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06.11.2026 à 21:26

Stephen Miller, l’idéologue extrême de la recolonisation, prend la Maison-Blanche

Ramona Bloj

Trois jours après la défaite, Trump a fait un choix radical. Un portrait

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Texte intégral (2127 mots)


Vendredi 6 novembre, Donald Trump a annoncé sur Truth Social que Stephen Miller, défini « l’un de mes conseillers les plus fidèles », remplacerait Susie Wiles au poste de chef de cabinet à partir de lundi. Wiles « rejoindra l’équipe politique de Trump ».

  • Ce remaniement intervient trois jours après la défaite des républicains aux élections de mi-mandat. 
  • Plutôt que d’infléchir sa ligne politique, il confie son cabinet dans un moment de chaos de plus en plus visible à son idéologue le plus radical, qui lui voue une loyauté sans limites.

Nommé chef adjoint du cabinet pour les politiques et conseiller à la sécurité intérieure en janvier 2025, Miller cumulera désormais le contrôle de l’agenda présidentiel, de l’appareil exécutif et de la sécurité intérieure. 

  • Il prend ses fonctions au moment où trois échéances importantes s’alignent : une fuite en avant diplomatique sur l’Ukraine dans l’horizon du G20 américain, une difficile recomposition du parti républicain après sa déroute et l’arrivée en janvier d’une majorité démocrate qui promet d’ouvrir des enquêtes contre l’administration et le clan Trump.

Le départ de Susie Wiles pourrait être une rupture d’équilibre pour la Maison-Blanche. 

  • Première femme à occuper ce poste, Wiles était la figure d’autorité de l’entourage présidentiel. En janvier 2025, elle avait promis de « tenir les fauteurs de troubles à l’écart de l’aile ouest » 10.
  • Venue de la politique électorale floridienne, où elle a dirigé les campagnes de Rick Scott puis de Ron DeSantis, elle incarnait davantage un professionnalisme d’appareil qu’une doctrine.
  • Alors qu’une partie du mouvement MAGA réclamait sa tête, le 18 octobre encore, Trump assurait qu’il n’y avait « zéro chance » qu’il la remplace 11. 
  • Dans son premier entretien après la défaite, Steve Bannon, particulièrement peu présent à la Maison-Blanche sous le règne de Wiles, avait demandé sa tête.

Contrairement à Wiles, Miller est un idéologue. 

  • Né à Santa Monica en 1985 dans une famille juive ashkénaze, il milite dès le lycée contre les associations étudiantes d’origine mexicaine. Repéré par le polémiste David Horowitz, qui restera son mentor, il coorganise, en mars 2007, un débat sur l’immigration avec Richard Spencer, futur chef de file du suprémacisme blanc américain. En 2009, il devient attaché de presse du sénateur Jeff Sessions, dont il dirigera la communication, et avec qui il coécrit en 2015 un Manuel de l’immigration pour la nouvelle majorité républicaine 12.
  • Sa vision politique transparaît sans filtre dans plus de 900 courriels adressés aux éditeurs de Breitbart entre mars 2015 et juin 2016, et transmis en 2019 au Southern Poverty Law Center par une ancienne rédactrice du site 13. Il y recommande notamment de traiter du roman Le Camp des saints de Jean Raspail. Il propose également de reprendre des contenus d’American Renaissance, un site suprémaciste blanc, et dit admirer la loi sur l’immigration de 1924, qui instaurait des quotas par origine nationale. Selon le SPLC, il y relaie la théorie du grand remplacement.

Il a pu transformer sa vision en politique publique lors du premier mandat, en assumant un rôle plus central dans la politique interne lors du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche.

  • Conseiller principal du président durant tout le premier mandat, Miller a conçu le décret d’interdiction d’entrée visant plusieurs pays à majorité musulmane, signé le 27 janvier 2017. Il a également défendu la politique de « tolérance zéro », la séparation des familles à la frontière au printemps 2018, ainsi que la fin du programme DACA, qui protégeait les jeunes sans papiers arrivés aux États-Unis alors qu’ils étaient enfants. Cette décision a finalement été bloquée par la Cour suprême en juin 2020 14.
  • De retour à la Maison-Blanche en janvier 2025 en tant que chef adjoint du cabinet pour les politiques et conseiller à la sécurité intérieure, il dirige de facto la politique migratoire. La presse américaine le décrit comme le véritable dirigeant, surpassant la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, qui a quitté l’administration en mars 2026 15. 
  • Il est également présenté comme l’architecte du déploiement de la Garde nationale dans les villes démocrates et de l’intensification des opérations de l’ICE, ayant fait au moins quatorze blessés par balle entre septembre 2025 et février 2026, dont plusieurs sont morts, y compris deux citoyens américains tués à Minneapolis en janvier 2026 16.

À l’instar de plusieurs autres figures de la deuxième Maison-Blanche de Donald Trump, Stephen Miller a joué un rôle clef dans la contestation de la défaite de 2020.

  • Le 14 décembre 2020, jour du vote des collèges électoraux, il déclarait sur Fox & Friends : « À l’heure où nous parlons, une liste alternative de grands électeurs dans les États contestés va voter, et nous allons transmettre ces résultats au Congrès. » 17 
  • Il citait nommément la Géorgie, le Wisconsin et la Pennsylvanie, trois États remportés par Biden, et affirmait que Trump pouvait encore être certifié vainqueur. 
  • Il est d’ailleurs le principal rédacteur des discours de Trump du 6 janvier, jour de l’assaut du Capitole, y compris de celui prononcé ce jour-là devant la Maison-Blanche.
  • Miller a été entendu le 14 avril 2022 par la commission d’enquête de la Chambre des représentants, qui l’a interrogé sur sa contribution à l’écriture de ce texte et sur la question de savoir si le président cherchait à inciter la foule en prononçant notamment la phrase « Fight like hell ». Il a de nouveau témoigné devant un grand jury fédéral en avril 2023, mais n’a jamais été inculpé.

Miller, radicalisé très tôt sur la question migratoire, prône une interprétation de l’histoire occidentale à partir d’une thèse extrême : la décolonisation aurait été une erreur et l’Occident devrait donc se lancer dans un processus de recolonisation.

  • Dans un texte publié le 5 janvier, alors que l’opération militaire américaine au Venezuela était en cours, il décrit l’après-1945 comme une « colonisation inversée ». 
  • Selon lui, l’Occident aurait démantelé ses empires, financé ses anciennes colonies et ouvert ses frontières, accordant aux arrivants « un traitement juridique et financier préférentiel par rapport aux citoyens autochtones ». Pour lui, « l’expérience néolibérale a été, au fond, une longue forme d’auto-punition des lieux et des peuples qui ont bâti le monde moderne ».
  • La Stratégie nationale de sécurité reprend cette analyse en décrivant une Europe menacée d’« effacement civilisationnel ». Trump commente : « Si cette tendance se poursuit, beaucoup de ces pays ne seront plus vivables. »

Il est très probable que l’arrivée de Miller au poste de chef de cabinet sera suivie d’une radicalisation de la trajectoire de la Maison-Blanche et de l’ouverture de plusieurs nouveaux fronts, tant internes que géopolitiques.

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06.11.2026 à 19:00

Face aux frappes russes incessantes, la capitale ukrainienne peut-elle tenir ? 

Marin Saillofest

Les frappes russes menacent l’approvisionnement de Kiev en énergie

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Texte intégral (896 mots)

La situation dans les grandes villes ukrainiennes s’est considérablement détériorée ces dernières semaines, notamment à Kiev, alors que l’armée russe accélère sa campagne de frappes sur les réseaux de production et de distribution d’électricité. Les centrales de production, lignes à haute tension et sous-stations sont prises pour cible de manière systématique : 238 frappes ayant touché des infrastructures énergétiques ont été recensées en octobre, selon ACLED.

Il s’agit d’un record depuis le début de l’invasion à grande échelle, en février 2022.

  • Les centrales thermiques de Kiev ne produisent plus d’électricité, et la capitale dépend en majorité de trois centrales nucléaires situées à environ 300 kilomètres.
  • Les longues distances parcourues par les lignes à haute tension pour transporter le courant depuis l’ouest et le sud du pays vers la capitale rendent la ville très vulnérable aux attaques, notamment car la portée des drones russes dépasse aujourd’hui les 1 000 kilomètres.

Les autorités de Kiev ont développé un réseau de petites centrales à gaz qui permettent d’assurer le fonctionnement de services essentiels – hôpitaux, une partie des stations de pompage d’eau, etc. –, mais celles-ci ne couvrent qu’une fraction des besoins de la ville.

Volodymyr Zelensky a décrit vendredi 6 novembre la situation énergétique à Kiev comme « la pire » du pays, évoquant des défis « très sérieux » 18. En plus des coupures d’électricité, des frappes russes ont privé mardi 3 novembre l’ensemble de la capitale d’eau pendant plus de 24 heures, selon les autorités municipales 19. 

La situation pourrait davantage se dégrader étant donné l’asymétrie entre les capacités offensives russes et défensives ukrainiennes. 

  • La Russie serait en mesure de tirer entre 130 et 190 projectiles balistiques par mois cet hiver. Ces vecteurs sont trop rapides pour être interceptés par des drones ou d’autres moyens low cost, et nécessitent des intercepteurs 20.
  • Or, l’Ukraine ne reçoit en moyenne que 12 missiles intercepteurs Patriot livrés par les États-Unis chaque mois, soit moins de 5 % du nombre nécessaire. Les intercepteurs européens, comme les missiles Aster du système SAMP/T, ne compensent qu’à la marge.
  • En octobre, l’Ukraine n’a abattu que 11 des 150 missiles balistiques tirés par la Russie – soit environ 7 %.

L’hiver 2026-2027 sera vraisemblablement le plus difficile pour les Ukrainiens depuis le début de la guerre à grande échelle. La stratégie russe vise à rendre la capitale du pays inhabitable, en ciblant les infrastructures qui assurent le chauffage, l’éclairage ou l’approvisionnement en eau, afin de faire pression sur la population et d’user son moral.

  • La Banque nationale d’Ukraine estime que l’intensification des bombardements russes sur les infrastructures du pays amputera la croissance ukrainienne de près de 2 points en 2026 21.
  • Le PIB réel devrait se contracter de 0,4 % cette année, pour la première fois depuis 2022. Il avait enregistré une hausse de 1,8 % en 2025, 3,2 % en 2024 et 5,5 % en 2023.

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06.11.2026 à 17:57

La droite française peut-elle résister à l’extrême droite ?

Louis Puel

De la Restauration à Marine Le Pen, dans son dernier ouvrage, Laurent Joly retrace une histoire qui se rappelle à nous

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Texte intégral (2251 mots)

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Pologne, Italie, Hongrie : l’extrême droite a l’apparence d’un rouleau compresseur qui ne cesse de progresser en Europe. Dans ce contexte, les partis de droite français et allemand refusent de s’allier, pour le moment, aux partis de ce courant. Si pour une partie de la droite républicaine, toute alliance avec les extrêmes signifierait perdre son âme, le cordon sanitaire s’érode au fil des ans. Ce clivage structurant entre une droite libérale et une extrême droite réactionnaire, auquel certains appellent à mettre fin aujourd’hui, remonte aux années 1820, dans la France de la Restauration. Après deux siècles d’existence, les enjeux électoraux sont restés les mêmes : pour la première droite, il s’agissait de gagner les élections au centre ou à droite, au gré des dirigeants, tandis qu’à l’extrême droite, il fallait unir les droites au service de la monarchie au départ, ou faire appel au peuple. 

Pour cette dernière, il existe un enjeu supplémentaire : celui de convaincre qu’elle n’est pas extrême – par la dédiabolisation ou la normalisation – et de rendre ainsi caduque l’existence d’un cordon sanitaire. L’historien Laurent Joly propose un livre concis et puissant, sous la forme d’une chronique détaillée des relations complexes et parfois dangereuses entre la droite et l’extrême droite. Il analyse l’évolution de cette relation, tout en insistant sur les moments où la première a succombé aux tentations de la seconde. L’objectif est bien sûr d’éclairer le présent au moment où l’extrême droite française se présente aux portes du pouvoir et tente de camoufler ses fortes accointances avec les courants les plus racistes et réactionnaires en Europe et sur d’autres continents. 

Ce travail, qui plonge certes dans l’actualité, est bien celui d’un historien, au demeurant spécialiste de la question du boulangisme à Vichy. Il cite ainsi notamment deux hommes dans ses remerciements : Bertrand Joly, pour son travail sur le boulangisme, l’affaire Dreyfus et le nationalisme, et son propre père, « homme de droite humain et généreux », qui a collectionné les numéros du Figaro Magazine pendant une quarantaine d’années. Son corpus s’appuie également sur une utilisation rigoureuse du site Gallica, des archives personnelles rassemblées depuis les années lycée et sur la presse des différentes époques. 

Un clivage forgé par les enjeux du XIXe siècle

C’est en 1789, alors que se répartit l’Assemblée constituante, que les députés hostiles aux réformes décident de s’asseoir à droite du président, tandis que ceux appelant à poursuivre la Révolution s’installent à sa gauche. Entre les deux prennent place les modérés et les indécis. 

La tension entre les ultras et les monarchiens, partisans d’une monarchie constitutionnelle, s’établit essentiellement après la fin des Cent-Jours (1er mars – 7 juillet 1815). Ce « moment ultra » derrière le comte d’Artois (le futur Charles X, 1824-1830) est considéré comme le moment fondateur de l’extrême droite. C’est aussi la période où se fixent certains procédés structurants et notamment l’inversion des valeurs : les tenants de l’absolutisme fustigent la moindre censure contre leurs journaux au nom de la liberté d’expression. À l’instar de Chateaubriand, ils se plaignent d’être diabolisés alors que le centre droit est au pouvoir derrière le duc de Richelieu. 

L’assassinat du duc de Berry, fils du futur Charles X, en 1820, marque un tournant conservateur, notamment avec la nomination du duc de Villèle à la tête du gouvernement en 1822. La monarchie de Juillet (1830-1848) rompt avec cette phase et recherche davantage la politique du « juste milieu » afin de limiter l’influence des extrêmes. 

Malgré ces divisions, droite et extrême droite se retrouvent dans leur volonté d’endiguer la « menace révolutionnaire » : c’est ainsi que légitimistes et orléanistes forgent le « parti de l’Ordre » pour appuyer le camp bonapartiste sous la Seconde République. Au début de la IIIe République, les deux droites se distinguent dans leur position vis-à-vis de la République. Tandis que la droite est prête à l’accepter pour mieux y imposer les intérêts conservateurs, l’extrême droite veut, elle, abattre celle qu’elle désigne désormais comme « la Gueuse ». 

L’épisode boulangiste discrédite l’ensemble de la droite et installe durablement l’antisémitisme, devenu « phénomène médiatique », dans le paysage politique français. En témoigne le succès de La France juive d’Édouard Drumont, qui paraît en 1886 et s’écoule à 80 000 exemplaires. 

C’est dans un contexte où fleurissent les organisations antijuives et les slogans plaidant pour « La France aux Français » , avec le massacre d’Aigues-Mortes en 1893, qu’éclate l’affaire Dreyfus. Le nationalisme et l’antisémitisme deviennent dès lors les deux mamelles de l’extrême droite et l’affaire Dreyfus témoigne des difficultés qu’ont les modérés à agir contre elle. Elle creuse aussi le fossé entre une droite qui accepte la République et celle qui se fond dans l’extrême droite. 

Vichy, une phase révélatrice de l’extrême droite

Sur deux siècles, les crises profitent à l’extrême droite et mettent à mal la frontière établie avec la droite. On le voit avec la propagation d’idées nauséabondes au début des années 1920-1930. François Coty récupère la direction du Figaro en 1922, et le journal célèbre la dictature mussolinienne. Il prend ensuite la tête de dizaines de titres, dont l’Ami du peuple, un journal à la ligne antisémite dans lequel les plumes xénophobes forgent un constat simpliste et appelé à perdurer : la France compte trop d’impôts et trop d’étrangers. 

En 1940, la débâcle militaire fait le lit de l’extrême droite : Pétain et Weygand, parmi d’autres, y voient la conséquence d’années passées à trop profiter des réformes sociales du Front populaire. Les mesures de Vichy s’inspirent d’abord de la mouvance réactionnaire, puis s’alignent sur l’extrême droite la plus violente et le régime nazi avec le statut des juifs du 3 octobre 1940. Des figures telles que Darlan et Xavier Vallat incarnent cette bascule vers l’extrême droite la plus fascisante. Le paradoxe de cette période est que la Résistance s’organise avec un programme de gauche autour d’un homme de droite, de Gaulle. Pour Laurent Joly, la guerre civile des années 1940-1944 fut donc aussi une guerre des droites, révélant autant la nature de l’extrême droite que la capacité d’une droite républicaine à la combattre. 

Les conséquences de la politique de Vichy sont profondes puisqu’après la guerre, l’extrême droite se caractérise désormais davantage par son rapport à Vichy et à la collaboration que par son antisémitisme et son rejet de la République. L’étiquette d’extrême droite est devenue encore plus infamante et difficile à assumer. La droite est toujours dans le paysage, à l’instar du Figaro qui opte désormais pour une ligne conservatrice et libérale, rompant avec celle des années 1930. La ligne de partage profite d’une extrême droite discréditée. C’est au sein de la mouvance de Pierre Poujade que les doctrinaires d’extrême droite se retrouvent et ouvrent une nouvelle période. 

Le moment Le Pen

D’après Laurent Joly, 1978 marque un tournant décisif. Plusieurs personnages réactionnaires, liés à Vichy ou à l’OAS, convergent pour proclamer haut et fort leurs thèses antisémites et racistes. C’est derrière Jean-Marie Le Pen et d’autres que va naître le Front national. Parmi les personnalités qui marquent cette période, on trouve notamment François Duprat, dont la radicalité lui vaut d’être exclu de quatre organisations extrémistes entre 1964 et 1973. Antisémite, négationniste et proche de la nébuleuse néonazie, c’est lui qui a inspiré un slogan appelé à faire florès : « 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés en trop. La France et les Français d’abord ! ». En 1978, sa voiture est piégée et il meurt dans l’explosion. Mais la même année, le Front national n’obtient que 0,5 % des voix aux élections. 

C’est aussi à cette période que les négationnistes propagent leurs thèses nauséabondes dans les médias de référence, à l’image de Faurisson ou Darquier de Pellepoix, qui affirme dans l’Express : « À Auschwitz, on a gazé que les poux ». Toujours en 1978, Robert Hersant, condamné à dix ans d’indignité nationale pour son engagement pronazi de l’été 1940, lance Le Figaro magazine. Il souhaite ainsi limiter la domination de la gauche dans les news magazines. 

C’est sous le premier mandat de François Mitterrand que Jean-Marie Le Pen renforce son mouvement, qui compte 1 500 adhérents au début des années 1980. Ses interventions médiatiques sont émaillées de nombreuses provocations, dont l’impérissable « point de détail de l’histoire » à propos de la Shoah, diffusé sur RTL. L’ascension est telle qu’en 1995, Le Pen rassemble 15 % des suffrages, tandis que la même année, Jacques Chirac prononce le discours reconnaissant la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vel d’Hiv. Droite et extrême droite se font face. Lors de l’élection de 2002, et malgré leur accession au second tour, Le Pen et son parti apparaissent bien comme un repoussoir. La force de cette élection aura surtout tenu au rassemblement de la droite et du centre droit dans l’UMP. Mais une fois élu, Nicolas Sarkozy tente une grande synthèse, puisqu’il nomme Bernard Kouchner, homme de gauche, aux Affaires étrangères, et intègre même Patrick Buisson, de l’extrême droite identitaire, à son équipe. 

Mais c’est bien sous les deux mandats d’Emmanuel Macron, dont l’auteur souligne particulièrement la responsabilité, que l’extrême droite s’impose plus à l’Assemblée qu’elle ne l’a jamais fait depuis 1870. L’affaiblissement du centre droit et de la droite, le flou de la ligne politique d’Emmanuel Macron et les leçons tirées par Marine Le Pen de la défaite de 2002 constituent les trois ingrédients ayant mené à la situation actuelle. La leader du Rassemblement national peut aussi compter sur la radicalité d’Éric Zemmour pour lui donner l’apparence de la modération. 

Comble de l’ironie, ce livre est né de la relation que l’auteur entretient depuis plus de deux décennies avec les éditions Grasset. Le renvoi d’Olivier Nora a conduit Laurent Joly vers un autre de ses éditeurs. Soulignons qu’en ces temps complexes, les éditions Tallandier ont le courage de proposer deux livres nécessaires face aux dangers politiques de la désinformation : celui présenté ici et l’ouvrage de David Colon, Infodémie. 

La conclusion, nourrie de ces deux siècles d’histoire, rappelle que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite s’accompagne toujours de représailles. La question du voile, réactivée ces derniers mois, laisse présager de la politique future du Rassemblement national. C’est avec la question identitaire que se referme le piège dans lequel la droite conservatrice et libérale est prise. 

Laurent Joly ouvre son livre avec la députée Constance de Pélichy du centre droit, et le clôture avec le maire Les Républicains de Meaux Jean-François Copé, deux personnalités de droite, lucides sur les intentions et la nature du Rassemblement national et qui refusent toute compromission. Le propos sonne comme un appel à une droite républicaine fidèle à ses valeurs.

À la suite de Laurent Joly et en ces « temps anormaux que nous vivons », les leçons de l’histoire doivent sans cesse être ravivées pour que chacun saisisse le parcours des différents partis politiques et leur attitude aux moments où une certaine idée de la République a été et est menacée.

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06.11.2026 à 15:49

La bulle de l’IA est-elle vraiment en train d’éclater ?

Marin Saillofest

Les entreprises du secteur de l’IA et des centres de données n’avaient jamais perdu autant de valeur en une seule séance

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Texte intégral (851 mots)

Hier, jeudi 5 novembre, les actions des grandes entreprises technologiques américaines ont perdu plus de 6 % de leur valeur en une seule journée. Le Nasdaq, l’indice boursier américain dont la valeur est principalement concentrée dans le secteur technologique, a connu sa pire journée depuis avril 2025, reculant de 5,52 %.

Au total, près de 3 000 milliards de dollars ont disparu du marché en une séance.

  • Les pertes enregistrées par les principales entreprises technologiques sont colossales.
  • Nvidia a vu sa capitalisation reculer de plus de 9 % (soit plus de 440 milliards de dollars) jeudi 5 novembre, effaçant ses gains de l’année, tandis qu’AMD et le fabricant de puces mémoire Micron ont perdu plus de 17 %, et Sandisk plus de 22 %. 
  • Tesla et SpaceX, les deux entreprises d’Elon Musk, ont reculé respectivement de près de 11 % et de 9 %.
  • La vente massive d’actions d’entreprises américaines a également touché les marchés européens et, plus encore, asiatiques : vendredi 6 novembre, la Bourse de Séoul a reculé de 6 % et celle de Tokyo de près de 6 %.
  • Les échanges avant l’ouverture de Wall Street montrent toutefois que certaines actions – Nvidia, Intel, Micron, Marvell, AMD et SpaceX notamment – devraient récupérer au moins une partie de leurs pertes d’hier.

La séance d’hier a ravivé une question qui fait débat depuis plusieurs mois mais à laquelle personne ne peut répondre : s’agit-il de l’éclatement de la bulle de l’IA ? 

  • La conjoncture est en effet défavorable pour le développement du secteur de l’intelligence artificielle, qui concentre aujourd’hui une part considérable des investissements réalisés aux États-Unis, et qui tire la croissance du PIB vers le haut. 
  • Les investissements massifs dans les infrastructures de l’intelligence artificielle contribuent également à siphonner les investissements dans le reste de l’économie américaine.
  • La réaction d’hier, fait suite à la victoire démocrate dans les midterms, qui pourrait en effet ralentir la construction de nouveaux centres de données. Au Texas, la gouverneure élue Gina Hinojosa a notamment promis un moratoire sur les nouveaux data centers, jusqu’à l’adoption de lois protégeant les communautés locales.

La plupart des analystes relativisent toutefois la portée de ce décrochage, qui ne présagerait pas pour le moment d’un « éclatement » de la bulle de l’IA.

  • Comme l’explique Robert Armstrong : « Les élections [de mi-mandat] ont accéléré un processus déjà en cours […] À un moment donné, on peut l’espérer, le complexe de l’IA trouvera un nouvel équilibre, et le marché pourra reprendre son cours – à un niveau nettement inférieur, peut-être, mais sans effondrement généralisé ».
  • Le scénario d’un éclatement pourrait voir les investisseurs endettés vendre à grande échelle pour couvrir leurs marges, alimentant ainsi une spirale baissière. Les détracteurs de la gestion passive avertissent également que, dans une telle situation, les porteurs de fonds d’investissement indiciels se précipiteraient pour se défaire du risque lié à l’IA, entraînant tout le marché dans leur chute et provoquant un risque de contagion vers des secteurs qui se portent plutôt bien. 

Selon Armstrong, plusieurs signaux sont à suivre dans les prochains jours, dont la confiance des entreprises dans l’IA, l’éventuel abandon de certains projets d’infrastructure, le délai d’entrée en bourse d’Anthropic ou la chute des actions dans d’autres secteurs. 

  • Avant les élections de mi-mandat, Dario Perkins avait esquissé le scénario d’un véritable effondrement du marché de l’IA. Il estimait que, dans le pire des cas, les actions américaines pourraient perdre au moins 30 %, que les pertes de crédit pourraient atteindre 200 milliards de dollars et que cela pourrait entraîner une vague de défauts sur la dette des entreprises technologiques.

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06.11.2026 à 11:48

Le gendre de Trump annonce une tentative de changement de régime en Europe

Ramona Bloj

La Maison-Blanche veut négocier une « nouvelle architecture de sécurité européenne » avec Poutine sans les Européens

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Texte intégral (2926 mots)

Dans la nuit du 5 novembre, le gendre de Donald Trump, l’homme d’affaires Jared Kushner, a publié au nom de la Maison-Blanche et de l’envoyé spécial pour les missions de paix, Steve Witkoff, un texte de 423 mots reprenant une déclaration de Donald Trump dans le Bureau ovale afin de fixer les objectifs américains pour l’après-guerre en Ukraine.

Cette publication fait suite à un entretien à la Maison-Blanche entre Donald Trump et Kirill Dmitriev, émissaire de Vladimir Poutine aux États-Unis, et précède de cinq jours les discussions trilatérales d’Abou Dhabi des 10 et 11 novembre.

Lors de ces premières négociations directes depuis février, Kushner et Witkoff conduiront la délégation américaine face à Vladimir Medinski, représentant la Russie. Selon l’annonce américaine, et en réponse à une demande russe, les Européens, l’OTAN et l’Union européenne ne seront pas à la table. L’Allemagne, la France et le Royaume-Unis seront « consultés » dans le format dit de Shell Bay — du nom d’un club de golf de Floride —, puis reçus « en marge ». Leur participation directe des Européens n’est envisagée que « si des progrès sont réalisés ».

Le contenu du texte, que nous traduisons et analysons ici, marque une écrasante victoire russe sur les plans du discours et du positionnement américains.

La Maison-Blanche reprend l’expression même que Moscou réclame depuis la proposition de Dmitri Medvedev en 2008 et les ultimatums de décembre 2021,  une « nouvelle architecture de sécurité européenne ». L’objet de la négociation cesse alors d’être l’Ukraine pour devenir l’ordre du continent.

Dans la définition de ces équilibres, Kushner place l’Europe et la Russie sur un pied d’égalité – « depuis plus de trente ans, l’Europe et la Russie s’efforcent de mettre en place un cadre de sécurité durable » –, évoque à des « préoccupations de sécurité concurrentes », sans mentionner l’invasion de l’Ukraine par le régime poutinien. 

Il en découle cinq objectifs qui relèvent davantage des mesures de confiance que de la dissuasion (consultations continues, communication de crise, transparence militaire et réciprocité). Or, comme le fait remarquer l’analyste Mujtaba Rahman, « l’ordre de sécurité européen n’a pas échoué par manque de mécanismes de dialogue ou de transparence ; il a échoué parce que Vladimir Poutine a choisi de le détruire. Aucun nouveau cadre, en particulier s’il est conçu de manière descendante par l’équipe Trump, ne pourra remplacer une dissuasion crédible à l’échelle du continent et le soutien à l’Ukraine. »

À noter également que Kushner affirme que « l’OTAN restera centrale pour la défense collective européenne », sans rien dire de l’engagement américain qui rendrait cette centralité crédible. La Maison-Blanche parle désormais systématiquement de l’Alliance comme d’une structure étrangère dont il pourrait se contenter de constater la solidité de l’extérieur. 

En cristallisant une impressionnante victoire poutinienne sur le discours de l’administration Trump, ce texte paraît pourtant dans un moment où trois variables évoluent défavorablement pour cette convergence.

La situation militaire reste sombre pour la Russie. Dimanche dernier, l’état-major ukrainien a fait état de 2 500 pertes russes en vingt-quatre heures, soit un homme hors de combat toutes les trente-cinq secondes, et de 54 400 sur le mois d’octobre, le pire bilan mensuel de la guerre pour quelques kilomètres gagnés. Ces chiffres émanent d’une partie belligérante et recouvrent morts et blessés, mais la tendance rejoint toutes les estimations sérieuses qui notent que la Russie est en train de s’user sans obtenir de victoire décisive sur le front.

Le contexte politique américain est ensuite particulièrement défavorable à Trump. Les élections de mi-mandat ont donné aux démocrates le contrôle des deux chambres, y compris dans des États républicains de longue date. La veille de la publication de ce texte, plusieurs médias rapportaient que Marco Rubio envisageait de quitter le département d’État. 

La troisième variable est liée à la Chine. De retour de Pékin, le président allemand Frank-Walter Steinmeier a rapporté que, contrairement à ce que l’administration Trump a pu affirmer, Xi Jinping ne souhaitait pas organiser de sommet tripartite avec Washington et Moscou concernant l’Ukraine. Il a également semblé surpris par cette proposition. Une rencontre avec Trump et Poutine aura sans doute lieu en marge du sommet de l’APEC à Shenzhen, mais l’Ukraine n’y figurera pas à l’ordre du jour. Selon Steinmeier, Xi « a été clair : il s’agit d’un conflit européen et les Européens doivent aussi être à la table des négociations ». Ce refus, provenant pourtant d’une puissance profondément alignée sur la Russie, pourrait s’expliquer de deux manières. D’une part, un tel sommet consacrerait le rang de grande puissance que Moscou cherche à se voir reconnaître, alors même qu’elle est de plus en plus vassalisée par Pékin. D’autre part, il engagerait la Chine dans un règlement dont elle ne veut pas porter la responsabilité sur le plan régional et dans son positionnement international.

La fuite en avant dont ce document diplomatique fait état émane donc d’un pouvoir affaibli sur le plan intérieur, dont la diplomatie vacille, et qui cherche à se rapprocher d’un autre système empêtré dans un contexte difficile, une accélération qui pourrait traduire une certaine forme de fébrilité.

Dans un discours prononcé à Atlanta le 17 octobre, Jon Ossoff, largement réélu sénateur de Géorgie et engagé dans une trajectoire présidentielle a visé nommément les deux signataires de ce texte et le contexte dans lequel il s’inscrit.

Il convient de le lire :

« Vous vous souvenez tous de Jared Kushner ? Oui. Le gendre du président, ce soi-disant “envoyé spécial” chargé des relations diplomatiques avec la Russie et le Moyen-Orient ? Et de l’autre envoyé spécial, Steve Witkoff, qui a cofondé World Liberty, l’entreprise de cryptomonnaie douteuse du président ? Bon. Alors suivez-moi bien. Jared et Steve négocient actuellement avec Poutine pour vendre des champs pétroliers, des raffineries et des stations-service russes d’une valeur de plusieurs milliards aux amis du président. Il y a d’abord le cheikh Tahnoun, le chef des services secrets émiratis, qui a versé 500 millions de dollars à l’entreprise de cryptomonnaie de Trump et Witkoff. Il y a aussi les frères Al-Khayyat, deux Syriens qui financent le projet de complexe touristique albanais de plusieurs milliards de dollars de Jared et Ivanka. Et enfin, il y a le troisième partenaire : un milliardaire qui a versé une somme colossale à la campagne de Trump. Oh, et le gouvernement américain prendrait une participation de 15 %, soit dit en passant. Vous voyez le tableau ? En pleine crise énergétique mondiale, le gendre et le partenaire commercial du président négocient la vente de gisements de pétrole russes à des amis de la « première famille ». Ces mêmes amis qui ont injecté des centaines de millions de dollars dans les entreprises de la famille Trump. Eh quoi ! Mais voici l’essentiel. Si vous êtes impliqué de près ou de loin dans toutes ces manœuvres, l’année prochaine, vous vous trouverez dans une situation très simple : vous lèverez la main droite et vous jurerez de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité, avec l’aide de Dieu, devant le Congrès des États-Unis. »

Le président Trump a fait avancer aujourd’hui une discussion importante avec plusieurs dirigeants européens sur la nécessité d’une architecture de sécurité européenne élargie, capable de contribuer à établir les conditions d’une paix durable. 

Le texte adopte d’emblée une position russe. L’appel à une « nouvelle architecture de sécurité européenne » est un thème récurrent de la diplomatie russe. Il figure dans le projet de traité sur la sécurité européenne proposé par Dmitri Medvedev en juin 2008, quelques semaines avant la guerre en Géorgie, puis à nouveau dans les deux projets de traité envoyés à Washington et à l’OTAN à la veille de l’invasion de l’Ukraine en 2021. Dans les deux cas, l’objectif était d’engager des négociations rhétoriques visant à faire reconnaître par les États-Unis le statut de grande puissance de la Russie, en proposant ainsi un accord et un partage de l’ordre sécuritaire du continent sur le modèle de Yalta, tout en contournant la question de la souveraineté et en s’assurant un droit de regard sur les alliances des voisins de la Russie. 

Prolongeant son action et le travail de fond mené cette semaine à Bruxelles avec l’Ukraine, l’OTAN et nos partenaires européens, l’envoyé spécial Steve Witkoff et moi-même souhaitions partager certains des objectifs qui guident nos discussions en cours.

Le texte a été publié sur X par le président et cosigné par l’envoyé spécial pour les missions de paix, Steve Witkoff, un ancien ami et associé de Donald Trump. Alors que Marco Rubio laisse planer la possibilité d’une démission, ce document montre le contournement du département d’État et de la diplomatie américaine, ainsi que l’absence implicite d’intérêt du chef de la diplomatie à assumer les conséquences politiques, et potentiellement juridiques, de cette négociation.

Depuis plus de trente ans, l’Europe et la Russie peinent à établir un cadre de sécurité soutenable. Des décennies de méfiance, des préoccupations de sécurité concurrentes et les conséquences dévastatrices de cette guerre rendent ce défi extraordinairement difficile, mais il est essentiel à une paix durable. 

Une nouvelle fois, la position américaine reprend mot pour mot la position russe. Les États-Unis se présentent comme un arbitre rationnel et objectif, tandis que « l’Europe et la Russie » sont mises dos à dos. En suggérant un dilemme de sécurité, c’est-à-dire une spirale de méfiance réciproque dans laquelle personne n’a vraiment tort, la Maison-Blanche considère en réalité qu’il n’y a pas de stratégie débridée d’agression territoriale et de guerre politique de la part de la Russie. Comme l’a noté Olivier Schmitt, la Russie suit une trajectoire d’hostilité depuis longtemps et « depuis le début de la guerre à grande échelle en 2022, le régime s’est radicalisé… Tant que Vladimir Poutine est au pouvoir, aucune ‘normalisation’ n’est à attendre de la part de Moscou ».

Notre objectif est d’élaborer des arrangements pratiques qui répondent aux préoccupations de sécurité de toutes les parties, réduisent le risque de conflits futurs et créent un environnement de sécurité plus stable et prévisible.

Nous explorons cinq objectifs principaux : des consultations de sécurité permanentes, des communications de crise fiables, une plus grande transparence militaire, des mesures réciproques de réduction des risques d’escalade, et un cadre durable pour la sécurité et la stabilité européennes à long terme.

Chacun de ces cinq objectifs relève des mesures de confiance et non de la dissuasion. Aucun point ne porte sur des garanties permettant d’éloigner le risque principal, à savoir non pas une nouvelle invasion massive de la Russie, mais une prise de gage territorial dans un État membre de l’OTAN destinée à tester l’article 5 et à provoquer l’effondrement politique de l’Alliance, scénario que ne permettrait d’éviter aucun mécanisme de consultation.

Tout arrangement doit pleinement respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance de décision de chaque nation. Chaque pays conservera l’autorité sur sa propre sécurité et ses propres alliances, et aucun pays n’aurait de droit de veto sur les choix souverains d’un autre. L’OTAN restera centrale pour la défense collective européenne, et cette initiative s’appuierait sur les institutions et engagements existants.

Ce paragraphe adopte une série de précautions rhétoriques, sans jamais affronter les questions substantielles. Yarsolav Trofimov a sarcastiquement commenté : « J’attends avec impatience que Kushner et Witkoff négocient le retour de la Crimée ». S’il est nécessaire de préciser qu’aucun pays n’aura de droit de veto sur les alliances d’un autre, c’est que, en réalité, la question est bien posée. Le Kremlin exige depuis quatre ans que l’Ukraine renonce à son positionnement vis-à-vis de l’OTAN. Quant à l’affirmation selon laquelle « l’OTAN restera centrale », elle ne dit rien de l’engagement américain qui la rendrait crédible.

Nous poursuivrons les consultations dans le format Shell Bay avec l’Ukraine, l’OTAN, l’Union européenne et nos partenaires européens, en élargissant les échanges pour que toutes les perspectives et idées pertinentes soient prises en compte. Nous engagerons également la Russie dans le cadre des négociations de paix.

Le format Shell Bay, du nom du club de golf de Floride (sic) où Steve Witkoff a réuni fin octobre les représentants américains, ukrainiens et pour l’Europe Royaume-Uni, Allemagne et France, désigne le cadre de consultation qui associe l’Ukraine, l’OTAN, l’Union européenne et les partenaires européens, parallèlement aux négociations menées avec la Russie. Notons que les Européens, l’OTAN et l’Union sont « consultés », tandis que la Russie est « engagée dans les négociations » et que les États-Unis parlent de l’OTAN sur le même plan que l’Union alors même qu’ils sont une partie fondamentale de l’alliance atlantique. 

La semaine prochaine à Abou Dhabi, les États-Unis réuniront les premières discussions de paix trilatérales avec l’Ukraine et la Russie depuis février. Toutes les parties restent intensément engagées dans la préparation de négociations substantielles et productives. Nous consulterons étroitement nos partenaires européens en marge et, si des progrès sont réalisés, viserons à passer à un format multilatéral élargi avec leur participation directe.

Dans un scénario de pure vassalisation, la participation européenne directe est conditionnée à l’avancement d’une négociation à laquelle les Européens ne participent pas.

Ces idées continuent d’évoluer, et nous accueillons favorablement les contributions réfléchies. Créer la bonne structure sera déterminant pour mettre fin à cette guerre et passer du conflit à des conditions rendant possible une paix durable.

C’est un travail difficile et minutieux. Il n’existe pas de solution facile. Mais l’occasion de contribuer à mettre fin à cette guerre dévastatrice et de bâtir les fondations d’une Europe plus pacifique, plus sûre et plus prospère pour les générations à venir en fait un défi qui vaut d’être relevé.

Un cessez-le-feu sans dissuasion ou garantie de sécurité libérerait la Russie de la contrainte d’attrition et lui rendrait l’initiative. Volodymyr Zelensky exige des garanties « inébranlables » et exclut toute discussion sur la limitation de son armée ou sur la neutralité de son pays. Vladimir Poutine refuse toujours de le rencontrer et même Marco Rubio doute qu’un accord négocié soit possible. 

Nous verrons comment ces discussions évoluent et continuerons de travailler intensivement avec toutes les parties en vue de l’objectif du président Trump : une paix globale et durable.

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06.11.2026 à 06:30

Pourquoi la Chine publie-t-elle 7 fois moins de séries statistiques qu’il y a dix ans ?

Marin Saillofest

L’opacité croissante du régime témoigne de ses faiblesses

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Texte intégral (1130 mots)

En 2012, le Bureau national des statistiques de Chine publiait chaque année plus de 80 000 séries statistiques aussi variées que les effectifs du secteur des équipements pour aires de jeux en plein air, la production nationale de sauce soja, la surface des toilettes des écoles primaires ou le bilan électrique de la Mongolie-Intérieure.

En 2022, ce chiffre est tombé à seulement 11 000 22.

  • La difficulté d’accéder à ces statistiques contribue à l’opacité croissante du régime chinois, qui cherche à contrôler au maximum l’accès des acteurs étrangers à ces signaux utilisés pour mesurer le développement et la prospérité du pays.

Plus de 20 000 de ces séries ont notamment cessé d’être publiées entre 2019 et 2022, pendant la pandémie de Covid-19.

  • Officiellement, le régime n’a reconnu qu’environ 81 000 décès à l’hôpital durant la vague de l’hiver 2022-2023, alors que des études indépendantes estiment la surmortalité à entre 700 000 et 1,9 million de personnes 23.
  • Faute de pouvoir se fier aux chiffres officiels, les chercheurs ont depuis plusieurs années recours à des indicateurs de substitution, comme l’intensité lumineuse nocturne captée par des images satellites, pour tenter d’estimer la croissance du PIB du pays. Un économiste étudie notamment le nombre d’articles de presse consacrés aux propriétaires de salles de sport et de salons de beauté qui ferment en empochant l’argent des abonnements, afin d’évaluer la santé du secteur des services 24.

La Chine n’est pas le seul pays à avoir fortement restreint l’accès à ses séries statistiques.

  • En Russie, Rosstat a notamment suspendu la publication de plusieurs séries de données démographiques : nombre de naissances, de décès, de mariages, de divorces, ainsi que leur ventilation par région.
  • Le démographe russe Alexeï Rakcha estime que, depuis mars 2025, « il n’y a pratiquement plus de statistiques démographiques publiques en Russie ».

Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a également mis fin à la publication de plusieurs séries, dont certaines dans le sillage de ses décrets sur le genre et sur la diversité, l’équité et l’inclusion : origine ethnique et genre des fonctionnaires fédéraux, nombre d’Américains souffrant de la faim, coût des catastrophes météorologiques ou relevés de qualité de l’air des capteurs installés dans les ambassades et consulats américains 25.

  • Selon le Federal Data Terminations Tracker, 38 jeux de données ont été supprimés et 337 éléments de données retirés au 28 octobre – un décompte que sa cofondatrice juge sous-estimé 26.

L’opacité sur la santé de l’économie chinoise sert à Pékin à contrôler le récit : sans accès libre aux données, il est difficile de mesurer le choc provoqué par l’effondrement du secteur immobilier, d’évaluer l’état des finances des gouvernements locaux ou de comparer le chômage des jeunes avec celui du reste du monde.

  • Au-delà des séries statistiques, le régime chinois a aussi drastiquement raccourci les biographies officielles des hauts responsables politiques et des fonctionnaires.
  • Alors que le pouvoir a accéléré sa purge de l’Armée populaire de libération en 2025, le manque d’informations sur les profils et les parcours des dirigeants du Parti et de l’armée complique la lecture des transformations en cours à Pékin.
  • Le CSIS a recensé 62 généraux et lieutenants-généraux purgés ou disparus en 2025, dont 15 officiellement, contre 11 l’année précédente et 14 en 2023.

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