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Human Rights Watch News
 
Humans Right Watch enquête sur les violations des droits humains commises à travers le monde

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10.09.2026 à 06:00

Iran : Une campagne continue d’exécutions illégales cible des manifestants

Human Rights Watch

Click to expand Image Une personne participant à un rassemblement tenu à Paris le 31 janvier 2026, pour protester contre la répression brutale de manifestations en Iran, montrait le message inscrit en persan sur un ruban adhésif blanc recouvrant sa bouche : « Non aux exécutions » [en Iran]. © 2026 Daniel Perron/Hans Lucas/AFP via Getty Images En seulement cinq mois, entre le 18 mars et fin août 2026, les autorités iraniennes ont annoncé l’exécution de 29 personnes en lien avec les récentes manifestations. Ces exécutions étaient illégales et violaient le droit international relatif aux droits humains. Plusieurs manifestants exécutés étaient des jeunes âgés de 18 et 19 ans. Des dizaines d’autres personnes risquent l’exécution imminente. Certaines exécutions ont été menées en public afin de répandre encore plus la peur, ce qui marque une escalade importante. Ces exécutions faisaient suite à des procédures sommaires d’une injustice flagrante, au cours desquelles des dossiers d’accusation liés aux manifestations ont été traités de telle façon que le délai entre l’arrestation et l’exécution était compris entre à peine plus de cinq semaines et moins de huit mois. Dans la plupart des cas, aucune allégation de meurtre n’a été émise, les manifestants ayant été reconnus coupables de vagues chefs d’accusation mentionnant la sûreté nationale, et exécutés pour des actes présumés tels que les dommages aux biens publics, le jet de pierres ou l’effraction dans des bâtiments publics. Des actions urgentes et coordonnées des États membres de l’ONU sont nécessaires, y compris le recours au principe de compétence universelle pour demander des comptes aux responsables de crimes internationaux graves, dont la torture et les disparitions forcées. 

(Beyrouth) – Les autorités iraniennes exécutent illégalement des manifestants et des dissidents politiques, ce qui constitue une atteinte implacable au droit à la vie, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Centre Abdorrahman Boroumand pour les droits humains en Iran (Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran).

Entre le 18 mars et la fin du mois d’août 2026, les autorités ont arbitrairement exécuté au moins 59 hommes poursuivis pour des chefs d’accusation liés à la sûreté nationale, vagues et politiquement motivés, à l’issue de procès d’une injustice flagrante. Parmi eux, 29 au moins avaient été arrêtés en lien avec les manifestations de décembre 2025 et janvier 2026, et trois au moins avec les manifestations « Femme, vie, liberté » de 2022. Plusieurs étaient des jeunes âgés de 18 ou 19 ans et beaucoup d’autres avaient une vingtaine d’années. Cinq d’entre eux ont été exécutés en public, ce qui viole l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements. 

« Jour après jour, les autorités iraniennes envoient des manifestants à la potence, dont des adolescents, en se fondant sur des ‘aveux’ entachés de torture et à l’issue de procédures indignes de la justice, trop courtes pour pouvoir établir la culpabilité d’un accusé, même s’il s’agissait d’un délit mineur, sans même parler d’accusations passibles de la peine de mort », a déclaré Bahar Saba, chercheuse senior sur l’Iran auprès de Human Rights Watch. « Le message des autorités, très clairement, est que toute manifestation sera brutalement réprimée, que ce soit par balles dans la rue ou via des exécutions publiques résultant de procès bidon. » 

Human Rights Watch et le Centre Boroumand ont consulté les éléments de preuve contenus dans les dossiers des personnes exécutées entre le 18 mars et fin août 2026, ainsi que de celles qui sont condamnées à mort ou risquent de l’être à la suite des récentes manifestations. Les deux organisations se sont entretenues avec douze personnes, y compris des défenseur·es des droits humains, des journalistes, d’anciens codétenus et d’autres sources bien informées.

Les chercheurs ont également écouté des messages vocaux de détenus, plusieurs enregistrements et transcriptions audio d’entretiens réalisés par des défenseur·es des droits humains qui les ont transmis aux deux organisations, ainsi que des déclarations officielles et des annonces d’exécution, notamment de l’agence de presse officielle de la justice, des communiqués de presse, des rapports des organisations de défense des droits humains et des jugements concernant trois affaires de peine capitale. Les organisations ont également visionné plusieurs vidéos d’« aveux » de personnes exécutées par la suite, qui ont été diffusées sur les médias publics.

Les procédures sommaires, les « aveux » entachés de torture et les exécutions publiques ont caractérisé l’instrumentalisation de la peine de mort par les autorités iraniennes suite aux massacres de manifestants de janvier 2026 ; l’objectif est d’instiller la peur et de dissuader de nouveaux actes publics de dissidence, ont précisé les deux organisations. La grande majorité des manifestants ont été exécutés dans un délai de seulement six mois après leur arrestation, ce qui ne leur a pas laissé assez de temps pour préparer leur défense. 

Saleh Mohammadi, 19 ans, un champion de lutte, a été arbitrairement exécuté environ cinq semaines après son arrestation. Amir Hossein Hatami, 18 ans, a été exécuté arbitrairement 84 jours après son arrestation. Sasan Azadvar Jonaqani, 21 ans, un champion de karaté, a été arrêté, condamné et arbitrairement exécuté en moins de quatre mois, pour des actes présumés tels que briser les vitres d’un fourgon de police à l’aide de pierres et d’une matraque. 

Sur les 29 dossiers de peine capitale, 16 cas n’impliquaient aucune allégation de meurtre et encore moins d’homicide volontaire, qui est le seul crime pour lequel le droit international relatif aux droits humains envisage l’application de la peine de mort. En droit international, la peine capitale constitue une exception au niveau juridique  et ne peut être éventuellement appliquéepar les États qui l’ont conservée, que pour « les crimes les plus graves », qui se limitent aux homicides volontaires, et dans le cadre des limites et des protections les plus strictes.

Human Rights Watch et le Centre Boroumand s’opposent à la peine de mort en toute circonstance, sans exception et quelle que soit la nature du crime – cette peine constituant le l’ultime châtiment cruel, inhumain et dégradant. 

Ces jeunes manifestants ont été exécutés pour avoir présumément incendié des bâtiments et des véhicules, fabriqué, possédé et utilisé des cocktails Molotov, ou encore pour avoir pénétré dans des édifices publics et d’État ou les avoir endommagés. 

Parmi les 13 autres affaires, dans au moins dix cas, l’État alléguait l’implication des accusés dans des meurtres ou des accidents mortels, mais sans les inculper de meurtre. Les accusés n’étaient reconnus coupables que de crimes vaguement formulés, comme l’« inimitié envers Dieu » ou la « corruption sur terre ». Les autorités ont invoqué ces infractions très floues pour condamner à mort des personnes, voire des groupes de personnes, pour des actes présumés d’incitation à la violence, d’agression non létale, de possession d’armes, sans établir leur véritable rôle dans des meurtres éventuels. 

Dans plusieurs cas, les autorités se sont appuyées sur l’accusation d’« action opérationnelle pour le compte d’États hostiles », un crime passible de la peine capitale introduit par une loi de 2025 intitulée « Intensification des châtiments à l’égard des espions et collaborateurs du régime sioniste et des États hostiles ». 

« Au moins huit manifestants ont été reconnus coupables d’avoir bafoué la loi de 2025 contre l’espionnage, rédigée en des termes vagues, qui a permis d’élargir le champ des comportements punissables de mort et de raccourcir les délais de procédure », a déclaré Roya Boroumand, directeur exécutif du Centre Abdorrahman-Boroumand pour les droits humains en Iran. « Introduite au départ à la suite des manifestations d’ampleur nationale de fin 2019-début 2020, cette loi est devenue un mécanisme accéléré permettant de condamner à mort des manifestants sans aucune preuve d’espionnage ni de coopération avec un État hostile, ainsi qu’un message terrifiant adressé aux personnes qui pourraient révéler comment ces condamnations ont été obtenues. » 

Les deux organisations ont documenté des schémas récurrents où la personne poursuivie est empêchée de bénéficier d’un avocat indépendant de son choix, torturée et victime de mauvais traitements, notamment de simulacres d’exécution et de menaces de viol. Les accusés ont été condamnés par des tribunaux qui manquent fondamentalement d’indépendance et d’impartialité. Il faut noter en particulier que ces tribunaux s’appuient systématiquement, comme éléments de preuve, sur des « aveux » extorqués sous la torture et des rapports des services de sécurité et de renseignement.

Des dizaines d’autres manifestants et dissidents politiques, y compris des femmes, des enfants et plusieurs personnes dont les coaccusés ont déjà été exécutés, risquent toujours une exécution imminente. Le 28 juillet 2026, Amnesty International a rapporté qu’elle avait identifié 60 personnes, dont trois enfants, qui risquaient d’être exécutées en lien avec les manifestations. Le Comité bénévole suivant la situation des détenus (Volunteer Committee to Follow-Up on the Situation of Detainees), un réseau d’activistes iraniens en exil, a publié les noms de plus de 60 personnes qui étaient condamnées à mort à la date du 14 août. Selon une autre organisation, Iran Human Rights, plus de 70 manifestants risquent l’exécution rien que dans la prison d’Ispahan. 

Mais on estime que le nombre de manifestants et de dissidents risquant l’exécution est bien plus élevé encore. De nombreux cas n’ont pas été rapportés en raison de coupures d’Internet et d’une crainte justifiée de représailles de la part de l’État. Une directive officielle du ministère du Renseignement, émise en vertu de la loi de 2025 contre l’espionnage, a désigné des centaines de médias, d’organisations de défense des droits humains et d’activistes comme « ennemis », pénalisant tout contact avec eux. Cela a exacerbé le climat de crainte, forçant encore davantage les proches des victimes à garder le silence, alors que le plaidoyer et l’attention de la communauté internationale auraient pu sauver la vie des personnes qui étaient dans le couloir de la mort, ont déclaré les organisations. 

L’opposition à la peine de mort et à l’exécution illégale des manifestants est, en soi, traitée comme un comportement « criminel ». Le 30 juillet, le procureur de Téhéran a annoncé que des poursuites judiciaires avaient été lancées contre plusieurs personnes ayant exprimé leur opposition aux exécutions. 

Les autorités ont systématiquement dénigré et diffamé les manifestants, y compris ceux qui avaient été arbitrairement exécutés, en les qualifiant de « troupes sur place d’un coup d’État américano-israélien » et en les accusant de façon répétée de « préparer le terrain et de fournir un prétexte » aux frappes militaires subies par l’Iran en février. 

La forte hausse du nombre d’exécutions politiques s’inscrit dans le contexte d’une augmentation considérable du nombre total d’exécutions en Iran. Le Centre Boroumand en a enregistré au moins 2 113 exécutions en 2025, soit le nombre le plus élevé , selon les informations disponibles, depuis la fin des années 1980.

Les États membres des Nations Unies devraient exhorter d’urgence les autorités iraniennes à cesser toutes les exécutions et à mettre en place un moratoire conduisant à l’abolition de la peine de mort, ont déclaré Human Rights Watch et le Centre Boroumand.

Les organes et experts des Nations Unies, ainsi que des organisations de défense des droits humains, estiment que l’impunité systématique, structurelle et historique qui prévaut en Iran pour les auteurs de violations et de crimes du droit international, y compris les juges et les procureurs, constitue un élément majeur favorisant les atrocités dans le pays. Dans les rapports qu’elle a émis depuis 2024, la Mission d’enquête des Nations Unies sur l’Iran a constaté que « les juges prononçant des peines de mort se fondaient sur des preuves entachées par la torture et présidaient des procès marqués par de graves violations du droit à un procès équitable » et que, dans ce contexte, ils pouvaient être tenus pour responsables de crimes graves au regard du droit international.

Compte tenu de l’impunité qui règne en Iran, les autorités judiciaires des autres pays devraient mener des enquêtes, selon le principe de la compétence universelle, en vue de demander des comptes aux fonctionnaires iraniens soupçonnés d’être responsables de crimes internationaux graves. Lorsqu’il existe suffisamment de preuves, les États devraient poursuivre ces crimes conformément aux lois nationales. Les États qui assurent des enquêtes structurelles – c’est-à-dire des enquêtes qui se penchent sur des schémas récurrents de violations qui peuvent ensuite être reliées à des affaires spécifiques dans lesquelles des individus sont poursuivis –devraient collecter et préserver des preuves concernant les crimes internationaux graves commis en Iran afin de faciliter les futures poursuites judiciaires. 

Suite détaillée en anglais.

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Articles

France Info  HuffPost

BFM

09.09.2026 à 22:00

Liban/Israël : Le Hezbollah a utilisé des armes à sous-munitions

Human Rights Watch

Click to expand Image Des habitants du village de Metula, dans le nord d’Israël, observaient la zone située au-delà de la frontière avec le Liban, le 5 mars 2026, au lendemain de tirs de roquettes menés contre Metula par le Hezbollah.   © 2026 Amir Levy/Getty Images

(Beyrouth, 9 septembre 2026) – Le Hezbollah a tiré illégalement des armes à sous-munitions, largement interdites, contre un village du nord d’Israël le 4 mars et le 15 mars 2026, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Ces attaques, qui n’ont fait aucune victime civile, ont été menées depuis le Liban lors d’une forte escalade du conflit entre Israël et le Hezbollah à partir du 2 mars, dans le cadre du conflit plus large dans la région entre les États-Unis et l’Iran.

« Les armes à sous-munitions ne devraient en aucun cas être utilisées, et leur emploi peut constituer un crime de guerre », a déclaré Patrick Thompson, chercheur auprès de la division Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Non seulement ces armes sont intrinsèquement indiscriminées, mais les sous-munitions non explosées peuvent tuer et blesser des civils longtemps après la fin des hostilités. » 

Les armes à sous-munitions sont tirées par des roquettes, des missiles ou d’autres projectiles, ou larguées depuis des avions. Elles s’ouvrent généralement dans le ciel, dispersant de manière indiscriminée sans discernement des dizaines de sous-munitions explosives (« mini-bombes »), sur une vaste zone. Mais de nombreuses sous-munitions n’explosent pas lors de l’impact initial au sol ; ces sous-munitions non explosées peuvent donc ensuite tuer ou blesser des personnes pendant des années, voire des décennies, tout comme des mines terrestres, à moins d’être retirées et détruites.

En mai dernier, des chercheurs de Human Rights Watch se sont rendus à Metula, dans le nord d’Israël, et ont confirmé l’utilisation d’armes à sous-munitions, analysé les sites d’impact et interrogé quatre témoins. Le Hezbollah a revendiqué sur les réseaux sociaux des tirs de roquettes contre Metula les 4 et 15 mars, mais, en réponse à une demande de commentaires de Human Rights Watch, a nié avoir utilisé des armes à sous-munitions, voire d’en posséder. 

Malgré les cessez-le-feu proclamés le 17 avril et le 20 juin, les attaques israéliennes ont tué au moins 4 381 personnes au Liban depuis le début de l’escalade du conflit, dont 261 enfants, 399 femmes et 135 professionnels de santé, selon le ministère libanais de la Santé. Israël a continué à ordonner à des civils libanais de quitter leurs foyers, provoquant le déplacement de plus d’un million de personnes, ce qui pourrait constituer une forme de déplacement forcé, un crime de guerre. 

Les tirs de roquettes menés par le Hezbollah contre le nord d’Israël entre mars et juin y ont tué deux civils, selon un article publié par le Times of Israel le 30 juin. Le Hezbollah a également tiré des roquettes non guidées sur des zones peuplées en Israël, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’utilisation de ces armes, qui ne permettent pas de faire la distinction entre les objectifs militaires et les civils ou les biens de caractère civil, est illégalement indiscriminée et fait courir un danger prévisible et durable aux civils, en violation des lois de la guerre. 

Human Rights Watch a précédemment documenté l’utilisation fréquente d’armes à sous-munitions par Israël dans le sud du Liban, ainsi que l’utilisation de ces armes par le Hezbollah en Israël. Selon le journal britannique The Guardian, Israël a de nouveau utilisé des armes à sous-munitions dans le sud du Liban en 2025.

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L’attaque menée par le Hezbollah le 4 mars a frappé une rue résidentielle au sud de Metula, près du cimetière de cette localité. Un homme âgé de 57 ans, Hagai (dont le nom complet n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité), y vit dans avec sa femme et ses deux enfants. Il a raconté que sa famille s’est réfugiée dans un abri situé à l’extérieur de leur maison, après avoir entendu les sirènes locales vers 16 heures, ce jour-là. Ils venaient tout juste de fermer la porte de l’abri, lorsqu’ils ont entendu plusieurs explosions à l’extérieur.

Conformément aux consignes des autorités israéliennes, ils ont attendu 10 minutes avant de sortir de l’abri. Mais les soldats postés à l’extérieur leur ont demandé de rester à l’intérieur jusqu’au lendemain, le temps qu’ils procèdent au déminage de la zone. 

Les sous-munitions ont endommagé les deux voitures de Hagai de manière irréparable ; une sous-munition a atterri sur le toit de sa maison. Douze fenêtres ont été endommagées, et des sous-munitions ont sectionné deux canalisations d’eau. Il craint désormais pour la sécurité de ses enfants. 

« Mon fils joue au basket ici », a-t-il déclaré. « Si le ballon roule en bas de la colline dans l’herbe, je lui dis de ne pas y toucher. Ils ont inspecté toute la zone à la recherche de bombes non explosées, mais qui sait ? Je ne sais pas dans quelle mesure ils peuvent inspecter minutieusement les buissons. » 

Click to expand Image Un cratère d'impact de sous-munition était encore visible sur la route près de la maison de Hagai, un habitant de Metula dans le nord d’Israël, en mai 2026. Le terrain de basketball où son fils joue parfois est situé tout près de là.  © 2026 Human Rights Watch

Hagai a ajouté que l’armée israélienne avait dénombré environ 50 cratères d’impact. Bien que la route ait été déjà repavée lorsque les chercheurs de Human Rights Watch sont arrivés, ils ont encore pu identifier sept cratères d’impact qui correspondraient visiblement à des sous-munitions, compte tenu de leur taille relativement petite et de leur répartition. 

Human Rights Watch a analysé des photographies prises par un journaliste avant le réaménagement de la route, qui montraient d’autres cratères à l’extérieur de la maison de Hagai. Des éclats provenant des sous-munitions ont touché une autre maison située à environ 50 mètres de là, endommageant les fenêtres. La propriétaire, qui a souhaité rester anonyme, a déclaré qu’il y avait encore plusieurs sous-munitions non explosées à l’extérieur de sa maison. 

Le 4 mars, à Metula un porte-parole de la police israélienne a déclaré qu’une arme à sous-munitions avait frappé le nord d’Israël. La police a diffusé une photo d’une sous-munition non explosée qui semble être une sous-munition de type BRB1. Cette sous-munition est lancée à partir d’une roquette de 122 mm, qui contiendrait entre 45 et 56 sous-munitions de BRB1 (ou A-09).

Human Rights Watch n’a pas pu confirmer le lieu où la photo a été prise, mais les chercheurs n’ont trouvé aucune version de cette photo mise en ligne avant le 4 mars. Les témoignages faisant état d’environ 50 impacts de sous-munitions à Metula le 4 mars concordent avec le nombre de sous-munitions que le système de lancement BRB1 est censé contenir, tout comme les cratères analysés par Human Rights Watch. De telles sous-munitions avaient déjà été identifiées dans le sud du Liban en septembre 2024. Une déclaration publié peu après par la Coalition contre les armes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition) suggérait qu’elles avaient été éjectées d’un site de stockage qui avait été attaqué. 

L’attaque du 15 mars a frappé la zone près de l’entrée de Metula. Une habitante du quartier a déclaré avoir entendu plusieurs explosions quasi simultanées. Les autorités municipales ont contacté le compte WhatsApp d’un groupe dédié à la sécurité des habitants, indiquant qu’il s’agissait d’une arme à sous-munitions. L’habitante a ajouté que l’armée avait demandé aux habitants de ne pas quitter leur domicile pendant 24 heures, le temps de procéder au déminage. 

La route de cette zone de Metula était encore en cours de réfection lors de la visite de Human Rights Watch, mais les chercheurs ont repéré un cratère correspondant à l’impact d’une sous-munition. Ils ont géolocalisé une vidéo mise en ligne sur Telegram le 15 mars, montrant une trentaine de petites explosions autour de l’entrée du village, ce qui correspond à une attaque employant une arme à sous-munitions. Les chercheurs ont pu identifier cette zone comme étant celle où des témoins avaient déclaré avoir vu la frappe de l’arme à sous-munitions. Aucune victime civile ni aucun dommage majeur aux infrastructures n’ont été signalés. 

La Convention de 2008 sur les armes à sous-munitions, qui compte 112 États parties et a été signée par 12 autres États, interdit totalement ces armes, et impose le déminage des zones contaminées ainsi que l’aide aux victimes. Bien que le Liban soit un État partie, le traité ne lie pas formellement le Hezbollah en tant que groupe armé non étatique. 

Néanmoins, le Hezbollah est soumis au droit international humanitaire, qui rassemble les lois de la guerre. Le droit international humanitaire impose aux parties à un conflit de veiller en permanence, lors des opérations militaires, à épargner la population civile et de prendre « toutes les précautions pratiquement possibles » pour éviter ou réduire au minimum les pertes accidentelles de vies civiles, et les dommages causés aux biens de caractère civil.

Le droit international humanitaire exige également que toutes les parties fassent la distinction entre les objectifs militaires, d’une part, et les civils et les biens de caractère civil, d’autre part, et ne visent que des objectifs militaires. Les personnes qui commettent des violations graves des lois de la guerre avec une intention criminelle – c’est-à-dire de manière intentionnelle ou par imprudence – sont susceptibles d’être poursuivies pour crimes de guerre.

Comme les armes à sous-munitions dispersent des sous-munitions sur une vaste zone et que les sous-munitions non explosées constituent un danger longtemps après la fin des hostilités, leur utilisation dans des zones civiles équivaut à une violation des principes de précaution et de distinction. Le fait de diriger intentionnellement de telles attaques contre la population civile constitue un crime de guerre.

Israël n’est pas un État partie à la Convention sur les armes à sous-munitions. Ce pays devrait adhérer d’urgence à cette convention et cesser la fabrication, le transfert et l’utilisation d’armes à sous-munitions, ainsi que s’engager à déminer les armes à sous-munitions non explosées dans toutes les zones sous son contrôle effectif. 

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OLJ

« L’utilisation d’armes à sous-munitions dans des zones civiles constitue une violation flagrante du droit international », a conclu Patrick Thompson. « Le Hezbollah et toutes les parties au conflit devraient respecter les lois de la guerre. »
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09.09.2026 à 06:00

Phosphore blanc : Son utilisation récente et ses effets cruels exigent une nouvelle loi

Human Rights Watch

Click to expand Image Une munition au phosphore blanc explosait dans le ciel au-dessus de la ville de Khiam, dans le sud du Liban, lors d'une frappe menée par l’armée israélienne dans la nuit du 31 octobre 2024. © 2024 AFP via Getty Images L’utilisation récente de munitions au phosphore blanc par les forces israéliennes au Liban souligne la nécessité d’une nouvelle loi internationale pour réglementer ces armes dévastatrices.Les munitions au phosphore blanc peuvent infliger des brûlures atroces et causer des dommages physiques, psychologiques et socio-économiques permanents.Les pays devraient condamner l’utilisation continue de munitions au phosphore blanc, appeler à de nouvelles négociations internationales à ce sujet et veiller à ce que le droit international prenne en compte de manière adéquate le coût humain inacceptable de ces armes.

(New York, le 9 septembre 2026) – L’utilisation récente de munitions au phosphore blanc par les forces israéliennes au Liban met en évidence la nécessité d’une nouvelle loi internationale afin de réglementer l’usage de ces armes dévastatrices, ont déclaré Human Rights Watch et la Clinique internationale des droits humains (International Human Rights Clinic) de la faculté de droit de Harvard, dans un rapport conjoint publié aujourd’hui. Les deux organisations ont exhorté les pays à aborder cette question lors des réunions sur le désarmement qui se tiendront à New York en octobre 2026, dans le cadre de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

9 septembre 2026 Uncontrolled Burn

Le rapport de 45 pages, intitulé « Uncontrolled Burn: The Inhumane Effects of White Phosphorus Munitions and the Need for Stronger Law » (« Brûlures incontrôlées : Effets inhumains des munitions au phosphore blanc et nécessité d'une loi plus stricte »), documente 23 incidents avérés d'utilisation de ces munitions par Israël dans le sud du Liban, entre mars et mai 2026. Le rapport détaille également les dommages considérables causés par ces munitions lors des conflits armés de ces dernières années. Les munitions au phosphore blanc, qui s’enflamment au contact de l’oxygène, ne sont actuellement soumises à aucun traité spécifique.

« Les munitions au phosphore blanc peuvent infliger des brûlures atroces et causer des dommages physiques, psychologiques et socio-économiques permanents », a déclaré Bonnie Docherty, conseillère senior sur les questions d’armes auprès de la division Crises, conflits et armes de Human Rights Watch et chargée de cours à la Clinique internationale des droits humains à la faculté de droit de Harvard. « Les pays devraient condamner l’utilisation continue de munitions au phosphore blanc, appeler à de nouvelles négociations internationales sur cette question, et veiller à ce que le droit international prenne en compte de manière adéquate le coût humain inacceptable de ces armes. »

Les conclusions du rapport reposent sur une analyse juridique, une enquête menée à partir de sources ouvertes, 16 entretiens (en personne et à distance), le suivi de procédures diplomatiques et des recherches documentaires.

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D’autres utilisations de munitions au phosphore blanc ont été signalées depuis 2000, notamment par Israël à Gaza en 2008-2009 et en 2023 ; par les forces de la coalition dirigée par les États-Unis contre l'État islamique en Irak et en Syrie en 2017 ; par les forces de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite au Yémen en 2016 ; par les forces éthiopiennes en Somalie en 2007 ; par les forces de l'OTAN, principalement des États-Unis, et par les forces antigouvernementales en Afghanistan entre 2005 et 2011, ainsi que par les États-Unis en Irak en 2004.

L’utilisation de munitions au phosphore blanc qui explosent en l'air au-dessus de zones peuplées est indiscriminée – c'est-à-dire qu'elle ne fait aucune distinction entre combattants et civils – et viole donc le droit international humanitaire. Pourtant, malgré leurs effets incendiaires, ces munitions ne sont pas couvertes par le Protocole III de 1980 à la Convention sur les armes classiques, qui concerne la réglementation des armes incendiaires.

Le Protocole III définit les armes incendiaires comme étant «essentiellement conçues » pour provoquer des incendies et brûler des personnes. Cette définition exclut les armes conçues à d'autres fins, même si elles produisent les mêmes effets incendiaires. Elle n'inclut donc pas les munitions au phosphore blanc, qui sont principalement conçues soit pour masquer, soit pour éclairer des opérations militaires.

Human Rights Watch et la Clinique de Harvard ont analysé l’utilisation de munitions au phosphore blanc en se basant sur la Clause de Martens, une disposition du droit international humanitaire qui stipule qu'en l'absence de traité spécifique sur un sujet, les civils et les combattants doivent être protégés en vertu des « principes d'humanité » et des « exigences de la conscience publique ».

Les munitions au phosphore blanc relèvent de la Clause de Martens, ont affirmé les organisations dans leur rapport. Les blessures inhumaines et difficiles à soigner qu'elles provoquent sont incompatibles avec les « principes d'humanité ». Le phosphore blanc peut brûler les personnes jusqu'à l'os, et toute particule restante dans une plaie peut se rallumer lorsque les pansements sont retirés et exposés à l'oxygène.

Les objections formulées à l’encontre de ces armes par des pays, des organisations internationales, des organisations de la société civile, des professionnels de la santé et des institutions financières prouvent que ces munitions vont aussi à l'encontre des « exigences de la conscience publique ». Une législation internationale plus stricte et précise est nécessaire pour traiter ces questions, ont affirmé Human Rights Watch et la Clinique de Harvard.

« Des diplomates, des médecins, des enquêteurs de l'ONU et d’autres personnes ont exprimé leur indignation face aux blessures cruelles causées par les munitions au phosphore blanc », a déclaré Bonnie Docherty. « Des pays ont déjà adopté des traités sur les gaz toxiques et les lasers aveuglants, car ces armes sont inhumaines et contraires à la conscience publique. Ils devraient faire de même pour les munitions au phosphore blanc. »

Les munitions au phosphore blanc étant conçues pour être utilisées pour leur capacité incendiaire et non pour leur toxicité, elles ne sont pas considérées comme des armes chimiques, et ne sont donc pas couvertes par la Convention sur les armes chimiques.

La plupart des discussions sur les munitions au phosphore blanc se sont jusqu'à présent déroulées dans le cadre de la Convention sur les armes classiques (CCAC). Des dizaines de pays ont condamné les dommages qu'elles causent, et ont appelé à des discussions approfondies sur le sujet.

Les réunions des États parties à la Convention sur les armes classiques fonctionnent par consensus. Or, la Russie et d'autres opposants à un renforcement du droit international ont bloqué les propositions visant à examiner conséquences humanitaires des armes incendiaires et des armes à effets incendiaires, ainsi qu'à aborder l'insuffisance du Protocole III.

Malgré ces obstacles, les pays favorables à une action contre le phosphore blanc devraient également soulever la question lors de la Conférence d'examen quinquennale de la Convention CCAC, prévue du 16 au 20 novembre à l'ONU à Genève.

« L’objectif ultime devrait être l’adoption d’une loi internationale forte qui comble les lacunes juridiques actuelles, et stigmatise l’utilisation des munitions au phosphore blanc », a conclu Bonnie Docherty. « Une interdiction totale de la production, du transfert et de l’utilisation de ces armes aurait les plus grands bienfaits humanitaires. »

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Articles

RFI  LibnaNews

09.09.2026 à 00:00

Corée du Sud : Discrimination systémique fondée sur le genre et l’âge au travail

Human Rights Watch

Click to expand Image Une agente d'entretien poussait son chariot de ménage dans une station de métro à Séoul, en Corée du Sud, en 2022.  © 2022 Shutterstock

(Séoul, le 9 septembre 2026) – En Corée du Sud, les femmes sont confrontées à une discrimination sexiste systémique à chaque étape de leur vie professionnelle, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Ces répercussions négatives s’accumulent à mesure que les femmes vieillissent et sont aggravées par une discrimination systémique fondée sur l’âge, ce qui nuit à leur santé physique et mentale.

8 septembre 2026 Too Old and A Woman

Ce rapport de 92 pages, intitulé  « 'Too Old and a Woman': Systemic Age and Gender Discrimination Against Women at Work in South Korea » (« “Trop vieille et c’est une femme” : Discrimination systémique fondée sur l’âge et le genre à l’encontre des femmes au travail en Corée du Sud »), montre que les attitudes sociales vis-à-vis de l’éducation, les inégalités de traitement à l’embauche, les interruptions de carrière dues aux responsabilités familiales, les possibilités de promotion limitées, les plafonds de verre et le harcèlement sexuel créent un désavantage pour les femmes sud-coréennes tout au long de leur vie professionnelle. À mesure que les femmes vieillissent, leurs perspectives d’emploi se réduisent à une poignée d’emplois mal rémunérés et précaires, et l’écart salarial entre les sexes se creuse. Au moment où elles peuvent prétendre à une retraite, les femmes sont confrontées à un écart de retraite important entre les sexes.

« Les femmes sud-coréennes passent toute leur vie active dans un système qui leur est défavorable, et la situation devient plus difficile à mesure qu’elles vieillissent », a déclaré Bridget Sleap, chercheuse senior sur les droits des personnes âgées à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait prendre des mesures pour garantir l’égalité des femmes au travail et leur accès à des retraites adéquates. »

Entre février et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec 41 femmes sud-coréennes, âgées de 28 à 87 ans, travaillant dans les secteurs public et privé. En outre, Human Rights Watch a consulté 59 expert.e.s, notamment des chercheur.euses, des universitaires et des syndicalistes, analysé des données gouvernementales et examiné la législation nationale ainsi que des rapports émanant d’institutions gouvernementales, de recherche et internationales.

Human Rights Watch a constaté que plus les femmes avancent en âge, moins elles ont d’opportunités professionnelles et plus leurs conditions de travail se détériorent. À 20 ans, Yang Myung-ju, aujourd’hui âgée de 55 ans, traitait les demandes d’indemnisation dans une compagnie d’assurance. Lorsqu’elle a repris le travail à 41 ans après avoir élevé ses fils, le seul emploi qu’elle a pu trouver était un poste à temps partiel dans un centre d’appels, avec un contrat temporaire sans indemnités de maladie. « Lorsque j’ai essayé de reprendre le travail dans une grande entreprise, les postes avaient déjà été attribués à des travailleurs plus jeunes et il n’y avait pas de place pour les femmes d’âge mûr », a-t-elle déclaré. « Seul le centre d’appels n’imposait aucune limite d’âge. »

Le gouvernement a entrepris des efforts pour aider les femmes à reprendre le travail, mais d’une manière qui contribue à la ségrégation professionnelle des femmes. Le ministère de l’Emploi et du Travail promeut, sur son site d’offres d’emploi Work24, des postes destinés aux femmes âgées de 30 à 50 ans ; mais les postes proposés renforcent les stéréotypes de genre, en se concentrant principalement sur le secteur de la beauté, les métiers de soins, l’éducation et l’accompagnement relationnel.

Le ministère du Travail propose aux personnes âgées un éventail encore plus restreint d’emplois précaires et faiblement rémunérés. Soixante pour cent des offres d’emploi sur Work24 destinées aux personnes âgées de 50 ans ou plus concernaient des emplois d’aide à domicile, et 90 % d’entre elles relevaient de seulement cinq catégories : soins de santé, aide et accompagnement ; services de nettoyage ; sécurité et gestion des bâtiments ; et restauration. La majorité des candidates aux postes peu rémunérés d’aide-soignante, d’agente d’entretien, d’aide de cuisine, de cuisinière et d’assistante sociale sont des femmes âgées.

Les emplois proposés aux femmes âgées peuvent nuire gravement à leur santé physique et mentale, a constaté Human Rights Watch. Les aides-soignantes âgées sont exposées à un risque disproportionné de harcèlement sexuel, de comportements sexuels inappropriés et d’abus. La charge de travail physique intense des cuisinières scolaires, des agents d’entretien, des aides-soignantes et de celles qui travaillent dans la rue a des conséquences néfastes.

À mesure qu’elles vieillissent, les femmes sont confrontées à l’âgisme — stéréotypes, préjugés et discrimination fondés sur l’âge — ainsi qu’au sexisme. « Personne n’apprécie les femmes âgées au travail », a déclaré C. Eun-jung, une employée des transports âgée de 55 ans. Elle a expliqué que ses jeunes collègues masculins appelaient les femmes plus âgées « kkul ajumma », c’est-à-dire « tante au miel ». « C’est très moqueur », a-t-elle ajouté, « et cela a une connotation négative, selon laquelle les femmes [âgées] s’approprient les avantages qui devraient revenir aux hommes, comme si elles suçaient du miel. »

La réglementation régissant la pension nationale de vieillesse aggrave encore le problème des faibles pensions des femmes, qui sont en moyenne inférieures de 47 % à celles des hommes. Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de percevoir une pension réduite, car elles n’ont pas cotisé pendant les 20 ans ou plus nécessaires pour avoir droit à une pension complète. La conception du « crédit de maternité » désavantage également les femmes. Comme cette prestation est versée à l’âge d’admissibilité à la retraite et généralement attribuée au parent ayant les revenus les plus élevés, seules 3 % des bénéficiaires du crédit de maternité en 2025 étaient des femmes, bien que celles-ci constituent la grande majorité des personnes qui s’occupent principalement de leurs enfants.

Jung Kyong-sook, 55 ans, a repris le travail vers le milieu de la quarantaine et aura droit à la pension nationale de vieillesse à 65 ans, mais s’attend à percevoir une pension inférieure au seuil de pauvreté mensuel de 1,2 million de wons sud-coréens (791 dollars US). « Le montant de la pension est très faible », a-t-elle déclaré. « Je pense que je toucherai entre 500 000 et 600 000 wons [349 à 419 dollars] par mois. C’est pour cela que nous devons travailler jusqu’à 70 ans. »

En mai, Human Rights Watch a contacté les ministères de l’Emploi et du Travail, de l’Égalité des sexes et de la Famille, de la Santé et des Affaires sociales, ainsi que le Service national des retraites, afin d’obtenir leurs commentaires sur ses conclusions, mais n’a reçu aucune réponse.

Les conclusions de Human Rights Watch concordent avec les données gouvernementales qui font état d’inégalités persistantes liées au genre et à l’âge en matière d’emploi et de revenus de retraite.

En vertu du droit international relatif aux droits humains, la Corée du Sud est tenue de veiller à ce que chaque personne puisse jouir de ses droits à la non-discrimination, au travail et à la sécurité sociale, indépendamment de son âge et de son genre. Le gouvernement sud-coréen devrait restreindre l’utilisation de stéréotypes préjudiciables liés à l’âge et au genre, éliminer ce type de préjugés de ses programmes d’aide à l’emploi, adopter une loi anti-discrimination exhaustive et garantir un accès égal à des retraites d’un montant au moins équivalent au salaire minimum vital.

« La discrimination systémique au travail cause un préjudice considérable aux femmes sud-coréennes », a conclu Bridget Sleap. « Le gouvernement sud-coréen devrait démanteler les stéréotypes préjudiciables liés au genre et à l’âge afin que les femmes, qu’elles soient jeunes ou âgées, ne soient pas piégées dans un système caractérisé par des salaires en baisse constante, une ségrégation professionnelle croissante et des revenus insuffisants à un âge avancé, avec peu d’espoir d’amélioration. »

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08.09.2026 à 22:39

Le Royaume-Uni, la France et le Canada interdisent le commerce avec les colonies illégales israéliennes

Human Rights Watch

(Beyrouth) – Le 8 septembre, le Royaume-Uni, la France et le Canada ont annoncé leur décision d’interdire les échanges commerciaux avec les colonies illégales israéliennes, rejoignant ainsi la Norvège, l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas et la Belgique, qui avaient déjà adopté de telles mesures. Six autres États européens ont confirmé leur intention de faire de même et/ou de soutenir une interdiction à l’échelle de l’Union européenne ; cette mesure serait nécessaire pour que l’UE respecte ses obligations en vertu du droit international, mais n’a pas encore été proposée par la Commission européenne.

Adam Coogle, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch, a fait à ce sujet la déclaration suivante :

« La décision du Royaume-Uni, de la France et du Canada d’interdire le commerce avec les colonies illégales israéliennes est une mesure bienvenue, attendue depuis longtemps, et conforme au droit international. Elle montre qu’un nombre croissant de gouvernements ayant précédemment condamné les colonies sont désormais prêts à prendre des mesures concrètes, alors même que les autorités israéliennes intensifient leurs politiques de nettoyage ethnique et d’apartheid, parmi d’autres graves abus, en Cisjordanie.

D’autres gouvernements et institutions, notamment l’Union européenne en tant que principal partenaire commercial d’Israël, devraient leur emboîter le pas. Ils devraient également suspendre les accords commerciaux préférentiels avec Israël, mettre fin aux transferts d’armes vers ce pays, protéger la Cour pénale internationale, et exiger la reddition de comptes pour les crimes atroces qu’Israël continue de commettre dans le Territoire palestinien occupé. » 

Informations complémentaires : 

Cisjordanie : Les violences des colons israéliens provoquent des déplacements d’habitants (20/08/26)L’UE devrait interdire le commerce avec les colonies israéliennes (30/06/26) Lettre à la Commission européenne au sujet des échanges commerciaux de l’UE avec les colonies israéliennes (22/06/26)UE : Suspendre l’accord commercial avec Israël (20/06/25)Des ONG et des syndicats appellent l’UE à interdire le commerce avec les colonies illégales israéliennes (04/02/25) L’UE devrait agir conformément aux décisions de la CIJ à l’égard d’Israël et de la Palestine (25/10/24)

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Articles

Mediapart

08.09.2026 à 15:00

Armes à sous-munitions : Le traité d’interdiction sous pression

Human Rights Watch

Click to expand Image Des spécialistes du déminage photographiés devant des sacs de sable roses recouvrant des sous-munitions non explosées, près d'une école dans la province de Xieng Khouang, au Laos, en 2008. La destruction contrôlée des sacs entraîne l’explosion des sous-munitions, éliminant le danger qu’elles représentent. © 2008 Mark Hiznay/Human Rights Watch Les armes à sous-munitions ont tué ou blessé au moins 1 063 personnes dans le monde en 2025. Ce chiffre figure parmi les totaux annuels les plus élevés enregistrés par la Coalition contre les armes à sous-munitions dans son rapport annuel, « Cluster Munition Monitor ». Les armes à sous-munitions dispersent généralement de multiples sous-munitions explosives sur une vaste zone. Beaucoup d’entre elles n’explosent pas lors de l’impact initial, constituant ainsi des munitions non explosées qui peuvent, à l’instar des mines terrestres, blesser et tuer sans distinction pendant des années, jusqu’à ce qu’elles soient retrouvées et détruites.Les 124 pays membres de la Convention sur les armes à sous-munitions, réunis lors de leur conférence d’examen du 14 au 18 septembre 2026, devraient condamner la production, la vente, le transfert et l’utilisation de ces armes par d’autres pays.

(Washington, le 8 septembre 2026) – L’augmentation du nombre de civils tués et blessés par des armes à sous-munitions devrait inciter les 124 pays signataires de la convention sur ces armes à agir de manière unifiée face à ce problème, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch à l’occasion de la publication du rapport « Cluster Munition Monitor 2026 ». Human Rights Watch est membre fondateur de la Coalition contre les armes à sous-munitions qui publie ce rapport, et a contribué à la rédaction du document. 

Ce rapport de 150 pages évalue le respect de la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008 par tous les pays. Les armes à sous-munitions ont tué ou blessé au moins 1 063 personnes dans le monde en 2025. Ce chiffre figure parmi les totaux annuels les plus élevés enregistrés par la Coalition contre les armes à sous-munitions. Le nombre réel est probablement plus élevé, car de nombreuses victimes ne sont pas signalées. De nouvelles victimes ont été recensées dans neuf pays en 2025 : l’Afghanistan, le Cambodge, l’Irak, le Laos, le Liban, le Myanmar, la Russie, la Syrie et l’Ukraine. Les armes à sous-munitions ont continué de toucher de manière disproportionnée les civils, que ce soit par des attaques directes ou par les restes de munitions qu’elles laissent derrière elles. Les civils représentaient 87 % des victimes recensées en 2025, lorsque leur statut civil avait été enregistré.

« Il est d’une importance cruciale que les pays renouvellent leur engagement envers le traité international qui vise à débarrasser le monde du fléau des armes à sous-munitions », a déclaré Verity Coyle, directrice adjointe du programme Crises, conflits et armes à Human Rights Watch. « Le moyen le plus clair d’y parvenir est que tous les États parties à cette convention condamnent la poursuite de la production, du stockage et du transfert d’armes à sous-munitions. »

Ces derniers mois, les États-Unis et la Turquie ont révélé leur intention de transférer des armes à sous-munitions à l’Ukraine. La Russie et l’Ukraine ont toutes deux utilisé des armes à sous-munitions pendant la guerre en Ukraine. Le retrait de la Lituanie du traité, premier État membre à le faire, est devenu définitif le mars 2025. 

Les délégations nationales réunies lors de la troisième Conférence d’examen quinquennale de la Convention, qui se tiendra à Vientiane, au Laos, du 14 au 18 septembre 2026, devraient condamner la production, le transfert et l’utilisation d’armes à sous-munitions par d’autres pays et réaffirmer leur engagement à œuvrer en faveur d’un soutien universel au traité d’interdiction. Le Laos avait accueilli la première réunion des États parties au traité en 2011.  

Aucune utilisation confirmée d’armes à sous-munitions n’a été signalée par un État partie depuis l’adoption de la Convention en mai 2008. Des armes à sous-munitions ont été utilisées par des pays non parties à la Convention – l’Iran, le Myanmar, la Russie, la Thaïlande et l’Ukraine – au cours de la période couverte par le rapport (mi-2025 à mi-2026). L’Iran a utilisé à plusieurs reprises des armes à sous-munitions en Israël en 2026, tandis que la Thaïlande en a utilisé au Cambodge en 2025 dans le cadre de leur conflit frontalier. Des armes à sous-munitions ont aussi été utilisées dans le nord du Mali en mai 2026, mais il n’a pas été possible de confirmer qui avait utilisé ces armes.

Les armes à sous-munitions peuvent être tirées depuis le sol en recourant à l’artillerie, aux roquettes, aux missiles ou aux mortiers, ou larguées par avion. Elles s’ouvrent généralement en plein vol, dispersant plusieurs sous-munitions explosives (mini-bombes), sur une vaste zone. En raison de leur large rayon d’action, ces armes ne permettent pas de faire la distinction entre civils et combattants, en particulier lorsqu’elles sont utilisées dans des zones peuplées. En outre, de nombreuses sous-munitions n’explosent pas lors de l’impact initial ; ces sous-munitions non explosées peuvent donc ensuite blesser ou tuer des personnes de manière indiscriminée pendant des années, tout comme des mines terrestres, jusqu’à ce qu’elles soient détectées et détruites.

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La Convention sur les armes à sous-munitions interdit l’utilisation, la production, le transfert et le stockage de ces armes et impose le déminage des restes explosifs. La troisième conférence d’examen abordera la possibilité d’élargir le nombre d’États parties au traité, de combler les déficits de financement des programmes de déminage et d’apporter une aide aux communautés touchées. 

Cette Convention compte actuellement 112 États parties et 12 pays signataires. Le dernier pays à y avoir adhéré est le Vanuatu, en septembre 2025. Auparavant, le Soudan du Sud et le Nigeria avaient été les derniers pays à adhérer à la Convention, en 2023. 

Au cours de la période couverte par le présent rapport, des éléments ont permis de constater une production d’armes à sous-munitions en Chine, en Inde, en Israël, au Myanmar, en Corée du Nord, en Pologne, en Roumanie, en Russie et en Corée du Sud. Dix-huit pays non parties au traité produisent activement des armes à sous-munitions, conservent la capacité de le faire ou ne se sont pas officiellement engagés à ne jamais en produire.

Environ 116 millions de dollars US de financements internationaux et nationaux ont été alloués en 2025 pour faire face aux conséquences de la contamination par les armes à sous-munitions dans les États parties à la convention. Le gel de l’aide étrangère américaine en février 2025 a perturbé les opérations de déminage des restes d’armes à sous-munitions dans plusieurs régions, notamment en Asie du Sud-Est. Les suppressions de subventions qui ont suivi ont réduit les capacités de déminage en Afghanistan, en Irak et au Soudan du Sud. D’autres donateurs majeurs ont également commencé à réduire leurs dotations et à restreindre leur champ d’action géographique en réponse à l’évolution des priorités politiques.

« Face à l’utilisation persistante des armes à sous-munitions et à l’augmentation du nombre de victimes civiles, les États parties à la Convention devraient envoyer un message clair indiquant qu’ils resteront fermes dans leur engagement à mettre fin à toute utilisation de ces armes indiscriminées », a conclu Verity Coyle.

Le rapport « Cluster Munition Monitor 2026 » est le 17ème rapport annuel publié par la Coalition contre les armes à sous-munitions, coalition mondiale d’ONG cofondée par Human Rights Watch en 2003. Ce rapport sera présenté aux pays participant à la troisième Conférence d’examen de la Convention sur les armes à sous-munitions, qui se tiendra à Vientiane, au Laos, du 14 au 18 septembre. 

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04.09.2026 à 10:49

Un éminent journaliste nigérien vraisemblablement victime d’une disparition forcée

Human Rights Watch

Click to expand Image Le journaliste nigérien Moussa Kaka, ancien correspondant de Radio France Internationale, le 12 février 2007. © 2007 Seyllou/AFP via Getty Images

Trois jours se sont écoulés depuis que l’éminent journaliste nigérien Moussa Kaka a disparu, ce qui fait craindre qu’il ait été victime d’une disparition forcée. 
 

M. Kaka, directeur général de Radio Télévision Saraounia et ancien correspondant de Radio France Internationale, a quitté son bureau à Niamey, la capitale, vers 19 heures le 31 août pour rentrer chez lui. Depuis lors, sa famille et ses collègues n’ont obtenu aucune information sur le lieu où il se trouve. 
 

Kaka a déjà subi des pressions de la part des autorités. En octobre 2025, la police de Niamey l’a arrêté ainsi que cinq autres journalistes — Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Souleymane Brah, Youssouf Seriba et Oumarou Kané — après qu’ils aient annoncé sur les réseaux sociaux une conférence de presse au sujet d’un fonds de solidarité créé par le gouvernement pour lever des fonds pour soutenir les opérations des forces de sécurité de l’État. Les autorités les ont inculpés de « complicité de diffusion de document de nature à troubler l'ordre public » en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Kaka, Idé et Brah sous caution, tandis que Seriba et Kané ont été libérés le 15 juillet, et Chaibou le 28 août. 
 

La disparition de Kaka fait suite à une tentative de coup d’État contre la junte nigérienne le 29 août, au cours de laquelle des soldats mutins ont attaqué plusieurs sites stratégiques de la capitale. L’armée, soutenue par les forces de l’Africa Corps contrôlées par le gouvernement russe, a repris le contrôle le 30 août. Depuis, les autorités ont placé en détention des soldats soupçonnés d’avoir pris part au soulèvement ainsi qu’un ancien ministre. 
 

Un journaliste nigérien a déclaré qu’au Niger aujourd’hui, « on peut disparaître à cause de ses opinions ». Il a décrit la disparition de Kaka comme relevant du même mode opératoire que d’autres disparitions de personnes critiques à l’égard de la junte. 
 

En vertu du droit international des droits humains, il y a disparition forcée lorsqu’une personne est détenue par les forces de l’État et que les autorités refusent de reconnaître la privation de liberté ou dissimulent le lieu où elle se trouve. 
 

Depuis qu’elle a pris le pouvoir lors d’un coup d’État en 2023, la junte nigérienne a consolidé son régime autoritaire, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression contre ses détracteurs. Les autorités militaires ont dissous des partis politiques, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, placé des journalistes en détention en vertu d’une loi très vague sur la cybercriminalité, retiré leur nationalité à des opposants politiques, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale et prolongé la transition politique du pays sans élections. La junte continue également de détenir arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum et un éminent défenseur des droits humains, Moussa Tchangari. 
 

Les autorités nigériennes devraient immédiatement révéler où se trouve Kaka, garantir sa sécurité et le libérer, à moins qu’il n’ait été inculpé d’une infraction pénale valable. 

03.09.2026 à 23:49

Tunisie : Les condamnations injustes pour complot confirmées en cassation

Human Rights Watch

14 novembre 2025 Tunisie : Les condamnations injustes dans l’affaire du « complot » devraient être annulées

Les autorités devraient mettre fin à ce simulacre de procès, et libérer les personnes arbitrairement détenues

(Beyrouth, 3 septembre 2026) – Le 3 septembre 2026, la Cour de cassation tunisienne a confirmé les condamnations et les lourdes peines prononcées à l’encontre de 34 personnes pour « complot contre la sûreté de l’État » en novembre 2025. Human Rights Watch avait alors dénoncé un simulacre de procès. La Cour de cassation, la plus haute juridiction tunisienne, constituait le dernier recours judiciaire pour faire annuler ces condamnations.

La citation suivante peut être attribuée à Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch :

« L’arrêt de la Cour de cassation était le recours en dernier ressort pour les 34 personnes injustement condamnées, et qui se trouvent aujourd’hui derrière les barreaux ou en exil. Cette décision s’inscrit dans la lignée des attaques menées depuis des années contre le pouvoir judiciaire par le gouvernement répressif en Tunisie, afin de réduire au silence ses opposants et les voix critiques ».

02.09.2026 à 22:00

États-Unis : Un an depuis le début des exécutions extrajudiciaires maritimes

Human Rights Watch

Click to expand Image Deux images extraites d'une vidéo publiée sur le compte X de la Maison Blanche le 15 septembre 2025, montrant une frappe contre un bateau que le président Trump a décrit comme une embarcation utilisée par un cartel vénézuélien pour transporter de la drogue vers les États-Unis. Il s’agissait de la deuxième frappe contre un bateau dans la mer des Caraïbes, depuis le lancement de cette campagne militaire le 2 septembre 2025. © 2025 Maison-Blanche via Reuters

(Washington, 2 septembre 2026) – Cela fait aujourd’hui un an que les États-Unis ont lancé une campagne illégale de frappes militaires létales contre des bateaux dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique, tuant 227 personnes. Les responsables américains devraient d’urgence être tenus de rendre des comptes pour ces homicides, a déclaré Human Rights Watch. 

Sous la présidence de Donald Trump et sous la direction du secrétaire à la Défense Pete Hegseth, l’armée américaine a mené 69 frappes illégales depuis le 2 septembre 2025, dans le cadre d’une campagne militaire plus large qui, selon l’administration, vise à endiguer le trafic de drogue dans l’hémisphère occidental. Mais tuer des personnes en mer, en l’absence d’un procès et quelle que soit leur implication présumée dans des activités criminelles, constitue une violation du droit international. 

« L’administration Trump a exécuté sommairement plus de 200 personnes au cours des douze derniers mois, se vantant en ligne de ces homicides, sans être tenue responsable », a déclaré Ida Sawyer, directrice de la division Crises, conflits et armement à Human Rights Watch. « Les proches des victimes méritent un compte rendu complet de ces opérations, ainsi que la justice pour les profondes souffrances endurées. »

Deux récentes attaques ont tué deux personnes le 23 août, puis quatre autres personnes le 25 août. Ces homicides ont anéanti les brefs espoirs de voir cette campagne abusive prendre fin, après que l’administration Trump n’eut signalé aucune frappe durant le mois de juillet.

Le 4 août, le Commandement de l’armée américaine pour l’Amérique du Sud (US Southern Command, SOUTHCOM) a annoncé la création d’une nouvelle force opérationnelle interarmées chargée de coordonner l’action militaire avec 18 pays partenaires à travers les Amériques, laissant entrevoir son intention d’étendre ses opérations dans la région. Dans un communiqué de presse annonçant la frappe du 23 août, le commandant du SOUTHCOM, Francis Donovan, a déclaré : « Lorsque j’ai ordonné la création de la Force opérationnelle interarmées de l’hémisphère occidental, c’était précisément dans ce but : accélérer, synchroniser et mener des actions létales contre ces réseaux narco-terroristes déstabilisateurs. »

Avec le soutien de l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) et du Centre pour les droits constitutionnels (Center for Constitutional Rights), les proches de deux victimes qui auraient été tuées lors d’une frappe en octobre 2025 ont intenté un procès fédéral contre le gouvernement américain le 27 janvier 2026, afin d’obtenir réparation pour ces décès.

Selon la plainte, l’une des victimes présumées, Rishi Samaroo, un homme originaire de Trinité-et-Tobago âgé de 41 ans, travaillait au Venezuela lorsqu’il a décidé de rentrer dans son pays (non loin du Venezuela) pour aider à s’occuper de sa mère malade. Human Rights Watch a mené avec un entretien avec la sœur de Rishi Samaroo ; elle a déclaré qu’il l’avait appelée le 12 octobre 2025 pour l’informer que lui et un ami, Chad Joseph, âgé de 26 ans, allaient embarquer sur un bateau à destination de Las Cuevas, village situé sur l'île de Trinidad. 

Elle a ajouté que son frère lui avait dit qu’il la reverrait dans quelques jours. « Après cela, je n’ai plus jamais eu de ses nouvelles », a-t-elle déclaré. « Nous l’avons appelé, mais en vain, personne n’a répondu. » Elle a ensuite appris que l’armée américaine avait attaqué un navire vers le 14 octobre, et a conclu que Rishi Samaroo avait été tué lors de cette frappe. 

La plainte fédérale indique par ailleurs que Chad Joseph, qui pêchait et effectuait d’autres travaux temporaires au Venezuela depuis six mois, a appelé sa femme le 12 octobre 2025 ; il lui a dit qu’il serait de retour à Las Cuevas « dans quelques jours », après avoir trouvé un bateau pour ce voyage. Mais sa famille n’a plus jamais eu de ses nouvelles. « Avant, il m’envoyait des messages et m’appelait régulièrement, mais depuis ce jour-là [jour de l’attaque], plus rien. Je n’ai plus aucune nouvelle de lui », a déclaré sa mère à Human Rights Watch. « Je crois qu’il est mort là-bas. »

Pour tenter de justifier ses exécutions extrajudiciaires, le gouvernement américain a affirmé qu’il est engagé dans un conflit armé contre certaines organisations de trafic de drogue en Amérique latine ; cet argument serait apparemment exposé dans un mémorandum juridique secret rédigé par le Bureau du conseiller juridique du ministère de la Justice, que l’administration refuse de rendre public. 

Le gouvernement américain a affirmé qu’il ne s’attaquait qu’à des « [embarcations] soupçonnées d’être affiliées à des organisations terroristes désignées », mais précise que la liste de ces organisations est elle aussi « non divulgable au public ». Le Commandement du Sud a également déclaré qu’il n’était pas en mesure de « fournir des comptes rendus publics de toutes les frappes et interceptions [de bateaux] menées par l’armée américaine ». 

Quelle que soit la manière dont le gouvernement américain qualifie les victimes de ces frappes maritimes, en vertu du droit international, les États-Unis ne sont pas engagés dans un conflit armé avec un autre État, ni avec un acteur non étatique, dans les Caraïbes ou dans l’océan Pacifique. Par conséquent, la conduite militaire américaine dans ce contexte est régie par le droit international des droits humains, qui interdit le recours intentionnel à la force létale, sauf lorsque cela est strictement nécessaire pour protéger des vies. L’administration Trump n’a pas divulgué d’informations permettant de conclure que les victimes représentaient une menace imminente pour la vie d’autrui. 

Les États-Unis devraient mettre fin immédiatement à leur campagne illégale d’exécutions extrajudiciaires, et garantir aux proches des victimes l’accès à la justice et à des réparations, a déclaré Human Rights Watch. Le Congrès américain devrait envisager de créer une commission d’enquête spéciale sur ces frappes létales, afin de garantir un compte rendu public détaillé de ces homicides, y compris l’identification des personnes impliquées dans leur autorisation et leur exécution. Le ministère de la Justice devrait également enquêter sur ces homicides, et engager les poursuites judiciaires appropriées. Si les dirigeants actuels ne le font pas, cela devrait constituer une priorité pour les futures administrations.

Les autres gouvernements qui coopèrent avec les États-Unis pour soutenir les efforts de lutte contre le trafic de drogue dans la région devraient condamner ces homicides, cesser de partager des renseignements susceptibles de permettre aux États-Unis de mener ces frappes, et faire part de leurs préoccupations concernant les violations du droit international directement aux responsables américains. Ces gouvernements devraient également prendre des mesures pour déterminer si certaines de leurs activités de partage de renseignements avec les États-Unis risquent de les rendre complices de ces frappes.

« L’administration Trump jouit depuis un an d’une impunité totale pour cette campagne d’homicides illégaux, et a déclaré ouvertement qu’elle n’avait pas l’intention d’y mettre fin », a conclu Ida Sawyer. « Les autres pays devraient s’abstenir de toute coopération concernant ces frappes, et le Congrès américain devrait d’urgence intervenir pour mettre un frein aux actions létales de cette administration qui viole le droit international. »

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02.09.2026 à 10:52

Les victimes des inondations au Tibet ont le droit de se faire entendre

Human Rights Watch

Click to expand Image Des secouristes utilisent des drones pour acheminer des fournitures au port de Gyirong, au Tibet, le 28 août 2026. © 2026 Gongga Laisong/China News Service/VCG via AP Photo

Alors que les populations du Népal et du Tibet, de l’autre côté de la frontière chinoise, sont encore sous le choc d’horribles coulées de boue, le gouvernement chinois a recouru à la censure et au contrôle.

Sur Weibo, qui se plie aux exigences de censure de Pékin, la plateforme chinoise de réseaux sociaux a mis en avant un hashtag commémoratif (#向吉隆泥石流灾害遇难人员默哀) en tête des sujets tendance, aux côtés de huit autres sujets liés à la catastrophe. Le message en une montrait un présentateur de la CCTV lisant pour l'essentiel un communiqué du Politburo, au cours duquel le président Xi Jinping aurait suggéré aux plus hauts dirigeants chinois d'observer une minute de silence en hommage aux victimes.

La censure et l’autocensure sont omniprésentes dans toute la Chine, en particulier dans les régions tibétaines, comme Human Rights Watch l’a depuis longtemps documenté. Des personnes peuvent être emprisonnées pour atteinte à la sécurité nationale simplement pour avoir partagé des informations avec le monde extérieur. Les étrangers, y compris les journalistes et les enquêteurs indépendants, ne peuvent pas entrer sans autorisation.

Les voix des victimes sont largement absentes des sujets tendance, qui se concentrent sur le bilan des victimes, les opérations de sauvetage et les mécanismes de la catastrophe. Trois des huit sujets présentent la réponse de la police sous un jour positif, notamment : « Le sourire d’un policier au port de Gyirong a ému les internautes jusqu’aux larmes. »

Lorsque des survivants apparaissent, ils viennent étayer le récit officiel véhiculé par les médias. Un autre sujet tendance met en avant une vidéo montrant des policiers réconfortant une victime des inondations en deuil.

Human Rights Watch a reçu des informations selon lesquelles des journalistes en Chine se sont vu interdire l’accès à la zone sinistrée et l’autorisation d’interviewer les familles ; ils doivent se contenter des versions officielles. Les autorités ont également sanctionné au moins dix d’entre eux pour avoir « répandu des rumeurs » liées à la catastrophe.

Il convient de noter que les vidéos et images diffusées par les médias officiels s’appuient sur des contenus générés par l’IA censés montrer les origines probables de la coulée de boue. Parallèlement, selon des médias internationaux, les images originales complètes qui ont circulé dans le monde entier — montrant le port de Gyirong, du côté chinois de la frontière, submergé par les eaux tandis que les habitants courent pour sauver leur vie — font l’objet d’une censure.

Le contrôle de l’information peut compliquer la tâche des familles cherchant à localiser leurs proches et entraver la compréhension de la catastrophe ainsi que toute future intervention. Les autorités exercent également un contrôle strict sur les libertés d’association et de réunion.

Comme lors des catastrophes précédentes, le scénario est bien connu : restreindre l’information, contrôler le récit et louer la détermination des dirigeants ainsi que les opérations de sauvetage. L’IA peut embellir la mise en scène, mais le scénario reste inchangé.

02.09.2026 à 06:00

Tunisie : La société civile assiégée

Human Rights Watch

Click to expand Image Des Tunisien.nes participaient à une marche contre le racisme organisée par la Campagne contre la criminalisation de l'action civile à Tunis, le 11 avril 2026. Cette manifestation, à laquelle participaient des organisations de défense des droits humains, des groupes de la société civile et des activistes, était aussi tenue pour protester contre les tentatives de criminaliser diverses activités civiles, politiques et syndicales, et les mesures gouvernementales ciblant des activistes et des défenseurs des droits.  © 2026 Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto via AP Depuis 2024, le gouvernement tunisien réprime systématiquement les organisations de la société civile et leurs membres, réduisant pratiquement à néant l’espace civique dynamique qui avait émergé après la révolution de 2011.La société civile joue un rôle clé pour demander des comptes aux pouvoirs publics, fournir des services essentiels et plaider en faveur des droits humains. Les autorités usent et abusent de chaque outil à leur disposition pour restreindre l’espace dans lequel opère la société civile et fermer ces organisations.Les autorités devraient mettre fin sans délai à leur répression de la société civile, et laisser aux associations l’espace pour agir pleinement et librement.

(Beyrouth) – Depuis 2024, le gouvernement tunisien réprime systématiquement les organisations de la société civile et leurs membres, réduisant pratiquement à néant l’espace civique dynamique qui avait émergé après la révolution de 2011, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les autorités devraient immédiatement mettre fin à la répression de la société civile, et laisser aux associations l’espace pour fonctionner pleinement et librement.

Ce rapport de 55 pages, intitulé « ‘Nous vivons en sursis’ : Répression de la société civile en Tunisie », rend compte de la répression croissante exercée par les autorités tunisiennes à l’encontre des organisations de la société civile locales et internationales, de leurs employé·e·s, leurs membres et leurs associé·e·s, à travers des poursuites judiciaires abusives, des arrestations arbitraires, des placements en détention, des enquêtes financières et pénales, des suspensions massives et des menaces de dissolution.

« Les organisations de la société civile en Tunisie jouent un rôle clé pour demander des comptes au pouvoir, fournir des services essentiels et plaider en faveur des droits », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Il est clair que les autorités usent et abusent de chaque outil à leur disposition pour restreindre l’espace dans lequel opère la société civile et fermer ces organisations. »

2 septembre 2026 « Nous vivons en sursis »

Depuis 2022, le président Kais Saied n’a cessé de diaboliser la société civile et les organisations non gouvernementales dans ses déclarations publiques, les dépeignant comme une menace pour la souveraineté nationale. Entre mai et décembre 2024, les autorités ont arrêté plusieurs personnes travaillant pour des associations apportant un soutien aux personnes réfugiées, demandeuses d’asile et migrantes, ou qui luttent contre le racisme et les discriminations. Elles ont par la suite lancé des poursuites judiciaires contre au moins 47 personnes liées à des organisations non gouvernementales et placé au moins dix personnes en détention préventive pendant plus de 14 mois, durée maximale autorisée par la législation tunisienne.

Les autorités ont invoqué des lois criminalisant l’assistance aux étrangers ayant une situation migratoire irrégulière, ainsi que la loi de 2015 sur la lutte contre le terrorisme et la répression du blanchiment d’argent, pour inculper abusivement des défenseur·e·s droits humains ou des employé·e·s d’organisations non gouvernementales.

Suite aux procès qui se sont déroulés en 2025 et 2026, au moins quatorze personnes liées à la société civile ont été reconnues coupables et condamnées à des peines de prison. Saadia Mosbah, éminente défenseuse des droits humains, a été condamnée le 19 mars 2026 à huit ans de prison et une lourde amende sur la base d’accusations abusives de crimes financiers. Cinq employé·e·s d’associations de défense des personnes demandeuses d’asile ont été reconnues coupables sur la base d’accusations abusives, découlant de leur travail et des mandats de leurs associations légalement enregistrées. 

Les associations ciblées ont depuis cessé leurs activités. 

Les autorités ont également ciblé en masse des associations au moyen d’enquêtes financières et pénales. Fin 2024, peu avant l’élection présidentielle, la Brigade des investigations et de la lutte contre l’évasion fiscale a averti au moins une dizaine d’associations – dont le bureau régional d’Amnesty International et l’organisation tunisienne anti-corruption I Watch – qu’elle avait ouvert une enquête à leur encontre. Ces enquêtes, qui représentent un lourd fardeau administratif et opérationnel, ont débouché sur le gel des comptes bancaires d’au moins deux associations.

Le recours généralisé et systématique à de telles enquêtes, visant un vaste pan de la société civile, fait grandement craindre que le gouvernement ne soit en train d’instrumentaliser ce type de procédures pour cibler et intimider les organisations de la société civile.

Entre juillet et octobre 2025 et entre avril et mai 2026, les autorités ont utilisé abusivement le décret-loi 2011-88 sur les associations pour suspendre en masse des associations. Human Rights Watch a identifié au moins une vingtaine d’associations de la société civile suspendues, bien qu’il soit impossible, sans données officielles, de déterminer leur nombre exact.

Ces suspensions semblent avoir contourné les garanties procédurales et sont entachées d’irrégularités. Certaines associations n’ont pas reçu les mises en demeure prévus par la loi qui leur auraient permis de répondre ou de remédier aux allégations d’infractions. D’autres ont tenté de répondre aux allégations d’infractions, mais n’ont jamais eu de retour de l’administration. Les suspensions constituent une mesure drastique qui ne devrait être prise qu’en dernier recours, accompagnée d’une justification claire et d’un examen indépendant, a rappelé Human Rights Watch.

Les associations suspendues encourent un sérieux risque de dissolution, une fois toutes les procédures d’appel épuisées. Les avocats qui ont apporté leur soutien aux organisations suspendues ont informé Human Rights Watch que les autorités avaient rejeté les appels d’une trentaine d’associations. L’association Al Khatt (éditrice du média indépendant Inkyfada) et l’association Mnemty font actuellement face à des procédures de dissolution.

Le pouvoir judiciaire, qui ordonne ces suspensions, est sous le contrôle de l’exécutif depuis 2022, date à laquelle le président Saied a pris une série de mesures pour anéantir l’indépendance judiciaire.

Parallèlement à cette vague de répression, les associations ont subi d’autres restrictions. Des banques privées ont imposé des restrictions injustifiées à nombre d’associations, par exemple en les empêchant d’accéder à leurs comptes en devises ou en dinars convertibles, en bloquant ou renvoyant des fonds de l’étranger virés sur des comptes tunisiens, ou encore en fermant leurs comptes bancaires. Certaines associations rapportent que les autorités leur ont refusé l’accréditation pour observer les élections, imposé des règles plus strictes pour leur accorder l’accès aux prisons et aux lieux de détention, ou encore interdit certains événements publics.

Enfin, les autorités tunisiennes ont à plusieurs reprises cherché à remplacer le cadre législatif actuel régissant les associations ou à le restreindre d’une manière qui porterait gravement atteinte au droit à la liberté d’association. Deux projets de loi, l’un ayant fuité début 2022 et l’autre présenté au Parlement en octobre 2023, entendaient donner au gouvernement d’importants pouvoirs de contrôle et de supervision sur la création, les activités, le fonctionnement et le financement des organisations indépendantes.

Les autorités tunisiennes devraient cesser de restreindre la liberté d’association et mettre fin aux enquêtes abusives, au harcèlement judiciaire et à la criminalisation du travail des associations de la société civile et de leurs membres, a déclaré Human Rights Watch. Elles devraient libérer toutes les personnes travaillant pour des organisations non gouvernementales, les activistes et les défenseur·e·s des droits humains qui sont arbitrairement détenu·e·s à cause de leur travail légitime, et annuler toutes les peines injustement prononcées. Le parlement devrait veiller à ce que les associations puissent opérer librement, notamment en rejetant les projets de loi qui violeraient le droit à la liberté d’association.

La communauté internationale, notamment l’Union européenne et ses États membres, devraient appeler les autorités tunisiennes, en aparté et en public, à libérer toutes les personnes arbitrairement détenues, notamment celles qui travaillent pour des organisations non gouvernementales, les défenseur·e·s des droits humains et les activistes, à annuler les peines prononcées en lien avec le travail légitime des associations, et à mettre fin à la répression de la société civile.

La Tunisie est un État partie au Pacte international relatif aux droits civils et politiques et à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, qui garantissent le droit à la liberté d’association, de réunion et d’expression, à ne pas subir d’arrestation ni de détention arbitraires, ainsi que le droit à un procès équitable. 

« À travers le démantèlement de l’espace dévolu à la société civile, les autorités veulent s’assurer qu’il ne restera personne pour leur demander des comptes », a conclu Bassam Khawaja. « La communauté internationale doit prendre des mesures d’urgence pour contribuer à préserver ce qui reste de l’espace civique en Tunisie, garantir la protection des défenseur·e·s des droits et mettre fin à ce recul radical des droits humains. »

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Articles

Entrevue

01.09.2026 à 08:00

Sri Lanka : Progrès mitigés en matière de justice pour les abus passés

Human Rights Watch

Click to expand Image Un policier sri-lankais photographié devant l’entrée du site du charnier de Chemmani à Jaffna, au Sri Lanka, le 26 juillet 2025.  © 2025 Chamila Karunarathne/EPA/Shutterstock Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui suscite des inquiétudes quant aux progrès futurs.De nombreuses affaires de disparitions forcées, de torture et d’assassinats restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations. Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation face à des décennies d’impunité, tandis que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et le Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement à démontrer son engagement en faveur de la justice.

(Genève, le 1er septembre 2026) – Les poursuites engagées par le gouvernement sri-lankais concernant les graves violations commises par le passé ont pris du retard, ce qui soulève des inquiétudes quant aux progrès futurs, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Les responsables des Nations Unies et les États membres de l’ONU siégeant au Conseil des droits de l’homme devraient appeler le gouvernement du président Anura Kumara Dissanayake à faire preuve d’une plus grande détermination pour traiter les affaires emblématiques en matière de droits humains, et à coopérer avec les efforts internationaux visant l’obligation de rendre des comptes.

1 septembre 2026 “Not Genuine with Justice”

Ce rapport de 49 pages, intitulé « “Not Genuine with Justice” : Sri Lanka’s Lack of Will to Prosecute Past Abuses » (« Pas de véritable justice : Absence de volonté de poursuivre les auteurs d’abus passés au Sri Lanka »), dresse un bilan des efforts judiciaires nationaux dans sept affaires marquantes de violations graves, dans lesquelles le gouvernement Dissanayake a réalisé certains progrès depuis son arrivée au pouvoir en 2024. Human Rights Watch a toutefois constaté que de plusieurs affaires emblématiques, notamment le massacre de travailleurs humanitaires, les attaques ciblées contre des journalistes et les disparitions forcées d’universitaires et d’autres personnes, restent au point mort, tandis que les familles des victimes et les défenseurs des droits humains font l’objet de menaces et d’intimidations. 

« Le gouvernement Dissanayake devrait rompre avec la pratique des gouvernements précédents consistant à retarder et à refuser la justice pour les violations graves », a déclaré Lucy McKernan, directrice du plaidoyer auprès du Conseil des droits de l'homme de l’ONU, à Human Rights Watch. « Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies devrait exhorter le gouvernement sri-lankais à prendre des mesures crédibles en vue de la reddition de comptes pour les crimes passés et à mettre fin aux représailles contre les victimes, leurs familles et les défenseurs des droits humains. » 

Human Rights Watch a mené des entretiens avec 32 victimes d’exactions, des proches de personnes disparues, ainsi que des avocats et d’autres défenseurs des droits humains, et a examiné de manière approfondie des documents judiciaires et d’autres sources.

Des dizaines de milliers de personnes ont été torturées, ont fait l’objet de disparitions forcées, ont été enlevées et tuées par les forces de sécurité gouvernementales et des groupes armés non étatiques pendant l’insurrection marxiste qui a secoué le sud du Sri Lanka entre 1987 et 1989, ainsi que pendant la guerre civile opposant le gouvernement aux Tigres de libération de l’Eelam tamoul (Liberation Tigers of Tamil Eelam, LTTE), qui a pris fin en 2009.  

Le Sri Lanka a un passé marqué par des tentatives infructueuses visant à rendre justice pour les exactions commises par le passé. Depuis les années 1990, les gouvernements successifs ont nommé plus de dix commissions chargées d’enquêter sur les violations des droits humains, mais aucune n’a abouti à des poursuites judiciaires ni révélé ce qu’il était advenu des milliers de personnes disparues. Divers gouvernements sri-lankais n’ont soit réalisé que des progrès minimes dans ces affaires, soit sont activement intervenues pour bloquer les rares enquêtes pénales en cours.

« Les fouilles [des fosses communes] ne suffiront pas à elles seules à rendre justice », a déclaré un proche d’une victime de disparition à Jaffna. « Les responsables de ces exactions seront-ils amenés à rendre des comptes ? » Les enquêteurs ont exhumé les restes humains de 582 personnes d’une fosse commune à Chemmani, près de Jaffna, mais aucun progrès apparent n’a été enregistré dans l’identification des victimes ou la détermination de ce qui leur est arrivé.

Le gouvernement Dissanayake a réalisé quelques progrès dans des enquêtes importantes qui avaient auparavant été bloquées. Il s’agit notamment de l’enquête sur le meurtre, en 2009, d’un rédacteur en chef de journal, Lasantha Wickrematunge ; de la disparition forcée, en 2010, d’un journaliste, Prageeth Ekneligoda ; et de la disparition forcée, perpétrée par des agents des services de renseignement de la marine, de 11 jeunes hommes qui avaient été retenus contre rançon en 2008 et 2009. 

Une enquête sur un complot présumé impliquant des hauts responsables du gouvernement, à l’origine des attentats du dimanche de Pâques 2019 qui ont fait 269 morts, n’a pu être menée qu’après l’entrée en fonction du président Dissanayake. En février 2026, la police a arrêté Suresh Sallay, un ancien officier des services de renseignement militaire, pour collusion avec un groupe islamiste accusé d’avoir perpétré ces attentats. En juin, un tribunal sri-lankais a interdit à l’ancien président Gotabaya Rajapaksa et à deux autres officiers des services de renseignement militaire de se rendre à l’étranger dans le cadre des enquêtes en cours sur ces attentats. 

Malgré ces progrès limités, le gouvernement Dissanayake n’a pas réagi avec l’urgence nécessaire pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient les auteurs de graves violations, a constaté Human Rights Watch. Aucun progrès n’a été enregistré dans d’autres affaires importantes impliquant de hauts responsables, notamment le meurtre, en 2006, de cinq étudiants tamouls et le massacre de 17 membres, pour la plupart tamouls, de l’organisation humanitaire française Action contre la Faim. Vingt ans plus tard, personne n’a été arrêté, et encore moins poursuivi, pour ces meurtres. 

Le gouvernement Dissanayake n’a pas accepté de coopérer avec le Sri Lanka Accountability Project (« Projet de responsabilisation du Sri Lanka »), mis en place par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour recueillir des preuves de violations graves des droits humains. Le gouvernement n’a pas non plus donné suite à son engagement à mettre en place une Direction des poursuites publiques (Directorate of Public Prosecution), chargée de poursuivre en toute indépendance les auteurs des violations commises par le passé.

Au lieu de cela, le gouvernement Dissanayake a soutenu les initiatives des gouvernements précédents, telles que le Bureau des personnes disparues et le Bureau des réparations, que de nombreuses familles de victimes ont rejetées car elles les considèrent comme des manœuvres visant à retarder la justice.  

Depuis la fin de la guerre civile en 2009, l’ONU a joué un rôle important dans la promotion de la justice et de la responsabilité, tout en s’efforçant de mettre fin aux violations en cours. Le rapport de 2011 du Groupe d’experts du Secrétaire général de l’ONU et l’enquête menée en 2015 sur le Sri Lanka par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) ont mis en évidence de nombreux crimes de guerre et autres violations commis par les deux camps pendant la guerre civile. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a par ailleurs adopté une série de résolutions visant à garantir la responsabilité des auteurs de ces actes. 

Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et le HCDH devraient continuer à examiner les progrès réalisés par le gouvernement Dissanayake en matière de justice et faire pression pour que des mesures soient prises afin de mettre fin à des décennies d’impunité, a déclaré Human Rights Watch. 

« Le gouvernement Dissanayake devrait redoubler d’efforts pour garantir une véritable responsabilisation concernant les meurtres et les disparitions survenus lors des conflits passés », a conclu Lucy McKernan. « Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et les États membres du Conseil des droits de l’homme devraient exhorter le gouvernement Dissanayake à concrétiser son engagement déclaré en faveur de la justice au Sri Lanka. »

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31.08.2026 à 22:44

Changement climatique et tapis rouge

Human Rights Watch

Click to expand Image Une jeune fille dans son petit bateau de pêche, au large de la province de Malaita, aux îles Salomon. © 2025 NowHere Media/Human Rights Watch

Ici au Festival international du film de Venise, sur fond de glamour cinématographique, Human Rights Watch présente un film pur et puissant : « Solwata ».

C’est un immense privilège d’être ici pour partager ce nouveau documentaire immersif – co-créé avec les communautés de Walande, Ngongosila et Kwai aux Îles Salomon, coproduit avec Human Rights Watch, Agog et NowHere Media, et narré par Mark Ruffalo – qui met en lumière, sur cette scène mondiale, la réalité des réinstallations liées a la crise climatique.

Lorsque des collègues m’ont parlé pour la première fois de la possibilité d’utiliser un média de « réalité virtuelle » à des fins de plaidoyer, j’avais des doutes. En tant que chercheuse, je m’appuie généralement sur des rapports dont les faits ont été minutieusement vérifiés et accompagnés de notes de bas de page détaillées pour transmettre mes conclusions. Mais en voyant à quel point des personnes visionnant ce film étaient profondément émues en retirant leurs casques, j’ai été convaincue de son efficacité.  

Des années de recherche au Panama, au Sénégal et aux Philippines montrent comment la crise climatique a contraint les communautés côtières à faire des choix impossibles. La relocalisation planifiée est une mesure de dernier recours et un défi extrêmement complexe en matière de droits humains. Lorsqu’une communauté entière doit se déplacer, tout est en jeu, qu’il s’agisse de son patrimoine culturel ou de ses droits fonciers. Les mesures politiques prises dans ce contexte devraient surtout protéger le droit des communautés autochtones à l’autodétermination, afin qu’elles puissent prendre des décisions d’adaptation selon leurs propres conditions et leur propre calendrier.

Les recherches et rapports traditionnels sont des moyens essentiels pour communiquer ces complexités, mais les enjeux exigent que nous utilisions tous les outils à notre disposition, pour toucher des publics plus larges et plus diversifiés. 

Le film VR « Solwata » offre une nouvelle façon de sensibiliser le public à l’aspect humain des déplacements liés au changement climatique. Il transporte les spectateurs à travers les océans et les fuseaux horaires pour se tenir aux côtés du peuple Solwata (« eau salée »). Il permet au public d’être témoin de la force et de la détermination des communautés Walande à rester unies malgré toutes les difficultés, même après que la montée des eaux les a contraintes à se réinstaller sur le continent. Et il invite réfléchir aussi sur le sort des communautés Ngongosila et Kwai des Îles Salomon, ainsi que sur d’autres communautés dans d’autre lieux où la montée du niveau de la mer soulève des questions profondes sur ce à quoi ressemble un avenir digne – et sur notre responsabilité commune de le soutenir.

SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatique

Les décideurs politiques et les bailleurs de fonds devraient non seulement anticiper d’urgence les défis profondément humains liés aux relogements planifiés, mais aussi ressentir une véritable empathie pour ce que vivent ces populations. Après le festival de Venise, « Solwata » sera diffusé lors la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP31) en Turquie, puis bien au-delà. Notre objectif est d’utiliser ce média puissant pour renforcer le soutien des bailleurs de fonds et inciter le public à plaider en faveur de politiques qui protègent les droits des communautés déplacées à travers le monde.

27.08.2026 à 18:48

Chine : Une décennie d’impunité pour les crimes commis contre les Ouïghours

Human Rights Watch

Click to expand Image Un homme ouïghour vu de profil devant la mosquée Id Kah à Kachgar, dans la région du Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine, le 13 juillet 2023.  © 2023 Pedro Pardo/AFP via Getty Images

(New York, 27 août 2026) – La répression sévère menée depuis une décennie par le gouvernement chinois à l’encontre des Ouïghours et d’autres musulmans turcophones, qui constitue des crimes contre l’humanité, mérite une réponse plus ferme de la part de la communauté internationale, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

Dix ans après que le Parti communiste chinois a considérablement intensifié les violations commises à l’encontre des Ouïghours dans la région du Xinjiang, dans l’ouest du pays, la répression des droits reste sévère. Les éléments de preuve actuels montrent la persistance de détentions arbitraires massives, d’emprisonnements injustifiés, d’une surveillance de masse, d’un effacement culturel et religieux, de restrictions des déplacements et des moyens de communication, ainsi que de pressions exercées sur les Ouïghours à l’étranger. En même temmps, les autorités chinoises s’efforcent de promouvoir une image publique de normalité au Xinjiang. Le travail forcé imposé par l’État au Xinjiang affecte les chaînes d’approvisionnement mondiales pour divers produits ou secteurs tels que les automobiles, les panneaux solaires, l’habillement, les produits de la mer, les produits agricoles et les minerais stratégiques. 

« Au lieu de mettre fin à ses crimes contre l’humanité au Xinjiang et de rendre justice aux centaines de milliers d’Ouïghours dont la vie a été détruite, le gouvernement chinois persiste dans ses atrocités et réduit au silence les voix critiques, même à l’étranger », a déclaré Yalkun Uluyol, chercheur sur la Chine à Human Rights Watch. « La réaction de la communauté internationale était forte au départ mais s’est depuis affaiblie, ce qui permet au gouvernement chinois de promouvoir sans vergogne un faux sentiment de normalité dans la région. »

En 2014, le président Xi Jinping a lancé au Xinjiang la campagne « Frapper fort contre le terrorisme violent ». La répression s’est fortement intensifiée avec la nomination, le 29 août 2016, de Chen Quanguo en tant que secrétaire du Parti communiste chinois au Xinjiang. Cette campagne a abouti à la détention arbitraire d’environ un million d’Ouïghours dans des camps d’« éducation politique ». Chen Quanguo avait auparavant occupé le poste de secrétaire du PCC dans la région autonome du Tibet.

Depuis lors, bien que certains de ces camps semblent avoir fermé, des centaines de milliers d’Ouïghours et d’autres musulmans turcophones restent emprisonnés, selon les chiffres officiels disponibles. Parmi eux figurent des personnalités publiques de premier plan telles qu’Ilham Tohti, Rahile Dawut, Gushan Abbas, Yalqun Rozi et Ekpar Asat. Le Xinjiang semble afficher le plus haut taux de détention carcérale au monde par rapport à la taille de sa population, selon une analyse publiée par le Financial Times en mai 2026.

Plus de 140 000 enfants du sud du Xinjiang ont été séparés de leurs parents entre 2017 et 2018, en grande partie en raison de détentions arbitraires, selon l’estimation publiée par Xinjiang Victims Database en juillet 2026. Certains enfants ont été placés dans des orphelinats gérés par l’État chinois. La situation actuelle de ces enfants reste incertaine. 

De nombreux Ouïghours vivant à l’étranger ne parviennent pas à contacter leurs familles – y compris leurs enfants – en Chine. Les autorités maintiennent des restrictions et des contrôles sévères à l’encontre des Ouïghours qui cherchent à voyager à l’étranger, tout en autorisant certains Ouïghours de la diaspora à effectuer des visites limitées au Xinjiang. Certains de ceux qui sont revenus ont déclaré que les autorités les avaient contraints à fournir des informations sur des militants à l’étranger. Les autorités chinoises se livrent à une répression transnationale pour réduire au silence les Ouïghours vivant à l’étranger.

Pékin rejette tous les appels à mettre fin à sa répression sévère au Xinjiang, insistant, lors des visites officielles des hauts dirigeants dans la région, sur le fait que les mesures visant à « préserver la stabilité sociale » constituent une priorité. 

Certains gouvernements étrangers ont pris des mesures importantes pour répondre à ces abus au cours de la dernière décennie. En 2021, le gouvernement des États-Unis a promulgué la Loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act, UFLPA), qui établit une présomption selon laquelle les marchandises fabriquées au Xinjiang sont liées au travail forcé et interdit leur importation aux États-Unis. L’Union européenne a aussi adopté un règlement interdisant l’importation des produits fabriqués par le recours au travail forcé. 

En 2021, les États-Unis, l’UE, le Royaume-Uni et le Canada ont imposé des sanctions ciblées à l’encontre de responsables chinois impliqués dans des exactions au Xinjiang. Toutefois, d’autres pays, y compris des États à majorité musulmane tels que l’Indonésie, les Émirats arabes unis et le Pakistan, ont protégé Pékin contre des mesures de l’ONU. En outre, certains gouvernements, dont celui de la Thaïlande, ont expulsé des Ouïghours vers la Chine malgré les risques graves de torture et d’autres exactions auxquels ils sont exposés à leur retour. En 2023, en réponse à ces retours forcés, le Canada s’est engagé à accueillir 10 000 réfugiés ouïghours. 

Le 31 août 2022, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a publié un rapport historique concluant, sur la base de recherches et d’analyses approfondies, que les graves violations commises au Xinjiang « pourraient constituer […] des crimes contre l’humanité ». Pékin a rejeté ce rapport de l’ONU. 

En août 2024, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a affirmé que « de nombreuses lois et politiques problématiques restent en vigueur » au Xinjiang. En février 2026, il a exprimé ses « regrets » face à « l’absence de suivi […] des recommandations précédentes et en matière de reddition de comptes » de la part de la Chine. Puis en juin 2026, il a exprimé ses inquiétudes concernant la nouvelle loi chinoise sur la promotion de l’unité et du progrès ethniques, qui a officialisé les politiques existantes visant à supprimer les droits des minorités. 

Le HCDH n’a toutefois pas fourni d’informations publiques substantielles sur ses activités de suivi au Xinjiang depuis 2022. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont appeléVolker Türk à adopter une ligne plus ferme vis-à-vis de Pékin, et à assurer un suivi énergique et public des recommandations formulées par son bureau, compte tenu de la gravité de ses propres conclusions et de la reconnaissance de l’absence de progrès. 

Alors que Volker Türk entame son deuxième mandat en tant que Haut-Commissaire, sans progrès perceptibles quatre ans après la publication du rapport historique du HCDH sur le Xinjiang, il devrait tenir compte des appels des victimes ouïghoures et de leurs familles en faveur d’une approche plus ferme. 

Les gouvernements étrangers devraient également redoubler d’efforts pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à la répression qui se poursuit au Xinjiang. Les pays de tous les groupes régionaux et politiques devraient collaborer afin de publier une déclaration commune ferme lors de la prochaine session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, condamnant les crimes contre l’humanité commis par le gouvernement chinois. Ils devraient organiser un débat consacré à la situation au Xinjiang, afin de donner suite aux recommandations du rapport du HCDH de 2022.

Divers gouvernements, dont ceux du du Canada, de l’Australie, du Royaume-Uni et du Japon, devraient également adopter une législation interdisant les importations de biens liés au travail forcé, y compris des mesures visant spécifiquement les produits provenant du Xinjiang. L’Union européenne devrait veiller à ce que le Xinjiang figure sur la liste des zones à haut risque dans sa toute base de données sur le travail forcé. Les gouvernements étrangers devraient également adopter des mesures pour protéger leurs citoyens et leurs résidents contre les actes de répression transnationale commis par Pékin, a ajouté Human Rights Watch.

« Au cours de ces dix années de répression au Xinjiang, les gouvernements étrangers ont peu agi pour demander des comptes au gouvernement chinois quant à ses exactions », a conclu Yalkun Uluyol. « Ces gouvernements devraient utiliser tous les outils à leur disposition pour faire pression sur Pékin afin de faire cesser ces crimes, notamment en adoptant et en appliquant des interdictions d’importation de produits liés au travail forcé d’Ouïghours, et en imposant des sanctions ciblées à l’encontre des responsables des abus commis au Xinjiang. »

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26.08.2026 à 01:43

L'avenir de Mayotte repose sur l'éducation, pas sur le recul des droits des migrants

Human Rights Watch

Click to expand Image Des enfants passent devant des salles de classe modulaires construites après le cyclone Chido, à l'école maternelle et primaire du village de Majicavo-Lamir, sur le territoire français d'outre-mer de Mayotte, le 18 août 2025. © 2025 Marine Gachet/AFP via Getty Images

Les élèves font leur rentrée cette semaine dans le département français d'outre-mer de Mayotte. Pour la plupart d'entre eux, le début de l'année scolaire signifie un retour dans des établissements surchargés, souvent mal équipés pour répondre à leurs besoins fondamentaux, au sein d'un système éducatif qui continue de laisser pour compte des milliers d'enfants.

Un cyclone dévastateur en décembre 2024 a aggravé les défaillances de longue date du système éducatif mahorais. Les efforts entrepris pour reconstruire les salles de classe n'ont pas permis de remédier efficacement à ces difficultés, et de nombreuses écoles continuent de fonctionner selon un système de rotation. Même avant le cyclone, des milliers d'enfants étaient exclus du système scolaire en raison de procédures d'inscription contraignantes et d'autres obstacles. A la rentrée 2025, l'Observatoire de la non-scolarisation à Mayotte a constaté que plus de 15 000 enfants en âge scolaire n'étaient pas scolarisés, poursuivant une tendance à la hausse inquiétante. Les autres enfants vont à l’école dans des conditions qui ne répondent pas aux normes élémentaires, notamment en matière d'accès à l'eau, à l'assainissement, à une alimentation adéquate et à un environnement d'apprentissage sûr.

Plutôt que de s'attaquer à ces problèmes persistants, les responsables politiques n’ont cessé d’imputer les difficultés structurelles de Mayotte à l'immigration. Immédiatement après le cyclone, le président Emmanuel Macron s'est engagé à restreindre l'immigration irrégulière, principalement en provenance des Comores et d'Afrique de l'Est. Quelques jours avant la rentrée scolaire, Édouard Philippe, ancien Premier ministre et candidat à l'élection présidentielle de 2027, a déclaré vouloir suspendre l'accès à l'asile, au droit du sol, et à l'immigration fondée sur les liens familiaux à Mayotte.

Ces propositions sont présentées comme des solutions aux nombreux défis auxquels est confronté le département le plus pauvre de France. Pourtant, une grande partie des difficultés de Mayotte sont le produit d’inégalités structurelles de longue date, d’un sous-investissement chronique dans les services publics et des lois d’exception qui ne s’appliquent que sur l'île, notamment des mesures restrictives en matière de nationalité et d'immigration. De telles politiques n’ont guère contribué à améliorer les conditions de vie ou à remédier au manque d'accès au logement, à l'eau, à l'électricité, aux soins de santé et à l'éducation dont souffrent de nombreux habitants, y compris des enfants. Elles soulèvent également de sérieuses préoccupations juridiques, car elles sont contraires aux protections garanties par la Constitution française, le droit de l'Union européenne et les normes internationales relatives aux droits humains.

Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu entame une visite de deux jours à Mayotte, les autorités françaises devraient dépasser les discours centrés sur l'immigration et annoncer des actions concrètes visant à garantir les droits économiques et sociaux de tous les habitants. Veiller à ce que chaque enfant puisse aller à l'école constituerait un investissement bien plus utile pour l'avenir de Mayotte que de restreindre davantage les droits fondamentaux.

25.08.2026 à 18:48

Turquie : La CEDH ordonne la libération immédiate d’Osman Kavala

Human Rights Watch

Click to expand Image Le défenseur des droits humains turc Osman Kavala. © 2017 Privé

(Londres, le 25 août 2026) – La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a rendu aujourd’hui un arrêt historique dans l’affaire d’Osman Kavala, défenseur des droits humains et figure de proue de la société civile illégalement emprisonné en Turquie depuis novembre 2017. La Cour a jugé que le maintien en détention d’Osman Kavala est illégal, et que ses droits à un procès équitable, à la liberté d’expression et à la liberté d’association avaient été violés. La Cour a également estimé que sa peine de prison à perpétuité aggravée équivalait à un traitement inhumain et dégradant, et que les autorités turques avaient agi de mauvaise foi en le maintenant illégalement en détention. La Cour a conclu qu’il avait été condamné dans le but inavoué de le punir et de le réduire au silence, ainsi que d’entraver son action en faveur des droits humains. La Cour a ordonné sa libération dans les plus brefs délais et l’annulation de sa condamnation.

Les organisations de défense des droits humains Human Rights Watch et Turkey Litigation Support Project, ainsi que la Commission internationale des juristes (CIJ), ont présenté à la Cour une intervention conjointe en 2024 sur les questions fondamentales relatives aux droits en jeu dans cette affaire. En juin 2022, Amnesty International avait déclaré que Osman Kavala et ses six coaccusés étaient des « prisonnières et prisonniers d’opinion ».

« Aujourd’hui, dans son dernier arrêt, la Cour européenne des droits de l’homme a établi de manière exhaustive que la détention d’Osman Kavala, qui dure depuis près de neuf ans, découle d’un procès aux motivations politiques », a déclaré Eve Geddie, directrice du bureau européen d’Amnesty International. « La Turquie a fait fi de deux arrêts contraignants rendus précédemment par la Cour dans cette affaire. Il faut mettre fin à cette entrave à la justice. Les autorités turques, notamment l’appareil judiciaire et le ministère public, devraient prendre des mesures afin de libérer Osman Kavala immédiatement et sans condition. »  

Le 25 avril 2022, dans le cadre de ce qui a été baptisé le « procès du parc Gezi », Osman Kavala a été condamné à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pour « tentative de renversement du gouvernement », aux côtés de coaccusés qui ont écopé de peines de 18 ans de prison pour « complicité dans la tentative de renversement du gouvernement » lors des manifestations de 2013. Les autorités turques devraient libérer immédiatement Osman Kavala et annuler sa condamnation, conformément aux obligations juridiques internationales de la Turquie et à la Constitution turque, ont déclaré les organisations.

Dans son dernier arrêt, la Cour européenne a examiné l’ensemble de la procédure relative à l’affaire Gezi, dans laquelle le ministère public avait faussement allégué que les manifestations pacifiques de 2013 au parc Gezi d’Istanbul constituaient une tentative de renversement du gouvernement. La Cour a évalué l’acte d’accusation, les chefs d’accusation, les prétendues preuves, le procès, les recours en appel et la condamnation à l’aune des garanties d’un procès équitable prévues par la Convention européenne des droits de l’homme. Elle a conclu que l’ensemble des motifs justifiant la privation de liberté d’Osman Kavala et sa condamnation finale constituait un « déni de justice flagrant ». La CEDH a également reconnu les défaillances structurelles qui compromettent l’indépendance et l’impartialité du pouvoir judiciaire en Turquie, et a ordonné que des mesures soient prises pour y remédier.

« La plus haute juridiction européenne en matière de droits de l’homme a confirmé sans l’ombre d’un doute que l’arrestation, la détention, les poursuites et la condamnation de Kavala dans le cadre du procès Gezi étaient motivées par des considérations politiques et entachées d’irrégularités de bout en bout », a déclaré Ayşe Bingöl Demir, directrice du Turkey Litigation Support Project. « Les défaillances systémiques qui ont rendu possibles les violations de ses droits depuis son arrestation en octobre 2017 ont été une nouvelle fois mises au jour. » 

C’est la troisième fois que la CEDH se prononce sur le cas d’Osman Kavala. En décembre 2019, la Cour avait estimé que sa détention violait son droit à la liberté et qu’elle poursuivait l’objectif inavoué de le réduire au silence en tant que défenseur des droits humains. La Cour avait ordonné sa libération immédiate. En juillet 2022, dans son deuxième arrêt sur cette affaire, la Cour a constaté que la Turquie avait manqué à son obligation de se conformer à l’arrêt de 2019. 

Le système encadré par la Convention européenne de protection des droits de l’homme est désormais confronté à un test décisif, ont déclaré les organisations. Malgré ces arrêts, le Conseil de l’Europe n’a toujours pas pris de mesures concrètes pour garantir que la Turquie se conforme aux arrêts de la Cour dans l’affaire Kavala. 

« La Turquie a été l’un des premiers États à adhérer au Conseil de l’Europe et à devenir partie à la Convention européenne des droits de l’homme, s’engageant ainsi à respecter et à protéger les droits qu’elle consacre et à appliquer les arrêts contraignants de sa Cour », a déclaré Temur Shakirov, directeur du programme Europe et Asie centrale à la Commission internationale des juristes. « Ce pays devrait désormais honorer ces obligations, et le Conseil de l’Europe doit agir pour s’assurer qu’elle le fasse. » 

Le Comité des ministres, organe décisionnaire du Conseil de l’Europe, est chargé de superviser l’exécution et le respect des arrêts de la Cour. Face à un manquement aussi grave et persistant, le Conseil de l’Europe, son Assemblée parlementaire et son secrétaire général devraient également prendre toutes les mesures nécessaires et utiliser tous les outils appropriés à leur disposition pour garantir l’exécution de ces arrêts, afin qu’Osman Kavala soit enfin libéré de prison. Le Conseil de l’Europe et ses États membres devraient prendre conscience des implications du non-respect de ces arrêts par la Turquie, qui constitue une grave menace pour l’efficacité et la crédibilité du système de la Convention.  

Les États membres du Conseil de l’Europe devraient également maintenir l’affaire Kavala au premier plan de leur agenda concernant la Turquie, et aborder la question du respect de ces arrêts en termes clairs et sans ambiguïté avec les autorités turques, notamment en formulant des demandes concrètes en faveur de la libération immédiate d’Osman Kavala.

« Osman Kavala est illégalement emprisonné depuis près de neuf ans », a déclaré Aisling Reidy, conseillère juridique senior à Human Rights Watch. « La Cour européenne des droits de l’homme a exigé à trois reprises sa libération immédiate. Il est essentiel que le Conseil de l’Europe et ses États membres agissent pour garantir que les arrêts de la Cour soient respectés, et qu’Osman Kavala soit enfin libéré. »

…………………

 

 

24.08.2026 à 18:04

Colombie : Les groupes armés intensifient le recrutement d’enfants

Human Rights Watch

Click to expand Image Un adolescent colombien âgé de 17 ans, recruté par le 33ème Front du groupe armé Estado Mayor de Bloques y Frentes ou EMBF (« État-major général des blocs et des fronts »), une faction dissidente issue du groupe armé FARC qui fut dissous en 2016, tenait son arme dans une forêt de la région de Catatumbo située dans la nord-est de la Colombie, près de la frontière avec le Vénézuéla.  © 2026 Federico Ríos Escobar Le recrutement d’enfants par des groupes armés en Colombie a fortement augmenté ces dernières années ; ces groupes exploitent la pauvreté, l’exclusion sociale et le manque d’éducation pour attirer les enfants avec des promesses d’argent, de pouvoir et de prestige, et recourent de plus en plus aux réseaux sociaux pour y parvenir.La Colombie a mis en place diverses politiques et stratégies visant à prévenir le recrutement d’enfants et les protéger, ainsi qu’à secourir ceux qui ont été recrutés, mais certaines mesures sont insuffisantes et leur mise en œuvre est souvent inadéquate. Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, et veiller à ce que les organismes chargés de la protection des enfants disposent des ressources et des capacités nécessaires pour lutter contre ce fléau.

(Washington) – Le recrutement d’enfants par les groupes armés en Colombie s’est intensifié en l’absence d’une réponse gouvernementale efficace, a déclaré Human Rights Watch dans un nouveau rapport publié aujourd’hui.

24 août 2026 “I Thought I’d Never See My Mom Again”

Ce rapport de 102 pages, intitulé « “I Thought I’d Never See My Mom Again”: Recruitment and Use of Children by Colombian Armed Groups » (« “Je pensais que je ne reverrais plus jamais ma mère” : Recrutement et utilisation d’enfants par les groupes armés colombiens »), examine les mécanismes du recrutement des enfants, les facteurs qui les exposent à ce risque, ainsi que les stratégies et les outils utilisés par les groupes armés, notamment via les réseaux sociaux, pour les recruter. Les chercheurs ont également analysé la réponse du gouvernement à ces abus, notamment ses lacunes à plusieurs égards : prévention du recrutement d’enfants et protection de ceux-ci, sauvetage d’enfants recrutés, aide à la réintégration de ceux qui ont été libérés, et poursuites judiciaires à l’encontre des responsables.

« En Colombie, des groupes armés recrutent des enfants en toute impunité, car les systèmes de protection sont défaillants et les plateformes de réseaux sociaux sont devenus un outil de recrutement plus efficace », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Chaque enfant recruté reflète l’échec du gouvernement. »

Au moins 1 500 enfants ont été recrutés depuis 2021, selon les données du Bureau du Médiateur colombien (Defensoría del Pueblo de Colombia) examinées par Human Rights Watch. Bien que l’on manque de données exhaustives, les chiffres officiels disponibles indiquent également une forte augmentation du nombre de cas depuis 2023. Les groupes armés dissidents issus des guérilleros démobilisés des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia, FARC) sont à l’origine de la grande majorité des cas signalés, et plus de la moitié de ces cas se concentrent dans le département de Cauca, situé dans le sud-ouest du pays. 

Les communautés autochtones représentent près de la moitié de l’ensemble des cas signalés, alors qu’elles ne constituent que 4 % de la population colombienne. Plus de 30 % des enfants recrutés avaient entre 10 et 14 ans ; leur recrutement est susceptible d’être considéré comme un crime de guerre, au regard du droit international.

Human Rights Watch a mené 184 entretiens avec des responsables gouvernementaux, des travailleurs humanitaires, des dirigeants autochtones et communautaires, des membres d’organisations de défense des droits humains et des droits de l’enfant, ainsi que des agents chargés de la protection de l’enfance ; l’organisation a également organisé des réunions de groupe, en personne et en ligne, avec des enfants ayant été victimes de recrutement ou exposés à ce risque.

Les chercheurs ont examiné plus de 70 témoignages et 40 publications sur des réseaux sociaux, tels que Facebook et TikTok, qui glorifiaient l’appartenance à des groupes armés et encourageaient les utilisateurs à les rejoindre. Ils ont également examiné et analysé des données provenant de nombreuses sources, notamment des institutions nationales et des collectivités locales. 

Les groupes armés et criminels ont tiré parti de la pauvreté, de l’exclusion sociale, de la violence domestique et des obstacles à l’éducation pour recruter des enfants en leur faisant miroiter le pouvoir, l’argent et le prestige. Les enfants sont également recrutés par l’intermédiaire de recruteurs civils qui reçoivent jusqu’à 1 000 dollars US par enfant. Le recrutement a parfois eu lieu dans des écoles rurales, y compris des internats.

Les groupes armés ont également tiré parti des réseaux sociaux pour glorifier la vie au sein de leurs rangs, proposer des offres d’emploi qui ne sont en réalité que des stratagèmes visant à recruter, et entrer en contact avec des enfants via des forums de discussion publics et des services de messagerie privée. Ces plateformes n’ont pas détecté, supprimé ou empêché efficacement ce type de contenu. Dans certains cas, leurs algorithmes semblaient même promouvoir ces publications, élargissant très probablement la portée des groupes armés. 

Human Rights Watch a contacté Meta (entreprise détentrice de Facebook) et ByteDance (TikTok) au sujet de ces constatations. Les deux plateformes ont indiqué que leurs politiques interdisent la diffusion de contenus qui promeuvent, soutiennent ou font l’éloge d’organisations violentes, y compris les groupes armés colombiens ; elles ont également précisé qu’elles disposaient de mécanismes pour empêcher la présence de tels contenus sur leurs plateformes et protéger les enfants. Toutes deux ont déclaré avoir supprimé les profils que Human Rights Watch leur avait signalés comme contenant des contenus explicites relatifs aux groupes armés, notamment des offres de recrutement.

Les groupes armés transfèrent fréquemment les enfants vers d’autres régions afin de les isoler, de rompre leurs liens familiaux et communautaires et de rendre leur fuite plus difficile. Dans certains cas, ils reçoivent une formation militaire. Dans d’autres, ils sont utilisés pour recueillir des renseignements, servir de messagers, prodiguer des soins médicaux, surveiller des otages, participer au trafic de drogue ou servir de gardes du corps aux commandants. Les filles sont particulièrement exposées aux violences sexuelles.

Human Rights Watch a constaté que les politiques et stratégies gouvernementales visant à prévenir le recrutement d’enfants, à protéger et à secourir les enfants, ainsi qu’à assurer le rétablissement et la réinsertion de ceux qui ont été libérés, présentent de graves lacunes.

La politique publique nationale de prévention, adoptée en 2018, est obsolète et ne s’accompagne ni d’un plan d’action clair ni d’un budget dédié. L’organisme chargé de coordonner la réponse gouvernementale, la Commission intersectorielle pour la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants et des adolescents, ainsi que de la violence sexuelle à leur encontre (Comisión Intersectorial para la Prevención del Reclutamiento, Uso, Utilización y Violencia Sexual contra Niños, Niñas y Adolescentes - CIPRUNNA), manque de moyens d’application et des ressources nécessaires pour mettre en œuvre les politiques au niveau local. Les autres initiatives gouvernementales ont une portée trop limitée et ne parviennent pas à faire face à l’ampleur croissante du problème.

Les pouvoirs publics colombiens, tant au niveau national que municipal, sont confrontés à des contraintes budgétaires et de capacités qui laissent de nombreux enfants sans protection. 

Les efforts du gouvernement en matière de prise en charge et de réinsertion des enfants libérés n’ont pas su s’adapter aux nouvelles réalités du paysage de la violence en Colombie et traitent les enfants de manière inégale selon la nature du groupe armé qui les victimise. Ceux qui ont été recrutés par des groupes considérés comme parties au conflit armé intègrent un programme spécialisé et peuvent prétendre à des réparations. Les enfants utilisés par des groupes armés considérés comme des organisations criminelles n’étant pas parties au conflit armé peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires ou être orientés vers un programme standard destiné aux enfants victimes d’abus.

En l’absence de mécanismes étatiques efficaces, des organisations communautaires locales, telles que les gardes non armés qui protègent les communautés autochtones, ont pris l’initiative de protéger et de soutenir les enfants, et de les soustraire aux groupes armés, mais au prix de risques considérables. Certains ont été tués en représailles.

Le système judiciaire a presque totalement failli à ses obligations envers les enfants victimes de recrutement. Au cours de la dernière décennie, environ 1 % des plaintes pénales concernant le recrutement d’enfants ont donné lieu à une enquête pénale, et seulement 0,2 % ont abouti à une condamnation, la plupart visant des auteurs de faible niveau.

Le nouveau gouvernement du président Abelardo de la Espriella devrait adopter une politique globale en matière de sécurité et de justice afin de mettre fin à ces graves violations des droits humains, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement colombien devrait veiller à ce que les organismes chargés de lutter contre le recrutement d’enfants, en particulier au niveau municipal, disposent de ressources et de personnel suffisants. Le gouvernement devrait également soutenir les organisations autochtones et d’autres dirigeants locaux, et collabore avec eux, afin de protéger les enfants dans toute la Colombie.

Les plateformes de réseaux sociaux devraient mettre en œuvre une diligence raisonnable en matière de droits humains afin d’identifier, d’évaluer, de prévenir, d’atténuer et de rendre compte des risques liés à leurs systèmes susceptibles de contribuer au recrutement et à l’utilisation d’enfants par des groupes armés. 

« Mettre fin au recrutement d’enfants exigera bien plus que la simple présence de soldats sur le terrain », a conclu Juanita Goebertus. « Les enfants exposés au risque d’être recrutés ont un besoin urgent de pouvoir poursuivre leurs études, puis de gagner leur vie. »

…………..

Articles

Le Monde  Sud-Ouest/AFP  TV5Monde  20Minutes/AFP

LaPresse.ca  LaLibre.be  Entrevue

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