21.05.2026 à 17:03
Face aux entreprises privées qui se ruent vers les étoiles, une gouvernance internationale de l’espace devient indispensable
Texte intégral (2245 mots)

Il y a dix ans, l’orbite basse comptait 2 000 satellites actifs. Aujourd’hui, ils sont près de 20 000 et jusqu’à un million pourraient suivre. Une explosion du trafic spatial qui pousse les chercheurs à réclamer des règles internationales plus strictes.
Les académies des sciences des pays membres du G7 ont fait de la gouvernance internationale de l’espace un enjeu majeur en vue du sommet des dirigeants du G7, qui se tiendra du 15 au 17 juin à Évian, en France.
L’essor fulgurant des grandes constellations de satellites au cours de la dernière décennie ouvre la perspective d’un accès quasi universel à l’internet haut débit. Mais cette croissance s’accompagne de risques encore mal compris.
Parmi ces risques figurent la pollution du ciel nocturne, les perturbations de la recherche astronomique, l’augmentation du risque de collisions entre satellites ainsi que les dangers liés au retour sur Terre d’un grand nombre de satellites.
Notre compréhension de l’impact humain sur l’environnement spatial proche de la Terre en est aujourd’hui à un stade comparable à celui des connaissances sur le changement climatique dans les années 1990. Nous savons que l’intensification des activités humaines provoque d’importantes perturbations dans l’environnement spatial, mais nous ignorons encore si un point de bascule est sur le point d’être atteint.
Dans ce contexte, l’une des recommandations les plus importantes adressées aux États membres du G7 consiste à créer un groupe intergouvernemental sur la durabilité spatiale (IPSS).
Des impacts sur la chimie de l’atmosphère
La recherche et les connaissances sur les impacts des activités humaines dans l’espace en sont encore à un stade très précoce. Ainsi, nous ne savons pas vraiment à partir de quel moment certaines altitudes orbitales deviendront tellement encombrées de débris spatiaux qu’elles atteindront leur capacité opérationnelle maximale.
Les scientifiques ont également récemment constaté que l’augmentation du nombre de lancements de fusées à l’échelle mondiale — avec plus d’une fusée lancée chaque jour désormais — pourrait entraîner une remise en cause de la reconstitution de la couche d’ozone.
De la même manière, nous savons que les satellites qui se consument lors de leur rentrée dans l’atmosphère terrestre auront des effets importants sur la chimie de la haute atmosphère. Nous savons également que plusieurs de ces retours de satellites se produisent désormais chaque jour, mais les conséquences exactes de ce phénomène restent encore mal comprises.
Une gouvernance spatiale fragmentée
Plusieurs organismes scientifiques conseillent aujourd’hui les pouvoirs publics sur les différents enjeux liés à la durabilité de l’espace. Parmi eux figure le Comité de coordination interagences sur les débris spatiaux, chargé des questions liées à la pollution de l’environnement spatial par les débris.
Autre acteur important : le Centre pour la protection d’un ciel sombre et silencieux de l’Union astronomique internationale, qui coordonne les initiatives destinées à limiter l’impact des satellites sur l’astronomie optique et radio.
Mais il n’existe aujourd’hui aucun organisme unique capable de fournir aux gouvernements une expertise globale pour éclairer les décisions politiques et réglementaires. La situation rappelle celle de la recherche sur le changement climatique, lorsque le Groupe consultatif sur les gaz à effet de serre (AGGG), créé dans les années 1980, a progressivement laissé place au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Nous avons aujourd’hui un besoin urgent d’un groupe intergouvernemental sur la durabilité spatiale (IPSS).
Il y a dix ans, l’orbite basse terrestre comptait près de 2 000 satellites actifs ; aujourd’hui, leur nombre approche les 20 000. Ces dernières années, des gouvernements et des entreprises ont annoncé des projets pouvant conduire au lancement de jusqu’à un million de satellites supplémentaires.
Définir des seuils mondiaux
Comment cet IPSS pourrait-il être structuré pour aborder la gouvernance spatiale d’une manière comparable à celle dont le GIEC a abordé le problème du changement climatique ?
L’un de ses premiers objectifs devrait être de définir des seuils mondiaux de durabilité. À l’image de la limite de 1,5 °C dans les sciences du climat, ce groupe devrait identifier les seuils au-delà desquels certaines altitudes orbitales atteignent leur capacité de charge.
Comme le GIEC, un IPSS devrait s’appuyer sur plusieurs groupes de travail chargés de fournir aux décideurs des synthèses scientifiques transparentes et accessibles. L’un d’eux devrait se consacrer aux sciences physiques de l’environnement orbital. Il s’agirait notamment d’étudier l’état de l’orbite basse terrestre en tant que ressource limitée : évolution des débris spatiaux et des risques de collision, effets de la météorologie spatiale, ou encore modélisation d’un trafic spatial soutenable à l’avenir.
Un autre groupe de travail devrait se concentrer sur les impacts environnementaux et sociétaux des grandes constellations de satellites. Il pourrait évaluer l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique causé par les émissions des lancements de fusées, les effets de l’augmentation des retours de satellites dans l’atmosphère, les modifications de la chimie atmosphérique ainsi que les risques accrus d’accidents pour les populations. Il aurait également pour mission de mesurer l’impact de ces constellations sur l’astronomie au sol.
Enfin, un groupe de travail consacré aux politiques publiques et aux mesures d’atténuation pourrait jeter les bases de normes internationales claires concernant la désorbitation des satellites en fin de mission, le retrait actif des débris spatiaux et de nouvelles exigences en matière de licences prenant en compte le risque « systémique » d’une constellation, plutôt que le risque posé par chaque satellite pris individuellement.
L’empreinte du trafic spatial
L’IPSS pourrait aussi être complété par un groupe de travail consacré à l’empreinte du trafic spatial. Inspiré de la Task Force du GIEC sur les inventaires nationaux de gaz à effet de serre, cet organisme aurait pour mission de développer des méthodologies standardisées permettant aux États de mesurer et déclarer leur « empreinte de trafic spatial » — c’est-à-dire la pression exercée par leurs objets spatiaux sur la sécurité et la durabilité de l’orbite basse terrestre.
À l’instar du rôle joué par le GIEC dans l’évaluation des modèles climatiques, l’IPSS devrait également fournir une expertise indépendante sur les affirmations concernant la désintégration contrôlée des satellites — autrement dit la manière dont les satellites sont retirés du service puis désorbités en toute sécurité. Cela impliquerait d’évaluer l’efficacité réelle des technologies de désorbitation, mais aussi notre capacité à suivre les satellites et à estimer précisément leur position.
En mettant en place dès aujourd’hui une approche internationale coordonnée, l’IPSS contribuerait à concilier les immenses promesses des activités commerciales spatiales avec les risques environnementaux qu’elles engendrent — de la même manière que le GIEC pour le climat terrestre face aux activités humaines.
Peter Brown a reçu des financements du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada, de la National Aeronautics and Space Administration (NASA) des États-Unis, de l’Agence spatiale européenne, de Ressources naturelles Canada et de Recherche et développement pour la défense Canada.
21.05.2026 à 15:45
« L’immigration est une composante centrale de la société française »
Texte intégral (3146 mots)
Quels sont les parcours des personnes immigrées et de leurs descendants en France ? Quelles discriminations ressenties ? Plus largement, quelle est la place de l’immigration dans la société française ? Pour répondre à quelques-unes de ces questions, l’Institut national d’études démographique (Ined) et l’Insee ont mené l’enquête « Trajectoires et Origines 2 »), inédite par son ampleur. Un ouvrage collectif issu de cette enquête menée en 2019-2021, à rebours de certaines idées reçues sur l’immigration, vient de sortir aux Éditions de l’Ined. Entretien avec Cris Beauchemin, qui a codirigé l'ouvrage.
The Conversation : Quels sont les objectifs de cette enquête « Trajectoires et Origines 2 » (TeO2) et quelle méthodologie avez-vous mise en place pour les atteindre ?
Cris Beauchemin : Le but était de dresser un tableau aussi complet que possible de la position des immigrés et de leurs descendants dans la société française. Notre principal instrument : la réalisation d’une nouvelle enquête avec l’Insee, qui renouvelle celle réalisée dix ans avant, TeO1, sur un nouvel échantillon. C’est une enquête unique par son ampleur, portant sur plus de 27 000 personnes, âgées de 18 à 59 ans, qui ont répondu aux enquêteurs de l’Insee lors d’entretiens durant souvent plus d’une heure.
La collecte, longue, a duré de juillet 2019 à janvier 2021. Cette enquête comporte deux particularités par rapport aux enquêtes classiques de statistique publique. La première est d’être multi-thématique – portant sur l’emploi, le logement, la famille, la santé, les discriminations, les pratiques culturelles, politiques, et religieuses, etc. ce qui fait sa grande richesse. La deuxième est que les immigrés et leurs descendants sont surreprésentés dans l’échantillon afin d’offrir des effectifs suffisants pour pouvoir faire des analyses en fonction des différentes origines.
Enfin, nouveauté de TeO2 par rapport à TeO1, cette enquête permet d’identifier et d’étudier la troisième génération, celle qui a au moins un grand-parent immigré. En raison de l’histoire de l’immigration, cette troisième génération est essentiellement composée de personnes d’origine européenne : nos enquêtés sont des adultes et leurs grands-parents immigrés sont nécessairement arrivés il y a plusieurs décennies, à une époque où la migration était essentiellement européenne.
Quelle contribution de l’immigration au peuplement de la France et quelle « photographie » TeO2 donne-t-elle des origines des Français ?
C. B. : Le principal résultat à retenir est que si l’on additionne les immigrés, les descendants de deuxième génération (ayant au moins un parent immigré) et la troisème génération (ayant au moins un grand-parent immigré), un tiers des Français a un lien direct avec l’immigration. Plus précisément, parmi les 18-59 ans, 13 % sont immigrés et, respectivement, 11 % et 10 % ont au moins un parent ou un grand-parent qui a immigré.
Si on ajoute les personnes en couple avec une personne immigrée ou un enfant d’immigré(s), 41 % des individus ont un lien familial fort à l’immigration, soit par ascendance, soit par alliance. L’immigration est donc une composante centrale de la société française. Elle s’y fond au fil des générations par le biais des unions. Parmi les enfants d’immigrés, un sur deux a un parent de la population majoritaire (c’est-à-dire ni immigré ni enfant d’immigré). Quant aux petits-enfants d’immigrés, 95 % ont au moins un grand-parent qui n’est pas immigré.
Dans une perspective historique, quelle évolution est observée dans la composition de l’immigration en France ?
C. B. : La part des immigrés dans la population a augmenté – ce sont les recensements qui nous renseignent sur le sujet –, notamment depuis le début des années 2000.
Mais ce qui a surtout évolué, c’est la composition de la population immigrée. L’immigration procède par « vagues », ce que montre très bien un graphique de notre premier chapitre (voir ci-contre).
Principalement européenne avant 1960, l’immigration s’est peu à peu diversifiée. Les « vagues » se succèdent : le haut de la « vague » d’arrivée des Belges se situe avant 1900, ils ont été suivis par les Italiens et les Polonais au milieu du XXᵉ siècle, puis par les Espagnols et les Portugais dans les années 1970. L’immigration non-européenne s’est développée seulement à partir des années 1960, d’abord avec les Algériens. Sont ensuite venus les Marocains, les Tunisiens, les Turcs, les Subsahariens et les Asiatiques, surtout depuis les années 2000.
L’inquiétude de certains discours actuels qui relaient l’idée que l’immigration non européenne suivrait une progression inédite dans l’histoire de l’immigration n’est pas fondée. Certes, le graphique montre bien que l’immigration en provenance d’Afrique subsaharienne est en augmentation, mais – alors que la courbe cumule les originaires de tout le continent – elle n’atteint pas le niveau des seuls Italiens au milieu du XXᵉ siècle.
Reste que, aujourd’hui, l’immigration est très diversifiée. Parmi les 18-59 ans, d’après les résultats de TeO2, les immigrés européens sont minoritaires (28 %). Le Maghreb représente un tiers des immigrés, les Subsahariens, environ 20 %, l’Asie, 16 %.
Que dit TeO2 des positions sociales et des pratiques culturelles des personnes immigrées et de leurs descendants ? Observe-t-on une égalisation progressive, une homogénéisation des positions sociales et des pratiques culturelles entre les descendants d’immigrés et ce que vous appelez la « population majoritaire » c’est-à-dire les personnes ni immigrées ni enfants d’au moins un immigré ?
C. B. : Le grand résultat de l’enquête est précisément qu’il y a un hiatus entre l’intégration socioéconomique et l’intégration socioculturelle. Alors que des difficultés d’accès à l’emploi notamment persistent d’une génération à l’autre, on observe une nette convergence vers la population majoritaire sur une grande variété d’indicateurs socioculturels, comme les pratiques linguistiques (le fait de parler le français à la maison avec ses enfants), les pratiques de fécondité ou les normes sociales (par exemple sur le travail des femmes ou la tolérance vis-à-vis de l’homosexualité ou de l’avortement).
Ainsi, en génération deux et trois, on arrive à des positions qui sont très similaires à celles de la population majoritaire. On l’observe bien avec les réponses données à la question « En pensant à votre histoire, votre culture familiale et votre identité, de quelle(s) origine(s) vous considérez-vous ? ». Les secondes générations qui ne s’identifient pas à la France ne sont pas plus nombreuses que les personnes de la population majoritaire.
Vous évoquez une « identité à traits d’union », qu’entendez-vous par là ?
C. B. : C’est l’idée que les immigrés et que leurs enfants n’abandonnent pas leur bagage socioculturel, mais qu’ils le combinent à de nouvelles pratiques et de nouveaux sentiments d’appartenance qu’ils adoptent dans l’environnement français qui, lui-même, est divers. On retrouve cette « identité à traits d’union » dans le fait que les immigrés et leurs descendants s’identifient souvent à la fois à leur pays et à la France. C’est le cas de 17 % des immigrés (en plus des 15 % qui ne s’identifient qu’à la France) et de 33 % de leurs enfants (en plus des 39 % pour la France seule).
Et cette homogénéisation observée en matière de valeurs ne se retrouve donc pas au plan socioéconomique ?
C. B. : Les résultats sont nuancés. Ils sont positifs quand on compare les positions sociales des immigrés et de leurs enfants. Les mobilités sociales ascendantes sont plus fréquentes dans les familles immigrées que dans la population majoritaire, parce que les parents sont souvent de position sociale assez modeste.
Du point de vue de l’éducation, le tableau est aussi assez positif. Les personnes de la deuxième génération, dans leur ensemble, parviennent à des niveaux d’éducation très proches de la population majoritaire (la proportion des femmes ayant au moins un bac + 3 est de 26 % pour les majoritaires et de 27 % pour les filles d’immigrés), même s’il existe des inégalités selon l’origine. Selon le stéréotype bien connu, les Asiatiques, par exemple, performent et sont hyperdiplômés par rapport à la moyenne (48 % des femmes ont un au moins un bac + 3). Mais ce qu’on dit beaucoup moins et qui est nouveau par rapport à Teo1, c’est que les personnes de deuxième génération d’origine subsaharienne sont aussi plus souvent titulaires d’une licence ou équivalent que la population majoritaire. C’est davantage qu’en population majoritaire, aussi bien chez les femmes (32 % contre 26 %) que chez les hommes (27 % contre 23 %).
D’ailleurs, sur l’éducation, un autre élément que l’on retrouve dans l’enquête, qui va sans doute à l’encontre des idées reçues, est que les primo-arrivants sont beaucoup plus diplômés que par le passé. Pouvez-vous nous détailler ce résultat ?
C. B. : En effet. Parmi les immigrés arrivés avant 1989, seuls 29 % avaient atteint l’enseignement supérieur avant d’entrer en France. Pour ceux arrivés après 2009, la proportion est à 53 % ! Cela ne veut pas dire que tous les immigrés sont extrêmement diplômés : par rapport à la population majoritaire, ils sont à la fois plus fréquemment sans diplôme et aussi plus souvent plus diplômés. Typiquement, les hommes subsahariens de première génération sont plus souvent titulaires d’une licence ou équivalent que les hommes de la population majoritaire (35 % contre 23 %).
Et donc, pour revenir aux inégalités observées au plan socioéconomique ?
C. B. : Elles sont flagrantes sur le marché de l’emploi. Toutes choses égales par ailleurs, on observe un surchômage très important chez les minorités visibles, notamment les originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Par exemple, les immigrés d’origine maghrébine ont un risque de chômage augmenté de + 6,2 points de pourcentage par rapport aux hommes de la population majoritaire qui ont des profils comparables. Et l’écart est de +11,7 points pour les femmes. Chez les descendants, qui ont pourtant grandi en France, les écarts persistent. Et des pénalités salariales sont aussi observées. Ces écarts étaient déjà observés dans TeO1. La situation ne s’est pas améliorée.
Cela s’explique essentiellement par la persistances des discriminations. Le chapitre 11 montre qu’il y a une corrélation très forte entre les situations de désavantage sur le marché de l’emploi et les déclarations de discrimination des enquêtés. Cela corrobore les études fondées sur d’autres méthodes de mesure des discrimination, comme des testings (méthode utilisée pour détecter et prouver des discriminations, NDLR) par exemple, mis en place sur le marché de l’emploi ou sur le marché du logement.
Vos résultats montrent globalement une augmentation des discriminations. Comment l’expliquer ?
C. B. : L’ouvrage comporte un chapitre sur les expériences de discrimination et de racisme. Tous motifs confondus (origine, sexe, handicap et autres motifs officiels de discrimination qui peuvent justifier un recours auprès de la défenseure des droits), les discriminations ont en effet nettement progressé entre TeO1 et TeO2. C’est un résultat qui s’explique essentiellement par le surcroît de déclarations de sexisme dans un contexte post #MeToo.
Dans l’enquête figurent aussi des questions sur l’expérience du racisme. Il n’a pas augmenté parmi les minorités les plus visibles, parce qu’il a déjà atteint depuis longtemps des niveaux très élevés : dans TeO2, 36 % parmi les immigrés d’Afrique subsaharienne et 50 % parmi leurs descendants. Chez les ultramarins, la proportion est de 39 % en première génération, 47 % en deuxième génération.
Il y a une augmentation des déclarations de racisme et de discrimination entre la première et la deuxième génération. C’est un phénomène bien connu qu’on appelle le paradoxe de l’intégration. Les personnes de deuxième génération sont nées en France, ont été socialisées en France, sont allées à l’école en France ; elles ont en conséquence plus d’exigences à l’égard du modèle républicain que les premières générations et une plus grande sensibilité qui les conduit à déclarer des faits racistes ou discriminatoires quand elles les subissent.
Quelles pistes de recherche sont à explorer à la suite de l’enquête TeO2 ?
C. B. : La question majeure va de nouveau tourner autour du hiatus entre l’intégration socioculturelle et l’intégration socioéconomique. Idéalement, si on croit au modèle républicain, on voudrait ne plus relever d’inégalités et de discriminations selon l’origine ou l’apparence. La question pour TeO3 sera de déterminer si la société a progressé de ce point de vue-là ou bien si les pénalités socioéconomiques continuent à se transmettre d’une génération à l’autre.
Propos recueillis par Françoise Marmouyet.
L’enquête TeO2 a été rendue possible par le soutien financier de nombreuses institutions, outre l’Insee et l’Ined : le commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), la CNAF, la Défenseure des droits, la Dilcrah, le département des statistiques, des études et de la documentation (DSED) du ministère de l’intérieur, le DEPS du ministère de la culture, la Dares du ministère du travail, l’Injep, le secrétariat d’État à l’égalité entre les femmes et les hommes, France Stratégie et Progedo.
Cris Beauchemin ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
21.05.2026 à 15:38
Fertiliser: the forgotten history linking the agricultural commodity and empire in wartime
Texte intégral (1507 mots)
Fertilisers are not just an agricultural input: they are a strategic resource hidden at the centre of geopolitical conflict. The US and Israel’s war on Iran and the related disruption of shipping through the Strait of Hormuz are sending shockwaves through the global farming system. A large share of the world’s traded chemical fertilisers normally passed through this strategic chokepoint, alongside key feedstocks needed to produce fertilisers elsewhere, such as gas, ammonia and sulphur.
The rise in fertiliser prices will push up food costs across the globe. This may seem like a recent vulnerability.
In reality, fertilisers have been entangled with war and imperialism for more than a century. As shown by my recent research, fertilisers were one of the factors contributing to shape colonial expansion, economic policy and even military strategy in the first half of the 20th Century.
How fertilisers became strategic
Modern conventional agriculture depends heavily on external inputs of three key nutrients:
- Nitrogen
- Phosphorus
- Potassium.
Already in the 19th century, the industrial revolution spreading across the Global North was pushing an increasing part of the workforce off the fields and into mines, factories, building sites and services. How to feed growing masses of people that were not producing their own food became a matter of great urgency. This created a race to secure fertiliser resources.
Since the 1840s, phosphorus and nitrogen-rich guano have been extracted from Peruvian islands for export to the Global North.
In the 1860s, Spain’s attempt to wrest such a treasure away from British hegemony resulted in the Chincha Islands War, a clear instance of intra-imperialist clash over natural resources. However, after half a century of relentless extraction, guano reserves were mostly depleted.
Nitrogen supplies were thus ensured by Chile’s nitrate mines, over which British interests encouraged the War of the Pacific (1879-1884) between Chile, Bolivia and Peru.
Yet, in the early 20th century, German chemist Fritz Haber – also remembered as the father of modern chemical warfare – demonstrated how to industrially fix nitrogen from thin air. Phosphorus, instead, had to be sourced through phosphate rock extraction.
The scramble for phosphate
Between the 19th century and the early 20th century, France gained control over major phosphate reserves through its colonial domination of Tunisia, Algeria and Morocco.
Italy, a latecomer to empire-building, feared being left behind. The Italian nationalist press promoted the idea that Libya contained enormous phosphate wealth. Politicians, industrialists and banks became enticed with the prospect of a “phosphate El Dorado”. This became part of the political campaign for the Italian invasion of Libya in 1911.
For decades, Italian governments and companies funded costly geological expeditions across the Libyan desert, pursuing Italy’s “phosphate mirage”. This is the context in which fascist general Rodolfo Graziani committed genocide in Cyrenaica to isolate the rebels led by Omar al-Mukhtar. Yet, again and again, the much sought-after phosphate discoveries proved disappointing.
In parallel, Italian companies gained direct access to phosphate extraction in Tunisia and Egypt, which were however under French and British control, respectively.
Phosphate provision also depended on highly exploitative colonial labour regimes. In the North African mines, European managers supervised indigenous workers employed in harsh conditions.
Archival records show explicitly racialised wage schemes in which Arab workers received significantly lower pay than Europeans.
Cheap phosphate helped lower food costs in Europe, but this system rested upon the super-exploitation of colonial labour and resources.
Fascism, agriculture and empire
Chemical fertilisers became even more important under Benito Mussolini, who had paved his way to power by doing the dirty job of repressing the peasant movement for agrarian reform that had followed WWI.
In 1925, the fascist regime launched the “Battle for Grain”, an ambitious campaign to increase Italian wheat production and reduce reliance on imports.
Italy’s chemical giant Montecatini massively expanded fertiliser production, while propaganda encouraged farmers to adopt high-input agriculture. Posters depicted heroic peasants producing gigantic wheat harvests in service of the nation.
This “fascist Green Revolution” succeeded in increasing wheat output, but it also deepened Italy’s need for imported phosphate. This created a contradiction at the heart of fascist “autarky”, or economic self-sufficiency.
Italy claimed to be freeing itself from foreign dependence while remaining structurally reliant on colonial mineral supply chains. This became increasingly dangerous as Europe again was pushed toward war.
As soon as Italy entered WWII, the British requisitioned its phosphate mines in Egypt. As the conflict disrupted Mediterranean trade routes, Italy remained cut off from Tunisian phosphate imports too. The fascist dream of economic autarky thus proved to also be a mirage. Fertiliser production collapsed, agricultural output fell sharply and food shortages worsened.
Economic hardship played no small role in the loss of fascist control on Italian peasants and workers, many of whom joined the Resistance against Nazi fascism.
Back to the future
Fertilisers may seem mundane compared with oil or weapons. Yet modern societies depend on them just as profoundly.
Behind modern agriculture lies a vast and hierarchically organised infrastructure of critical minerals, energy sources, extractive sites, shipping routes, and chemical industries.
The imperialist logic underlying the international division of labour that structures these global productive networks maintains striking similarities with the realities of a century ago, in the form of steep international inequalities. The inclination of far-right governments to throw the world into wars they are unable to master is just as familiar, with momentous consequences.
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This research was funded by the European Union through the project LabEcoInt - Labour & Ecology in an International Perspective: Porto Marghera in the Phosphates Archipelago | HORIZON EUROPE CALL: HORIZON-MSCA-2022-PF-01 (MSCA Postdoctoral Fellowships 2022) G.A. n. 101103735. Views and opinions expressed are however those of the author only and do not necessarily reflect those of the European Union. Neither the European Union nor the granting authority can be held responsible for them. Granting authority: European Research Executive Agency.