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11.10.2026 à 08:52

Trump peut-il acheter les midterms ?

Frédérique Sandretto, Adjunct assistant professor, Sciences Po
Donald Trump l’a promis : si les républicains gagnent les midterms, chaque citoyen adulte recevra 5 000 dollars. Une promesse risquée à bien des égards.
Texte intégral (1726 mots)

L’ESSENTIEL

  • Donald Trump a promis 5 000 dollars à chaque citoyen des États-Unis si les républicains conservent la majorité au Congrès à l’issue des élections de mi-mandat du 3 novembre.

  • Cette approche relève d’une « politique-business » propre au magnat new-yorkais : l’État est présenté comme une entreprise dont les citoyens sont les actionnaires, qui ont donc droit à un « dividende » quand l’État fait des bénéfices.

  • Or, les États-Unis affichent un déficit budgétaire colossal et le financement de cette promesse semble pour le moins douteux. D’ailleurs, les électeurs semblent peu enclins à y croire…


La scène était exceptionnelle à plus d’un titre. À Dallas, le 10 septembre dernier, Donald Trump a transformé la première convention républicaine organisée à l’occasion des élections de mi-mandat en un immense meeting à sa gloire.

À l’approche des midterms du 3 novembre, le président ne s’est pas contenté de soutenir les candidats de son parti. Il a voulu faire de cette élection un référendum sur sa propre personne. Il a même demandé aux électeurs de voter comme si son nom lui-même figurait sur le bulletin de vote. Pendant près de deux heures, le locataire de la Maison-Blanche a occupé la scène, multipliant les attaques contre les démocrates et affirmant que son bilan était exceptionnel et devait nécessairement se traduire par une victoire de sa formation.

Surtout, il a dégainé un argument massue : si les républicains conservent la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, chaque citoyen états-unien adulte recevra 5 000 dollars (l’équivalent de 4 500 euros).

Un dividende de 5 000 dollars

Trump a choisi un mot extrêmement révélateur pour désigner cette somme : le « dividende ».

Le terme n’est pas anodin. Un dividende est normalement une somme versée aux actionnaires d’une entreprise lorsque celle-ci réalise des bénéfices. En utilisant ce vocabulaire, le chef de l’État se place une nouvelle fois dans une posture de chef d’entreprise. Il présente les États-Unis comme une immense société dont les citoyens seraient les actionnaires, invités à reconduire l’équipe dirigeante s’ils souhaitent bénéficier d’un joli chèque.

Mais de quelle somme parle-t-on réellement ? Le pays comptant environ 260 millions de citoyens adultes, une allocation de 5 000 dollars représenterait potentiellement près de 1 300 milliards de dollars. À titre de comparaison, le budget de la défense des États-Unis, premier poste de dépense du gouvernement fédéral, sera de 1 150 milliards de dollars en 2027, un montant jamais atteint jusqu’ici.

La question du financement surgit donc immédiatement. Or Trump n’a pas expliqué précisément comment ce programme serait financé. Il n’a pas présenté de dispositif législatif détaillé, alors qu’un tel versement nécessiterait l’intervention du Congrès. Le président ne peut pas décider seul de distribuer 1 300 milliards de dollars aux citoyens. Le caractère spectaculaire de l’annonce est donc très supérieur, pour le moment, à sa traduction juridique et budgétaire.

Cette promesse rappelle surtout les précédents de la politique économique trumpienne. En 2025, l’idée d’un DOGE dividend avait déjà circulé. Le principe était alors de reverser aux contribuables une partie des économies que l’éphémère Department of Government Efficiency, dirigé pendant les premiers mois de son activité par Elon Musk, devait permettre de réaliser. Le chiffre de 5 000 dollars avait déjà été évoqué. Donald Trump avait lui-même repris l’idée, mais elle ne s’était jamais transformée en programme concret.

Vers un modèle de « politique-business »

Ce précédent est important parce qu’il permet de comprendre la mécanique politique actuelle. L’idée n’est pas simplement de distribuer de l’argent, mais de transformer des instruments de politique publique en produits politiques immédiatement compréhensibles.

Les économies réalisées par le DOGE deviennent un dividende. Les recettes douanières deviennent un remboursement. Les bons résultats économiques deviennent une prime. Et maintenant, la victoire républicaine aux élections devient la condition permettant d’obtenir 5 000 dollars.

Cette « politique-business » repose sur une conception très transactionnelle du pouvoir. La politique est présentée comme un contrat. Trump affirme qu’il apporte de la croissance, de la puissance, des investissements, des emplois ou des économies ; en échange, l’électeur lui doit sa confiance et surtout son vote.

Une promesse risquée

La question est évidemment de savoir si une telle promesse peut réellement faire pencher la balance du côté du parti républicain.

La réponse est plus complexe qu’il n’y paraît. Sur le plan psychologique, 5 000 dollars représentent une somme suffisamment importante pour attirer l’attention de millions d’électeurs. Dans une période où le coût de la vie, l’inflation et le prix de l’énergie préoccupent fortement les Américains, la promesse d’un versement direct peut avoir un impact immédiat. D’autant qu’elle permet également à Donald Trump de déplacer la campagne sur un terrain qui lui est favorable : celui de l’argent, du pouvoir d’achat et de la capacité à obtenir des résultats concrets.

Mais cette promesse comporte également plusieurs risques.

Le premier est sa crédibilité. Les électeurs ont déjà entendu parler du DOGE dividend et du tariff dividend (en novembre 2025, Trump avait promis de redistribuer aux Américains au moins 2 000 dollars par personne, ce qui représentait selon lui une partie des recettes supplémentaires provenant des droits de douane qu’il avait instaurés) sans jamais recevoir les sommes annoncées. La promesse des 5 000 dollars peut donc être reçue avec un certain scepticisme.

D’ailleurs, d’après un sondage conduit mi-septembre, seuls 21 % des personnes interrogées croient que, en cas de victoire, Trump mettra réellement cet engagement en œuvre. Et selon une autre enquête, conduite quelques jours plus tard, la promesse de Trump ne change rien aux intentions de vote de 52 % des électeurs, tandis que 32 % affirment qu’elle les rend moins susceptibles de voter en faveur des candidats républicains, et 15 % seulement reconnaissent qu’elle peut les inciter à déposer dans l’urne un bulletin du parti du président.

Le deuxième risque est budgétaire. Le gouvernement fédéral affiche déjà un déficit extrêmement important. Le Bureau du budget du Congrès américain (CBO) prévoit un déficit annuel d’environ 2 100 milliards de dollars. Verser plus de 1 000 milliards de dollars supplémentaires supposerait soit d’obtenir de nouvelles recettes, soit de réduire massivement certaines dépenses, soit d’accroître la dette. Les économistes soulignent également qu’une injection aussi importante de liquidités dans une économie déjà confrontée à des tensions inflationnistes pourrait alimenter de nouvelles hausses de prix.

Le troisième risque est politique. Juridiquement, la promesse de Trump ne relève pas d’un achat de vote au sens strict, puisque le versement serait destiné à tous les citoyens, indépendamment de leur vote individuel et ne constituerait pas une récompense pour avoir personnellement voté républicain. Mais politiquement, l’annonce place plus que jamais Trump, en sa qualité de chef de l’État fédéral, au cœur de la campagne, ce qui peut, certes, mobiliser son électorat le plus fidèle, mais aussi éloigner les indépendants et certains électeurs modérés – et galvaniser l’électorat démocrate, qui pourrait aller voter plus massivement que si le président s’était tenu à l’écart de la campagne.

Quels enjeux pour le 3 novembre prochain ?

La question des prochaines semaines ne sera donc plus seulement de savoir si Donald Trump peut promettre 5 000 dollars à 260 millions de personnes, mais combien d’électeurs américains croiront à la promesse d’un tel dividende. Jusqu’où les électeurs sont-ils encore prêts à miser sur Trump ?

Le 3 novembre, l’Amérique dira si elle est encore prête à investir dans l’entreprise politique de Donald Trump ou si elle estime désormais que le rendement promis ne justifie plus le risque.

The Conversation

Frédérique Sandretto ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

11.10.2026 à 08:51

Pourquoi le prix du bois chute-t-il après un incendie ou une tempête ?

Marielle Brunette, Directrice de recherche, Inrae
Killian Baué, doctorant en économie forestière, Inrae
Après une tempête ou un incendie, de nombreux arbres endommagés peuvent être vendus si on agit rapidement. L’afflux de bois à écouler sur le marché fait baisser les prix. À l’inverse, une production en baisse fait remonter les prix.
Texte intégral (2859 mots)
Coupes massives après l’incendie de La Teste-de-Buch (Gironde), en 2022. Source : Marielle Brunette. , Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Après une tempête ou un incendie, de nombreux arbres endommagés peuvent être vendus si on agit rapidement.

  • Un afflux de bois à écouler dans les plus brefs délais sur le marché fait alors baisser les prix.

  • Quelques années plus tard, l’inverse peut survenir : la production d’arbres a diminué et les prix remontent.


C’est un phénomène qui peut parfois surprendre : après des événements catastrophiques de type incendie ou tempête, le prix du bois a tendance à chuter. Le grand public peut souvent s’étonner de cette réalité, en pensant qu’il y a sûrement moins de bois disponible après ces fléaux et que la rareté de cette matière première en augmente forcément les prix. La réalité est tout autre, voici pourquoi.

Beaucoup de bois à écouler rapidement

Après une catastrophe de grande ampleur, beaucoup d’arbres sont endommagés simultanément. Mais cela ne signifie pas que le bois est perdu. S’il est récolté rapidement, il reste exploitable pour la plupart des usages, de la construction à l’énergie, même s’il perd l’accès aux débouchés les plus valorisants.

Une partie ne sera jamais récoltée, non parce qu’elle est inutilisable, mais parce que ce ne sera pas rentable. Le reste doit cependant être exploité rapidement afin de limiter leur dégradation et de préserver leur valeur commerciale. Il en résulte un afflux potentiel de bois sur le marché, mais la filière forêt-bois ne peut pas nécessairement absorber une telle quantité en peu de temps.

Un exercice périlleux en temps limité

Le premier verrou se situe en forêt, où les capacités d’exploitation habituelles, en bûcherons, en engins et en accès aux parcelles, ne suffisent pas à récolter dans le temps imparti l’afflux d’arbres abattus par une catastrophe. Prélever le bois endommagé en forêt est, dans la grande majorité des cas, le travail des entreprises de travaux forestiers (ETF), qui réalisent environ 80 % des travaux d’exploitation en France. Or, le Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux (CGAAER) souligne que la profession est confrontée à des difficultés d’attractivité et de recrutement. Les travaux de récolte sont en outre décrits comme physiquement exigeants et dangereux par l’interprofession nationale.

Dans le cas d’une tempête, par exemple, l’exploitation des chablis (les arbres renversés ou brisés par le vent) est particulièrement contraignante : enchevêtrés au sol, ils présentent des difficultés techniques et de sécurité spécifiques pour les exploitants (cf. photo ci-dessous). Pour cette raison, les [pouvoirs publics] ont notamment retenu un surcoût forfaitaire d’exploitation des chablis de 10 euros par mètre cube, déductible du revenu forestier des propriétaires sinistrés, après les tempêtes de 1999 et, dans le Sud-Ouest, après la tempête Klaus en 2009.

Dans ce contexte, la capacité effective de récolte peut être réduite au moment même où le volume à exploiter augmente fortement.

Arbres enchevêtrés en forêt de Haye (Meurthe-et-Moselle) à la suite des tempêtes Lothar et Martin (1999). Alain André/ONF, Fourni par l'auteur

Une logistique complexe et des scieries de moins en moins nombreuses

Le deuxième verrou concerne la logistique. Les bois doivent être abattus, façonnés, débardés (sortis des parcelles jusqu’en bord de route), transportés et, lorsque leur conservation l’exige, stockés dans des conditions permettant de ralentir leur dégradation.

Lors des grandes tempêtes, une partie des troncs abattus (les grumes) a été conservée par aspersion : un arrosage continu maintient le bois saturé en eau, ce qui limite l’apport d’oxygène et ralentit le développement des champignons et insectes responsables de sa dégradation (cf. photo ci-dessous). Cette technique a permis notamment de réguler l’afflux de chablis sur le marché.

Stockage sous aspersion en Moselle, novembre 2025. Marielle Brunette, Fourni par l'auteur

La tempête Caetano, en novembre 2024, illustre cette contrainte dans la vallée de la Tarentaise, en Savoie : l’Office national des forêts (ONF) estimait à environ 60 000 mètres cubes le volume de chablis à exploiter, soit, pour la seule commune des Allues, l’équivalent d’environ vingt années d’exploitation habituelle. Un an après, en novembre 2025, l’essentiel de ces bois avait été évacué, façonné et écoulé auprès d’acheteurs partout en France, grâce à des contrats d’approvisionnement mobilisés en urgence.

Le troisième verrou est industriel. Selon l’Agreste, la France comptait 1 214 scieries en 2022, contre 9 000 en 1973, selon la Cour des comptes. La Cour des comptes souligne surtout le sous-dimensionnement de l’outil français : avec une surface forestière inférieure d’environ un tiers, l’Allemagne produit plus de deux fois plus de sciages.

S’y ajoute un décalage structurel, le « paradoxe français » : les sciages portent à 80 % sur des résineux alors que la forêt est feuillue à environ deux tiers. La France importe ainsi chaque année environ 2 millions de mètres cubes de sciages résineux.

Un choc d’offre

Il résulte de cette situation un décalage : après une tempête, un incendie ou une infestation de scolytes (des petits coléoptères qui coupent la circulation de la sève de certains conifères en creusant des galeries dans le bois), la quantité de bois qui pourrait être vendue dépasse largement la quantité qui peut effectivement être récoltée, transportée et transformée dans la fenêtre de temps où ce bois conserve sa valeur. Les prix s’effondrent, tandis qu’une partie des volumes se dégrade sur pied ou en forêt avant d’avoir pu être mobilisée.

En langage économique, on dit que l’offre est supérieure à la demande. Dans ce contexte, la réaction du marché, c’est une chute des prix. En effet, plus un produit est disponible, plus son prix est bas et, inversement, plus un produit est rare, plus il est cher. Il n’est donc pas surprenant qu’un afflux massif de bois sur le marché génère ce que l’on appelle un « choc d’offre ».

Un tel choc fut observé à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. D’après le Centre d’études et de prospectives (CEP) du ministère de l’agriculture, le prix du pin maritime a ainsi chuté de près de 60 % après la tempête Klaus de 2009.

Ce phénomène a également été observé, dans une moindre mesure, dans l’est de la France, en 2018 à la suite des ravages des scolytes. Les conséquences économiques de ces ravages ont été encore plus manifestes dans d’autres pays, en République tchèque par exemple, où la crise des scolytes de 2018 a provoqué une hausse de 340 % des quantités de bois endommagés, engendrant une chute des prix du bois de 73 %.

Un contrecoup possible

Un choc d’offre, cela signifie une urgence à traiter immédiatement, mais aussi des problèmes d’approvisionnement à anticiper. En effet, beaucoup de bois maintenant, cela signifie moins de bois plus tard, car les arbres mettent du temps à pousser. Par conséquent, une baisse brutale des prix peut être suivie après quelques années par une hausse brutale, puisque le bois devient plus rare. On l’observe clairement sur le graphique ci-dessous avec le prix du pin maritime qui s’est effondré à la suite de la tempête Klaus de 2009 avant de remonter progressivement jusqu’à atteindre deux fois le prix d’avant tempête (environ 25 euros par mètre cube en 2005 versus 50 euros en 2018).

Certaines caractéristiques peuvent contribuer à accentuer cette chute de prix. Tout d’abord, si les dommages sont concentrés dans une zone assez restreinte, le marché local va s’effondrer. De plus, la baisse du prix est plus importante quand le bois est homogène en essence et en usage.

Ces deux caractéristiques ont été rencontrées lors de la tempête Klaus de 2009. Cette tempête a touché essentiellement le sud-ouest de la France, endommageant principalement du pin maritime. La chute de prix qui s’est ensuivie fut spectaculaire, atteignant un prix de zéro en 2009-2010. Dans ce cas précis, il devient urgent d’alimenter un marché plus large, d’évacuer les bois vers d’autres régions, voire d’autres pays. Si la catastrophe avait touché plusieurs régions et des essences variées, l’impact aurait été moindre, comme ce fut le cas avec la tempête de 1999 (cf. graphique).

Peut-on minimiser la baisse des prix ?

Comment, dès lors, limiter ces chutes et hausses des prix ?

Les propriétaires peuvent utiliser des contrats d’approvisionnement qui stipulent une date de récolte et un prix, de manière à ne pas subir la volatilité courante des prix du bois. Toutefois, cet instrument ne fonctionne pas en cas d’aléa, car le propriétaire impacté n’est pas en mesure de respecter les clauses du contrat, notamment en matière de qualité et de diamètre.

Une pratique souvent mise en œuvre est de demander aux propriétaires d’être solidaires. En effet, on va suggérer aux propriétaires qui n’ont pas été touchés d’attendre, de décaler leur récolte afin de limiter les bois disponibles sur le marché. Par exemple, après les incendies de 2022 dans le Sud-Ouest, les ventes d’automne par appel d’offres ont été annulées afin de permettre la récolte des bois sinistrés dans les meilleures conditions.

Ensuite, plusieurs politiques publiques peuvent être mises en œuvre, dont certaines ont déjà été testées. Par exemple, une politique de stockage a déjà été mise en œuvre à la suite des tempêtes de 1999 et de 2009. Il s’agit d’entreposer les bois sur des aires de stockage spécifiques, ce qui permet de lisser l’offre de bois dans le temps, c’est-à-dire d’écouler les bois sur le marché plus lentement.

Des subventions au transport ont également déjà été mises en place après les mêmes tempêtes. Elles ont pour objectif de favoriser la circulation des bois sur le territoire et au-delà, c’est-à-dire d’élargir le marché. Enfin, la fixation d’un prix plancher est également une mesure disponible, mais qui, à notre connaissance, bien que parfois discutée, n’a jamais été décidée. Cette fois, il s’agit d’imposer un prix minimum de vente afin d’éviter la ruine du vendeur.

Des aléas de plus en plus fréquents

Sous l’effet du changement climatique, les aléas naturels deviennent plus fréquents et plus intenses. On observe notamment une récurrence d’aléas dans les mêmes zones géographiques. Le Sud-Ouest a ainsi subi une sécheresse en 2021, des incendies de l’été 2022 et les attaques de scolytes qui ont suivi. Ou encore, plus récemment, avec l’arrivée de la nématode du pin à Seignosse dans les Landes en novembre 2025, suivie de la tempête Nils en février 2026, et des grands incendies de l’été 2026. Ces risques multiples et en cascade vont encore accentuer l’instabilité du marché du bois et accroître la volatilité des prix.

The Conversation

Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) - https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique. Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).

Ce travail a bénéficié de l’appui de l’Observatoire pour L’Economie de la Forêt (OLEF) - https://doi.org/10.17180/hk4v-2a37, plateforme de l’UMR BETA. Les auteurs remercient Alexandra Niedzwiedz pour ses conseils et la réalisation du graphique. Ce travail a reçu le soutien du MP XRisques d’INRAE et du projet X-RISKS du PEPR FORESTT (ANR-24-PEFO-0005).

11.10.2026 à 08:51

Près de 2,7 € de retombées économiques pour chaque euro investi : les universités, moteurs de croissance des territoires

Yannick L’Horty, Économiste, professeur des universités, Université Gustave Eiffel
Laetitia Challe, Docteure en Sciences Économiques - Ingénieure de recherche, Université Gustave Eiffel
Si les dépenses des universités ont des effets économiques directs sur les territoires, des travaux montrent combien la formation et la recherche jouent aussi sur leur compétitivité.
Texte intégral (1592 mots)
En étoffant les compétences des étudiants, les universités investissent dans le capital humain. Jessica Olivella/Pexels, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Par leurs dépenses et les publics qu’elles attirent, les universités irriguent le tissu économique.

  • Si ces retombées se repèrent vite, leurs effets sur la compétitivité sont plus difficiles à mesurer localement.

  • Un champ de recherche en essor permet d’estimer plus clairement l’apport des universités aux territoires.


Les retombées économiques des établissements d’enseignement supérieur et de recherche (ESR) sur leurs territoires sont souvent peu identifiées par les citoyens.

Le programme Investigation socio-économique sur l’impact territorial des universités (In Situ) permet de les mettre en lumière, en procédant à une réévaluation systématique de la mesure de leur impact local. Déployé en 2025 sur les 6 universités membres de l’association L’initiative, il concernera plus de 10 universités fin 2026.

Ces travaux révèlent qu’1 € investi par l’État dans les universités implique 2,7 euros de retombées économiques pour les collectivités. Il s’agit là d’un résultat robuste, confirmé pour toutes les universités où ce type de calcul a été réalisé.

Différents canaux d’impact

Par leur mission d’enseignement, ces établissements améliorent les compétences des étudiants, ce qui s’apparente, d’un point de vue économique, à un investissement en capital humain. Par leur mission de recherche, ils produisent et diffusent des innovations, des brevets et des connaissances scientifiques qui alimentent le progrès technique, la compétitivité et l’efficacité globale de l’économie.

Ces relais majeurs améliorent les conditions de l’offre de biens et services et jouent un rôle de premier plan dans un contexte de transitions technologique, écologique et sociétale. Mais ils sont spatialement diffus et, bien souvent, ne sont ni perceptibles ni même mesurables à une échelle locale.

Il n’en va pas de même des relais du côté de la demande. Une université est aussi un agent économique et, comme toutes les entreprises ou les acteurs institutionnels, elle engage des dépenses qui ont un effet direct sur la croissance économique et la création d’emplois. L’université réalise par elle-même des dépenses de fonctionnement et d’investissement dans le cadre de ses missions. Ses personnels génèrent des dépenses là où ils résident, en matière de logement, de transport et de consommation. Les étudiants sont aussi des consommateurs et ils peuvent occuper des emplois salariés pendant leur formation, en cas d’alternance. Ces flux irriguent le tissu économique local et méritent d’être objectivés.

Des régions de plus en plus investies

Les collectivités l’ont bien compris et elles investissent depuis plusieurs années dans le financement de l’enseignement supérieur et de recherche (ESR). Si la région est la collectivité territoriale la plus contributrice, à hauteur de 67 %, entre 2018 et 2021, les communes, les intercommunalités et les départements contribuent également alors même que la compétence de l’ESR y est facultative ou optionnelle.

L’État demeure néanmoins le financeur principal de l’ESR, avec la subvention pour charge de service public (SCSP), introduite en 2001, qui représente près de 70 % du budget des universités, auquel s’ajoutent les frais d’inscription et les recettes issues du secteur économique (apprentissage, formation continue, partenariats).

Des difficultés méthodologiques à considérer

Les travaux qui se proposent de mesurer l’impact économique d’une Université se situent dans un champ qui s’est développé depuis plus d’une cinquantaine d’années, principalement aux États-Unis, depuis l’étude de Caffrey et Isaacs Estimating the Impact of a College or University on the Local Economy, publiée en 1971, puis en Europe et notamment en France où un grand nombre de travaux ont été menés à bien selon la même perspective.

Une signature de ce champ de littérature est de distinguer des effets directs et indirects, en adoptant une approche quasi-comptable, et des effets induits, en faisant alors appel à une modélisation d’inspiration keynésienne.

Cette littérature est toutefois marquée par plusieurs limites bien identifiées. D’une part, la grande hétérogénéité des multiplicateurs régionaux retenus et leurs niveaux parfois très élevés (valeurs allant de 1 à 7 selon les études) reflètent des choix méthodologiques et des hypothèses souvent peu harmonisés.

D’autre part, la plupart des applications reposent sur des données agrégées et sur des matrices input-output construites à des niveaux géographiques relativement larges, ce qui limite la capacité à suivre finement les flux de dépenses selon l’identité des fournisseurs ou la localisation précise des étudiants et des personnels.

Dépense publique et effets de proximité

Le programme In Situ repose quant à lui sur l’exploitation de données internes de gestion exhaustives et localisées à la commune, combinées à des données d’enquête et à des simulations, selon une méthode harmonisée permettant de comparer les établissements entre eux, dans l’espace et dans le temps. L’étude pilote sur le périmètre de l’Université Gustave-Eiffel illustre la force des effets de proximité en montrant que sa commune d’implantation, Champs-sur-Marne, capte à elle seule 30,5 % de l’effet emploi de la communauté d’agglomération de Paris-Vallée de la Marne, alors qu’on y dénombre 12,5 % des emplois. La communauté capte elle-même 34,9 % de l’effet départemental, alors qu’elle en représente 17 % des emplois. Le département de Seine-et-Marne capte 40,2 % de l’effet régional alors qu’il représente 8 % de l’emploi de la région Île-de-France.

Ce programme a d’ores et déjà couvert les six universités membres de l’association l’Initiative. Sur ce périmètre qui correspond à une cohorte de 206 000 étudiants, l’impact économique total atteint près de 4 milliards d’euros au niveau national, soit environ 0,13 point de PIB, pour 83 500 emplois en équivalent temps plein, soit l’équivalent d’un grand groupe industriel.

Cette mesure d’impact a été rapportée à la subvention pour charge de service public, pour conclure que chaque euro investi par l’État dans ces universités génère en moyenne 2,7 euros d’activité économique dans les territoires, avec un effet multiplicateur compris entre 2,3 et 3,4 selon les établissements.

Ce résultat central est très solide. Il repose sur des données de gestion localisées et sur très peu d’hypothèses. Surtout, environ 80 % de cet effet transite uniquement par le canal des dépenses des étudiants, ce qui rend la dépense publique universitaire tout à fait singulière : l’université est le seul établissement public qui détermine la mobilité résidentielle de ses usagers, les étudiants, et les concentre durablement dans l’espace, conduisant à des effets économiques de proximité de grande ampleur, sans équivalent dans d’autres établissements publics.

Cet effet d’entraînement territorial unique mériterait d’être mieux pris en compte dans les arbitrages budgétaires sur le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche.


Cet article est publié à l’occasion du Congrès 2026 de France Universités, autour de la question « Quel pacte universitaire pour la France de demain ? », organisé le 15 octobre 2026.

The Conversation

Yannick L’Horty a reçu des financements de l'ANR et de plusieurs agences publiques. Le programme In Situ est soutenu par L'initiative, qui réunit 6 universités lauréates I-Site.

Laetitia Challe a reçu des financements de l'ANR.

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