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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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27.04.2026 à 12:25

Les restrictions imposées par les talibans hantent les Afghanes en dehors du pays

Human Rights Watch

Click to expand Image La présentatrice de télévision Khatereh Ahmadi, portant un voile qui lui couvre le visage, lit les informations à Kaboul, en Afghanistan, le 22 mai 2022. © 2022 Ebrahim Noroozi/AP Photo

Alors que je correspondais avec un journaliste local en Afghanistan au sujet d’un rapport récent dont j'étais l'auteure, j’ai reçu une demande choquante : « Pourrions-nous avoir un commentaire vidéo sur votre nouveau rapport — non pas de votre part, mais de la part d’un homme de Human Rights Watch ? »

J’ai relu le message avec colère. Bien que je sois l’auteure du rapport en tant que chercheuse sur l’Afghanistan pour Human Rights Watch, le média souhaitait qu’un collègue masculin s’exprime à ma place. Malheureusement, la raison derrière cette demande est une réalité que de nombreuses Afghanes à travers le monde vivent au quotidien.

J’ai fini par apprendre que ce média avait reçu pour instruction du ministère taliban de la Propagation de la vertu et de la prévention du vice (PVPV) que toute femme afghane, quel que soit son lieu de résidence, devait apparaître en hijab intégral, le visage couvert, lorsqu’elle s’exprimait à l’antenne.

Au lieu d’être reconnue comme une experte du pays, j’ai été, comme toutes les femmes en Afghanistan, réduite à cette seule identité et ne pouvais donc m’exprimer dans les médias qu’aux conditions fixées par les talibans. Le message était clair : le simple fait d’être une femme afghane suffisait à justifier mon silence, même en dehors du pays.

Près de cinq ans après la prise de pouvoir des talibans en Afghanistan, il ne subsiste pratiquement plus aucune liberté d’expression significative à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes. Les Afghanes se voient interdire l’accès à l’éducation au-delà de la sixième et sont confrontées à de sévères restrictions en matière d’emploi et à une exclusion de la vie publique. Dans certaines provinces, les femmes journalistes ne peuvent pas travailler et les voix des femmes sont bannies de la radio et de la télévision.

Cet incident illustre également l’étendue de l’influence des talibans. Leur système de répression ne s’arrête pas aux frontières de l’Afghanistan, puisqu’ils tentent de contrôler et de réduire au silence les Afghanes à l’étranger en exigeant des médias qu’ils appliquent leurs règles abusives à celles qui s’expriment et dénoncent les exactions des talibans.

En tant que femme afghane et chercheuse à Human Rights Watch, je ne me plierai pas aux règles restrictives des talibans. Mais leurs instructions répressives à l’intention des médias ont de graves implications pour le droit des femmes afghanes à la liberté d’expression, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Les femmes afghanes ne devraient pas avoir à se soumettre à des règles discriminatoires pour exercer leur droit de s’exprimer publiquement. Où que nous soyons, nos voix comptent.

23.04.2026 à 20:16

CPI : La Cour renvoie l'affaire Duterte en procès

Human Rights Watch

Click to expand Image L'ex-président philippin Rodrigo Duterte, filmé dans le centre de détention de la Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas, était visible sur un écran dans une salle d'audience de la CPI, lors de sa première comparution via visioconférence, le 14 mars 2025.  © 2025 Peter Dejong/AP Photo

(La Haye) – La confirmation par la Cour pénale internationale (CPI), le 23 avril, de toutes les accusations de crimes contre l’humanité portées contre l’ex-président philippin Rodrigo Duterte est une étape cruciale pour rendre justice aux victimes de la « guerre contre la drogue » menée dans ce pays, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Trois juges de la chambre préliminaire ont unanimement constaté qu’il y existait des motifs substantiels de penser que Duterte avait commis des crimes contre l’humanité, notamment des meurtres et tentatives de meurtres, lorsqu’il était maire de Davao, puis président, dans le contexte de la campagne dite « guerre contre la drogue », entre novembre 2011 et mars 2019. Les juges de la CPI annonceront ultérieurement l’ouverture du procès de Duterte.

« La décision de la CPI de renvoyer l’affaire Duterte en procès ouvre la voie à la justice attendue depuis longtemps par les familles des victimes de la “guerre contre la drogue”, et reconnaît leurs souffrances », a déclaré Maria Elena Vignoli, conseillère juridique senior auprès du programme Justice internationale à Human Rights Watch. « Le procès de Duterte enverra un message fort : aucun responsable de crimes graves n’est au-dessus des lois, ni aux Philippines ni ailleurs, et la justice finira par les rattraper. »

La décision de confirmer les chefs d’accusation contre Duterte fait suite à une audience qui s’est tenue du 23 au 27 février et lors de laquelle les juges de la chambre préliminaire ont entendu le Bureau du procureur, les avocats de la défense de Duterte ainsi que les représentants des victimes, afin de déterminer s’il convenait d’envoyer l’affaire en jugement. Le Bureau du procureur avait alors présenté des éléments de preuve étayant trois chefs d’inculpation relevant de meurtres et de tentatives de meurtres présumés commis au cours de 49 incidents spécifiques à l’encontre de 78 victimes. Cependant, le Bureau avait également indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une liste exhaustive et qu’il pourrait tâcher de présenter, lors du procès, de nouveaux incidents et de nouvelles victimes, dans le cadre des accusations confirmées.

La décision définitive confirmant les chefs d’accusation contre Duterte peut faire l’objet d’un appel, avec l’autorisation de la chambre préliminaire.

Duterte a été arrêté à Manille le 11 mars 2025 par les autorités philippines, agissant conformément à un mandat d’arrêt adressé par les juges de la CPI à l’Organisation internationale de police criminelle (Interpol). Il est demeuré depuis lors en détention à La Haye.

Le Bureau du Procureur a ouvert une enquête sur les crimes commis aux Philippines et relevant de la compétence de la Cour en septembre 2021. L’enquête est en cours et couvre les crimes présumés commis de novembre 2011 jusqu’au 16 mars 2019, veille de l’entrée en vigueur du retrait des Philippines du Statut de Rome, le traité fondant la CPI. Le 22 avril 2026, la chambre d’appel de la CPI a émis une décision confirmant que la Cour conservait sa compétence vis-à-vis des crimes présumés commis jusqu’à l’entrée en vigueur du retrait du Statut de Rome.

L’actuel président philippin, Ferdinand Marcos Jr., n’a jamais renié la « guerre contre la drogue » comme politique publique et n’a toujours pas abrogé les décrets et autres déclarations de politique émis par Duterte lorsqu’il était président. Le président Marcos devrait annoncer officiellement la fin de la « guerre contre la drogue » et ordonner d’enquêter sur les policiers et les autres agents impliqués dans des exécutions illégales. Marcos devrait par ailleurs entamer le processus de ré-adhésion des Philippines au Statut de Rome, afin de faire preuve d’un engagement en faveur de la justice internationale et de la lutte contre l’impunité des crimes atroces, a déclaré Human Rights Watch.

La décision d’envoyer l’affaire contre Duterte en jugement survient à un moment où la CPI fait face à une pression extrême et essuie des attaques contre son indépendance. En décembre 2025, un tribunal russe a reconnu coupable par contumace le Procureur de la CPI et huit juges de la Cour et les a condamnés à des peines de prison, en représailles du mandat d’arrêt international contre le président de la Russie, Vladimir Poutine.

En février 2025, le président des États-Unis, Donald Trump, a émis un décret présidentiel autorisant les sanctions à l’encontre de responsables de la CPI et d’autres personnes appuyant son travail. Ce décret montre clairement que l’administration Trump s’efforce de protéger les responsables américains et israéliens des inculpations dont ils pourraient faire l’objet devant la CPI. Depuis, le gouvernement des États-Unis a infligé des sanctions au procureur de la CPI, aux deux procureurs adjoints, à huit juges de la Cour, à une experte des Nations Unies et à trois importantes organisations palestiniennes de défense des droits humains.

« Envoyer l’affaire Duterte en jugement réaffirme le rôle crucial de la CPI en tant que tribunal de dernier recours, à même d’enquêter sur les crimes les plus graves et de les poursuivre », a conclu Maria Elena Vignoli. « Les pays membres de la CPI devraient redoubler d’efforts pour protéger la Cour et tous ceux qui soutiennent son travail, afin qu’elle puisse remplir son mandat salvateur, aux Philippines et ailleurs. »

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Articles

Le Monde  France24
 

23.04.2026 à 17:21

La sortie progressive des énergies fossiles à l'échelle mondiale doit être guidée par les droits humains

Human Rights Watch

Click to expand Image Des militants pour le climat organisent un rassemblement pour dénoncer l'utilisation des énergies fossiles à l'occasion de la Journée de la Terre, devant la Maison Blanche, le 22 avril 2023, à Washington, DC. © 2023 AP Photo/Carolyn Kaster, File

Les habitants vivant à proximité d'une centrale à charbon à Dimitrovgrad, en Bulgarie, respirent un air si toxique qu'ils se décrivent comme des prisonniers dans leur propre maison. En Louisiane, les communautés situées le long du corridor pétrochimique connu sous le nom de « Cancer Alley » (l'allée du cancer) sont confrontées à certains des taux de cancer les plus élevés des États-Unis. En Ouganda et en Tanzanie, les militants opposés à l'EACOP (Oléoduc d’Afrique de l’Est) ont été arrêtés et poursuivis pénalement pour s’être élevés contre l’expansion des énergies fossiles. Il ne s’agit pas de statistiques abstraites mais de problèmes concrets liés aux droits humains et à la production d’énergies fossiles.

Pourtant, alors que plus de 50 gouvernements se réunissent cette semaine à Santa Marta, en Colombie, pour la première conférence internationale sur la transition énergétique et l’abandon des énergies fossiles, ces questions relatives aux droits humains sont absentes de l’ordre du jour.

La conférence, co-organisée par la Colombie et les Pays-Bas, intervient à un moment critique. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a averti que notre dépendance aux combustibles fossiles déstabilise à la fois le climat et la sécurité mondiale, rendant urgente une transition juste. La récente conférence sur le climat COP30 s’est également terminée sans décision sur les énergies fossiles, malgré les appels de plus de 80 pays en faveur d’une feuille de route pour leur élimination progressive.

La réunion de cette semaine devrait accélérer les progrès en matière de transition. Ce qu’elle ne doit toutefois pas faire, c’est traiter les droits humains comme une considération secondaire.

La combustion des énergies fossiles est un facteur majeur de pollution atmosphérique, que l’Organisation mondiale de la santé identifie comme la plus grande menace pour la santé humaine à l’échelle mondiale, tuant environ sept millions de personnes chaque année. Mettre les droits de côté risque de laisser pour compte des communautés déjà victimes de l’extraction des énergies fossiles et de ses effets dévastateurs.

La Cour internationale de justice a clairement établi que les États ont l’obligation légale de protéger le système climatique. Santa Marta devrait traduire ces obligations en actions concrètes. Ne pas parvenir à sortir progressivement des combustibles fossiles porte atteinte aux droits à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau et au logement des populations du monde entier.

Les gouvernements réunis à Santa Marta doivent veiller à ce que la transition vers l’abandon des combustibles fossiles s’appuie sur le droit relatif aux droits humains et tienne compte des contributions des communautés les plus exposées pour aider à élaborer les plans de sortie progressive. Pour que la conférence soit couronnée de succès, les communautés les plus exposées devraient enfin voir leurs droits et leur santé protégés.

22.04.2026 à 22:29

Israël, Iran : Attaques illégales contre des infrastructures énergétiques

Human Rights Watch

Click to expand Image Des raffineries de gaz naturel du gisement de South Pars, près du port d’Assalouyeh dans le sud de l’Iran, photographiées le 16 mars 2019. Sept ans plus tard, le 18 mars 2026, l’armée israélienne a mené contre ce gisement des frappes qui ont endommagé plusieurs structures. © 2019 Vahid Salemi/AP Photo

(Beyrouth) – Les attaques menées par Israël et l’Iran les 18 et 19 mars contre des infrastructures énergétiques vitales ont été illégales et indiscriminées, et risquent d’engendrer de graves répercussions économiques pour des millions de personnes dans la région et dans le monde, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Les frappes israéliennes contre des installations en Iran, ainsi que les frappes iraniennes menées au Qatar, pourraient constituer des crimes de guerre.

Le 18 mars, les forces israéliennes ont attaqué le gisement gazier de South Pars en Iran ; il s’agit d’une source importante de gaz naturel utilisé dans ce pays. Quelques heures plus tard le même jour, puis à nouveau le 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué des infrastructures pétrolières et gazières du complexe de Ras Laffan au Qatar, qui fournit un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié. Ces attaques de représailles ont fait partie d’une série de frappes illégales contre des infrastructures énergétiques menées par Israël et l’Iran depuis le début de l’actuel conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février.

Click to expand Image L’installation de production de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, photographiée le 3 mars 2026. Les 18 et 19 mars, les forces iraniennes ont attaqué ce site, y endommageant de nombreuses structures. © 2026 Stringer/picture-alliance/dpa/AP Images

« Les attaques illégales contre des infrastructures pétrolières et énergétiques clés ont des répercussions économiques prévisibles qui risquent de nuire à des millions de personnes », a déclaré Joey Shea, chercheuse senior sur l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis à Human Rights Watch « L’attaque israélienne contre le gisement gazier de South Pars a endommagé des infrastructures indispensables à la survie des Iraniens, tandis que l’attaque iranienne contre les infrastructures gazières de Ras Laffan au Qatar menace la sécurité alimentaire de millions de personnes à travers le monde. »

Human Rights Watch a enquêté sur ces deux attaques, en analysant les déclarations officielles des gouvernements et des entreprises, et en examinant des images satellite et des vidéos enregistrées après les frappes. Human Rights Watch a écrit aux deux gouvernements le 26 mars pour demander des éclaircissements sur ces attaques. Les autorités israéliennes ont répondu le 30 mars, affirmant que leurs « processus de ciblage sont régis par un cadre structuré et contraignant conçu pour garantir l’identification précise de cibles militaires légitimes ». Les autorités iraniennes n’ont pas répondu.

Les attaques ont endommagé les deux installations, comme le montrent les images satellite à différentes résolutions spatiales analysées par Human Rights Watch. Des dégâts importants ont été constatés dans au moins quatre sections du complexe du gisement gazier de South Pars, tandis que deux sections du site industriel de Ras Laffan au Qatar ont subi des dommages.

En vertu du droit international humanitaire applicable au conflit armé au Moyen-Orient, les infrastructures pétrolières, gazières et autres infrastructures énergétiques sont présumées être des biens de caractère civil, mais elles peuvent devenir des cibles militaires si elles sont utilisées pour soutenir l’armée. Toutefois, les attaques contre de telles cibles sont considérées comme disproportionnées et illégales, si le préjudice prévisible pour les civils et les structures civiles dépasse le gain militaire escompté. Les violations graves des lois de la guerre, ordonnées ou commises avec une intention criminelle – c’est-à-dire délibérément ou par imprudence – constituent des crimes de guerre.

Lors d’une conférence de presse le 19 mars, un journaliste a demandé au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou s’il avait approuvé la frappe en Iran, et si le président américain Donald Trump en avait été informé ; Benjamin Netanyahou a répondu qu’« Israël a agi seul contre le complexe gazier d’Assalouyeh [South Pars] ».

Lors d’un entretien avec la BBC le même jour, le porte-parole de l’ambassade d’Israël à Londres a déclaré que le gisement gazier de South Pars « n’est pas seulement une infrastructure civile, même s’il a cette fonction ». Il a ajouté : « C’est aussi une infrastructure à double usage, qui a aidé les forces iraniennes du CGRI [Corps des gardiens de la révolution islamique] à renforcer leurs capacités, en particulier dans le cadre du programme de missiles balistiques en Iran. Elles ont réapprovisionné leurs missiles grâce à cette infrastructure gazière. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une infrastructure civile. »

Cependant, ni Israël ni l’Iran n’ont démontré que les installations ciblées par ces deux pays étaient des objectifs militaires. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer dans quelle mesure l’une ou l’autre de ces installations était utilisée à des fins militaires.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, 80 % du gaz naturel iranien provient de South Pars ; le gaz naturel est employé pour produire 79 % de l’électricité utilisée en Iran, notamment pour le chauffage, l’éclairage, l’alimentation et divers usages industriels. Avant le conflit, la ville industrielle de Ras Laffan, au Qatar, fournissait un cinquième de l’approvisionnement mondial en gaz naturel liquéfié (GNL). QatarEnergy, la compagnie nationale de pétrole et de gaz du Qatar, qui gère Ras Laffan, est le plus grand producteur mondial de GNL ; de nombreux pays d’Asie dépendent fortement de ses approvisionnements.

L’attaque contre Ras Laffan et la perturbation plus générale de l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié due à l’incertitude persistante concernant la navigation dans le détroit d’Ormuz pourraient avoir un impact mondial plus large, en particulier sur l’accès à la nourriture et à d’autres produits de première nécessité. Le gaz naturel joue un rôle clé dans la production d’engrais azotés, et il influence les prix de l’énergie au niveau national ; ceci affecte le coût de nombreux autres biens et services de consommation courante, tels que les transports publics pour se rendre au travail, à l’école ou à l’hôpital.

Human Rights Watch a analysé des images satellite à basse résolution enregistrées avant et après l’attaque contre South Pars, en Iran, et a constaté des dégâts importants dans au moins quatre sections du complexe.

Click to expand Image Une carte du gisement gazier de South Pars, situé dans le sud de l’Iran à proximité du golfe Persique, montrant quatre raffineries qui ont été endommagées lors de l'attaque israélienne du 18 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme). Sources des données : South Pars / OpenStreetMap.

Une image satellite datée du 29 mars montre des dégâts causés par des incendies subis par plusieurs structures faisant partie des troisième, quatrième, cinquième et sixième raffineries de South Pars. Ces mêmes structures apparaissaient intactes sur des images enregistrées tôt dans la matinée du 18 mars.

Une partie de ces dégâts est également visible dans des vidéos publiées sur les réseaux sociaux dès le début de l’après-midi du 18 mars, montrant les effets de l’attaque. Ces vidéos, géolocalisées par la plateforme GeoConfirmed (gérée par une équipe de bénévoles) puis corroborées par Human Rights Watch, montrent des incendies et des panaches de fumée s’élevant au-dessus d’au moins deux raffineries, la quatrième et la sixième.

Click to expand Image Une image extraite d'une vidéo filmée depuis un véhicule sur la route 96, dans le sud de l’Iran, le 18 mars 2026, suite à une frappe israélienne contre le gisement gazier de South Pars. On y voit de très épais nuages de fumée suite aux incendies provoqués, notamment celui de la quatrième raffinerie. Vidéo publiée par Vahid Online (https://x.com/Vahid/status/2034333984503529778), géolocalisée par FactNameh (https://x.com/factnameh/status/2034415274430988685/photo/1), corroborée par Human Rights Watch. © 2026 Human Rights Watch / Vahid Online

Les dégâts subis par plusieurs chaînes de production des troisième et quatrième raffineries sont visibles sur des images satellite à haute résolution datant du 21 mars, et publiées par le magazine allemand WirtschaftsWoche.

Dans un communiqué publié par l’agence de presse iranienne Tasnim le 18 mars, la Compagnie nationale du gaz iranienne a déclaré que l’attaque avait endommagé « une partie des unités de raffinage » ; l’entreprise nationale a ajouté qu’un incendie sur le site de South Pars avait été éteint, et que des opérations de refroidissement des équipements étaient en cours. Eskandar Pasalar, gouverneur d’Assalouyeh, a déclaré que plusieurs phases avaient été mises hors service « afin de contrôler et de ralentir la propagation du feu », a rapporté l’agence de presse iranienne Fars.

Ahmed Moussa, porte-parole du ministère irakien de l’Électricité, a déclaré à l’Agence de presse irakienne que « suite aux répercussions des événements dans la région, l’approvisionnement en gaz iranien vers l’Irak s’est complètement arrêté ».

Human Rights Watch a également enquêté sur les attaques iraniennes menées contre la ville industrielle de Ras Laffan au Qatar les 18 et 19 mars, et a examiné des images satellite à haute résolution.

Le magazine allemand WirtschaftsWoche a publié une évaluation des dégâts subis par deux sections du complexe industriel de Ras Laffan, sur la base d’images satellite à haute résolution datant du 22 mars. Ces images montrent des dégâts importants subis par l’usine de liquéfaction GNL (LNG Liquefaction Plant), et l’usine Pearl GTL (chargée de conversion gaz-liquide), de la ville industrielle de Ras Laffan.

Click to expand Image Carte montrant la ville industrielle de Ras Laffan, située dans le nord-est du Qatar. Deux importantes usines de production de gaz naturel liquéfié ont été gravement endommagées lors d’attaques iraniennes menées les 18 et 19 mars 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

L'analyse de WirtschaftsWoche montre des dégâts au sein de l'usine de liquéfaction GNL sur certaines parties des lignes de production 4 et 6, ainsi que sur une tour d'échange thermique de la ligne 6 qui semble s'être effondrée.

Le bâtiment adjacent présente des traces de brûlures visibles. Une autre tour semble gravement endommagée, ses parties supérieures ayant disparu. Dans l’usine Pearl GTL, des dégâts importants sur la ligne de production n° 2, y compris au niveau d’une usine chimique, sont également visibles sur les images satellite du 22 mars. Human Rights Watch a comparé ces images avec des images haute résolution datant des 10 et 16 février, qui ne montrent aucun dégât au sein de l’usine de liquéfaction GNL, ni de l’usine Pearl GTL.

À l’usine de liquéfaction GNL, les lignes de production 4 et 6 endommagées totalisent 12,8 millions de tonnes par an, soit environ 17 % des exportations du Qatar, selon un communiqué de QatarEnergy daté du 19 mars. Saad al-Kaabi, ministre de l’Énergie du Qatar et PDG de QatarEnergy, a déclaré que la réparation des dégâts devrait « prendre jusqu’à cinq ans, ce qui aura un impact sur l’approvisionnement des marchés européens et asiatiques ».

Le 19 mars, la compagnie pétrolière Shell, qui détient Pearl GTL conjointement avec QatarEnergy, a déclaré qu’« un incendie qui s’est déclaré au sein de l’installation Pearl GTL à la suite de l’incident a été rapidement maîtrisé ». Shell a indiqué qu’une première évaluation avait confirmé qu’« il faudra environ un an pour réparer entièrement la ligne de traitement n° 2 de l’installation Pearl GTL (Gas-to-Liquids) ».

Les installations de gaz naturel liquéfié constituent des infrastructures gigantesques et complexes. L’usine Pearl GTL est la plus grande usine de ce type dans le monde ; il s’agit de « l’un des projets énergétiques les plus vastes, les plus complexes et les plus ambitieux jamais mis en service », selon Shell.

Après l’attaque israélienne contre South Pars, l’Iran a menacé de riposter contre les infrastructures énergétiques des pays du golfe Persique, désignant spécifiquement comme cibles la raffinerie Samref et le complexe pétrochimique de Jubail en Arabie saoudite, le gisement de gaz d’al-Hosn aux Émirats arabes unis, ainsi que la raffinerie de Ras Laffan et le complexe pétrochimique de Mesaieed au Qatar. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a déclaré que ces installations étaient « devenues des cibles directes et légitimes et seraient frappées dans les prochaines heures ».

L’agence Fars News, affiliée au CGRI, a déclaré le 18 mars que « le pendule de la guerre est passé de facto d'un état de combats limités et confinés à une guerre économique à grande échelle ». Dans un autre post, Fars News a ajouté : « Nous considérons que le ciblage des infrastructures de carburant, d'énergie et de gaz […] est une cause légitime pour nous, et dès que l'occasion se présentera, nous riposterons avec la plus grande sévérité. »

Les attaques menées tant par Israël que par l’Iran soulèvent des questions cruciales quant à leurs répercussions disproportionnées à long terme. Selon les directives du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les évaluations de proportionnalité doivent prendre en compte les impacts environnementaux indirects « raisonnablement prévisibles ». Ceux-ci comprennent les « effets de répercussion » (« reverberating effects », parfois appelés « effets domino ») sur l’eau, sur les systèmes alimentaires et sur la santé des civils. Les attaques contre des objectifs militaires sont également illégales si elles sont susceptibles de causer des dommages « étendus, durables et graves » à l’environnement naturel, mesurés en mois ou en années.

Le droit international humanitaire interdit également aux parties belligérantes d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de rendre inutilisables des biens indispensables à la survie de la population civile, ce qui peut inclure les infrastructures énergétiques. L’importance du gisement de gaz de South Pars pour la production nationale d’électricité en Iran pourrait le rendre indispensable à la survie de la population iranienne. L’électricité est fondamentale pour presque tous les aspects de la vie quotidienne et de la participation aux activités sociales, et l’accès à l’électricité est un droit humain, a ajouté Human Rights Watch.

Les obligations des parties belligérantes en vertu du droit international humanitaire ne dépendent pas du respect de ces obligations par l’autre partie. Les violations commises par une partie ne peuvent être justifiées par le manquement de l’autre partie à ses obligations.

« Les menaces proférées par de hauts responsables israéliens et iraniens d’attaquer délibérément des infrastructures pétrolières et gazières essentielles se sont transformées en une sinistre réalité : celle d’attaques contre des infrastructures énergétiques vitales qui pourraient affecter des millions de personnes au Moyen-Orient et dans le monde entier », a conclu Joey Shea.

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Sur X

 

22.04.2026 à 20:56

Hongrie : La Cour de justice de l’UE juge illégale une loi anti-LGBT

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Hongrois manifestaient à Budapest le 1er mai 2025 pour protester contre une nouvelle loi interdisant les événements LGBTQ+ comme les défilés « Pride », et contre les restrictions imposées par le gouvernement au droit de réunion. © 2025 Denes Erdos/AP Photo

(Budapest, 22 avril 2026) – L’arrêt rendu le 21 avril par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) contre la loi anti-LGBT hongroise de 2021 constitue un rejet important des efforts visant à stigmatiser les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT), a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. La Cour a estimé que la loi de 2021, qui tente de stigmatiser les personnes LGBT sous le prétexte de la « protection de l’enfance », enfreint le droit de l’UE et a souligné qu’une telle discrimination n’avait pas sa place dans l’UE.

« Il s’agit d’un arrêt historique qui établit clairement que la loi anti-LGBT de la Hongrie n’a pas sa place dans l’Union européenne, et devrait être abrogée », a déclaré Lydia Gall, chercheuse senior auprès de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Les autorités hongroises ont utilisé cette législation pour censurer l’information, stigmatiser les personnes LGBT et restreindre les droits fondamentaux, et la Cour a désormais confirmé que ces actions enfreignent le droit de l’Union européenne. »

La Cour a estimé que la législation hongroise, qui interdit ou restreint la « représentation ou la promotion » de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre auprès des enfants et des adolescents dans l’éducation, les médias et la publicité, enfreint le droit de l’Union européenne, y compris les protections des droits fondamentaux et les valeurs consacrées dans le traité fondateur de l’UE. Cet arrêt confirme les préoccupations de longue date soulevées par Human Rights Watch et d’autres organisations selon lesquelles cette loi est discriminatoire et incompatible avec les valeurs fondamentales de l’UE.

Le nouveau gouvernement hongrois devrait agir sans délai pour abroger cette loi discriminatoire anti-LGBT et veiller à ce que toute législation respecte l’égalité, la liberté d’expression et l’accès à l’information. Les autorités devraient également abandonner les poursuites contre les organisateurs du défilé Pride, a déclaré Human Rights Watch.

La Hongrie a adopté cette loi en juin 2021 sous le gouvernement Fidesz du Premier ministre Viktor Orbán, ce qui a conduit à l’interdiction ou à la restriction des contenus traitant de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre dans les supports accessibles aux enfants et aux adolescents. Ces changements ont affecté les programmes scolaires, la publicité et les contenus médiatiques, et ont entravé une éducation sexuelle complète. Human Rights Watch avait alors averti que cette loi alimenterait la discrimination et réduirait au silence les discussions sur la diversité et l’égalité.

La Commission européenne avait décidé de saisir la Cour de justice d'un recours contre la Hongrie peu après l’adoption de cette loi, affirmant qu’elle violait les règles du marché intérieur de l’UE, les droits fondamentaux et les valeurs fondatrices de l’UE. L’arrêt de la Cour de justice de l’UE est l’une des décisions les plus importantes à ce jour concernant les violations des valeurs fondatrices de l’UE par un État membre ayant adopté une législation qui porte atteinte aux droits des personnes LGBT.

Cette loi a eu des répercussions bien au-delà des restrictions juridiques formelles en Hongrie. Elle a contribué à créer un effet dissuasif sur les enseignants, les journalistes et les organisations de la société civile, décourageant tout débat ouvert sur les droits des personnes LGBT et instaurant un environnement de plus en plus hostile pour ces personnes et celles qui œuvrent à leur soutien. 

Les autorités se sont également appuyées sur des arguments similaires de « protection de l’enfance » pour justifier des restrictions plus larges à la liberté de réunion, notamment l’interdiction d’événements liés à la Pride, et pour engager des poursuites pénales contre les organisateurs de la Pride, y compris le maire de Budapest.

L'arrêt de la Cour oblige la Hongrie à mettre sa législation en conformité avec le droit de l'Union européenne. Tout manquement à cette obligation pourrait entraîner de nouvelles poursuites judiciaires et des sanctions financières. Cet arrêt intervient à un moment critique, à la suite des récentes élections en Hongrie et de la formation d'un nouveau gouvernement disposant d'une majorité parlementaire des deux tiers. Cette décision confère un mandat juridique et politique clair pour mettre fin à des années de violations des droits des personnes LGBT et offre aux autorités une occasion évidente de montrer leur engagement à rétablir le respect de l’État de droit et des droits humains. 

La Commission européenne devrait surveiller de près le respect de l’arrêt par la Hongrie et prendre des mesures coercitives supplémentaires s’il n’est pas mis en œuvre, telles que le maintien du gel actuel des fonds européens pour des raisons liées à l’État de droit et l’envisagement de nouvelles sanctions financières et autres. Les États membres de l’UE au sein du Conseil de l’Union européenne devraient poursuivre leur examen dans le cadre de la procédure prévue à l’article 7 tant que des violations des valeurs fondamentales des traités de l’UE persistent dans le pays.

« Cette décision envoie un message important à l’ensemble de l’Union européenne : les États membres qui portent atteinte aux droits fondamentaux s’exposent à des conséquences », a conclu Lydia Gall. « L’égalité et la dignité humaine sont des valeurs fondamentales de l’UE qui doivent être respectées dans la pratique et non écartées sous des prétextes vagues et discriminatoires. »

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21.04.2026 à 18:35

En RD Congo, des manifestants pacifiques visés par un procès militaire

Human Rights Watch

Click to expand Image Joachim Kamate Paluku (gauche), Olivier Sefu Anjisina (centre), et Jackson Kambale Odo à Bunia, en République Démocratique du Congo, le 12 mars 2026. © Privé

Cette semaine, un tribunal militaire de la ville de Bunia, dans la province de l’Ituri en République démocratique du Congo, rendra son verdict dans l’affaire contre trois membres du mouvement citoyen Lucha (Lutte pour le Changement).

Les militants ont été arrêtés le 12 mars 2026 après avoir organisé une manifestation pacifique pour réclamer l’accès à l’eau potable, un service essentiel qui reste très limité dans de nombreuses régions de l’est de la RD Congo. Les activistes avaient informé les autorités locales de la manifestation prévue trois jours plus tôt.

Olivier Sefu Anjisina, Jackson Kambale Odo et Joachim Kamate Paluku sont détenus à la prison centrale de Bunia pour « atteinte à la sécurité de l’État », une infraction vague et trop générale fréquemment utilisée pour réprimer la dissidence. En vertu du décret d’état de siège, imposé depuis 2021 dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri secouées par des conflits, les civils soupçonnés d’infractions sont jugés par des tribunaux militaires, et non civils. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples a souligné que les tribunaux militaires ne devraient en aucun cas avoir compétence sur des civils.

Le gouvernement du président Félix Tshisekedi a décrété l’état de siège afin de « mettre rapidement fin à l’insécurité qui, tous les jours, fait des morts parmi nos compatriotes », selon une déclaration faite à l’époque par un porte-parole du gouvernement. Mais l’état de siège n’a pas mis fin aux atrocités commises dans l’est de la RD Congo ; il a au contraire été utilisé pour réprimer les droits des citoyens à la liberté de réunion pacifique, à la liberté d’expression et à une justice équitable. Les autorités militaires ont carte blanche pour perquisitionner les domiciles, interdire les publications et les rassemblements jugés menaçants pour l’ordre public, et restreindre la liberté de circulation.

Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une répression plus large visant la société civile et d’autres voix critiques dans l’est de la RD Congo. Les défenseurs des droits humains et les militants de groupes tels que la Lucha sont depuis longtemps victimes de harcèlement, de détentions arbitraires et d’intimidations judiciaires en raison de leur travail. En avril 2022, un tribunal militaire a condamné 13 militants de la Lucha lors d’une manifestation pacifique à Beni, dans le Nord-Kivu, pour « provocation et incitation à des manquements envers l'autorité publique ». Les forces de sécurité ont tué trois militants de la Lucha à Beni depuis 2020.

L’état de siège en vigueur en RD Congo autorise la mise en place de restrictions vagues et excessives, allant au-delà de ce qui est permis par le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, menaçant ainsi les droits fondamentaux à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association.

Les autorités congolaises devraient abandonner toutes les poursuites engagées contre les militants et veiller à leur libération immédiate. Le président Tshisekedi devrait lever les restrictions abusives imposées à l'espace civique sous prétexte de l'état de siège et révoquer le pouvoir des tribunaux militaires de juger des civils, conformément aux normes en matière de droits humains.

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Sur X : https://x.com/hrw_fr/status/2046633329185698246

20.04.2026 à 14:33

Burkina Faso : Répression de la société civile

Human Rights Watch

Click to expand Image Des soldats burkinabè patrouillaient à bord d'un pick-up sur la route reliant la ville de Dori au camp de réfugiés de Goudebo, au Burkina Faso, le 3 février 2020. © 2020 Olympia de Maismont/AFP via Getty Images

(Nairobi) – Le gouvernement militaire du Burkina Faso intensifie sa répression généralisée de la société civile à travers une législation restrictive, des pressions administratives et des mesures punitives ciblant les organisations nationales et internationales, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) dans le cadre de l’Observatoire pour la protection des défenseur·es des droits humains, et l'Observatoire KISAL. Les autorités militaires devraient immédiatement cesser leur répression des voix indépendantes ainsi que des organisations humanitaires et de défense des droits humains, et respecter les droits et libertés fondamentaux.

Le 15 avril 2026, le ministre de l'administration territoriale et de la mobilité a annoncé la dissolution de 118 organisations de la société civile, dont beaucoup étaient engagées dans la défense des droits humains. Les autorités ont invoqué une loi de juillet 2025 sur la liberté d'association, mais n'ont fourni aucune justification au-delà de vagues allusions au non-respect de ladite loi.

« La dissolution massive des organisations de la société civile n’est que le dernier acte de la junte du Burkina Faso pour faire taire la dissidence et éviter toute analyse de son bilan peu reluisant en matière de droits humains », a déclaré Binta Sidibé Gascon, Présidente de l’Observatoire Kisal. « Cette décision renforce un climat de peur qui paralyse l'activité civique indépendante. »

L'action du gouvernement militaire reflète un schéma plus large de répression qui a commencé après que les militaires ont pris le pouvoir en septembre 2022. Depuis le coup d'État, les autorités ont ciblé les organisations non gouvernementales, les médias indépendants, les défenseur·es des droits humains et toute forme de dissidence pacifique, réduisant progressivement l'espace civique. Elles ont suspendu, interdit ou expulsé des dizaines d'organisations et de médias burkinabè et internationaux pour des motifs administratifs vagues et fallacieux ou en représailles à des critiques.

Les autorités ont également détenu des travailleurs humanitaires et arrêté arbitrairement, fait disparaître de force ou enrôlé illégalement des défenseurs des droits humains, des journalistes et des opposants politiques. Cette répression croissante se déroule dans un contexte de crise sécuritaire aggravée, le Burkina Faso combattant depuis une décennie des groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l'État islamique.

Alors que certains des groupes ciblés par la mesure de dissolution étaient inactifs, d'autres—y compris Action des Chrétiens contre la Torture (ACAT) et Coalition Burkinabè pour les droits des femmes (CBDF)—étaient opérationnels et semblaient répondre aux exigences légales en vertu de la loi de juillet 2025. La loi accorde aux organisations un an pour se conformer à ces exigences, un délai qui n'est pas encore expiré.

« L'action du gouvernement militaire, si elle est fondée sur un prétendu non-respect de la loi de 2025, semble juridiquement contestable puisque le délai requis n'est pas encore écoulé », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior au sein de Human Rights Watch. « L'ampleur de la dissolution est l'un des coups les plus importants portés aux groupes de la société civile depuis que les militaires ont pris le pouvoir et envoie un message glaçant à tous les autres. »

La loi de juillet 2025, introduite par les autorités comme une mesure pour réglementer le secteur des organisations à but non lucratif et lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, a considérablement étendu le contrôle gouvernemental sur la société civile. Elle impose des obligations lourdes qui entravent le travail humanitaire et de développement. Les organisations étrangères, par exemple, doivent nommer des ressortissants burkinabè à des postes clés de direction et financiers, les exposant à des risques personnels. Cette inquiétude a été renforcée par une disposition du Code de la famille de septembre 2025 permettant aux autorités de retirer la nationalité burkinabè à toute personne jugée agir contre les intérêts de l’État et créant un risque d’apatridie pour les individus ciblés.

Début avril, le gouvernement militaire, en réponse à un rapport de Human Rights Watch sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis par toutes les parties au conflit au Burkina Faso depuis 2023, avait menacé de prendre des « mesures fermes » contre ce qu’il appelait des « officines impérialistes déguisés en ONG [organisations non gouvernementales] ».

En fin 2025, les autorités ont introduit des barrières administratives supplémentaires. Les organisations doivent désormais obtenir un « visa statistique » avant de mener des enquêtes ou des recherches, un processus coûteux et chronophage qui, selon un travailleur humanitaire interrogé par Human Rights Watch, « entrave la collecte et l’analyse indépendantes des données dans un contexte déjà extrêmement fermé ».

Au cours de l’année passée, plusieurs organisations humanitaires internationales ont été suspendues ou expulsées, souvent pour des raisons procédurales peu claires. Entre juin et juillet 2025, les autorités ont suspendu ou révoqué les licences d’environ 20 organisations étrangères, dont Comunità di Sant’Egidio, Diakonia, Geneva Call et le Tony Blair Institute, invoquant le « non-respect de l’obligation de signature de la convention d’établissement ».

La répression du gouvernement militaire s'est également étendue aux individus membres de la société civile nationale et des organisations internationales. Depuis 2022, les autorités ont détenu plus de 70 travailleurs humanitaires, pour la plupart burkinabè, selon les médias internationaux. Dans un cas emblématique, les autorités militaires ont expulsé en août 2025 la principale représentante des Nations unies au Burkina Faso, Carol Flore-Smereczniak, en la déclarant persona non grata à la suite d'un rapport de l'ONU sur les violations à l'encontre des enfants dans le pays.

Dans un autre cas, au milieu de l'année 2025, les forces de sécurité ont arrêté et détenu arbitrairement huit membres du personnel de l'International Group Safety Organization (INSO), une organisation humanitaire basée aux Pays-Bas spécialisée dans la sécurité humanitaire, avant de les libérer finalement en décembre 2025. Les autorités les ont accusés d'espionnage et de trahison, leur reprochant de collecter et de fournir des informations sensibles sur la sécurité à des puissances étrangères.

Les autorités militaires ont utilisé les dispositions d’un décret de « mobilisation générale » d’avril 2023 — une loi d’urgence— de manière sélective et disproportionnée pour réprimer l’opposition politique, les médias et la dissidence, et pour faire taire et enrôler illégalement dans les forces armées des dizaines de voix critiques, journalistes, militants de la société civile et personnels judiciaires. Les autorités affirment que la conscription est autorisée par le décret, qui confère au président de vastes pouvoirs pour lutter contre l’insurrection islamiste, y compris en réquisitionnant des personnes et des biens et en limitant les libertés civiles. 

Entre juillet et octobre 2025, au moins six journalistes et trois militants ayant été précédemment enrôlés de force ont été libérés, tandis que d’autres conscrits sont toujours portés disparus, y compris l’éminent journaliste d’investigation Serge Oulon, et il est à craindre que d’autres aient été enrôlés illégalement.

Le droit international en matière des droits humains protège les droits aux libertés d'expression et d'association, permettant aux individus et aux groupes d'agir sans ingérence. Les restrictions apportées à ces droits doivent être nécessaires, proportionnées et non discriminatoires – des critères que la récente dissolution massive des organisations de la société civile et la loi de juillet 2025 ne respectent pas, ont déclaré les quatre organisations.

« Une société civile forte et indépendante agit comme un garde-fou contre les abus de pouvoir et amplifie les voix des communautés marginalisées », a déclaré Drissa Traoré, Secrétaire général de la FIDH. « Les autorités burkinabè devraient permettre aux organisations de la société civile de travailler librement et garantir les droits et libertés fondamentaux de chacun·e au Burkina Faso. »

20.04.2026 à 00:06

Le dégel des relations entre Pékin et Pyongyang bloque les voies de fuite des Nord-Coréens

Human Rights Watch

Click to expand Image Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un (à droite) accueillait le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, à Pyongyang, en Corée du Nord, le 10 avril 2026. © 2026 Agence centrale de presse coréenne / Korea News Service via AP Photo

Il y a une dizaine de jours, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, s’est rendu à Pyongyang ; il s’agissait de sa première visite depuis 2019. Au cours de ce voyage, il a rencontré le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un et la ministre des Affaires étrangères Choe Son Hui ; les discussions ont reflété un engagement à renforcer la coopération entre les deux pays, ainsi qu’une coordination approfondie de leurs actions.

Cette diplomatie visible et cordiale entre Pékin et Pyongyang était délibérée. Les liaisons de transport entre la Chine et la Corée du Nord ont repris, les visites de haut niveau s’accélèrent et les relations entre les deux gouvernements se renforcent activement.

Mais le long de la frontière sino-nord-coréenne, une réalité différente persiste – une réalité qui n’est pas définie par la visibilité, mais par un silence imposé. 

Le contrôle des frontières est un élément essentiel du système de répression nord-coréen. Le gouvernement interdit à quiconque de quitter le pays sans autorisation, sous peine d’emprisonnement, de torture, de travaux forcés, de disparition forcée ou de mort. Pékin aide depuis longtemps la Corée du Nord à bloquer les voies d’évasion et à renvoyer de force vers leur pays les personnes qui tentent de fuir la Corée du Nord, contribuant ainsi à renforcer le contrôle de ce pays sur ses citoyens opprimés. Chaque renvoi forcé envoie un signal à ceux qui se trouvent en Corée du Nord ou qui se cachent en Chine : il n’y a pas de voie de fuite sûre.

Pour les Nord-Coréens qui tentent de fuir, les enjeux sont considérables. En mars, Kim Geum Sung, un jeune Nord-Coréen qui vit en tant que réfugié en Corée du Sud depuis 2019, a déclaré à Human Rights Watch que sa mère – qui avait participé à un mariage forcé en Chine afin de financer sa fuite – avait été détenue par les autorités chinoises il y a plus d’un an. Au début du mois d’avril, des législateurs sud-coréens ont adressé à Pékin une demande officielle visant à obtenir des informations sur le sort de la mère de Kim Geum Sung. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a envoyé un courrier similaire. Ni les législateurs ni le ministère n’ont reçu de réponse. Le sort de cette femme reste inconnu, sans confirmation de sa libération par les autorités chinoises, ou de son renvoi forcé vers la Corée du Nord.

Le gouvernement chinois devrait immédiatement divulguer le sort de toutes les personnes nord-coréennes détenues, et mettre fin à tous les retours forcés vers la Corée du Nord ; il devrait soit accorder l’asile à ces personnes, soit leur permettre de voyager en toute sécurité vers un pays tiers sûr.

Les gouvernements en relation avec Pékin, notamment dans la perspective du sommet États-Unis-Chine prévu en mai, devraient soulever des cas comme celui de la mère de Kim Geum Sung et faire pression sur les autorités chinoises pour qu’elles respectent leurs obligations en vertu du droit international, qui interdit de renvoyer des personnes vers des pays où elles risquent d’être persécutées ou de subir d’autres préjudices.

Les dirigeants de ces pays devraient se rappeler que chaque poignée de main diplomatique avec des responsables chinois dissimule des personnes comme la mère de Kim Geum Sung : invisibles, portées disparues et en danger.

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17.04.2026 à 04:00

Liban : L'attaque israélienne contre un pont est un crime de guerre potentiel

Human Rights Watch

Click to expand Image Des personnes traversent à pied un cratère formé à la suite d'une frappe aérienne israélienne qui a détruit le pont de Qasmieh, près de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 avril 2026. © 2026 Mohammed Zaatari/AP Photo

(Beyrouth, 17 avril 2026) – La destruction par l’armée israélienne du pont de Qasmieh dans le sud du Liban le 16 avril, quelques heures avant l’annonce d’un cessez-le-feu, menace de couper le territoire libanais situé au sud du fleuve Litani du reste du pays, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Cette attaque délibérée a détruit le dernier point de passage opérationnel pour les civils et l’aide humanitaire, avec la perspective de causer d’immenses souffrances à la population civile ; elle devrait faire l’objet d’une enquête en tant qu’attaque potentiellement disproportionnée contre des civils, ce qui constituerait un crime de guerre. 

Des dizaines de milliers de civils se trouvent toujours dans les zones du Liban situées au sud du fleuve Litani, ont indiqué des responsables locaux à Human Rights Watch. Les pays donateurs devraient prendre immédiatement des mesures, notamment en soutenant la mise en place de points de passage temporaires pendant le cessez-le-feu, afin d’essayer de garantir aux civils l’accès aux produits essentiels à leur survie, tels que l’eau, la nourriture et les médicaments. Si des points de passage temporaires devaient être mis en place, les autres pays devraient faire pression sur Israël pour que ce pays respecte le droit international humanitaire et garantisse aux civils un passage en toute sécurité par ces points de passage.

« Les attaques systématiques et répétées de l’armée israélienne contre les ponts, qui menacent d’isoler les civils du sud du Liban et de les priver de l’accès aux moyens de survie, témoignent d’un mépris cruel pour le bien-être des dizaines de milliers de personnes qui y vivent encore », a déclaré Ramzi Kaiss, chercheur sur le Liban à Human Rights Watch. « Les autres pays devraient faire pression de toute urgence sur l’armée israélienne pour que ce pays cesse de mettre en danger le bien-être des civils. »

Avant le 16 avril, l’armée israélienne avait systématiquement détruit ou gravement endommagé tous les principaux ponts reliant les zones situées au sud du fleuve Litani au reste du pays, faisant du pont de Qasmieh le seul point de passage opérationnel à usage civil, bien qu’il ait lui aussi été endommagé lors d’une attaque le 8 avril. 

Les frappes précédentes avaient déjà considérablement limité la capacité des civils à se déplacer en toute sécurité, ainsi que celle des institutions publiques, des organisations humanitaires, des hôpitaux et des établissements de santé à acheminer l’aide et à prodiguer des soins médicaux. D’autres points de passage plus petits sont peut-être encore intacts, mais ils se trouvent sur un terrain difficile, sont de taille réduite et, dans certains cas, ne sont pas reliés au réseau routier, ce qui rendrait difficile pour les civils d’atteindre des zones plus sûres au nord du Litani ou pour l’aide humanitaire d’être acheminée en toute sécurité.

Human Rights Watch a vérifié des photos et des vidéos partagées par des journalistes et publiées en ligne, montrant le moment de l’attaque et ses conséquences. Une vidéo vérifiée montre au moins deux larges munitions frappant le pont, suivis de panaches de fumée et de débris s’élevant dans le ciel. On peut voir des véhicules s’approcher du pont dans les deux sens. Les vidéos et les photos montraient un grand cratère sur le côté sud du pont, qui a complètement détruit le passage.

Des dizaines de milliers de personnes vivant au sud du fleuve Litani dépendaient du pont de Qasmieh pour accéder à l’aide humanitaire, à la nourriture et aux fournitures médicales, ont déclaré à Human Rights Watch des responsables locaux, des professionnels de santé et un responsable hospitalier de Tyr quelques semaines avant que le pont ne soit touché.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) et le porte-parole du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme ont précédemment averti que les frappes israéliennes sur les ponts isolaient les habitants du sud du Liban, coupaient les liaisons entre différentes zones, entravaient l’acheminement des fournitures essentielles et limitaient considérablement l’accès humanitaire.

L’armée israélienne a accusé le Hezbollah d’utiliser les ponts sur le Litani à des fins militaires, notamment pour acheminer du matériel de combat et des combattants vers la zone située au sud du fleuve. L’armée israélienne n’a pas publié de communiqué immédiatement après la frappe du 16 avril, afin de la justifié ; mais elle avait précédemment déclaré que les frappes sur les ponts visaient à « empêcher le mouvement de renforts et de moyens de combat » vers le sud du Liban.

Cependant, même si les ponts ont un double usage et deviennent des cibles militaires – c’est-à-dire s’ils contribuent efficacement à l’action militaire –, toute attaque contre eux reste soumise aux exigences de proportionnalité. Les attaques disproportionnées comprennent celles dont on peut s’attendre à ce qu’elles causent des dommages excessifs aux civils et aux biens de caractère civil par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté de l’attaque.

Étant donné que le pont de Qasmieh était le dernier point de passage opérationnel majeur du fleuve Litani, Israël aurait dû prévoir que les dommages potentiels causés à des dizaines de milliers de civils soient considérables. En revanche, il est difficile de concevoir l’avantage militaire concret et direct que Israël aurait pu anticiper de manière crédible, pour justifier de tels dommages aux civils.

Cette attaque devrait faire l’objet d’une enquête afin de déterminer si le pont de Qasmieh constituait réellement un objectif militaire et, dans l’affirmative, s’il s’agissait d’une attaque disproportionnée, ce qui constituerait un crime de guerre, a déclaré Human Rights Watch. Si le pont n’était pas un objectif militaire, la frappe équivaudrait à une attaque délibérément dirigée contre un objectif civil, ce qui constitue également un crime de guerre.

Les attaques israéliennes ont tué plus de 2 196 personnes au Liban depuis le 2 mars, selon le ministère libanais de la Santé. Parmi les victimes figuraient plus de 172 enfants, 260 femmes et 93 professionnels de santé, au 7 avril. Les attaques du Hezbollah ont tué au moins deux civils en Israël, a rapporté la BBC.

Les États donateurs devraient collaborer avec le gouvernement libanais pour rétablir des points de passage temporaires vers les zones situées au sud du Litani, et s’engager à garantir un accès durable et prévisible à l’aide humanitaire pour les habitants du sud du Liban. Toutes les parties au conflit devraient veiller à ce que les civils aient accès aux produits essentiels à leur survie, ainsi qu’à un passage en toute sécurité pour ceux qui choisissent de partir.

Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne et d’autres États de l’Union européenne, devraient suspendre toutes les ventes et livraisons d’armes à Israël, ainsi que l’aide militaire à ce pays, et imposer des sanctions ciblées aux responsables impliqués de manière crédible dans les crimes graves en cours. L’Union européenne devrait aussi suspendre immédiatement le volet commercial de l’Accord d’association UE-Israël, tant que dureront les crimes atroces d’Israël, a déclaré Human Rights Watch.

Les autorités judiciaires libanaises devraient ouvrir des enquêtes nationales sur les crimes internationaux graves ; le gouvernement devrait aussi adhérer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale et soumettre une déclaration acceptant la compétence de la Cour avant la date d’adhésion, y compris pour les faits survenus depuis au moins le 7 octobre 2023.

« Seules des actions concrètes permettront aux autres pays de signaler clairement à Israël que les crimes de guerre ne seront pas tolérés », a conclu Ramzi Kaiss. « Ils devraient commencer par suspendre les ventes d’armes et sanctionner les responsables qui commettent des abus. » 

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LibnaNews

16.04.2026 à 18:04

Zambie : L’UA devrait agir dans l'affaire d'empoisonnement au plomb

Human Rights Watch

Click to expand Image Trois jeunes filles jouaient avec des cailloux en guise de pions (jeu « isolo ») sur un terrain sableux dans la commune de Waya à Kabwe, en Zambie. Le sol de cette région contient des taux élevés de plomb, présent aussi aussi dans la poussière, présentant des dangers sanitaires pour les habitants. © 2018 Zama Neff/Human Rights Watch

(Johannesburg, 16 avril 2026) – Le gouvernement zambien devrait être tenu responsable de son manquement à son obligation d’assainir un site minier contaminé provoquant un empoisonnement au plomb dont continuent de souffrir des enfants, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui ; HRW soutient une demande d’intervention adressée à l’Union africaine, afin que l’UA exige que le gouvernement zambien et les autres parties concernées assainissent le site.

L’Institut pour les droits humains et le développement en Afrique (IHRDA, ou IDHDA en français), en collaboration avec des organisations non gouvernementales zambiennes et des familles touchées, a déposé une plainte auprès du Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant (CAEDB, ou ACERWC en anglais), qui fait partie de l’UA. Cette plainte vise la reddition de comptes et la mise en place de mesures correctives urgentes pour les violations des droits des enfants à la santé et à un environnement sain, causées par l’exploitation minière dans la ville de Kabwe dans le passé, ainsi que par les activités ultérieures de traitement des déchets et de nouvelles opérations minières.

« Les conséquences de l’application insuffisante par le gouvernement zambien des réglementations minières et environnementales ont été subies par des enfants, la population la plus vulnérable de Kabwe », a déclaré Allan Ngari, directeur du plaidoyer auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La plainte déposée par l’IHRDA, ses partenaires et les familles touchées constitue un effort nécessaire et urgent pour mettre fin à ce cycle de négligence, et exiger des comptes et une action immédiate de la part du gouvernement zambien. »

Des enfants vivant à Kabwe ont été exposés à des déchets toxiques contenant du plomb ainsi qu’à des résidus miniers contaminés provenant de l’exploitation, dans le passé, d’une mine datant de l’époque coloniale britannique. Le plomb est un métal hautement toxique, pouvant entraîner des troubles cognitifs et de nombreux autres effets irréversibles sur la santé, voire parfois une mort prématurée ; ses effets sont particulièrement nocifs pour les enfants.

La mine de Kabwe a été fermée en 1994, mais environ 6,4 millions de tonnes de déchets miniers et de résidus sont restés sur le site à ciel ouvert, et ont continué à contaminer les zones résidentielles environnantes. On estime que jusqu’à 200 000 personnes auraient été exposées à la poussière toxique soufflée depuis ces décharges, et les chercheurs en médecine estiment que plus de 95 % des enfants vivant près de l’ancienne mine ont du plomb dans le sang.

Depuis lors, le gouvernement zambien a délivré des licences pour l’exploitation minière et le traitement des déchets toxiques de plomb provenant de l’ancienne mine, exposant ainsi les habitants de Kabwe à des risques sanitaires supplémentaires. Le gouvernement n’a pas pris de mesures adéquates pour contenir la contamination et prévenir toute nouvelle exposition, ce qui soulève des inquiétudes quant à son respect de ses réglementations environnementales et minières, et des obligations de l’État zambien en matière de droits humains.

Vidéo de 2023 sur la pollution au plomb à Kabwe Play Video

Le gouvernement zambien a pris certaines mesures pour atténuer la pollution à Kabwe, mais n’a toujours pas assaini le site minier, qui est la source de la contamination. Le gouvernement a créé un comité technique présidentiel chargé de traiter la contamination à Kabwe, reflétant sa prise de conscience de l’ampleur de la crise ; toutefois, les travaux de ce comité n’ont toujours pas abouti à des mesures concrètes et assorties de délais en matière d’assainissement et de protection, conformément aux obligations de la Zambie en matière de droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

Les requérants demandent à l’ACERWC de déclarer que la République de Zambie a manqué à ses obligations au titre de la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant, en ce qui concerne les droits à la santé, à la survie et au développement, ainsi qu’à la protection contre les risques environnementaux, et d’ordonner des mesures urgentes et exhaustives, notamment :

La restriction et l’élimination immédiates des sources de contamination au plomb à Kabwe, via la suspension des activités minières et de traitement des déchets dangereuses qui contribuent à l’exposition continue au plomb ;Des tests de dépistage du plomb rigoureux administrés à tous les enfants de Kabwe, dans ces centres de dépistage munis de fournitures médicales adéquates ;Une réhabilitation des sols contaminés de l'ancienne mine et de ses environs, ainsi que des procédures de décontamination des écoles, des habitations et des aires de jeux, selon des normes environnementales ;Des mesures spéciales de protection et de soutien pour les enfants touchés, y compris l'accès à des services éducatifs et de santé adaptés ;Des mesures visant une responsabilisation et transparence accrues, ainsi qu’une surveillance plus efficace des activités minières et de traitement des minerais, afin de prévenir tout préjudice supplémentaire.

Les organisations ont exhorté l’ACERWC à évaluer le respect par la Zambie de ses obligations au titre de la Charte africaine des droits de l’enfant et à ordonner des mesures de réparation appropriées pour protéger les enfants touchés. Les organismes africains de défense des droits humains ont affirmé à maintes reprises que les États doivent réglementer les acteurs privés et prévenir les dommages environnementaux qui menacent les droits fondamentaux.

Cette demande s'inscrit également dans le cadre d'un recours collectif en cours en Afrique du Sud contre des entreprises liées aux anciennes exploitations minières de Kabwe, soulignant le rôle complémentaire des mécanismes régionaux de défense des droits humains et des tribunaux nationaux pour garantir la reddition de comptes et l'octroi de réparations.

« Cette demande d’une intervention de l’UA est l’occasion d’exiger du gouvernement zambien qu’il priorise les droits des enfants à la santé et à la sécurité, avant ses propres intérêts économiques », a conclu Allan Ngari. « Cette demande, ainsi que le recours collectif, soulignent l’importance tant de la responsabilité de l’État que de celle des entreprises pour remédier à des dommages environnementaux qui durent depuis des décennies, et pour garantir des réparations effectives aux enfants et aux communautés touchés. »

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16.04.2026 à 00:00

Chine : La pression sur les catholiques s’intensifie

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme marchait devant la façade de l'Église catholique de Xishiku, à Pékin, en Chine, le 9 mai 2025. © 2025 Andy Wong/AP Photo Dix ans après le lancement par le président Xi Jinping de sa campagne de « sinisation » des religions, les communautés catholiques de Chine sont confrontées à un contrôle idéologique renforcé, à une surveillance stricte et à des restrictions de déplacement.L’accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine concernant la nomination des évêques a aidé le gouvernement chinois à faire pression sur les communautés catholiques clandestines pour qu’elles rejoignent l’Église officielle.Le Saint-Siège et les gouvernements d’autres pays devraient exhorter Pékin à mettre fin à la persécution des communautés catholiques, et à respecter le droit à la liberté de religion dont devraient bénéficier tous les catholiques, et les personnes de toutes confessions.

(New York, 15 avril 2026) – Les autorités chinoises intensifient la pression sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l’Église officielle contrôlée par l’État, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Au cours des dernières années, le gouvernement chinois a renforcé son contrôle idéologique, sa surveillance et les restrictions de déplacement imposées aux quelque 12 millions de catholiques que compte le pays.

Dans le cadre de la campagne de « sinisation » des religions lancée par le président Xi Jinping il y a dix ans, en avril 2016, les lieux de culte et les enseignements religieux sont tenus de refléter la culture chinoise centrée sur l’ethnie Han ainsi que l’idéologie du Parti communiste chinois. L’Accord provisoire de 2018 relatif à la nomination des évêques, conclu entre le Saint-Siège et la Chine, a mis fin à un différend datant de plusieurs décennies concernant la désignation des évêques en Chine, mais a aussi favorisé la répression des catholiques dans le pays.

« Dix ans après le lancement par Xi Jinping de la campagne de “sinisation” de Xi Jinping et près de huit ans après l’accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, les catholiques de Chine sont confrontés à une répression croissante qui viole leurs libertés religieuses », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine auprès de la division Asie à Human Rights Watch. « Le pape Léon XIV devrait revoir d’urgence cet accord, et exhorter Pékin à mettre fin à la persécution et à l’intimidation des églises clandestines, du clergé et des fidèles. »

Le gouvernement chinois n’autorise pas les chercheurs indépendants à se rendre en Chine, et sanctionne les personnes qui s’adressent aux médias étrangers ou aux organisations de défense des droits humains. Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes résidant hors du pays et ayant une connaissance directe de la vie catholique en Chine, ainsi qu’avec des experts de la liberté religieuse et du catholicisme dans le pays. Human Rights Watch a également examiné des documents gouvernementaux et des articles de la presse gouvernementale chinoise.

Le 7 avril, Human Rights Watch a transmis un résumé de ses conclusions au gouvernement chinois et au Saint-Siège, sollicitant leurs commentaires. Aucun des deux n'a répondu.

Le gouvernement chinois restreint depuis longtemps la liberté religieuse des catholiques du pays, qui ne sont autorisés à pratiquer leur culte que dans des églises officielles placées sous l'égide de l'Association patriotique des catholiques chinois, contrôlée par l'État. Les communautés catholiques clandestines qui refusent de prêter allégeance au Parti communiste chinois sont les plus touchées. Bien que la persécution religieuse en Chine soit un phénomène ancien, le climat est devenu de plus en plus répressif depuis l'arrivée au pouvoir du président Xi en novembre 2012.

Aux termes de l'accord conclu en 2018 entre le Saint-Siège et la Chine, Pékin propose des candidats à l'épiscopat auxquels le pape peut ensuite mettre son veto ; toutefois, le texte intégral de cet accord n'a jamais été rendu public. L'accord a été reconduit à trois reprises et reste en vigueur jusqu'en octobre 2028, mais aucun pape n'a, à ce jour, exercé son droit de veto — pas même lorsque le gouvernement chinois en a violé les termes en procédant unilatéralement à la nomination d'évêques. Le pape Léon XIV, en fonction depuis mai 2025, a également approuvé cinq nominations proposées par Pékin.

Depuis la signature de l'accord de 2018, les autorités chinoises exercent des pressions sur les communautés catholiques clandestines afin de les contraindre à rejoindre l'Association patriotique. Selon les rapports des médias et des organismes de recherche, ces pressions se manifestent par des détentions arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture et l'assignation à résidence d'évêques et de prêtres catholiques clandestins.

Les personnes interrogées ont affirmé que l'accord de 2018 avait fourni aux autorités un cadre global leur permettant d'exercer une pression sur les catholiques clandestins. « Cela ne leur a laissé d’autre choix que de rejoindre l’Église officielle », a déclaré une personne dont l’église a été démolie, sa croix enlevée et ses membres menacés et arrêtés. Une autre personne a indiqué que l'accord s'était révélé être une « arme intelligente pour détruire légalement les églises clandestines », car des évêques clandestins de haut rang, persécutés depuis des années, sont décédés ou ont été remplacés par des évêques nommés officiellement.

Certains catholiques clandestins ont déclaré se sentir trahis par le Vatican. « Alors que les membres de ces communautés sont habitués à la persécution de la part du gouvernement [chinois] », a déclaré un expert qui a interrogé des dizaines de catholiques en Chine, « depuis 2018, ils ont le sentiment que le Vatican s’en prend également à eux. »

Un prêtre résidant à l'étranger a observé qu’« un grand nombre d’évêques clandestins sont âgés, et [le Vatican et Pékin] ne nomment pas de nouveaux évêques clandestins. Ces communautés pourront peut-être survivre quelque temps grâce à leurs prêtres, mais à long terme, les catholiques clandestins [en Chine] auront disparu. »

Ces dernières années, le gouvernement chinois a également intensifié son contrôle idéologique, sa surveillance, ainsi que les restrictions pesant sur les activités religieuses et les liens avec l'étranger au sein des églises officielles, selon Human Rights Watch.

Les autorités ont soumis le clergé à des formations politiques ou idéologiques intensives, jusqu'à deux fois par semaine dans certains endroits. Outre le contrôle étatique déjà en place sur les documents et supports religieux, les enseignements dispensés par les prêtres sont désormais soumis à l'approbation des autorités compétentes. Les autorités ont également restreint les activités religieuses au sein des lieux de culte officiels, en imposant par exemple des procédures d'inscription pour les offices religieux et en interdisant l'accès des enfants aux églises. Des rapports crédibles font par ailleurs état de l'interdiction, par les autorités, de l'éducation religieuse des enfants à domicile ainsi que d’activités caritatives à caractère religieux sur l'ensemble du territoire national.

En décembre 2025, l’Association patriotique des catholiques chinois et la Conférence des évêques catholiques de Chine ont formellement adopté les « Règlements provisoires sur la gestion normalisée des documents de voyage pour l’entrée et la sortie du clergé catholique », qui exigent de l’ensemble du clergé catholique qu’il soumette ses documents de voyage aux services compétents, subordonnant ainsi ses déplacements hors de Chine continentale — notamment pour des motifs personnels — à l’approbation de l’État. Les autorités interdisent également aux étrangers de mener des activités religieuses en Chine.

Les violations de droits commises par le gouvernement chinois à l’encontre des catholiques contreviennent à la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies et portent atteinte aux droits à la liberté de religion et de conviction, d’expression, d’association ainsi que de circulation, entre autres droits, a déclaré Human Rights Watch.

« Le Saint-Siège et les gouvernements préoccupés devraient exhorter Pékin à respecter la liberté religieuse de tous les catholiques et des adeptes d’autres religions en Chine », a conclu Yalkun Uluyol. « Le gouvernement chinois devrait cesser de persécuter et d’intimider les fidèles qui pratiquent leur foi et leur spiritualité indépendamment du contrôle du Parti communiste. »

Suite détaillée en anglais.

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15.04.2026 à 06:00

Singapour : Suspendre l'exécution imminente d’un homme pour trafic de cannabis

Human Rights Watch

Click to expand Image Omar bin Yacob Bamadhaj, photographié en Allemagne avec sa fille, Amal en 2018, peu avant son voyage à Singapour.  © 2028 Privé

Mise à jour 17.04 : Omar bin Yacob Bamadhaj a été exécuté le 16 avril, ainsi que l’a confirmé le Bureau central des affaires de drogue (Central Narcotics Bureau, CNB) de Singapour.

(Londres, 15 avril 2026) – Le gouvernement singapourien devrait immédiatement suspendre l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj pour trafic de cannabis, prévue le 16 avril, ont conjointement déclaré aujourd’hui Human Rights Watch, Amnesty International, Capital Punishment Justice Project (CPJP) et Anti-Death Penalty Asia Network (ADPAN).

Les autorités singapouriennes ont arrêté Omar bin Yacob Bamadhaj, un ressortissant singapourien aujourd’hui âgé de 41 ans, le 12 juillet 2018 ; par la suite, un tribunal l’a reconnu coupable d’avoir importé un peu plus d’un kilogramme de cannabis, considéré comme une drogue contrôlée de classe A en vertu de la Loi sur l'usage abusif de drogues (« Misuse of Drugs Act ») de 1973. Il a été condamné à mort en février 2021. La plus haute juridiction de Singapour a rejeté son appel en octobre 2021.

« La peine de mort est le châtiment le plus cruel, inhumain et dégradant qui soit », a déclaré Rachel Chhoa-Howard, chercheuse sur l’Asie du Sud-Est à Amnesty International. « Le maintien de la peine de mort par Singapour pour les infractions liées à la drogue constitue une violation du droit international et des normes internationales relatives aux droits humains, et crée un décalage de plus en plus vaste entre cette cité-État et le reste du monde, à ce sujet. »

Le 2 avril, la famille d’Omar bin Yacob Bamadhaj a reçu un avis de l’administration pénitentiaire de Singapour l’informant qu’il serait exécuté deux semaines plus tard. Le 12 avril, son épouse, Alexandra Maria, de nationalité allemande, a adressee une lettre au bureau du président Tharman Shanmugaratnam une lettre sollicitant sa clémence.

Le 12 juillet 2018, Omar bin Yacob Bamadhaj avait été arrêté après avoir été trouvé en possession de 1 009 grammes de cannabis lors d’un contrôle de routine au poste-frontière de Woodlands, situé à la frontière entre Singapour et la Malaisie.

Au moment de son arrestation, Omar bin Yacob Bamadhaj vivait en Allemagne et n’était plus résident de Singapour. Dans son courrier adressé au président, son épouse Alexandra Maria a expliqué qu’Omar bin Yacob Bamadhaj était revenu à Singapour pour passer le mois sacré du ramadan avec des proches. Son épouse Alexandra Maria, leur fille Amal et leur fils Naqeeb se trouvaient en Allemagne à ce moment-là. En raison de l’état de santé de leur fils, qui nécessite des soins médicaux spécialisés, et de leur situation financière, la famille n’a pas pu rendre visite à Omar bin Yacob Bamadhaj en prison. Naqeeb est décédé en novembre 2025, à l’âge de 11 ans.

« Omar et sa famille ont déjà enduré des souffrances inimaginables depuis son incarcération en 2018 », a déclaré Karen Gomez-Dumpit, coordinatrice de l’ADPAN. « L’exécuter maintenant ne ferait qu’aggraver cette douleur et laisserait sa fille sans jamais avoir vraiment connu son père. »

Le système pénal de Singapour prévoit la peine de mort pour toute une série d’infractions, notamment le trafic, l’importation ou l’exportation de quantités de drogue dépassant un certain seuil. Le droit international et les normes en matière de droits humains stipulent que les pays qui n’ont pas aboli la peine de mort devraient limiter son application aux « crimes les plus graves » ; selon des experts des Nations Unies, ainsi que le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, ces crimes n’incluent pas les infractions liées à la drogue.

Le juge chargé de l’affaire d’Omar bin Yacob Bamadhaj a estimé que son implication se limitait au transport de drogue, mais le ministère public ne lui a pas fourni de certificat confirmant qu’il avait apporté une aide substantielle aux enquêtes visant à mettre fin à d’autres activités de trafic de drogue. Ces deux conditions sont requises par la loi sur l’usage abusif de drogues, pour que les accusés puissent bénéficier d’une certaine marge dans la détermination de la peine dans les affaires de trafic de drogue. Le juge n’avait donc d’autre choix que d’imposer la peine de mort obligatoire. 

Depuis le 1er janvier 2026, Singapour a exécuté sept personnes, toutes pour des infractions liées à la drogue. En 2025, les autorités ont exécuté quinze personnes pour des infractions liées à la drogue, soit sept de plus qu’en 2024.

Le gouvernement recourt également régulièrement à des lois excessivement vagues et restrictives pour réduire au silence les activistes opposés à la peine de mort et les défenseurs des droits humains, étouffant ainsi tout débat public éclairé sur la question.

« Alors que les pays voisins d’Asie ont pris des mesures importantes ces dernières années pour réduire leur recours à la peine capitale, le gouvernement de Singapour semble déterminé à continuer de l’appliquer et à intensifier les exécutions, en particulier pour les crimes liés à la drogue », a déclaré Jacinta Smith, présidente de CPJP. « La position du gouvernement singapourien sur la peine capitale reflète un mépris total du droit à la vie. »

Il existe un précédent de grâce présidentielle à Singapour. Le 14 août 2025, le président Shanmugaratnam a accordé sa grâce à Tristan Tan Yi Rui, 33 ans, qui avait été condamné à mort en 2023 pour avoir trafiqué 337,6 grammes de méthamphétamine – également une drogue contrôlée de classe A – en 2018. Sa peine de mort a été commuée en réclusion à perpétuité. 

À l’époque, le ministère de l’Intérieur avait déclaré que la grâce avait été recommandée par le Cabinet de Singapour « en raison des faits et des circonstances spécifiques de l’affaire ».

Dans sa lettre au président, l’épouse d’Omar bin Yacob Bamadhaj a qualifié la décision du président dans l’affaire Tan Yi Rui d’« acte de compassion et d’équité, qui a été perçu par de nombreuses personnes à travers le monde comme un signe fort d’un système judiciaire capable de reconnaître des circonstances humaines uniques et la possibilité de rédemption ». Elle a ajouté : « Veuillez donner à Amal, âgée de neuf ans cette année, la chance de connaître la joie de renouer avec son père, et non la douleur et le regret irréversibles de ne jamais avoir pu le connaître. » 

« Les gouvernements préoccupés devraient exhorter de toute urgence Singapour à suspendre immédiatement l’exécution d’Omar bin Yacob Bamadhaj, et à commuer sa peine de mort », a déclaré Bryony Lau, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Le gouvernement singapourien devrait commuer les peines de mort de toutes les personnes condamnées uniquement pour des infractions liées à la drogue, en tant que première étape vers l’abolition totale de ce châtiment. »

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14.04.2026 à 17:47

Soudan : Les dirigeants mondiaux devraient agir face aux atrocités en cours

Human Rights Watch

Click to expand Image Un habitant d'Omdurman, au Soudan, marchait parmi les décombres dans une rue désertée de cette ville, le 25 mai 2025. © 2025 Carolyn Van Houten/The Washington Post via Getty Images

(Berlin, le 14 avril 2026) – Les dirigeants réunis à Berlin le 15 avril 2026 – date marquant le troisième anniversaire du début du conflit en cours au Soudan – devraient s’engager à prendre des mesures concrètes assorties d’échéances précises afin de protéger les civils et d’établir les responsabilités pour les crimes internationaux graves, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Des représentants de l’Union européenne, de l’Allemagne, de la France, du Royaume-Uni, ainsi que de l’Union africaine et des États-Unis, se réuniront à Berlin pour aborder la question du conflit opposant les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR), ainsi que leurs alliés respectifs. Fin février, cinq pays – l'Allemagne, l'Irlande, la Norvège, les Pays-Bas et le Royaume-Uni – ont conjointement annoncé la formation d'une coalition visant à prévenir les atrocités et à promouvoir la justice au Soudan. La conférence de Berlin offre l’occasion d’élargir la participation à cette coalition et de redoubler d’efforts.

« Encore une année au Soudan a été entachée par des crimes de guerre généralisés, des déplacements massifs de civils et un afflux continu d’armes vers les factions belligérantes responsables d’exactions » a déclaré Mohamed Osman, chercheur auprès de la division Afrique à Human Rights Watch. « La conférence de Berlin ne devrait pas être une autre simple formalité, mais devrait au contraire enfin mobiliser la communauté internationale pour empêcher de nouvelles atrocités, faire progresser la justice et protéger les civils, notamment les travailleurs humanitaires locaux. »

Cette conférence se réuniront dans un contexte de combats dévastateurs dans la région du Kordofan et dans l’État du Nil Bleu. Depuis janvier, les parties belligérantes ont fait un usage généralisé d’armes explosives lors d’attaques perpétrées contre des zones peuplées, tuant des civils et touchant des infrastructures civiles, certaines à l’aide de drones.

Selon Médecins Sans Frontières (MSF), le 20 mars, une frappe de drone des FAS visant un hôpital du Darfour-Oriental a tué 70 personnes, dont 15 enfants. L’organisation a également indiqué que, le 2 avril, les RSF ont mené une frappe de drone contre un hôpital dans l’État du Nil Blanc, tuant au moins 10 personnes, dont sept membres du personnel médical. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a déclaré en mars que l’utilisation de drones lors d’attaques au Soudan « souligne l’impact dévastateur des armes technologiques, relativement peu coûteuses, dans les zones peuplées ».

Les FSR ont lancé un assaut final contre El Fasher, capitale du Darfour du Nord, en octobre 2025, au terme d’un siège qui a duré 18 mois. Une mission d’établissement des faits de l’ONU a conclu que la manière dont les FSR avaient mené leurs attaques contre les civils, au moment de la chute de la ville et dans ses environs, portait les « caractéristiques d’un génocide ».

Des chercheurs de Human Rights Watch se sont entretenus avec des survivants qui ont décrit une campagne de bombardements ayant tué un grand nombre de civils, des massacres généralisés à l’intérieur et aux abords de la ville, des détentions arbitraires généralisées – incluant des enlèvements systématiques contre rançon – ainsi que des viols à grande échelle. Malgré les avertissements répétés de la société civile quant au risque d’atrocités de masse, d’autres pays n’ont pas agi contre les dirigeants des FSR, a constaté Human Rights Watch.

Human Rights Watch a également documenté le fait que les Forces armées soudanaises et les forces affiliées ont procédé à des arrestations arbitraires, manifestement en ciblant les individus en raison de leur ethnicité, de leur convictions politiques ou de leur action humanitaire au niveau local. Les détenus, dont les droits à une procédure régulière ont été niés, ont souvent été soumis à la torture ainsi qu’à d’autres formes de mauvais traitements.

L’UE en particulier, s’appuyant sur les conclusions du Conseil des affaires étrangères adoptées en octobre 2025, devrait mettre en œuvre des recommandations visant à protéger les civils et s’engager à rejoindre la coalition pour la prévention des atrocités. De même, les États membres de l’Union africaine devraient dépasser les déclarations de principe pour exercer une pression diplomatique concertée, apporter un soutien aux mécanismes de surveillance et s’engager en faveur de la protection des civils.

Les pays participants devraient également soutenir la mise en place d’un mécanisme chargé de suivre les violations du droit international des droits humains et du droit humanitaire – y compris les attaques en cours contre les travailleurs humanitaires locaux – et y apporter une réponse ; ils devraient par ailleurs fournir un soutien politique et financier à leur travail vital d’assistance à la population, a préconisé Human Rights Watch.

Les pays préoccupés – notamment par l’intermédiaire de la coalition pour la prévention des atrocités et la justice, récemment formée – devraient également prendre des mesures concrètes pour exiger l’établissement des responsabilités. Ces mesures pourraient inclure un soutien total à l’enquête actuellement menée par la Cour pénale internationale (CPI) au Darfour, ainsi que des pressions sur les parties belligérantes afin qu’elles accordent un accès sans entrave aux observateurs et enquêteurs indépendants. D’autres pays devraient faire pression sur le Soudan pour qu’il livre Omar el-Béchir – l’ancien dictateur du pays – et les autres individus recherchés par la CPI, et œuvrer à l’extension de la compétence de cette juridiction internationale à l’ensemble du pays, et non plus au seul Darfour.

Les pays impliqués devraient également dénoncer publiquement les soutiens des parties belligérantes – notamment les Émirats arabes unis – et s’engager à prendre des mesures concrètes pour empêcher la poursuite de l’appui dont bénéficient les auteurs d’exactions. Ils devraient faire respecter l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité de l’ONU au Darfour et œuvrer à l’étendre à l’ensemble du Soudan.

« Cette conférence ne devrait pas rester dans les mémoires comme le premier jour d’une année d’atrocités de plus commises contre les civils au Soudan », a conclu Mohamed Osman. « Les participants devraient identifier et mettre en œuvre les mesures nécessaires pour changer cette réalité, notamment en s’accordant sur une action stratégique visant à tenir les auteurs d’abus responsables de leurs actes, ainsi qu’en redoublant d’efforts pour protéger les civils et ouvrir un espace civique. »

14.04.2026 à 15:31

Les travailleurs des plateformes en France ont besoin de protection en attendant une réglementation

Human Rights Watch

Click to expand Image Des livreurs d'Uber Eats ont manifesté à la suite de la suppression massive de centaines de comptes à Paris, en France, le 1er octobre 2022. © 2022 Sipa via AP Photo

Chaque jour, des livreurs de repas sillonnent Paris et Bordeaux par tous les temps, effectuant de longues heures de travail pour un salaire bien inférieur au salaire minimum français. Pour la plupart d'entre eux, ce travail constitue leur seule source de revenus.

Une nouvelle enquête menée auprès d’environ 1 000 travailleurs en France qui livrent des repas pour des entreprises telles qu’Uber Eats et Deliveroo décrit les conséquences de leur travail pour des plateformes numériques.

Leurs conclusions reflètent ce que Human Rights Watch a constaté aux États-Unis, notamment dans une enquête menée auprès de 127 travailleurs de plateformes dans l’État du Texas.

En France, 56 % des travailleurs de plateformes ont déclaré avoir passé une journée entière sans repas convenable par manque d’argent au cours de l’année écoulée. Au Texas, près des deux tiers ont déclaré avoir des difficultés à payer leur nourriture et leurs courses.

Les travailleurs des plateformes ne touchent qu’une fraction de ce que paient les consommateurs et doivent prendre en charge les coûts liés à leur équipement, à son entretien, aux assurances et aux cotisations sociales, car la plupart des entreprises de plateformes classent leurs travailleurs comme indépendants. Au Texas, où de nombreux travailleurs utilisent une voiture, ces dépenses réduisent leur salaire de près de 70 %, le ramenant à 5,12 dollars (4,35 euros) de l’heure, soit un montant inférieur au salaire minimum fédéral de 7,25 dollars (6,16 euros).

En France, alors que la plupart des travailleurs utilisent des vélos ou des vélos électriques, ce qui réduit les frais de transport, les trois quarts des personnes interrogées ont également déclaré louer l’accès au compte d’une autre personne sur les applications, versant en moyenne 528 € par mois à un particulier. Pour certains, comme les travailleurs migrants qui n’ont pas de statut migratoire sûr et ne peuvent pas créer de compte à leur nom, ce type d’arrangement comporte des risques supplémentaires.

En moyenne, les travailleurs gagnaient moins de 4 € de l’heure après déduction des frais, bien en dessous du salaire minimum français de 11,65 € de l’heure au moment de l’enquête.

Les travailleurs en France ont décrit des conditions similaires à celles documentées par Human Rights Watch : des algorithmes opaques, une surveillance constante, la crainte d’une désactivation arbitraire, une santé qui se détériore et des obstacles à leurs droits de protection sociale découlant directement de leur classification en tant que travailleurs indépendants.

Ces conclusions interviennent à un moment critique, alors que les États membres de l’Union européenne commencent à mettre en œuvre une directive européenne de 2024 visant à améliorer les conditions des travailleurs des plateformes. Parallèlement, l’Organisation internationale du travail va bientôt délibérer sur une nouvelle convention pour un travail décent dans l’économie des plateformes.

Human Rights Watch appelle les gouvernements à établir une présomption d’emploi lorsque les entreprises de plateformes exercent un contrôle sur les travailleurs, à garantir une rémunération tenant compte de l’ensemble du temps de travail et des coûts, à assurer l’accès aux soins de santé et à la sécurité sociale, et à mettre fin à la désactivation arbitraire des comptes. La réglementation de l’économie des plateformes est une question de droits.

14.04.2026 à 11:20

RD Congo : L’aide humanitaire et les déplacements entravés dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu

Human Rights Watch

Click to expand Image Les Hauts Plateaux vus depuis le village de Namesha, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, en République démocratique du Congo, mars 2026. © 2026 Emmet Livingstone

(Nairobi) – Les forces armées congolaises et les groupes armés présents dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu entravent l’acheminement de l’aide humanitaire et empêchent les civils de fuir les combats dans l’est de la République démocratique du Congo, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui se réunira sur la situation en RD Congo le 15 avril 2026, devrait appeler toutes les parties belligérantes à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire et le passage en toute sécurité des civils, et envisager de nouvelles sanctions à l’encontre de commandants coupables d’exactions.

« Les civils des Hauts Plateaux du Sud-Kivu sont confrontés à une crise humanitaire grave et vivent dans la crainte des exactions commises par toutes les parties », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse senior sur la région des Grands Lacs à Human Rights Watch. « Il faut accorder davantage d’attention à ce conflit largement sous-médiatisé, sinon cette situation déplorable ne fera qu’empirer. »

Human Rights Watch a mené des entretiens avec six sources à Minembwe, la principale ville des Hauts Plateaux actuellement sous le contrôle des groupes armés Twirwaneho et M23 ; avec quatre sources à Baraka, dans le territoire de Fizi, sous le contrôle de l’armée congolaise et des milices Wazalendo ; et avec plus d’une douzaine de sources humanitaires, militaires, diplomatiques et médiatiques, de la société civile et des Nations Unies. Human Rights Watch a également examiné des rapports, des photographies et une vidéo faisant suite à deux attaques manifestes de drones.

L’ONU a qualifié de « sévères » les restrictions humanitaires pesant sur l’accès aux Hauts Plateaux du Sud-Kivu, une zone couvrant certaines parties des territoires de Fizi, Mwenga et Uvira. Les incidents de sécurité impliquant l’armée congolaise et des groupes armés au Sud-Kivu se sont multipliés après que la mission de maintien de la paix de l’ONU en RD Congo, connue sous son acronyme français MONUSCO, s’est complètement retirée de la province en juin 2024 dans le cadre d’un accord entre l’ONU et le gouvernement. Les informations sur les violations en cours sont rares en raison de l’accès limité à la zone et des moyens de télécommunication très restreints.

Human Rights Watch a reçu des informations crédibles concernant huit incidents impliquant des frappes de drones dans le Sud-Kivu entre janvier et mars 2026. L’analyse des données du projet ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project), qui compile et vérifie les rapports sur la violence politique, montre une augmentation significative des frappes aériennes et des frappes de drones signalées dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu depuis novembre 2025.

Ce conflit de longue date oppose d’un côté le Twirwaneho, groupe issu de la communauté banyamulenge, désormais allié aux forces rwandaises et au M23, et qui aurait des liens avec certains groupes armés burundais. Ces groupes sont combattus par les forces armées congolaises et les groupes armés Wazalendo (anciennement Mai-Mai) issus des communautés babembe, bafuliru et banyiundu, entre autres. Selon des sources sécuritaires, l’armée burundaise compte actuellement environ 4 000 soldats déployés dans les territoires de Fizi et de Mwenga pour combattre aux côtés des forces armées congolaises.

Click to expand Image Evolution et localisations des frappes aériennes et frappes de drones rapportées entre janvier 2025 et mars 2026 dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu. Data © 2026 ACLED. Graphique © 2026 Human Rights Watch

Selon des sources onusiennes et militaires, une présence accrue de forces armées et de groupes armés a été remarquée dans les centres urbains. Des témoins et des proches ont déclaré à Human Rights Watch que des attaques de drones dans les Hauts Plateaux avaient tué au moins deux personnes issues de la communauté banyamulenge en mars 2026. Le 23 mars, un homme de 86 ans a été tué alors qu’il gardait son bétail près de Minembwe. Le 30 mars, un garçon de 14 ans a été tué dans un champ près de son village, sur le territoire de Fizi. On ignore si ces attaques visaient des cibles militaires. Des habitants ont également déclaré que des dizaines de têtes de bétail avaient été tuées et des maisons détruites lors d’attaques de drones.« Nous sommes bombardés en permanence, et de nombreuses personnes sont blessées », a déclaré un professionnel de santé à Minembwe.

Une station de radio communautaire à Madegu, près de Minembwe, a été endommagée lors d’une attaque manifeste de drones le 9 mars, perturbant l’accès à l’information dans une région où le réseau téléphonique est perturbé depuis plus d’un an. « Il y avait des journalistes à la [station de] radio qui se sont enfuis », a déclaré un témoin présent sur place. « À Minembwe, quand nous voyons des drones de reconnaissance, nous savons que nous devons fuir. […] Après leur départ, les drones ont tiré [sur la station] et les ont poursuivis dans un champ voisin. » Un témoin a envoyé à Human Rights Watch une photographie de la station montrant au moins quatre panneaux solaires endommagés.

En mars, une autre attaque manifeste de drones a visé une église du village d’Ilundu de nuit. Human Rights Watch a examiné neuf photographies et une vidéo qui, selon des témoins, montraient l’église, avec deux grands trous dans le toit.

Bien que Human Rights Watch n’ait pas pu établir avec certitude la responsabilité pour ces frappes, les cibles suggèrent que l’armée congolaise ou des combattants alliés contrôlaient les drones, a déclaré Human Rights Watch. Human Rights Watch a échangé avec le commandant régional de l’armée congolaise le 4 avril pour demander des informations complémentaires sur les frappes et les cibles militaires, mais n’a pas reçu de réponse.

Le Twirwaneho a menacé et enrôlé de force des civils dans les Hauts Plateaux. Des habitants de Minembwe ainsi que des sources onusiennes et diplomatiques ont déclaré que le Twirwaneho avait contraint des familles à fournir un combattant ou à verser une compensation financière au groupe armé, et qu’ils exerçaient des représailles en cas de refus. Selon ces sources, le Twirwaneho aurait également empêché les civils de quitter Minembwe, malgré les attaques en cours dans la région, afin de se protéger contre les attaques et de renforcer son image de groupe de « défense locale ».

Depuis la prise de Minembwe par le M23 et le Twirwaneho en mars 2025, la zone est encerclée par les forces congolaises et leurs alliés. Les combats en cours ont gravement affecté l’acheminement de l’aide humanitaire et contribué à des pénuries alimentaires dans la ville. Les organisations humanitaires n’ont pratiquement pas accès à la région depuis plus d’un an. Les établissements médicaux souffrent d’une grave pénurie de médicaments et de produits de première nécessité. Le manque de produits de base tels que le sucre et le sel a poussé les prix à la hausse, qui sont désormais cinq fois plus élevés que dans d’autres villes du Sud-Kivu. Le 14 avril, le commandant régional de l’armée congolaise, le général Fabien Dunia, a déclaré à Human Rights Watch qu'il prenait des mesures pour faciliter l'accès des organisations aux Hauts Plateaux et pourrait intervenir sur les groupes Wazalendo qui constituent une menace.

Les civils dans les zones restant sous contrôle congolais ont également été confrontés à des pénuries de médicaments et de produits de première nécessité selon des informations relayées par les médias et des sources humanitaires.

Des combattants Wazalendo ont également harcelé et attaqué des personnes, notamment des membres de la communauté banyamulenge, selon des témoignages de résidents et des rapports des médias. Des combattants Wazalendo, y compris le groupe armé dirigé par William Yakutumba, ont arbitrairement arrêté et détenu des personnes accusées de soutenir le M23.

Une personne récemment détenue dans une cellule de détention informelle à Baraka a déclaré avoir dû payer des centaines de milliers de francs congolais pour être libérée. « Ils m’ont sévèrement battu », a-t-il déclaré. « Ils harcèlent la population et nous accusent de soutenir le M23 pour nous faire payer. »

Les Wazalendo ont mis en place des barrières pour prélever entre 1 000 et 2 000 francs congolais (entre 0,43 et 0,86 dollar américain) aux passants. « De Baraka à Fizi, il y a plus de 10 barrières mises en place par les Wazalendo et l’armée congolaise », a déclaré un habitant de Baraka. « À chaque fois, il faut payer 1 000 francs congolais », a-t-il ajouté. Un autre habitant a déclaré avoir compté huit barrières tenues par les Wazalendo entre Baraka et Misisi, sur une distance de 130 kilomètres.

En février et mars, le général Fabien Dunia a rencontré des groupes Wazalendo à Uvira et Baraka afin de chercher à interdire à toute personne armée d’entrer dans les centres urbains. Il a déclaré à Human Rights Watch que ses forces avaient arrêté plusieurs combattants Wazalendo auteurs d’exactions à Uvira et Baraka.

Toutes les parties au conflit dans le Sud-Kivu devraient respecter pleinement le droit de la guerre. Les autorités congolaises ont l’obligation d’enquêter et de poursuivre comme il se doit les auteurs présumés de crimes de guerre commis par leurs forces ou sur leur territoire.

La MONUSCO devrait envisager de reprendre ses activités dans le Sud-Kivu en vertu d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU de décembre 2025 qui permettrait la reprise de ses missions de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, a déclaré Human Rights Watch.

« Les autorités congolaises devraient contrôler la coalition Wazalendo et mener des enquêtes impartiales ainsi que poursuivre en justice tous les responsables d’abus graves, y compris ceux qui entravent l’acheminement de l’aide », a conclu Clémentine de Montjoye. « Les gouvernements concernés devraient exhorter de toute urgence les parties belligérantes à prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les dommages causés aux civils et faciliter l’acheminement de cette aide vitale. »

Un commentaire supplémentaire du général Fabien Dunia le 14 avril a été ajouté au rapport après sa publication.

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