flux Ecologie

Engagés pour la nature et l'alimentation.

▸ les 10 dernières parutions

02.07.2026 à 11:05

La loi pour les firmes, pas pour les paysans

Fabrice Savel

Texte intégral (828 mots)

Par Patrick Le Hyaric.

La canicule menace de revenir, dans le cadre d’une augmentation générale des températures détectée depuis des décennies par les chercheurs et les scientifiques. Aux périodes de canicule succèdent pluies torrentielles, chutes de grêle et inondations. Les cultures n’y résistent pas. 

Les bouleversements climatiques ne sont donc pas une légende pour la paysannerie qui les subit. Et ces moments de chaleur intense ne seront pas demain l’exception. Nous changeons donc de période pour notre Terre commune. 

Ce moment devrait être mis à profit pour repenser le développement agricole, reconsidérer le cycle qui s’achève de l’intensification du travail paysan et la concentration agraire sous domination des firmes industrielles et financières en amont et en aval de la production agricole. Au lieu de cela, les forces réactionnaires poussent encore plus fort le char qui mène droit dans le mur. 

Ainsi, la majorité réactionnaire du Sénat décide d’accentuer les orientations qui poussent vers la catastrophe générale et insécurisent encore plus les paysans-travailleurs. Elle le fait en bafouant les aspirations populaires, en bâillonnant la démocratie. 

La nouvelle loi dite « d’urgence agricole » ne traite en rien de la vie réelle des paysans, de la rémunération de leur travail. Elle place encore plus les paysans sous la coupe des firmes capitalistes à partir d’apparente techno-solutions. Qu’importe pour ces sénateurs que deux millions de personnes aient signé un texte contre la fameuse loi Duplomb ? Que le Conseil constitutionnel ait considéré qu’elle n’était pas conforme ?

Ils ont réintroduit dans leur texte la possibilité d’utiliser l’acétamipride, destructeur de santé humaine et de celle des sols et de l’eau. Ce néonicotinoïde est classé cancérogène probable par  l’Organisation mondiale de la santé. Qu’à cela ne tienne ! Au lieu de mener la bataille au service de la santé dans toute l’Union européenne en alliance avec les paysans de ces pays, les scientifiques, les médecins, les associations de ces pays, le pouvoir, obéissant aux ordres des firmes de l’agrochimie, préfère expliquer qu’il faut se soumettre à ce qui se fait de plus mauvais ailleurs.

Et ces firmes veulent faire disparaître toutes les structures de contrôle et d’évaluation. On apprend ainsi que le groupe de pression nommé « Phyteis », qui rassemble Bayer, BASF, Syngenta, fournit des notes et des amendements clés en main à des sénateurs, dont à l’un des  vice-président de la commission des Affaires économiques, allié de M. Duplomb, pour obliger l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (l’Anses) à être plus souple dans ses appréciations sur la nocivité des pesticides et donc sur l’élargissement de leur autorisation. C’est cette même agence publique que M. Wauquiez voulait supprimer il y a quelques mois.

C’est ce petit groupe – Phyteis – rassemblant les firmes agrochimiques qui mène le jeu avec la complicité de sénateurs de droite extrémisée et trumpisée qui ont obtenu, pour leurs intérêts de profit, la réintroduction de l’acétamipride et du flupyradifurone dans la loi contre la biodiversité et la santé.

Ces deux pesticides sont destructeurs des insectes utiles à la pollinisation et la production. Le choix de les ré-autoriser est un crime contre la nature et est anti-économique. 

En effet, plus de 70 % des espèces cultivées pour notre nourriture dépendent pour une grande part des insectes pollinisateurs. Les détruire, c’est détruire l’avenir de la production agricole. Et on estime que la contribution de ces insectes à la production se situe aux alentours de 5 milliards d’euros, soit à peu près 12 % de la valeur de la production végétale destinée à l’alimentation.

Cette politique droitière à courte vue va à l’encontre de l’intérêt général humain dans le seul but de  permettre à quelques firmes d’engranger toujours plus de profit. Pendant ce temps, le paysan-travailleur trime, subit les effets des bouleversements climatiques, mais il est utilisé au service du responsable qui les provoque.


Image by liu xiaozhong from Pixabay.

PDF
29.06.2026 à 15:35

Ce foot qui ne touche plus Terre

Fabrice Savel

Texte intégral (743 mots)

Par Pierre-Louis Basse, écrivain, journaliste.

« Le sport porte en lui le tout de la société ». 

C’est assez dire que le résistant à toutes les dérives, Edgar Morin, tapait juste. 

La grande déglingue universelle sera parvenue à défigurer les rêves de notre enfance. Ce football que nous attendions avec fièvre. Ces matches rares et désirables. Et cette réalité, dans la passion, qui ne menaçait pas encore de s’effacer dans un virtuel à la fois grotesque et pathétique. 

Comme s’il fallait une Coupe du monde pour pointer tous les quatre ans, un gigantisme, une violence, qui n’en finissent plus d’envahir nos vies. 

Avec ses 9 millions de tonnes de CO₂ produits par ce rendez-vous, c’est un gouffre écologique et durable que le Disney du foot devrait offrir à la planète. Il en faudra en effet des avions pour assumer les milliers de kilomètres séparant Canada, Mexique et États-Unis Mais quand Diego Maradona dénonçait avec courage les comportements mafieux de la FIFA – organisatrice de la Coupe du monde –, c’est désormais un Palace verrouillé de l’intérieur par le servile Gianni Infantino, patron de la FIFA, aux ordres de Trump.

Avant même le début du tournoi, l’humanité d’un tel rendez-vous a montré ses premières limites et avec elles, la soumission des médias : Omar Artan, désigné meilleur arbitre africain, devait ainsi représenter fièrement la Somalie, son pays d’origine. C’est oublier que ce pays est « pourri » selon les propres termes utilisés par le nouveau Néron de la politique internationale, Donald Trump. Le passeport diplomatique de ce jeune arbitre venu de Somalie n’a pas suffi : retour immédiat au pays, et adieu la Coupe du monde. 

La FIFA n’a pas bronché. 

La liste des infamies jalonnant cette coupe du monde est déjà trop longue pour être fidèlement dressée. Je pense notamment à tous ceux – plusieurs dizaines de milliers -, Mexicains passionnés depuis toujours, et qui ne pourront approcher de leur sport favori, faute de moyens. À Mexico, les enseignants campent dans la rue, sous des tentes, et réclament des salaires décents. Mais la police est sur les dents. Au marché noir, qui fait tourner les têtes, les places se vendent désormais à hauteur de plusieurs milliers de dollars.

Enfin, il y a, cette maladie, sourde, menaçante et dont l’ombre portée s’épanouira sans doute au cours de ce Mondial : l’effacement progressif de toute réalité humaine dans ce jeu destiné au plus grand nombre. Eduardo Galeano, immense poète uruguayen, amoureux du football, regrettait dans son magnifique Ombre et Lumière : « Notre football, hélas, appartient à la télévision. »  

C’est ainsi que plus de cinq milliards de téléspectateurs vont s’habituer progressivement à la victoire de l’image, ses publicités, au détriment du réel. Les pauses hydratantes ont commencé. L’escroquerie du spectacle offrira deux minutes supplémentaires de publicité. Les arbitres n’en finiront plus de mimer le geste du téléviseur afin de trouver une vérité qui n’existe pourtant que dans la vie des hommes. Le joueur remplacé aura l’obligation de courir afin de rejoindre son banc en moins de dix secondes. Les Jeux du cirque ont débuté. Et n’oublions jamais qu’ils sont déjà le laboratoire des Jeux autorisant le dopage. Alors nos rêves s’effaceront.   

Au grand profit d’une réalité défigurée. 

Non merci.

Retrouvez la chronique de Pierre-Louis Basse dans La Terre


Image by Gerd Altmann from Pixabay.

PDF
25.06.2026 à 15:00

La canicule plonge les paysan.nes dans l’inconnu

Fabrice Savel

Texte intégral (730 mots)

La Confédération paysanne et le Modef appelle à sortir de l’industrialisation de l’agriculture.

Dans une lettre ouverte, le Modef interpelle la ministre de l’agriculture sur la sécheresse et la canicule qui menacent une nouvelle fois les exploitations agricoles. Mais alerte le MODEF, l’urgence n’est pas seulement de compenser les conséquences de la crise, mais d’agir sur ses causes. Ainsi, le MODEF dénonce des politiques qui sacrifient progressivement notre capacité de production. Artificialisation des meilleures terres agricoles, multiplication des projets de méthanisation, développement de l’agrivoltaïsme sur des surfaces productives, disparition de terres agricoles au profit d’autres usages : autant de décisions qui réduisent notre potentiel nourricier et fragilisent notre souveraineté alimentaire.

Lire le communiqué du Modef

Pour la Confédération paysanne, « Cette canicule n’est ni un phénomène isolé ni un événement exceptionnel : elle constitue au contraire les prémices d’années qui seront encore plus chaudes. Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. » Et le syndicat s’insurge après la réunion de 30 minutes accordée par le ministère aux syndicats agricoles pour évoquer les conséquences de la canicule, qui ont « surtout mis en lumière l’irresponsabilité face aux difficultés que rencontrent les paysan·nes confronté·es aux multiples impacts des vagues de chaleur, ainsi que face aux inquiétudes légitimes concernant les années à venir. Le gouvernement, comme les représentants de la FNSEA*, de la Coordination rurale (CR) et de Chambres d’agriculture France, font preuve d’un décalage inquiétant avec la réalité. Aucun des acteurs réunis ne semble prendre la mesure de ce que signifie cet épisode caniculaire. »

Pour la Confédération paysanne, « Il est grand temps de sortir de l’aveuglement volontaire et d’engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques et adaptées aux réalités de terrain. La loi d’urgence portée par le gouvernement, la FNSEA* et la CR, qui a pour seule boussole la compétitivité, illustre l’obsolescence des réponses apportées aux paysan·nes. »

Lire la déclaration de la Confédération paysanne

« Les conséquences ne sont pas encore pleinement mesurables pour l’activité agricole, souligne la Confédération paysanne » mais les températures exceptionnellement élevées, accompagné·es d’une sécheresse de printemps dans certains territoires, provoquent des manques de fourrage, des prairies et des vignes brûlent, des cultures d’été sont compromises, même celles irriguées. La production laitière diminue drastiquement et dans certains bâtiments d’élevage, les températures peuvent devenir létales pour les animaux. Les risques d’incendies et de mégafeux, comme durant l’été 2025, sont également exacerbés. »

« L’année 2026 est une année très difficile pour l’agriculture souligne également le Modef. En février, nous avons connu une période avec beaucoup de pluie, un gros coup de chaud à la fin mai et une canicule depuis sept jours. Les récoltes sont catastrophiques en fourrages et en céréales. Les premiers rendements en blé tendre sont autour de 40 quintaux par hectare contre 74,2 quintaux par hectare en 2025 et 60,9 quintaux par hectare en 2024. Les rendements d’orge d’hiver et de colza sont attendus à la baisse (…). Le déficit pluviométrique annoncé pour les semaines à venir va limiter le potentiel des repousses et les possibilités de fauche de regains.


Image by Christelle PRIEUR from Pixabay

PDF
23.06.2026 à 12:17

Le droit à la fraîcheur

Patrick Le Hyaric

Texte intégral (1288 mots)

Par Patrick Le Hyaric.

Cela fait bien un demi-siècle que nous sommes prévenus : la température planétaire augmente dangereusement. 

Depuis un demi-siècle, les études et rapports de collectifs de scientifiques mettent en garde, alertent, interpellent et appellent à empêcher le dérèglement climatique. 

Un demi-siècle où ils ont fait la démonstration de cette implacable loi physique : plus on rejette de gaz carbonique dans l’air, plus la température en surface de notre Terre commune augmente. Le réchauffement de l’Arctique a pour conséquence une augmentation des températures deux fois plus élevée sur le continent européen que sur le reste de la planète. 

Et des chercheurs préviennent que l’air de ces derniers jours reste frais comparé à celui que vont subir les générations à venir. Cet avenir hurle l’urgence d’agir. 

C’est de l’habitabilité de la Terre dont il s’agit. Loin, très loin des petites phrases et des simplismes politiques concoctés dans les chambres froides de la communication. 

Loin des minuscules pensées de responsables politiques qui ne raisonnent qu’à partir de leur maintien dans leurs maroquins ministériels. Or, la question est de savoir par quels moyens et sur quelle durée il est possible d’empêcher l’irréversibilité du redoutable processus en cours. 

Un train à grande vitesse est lancé vers le mur des canicules et des pluies torrentielles, de la fonte des glaciers et du bouillonnement des océans. Les pouvoirs et le monde économique alimentent la locomotive du capitalisme qui éteint la vie, mène l’humanité vers le néant. L’impérialisme américain mène la guerre au Moyen-Orient, capture le président vénézuélien Maduro, des gouvernements relancent les forages afin de permettre à quelques multinationales du pétrole d’arroser le monde, moyennant profits et rentes, d’une énergie carbonée nourrissant la fournaise. 

Pour l’éviter, il n’y a pas d’autre voie pour les peuples que d’entendre les mises en garde et de construire des mobilisations pour un processus de bifurcation sociale et environnementale démocratique, associant toutes les citoyennes et citoyens, toutes les travailleuses et travailleurs, en lien avec toutes et tous les scientifiques.

Ceux qui nous proposent un brumisateur ou un épouvantail là où il faudrait imaginer une transformation civilisationnelle afin que notre Terre ne devienne pas invivable sont les obstacles à cette indispensable transition.

Ils nous serinent leurs phrases pré-mâchées autour de « la dette » comme d’autres parlent de leur cassette, cachant la grande dette qui peut perdre notre humanité : la dette écologique.

 Il n’y aura pas de stratégie de stabilisation du climat sans une nouvelle stratégie financière incluant une création monétaire de type nouveau des institutions internationales — du Fonds monétaire international comme de la Banque centrale européenne —, sous contrôle populaire. Le climat et la biodiversité sont des biens communs de l’humanité qui appellent une union internationaliste de combat pour le vivant. 

Les mêmes qui nous conseillent de fermer nos volets l’après-midi sont ceux qui ont divisé par trois – de 2,3 milliards d’euros à 837 millions d’euros – le budget du « Fonds vert » destiné à financer les projets d’accélération des transitions au service des collectivités territoriales.

La fameuse « gestion de crise » si prisée par les puissants sert à empêcher de voir l’essentiel.

Elle cache les raisons fondamentales d’une situation créée par le capitalocène : un modèle économique pour le profit d’une minorité de possédants, basé sur les énergies carbonées, envahissant tous les espaces de nos vies malmenées.

Les corps souffrent sous le soleil brûlant. La santé physique et mentale se dégrade. Les accidents se multiplient. Les ouragans de chaleur ôtent la vie. Les pluies diluviennes aussi ravageuses leur succèdent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de mortalité des personnes de plus de 65 ans sur la planète a augmenté de 85 % en vingt ans. Près de 500 000 personnes meurent des effets de la chaleur chaque année depuis 2020. En France, au moins 5 000 décès ont été causés par des températures élevées en 2022. Les inégalités épaulent et aggravent les effets des canicules qui touchent encore plus violemment les femmes, les plus modestes, déjà victimes des difficultés à disposer d’un logement de qualité ou d’accès à la santé. 

Des chaleurs aussi précoces, comparées à celles du milieu des étés lorsque le climat n’était pas à ce point réchauffé, rendent les sociétés humaines de plus en plus vulnérables. Et elles malmènent les écosystèmes quand les déficits hydriques se combinent avec des rayons du soleil qui brûlent tout et font mourir la végétation. Les arbres récemment plantés dans les villes pour végétaliser rendent l’âme. Les lits des cours d’eau sont nus. La terre devient caillou. Les poulets suffoquent. Les vaches et les chèvres ne peuvent plus faire leur travail de fabrication du lait. Les abeilles tombent comme des mouches. Les chevaux ne trouvent plus l’ombre. 

Les enjeux climatiques et environnementaux sont constitutifs d’une nouvelle politique de sécurité, de santé publique et de sécurité alimentaire. Une politique pour le vivant. Y parvenir exige une mobilisation politique, sociale, financière pour la bifurcation d’un niveau peut-être plus important que ce qui a été fait pour la reconstruction de la France et de l’Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Se pose le grand enjeu d’une sécurité sociale élargie à la sécurité sociale écologique. Bien à rebours donc des thèses austéritaires accaparant les « temps de cerveau disponible ».

Déjà, en plusieurs endroits du monde, des mobilisations s’organisent pour porter le « droit à la fraîcheur » comme droit inconditionnel du bien-être du vivant. 

Il s’agit à la fois de la conquête du pouvoir des travailleuses et travailleurs sur les conditions de travail. Au-delà, c’est leur pouvoir sur les productions elles-mêmes en lien avec les chercheurs et les étudiants qui refusent de servir le capitalisme prédateur de la destruction. Il est en même temps un projet politique pour transformer les villes, les transports, les logements, garantir l’accès à l’eau, lutter contre les inégalités, empêcher la bétonisation des terres agricoles et la destruction des jardins partagés, mettre fin aux projets d’autoroutes et de grands travaux inutiles, porter un nouveau projet de sécurité alimentaire avec l’agroécologie.

Le droit à la fraîcheur se fait projet politique. La bifurcation environnementale est un urgent enjeu civilisationnel.

23 juin 2026.


Image by Daniel R from Pixabay.

PDF
19.05.2026 à 12:21

Le Collectif Nourrir, la Confédération paysanne et le Modef dénoncent une loi agricole favorable à l’industrialisation de l’agriculture

Fabrice Savel

Texte intégral (1172 mots)

Les députés entament ce mardi 19 mai l’examen du projet de loi d’urgence agricole pour la protection et la souveraineté agricoles. Alors que les décrets de la loi d’orientation agricole et de la loi dite Duplomb n’ont pas encore tous été publiés, ce texte aborde de nombreux sujets, de la souveraineté alimentaire à la question du loup, en passant par celle du revenu des agriculteurs.

Contrairement à la ministre de l’Agriculture Annie Genevard qui prétend défendre « une loi de réconciliation » entre « urgence écologique » et « urgence de produire », pour les syndicats Confédération Paysanne et Modef ainsi que le Collectif Nourrir, qui regroupe une cinquantaine d’organisations ce projet de loi veut favoriser « l’industrialisation de l’élevage » et « l’accaparement de l’eau ».

Ce texte, dénonce le Collectif Nourrir « n’apporte pas de réponse à ses causes profondes : revenus instables et insuffisants, manque d’accompagnement à la transition et à l’adaptation au changement climatique, concurrence accrue liée au libre-échange ou difficultés d’accès au foncier pénalisant l’installation de nouveaux agriculteurs. Sous couvert de souveraineté agricole, le gouvernement, loin de réconcilier, oppose de fait agriculture et écologie et propose par exemple de favoriser l’accaparement de l’eau et l’industrialisation de l’élevage. »

« Cette loi ne répond pas aux attentes des paysan.nes en colère et des fermes familiales », estime le MODEF qui souhaite « une loi valorisant une alliance entre le travail des paysans et les valeurs d’usage des biens communs globaux… Une loi agricole soucieuse des paysans, de la rémunération de notre travail, de la préservation de la biodiversité et de la santé, tout en luttant contre les souffrances de la précarité alimentaire, traiterait de l’installation de centaines de milliers de jeunes sur des unités de production à taille humaine, d’une revalorisation des retraites agricoles à hauteur du SMIC net, d’un véritable droit à l’alimentation, d’une caisse mutualiste publique pour les aléas climatiques… »

« Les député·es ne doivent pas se tromper », interpelle la Confédération paysanne pour qui ce projet de loi « est au service d’une industrialisation de l’agriculture mortifère et ne répond pas aux nécessités révélées par les différentes crises. »

Pour ce syndicat, alors que l’agriculture est soumise à la compétition internationale et fortement dépendante de la pétrochimie et en conséquence de plein fouet les soubresauts géopolitiques, « oui, il y a nécessité à engager des politiques publiques agricoles qui protègent le revenu des paysan·nes, ainsi que les facteurs de production contre la prédation et l’extractivisme. Il y a urgence à agir pour sortir d’un modèle productiviste qui ne cesse de faire disparaître les fermes, qui détruit le potentiel agronomique des sols, la ressource en eau, le bocage et prend en otage l’avenir des futures générations de paysan·nes. »

Il y a nécessité, insiste la Confédération paysanne, « à repenser notre agriculture à partir d’un projet alimentaire garant de la santé publique et de la relocalisation de l’alimentation, en sortant de la spécialisation des régions et de la compétitivité organisée à l’échelle de tous les territoires. »

Dans une lettre ouverte, le Modef demande aux député.e.s de gauche « de voter unanimement le nouvel article 19 bis (nouveau). Il permettrait d’améliorer le revenu des paysan.nes même si nous souhaiterions des prix minimums garantis par l’État ».
Cet article prévoit une clause de révision automatique des prix du contrat en fonction de la variation, à la hausse ou à la baisse, du coût des matières premières agricoles entrant dans la composition du produit alimentaire ou du produit destiné à l’alimentation des animaux de compagnie.

De leur côté, la FNSEA et la Coordination rurale pousse pour une adoption rapide, notamment sur le volet central de l’eau, car ce texte supprime l’obligation de réunion publique pour l’autorisation environnementale de projets de stockage d’eau, comme les méga bassines, afin de faciliter leur mise en œuvre. Ces deux syndicats estiment que trop de projets sont immobilisés actuellement.

Tandis que la ministre Mme Genevard joue les pompiers de service en soulignant l’absence « de réintroduction de produits phytosanitaires » dans le texte tout en expliquant qu’il y a sur ce sujet « un autre véhicule législatif, celui-là d’initiative parlementaire, qui va vivre sa vie de son côté. Les deux démarches sont différentes et parallèles », la FNSEA pousse pour que cette question soit remis immédiatement sur la table et non repoussé « à plus tard ». Une mission dont pourrait se charger le sénateur Laurent Duplomb lors du passage du texte au Sénat.

Face à l’opposition de la gauche à de nombreuses mesures, vues comme des atteintes au droit de l’environnement, la ministre Mme Genevard préfère couper court au débat parlementaire en appelant « les parlementaires à ne pas faire d' »obstruction » pour empêcher l’examen du texte. A cette heure, quelque 2.200 amendements ont été déposés et des journées d’examen ont été ajoutées pour espérer en venir à bout. Les débats seront plusieurs fois interrompus par d’autres textes d’ici au vote final, prévu le 2 juin.



Image by The_Northern_Photographer from Pixabay.



PDF
18.05.2026 à 11:24

Le blocage d’engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer « une crise humanitaire majeure »

Fabrice Savel

Texte intégral (601 mots)

Le blocage persistant d’engrais dans le détroit d’Ormuz risque de provoquer d’ici « quelques semaines » une « crise humanitaire majeure », alerte Jorge Moreira da Silva, chef d’un groupe de travail de l’ONU chargé de libérer le passage de ces matières cruciales.

« Nous avons quelques semaines pour éviter ce qui sera probablement une crise humanitaire majeure. Nous pourrions assister à une crise qui plongera 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim », a-t-il insisté.

L’Iran bloque depuis plusieurs mois le détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement un tiers des engrais mondiaux depuis des mois, en représailles à la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël le 28 février. Les exportations transitant habituellement par ce passage stratégique du commerce maritime mondial sont généralement destinées au Brésil, la Chine, l’Inde et l’Afrique.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a créé en mars un groupe de travail, dirigé par le directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui au projet (Unops) Jorge Moreira da Silva, afin de mettre en place un mécanisme permettant le passage des engrais et de matières premières connexes, telles que l’ammoniac, le soufre et l’urée.

M. Moreira da Silva dit avoir rencontré plus de 100 pays pour rallier notamment le soutien des États membres de l’ONU à ce mécanisme. Mais les parties impliquées dans le conflit – États-Unis, Iran et pays du Golfe – ne sont pas encore convaincues.

« Le problème, c’est que la saison des semailles n’attend pas », souligne M. Moreira da Silva, certaines semailles se terminant dans quelques semaines dans les pays africains.

Il estime que le passage de cinq navires chargés d’engrais et de matières premières connexes par jour permettrait d’éviter une crise pour les agriculteurs.

« C’est une question de temps. Si nous ne nous attaquons pas rapidement à la source de la crise, nous devrons en gérer les conséquences avec de l’aide humanitaire », a-t-il poursuivi.

En cas d’accord, le mécanisme pourrait être opérationnel en sept jours, affirme le responsable onusien. Mais même si le détroit rouvrait immédiatement, il faudrait selon lui trois à quatre mois pour un retour à la normale.

Bien que les prix des denrées alimentaires n’aient pas encore explosé, M. Moreira da Silva relève une « forte augmentation » du coût des engrais qui, selon les experts, entraînera mécaniquement une baisse de la productivité agricole, puis une flambée des prix alimentaires.

« Nous ne pouvons pas tergiverser sur ce qui est possible et urgent: permettre le passage des engrais à travers le détroit et ainsi minimiser le risque d’une grave insécurité alimentaire mondiale », insiste-t-il.

PDF
15.05.2026 à 11:10

Polémique autour de Master Poulet à Saint‑Ouen : existe‑t‑il un lien entre fast‑food et désertification du centre‑ville ?

Fabrice Savel

(74 mots)

Par Vincent Dutot, Full professeur Marketing Digital – Fondateur www.cercap.fr, EM Normandie et Abel Mensah, Enseignant-Chercheur en Stratégie, Ascencia Business School

Avec The Conversation.

PDF
14.05.2026 à 16:21

Les océans proches des records de chaleur avant même le retour attendu d’El Niño

Fabrice Savel

Texte intégral (825 mots)

Les océans mondiaux se dirigent vers un record de températures en mai, alors que le retour du puissant phénomène naturel réchauffant El Niño se dessine, alerte l’observatoire climatique européen Copernicus.

Les températures moyennes à la surface des mers, hors régions polaires, ont frôlé en avril le record absolu de 2024, selon le bilan mensuel de Copernicus.

Et « ce n’est qu’une question de jours avant que nous ne retrouvions des températures record à la surface des mers » pour un mois de mai, a déclaré Samantha Burgess, la responsable stratégique pour le climat au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, qui inclut Copernicus. Le mois de mars est généralement le plus chaud en moyenne mondiale dans les océans.

Des vagues de chaleur marines record traversent une vaste région s’étendant du centre du Pacifique équatorial à la côte ouest des Etats-Unis et du Mexique.

El Niño est l’une des phases d’un cycle naturel dans l’océan Pacifique, qui démarre habituellement au printemps, et affecte progressivement dans les mois suivants les températures, les vents et le climat dans le reste du globe. Pour certaines régions, cela se traduit par des sécheresses, comme en Indonésie. D’autres, comme le Pérou, devront se préparer à des pluies diluviennes. Le dernier épisode date de 2023/2024.

L’Organisation météorologique mondiale a prévenu, même si des incertitudes demeurent, que le retour d’El Niño était de plus en plus probable de mai à juillet, tandis que s’estompe le phénomène inverse La Niña. Ces prévisions sont fondées sur les températures observées dans une zone du Pacifique.
Le problème, dans le monde actuel, est qu’El Niño, s’il surgit naturellement et régulièrement, s’ajoute désormais au réchauffement cette fois causé par les activités humaines, par la combustion du pétrole, du charbon et du gaz qui relâche du dioxyde de carbone, créant un effet de serre.

Certaines agences météorologiques prévoient que le prochain El Niño sera plus puissant qu’il y a trois ans, rivalisant peut-être avec le « super El Niño » de 1997/1998. L’effet sur la température moyenne du globe est généralement observé l’année suivant son apparition, ce qui fait craindre une année 2027 très chaude.
Zeke Hausfather, climatologue à l’institut indépendant Berkeley Earth, projette ainsi aujourd’hui que 2027 battra le record annuel de 2024. Samantha Burgess estime qu’il encore trop tôt pour prédire avec certitude l’intensité de l’événement, car les prévisions établies au printemps ne sont pas encore très fiables.
Cependant, elle convient elle aussi que, quelle que soit son intensité, cet El Niño ne passera pas inaperçu, jugeant « probable que 2027 dépasse 2024 et ne devienne l’année la plus chaude jamais enregistrée ».
Dans son bulletin mensuel, Copernicus confirme que la banquise arctique s’est peu reconstituée cet hiver, avec des surfaces proches des plus bas niveaux historiques. Océans et terres confondus, avril 2026 est au troisième rang des mois d’avril les plus chauds jamais enregistrés à l’échelle mondiale.
Avril a aussi été marqué par plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes: cyclones tropicaux dans le Pacifique, inondations au Moyen-Orient et en Asie centrale et méridionale, sécheresses en l’Afrique australe. Des crues ont aussi frappé une grande partie de la péninsule arabique, tandis que certaines régions d’Iran, d’Afghanistan, d’Arabie saoudite et de Syrie ont subi d’importantes inondations et des glissements de terrain, provoquant de nombreux décès.
« Nous constatons des phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents. Chaque mois, nous disposons de davantage de données confirmant que l’impact du changement climatique est à l’origine de ces événements extrêmes », note Mme Burgess.
L’Europe, qui a connu des conditions très contrastées en avril, s’apprête à connaître un été marqué par des températures supérieures à la moyenne et des précipitations inférieures aux normales, ce qui pourrait favoriser sécheresse et risques d’incendies.


Image by Gonzalo de Martorell from Pixabay.

PDF
14.05.2026 à 15:40

Réduire les pesticides : quelles conséquences économiques pour les filières agro‑alimentaires ?

Fabrice Savel

Texte intégral (1566 mots)

Par Julie Subervie, Directrice de recherche, Inrae; Alexandre Gohin, Directeur de recherche, INRAE, Inrae; Jean-Noël Aubertot, Senior research scientist, Inrae et Raja Chakir, Directrice de recherche en Économie de l’Environnement, Inrae; Université Paris-Saclay

Taxe sur les pesticides, diffusion des pratiques agroécologiques, interdiction d’importer des produits cultivés avec des pesticides non-utilisés en France… Les pistes pour permettre une nette baisse de l’utilisation des pesticides sont nombreuses, mais toutes n’ont pas les mêmes effets attendus sur les rendements et les revenus des agriculteurs.


Depuis près de vingt ans, la France cherche à réduire l’utilisation des pesticides à travers une succession de mesures et de plans qui n’ont pour l’instant pas atteint leurs objectifs initiaux. Cette réduction reste toujours un objectif car les impacts dommageables des pesticides sur la santé humaine comme sur la biodiversité sont de plus en plus confirmés par les travaux scientifiques récents. En outre, l’efficacité des pesticides peut s’éroder avec le temps et le changement climatique tend à augmenter leur utilisation. Mais peut-on atteindre en France une baisse significative de l’utilisation des pesticides sans nuire aux filières agroalimentaires ?

Deux stratégies qui s’opposent

Pour bien comprendre quelles seraient les conséquences possibles d’une réduction des pesticides, commençons d’abord par voir les différentes options plébiscitées pour cela, telles qu’elles ont été mises en lumière par les récents débats sur la loi Duplomb.

Les défenseurs de cette loi estiment qu’il sera possible, à terme, de développer des solutions technologiques permettant de rendre l’agriculture conventionnelle plus vertueuse et moins dépendante des intrants chimiques. Ils misent notamment sur les avancées génétiques, avec des cultures capables de se protéger elles-mêmes, contre les maladies notamment. Mais le développement de ces solutions exige encore du temps et des investissements lourds.

Ces solutions soulèvent également des débats majeurs sur la brevetabilité du vivant, l’impact sur la biodiversité et la concentration du pouvoir économique dans les mains de quelques acteurs du secteur de l’agrochimie où, à l’extrême, tous les agriculteurs pourraient être contraints à acheter leurs semences à la même multinationale.

Les opposants à la loi Duplomb défendent une stratégie opposée, reposant sur l’arrêt immédiat ou très rapide de l’utilisation des pesticides les plus dangereux. Dans cette perspective, la transition ne doit pas être principalement technologique, mais agroécologique, ce qui suppose de repenser en amont l’organisation même des systèmes de culture, des systèmes de production, et plus globalement des systèmes alimentaires.

Au niveau de la production, cela passe par diverses actions préventives (aussi appelées prophylactiques), telles que la diversification de la succession des cultures et l’utilisation de variétés résistantes ou tolérantes. C’est dans cette voie que s’est engagée la France il y a plus de quinze ans, avec le plan Écophyto, mis en place à la suite du Grenelle de l’environnement de 2007 et en cohérence avec la Directive 2009/128/CE du Parlement européen et du Conseil.

Force est de constater que, malgré les efforts déployés, les résultats n’ont pas été à la hauteur des objectifs fixés : l’indicateur NODU (qui mesure l’intensité du recours aux pesticides en agriculture) n’a pas évolué à la baisse comme escompté.

Taxer les pesticides

Alors quels autres instruments économiques aurait-on pu mettre en place ? Pour répondre à cette question, des simulations ont été réalisées visant à estimer l’impact d’une taxe sur les pesticides, fixée à un niveau suffisamment élevé pour inciter les agriculteurs à réduire de moitié leur utilisation en Europe. Cette idée faisait écho à celle d’un projet de règlement de la Commission européenne en 2024, finalement abandonné.

L’étude a été calibrée à partir de données relatives aux comportements observés dans les filières agricoles françaises et des autres états membres pendant plus de trente ans, qui montrent que les achats de pesticides réagissent peu aux variations de prix, sauf lorsque celles-ci deviennent très importantes. Autrement dit, les agriculteurs ne basculeront pas spontanément vers des alternatives comme la protection agroécologique des cultures si l’incitation économique n’est pas particulièrement forte.

Les résultats des simulations montrent qu’une forte taxe sur les pesticides, combinée à un soutien découplé au revenu des agriculteurs, c’est-à-dire indépendant de leur niveau de production comme les actuelles aides de la Politique Agricole Commune, aurait deux effets majeurs largement sous-estimés dans les études précédentes : une baisse de la production végétale de 26 % (expliquée par une baisse des rendements de 16 % et une réduction de la surface agricole dédiée aux cultures non fourragères de 10 %) d’une part ; une hausse du prix des produits alimentaires pour les consommateurs de l’ordre de 15 % d’autre part.

La diffusion des innovations agroécologiques

Il convient toutefois d’interpréter ces résultats peu enthousiasmants avec prudence. Premièrement, ces simulations reposent en effet sur l’hypothèse que les systèmes de production resteraient inchangés, autrement dit à technologie constante.

Or, dans la réalité, les agriculteurs peuvent s’adapter. L’adoption d’innovations agroécologiques permettrait d’atténuer, au moins en partie, les effets d’une hausse des prix des pesticides, si ces innovations se diffusaient largement dans les exploitations. Sur ce point, l’expérience française est éclairante : depuis 2012, un réseau de 3000 fermes pilotes accompagne cette transition, et des travaux récents montrent que les pratiques innovantes testées ont déjà généré des résultats mesurables, y compris à l’échelle nationale, grâce à une forte dynamique d’apprentissage entre agriculteurs au sein de leurs réseaux de pairs.

Changer règles des échanges commerciaux

Deuxièmement, les résultats de ces simulations sont obtenus sous l’hypothèse que les règles aux échanges commerciaux ne seraient pas modifiées. Or, elles pourraient l’être. Il convient en effet de rappeler que près de la moitié des pesticides consommés dans l’UE provient des importations, qui ne représentent pourtant que 16 % de la consommation totale.

Ces chiffres invitent à considérer l’opportunité de mettre en place des clauses miroirs, c’est-à-dire des dispositions dans les accords commerciaux bilatéraux permettant de régir les échanges de produits agricoles et agroalimentaires pour une meilleure performance environnementale et sans pertes économiques importantes. Une étude récente montre en effet qu’une forte réduction des pesticides en Europe n’impliquerait pas nécessairement une trop forte baisse des revenus agricoles si les usages interdits en Europe étaient aussi interdits pour les produits importés.

Toutes ces études convergent vers un même constat : réduire fortement l’utilisation des pesticides suppose des politiques publiques ambitieuses, pérennes et accompagnées d’un soutien aux agriculteurs, et impliquant l’ensemble des acteurs du système agroalimentaire.

Enfin, si la transition agroécologique apparaît coûteuse à court terme, ce diagnostic doit être complété à deux niveaux : d’une part en intégrant les coûts cachés de la pollution agricole (sanitaires, environnementaux et sociaux) ; d’autre part en évaluant les bénéfices de tous les instruments économiques susceptibles d’atténuer les coûts de la transition.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

PDF
12.05.2026 à 14:07

Pour une loi-cadre et la constitutionnalisation du droit à l’alimentation

Fabrice Savel

Texte intégral (726 mots)

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a adopté le jeudi 19 mars 2026 un avis intitulé « Pour un droit à une alimentation saine, durable et choisie ». Pour un droit à une alimentation saine, durable et choisie, la CNCDH recommande l’instauration d’une loi-cadre et la constitutionnalisation du droit à l’alimentation.

Dans son avis, la CNCDH formule 17 recommandations pour permettre une meilleure reconnaissance du droit à l’alimentation au sein de la loi, dans la mise en œuvre des politiques publiques et auprès de la population…

L’alimentation et les droits humains
L’alimentation est un « fait social total » qui touche au cœur de la dignité humaine. Elle dépend de choix alimentaire, religieux, du pouvoir d’achat des personnes, de conditions de logements, du territoire sur lequel on vit ou encore d’enjeux sanitaires et elle a aussi, entre autres, des conséquences en matière d’environnement. Face à des politiques segmentées et à un manque de reconnaissance, le sujet de l’alimentation reste insuffisamment traité. Pourtant, les dommages sanitaires, sociaux et écologiques du système actuel sont estimés à au moins 19 milliards d’euros par an en dépenses de réparation ou de compensation. Par ailleurs, la précarité n’épargne pas ceux qui sont au début de la chaîne alimentaire, puisque 18 % des agriculteurs vivent actuellement sous le seuil de pauvreté.

Combler un vide juridique majeur
Si le droit à l’alimentation est reconnu par plusieurs textes internationaux ratifiés par la France, il reste largement inopérant dans l’ordre juridique national, rendant impossible son invocation autonome devant les juridictions françaises. Le Comité des droits économiques, sociaux et culturels et l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, ont adressé plusieurs recommandations pour permettre une meilleure reconnaissance de ce droit en France. Les tentatives législatives récentes engagées par l’Assemblée nationale et le Sénat n’ayant pas abouti, il est urgent de doter la France d’un cadre protecteur et unifié.

Sortir de la logique d’assistance pour une approche multidimensionnelle du droit à l’alimentation
La Commission préconise un changement de paradigme radical : dépasser la simple logique d’assistance pour favoriser une reconnaissance étendue du droit à l’alimentation. Cette approche repose sur les principes internationaux PANTHER (Participation, Responsabilité, Non-discrimination, Transparence, Dignité humaine, Empowerment et État de droit). Il s’agit de garantir l’accessibilité physique et économique, la disponibilité de produits sains, l’adéquation culturelle et la durabilité du système. Il s’agit aussi d’adopter une approche par les droits permettant aux personnes concernées de participer aux décisions concernant l’alimentation.

Inscrire le droit à l’alimentation dans la Constitution
Pour affirmer l’importance de cet enjeu et prévenir toute régression, la CNCDH recommande de reconnaître une valeur constitutionnelle au droit à l’alimentation. En rejoignant la trentaine d’États ayant déjà franchi ce pas, la France offrirait un fondement juridique permettant de protéger le droit à l’alimentation.

L’urgence d’une loi-cadre nationale
En complément, pour remédier à un cadre législatif aujourd’hui sectoriel et éparpillé, la CNCDH appelle à l’adoption d’une loi-cadre. Ce texte doit permettre d’unifier les règles relatives à la santé, à l’agriculture et au social au sein d’une stratégie globale et cohérente. En érigeant l’accès à une alimentation saine comme une priorité de l’action publique, cette loi fixerait des objectifs précis, des budgets dédiés et des outils de mesure pour garantir l’opposabilité de ce droit. Il s’agit de passer d’une simple option politique à une véritable obligation d’État, offrant aux citoyens, et particulièrement aux plus précaires, des mécanismes de recours effectifs.

Télécharger l’Avis de la CNCDH, « Pour le droit à une alimentation saine, durable et choisie »

PDF
10 / 10

🌱 Bon Pote
Actu-Environnement
Amis de la Terre
Aspas
Biodiversité-sous-nos-pieds

🌱 Bloom
Canopée
Décroissance (la)
Deep Green Resistance
Déroute des routes
Faîte et Racines
🌱 Printemps des Luttes Locales
F.N.E (AURA)
Greenpeace Fr
JNE
La Relève et la Peste
La Terre
Le Lierre
Le Sauvage
Low-Tech Mag.
Motus & Langue pendue
Mountain Wilderness
Negawatt
🌱 Observatoire de l'Anthropocène

🌱 Reporterre
Présages
Reclaim Finance
Réseau Action Climat
Résilience Montagne
SOS Forêt France
Stop Croisières

🌱 Terrestres

🌱 350.org
Vert.eco
Vous n'êtes pas seuls