06.05.2026 à 07:00
Olivier Petitjean
TotalEnergies a annoncé un bénéfice de 5,8 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, en augmentation de 51% par rapport au trimestre précédent et de près de 100% par rapport au premier trimestre 2025. Ce résultat s'explique en partie, selon l'entreprise, par la bonne performance des activités de négoce d'hydrocarbures au sein du groupe, ainsi que par la plus grande marge réalisée dans la pétrochimie.
Cette hausse confirme que le guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis (…)
TotalEnergies a annoncé un bénéfice de 5,8 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, en augmentation de 51% par rapport au trimestre précédent et de près de 100% par rapport au premier trimestre 2025. Ce résultat s'explique en partie, selon l'entreprise, par la bonne performance des activités de négoce d'hydrocarbures au sein du groupe, ainsi que par la plus grande marge réalisée dans la pétrochimie.
Cette hausse confirme que le guerre contre l'Iran déclenchée par les Etats-Unis et Israël, en dopant les cours du pétrole, va faire advenir une nouvelle ère de superprofits pour les géants des énergies fossiles comme TotalEnergies, quelques années à peine après ceux réalisés suite à l'invasion russe de l'Ukraine.
On rappellera que l'offensive contre l'Iran ayant été lancée le 28 février dernier, elle n'a fait sentir ses effets que sur un seul mois du premier trimestre. Sur le deuxième trimestre, le bond des profits de TotalEnergies pourrait être plus spectaculaire encore.
L'annonce a relancé le débat sur les profits de guerre et leur taxation, un sujet que nous avions largement abordé en 2022 (voir nos enquêtes d'alors). Le débat n'a pas malheureusement pas beaucoup avancé, puisque l'on voit ressortir les mêmes arguments bancals sur le fait que TotalEnergies réalise l'essentiel de ses profits là où il extrait son pétrole et son gaz et non en France (lire notre débunk sur ce point), ou les mêmes manoeuvres d'esquive de la part de TotalEnergies, à l'époque une « ristourne » pour les consommateurs, aujourd'hui un « plafonnement ». Plafonnement que le groupe menace d'ailleurs bien sûr de supprimer au cas où le gouvernement mettrait en oeuvre une taxation de ses superprofits. À suivre.
30.04.2026 à 10:14
Shein, à la fois plateforme numérique et entreprise de "mode jetable", s'est imposé en quelques années en France et sur les marchés mondiaux.
- L'offensive de Shein en France / France, Shein, Lobbying et influence
Shein, à la fois plateforme numérique et entreprise de vêtements portant à son paroxysme la logique de la "mode jetable", s'est imposé en quelques années sur les marchés mondiaux. Y compris en France, où son essor a suscité des tentatives de régulation, mais où le groupe chinois a lancé un vaste campagne de communication et d'influence.
Shein est plus que jamais au centre de l'actualité en France. Le site chinois, fer de lance de la « fast-fashion », serait devenu en 2024 l'enseigne où les Français dépensent le plus, avec des ventes en hausse de 58% sur un an. Avec son homologue Temu, la plateforme représentait fin 2024 quasiment un quart des colis transportés par La Poste, selon le PDG du groupe.
Ce succès phénoménal s'accompagne de nombreuses critiques sur le modèle écologique et social de Shein, qui ont poussé les parlementaires français à voter à l'unanimité en première lecture, il y a un peu plus d'un an, une proposition de loi visant à contenir les excès de la « fast-fashion ».
Face à cette menace dans un pays qui est l'un de ses plus importants marchés, le groupe chinois n'a pas lésiné sur les moyens. Il s'est acheté les services de cabinets de lobbying, d'anciens ministres comme Christophe Castaner et d'influenceuses comme Magali Berdah, et a lancé une campagne de communication grand public signée Havas.
Qui se cache derrière le site de Shein ? Qui sont ses dirigeants et ses actionnaires ? Où vont les profits de ses ventes en France ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles nous tentons de répondre dans cet article, alors que le Sénat examine à son tour depuis le 2 juin, après de nombreux délais, la proposition de loi « fast-fashion ».
30.04.2026 à 07:00
Olivier Petitjean
Après avoir dénié dans tous les médias avoir été embauché par Shein pour faire du lobbying sur la loi « fast-fashion », l'ex ministre macroniste a fini par passer aux aveux dans ses récentes déclarations à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Mais il reste encore beaucoup de zones d'ombre sur son embauche par le géant chinois, et l'affaire illustre les lacunes persistantes de l'encadrement des « portes tournantes » en France.
« Les gens pensent que je suis assez (…)
Après avoir dénié dans tous les médias avoir été embauché par Shein pour faire du lobbying sur la loi « fast-fashion », l'ex ministre macroniste a fini par passer aux aveux dans ses récentes déclarations à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Mais il reste encore beaucoup de zones d'ombre sur son embauche par le géant chinois, et l'affaire illustre les lacunes persistantes de l'encadrement des « portes tournantes » en France.
« Les gens pensent que je suis assez idiot pour n'avoir comme capacité que celle d'avoir un carnet d'adresses. » Dénoncé de toutes parts suite à son recrutement par Shein en décembre 2024, Christophe Castaner avait démenti avoir été choisi pour aider au lobbying de la marque chinoise, estimant même offensant que l'on puisse suggérer qu'il ait été choisi pour ses réseaux politiques plutôt que sur ses compétences. Que son embauche coïncide avec l'examen à l'Assemblée nationale puis au Sénat d'un projet de loi sur l'impact écologique de la « fast-fashion », dont Shein était l'une des principales cibles, n'était probablement qu'un hasard.
Le mensonge – certes cousu de fil blanc – est maintenant éventé. Dans les toutes récentes déclarations de sa société Villanelle Conseil auprès de la HATVP, Christophe Castaner a été contraint de confirmer qu'il a été missionné par Infinite Styles, la société mère de Shein, pour des activités de lobbying. Il précise même que son rôle a été de « relayer la demande d'audience du CEO [le patron de Shein, NdE] pour discuter de la stratégie d'implantation du groupe en France » auprès d'un « membre du gouvernement ou de cabinet ministériel » à Bercy. Soit exactement le type de démarche dont il s'offusquait qu'on puisse le soupçonner.
En décembre dernier, interrogée par l'émission « Complément d'enquête » de France Télévisions et le Nouvel Obs, Véronique Louwagie (LR), ministre déléguée au Commerce dans le gouvernement Bayrou, avait témoigné avoir fait l'objet de sollicitations pressantes de Christophe Castaner au sujet de la loi fast-fashion. C'est très probablement cet épisode – devenu public – qui est visé par la déclaration de ce dernier auprès du gendarme du lobbying.
Christophe Castaner mentionne une autre activité pour Shein – bizarrement datée de 2026 – consistant à faciliter « une rencontre entre le CEO et une responsable publique pour évoquer le sauvetage d'un groupe de 300 boutiques textiles et la mobilisation d'un fonds intermédiaire de 200 ME ». Confronté au témoignage de Véronique Louwagie, Christophe Castaner avait affirmé qu'il l'avait contactée en réalité pour lui parler du sauvetage d'une autre société, française celle-là, dont il n'a pas révélé le nom. C'est peut-être de cela dont il s'agit, sauf qu'il déclare avoir effectué cette activité... pour le compte de Shein. Si l'ex ministre a finalement daigné remplir ses obligations déclaratives auprès de la HATVP, il ne semble pas les avoir prises beaucoup au sérieux.
Christophe Castaner et Shein ont présenté plusieurs explications successives et contradictoires sur la mission de l'ex ministre. Officiellement, il a été nommé pour siéger – aux côtés de l'ancienne secrétaire d'État Nicole Guedj et du responsable du Medef (et ancien haut fonctionnaire) Bernard Spitz – dans un comité chargé de conseiller la plateforme chinoise sur sa responsabilité sociale d'entreprise. Plus tard, les dirigeants de Shein ont évoqué l'expérience de Christophe Castaner dans la « société civile » (il est un professionnel de la politique depuis les années 1980). Il a ensuite été avancé que l'ex ministre avait été chargé de mobiliser les acteurs français du secteur de la logistique pour défendre l'impact positif de Shein en France. Avant que la boucle soit bouclée en septembre 2025 lorsque Shein a annoncé mettre fin aux services de Christophe Castaner, celui-ci ayant achevé sa « mission » suite à la publication du rapport RSE de l'entreprise.
Dans le même temps, Shein s'est lancé dans une offensive de lobbying tous azimuts contre la loi fast-fashion, ciblant aussi bien les parlementaires – avec le soutien entre autres de l'agence Plead (dépendant de Havas, et donc de Bolloré) – que le grand public. Une vaste campagne de publicité conçue également par Havas (groupe Bolloré) a vanté Shein comme une entreprise vertueuse, au service des consommateurs modestes. Les médias Bolloré – le JDD en particulier – ont ouvert leurs pages aux dirigeants de l'entreprise. L'entreprise chinoise a également fait appel aux services de l'influenceuse Magali Berdah pour porter le même message. Des éléments de langage que l'on a retrouvé presque mot pour mot dans la bouche de Christophe Castaner, qui a dénoncé une « super tendance à taxer ou interdire », et qualifié la proposition de loi d'« assez dégueulasse » et de « TVA sur les produits des plus pauvres ».
Quelles conséquences peut-on attendre de toute cette affaire pour Christophe Castaner ? S'il y a bien eu mensonge de la part de l'ex ministre, ce n'est pas en soi, bien entendu, un crime puni par la loi. Il n'y a pas vraiment de sanctions prévues pour un défaut de déclaration d'activités de lobbying – même pas une interdiction temporaire de contacter des responsables publics, par exemple.
Comme elle nous l'a confirmé une nouvelle fois sur cet article, la HATVP ne communique pas sur les enquêtes qu'elle mène ni sur leurs conclusions, et les procédures sont totalement opaque. En général, elles se soldent par un simple rappel à l'ordre ou un arrangement à l'amiable, sans que l'on puisse connaître l'ampleur des investigations effectivement menées. En matière de « portes tournantes », elle se contente de prévenir les abus les plus flagrants et les risques juridiques, mais pour mieux « fluidifier » les mobilités public-privé (lire notre enquête sur le sujet. En l'occurrence, par exemple, la HATVP a-t-elle réellement cherché à savoir si d'autres activités de Christophe Castaner pour Shein relevaient du lobbying, ou s'est-elle contentée de lui signaler qu'en ce qui concerne Véronique Louwagie au moins, il ne pouvait plus faire semblant ?
L'affaire pose aussi une nouvelle fois la question des sociétés de conseil créées par d'anciens responsable politiques. De Jean-Michel Blanquer à Muriel Pénicaud, des dizaines d'anciens ministres macronistes l'ont fait comme Christophe Castaner à leur sortie du gouvernement. Difficile de dire lesquelles de ces sociétés ont eu une activité réelle puisque dans la plupart des cas les anciens responsables concernés ont fait jouer une clause de confidentialité leur permettant de ne pas rendre publics leurs comptes. De même, elles ne sont pas obligées a priori de dévoiler le nom de leurs clients – sauf si elles jugent que leurs activités de conseil sont assujetties à la loi sur la transparence du lobbying.
Il serait sans doute temps d'être plus sérieux.
29.04.2026 à 07:00
À l'Assemblée nationale, l'extrême droite a réussi à faire adopter un rapport à charge contre le service public de l'audiovisuel, influencé et soutenu par les médias Bolloré.
Quelques jours plus tôt, c'est la reprise en main par Vincent Bolloré des éditions Grasset - l'une des nombreuses maisons qu'il contrôle depuis son rachat du groupe Hachette - qui faisait la une de l'actualité, provoquant une fronde de nombre de ses auteurs historiques
Côté magazines, les titres Prisma Media (…)
À l'Assemblée nationale, l'extrême droite a réussi à faire adopter un rapport à charge contre le service public de l'audiovisuel, influencé et soutenu par les médias Bolloré.
Quelques jours plus tôt, c'est la reprise en main par Vincent Bolloré des éditions Grasset - l'une des nombreuses maisons qu'il contrôle depuis son rachat du groupe Hachette - qui faisait la une de l'actualité, provoquant une fronde de nombre de ses auteurs historiques
Côté magazines, les titres Prisma Media (Capital, Geo, Femme Actuelle, Voici, Télé-Loisirs), également contrôlés par le milliardaire d'extrême droite, sont soumis au même régime drastique et autoritaire que d'autres médias qu'il a repris en main auparavant.
Depuis la publication de notre enquête Le système Bolloré il y a un an, l'empire médiatique et culturel de Vincent Bolloré s'est étendu, avec la prise de contrôle progressive de UGC en France et la confirmation de l'absorption de MultiChoice en Afrique.
Dans le même temps, le milliardaire d'extrême droite cherche à mobiliser une partie plus importante des titres qu'il contrôle au service de sa croisade politique et culturelle. À Fayard, CNews, Europe 1 et au JDD, s'ajoutent désormais Grasset et certains des titres Prisma, sans parler du rôle joué par certaines entités de Havas ou par les magasins Relay.
27.04.2026 à 18:00
Comment le trumpisme redéfinit le monde économique et géopolitique, et comment réagissent les grandes entreprises françaises et européennes.
- Trumpisme et complicités / États-Unis, pouvoir des entreprises, capture
Le retour aux affaires de Donald Trump a galvanisé les forces les plus réactionnaires, et entraîne une reconfiguration profonde de la donne géopolitique et des relations entre l'économique et le politique, l'argent et le pouvoir.
Dans cette série d'enquêtes, nous nous penchons sur le fonctionnement du nouveau pouvoir trumpien et sur les répercussions de ses politiques en France et en Europe.
Pour un premier bilan en janvier 2026, à l'occasion des un an de Trump à la Maison Blanche, lire Que retenir de la première année de Trump ?.
24.04.2026 à 07:30
Première décision dans l'affaire Lafarge. Pour la première fois, un PDG du CAC 40 – Bruno Lafont, ex patron de Lafarge – a été condamné, avec son bras droit, à des peines de prison ferme pour financement du terrorisme, dans le cadre de l'affaire des versements octroyés à Daesh entre 2012 et 2014 en Syrie. L'entreprise Lafarge a elle aussi été condamnée, en tant que personne morale, à la peine d'amende maximale. Le jugement consacre la responsabilité directe du groupe et de ses dirigeants (…)
- Actualités / LafargeHolcim, LVMH, ArcelorMittal, TotalEnergies, responsabilité juridique des entreprises, droits humains, Syrie, France, Mozambique, Microsoft, secret des affaires, numérique, énergies fossiles
Première décision dans l'affaire Lafarge. Pour la première fois, un PDG du CAC 40 – Bruno Lafont, ex patron de Lafarge – a été condamné, avec son bras droit, à des peines de prison ferme pour financement du terrorisme, dans le cadre de l'affaire des versements octroyés à Daesh entre 2012 et 2014 en Syrie. L'entreprise Lafarge a elle aussi été condamnée, en tant que personne morale, à la peine d'amende maximale. Le jugement consacre la responsabilité directe du groupe et de ses dirigeants dans les faits survenus durant la guerre civile syrienne, pour des motifs de préservation de leurs profits. Le tribunal a cependant considéré que le jugement n'ouvrait pas le droit à une réparation pour les anciens employés de la cimenterie de Lafarge. Une autre procédure, visant l'entreprise et ses dirigeants pour complicité de crime contre l'humanité, est encore en cours.
Pantouflage en procès. Il est rare que les « portes tournantes » de hauts fonctionnaires ou de responsables publics vers le secteur privé donnent lieu à des procès, faute de pouvoir prouver qu'ils ont bien, dans leur nouvelles missions, tiré profit de leurs fonctions passées, ou que ces dernières ont pu être influencées par une perspective de reconversion lucrative. L'ancien conseiller d'État Xavier de Lesquen pourrait bien être une exception, après avoir été pris la main dans le sac. Devenu avocat d'affaires, il a plaidé pour TotalEnergies à l'occasion du contentieux autour du projet abandonné d'implantation d'un campus au sein de Polytechnique. Or deux ans plus tôt à peine, encore au sein de l'institution du Palais Royal, il avait traité une autre affaire impliquant le groupe pétrogazier, autour cette fois de ses permis d'exploration au large de la Guyane. Soit exactement le type de situation que les règles encadrant les « portes tournantes » sont censées éviter. L'audience a eu lieu le 10 avril dernier.
Charbon mozambicain à Dunkerque. La France importe encore du charbon. Pas tant pour générer de l'électricité, même si les dernières centrales françaises fonctionnant avec cette source d'énergie n'ont toujours pas définitivement fermé leurs portes. Surtout pour la production industrielle, notamment d'acier. ArcelorMittal, en particulier, ayant repoussé sine die ses projets d'acier vert, continue à s'approvisionner massivement en roche noire pour ses hauts fourneaux de Dunkerque. Socialter et Disclose ont remonté la trace d'une livraison d'août 2025 en provenance de la mine de Moatize au Mozambique. En plus de générer en France des émissions importantes de gaz à effet de serre, ce recours au charbon à des conséquences dramatiques pour les populations locales et leur santé. Une enquête à lire ici.
Le secret des affaires au service des « data centers ». C'est une illustration parfaite de la porosité des institutions européennes aux lobbys évoquée en introduction de cette lettre. Nos partenaires de Corporate Europe Observatory ont révélé comment Microsoft et le lobby Digital Europe ont réussi à convaincre la Commission de reprendre mot pour mot une de leur proposition, de maintenir l'omertà sur les impacts environnementaux des centres de données au nom du « secret des affaires ». Un moyen de couper court à la contestation grandissante de ces infrastructures numériques, qui va cependant totalement à l'encontre du droit international et de la jurisprudence. Lire l'article du Monde.