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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
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23.04.2026 à 17:29

L’Indo-Pacifique face à la guerre au Moyen-Orient : entre inquiétude et résignation

stagiaire-comm@iris-france.org

L’espace Indo-Pacifique est profondément bouleversé, tant sur le plan économique que diplomatique, par la guerre au Moyen-Orient. Fortement dépendante des routes commerciales et des approvisionnements énergétiques extérieurs, la région fait face à une pression accrue sur ses économies. Cette crise révèle également la complexité des jeux d’alliances dans la région, tiraillés entre intérêts économiques, attachement au respect du droit international et rivalités entre grandes puissances. Elle révèle enfin la perte l’influence américaine dans la région, dont l’implication dans la guerre affecte sa crédibilité auprès de ses partenaires. Dans quelle mesure les économies indopacifiques ont-elles été affectées par la guerre au Moyen-Orient ? Quelles réactions les pays de la région ont-ils adoptées sur le plan diplomatique face à ce conflit ? Enfin, en quoi ces positionnements sont-ils susceptibles de fragiliser l’équilibre des alliances avec les États-Unis dans la région ? Le point avec Marianne Péron-Doise, directrice de recherche à l’IRIS, co-responsable du programme Asie-Pacifique et directrice de l’Observatoire géopolitique de l’Indo-Pacifique. Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ? Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations. On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz […]

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Texte intégral (2633 mots)

Dans quelle mesure la guerre au Moyen-Orient a-t-elle affecté les économies des pays asiatiques ? Quelles dispositions ont été prises pour répondre à ce choc exogène ?

Les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes de Téhéran sur Israël et plusieurs pays du Golfe, combinées au blocage du détroit d’Ormuz, se sont traduites par un choc économique exogène important pour les pays de l’ensemble Indo-Pacifique. Les conséquences sociopolitiques de long terme du conflit portent un potentiel de déstabilisation significatif pour de nombreux gouvernements, particulièrement en Asie du Sud-Est et du Sud. Le coût du transport et des denrées alimentaires pèse déjà lourdement sur le quotidien et le bien-être des populations.

On le sait, le détroit d’Ormuz est un point de passage stratégique par lequel transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole, un quart des échanges de gaz naturel liquéfié (GNL), et dont dépendent de nombreux pays asiatiques. Le Japon et la Corée du Sud importent plus de 70 % de leur pétrole brut depuis cette région et ont été confrontés à une hausse immédiate des coûts énergétiques, renchérissant la production industrielle et pesant sur la compétitivité des entreprises. L’Inde, également très dépendante des hydrocarbures moyen orientaux a vu son déficit commercial s’aggraver ce qui exerce une forte pression sur la roupie et l’inflation domestique. Dans les pays de l’ASEAN non producteurs (Thaïlande, Philippines), les hausses de prix du carburant ont affecté directement le pouvoir d’achat des ménages et les finances publiques. L’Australie, qui a largement externalisé sa sécurité énergétique et qui est tributaire des voies maritimes internationales, est particulièrement touchée. Les conséquences macroéconomiques immédiates se sont traduites par une accélération de l’inflation importée, le ralentissement de la croissance, la détérioration des balances courantes et la montée de tensions sociales liées à la hausse du coût de la vie.
Les conflits au Moyen Orient impactent également la vaste région Indo-Pacifique via la désorganisation du transport aérien, la hausse du coût du kérosène, et un climat géopolitique anxiogène qui constituent autant de freins à la mobilité et aux échanges régionaux comme aux déplacements internationaux. Des économies très liées au tourisme comme la Thaïlande, l’Indonésie, le Viêtnam ou encore les Maldives subissent une chute des arrivées internationales. Les compagnies aériennes asiatiques font face à une double contrainte : une augmentation des coûts (carburant, assurances) et une baisse de la demande. Les effets économiques sont hétérogènes et se traduisent entre autres par des pertes d’emplois dans les services, l’hôtellerie et la restauration, où le secteur informel (emplois non déclarés et activités ponctuelles) est important et une baisse significative des recettes en devises. Des analystes évoquent un ralentissement de la croissance et les difficultés d’une reprise, même à court terme, semblables aux effets postpandémie enregistrés après le Covid-19 pour certains pays.

Les gouvernements asiatiques ont mis en œuvre plusieurs dispositifs de court et de long termes afin d’atténuer les effets amplificateurs de la flambée des prix. Une première réponse, supposant cependant un minimum de planification, a été la mobilisation des réserves stratégiques : le Japon, la Corée du Sud et l’Inde disposent de stocks qu’ils peuvent libérer temporairement pour lisser les effets des dépenses des carburants et du gaz. Une autre initiative a consisté en des subventions et des aides ciblées pour préserver le pouvoir d’achat comme à Taiwan et en Thaïlande. D’autres économies plus fragiles ont dû recourir à un rationnement strict comme aux Philippines et au Bangladesh. Faute de stock, l’Australie fait face à une pénurie énergétique préoccupante. La situation a relancé les politiques de diversification des approvisionnements afin de réduire la dépendance au Moyen Orient. L’Indonésie et l’Inde se sont rapidement tournées vers la Russie. On note également une accélération de la transition énergétique. Le Japon investit dans l’hydrogène, la Corée du Sud développe les énergies nucléaires et renouvelables, l’Inde accélère son virage vers le solaire et l’éolien domestiques. Quant au secteur touristique, il tente de se réorganiser en s’adaptant à une offre régionale et nationale, notamment en Chine, en Thaïlande ou au Japon.

Quelles réactions la guerre au Moyen-Orient a-t-elle suscité auprès des pays de l’Indo-Pacifique sur le plan diplomatique ?

La guerre au Moyen Orient a provoqué des réactions diplomatiques contrastées de la part des pays de la région. Ceci s’explique par des intérêts géopolitiques divergents, notamment la dépendance énergétique, les alliances stratégiques, le positionnement vis à vis des grandes puissances (Chine, États-Unis) et la volonté de préserver la stabilité régionale et les échanges internationaux.
De façon générale, les réactions diplomatiques se sont révélées prudentes. De nombreux pays ont adopté une attitude attentiste, évitant de prendre parti clairement dans le conflit afin de préserver leurs relations à la fois avec les pays du Moyen Orient et avec leurs alliés occidentaux. L’Inde a appelé à la désescalade et au dialogue, tout en évitant de condamner explicitement certaines parties du conflit. Cette prudence s’explique par ses relations énergétiques avec les pays du Golfe et par sa coopération stratégique avec les États Unis et Israël. Le Sri Lanka entend se tenir à une stricte neutralité. Plusieurs pays de l’ASEAN (Singapour, l’Indonésie, la Malaisie et le Viêtnam) ont insisté sur le respect du droit international et la protection des civils, privilégiant un discours multilatéral et consensuel.

Bien sûr, les positionnements ont été plus ou moins affirmés selon les proximités politico-militaires. Les pays alliés des États Unis dans la région ont généralement exprimé un soutien politique modéré, tout en cherchant à éviter une escalade. Le Japon, qui a toujours privilégié une relation stable avec l’Iran, a largement insisté sur la nécessité de protéger les routes maritimes commerciales et énergétiques, vitales pour son économie. La Corée du Sud s’est alignée sur les appels à la sécurité régionale, mais sans engagement direct, afin de rester concentrée sur la menace nord coréenne. Séoul a notamment vu avec crainte Washington prélever certains équipements de défense antimissiles sur son territoire pour les déployer au Moyen-Orient. Ni Tokyo ni Séoul n’ont d’ailleurs répondu à l’appel de Donald Trump à participer à une opération navale de sécurisation du détroit d’Ormuz. Le Pakistan tire habilement son épingle du jeu en s’imposant comme un médiateur entre l’Iran et les États-Unis. Il renforce ainsi son rôle de garant de la sécurité des monarchies du Golfe (déploiement de troupes au Qatar, mise en place de F16 en Arabie saoudite) avec lesquelles il entretient de nombreuses coopérations de défense. Quant à l’Inde, qui vient de signer un partenariat stratégique spécial avec Israël lors de la visite de Narendra Modi à Tel-Aviv en février 2026, elle reste silencieuse, prise au piège de sa politique de multi-alignement.

Sans surprise, la Chine a dénoncé l’instabilité provoquée par les initiatives militaires américaines et s’est présentée comme un acteur diplomatique alternatif, appelant à des solutions politiques. Pékin cherche ainsi à renforcer son image de puissance médiatrice et à consolider ses relations avec les pays du monde arabe. Cette posture n’est pas sans ambiguïté. Partenaire de l’Iran au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai que Téhéran a rejoint en 2021, la Chine a régulièrement participé à des manœuvres navales conjointes avec les marines russe et iranienne dans l’océan Indien depuis 2022, participant ainsi au renforcement des capacités de cette dernière.

En tout état de cause, la sécurité des approvisionnements énergétiques et des routes maritimes a fortement influencé les réactions diplomatiques. Plusieurs pays asiatiques, comme la Corée du Sud et le Pakistan, ont renforcé leur coopération diplomatique et sécuritaire avec les États du Golfe. Ils ont également soutenu les initiatives, dont celles de l’Organisation maritime internationale, visant à garantir la liberté de navigation et la sécurité des flux commerciaux internationaux. De fait, la guerre au Moyen Orient pousse les pays asiatiques à adopter une diplomatie économique, centrée sur la stabilité plutôt que sur des considérations idéologiques ou normatives.

L’attaque contre le Venezuela, les crises du Proche-Orient et les frappes israélo-américaines sur l’Iran s’inscrivent dans une dynamique plus large de diplomatie transactionnelle et d’un durcissement de la politique étrangère conduit par un Donald Trump sans retenue. Dans quelle mesure ce positionnement est-il susceptible de fragiliser les alliances et les partenariats stratégiques des États-Unis ?

La dimension conflictuelle de la diplomatie américaine actuelle illustre un retour assumé à une politique de hard power avec un Donald Trump s’exprimant et agissant avant tout comme un « commander in Chief ». Cette ligne belliqueuse tous azimuts, présentée comme la défense de la primauté de l’intérêt national américain immédiat, America First, ne peut que fragiliser la confiance stratégique des alliés traditionnels de l’Indo-Pacifique, région pourtant au cœur de la rivalité systémique entre la Chine et les États-Unis. Confrontés à l’interventionnisme grandissant de la politique étrangère américaine, le Japon, la Corée du Sud et l’Australie se sont sentis marginalisés. Les frappes contre l’Iran ont été décidées sans consultation approfondie avec eux, alors même qu’elles ont des effets directs sur leur sécurité énergétique et économique. Le Japon a exprimé ses préoccupations quant à l’absence de coordination stratégique, tout en soutenant formellement l’alliance avec Washington. La Corée du Sud redoute que l’engagement militaire américain au Moyen-Orient ne détourne des ressources essentielles de la péninsule coréenne, face à la menace nord coréenne. Taïwan s’inquiète de la poursuite des livraisons d’armements américaines à son bénéfice.

Cette situation fragilise les principes fondamentaux de l’alliance : la prévisibilité et la fiabilité du protecteur américain. Sous la nouvelle présidence de Donald Trump, les alliances sont de plus en plus perçues comme des relations conditionnelles, dépendantes des contributions financières ou de l’alignement politique des partenaires. Le discours américain sur le « partage du fardeau » (burden sharing) inquiète fortement Tokyo, Séoul, Manille et Canberra, qui redoutent une protection et un soutien variables selon les priorités de Washington. L’éventuelle réduction ou le redéploiement d’actifs militaires américains vers le Moyen-Orient a ravivé la crainte d’un désengagement progressif de l’Indo-Pacifique.

Cela alimente une logique de doute stratégique chez certains alliés, les incitant à diversifier leurs partenariats et à s’engager davantage dans un processus d’autonomisation stratégique via la hausse conséquente des budgets de défense et des programmes d’acquisitions d’armements. Le Japon renforce ses coopérations avec l’Australie, les États européens (Royaume-Uni, France), l’OTAN tout en accélérant sa montée en puissance militaire. Des débats sur le tabou de l’acquisition de capacités nucléaires militaires se font jour en Corée du Sud. Les pays de l’ASEAN, traditionnellement non alignés, redoublent de prudence et évitent de s’associer ouvertement aux actions américaines au Moyen Orient, privilégiant le dialogue et le multilatéralisme.

On soulignera que ce durcissement américain crée également des opportunités géopolitiques pour Pékin, qui se présente comme une puissance plus prévisible et favorable à la stabilité. La Chine a condamné les frappes israélo-américaines tout en appelant à une solution politique, renforçant son image de médiateur responsable, notamment auprès des pays du Sud global. Certains États asiatiques, sans rompre avec Washington, adoptent une posture d’équilibrage stratégique (hedging) entre les États-Unis et la Chine. Ce qui à terme affaiblit la capacité des États Unis à fédérer un front asiatique uni contre Pékin.

Malgré ces tensions, il serait excessif de parler d’une remise en cause des alliances asiatiques des États-Unis que ce soit par Washington ou ses partenaires. Les garanties de sécurité américaines restent indispensables face au front mouvant que présentent la Chine, la Corée du Nord et la Russie. Les grandes manœuvres et exercices d’entrainements conjoints comme Balikatan, Cobra Gold en Asie du Sud-Est ou Ulchi Freedom Shield en Asie du Nord menés sous l’égide américaine se poursuivent avec la même ampleur. Les forums et dialogues de sécurité dont ceux organisés autour de l’ASEAN et des cadres de coopération comme le Quad, rassemblant les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, continuent d’exister, bien que sur un mode plus pragmatique. Toutefois, la guerre au Moyen-Orient agit comme un révélateur des limites du leadership américain et accélère une évolution vers des partenariats et des formats plus transactionnels, moins idéologiques et plus conditionnels. À terme, la principale menace pour Washington n’est donc pas la fin des alliances, mais leur érosion normative et leur désenchantement stratégique.

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23.04.2026 à 17:07

La Chine dans la Caraïbe : enjeux, risques ?

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La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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La présence chinoise et son influence dans la région caraïbe ne datent pas des évolutions géopolitiques récentes, mais s’inscrivent dans un processus continu depuis le XIXe siècle. Tout d’abord l’abolition de l’esclavage a conduit entre 1853 et 1866 à chercher une main-d’œuvre de substitution qui a essaimé dans tous l’espace caribéen à partir de Trinité-et-Tobago, de la Jamaïque, de Cuba et du Guyana, de travailleurs sous contrat. Il en a résulté la création de communautés sino-caraïbéennes structurées, souvent commerçantes. Ces communautés contribuent encore aujourd’hui à la diplomatie d’influence chinoise.

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22.04.2026 à 22:59

The Geopolitics of Infrastructure

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No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies. For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence. Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure. China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea. The geopolitical implications […]

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Texte intégral (1120 mots)

No longer does global power rest only on alliances, military might, currency dynamics, and effective control of multilateral institutions. The new geopolitical contest is between competing infrastructure blocs: packages of finance, contractors, standards, and data systems that create long-term dependencies.

For most of the postwar era, global power was defined by alliances, aircraft carriers, and reserve currencies. But we are now entering an era defined by critical infrastructure and those who finance, build, and operate it. Ports, power grids, rail corridors, data centers, and critical-mineral supply chains are no longer just “projects.” They are the operating system of sovereignty. Infrastructure—networks that move energy, goods, and data—is the industry of industries. Whoever shapes it through contracts, standards, currency denomination, and long-term maintenance (much of which is increasingly guided by data and AI-driven systems) will achieve enduring global influence.

Debates about “de-dollarization” often focus on reserve currencies. In the International Monetary Fund’s Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves data, the US dollar accounted for roughly 57% of global reserves in 2025, with the euro a distant second. But official reserves are a lagging indicator. The more relevant shift concerns infrastructure.

China recognized this early. Between 2000 and 2023, it extended approximately $2.2 trillion in official loans and grants as part of its Belt and Road Initiative, much of which was invested in transportation and energy infrastructure. This model was never just about capital. By bundling finance, contractors, equipment, and digital systems, China was exporting state capacity and embedding long-term dependence. Projects like the Chancay mega-port in Peru—which is majority-owned by a Chinese operator and backed by billions in investment—illustrate how infrastructure can reconfigure trade routes and other dependencies. Likewise, the Addis Ababa–Djibouti Railway, financed largely by Chinese lending, dramatically reduced freight times between Ethiopia and the Red Sea.

The geopolitical implications of infrastructure investment are increasingly top of mind for policymakers. The prospect of Chinese involvement in airport construction in Greenland raised security concerns in both Denmark and the United States. The new contest is not simply between currencies but between competing infrastructure blocs.

For decades, US influence rested on military power, the dollar, and multilateral institutions. But while this architecture still matters, it is rapidly being supplemented—and in some cases challenged—by infrastructure strategies.

Political tensions reflect this shift. In 2024, US President-elect Donald Trump threatened severe tariffs against countries pursuing alternatives to dollar-based invoicing and payments. At the same time, Western economies have scaled up their own infrastructure initiatives. The G7’s Partnership for Global Infrastructure and Investment, for example, aims to mobilize $600 billion by 2027; the European Union’s Global Gateway pledges up to €300 billion ($353 billion); and the Blue Dot Network (launched by Australia, Japan, and the US) seeks to certify high-quality infrastructure standards.

Yet many countries perceive these efforts as slow and overly conditional. In a world facing climate shocks, demographic pressures, and urgent development needs, the ability to deliver infrastructure quickly often outweighs governance concerns.

Various middle powers are redefining their own strategies accordingly. India, for example, is pursuing “corridor diplomacy” by supporting projects like the Chabahar Port and the India–Middle East–Europe Economic Corridor. Rather than aligning exclusively with one bloc, it is leveraging infrastructure to hedge, diversify, and expand its own strategic autonomy.

There is also another critical shift underway. Far from being confined to steel and concrete, infrastructure geopolitics increasingly extends into compute, data, and AI. Corporate filings reveal the scale of this transition. Technology firms such as Microsoft, Alphabet, Meta, and Amazon are investing tens of billions of dollars annually in AI infrastructure, including data centers and specialized hardware. Their capital expenditures and associated depreciation now resemble those of traditional infrastructure sectors.

Semiconductor manufacturing has become a strategic chokepoint in this system. Facilities costing tens of billions of dollars anchor global supply chains and define access to advanced compute capabilities. But AI is not just another layer of infrastructure. It is meta-infrastructure that will shape how all other systems are planned, operated, and optimized. If infrastructure defines geopolitical power, AI is increasingly defining infrastructure. It can improve grid efficiency, extend the life of transport networks, and enable more precise climate-adaptation strategies.

But AI also introduces new forms of vulnerability. Remote control over optimization systems can function as a “kill switch” for critical infrastructure, and opaque or biased algorithms can systematically determine which regions or communities receive investment. In this context, infrastructure is no longer only about physical assets, but also about who controls the intelligence layer that governs them.

Nowhere are the stakes more visible than in Gaza. According to UN and World Bank assessments, by late 2025, roughly 90% of homes and infrastructure had been damaged or destroyed, and nearly the entire population of 2.1 million people had been displaced. Reconstruction will require tens of billions of dollars, but without a durable political settlement, the enclave’s new infrastructure could become an instrument of control rather than recovery. Infrastructure geopolitics is not inherently emancipatory. Transit corridors, energy systems, and housing can be designed to enable mobility and growth; but they can also be used to constrain people.

The world is moving toward overlapping infrastructure ecosystems: a US-centered system built on open capital markets and legal enforcement; a China-centered system combining state finance, contractors, and embedded standards; and a diverse set of regional and middle-power strategies.

The decisive question is not which system is largest, but which will ultimately be accepted as the default. Even when decisions about ports, energy systems, and data networks are framed in purely technical or financial terms, an underlying political logic is at work. Such decisions are increasingly mediated by AI systems that were trained on historical data and designed to optimize for efficiency, thus narrowing the range of perceived alternatives.

George Orwell famously warned about the control of language. Today, we are witnessing an even more subtle form of power. Infrastructure, increasingly guided by algorithmic systems, risks making certain potential futures appear inevitable, and others unthinkable.

The greatest danger is not that one power dominates, but that societies gradually lose the ability to choose among competing paths. The new world order is being built in concrete and encoded in silicon. The last sovereign act may not be to build or to resist, but to recognize that these choices remain open, before the systems we construct begin to optimize us in return.

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