Fabrice Savel
Les députés entament ce mardi 19 mai l’examen du projet de loi d’urgence agricole pour la protection et la souveraineté agricoles. Alors que les décrets de la loi d’orientation agricole et de la loi dite Duplomb n’ont pas encore tous été publiés, ce texte aborde de nombreux sujets, de la souveraineté alimentaire à la question du loup, en passant par celle du revenu des agriculteurs. Contrairement à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui prétend défendre « une loi de réconciliation » entre « urgence écologique » et « urgence de produire », pour les syndicats Confédération Paysanne et Modef ainsi que le Collectif Nourrir, qui regroupe une cinquantaine d’organisations ce projet de loi veut favoriser « l’industrialisation de l’élevage » et « l’accaparement de l’eau ». Ce texte, dénonce le Collectif Nourrir « n’apporte pas de réponse à ses causes profondes : revenus instables et insuffisants, manque d’accompagnement à la transition et à l’adaptation au changement climatique, concurrence accrue liée au libre-échange ou difficultés d’accès au foncier pénalisant l’installation de nouveaux agriculteurs. Sous couvert de souveraineté agricole, le gouvernement, loin de réconcilier, oppose de fait agriculture et écologie et propose par exemple de favoriser l’accaparement de l’eau et l’industrialisation de l’élevage. » « Cette loi ne répond pas aux attentes des paysan.nes en colère et des fermes familiales », estime le MODEF qui souhaite « une loi valorisant une alliance entre le travail des paysans et les valeurs d’usage des biens communs globaux… Une loi agricole soucieuse des paysans, de la rémunération de notre travail, de la préservation de la biodiversité et de la santé, tout en luttant contre les souffrances de la précarité alimentaire, traiterait de l’installation de centaines de milliers de jeunes sur des unités de production à taille humaine, d’une revalorisation des retraites agricoles à hauteur du SMIC net, d’un véritable droit à l’alimentation, d’une caisse mutualiste publique pour les aléas climatiques… » « Les député·es ne doivent pas se tromper », interpelle la Confédération paysanne pour qui ce projet de loi « est au service d’une industrialisation de l’agriculture mortifère et ne répond pas aux nécessités révélées par les différentes crises. » Pour ce syndicat, alors que l’agriculture est soumise à la compétition internationale et fortement dépendante de la pétrochimie et en conséquence de plein fouet les soubresauts géopolitiques, « oui, il y a nécessité à engager des politiques publiques agricoles qui protègent le revenu des paysan·nes, ainsi que les facteurs de production contre la prédation et l’extractivisme. Il y a urgence à agir pour sortir d’un modèle productiviste qui ne cesse de faire disparaître les fermes, qui détruit le potentiel agronomique des sols, la ressource en eau, le bocage et prend en otage l’avenir des futures générations de paysan·nes. » Il y a nécessité, insiste la Confédération paysanne, « à repenser notre agriculture à partir d’un projet alimentaire garant de la santé publique et de la relocalisation de l’alimentation, en sortant de la spécialisation des régions et de la compétitivité organisée à l’échelle de tous les territoires. » Dans une lettre ouverte, le Modef demande aux député.e.s de gauche « de voter unanimement le nouvel article 19 bis (nouveau). Il permettrait d’améliorer le revenu des paysan.nes même si nous souhaiterions des prix minimums garantis par l’État ». De leur côté, la FNSEA et la Coordination rurale pousse pour une adoption rapide, notamment sur le volet central de l’eau, car ce texte supprime l’obligation de réunion publique pour l’autorisation environnementale de projets de stockage d’eau, comme les méga bassines, afin de faciliter leur mise en œuvre. Ces deux syndicats estiment que trop de projets sont immobilisés actuellement. Tandis que la ministre Mme Genevard joue les pompiers de service en soulignant l’absence « de réintroduction de produits phytosanitaires » dans le texte tout en expliquant qu’il y a sur ce sujet « un autre véhicule législatif, celui-là d’initiative parlementaire, qui va vivre sa vie de son côté. Les deux démarches sont différentes et parallèles », la FNSEA pousse pour que cette question soit remis immédiatement sur la table et non repoussé « à plus tard ». Une mission dont pourrait se charger le sénateur Laurent Duplomb lors du passage du texte au Sénat. Face à l’opposition de la gauche à de nombreuses mesures, vues comme des atteintes au droit de l’environnement, la ministre Mme Genevard préfère couper court au débat parlementaire en appelant « les parlementaires à ne pas faire d' »obstruction » pour empêcher l’examen du texte. A cette heure, quelque 2.200 amendements ont été déposés et des journées d’examen ont été ajoutées pour espérer en venir à bout. Les débats seront plusieurs fois interrompus par d’autres textes d’ici au vote final, prévu le 2 juin. Image by The_Northern_Photographer from Pixabay. Texte intégral (1172 mots)
Cet article prévoit une clause de révision automatique des prix du contrat en fonction de la variation, à la hausse ou à la baisse, du coût des matières premières agricoles entrant dans la composition du produit alimentaire ou du produit destiné à l’alimentation des animaux de compagnie.

Fabrice Savel
Le blocage persistant d’engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer d’ici « quelques semaines » une « crise humanitaire majeure », alerte Jorge Moreira da Silva, chef d’un groupe de travail de l’ONU chargé de libérer le passage de ces matières cruciales. « Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure. Nous pourrions assister à une crise qui plongera 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim », a-t-il insisté. L’Iran bloque depuis plusieurs mois le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un tiers des engrais mondiaux depuis des mois, en représailles à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février. Les exportations transitant habituellement par ce passage stratégique du commerce maritime mondial sont généralement destinées au Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a créé en mars un groupe de travail, dirigé par le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui au projet (Unops) Jorge Moreira da Silva, afin de mettre en place un mécanisme permettant le passage des engrais et de matières premières connexes, telles que l’ammoniac, le soufre et l’urée. M. Moreira da Silva dit avoir rencontré plus de 100 pays pour rallier notamment le soutien des États membres de l’ONU à ce mécanisme. Mais les parties impliquées dans le conflit – États-Unis, Iran et pays du Golfe – ne sont pas encore convaincues. « Le problème, c’est que la saison des semailles n’attend pas », souligne M. Moreira da Silva, certaines semailles se terminant dans quelques semaines dans les pays africains. Il estime que le passage de cinq navires chargés d’engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d’éviter une crise pour les agriculteurs. « C’est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l’aide humanitaire », a-t-il poursuivi. En cas d’accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, affirme le responsable onusien. Mais même si le détroit rouvrait immédiatement, il faudrait selon lui trois à quatre mois pour un retour à la normale. Bien que les prix des denrées alimentaires n’aient pas encore explosé, M. Moreira da Silva relève une « forte augmentation » du coût des engrais qui, selon les experts, entraînera mécaniquement une baisse de la productivité agricole, puis une flambée des prix alimentaires. « Nous ne pouvons pas tergiverser sur ce qui est possible et urgent: permettre le passage des engrais à travers le détroit et ainsi minimiser le risque d’une grave insécurité alimentaire mondiale », insiste-t-il. Texte intégral (601 mots)

Fabrice Savel
Par Vincent Dutot, Full professeur Marketing Digital – Fondateur www.cercap.fr, EM Normandie et Abel Mensah, Enseignant-Chercheur en Stratégie, Ascencia Business School Avec The Conversation. (74 mots)
Fabrice Savel
Les océans mondiaux se dirigent vers un record de températures en mai, alors que le retour du puissant phénomène naturel réchauffant El Niño se dessine, alerte l’observatoire climatique européen Copernicus. Les températures moyennes à la surface des mers, hors régions polaires, ont frôlé en avril le record absolu de 2024, selon le bilan mensuel de Copernicus. Et « ce n’est qu’une question de jours avant que nous ne retrouvions des températures record à la surface des mers » pour un mois de mai, a déclaré Samantha Burgess, la responsable stratégique pour le climat au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui inclut Copernicus. Le mois de mars est généralement le plus chaud en moyenne mondiale dans les océans. Des vagues de chaleur marines record traversent une vaste région s’étendant du centre du Pacifique équatorial à la côte ouest des Etats-Unis et du Mexique. El Niño est l’une des phases d’un cycle naturel dans l’océan Pacifique, qui démarre habituellement au printemps, et affecte progressivement dans les mois suivants les températures, les vents et le climat dans le reste du globe. Pour certaines régions, cela se traduit par des sécheresses, comme en Indonésie. D’autres, comme le Pérou, devront se préparer à des pluies diluviennes. Le dernier épisode date de 2023/2024. L’Organisation météorologique mondiale a prévenu, même si des incertitudes demeurent, que le retour d’El Niño était de plus en plus probable de mai à juillet, tandis que s’estompe le phénomène inverse La Niña. Ces prévisions sont fondées sur les températures observées dans une zone du Pacifique. Certaines agences météorologiques prévoient que le prochain El Niño sera plus puissant qu’il y a trois ans, rivalisant peut-être avec le « super El Niño » de 1997/1998. L’effet sur la température moyenne du globe est généralement observé l’année suivant son apparition, ce qui fait craindre une année 2027 très chaude. Image by Gonzalo de Martorell from Pixabay. Texte intégral (825 mots)
Le problème, dans le monde actuel, est qu’El Niño, s’il surgit naturellement et régulièrement, s’ajoute désormais au réchauffement cette fois causé par les activités humaines, par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz qui relâche du dioxyde de carbone, créant un effet de serre.
Zeke Hausfather, climatologue à l’institut indépendant Berkeley Earth, projette ainsi aujourd’hui que 2027 battra le record annuel de 2024. Samantha Burgess estime qu’il encore trop tôt pour prédire avec certitude l’intensité de l’événement, car les prévisions établies au printemps ne sont pas encore très fiables.
Cependant, elle convient elle aussi que, quelle que soit son intensité, cet El Niño ne passera pas inaperçu, jugeant « probable que 2027 dépasse 2024 et ne devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée ».
Dans son bulletin mensuel, Copernicus confirme que la banquise arctique s’est peu reconstituée cet hiver, avec des surfaces proches des plus bas niveaux historiques. Océans et terres confondus, avril 2026 est au troisième rang des mois d’avril les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle mondiale.
Avril a aussi été marqué par plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes: cyclones tropicaux dans le Pacifique, inondations au Moyen-Orient et en Asie centrale et méridionale, sécheresses en l’Afrique australe. Des crues ont aussi frappé une grande partie de la péninsule arabique, tandis que certaines régions d’Iran, d’Afghanistan, d’Arabie saoudite et de Syrie ont subi d’importantes inondations et des glissements de terrain, provoquant de nombreux décès.
« Nous constatons des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents. Chaque mois, nous disposons de davantage de données confirmant que l’impact du changement climatique est à l’origine de ces événements extrêmes », note Mme Burgess.
L’Europe, qui a connu des conditions très contrastées en avril, s’apprête à connaître un été marqué par des températures supérieures à la moyenne et des précipitations inférieures aux normales, ce qui pourrait favoriser sécheresse et risques d’incendies.
Fabrice Savel
Par Julie Subervie, Directrice de recherche, Inrae; Alexandre Gohin, Directeur de recherche, INRAE, Inrae; Jean-Noël Aubertot, Senior research scientist, Inrae et Raja Chakir, Directrice de recherche en Économie de l’Environnement, Inrae; Université Paris-Saclay Taxe sur les pesticides, diffusion des pratiques agroécologiques, interdiction d’importer des produits cultivés avec des pesticides non-utilisés en France… Les pistes pour permettre une nette baisse de l’utilisation des pesticides sont nombreuses, mais toutes n’ont pas les mêmes effets attendus sur les rendements et les revenus des agriculteurs. Depuis près de vingt ans, la France cherche à réduire l’utilisation des pesticides à travers une succession de mesures et de plans qui n’ont pour l’instant pas atteint leurs objectifs initiaux. Cette réduction reste toujours un objectif car les impacts dommageables des pesticides sur la santé humaine comme sur la biodiversité sont de plus en plus confirmés par les travaux scientifiques récents. En outre, l’efficacité des pesticides peut s’éroder avec le temps et le changement climatique tend à augmenter leur utilisation. Mais peut-on atteindre en France une baisse significative de l’utilisation des pesticides sans nuire aux filières agroalimentaires ? Pour bien comprendre quelles seraient les conséquences possibles d’une réduction des pesticides, commençons d’abord par voir les différentes options plébiscitées pour cela, telles qu’elles ont été mises en lumière par les récents débats sur la loi Duplomb. Les défenseurs de cette loi estiment qu’il sera possible, à terme, de développer des solutions technologiques permettant de rendre l’agriculture conventionnelle plus vertueuse et moins dépendante des intrants chimiques. Ils misent notamment sur les avancées génétiques, avec des cultures capables de se protéger elles-mêmes, contre les maladies notamment. Mais le développement de ces solutions exige encore du temps et des investissements lourds. Ces solutions soulèvent également des débats majeurs sur la brevetabilité du vivant, l’impact sur la biodiversité et la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques acteurs du secteur de l’agrochimie où, à l’extrême, tous les agriculteurs pourraient être contraints à acheter leurs semences à la même multinationale. Les opposants à la loi Duplomb défendent une stratégie opposée, reposant sur l’arrêt immédiat ou très rapide de l’utilisation des pesticides les plus dangereux. Dans cette perspective, la transition ne doit pas être principalement technologique, mais agroécologique, ce qui suppose de repenser en amont l’organisation même des systèmes de culture, des systèmes de production, et plus globalement des systèmes alimentaires. Au niveau de la production, cela passe par diverses actions préventives (aussi appelées prophylactiques), telles que la diversification de la succession des cultures et l’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes. C’est dans cette voie que s’est engagée la France il y a plus de quinze ans, avec le plan Écophyto, mis en place à la suite du Grenelle de l’environnement de 2007 et en cohérence avec la Directive 2009/128/CE du Parlement européen et du Conseil. Force est de constater que, malgré les efforts déployés, les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs fixés : l’indicateur NODU (qui mesure l’intensité du recours aux pesticides en agriculture) n’a pas évolué à la baisse comme escompté. Alors quels autres instruments économiques aurait-on pu mettre en place ? Pour répondre à cette question, des simulations ont été réalisées visant à estimer l’impact d’une taxe sur les pesticides, fixée à un niveau suffisamment élevé pour inciter les agriculteurs à réduire de moitié leur utilisation en Europe. Cette idée faisait écho à celle d’un projet de règlement de la Commission européenne en 2024, finalement abandonné. L’étude a été calibrée à partir de données relatives aux comportements observés dans les filières agricoles françaises et des autres états membres pendant plus de trente ans, qui montrent que les achats de pesticides réagissent peu aux variations de prix, sauf lorsque celles-ci deviennent très importantes. Autrement dit, les agriculteurs ne basculeront pas spontanément vers des alternatives comme la protection agroécologique des cultures si l’incitation économique n’est pas particulièrement forte. Les résultats des simulations montrent qu’une forte taxe sur les pesticides, combinée à un soutien découplé au revenu des agriculteurs, c’est-à-dire indépendant de leur niveau de production comme les actuelles aides de la Politique Agricole Commune, aurait deux effets majeurs largement sous-estimés dans les études précédentes : une baisse de la production végétale de 26 % (expliquée par une baisse des rendements de 16 % et une réduction de la surface agricole dédiée aux cultures non fourragères de 10 %) d’une part ; une hausse du prix des produits alimentaires pour les consommateurs de l’ordre de 15 % d’autre part. Il convient toutefois d’interpréter ces résultats peu enthousiasmants avec prudence. Premièrement, ces simulations reposent en effet sur l’hypothèse que les systèmes de production resteraient inchangés, autrement dit à technologie constante. Or, dans la réalité, les agriculteurs peuvent s’adapter. L’adoption d’innovations agroécologiques permettrait d’atténuer, au moins en partie, les effets d’une hausse des prix des pesticides, si ces innovations se diffusaient largement dans les exploitations. Sur ce point, l’expérience française est éclairante : depuis 2012, un réseau de 3000 fermes pilotes accompagne cette transition, et des travaux récents montrent que les pratiques innovantes testées ont déjà généré des résultats mesurables, y compris à l’échelle nationale, grâce à une forte dynamique d’apprentissage entre agriculteurs au sein de leurs réseaux de pairs. Deuxièmement, les résultats de ces simulations sont obtenus sous l’hypothèse que les règles aux échanges commerciaux ne seraient pas modifiées. Or, elles pourraient l’être. Il convient en effet de rappeler que près de la moitié des pesticides consommés dans l’UE provient des importations, qui ne représentent pourtant que 16 % de la consommation totale. Ces chiffres invitent à considérer l’opportunité de mettre en place des clauses miroirs, c’est-à-dire des dispositions dans les accords commerciaux bilatéraux permettant de régir les échanges de produits agricoles et agroalimentaires pour une meilleure performance environnementale et sans pertes économiques importantes. Une étude récente montre en effet qu’une forte réduction des pesticides en Europe n’impliquerait pas nécessairement une trop forte baisse des revenus agricoles si les usages interdits en Europe étaient aussi interdits pour les produits importés. Toutes ces études convergent vers un même constat : réduire fortement l’utilisation des pesticides suppose des politiques publiques ambitieuses, pérennes et accompagnées d’un soutien aux agriculteurs, et impliquant l’ensemble des acteurs du système agroalimentaire. Enfin, si la transition agroécologique apparaît coûteuse à court terme, ce diagnostic doit être complété à deux niveaux : d’une part en intégrant les coûts cachés de la pollution agricole (sanitaires, environnementaux et sociaux) ; d’autre part en évaluant les bénéfices de tous les instruments économiques susceptibles d’atténuer les coûts de la transition. Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original. Texte intégral (1566 mots)
Deux stratégies qui s’opposent
Taxer les pesticides
La diffusion des innovations agroécologiques
Changer règles des échanges commerciaux
Fabrice Savel
La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a adopté le jeudi 19 mars 2026 un avis intitulé « Pour un droit à une alimentation saine, durable et choisie ». Pour un droit à une alimentation saine, durable et choisie, la CNCDH recommande l’instauration d’une loi-cadre et la constitutionnalisation du droit à l’alimentation. Dans son avis, la CNCDH formule 17 recommandations pour permettre une meilleure reconnaissance du droit à l’alimentation au sein de la loi, dans la mise en œuvre des politiques publiques et auprès de la population… L’alimentation et les droits humains Combler un vide juridique majeur Sortir de la logique d’assistance pour une approche multidimensionnelle du droit à l’alimentation Inscrire le droit à l’alimentation dans la Constitution L’urgence d’une loi-cadre nationale Télécharger l’Avis de la CNCDH, « Pour le droit à une alimentation saine, durable et choisie » Texte intégral (726 mots)
L’alimentation est un « fait social total » qui touche au cœur de la dignité humaine. Elle dépend de choix alimentaire, religieux, du pouvoir d’achat des personnes, de conditions de logements, du territoire sur lequel on vit ou encore d’enjeux sanitaires et elle a aussi, entre autres, des conséquences en matière d’environnement. Face à des politiques segmentées et à un manque de reconnaissance, le sujet de l’alimentation reste insuffisamment traité. Pourtant, les dommages sanitaires, sociaux et écologiques du système actuel sont estimés à au moins 19 milliards d’euros par an en dépenses de réparation ou de compensation. Par ailleurs, la précarité n’épargne pas ceux qui sont au début de la chaîne alimentaire, puisque 18 % des agriculteurs vivent actuellement sous le seuil de pauvreté.
Si le droit à l’alimentation est reconnu par plusieurs textes internationaux ratifiés par la France, il reste largement inopérant dans l’ordre juridique national, rendant impossible son invocation autonome devant les juridictions françaises. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ont adressé plusieurs recommandations pour permettre une meilleure reconnaissance de ce droit en France. Les tentatives législatives récentes engagées par l’Assemblée nationale et le Sénat n’ayant pas abouti, il est urgent de doter la France d’un cadre protecteur et unifié.
La Commission préconise un changement de paradigme radical : dépasser la simple logique d’assistance pour favoriser une reconnaissance étendue du droit à l’alimentation. Cette approche repose sur les principes internationaux PANTHER (Participation, Responsabilité, Non-discrimination, Transparence, Dignité humaine, Empowerment et État de droit). Il s’agit de garantir l’accessibilité physique et économique, la disponibilité de produits sains, l’adéquation culturelle et la durabilité du système. Il s’agit aussi d’adopter une approche par les droits permettant aux personnes concernées de participer aux décisions concernant l’alimentation.
Pour affirmer l’importance de cet enjeu et prévenir toute régression, la CNCDH recommande de reconnaître une valeur constitutionnelle au droit à l’alimentation. En rejoignant la trentaine d’États ayant déjà franchi ce pas, la France offrirait un fondement juridique permettant de protéger le droit à l’alimentation.
En complément, pour remédier à un cadre législatif aujourd’hui sectoriel et éparpillé, la CNCDH appelle à l’adoption d’une loi-cadre. Ce texte doit permettre d’unifier les règles relatives à la santé, à l’agriculture et au social au sein d’une stratégie globale et cohérente. En érigeant l’accès à une alimentation saine comme une priorité de l’action publique, cette loi fixerait des objectifs précis, des budgets dédiés et des outils de mesure pour garantir l’opposabilité de ce droit. Il s’agit de passer d’une simple option politique à une véritable obligation d’État, offrant aux citoyens, et particulièrement aux plus précaires, des mécanismes de recours effectifs.
Fabrice Savel
Par Patrick Le Hyaric. Loin des élevages hors-sol où caquettent dans un indescriptible brouhaha coqs, poules ou poussins, les poulets font la une des journaux, s’incrustent dans les bulletins d’information et les magazines télévisés, nourrissent murmures, sourires en coin, commentaires et conjectures en tous genres. Loin de la basse-cour, le populaire gallinacé qui n’a rien demandé se retrouve au cœur d’une polémique dans une belle ville jouxtant Paris : Saint-Ouen-sur-Seine. Là, des responsables politiques de gauche se lancent au visage des cuisses de poulet frit sous les goguenards et gras rires de la droite et de quelques milieux d’affaires. Ils sont si heureux qu’on détourne l’attention des enjeux fondamentaux. En cause ? L’ouverture, à la sortie du nouveau métro, à deux pas de l’hôtel de ville, d’une boutique « Master Poulet », une chaîne de restauration à base de barquettes de poulet et riz à très bas prix. En apparence, l’affaire paraît banale. Certains en rient sous cape. Comme souvent, le piège du cercle de la raison capitaliste enferme, parcellise, segmente, affaiblit les réflexions pour empêcher de dénouer les complexités, de sortir des divisions stériles et au final de faire société commune à partir des réalités et des solidarités d’intérêt populaire. Cette barquette de poulet frit concentre une multitude d’enjeux qu’il est bon d’analyser. Entre le lieu de production en Pologne, en Ukraine, en Thaïlande ou au Brésil de ce poulet consommé à la sortie du métro de Saint-Ouen par une jeunesse de plus en plus précarisée, souvent discriminée, et des familles de plus en plus appauvries, nous touchons du doigt la nature même de la mondialisation capitaliste. On voit ici comment ce système, pour ne pas avoir à augmenter les salaires et les retraites, cherche par tous les moyens à faire pression à la baisse sur le prix d’une nourriture standardisée qui ne doit son semblant de goût et de saveur qu’aux sauces industrielles qui l’accompagnent. Les études ne cessent de montrer les effets délétères sur les corps et les dangers pour la santé humaine et animale de ce type d’alimentation. D’autres questions émergent de ce modèle : concentrations de populations dans de grandes métropoles et mégalopoles, gentrification organisée par l’augmentation des prix des logements, non-mixité sociale dans les villes, précarité et pauvreté. De grands groupes qui ont réussi à standardiser la nourriture et l’alimentation devenues marchandises banalisées et « segments de marché », imposent des marques et produits qui durent parfois l’éphémère temps d’une mode et dénaturent les cultures et les régimes alimentaires. Ainsi, « Master Poulet » se partage désormais le « marché » du plat unique à base de riz et de poulet dans les villes et les banlieus avec « Tasty Crousty », « Chicken Street », « PB Poulet Braisé », « Crousty Game », « Krousty Sabaidi », « Crousty One », Eat Chicken », « BK Crousty », « Crousty Burger » et aussi Burger King, Quick, KFC, Popeyes… Autant de noms fleurant bon une américanisation synonyme d’alimentation standardisée, bas de gamme, produite rapidement, en dehors de toutes normes sanitaires et de respect des animaux. Ces marques, conformées selon les algorithmes des monopoles numériques d’outre-Atlantique, poussent leurs produits bon marché sur les réseaux sociaux. Une viralisation du « mauvais manger » invente pour chaque marque des « communautés » avec leurs codes culturels. Une barquette de riz et de poulet frit devient un objet de désir et un marqueur culturel et social. Pour vendre ses rations de nourriture, le complexe digitalo-alimentaire propulse une mode, des liens de sociabilité et une forme de reconnaissance collective tout en participant au formatage des goûts et des imaginaires. Loin de moi ici l’idée de jeter la pierre à une jeunesse des quartiers populaires à revenus très modestes conduite à consommer un tel poulet standard. Loin de moi également de mettre en accusation les producteurs. Ils ont perdu toute liberté en étant placés sous la coupe de grands fournisseurs d’aliments pour l’élevage. Ils sont d’ailleurs qualifiés de « producteurs intégrés », c’est-à-dire totalement dépendants de donneurs d’ordre et d’importateurs siégeant loin, très loin de leurs fermes et des rues des quartiers populaires, dans de confortables bureaux dans lesquels on ne compte pas les poulets, mais les profits engendrés au détriment des paysans-travailleurs et de la santé des mangeurs de ces poulets. Les consommateurs comme les producteurs sont contraints par un système économique qui les dépossède de leurs vies, de leur travail, de leurs créations, de leurs aspirations. Et aussi, de leurs goûts, de leurs habitudes et cultures alimentaires. Voilà qui appelle à combattre ces aliénations, à porter haut et ensemble des projets d’émancipation. Cela appelle des actions pour l’augmentation des rémunérations du travail et, au-delà, à la maîtrise de la production par les producteurs eux-mêmes. Voilà qui appelle un projet d’éducation à la nourriture au moment où il est de plus en plus avéré qu’une alimentation hypercalorique, hypersucrée, hypersalée, où les additifs industriels masquent le goût fade des produits de base, est antinomique avec la bonne santé. Aujourd’hui, ne rien dire et laisser faire revient à poser une bombe sanitaire à retardement. Cette mondialisation, sous domination des firmes monopolistiques, détruit ici l’élevage au point qu’un poulet sur deux consommé en France est importé. Elle pousse si fort à l’industrialisation de la production que la filière du poulet bio ou Label rouge a été massacrée, passant d’un tiers de la consommation à moins de 13 %. Les achats de poulets entiers cuisinés et consommés à domicile sont en général de la volaille française. Mais la viande de poulet consommée hors domicile, en portions de cuisses et de pilons pré cuisinés, vendue dans la restauration rapide, les chaînes spécialisées, les sandwicheries, aura parcouru en camion ou en bateau les centaines de milliers de kilomètres qui séparent producteurs et consommateurs. Cela représente 63 % de la consommation globale, soit une augmentation de plus de 30 points en moins de vingt ans. La pression à la baisse sur les salaires et les retraites, l’érosion du pouvoir de vivre, ont favorisé la consommation de viande de poulet au détriment de celle du bœuf. Sur tous les tons, il est répété que la production de poulets serait plus profitable à l’environnement. Au-delà des influences sur les modifications climatiques que causent les transports, c’est un leurre. Ces menus au poulet sont composés pour une part essentielle de volailles nourries de soja importé des États-Unis et des pays d’Amérique latine sur les terres de la déforestation. Nous devrions ajouter à ce tableau l’opacité des financements de ces enseignes où parfois de l’argent sale est blanchi et qu’à un autre pôle, McDonald’s, dont le siège européen est basé au Luxembourg, s’exonère des impôts. Les forces progressistes devraient donc prendre ces questions bien autrement et avec sérieux. La barquette de poulet frit concentre maints enjeux de classe qu’on ne peut traiter ni par des postures simplistes, ni par la démagogie, ni par la condescendance de classe à l’égard de celles et de ceux qui n’ont souvent d’autre choix que de manger mal, ni par la disqualification sociale, culturelle et raciste des jeunes des quartiers populaires. Il s’agit ici d’unir pour aider à la construction d’un projet d’émancipation. Unir, pour le bien-vivre en commun. Pour le bien-être, la santé publique et son coût. Pour l’environnement et son prix. Pour les conditions de travail des producteurs comme celles des travailleurs de la logistique et de la restauration. Pour contrer l’homogénéisation culturelle induite par ces processus. Pour le droit de bien se nourrir et la souveraineté alimentaire. Pour la qualité de vie dans les campagnes combinée à une organisation des villes pour toutes et tous, incluant la défense du petit commerce alimentaire, de l’artisanat et de la restauration de qualité à un prix abordable. En ce sens les citoyens, les associations, les syndicats, les élus devraient investir les projets alimentaires territoriaux pour leur donner un nouveau sens. Il y a bien urgence à porter avec force un grand projet pour le droit à l’alimentation, un droit imprescriptible à se nourrir convenablement pour chacune et chacun. Cela implique de produire autrement à partir d’un million de fermes, en France, à taille humaine, de la transmission des savoir-faire, pour retrouver notre indépendance alimentaire. Une alimentation de qualité est possible en impulsant un projet agro écologique de grande ampleur, valorisant la polyculture, le polyélevage, en relocalisant des productions, en promouvant un grand plan européen de production de protéines. Il est temps d’inclure les grands enjeux de la santé et de la sécurité sociale dans les calculs des coûts généraux de la production alimentaire. Manger sainement, ce sont des économies pour la santé et l’environnement. Cela va de pair avec l’augmentation de la rémunération du travail et des réductions des temps de travail et de transports afin de gagner du temps pour pouvoir cuisiner et se restaurer. La défense du petit commerce, le soutien aux coopératives d’alimentation se fournissant directement auprès des paysans-producteurs qui doivent bénéficier d’un statut protecteur, permettraient une riche vie sociale et solidaire dans les campagnes comme dans les villes. Cela ouvriraient les portes à l’accès universel à une nourriture de qualité dans les écoles, les entreprises, les hôpitaux, les trains. Ajoutons que l’éducation au bien-manger et au goût devrait s’inscrire dans un projet culturel interdisant les publicités pour les produits ultra-transformés, encadrant sévèrement l’action d’influenceurs liés à des marques de restauration rapide, aidant à réapprendre à cuisiner, soutenant la transmission de savoir-faire culinaires populaires tout en démocratisant l’accès à la gastronomie et à la grande cuisine. Avec la restauration standardisée, nous assistons à l’une des manifestations d’un moment nouveau au cours duquel le capitalisme mondialisé et financiarisé absorbe les aspirations populaires pour les transformer en vecteurs de profits rapides et de rentes, de domination marchande des vies, au détriment des producteurs et des consommateurs-mangeurs. Voilà qui appelle discussions, débats, rencontres, co-élaboration, afin de ne plus laisser le « marché » décider de ce que nous mangeons et de ce que nous allons transmettre aux générations futures. Il s’agit ici d’un enjeu de sécurité sociale et alimentaire, de sécurité sanitaire, de sécurité écologique et de développement harmonieux du territoire. Un enjeu de société. Un enjeu de civilisation. Image by Gert Olesen from Pixabay. Texte intégral (2109 mots)

Fabrice Savel
Par Léa Lugassy, Directrice scientifique & technique chez Pour une Agriculture Du Vivant. L’alerte des médecins libéraux lancée en juin 2025 était passée relativement inaperçue des médias et du grand public. Ce 25 mars 2026, la publication du rapport de l’Anses aura au moins eu le mérite de faire les gros titres et de mettre en lumière la surexposition inquiétante des Français au cadmium. Le sujet contient tous les éléments d’un scandale sanitaire en bonne et due forme : une exposition massive de la population, aux risques avérés sur la santé, sans qu’aucune mesure de protection n’ait été prise malgré les alertes des autorités de santé. Chacun de nous se retrouve donc à envisager le contenu de ses placards avec un œil de suspicion, d’autant plus démuni que même le label AB n’est pas exempt de contamination. Rappelons que le cadmium est un métal lourd naturellement présent dans l’environnement, et que l’on retrouve à des concentrations potentiellement importantes dans les roches utilisées pour la fabrication d’engrais phosphatés. S’il est aujourd’hui si problématique en France, c’est parce que le gouvernement français a ignoré depuis des années la recommandation de l’Anses de réduire la teneur maximale en cadmium de 90 à 20 mg par kg d’engrais phosphatés, une recommandation pourtant clairement formulée depuis 2019. Le gouvernement a tellement joué la carte de l’immobilisme qu’au printemps 2026, il n’avait toujours pas transposé dans le droit français le règlement européen adopté en 2023, qui abaissait cette teneur maximale à 60 mg/kg, un premier pas vers la volonté affiché par l’Europe de se diriger vers un seuil à 20 mg/kg en 2034. Cette lenteur ne serait, d’après les communications des services de l’État, nullement due à un manque de considération pour le sujet, mais à une volonté de ne pas précipiter les choses vis-à-vis du monde agricole afin de trouver des « solutions pérennes ». Ces solutions existent pourtant largement et sont notamment appliquées par les pays européens ayant déjà abaissé fortement leur seuil de tolérance vis-à-vis du cadmium (20 mg/kg dans la plupart des pays d’Europe du Nord et certains pays d’Europe de l’Est). La première d’entre elles est d’utiliser des engrais beaucoup moins chargés en cadmium, soit en changeant de source d’approvisionnement en engrais phosphatés pour se tourner vers des pays dont le phosphore est naturellement peu chargé en cadmium (c’est le cas de la Finlande par exemple), soit en achetant du phosphore dont la teneur en cadmium a été diminuée par des procédés chimiques ou physiques. Ces procédés ne sont pas nouveaux, mais ils ont un coût qui se répercute sur le prix final des engrais, plus chers de 10 à 30 %, et que les agriculteurs ne devraient pas porter seuls. CLIQUEZ POUR LIRE LA CONTRIBUTION INTEGRALE DANS LA TERRE Image by softhunterdevil from Pixabay Texte intégral (750 mots)

Fabrice Savel
Le Collectif Nourrir rassemble aujourd’hui plus d’une cinquantaine d’organisations paysannes et citoyennes françaises engagées pour des politiques agricoles et alimentaires justes, démocratiques et écologiques. Il anime en France la campagne pour l’Initiative citoyenne européenne (ICE)« L’alimentation est un droit humain pour toutes et tous ! ». Entretien avec Charlotte Labauge, chargée de dossiers politiques pour le Collectif Nourrir. Comment est née cette initiative citoyenne européenne sur le droit à l’alimentation ? À l’occasion d’une conférence organisée à Genève en 2024 qui rassemblait des institutions comme l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) est des organisations de la société civile travaillant sur les questions d’accessibilité durable d’une alimentation de qualité, est née l’idée de créer une entité européenne baptisée Good Food For All et de déposer une initiative citoyenne européenne (ICE) pour inscrire le droit à l’alimentation dans le cadre juridique de l’Union européenne. L’ICE est un outil de démocratie participative créé par l’Union européenne pour permettre aux citoyens et aux citoyennes d’influencer l’agenda politique européen en proposant de nouvelles lois ou en modifiant des lois existantes. C’est une pétition à l’échelle européenne organisée sur une plateforme officielle en ligne. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le droit à l’alimentation est déjà reconnu à l’échelle internationale, notamment à travers plusieurs traités signés par les États européens. Pourtant, dans les faits, ce droit reste largement non respecté. De nombreuses personnes, y compris en Europe, n’ont pas accès à une alimentation suffisante, saine et durable. L’idée de cette initiative est donc de franchir une étape supplémentaire : faire reconnaître concrètement ce droit dans le cadre juridique de l’Union européenne, afin qu’il devienne un pilier des politiques publiques. Il ne s’agit pas seulement d’un principe, mais d’un levier d’action pour transformer en profondeur nos systèmes alimentaires. Aujourd’hui, pas moins de 330 organisations des pays membres de l’Union européenne participent à campagne, qui sont-elles ? Ce qui fait la richesse de cette initiative, c’est précisément la diversité des acteurs engagés. On y retrouve des organisations paysannes, comme celles réunies au sein de la Via Campesina, qui représentent les agriculteurs et agricultrices qui défendent des modèles agricoles à taille humaine. Il y a aussi des organisations de la société civile, qui représentent les citoyens, les consommateurs et consommatrices, des associations engagées dans la lutte contre la précarité alimentaire, comme le Secours catholique ou Action contre la faim, CCFD – Terre solidaire. On compte également des organisations de protection de l’environnement, qui travaillent sur les enjeux écologiques liés à l’agriculture, ainsi que des structures préoccupées par le bien-être animal. Enfin, des organisations de solidarité internationale participent aussi à la campagne, en mettant en lumière les impacts de nos systèmes alimentaires sur les pays du Sud, notamment à travers les échanges commerciaux. Le nombre d’organisations aujourd’hui partenaires à l’échelle européenne témoigne de l’ampleur et de la transversalité du sujet. Quels sont les objectifs de cette initiative citoyenne ? L’objectif central est de faire reconnaître l’alimentation comme un droit humain fondamental au niveau européen. Mais derrière cette affirmation, il y a une vision beaucoup plus large. Le droit à l’alimentation repose sur quatre grands piliers. D’abord, la disponibilité, c’est-à-dire le droit d’avoir un accès régulier, permanent et libre à une nourriture qualitativement et quantitativement adéquate pour tous les mangeurs et toutes les mangeuses. Cela implique donc de produire de la nourriture en quantité suffisante et de sécuriser les sources d’approvisionnement. Ensuite, il s’agit de garantir l’accessibilité à cette nourriture, à la fois économiquement et physiquement. Le troisième pilier est celui de l’adéquation, c’est-à-dire que cette alimentation soit saine, nutritive, mais aussi culturellement appropriée. Enfin, la durabilité, entendue dans ses dimensions écologiques, sociales et économiques, avec notamment la question de la juste rémunération des producteurs. Au-delà de ces dimensions, cette initiative porte aussi une ambition démocratique forte : celle de la démocratie alimentaire. Il s’agit de redonner du pouvoir aux citoyens sur les choix qui structurent notre système alimentaire. Vous évoquez la question de l’accessibilité. Elle ne se limite pas aux revenus… L’accessibilité est souvent réduite à une question de pouvoir d’achat, mais elle est bien plus complexe. Elle est aussi géographique : selon l’endroit où l’on vit, en zone rurale ou dans certains quartiers urbains, l’accès à des produits de qualité peut être très limité. Elle est également sociale et culturelle. Certaines personnes peuvent se sentir exclues de certains circuits alimentaires, ou ne pas avoir les ressources nécessaires pour y accéder. C’est pourquoi nous insistons sur la nécessité de transformer les environnements alimentaires. Il ne s’agit pas seulement d’augmenter l’offre, mais de créer les conditions pour que chacun puisse réellement accéder à une alimentation choisie et de qualité. Comment se déroule concrètement la campagne aujourd’hui ? L’initiative citoyenne européenne repose sur un mécanisme précis : pour être examinée par la Commission européenne, elle doit recueillir un million de signatures dans au moins sept pays de l’Union d’ici fin décembre 2026. La campagne a été lancée début janvier 2026. Pour l’instant, elle en est à ses débuts, avec environ 30 000 signatures au niveau européen, dont près de 20 000 en France. Les prochains mois vont être décisifs. L’enjeu est d’amplifier la mobilisation, de faire connaître cette initiative et d’encourager les citoyens à signer. Chaque signature est importante, car elle permet d’envoyer un signal fort aux décideurs publics. Le contexte international marqué par les guerres, notamment au Moyen-Orient, aiguise les enjeux alimentaires… Ces crises ont des impacts très concrets sur nos systèmes alimentaires. Elles entraînent une hausse des prix de l’énergie, des intrants agricoles, du transport, ce qui se répercute sur les prix alimentaires. Mais en réalité, ces chocs ne sont pas nouveaux. Ils révèlent surtout les fragilités structurelles de nos systèmes agricoles, très dépendants des énergies fossiles et des marchés internationaux. Pour nous, ces crises renforcent la nécessité de transformer en profondeur nos modèles. Il faut aller vers des systèmes plus résilients, plus autonomes, moins dépendants des fluctuations des marchés mondiaux. Or, les réponses politiques actuelles restent souvent centrées sur des logiques productivistes à court terme, sans s’attaquer aux causes profondes de ces vulnérabilités. On le voit, le droit à l’alimentation est bien plus qu’un principe abstrait. C’est donc un véritable levier de transformation. En le plaçant au cœur des politiques publiques, on peut agir à la fois sur la production agricole, les conditions de travail, l’accès à l’alimentation et la préservation de l’environnement. C’est une approche globale qui permet de repenser en profondeur nos systèmes alimentaires pour les rendre plus justes, plus durables et plus démocratiques. Et c’est précisément ce que nous défendons à travers cette initiative. SIGNER L’INITIATIVE CITOYENNE EUROPÉENNE POUR LE DROIT À L’ALIMENTATION Entretien réalisé par Fabrice Savel Texte intégral (1580 mots)

Fabrice Savel
Contribution du Réseau Action Climat, Ronan Groussier, responsable agriculture Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et ses conséquences sur les prix de l’alimentation, doit-on s’attendre à une nouvelle crise alimentaire avec le conflit déclenché par Israël et les Etats-Unis au Moyen-Orient ? Cette guerre témoigne une fois de plus de la remise en cause du droit international, et s’accompagne de graves violations des droits humains. Elle entraîne également un choc énergétique majeur, mais aussi alimentaire, l’envolée des prix des engrais azotés jouant le rôle de courroie de transmission. Le conflit provoque une réduction subite de l’offre d’engrais disponible sur le marché mondial et une hausse de leur coût de production. Du fait de l’abondance de leurs réserves en gaz, les pays du golfe sont d’importants producteurs et exportateurs d’engrais azotés. A ce titre, près d’un tiers du commerce mondial d’engrais azotés transite par le détroit d’Ormuz actuellement bloqué. Outre les exportations d’engrais, la situation actuelle restreint également fortement les exportations gazières de ces pays. Le Qatar a par exemple dû interrompre la production de gaz naturel liquéfié (GNL). Au total, environ 20% du GNL transite par le détroit d’Ormuz. Or, certains pays grands producteurs d’engrais azotés, comme l’Inde et l’Egypte, dépendent de ces flux de GNL et risquent dès lors de réduire leur production. Enfin, la réduction des exportations gazières provoque une flambée des cours mondiaux du gaz de plus de 65% trois semaines après le déclenchement du conflit. Étant donné la prééminence du gaz dans leurs coûts de production et le fonctionnement en flux tendu du marché des engrais azotés, cette réduction de l’offre et l’envolée du prix du gaz font grimper en flèche leur cours. La tonne d’urée est ainsi passé de 450 à près de 700 dollars en deux semaines (cf graph). Or, ce conflit arrive à un moment critique du point de vue du cycle agricole. : les cargaisons d’engrais doivent quitter le Golfe pour rejoindre les principales zones agricoles du monde pour les semis de printemps. L’inflation alimentaire pourrait repartir si le conflit se poursuit Pour les agriculteurs le coup est rude, doublement impactés par la hausse combinée du coût des engrais, pour fertiliser les cultures, et de l’énergie, renchérissant l’usage des machines agricoles. Cela pourrait inciter certains producteurs, notamment céréaliers déjà en difficulté depuis 2 ans, à revoir leurs plans (réduction de l’usage d’engrais, report vers des cultures moins gourmandes) avec une potentielle baisse des récoltes. La hausse directe des coûts de production et la potentielle baisse des récoltes, devraient à terme engendrer une hausse des prix, avec un risque de reprise de l’inflation des produits alimentaires. A cela risquent de s’ajouter une hausse des coûts de transformation des matières premières agricoles, avec des industries grandes consommatrices de gaz (par exemple pour le séchage des céréales), et des coûts du fret maritime avec une explosion des coûts d’assurance et l’allongement des routes parcourues. Texte intégral (644 mots)
Un prix des engrais minéraux dépendant du gaz
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