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Nommer c’est bien mais comprendre c’est encore mieux ! Mettre l’éthologie à la portée de tous, c’est possible comme le montre Marc Giraud qui signe ce « Comprendre facilement les oiseaux ». De nombreux dessins expliquent leurs comportements : Qui revient toujours à son point de départ ? Qui se nourrit en volant ? Qui se nourrit au sol ? Qui se nourrit sur les troncs ? On voit littéralement les oiseaux vivre, leurs batailles, leurs amours, la manière dont ils élèvent leurs petits… Marc parle aussi des poules. Ces gros oiseaux domestiques sont faciles à observer. Étudier leur comportement, c’est s’entraîner avant de passer à l’exercice avec les oiseaux sauvages. On y apprends au passage que les poules rougissent en réaction à leurs émotions. Inlassablement Marc Giraud transmet son savoir sur le vivant, avec des mots simples, accessibles à tous. On reconnaît sa patte à sa façon de raconter des histoires où la légèreté et l’humour voisinent avec la gravité comme dans la vie. Il a initié la collection « Petit guide Delachaux » en partenariat avec la fédération des clubs CPN (Comprendre et Protéger la Nature). Les premiers titres étaient des guides d’identification intitulés « Reconnaître facilement…». Une deuxième série vient de voir le jour. Elle est intitulée « comprendre facilement…» Elle repose sur les connaissances éthologiques constamment en évolution. Il faut dire que la discipline n’arrête pas de progresser et de faire des découvertes qui bousculent toutes nos certitude. Ce petit guide est donc à laisser à portée de mains si on veut décrypter ce qui se passe autour de nous. Il s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux enfants. Il est aussi incontestablement une belle invitation à se reconnecter au vivant. . .
L’article Comprendre facilement les oiseaux par Marc Giraud (JNE) – Illustrations Sylvain Leparoux est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. (403 mots)
Éditions Delachaux et Niestlé, 80 pages, 19,90 € – www.delachauxetniestle.com
Contact presse : Jessica Fehr. Tél.: 06 30 67 97 46 – j.fehr@fleuruseditions.com
(Danièle Boone)
lsamuel
Trail en montagne, randonnée en forêt… Face à l’essor des sports de nature, chercheurs et locaux alertent sur l’érosion des sols, aggravée par la surfréquentation et le modèle économique des courses. par Louise Carn * Depuis la gare de Fontainebleau-Avon, les pins ouvrent la route à la Kangoo de Jean Cabane, chef du chantier d’intervention rapide du groupe bénévole Giraff. Sur la banquette arrière, Jean-Michel, bonnet trappeur et barbe blanche, a fait la route depuis Paris en train. « Je suis le seul membre à arriver d’aussi loin, faut être motivé ! » Tous les deux arborent le même gilet de baliseur kaki frappé du sigle des Amis de la forêt de Fontainebleau (AFF). À chaque ralentisseur, les pelles et seaux du coffre s’entrechoquent dans un fracas métallique. « On a commencé en 2016 avec juste des pinceaux de baliseurs pour entretenir les sentiers, explique Jean Cabane. On s’est vite aperçus qu’il y avait d’autres points sensibles, comme l’érosion. » Le groupe Giraff est aux premières loges de ce phénomène dans la forêt de Fontainebleau. Le célèbre circuit des 25 Bosses, « terrain de jeu » des sportifs franciliens, souffre de sa popularité. En juillet 2025, l’Office national des forêts (ONF) a lancé un programme de restauration. Chaque mardi, les bénévoles se retrouvent pour un nouveau chantier. « On ressemble un peu aux sept nains », plaisante l’un d’eux. L’objectif : préserver le circuit mythique en consolidant le sol, fragilisé sous l’effet du piétinement répété des coureurs et des randonneurs. Des signes de fatigue sur les sols En 2025, près de 61 % des Français ont pratiqué une activité sportive en plein air. Un chiffre en hausse qui soulève un paradoxe. Ces sportifs outdoor qui cherchent le contact avec la nature n’ont pas conscience qu’ils la dérèglent. Notamment à l’occasion des grandes compétitions. « C’était impressionnant de voir comment le sol était dégradé », confie Clément Delbes, doctorant en sociologie du sport au laboratoire Edytem. Il fait référence à l’édition 2025 de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc, plus grosse compétition de trail en France. « Une étude a montré que les chemins érodés peuvent retrouver leur état initial plusieurs mois après l’événement ». Le passage de milliers de semelles compacte le sol, réduisant sa capacité à absorber l’eau, ce qui favorise le ruissellement et l’érosion. L’utilisation de chemins parallèles est néfaste elle aussi, d’après Clément Delbes : « lorsque l’axe principal est abîmé, les coureurs ont tendance à créer des sentes parallèles. Cela pourrait entraîner des glissements de terrain à long terme. Sans parler des bâtons qui arrachent la flore. » Sur le circuit des 25 Bosses, l’ONF n’autorise pas de manifestations sportives. Le site accueille déjà 100 000 randonneurs, traileurs et grimpeurs par an. « Le Covid a été un boosteur terrible, soupire Jean Cabane. En 2020, les oiseaux nichaient encore au sol.» Dans les zones forestières et montagneuses, l’affluence explose tout autant. Baptiste Cellier, chargé de l’observation des fréquentations dans le parc naturel régional des Ballons des Vosges, l’atteste : « en 2020, on a enregistré un boom de 50 % ». Les Alpes ne sont pas épargnées. Auvergne-Rhône-Alpes est devenue la première région organisatrice de courses de trail en France (21 % d’entre elles en 2024). « Le modèle “quatre saisons” avait pour objectif d’étaler la fréquentation pour qu’il y ait moins de pression sur le milieu mais au final, il y a plus de monde en été comme en hiver », constate Gwendolyn Peyre, chercheuse en écologie alpine. Le flux important de participants se superpose à la fréquentation individuelle, dans le temps et dans l’espace. Impossible d’ignorer les cicatrices sur les sols. « La montagne se ravine. Il y a des endroits où on ne peut plus passer, alerte Isabelle Weber, membre de l’association des randonneurs du Briançonnais. J’ai renoncé à trois itinéraires en dix ans. » Ces pratiques suivent la tendance contemporaine du « sport-spectacle », analyse Guillaume Dietsch, sociologue du sport. Soixante-dix pour cent des runners utilisent un objet connecté, selon lui : « Ils laissent une trace numérique, mais aussi écologique. Lorsque vous partagez vos segments sur des applications comme Strava, vous invitez d’autres personnes à utiliser ces traces. » Surnommées GPX, elles « génèrent une surfréquentation d’espaces autorisés le jour de l’événement qui ne le sont pas le reste de l’année. Une agricultrice m’a expliqué comment elle s’est retrouvée face à une trentaine de vététistes sur son champ où pâturaient ses vaches dans le Massif central », rapporte le sociologue Clément Delbes. Même constat pour Baptiste Cellier aux Ballons des Vosges. Il estime que les réseaux sociaux ont contribué à séduire un public urbain : « Il n’a pas les codes de la nature et emprunte des tracés non officiels sur Visorando ou Komoot. Régulièrement, on contacte ces sites pour leur demander de supprimer les tracés. » Et ces pressions vont au-delà du terrain sportif. Claire Cachat, membre de l’association Terres et Paysans du Mont-Blanc, confirme que « l’augmentation flagrante du nombre de traileurs, la nuit, est très perturbatrice pour les chiens de protection qui se fatiguent tout l’été et sont donc moins efficaces contre les loups ». Un dérangement nocturne tout aussi conséquent pour la faune sauvage dans les réserves naturelles. Si l’érosion physique est visible à l’œil nu, elle n’est que la face émergée des dégâts. Les répercussions peuvent aussi être chimiques, selon Gwendolyn Peyre : « les espèces végétales, animales microscopiques, et les champignons collés aux semelles qui se retrouvent sur les bords de chemin peuvent entrer en compétition avec la flore locale, ce qui va affecter le sol. Ces effets restent mal documentés : on ne connaît pas les bactéries comme on connaît les oiseaux. » La chercheuse met en garde : il est difficile de prouver un lien direct entre fréquentation humaine et dégradation des sols, surtout en montagne, où d’autres facteurs comme le bétail ou le changement climatique interviennent. Elle insiste sur la notion clé de « capacité de charge ». « Chaque sol a une quantité maximale de personnes au-delà de « La nature est devenue une marchandise » Réguler les sports de nature au nom de la préservation des sols prendra du temps. Cela suppose des ajustements règlementaires sur fond d’intérêts divergents. Le pouvoir d’autoriser ou non une manifestation est fragmenté entre maires, gestionnaires de réserves naturelles et préfets. Ces derniers ont tendance à privilégier les retombées économiques face aux enjeux environnementaux. Dominique Humbert, président de l’association SOS Massif des Vosges, fulmine : « la nature est devenue une marchandise. Dès que les organisateurs voient un peu briller de l’or, ils vont lancer leurs trails. » Outre l’appât du gain, le principal frein reste la dépendance économique des territoires isolés à ces événements. Le sociologue Clément Delbes résume : « renoncer à un nombre important de participants, c’est renoncer à un modèle économique. » Dans certains villages des Pyrénées, « la semaine de trail génère plus de profits que la meilleure semaine de ski ». Guillaume Ravanel, membre du bureau de l’Association des alpages de la vallée de Chamonix (AACMB), a été reçu en coulisses de cette gestion en décembre dernier, dans les locaux de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc : « j’ai demandé à la famille Poletti [les organisateurs] ce qu’ils étaient prêts à faire afin de réduire la voilure de leur événement : diminuer le nombre de courses ? De coureurs ? La réponse est non à tout. » Il dénonce l’inaction des pouvoirs publics : « le sous-préfet a annoncé que la jauge des dernières années, fixée à 8 500 coureurs, et d’ailleurs jamais respectée par les organisateurs, passerait à 10 000. Et ce, malgré la sortie récente du premier rapport officiel sur les nuisances du trail en réserve naturelle. » Dans ce rapport, daté de décembre 2025, le comité scientifique des Réserves naturelles nationales de Haute-Savoie recommande une limitation à 300 participants par course en journée et la suppression des parcours nocturnes. La jauge des 10 000 coureurs, rendue publique lors d’une réunion, reste quant à elle invérifiable auprès de la préfecture de la Haute-Savoie : « à ce stade, l’étude du dossier n’est pas consolidée et nous ne pouvons donc pas apporter d’éléments concernant la future édition de l’UTMB 2026. » Contrairement à l’eau ou à l’air, les sols ne bénéficient pas d’un cadre national spécifique. Aujourd’hui, à l’inverse de la faune, ils sont peu intégrés dans les actions de sensibilisation. Seul dispositif existant : l’évaluation d’incidences avant un événement sportif passant par un site classé Natura 2000. Auteure du mémoire Manifestation de sports de nature et préservation de la biodiversité (2021), Marion Michenot précise que seules 20 manifestations sur 37 définissent des mesures ERC (Éviter, réduire, compenser). « Les organisateurs ne sont pas des experts naturalistes, ce qui peut les conduire à sous-évaluer les impacts de leurs manifestations. » Ces études sont jugées superficielles. « La plupart d’entre elles reposent sur des évaluations de risques classiques : comptages d’espèces, inventaires de la flore visible, souligne la chercheuse Gwendolyn Peyre. Des dimensions plus complexes de la biodiversité sont rarement prises en compte. » Confrontés à la surfréquentation, les parcs nationaux et régionaux s’emparent de mesures dissuasives : canalisations des flux par des cordages, parking payant… Celles- ci restent disparates et limitées. Contrairement aux parcs nationaux, les parcs naturels régionaux ne peuvent ni imposer des quotas ni interdire une manifestation sans passer par les préfets. « Au-delà de l’état initial du site, il faudrait mesurer l’évolution dans le temps. Or ces suivis demandent des financements et des ressources humaines conséquentes », affirme Gwendolyn Peyre. Le programme Sentiers de nature pour la restauration des chemins semble insuffisant. La FFRandonnée, auxiliaire précieux dans l’entretien des sentiers, se désole régulièrement du manque de moyens financiers. Pire, quand des bénévoles s’activent, l’ONF peut être accusé de travail dissimulé. Un volontaire du groupe Giraff à Fontainebleau témoigne : « notre action bénévole est une aide certaine, mais une petite goutte d’eau dans leur fonctionnement. Le danger pour eux, c’est que nos actions deviennent trop importantes en volume d’heures. L’ONF a déjà été condamné pour cela en France. » Vers un courir responsable ? Tant que les pratiquants considèrent la nature comme un décor à leurs exploits, aucune contrainte légale ne suffira. « La moitié des coureurs participent à des événements sportifs pour des motivations liées à la reconnaissance sociale (30 %) et à la performance et la compétition (21 %). À l’inverse, le contact avec la nature apparaît comme un motif marginal (20 %) », relève le sociologue Clément Delbes. Olivier Bessy évoque une nouvelle ère qui tend vers l’hybridation : « il y a eu trois révolutions pour la course : courir sans entrave, entre 1968 et 1990, courir sans limite, de 1990 à aujourd’hui, et la troisième révolution, dans laquelle on entre tout juste, courir responsable. » Selon le sociologue, cela traduit une volonté de préserver la nature tout en continuant à courir sans entrave et sans limite. Encore faut-il que le « courir responsable » ne se limite pas à un slogan. « La tendance est de se focaliser sur les émissions de gaz à effet de serre, constate Clément Delbes, et de dépolitiser (1) les autres limites planétaires. » Une « stratégie de verdissement » de la part des organisateurs selon lui : « certains plantent 2 000 arbres pour vous faire oublier le bilan carbone. D’autres disent mettre en place des navettes alors qu’en réalité ce sont des mesures sécuritaires, imposées par la préfecture. » Créé en 2008, l’ÉcoTrail de Paris a d’emblée affiché une volonté d’atténuer ses impacts environnementaux. Aujourd’hui, son budget alloué à l’écologie s’élève à 21 %. Pourtant, en à peine vingt ans, le trail est passé de 800 participants à 19 000 pour l’édition 2026, contre 14 500 en 2024. Malgré cette hausse, le groupe a abandonné le bilan carbone global de l’événement. « On s’attarde plutôt à faire baisser le bilan carbone individuel. Par exemple, on distribue des titres de transport en commun aux participants », précise Alexandre Lucas, responsable communication. L’ÉcoTrail, premier organisateur à ajouter le préfixe « éco » dans le nom de son événement n’est pas allé « au bout du processus », accuse Olivier Bessy. « L’organisateur s’est laissé prendre par la course au nombre. Il se dédouane en disant aux coureurs d’être écoresponsables, mais il crée lui-même des conditions d’irresponsabilité. » Mais pour l’événement de trail parisien, le nombre croissant de pratiquants ne représente pas de menace. « On valide les parcours avec l’ONF chaque année. S’il juge qu’on doit baisser le nombre de coureurs, on le baissera », assure Alexandre Lucas. Neuf courses sont désormais organisées le même week-end. Le petit nouveau : un ultra-trail de 120 kilomètres. Si les plafonds du nombre de coureurs ne bougent pas, les courses empruntent 70 % de portion commune, une pression supplémentaire inévitable sur les sols. La logique économique est assumée : les gros événements peuvent coûter plusieurs millions d’euros et atteindre une marge bénéficiaire de 30 %. Des recettes en hausse dues au nombre croissant de participants, première source de revenus devant les partenaires privés. « On reste une entreprise avec des salariés. Notre objectif est de gagner de l’argent », justifie le représentant d’un événement. Entre résultats économiques et réduction de l’empreinte écologique, la balance est compromise. Le cas de Kilian Jornet est révélateur : après avoir boycotté l’UTMB pendant deux ans pour dénoncer l’impact environnemental et le modèle économique de l’événement, la star du trail a annoncé son retour fin février. Même si le sportif espagnol affirme auprès de L’Équipe qu’il s’agit d’une occasion de « travailler ensemble [avec l’UTMB] sur la façon de construire ce sport », il est légitime de s’interroger : véritable volonté d’influer de l’intérieur ? Ou symptôme d’un système sportif au sein duquel la conscience écologique se heurte encore au business ? (1) Concept développé par le sociologue Jean-Baptiste Comby, auteur de La question climatique. Genèse et dépolitisation d’un problème public (2016). Il explique que la dépolitisation consiste à présenter des enjeux environnementaux comme des questions individuelles plutôt que comme des choix collectifs et politiques. * Cet article de Louise Carn, étudiante à l’IPJ, a reçu le Prix étudiant du journalisme environnemental 2026, attribué par l’association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie (JNE) et l’Université Paris Dauphine-PSL, avec le soutien de la Fondation Madeleine abritée par la Fondation Dauphine. Photo : forêt de Fontainebleau © C. Derappe L’article La pression sur les sols monte d’un crampon est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (3017 mots)
laquelle il n’est plus capable de se régénérer, remarque-t-elle. Cette limite doit être évaluée au cas par cas, on a tendance à transposer aux Pyrénées une étude qui a été faite dans les Alpes. » Or, la recherche scientifique n’avance pas au rythme des décideurs : « on peut obtenir des résultats au bout de plusieurs mois, voire années, sauf que les institutions publiques nous demandent des résultats à la semaine. En France, on a très peu de pédologues et ils étudient surtout les effets de l’agriculture », complète Clément Delbes.
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L’association des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Ecologie (JNE) et l’Université Paris Dauphine-PSL sont heureuses de vous annoncer le nom des lauréats du Prix étudiant du journalisme environnemental mis en place grâce au soutien de la Fondation Madeleine abritée par la Fondation Dauphine. Notre volonté était d’encourager les étudiants journalistes à mener des enquêtes pour documenter les multiples aspects de l’urgence écologique et les solutions pour y faire face. Vingt-sept candidatures ont été présentées, émanant de huit écoles de journalisme reconnues par la profession, sous forme écrite, vidéo, sonore ou multimédia. Un jury composé de deux membres des JNE et de trois représentants des écoles membres de la Conférence des écoles de journalisme s’est réuni et a choisi parmi ces propositions, les enquêtes qui lui semblaient les plus abouties tout en s’appuyant sur les principes de la Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique et les Recommandations pour le traitement des questions scientifiques du Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM). Ce jury a décidé de récompenser Louise Carn, étudiante à l’IPJ, pour l’approche bien documentée et multidimensionnelle de son enquête La pression sur les sols monte d’un crampon sur l’essor des sports de nature et leur impact sur les sols (à lire ici en PDF, ou là sur le site des JNE). Un prix d’une valeur de 1000 euros lui sera décerné. Deux mentions spéciales, honorifiques et non dotées, ont été attribuées à Laurent Offerlé-Guillotin et Esther Sarazin, étudiants au CUEJ, pour leur sujet vidéo Ski à tout prix qui montre les enjeux de cette pratique à travers une diversité de points de vue, et à Morgane Pubert, étudiante à l’IPJ pour son enquête très documentée, intitulée Les promesses fumeuses des méthaniseurs industriels. La remise officielle de ces prix aura lieu le mardi 13 octobre 2026 à l’Université Paris Dauphine-PSL. Contact : contact@jne-asso.net L’article Prix étudiant du journalisme environnemental :
les résultats de la deuxième édition 2026 est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (620 mots)
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par Olivier Nouaillas Le doute n’est plus permis, si tant qu’il existait encore. Après la canicule historique qui a frappé fin juin, pendant des jours et des nuits, la France puis la totalité de l’Europe, plus personne ne peut nier que nous sommes rentrés dans le dur du réchauffement climatique. Ce n’est pas faute d’avoir été prévenu. Et chez les journalistes et écrivain(e)s des JNE – nous qui avons écrit des centaines, pour ne pas dire des milliers, d’articles et de livres sur tous les aspects du changement climatique depuis des années – une sourde colère monte devant tant d’imprévoyance. Y compris chez l’auteur de ces lignes. Ainsi en 2015, j’avais co-écrit, avec le climatologue Jean Jouzel, alors vice-président du groupe scientifique du GIEC, un livre intitulé : Quel climat pour demain ? (Editions Dunod, prix « Sciences pour tous » décerné par les lycéens), dans lequel nous reproduisons, entre autres, la fameuse carte présentée en 2014 par Evelyne Dhéliat, la présentatrice météo de TF1. Qui, dans un bulletin fictif daté du 18 août 2050, et basé sur des scénarios prévisionnels de Météo France, prévoyait des températures de 40°C à Paris et Bordeaux, 41°C à Toulouse, Limoges et Strasbourg et 42°C à Lyon. Des seuils de températures qui viennent d’être pulvérisés partout en France, avec plus de 90 % du territoire placé en « vigilance rouge » et un record de 43,8°C atteint à Saintes (Charente Maritime) le 24 juin … 2026. Des températures dignes du Sahara ou de l’Arabie Saoudite. Quand la réalité dépasse la fiction avec vingt-cinq ans d’avance sur les prévisions les plus sombres ! Depuis plus de 30 ans, le GIEC, le groupe intergouvernemental des d’experts de l’évolution du climat, nous a pourtant averti. Six rapports, publiés de 1990 à 2024, fruits du travail exhaustif et méticuleux des climatologues du monde entier, nous ont tous dit la même chose : le climat de la Terre va se réchauffer de plus en plus au cours du XXIe siècle et, pour éviter les scénarios les plus extrêmes, il faut drastiquement réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Face à ce constat implacable, étayé par de nombreux travaux scientifiques, il a fallu tout supporter : la mauvaise foi viscérale des climatosceptiques, la lenteur et la complexité inévitable de la diplomatie onusienne (il a fallu attendre 21 COP pour que l’Accord de Paris, fixant un seuil de +1,5° C à ne pas dépasser, soit signé en 2015), le sabotage de ce même accord par Trump et ses puissants alliés (populistes, libertariens, lobbys pétroliers …) et, un peu partout dans le monde, l’insuffisance des politiques climatiques mises en place. Non pas, en effet, que rien n’a été fait, mais pas à la hauteur de la vitesse du changement climatique. Même en Europe, qui fut pourtant le continent le plus constant dans les négociations internationales, l’ambitieux Pacte Vert (Green New Deal) de 2020, qui visait à réduire de 55 % nos émissions de gaz à effets de serre d’ici 2030 pour atteindre la neutralité carbone en 2050, est, depuis les dernières élections européennes de 2024, l’objet d’un détricotage méthodique par les partis de droite et d’extrême droite au Parlement européen. Et la France n’est pas non plus épargnée par ce vent mauvais qui nous vient d’outre-Atlantique. Ainsi durant le deuxième quinquennat d’Emmanuel Macron – qui devait être, selon sa promesse de campagne, « celui de l’écologie » – on a vu à la fois la diminution par trois des montants alloués au Fonds Vert, chargé précisément d’aider les collectivités locales dans leur politique de transition écologique, les changements incessants du dispositif Ma Prim’ Rénov, la remise en question du rôle et du statut des agences environnementales comme l’ADEME et l’Office français de la biodiversité. Sans oublier l’indécente petite musique contre les « écoterroristes » et « l’écologie punitive ». Avec un ministère de l’Ecologie de plus en plus aux abonnés absents, une absence particulièrement visible lors de tous les arbitrages perdus face au ministère de l’Agriculture et au lobby agricole. Non, M. Macron, « le gros du travail n’a pas été fait », comme vous l’avez déclaré, de façon imprudente, récemment. Relisez les sept rapports du Haut Conseil pour le Climat, que vous avez pourtant vous-même mis en place en 2018. Il vous disent tous, année après année, que face à l’urgence climatique, il faut ACCELERER. Tout comme les travaux de la Convention Citoyenne pour le Climat (2019/2020), dont beaucoup des 149 recommandations ont été mises de côté… Et n’est-ce pas vous qui en tant que hôte du G7 à Evian, début juin 2026 , avait volontairement exclu le sujet du climat de l’ordre du jour de ce sommet international ? Tout cela pour ne pas déplare à Donald Trump, celui pour qui « le changement climatique est un canular ». L’allégeance devant la bêtise plutôt que le courage de l’action. Pour aboutir à cette impression de bricolage et d’improvisation des pouvoirs publics que de nombreux Français ont ressenti, avec colère, durant cette terrible canicule de juin 2026. Alors que faire ? Baisser les bras ? Climatiser partout ? Il faudra certes le faire dans de nombreux bâtiments, notamment toux ceux qui accueillent du public (crèches, écoles, hôpitaux, Ephad…), mais quid des champs, des forêts, des cours d’eau, des animaux, de la nature en général ? Et que faire face à la fonte des glaces, au réchauffement des océans, à la montée du niveau de la mer, aux inondations à répétition, aux tornades plus fréquentes ? Toutes ces questions sont vertigineuses. On voit bien que leur point commun est de préserver « l’habitabilité de la Terre ». Car les 40°C récemment ressentis en France et en Europe ne doivent pas nous faire oublier les 50°C vécus deux mois plus tôt en Inde. Le changement climatique se moque des frontières, son enjeu est planétaire. Et nous oblige à mener de front le local ET le global, l’atténuation ET l’adaptation. Déjà présente dans les nombreux rapports du GIEC, cette notion d’habitabilité est précisément le point central d’un récent petit livre remarquable, intitulé Liberté, Dignité, Habitabilité (Tracts Gallimard, 4,90 euros). Fruit du travail commun de Baptiste Morizot, un philosophe naturaliste aux idées avant-gardistes, et de Laurent Neyret, un juriste engagé depuis longtemps pour la protection de l’environnement, ce livre propose une piste d’action novatrice, quasiment existentielle face aux périls qui nous menacent. Il commence, en effet, par une question : « A quoi sert le droit quand le monde se défait ? Le XXI siècle a une question pour le droit, affirment ainsi les auteurs. Elle ne porte pas sur tel ou tel contentieux, telle ou telle réforme, tel ou tel traité. Elle porte sur sa capacité à protéger ce qui rend possible la vie telle que nous la connaissons. Réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, dégradation en chaîne des sols, des eaux, des corps, ce ne sont pas des dossiers séparés ; c’est un seul tissu qui se déchire (…) ». Et face à ce désastre annoncé, dont nous venons de vivre un avant-goût, Morizot et Neyret proposent, dans un langage clair et accessible, une idée à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui : « rejouer le moment Nuremberg pour l’habitabilité ». En effet, c’est face aux crimes de guerre commis par les nazis, jugés par le tribunal de Nuremberg, que la communauté internationale se mobilisa, pour tracer une frontière entre la dignité et la non-dignité, un mouvement historique qui aboutit à la proclamation de la Déclaration Universelle des Droits de l’homme en 1948. Et aujourd’hui, face à la destruction en cours de l’ensemble du vivant (humain et non humain), nos deux auteurs proposent la même démarche : donner des droits juridiques imprescriptibles à « l’habitabilité », un mot, pour eux, plus englobant que ceux utilisés jusqu’à présent comme environnement, biodiversité, ou encore nature. Paru en avril 2026, ce petit livre de 60 pages figure depuis trois mois dans le classement des dix meilleurs essais vendus. Une lecture indispensable pour cet été … entre deux canicules. Pour garder espoir et combativité. Image du haut : Une du quotidien le Monde, 26 juin 2026 L’article L’habitabilité, le combat vital du XXIe siècle est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (1887 mots)

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Pour un lecteur peu familier du langage des conservationnistes et autres gestionnaires de la biodiversité, le sigle EEE signifie Espèce Exotique Envahissante et ESOD veut dire Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts, expression écologiquement correcte qui remplace l’horrible terme de nuisible, mais ne change rien au traitement réservé aux espèces en question. Voyons donc en quoi Sapiens serait invasif et nuisible pour la nature et sa propre espèce. par Jean-Claude Génot * Sapiens : Espèce Exotique Envahissante Voici la définition d’une EEE donnée par l’Office Français de la Biodiversité (OFB) (1) : une espèce exotique ou une espèce non-indigène (ENI) est une espèce introduite en dehors de son aire de répartition naturelle par l’action humaine, volontaire ou non. Lorsqu’une espèce exotique s’établit durablement, se reproduit et se propage au point de menacer les écosystèmes, les espèces indigènes ou les activités humaines, on parle alors d’espèce exotique envahissante, ou EEE. Et l’OFB d’ajouter que l’on qualifie d’invasion biologique la prolifération d’espèces introduites. Sapiens a quitté l’Afrique, son continent de naissance, pour conquérir le reste du monde. Comme le souligne le journaliste scientifique Robert Clarke (2), « aucun animal, avant lui, n’avait essaimé à ce point, sur des régions aussi éloignées les unes des autres, dans des environnements si divers. Si l’on excepte le continent Antarctique, l’homme a conquis toute la planète en quelques centaines de milliers d’années ». Clarke ajoute que, contrairement aux animaux qui s’installent dans des zones biogéographiques bien précises, « l’homme, lui, envahit tout ». Pour le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin (3), « nous pourrions même être qualifiés de « super invasifs » au vu de la disparition d’hominidés et d’animaux que notre expansion a provoquée ». Effectivement, dans les derniers cinquante mille ans, Sapiens a remplacé toutes les autres espèces du genre Homo dont les Néanderthaliens et les Dénisoviens et a éliminé la mégafaune de certaines parties du monde par la chasse et le feu. Durant notre ère, Sapiens n’a pas cessé de voyager et, en changeant de continent, il a apporté des maladies contre lesquelles les autochtones n’étaient pas immunisés. L’exemple le plus spectaculaire est celui de l’arrivée des Européens en Amérique qui a entraîné une hécatombe parmi les populations amérindiennes, victimes de la variole, de la rougeole, du typhus et de la grippe. Les peuples d’Amérique étaient estimés à 80 millions en 1492, passant à 25 millions en 1550 puis chutant à 10 millions en 1600, soit une disparition de 85 % de la population (4). En Amérique, l’Européen a donc joué le rôle d’une espèce exotique intimement liée à ses microbes qui se sont répandus et ont décimé les peuples indigènes. On pourrait dire que les Amérindiens et les Européens étaient tous des Sapiens et que donc l’analogie avec l’espèce exotique ne tient pas. Mais leur mode de vie, leur cosmologie et leur lieu de vie étaient totalement différents depuis des milliers d’années. Les Amérindiens ont peut-être vu les Européens comme des « extra-terrestres » venus d’au-delà des mers, tandis que les Européens ont vu les Amérindiens comme des sauvages n’ayant pas d’âme, donc à peine des humains. Les EEE sont considérées comme une des causes actuelles de l’extinction des espèces, mais il serait plus honnête d’incriminer Sapiens, le seul responsable de cette dissémination planétaire des espèces exotiques au travers de son goût pour l’exotisme et à cause du commerce mondial accéléré et des déplacements effrénés. Un des exemples historiques majeurs est l’arrivée en Europe du rat noir venu d’Asie par les bateaux de commerce au Moyen Age. Ce dernier était un réservoir de la peste qui s’est répandue via les puces autochtones, tuant la moitié de la population en Orient et en Europe au milieu du XIVe siècle. Grâce à l’accélération des échanges, aujourd’hui un virus peut apparaître dans n’importe quelle partie du monde et se répandre en 24 heures. Enfin, le poids démographique de Sapiens, conjugué au mythe d’une croissance infinie dans un monde qui ne l’est pas, conduit à l’élimination d’écosystèmes entiers dans les derniers lieux de nature sauvage, sous l’effet de l’extractivisme, de l’urbanisation, de l’agriculture industrielle et du surtourisme. Sapiens : Espèce Susceptible d’Occasionner des Dégâts Lorsqu’on parle d’ESOD, il s’agit d’espèces animales ou végétales qui gênent Sapiens. Mais si on se place du côté de la nature, alors Sapiens est plus qu’une espèce susceptible d’occasionner des dégâts : c’est un véritable « serial killer écologique » selon l’historien Yuval Noah Harari (5). Les chasseurs du Paléolithique ont fait disparaître la mégafaune par la chasse et le feu sur le continent américain, en Australie et en Europe ils y ont contribué avec les changements climatiques. Concernant la domestication du feu, Robert Clarke souligne son importance vitale : « Si l’Homo habilis a pu apparaître avec l’outil, l’Homo sapiens n’aurait pu naître sans le feu. » Mais comme le souligne l’anthropologue James C. Scott (6) : « Il s’agit au mieux d’un élément « semi-domestiqué », apparu indépendamment de la volonté de ses utilisateurs et qui, lorsqu’il n’est pas étroitement surveillé, échappe aisément à sa captivité, retournant à un périlleux état sauvage. » Et Scott d’ajouter que ses effets s’étalent sur des centaines de millénaires et, agrégés, sont absolument massifs. Dès l’aube de la sédentarisation et de la domestication, Sapiens qui voit sa population augmenter a transformé la nature : défrichement, canalisation des fleuves et urbanisation. Cette révolution néolithique est aussi importante que le sera l’industrie. Plus tard, une déforestation effrénée a eu lieu en Grèce et à Rome, justifiée par la caractérisation négative du milieu sauvage que représentaient la forêt et la montagne (7). L’état des forêts est un bon marqueur de l’impact de l’homme sur la nature car elles abritent trois quarts de la biodiversité terrestre (8). Le développement démographique et économique de Sapiens s’est fait contre la nature à de rares exceptions près, à savoir certains peuples autochtones. Dans son livre Le viol de la Terre, l’historien et archéologue Clive Ponting estime que « depuis des siècles toutes les civilisations sont coupables » (9). Le Moyen Âge est une époque de « forçage des systèmes naturels » et « un temps de prédation où le monde est livré aux hommes, qui y puisent largement, sans crainte de son épuisement » (10). Les Européens ont colonisé les autres continents du XVe au XXe siècle, avec comme conséquence la destruction de la nature à grande échelle et le recours à l’esclavage, l’asservissement des populations locales et le génocide de certains peuples premiers. Là encore les forêts, qui ont fortement régressé en Europe, vont subir le même sort sur les autres continents du fait de la colonisation et de sa prédation économique. Enfin la révolution industrielle du XIXe siècle a eu des impacts écologiques majeurs : pollution, déforestation, épuisement des ressources naturelles et changement climatique. Ces divers facteurs ont fait dire au chimiste Paul Josef Crutzen qu’à partir de cette transformation radicale nous étions passé à « l’ère de l’être humain », ou anthropocène. Pour prendre la mesure de la situation sur les dégâts occasionnés par Sapiens à la nature sur Terre, nul besoin de chiffres, ils sont vertigineux et « se trouvent déjà au-delà du champ normal de notre entendement » (11). Il suffit de savoir que nous avons créé des polluants éternels, rempli de plastique les océans, envoyé les déchets de la conquête spatiale en orbite dans l’espace, modifié le climat et engendré la sixième extinction massive de l’histoire de la Terre inédite par sa rapidité, pour réaliser que le désastre a déjà commencé, comme le souligne l’astrophysicien Aurélien Barrau (12) et que nous sommes près d’un effondrement systémique des conditions d’habitabilité de notre planète. Pour s’en convaincre, il suffit de savoir que 7 des 9 limites planétaires (13) – le changement climatique, la perte de biodiversité, la perturbation des cycles biogéochimiques (azote et phosphore), le changement d’usage des sols, l’acidification des océans, l’utilisation de l’eau douce, l’appauvrissement de la couche d’ozone, l’introduction d’entités nouvelles dans la biosphère (pollution chimique) et l’augmentation des aérosols atmosphériques – ont été dépassées en 2025, affectant gravement la stabilité du système Terre. Sapiens fait-il partie de la nature ? Il n’y aucun doute sur le fait que la nature a créé Sapiens via le processus extraordinaire de l’évolution naturelle révélé par Darwin. Mais Sapiens n’est pas le summum de l’évolution qu’on nous représente souvent sur un schéma linéaire allant du singe à l’homme moderne en passant par Homo habilis et Homo erectus. La phylogénétique indique la véritable évolution en arborescence avec un tronc commun qui ensuite se sépare en diverses branches : une vers les grands singes, une autre vers les préhumains et une branche pour chacune des diverses espèces humaines. Une telle représentation ramène Sapiens à sa fragilité car la branche « pourrait se briser » pour faire dans la métaphore, ou plus simplement n’être qu’un cul de sac de l’évolution, ce que Claude Lévi-Strauss résume de la façon suivante : « Le monde a commencé sans l’homme, et il s’achèvera sans lui ». Aldo Leopold, pionnier de l’écologie américaine, souligne ce lien indéfectible de l’homme à la nature et estime qu’il faudrait « enseigner notre dépendance à la chaîne alimentaire sol-plante-animal-homme » (14). Sapiens a beau être un produit de la nature, très tôt la maîtrise de l’outil et du feu lui ont donné « le sentiment d’être autre » selon Clarke. Ce dernier souligne cette place à part de Sapiens dans le monde vivant : « L’intelligence de l’homme lui a donné une place à part dans le monde vivant. Elle lui a permis d’acquérir une puissance qui le rend redoutable. » Aujourd’hui, le bilan des catastrophes écologiques dues à Sapiens est monstrueux et, à moins de nous considérer comme des êtres suicidaires, la question se pose de savoir si on se sent vraiment faire partie de la nature ? Certains penseurs expriment à leur manière cette coupure de Sapiens avec la nature, comme le philosophe Emile Cioran – « En permettant l’homme, la nature a commis beaucoup plus qu’une erreur : un attentat contre elle-même » – et le paléontologue Stephen Jay Gould – « Nous qui nous délectons de la diversité de la nature et pour qui chaque animal est un maître auprès de qui nos connaissances s’enrichissent, avons tendance à considérer la venue de l’Homo sapiens comme la plus grande catastrophe depuis l’extinction du Crétacé ». L’historien Robert Harrisson soutient l’idée que « la pulsion destructrice envers la nature a trop souvent des causes psychologiques qui dépassent l’envie de biens matériels ou le besoin de domestiquer l’environnement » (15). Parmi ces raisons psychologiques, l’auteur évoque « les intolérables angoisses de finitude qui rendent l’humanité otage de la mort ». Concernant l’angoisse de Sapiens, pour Clarke « elle naît de la conscience que l’homme a eue très tôt, de son inadaptation » et l’auteur d’ajouter : « Il a dû connaître un grand sentiment d’insécurité tant qu’il n’a pas été en possession d’armes et d’outils efficaces. Et cela a été un stimulant pour créer. Cette angoisse pourrait également dériver de l’obscur besoin des hommes de se soustraire à l’emprise de la réalité objective. Transformer ce monde, c’est dans une certaine mesure échapper à cette angoisse. » Malgré la puissance des outils dont dispose Sapiens aujourd’hui, cette peur de la nature caractérisée par François Terrasson subsiste et le conduit à attaquer tout ce qui échappe à son contrôle (16). Que les motivations de Sapiens soient matérielles, psychologiques ou religieuses, son expansion à travers l’histoire l’a conduit à dominer ce qu’il y avait de sauvage dans la nature. Sapiens ne s’adapte pas seulement à la nature telle qu’elle est, mais à celle qu’il perçoit à travers sa raison et ses émotions. Son psychisme le nourrit de mythes et de croyances qui l’éloignent du réel, donc de la nature. Même si Sapiens affirme qu’il fait partie de la nature, ses actes traduisent une dissonance cognitive puisque face à la nature, sa réaction est très majoritairement motivée par le contrôle et la domination. Le philosophe et artiste suisse Robert Hainard estimait que seul « l’amour de la nature doit nous délivrer de la prolifération implacable et étouffante du système économique. Il doit être la force capable de faire sauter le cercle infernal du besoin, de la peur, de l’avarice et de la soif de domination ». En attendant, Sapiens persiste à être pour la nature une Espèce Extrêmement Envahissante et une Espèce Spécifiquement Orientée vers la Dénaturation. (*) Ecologue (1) https://ofb.gouv.fr/les-especes-exotiques-envahissantes Photo du haut : forêt tropicale au Costa Rica © J.C. Génot L’article Sapiens = EEE + ESOD – par Jean-Claude Génot est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (2930 mots)

(2) Robert Clarke. 1980. Naissance de l’homme. Seuil.
(3) Télérama, 3784-3785, 20/07/2022.
(4) https://www.clionautes.org/des-epidemies-destructrices-aux-ameriques-xvieme-et-xviieme-siecles.html#:~:text=Au%20total%2C%20estim%C3%A9s%20%C3%A0%2080,de%2085%25%20qui%20ont%20disparu.&text=Des%20maladies%20accompagnent%20les%20europ%C3%A9ens,le%20continent%20am%C3%A9ricain%20est%20d%C3%A9cim%C3%A9.
(5) Yuval Noah Harari. 2015. Sapiens. Une brève histoire de l’humanité. Albin Michel.
(6) James C. Scott. 2019. Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats. La Découverte.
(7) Paolo Fedeli. 2005. Ecologie antique. Milieux et modes de vie dans le monde romain. In folio. Collection Archigraphy Paysages.
(8) Philippe Grandcolas. 2025. La biodiversité. Urgence planète. Etat des lieux. Menaces. Solutions. Tallandier.
(9) Clive Ponting. 2000. Le viol de la Terre. Nil éditions.
(10) https://journals.openedition.org/lettre-cdf/4253
(11) Timothy Morton. 2019. La pensée écologique. Zulma Essais.
(12) Aurélien Barrau. 2019. Le plus grand défi de l’histoire de l’humanité. Michel Lafon.
(13) Rockström Johan ; Steffen Will ; Noone Kevin ; Persson Åsa ; Chapin F. Stuart ; Lambin Eric F. ; Lenton Timothy M. ; Scheffer Marten ; Folke Carl ; Schellnhuber Hans Joachim ; Nykvist Björn. 2009. A safe operating space for humanity. Nature 461 (7263) : 472–475.
(14) Jean-Claude Génot. 2019. Aldo Leopold. Un pionnier de l’écologie. Editions Hesse.
(15) Robert Harrisson. 1992. Forêts. Essai sur l’imaginaire occidental. Flammarion.
(16) François Terrasson. 2007. La peur de la nature. Sang de la Terre.
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Si les hommages à Edgar Morin (mort le 29 mai dernier à l’âge vénérable de 104 ans) n’ont pas manqué de souligner son engagement durable pour l’écologie, peu d’articles ont rappelé que ce sociologue/philosophe fut parmi tous les premiers dès la fin des années 1960 à tirer la sonnette d’alarme sur la crise planétaire globale. par Laurent Samuel Invité fin 1969 au Salk Institute for Biological Studies à San Diego, en Californie, créé par l’inventeur du vaccin contre la polio, Edgar Morin y découvre la prise de conscience écologique. L’écologie scientifique, portée par des grands noms comme Rachel Carson (morte en 1964 peu après la sortie de son livre fondateur Printemps silencieux), Paul Ehrlich ou Barry Commoner, y converge avec les mouvements citoyens contre les dégradations du milieu naturel dans le contexte d’une « nouvelle culture » en plein essor portée par le mouvement hippie, l’expérience des drogues « psychédéliques » et l’essor des communautés.. Dans son livre Journal de Californie publié en 1970 au Seuil à son retour en France, le sociologue s’enthousiasme pour cette « terre en transes », « tête chercheuse du vaisseau spatial Terre ». Voici quelques extraits du Journal de Californie qui résonnent avec de nombreuses préoccupations de 2026… Ci-dessous, l’image iconique de la BD Pogo de Walt Kelly, à laquelle Edgar Morin fait référence. En juin 1972, peu après la publication du rapport Meadows sur les limites à la croissance, Edgar Morin participe à un colloque à la Mutualité sur le thème « écologie et révolution », organisé par le journaliste du Nouvel Observateur Michel Bosquet (alias André Gorz), en compagnie du philosophe Herbert Marcuse et du leader de la CFDT Edmond Maire. « L’homme doit cesser d’agir comme un Gengis Khan de la banlieue solaire et se considérer, non pas comme le berger de la vie, mais comme le copilote de la Nature », s’exclame-t-il à la tribune. Ce même mois, Edgar Morin donne une longue interview à Alain Hervé (JNE) dans le numéro hors-série du Nouvel Observateur consacré à l’écologie sous le titre La dernière chance de la Terre (disponible ici en PDF). Il explique notamment : « le problème écologique nous oblige à envisager la restructuration de la vie et de la société humaine. Dans ce sens, à l’écologisme de « droite », qui est avant tout technologique, s’oppose un écologisme de « gauche ». Les idées de socialisme ont été les mythes annonciateurs de cette aspiration ; le mot de révolution a exprimé la profondeur de la restructuration nécessaire ; mais les formules dites socialistes ou révolutionnaires actuelles sont à mon avis les caricatures, les déviations ou les schèmes rudimentaires de l’extraordinaire mutation nécessaire. » En septembre 1972, lors d’un colloque international sur l’unité de l’homme au Centre international d’études bioanthropologiques et d’anthropologie fondamentale (CIEBAF), devenu le Centre Royaumont pour une science de l’homme, Edgar Morin délivre une communication sur le thème « Le Paradigme perdu : la nature humaine ». Revu et enrichi, ce texte sera publié l’année suivante sous le même titre aux éditions du Seuil. Il y affirme que nature et culture sont indissociables. Edgar Morin développe sa quête d’une analyse globale, intégrant sciences sociales et « exactes », dans L’unité de l’homme (1974) et surtout dans la Méthode, publié entre 1977 et 2004 en six volumes. Des extraits du premier tome, la Nature de la Nature, sont publiés en bonnes feuilles dans le magazine écologiste le Sauvage. Dans Terre-Patrie, écrit en 1993 avec Anne-Brigitte Kern, Edgar Morin en appelle à une « prise de conscience de la communauté du destin terrestre ». En 2007, il publie aux éditions Eyrolles un dialogue avec Nicolas Hulot sous le titre L’An 1 de l’ère écologique. « C’est en Californie, en 1969-1970, que des amis scientifiques de l’université de Berkeley m’ont éveillé à la conscience écologique, écrit Edgar Morin à cette occasion. Trois décennies plus tard, après l’assèchement de la mer d’Aral, la pollution du lac Baïkal, les pluies acides, la catastrophe de Tchernobyl, la contamination des nappes phréatiques, le trou d’ozone dans l’Antarctique, l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans, l’urgence est plus grande que jamais.» En 2013, c’est avec le philosophe allemand Peter Sloterdijk qu’il écrit Rendre la Terre habitable (éditions Pluriel). En 2017, Edgar Morin participe avec (entre autres) l’auteur de ces lignes à un colloque organisé à la Maison des sciences de l’homme en hommage à son ami Serge Moscovici, autre grand précurseur de l’écologir, mort en 2014. « Malheureusement, les écologistes politiques officiels n’ont jamais voulu ou pu se fonder sur la pensée de Moscovici et se sont trouvés pratiquement dépourvus de pensée », glisse-t-il avec sa malice habituelle, ajoutant dans la version prononcée : « ce sont des ignares ! » (lire ici le texte de son intervention). Son dernier ouvrage consacré à l’écologie paraît en 2021 aux éditions de l’Aube : l’Entrée dans l’ère écologique. Edgar Morin le présente ainsi : « Un demi-siècle s’est écoulé depuis que le tocsin a sonné. La pollution ravage les mégapoles, la stérilisation ravage les terres arables. La cupidité économique incendie les forêts d’Amazonie, tandis que celles d’Australie brûlent faute des précautions que connaît la culture millénaire des Aborigènes. […] C’est alors qu’une jeune Scandinave de l’âge de Jeanne d’Arc brandit au monde un drapeau vert et commence à être suivie par des cohortes d’adolescents. Elle est moquée et discréditée par les Cauchon d’aujourd’hui, évêques de la sainte économie libérale. Federico García Lorca, dans un des poèmes de l’admirable « Romancero gitano », disait : “Pero quién vendrá ? Y por dónde ?” » (Mais qui viendra ? Et d’où ?) L’auteur de ces lignes avait eu la chance d’interviewer longuement Edgar Morin à la fin des années 1970 pour le magazine Echothérapie dirigé par l’ami Jean-Paul Ribes, auteur de Pourquoi les écologistes font-ils de la politique ? paru en 1978 au Seuil. Un souvenir inoubliable ! A lire : Photo du haut : Edgar Morin en 2011 © Wikipedia L’article Edgar Morin, écologiste depuis 1969 est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (1882 mots)
– pour une nouvelle conscience planétaire (un texte d’Edgar Morin écrit en 1989)
– le numéro hors-série de la revue le 1 consacré à Edgar Morin, avec un excellent article de l’historienne Anne Trespeuch-Berthelot titré Vers une écologie radicale.
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De: snj@snj.fr L’article [SNJ France TV] Traitement du climat à France TV : la France surchauffe… et la croisière s’amuse ! est apparu en premier sur Journalistes Écrivains pour la Nature et l'Écologie. Texte intégral (743 mots)
Traitement du climat à France TV :
La France surchauffe…
et la croisière s’amuse !
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