23.07.2026 à 06:00
Human Rights Watch
(Nairobi) – Au Niger, la junte militaire a établi un régime autoritaire, démantelé les institutions démocratiques et intensifié la répression depuis sa prise du pouvoir il y a trois ans, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Le 26 juillet 2023, le général Abdourahamane Tiani et d’autres officiers de l’armée nigérienne ont renversé le gouvernement élu du président Mohamed Bazoum. Depuis lors, la junte a consolidé des pouvoirs étendus et incontrôlés, affaiblissant systématiquement les institutions susceptibles de demander des comptes aux autorités militaires. Au cours de l’année écoulée, les autorités militaires ont dissous tous les partis politiques et plusieurs syndicats indépendants, suspendu des dizaines d’organisations de la société civile, détenu des journalistes en vertu d’une loi très large sur la cybercriminalité, déchu des opposants politiques de leur nationalité, criminalisé les relations homosexuelles consenties, annoncé le retrait du Niger de la Cour pénale internationale (CPI) et prolongé la transition politique du pays sans aucune perspective d’élections démocratiques.
« Trois ans après le coup d’État, la junte nigérienne a élargi ses attaques contre les droits humains », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les chefs militaires ont étendu leur propre pouvoir tout en restreignant l’espace civique et en fermant les recours judiciaires pour les victimes. »
La junte continue de détenir arbitrairement l’ancien président Bazoum, son épouse, l’ancien ministre de l’Intérieur Hama Amadou Souley et Moussa Tiangari, un éminent défenseur des droits humains. Dans des avis publiés en février 2025 et en mai 2026, le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire a conclu que la détention de Mohamed Bazoum et Moussa Tiangari était arbitraire, en violation du droit international relatif aux droits humains, et a appelé les autorités à les libérer.
En mars, la junte a adopté un nouveau code de procédure pénale fixant la détention provisoire dans les affaires de terrorisme à 12 mois, renouvelable une fois. Alors que Moussa Tiangari est détenu depuis décembre 2024 pour des accusations liées au terrorisme, ses avocats ont déposé une demande de libération devant la cour d’appel le 19 juin. Bien que la loi exige que le tribunal statue dans les trois jours, aucune décision n’a été rendue. Une semaine plus tard, les autorités ont modifié la loi, prolongeant la période maximale de détention provisoire à quatre ans, renouvelable une fois.
« La coïncidence est trop grave pour être passée sous silence », a déclaré sur les réseaux sociaux Hamid Amadou N’gadé, ancien conseiller en communication du président Bazoum. « Une justice digne de ce nom ne change pas les règles après coup pour maintenir un citoyen en prison. » Les avocats de Moussa Tiangari soutiennent que la disposition révisée ne peut pas s’appliquer de manière rétroactive pour justifier son maintien en détention.
Les autorités militaires ont également adopté une série de mesures qui restreignent la liberté des médias et l’espace civique. Elles ont ciblé des journalistes pour avoir couvert ou relayé des sujets d’intérêt public en vertu d’une législation très large sur la cybercriminalité. En octobre 2025, à Niamey, la capitale, la police a arrêté les journalistes Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé, Ibro Chaibou, Souleymane Brah, Youssouf Seriba et Oumarou Kané après qu’ils aient diffusé sur les réseaux sociaux une invitation à un point presse sur un fonds de solidarité visant à collecter de l’argent pour les forces de sécurité de l’État. Les autorités les ont accusés de « complicité dans la diffusion de documents susceptibles de troubler l’ordre public », en vertu de la loi sur la cybercriminalité. En novembre, un tribunal a libéré Moussa Kaka, Abdoul Aziz Idé et Souleymane Brah sous caution et a maintenu Ibro Chaibou, Youssouf Seriba et Oumarou Kané en détention, ordonnant leur transfert à la prison de Kollo, en périphérie de Niamey. Youssouf Seriba et Oumarou Kané ont été libérés le 15 juillet, cependant Ibro Chaibou demeure en détention. La loi sur la cybercriminalité, modifiée par la junte en 2024, a réintroduit des peines d’emprisonnement et des amendes pour des troubles à l’ordre public définis dans un sens large.
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, tous deux ratifiés par le Niger en 1986, garantissent les droits à la liberté d’opinion et d’expression.
Les autorités ont également tenté de réprimer les critiques au-delà des frontières du Niger. Depuis la fin de l’année 2024, les autorités ont temporairement déchu au moins 18 figures de l’opposition en exil de leur citoyenneté nigérienne, sur le fondement d’une ordonnance de 2024 prévoyant la création d’une base de données nationale des personnes soupçonnées de terrorisme. En juin, les autorités ont révoqué la citoyenneté nigérienne de Mariama Djibrine, présidente d’une coalition de groupes d’opposition de la diaspora nigérienne, malienne et burkinabè qui plaide pour un retour à l’ordre constitutionnel dans les trois pays du Sahel. Ce mois-là, le ministre des Affaires étrangères a appelé les missions diplomatiques nigériennes à surveiller les critiques en ligne à l’égard des autorités militaires, démontrant une volonté de dissuader la diaspora de discuter de la situation des droits humains dans le pays.
En mars, le Niger a adopté un nouveau code pénal qui punit les relations homosexuelles consenties et les pratiques LGBT au sens large de 5 à 10 ans de prison et de lourdes amendes. Le mariage pour les personnes de même sexe est également passible de 10 à 20 ans d’emprisonnement, et les mêmes peines s’appliquent aux personnes qui facilitent, soutiennent, financent, mettent en place des organisations et des événements pour les personnes LGBT ou qui y participent.
Les médias internationaux ont rapporté que les forces de sécurité ont arrêté en juin au moins 16 personnes, y compris des hauts responsables au sein de la police, en vertu de la législation révisée. Au Niger, où les personnes LGBT sont déjà confrontées à la stigmatisation et à la discrimination, la criminalisation des relations homosexuelles a déjà des conséquences qui s’étendent au-delà des tribunaux. Plusieurs professionnels de santé communautaires ont raconté à Human Rights Watch qu’ils ont suspendu les activités de sensibilisation et de soutien pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes en raison de craintes de harcèlement ou de violences. La criminalisation par la junte des relations consenties entre personnes de même sexe enfreint ses obligations en vertu du droit régional et international relatif aux droits humains.
La situation sécuritaire dans le pays a continué de se dégrader. Les groupes armés islamistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique ont mené à plusieurs reprises des attaques meurtrières contre des civils dans la région occidentale de Tillabéri. Les forces de sécurité nigériennes ont répondu par des opérations de contre-insurrection violentes. En janvier, une frappe de drone militaire nigérien a tué au moins 17 civils sur un marché bondé dans l’ouest du Niger, en violation des interdictions de mener des attaques indiscriminées établies par le droit de la guerre.
Le retrait du Niger de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest en 2025, associé à son retrait de la CPI en juin, reflète une volonté plus large de la junte de restreindre les possibilités de responsabilisation au niveau régional et international.
Les relations internationales avec les autorités militaires nigériennes se sont souvent faites au détriment des droits humains. Certains gouvernements, dont les États-Unis, la Russie, la Turquie et l’Italie, ont donné la priorité à la coopération en matière de sécurité sans conditionner l’aide à des critères adéquats en matière de droits humains, malgré l’aggravation des violations commises par la junte.
Les Nations Unies n’ont pas systématiquement dénoncé les violations des droits humains commises par les autorités militaires nigériennes. Alors que l’ONU réexamine son approche de la région du Sahel, notamment à travers l’évaluation mandatée par le Secrétaire général António Guterres du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), les États membres de l’ONU devraient veiller à ce que la protection des droits humains et la reddition de comptes soient des piliers centraux de tout dialogue futur entre l’UNOWAS et le Niger, a déclaré Human Rights Watch.
« Les partenaires internationaux du Niger doivent se réengager pour faire face à l’intensification de la répression de la junte dans la quête de sécurité », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Ils devraient faire pression sur les autorités pour qu’elles respectent les droits fondamentaux, libèrent les personnes détenues arbitrairement, cessent de cibler les opposants politiques et les détracteurs et définissent une feuille de route crédible vers un régime civil. »
21.07.2026 à 21:40
Human Rights Watch
(Washington) – Les États-Unis et l’Équateur renforcent leur coopération en matière de sécurité dans un contexte marqué par de graves violations des droits humains commises par les forces équatoriennes, des attaques inexpliquées de drones contre des bateaux de pêche et la disparition de plusieurs pêcheurs, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. Le Congrès américain devrait examiner d’urgence ces incidents, ainsi que les relations générales entre l’Équateur et les États-Unis en matière de sécurité.
21 juillet 2026 A Dangerous PartnershipCe rapport de 94 pages, intitulé « A Dangerous Partnership: Abuses, Unanswered Questions, and US-Ecuador Security Cooperation » (« Un partenariat dangereux : abus, questions sans réponse et coopération en matière de sécurité entre les États-Unis et l’Équateur »), documente de graves violations des droits humains commises dans une communauté rurale à la frontière entre la Colombie et l’Équateur, ainsi que des attaques contre des pêcheurs et la disparition de ces derniers en mer, près des îles Galápagos. Chaque incident met clairement en cause le partenariat de sécurité entre les États-Unis et l’Équateur ou soulève des questions quant à la responsabilité. Les forces équatoriennes ont torturé et détenu arbitrairement quatre ouvriers agricoles, puis ont incendié et attaqué une exploitation laitière, au cours de ce que les États-Unis ont qualifié d’« opération conjointe ». De plus, des drones d’origine inconnue ont attaqué deux bateaux de pêche, blessant plusieurs membres d’équipage. Un troisième bateau est toujours porté disparu.
« La coopération entre les États-Unis et l’Équateur en matière de sécurité a été trop opaque et trop dangereuse pour les Équatoriens », a déclaré Juanita Goebertus, directrice de la division Amériques à Human Rights Watch. « Avant que d’autres dommages ne soient causés, le Congrès américain devrait exiger des réponses concrètes et des garanties efficaces. »
Ces derniers mois, les États-Unis et l’Équateur ont chacun pris des mesures visant à affaiblir les garanties en matière de droits humains relatives à l’usage de la force contre le crime organisé et se sont rendus coupables d’actes illégaux, notamment de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires ; les deux pays ont cherché à justifier ces actions en présentant de manière erronée leurs efforts de lutte contre le trafic de drogue et le crime organisé comme une sorte de conflit armé.
Entre mars et juin 2026, les chercheurs ont mené des entretiens avec 62 personnes, parmi lesquelles des victimes d’exactions commises lors d’une attaque contre un village rural et des pêcheurs dont les bateaux ont été pris pour cible, ainsi que des avocats, des témoins, des membres des communautés touchées et d’autres personnes. Les chercheurs ont examiné et analysé plus de 100 photographies et vidéos fournies par des avocats et des personnes interrogées ou publiées en ligne sur les réseaux sociaux, ainsi que des images satellite, des données de suivi des navires, des données de détection d’incendies, des dossiers médicaux et des documents judiciaires.
Human Rights Watch a demandé aux gouvernements équatorien et américain des informations sur ces incidents, mais n’a reçu aucune réponse.
Depuis l’entrée en fonction du président Donald Trump et la réélection du président équatorien Daniel Noboa en 2025, la coopération en matière de sécurité entre les deux gouvernements s’est renforcée, avec pour objectifs déclarés de lutter à la fois contre la recrudescence de la violence en Équateur et contre le crime organisé dans toute la région. Les États-Unis sont devenus un partenaire clé de la réponse sécuritaire de l’Équateur, fournissant du matériel, des formations, des renseignements et un soutien militaire direct.
Entre le 1er et le 6 mars, les forces armées équatoriennes ont mené une série d’opérations conjointes avec les États-Unis dans la communauté de San Martín, une localité rurale située à la frontière entre la Colombie et l’Équateur. Des soldats équatoriens ont incendié trois propriétés, ont ensuite bombardé deux d’entre elles à l’aide de munitions larguées par voie aérienne, et ont arbitrairement détenu et torturé quatre ouvriers d’une exploitation laitière.
« Ils m’ont torturé à l’électricité, avec un Taser », a déclaré l’un des hommes à Human Rights Watch. « Ils m’ont aspergé d’eau puis m’ont électrocuté, et je me suis évanoui. J’ai perdu connaissance au moins deux fois. »
Les autorités équatoriennes et américaines ont toutes deux déclaré qu’il s’agissait d’une opération menée en partenariat. Les autorités équatoriennes ont indiqué que l’opération visait les installations des « Comandos de la Frontera » (Commandos de la frontière), un groupe armé qui opère depuis des années des deux côtés de la frontière, et que les quatre hommes avaient été placés en détention « à des fins d’enquête » en raison de liens présumés avec ce groupe. Le chef du Commandement Sud des États-Unis, le général Francis L. Donovan, a salué cette opération, déclarant devant la commission des forces armées du Sénat américain qu’elle avait été « menée avec professionnalisme ».
Human Rights Watch n’a toutefois trouvé aucune preuve crédible indiquant que les trois propriétés détruites avaient un quelconque lien avec des groupes armés criminels. D’après l’examen de photographies, de vidéos, d’images satellite, de registres fonciers et de reçus commerciaux, ainsi que d’entretiens avec les propriétaires des lieux, des riverains et d’autres personnes, l’une des propriétés incendiées puis frappée semblait être une exploitation laitière, tandis que les deux autres semblaient être abandonnées depuis des années. Les hommes placés en détention n’avaient pas de casier judiciaire, et le parquet n’a pas engagé de poursuites, les soldats n’ayant fourni aucune preuve à leur encontre.
Entre janvier et mars, les navires de pêche La Negra Francisca Duarte II et le Don Maca ont été attaqués dans le Pacifique oriental. Un troisième navire, le Fiorella, a disparu le 20 janvier avec huit membres d’équipage à son bord.
Les 17 et 26 mars, des membres d’équipage de La Negra Francisca Duarte II et du Don Maca, respectivement, ont déclaré avoir été attaqués par des drones armés. Les survivants ont déclaré que des ressortissants américains armés, vêtus d’uniformes de style militaire arborant des insignes du drapeau américain, les avaient placés en détention à bord d’un navire bleu et blanc situé à proximité, avant de les remettre aux garde-côtes salvadoriens. Les autorités salvadoriennes les ont ensuite autorisés à retourner en Équateur. Au moins quatre membres d’équipage ont été grièvement blessés lors des frappes de drones.
Les membres d’équipage du Don Maca ont déclaré qu’après l’attaque de leur navire, un bateau battant pavillon américain s’était approché d’eux. « Vous êtes combien ? Combien de morts ? Combien de blessés ? », leur a demandé un homme, selon leurs dires. Les survivants ont indiqué avoir embarqué à bord de ce navire tandis que des agents parlant anglais pointaient des « armes longues » dans leur direction.
Le ministère américain de la Défense et la Garde côtière ont nié toute responsabilité dans les attaques contre les bateaux La Negra Francisca Duarte II et Don Maca, ainsi que dans la disparition du bateau Fiorella. Cependant, les recherches menées par Human Rights Watch, notamment des entretiens avec 13 survivants, indiquent que les autorités américaines ont très probablement été impliquées d’une manière ou d’une autre dans ces attaques, ou en avaient connaissance. D’autres éléments de preuve examinés concordaient largement avec les témoignages des membres d’équipage.
Malgré d’importants efforts de vérification et de multiples demandes de renseignements adressées aux autorités équatoriennes et américaines, de nombreuses questions concernant ces incidents restent sans réponse, notamment le sort réservé à l’équipage du Fiorella.
Le Congrès américain devrait exiger de l’administration Trump des réponses claires aux nombreuses questions entourant sa coopération en matière de sécurité avec l’Équateur. Il devrait également examiner s’il existe des garanties appropriées, compte tenu du nombre croissant de violations des droits humains sous l’administration Noboa. Le gouvernement équatorien devrait par ailleurs réévaluer sa conclusion selon laquelle il existe un « conflit armé » dans le pays et concentrer ses efforts sur le renforcement des capacités du secteur judiciaire pour lutter contre le crime organisé.
« Les opérations de sécurité conjointes contre le crime organisé ne devraient pas servir de prétexte à des abus », a conclu Juanita Goebertus.
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Articles
LaPresse.ca
20.07.2026 à 06:00
Human Rights Watch
« Dans le rap, je ferai un coup d'État
Avec mes potes pleins de rancune, forcément, leur vie n’est que tempête…
Allez-y, emmenez-moi — bandez-moi les yeux,
rouvrez Tazmamart, et jetez-moi dedans. »
Dans ces paroles mordantes, la star marocaine du rap Mehdi Lyoubi, 34 ans, connu sous le nom d’artiste Mehdi Black Wind, évoquait le bagne infamant de Tazmamart où furent incarcérés dans des conditions atroces, du milieu des années 1970 jusqu'au début des années 1990, des accusés de complot contre la monarchie.
Click to expand Image Mehdi El Youbi. © Mehdi El Youbi/FacebookQuand, le 15 juillet, un juge marocain a ordonné la détention de Lyoubi, ce n'est pas à Tazmamart qu'il l'a envoyé mais à la prison d'Oukacha, à Casablanca – dans l’attente, d’après son avocate, de son procès pour outrage au roi ou au prince héritier, une infraction passible d’un maximum de quatre ans de prison.
L'arrestation de Lyoubi était intervenue peu après celle du célèbre journaliste marocain Ali Lmrabet, le 12 juillet, à l'aéroport de Tanger. Détenu en garde à vue pendant trois jours avant d'être libéré à la suite d’un tollé international, Lmrabet a déclaré avoir été interrogé au sujet de critiques formulées, dans le podcast qu’il anime, contre de très hauts responsables marocains.
Lyoubi a été intercepté à l'aéroport de Rabat le 10 juillet, alors qu'il s'apprêtait à embarquer pour Marseille, en France, où il réside. L'informant qu'il était interdit de quitter le territoire, la police lui avait ordonné, selon son épouse, de se présenter au commissariat de Salé, sa ville natale. Le lendemain, audit commissariat, il a reçu une convocation de la Brigade Nationale de la Police Judiciaire (BNPJ), une unité qui traite d’affaires de terrorisme et, parfois, de cas de journalistes critiques envers le pouvoir.
Lundi 13 juillet, au siège de la BNPJ à Casablanca, Lyoubi a été placé en garde à vue pendant deux jours, avant de comparaître le mercredi suivant auprès d’un procureur, puis d’être immédiatement déféré devant un tribunal. Un juge a alors ordonné sa détention provisoire dans l'attente de son procès, dont la prochaine audience est prévue le 22 juillet.
Lyoubi s'est fait connaître dans le sillage des soulèvements du « Printemps Arabe », en 2011. En 2025, il a exprimé son soutien aux jeunes marocains de la GenZ, qui dénonçaient les dépenses gouvernementales faramineuses dans les infrastructures sportives, les comparant à l’état désastreux des secteurs publics de l'éducation et de la santé. La police avait répondu par la violence, ce qui avait causé trois morts et des centaines d'arrestations parmi les manifestants.
Le rap de Lyoubi, tout comme le journalisme de Lmrabet, est critique et tape fort. Mais critiquer des responsables publics relève de la liberté d’expression, protégée par le droit international. Lyoubi devrait être libéré immédiatement, et toutes les charges retenues contre lui devraient être abandonnées.
17.07.2026 à 00:01
Human Rights Watch
(La Haye, 16 juillet 2026) – La confirmation par la Cour pénale internationale (CPI) des accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité portées contre le suspect libyen Khaled Mohamed Ali El Hishri est la première décision de ce type après 15 ans d’enquête et constitue une étape importante pour la justice en Libye, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.
Le 16 juillet, un collège de trois juges d'instruction de la CPI a confirmé à l'unanimité les charges retenues contre El Hishri pour 17 chefs d'accusation de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment pour actes de torture, viol, violences sexuelles, meurtre, réduction en esclavage et persécution, qui auraient été commis contre des détenus de la prison de Mitiga à Tripoli depuis 2015. Les juges ont estimé qu'il existait des motifs substantiels de croire qu'El Hishri avait commis ces crimes et ils ont décidé de le renvoyer en procès. Un autre collège de juges annoncera ultérieurement la date d'ouverture du procès.
« La décision de la CPI de renvoyer sa première affaire libyenne en procès ouvre une porte attendue depuis longtemps vers la justice pour les victimes du système de détention abusif libyen », a déclaré Alice Autin, chercheuse auprès du programme Justice internationale au sein de Human Rights Watch. « Les autorités libyennes devraient soutenir la procédure et livrer à la Cour les suspects encore présents en Libye, démontrant ainsi qu’elles sont de véritables partenaires dans la lutte contre l’impunité qui continue d’alimenter les atrocités à travers le pays. »
La décision de confirmer les accusations fait suite à une audience qui s'est tenue du 19 au 21 mai, au cours de laquelle les juges de la mise en état ont entendu le parquet, l'avocat de la défense d'El Hishri et les représentants des victimes afin de déterminer s'il convenait de renvoyer l'affaire en procès. Le parquet a présenté des éléments de preuve à l’appui de 17 chefs d’accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, qui pourraient concerner des crimes commis contre plus de 900 détenus incarcérés à la prison de Mitiga lorsque El Hishri en avait le contrôle. Le parquet a indiqué que ces listes n'étaient pas exhaustives et qu'il pourrait chercher à présenter des preuves d'autres incidents ainsi que de victimes supplémentaires dans le cadre des accusations confirmées lors du procès.
La décision intégrale de confirmation des charges contre El Hishri est susceptible d'appel avec l'autorisation de la chambre préliminaire.
Avant l'audience de confirmation des charges, El Hishri a contesté la compétence de la Cour, arguant que la déclaration déposée par le gouvernement libyen en mai 2025 –– reconnaissant la compétence de la Cour pour la période 2011-2027 –– était invalide et que la résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies renvoyant la situation de la Libye au procureur de la CPI ne s'appliquait pas à son affaire. Le 15 juillet, les juges ont rejeté le recours et confirmé la compétence du tribunal sur l'affaire.
Les autorités allemandes ont arrêté El Hishri en juillet 2025 et l'ont transféré à la CPI en décembre, à la suite des procédures nationales requises. Il est détenu à La Haye depuis lors. La CPI a émis des mandats d'arrêt internationaux contre 14 personnes dans le cadre de l'enquête sur la Libye, dont El Hishri. Quatre d'entre elles sont décédées ou ont été tuées, et huit autres sont toujours en fuite, notamment dans l'est et l'ouest du pays tandis qu’un nombre indéterminé seraient détenues en Libye. Une affaire a été déclarée irrecevable devant la CPI.
En vertu de la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui a saisi la procureure de la CPI de la situation en Libye et de la déclaration des autorités libyennes de 2025 acceptant la compétence de la Cour pour la période 2011-2027, les autorités libyennes ont l'obligation de coopérer pleinement avec la Cour. Cela implique notamment d'arrêter les personnes recherchées par la Cour qui se trouvent en Libye et de les extrader vers La Haye. Comme l’a récemment souligné le procureur adjoint de la CPI lors d’entretiens avec le Conseil de sécurité de l’ONU, la coopération de la Libye avec la Cour a été largement insuffisante. Certaines autorités libyennes se sont ouvertement opposées, par principe, au jugement de Libyens hors de Libye et ont remis en question la nécessité de l’implication de la CPI dans certaines enquêtes menées dans le pays.
La CPI est une juridiction de dernier recours qui n'intervient que lorsque les autorités nationales ne sont ni disposées ni capables d'enquêter sur des crimes graves relevant de sa compétence et de les poursuivre. Les autorités libyennes ne peuvent pas se contenter d'affirmer qu'elles préfèrent traiter les affaires au niveau national pour éviter de coopérer avec la CPI. Les autorités nationales et les personnes recherchées par la Cour peuvent contester la recevabilité de certaines affaires devant la CPI, mais elles doivent prouver l'existence de véritables procédures nationales visant à la fois la même personne et les mêmes faits que ceux poursuivis par la CPI.
Les autorités de l'ouest de la Libye auraient arrêté au moins deux suspects recherchés par la CPI pour des crimes graves commis à Tarhouna, sur la base d'enquêtes nationales. Elles auraient également arrêté Osama Elmasry Njeem, recherché par la CPI pour des crimes graves qui auraient été commis à Mitiga et désigné comme l'un des complices d'El Hishri, et l'auraient placé en détention provisoire. Le lieu et l'heure exacte de son arrestation n'ont pas été rendus publics. Le bureau du procureur de la CPI a indiqué n'avoir reçu aucune confirmation du procureur général libyen concernant l'arrestation de Njeem et l'enquête connexe ; d'autres sources ont indiqué que Njeem ne se trouve pas actuellement en détention.
Njeem a été arrêté en Italie en janvier 2025, mais a été libéré deux jours plus tard pour « vice de procédure » et renvoyé en Libye. En octobre, les juges de la CPI ont estimé que l'Italie avait manqué à son obligation de coopérer avec la Cour en ne livrant pas Njeem et, en janvier 2026, ont saisi les États membres de la Cour pour la suite de la procédure. Njeem a contesté les accusations portées contre lui par la CPI, affirmant que la Cour n'a aucune compétence en la matière et que les procédures en cours en Libye couvrent en grande partie les faits pour lesquels il est recherché par la CPI. Le recours est en cours d’instruction devant les juges de la CPI. Par ailleurs, la Libye reste tenue de livrer Njeem à la Cour.
Le 21 juin, un tribunal pénal de Tripoli a condamné Njeem à sept ans et quatre mois de prison pour des chefs d'accusation incluant la torture et des traitements cruels infligés à des détenus à la prison de Mitiga. Human Rights Watch n'a pas suivi la procédure, mais il semble que la condamnation nationale ne traite que partiellement des faits reprochés par l'accusation devant la CPI. Selon les informations disponibles, la procédure concernait des mauvais traitements infligés à dix détenus et un décès dû à la torture. Le mandat d'arrêt de la CPI l'accuse de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité, notamment du meurtre d'au moins 34 détenus.
Human Rights Watch a constaté qu'une justice crédible en Libye reste hors de portée en l’absence de réformes substantielles, notamment un cadre juridique adéquat pour enquêter sur les crimes internationaux graves et les poursuivre.
En mai 2026, une cour d'appel de Tripoli a acquitté Abdullah al-Senussi, ancien chef des renseignements sous Kadhafi, de toutes les charges retenues contre lui en lien avec la révolution de 2011, notamment le meurtre de manifestants. En 2014, les juges de la CPI avaient déclaré l'affaire contre Abdullah al-Senussi irrecevable devant la Cour au motif que la Libye menait une véritable enquête à son sujet, malgré de graves irrégularités dans la procédure nationale. Ce verdict, rendu à l'issue d'une procédure profondément viciée, rappelle que les autorités judiciaires libyennes sont à la fois incapables et peu disposées à juger véritablement les responsables de crimes graves et que le système judiciaire libyen demeure inadapté pour poursuivre les crimes internationaux graves, selon Human Rights Watch.
« La Libye ne devrait pas protéger les fugitifs recherchés par la CPI, au mépris de ses obligations internationales », a conclu Alice Autin. « En l'absence de signes d'amélioration du système judiciaire libyen, profondément défaillant, la CPI reste essentielle pour rendre justice aux victimes de crimes graves commis dans le pays depuis 2011. »
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16.07.2026 à 08:00
Human Rights Watch
(Bruxelles) – L’Union européenne (UE) et ses États membres devraient dénoncer publiquement les violations des droits humains en Tunisie et cesser de financer les mesures abusives de contrôle des migrations, ont déclaré 46 organisations de défense des droits humains et d’aide humanitaire dans une déclaration conjointe publiée aujourd’hui. Cette déclaration est publiée trois ans après la signature, le 16 juillet 2023, d’un Mémorandum d’entente entre l’UE et la Tunisie, motivé en grande partie par la volonté d’obtenir la coopération de la Tunisie pour empêcher le départ irrégulier vers l’Europe d’embarcations transportant des migrants et des demandeurs d’asile.
16 juillet 2026 « Un modèle de complicité » - Trois ans après sa signature, l’accord UE-Tunisie continue d’alimenter des violations des droits humainsDéclaration conjointe de 46 organisations de défense des droits humains et organisations humanitaires
Ce Mémorandum d’entente a alimenté et normalisé de graves violations des droits humains en Tunisie. Dans certains cas, ces exactions ont entraîné des décès. La poursuite de la coopération en matière de migration avec la Tunisie rend l’UE complice des violations des droits commises par les forces de sécurité tunisiennes, ont déclaré ces organisations. Dans le cadre du volet « migration » du Mémorandum, l’UE et ses États membres ont débloqué 105 millions d’euros pour financer des opérations d’interception en mer et de contrôle des frontières en Tunisie. Au moins 65 millions d'euros ont déjà été alloués à la formation et à l’équipement d’entités coupables d’abus, notamment les garde-côtes tunisiens et le Centre tunisien de coordination des secours maritimes.
« Des personnes que nous avons secourues en mer ont raconté à notre équipage des récits poignants de tortures, de violences sexuelles et d’insultes racistes subies en Tunisie », a déclaré Marie Michel, experte en politiques migratoires à SOS Humanity. « La garde côtière tunisienne, soutenue par l’UE, agit violemment contre des personnes en détresse en mer, et les soumet de force à un système d’abus avec un risque élevé d’être envoyé dans le désert, ou de devenir victime de traite vers la Libye. Avec chaque euro versé aux forces de sécurité responsables, l’UE renforce un système d’abus à l’encontre de personnes ayant besoin de protection. »
Depuis la signature de l’accord, des organes des Nations Unies, des organisations de défense des droits humains et des associations humanitaires ont documenté de graves violations des droits humains commises par les forces de sécurité tunisiennes à l’encontre de réfugiés, de demandeurs d’asile et de migrants, notamment des comportements imprudents et violents lors d’interceptions en mer ; des détentions arbitraires ; des actes de torture et autres mauvais traitements, y compris des violences à caractère sexuel ; ainsi que des expulsions collectives vers les pays voisins.
La rhétorique raciste et les pratiques discriminatoires des responsables tunisiens à l’encontre des Africains noirs, y compris des ressortissants tunisiens, ont attisé la violence raciste et le profilage racial. Les autorités tunisiennes ont pris pour cible des organisations de la société civile fournissant une aide essentielle aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, notamment par le biais d’arrestations et de poursuites judiciaires. Elles ont suspendu les activités d’asile et les procédures de détermination du statut de réfugié du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) depuis juin 2024, supprimant de fait l’accès à l’asile dans le pays.
« Depuis le discours présidentiel présentant la migration comme un “plan criminel visant à modifier la composition démographique de la Tunisie”, qui a précédé la signature du protocole d’accord, nos mécanismes d’aide juridique ont enregistré une forte augmentation des demandes émanant de migrants et de demandeurs d’asile », a déclaré Emma Cabrol, directrice régionale pour la région euro-méditerranéenne à Avocats Sans Frontières. « Ces demandes émanent généralement de personnes arrêtées lors d’opérations de sécurité de grande envergure au cours desquelles leurs droits n’ont pas été respectés, de personnes expulsées de force de leur domicile ou victimes d’abus de la part de particuliers, ainsi que de demandeurs d’asile confrontés à de sérieux obstacles pour accéder à la protection. »
Elle a poursuivi : « Les témoignages que nous recueillons dans le cadre de notre aide juridique révèlent des niveaux sans précédent de violence et de vulnérabilité subis par les migrants en Tunisie, tant de la part d’acteurs étatiques que non étatiques. Face aux obstacles croissants en matière de logement, d’emploi et de voies de sortie sûres du pays, de nombreux migrants décrivent leur situation comme une prison à ciel ouvert. »
Malgré les graves préoccupations et les recommandations formulées par la Médiatrice européenne et la Cour des comptes européenne en 2024, la Commission européenne n’a pas démontré que la poursuite du financement, de la formation, de la fourniture d’équipements et du soutien opérationnel aux autorités tunisiennes était conforme aux obligations juridiques de l’UE et aux garanties prévues dans ses instruments de financement, ont déclaré ces organisations.
La coopération en matière de migration ne devrait pas être considérée indépendamment du contexte des droits humains en Tunisie, ont déclaré les organisations. Les mêmes institutions de l’État tunisien, soutenues par des fonds de l’UE et chargées du contrôle des frontières et de l’application de la législation en matière d’immigration — notamment la Garde nationale tunisienne et la police — sont également impliquées dans la répression en cours contre la dissidence, l’atteinte à l’indépendance judiciaire et la criminalisation des organisations non gouvernementales depuis la confiscation des pouvoirs par le président Kais Saied en 2021.
Les autorités tunisiennes ont intensifié les violations commises à l’encontre des opposants politiques, des journalistes, des avocats et des organisations de la société civile — notamment par le biais d’arrestations arbitraires, de placements en détention, d’enquêtes pénales, de restrictions administratives et d’autres formes de répression.
En février 2026, l’UE a ajouté la Tunisie à sa liste d’États qualifiés de « pays d’origine sûrs » malgré les conclusions d’experts des Nations Unies, d’Amnesty International, de Human Rights Watch, de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et d’enquêtes journalistiques indépendantes selon lesquelles la Tunisie ne constitue pas un « pays sûr » en vertu du droit international.
La poursuite de la coopération de l’UE en matière de migration, en l’absence de garanties efficaces, s’inscrit dans un système plus large de gouvernance autoritaire et risque de le renforcer et de le perpétuer, ont déclaré les organisations de défense des droits humains et humanitaires.
« L’UE ne peut pas prétendre défendre les droits humains tout en renforçant sa coopération avec les autorités tunisiennes responsables de la répression de la dissidence et des abus commis à l’encontre des migrants », a déclaré Friederike Mager, coordinatrice senior du plaidoyer auprès de l’UE, à Human Rights Watch. « Trois ans après son accord contestable avec la Tunisie, l’UE devrait dénoncer ces violations et placer les droits humains – et non le contrôle des migrations – au cœur de ses relations avec ce pays, avec des critères clairs et des conséquences réelles si les abus persistent. »
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16.07.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Kiev, 16 juillet 2026) – Dans les territoires ukrainiens occupés, les autorités russes forcent les enfants ukrainiens à intégrer un système scolaire qui viole leur droit à l’éducation et semble conçu pour détruire leur identité nationale ukrainienne, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Ce système éducatif calque le programme scolaire national russe et exclut l’enseignement en ukrainien. Les autorités d’occupation surveillent et sanctionnent les enfants qui suivent des cours en ligne dans des écoles ukrainiennes, obligent les élèves à obtenir des passeports russes pour obtenir leur diplôme, endoctrinent les enfants à l’aide de propagande anti-ukrainienne et de cours à caractère militariste, et poussent les garçons a s’enregistrer auprès de l’armée russe, en vue de leur conscription. On estime à 1,6 million le nombre d’enfants, dont 600 000 en âge scolaire, qui se trouvent toujours sur les territoires ukrainiens occupés par la Russie.
« La Russie utilise les écoles pour inculquer aux enfants ukrainiens la loyauté envers le Kremlin, glorifier l’invasion russe et les préparer à partir en guerre contre leur propre peuple », a déclaré Bill Van Esveld, directeur adjoint de la division Droits des enfants à Human Rights Watch. « Les autres gouvernements devraient évoquer ces abus parmi les priorités lors de leurs discussions avec la Russie ; et l’Ukraine et ses partenaires devraient renforcer le soutien apporté aux enfants revenus des territoires occupés, en matière d’éducation et de santé mentale. »
Les autorités russes et leurs mandataires dans les zones occupées d’Ukraine imposent systématiquement les lois, les structures administratives et les institutions russes, remplaçant ainsi les lois ukrainiennes en violation du droit international humanitaire régissant l’occupation. Elles obligent les Ukrainiens, y compris les enfants, à obtenir des passeports russes pour interagir avec les autorités d’occupation et, en fin de compte, pour rester chez eux. Cela viole le droit des enfants à préserver leur identité et leur nationalité, garanti par le droit international des droits humains.
En octobre et novembre 2025, Human Rights Watch a mené des entretiens avec cinq enfants, âgés de 11 à 17 ans, qui avaient quitté les zones occupées ; trois jeunes adultes ayant fréquenté l’école sous l’occupation russe ; 26 enseignants dont les élèves se trouvent en territoire occupé ; la médiatrice ukrainienne chargée de l’éducation ; trois psychologues ; et huit membres du personnel d’organisations de la société civile ukrainiennes apportant leur aide à l’évacuation et à la réintégration, notamment Almenda, GenUkrainian, Save Ukraine, Voices of Children et le Réseau ukrainien pour les droits de l’enfant. Human Rights Watch a également rencontré des représentants de l’initiative ukrainienne « Bring Kids Back ».
Des enfants, des parents et des psychologues ont raconté que des hommes armés se rendaient dans les foyers ou y faisaient irruption pour saisir des ordinateurs et des téléphones afin de rechercher du matériel scolaire ukrainien en ligne, et menaçaient d’envoyer les enfants dans des institutions résidentielles s’ils n’étaient pas inscrits dans des écoles gérées par les Russes. Dans un cas survenu en 2023 dans une école gérée par les Russes, un garçon de 12 ans chez qui des ressources scolaires ukrainiennes en ligne avaient été trouvées sur son téléphone a été envoyé dans le bureau du directeur, a déclaré son professeur d’ukrainien. Lorsque des soldats russes armés se sont présentés dans ce bureau, le garçon a fait une « crise de nerfs » nécessitant des soins médicaux, et les autorités ont ensuite régulièrement perquisitionné le domicile de sa famille.
Le contrôle de l’Internet exercé par les autorités russes a également rendu l’enseignement en ligne ukrainien plus difficile et plus dangereux. Depuis 2025, les autorités ont bloqué les applications de messagerie telles que WhatsApp, restreint l’accès à YouTube et Telegram, et imposé l’utilisation d’applications développées en Russie qui pourraient intégrer des moyens de surveillance selon les craintes de parents ukrainiens. Selon les données du gouvernement ukrainien, environ 12 000 élèves des zones occupées ont abandonné les cours en ligne d’écoles ukrainiennes entre les années scolaires 2024-2025 et 2025-2026.
Les enseignants sont de plus en plus tenus de diffuser les discours officiels russes et s’exposent à des risques professionnels s’ils s’en écartent, ont déclaré les agences des Nations Unies chargées des droits de l’homme et leurs Rapporteurs. Les écoles gérées par la Russie obligent les enfants à chanter l’hymne national russe, à réciter des poèmes patriotiques russes, à écrire des lettres et à faire des dessins pour les soldats russes, ainsi qu’à assister à des cours intitulés « Conversations sur les choses importantes » qui promeuvent les discours de l’État russe.
Les enfants ont rapporté que leurs enseignants affirmaient que l’État et l’identité ukrainiens n’existaient pas, que l’Ukraine était « dirigée par des nazis », et justifiaient l’invasion russe. Les cours encouragent la loyauté envers l’État russe, la confiance dans ses dirigeants et le respect pour ceux qui combattent dans la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine. Les manuels d’histoire contiennent des discours ouvertement anti-ukrainiens.
Le personnel scolaire russe a fait pression sur les élèves ou leur a imposé de rejoindre des organisations de jeunesse soutenues par l’État, qui combinent formation idéologique et éléments de militarisation, ainsi que de participer à des camps militarisés. Les enfants ont été formés au maniement d’armes automatiques, de drones, de mines terrestres et de grenades à main. Dans certains cas, les écoles des zones occupées servent de porte d’entrée vers le système militaire russe, facilitant l’enregistrement militaire et, à terme, la conscription.
Human Rights Watch a précédemment dénoncé la mainmise coercitive de la Russie sur les systèmes éducatifs lors de son occupation de certaines zones de Kharkiv, que les forces ukrainiennes ont reprises vers le début de l’année scolaire 2022-2023.
Le droit international des droits humains garantit aux enfants un droit à l’éducation qui respecte leur langue, leur culture et leurs valeurs nationales, et l’article 8 de la Convention relative aux droits de l’enfant dispose que les États doivent respecter le droit de l’enfant à son identité, y compris sa nationalité, et s’abstenir de toute ingérence illégale à cet égard. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques interdit la propagande en faveur de la guerre.
Le droit international humanitaire interdit à une puissance occupante de contraindre les résidents du territoire occupé à servir dans ses forces armées ou d’utiliser la pression ou la propagande pour obtenir leur enrôlement. Les violations de ces interdictions constituent des infractions graves au droit de la guerre et peuvent constituer des crimes de guerre. Le droit international humanitaire interdit également à une puissance occupante de modifier les lois en vigueur sur le territoire occupé, ce que les autorités russes ont fait en ce qui concerne la loi ukrainienne sur l’éducation. Toute force d’occupation est tenue de « faciliter le bon fonctionnement » des établissements scolaires en coopération avec « les autorités nationales et locales ».
Les enfants qui parviennent à revenir sur le territoire contrôlé par l’Ukraine présentent souvent des signes d’anxiété et de traumatisme, ont indiqué des psychologues. L’un d’entre eux a cité l’exemple d’un garçon qui a commencé à avoir des crises d’épilepsie alors qu’il vivait sous l’occupation, qu’il trouvait « accablante ». Le garçon et sa famille ont fui la zone occupée où ils se trouvaient, suite aux menaces des autorités d’occupation après qu’il eut chanté l’hymne ukrainien à l’école.
Le gouvernement ukrainien fournit aux enfants évacués des zones occupées par la Russie une aide à la réinstallation, des soins médicaux, des documents officiels, des évaluations et des plans de traitement. Cependant, la prise en charge ultérieure dépend des autorités locales, qui sont confrontées à des difficultés financières.
Des associations de la société civile et des enseignants ont exhorté le ministère ukrainien de l’Éducation à renforcer le soutien à la réintégration de ces enfants, notamment par le biais de cours de rattrapage, d’un enseignement de la langue ukrainienne, d’un accompagnement psychologique pour les élèves et les enseignants, ainsi que par la formation des enseignants afin de contrer la propagande russe et de prévenir le harcèlement dont sont victimes les enfants qui parlent russe ou reprennent les discours appris dans les écoles gérées par la Russie. Les médiateurs ukrainiens ont appelé à la mise en place de procédures permettant de reconnaître les études secondaires achevées sous l’occupation, ainsi qu’à la mise en place d’actions de sensibilisation auprès des élèves vivant sous l’occupation concernant leur inscription dans les universités ukrainiennes.
Les gouvernements et les organisations qui soutiennent l’Ukraine devraient accroître leur aide financière afin de renforcer le système éducatif, et de soutenir les enfants et les enseignants ayant pu revenir des zones occupées.
« Les exactions commises par la Russie à l’encontre des enfants ukrainiens ont été largement condamnées, mais les enfants vivant sous occupation, tout comme ceux qui ont réussi à partir, ont toujours besoin d’un soutien urgent », a conclu Bill Van Esveld. « Les parents, les enseignants et les associations de la société civile aident ces enfants à s’épanouir malgré les traumatismes et les privations. Les gouvernements qui soutiennent l’Ukraine devraient intensifier leur aide pour garantir leur réussite. »
Suite détaillée en anglais.
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15.07.2026 à 22:11
Human Rights Watch
(Berlin, le 16 juillet 2026) – Un nouveau documentaire immersif mettant en lumière la crise climatique dans la nation insulaire des Îles Salomon, dans l’océan Pacifique, sera présenté en avant-première au Festival international du film de Venise, qui se tiendra du 2 au 12 septembre, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. L’acteur Mark Ruffalo, nommé aux Oscars et défenseur des droits humains, s’est associé à Human Rights Watch pour narrer cette expérience de réalité virtuelle intitulée « Solwata ».
Ce documentaire immersif de 25 minutes raconte l’histoire des communautés insulaires de Walande, Ngongosila et Kwai, situées dans le sud-ouest de l’océan Pacifique et qui confrontées à des questions difficiles : faut-il déménager vers le continent et, si oui, comment, face aux marées dévastatrices et à l’élévation du niveau de la mer ?
« La première fois que j’ai mis le casque, j’ai eu l’impression de passer du temps avec cette communauté, et pas seulement d’en apprendre davantage à son sujet », a expliqué Mark Ruffalo. « Ces familles sont profondément attachées à leur terre, et les voir contraintes de la quitter à cause du changement climatique est déchirant. Il s’agit d’un enjeu mondial, et beaucoup d’entre nous ignorent l’impact que cela a sur les communautés qui vivent en première ligne. Elles sont généralement isolées et en marge de nos médias et de nos récits. Solwata rapproche le public de personnes dont la vie a déjà été bouleversée par le changement climatique. »
Le film Solwata (« Eau salée ») a été créé par NowHere Media et coproduit par Agog The Immersive Media Institute et Human Rights Watch. Il fait partie de la sélection de la section « Venice Immersive » du festival du film de Venise. Le projet s’appuie sur les recherches de Human Rights Watch et sur les témoignages directs de personnes dont les foyers et les communautés sont déjà bouleversés par l’aggravation de l’urgence climatique.
La participation de Mark Ruffalo reflète la volonté de relier les enjeux climatiques à des débats plus larges sur la justice sociale et la résilience communautaire. Tout au long de sa carrière, Mark Ruffalo a parallèlement défendu l’action climatique, la justice environnementale, les droits des peuples autochtones et la participation démocratique.
SOLWATA Documentaire immersif sur la crise climatiqueAu cours de l’expérience, les participants portent un casque de réalité virtuelle et évoluent entre mondes physique et virtuel : ils plongent la main dans l’eau, manipulent sur place des objets chargés de sens culturel et sont transportés virtuellement au cœur des récits des habitants des Îles Salomon. Guidés par les voix d’habitants de la communauté, les spectateurs sont confrontés aux décisions difficiles auxquelles les familles sont confrontées. En combinant le toucher physique, les environnements virtuels et réels, l’audio spatial et la narration documentaire, « Solwata » permet une expérience profondément personnelle concernant ce défi mondial.
Il s’agit du premier projet de ce type pour Human Rights Watch. Le film s’appuie sur le rapport de 2025 intitulé « “There’s Just No More Land”: Community-led Planned Relocation as Last-resort Adaptation to Sea Level Rise in Solomon Islands » (« “Il n'y a plus de terre” : La réinstallation d’une communauté due à l'élévation du niveau de la mer aux Îles Salomon »), qui documente comment la montée du niveau de la mer, l’érosion côtière, les inondations et les tempêtes de plus en plus violentes ont contraint la communauté de Walande à quitter son île ancestrale après des décennies passées à tenter de s’adapter sur place.
Les membres de la communauté ont en grande partie planifié, financé et mené à bien la relocalisation eux-mêmes, ne bénéficiant que d’un soutien minime de la part du gouvernement. Les chercheurs ont constaté que la nouvelle implantation reste vulnérable à l’élévation du niveau de la mer et aux inondations, ce qui renforce les craintes de la communauté quant à la nécessité éventuelle d’une nouvelle relocalisation.
« Depuis des années, Human Rights Watch documente la manière dont le changement climatique oblige les communautés à faire des choix impossibles concernant leurs logements, leurs moyens de subsistance et leur avenir », a déclaré Erica Bower, chercheuse à Human Rights Watch sur les déplacements liés à la crise climatique. « La relocalisation planifiée de toute une communauté, telle que présentée dans “Solwata”, est une mesure d’adaptation complexe aux graves implications en matière de droits humains, que le monde doit de toute urgence comprendre et à laquelle il doit se préparer. La narration immersive nous offre un nouveau moyen de sensibiliser le public à ces réalités et de renforcer le soutien aux communautés déjà confrontées aux conséquences, en termes de droits humains, des relocalisations liées au changement climatique. »
Les enjeux abordés dans « Solwata » dépassent largement le cadre d’un seul pays. Alors que la montée du niveau des mers et les phénomènes météorologiques extrêmes menacent de plus en plus les communautés côtières à travers le monde, les gouvernements et les bailleurs de fonds doivent considérer la relocalisation planifiée comme un dernier recours, veiller à ce que les communautés aient véritablement leur mot à dire dans les décisions concernant leur avenir, et apporter le soutien nécessaire pour protéger les droits, les moyens de subsistance, la culture et la dignité des personnes. Le film « Solwata » invite le public à se tenir aux côtés de ceux qui font face à ce défi et à réfléchir à la responsabilité qui incombe au reste du monde envers les communautés confrontées aux déplacements liés au changement climatique.
Après sa première à Venise, « Solwata » sera présenté dans des espaces de plaidoyer et lors de forums publics, notamment lors de la conférence annuelle des Nations Unies sur le climat (COP31) en Turquie, afin d’engager les décideurs politiques, les bailleurs de fonds, les journalistes et les militants dans des discussions sur l’adaptation au changement climatique, les relogements planifiés, les déplacements de population et les droits de l’homme.
« Les effets du changement climatique nous ont chassés de chez nous, là où nous profitions de la vie, là où nous vivions, un lieu qui nous maintenait unis en tant que communauté », a déclaré Francis Siaumari, un leader communautaire des Îles Salomon vu dans « Solwata ». « Ce qui rendait l’île si spéciale, c’était cette proximité. Où que l’on aille, il y avait toujours quelqu’un à proximité. Où que l’on regarde, on est entouré par la mer. Nous seuls aurions pu construire une île comme celle-là. »
Le studio de projets immersifs NowHere Media, basé à Berlin, est la force créative derrière « Solwata ». Réputé pour son travail à la croisée de la narration immersive et de l’impact social, le studio a contribué à transformer des années de recherches menées par Human Rights Watch et de témoignages communautaires en une expérience interactive. Pour mener à bien ce projet, l’équipe s’est rendue aux Îles Salomon afin de réaliser des tournages à 360 degrés et des numérisations 3D, en collaborant étroitement avec les membres de la communauté dont les récits sont au cœur de l’expérience.
« Chez NowHere, nous ne réalisons pas de projets sur les communautés, mais avec elles, et c’est là l’essence même de “Solwata” », a déclaré Gayatri Parameswaran, cofondatrice de NowHere Media. « Une collaboration étroite avec les membres de la communauté et l’équipe des Îles Salomon a façonné chaque aspect du projet, des récits racontés à la manière dont ils sont racontés. Un autre défi majeur sur le terrain a été de mener à bien une production immersive de pointe sur une île extrêmement isolée. Cela a nécessité une planification minutieuse et une volonté de s’adapter en permanence. »
La fondation Agog : The Immersive Media Institute, une organisation philanthropique cofondée par Chip Giller et Wendy Schmidt, a coproduit « Solwata », apporté un soutien à la production et un financement, et joué le rôle de partenaire stratégique pour aider à transposer les objectifs de recherche sur le terrain et de plaidoyer de Human Rights Watch dans un format immersif.
« Je travaille depuis près de trois décennies dans le journalisme climatique, et j’ai appris une chose : l’information à elle seule ne suffit pas toujours à faire bouger les gens », a déclaré Chip Giller, cofondateur et directeur exécutif d’Agog. « La plupart des gens ne se rendront jamais aux Îles Salomon pour constater ces changements de leurs propres yeux. “Solwata” utilise la narration immersive pour rapprocher le public des personnes qui vivent cette crise, et c’est exactement le genre de travail que nous avons voulu soutenir en fondant Agog. »
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15.07.2026 à 07:00
Human Rights Watch
(Washington) – Des personnes détenues dans le centre de détention pour migrants situé à Fort Bliss, une base de l’armée des États-Unis à El Paso, au Texas, ont subi de graves abus, ont déclaré Human Rights Watch et l’Union américaine pour les libertés civiles (American Civil Liberties Union, ACLU) dans un rapport conjoint publié aujourd’hui. Des personnes détenues au Camp East Montana ont subi des passages à tabac infligés de manière indiscriminée, une négligence médicale mettant leur vie en danger, des expulsions forcées vers des « pays tiers » qu’elles ne connaissaient pas bien, et, dans certains cas, des conditions de détention pouvant s’apparenter à une disparition forcée.
15 juillet 2026 “You’re Only Getting Out Deported or Dead”Le rapport de 84 pages, intitulé « “You’re Only Getting Out Deported or Dead” : Abusive US Immigration Detention at Ft. Bliss » (« “Vous ne sortirez qu’expulsé ou mort” : Conditions de détention abusives de personnes migrantes à Fort Bliss »), documente les conditions de vie dans le plus grand centre de rétention pour migrants des États-Unis. Ce centre, d’une capacité maximale de 5 000 personnes, se compose de cinq structures semblables à des tentes à parois souples, qui abritent les détenus dans des enclos grillagés. Des détenus à l’intérieur du centre ont déclaré avoir été contraints de vivre dans des conditions insalubres et exiguës, avec jusqu’à 72 personnes par cellule. Human Rights Watch a recueilli des preuves de pratiques répressives liées à l’application des politiques d’immigration, notamment des conditions de détention cruelles, dégradantes et inhumaines ; un recours excessif à la force par des gardiens ; des défaillances en matière de soins de santé physique ou mentale ; des pratiques d’expulsion coercitives ; et des obstacles systémiques à l’accès à une représentation juridique.
« Le Camp East Montana de l’ICE [services d’immigration] est une catastrophe en matière de droits humains », a déclaré Angélica César, titulaire d’une bourse Aryeh Neier, conjointement à Human Rights Watch et à l’ACLU. « Le gouvernement américain devrait fermer ce camp, mener des enquêtes indépendantes sur tous les abus et décès survenus en détention, et mettre fin aux expulsions massives et à la détention obligatoire des personnes migrantes. »
Entre octobre 2025 et juin 2026, les chercheurs ont mené des entretiens avec 80 personnes : 71 personnes alors qu’elles étaient détenues au Camp East Montana, quatre membres de leurs familles et cinq prestataires de services juridiques,. Les chercheurs ont également analysé des enquêtes du Département de la sécurité intérieure (Department of Homeland Security, DHS) et examiné d’autres documents relatifs au centre de détention.
Les personnes interrogées ont déclaré avoir été appréhendées lors de descentes sur leur lieu de travail, de contrôles routiers, de rendez-vous avec les services d’immigration, et d’autres interventions au sein de la communauté. Plus de 60 d’entre elles ont indiqué avoir été arrêtées alors même qu’elles avaient présenté des documents prouvant leur présence légale aux États-Unis. Elles ont systématiquement décrit des arrestations menées par des agents masqués qui refusaient de s’identifier et ont rapporté des cas où des agents auraient recouru à une force excessive, notamment des coups et l’utilisation de tasers, lors de leur interpellation.
Les personnes interrogées ont déclaré avoir eu le sentiment d’avoir été « enlevées » après avoir été transférées dans des prisons locales et des centres de rétention provisoires sans pouvoir communiquer de manière significative avec leurs proches ou leurs avocats. Human Rights Watch et l’ACLU ont recensé des cas dans lesquels les systèmes gouvernementaux de localisation des détenus ne reflétaient pas avec exactitude le lieu où se trouvaient ces derniers. Des proches ont décrit avoir cherché désespérément leurs proches alors que l’agence de l'immigration et des douanes (Immigration and Customs Enforcement, ICE) ne fournissait aucune réponse aux questions concernant l’endroit où les détenus avaient été emmenés.
Dans certains cas, les conditions de détention pourraient constituer un type de disparition forcée, selon le droit international des droits humains.
Une fois arrivées à Fort Bliss, les personnes interrogées ont déclaré avoir subi des conditions de vie cruelles, dégradantes et inhumaines qui faisaient peser de graves risques sur leur santé physique et mentale. Elles ont fait état de sanitaires recouverts d’excréments, de logements inondés, d’un nettoyage insuffisant et d’un manque d’accès au savon, au gel hydroalcoolique et à d’autres produits d’hygiène de base.
Les personnes interrogées ont également rapporté avoir été confinées à l’intérieur pendant de longues périodes sans véritable accès à des activités de loisirs, à la lumière du soleil ou à l’air frais. Certaines ont déclaré avoir passé des semaines sans être autorisées à sortir. Pendant une grande partie de l’année 2025, les personnes interrogées ont indiqué qu’elles n’étaient autorisées à sortir pour des activités de loisirs qu’une fois toutes les deux semaines, pendant environ 15 minutes à chaque fois.
« Entre août et septembre, j’ai passé un mois sans voir le soleil », a déclaré l’une d’entre elles. « Les gardiens ne nous emmenaient tout simplement pas dehors. Nous devenions tous anxieux et désespérés, sans rien à faire. Je me sentais piégée, c’était une torture. »
Les personnes interrogées ont également fait état d’horaires de repas irréguliers, de nourriture avariée et de délais pouvant aller jusqu’à 12 heures entre les repas. Les personnes souffrant de diabète ou d’autres pathologies ont signalé des maux de tête, des fluctuations de la glycémie et d’autres complications de santé après avoir manqué des repas ou reçu de la nourriture avariée, congelée ou autrement impropre à la consommation.
Les chercheurs ont également recueilli de nombreuses allégations de violences physiques commises par les gardiens et le personnel de l’établissement.
« Les gardiens font irruption dans notre bloc par groupes de 15, parfois même de 20 », a déclaré un homme. « Ils sont tout de noir vêtus, portent des masques qui ne laissent voir que leurs yeux et n’arborent pas de badge nominatif. Quand ils arrivent, ils font irruption, attrapent qui ils peuvent et se mettent à les frapper… Ils ont le contrôle et peuvent faire ce qu’ils veulent de nous. »
Les personnes interrogées ont rapporté que les gardiens frappaient les détenus en réponse à des grèves de la faim, à des demandes de soins médicaux, à des plaintes concernant les conditions de détention et à des tentatives d’obtenir des sorties en plein air après de longues périodes d’enfermement à l’intérieur. Plusieurs personnes ont déclaré que les gardiens imposaient des punitions collectives, frappant ou agressant plusieurs personnes après avoir accusé un détenu d’avoir enfreint le règlement de l’établissement. D’autres ont décrit des violences verbales, des humiliations, des menaces et des représailles à l’encontre des détenus qui réclamaient des produits de première nécessité ou tentaient de faire valoir leurs droits.
Une enquête interne de l’ICE a également mis en évidence des recours à la force illicites et non signalés au Camp East Montana.
Les chercheurs ont interrogé des témoins du décès de Gerardo Lunas Campos, survenu le 3 janvier 2026 au Camp East Montana. Des témoins ont déclaré que des gardiens auraient apparemment asphyxié Lunas Campos après qu’il eut demandé des médicaments alors qu’il se trouvait dans l’unité d’hébergement spéciale, c’est-à-dire l’unité d’isolement. Un homme a déclaré : « On aurait dit que les gardiens frappaient Geraldo, comme si son corps recevait des coups de poing et était malmené. Geraldo criait à l’aide. Il a répété plusieurs fois : “Je ne peux plus respirer !” Ils ont continué à le frapper. Il a dit : “Vous m’étouffez.” Puis tout est devenu silencieux. »
Les chercheurs ont recensé des allégations répétées selon lesquelles les autorités n’auraient pas fourni de soins médicaux et de santé mentale adéquats aux personnes détenues au Camp East Montana. Toutes les personnes interrogées ont décrit des défaillances dans le système de demande de soins et d’orientation médicale de l’établissement. Elles ont fait état de retards prolongés dans l’obtention de traitements, d’interruptions dans la prise des médicaments prescrits, d’évaluations médicales insuffisantes et de réponses punitives face aux urgences médicales.
Les chercheurs ont constaté que certains détenus faisaient l’objet de mesures coercitives visant à les contraindre à renoncer à leur demande d’asile et à accepter leur renvoi vers des pays tiers s’ils ne pouvaient pas être renvoyés dans leur propre pays. Ils ont déclaré avoir été menacés de violences, de poursuites pénales et de détention illimitée s’ils refusaient l’expulsion. Des détenus cubains et vénézuéliens ont décrit des tentatives visant à les transférer au Mexique malgré des procédures judiciaires en cours et leurs craintes d’y subir des violences.
Expulsions de personnes détenues au camp East Montana vers des pays tiers (1er août 2025 – 9 mars 2026) Click to expand Image Graphique illustrant l'expulsion de migrants détenus au camp East Montana (Fort Bliss) vers des pays tiers, durant la période du 1er août 2025 au 9 mars 2026. La partie gauche du graphique indique leurs pays d'origine (principalement Cuba et le Venezuela), tandis que la partie droite montre que 99 % de ces personnes ont été expulsées vers le Mexique et 1 % vers le Honduras. Source : Données de l’ICE / ERO (Enforcement and Removal Operations), analysées par HRW. © 2026 Human Rights Watch (graphique)Le gouvernement américain devrait fermer le Camp East Montana et mener des enquêtes indépendantes sur les décès en détention, le recours excessif à la force, la négligence médicale, les disparitions forcées et les pratiques d’expulsion coercitives, ont déclaré Human Rights Watch et l’ACLU. Les autorités devraient demander des comptes aux responsables des abus, offrir des réparations aux personnes lésées et mettre fin aux politiques de détention des personnes migrantes qui contribuent à des violations généralisées des droits.
« Les abus documentés à Fort Bliss sont la conséquence prévisible du programme d’expulsion massive de l’administration Trump, de son extension brutale de la détention des personnes migrantes et de l’érosion des mécanismes fédéraux de contrôle », a conclu Angélica César. « Les personnes détenues au Camp East Montana sont des êtres humains qui méritent d’être traités avec dignité et protégés contre toute atteinte. »
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13.07.2026 à 21:02
Human Rights Watch
(Bangkok, 13 juillet 2026) – Les risques mortels auxquels sont confrontés les réfugiés rohingyas au Bangladesh ont été mis en évidence par les glissements de terrain survenus en juillet, qui ont fait au moins 17 morts et déplacé plus de 3 000 personnes, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch.
Le Bangladesh accueille plus d’un million de réfugiés rohingyas depuis près d’une décennie ; ces familles, dont le nombre ne cesse de croître, sont entassées dans des abris en bambou et couvertes de bâches en plastique, sur des versants escarpés et déboisés, particulièrement vulnérables pendant la saison de la mousson. Alors que de nouveaux réfugiés continuent d’affluer depuis le Myanmar, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a signalé à plusieurs reprises les risques de décès et de blessures dans ces camps surpeuplés, en raison des cyclones, des inondations et des glissements de terrain aux effets parfois mortels. Les autorités bangladaises, l’ONU et les gouvernements donateurs devraient réduire la surpopulation dans les camps de réfugiés et renforcer d’urgence l’aide requise pour rétablir des digues, le drainage et les voies d’accès, ainsi que pour la mise en place de sites de relogement d’urgence.
« Chaque mousson devient de plus en plus meurtrière pour les réfugiés rohingyas au Bangladesh, les collines dénudées s’effondrant sous les abris de fortune, alors que les fonds destinés à consolider les camps se sont taris », a déclaré Meenakshi Ganguly, directrice adjointe de la division Asie à Human Rights Watch. « Il ne s’agit pas simplement de catastrophes naturelles, mais d’une conséquence prévisible de politiques qui mettent la vie des réfugiés en danger. »
L’ONG Rohingya Coordination Platform (RCP - Plateforme de coordination pour les Rohingyas) a signalé qu’entre le 4 et le 9 juillet, 286 incidents liés aux intempéries se sont produits dans les camps de Cox’s Bazar, touchant 26 119 réfugiés ; 95 glissements de terrain ont déplacé 4 307 personnes, endommagé partiellement 2 809 abris et détruit 13 abris. Plusieurs centres d’apprentissage, des installations sanitaires et d’approvisionnement en eau courante, des murs de soutènement, des allées, des escaliers, des ponts et des routes ont également été endommagés. Les autorités bangladaises ont évacué plus de 1 000 réfugiés des zones à haut risque, mais beaucoup de personnes ont refusé de quitter leurs abris.
Human Rights Watch a mené des entretiens avec neuf personnes : cinq réfugiés rohingyas touchés par les glissements de terrain, et quatre travailleurs humanitaires impliqués dans les interventions d’urgence.
Un ingénieur civil spécialisé dans l’eau, l’assainissement et l’hygiène a déclaré que la conception des campements était défaillante dès le départ. « Lorsque les Rohingyas se sont réfugiés ici pour la première fois, les campements ont été aménagés en creusant les collines, sans système de drainage prévu », a-t-il expliqué. « Aujourd’hui, en raison des coupes budgétaires, les travaux durables de prévention des glissements de terrain, notamment la maçonnerie, ne peuvent pas être réalisés correctement, tandis que le gouvernement bangladais refuse d’autoriser les constructions permanentes sur les sites des campements. »
Les réfugiés nouvellement arrivés sont particulièrement exposés aux risques, car on ne leur attribue pas d’abris officiels et ils finissent par louer ou acheter des logements précaires, a indiqué Human Rights Watch. « J’ai demandé à plusieurs reprises au personnel des ONG [organisations non gouvernementales] de me fournir un abri, mais ils m’ont répondu qu’aucun logement n’était attribué aux nouveaux arrivants », a déclaré un homme, arrivé au Bangladesh en août 2024. Ses deux filles et ses deux petits-enfants sont décédés le 6 juillet car ils vivaient au bord d’une colline, dans un abri de fortune qu’il avait lui-même construit. « Je ne savais pas que la colline s’effondrerait ainsi », a-t-il déclaré.
Entre novembre 2023, lorsque des combats ont repris entre l’armée du Myanmar et l’Armée d’Arakan, un groupe armé ethnique, et mai 2026, au moins 152 000 Rohingyas ont fui le Myanmar pour chercher refuge à Cox’s Bazar. L’ONG Rohingya Refugee Response a lancé un appel de fonds urgent, soulignant que le plan initial de 2025 avait prévu 50 000 nouveaux arrivants, mais que compte tenu du triplement de ce nombre, ces prévisions étaient désormais insuffisantes.
Le gouvernement bangladais n’a pas encore pris de décision suite à la demande du HCR visant à obtenir davantage de terrains pour accueillir ces nouveaux arrivants, qui sont entassés sur les 24 kilomètres carrés déjà alloués aux camps. « Le gouvernement ne veut pas que les réfugiés considèrent le Bangladesh comme leur lieu de résidence permanent », a expliqué un travailleur humanitaire. « Ainsi, lors de chaque réunion, les autorités semblent très strictes et refusent catégoriquement d’autoriser la construction d’abris pour les nouveaux arrivants. »
En raison d’une demande croissante de logements, les réfugiés ont peur de quitter leurs habitations. « Nous menons sans cesse des campagnes de sensibilisation, mais nous ne parvenons pas à déplacer un grand nombre de personnes en situation de risque », a déclaré un travailleur humanitaire. « Il y a peu de temps, dans le camp 18, j’ai vu qu’après un glissement de terrain, une habitation s’était à moitié effondrée sur une autre, mais nous n’avons toujours pas pu évacuer les occupants. »
Les travailleurs humanitaires ont également indiqué que les relogements d’urgence sont difficiles, car les camps manquent d’espace et que les sites temporaires – tels que les centres d’apprentissage ou les espaces destinés à la prise en charge des enfants, des adolescents et des femmes – manquent souvent d’espaces personnels et de services adéquats. « Les gens craignent que, dans les centres d’apprentissage ou autres lieux de relogement, de nombreuses personnes soient regroupées, ce qui pose des problèmes d’accès aux toilettes et d’autres préoccupations liées à l’intimité », a expliqué le travailleur humanitaire.
En décembre 2024, le gouvernement bangladais a approuvé la construction d’abris temporaires plus solides que les structures existantes en bambou et en bâche. Le gouvernement a également approuvé trois modèles d’abris semi-permanents, et envisage des projets pilotes visant à créer des abris à deux étages pour remédier à la surpopulation. Le gouvernement a en outre donné son accord pour la reconstruction de 50 000 abris. Cependant, les coupes dans le financement humanitaire annoncées en janvier 2025 ont mis un terme à ce projet. Le département des forêts, les représentants locaux et les membres des communautés d’accueil se sont opposés à ces projets, qui impliquent une installation permanente, mettant en garde contre la perte de terres forestières protégées.
La sécurité des abris devrait être considérée comme une question relevant des droits humains, et non comme une concession en faveur d’une installation permanente, a déclaré Human Rights Watch. Les bailleurs de fonds devraient financer ces modèles d’abris plus sûrs qui ont été approuvés, et le Bangladesh devrait continuer à autoriser la construction de logements plus résistants aux catastrophes, et la mise en place de lieux relogement sûrs.
À l’heure actuelle, l’appel de fonds pour la coordination des abris et des camps ainsi que la gestion des camps n’est financé qu’à hauteur de 42 %, ce qui laisse un déficit de 73,9 millions de dollars US, tandis que le plan de gestion des risques de catastrophe présente un déficit de 23,2 millions de dollars US. La Plateforme de coordination pour les Rohingyas a appelé à un financement immédiat pour la stabilisation des pentes, le drainage, la gestion des bassins versants, l’amélioration des accès et le renforcement des capacités techniques afin de protéger des vies et de maintenir l’accès humanitaire tout au long de la saison de la mousson, qui ne prend généralement fin qu’en octobre.
« Les réfugiés rohingyas n’ont pas besoin de nouveaux atermoiements, mais plutôt d’une réponse urgente et efficace », a conclu Meenakshi Ganguly. « Les gouvernements préoccupés devraient agir, au lieu d’attendre que le prochain glissement de terrain emporte une autre famille rohingya. »
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13.07.2026 à 06:00
Human Rights Watch
La semaine dernière, le gouvernement français a annoncé un nouveau Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine. Malheureusement, ce plan n’aborde pas la question de la nature systémique et institutionnelle du racisme en France.
Adopté le 6 juillet et couvrant la période de 2026 à 2029, ce plan d’action énumère 55 mesures axées sur l’éducation et la formation afin de renforcer la mémoire liée au racisme, à l’antisémitisme et à d’autres formes de discrimination, tout en abordant le problème de la recrudescence des crimes de haine en France.
Cependant, ce plan ne saisit pas l’occasion de donner suite au discours prononcé en mai 2026 par le président français Emmanuel Macron, lors duquel il a évoqué la nécessité d’aborder la question de réparations liées à l’héritage de l’esclavage en France. La société civile et des représentants des territoires d’outre-mer français ont évoqué auprès du gouvernement français les liens entre l’esclavage et l’héritage colonial de la France, ainsi que la nécessité de mesures de justice réparatrice visant à lutter contre les inégalités systémiques et le racisme contemporains.
Le plan prévoit une formation des policiers sur la question du racisme, mais ne tient pas compte l’actuelle réalité des pratiques policières discriminatoires, qui continuent d’alimenter la méfiance envers les autorités au sein des groupes de population touchés à la fois par le profilage racial et les crimes de haine.
Le plan mentionne des « lieux de mémoire » destinés à sensibiliser les élèves et les fonctionnaires, y compris les policiers, afin de les aider à mieux appréhender l’histoire et « pour mieux appréhender les mécanismes qui conduisent aux préjugés et aux discriminations ». Le plan indique que de nouvelles ressources pédagogiques seront créées pour enseigner « l’histoire de l’esclavage [en France] et de ses traites ».
Si la mémoire et l’éducation sont importantes pour faire évoluer les mentalités, ce plan ne saisit pas une occasion cruciale de les relier à des efforts plus larges visant à lutter contre le racisme structurel et la discrimination par l’État.
Le plan s’engage à « mesurer et débusquer les discriminations pour mieux les combattre », mais ne prévoit pas la mise en place de structures permettant de collecter des données désagrégées sur l’égalité, une technique que la France a qualifié d’inconstitutionnelle. Les Nations Unies ont pourtant fourni des orientations sur la collecte de données fondées sur les droits humains, soulignant son importance pour la protection des personnes racialisées.
En janvier 2026, la Commission européenne a adopté une nouvelle Stratégie de l’UE contre le racisme pour la période 2026-2030, qui vise notamment à améliorer la collecte de données sur l’égalité par les États membres de l’Union européenne, afin de lutter contre le racisme structurel.
Disposer d’un plan d’action antiracisme ne suffit pas. La France devrait cesser de considérer le racisme comme un problème lié aux préjugés individuels, et reconnaître au contraire que le racisme est systémique et nécessite donc des réponses systémiques.
11.07.2026 à 20:56
Human Rights Watch
Le gouvernement français serait sur le point de dévoiler un inquiétant projet de loi visant à lutter contre ce qu’on appelle l’« entrisme » : l’idée selon laquelle certaines organisations cherchent à infiltrer les institutions de l’État dans le but d’influencer les institutions et de promouvoir un programme idéologique. S’il était adopté, ce projet de loi réduirait encore davantage l’espace civique du pays, déjà en recul.
Le projet de loi sur l’entrisme viserait à renforcer la Loi n° 2021-1109 confortant le respect des principes de la République, adoptée en 2021 et souvent qualifiée de « loi séparatisme », qui confère au gouvernement des pouvoirs élargis pour dissoudre des associations par décret. Cette loi oblige également les associations à signer un « contrat d’engagement républicain » subordonnant l’octroi de fonds publics à des exigences vagues, notamment celle de s’abstenir de « toute action portant atteinte à l’ordre public ». Ces outils ont créé un climat d’intense pression et d’autocensure au sein de la société civile.
Le 5 mai, le Sénat a adopté, en première lecture, une proposition de loi distincte et très restrictive, présentée par le sénateur conservateur Bruno Retailleau, visant spécifiquement « l’entrisme islamiste ». Même s’il est peu probable que cette proposition de loi recueille suffisamment de soutiens pour passer à la phase suivante du processus législatif, elle sert de modèle à ce que le gouvernement entend intégrer dans sa propre législation.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que le projet de loi du gouvernement s’alignerait étroitement sur la proposition de Bruno Retailleau. Le Conseil d’État examine actuellement le projet de loi du gouvernement sur l’entrisme, qui sera ensuite débattu en Conseil des ministres. S’il est approuvé, ce projet sera présenté au Parlement.
Bien que le projet de loi final n’ait pas encore été rendu public, Laurent Nuñez a présenté plusieurs de ses dispositions clés, qui soulèvent de graves préoccupations en matière de droits humains. Elles conféreraient au ministère de l’Intérieur et aux préfets des pouvoirs sans précédent en élargissant les motifs de dissolution des organisations non gouvernementales. Elles permettraient aussi au gouvernement de geler les avoirs de ces organisations et renforceraient les pouvoirs de l’État visant à faire respecter le « contrat d’engagement républicain ».
En décembre 2025, CIVICUS Monitor, une plateforme mondiale qui suit l’évolution des libertés civiques à travers le monde, a revu à la baisse la note de l’espace civique en France, la faisant passer de « réduite » à « obstruée ». Le projet de loi du gouvernement ne ferait qu’aggraver ce problème.
Le gouvernement français devrait mettre un terme à la dangereuse spirale vers le bas dans laquelle il s’est engagé, abandonner ce projet de loi et prendre des mesures pour protéger l’espace civique. Alors que la Commission européenne s’apprête à publier son rapport annuel sur l’état de droit, elle devrait formuler des recommandations claires et contraignantes qui portent directement sur les questions du respect des droits à la liberté de pensée, d’expression et de réunion, et du recul démocratique en France.
10.07.2026 à 16:23
Human Rights Watch
À la suite de la victoire de la France contre le Paraguay le 4 juillet, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla s'en est prise au joueur français Kylian Mbappé en tenant des propos déshumanisants. L'élimination des équipes nationales néerlandaise et allemande en huitièmes de finale a donné lieu à des publications racistes sur Internet. Un supporter argentin aurait été filmé le 7 juillet en train de faire des gestes racistes à l'encontre du youtubeur américain IShowSpeed (Darren Watkins Jr.).
La FIFA a publié le 1er juillet une analyse concluant que, d’après le déroulement de la Coupe du monde jusqu’à présent, « les insultes à caractère raciste sont en augmentation et constituent désormais une menace persistante pour le bien-être des joueurs ». La FIFA a recensé plus de 89 000 publications abusives en ligne pendant le championnat, dont 11 % contenaient spécifiquement des insultes à caractère raciste.
Un porte-parole des Nations unies en charge des droits humains a qualifié les propos d’Amarilla de « ignobles et malheureusement pas isolés », et a déclaré que les gouvernements et les organisations sportives « œuvrer activement à la prévention des actes de racisme et de toute autre forme de discrimination ».
Mais si la FIFA a condamné les incidents racistes survenus lors de la Coupe du monde, elle peut certainement faire davantage pour lutter contre la discrimination en dehors du terrain. La majorité des matchs de la Coupe du monde se déroulent aux États-Unis, où la répression abusive et discriminatoire menée par le président Donald Trump en matière d’immigration — visant principalement les communautés noires et métisses — a mis en danger les supporters, les travailleurs et les communautés.
Avant la Coupe du monde, Human Rights Watch a exhorté la FIFA à user de son influence auprès de l’administration Trump pour contester ces mesures, soulignant qu’elles « porteraient gravement atteinte à l’esprit d’inclusion de la Coupe du monde et aux politiques de non-discrimination prévues par les statuts de la FIFA ». Nous avons également appelé la FIFA à militer en faveur d’une « trêve de l'ICE » afin de protéger les supporters, les travailleurs et les communautés contre les opérations d’immigration abusives.
Au lieu de cela, la FIFA a décerné à Trump le tout nouveau Prix de la paix de la FIFA, invoquant son « engagement inébranlable en faveur de la paix et de l’unité à travers le monde ». Les plans d’action en matière de droits humains des villes hôtes, élaborés en collaboration avec la FIFA, n'ont pour la majeure partie pas pris en compte les risques encourus par les supporters et les travailleurs en raison des opérations d’immigration menées par le gouvernement américain.
La popularité du football confère à la FIFA une tribune mondiale. Outre la condamnation des agressions racistes contre les athlètes et les supporters, la FIFA devrait user de son influence pour lutter contre l’impact des politiques discriminatoires du gouvernement américain sur les supporters, les joueurs et les autres personnes concernées, alors que la Coupe du monde bat son plein.