Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric, 17 août 2026 Cet été brûlant restera comme celui où la nature a posé un ultimatum. La terre se fissure. Elle a cessé de nourrir : l’herbe jaunit, les betteraves se flétrissent, les abricotiers ne donnent plus. Les salades et haricots agonisent. Les pommiers appellent à l’aide. Les nappes phréatiques sont à sec, les rivières réduites à un filet d’eau. Les récoltes de blé s’effondrent, les tournesols sont passés du jaune au noir. Les abeilles ont disparu. Les oiseaux se cachent. Les corps s’épuisent. Les forêts s’embrasent. Des feux si vastes qu’ils érigent des murs de flammes, créant leur propre souffle, leur propre folie. Les animaux, déjà, mangent les réserves destinées à l’hiver. Pourront-ils étancher leur soif demain ? Accompagnant le silence des bois et celui des terres sèches et craquelées, le désespoir s’étend, lancinant. Tel un cri de la terre et des êtres humains ensemble maltraités par un système qui se moque bien que l’herbe soit verte… pourvu que montent les profits. Pendant ce temps, le paysan — visage fermé et épaules lourdes — signe le remboursement de son crédit à la banque. Ses recettes s’assèchent comme la terre. Pour survivre, il lui faudra « décapitaliser » : vendre des parcelles transmises depuis des générations, ou des bêtes sélectionnées avec soin. Lui, il se saigne. Pendant ce temps, Bayer-Monsanto, Yara International ASA, Nutrien Ltd (premiers fournisseurs mondiaux d’engrais), John Deere, Fendt, New Holland (géants du machinisme agricole), Terrena, Eureden, Via Lactea, Soléval, Tereos, Cargill, Louis Dreyfus, Bunge (spécialistes du négoce, de l’importation et de la fourniture d’aliments pour le bétail)… eux, se gavent de profits. Ils sont protégés par une clique bariolée de climato septiques trônant dans le grands palais du monde outillés d’armes de plus en plus sophistiquées. Ce sont les mêmes qui compressent les salaires et le travail. Ces grands groupes capitalistes de l’agro-industrie, de l’agrochimie, de l’agro-alimentaire considèrent la terre comme un tapis vert à exploiter sans fin. Or, elle est un être vivant. Patiente et généreuse. À condition qu’on la respecte. Les multinationales de l’eau, elles, n’ont que faire de sa rareté. Pour le capitalisme, l’agriculture, l’eau et la nature ne sont que des domaines nouveaux à surexploiter au côté du travail. Le capitalisme surmène et épuise le vivant — humain et non humain. Pourtant, depuis des années, scientifiques, paysans et paysannes avertissent : le modèle agro-industriel, fondé sur les énergies carbonées, les pesticides, les engrais de synthèse et le labour profond, tue la vie des sols. Il les appauvrit, les compacte, les rend stériles. Comme un corps vidé de son sang, la terre perd peu à peu sa capacité à nourrir. Mais pressées par les impératifs de la rentabilité financière, les forces du capital qui contrôlent l’agriculture — en amont comme en aval — ont poussé le monde dans un système toujours plus concentré, toujours plus dépendant de la chimie… et des banques. Un système qui a cru pouvoir défier les lois de la biologie et de la physique. Aujourd’hui, le sol se rebelle. Il ne donne plus. Et avec lui, ce sont des générations de savoir-faire, de traditions, de liens entre les humains et la nature qui se perdent. D’abord, on nous a expliqué que les pesticides étaient indispensables pour lutter contre les ravageurs. Puis, que les engrais chimiques étaient nécessaires pour augmenter les rendements. Ensuite, que les semences hybrides, brevetées, étaient les seules capables de résister aux aléas climatiques. Et, après cela, les ténors de l’Europe ultralibérale nous ont expliqué que le nec plus ultra de la vie en société était la « concurrence libre et non faussée » et les « marchés ouvert des traités de libre-échange. À chaque étape, une nouvelle dépendance. À chaque étape de la mondialisation capitaliste et de la financiarisation, toujours plus de pouvoir sur les vies, sur le travail et sur la nature était transféré entre les mains des multinationales de l’agrochimie, de l’agrobusiness et de l’agro-industrie. Bilan ? Les petites et moyennes exploitations disparaissent. Un agriculteur français sur deux est endetté. Un sur trois vit sous le seuil de pauvreté. Et 16 % de nos concitoyens sont en précarité alimentaire. Pire : ils veulent accélérer cette course au désastre, avec la récente loi dite d’urgence agricole, les traités de libre-échange, la déconstruction du Pacte vert européen et l’austérité budgétaire que la Commission européenne veut imposer, tout en aidant toujours moins les fermes à taille humaine. Face à ce désastre, il faut chercher et entretenir la lueur d’espoir. Elle existe. Elle persiste. Celle de ces paysans qui, contre vents et marées, ont choisi une autre voie. Celle qui, inspirée par l’expérience de nos anciens, voit la terre non pas comme un champ de bataille extractiviste à conquérir, mais comme une alliée à choyer. Une manière de comprendre que la nature, si on ne l’en empêche pas, sait se défendre elle-même. Il faut aussi compter avec les chercheurs, les scientifiques qui, Salon de l’agriculture après Salon de l’agriculture, nous initient à de nouveaux possibles : une agriculture plus économe en intrants et en eau, des variétés nouvelles, anciennes aussi, diversifiées. Bien sûr, il faut d’urgence obtenir des dispositions publiques pour éviter l’hécatombe annoncée : gel des dettes des agriculteurs pour au moins vingt-quatre mois, avec leur renégociation ; création d’un fonds d’urgence immédiat d’au moins 5 milliards d’euros, financé par une contribution exceptionnelle prélevée sur les profits des géants de l’agroalimentaire, de la grande distribution, des banques et de l’industrie pétrolière. Il s’agit de garantir des prix de base à la production rémunérateurs pour des volumes de production raisonnés ; d’interdire la revente à perte ; d’instaurer un coefficient multiplicateur maximal entre le prix payé au producteur et le prix de vente. Il s’agit de taxer les produits importés qui ne respectent pas nos normes sociales et environnementales, et d’engager un programme ambitieux de relocalisation des productions, afin que la terre nourrisse les humains, et non les cuves à biocarburants. Mais ces mesures, aussi nécessaires soient-elles, ne suffiront pas. C’est le système qu’il faut changer. C’est un processus d’« adaptation-transformation » agroécologique, indissociable du droit à une alimentation de qualité pour toutes et tous qu’il faudrait enclencher. Une telle voie se cherche déjà. Ainsi, plus de 2 000 fermes du réseau DEPHY (Démonstration, Expérimentation et Production de Références sur les systèmes économes en phytosanitaires) ont réduit de moitié leur usage de pesticides. Preuve qu’on peut produire autrement. Sans chimie, ou presque. En s’appuyant sur la rotation des cultures, la diversité des espèces, la présence de haies et de bandes enherbées. Ici, l’être humain agit de concert avec la nature. Le Réseau Semences Paysannes, lui, a choisi de ressemer ses propres graines, année après année. Preuve qu’on peut échapper à l’emprise des multinationales et à la brevetabilité du vivant. Qu’on peut cultiver des variétés adaptées à son terroir, résistantes, savoureuses. Preuve qu’on peut retrouver sa liberté. Les AMAP, les circuits courts et les petites coopératives citoyennes démontrent, quant à elles, qu’une autre relation entre producteurs et consommateurs est possible. Des dizaines d’associations et de municipalités expérimentent déjà des projets de sécurité sociale de l’alimentation. L’agroécologie, c’est aussi une question de temps, de respect des saisons, des reliefs, des qualités de la terre nourricière. Le temps long — celui des cycles naturels, des saisons, des générations. Pas ce temps court et rapide qu’imposent les rapaces des marchés financiers, des actionnaires, des dividendes, au mépris des cycles naturels et de la vie. Avec l’agroécologie, il s’agit d’une agriculture qui ne cherche pas à dompter la nature, mais à s’inscrire dans ses cycles, ses rythmes, ses saisons. Elle appelle à reconsidérer les sols comme les premiers réservoirs d’eau. Les aider à améliorer leur capacité de rétention est possible en fortifiant l’humus par des fumures organiques issues des élevages et des couverts végétaux ; en conservant les zones humides ; en réinstallant des haies ; en préservant les prairies permanentes. Une telle transformation implique de cesser les spécialisations régionales pour promouvoir une production agricole mixte, mêlant élevage et cultures végétales, élevage et sylviculture, en redonnant aux arbres et à l’agroforesterie toute leur place dans les systèmes agronomiques. En ce sens, la Politique agricole commune (PAC) doit être réorientée, refondée en y associant les paysannes et paysans-travailleurs. Elle devrait devenir une Politique agroécologique et alimentaire commune. Elle reconnaîtrait enfin la valeur réelle du travail paysan ; inciterait toutes les innovations environnementales ; garantirait la qualité alimentaire, soutiendrait d’abord celles et ceux qui préservent les sols, la biodiversité, et aiderait la rémunération du travail et non plus l’agrandissement-concentration inconsidéré des fermes. Elle accorderait une nouvelle place à la recherche agronomique publique. Cet été 2027 pousse un cri de fureur en faveur de cette exigence d’intérêt général : il faut commencer, sans attendre, à faire bifurquer nos systèmes de production agricole et alimentaire. Enfin, il faut démocratiser l’accès à la terre. On ne peut accepter que les terres agricoles deviennent un simple objet de placement financier. Tels de nouveaux féodaux, des fonds d’investissement rachètent des milliers d’hectares pour spéculer sur les prix et relouer ceux-ci aux paysans, redevenus des serfs, non plus des féodaux mais des maîtres du capitalisme financier. La Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) démocratisée pourrait devenir l’outil permettant de prendre en charge les terres, en les louant prioritairement aux paysans, aux collectifs citoyens, aux communes. Elle pourrait le faire en appelant la création monétaire auprès de la Banque centrale européenne, la Banque publique d’investissement et la Caisse des dépôts. Du reste, le vivant, un climat supportable, l’accès à l’eau ont-ils un prix après cet été ? Il est temps de repenser en termes de valeur d’usage et non marchande. On peut imaginer des franchises de loyer de longue durée sur ces terres, à condition qu’elles soient cultivées en respectant les cycles de la nature, pour fournir une alimentation de qualité produitelocalement, en lien avec les collectivités et les associations de « citoyens-mangeurs », ou dans le cadre de projets locaux d’expérimentation de la Sécurité sociale de l’alimentation. Rendre la terre à ceux qui la travaillent et gagner le droit à l’alimentation sont des combats décisifs de notre temps. Bien sûr, l’« adaptation-transformation », cette impérative « évolution révolutionnaire » ne se fera ni en un jour, ni dans les bureaux climatisés des ministères et de la Commission européenne. Elle demandera du temps, beaucoup de réflexions, de discussions, pour que les paysans — et celles et ceux qui souhaitent le devenir — deviennent maîtres de leur travail et de leur production, au service de toutes et tous. Ce sera possible en forgeant une nouvelle alliance avec les autres catégories de travailleurs, avec les consommateurs, avec les chercheurs et les élus. Cela impliquera de sortir des orientations austéritaires des gouvernements successifs et d’opérer une refondation radicale de la PAC. Ce changement est indispensable. La sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire sont désormais sérieusement menacées. Le risque existe que, dans quelques semaines, les prix alimentaires augmentent d’un tiers, alors que salaires et pensions de retraite sont compressés. La tâche est immense. Les obstacles sont nombreux. Mais l’espoir, lui, est tenace. Il se niche dans les yeux des jeunes qui choisissent de devenir paysans, tout en militant pour une bifurcation sociale, démocratique et écologique de la production et de l’alimentation. Nous pensons à tous les enfants et à la jeunesse en proposant que le sol puisse encore chanter avec nous. Image by Adis Resic from Pixabay. Texte intégral (2461 mots)
Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric, le 4 août 2026. Comme aux heures sombres et pénibles de la pandémie de Covid-19, une puissante lumière transperce les fumées noires qui polluent et obscurcissent le ciel. Loin des discours fumeux d’autosatisfaction du gouvernement, resplendit une tout autre réalité : celle de la solidarité humaine, concrète, sensible. Elle a la force d’action des cœurs populaires. Loin des hypocrisies politiciennes désignant des boucs émissaires, l’intelligence collective et solidaire se hisse à la hauteur d’humanité. Avec la volonté de prendre soin de « l’autre » et de la nature, l’entraide et la générosité balayent les égoïsmes pour faire advenir le bien commun. Ensemble, par-delà les différences et les générations, pompiers et anciens pompiers, agents publics des collectivités locales et de l’État, actrices et acteurs de la santé, travailleurs-paysans, artisans, restaurateurs et tant d’autres bénévoles rassemblent leurs forces, s’unissent pour conjurer le pire : sauver des vies humaines et animales, protéger des villages, des quartiers, des petites entreprises et des usines menacées. Ensemble, ils font face alors que les pouvoirs successifs se sont acharnés à affaiblir et démembrer les services publics de secours, de santé, de transports et de mobilité, d’entretien et de protection de la nature… Oh, reconnaissons-le : en pareille circonstance, certains hommes de pouvoir ne manquent jamais ni de vocabulaire guerrier, ni d’éloges pompeux des héros anonymes qu’ils méprisent le reste de l’année. « Ces gens qui ne sont rien », selon l’expression du président de la République, personnels de santé ou pompiers qu’ils font matraquer lorsqu’ils osent réclamer de quoi vivre mieux et les moyens de travailler au bien commun. Et comment oublier le qualificatif d’« éco-terroristes » accolé à une jeunesse en action refusant que le monde se meure sous les effets de la bombe climatique ? Une fois leur parade terminée, les mêmes s’en retournent dans leurs bureaux climatisés. Ils y préparent les tableaux comptables et les phrases toutes faites aseptisées dans les bocaux de quelques conseillers, visant à faire accepter de nouvelles réductions de moyens, de nouveaux sacrifices au nom de la sacro-sainte réduction de la dette monétaire – qu’ils contribuent pourtant à alourdir par leurs divers cadeaux sonnants et trébuchants en faveur des dominants et des possédants. Pour cela, ils sacrifient casernes de pompiers, moyens aériens de lutte contre les feux de forêts, gendarmeries, services de protection civile et de santé, services hospitaliers, agences de protection de la nature et de la biodiversité. Ils saignent les collectivités locales, laissent se dégrader routes et voies de chemins de fer, étouffent l’Office national des forêts. Pire encore : quand ils annoncent un « plan de relance forestière », c’est pour subventionner des coupes rases accaparées par des multinationales du bois. Ces dernières éradiquent des forêts complexes riches en feuillus au profit de monocultures de résineux plus profitables. Non contents de ne tirer aucune leçon des feux extrêmes pour repenser le développement des territoires et promouvoir l’agroforesterie, le pouvoir cherche à profiter du drame pour pousser les pions d’une vaste redistribution du territoire entre public et privé. C’est précisément le sens du projet révélé par la ministre de la Transition écologique, qui a annoncé la semaine dernière la création d’un fonds, associant acteurs publics et entreprises privées, pour préserver et replanter les massifs forestiers en France. Pourtant, toutes les expériences récentes de « partenariat public-privé » prétendument pour défendre des enjeux climatiques ou environnementaux, qu’il s’agisse de l’énergie, de l’automobile, des transports, des hôpitaux ou d’autres secteurs, aboutissent immanquablement aux mêmes résultats : ce sont toujours les intérêts privés qui priment tandis que le public assume les coûts, surtout en cas d’échec. Face à de telles logiques, les mouvements de solidarité en cours et les colères populaires doivent se transformer en une vaste action unitaire. Il s’agit de défendre, d’améliorer, de démocratiser nos biens communs, nos services publics pour l’intérêt général humain et environnemental. Toutes les catastrophes en cours ne font que souligner l’urgence de bâtir de grands services publics démocratisés et de nouvelles appropriations sociales et citoyennes. Un projet qui doit aller bien au-delà des anciennes nationalisations qui, trop souvent, n’ont fait que perpétuer un capitalisme d’État sans maîtrise de la production et du travail par les travailleurs. C’est pourtant l’indispensable condition pour préserver l’environnement et combattre les bouleversements climatiques. Ce nouvel élan populaire appelle aussi la recherche de nouvelles solidarités de combat en Europe et à l’échelle planétaire. Il y a urgence à une grande mobilisation politique, sociale et écologique ! On ne peut laisser les institutions européennes détricoter une à une les avancées du droit de l’environnement. Chaque progression, même minime, obtenue ces dernières années pour protéger les écosystèmes, est trop souvent rayée des textes et des actes gouvernementaux. Les forces du capital veulent surtout ne rien changer à un modèle économique fondé sur la combustion d’énergies fossiles et désormais sur la course à la création de centres de données (data centers) voraces en eau et en énergie. Tous les événements dramatiques de cet été 2026 – le désastre écologique et économique qui frappe la Gironde, les Landes ou le Var, le traumatisme de milliers de foyers, le vol spectaculaire au Louvre il y a quelques mois, les révélations accablantes sur l’insuffisance des moyens de la justice mis au jour après l’abominable crime de Lyhanna – pointent d’un doigt accusateur le mur et les impasses de ce système qui privilégie les puissances d’argent. C’est un vaste mouvement citoyen qui peut inverser les priorités. Les vagues de chaleur étouffantes, les températures insoutenables dans les salles de classe, l’arrêt des trains… Chaque crise, chaque catastrophe révèle la paupérisation continue des services publics, ceux de la santé, de la culture, de la justice, de l’éducation ou de la lutte contre les dérèglements climatiques. Le pouvoir privilégie les marchés financiers et la militarisation au détriment des sécurités humaines. Songeons que les budgets de la sécurité civile avoisinent 7 milliards d’euros quand les frais financiers qui engraissent les spéculateurs de tout acabit sont dix fois supérieurs. Les forêts brûlent, cette même semaine où les marchés financiers font flamber les taux d’intérêt à 4 % sur les emprunts que contracte le pays. À ce rythme, le service de la dette équivaudra dans quelques années à 25 fois les investissements consacrés à la sécurité civile. La nation consacre soixante fois moins d’argent à sa protection civile qu’au budget de l’armée. Révoltant ! C’est le dévouement des personnels de santé pendant la pandémie, celui des pompiers aujourd’hui, et la solidarité citoyenne qui forme l’ultime rempart quand le pouvoir politique s’éloigne chaque jour un peu plus du bien commun et de l’intérêt général. Face au phénomène d’insécurité globale que représentent les feux extrêmes et les bouleversements climatiques, se pose l’urgence d’imaginer le projet d’un grand pacte, populaire et citoyen, social, progressiste, écologique, démocratique. Un tel pacte, à construire dans les usines et les universités, dans les villages et les bureaux ou centres de recherche, viserait une transformation structurelle de la société pour un plus haut degré de civilisation. Les drames de l’actualité font mûrir dans la société de nouvelles idées, de nouvelles prises de conscience, le souhait de nouveaux liens. Il convient d’aider à les faire fructifier. Les engagements citoyens, les solidarités concrètes, les systèmes d’entraide, les actions communes sur le terrain portent en germe de nouvelles politisations cherchant des issues aux impasses du capitalisme. Des centaines de milliers de citoyennes et de citoyens, des travailleurs de toutes professions, autour des pompiers, prennent conscience de leur capacité, ensemble, à écarter le pire tout en mesurant les dégâts de politiques gouvernementales se faisant sans elles, sans eux, contre elles et eux. Dans ces actions et ces débats émergent de nouvelles aspirations, de nouveaux enjeux : un nouveau « rééquilibrage-développement » des territoires et de nouveaux liens urbains, périurbains et ruraux, une autre façon d’y habiter et de les faire vivre. Une place centrale accordée à l’agro écologie et à l’agroforesterie pour une agriculture nourricière de qualité. Une nouvelle manière d’habiter fondée sur les solidarités, les liens de proximité, la convivialité et une relation étroite et respectueuse de l’ensemble du vivant. Le souhait d’un avenir désirable pour toutes et tous et pour les générations futures. Ces dynamiques rejoignent l’action de collectifs engagés dans la lutte pour la réappropriation des biens communs, dans la création de coopératives de production ou encore dans l’expérimentation de sécurité sociale alimentaire ou environnementale. Elles s’appuient aussi sur des tiers-lieux culturels et des projets économiques alternatifs où se nouent des liens nouveaux entre producteurs et acheteurs. Elles confortent le vivant et vivifiant tissu associatif, culturel, social, syndical. Celui aussi des collectivités locales porteuses de progressisme et de démocratie en acte. Ainsi se dessinent les bases de résistances concrètes, esquissant le portrait d’une nouvelle organisation sociale innovante et autogestionnaire, portant les germes d’un processus communiste visant à dépasser le capitalisme. Pour l’abolir enfin. Ce projet « d’adaptation-transformation », indispensable à la poursuite de la vie, constitue une puissante évolution révolutionnaire. Il appelle à une grande mobilisation pour les services publics, les sécurités sociale, économique et écologique, mais il nous interpelle aussi sur les enjeux de la décarbonation des activités. Ils nous obligent à penser une civilisation affranchie des énergies fossiles – la plupart importées – qui nous rendent désormais si vulnérables, si fragiles. Il s’agit bien d’imaginer et de construire une société, un monde, où il fait bon vivre. Un monde où la sécurité humaine serait garantie, où la vie serait moins chère, plus saine, plus autonome et en pleine harmonie avec l’ensemble du vivant. Un monde désirable. Image by Gerd Altmann from Pixabay. Texte intégral (1940 mots)
Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric, 28 juillet 2026. Les lances à incendie des courageux pompiers apparaissent bien frêles face aux assauts des monstres de feu tentaculaires qui gonflent sans répit. Sans pitié, sans pause, les flammes s’étirent, s’élargissent, changent de direction comme pour narguer les efforts humains qui tentent de les dompter, en vain.Les flammes dévorent sans compter, se répandent sans limite, tantôt coulées incandescentes, tantôt murs de feu de vingt à quarante mètres de haut, produisant leur propre courant diabolique. Elles ravagent les forêts, les champs, les cultures, la faune sauvage, encerclent des villages entiers, s’attaquent aux maisons Elles jettent des milliers de familles sur les routes, sonnant l’alarme du drame des réfugiés climatiques, jusqu’ici associé à de lointaines contrées. Le dragon ne recule devant rien. Il peut neutraliser un aéroport, menacer une centrale nucléaire, détruire une centrale photovoltaïque, bloquer les usines, paralyser la circulation des trains, lécher de ses langues de feu la grande ville, bloquer l’activité économique et imposer le chômage technique. Il ignore les grilles et les murs. Il ne connaît aucune limite de propriété, ni les panneaux d’interdiction. Il ne fait aucune distinction entre les êtres vivants, animaux, humains. Des familles ont perdu en quelques heures ce qu’elles avaient mis toute une vie à construire. Nous partageons leurs larmes, leur désolation et leur angoisse devant l’incertitude de l’avenir. Il est urgent de prendre conscience des temps nouveaux qui commencent. Se donner les moyens de les prévenir et de les subvertir devrait être une obligation, à la hauteur des traumatismes que provoque l’irréversibilité des pertes de vie, d’habitation, d’équipements communs, d’outils de travail, de faune, de flore, de biodiversité de paysages. Les méga-feux rétrécissent notre monde et hypothèquent nos futurs communs. De Los Angeles à la forêt de Brocéliande, d’Athènes à la forêt des Landes, de Tunisie à Fontainebleau, des abords de Madrid à ceux de Bordeaux, ils révèlent la vulnérabilité de notre condition humaine, commune à toutes et à tous. Ils appellent donc à forger une nouvelle alliance universelle – sociale, démocratique, culturelle et environnementale – au service de l’intérêt général. Contrairement aux apparences, l’ampleur et la violence des incendies ne sont pas des phénomènes à dépolitiser. Ce qui brûle n’est pas seulement des étendues d’arbres. C’est un outil de production, façonné par l’humain, trop souvent organisé en monocultures, avec une densité de plantation maximale en vue de la rentabilité. Brûlent en même temps des écosystèmes entiers. Or, les trois quarts des surfaces boisées appartiennent à des propriétaires privés qui n’y voient un capital à rémunérer. Ici se dessine le conflit entre logique économique et protection des écosystèmes, propriété lucrative et préservation du bien commun. Ce qui brûle, c’est aussi une conception obsolète de l’aménagement du territoire qui impose de repenser le lien villes-campagne avec un maillage dense de services publics démocratisés. La violente radicalité de ces feux s’alimente et s’étend aussi selon des choix politiques, selon des priorités gouvernementales et des intérêts des classes dominantes. Les citoyens en prennent conscience.Et, une fois encore, les dépossédés, les invisibilisés, celles et ceux que les pouvoirs ignorent et méprisent le reste du temps sont là, solidaires. Ensemble, pompiers et anciens pompiers, agents des services de l’État, préfectoraux et des collectivités territoriales, maires et élus municipaux, soignants et médecins, petits commerçants et paysans, salariés d’EDF ou d’Enedis, agents de l’Office national des forêts, et sylviculteurs, chauffeurs, conducteurs d’engins et ouvriers forestiers se mobilisent jour et nuit. Loin de l’égoïsme des rapaces de la finance, une solidarité active les unit pour combattre le brasier et soutenir de mille manières celles et ceux qui s’y emploient. Leur courage, leur force morale aussi indomptable qu’un feu intérieur sauve des vies, une part de nous-mêmes, de nos paysages, de notre culture. Quand leurs actions solidaires, quand leur dévouement seront-ils reconnus au-delà des formels remerciements gouvernementaux ou présidentiels et des hommages médiatiques aussi vifs que sera l’oubli demain ? L’espoir pourtant réside dans ces forces vives sans lesquelles le pays ne fonctionnerait pas. Le capitalocène, cet affreux régime qui fait feu de tout bois pour dompter, exploiter, surexploiter la nature et les êtres humains et animaux, est aussi pyrocène. Pendant que la Terre brûle, ses acteurs aux coffres forts blindés restent froids dans leurs salles climatisées pour compter profits ou dividendes, ou à verrouiller leurs avoirs dans les paradis fiscaux. Seul les anime un triple primat : décider des finalités du travail de milliards d’individus, orienter les consommations et l’obsolescence des produits, dompter la nature pour la mettre au service du grand capital international. Au bout du compte, l’affaiblissement de l’environnement, de la biodiversité et de la biosphère remet en cause les conditions d’existence de la majorité des êtres humains et du vivant.Les feux extrêmes deviennent des phénomènes physiques de plus en plus autonomes, dangereux, capables d’anéantir notre humanité selon la National Aéronautics and Space Administration (NASA).Outillée de ses capteurs et de ses équipes d’observation, l’agence gouvernementale des États-Unis, responsable du programme spatial et de la recherche aéronautique, élabore un atlas des feux dans lequel elle envisage sérieusement la possibilité d’un incendie de dimension mondiale. En cause, le dérèglement climatique portant des températures estivales extrêmes, des vents plus puissants et une faible humidité de l’air. Quand en tiendra-t-on enfin compte sérieusement ? Il y a ici matière pour une conférence internationale faisant cesser les guerres, ouvrant un processus de désarmement pour réorienter les recherches et les développements industriels et agricoles vers le combat contre les feux et les bouleversements climatiques, pour mettre sur pied un fonds mondial destiné à la lutte contre les méga-feux. Un programme mondial « d’adaptation-transformation » des sociétés et du monde est à l’ordre du jour pour qu’enfin se réalise notre humanité commune. Un projet qui s’oppose frontalement aux nationalismes et aux actuelles métamorphoses du capitalisme influencé par les extrêmes droites. Ainsi, à l’ère du capitalocène, un diabolique cercle vicieux s’installe. L’extraction effrénée des énergies fossiles alimente le réchauffement climatique qui prépare le terrain aux feux extrêmes. Ces derniers, à leur tour, crachent dans l’atmosphère des gaz à effet de serre accélérant encore les bouleversements climatiques. Le feu pollue l’air, contamine les nappes phréatiques, détruit des arbres centenaires qui s’effondrent avec fracas. Il fauche des oiseaux, encercle les animaux de ses flammes et ses particules s’infiltrent dans les corps quand il ne les asphyxie pas. Le vivant non humain ne peut donc être à l’arrière-plan de nos existences. Il en est le cœur. Et il faut avoir la froideur des puissants, toute l’arrogance des dominants pour continuer de le nier, de s’approprier des portions de la planète pour leur usage exclusif : s’accaparer des forêts, des sentiers côtiers, des bouts de plages, des terres arables, des lacs, des rivières et des sources, des pans de montagne. Ceux-là, ces extrémistes du capital, préparent un monde sans futur. Et il faut avoir la sécheresse de cœur de leurs mandataires au pouvoir pour oser expliquer, loin des visages noircis et épuisés des sapeurs-pompiers, que « tout était sous contrôle ». Les opérations de communication du ministre de l’intérieur, déconnectées de la vie réelle sont insupportables. Ainsi, il a osé affirmer sans rougir que « la France disposait des moyens suffisants » alors que sur les 12 Canadair du parc de lutte contre les feux, cinq seulement étaient opérationnels. Il a fallu attendre le pire pour qu’on daigne faire appel à la force opérationnelle européenne, commencer à mobiliser l’armée et à mettre en service le nouvel avion de transport militaire Airbus A400M Atlas. Suggérons au ministre de placer aussi face aux flammes les 90 véhicules Centaure, dotés chacun d’une réserve d’eau de 10 000 litres. Ils y seraient plus utiles que lorsqu’ils arrosaient violemment les pompiers en manifestation pour réclamer des moyens supplémentaires, des recrutements, la reconnaissance de leur travail et l’arrêt des fermetures de casernes, notamment de pompiers bénévoles. On enrage ! Tout entier arc-bouté vers la gestion des déficits budgétaires qu’ils créent en transférant des parts toujours plus grandes de la richesse nationale vers les puissances d’argent et la militarisation, les gouvernements successifs n’ont cessé de rogner les moyens des collectivités locales auxquelles ils ont pourtant transféré une part de leurs responsabilités. Les budgets de l’ensemble des services départementaux d’incendie et de secours sont à peine supérieurs aux 5,5 milliards d’euros annoncés par le groupe Total, en hausse de 47 % pour ce seul premier semestre. Total gonfle l’atmosphère de gaz à effet de serre et les dividendes de ses actionnaires pendant que la France brûle. L’Office national des forêts, dont le rôle est capital pour préserver, protéger, valoriser les espaces boisés, a vu le nombre de ses agents fondre de près de 5 000 en vingt ans. La Cour des comptes s’en est même émue, soulignant que les moyens humains « apparaissent désormais insuffisants pour répondre aux missions croissantes qui lui sont assignées ». On enrage ! La froideur glaciale du pouvoir et de ses bariolés soutiens, se mesure à l’aune de ses obsessions militaristes qui les conduisent à ajouter 36 milliards à une loi de programmation militaire engloutissant déjà une somme de 436 milliards d’€ pour préparer la guerre et soutenir un complexe militaro-industriel aux anges. On enrage !Hier, Eurocopter, qui aurait pu fabriquer un nouvel outillage pour lutter contre les incendies, a été fermé. Aujourd’hui, le groupe Renault ferme ses usines ici pour aller fabriquer, non pas des voitures en Ukraine, mais des drones de guerre. On enrage !Renversons les priorités : pour le vivant en toutes circonstances. Pour la paix et le désarmement toujours. Pour nourrir les forces de vie, porter les urgences sociales, les urgences climatiques, les urgences démocratiques, les urgences culturelles et d’humanité. Le combat pour un processus post-capitaliste doit embrasser, doit associer tous les éléments du vivant humain et non humain. Il exige une refonte radicale des priorités, des choix, des modes de pensée. Car c’est bien l’ère du capitalocène qui révèle le pyrocène et prépare une terre sans futur, qu’il faut urgemment dépasser. C’est donc un nouveau contrat social, environnemental, démocratique et pacifique qu’ensemble nous devons inventer. Un pacte démocratique pour l’émancipation, une promesse pour la civilisation. Image by LoggaWiggler from Pixabay Texte intégral (1956 mots)
Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric, 21 juillet 2026. De champs en forêts, de collines en lits de rivières asséchés, de routes fracturées en murs de maisons fissurés, les bouleversements climatiques rongent la nature, paralysent trains et réseaux, bousculent le réel. Les feux ne se contentent plus de lécher les jardins et les toits : ils dévorent. Des millions de troncs noircis d’arbres, tels des bras inertes tendus vers nous, implorent. Les inondations succèdent aux dessèchements, tandis que les veines secrètes de la Terre, que sont les nappes phréatiques, continuent d’agoniser, silencieuses et oubliées. La fournaise fauche des vies par milliers dans un assourdissant silence, use et épuise les corps, ruine des années de labeur. Des fissures zèbrent les murs des maisons. Les alternances de pluies diluviennes, de soleil brûlant, de grêles dévastatrices anéantissent les récoltes ou en empêchent la croissance. Ici, des élevages de poulets étouffent sous la chaleur asphyxiante ; là, vaches et chèvres meuglent et bêlent de soif, ajoutant encore à la détresse et à la souffrance des travailleurs paysans. Les conséquences de ces dérèglements climatiques, tant niées depuis si longtemps par des irresponsables aux yeux rivés sur les courbes des taux de croissance et de profit, précipitent le désastre. Nos vies en sont déjà bouleversées. D’intimes détresses nées dans les plis des dévastations environnementales nous submergent. Et les scientifiques préviennent inlassablement que nous n’en serions qu’au début de la catastrophe. Pourtant, les réalisateurs du capitalocène veulent faire croire que la fuite en avant dans la technique, dans ce qu’ils appellent le technosolutionnisme, nous permettrait de nous en sortir. Ainsi, les forces capitalistes continueraient à produire des marchandises faisant du désastre une opportunité pour poursuivre l’accumulation du capital et à augmenter la rentabilité de celui-ci. Mieux, ils font la guerre pour ce qu’ils appellent de l’or noir. Évidemment, il faut d’urgence aider à supporter les canicules : refroidir l’air dans les maisons et bâtiments publics ou, plus fondamentalement, réhabiliter ou construire des bâtiments mieux isolés. Ces grands chantiers, comme celui des transports ou de la construction de véhicules accessibles à toutes et à tous, durables et fonctionnant sans énergies carbonées, devraient être prioritaires, comme l’investissement dans les services de santé. Mais c’est le système lui-même qui engendre la crise climatique qu’il faut remettre en cause. Pour y parvenir, il devient urgent d’ouvrir un processus de transformation structurelle de l’économie en se libérant des chantages organisés autour de la dette. Bien au contraire, ce sont d’immenses investissements dont nous avons besoin pour affronter les désastres qui se profilent. Nous sommes bien loin des propos de politiciens à courte vue, aux idées simplistes qui sacrifient l’avenir des générations futures sur l’autel des marchés financiers et, accessoirement, de leur course vers l’Élysée. La vie de nos enfants et petits-enfants vaut le combat immédiat pour la maîtrise sociale, publique et citoyenne de la création monétaire, le contrôle des banques, la démocratisation et le renforcement des services publics. Un changement progressiste et écologiste structurel doit bien sûr s’attaquer aux conséquences des bouleversements en cours. Il doit surtout devenir une révolution culturelle, une révolution dans la manière de penser l’avenir humain commun, de concevoir le monde. La réduction des émissions de gaz à effet de serre doit s’accompagner d’une refonte radicale de notre rapport au vivant et à la biodiversité. Ce complexe tissage d’êtres vivants se défait sous nos yeux : sols artificialisés, arbres absents, haies arrachées, zones humides effacées, bourdonnements d’insectes éteints, oiseaux silencieux. Le vivant est notre allié, notre associé, notre protecteur, notre partenaire de vie et de travail. Il est à la fois un moyen d’adaptation et un levier de transformation du monde. Le préserver, le protéger, le nourrir, le chérir sont donc un choix politique de capitale importance. Celui-ci s’oppose frontalement à la grande industrie des engrais et de la chimie, aux malfaisants traités de libre-échange capitaliste, à la privatisation de l’eau, aux détricotages de toutes les avancées environnementales européennes, à la fameuse loi dite « d’urgence agricole » qui n’est que l’autre nom de choix favorables à l’agrobusiness, soumettant toujours plus le travailleur paysan aux implacables lois du capitalisme mondialisé et financiarisé. Victime collatérale des soubresauts climatiques, la biodiversité est pourtant notre atout pour y faire face. Or, depuis des années, les projets d’aménagement du territoire, les choix budgétaires nationaux et européens, les contre-réformes engagées n’ont eu de cesse d’affaiblir ou de détruire les exigences sociales et environnementales. Le résultat est aussi tragique qu’affolant : nos territoires et lieux de vie perdent leurs capacités de résistance aux effets des bouleversements climatiques. La vie nous appelle à agir ensemble pour transformer radicalement le mode de production et le modèle économique afin de réduire drastiquement l’utilisation des énergies carbonées. C’est la condition pour commencer à stabiliser, puis à réduire le réchauffement de la planète. Une telle transformation révolutionnaire doit nous conduire à concevoir une solidarité internationaliste pour le climat et la protection des humains comme des non-humains. Elle appelle à porter le projet d’un monde commun où priment les coopérations, l’impulsion d’ une diplomatie pour la paix et d’une diplomatie climatique. La vie hurle la nécessité de placer la biodiversité au cœur de tous les choix : agroécologie et agroforesterie, production de nourriture de qualité, eau potable, santé, sécurité humaine, transports, logements, éducation, infrastructures nouvelles combinées, articulées à la restauration de la nature. La vie crie la nécessité d’une politique globale de civilisation. Plus qu’un simple changement de pouvoir, elle a besoin d’une autre conception de la politique, d’une démocratie authentique reliant entre eux tous les enjeux et cessant de traiter les enjeux contemporains en silos étanches : le climat, la biodiversité, l’eau, l’alimentation, la santé, l’énergie, les mobilités, le développement des territoires sont interdépendants. Ensemble, dans une véritable citoyenneté active, experts des centres de recherche scientifiques et experts du quotidien doivent pouvoir construire une nouvelle cohérence : progressiste, écologique, démocratique. Il s’agit de relier les êtres humains entre eux et avec l’ensemble du vivant pour forger des solidarités nouvelles, co-élaborer ensemble un avenir durable, désirable, une terre commune vivable. Ce serait un processus communiste du vivant alliant allègrement la permanente quête de la paix et l’action pour le désarmement, la maîtrise collective des orientations de la production dans le cadre de la conquête de leur souveraineté sur le travail. Un processus combiné à la restauration des écosystèmes dont dépend notre capacité à vivre, à produire, à nous nourrir, à nous protéger. Biodiversité, travail, justice sociale et climatique : même combat immédiat pour l’après-capitalisme. Image by Christel SAGNIEZ from Pixabay Texte intégral (1316 mots)
Patrick Le Hyaric
Par Patrick Le Hyaric, 22 juillet 2026. La démocratie, une fois de plus, piétinée. Une fois encore, la démocratie bafouée. Le Parlement ignore superbement les pétitions citoyennes, les alertes des scientifiques et même les recommandations du Conseil constitutionnel. La fameuse loi Duplomb, sortie il y a un an par la porte, est revenue par la fenêtre grande ouverte par les macronistes, les droites et l’extrême droite. Sous couvert d’urgence agricole, ce texte de loi, voté par cette cohorte bariolée, réintroduit une disposition réautorisant deux pesticides néonicotinoïdes jusque-là interdits, parce que dangereux pour la santé : l’acétamipride et le flupyradifurone. Le gouvernement aurait pu supprimer cette dangereuse disposition. Il ne l’a pas fait. Les firmes de l’agrochimie ont veillé au grain. L’ensemble du texte, comprenant cette autorisation, a donc été adopté dans la soirée de lundi 20 juillet par 296 voix contre 224. Mais, cette loi s’inscrit dans un projet plus large et dangereux, marqué par plusieurs reculs environnementaux, notamment sur l’eau. Voici donc qu’en pleine sécheresse, on fait croire aux paysans, et à d’autres sans doute, qu’il suffirait d’ajouter des pesticides et de construire des réserves d’eau pour les plus gros paysans pour résoudre les problèmes. Comme si, face à un déficit global en eau, des mégabassines se rempliraient comme par magie. C’est Ubu roi au ministère. Pire encore, le gouvernement et ses soutiens de droite et d’extrême droite accélèrent l’impréparation de notre pays à la rareté de la ressource en eau. Ils poussent l’ensemble du vivant et les sociétés humaines, la vie, l’habitabilité de la Terre, vers un point de non-retour. Pourtant, le Haut Conseil pour le climat (HCC) avait clairement indiqué que cette loi « réduirait les capacités du secteur agricole à s’inscrire dans une trajectoire d’adaptation efficace, en le verrouillant dans une forte dépendance à l’eau, et l’exposerait à des pénuries d’eau lors de sécheresses pluriannuelles ». Dès le début sous pression des grands fermiers de la FNSEA , le texte du gouvernement prévoyait d’assouplir les règles sur les élevages intensifs, de faciliter le développement des mégabassines ou encore d’affaiblir la protection des zones humides. Et la majorité sénatoriale de droite a poussé plus loin le feu des attaques contre l’environnement, sans sortir les paysans de leur situation d’esclaves des banques et des firmes agrochimiques et agroalimentaires : doublement des capacités de stockage de l’eau, renforcement des acteurs agricoles dans les instances sur la gestion de l’eau, instauration d’un principe de non-régression agricole, redéfinition des zones humides ou encore modification de la tutelle des agences de l’eau et la réintroduction des deux pesticides néonicotinoïdes interdits (l’acétamipride et le flupyradifurone) sans tenir compte des conséquences pour la santé humaine et l’environnement. La vie des paysans ne va pas s’améliorer. Leur santé non plus. Jamais les forces qui ont soutenu cette loi ne se préoccupent du dur labeur paysan et de la rémunération du travail. Sous leur soleil de plomb, leur seule idée est d’accentuer la mise en concurrence des paysans entre eux et la division d’avec le reste du monde du travail. Ainsi vont ces parlementaires et cette ministre avec l’accord de Matignon et de l’Elysée, soutiens non pas des paysans, mais des firmes de l’agro-industrie. Face à de tels enjeux, face à une insertion toujours plus grande de l’agriculture et l’alimentation dans un capitalisme mondialisé déchaîné, lire, faire lire, développer La Terre est plus indispensable que jamais. Avec La Terre, nos lectrices et lecteurs ont accès aux analyses des plus grands spécialiste de la transition environnementale, aux mouvements paysans progressistes, aux syndicats de salariés agricole et à ceux des industrie liées à l’agriculture, aux idées neuves en faveur d’un projet agroécologique, démocratiques et sociales, aux combats pour le droit à l’alimentation, le respect de la biodiversité et la maîtrise par les producteurs de la production. La Terre plus utile que jamais. Lisez là. Faites là lire. Image by goat-privacy from Pixabay. Texte intégral (837 mots)
La Terre
Lors des explications de vote sur les conclusions de la commission mixte paritaire (CMP) de la loi d’urgence agricole, le député communiste du Puy-de-Dôme, Julien Brugerolles, a annoncé le vote contre des députés communistes et du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR). Selon lui, le texte ne répond pas aux véritables difficultés du monde agricole et marque un recul sur les plans sanitaire, environnemental et économique. Pour le député, les priorités auraient dû être tout autres. Il estime que l’urgence est de garantir des prix rémunérateurs aux agriculteurs, de les protéger face à la concurrence internationale et à la volatilité des marchés, mais aussi de renforcer les dispositifs publics d’indemnisation face aux aléas climatiques, sanitaires et environnementaux. Julien Brugerolles regrette au contraire que le débat se soit focalisé sur « le petit bout de la lorgnette », en particulier sur les pesticides, la gestion de l’eau et l’évolution du modèle agricole. Il dénonce une « dérive politicienne » et accuse la majorité de droite et d’extrême droite réunie en commission mixte paritaire d’avoir remis en cause les équilibres trouvés lors des débats à l’Assemblée nationale. Le député souligne pourtant que certaines dispositions du projet de loi allaient, selon lui, dans le bon sens, notamment le renforcement des prérogatives des Safer ou encore certaines mesures destinées à mieux garantir l’origine des produits servis dans la restauration collective. Mais ces avancées sont, selon lui, éclipsées par les modifications apportées en CMP. Parmi les principaux points de désaccord figure la réintroduction, sous certaines conditions, de l’acétamipride et du flupyradifurone, deux substances interdites en France. Julien Brugerolles considère que cette décision constitue un recul majeur au regard des risques sanitaires et environnementaux associés à ces pesticides. Autre sujet de critique : la gestion de l’eau. S’il affirme ne pas être opposé au principe du stockage de l’eau, le député estime que le doublement des capacités de stockage agricole prévu d’ici 2035, avec des dérogations possibles aux règles locales de gestion de la ressource, risque d’accentuer les conflits d’usages dans un contexte de raréfaction de l’eau. Enfin, Julien Brugerolles s’inquiète des conséquences du texte sur le modèle agricole français. Derrière les mesures de simplification, il voit une accélération de l’agrandissement des exploitations et de la concentration agricole, au détriment des exploitations familiales. Selon lui, cette évolution renforcerait la dépendance des fermes aux intrants, à l’endettement et aux marchés internationaux. En conclusion, le député estime que cette loi « ne protège pas les agriculteurs » et qu’elle ne répond pas aux défis économiques, climatiques et environnementaux auxquels le secteur est confronté. Considérant qu’elle risque davantage d’accentuer les divisions que de construire des solutions durables, les députés communistes et le groupe GDR ont voté contre le texte de loi d’urgence agricole concocté par les droites et l’extrême droite en commission mixte paritaire. La Terre, 22 juillet 2026. Voir la déclaration de Julien Brugerolles à la tribune de l’Assemblée nationale Texte intégral (602 mots)
Fabrice Savel
La Terre – mobilisée pour la reconnaissance du droit à l’alimentation et la campagne de pétition européenne animée en France par le Collectif Nourrir – soutient et relaie la pétition « La Loi Duplomb via la Loi d’Urgence Agricole, c’est toujours NON ! » Nous, citoyennes et citoyens, exprimons une fois de plus notre opposition à la réintroduction des néonicotinoïdes et au projet de loi d’urgence agricole. Lors de son passage au Sénat, les membres de la chambre haute ont décidé d’intégrer les dispositions de la loi Duplomb au sein du projet de loi d’urgence agricole. Cela constitue une insulte aux alertes scientifiques et aux millions de citoyens qui se sont mobilisés l’été dernier. Nous le répéterons autant de fois qu’il le faudra : non, c’est non ! Nous refusons un tel empoisonnement de nos sols, de notre eau et de nos corps. Nous refusons l’exposition des agriculteurs, de leurs familles et des riverains de parcelles traitées à l’acétamipride. Les études scientifiques sont suffisamment probantes et nombreuses pour au moins invoquer le principe de précaution: l’acétamipride altère le fonctionnement de cellules neuronales humaines, c’est son mécanisme d’action. Des impacts sur le cerveau en développement ont été observés dans plusieurs études sur des animaux de laboratoire. Chez l’homme, une exposition à l’acétamipride a été associée à différents troubles neurologiques. L’acétamipride et son principal produit de dégradation traversent les barrières placentaires et hémato-encéphaliques. Que faut-il de plus pour que Monsieur Duplomb et Madame Genevard renoncent à ce projet ? Est-il nécessaire d’aller jusqu’à tester l’acétamipride directement sur des femmes enceintes et enfants pour avoir ce fameux lien de “causalité” certain, impossible à atteindre autrement ? Il n’est plus possible de systématiquement se ranger derrière les avis réglementaires, utilisés trop facilement comme argument d’autorité, quand on sait que l’immense majorité des études académiques sont jugées systématiquement “non fiables” ou carrément ignorées par les agences. Nous refusons l’aggravement de l’effondrement de la biodiversité par l’utilisation de pesticides “tueurs d’abeilles” qui affectent l’ensemble des insectes pollinisateurs, organismes non-cibles et leurs chaînes trophiques, en particulier les oiseaux. Soyons clairs : il est montré par un nombre conséquent de travaux que ces effets toxiques surviennent à des doses jugées “sûres” par les agences réglementaires. Là encore, l’argument d’autorité ne tient pas: l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) reconnaît elle-même que sa méthodologie d’évaluation des pollinisateurs est défaillantes et ne permet pas de considérer les effets sublétaux (ne conduisant pas directement à la mort de l’insecte) et ne permet pas de protéger les milliers d’espèces d’abeilles sauvages. Là encore, ce sont des pans entiers de connaissances qui sont ignorés par le processus réglementaire. Pouvons-nous s’il vous plaît avoir un minimum de vision à long terme : que deviendra notre agriculture lorsque la majorité des pollinisateurs aura disparu ? Nous refusons enfin la contamination durable de nos eaux par le flupyradifurone et ses métabolites, tous très persistants dans l’eau. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a identifié en 2015 que tous les usages de cette substance entraînent une contamination “inacceptable” des eaux souterraines, menaçant de surcroît la qualité de l’eau potable. La réintroduction des néonicotinoïdes est le symbole d’un modèle qui cherche à maximiser les profits de quelques agroindustriels au détriment de notre environnement, des paysans qui veulent travailler dans des conditions dignes et des fermes engagées dans des modèles résilients comme l’agriculture bio. La compétitivité sur les marchés internationaux, en concurrence avec des pays moins-disants sur le plan environnemental et social, ne doit plus être la boussole de nos politiques agricoles. C’est tout le projet de loi d’urgence qui doit être rejeté. Nous demandons : Nous avons été plus de 2,1 millions de signataires pour la pétition contre la loi Duplomb. Mesdames et Messieurs les membres du Gouvernement, de l’Assemblée nationale et du Sénat, vous porterez la responsabilité politique de cette décision. En 2027 : aucune voix pour les défenseurs des lois Duplomb ! Texte intégral (1032 mots)
PÉTITION
– l’abandon de ce projet de loi délétère pour la santé publique et environnementale ainsi que l’avenir de notre agriculture ;
– la cessation de la dépendance de l’agriculture française aux intrants de synthèse ;
– la prise en compte de la littérature académique la plus récente dans les processus d’autorisation, de renouvellement et d’interdiction de mise sur le marché des pesticides ;
– la transformation profonde des systèmes de production pour une agriculture rémunératrice qui nourrisse la population plus que les marchés mondiaux.
– une action résolue de l’Etat pour aider nos agriculteurs à se tourner vers l’agriculture biologique et soutenir la demande pour ces produits.
Fabrice Savel
Par Patrick Le Hyaric. La canicule menace de revenir, dans le cadre d’une augmentation générale des températures détectée depuis des décennies par les chercheurs et les scientifiques. Aux périodes de canicule succèdent pluies torrentielles, chutes de grêle et inondations. Les cultures n’y résistent pas. Les bouleversements climatiques ne sont donc pas une légende pour la paysannerie qui les subit. Et ces moments de chaleur intense ne seront pas demain l’exception. Nous changeons donc de période pour notre Terre commune. Ce moment devrait être mis à profit pour repenser le développement agricole, reconsidérer le cycle qui s’achève de l’intensification du travail paysan et la concentration agraire sous domination des firmes industrielles et financières en amont et en aval de la production agricole. Au lieu de cela, les forces réactionnaires poussent encore plus fort le char qui mène droit dans le mur. Ainsi, la majorité réactionnaire du Sénat décide d’accentuer les orientations qui poussent vers la catastrophe générale et insécurisent encore plus les paysans-travailleurs. Elle le fait en bafouant les aspirations populaires, en bâillonnant la démocratie. La nouvelle loi dite « d’urgence agricole » ne traite en rien de la vie réelle des paysans, de la rémunération de leur travail. Elle place encore plus les paysans sous la coupe des firmes capitalistes à partir d’apparente techno-solutions. Qu’importe pour ces sénateurs que deux millions de personnes aient signé un texte contre la fameuse loi Duplomb ? Que le Conseil constitutionnel ait considéré qu’elle n’était pas conforme ? Ils ont réintroduit dans leur texte la possibilité d’utiliser l’acétamipride, destructeur de santé humaine et de celle des sols et de l’eau. Ce néonicotinoïde est classé cancérogène probable par l’Organisation mondiale de la santé. Qu’à cela ne tienne ! Au lieu de mener la bataille au service de la santé dans toute l’Union européenne en alliance avec les paysans de ces pays, les scientifiques, les médecins, les associations de ces pays, le pouvoir, obéissant aux ordres des firmes de l’agrochimie, préfère expliquer qu’il faut se soumettre à ce qui se fait de plus mauvais ailleurs. Et ces firmes veulent faire disparaître toutes les structures de contrôle et d’évaluation. On apprend ainsi que le groupe de pression nommé « Phyteis », qui rassemble Bayer, BASF, Syngenta, fournit des notes et des amendements clés en main à des sénateurs, dont à l’un des vice-président de la commission des Affaires économiques, allié de M. Duplomb, pour obliger l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) à être plus souple dans ses appréciations sur la nocivité des pesticides et donc sur l’élargissement de leur autorisation. C’est cette même agence publique que M. Wauquiez voulait supprimer il y a quelques mois. C’est ce petit groupe – Phyteis – rassemblant les firmes agrochimiques qui mène le jeu avec la complicité de sénateurs de droite extrémisée et trumpisée qui ont obtenu, pour leurs intérêts de profit, la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone dans la loi contre la biodiversité et la santé. Ces deux pesticides sont destructeurs des insectes utiles à la pollinisation et la production. Le choix de les ré-autoriser est un crime contre la nature et est anti-économique. En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour notre nourriture dépendent pour une grande part des insectes pollinisateurs. Les détruire, c’est détruire l’avenir de la production agricole. Et on estime que la contribution de ces insectes à la production se situe aux alentours de 5 milliards d’euros, soit à peu près 12 % de la valeur de la production végétale destinée à l’alimentation. Cette politique droitière à courte vue va à l’encontre de l’intérêt général humain dans le seul but de permettre à quelques firmes d’engranger toujours plus de profit. Pendant ce temps, le paysan-travailleur trime, subit les effets des bouleversements climatiques, mais il est utilisé au service du responsable qui les provoque. Image by liu xiaozhong from Pixabay. Texte intégral (828 mots)
Fabrice Savel
Par Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste. « Le sport porte en lui le tout de la société ». C’est assez dire que le résistant à toutes les dérives, Edgar Morin, tapait juste. La grande déglingue universelle sera parvenue à défigurer les rêves de notre enfance. Ce football que nous attendions avec fièvre. Ces matches rares et désirables. Et cette réalité, dans la passion, qui ne menaçait pas encore de s’effacer dans un virtuel à la fois grotesque et pathétique. Comme s’il fallait une Coupe du monde pour pointer tous les quatre ans, un gigantisme, une violence, qui n’en finissent plus d’envahir nos vies. Avec ses 9 millions de tonnes de CO₂ produits par ce rendez-vous, c’est un gouffre écologique et durable que le Disney du foot devrait offrir à la planète. Il en faudra en effet des avions pour assumer les milliers de kilomètres séparant Canada, Mexique et États-Unis Mais quand Diego Maradona dénonçait avec courage les comportements mafieux de la FIFA – organisatrice de la Coupe du monde –, c’est désormais un Palace verrouillé de l’intérieur par le servile Gianni Infantino, patron de la FIFA, aux ordres de Trump. Avant même le début du tournoi, l’humanité d’un tel rendez-vous a montré ses premières limites et avec elles, la soumission des médias : Omar Artan, désigné meilleur arbitre africain, devait ainsi représenter fièrement la Somalie, son pays d’origine. C’est oublier que ce pays est « pourri » selon les propres termes utilisés par le nouveau Néron de la politique internationale, Donald Trump. Le passeport diplomatique de ce jeune arbitre venu de Somalie n’a pas suffi : retour immédiat au pays, et adieu la Coupe du monde. La FIFA n’a pas bronché. La liste des infamies jalonnant cette coupe du monde est déjà trop longue pour être fidèlement dressée. Je pense notamment à tous ceux – plusieurs dizaines de milliers -, Mexicains passionnés depuis toujours, et qui ne pourront approcher de leur sport favori, faute de moyens. À Mexico, les enseignants campent dans la rue, sous des tentes, et réclament des salaires décents. Mais la police est sur les dents. Au marché noir, qui fait tourner les têtes, les places se vendent désormais à hauteur de plusieurs milliers de dollars. Enfin, il y a, cette maladie, sourde, menaçante et dont l’ombre portée s’épanouira sans doute au cours de ce Mondial : l’effacement progressif de toute réalité humaine dans ce jeu destiné au plus grand nombre. Eduardo Galeano, immense poète uruguayen, amoureux du football, regrettait dans son magnifique Ombre et Lumière : « Notre football, hélas, appartient à la télévision. » C’est ainsi que plus de cinq milliards de téléspectateurs vont s’habituer progressivement à la victoire de l’image, ses publicités, au détriment du réel. Les pauses hydratantes ont commencé. L’escroquerie du spectacle offrira deux minutes supplémentaires de publicité. Les arbitres n’en finiront plus de mimer le geste du téléviseur afin de trouver une vérité qui n’existe pourtant que dans la vie des hommes. Le joueur remplacé aura l’obligation de courir afin de rejoindre son banc en moins de dix secondes. Les Jeux du cirque ont débuté. Et n’oublions jamais qu’ils sont déjà le laboratoire des Jeux autorisant le dopage. Alors nos rêves s’effaceront. Au grand profit d’une réalité défigurée. Non merci. Retrouvez la chronique de Pierre-Louis Basse dans La Terre Image by Gerd Altmann from Pixabay. Texte intégral (743 mots)
Fabrice Savel
La Confédération paysanne et le Modef appelle à sortir de l’industrialisation de l’agriculture. Dans une lettre ouverte, le Modef interpelle la ministre de l’agriculture sur la sécheresse et la canicule qui menacent une nouvelle fois les exploitations agricoles. Mais alerte le MODEF, l’urgence n’est pas seulement de compenser les conséquences de la crise, mais d’agir sur ses causes. Ainsi, le MODEF dénonce des politiques qui sacrifient progressivement notre capacité de production. Artificialisation des meilleures terres agricoles, multiplication des projets de méthanisation, développement de l’agrivoltaïsme sur des surfaces productives, disparition de terres agricoles au profit d’autres usages : autant de décisions qui réduisent notre potentiel nourricier et fragilisent notre souveraineté alimentaire. Pour la Confédération paysanne, « Cette canicule n’est ni un phénomène isolé ni un événement exceptionnel : elle constitue au contraire les prémices d’années qui seront encore plus chaudes. Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. » Et le syndicat s’insurge après la réunion de 30 minutes accordée par le ministère aux syndicats agricoles pour évoquer les conséquences de la canicule, qui ont « surtout mis en lumière l’irresponsabilité face aux difficultés que rencontrent les paysan·nes confronté·es aux multiples impacts des vagues de chaleur, ainsi que face aux inquiétudes légitimes concernant les années à venir. Le gouvernement, comme les représentants de la FNSEA*, de la Coordination rurale (CR) et de Chambres d’agriculture France, font preuve d’un décalage inquiétant avec la réalité. Aucun des acteurs réunis ne semble prendre la mesure de ce que signifie cet épisode caniculaire. » Pour la Confédération paysanne, « Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. La loi d’urgence portée par le gouvernement, la FNSEA* et la CR, qui a pour seule boussole la compétitivité, illustre l’obsolescence des réponses apportées aux paysan·nes. » Lire la déclaration de la Confédération paysanne « Les conséquences ne sont pas encore pleinement mesurables pour l’activité agricole, souligne la Confédération paysanne » mais les températures exceptionnellement élevées, accompagné·es d’une sécheresse de printemps dans certains territoires, provoquent des manques de fourrage, des prairies et des vignes brûlent, des cultures d’été sont compromises, même celles irriguées. La production laitière diminue drastiquement et dans certains bâtiments d’élevage, les températures peuvent devenir létales pour les animaux. Les risques d’incendies et de mégafeux, comme durant l’été 2025, sont également exacerbés. » « L’année 2026 est une année très difficile pour l’agriculture souligne également le Modef. En février, nous avons connu une période avec beaucoup de pluie, un gros coup de chaud à la fin mai et une canicule depuis sept jours. Les récoltes sont catastrophiques en fourrages et en céréales. Les premiers rendements en blé tendre sont autour de 40 quintaux par hectare contre 74,2 quintaux par hectare en 2025 et 60,9 quintaux par hectare en 2024. Les rendements d’orge d’hiver et de colza sont attendus à la baisse (…). Le déficit pluviométrique annoncé pour les semaines à venir va limiter le potentiel des repousses et les possibilités de fauche de regains. Image by Christelle PRIEUR from Pixabay Texte intégral (730 mots)
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