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22.09.2026 à 14:56

Quand les archéologues révèlent les habitudes alimentaires d’autrefois

Amy Benadiba, Conservatrice du patrimoine - Directrice scientifique et culturelle d'ARC-Nucléart, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA)
Le laboratoire ARC-Nucléart travaille sur la conservation d’œuvres et d’objets archéologiques en matériaux organiques, permettant de comprendre ce qu'on mangeait jadis, et comment on cuisinait.
Texte intégral (2754 mots)
Objets découverts lors de fouilles menées sur les épaves corsaires de la Natière, à Saint-Malo (XVIIIᵉ siècle). ARC-Nucléart, Fourni par l'auteur

L’ESSENTIEL

  • Les objets en matériaux organiques, comme le bois, le cuir ou les fibres végétales, sont par nature voués à disparaître avec le temps.

  • Si les archéologues les découvrent immergés dans l’eau, il existe cependant une solution technique permettant de les préserver, par des procédés relevant de la chimie et de la physique nucléaire.

  • Cette préservation nous donne accès à tout un pan de l’histoire de nos ancêtres, y compris préhistoriques : on sait mieux comment ils cuisinaient et ce qu’ils mangeaient.


Au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), c’est une chose que l’on a bien comprise, notamment au sein du laboratoire grenoblois ARC-Nucléart, qui réunit, depuis plus de cinquante ans, des ingénieurs spécialisés en physique nucléaire et en chimie avec des conservateurs et des restaurateurs du patrimoine.

ARC-Nucléart a, en effet, pour mission de mettre les sciences au service du patrimoine. Spécialisé dans la conservation d’œuvres et d’objets archéologiques en matériaux organiques, cet atelier laboratoire a permis à bon nombre d’objets de nous en apprendre plus sur la manière dont on cuisinait jadis, ou sur les aliments consommés autrefois.

Les objets en matériaux organiques, comme le bois, le cuir ou les fibres végétales, sont par nature voués à disparaître avec le temps. Fabriqués en matériaux dits « biodégradables », ils sont plus rarement parvenus jusqu’à nous que les éléments anciens en pierre, en céramique ou en matériaux plus durables.

Toutefois, lorsqu’ils sont découverts immergés dans l’eau ou enfouis dans des couches sédimentaires humides, les matériaux organiques sont conservés grâce au manque d’oxygène de ces milieux, limitant leur dégradation par des microorganismes ou les xylophages (les insectes xylophages sont des organismes dont les larves ou les adultes se nourrissent de bois).

Par ailleurs, au cours du temps, l’eau présente dans leur environnement va peu à peu solubiliser et prendre la place de certains de leurs constituants, entraînant une perte sensible de leurs propriétés mécaniques. On parle alors de « matériaux organiques gorgés d’eau ».

Plat et cuillère découverts dans les eaux du lac de Paladru sur le site de Charavines (Isère). Fouilles archeologiques de Charavines, Fourni par l'auteur

Lorsqu’il se gorge d’eau, le bois va par exemple se ramollir en raison de la disparition de la cellulose qui le compose, remplacée par l’eau au cœur de ses cellules. En cas de découverte et d’extraction du milieu humide, tout séchage à l’air libre entraînerait une évaporation brutale de l’eau liquide contenue dans le matériau, causant des déformations irréversibles au volume de l’objet.

Pour conserver des éléments archéologiques en matériaux organiques gorgés d’eau, il est donc indispensable de leur appliquer un traitement de consolidation permettant leur séchage en limitant les déformations et les pertes de volume.

Différentes méthodes de préservation

Pour ce faire, ARC-Nucléart propose différentes méthodes faisant appel à la chimie ou à la physique nucléaire :

Le traitement de consolidation PEG/lyophilisation est la méthode conventionnelle utilisée par différents ateliers spécialisés dans la conservation des objets archéologiques en matériaux organiques gorgés d’eau. Elle consiste à imprégner l’objet durant plusieurs mois dans un bain contenant un mélange d’eau et d’un consolidant : le polyéthylène glycol (PEG).

Une fois l’objet suffisamment imprégné, c’est-à-dire lorsqu’une quantité suffisante de consolidant a pénétré dans l’objet pour remplacer l’eau au cœur de celui-ci (soit environ 35 %), il va être sorti du bain et séché par lyophilisation. Ce type particulier de séchage se déroule en deux phases :

  • une première de congélation, durant laquelle la quantité restante d’eau liquide présente à l’intérieur de l’objet va se transformer en glace,

  • puis une seconde de sublimation, durant laquelle le vide va être fait pour provoquer le passage direct de la glace formée à l’état vapeur, sans passer par la phase liquide de l’eau, permettant ainsi d’éviter la déformation de l’objet, en outre consolidé par le PEG dont il a été préalablement imprégné.

Pour les objets archéologiques en bois gorgé d’eau présentant un état de dégradation important, ou composites bois/métal, une autre méthode de consolidation a été mise au point par ARC-Nucléart : le procédé « Nucléart mixte ». Ce procédé consiste à compléter la méthode PEG/lyophilisation avec un traitement conçu par ARC-Nucléart pour consolider des objets en bois sec : le « procédé Nucléart ».

En effet, ce procédé ne peut s’appliquer directement sur des objets gorgés d’eau. Pour réaliser le procédé Nucléart mixte, l’objet en bois gorgé d’eau est d’abord classiquement imprégné dans un bain d’eau et de PEG, mais le taux d’imprégnation recherché va être limité entre 20 et 30 %.

Ensemble de collections entrant dans le lyophilisateur. ARC-Nucléart, Fourni par l'auteur

Une fois ce seuil atteint, l’objet est séché par lyophilisation. Le procédé Nucléart, adapté aux objets en bois sec, peut alors être appliqué. Celui-ci consiste à imprégner le bois avec de la résine styrène-polyester liquide, grâce à un procédé vide-pression permettant de la faire pénétrer dans toute la microporosité du bois.

Après un essuyage très soigné, l’objet va être exposé au rayonnement gamma, au sein de l’irradiateur d’ARC-Nucléart, seul irradiateur gamma au monde consacré à la conservation du patrimoine. Le rayonnement gamma correspond à une lumière très pénétrante qui va avoir pour effet de faire polymériser la résine styrène-polyester au cœur de l’objet et ainsi le rendre très solide.

Du fait de son irréversibilité, cette méthode de consolidation est réservée aux objets particulièrement dégradés dont la conservation ne serait pas garantie par la simple application du traitement PEG/lyophilisation ou toute autre méthode.

Révéler le mode de vie des individus « ordinaires »

Découverts par les archéologues dans les mers, les lacs, les rivières ou les terrains humides qui les préservent, les objets en matériaux organiques sont bien souvent des éléments ne relevant pas d’une grande préciosité, à la différence des parures et des mobiliers retrouvés dans les sépultures.

Conserver et étudier ces objets, c’est combler un pan important de notre connaissance de l’histoire, en ne s’attachant pas uniquement au passé des élites mais en révélant également des biens plus communs, illustrant le mode de vie d’individus plus ordinaires. Leur découverte permet ainsi d’obtenir de riches informations sur la vie quotidienne, et notamment sur les pratiques culinaires ou les habitudes alimentaires des communautés du passé.

Les lacs jurassiens de Chalain et de Clairvaux ont, par exemple, révélé des objets du Néolithique en matériaux organiques gorgés d’eau très divers, traités par ARC-Nucléart majoritairement en PEG/lyophilisation, et aujourd’hui conservés au musée de Lons-le-Saunier (Jura).

Le Néolithique se caractérise par l’apparition d’activités nouvelles et par le développement de l’agriculture et de l’élevage. Ces innovations vont profondément marquer la vie des habitants des bords de ces lacs, dont les vestiges donnent un aperçu. Les restes osseux et botaniques témoignent ainsi de la pratique de la cueillette, de la nature des espèces cultivées ou domestiquées et de la pratique de la chasse attestée également par la présence de flèches ou de bâtons de jet.

La découverte de flotteurs en bois servant pour les filets de pêche témoigne de la consommation de poissons. Les herminettes et les outils en bois soulignent quant à eux une production céréalière intense vers 3000 avant notre ère. La vaisselle en bois mise au jour montre le recours à ce matériau pour la fabrication de récipients, comme des bols, des tasses avec anse, des louches utilisées comme cuillères ou puisoirs, ou des batteurs servant à mélanger les aliments et les liquides.

Une autre collection de référence est issue des sites bordant le lac de Paladru, en Isère. Traitée par ARC-Nucléart dès les années 1980, elle révèle des informations sur le mode de vie au Néolithique, mais aussi durant la période médiévale.

Présentée au Musée archéologique du lac de Paladru, elle comprend notamment de la vaisselle et des accessoires culinaires en bois conservant encore pour certains des dépôts, probablement laissés par les graisses des aliments, dont l’analyse est une source d’intérêt pour les archéologues.

Dans un tout autre registre, les amphores, barriques, tonneaux et autres récipients et accessoires découverts au fond des mers, dans des épaves, nous renseignent sur l’alimentation à bord de navires de toutes époques, sur les échanges commerciaux et sur le mode de conservation des denrées.

Bol en noix de coco provenant de l’épave de la Jeanne-Élisabeth après traitement et restauration, XVIIIᵉ siècle, Palavas (Hérault). ARC-Nucléart, Fourni par l'auteur

Certains objets préservés, comme le bol en noix de coco provenant de l’épave de la Jeanne-Élisabeth, échouée au large de Palavas en 1755, nous plongent parfois au-delà de l’information archéologique dans le domaine de l’émotionnel, rendant tangibles par certains détails, comme un décor, d’infimes aspects de la personnalité de leur propriétaire.

L’apport des sciences à l’archéologie et à la conservation des biens culturels est donc essentiel, car il permet d’obtenir de riches informations sur notre connaissance des siècles passés et de transmettre ce patrimoine aux générations futures.


Cet article est publié dans le cadre de la Fête de la science (qui a eu lieu du 2 au 12 octobre 2026), dont The Conversation France est partenaire. Cette nouvelle édition porte sur la thématique « Saveurs savantes ». Retrouvez tous les événements de votre région sur le site Fetedelascience.fr.

The Conversation

Amy Benadiba ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

22.09.2026 à 14:55

« Un Pikachu contre un Salamèche ? » : quand Pokémon crée la collection de cartes pour les enfants et les parents

Pascale Ezan, professeur des universités - comportements de consommation - alimentation - réseaux sociaux, Université Le Havre Normandie
On n’attrape jamais les Pokémon tout seul. Mais alors, avec qui ? Au-delà d’une mode éphémère, les Pokémon réussissent à dépasser les générations… de joueurs comme de jeux.
Texte intégral (2152 mots)
Comme ici, en Thaïlande, les cartes de Bulbizarre, Salamèche, Carapuce ou Pikachu, à échanger valent leur pesant d’or. Wachiwit/Shutterstock (no reuse)

L’ESSENTIEL

  • « Attrapez-les tous ! » Avec son slogan, Pokémon déchaîne les passions dans les cours de récréation.

  • Une recherche doctorale met en évidence que, au-delà d’une mode éphémère, les Pokémon réussissent à dépasser les générations… de joueurs comme de jeux.

  • L’entreprise japonaise a sorti une nouvelle collection de 160 cartes pour son 30ᵉ anniversaire.


À la rentrée, l’école devient le théâtre d’un phénomène bien connu des enseignants, des parents et des enfants : celui des collections. Cartes, billes, figurines, bracelets, images autocollantes ou petits objets apportés de la maison envahissent les cours de récréation.

Certaines collections disparaissent très vite. Après avoir déclenché quelques disputes, provoqué quelques trocs, elles seront remplacées par une nouvelle mode. D’autres, plus rares, s’installent durablement et alimentent dès lors la mémoire collective d’une génération d’enfants.

À cet égard, Pokémon constitue un cas à part. Née au Japon en 1996 avec les jeux vidéo Pokémon rouge et vert, la franchise créée par Nintendo s’est rapidement déployée à l’international, à travers les jeux vidéo, le dessin animé, les films, les jouets et surtout les cartes à collectionner, arrivées en Europe à la fin des années 1990.

Près de trente ans plus tard, Pokémon ne relève plus seulement de l’effet de mode enfantin. C’est un phénomène culturel planétaire, un marché mondialisé, une passion commune pour de nombreux joueurs et un puissant support de nostalgie pour beaucoup d’adultes.

Comment expliquer une telle longévité ? Pourquoi certains objets de collection disparaissent-ils au bout d’une saison, tandis que Pokémon continue de séduire les enfants, les adolescents, les adultes collectionneurs et les joueurs ? Ce succès repose sur divers facteurs que j’ai cherché à décrypter lors de ma thèse.

Effet de mode enfantin

Le premier ressort des Pokémon repose sur une promesse extrêmement simple :« Attrapez-les tous ! » Ce slogan est emblématique de ce qui fait une collection.

Collectionner, c’est poursuivre une quête, une sorte de chasse au trésor. Chaque nouvelle acquisition rapproche de l’objectif visé : compléter sa collection tout en faisant prendre conscience de ce qui nous manque encore.

La collection repose ainsi sur une tension permanente entre satisfaction et frustration.

Cette appétence des enfants à accumuler des objets a été largement instrumentalisée par Pokémon. La franchise repose, dès l’origine, sur une profusion de créatures à identifier, capturer, classer, comparer et échanger. Le Pokédex, qui répertorie les Pokémon, fournit une organisation à respecter. Il ne s’agit pas seulement d’obtenir de nombreuses cartes ou des personnages, mais de progresser dans un système ordonné, où chaque élément trouve sa place comme dans un album Panini.

Cette logique est particulièrement puissante chez les enfants. Elle répond à leur goût pour le classement, la série, la répétition et la maîtrise progressive d’un ordre à appréhender. Posséder des cartes Pokémon, c’est entrer dans un monde dont il faut apprendre les noms, les types de personnages, les forces, les évolutions. Ce mécanisme invite l’enfant à devenir un expert capable d’organiser sa collection et d’en parler.

Puissance symbolique des mascottes

Le deuxième facteur explicatif du succès tient à la puissance symbolique des mascottes, qui sont largement utilisées en marketing pour attirer les enfants. Pikachu en est évidemment l’exemple le plus célèbre, mais l’univers Pokémon ne se limite pas à une figure emblématique.


À lire aussi : Peut-on apprendre la géographie française grâce aux jeux « Pokémon » ?


Il propose un éventail très vaste de personnages, dont les caractéristiques et les pouvoirs autorisent des mécanismes d’identification multiples. Certains enfants s’attachent à des Pokémon mignons, d’autres à des créatures puissantes, mystérieuses ou spectaculaires. Les Pokémon fonctionnent comme des supports de projection. Ils ne sont pas seulement collectionnés ; tout comme une marque plébiscitée par les enfants, ils sont choisis, comparés, défendus au sein du groupe de pairs.

Rareté des cartes

La PSA 10 Pikachu Illustrator est la carte Pokémon la plus chère vendue au monde. Wikimédia

Un autre atout concerne la rareté. Toute collection repose sur une hiérarchisation des objets. Si toutes les pièces se valent, l’envie de collectionner s’épuise rapidement. Pokémon a très tôt intégré cette logique en discriminant des cartes ordinaires, brillantes, holographiques ou issues d’éditions particulières. Cette hiérarchisation s’accompagne d’une tension entre les cartes qu’on peut acquérir facilement et celles plus précieuses et donc plus difficiles à trouver.

Cette rareté largement orchestrée par Pokémon contribue à nourrir une valeur symbolique à certaines cartes, mais attribue aussi une valeur sociale à ceux qui les détiennent. Dans la cour de récréation, posséder une carte rare modifie immédiatement le statut de l’enfant. Dans la mesure où il détient une pièce convoitée par les autres, il attire les regards de ses pairs et les propositions d’échange. Il devient, pour un temps, un leader, rôle largement recherché au sein du groupe.

Désir de lien social

La force des Pokémon réside dans le désir de lien social que ce concept a matérialisé. Pokémon repose sur une invitation à créer des relations entre enfants pour compléter sa collection. Dans les travaux que j’ai menés sur les objets à collectionner, cette dimension apparaît centrale : les effets de mode ne reposent pas seulement sur les caractéristiques des produits, mais aussi sur leur potentialité à circuler dans les groupes de pairs.


À lire aussi : Les Pokémon, créateurs de lien social ?


Un objet qui ne se montre pas, ne se compare pas et ne s’échange pas a peu de chances de déclencher un phénomène de mode. À l’inverse, une collection qui a vocation à nourrir des conversations, des altercations et des transactions peut rapidement emporter l’engouement des enfants.

La puissance des Pokémon repose sur la logique de renouvellement des objets. Beaucoup de collections s’épuisent, faute de nouveaux produits à acquérir. L’intérêt des passionnés décline une fois l’ensemble complété ou une fois la mode passée. Au contraire, Pokémon organise en permanence la relance du désir d’accumulation : nouvelles générations de créatures, nouvelles séries de cartes, nouveaux jeux. En définitive, Pokémon a réussi à installer un univers suffisamment stable pour être rapidement reconnaissable et suffisamment évolutif pour rester présent dans l’esprit des collectionneurs.

Du phénomène de mode au sentiment de nostalgie

Le succès actuel de Pokémon ne peut plus s’expliquer uniquement par les enfants. Il faut désormais intégrer un autre phénomène : celui des kidultes, ces adultes qui continuent de consommer des produits liés à l’enfance, par passion ou par nostalgie.

Les enfants qui ont découvert Pokémon à la fin des années 1990 ou au début des années 2000 sont devenus des adultes. Certains ont conservé leurs cartes, d’autres ont repris leur collection, d’autres encore ont renoué avec l’univers à travers Pokémon Go, les jeux récents ou le marché des cartes rares.

Cette nostalgie joue un rôle économique majeur et alimente de nombreuses stratégies marketing. Un objet d’enfance n’a pas seulement une valeur matérielle. Il condense une période de la vie, des souvenirs, des sociabilités. Retrouver une carte, c’est revoir une cour d’école, une Game Boy, un dessin animé, un classeur rangé avec soin, une excitation partagée avec des copains.

Engouement générationnel

C’est ce passage de l’effet de mode à l’engouement générationnel qui rend le cas Pokémon exemplaire. La plupart des modes enfantines sont intenses, mais très brèves. Elles provoquent de l’enthousiasme parce que tout le groupe s’en empare au même moment. Pokémon a su créer cette dynamique sociale, mais il l’a dépassée, en transformant une mode dans les cours de récréation en patrimoine culturel partagé.

Cette transformation repose sur une véritable alchimie.

Pokémon propose aux enfants une collection structurée, des personnages attachants, des occasions d’échange et un univers jamais épuisé. Il offre aux adultes un lien avec leur propre enfance, une mémoire collective et parfois un support de spéculation.

Entre les deux, il maintient une continuité : les enfants d’hier peuvent transmettre aux enfants d’aujourd’hui les noms, les règles et les récits qui les ont eux-mêmes accompagnés.

C’est sans doute là que réside la force durable de Pokémon. Derrière les cartes, les jeux et les créatures, il y a une expérience sociale complète. On n’attrape jamais vraiment les Pokémon seul : on les acquiert avec les autres, malgré les autres, grâce aux autres, puis parfois, des années plus tard, pour retrouver une part de l’enfant que l’on a été.

The Conversation

Pascale Ezan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

22.09.2026 à 14:53

Moustique-tigre : le changement climatique étend le risque de dengue à presque toute la France

Andrea Radici, Modélisateur épidémiologique, Institut de recherche pour le développement (IRD)
Le moustique-tigre pourrait conquérir jusqu’à 96 % de la France hexagonale d’ici à 2085. La dengue mais aussi les virus Zika et chukungunya pourraient ainsi émerger dans presque tout l’Hexagone.
Texte intégral (991 mots)
Une femelle _Aedes albopictus_ se nourrissant de sang humain. James Gathany, CC BY

L’ESSENTIEL

  • Le moustique-tigre pourrait conquérir jusqu’à 96 % de la France hexagonale d’ici à 2085.

  • Dengue mais aussi Zika et chikungunya pourraient ainsi émerger sur presque tout l’Hexagone, montre une nouvelle étude

  • Les zones rurales et périurbaines seront les plus à risque.


Le moustique-tigre (Aedes albopictus) est arrivé accidentellement en France en 2004. Mais d’ici à 2085, on pourra le trouver dans tout l’Hexagone à l’exception des zones de haute montagne, et peut-être de certaines régions intérieures du nord. En conséquence, montre notre nouvelle étude, la dengue et les virus Zika et chikungunya transmis par cet insecte pourraient également se répandre dans toutes ces zones colonisées, hormis peut-être la côte de la Manche.

L’expansion de ces maladies est la conséquence directe du changement climatique, qui modifie la répartition géographique de différentes espèces, principalement par le biais de l’augmentation des températures, et continuera à le faire pendant encore plusieurs décennies.

Lorsque les températures de l’Hexagone se rapprochent de celles des régions tropicales, où le moustique-tigre a évolué pendant des milliers d’années, cet insecte se reproduit et se développe plus rapidement, vit plus longtemps et pique plus souvent. Comprendre ce changement est primordial pour prévenir le risque majeur qu’il représente pour la santé publique. C’est ce que nous avons voulu faire à travers notre nouvelle étude.

Comment ces prévisions ont-elles été réalisées ?

Pour cela, nous avons utilisé des modèles mathématiques qui permettent d’estimer la population de moustiques à un endroit donné à un moment précis. Ces modèles nous permettent de simuler l’évolution de ces peuplements de moustiques en utilisant des séries de projections météorologiques nous permettant de regrouper des paramètres comme la température, les précipitations, l’abondance des sites de reproduction…

Pour cette étude, nous avons utilisé des projections du GIEC pour les soixante prochaines années, qui varient en fonction des politiques climatiques futures : nous avons distingué un scénario « haute pression » (+ 3 °C et sur la période 2066-2085 par rapport à la période 1986-2005) et un scénario « moyenne pression » (+ 1,8 °C).

Ces deux trajectoires se traduisent directement sur l’expansion du moustique-tigre : dans le premier cas, entre 89 et 96 % du territoire deviendrait favorable à son implantation, dans le deuxième, cette expansion baisse à 72 %.

Ce que ces travaux nous permettent de comprendre

Si cette étude n’est pas la première à s’intéresser à l’impact du changement climatique sur les moustiques-tigres, elle propose cependant des prévisions d’une précision inédite pour le territoire hexagonal.

Elle nous permet ainsi de caractériser le risque épidémiologique en observant les différences de risque à différentes latitudes ainsi qu’entre les zones urbaines et périurbaines.

Bien que les villes hébergent davantage de moustiques, nos simulations montrent ainsi que les zones rurales et périurbaines seront plus vulnérables à la transmission que les grandes villes, car chaque moustique y pique un plus petit nombre de personnes de façon répétée, augmentant ainsi le potentiel de propagation.

Nous sommes également parmi les premiers à avoir étudié la possibilité de moustiques actifs toute l’année du fait d’hivers doux, qui leur permettraient de ne plus avoir besoin d’hiberner.

Comment poursuivre ces recherches ?

La France hexagonale va donc devoir composer avec le moustique-tigre. Pour minimiser les risques de transmission de maladie, des études à une échelle encore plus fines pourraient être d’une grande aide, afin de documenter l’interaction entre le moustique-tigre et l’humain en fonction de conditions locales telles que la végétalisation des villes, la gestion de l’eau, les pratiques de lutte contre les vecteurs. En comparant toutes ces données, nous pourrions ainsi identifier les pratiques qui minimisent les risques.

Parallèlement, il faut étudier la mise en œuvre opérationnelle des modèles, afin de mettre au point un outil que chaque citoyen pourrait consulter. À Montpellier (Hérault), la communauté des modélisateurs travaille en étroite collaboration avec les collectivités, les responsables de la santé publique et les agences de lutte contre les vecteurs afin de produire un outil adapté. Bientôt, nous pourrons ainsi, au-delà des prévisions météorologiques, proposer au public une « météo des moustiques ».


Tout savoir en trois minutes sur des résultats récents de recherches, commentés et contextualisés par les chercheuses et les chercheurs qui ont menées ces dernières, c’est le principe de nos « Research Briefs ». Un format à retrouver ici.

The Conversation

Andrea Radici ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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