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30.07.2026 à 12:24

El Niño en 2026 : à quoi s’attendre ?

hala

Texte intégral (2411 mots)

Vagues qui déferlent sur une plage

L’alerte lancée par les scientifiques en début d’année s’est confirmée: un super El Niño, phénomène de réchauffement limité dans le temps, a débuté en juin et pourrait égaler voire dépasser les pires épisodes jamais enregistrés.

Certains parlent déjà d’un « Super El Niño » ou « El Niño Godzilla». Mais qu’est-ce qu’El Niño exactement, et comment est-il lié aux énergies fossiles à l’origine de la crise climatique ? Voici tout ce qu’il faut savoir.

C’est quoi El Niño ?

Tous les deux à sept ans, les eaux de surface de l’océan Pacifique central et oriental voient leur température augmenter bien au-dessus de la normale. Et lorsque cela se produit, cela dérègle le climat à l’échelle de toute la planète. Ce phénomène s’appelle El Niño.

Ce que dit la science sur le phénomène El Niño

Normalement, les alizés du Pacifique agissent comme un immense ventilateur soufflant sur les tropiques, poussant les eaux chaudes de surface vers l’ouest, en direction de l’Australie et de l’Indonésie, apportant de la pluie et des moussons bénéfiques et permettant aux océans de rester en bonne santé. Pendant ce temps, à l’est, des eaux froides et riches en nutriments remontent à la surface, contribuant à maintenir un bon niveau d’activité pour les pêcheries et aidant à stabiliser le climat le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, en Amérique du Sud. Mais de temps à autre, ces alizés faiblissent, l’eau chaude cesse d’être poussée vers l’ouest, et la partie orientale de l’océan Pacifique se réchauffe. Quand cela arrive, cet équilibre s’effondre : l’Australie et l’Indonésie font face à la sécheresse, l’Amérique du Sud à des inondations, et les systèmes météorologiques dont dépendent des milliards de personnes sont plongés dans le chaos à travers le monde.

Le phénomène El Niño se développe à la suite du réchauffement des eaux de surface du Pacifique. (Getty Images)

El Niño se développe par le réchauffement des eaux de surface du Pacifique. (Getty Images)

Le nom El Niño, qui signifie « le garçon » en espagnol, fait référence à l’enfant Jésus. Il a été inventé à l’origine par des pêcheurs sud-américains qui, dès les années 1600, avaient remarqué un courant océanique chaud au large des côtes de l’Équateur et du Pérou vers la période de Noël.

Un déséquilibre entre El Niño et La Niña

El Niño est l’une des phases d’un cycle climatique naturel plus vaste appelé ENSO (El Niño–Oscillation australe). Son pendant, La Niña (qui signifie « la fille »), en est l’opposé : un refroidissement de ces mêmes eaux du Pacifique, accompagné d’alizés renforcés. Ensemble, El Niño et La Niña font osciller les régimes météorologiques mondiaux comme un pendule. El Niño apporte la sécheresse en Asie du Sud et du Sud-Est, en Australie et en Afrique australe, tout en apportant des pluies plus abondantes à certaines régions d’Amérique du Sud. La Niña, elle, génère plutôt l’inverse.

Aucun de ces deux événements n’est, en soi, une catastrophe : ils font partie du rythme climatique naturel de la Terre depuis des millénaires. Là où ça se corse c’est quand ils deviennent extrêmes, en particulier lorsqu’ils surviennent dans un monde déjà sous tension.

Que se passe-t-il en ce moment ?

Cette année, quelque chose de différent se produit. Alors que le Pacifique vient de sortir d’une phase de refroidissement La Niña, El Niño se développe à une vitesse inhabituelle et s’annonce plus sérieux que ses prédécesseurs. La vraie question est de savoir quelle ampleur il va prendre.

Un « Super El Niño » correspond à une hausse des températures de 2 °C ou plus au-dessus de la normale. Ce seuil n’a été franchi qu’à quelques reprises dans l’histoire enregistrée : en 1982, 1997 et 2015. Chaque fois, il a déclenché sécheresses, inondations et températures record sur plusieurs continents. Mais l’El Niño de 1876-1878 est considéré comme l’un des plus forts jamais enregistrés, et a conduit à une famine mondiale qui a tué environ 50 millions de personnes en Inde, en Chine, au Brésil et en Afrique australe. Cela représentait environ 1 personne sur 28 alors vivante. Il reste la référence absolue pour les pires scénarios d’El Niño de l’histoire humaine.

Les prévisions alertent sur le fait que cet El Niño pourrait faire grimper les températures océaniques de 2°C, voire 3°C au-dessus de la normale d’ici la fin 2026. Les principales agences mondiales de prévision météorologique projettent que le El Niño de 2026 égalera probablement, voire dépassera, celui de 1878 en matière de température océanique. Et contrairement à 1877, celui-ci survient dans un monde déjà plus chaud, avec davantage de personnes à nourrir et moins de marge d’erreur. De nombreux scientifiques prédisent déjà que 2027 sera l’année la plus chaude jamais enregistrée.

Quels sont les impacts ?

Les enjeux humains sont considérables, et ils diffèrent selon les régions du monde. L’Afrique est l’une des plus exposées : la sécheresse au Sahel et en Afrique australe menace des cultures vivrières comme le maïs, tandis que l’Afrique de l’Est risque de faire face à d’importantes inondations. Le dernier épisode majeur d’El Niño avait laissé plus de 30 millions de personnes nécessitant une aide humanitaire rien qu’en Afrique australe. Une mousson réduite met en péril les récoltes de riz, de blé et de coton en Inde, tandis que des conditions de sécheresse menacent les cultures en Asie du Sud-Est et en Australie. Alors que l’Amérique centrale devrait subir une sécheresse prolongée entraînant une véritable insécurité alimentaire, le Pérou, l’Équateur et le sud du Brésil eux connaîtraient l’inverse : des pluies intenses et des inondations. Les cultures dont dépendent de très nombreuses populations (maïs, riz et blé) ont tendance à chuter globalement pendant les années où le phénomène El Niño prononcé. Dans les pays riches, cela se traduit par une hausse des prix alimentaires. Ailleurs, cela signifie que la faim augmente.

Et tout cela frappe un monde déjà sous tension : les pénuries d’engrais, les flambées des prix de l’énergie et les coupes massives dans l’aide publique au développement ont supprimé les filets de sécurité qui aidaient autrefois les communautés vulnérables à absorber ces chocs.

Pourquoi les énergies fossiles aggravent tant les effets d’El Niño ?

Voici le point le plus important, qui souvent se perd dans les gros titres : El Niño lui-même n’est pas causé par le changement climatique. Mais la crise climatique, provoquée par la combustion des énergies fossiles, rend ses effets bien plus graves.

Voyez les choses ainsi. El Niño relâche temporairement dans l’atmosphère d’immenses quantités de chaleur stockées dans l’océan. Cela a toujours causé des perturbations. Mais aujourd’hui, cette chaleur est relâchée dans un monde déjà plus chaud qu’à aucun autre moment de l’histoire humaine. Ainsi, lorsque El Niño vient jeter de l’huile sur le feu, les conséquences sont plus sévères que lors de n’importe quel événement comparable des dernières décennies.

Comme le résume le climatologue Daniel Swain, “le réchauffement climatique fournit une énergie supplémentaire à l’ensemble du système, énergie qui se libère lors de ces épisodes d’El Niño.

Autrement dit, le réchauffement climatique agit comme un carburant qui amplifie la force naturelle d’El Niño, et cette énergie supplémentaire a des conséquences bien réelles : des pluies plus intenses et des tempêtes plus destructrices, des incendies de forêt se propageant plus vite à mesure que la chaleur assèche la végétation, des sécheresses plus sévères dans des régions déjà vulnérable, et des températures record.

Certaines recherches suggèrent également que le réchauffement des océans pourrait renforcer l’intensité même de certains des épisodes d’El Niño, bien que les scientifiques travaillent encore à bien comprendre ce lien. Ce qui est clair, c’est que la situation de base sur laquelle repose désormais le monde a déjà bien changé. Il y a cinquante ans, un El Niño puissant causait de sérieux dégâts. Aujourd’hui, ce même événement serait bien plus destructeur, car la crise climatique a fait monter la pression d’un cran.

Les chercheurs mettent aussi en garde contre un cercle vicieux : les forts épisodes d’El Niño frappent par la sécheresse les régions dépendantes de l’hydroélectricité, les forçant à brûler davantage de charbon et de gaz pour produire de l’électricité, ce qui, à son tour, rejette plus de carbone dans l’atmosphère et alimente un réchauffement supplémentaire. El Niño et les énergies fossiles finissent ainsi par se renforcer mutuellement dans leurs pires effets.

Ce que le phénomène El Niño signifie pour la lutte climatique

Un super El Niño n’est pas une raison de paniquer, mais plutôt une raison d’agir. Ces événements vont et viennent. Ce qui ne disparaît pas, c’est le réchauffement climatique provoqué par les énergies fossiles. Chaque fraction de degré de réchauffement supplémentaire provoquée par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz rend le prochain El Niño plus destructeur.

Certains modèles climatiques montrent désormais une probabilité non négligeable que 2026 ou 2027 voient, pour la première fois de l’histoire enregistrée, des températures mensuelles mondiales dépasser brièvement 2°C au-dessus des niveaux préindustriels. Ce sont les températures auxquelles les systèmes météorologiques s’effondrent, les récoltes ne sont plus possibles, et la précarité accumulée par des décennies d’inaction climatique devient catastrophique.

Nous savons exactement quoi faire. La technologie existe. Le savoir existe. La voie à suivre est une sortie rapide et juste des énergies fossiles, et une transition vers les énergies renouvelables, main dans la main avec les communautés vulnérables.

El Niño prendra fin. Mais pas la crise climatique, à moins que nous ne mettions fin à l’ère des énergies fossiles.

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17.07.2026 à 07:40

Au-delà de l’étincelle: pourquoi les feux de forêt ravagent de plus en plus l’Europe

hala

Texte intégral (1895 mots)

Feux de forêt en Europe et dérèglement climatique

Les feux de forêt rythment désormais les étés européens, de l’Andalousie aux collines du Pays de Galles en passant par la Drôme et même Fontainebleau. Et chaque fois qu’ils font la une, c’est la même petite musique qui revient : les incendies n’auraient pas grand-chose à voir avec le climat, puisque la plupart se déclenchent à la suite d’une intervention humaine. Le plus souvent, il s’agit d’une cigarette jetée par terre, d’un barbecue laissé sans surveillance, d’une étincelle provenant d’une machine agricole, d’un morceau de verre brisé reflétant le soleil sous un angle particulier. Parfois, il s’agit aussi d’un geste malveillant.  C’est vrai : neuf feux de forêt sur dix en France sont dus, d’une manière ou d’une autre, à l’activité humaine, qu’elle soit accidentelle ou délibérée. Mais se servir de ce fait pour balayer d’un revers de main le lien avec le climat, c’est passer complètement à côté de l’essentiel.

Les feux de forêts ravagent l'Europe cet été - Incendies en Europe

 

Le triangle du feu, et ce qui a vraiment changé

Pour se déclarer, un feu a besoin de trois éléments, c’est ce qu’on appelle le triangle du feu : un combustible (végétaux, arbres, broussailles), de l’oxygène, et une source de chaleur (cigarette, barbecue, feu de camp, machine mal entretenue). Ces sources de chaleur, nous autres humains, avons tendance à les fournir assez facilement, et ça ne risque pas de changer de sitôt. Ce qui change, en revanche, c’est le premier élément : le combustible. Plus le temps est chaud et sec, plus les broussailles, l’herbe et les zones boisées s’assèchent. Une végétation sèche ne se consume pas seulement plus facilement : elle brûle plus vite, aide le feu à se propager plus loin et devient bien plus difficile à maîtriser une fois l’incendie déclaré. Une étincelle qui se serait autrefois éteinte sur un sol humide peut désormais, dans des conditions de sécheresse extrême, se transformer en un incendie qui ravage des dizaines, voire des centaines d’hectares avant que les pompiers ne parviennent à le maîtriser.

Des incendies dopés par le changement climatique

Ces incendies ne tombent donc pas du ciel : ils sont dopés par le changement climatique, lui-même alimenté par la combustion continue des énergies fossiles — pétrole, gaz, charbon. Chaque dixième de degré supplémentaire augmente la fréquence et l’intensité de ces événements. Ce n’est pas une fatalité, c’est la conséquence de choix politiques, et donc un sujet qui appelle des décisions au plus haut niveau de l’État, pas seulement une gestion d’urgence au moment où les flammes apparaissent. Traiter la cause, c’est aussi s’attaquer à cette source : notre dépendance toxique aux énergies fossiles.

Une saison qui s’allonge, un risque qui se déplace

Début juillet 2026, les feux de forêt avaient déjà ravagé environ 170 000 hectares à travers l’Europe, un chiffre bien supérieur à la moyenne, après le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en Europe occidentale. La France, qui a connu sa journée la plus chaude depuis le début des relevés nationaux en 1947, a déjà vu 32 000 hectares partir en fumée depuis le début de l’année, davantage que sur toute la saison 2025. Dans le sud de l’Espagne, les températures ont atteint 45 °C. Les scientifiques ont établi un lien direct entre l’intensité de cette chaleur et le changement climatique d’origine humaine.

Quelles évolutions de la crise climatique en France ?

Concrètement, la crise climatique se traduit par plusieurs évolutions bien documentées en France :

  • Un allongement de la saison des feux. Historiquement concentrée entre la mi-juillet et la fin août, elle tend désormais à s’étendre de la mi-juin à la mi-septembre.
  • Une extension géographique du risque, vers des zones jusque-là peu ou pas exposées. On a ainsi vu des incendies se déclarer dans le Maine-et-Loire, dans la montagne drômoise ou au Cap Fréhel : le risque remonte à la fois en latitude et en altitude.
  • Une intensification, avec davantage de feux concomitants au cours d’une même saison.
  • Une hausse du nombre de feux extrêmes, par leur taille et leurs conséquences — comme dans les Pyrénées-Orientales, où un incendie a brûlé 5 000 hectares et entraîné l’évacuation de 10 000 personnes.

Et cette tendance va se confirmer dans les années à venir si nous ne luttons pas efficacement contre le dérèglement climatique. Dans une France à +4 °C d’ici 2100, la saison des feux pourrait durer un à deux mois de plus dans certaines régions. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), le nombre de grands feux, ceux qui dépassent 100 hectares, pourrait passer d’une moyenne de 7 à 10 par an aujourd’hui à jusqu’à 20 par an en 2090, si les émissions continuent d’augmenter.

Un lourd bilan humain dû aux incendies

En Andalousie, un incendie près d’Almería et de Bédar est devenu le plus meurtrier qu’ait connu l’Espagne depuis environ deux décennies, faisant au moins une douzaine de victimes, dont beaucoup ont été prises au piège en tentant de fuir. Sur l’ensemble du continent européen, les feux de forêt ont fait des dizaines de victimes cette année, tandis que la canicule elle-même, indépendamment des flammes, a entraîné 10 000 décès supplémentaires en Europe en une seule semaine de juin. Le Portugal, la Grèce et la Turquie ont eux aussi été frappés par des incendies majeurs, et l’Europe a déployé son plus important dispositif de lutte contre les incendies à ce jour.

Au-delà de la gestion d’urgence des feux, il faut repenser les territoires

Le constat est sans appel : nous ne sommes pas préparés à l’aggravation du risque d’incendies. Faute d’investissements suffisants, la population reste mal protégée face aux flammes, alors même que la surface calcinée augmente d’année en année. Renforcer le nombre d’avions et les capacités des forces de lutte reste nécessaire. Mais dans d’autres pays européens confrontés au même risque comme l’Espagne, le Portugal et la Grèce, le débat a évolué : les discours y sont moins centrés sur les seuls moyens techniques, car ceux-ci ne suffiront pas à faire face aux crises à venir. Nous sommes désormais confrontés à des événements que l’on ne pourra plus totalement contrôler, quel que soit le nombre de pompiers ou de Canadair mobilisés.

Nous avons besoin de mesures basées sur le bon sens

Il s’agit donc de mettre en place un ensemble de mesures permettant à la fois d’éviter les incendies et d’en limiter les conséquences économiques, humaines et écologiques. Cela suppose de réfléchir en amont à une organisation territoriale et paysagère qui rende les territoires plus résilients :

  • éviter les continuités de végétation ;
  • réintroduire de l’agriculture pour créer des coupures de combustible naturelles ;
  • faire respecter les obligations légales de débroussaillement ;
  • repenser le choix des essences forestières, en mélangeant résineux et feuillus ;
  • construire des maisons recouvertes d’enveloppes non inflammables ;
  • éloigner les nouvelles habitations des lisières forestières.

Incendies : Une question mal posée

Ainsi, la question n’est pas vraiment de savoir qui a allumé l’allumette, mais pourquoi le sol autour d’elle est si prêt à brûler. Et à cette question, il existe une réponse claire : un climat plus chaud et plus sec, alimenté par la combustion continue du pétrole, du gaz et du charbon, transforme une étincelle en feu de forêt destructeur, que ce soit dans les Pyrénées-Orientales, à Fontainebleau ou en Andalousie. Si nous voulons réduire le nombre d’incendies, limiter leur étendue et leur pouvoir de destruction, s’attaquer à ce qui provoque l’étincelle ne permettra de faire que la moitié du travail. Le reste consiste à s’attaquer à la raison pour laquelle nos paysages s’assèchent en premier lieu, et à tenir l’industrie fossile responsable des dégâts causés par ces chaleurs extrêmes.

Retrouvez l’intervention de Fanny Petitbon, Responsable France de 350.org dans l’émission “Parlons-en” intitulée “Méga-feux: la nouvelle norme?” sur France 24 (15 juillet)

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09.07.2026 à 18:03

Les canicules s’enchaînent et on connait le coupable: les entreprises fossiles

hala

Texte intégral (2758 mots)

Climate Reanalyzer, Climate Change Institute

Le dérèglement climatique s’aggrave et ses conséquences font de plus en plus la une des médias. Saviez-vous que l’industrie fossile est responsable de ce phénomène ? Zoom sur les canicules de plus en plus intenses et meurtrières.

C’est quoi une canicule exactement ?

Il fait chaud. Très chaud. Plus chaud que ça ne devrait. Cela peut durer quelques jours voire plusieurs semaines. Tout le monde le ressent, et tout le monde en parle. On ne lui donne pas de nom sophistiqué mais on en entend parler aux informations chaque année désormais… Ou pas !

L’été 2026 bat tous les records, l’Europe vient de traverser l’une des vagues de chaleur les plus violentes jamais enregistrées, avec des températures historiques atteintes en France, en Espagne, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Belgique, en Autriche et ailleurs… sans compter les feux de forêt.

En France, le nombre de décès a bondi de 30% d’une semaine à l’autre, soit 2025 décès supplémentaires. Pendant ce temps, l’Inde a passé une grande partie de sa saison pré-mousson sous une chaleur extrême, avec des villes comme Delhi, Nagpur et Akola dépassant les 45°C, voire les 46°C. Les températures nocturnes ont augmenté plus rapidement que les températures diurnes dans presque tous les États indiens.

Voilà à quoi ressemble la crise climatique en temps réel, ce n’est pas de la science-fiction.

Mêmes températures, différents contextes, différentes interprétations

Les hausses de température n’ont pas les mêmes conséquences partout, ce n’est pas la même chose d’enregistrer 30°C en été ou en hiver. Ce n’est pas non plus la même chose d’enregistrer 30°C au Groenland qu’en Égypte. 

Chaque endroit a sa température moyenne pour chaque période de l’année. On parle de vague de chaleur lorsqu’une région donnée dépasse largement cette moyenne pendant plusieurs jours. On parle de canicule quand une région subit des températures très élevées, de jour comme de nuit, sur au moins 3 jours, qui sont susceptibles de constituer un risque sanitaire, notamment pour les personnes fragiles ou surexposées. L’ampleur de ce dépassement et sa durée changent d’une région à l’autre.

Dans certaines parties du monde, les canicules sont déjà plus nombreuses et plus intenses, et ce n’est pas près de s’inverser.

La canicule tue en silence

Contrairement à des phénomènes climatiques plus spectaculaires tels que les cyclones tropicaux, les inondations ou les feux de forêt, les vagues de chaleur s’installent sans bruit, de manière insidieuse.

Pour la plupart des gens, les journées de canicule sont étouffantes mais les médias les présentent parfois même comme quelque chose d’agréable ou bien mettent en cause les scientifiques. En réalité, les vagues de chaleur comptent parmi les phénomènes climatiques les plus dangereux qui soient. Selon une étude universitaire (article en anglais), les vagues de chaleur ont tué au moins 157 000 personnes entre 2000 et 2020 – seules les tempêtes font plus de victimes, avec environ 200 000 morts.

Les auteur·ices du rapport soulignent que ce chiffre est très probablement sous-estimé : de nombreux pays n’observent pas étroitement les effets des vagues de chaleur. Seules 6,5% de ces victimes ont été recensées en Asie, en Afrique, dans les Caraïbes ainsi qu’en Amérique du Sud et en Amérique centrale, alors que ces régions concentrent 85% de la population mondiale. Le bilan continue pourtant à s’alourdir.

L’Organisation mondiale de la santé a qualifié l’urgence actuelle liée à la chaleur en Europe de crise de santé publique, estimant que la chaleur a contribué à environ 200 000 décès sur l’ensemble du continent au cours des quatre dernières années seulement.

Quand les coups de chaleur mortels révèlent les inégalités

La chaleur peut être à l’origine de nombreux problèmes de santé. Le plus préoccupant est le coup de chaleur, qui survient lorsque le corps est en surchauffe et perd sa capacité à se refroidir.

Les enfants, les personnes âgées et les personnes à faibles revenus sont plus vulnérables au coup de chaleur, tout comme les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes et les personnes travaillant en extérieur comme les ouvrier·es du BTP.  Plus une communauté est pauvre, moins elle a accès à des moyens de rafraîchissement, ce qui creuse davantage les inégalités et les injustices.

Ainsi, Oxfam France a récemment démontré que la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse en 2025 que dans les 10 départements les plus riches. Le risque de surexposition aux fortes chaleurs est dix fois moins important pour les habitant·es des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés. En Inde, cette inégalité est flagrante : environ les trois quarts de la population active du pays, soit environ 380 millions de personnes, travaillent dans des secteurs exposés à la chaleur comme l’agriculture et le bâtiment, souvent dans le secteur informel dénué de toute protection. 

L’augmentation de l’humidité amplifie le danger, les climats humides empêchent le corps de se refroidir par la transpiration et transforment les canicules en menaces mortelles.

La canicule a un effet, bien au-delà de la chaleur 

Les dangers de la canicule vont au-delà du simple coup de chaleur. Quand les températures montent, la qualité de l’air baisse, résultat : une aggravation des maladies respiratoires telles que l’asthme, des maladies cardiovasculaires ou rénales.

Les températures extrêmes touchent aussi l’agriculture et l’élevage, les plantes meurent ou poussent moins vite, les animaux d’élevage souffrent de la chaleur. Les communautés qui dépendent de l’agriculture pour leur survie sont touchées à leur tour, deviennent plus vulnérables et se retrouvent en grande difficulté économique alors qu’elles ne sont pas les premières responsables de la crise, c’est ce qu’on appelle l’injustice climatique. 

Les aéroports, les chemins de fer, les routes et les ponts ainsi que toutes les activités économiques nécessitant un travail en extérieur, sont elles aussi affectées par la canicule.

Il y a toujours eu des vagues de chaleur, en quoi c’est différent aujourd’hui ?

Oui, les vagues de chaleur ont toujours existé. Mais quand on mesure leur fréquence (combien de vagues de chaleur par rapport à il y a dix, vingt ou cinquante ans ?), leur intensité (combien de temps durent les canicules ? Est-ce qu’elles sont aggravées par la pollution de l’air ? L’humidité ?) et leur précocité (quand commencent-elles?), on constate que le phénomène s’aggrave à vue d’œil. En d’autres termes : oui, il fait plus chaud que jamais, plus souvent, et oui, il fera encore plus chaud.

Les scientifiques ont conclu qu’il est pratiquement certain que le réchauffement climatique est à l’origine de cette augmentation de la durée et de l’intensité des vagues de chaleur à l’échelle mondiale. Cela signifie, en termes de science du climat, une certitude supérieure à 99 %. Les vagues de chaleur se produisent lorsqu’une masse d’air sous haute pression reste immobile suffisamment longtemps pour être réchauffée par le soleil. Les gaz à effet de serre tels que le CO₂ ont la capacité d’absorber la chaleur.

Ainsi, une masse d’air qui ne bouge pas se réchauffera davantage dans un même laps de temps si elle contient une concentration plus élevée de ces gaz. Ces phénomènes sont géographiquement inégaux et leur probabilité d’occurrence à un endroit précis dépend de nombreux facteurs, tels que le couvert forestier, la pollution par les aérosols, l’humidité du sol ou la distance par rapport à la mer.

L’un des exemples les plus évidents de ce mécanisme à l’œuvre est le « dôme de chaleur ». Un dôme de chaleur se forme lorsqu’une vaste zone stationnaire de haute pression emprisonne de l’air chaud au-dessus d’une région pendant des jours, voire des semaines, agissant presque comme un couvercle de cocotte-minute: l’air s’enfonce à l’intérieur, ce qui maintient une pression élevée en surface et empêche la formation de nuages, de sorte que le soleil cuit le sol sans relâche, sans aucun répit.

Parfois, ce système de haute pression se retrouve coincé entre deux autres systèmes météorologiques et se retrouve « bloqué », bougeant à peine, un phénomène connu sous le nom de blocage oméga en raison de la forme qu’il dessine sur les cartes météorologiques.  C’est exactement ce qui a été à l’origine des vagues de chaleur de 2026 en Europe : un bloc Oméga tenace stationné au-dessus du continent, aspirant de l’air chaud et sec en provenance du Sahara et refusant de bouger, avant de se déplacer lentement de l’Europe occidentale vers l’Allemagne, la Pologne et les Balkans.

Et les dômes de chaleur eux-mêmes deviennent plus fréquents et plus intenses à mesure que la planète se réchauffe, car des températures de base plus élevées font que ce même schéma météorologique stagnant produit désormais des pics bien plus extrêmes qu’auparavant. Découvrez comment la vague de chaleur de 2021 au Canada a bouleversé la vie des gens. Selon le GIEC, la température moyenne des journées de chaleur extrême augmentera de 3°C si nous limitons le réchauffement climatique à moins de 1,5°C, et de 4°C si nous restons en dessous de 2°C de réchauffement. Gardez à l’esprit qu’il s’agit d’une moyenne ! Certaines régions deviennent déjà inhabitables lors des vagues de chaleur au cours de ce siècle.

L’empreinte climatique de la canicule 

Les vagues de chaleur comptent parmi les manifestations les plus meurtrières de la crise climatique. Nous constatons qu’elles gagnent en fréquence, en intensité et en précocité à mesure que la concentration en gaz à effet de serre augmente. Et c’est la cupidité de l’industrie fossile et de ses alliés qui est à l’origine de cette augmentation. Revenons sur leur parcours.

Le réchauffement climatique est causé par une augmentation de la concentration en gaz à effet de serre, principalement (mais pas uniquement) le CO₂ et le CH₄. Ces gaz sont présents naturellement dans l’atmosphère, mais depuis que nous avons commencé à brûler massivement plus d’énergies fossiles, leur concentration augmente de manière exponentielle.

L’augmentation de la concentration de CO₂ est liée au pétrole, au gaz et au charbon. Il n’existe aucune autre source possible (ni les volcans, ni les nuages, ni les cycles solaires, rien). Le CH₄ est lui aussi étroitement lié aux énergies fossiles et au changement d’affectation des sols. Des études et des données l’ont largement prouvé : le débat est clos. Les géants fossiles ont tout fait pour nous enfermer dans une relation de dépendance toxique et en tirer massivement profit.

Des rapports ont prouvé qu’elles connaissaient les dégâts qu’elles causaient depuis au moins les années 1970, et qu’au lieu d’abandonner leur modèle économique, elles ont activement œuvré à désinformer le public.

Elles continuent de le faire. Nous continuons à brûler des combustibles fossiles parce qu’elles ont utilisé leur pouvoir et leur influence à cette fin, et continuent de le faire en toute impunité. Nous ne pouvons pas complètement stopper les vagues de chaleur, mais nous pouvons contribuer à tourner la page des énergies fossiles.

Partout dans le monde, des personnes se battent pour que le charbon, le pétrole et le gaz restent dans le sol, pour couper les flux financiers – publics et privés – qui permettent à cette industrie de perdurer et pour œuvrer en faveur d’un avenir plus juste, plus digne et plus propre. Si ce n’est pas encore le cas, rejoignez-nous !

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05.06.2026 à 13:46

Kick Polluters Out : Résistance internationale contre les géants des fossiles et leurs alliés

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Texte intégral (1573 mots)

Logo de la semaine de mobilisation mondiale contre les géants de l'industrie fossile - Kick Polluters Out - menée par 350

Du 23 au 30 mai, plus de 60 actions se sont tenues dans 19 pays à travers le monde avec un message clair: STOP à l’impunité des géants fossiles qui s’enrichissent en détruisant la planète et en condamnant notre avenir. Manifestations, grèves, assemblées citoyennes, actions visuelles et artistiques, et interpellations en ligne. Sous la bannière “Kick Polluters Out”, nous avons appelé de Johannesbourg à Paris, en passant par New York et Kampala, à mettre fin à la mainmise des multinationales pétro-gazières sur des territoires dans lesquels elles veulent imposer leurs projets extractivistes et mortifères.

Logo de la semaine de mobilisation mondiale contre les géants de l'industrie fossile - Kick Polluters Out - menée par 350

Nous vivons dans un contexte mondial de crise énergétique, de crise climatique et de crise du pouvoir d’achat mais aussi de montée des extrêmes droites, d’essor du carbo-fascisme [1], de multiplication des guerres et génocides et de remise en cause des politiques environnementales [2]. Faire collectivement front devient nécessaire, et c’est ce que nous avons fait durant cette semaine internationale de mobilisation contre les compagnies fossiles et leur vision du monde. À travers trois continents, nous avons appelé des banques, des investisseurs, des compagnies d’assurances mais aussi des gouvernements, à cesser d’être les complices de ces multinationales sans scrupule en arrêtant de financer leurs activités et de protéger voire de promouvoir leurs intérêts.

Mobilisation contre le néocolonialisme et les energies fossiles

Depuis la France, nous avons braqué les projecteurs sur TotalEnergies le jour de son Assemblée générale le 29 mai à la Défense. Septième entreprise la plus polluante au monde historiquement, la multinationale française est championne du monde des bombes carbone (30 en tout) et deuxième sur le podium des entreprises ayant lancé le plus grand nombre de projets d’extraction fossiles depuis 2021 (106) [3], à l’encontre de toutes les préconisations scientifiques. Alors que nous connaissons une hausse importante des prix à la pompe et de nos factures d’énergie, TotalEnergie a annoncé des profits records au premier trimestre 2026 – 5,8 milliards de dollars – notamment après avoir spéculé sur la guerre en Asie du Sud-Ouest.

Paris 29 mai 2026. (Kamil Zihnioglu/AP Content Services for Avaaz)

Aux côtés d’Action Justice Climat Paris, Attac et Avaaz, et avec l’aide d’une trentaine d’activistes déterminé·es, nous avons mené une action percutante à quelques pas de la Tour de TotalEnergies où se déroulait son Assemblée Générale. Il s’agissait pour nous de dénoncer le soutien financier et politique que l’État français continue de fournir à la multinationale , avec l’argent des contribuables [4], en dépit de sa politique extractiviste agressive en totale contradiction avec les engagements climatique de la France, et des impacts humains, climatiques et environnementaux absolument désastreux de ses projets, particulièrement en Afrique.

Mobilisation contre Glencore - Kick Polluter Out

TotalEnergies ne recule devant rien pour satisfaire sa soif de profits: piller des territoires, forcer des populations à fuir leurs terres ancestrales, détruire des vies. L’un des exemples emblématiques de cette ruée vers les fossiles c’est le méga-projet de pipeline EACOP (East African Crude Oil Pipeline).

Prise de parole durant l'action du 29 mai 2026 menée à l'occasion de l'AG de TotalEnergies

Crédits Photo : © Greenbeforedisaster

Zoom sur le projet EACOP

Imaginez un pipeline qui partirait de Paris, traverserait plusieurs pays et se finirait à Belgrade, en Serbie. 

  • Avec ses 1443 km de long (environ Paris-Belgrade en distance) EACOP traverse sur son tracé l’Ouganda et la Tanzanie.
  • Le projet a déjà causé plus de 100 000 expropriations, des déplacements forcés de populations, la profanation de tombes et cimetières [5], la répression de plus en plus importante des populations et activistes qui s’y opposent [6].
  • L’oléoduc menace de façon irréversible les systèmes d’eau douce les plus vitaux d’Afrique de l’Est. Des sources d’eau ont déjà disparu dans huit districts sur dix. Le pipeline traverse des zones humides protégées, des parcs nationaux, des bassins versants dont dépendent des dizaines de millions de personnes — dont 40 millions autour du seul lac Victoria [7].
  • Le bilan carbone du projet sur sa durée de vie est estimé à 379 millions de tonnes de CO2.
  • En Ouganda, le coût du pipeline est désormais estimé à 5,6 milliards de dollars, soit environ 55 % de surcoûts en plus, à cause des retards pris. Ces surcoûts réduiraient les revenus du gouvernement ougandais de 53 %… preuve que le projet ne profite ni aux populations ni aux états, mais bien aux actionnaires [8].

Les mobilisations locales et internationales contre ce projet ont déjà porté leurs fruits en contribuant au retrait de 70 banques et compagnies d’assurance. Le projet a donc pris beaucoup de retard mais il est en route. Il est donc crucial de maintenir la pression sur TotalEnergies et ses investisseurs pour empêcher que le pipeline ne détruise plus de vies.

La résistance et la solidarité doivent continuer au-delà de la semaine d’action. Votre soutien peut faire toute la différence.

Interpellez le gouvernement français



Sources:

[1]  Greenpeace France, Le carbofascisme : pourquoi doit-on le craindre ?

[2]  Observatoire des inégalités, Remise en cause des politiques environnementales : le peuple, un mauvais alibi 

[3] France Info, « Bombes carbone » : visualisez les plus gros sites d’extraction d’énergies fossiles dans le monde

[4] Reporterre, L’État français est l’un des principaux actionnaires de TotalEnergies grâce à l’argent des contribuables

[5] Libération, Mégaprojet pétrolier de TotalEnergies : «plus de 2 000 sépultures» affectées en Ouganda et en Tanzanie

[6] Human Rights Watch, Ouganda : Répression de voix critiquant le projet d’oléoduc

[7] Earth Insight, Menaces sur les sources d’eau : comment les dernières étapes de l’EACOP mettent en péril

[8] Agence Ecofin, Ouganda : les surcoûts du projet EACOP pèsent sur les projections de recettes pétrolières

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