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29.05.2026 à 09:48

Les cérémonies de remise des diplômes, dernières victimes de la polarisation politique sur les campus américains

Austin Sarat, William Nelson Cromwell Professor of Jurisprudence and Political Science, Amherst College
De Salman Rushdie à Morton Schapiro, plusieurs personnalités invitées à s’adresser aux diplômés ont récemment été contestées ou désinvitées. Une évolution qui relance le débat sur la liberté d’expression dans l’enseignement supérieur.
Texte intégral (2502 mots)
Les universités ont longtemps considéré les cérémonies de remise des diplômes comme un moment de rassemblement au-delà des clivages politiques. Joshua Hoehne/unsplash, CC BY

Entre 2000 et 2024, l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remises de diplômes aux États-Unis. Un phénomène qui illustre la difficulté croissante des universités à concilier diversité des opinions et sensibilité politique des campus.


Aux États-Unis, prononcer un discours de remise des diplômes à l’université était autrefois considéré comme un honneur particulier. Les intervenants se tenaient derrière un pupitre, vêtus de la traditionnelle toge et du mortier universitaires, et adressaient aux diplômés des conseils de vie et des paroles inspirantes au moment où ils s’apprêtaient à entrer dans une nouvelle étape de leur existence.

Aujourd’hui, toutefois, prendre la parole lors d’une cérémonie de remise des diplômes comporte des risques considérables, comme l’a récemment constaté Morton Schapiro, ancien président de l’université Northwestern. Celui-ci devait prononcer le discours de fin d’études du Georgetown University Law Center le 17 mai 2026, mais a annoncé le 6 mai qu’il ne participerait finalement pas à l’événement.

Des étudiants de la faculté de droit de Georgetown avaient protesté contre cette invitation et lancé une pétition pour qu’elle soit annulée, invoquant ce qu’ils décrivaient comme les « opinions controversées, sionistes et nuisibles » de Schapiro. Les étudiants faisaient notamment référence à une tribune dans laquelle Schapiro exprimait son soutien à Israël et au peuple juif quelques jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, qui ont fait 1 200 morts.

Schapiro est loin d’être un cas isolé. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de défense de la liberté d’expression FIRE qualifie la période précédant les cérémonies de remise des diplômes universitaires de « saison des désinvitations », ou disinvitation season.

Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses universités à travers les États-Unis ont retiré leurs invitations à des personnalités chargées de prononcer les discours de remise des diplômes après que des étudiants ont protesté contre leur venue. Dans d’autres cas, les intervenants eux-mêmes ont renoncé à participer à pareil événement après la mobilisation d’étudiants opposés à leur prise de parole.

En tant que politiste ayant travaillé sur le Premier Amendement de la Constitution américaine et sur la liberté d’expression sur les campus universitaires, je vois dans l’annulation de la venue de Morton Schapiro à Georgetown un exemple d’un phénomène plus large : la difficulté persistante à accepter la confrontation avec des points de vue divergents, même au moment de célébrer l’obtention d’un diplôme.

Certains étudiants ne souhaitent entendre, lors de leur remise de diplôme, que des intervenants partageant leurs convictions. Ils exercent ce que les spécialistes du droit de la liberté d’expression appellent un « veto du chahuteur » (« heckler’s veto »), c’est-à-dire une situation dans laquelle la réaction – ou la réaction anticipée – du public suffit à empêcher une personne de prendre la parole. La liberté d’expression passe alors au second plan, et la cérémonie de remise des diplômes se réduit à un exercice de conformité idéologique.

Cela n’a pas toujours été ainsi

La première cérémonie universitaire de remise des diplômes aux États-Unis a eu lieu en 1642, lorsque le Harvard College a organisé une cérémonie pour honorer ses neuf diplômés. Les étudiants étaient accompagnés de plusieurs des personnalités les plus éminentes de la colonie de la baie du Massachusetts, parmi lesquelles le gouverneur John Winthrop et son adjoint John Endicott, venus assister à l’événement.

Aucun discours de remise des diplômes n’était alors prévu. Au contraire, chaque diplômé prenait lui-même la parole et mettait en démonstration le fruit de son éducation classique en s’exprimant en latin et en anglais.

À partir du milieu du XIXe siècle, les cérémonies universitaires commencèrent à attirer sur les campus des personnalités extérieures reconnues, invitées à prononcer un discours devant les diplômés.

En 1837, par exemple, le poète et essayiste Ralph Waldo Emerson s’adressa aux diplômés de la société Phi Beta Kappa de Harvard University et lança un vibrant appel aux étudiants et intellectuels américains pour qu’ils mettent fin à ce qu’il appelait « notre long apprentissage auprès du savoir d’autres nations ».

En 1881, James A. Garfield devint le premier président américain en exercice à prononcer un discours de remise des diplômes, à l’occasion d’une cérémonie organisée à la United States Naval Academy, à Annapolis, dans le Maryland.

Vingt-quatre ans plus tard, le président Theodore Roosevelt prit la parole lors de la première cérémonie de remise des diplômes de Clark University, à Worcester, dans le Massachusetts. Il déclara alors à son auditoire : « J’ai toujours été profondément convaincu qu’il en va d’une nation comme d’un individu : les plus grands bâtisseurs doivent aussi être de grands rêveurs. »

Depuis lors, d’autres présidents ont utilisé leurs discours de remise des diplômes pour annoncer d’importantes initiatives politiques ou des accords majeurs, notamment en matière de politique étrangère.

En 1963, le président John F. Kennedy annonça aux étudiants diplômés de l’American University que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union soviétique allaient entamer des négociations visant à interdire les essais nucléaires.

Deux ans plus tard, le président Lyndon B. Johnson profita du discours de remise des diplômes de l’université Howard pour annoncer le lancement d’une vaste initiative destinée à lutter contre les inégalités socio-économiques pénalisant les Afro-Américains.

À l’époque, les interventions de Kennedy, de Johnson ou d’autres personnalités de premier plan invitées à prononcer un discours de remise des diplômes ne suscitaient ni controverse majeure ni mouvement de protestation, contrairement à ce que l’on observe depuis quelques décennies.

L’orateur, un paratonnerre

Mais cette époque est révolue. Les temps ont changé.

Selon les estimations de FIRE, entre 2000 et 2024, on a recensé 345 tentatives de désinvitation d’orateurs pour des remise de diplômes. Nombre des personnalités visées par ces campagnes ont finalement renoncé à participer aux cérémonies.

Des cas de désinvitation d’intervenants se sont produits aussi bien dans de petits établissements privés que dans de grandes universités publiques. Dans bien des cas, l’annulation de l’invitation est précédée de pétitions et de manifestations organisées aussi bien par des militants conservateurs que progressistes.

Par exemple, en 2019, l’ancien sénateur démocrate du Nebraska Bob Kerrey s’est retiré de son rôle d’orateur de remise des diplômes à Creighton University. Cette décision est intervenue après que le Parti républicain du Nebraska eut dénoncé ses votes favorables au droit à l’avortement.

En 2024, Dickinson College a annulé l’invitation adressée à Michael Smerconish pour son discours de remise des diplômes. Cette décision faisait suite à une tribune étudiante rappelant que, vingt ans plus tôt, Smerconish avait déclaré que, « pour assurer la sécurité de l’Amérique, la TSA devrait cibler délibérément les Arabes et les musulmans lors des contrôles, car ils ressemblent aux auteurs des précédents attentats terroristes ».

« Quelqu’un comme Mike Smerconish représente-t-il d’une quelconque manière les réussites et les aspirations des étudiants de Dickinson ? Si Dickinson aime réellement ses étudiants et les valorise, ne devrait-elle pas les honorer avec une personnalité qui reflète cet attachement ? », écrivaient les signataires dans leur tribune. Des manifestations ont suivi, et le président de l’établissement a finalement cédé à la pression.

En 2025, l’écrivain Salman Rushdie a renoncé à prononcer le discours de remise des diplômes du Claremont McKenna College, à Claremont, en California, après que des membres de la Muslim Student Association ont demandé à l’université de retirer son invitation. Ils reprochaient à Rushdie, qui se définit lui-même comme un « athée intransigeant », de « dénigrer une communauté religieuse mondiale » dans ses écrits et ses prises de parole publiques.

Lors d’un discours de remise des diplômes prononcé en 2015 à l’Emory University, il avait notamment déclaré : « J’ai parfois l’impression que nous vivons à une époque d’une grande crédulité. Les gens semblent prêts à croire à peu près n’importe quoi. Dieu, par exemple. »

Ces dernières années, la guerre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza a en effet alimenté de nombreuses controverses autour des cérémonies de remise des diplômes et conduit à plusieurs annulations d’invitations, en raison des positions prises par certains intervenants sur le conflit.

Dans le même temps, plusieurs orateurs ont prononcé des discours jugés controversés, voire offensants, par certains diplômés et observateurs extérieurs. En 2024, par exemple, Harrison Butker, joueur des Kansas City Chiefs, est intervenu lors de la cérémonie de remise des diplômes du Benedictine College et a encouragé les femmes à devenir femmes au foyer.

Les cérémonies de remise des diplômes et la liberté d’expression

Ce qui nous ramène à Morton Schapiro.

« J’ai présidé 28 cérémonies de remise des diplômes en tant que président d’université et doyen », a écrit Schapiro dans un message adressé aux étudiants de la faculté de droit de Georgetown. « Je considère que ces cérémonies sont avant tout destinées à célébrer les diplômés et ceux qui les ont soutenus. Je me réjouissais à l’idée de prononcer un discours sur l’humilité et la gratitude, mais je ne souhaite pas que ma présence détourne l’attention de cette journée de fête. »

L’humilité et la gratitude font souvent défaut durant cette « saison des désinvitations ». En 2017, Drew Gilpin Faust, alors présidente de l’Harvard University, semblait avoir conscience de ce manque lorsqu’elle a adressé un message en faveur de la liberté d’expression aux diplômés lors de son discours de remise des diplômes.

« Faire taire des idées ou se complaire dans une orthodoxie intellectuelle indépendante des faits et des preuves entrave notre accès à des idées nouvelles et meilleures, et nous empêche de rejeter pleinement et lucidement les mauvaises », avait-elle averti.

La saison des remises de diplômes met précisément cette mise en garde à l’épreuve. Comme le soulignait Faust : « Les universités doivent incarner l’idée que la vérité ne peut pas être simplement proclamée, mais qu’elle doit être établie — par l’argumentation raisonnée, l’examen critique et parfois même par des remises en question inconfortables qui constituent le fondement même de la recherche de la vérité. »

The Conversation

Austin Sarat ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

29.05.2026 à 09:00

À force d’utiliser l’IA, les journalistes risquent-ils d’appauvrir la langue ?

Xosé López-García, Periodismo digital, comunicación digital, Universidade de Santiago de Compostela
Cristian Augusto Gonzalez Arias, Investigador, Pontificia Universidad Catolica de Valparaiso; Universidade de Santiago de Compostela
La presse contribue depuis longtemps à enrichir la langue en faisant circuler de nouveaux mots et de nouvelles façons de nommer le monde. L’essor des textes générés par l’IA pourrait-il fragiliser cette fonction essentielle ?
Texte intégral (1675 mots)
Que perd-on lorsque l’écriture journalistique est de plus en plus confiée aux machines ? Selon plusieurs travaux récents, le risque n'est pas seulement informationnel : il concerne aussi la capacité de la presse à renouveler la langue. Markus Winkler / Unsplash, CC BY

Historiquement, le journalisme a contribué à diffuser de nouveaux mots et à nommer les transformations du monde. Si les textes générés par l’IA deviennent dominants, cette dynamique d’innovation linguistique pourrait s'affaiblir.


Que devient le langage public lorsqu’une part croissante des textes qui circulent dans la presse, sur Internet et sur les réseaux sociaux commence à être rédigée par des machines ? La question ne concerne pas seulement le journalisme en tant qu’activité professionnelle. Elle peut aussi affecter la richesse de la langue que nous utilisons pour comprendre, décrire et débattre du réel.

Historiquement, la presse a été l’un des espaces où la langue commune s’est développée et enrichie. Elle n’est évidemment pas le seul moteur du changement linguistique, mais elle constitue l’un des lieux où les sociétés mettent en circulation de nouveaux mots, de nouvelles tournures et de nouvelles façons de nommer des phénomènes émergents. Plusieurs travaux sur le langage journalistique et les néologismes montrent d’ailleurs que les journaux ont longtemps joué un rôle essentiel dans la création et la diffusion de vocabulaire nouveau, en particulier lorsqu’il s’agissait de rendre compte d’événements, de technologies ou de transformations sociales auprès d’un large public.

Ce rôle pourrait s’affaiblir si une part importante de l’écriture journalistique était déléguée à des systèmes d’IA générative. Les grands modèles de langage reposent, de manière générale, sur la prédiction du mot – ou plus précisément du « token » – le plus probable au sein d’une séquence. Ils produisent ainsi des textes fluides et plausibles, mais tendent également à privilégier les régularités statistiques, les formulations les plus fréquentes et les tournures déjà stabilisées.

Cela ne signifie pas, en soi, que le langage se dégrade automatiquement. Le problème apparaît lorsque cette logique devient dominante dans la production des textes qui alimentent l’espace public.

Quand les IA s’entraînent sur des textes produits par d’autres IA

Le risque devient plus sérieux lorsque ces systèmes commencent à être entraînés à partir de textes produits par d’autres IA. C’est ce que plusieurs travaux récents décrivent sous le nom de model collapse, ou « effondrement du modèle » : un processus de dégénérescence dans lequel les données générées par un modèle finissent par contaminer l’entraînement des générations suivantes.

Appliqué au langage, cela signifie que si les systèmes apprennent de plus en plus à partir de textes synthétiques, et si ces textes en viennent à saturer le Web et l’espace public, le réservoir linguistique disponible pour les futurs entraînements se rétrécit. Plus il y a de textes artificiels, moins les modèles sont exposés à la diversité réelle des usages humains de la langue. À terme, cela peut entraîner un appauvrissement du langage dans différents domaines.

Reproduction et amplification des biais

Tout d’abord, lorsque la diversité des données diminue et que les modèles s’appuient principalement sur des schémas déjà établis, les biais présents dans les données d’entraînement risquent d’être renforcés plutôt que corrigés. La littérature récente sur l’évolution des modèles de langage met précisément en garde contre le fait que les processus récursifs peuvent amplifier des préjugés existants au lieu de diversifier les points de vue.

Par ailleurs, l’écriture tend à se ressembler de plus en plus à elle-même : les mêmes structures syntaxiques, les mêmes tonalités intermédiaires, les mêmes formulations et les mêmes façons d’organiser les paragraphes reviennent sans cesse. Cette évolution est particulièrement importante pour le journalisme, car la presse ne se contente pas de transmettre des informations : elle fait le lien entre des savoirs spécialisés et un large public, hiérarchise les enjeux, traduit des vocabulaires techniques et expérimente de nouvelles formulations. Lorsque la langue de l’espace public devient trop uniforme, sa capacité à s’adapter finement à la nouveauté s’affaiblit.

Une érosion de l’innovation linguistique

Dans ce contexte, les mots rares ou spécialisés, les constructions moins fréquentes ainsi que certains nuances pragmatiques — comme l’ironie, l’ambiguïté ou certaines variations du point de vue — tendent à reculer. L’augmentation de la proportion de textes synthétiques dans les données d’entraînement est associée à une dégradation des performances et à une représentation plus pauvre de la diversité du langage humain. En termes simples, le système préserve mieux le centre que les marges.

Or, nombre d’innovations linguistiques naissent précisément dans ces marges : sous la forme d’usages instables, de détournements ponctuels ou de solutions locales inventées pour nommer une réalité nouvelle. Si le système privilégie systématiquement les formulations les plus probables, ces formes émergentes disposent de moins d’espace pour circuler et s’imposer.

Il ne faut pas comprendre cet enjeu comme une opposition abstraite entre « l’humain » et « la machine », mais plutôt comme la différence entre une langue nourrie par les contingences de la vie sociale et une prose produite à partir de régularités déjà apprises.

Un appauvrissement de l’écosystème linguistique

L’enjeu ne se limite pas à une diminution du nombre de mots différents. Il concerne aussi la capacité à établir des distinctions fines. Lorsque le langage devient plus vague, plus répétitif ou plus prévisible, les outils dont dispose une société pour décrire les problèmes, nuancer les positions et débattre dans l’espace public s’appauvrissent eux aussi.

À une échelle plus large, la question n’est donc plus seulement de savoir ce qui arrive à un modèle d’IA, mais ce qui arrive à l’écosystème linguistique public dans son ensemble. Si le Web se remplit de textes synthétiques, lecteurs, journalistes et institutions seront progressivement exposés à une langue publique moins diverse. Certains travaux récents vont jusqu’à évoquer une forme de « contamination » de l’écosystème numérique par les données synthétiques et montrent que la manière dont se combinent données réelles et artificielles est déterminante pour éviter des dégradations plus importantes.

Un scénario inéluctable ?

Il convient toutefois de ne pas exagérer le risque. Les travaux de recherche ne concluent pas que tout usage de l’IA entraîne inévitablement un effondrement ou une dégradation. Certaines études montrent que lorsque les données synthétiques sont mélangées à des données réelles, plutôt que de les remplacer entièrement, les mécanismes de dégradation ne se manifestent pas de la même manière et les erreurs peuvent rester limitées. Autrement dit, le problème ne réside pas dans un usage ponctuel de l’IA ni dans une combinaison prudente de données synthétiques et humaines, mais dans le remplacement massif de l’écriture humaine suivi du recyclage de cette production artificielle comme s’il s’agissait d’un langage vivant.

Avec l’intégration de l’IA dans les routines de production journalistique, le journalisme gagne en efficacité. Mais que perd une société lorsque la langue qui circule dans l’espace public devient plus uniforme, plus prévisible et moins ouverte à la nouveauté ? Si la presse renonce, même partiellement, à sa fonction d’écriture, de traduction, de nomination et d’expérimentation linguistique, ce ne sont pas seulement les pratiques professionnelles qui se transforment. C’est aussi l’un des principaux espaces où la langue commune a historiquement pu s’enrichir, se renouveler et élargir son champ des possibles qui s’en trouve affaibli.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

28.05.2026 à 17:52

The joy and pain of Mother’s Day: it’s time we embraced fertility journeys in their multiplicity

Laetitia Mimoun, Associate Professor in Marketing at ESCP Business School, ESCP Business School
Lez Trujillo Torres, Assistant Professor, University of Illinois Chicago
A day of celebration for many, it is also a source of anxiety for those whose hopes of motherhood have been dashed by infertility, loss, and those who have chosen unconventional paths to parenthood.
Texte intégral (2921 mots)

It is time to recognise the diversity of paths that lead to motherhood, including those that fail, those that take years, and those that lead nowhere. When you think of Mother’s Day, which is widely celebrated across the world in the month of May, and in France on the last Sunday of May each year, you might think: Nice lunch, kids’ crafts and lots of hugs.

Yes, it is a moment of joy for many. But for millions of women, this spring Sunday is also a day of silent pain: women whose pregnancies ended in miscarriage, whose fertility treatment came to nothing, who gave up after years of exhausting hope, or who simply never had the child they longed for. These women are rarely at the centre of the celebrations. And yet their experiences reveal something important about how societies continue to think about fertility, womanhood and time.

@the.ivf.warrior promotes a more inclusive celebration of Mother’s Day. @the.ivf.warrior

Infertility is still a taboo subject

Infertility remains deeply difficult to talk about publicly. Many women still feel expected to carry it quietly and privately, and without making others uncomfortable.

Even now, discussing miscarriage, failed fertility treatment, or involuntary childlessness is often treated as a form of oversharing or inappropriate.

But silence has consequences. In our recent study, we argue that infertility is not simply a medical issue or an emotional struggle. It is also a structural and deeply gendered experience of time.

The burden of infertility, including its emotional labour, time and financial costs, physical demands and social stigma, continues to fall disproportionately on women, who are then expected to suffer in silence and develop their own ways of coping with it.

A difficult road we rarely talk about

In France, approximately one woman in four faces difficulties conceiving and miscarriage affects nearly one in five pregnancies.

Hundreds of thousands of couples turn to assisted reproductive technology (ART) each year, a procedure whose success rates fall well short of what one might hope. For example, an IVF procedure has less than one out of three chances of resulting in a baby for women under 35 and this success rate drops significantly with age.

For many women, the path towards motherhood is long, uncertain, and physically consuming. Yet women who travel that road without success, or who abandon it halfway, are often rendered invisible, as though only the final outcome matters.

This was one of the strongest patterns in the women’s testimonies we analysed.

When time becomes the enemy

What becomes striking in these accounts is how differently time is experienced by men and women.

Women are still expected to build families within socially prescribed timelines: at the “right” age, in the “right” relationship, at the “right” stage of life. These norms are so deeply ingrained that women face constant reminders that they are failing to meet them.

One woman in the study, a Scottish psychologist who struggled through infertility, miscarriages, and termination for medical reasons for years, tells us:

“Birthdays for the last few years have been heavy. Years ticking by with the uncertainty of infertility, meant my birthday turned from a celebration to something I dreaded.”

For her, like for many women in the infertility journey, every appointment, every failed cycle, every birthday that passes without a pregnancy becomes a marker of being “out of sync” with what society expects.

@yearning.into.motherhood (Instagram) @yearning.into.motherhood

Meanwhile, the labour of managing infertility remains largely invisible and highly gendered. Women’s time in the fertility journey is less valued, less protected, and less compensated than men’s. The hours spent researching clinics, managing hormone schedules, taking time off work for procedures, processing grief after failed cycles – this labour is largely invisible and largely gendered.

Ways women fight back

In the study, we uncover the many ways women use to reclaim their relationship with time.

First, women attempt to publicly reject society’s standardised timeline in favour of a personal one. Rather than measuring themselves against the norm (e.g., “I should have had a child by now”), women reframe their journey in terms of their own unique circumstances, detaching their sense of self-worth from society’s reproductive calendar.

For example, another woman in the study explains how the dates of her series of miscarriages and unsuccessful IVFs and their associated due dates spread across her calendar until it became “a minefield”. For her, recurrent pregnancy loss (RPL) meant she had to rethink how she keeps track of things.

Second, women actively attribute meaning and worth to the time spent in fertility treatment, even when it has not yet – or may never – result in a child.

Women recognise courage, endurance and love that drive each attempt.

One woman told us how she still valued the “lost years”, that is, the 5.5 years of trying to conceive because they also reminded her of “the tiny hands I never got to hold”, that of the babies she lost. For her, the time invested in infertility treatment had value in itself. This is a profound reframing in a culture that tends to measure reproductive time only by its outcome.

Third, women allow themselves to create records, rituals, or narratives around the fertility journey and its losses. Women mark failed cycles, lost pregnancies, and difficult milestones not to dwell on failure, but to honour the reality of what they have lived through. This is the case of a woman in the study who memorialised her eight pregnancies (of which six did not result in a child and thus the six white mini pumpkins, pictured).

A mother shares her experience of pregnancy and infant loss via Instagram. @recurrent_loss_psychologist (Instagram)

These stories help us resist the idea that women facing infertility are simply passive victims of circumstances. Rather, we argue, they should be viewed as agents, actively shaping the meaning of their own experiences, even within a system that is often indifferent or hostile to those experiences.

The weight of social silence

Why do so many women feel they have to privately manage this pain in the first place?

Part of the answer lies in what sociologists call the “motherhood mandate”: the persistent idea that motherhood is a natural, expected, almost obligatory stage in a woman’s life, achievable on a relatively predictable timeline.

In France, this pressure remains particularly strong, especially as declining birth rates are increasingly framed as a national concern and political discourse invokes the need for “demographic rearmament”.

Pronatalist policy has long been a pillar of the Republican state, and mothers occupy a central symbolic place in France’s national imagination. This normative model leaves little room for the messy, non-linear reality of fertility struggles.

The idealisation of timely motherhood creates silence around journeys that did not reach their destination on schedule or at all.

Women who have experienced a miscarriage or failed fertility treatment often hesitate to speak about it, for fear of not being understood, or of receiving awkward consolations. Many describe a profound loneliness, compounded by the sense of having fallen behind on a timeline they never agreed to follow.

How can we change things?

What these stories reveal is how much infertility remains private. Women are expected to carry the waiting, the uncertainty, the physical burden of treatment, and the emotional fallout largely on their own, even though the pressures shaping these experiences are deeply social.

Recognising this is the first step towards changing it.

Healthcare providers need to take seriously not only the medical but also the emotional and time burden associated with fertility treatment. Employers need to offer meaningful support for workers undergoing ART.

Friends and family need to learn to sit with discomfort instead of rushing to offer reassurance or simplistic advice. And it means a broader cultural shift away from the idea that a woman’s worth is tied to whether she becomes a mother, and when.

In France, some progress has been made: the 2021 law extending ART to all women broadened access to fertility treatments and fertility preservation.

The official recognition of perinatal grief, including the option to register a stillborn child in the family record book, is an important step. But the structural inequalities in how women’s reproductive time is valued, which we document so clearly in this new research, have barely been touched upon.

A Mother’s Day for everyone

This Mother’s Day, we should celebrate mothers. But we should also encompass women who spent years trying to become one, women in the middle of fertility treatment, women living through miscarriage, and women whose journeys did not end where they hoped they would.

Motherhood is not a single, universal destination reached on a standardised timeline. It is a multitude of paths: some luminous, some terrifying, some that reach their destination and some that stop abruptly in the middle. The women on those harder paths are not behind schedule. They are living their own time. It is past time we recognised it.


This article draws on “Out of Sync with Societal Expectations: How Gendered Consumer Timework Shapes Women’s Experiences in Fertility Services”, authored by Dr Laetitia Mimoun and Dr Lez Trujillo-Torres, published in the Journal of the Association for Consumer Research.


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Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.

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