20.08.2026 à 15:02
Est-ce que vous jouez avec votre chat ou est-ce que vous êtes juste en train de l’embêter ?
Texte intégral (2719 mots)
L’ESSENTIEL
Le jeu est bénéfique à la santé des chats domestiques. Il renforce également les liens avec l’humain.
Cependant, une étude inédite montre que nous sommes nombreux à confondre le jeu avec des situations où les chats sont en détresse.
C’est l’occasion donc de faire le bilan sur les signes qui doivent nous alerter et ceux qui nous indiquent que notre chat apprécie vraiment le jeu.
Vous est-il déjà arrivé de regarder des vidéos en ligne d’humains « jouant » avec des chats et de remarquer que ce dernier n’a pas vraiment l’air de s’amuser ? Si c’est le cas, vous êtes probablement plus doué que la moyenne pour déchiffrer le langage corporel des chats.
On sait que des jeux interactifs réguliers favorisent la santé, réduit le stress et renforce le lien entre l’homme et le chat.
Mais selon notre dernière étude, ce que beaucoup de gens considèrent comme du « jeu » n’en est peut-être pas du tout. En réalité, ces interactions sont source d’agacement ou de stress pour les chats.
Quand le jeu n’en est plus
Lorsqu’ils jouent, l’humain et le chat doivent savoir distinguer les comportements qui pourraient être perçus comme menaçants dans d’autres contextes, tels que les mouvements brusques, les coups de patte ou les poursuites.
Des études montrent pourtant que les gens ont du mal à interpréter la communication féline et souvent ne remarquent pas quand un chat ne veut pas jouer. Et même lorsqu’ils s’en rendent compte, beaucoup de gens choisissent de continuer quand même.
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Afin de comprendre pourquoi certaines personnes peuvent mal interpréter ou ignorer les signes de stress chez les chats, nous avons, dans le cadre de notre nouvelle étude, analysé 1 100 commentaires laissés sous des vidéos publiées sur les réseaux sociaux (YouTube, TikTok, Instagram et Facebook) montrant des « jeux » dangereux.
Afin d’éviter que les vidéos virales n’influencent de manière disproportionnée l’analyse, seuls les 100 premiers commentaires de chaque vidéo ont été analysés. Les commentaires provenaient à la fois de propriétaires de chats et de personnes n’en possédant pas.
Les 11 vidéos sélectionnées montraient toutes des signes évidents de détresse chez les chats, tels que des sifflements, des morsures, des tentatives de fuite, des blessures visibles chez les humains et, dans certains cas, des chats subissant des violences physiques. Malgré cela, de 75 % à 93 % des commentaires sur l’ensemble des vidéos étaient positifs. Comment cela s’explique-t-il ?
Pourquoi interprète-t-on mal le comportement des chats ?
Les interprétations erronées des internautes semblaient influencées par leurs croyances préexistantes concernant les chats, les relations entre les humains et les chats, mais aussi par ce qui est considéré comme amusant ou drôle. De nombreux commentaires banalisaient ainsi les manipulations brutales, présentaient des signes de stress comme de l’excitation ou de l’affection, ou les minimisaient en les qualifiant de « mignons » ou « marrant ».
Dans de nombreux cas, les commentaires reflétaient une dissonance cognitive – ce malaise mental qui survient lorsque nos convictions bien ancrées se heurtent à des preuves contradictoires – ainsi que les mécanismes d’adaptation courants auxquels notre cerveau a recours pour l’atténuer, tels que le déni, le rejet ou l’adoption d’une attitude défensive :
« N’importe qui doté d’un minimum de bon sens peut voir que cette vidéo ne montre pas de maltraitance animale. »
Les commentaires faisaient également écho à des perceptions problématiques issues de discours sociétaux plus larges, tels que :
« Si elle n’était pas à l’aise, elle s’enfuirait. »
« S’ils étaient vraiment en colère, ton bras saignerait à flots. »
De telles déclarations présentent une ressemblance frappante avec des remarques adressées aux victimes de violences conjugales, telles que « Si c’était si terrible, pourquoi n’est-elle pas partie ? »
Les idées fausses les plus courantes
1. « Une véritable détresse ne laisse aucun doute »
De fait, les internautes pensaient souvent que si un chat n’appréciait vraiment pas une interaction, il s’enfuirait ou infligerait des blessures plus graves. S’il n’y avait pas de sang visible, si le chat restait sur place ou s’il ne correspondait pas à l’idée que l’on se fait d’un animal « en détresse », les internautes concluaient qu’il s’agissait d’un jeu.
En réalité, les chats restent souvent engagés dans une interaction ou retiennent leurs attaques afin de réduire les risques pour eux-mêmes, par le biais d’une « réaction de paralysie », ou pour éviter une escalade de la violence.
2. « Ce n’est pas du stress, c’est de l’excitation »
Les téléspectateurs interprétaient souvent à tort les signaux de détresse (oreilles rabattues, queue qui fouette, attaques violentes, grognements) comme des signes indiquant qu’un chat appréciait un « jeu » brutal. Ils citaient des comportements similaires observés chez leur propre chat comme preuve que celui-ci s’amusait.
En réalité, les jeux brutaux sont trop stimulants. Même si les chats semblent s’amuser, ils adoptent souvent une attitude défensive, et non ludique.
3. « Le chat sait que ce n’est qu’un jeu »
De nombreux internautes ont également supposé que les chats sociabilisés ou ayant tissé des liens affectifs avec l’humain étaient capables de faire la différence entre « le jeu » et « la violence ». D’autres pensaient aussi que les chats « savaient » se retenir. Cette conviction a persisté même lorsqu’une vidéo montrait un bébé blessé, les internautes continuant d’affirmer que le chat se montrait doux.
En réalité, même si les chats peuvent modérer leurs gestes lors de véritables séances de jeu, ils peuvent rapidement être surexcités, ce qui peut entraîner une détresse et des blessures par défense.
Et ils peuvent également se sentir stressés, même s’ils savent que vous jouez avec eux. De plus, si les chats peuvent se montrer plus tolérants envers une personne en qui ils ont confiance, les interactions non désirées risquent, à la longue, d’entamer cette confiance.
4. « C’est comme ça que vous gagnez leur confiance »
Plus inquiétant, encore, certains internautes encourageaient les autres à poursuivre ces interactions néfastes alors même que le chat devenait visiblement angoissé et agressif, affirmant que c’était le meilleur moyen de « gagner la confiance » d’un chat ou de s’attirer ses faveurs.
Mais si les chats expriment leur détresse, c’est pour une bonne raison : ils veulent que vous arrêtiez.
5. « C’est comme ça que les chats montrent leur amour »
Les internautes interprétaient souvent les morsures comme un signe d’affection et parlaient parfois de « morsure d’amour », et la tolérance humaine face aux blessures était alors souvent saluée comme un signe de dévouement. Certains considéraient ainsi les griffures comme un signe d’honneur et affirmaient qu’elles faisaient partie intégrante de la vie avec des chats.
En réalité, ces soi-disant « morsures d’amour » sont généralement la manière polie qu’a un chat de vous faire comprendre qu’il en a assez. Si vous êtes constamment couvert de morsures ou d’égratignures, c’est probablement que vous surstimulez régulièrement votre chat.
Comment vraiment jouer avec votre chat ?
Laissez-le choisir. Assurez-vous que votre chat a envie de jouer. Commencez en douceur, laissez-lui le choix, proposez-lui plusieurs issues et soyez attentif aux signes subtils indiquant qu’il en a assez.
Évitez les jeux de combat. Les jeux trop brutaux peuvent rapidement submerger un chat, lui apprendre à considérer les mains comme des jouets et entraînent souvent des blessures. Privilégiez plutôt l’utilisation en alternance de différents jouets à baguette et d’objets similaires qui vous permettent de rester à distance, vous protègent des blessures et réduisent le risque de causer accidentellement du stress à votre chat.
Restez curieux. Dans notre étude, de nombreux observateurs ont mal interprété le comportement des chats ou ignoré des signes évidents de stress, non par malveillance, mais parce que les reconnaître allait à l’encontre de leurs convictions ou de l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes. Si l’idée que votre façon de jouer puisse causer du stress à votre chat vous met mal à l’aise, inspirez-vous des chats et essayez de rester curieux. Il a été démontré que la curiosité est efficace pour aider les gens à dépasser leurs propres préjugés.
Si nous restons curieux, nous restons attentifs aux moments où nos chats prennent plaisir à jouer et à ceux où ils veulent s’arrêter.
Julia Henning ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
20.08.2026 à 15:02
Vin, huile, profits : le véritable rôle des intendantes dans les fermes romaines
Texte intégral (2324 mots)
Longtemps décrites comme de simples gouvernantes chargées des tâches domestiques, les vilicae de la Rome antique jouaient en réalité un rôle central dans la gestion des exploitations agricoles. Une nouvelle étude montre qu’elles supervisaient notamment la production de vin et d’huile d’olive, au cœur de l’économie romaine.
Les intendantes agricoles sont là, sous nos yeux, dans les textes de la Rome antique. Elles sont mentionnées dans les lois, la littérature et les inscriptions funéraires sur une période de cinq siècles. Les historiens modernes ont pourtant généralement considéré qu’elles n’étaient seulement chargées que des tâches domestiques, et des repas du foyer, restant à l’écart des activités productives de l’exploitation.
Mon nouvel article, publié dans le Journal of Roman Archaeology, remet en cause cette idée.
Les sources montrent en effet que nombre de ces intendantes supervisaient la production de vin ainsi que d’autres activités essentielles à la production agricole et à la rentabilité des exploitations.
Une fausse piste
Le traité d’agronomie rédigé au Ier siècle de notre ère par l’écrivain romain Lucius Junius Moderatus Columella dit Columelle offre un précieux aperçu du rôle de l’intendante agricole.
Lui-même grand propriétaire terrien, Columelle énumère les responsabilités des gestionnaires de domaine, qui étaient probablement des personnes réduites en esclavage. L’intendant était appelé vilicus et l’intendante vilica, des termes dérivés de leurs fonctions au sein de la villa.
Mais de nombreux historiens ont été induits en erreur par une fausse piste. Columelle ouvre en effet son passage consacré à la vilica par une longue citation du philosophe grec Xénophon, qui écrivait à Athènes plus de quatre siècles auparavant.
Selon Xénophon, le rôle « naturel » des femmes était de travailler à l’intérieur. Dans son exposé, l’épouse idéale de la haute société est ainsi présentée comme demeurant dans sa maison en ville afin de superviser les tâches domestiques des esclaves.
Le philosophe grec ne parle pourtant pas des travailleurs agricoles. Columelle précise d’ailleurs à quatre reprises que ces idées ne sont pas les siennes, mais celles de Xénophon, qui écrivait plusieurs siècles auparavant.
Columelle attribue à la vilica d’une exploitation romaine un tout autre ensemble de responsabilités. La plus importante est la production de vin et d’huile d’olive, deux denrées de grande valeur qui constituaient la principale source de revenus des propriétaires fonciers.
Dans sa description des tâches de la vilica, il mentionne notamment l’extraction du jus des raisins pendant les vendanges, l’ajout d’aromates et de conservateurs, tels que le sel, l’absinthe, le fenouil ou le moût de raisin réduit, ainsi que la supervision de la fermentation jusqu’à l’obtention du vin.
Selon lui, la vilica dirigeait également la transformation d’autres produits agricoles afin de les rendre durables et rentables, par exemple en faisant presser des olives impropres à la consommation pour produire de l’huile d’olive destinée à la vente.
Les données de l’archéologie montrent que la production de vin ou d’huile, réalisée grâce à d’imposantes machines installées dans de vastes bâtiments, pouvait atteindre 50 000 à 100 000 litres par an, voire davantage. La vilica supervisait donc des activités de grande ampleur, indispensables au fonctionnement du domaine.
Invoquer les dieux
Les sacrifices accomplis selon les règles étaient considérés comme essentiels à la réussite de l’exploitation agricole. L’archéologie a mis au jour des autels destinés aux offrandes dans des bâtiments romains consacrés à la vinification. La production de vin dans le monde romain était un processus délicat, soumis aux aléas de la température, des bactéries ou de l’oxygénation. Le vin pouvait facilement moisir ou tourner au vinaigre.
Un aspect frappant du récit de Columelle est qu’il confie à l’intendante agricole la responsabilité d’accomplir des offrandes destinées à prévenir ce type de catastrophe.
À la recherche d’autres indices
Les autres textes ne font souvent qu’évoquer brièvement la vilica, sans en dire beaucoup plus que son existence. Mais ces mentions permettent tout de même de reconstituer quelques éléments.
Des textes juridiques consacrés aux successions, citant le juriste Trebatius au Ier siècle avant notre ère, classent la vilica parmi l’instrumentum fundi : l’ensemble de ce qui est nécessaire au travail productif de l’exploitation, à la récolte et à la conservation de ses produits, y compris la main-d’œuvre réduite en esclavage.
Un autre grand propriétaire terrien et auteur, Caton l’Ancien, qui vécut deux siècles avant Columelle, considère l’intendant et l’intendante agricoles comme des membres indispensables du personnel d’un vignoble ou d’une oliveraie.
Il ne consacre qu’un court passage aux tâches de la vilica, mais une lecture attentive montre qu’elles ne relèvent pas principalement de la sphère domestique. Caton lui attribue l’élevage de la volaille ainsi que la transformation des produits agricoles saisonniers. S’il évoque aussi la supervision du nettoyage, il peut s’agir de l’entretien des espaces de travail, comme les étables ou les bâtiments de vinification, une composante essentielle de la gestion du domaine que Columelle range également parmi les responsabilités de la vilica.
L’auteur confie également à la vilica la responsabilité d’accomplir les sacrifices destinés à assurer la prospérité de l’exploitation. Elle doit, écrit-il, déposer régulièrement des guirlandes sur l’autel « pour l’abondance ».
Une mosaïque romaine représentant les travaux du domaine au fil des saisons montre une scène d’offrande à Jupiter (sous sa forme celtique, dieu du ciel et des phénomènes météorologiques) en faveur de récoltes abondantes. On y voit une femme tenant des guirlandes, exactement comme le prescrit Caton. À ses côtés figurent une cruche destinée aux libations de vin ainsi qu’un personnage masculin.
Cette mosaïque représente peut-être la vilica et le vilicus, tous deux indispensables à la réussite des récoltes annuelles. Si les représentations de femmes dans ce contexte sont rares, une peinture murale fragmentaire découverte à Rome montre une femme supervisant des ouvriers chargés de la vinification, exactement comme le décrit Columelle.
L’ensemble de ces éléments invite à revoir une vision devenue dépassée du rôle des femmes romaines dans la production agricole, qui constituait le principal secteur économique de l’Antiquité.
Aucune vilica ne nous a laissé de récit de son travail écrit de sa propre main. Mais en examinant attentivement les sources, il est encore possible d’en percevoir l’écho.
Tamara Lewit ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
20.08.2026 à 15:01
Nouveaux sports : d’où vient le succès du padel ?
Texte intégral (1484 mots)
L’ESSENTIEL
Inventée en 1969 au Mexique, la pratique du padel s’est installée en France à partir des années 1990.
Le principe du jeu à quatre, la continuité entre murs et terrains en font une discipline conviviale, qui attire vers les sports de raquette un public plus large.
Aujourd’hui, le padel a rejoint la Fédération française de tennis, et il intéresse le monde de la recherche : celle-ci se penche notamment sur le caractère accessible de ce nouveau sport.
Importé du Mexique dans les années 1970, le padel est devenu en quelques années l’un des sports qui évoluent le plus vite en France. Entre croissante du nombre de pratiquants, émergence de nouveaux terrains, intérêt croissant des investisseurs et intégration au sein de la Fédération française de tennis, il s’impose à un niveau qui se situe bien au-delà de l’effet de mode. Ce sport de raquette compte désormais plus de 400 000 pratiquants, 1 240 clubs et 4 050 pistes sur l’ensemble du territoire.
Derrière ces chiffres, qu’est-ce qui explique cet engouement ? Comment ce sport s’est-il progressivement installé en France pour prendre une place de plus en plus importante dans le paysage sportif français ?
De nouvelles attentes chez les sportifs
Depuis 1945, l’État et les fédérations sportives ont joué un rôle central dans la démocratisation du sport en France, en structurant une offre institutionnelle (équipements, licences, compétitions). Cette dynamique a porté ses fruits : entre 1949 et 2023, le nombre de licences sportives délivrées est passé de 1 867 000 en 1949 à 16 500 000 en 2023, soit environ neuf fois plus. Portée par la réduction du temps de travail et la hausse du pouvoir d’achat, la pratique sportive est devenue une affaire de masse.
Pourtant, à partir des années 1980, un écart se creuse entre le nombre de pratiquants et celui de licenciés. En 1985, un sportif sur deux pratiquait hors de toute structure institutionnelle ; en 2015, c’était trois sur quatre. Le modèle fédéral, organisé et codifié, semble avoir atteint la fin de son « âge d’or ». Le sport institutionnel ne capte plus qu’une part minoritaire de l’activité physique réelle des Français.
Ce décrochage ne traduit pas un désintérêt pour le sport. Il reflète une transformation des attentes. Les pratiquants ne cherchent plus nécessairement la performance ; ils veulent de l’autonomie, du plaisir immédiat, de la convivialité et le moins de contraintes possible. Ils investissent de nouveaux espaces et adoptent des pratiques plus libres et auto-organisées, comme les sports de pleine nature ou les sports urbains. Face à ce constat, les acteurs privés ont réussi à créer un véritable marché pour répondre aux nouvelles attentes.
Conscients de cette évolution, les fédérations sportives ont progressivement cherché à se réinventer, en innovant pour tenter de reconquérir des pratiquants et d’en attirer des nouveaux. Dans le domaine sportif, l’innovation peut prendre plusieurs formes : la rénovation d’une pratique existante ; l’introduction d’un nouveau sport inspirée d’un autre secteur sportif (du surf de vague au surf de neige) ou issue de l’hybridation d’activités existantes (footgolf, kitesurf, etc.) ; ou encore la transformation d’une pratique existante par l’adaptation de ses règles, de son environnement de pratique ou de son équipement.
Le beach tennis, le padel ou encore le kitesurf illustrent cette tendance à l’hybridation et à l’adaptation, dans laquelle les fédérations cherchent à répondre aux aspirations d’une nouvelle génération de sportifs sans pour autant renoncer à leurs missions de structuration et d’encadrement.
L’institutionnalisation du padel en France
La pratique du padel s’inscrit dans cette logique et illustre ces mutations. Inventé en 1969 à Acapulco, quand l’homme d’affaires mexicain Enrique Corcuera fait aménager un terrain délimité par des murs dans sa propriété, ce sport gagne d’abord l’Espagne dans les années 1970 grâce au marquis Alfonso de Hohenlohe. Très populaire, il compte plus de 3,5 millions de pratiquants, avec une augmentation de 101 % du nombre de licenciés entre 1998 et 2011. En Argentine, il s’impose comme le deuxième sport le plus pratiqué, avec plus de 4 millions de pratiquants.
Cette nouvelle pratique répond aux nouvelles attentes des sportifs. Ses caractéristiques spécifiques – terrain réduit (20 mètres sur 10 mètres), jeu à quatre, continuité du jeu grâce aux murs, faible demande physiologique – en font une discipline accessible et attrayante pour tous.
En France, ce sont d’abord les entrepreneurs privés qui ouvrent les premières salles à la fin des années 1990, créant une offre adaptée à la demande. La Fédération française de padel est ensuite fondée en 1992 par d’anciens rugbymen du Paris Université Club, dont les frères Baigts, dans le but de structurer et développer la pratique sur le territoire national.
Pendant plus de vingt ans, le padel se développe ainsi, porté par un réseau d’acteurs privés et une fédération indépendante aux moyens limités.
Alors que la Fédération française de tennis (FFT) connaît une baisse d’effectifs, avec une perte de plus de 266 000 licenciés, elle saisit l’opportunité que représente l’essor du padel.
En 2014, un arrêté ministériel publié au Journal officiel transfère à la Fédération française de tennis la délégation de service public prévue à l’article L. 131-14 du Code du sport. Ce transfert marque le véritable point de départ de l’encadrement institutionnel du padel français : ce qui relevait jusqu’alors de l’initiative privée entre dans le giron du sport fédéral. La FFT se charge désormais de la promotion, de l’organisation et du développement de l’activité pour toutes et tous.
Un sport plus accessible ?
Le padel constitue aujourd’hui un espace en mutation, prix entre deux logiques. D’un côté, le modèle fédéral ne semble plus répondre à l’ensemble des aspirations socioculturelles contemporaines des pratiquants ; de l’autre, les acteurs privés qui investissent un marché en forte croissance font face au manque d’équipements sportifs en milieu urbain.
C’est pour comprendre ce processus d’institutionnalisation et les enjeux liés au développement du padel qu’a été lancé le projet Padel, acteurs et dynamiques d’institutionnalisation (PADIN), mené au laboratoire ACP de l’Université Gustave-Eiffel et soutenu par l’I-SITE Gustave-Eiffel.
En combinant enquête par questionnaire et entretiens semi-directifs, il vise à éclairer la manière dont les différents acteurs – institutionnels, privés, fédéraux – contribuent au développement du padel sur le territoire de l’Île-de-France. Il s’agit également de comprendre si ce sport est véritablement accessible à toutes et tous ou s’il creuse, à son tour, les inégalités d’accès à la pratique sportive.
Marine Fontaine a reçu un financement de l'I-site de l'Université Gustave Eiffel.