publicité, la musique ou l’art. Alors que la TTP est déjà bien établie et présente des avantages environnementaux et économiques indéniables, l’IA se révèle certes prometteuse comme instrument. Transformation réelle ou outil de plus, la réponse n’est pas encore écrite.

Sources
  1. A.I. is more important than fire or electricity », CNBC, 18 février 2018.
  2. Cambridge Journal of Economics, vol. 34, n° 1, 2010, p. 196.
  3. Anthropic to become more valuable than today’s AMD, SK Hynix And Micron ? Crypto prediction market is fully convinced », Yahoo Finance, 25 mai 2026.
  4. A.I. spending sets a record, with no end in sight », The New York Times, 29 avril 2026.
  5. AI boom : Big Tech capital expenditures now seen topping $1 trillion in 2027 », CNBC, 30 avril 2026.
  6. Tracking AI’s Contribution to GDP Growth », Federal Reserve Bank of St. Louis, 2026.
  7. OpenAI resets spending expectations, tells investors compute target is around $600 billion by 2030 », CNBC, 20 février 2026 ; Cade Metz et Mike Isaac, « OpenAI’s biggest challenge is turning its AI into a cash machine », The New York Times, 11 février 2026.
  8. Anthropic raises $65B in Series H funding at $965B post-money valuation », Anthropic, 28 mai 2026.
  9. The AI industry is losing », Where’s Your Ed At, 30 juin 2026.
  10. Microsoft reports are exposing AI’s real cost problem : Using the tech is more expensive than paying human employees », Fortune, 22 mai 2026 ; Lucas Ropek, « Companies are scrambling to stop employees from maxing out AI budgets with small tasks », TechCrunch, 24 juin 2026.
  11. Breaking news : AI coding may not be helping as much as you think », Marcus on AI, 10 juillet 2025.
  12. Human-Centered Artificial Intelligence, The 2026 AI Index Report, Stanford, 2026.
  13. What to know about Chinese AI models », Center for Strategic and International Studies, 2 juillet 2026 ; Xinyi Zhang, Jun Sun et Kai Jia, « Rise of China as an artificial intelligence power : Evolution, explanation and implication », in A. Lewin, M. Kenney et E. Shu (dir.), China’s Innovation Challenge, Cambridge, Cambridge University Press, à paraître ; Paul Triolo, « Governing the Frontier », P. S. Taide Crypted, 13 juillet 2026.
  14. China’s Embodied AI : A Path to AGI », Center for Security and Emerging Technology, décembre 2025.
  15. BloombergNEF Finds Global Energy Transition Investment Reached Record $2.3 Trillion in 2025, Up 8 % from 2024 », BloombergNEF, 26 janvier 2026.
  16. From OECD to emerging markets : fossil power’s global decline has begun », Ember, 28 avril 2026.

09.08.2026 à 19:46

L’État profond

Louis Puel

Comment la notion turque de derin devlet est devenue l'arme virale de nos années Vingt ?

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Texte intégral (5124 mots)

Tout au long du mois d’août, le Grand Continent publie en accès libre Le Vocabulaire de l’extrême droite, fruit du travail collectif d’un ensemble de chercheuses et de chercheurs — sociologues, historiens, politistes, socio-linguistes — venus de toute l’Europe sous la direction de Steven Forti. Pour recevoir chaque lemme dans votre boîte mail et soutenir le travail d’une rédaction indépendante, abonnez-vous

À l’été 2014, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán affirmait que le modèle de développement auquel son pays aspirait était celui de la « démocratie illibérale » 1.

Ce régime hybride se caractériserait par un double mouvement. 

D’un côté, la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule autorité et sa pérennisation au-delà de toute compétition électorale ou interne à l’État. Il s’agit de consolider les valeurs de l’élite dirigeante et de bâtir une hiérarchie stable de partisans, dont la loyauté est garantie par les bénéfices qu’ils tirent de leur proximité avec le pouvoir. 

De l’autre, la prise de contrôle systématique des appareils de l’État, prétendument dominés par une surreprésentation d’acteurs « libéraux », afin de les connecter avec l’expression prétendument authentique des représentations et des vrais intérêts du peuple. 

En Hongrie, ce changement de régime interne a touché l’administration, la justice, les médias et l’éducation, jusqu’aux instituts de recherche et aux lieux d’art et de culture 2. Des consultations et des référendums sur l’immigration ou les droits des minorités sexuelles ont même été organisés pour lutter contre l’« État profond » de l’élite libérale 3.

Le complot vient de loin

La plupart des critiques de l’usage de la notion d’« État profond » y voient une pure construction — une théorie du complot — qui sert à la fois de prétexte à des transformations profondes de la fonction publique et de l’État lui-même, et de levier pour délégitimer l’administration et les institutions 4. Parce que le terme occupe désormais une place centrale dans la vie politique, revenir à ses origines est indispensable pour comprendre sa fonction contemporaine.

L’« État profond » repose sur l’idée que des réseaux occultes, indépendants du processus électoral, exerceraient un pouvoir en arrière-plan, en contradiction avec les orientations et les valeurs des dirigeants élus. Le terme trouve son origine dans l’expression turque « derin devlet » qui signifie littéralement « État profond » et qui désignait, dans les années 1990, la pratique autoritaire par laquelle le gouvernement turc recourait à des méthodes douteuses pour s’attaquer au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Une rumeur circulait : il existerait une alliance secrète entre les services de renseignement, l’armée, l’élite économique et le crime organisé, qui dirigerait le pays dans l’ombre. C’est l’accident de voiture de Susurluk, en novembre 1996, où périrent ensemble un haut responsable de la police et un chef mafieux recherché par Interpol, et où fut blessé un député, qui matérialisa aux yeux de l’opinion turque l’existence de ces réseaux 5. La notion a depuis voyagé bien au-delà du cas turc. La juriste Eugénie Mérieau a ainsi montré qu’en Thaïlande l’alliance de la monarchie, de l’armée et de la Cour constitutionnelle contre les gouvernements élus constitue un « État profond » au sens propre, institutionnel et documenté 6.  

La notion d’« État parallèle » — ou d’« État secret » fonctionnant à l’abri du regard du public — a par ailleurs une longue histoire aux États-Unis, où elle a été principalement associée à l’armée et au renseignement. Les intérêts entremêlés des politiciens, des militaires et de l’industrie de l’armement y ont souvent été perçus comme une forme d’« État profond ». Dès son discours d’adieu de 1961, le président Dwight D. Eisenhower mettait en garde contre l’influence croissante du « complexe militaro-industriel » 7

À la suite des nombreuses opérations clandestines des années 1960 et 1970, le débat public s’est concentré sur la question de savoir qui pesait véritablement sur la politique étrangère américaine. L’assassinat du président John F. Kennedy a contribué à la prolifération des théories du complot. En 1964, les journalistes David Wise et Thomas Ross publiaient un ouvrage influent, The Invisible Government, qui avançait une thèse explicite : « il existe aujourd’hui deux gouvernements aux États-Unis. L’un est visible. L’autre est invisible » 8. Cette formule a établi le cadre conceptuel qui allait façonner les débats ultérieurs sur l’État profond.

C’est toutefois des évolutions politiques américaines récentes que le concept a reçu son impulsion décisive. Donald Trump l’a popularisé à partir de 2016, affirmant régulièrement que des fonctionnaires ou des agences agissaient contre lui et son programme 9. Pour lui et ses alliés, l’« État profond » désigne les responsables hérités de l’administration Obama qui tenteraient d’empêcher la mise en œuvre de sa politique 10. « Soit l’État profond détruit l’Amérique, soit nous détruisons l’État profond », lançait-il en mars 2023 lors d’un rassemblement à Waco, au Texas 11. Bien qu’il ait promis à plusieurs reprises de le démanteler, il a éprouvé des difficultés, une fois revenu au pouvoir, à identifier ou à mener des attaques concrètes contre ses acteurs présumés 12. Les politistes Stephen Skowronek, John Dearborn et Desmond King ont montré que l’accusation d’« État profond » est en réalité le revers de la théorie de l’« exécutif unitaire ». C’est parce que ce courant présidentialiste entend soumettre l’ensemble de l’administration à la volonté du président que la profondeur de l’État, faite d’expertise, de continuité et de devoir de réserve des fonctionnaires, devient à ses yeux un scandale 13.

Marécages, égouts et « pouvoirs forts »

Le slogan « drain the swamp » (« assécher le marécage »), scandé par Donald Trump pendant la campagne de 2016 pour promettre l’éviction des élites de Washington, a donné à la lutte contre l’« État profond » son image la plus durable et a essaimé bien au-delà des États-Unis.

Cette rhétorique a également donné lieu à des pratiques politiques concrètes, qui se sont progressivement institutionnalisées sur tout le flanc oriental de l’Union européenne. Le fil conducteur en était l’idée de remplacer les responsables administratifs, jugés peu fiables. Cette approche trouve ses racines dans le processus douloureux de démocratisation et dans la crainte que les anciennes élites communistes ne bloquent ou ne ralentissent les transformations politiques.

En Pologne, les responsables politiques évoquent fréquemment l’« État profond », mais aussi le « marécage » ou la « captation de l’État », pour accuser leurs adversaires d’implanter leurs fidèles dans les institutions publiques, la justice et les médias d’État — l’opposition et le gouvernement de Donald Tusk s’en accusant aujourd’hui mutuellement 14. En Slovénie, l’expression est couramment employée par les responsables politiques de centre-droit pour désigner les réseaux de l’ancien parti communiste, qui auraient perduré sans interruption depuis l’indépendance de 1991. Les journalistes qui ont enquêté sur ces allégations concluent que des connexions opaques et discutables traversent en réalité l’ensemble du champ politique, indépendamment du positionnement idéologique des partis. En République tchèque, un vaste débat a émergé en 2025 autour de l’« État profond » et du « scénario roumain », en référence à l’annulation de l’élection présidentielle roumaine de 2024 à la suite de la détection d’ingérences russes 15.

En Allemagne, les Reichsbürger (« citoyens du Reich ») considèrent que la République fédérale est une entité illégitime et que le Reich allemand continue d’exister, un récit qui a largement intégré ceux de QAnon. Né en 2017 aux États-Unis, ce mouvement profondément complotiste s’appuie sur les messages d’un personnage anonyme, « Q », qui affirmait avoir accès à des informations gouvernementales classifiées. Ses adeptes estiment qu’un groupe secret d’élites puissantes contrôle les principales institutions et se livre à des activités criminelles 16. Dans les discours de QAnon, l’« État profond » est un vaste réseau secret au sein du gouvernement, des services de renseignement et des médias, agissant contre les responsables politiques que soutient le mouvement et au détriment de l’intérêt public 17. L’AfD utilise fréquemment le concept pour discréditer les institutions allemandes 18 : sa coprésidente Alice Weidel a ainsi affirmé, sur la chaîne autrichienne d’extrême droite AUF1, qu’un « État profond » diffusait des mensonges sur l’AfD et tentait de discréditer le parti 19.

En Italie, le terme de « Stato parallelo » (État parallèle) désignait couramment, dans le débat public, des institutions et des réseaux organisés à la manière d’un État dans l’État. Pendant la Guerre froide, il renvoyait à une stratégie de préparation à une attaque du pacte de Varsovie ou à une prise de pouvoir communiste 20. L’opération Gladio visait à mettre en place un réseau secret chargé d’organiser la résistance en cas d’occupation soviétique et des réseaux analogues ont existé dans plusieurs États membres de l’OTAN, hors de tout contrôle parlementaire jusqu’à leur dissolution en 1990 à la suite de sa révélation. 

Plus récemment, l’extrême droite italienne a surtout recouru à l’expression « pouvoirs forts » (poteri forti), quasi-synonyme d’« État profond » : elle désigne des acteurs politiques et économiques nationaux étroitement liés aux institutions internationales, à l’Union, au FMI, aux marchés et au secteur bancaire, contre lesquels les nouveaux partis contestataires — à commencer par le Mouvement 5 étoiles, qui a popularisé l’expression — entendent défendre les citoyens. « Si les porte-parole des poteri forti sont contre nous, cela signifie que nous faisons ce qu’il faut pour 60 millions d’Italiens », déclarait ainsi Matteo Salvini en 2018 21. La présidente du Conseil Giorgia Meloni, justifiant le référendum sur sa réforme constitutionnelle, soulignait quant à elle que « cette consultation ne concerne pas ma personne, mais la réforme, l’avenir de la nation, afin de le remettre entre les mains des citoyens et non entre celles des pouvoirs forts » 22.

En Espagne, l’expression « égouts de l’État » (cloacas del Estado) est utilisée par la gauche 23 ainsi que par les indépendantistes catalans et basques pour décrire la pérennité d’appareils d’État hérités du franquisme, notamment dans l’armée, la police et la justice. Ces réseaux ont ciblé des mouvements sociaux ou des partis de gauche — Podemos, ou le PSOE aujourd’hui au pouvoir — au moyen d’accusations infondées.

Ce que le complot doit au réel

L’une des principales preuves empiriques de l’existence d’acteurs étatiques opaques a été apportée par le scandale du logiciel espion Pegasus, qui a secoué toute l’Europe à partir de 2021. Vendu exclusivement à des États, ce logiciel a servi à surveiller citoyens, journalistes, militants politiques et avocats en Hongrie, en Pologne, en Grèce et dans d’autres pays de l’Union. En Espagne, les services de renseignement ont surveillé des responsables politiques et des militants indépendantistes catalans tandis que le téléphone du président du gouvernement Pedro Sánchez était lui-même infecté, une intrusion jamais officiellement attribuée 24.

L’« État profond » sert ainsi à désigner un réseau d’appareils formels et informels dont la finalité serait de préserver le pouvoir, même en cas de défaite électorale. Dans le domaine économique, le phénomène peut parfois être clairement identifié : l’octroi de postes en échange de la loyauté politique a été une pratique courante des privatisations post-communistes, et ces acteurs économiques fidèles à l’ancien pouvoir peuvent efficacement entraver la politique des nouveaux décideurs. Lorsque ces entreprises opèrent dans les médias, leur impact sur l’accès des citoyens à une information indépendante peut être considérable 25. Le poids croissant du lobbying des élites économiques et leurs relations opaques avec des acteurs politiques majeurs ont d’ailleurs nourri une prise de conscience croissante dans l’Union.

La rhétorique de l’« État profond » entretient un rapport singulier avec l’État de droit, dont elle retourne la logique. Les contre-pouvoirs qui définissent l’ordre constitutionnel libéral, des juges indépendants à la fonction publique de carrière en passant par les autorités de régulation et les cours constitutionnelles, y sont requalifiés en obstacles illégitimes dressés contre la volonté populaire, que le dirigeant élu serait fondé à neutraliser. La juriste Kim Lane Scheppele a décrit ce mécanisme sous le nom de « légalisme autocratique ». Des dirigeants légitimement élus utilisent les instruments mêmes du droit, révisions constitutionnelles, lois organiques et nominations, pour démanteler méthodiquement les freins et contrepoids tout en conservant les apparences de la légalité 26. Le récit de l’« État profond » fournit à cette entreprise sa justification. La purge de la magistrature ou de l’administration n’est plus présentée comme une atteinte à l’État de droit mais comme sa restauration, autrement dit la reconquête d’institutions prétendument capturées. C’est précisément le chemin suivi en Hongrie puis, entre 2015 et 2023, en Pologne, où la mise au pas de la justice fut défendue comme une décommunisation tardive.

La notion d’« État profond » s’est imposée comme un instrument politique d’une grande efficacité. Bien qu’elle repose sur certaines observations empiriques et sur un certain nombre de scandales bien réels, elle a été principalement mobilisée, dans sa forme large et généralisée, par des responsables politiques populistes — mais pas exclusivement — pour expliquer leurs actions et légitimer leur projet politique. L’affirmation de l’existence d’un « État profond » trouve un écho d’autant plus favorable que grandit la désillusion envers les partis traditionnels et les élites politiques. À rebours de cet usage, Francis Fukuyama a proposé d’assumer le terme pour le retourner. Ce que les populistes appellent « État profond » n’est autre que la bureaucratie professionnelle et méritocratique, dont l’autonomie relative est une condition de l’État de droit plutôt que sa négation 27.

Sources
  1. Discours de Viktor Orbán à la 25e Université d’été de Bálványos (Tusnádfürdő), 26 juillet 2014.
  2. Látlelet : Kultúrharc 2010-2026 », WMN, 10 mars 2026.
  3. Entretien de Balázs Orbán avec Tim Constantine, The Washington Times, 19 mai 2023.
  4. In Defense of the Deep State », Asia Pacific Journal of Public Administration, vol. 46, n°1, 2024, pp. 1-12.
  5. Last Rites for a ‘Pure Bandit’ : Clandestine Service, Historiography and the Origins of the Turkish ‘Deep State’ », Past & Present, n°206, 2010, pp. 151-174 ; pour un public plus large, Matthew Wills, « The Turkish Origins of the ‘Deep State’ », JSTOR Daily, 10 avril 2017.
  6. Thailand’s Deep State, Royal Power and the Constitutional Court », Journal of Contemporary Asia, 2016.
  7. President Dwight D. Eisenhower’s Farewell Address » (17 janvier 1961), National Archives, Milestone Documents.
  8. The Invisible Government, New York, Random House, 1964.
  9. Review Essay : Donald Trump, Charismatic Leadership and the ‘Deep State’ », Political Science Quarterly, vol. 140, n°2, 2025, pp. 309-325.
  10. Spicer doesn’t reject concept of ‘Deep State’ », CNN, 11 mars 2017 ; voir également Sean Illing, « The ‘deep state’ is real. But it’s not what Trump thinks it is », Vox, 13 mai 2020.
  11. State Secrecy Explains the Origins of the ‘Deep State’ Conspiracy Theory », Scientific American, 6 février 2024.
  12. Trump has long warned of a government ‘deep state’. Now in power he’s under pressure to expose it », Associated Press, 30 mai 2025.
  13. The Deep State and the Unitary Executive, Oxford University Press, 2021.
  14. Democracy After Illiberalism : A Warning from Poland », Journal of Democracy, vol. 36, n°3, juillet 2025, pp. 16-32.
  15. From Bucharest to Prague : The Spread of the ‘Romanian Scenario’ Conspiracy Theory in Czechia’s Elections », Institute for Strategic Dialogue, 30 octobre 2025.
  16. QAnon : Conspiracy Theory », Encyclopædia Britannica.
  17. What is the QAnon conspiracy theory ? », CBS News, 19 mars 2021.
  18. German Sovereign Citizens in the Fight Against the ‘Deep State’ : The Adoption of QAnon Narratives in Germany », Studies in Conflict & Terrorism, 2026, pp. 1-17.
  19. Tiefer Staat und Deep State : Der Kampfbegriff ist in Österreich angekommen », Die Presse, 11 avril 2025.
  20. Lo Stato parallelo. L’Italia oscura nei documenti e nelle relazioni della Commissione stragi, Rome, Gamberetti, 1997.
  21. Lega, Salvini riempie piazza del Popolo. Cita Martin Luther King e dice : ‘Datemi il mandato per trattare con l’Ue’ », Il Fatto Quotidiano, 8 décembre 2018.
  22. Impegni, bordate e lacrime. Meloni infiamma Atreju », Il Giornale, 18 décembre 2023.
  23. Proponemos combatir las cloacas del Estado con la Constitución en la mano », podemos.info, 2020.
  24. Spanish court points finger at Israel as it drops Pegasus spyware case again », The Guardian, 23 janvier 2026.
  25. Captured Societies in Southeast Europe : Networks of Trust and Control, Budapest-Vienne, Central European University Press, 2025 ; Ružica Šimić Banović, « (Former) Informal Networks as a Reflection of Informal Institutions in East European Transitional Societies : Legacy or Opportunism ? », Equilibrium. Quarterly Journal of Economics and Economic Policy, vol. 10, n°1, 2015, pp. 179-205.
  26. ,« Autocratic Legalism », University of Chicago Law Review, vol. 85, n° 2, 2018, p. 545-584.
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