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08.09.2026 à 17:13

« L’évolution de l’électorat rend possible la victoire de Marine Le Pen à la présidentielle »

Jean-Yves Dormagen, Professeur de Science politique, Université de Montpellier
Les sondages donnent Marine Le Pen victorieuse en 2027, quel que soit son adversaire au second tour, à huit mois du scrutin.
Texte intégral (3482 mots)

L’ESSENTIEL

  • À huit mois du scrutin, les sondages donnent Marine Le Pen victorieuse en 2027, quel que soit son adversaire au second tour.

  • Pour Jean-Yves Dormagen, politiste et fondateur de l’institut Cluster 17, le front républicain est désactivé.

  • La dynamique des partis d’extrême droite touche tous les pays occidentaux. Que montrent les études de sociologie électorale sur ce phénomène difficile à cerner ?


The Conversation : Les derniers sondages publiés donnent Marine Le Pen gagnante au second tour de la présidentielle de 2027, quel que soit le candidat qui l’affronte. Est-ce nouveau ?

Jean-Yves Dormagen : Oui, c’est la première fois dans l’histoire électorale française que le Rassemblement national est donné gagnant dans les sondages. La question de départ de la campagne est donc nouvelle : Marine Le Pen peut-elle perdre ? Si le rapport de force actuel se confirme, elle sera élue présidente de la République. En 2022, Emmanuel Macron semblait difficilement battable, nous avons changé de nature d’élection.

Bien évidemment, les sondages ne donnent pas la vérité du second tour qui aura lieu le 2 mai 2027. En huit mois, le contexte va changer, une campagne aura lieu. Il peut se passer beaucoup de choses et la perception des candidats peut évoluer. Ces sondages n’indiquent que l’état de l’opinion aujourd’hui, mais ils permettent de poser en quelque sorte les termes de l’équation électorale, et il est important de se rendre compte de ce qui a évolué.

Le RN était, jusqu’à présent, l’objet d’un veto majoritaire. Quel que soit le candidat opposé au Rassemblement national, une majorité d’électeurs exerçait par principe un vote de barrage contre le RN. Aujourd’hui, ce barrage n’existe plus selon nos études : le front républicain n’est plus actif.

Enquête Cluster 17-Terra Nova, réalisée en ligne du 22 au 24 juillet 2026, auprès d’un échantillon de 1 506 personnes représentatif de la population française. L’échantillon a été constitué selon la méthode des quotas (sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, taille de commune et région). Les données ont fait l’objet d’un redressement sociodémographique et politique, Fourni par l'auteur

Pourtant, beaucoup ont du mal à croire à cette possible victoire…

J.-Y. D. : La victoire de Marine Le Pen est difficile à croire pour certains analystes ou citoyens. Sans doute déjà parce qu’ils n’ont pas envie d’y croire, pour se rassurer, et parce que le FN, puis le RN a toujours perdu la présidentielle depuis plus de quarante ans.

Il y a toujours cette idée que, au dernier moment, s’exercera un vote de barrage, et qu’une majorité d’électeurs le rejettera. J’entends cela très régulièrement. Mais ce raisonnement relève plus de la pensée magique que de la réalité des chiffres désormais.

Enquête Cluster 17, 22–24 juillet 2026, N = 1 506 ; calculs de l’auteur ; le rejet combiné associe la note 0 et la candidature déclarée impossible. Méthodologie et résultats complets : note Terra Nova du 2 septembre 2026, Fourni par l'auteur

En effet, dans les études que nous produisons régulièrement, on constate une évolution qui peut se révéler décisive : Marine Le Pen est désormais moins rejetée que tous ses concurrents. Ce rejet est certes très proche, mais il est moindre que ceux d’Édouard Philippe, de Raphaël Glucksmann ou de Gabriel Attal ; Jean-Luc Mélenchon, lui, est plus rejeté que les autres. En gros, un électeur sur deux déclare qu’il est impossible de voter pour elle, mais un peu plus d’un électeur sur deux déclare qu’il est impossible de voter pour l’un de ses concurrents.

Ainsi, les candidats macronistes font l’objet d’un rejet très fort, non seulement des électeurs de droite nationaliste, mais aussi d’une partie de l’électorat traditionnel de la droite et, bien sûr, d'une partie significative de la gauche. Dans tous ces électorats, les reports de voix pour Édouard Philippe ou Gabriel Attal sont très mauvais face à Marine Le Pen.

De l’autre côté du spectre, beaucoup d’électeurs de gauche modérée déclarent voter blanc ou nul si Jean-Luc Mélenchon arrive au second tour face à Marine Le Pen. Quand on teste un second tour entre Raphaël Glucksmann et Marine Le Pen, plus de la moitié des électeurs de Jean-Luc Mélenchon déclarent s’abstenir.

Enquête Cluster 17, 22–24 juillet 2026, N = 1 506 ; calculs de l’auteur ; chaque ligne somme à 100 ; le non-vote inclut abstention, vote blanc et vote nul. Méthodologie et résultats complets : note Terra Nova du 2 septembre 2026, Fourni par l'auteur

Tous ces rejets croisés rendent la victoire du RN très crédible. C’est donc l’évolution de ces niveaux de rejet et, plus globalement, des reports de voix entre électorats qu’il faudra suivre, car c’est la clé de cette présidentielle.

Comment explique-t-on la progression spectaculaire du RN ces dernières années ?

J.-Y. D. : L’électorat de droite traditionnel s’est droitisé, et c’est lui qui alimente l’essentiel de la progression du RN depuis quatre ans. Sur le terrain des valeurs, sur les questions migratoires, d’autorité, d’identité, il s’est rapproché du Rassemblement national. Globalement, les études montrent une société française qui se radicalise et se polarise. Il y a une droitisation de la droite et une gauchisation de la gauche.

À partir de 2022, le RN a franchi un palier et ses gains électoraux se sont faits essentiellement sur des électeurs qui, jusque-là, votaient pour Les Républicains, ceux qui, en 2007 ou en 2012, avaient voté pour Nicolas Sarkozy.

Le durcissement des électeurs conservateurs a ainsi rencontré la stratégie de normalisation du Rassemblement national : des électeurs de plus en plus conservateurs ont rencontré une offre qui cherchait à les séduire à travers la « stratégie de la cravate ».

Lecture : trois attentes arrivant le plus souvent en première position dans chaque électorat. Les autres réponses ne sont pas affichées. Source : enquête Cluster 17, 22–24 juillet 2026, N = 1 506 ; calculs de l’auteur à partir de la première attente classée. Méthodologie et résultats complets : note Terra Nova du 2 septembre 2026, Fourni par l'auteur

Cette dynamique est en partie amplifiée par les médias Bolloré, les réseaux sociaux, mais de nombreux autres facteurs jouent. À gauche, on observe le même phénomène avec une fraction de l’électorat qui est de plus en plus en progressiste sur les valeurs et les questions d’identité. Mais Jean-Luc Mélenchon n’a pas adopté une stratégie de normalisation : il a au contraire choisi de cliver, au prix d’un fort rejet des électorats voisins ou plus éloignés.

L’extrême droite est également très dynamique aux États-Unis, en Allemagne et dans de nombreux pays occidentaux. Quels facteurs structurants l’expliquent ?

J.-Y. D. : Les thèmes qui sont mis en avant par les partis d’extrême droite, en Europe ou aux États-Unis, sont proches, alors que les contextes diffèrent. L’élection de Donald Trump en 2016 se fait principalement sur des enjeux identitaires et raciaux.

Une question posée aux électeurs résumait quasiment l’équation électorale à l’époque : « Considérez-vous que les Noirs sont plus pauvres parce qu’ils sont stigmatisés ou parce qu’ils ne travaillent pas assez ? » Selon la réponse, on pouvait à peu près prédire un vote démocrate ou républicain… J’ai fait des analyses statistiques sur les États-Unis en 2024 et, contrairement à ce qui a été avancé, le pouvoir d’achat a très peu joué sur le vote. Les questions liées aux groupes raciaux et à l’opinion portée sur ces groupes furent de loin les plus explicatives du vote.

Les électeurs de Trump s’identifient comme blancs et considèrent que les Blancs sont menacés, moins bien traités, défavorisés, etc. En France, on retrouve cette logique, avec des catégories et des expressions différentes. Chez nous, le rapport à l’islam et aux frontières fonctionne un peu comme un équivalent des clivages raciaux aux États-Unis. On observe les mêmes logiques avec l’AfD qui défend une Allemagne des origines, ou en Grande-Bretagne. En Argentine, le vote pour Javier Milei est, lui aussi, un vote ultraconservateur fortement corrélé, par exemple, au rejet des droits des populations autochtones…

In fine, des groupes minoritaires, perçus comme marginaux, porteurs de dangers ou de menaces, cristallisent des projections identitaires. Aujourd’hui, le narratif dominant est de dire que ces minorités sont « injustement privilégiées », les électorats conservateurs refusant de « payer pour les autres », les Noirs aux États-Unis, ou les immigrés « profitant des aides sociales » en France. D’où le succès du thème du « grand remplacement », qui présente l’autre comme un envahisseur. C’est l’autre qui vient « coloniser », imposer ses normes, ses pratiques, ses règles, ses choix, dans une inversion du paradigme colonial.

Mais quel est le carburant de cette crispation identitaire ? Est-ce la conséquence d’une mondialisation libérale qui a fragilisé les vieux pays industriels ?

J.-Y. D. : Je suis prudent avec un certain nombre d’explications économiques. Quand on analyse le vote pour les partis conservateurs, en Europe comme aux États-Unis, on a du mal à identifier des facteurs socio-économiques bien marqués, de type revenu, chômage, accès à la propriété privée. Cela ne colle pas avec les enquêtes, car toutes les tranches de revenus ou presque sont représentées dans ces électorats. La seule donnée sociologique qui fonctionne plutôt bien, c’est le diplôme : les électorats qui votent à l’extrême droite sont moins diplômés en moyenne. Ce qui s’explique par le fait que les études et le capital culturel augmentent les probabilités d’être progressiste sur le plan des valeurs.

Je pense qu’il faut plutôt chercher du côté des transformations vécues par les sociétés occidentales depuis deux générations. Transformations techniques, transformations de l’organisation sociale, urbanisation, changement des populations, des normes sociales, des modes de vie. Les transformations de la famille, la normalisation de l’homosexualité ou de l’homoparentalité, l’émergence de société multiculturelle modifient profondément les sociétés. La poussée conservatrice et ultraconservatrice est alimentée par une réaction à tous ces changements. Elle est nourrie par une dynamique que l’on peut justement qualifier de réactionnaire. D’ailleurs, elle se réfère en général à un passé très largement idéalisé, comme dans le clip de campagne d’Éric Zemmour en 2022, où l’on voyait des images de la France des années 1960, avec un couple traditionnel blanc et sa poussette. Le « C’était mieux avant » est omniprésent dans tous ces mouvements, il est le ciment de ces coalitions.

Quelles conditions permettraient malgré tout à l’un des concurrents de Marine Le Pen de l’emporter en mai 2027 ?

J.-Y. D. : Marine Le Pen peut encore perdre. Mais elle ne perdra probablement pas par la simple réactivation automatique d’un front républicain déjà constitué. À ce stade, ce front n’existe plus comme une majorité prête à l’emploi.

Sa première vulnérabilité tient au cadrage de la campagne. Les thèmes de l’immigration, de l’identité et de l’autorité unifient son électorat. Une campagne davantage centrée sur l’Europe, la guerre, la crédibilité économique, les retraites ou le fonctionnement des institutions ferait apparaître des divisions plus fortes entre le cœur souverainiste et rupturiste de son camp et les électeurs plus attachés à la stabilité qu’elle doit conquérir pour gagner.

La deuxième condition serait l’émergence d’un concurrent crédible à droite, ou d’un adversaire capable de rassembler simultanément une partie de la gauche, le centre et la droite traditionnelle. Aucun des candidats testés ne réalise aujourd’hui cette synthèse. Mais le duel mesuré à 52-48 montre qu’un rapport de force serré peut être inversé par quelques points de mobilisation ou de transfert.

Enfin, la normalisation du RN reste incomplète. Marine Le Pen n’est plus davantage rejetée que ses concurrents, mais elle demeure associée, dans une partie de l’électorat, au risque institutionnel et autoritaire. Une campagne qui réactiverait fortement ce doute sur sa capacité à gouverner pourrait reconstruire un vote de moindre mal contre elle. Sa victoire est aujourd’hui crédible ; elle n’est pas acquise.


Propos recueillis par David Bornstein.

The Conversation

Jean-Yves Dormagen est le président et fondateur de l'institut d'étude de l'opinion Cluster 17

08.09.2026 à 16:11

Les coulées de boues meurtrières du Népal pourraient-elles advenir en France ?

Severine Bernardie, ingénieure de recherche en Risque de glissement de terrain, BRGM
Le changement climatique ne peut que favoriser ce type d’événements, déjà survenus en Europe.
Texte intégral (1471 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le changement climatique ne peut que favoriser les crues et les coulées de boue.

  • L’Europe en a déjà connu, mais d’ampleur nettement moins spectaculaire que celles survenues au Népal, le 26 août 2026.

  • Des travaux de recherche permettent de cartographier les endroits à surveiller, d’anticiper les risques et de minimiser les dégâts.


Ces images ont déjà fait le tour du monde. Celles de ces monumentales vagues de boue qui ont tué, le 26 août 2026, au moins un millier de personnes au Népal et en Chine. Elles ont, à juste titre, effrayé, mais également suscité de nombreuses questions comme celle de savoir si de telles catastrophes pourraient survenir en France.

Des précédents en Europe

Des événements de ce genre ont déjà été constatés en Europe, même s’ils n’ont jamais égalé à ce jour l’ampleur de ce que nous avons pu constater au Népal. On peut certes déjà noter que dans l’Himalaya, les volumes mobilisables de glace et de roches sont très conséquents, mais il faudra des analyses approfondies pour expliquer l’envergure de la catastrophe du 26 août 2026.

Cependant, même dans un contexte européen qui n’a pas les mêmes conditions géomorphologiques qu’au Népal, un certain nombre d’événements d’origine glacière ou périglacière se sont déjà produits.

Le 28 mai 2025, par exemple, en Suisse, le glacier du Birch s’est effondré, ce qui a provoqué des coulées de lave torrentielle qui ont presque entièrement détruit le village de Blatten, situé à plus de 1500 m d’altitude. Fort heureusement, des premiers éboulements en amont avaient déjà alerté les autorités qui ont donc pu monitorer en continu leur évolution et évacuer l’intégralité du village quelques jours avant l’effondrement. Cet événement a malgré tout fortement marqué les esprits, même si le volume de glaces et de roches mobilisés restait cependant de 10 à 20 fois moins important que ce qui a été charrié au Népal.

Blatten, le village suisse rayé de la carte.

Avant cela, le 21 juin 2024, en Isère, une gigantesque coulée de boue et de sédiments rocheux dévastait le village de La Bérarde. La centaine d’habitants avait alors pu être évacuée en urgence par hélicoptère, mais depuis, aucun n’a pu retourner chez eux.

Catastrophe de la Bérarde : une étude scientifique pour anticiper les risques liés au réchauffement.

On trouve également des épisodes bien plus anciens de ce genre de phénomène, comme en 1892. Une vague destructrice avait alors dévasté la vallée alpine de Saint-Gervais et provoqué 175 morts.

Derrière tous ces événements, on note des similitudes : un phénomène soudain, un apport d’eau très conséquent associé à une coulée de débris générant une très grande énergie et des dégâts potentiels très importants.

Des scénarios divers

Les mécanismes qui provoquent ce genre d’événements peuvent donc être multiples.

Les risques d’origine glaciaire ou périglaciaire (ROGP) sont liés à la présence actuelle ou passée de glace et trouvent leur origine à haute altitude. Les principaux phénomènes pouvant les déclencher sont les suivants :

  • les déstabilisations de glaciers, qui déclenchent une avalanche de glace et de débris. Au Népal, nous avons vraisemblablement assisté à l’effondrement d’un glacier accompagné de l’effondrement de matériaux rocheux. L’énergie dégagée lors de l’avalanche a pu faire fondre de grandes quantités de glace à l’origine des crues que l’on a pu voir sur diverses vidéos ;

  • les poches d’eau intraglaciaires, qui se forment à l’intérieur des glaciers. Leur libération brutale peut entraîner des crues torrentielles conséquentes. Elles constituent un danger très important, car non visibles depuis la surface ;

  • les lacs glaciaires, qui se forment généralement lorsque les glaciers reculent. L’instabilité potentielle des berges du lac peut mener à des vidanges rapides ;

  • les glaciers rocheux constitués d’un mélange de glace et de débris rocheux. Le réchauffement climatique conduit à une accélération de leurs vitesses d’écoulement et dans certains cas à des effondrements pouvant fournir des débris rocheux mobilisables ;

  • le pergélisol (ou permafrost). Cette glace qui permet de cimenter les roches peut, en commençant à fondre, induire une détérioration des comportements géotechniques des roches et ainsi favoriser des effondrements et chutes de blocs. C’est ce phénomène qui a été observé à l’été 2026 dans le massif du Mont-Blanc à l’aiguille du midi, et plus largement dans le massif alpin.

L’accélération de la fonte des glaciers et du permafrost rendent plus probable la survenue de ce genre d’événements. S’il est pour l’instant trop tôt pour confirmer ou non l’effet du changement climatique sur cet événement, une chose reste certaine : les conditions climatiques inédites auxquelles nous sommes confrontées ne peuvent que favoriser ce genre d’événement.

Comment anticiper ces événements ?

Pour anticiper ces phénomènes, la première chose à faire est de mieux connaître les zones à risque. En France, le « Plan de prévention des risques d’origine glaciaire et périglaciaire » a été lancé dans cette optique sous l’égide du Ministère de la transition écologique. Il réunit des chercheurs et des opérateurs (le service de restauration des terrains en montagne de l’Office national des forêts, Météo-France, l’Inrae, le Conservatoire d'espaces naturels, des laboratoires du CNRS…).

Les objectifs de ce programme sont de :

  • renforcer la recherche autour de la prévention des risques d’origines glaciaire et périglaciaire ;

  • caractériser les aléas et identifier les zones à risque, notamment les lacs de montagne à risque ;

  • gérer les sites à risque ; la prévision de ces événements peut passer par le suivi dans le temps de diverses informations, tels que le niveau des poches d’eau intraglacières ou des lacs glaciaires, la surveillance par image satellitaire, la mise en place de capteurs de déplacement.

  • partager l’information et développer la culture du risque.

Comment minimiser les risques et les dégâts ?

Diverses actions peuvent alors être mises en œuvre en amont pour réduire les risques.

La vidange régulière de lacs de montagne d’origine glaciaire ou de poches d’eau peut être effectuée dans les zones à risque, de façon à éviter la rupture soudaine de ces retenues d’eau. Ces actions ont été menées notamment sur le glacier de Tête-Rousse à Saint-Gervais, ou bien encore sur le lac glaciaire du Grand Marchet à Pralognan-la-Vanoise.

On peut également citer les solutions fondées sur la nature, telles que les forêts, les ouvrages bois qui peuvent protéger les territoires contre les chutes de blocs.

Enfin, la gravité des dégâts dépend de l’aménagement du territoire et de l’urbanisation. Ainsi, de tels événements se sont par exemple produits en Alaska, mais dans des zones inhabitées. Ils ont ainsi été beaucoup moins médiatisés du fait de leur gravité très minime pour l’humain.

The Conversation

Séverine Bernardie a reçu des financements de L'ANR.

08.09.2026 à 16:10

Allemagne : les multiples effets du triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt

Ed Turner, Reader in Politics, Co-Director, Aston Centre for Europe, Aston University
Le parti d’extrême droite AfD est arrivé largement en tête en Saxe-Anhalt, échouant de peu à décrocher la majorité absolue.
Texte intégral (1824 mots)

L’ESSENTIEL

  • Le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland est arrivé largement en tête en Saxe-Anhalt, un Land d’Allemagne de l’Est qu’il pourrait gouverner s’il parvient à s’allier au petit parti populiste BSW ou à rallier quelques élus chrétiens-démocrates de la CDU.

  • Ce succès régional reflète une montée en puissance de l’AfD au niveau national face à laquelle les deux grands partis traditionnels, la CDU d’une part et le SPD social-démocrate d’autre part, qui gouvernent aujourd’hui le pays ensemble, peinent à trouver des réponses.

  • Tous les regards se tournent désormais vers les élections du 20 septembre prochain : régionales dans le Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et municipales à Berlin. Dans les deux cas, l’AfD espère enregistrer une nouvelle percée.


Du point de vue des partis allemands traditionnels, les élections régionales du 6 septembre dans le Land de Saxe-Anhalt ont donné lieu à des résultats encore plus catastrophiques qu’attendu.

Alternative für Deutschland (AfD, Alternative pour l’Allemagne, extrême droite) a frôlé la majorité absolue avec 43,8 % des suffrages, soit environ quatre points de plus que ce que lui prédisaient les sondages. À l’inverse, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), la grande formation de centre droit, s’est effondrée, ne recueillant que 17,2 % des suffrages, contre 37,1 % en 2021.

Avec près de 78 %, la participation a nettement progressé par rapport à 2021 – une hausse qui a surtout profité à l’AfD. Il apparaît que la progression du parti d’extrême droite provient principalement d’anciens abstentionnistes, auxquels se sont ajoutés un nombre important d’électeurs qui votaient auparavant pour la CDU.

La forte polarisation du scrutin – avant l’élection, 41 % des personnes interrogées souhaitaient un gouvernement dirigé par l’AfD tandis que 46 % étaient favorables à un gouvernement conduit par la CDU, laquelle dirigeait le Land depuis 2002 sans discontinuer – a produit quelques effets surprenants. Elle a notamment permis au Parti social-démocrate (SPD) et aux Verts de sauver leur place au Parlement régional. Le SPD et les Verts ont en effet bénéficié de votes de circonstance d’électeurs de la CDU et de Die Linke, désireux de leur permettre de franchir le seuil de 5 % nécessaire pour obtenir des sièges au Parlement régional.

L’AfD avait affirmé qu’elle ne chercherait à gouverner que si elle disposait d’une majorité absolue, ce qui n’est pas le cas, malgré l’ampleur de sa victoire. Elle dispose désormais de plusieurs scénarios pour faire élire son candidat, Ulrich Siegmund, au poste de ministre-président de Saxe-Anhalt. Le plus vraisemblable serait un accord avec le Bündnis Sahra Wagenknecht (BSW), un parti qui associe des positions économiques de gauche à des positions conservatrices sur des sujets comme l’immigration. Le soir même de l’élection, le BSW a reconnu des « convergences » avec l’AfD sur certains sujets et estimé qu’il serait « totalement antidémocratique » d’exclure purement et simplement le parti d’extrême droite du pouvoir.

À défaut, l’AfD pourrait également chercher à obtenir le soutien d’une partie de la CDU. L’élection du ministre-président se fait à bulletins secrets et plusieurs députés de la CDU réélus dimanche plaident depuis longtemps pour une plus grande ouverture à une coopération avec l’AfD.

Un soutien qui traverse toute la société

C’est auprès des catégories populaires que l’AfD a réalisé ses meilleurs scores en Saxe-Anhalt : 59 % chez les ouvriers, 57 % chez les personnes les moins diplômées et 65 % chez celles qui jugent que leur situation économique est mauvaise. Mais le parti obtient également des résultats significatifs chez les diplômés (30 %) et chez les électeurs estimant être dans une bonne situation économique (37 %).

L’AfD dépasse par ailleurs les 40 % dans toutes les classes d’âge, à l’exception des plus de 70 ans (31 %). Elle peut donc véritablement revendiquer le statut de Volkspartei (« parti populaire »), bénéficiant d’un soutien dans toutes les catégories de la population et dans l’ensemble du Land.

Il serait en outre erroné de réduire ce scrutin à la seule question du rapport à l’immigration. Les sondages réalisés à la sortie des urnes montrent que l’immigration a effectivement constitué l’un des principaux facteurs de motivation des électeurs de l’AfD : 91 % d’entre eux se disent très préoccupés par le fait qu’il y ait « trop d’étrangers vivant en Allemagne ». Mais les questions de sécurité et d’économie ont également pesé lourd.

Le scrutin a aussi été marqué par une profonde défiance à l’égard du gouvernement régional : 66 % des électeurs se disent insatisfaits de son action. Mais le gouvernement de Friedrich Merz à Berlin inspire encore moins confiance : 83 % des personnes interrogées estiment qu’il ne s’intéresse pas suffisamment aux problèmes de la population. À peine 20 % des électeurs de Saxe-Anhalt pensent qu’il parviendra à améliorer sensiblement la situation du pays dans les prochaines années.

À ces frustrations, que l’on retrouve dans toute l’Allemagne – mais avec une intensité particulière en Saxe-Anhalt et dans les autres Länder de l’Est – s’ajoute un mécontentement propre aux régions orientales. Ainsi, 73 % des électeurs de Saxe-Anhalt estiment que les Allemands de l’Est sont encore traités comme des citoyens de seconde zone dans de nombreuses situations.

Cette proportion atteint 83 % chez les électeurs de l’AfD. Le parti est parvenu à transformer en votes en sa faveur les frustrations liées à la réunification ainsi qu’une certaine nostalgie de l’ancienne Allemagne de l’Est communiste.

Si l’AfD parvient à former un gouvernement dans le Land de Saxe-Anhalt, son action sera scrutée de près. Dans quelle mesure le parti, que les services de renseignement allemands qualifient d’« extrémiste de droite », pourra-t-il mettre en œuvre son programme radical ?

En cas d’accession au pouvoir, l’AfD cherchera sans doute à passer à l’offensive dans des domaines comme l’éducation, la culture, la sécurité et l’ordre public, ou encore l’audiovisuel public. Ses projets les plus radicaux pourraient toutefois se heurter durablement aux tribunaux. Et chaque fois que les tribunaux ou les autres partis l’empêcheront de mettre en œuvre son programme, elle pourra se présenter comme la victime d’un système politique déterminé à lui barrer la route. C’est un ressort classique de la rhétorique populiste.

Des conséquences politiques qui dépassent la Saxe-Anhalt

Les résultats du 6 septembre fragilisent la position du chancelier Friedrich Merz. Déjà plus impopulaire que tous ses prédécesseurs à ce poste, il ne peut guère espérer bénéficier d’un quelconque regain de popularité à l’issue des élections régionales du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, qui auront lieu le 20 septembre. Ce scrutin apparaît comme un duel entre l’AfD et le SPD.

Le même jour, les élections municipales à Berlin, où le paysage politique est particulièrement fragmenté, pourraient voir la CDU de Merz arriver en tête avec un score relativement faible. Mais une telle victoire ne changerait pas fondamentalement la donne.

Surtout, nombre de députés de la CDU au Bundestag vont désormais réclamer des changements de cap. La plupart devraient plaider pour un virage à droite afin de ne pas laisser le champ libre à l’AfD ; mais il sera difficile de convaincre le SPD, actuel partenaire de coalition de la CDU au niveau fédéral, de donner son aval à une telle politique.

D’autres devraient demander la renégociation de grandes réformes, notamment celle des retraites, qui devrait être annoncée cet automne. Ils feront valoir que la CDU est en train de perdre le soutien des catégories populaires. Une telle orientation entrerait toutefois en contradiction avec le diagnostic de Friedrich Merz sur les mesures nécessaires pour remettre sur les rails une économie allemande actuellement en difficulté.

Une Allemagne ingouvernable ?

Le scrutin de Saxe-Anhalt pose donc une question particulièrement difficile, non seulement à Friedrich Merz, mais à la société allemande dans son ensemble : le pays est-il désormais à ce point fragmenté politiquement qu’il devient presque impossible à gouverner ?

Les coalitions entre partis naturellement compatibles – chrétiens-démocrates et libéraux, ou sociaux-démocrates et écologistes – ne recueilleraient guère plus de 25 % des voix dans une élection fédérale. Les partis traditionnels sont donc contraints de gouverner avec des formations avec lesquelles ils sont en profond désaccord, simplement pour empêcher l’AfD d’accéder au pouvoir.

Ces gouvernements se déchirent, reportent les décisions faute de pouvoir s’accorder, puis finissent par éclater. Et c’est précisément de cette dynamique négative que l’AfD parvient à tirer profit.

The Conversation

Ed Turner bénéficie d’un financement de l’Office allemand d'échanges universitaires (DAAD) et de la Fondation Friedrich Ebert.

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