26.10.2026 à 15:26
Human Rights Watch
« C’est comme si un tsunami avait frappé la ville », a déclaré un habitant qui est revenu à El Fasher, au Soudan, pour découvrir une ville détruite et en grande partie abandonnée après la prise de contrôle par les Forces de soutien rapide (FSR) en octobre 2025.
Pendant 18 mois, les FSR ont assiégé la ville, creusant une tranchée tout autour de celle-ci les derniers mois, forçant les habitants affamés à survivre en se nourrissant de fourrage pour animaux, jusqu’à ce que même celui-ci vienne à manquer.
Au cours des dernières semaines du siège, les FSR ont de plus en plus recouru à des drones pour prendre pour cible les soldats du gouvernement, les groupes armés alliés et les civils pris au piège dans une zone exiguë, faisant de nombreux mutilés et morts.
Pendant les derniers jours de l’offensive, les FSR ont commis de nombreux massacres. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les droits de l'homme estime que plus de 6 000 personnes ont été tuées en seulement trois jours.
Les combattants des FSR ont également commis des violences sexuelles généralisées à l’encontre des femmes et des filles et se sont livrés à un vaste réseau d’enlèvements contre rançon, tuant celles et ceux qui ne pouvaient pas payer. Des milliers de civils pourraient encore croupir dans leurs cachots.
Des contractuels militaires privés colombiens, formés dans des bases militaires des Émirats arabes unis, ont été déployés aux côtés des FSR sur les lignes de front, où ils pilotaient des drones et maniaient l’artillerie. Les témoignages des survivants confirment que ces sous-traitants étaient présents lors de certaines des pires atrocités.
La mission d’enquête de l’ONU sur le Soudan a conclu que la campagne menée par les FSR présentait les « signes distinctifs d’un génocide », venant s’ajouter à un ensemble de preuves de plus en plus accablantes concernant les crimes graves commis par les FSR .
Les gouvernements n’ont pas agi pour empêcher ces atrocités. À la suite de ces événements, plusieurs gouvernements ont formé une coalition afin d’empêcher de nouvelles atrocités et de promouvoir la justice au Soudan ; ils doivent désormais agir conjointement pour répondre aux demandes des survivants, qui souhaitent que les responsables soient traduits en justice.
Un an plus tard, le commandant des FSR Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », n’a même pas fait l’objet de sanctions – à l’exception d’une mesure prise précédemment par l’administration du président Biden – malgré les crimes commis par ses combattants. Le Global Security Services Group (GSSG), la société basée aux Émirats arabes unis qui aurait engagé les combattants colombiens, n’a pas été sanctionnée, et les Émirats arabes unis ne sont pas non plus tenus pour responsables de leur soutien militaire aux FSR, bien que cela constitue une violation de l’embargo sur les armes décrété par l’ONU au Darfour.
Au Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis font pression pour une extension à l’ensemble du pays de l’embargo sur les armes. Or, le régime actuel de l’ONU en matière d’armes et de sanctions n’a été renouvelé que pour quelques mois, et la publication du dernier rapport de son groupe d’experts a été reportée.
Contrairement aux tsunamis, les horreurs d’El Fasher auraient pu être évitées. Un an après, les acteurs internationaux devraient veiller à ce que cela ne se reproduise plus jamais, prendre des mesures audacieuses pour protéger les civils et demander des comptes aux responsables.
22.10.2026 à 20:47
Human Rights Watch
(Bruxelles, le 22 octobre 2026) – Le 22 octobre, le Parlement européen a décerné le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses responsables.
Philippe Dam, directeur du plaidoyer de Human Rights Watch auprès de l’UE, a salué ce choix :
« En décernant le prix Sakharov à la Cour pénale internationale, le Parlement européen reconnaît le rôle essentiel qu’elle joue pour les victimes des crimes les plus graves à travers le monde, alors même qu’elle subit des attaques sans précédent de la part de l’administration Trump et d’autres gouvernements. Ce prix devrait inciter les États membres de la CPI à défendre la Cour ; la Commission européenne devrait d’urgence activer la “clause de blocage” de l’UE, afin de protéger la Cour et les personnes qui soutiennent son travail, contre les effets des sanctions américaines. »
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22.10.2026 à 18:36
Human Rights Watch
Au Tadjikistan, un tribunal a condamné Asadullo Boboev, un activiste de l’opposition expulsé d’Allemagne en juin dernier, à 17 ans de prison. Human Rights Watch et d’autres organisations avaient précédemment averti les autorités allemandes que des activistes comme Asadullo Boboev risquaient de subir des mauvais traitements et de faire l’objet de poursuites pénales pour des motifs politiques, s’ils étaient renvoyés au Tadjikistan.
Âgé de 54 ans, Asadullo Boboev vivait en Allemagne avec sa famille depuis 2017. Il était impliqué dans le mouvement « Réformes et développement du Tadjikistan », un groupe d’opposition critique à l’égard du gouvernement du président Emomali Rahmon. Le 21 septembre, un tribunal tadjik l’a reconnu coupable d’accusions dont « extrémisme via Internet » en vertu de trois articles du code pénal, selon les médias. Les autorités tadjikes n’ont publié aucune information sur cette affaire.
Asadullo Boboev, qui a été expulsé d’Allemagne le 20 juin, avait précédemment déclaré aux médias que les autorités tadjikes avaient ouvert une procédure pénale pour extrémisme à son encontre en raison de publications sur les réseaux sociaux critiquant les autorités tadjikes. Il a indiqué que le tribunal allemand lui avait donné jusqu’au 1er juillet pour prouver l’existence d’une telle procédure, mais qu’il avait été expulsé avant cette date limite.
Asadullo Boboev et son fils Muhammad, un adulte, ont été expulsés vers Douchanbé. Asadullo a été placé en détention dès son arrivée.
Ce n’est pas la première fois que l’Allemagne expulse un citoyen tadjik, malgré les inquiétudes exprimées par des organisations de défense des droits humains. Trois autres activistes de l’opposition expulsés d’Allemagne depuis 2023 ont également été emprisonnés après leur retour au Tadjikistan. Abdullohi Shamsiddin, Bilol Qurbonaliev et Dilmurod Ergashev ont été condamnés respectivement à 7, 10 et 8 ans de prison, sur la base d’accusations apparemment fallacieuses.
Le droit international interdit le refoulement, c'est-à-dire le renvoi de toute personne vers un pays où elle court un risque réel de préjudice irréparable en raison de violations graves des droits humains. Bien que le gouvernement allemand se soit engagé à lutter contre la répression transnationale exercée par divers gouvernements, d'importantes lacunes subsistent dans la mise en œuvre de cet engagement.
L’Allemagne a continué à renvoyer des ressortissants tadjiks vers leurs pays, bien que ces renvois livrent des détracteurs du gouvernement directement aux mains des services de sécurité répressifs qu’ils avaient fui, dans plusieurs cas.
Les tribunaux et les autorités allemandes chargées de l’immigration ne devraient pas expulser sans autre forme de procès des dissidents vers le Tadjikistan. Les autorités allemandes devraient expliquer pourquoi Asadullo Boboev a été expulsé malgré les avertissements concrets concernant de graves risques en matière de droits humains ; elles devraient aussi faire pression sur le Tadjikistan pour qu’il divulgue des informations sur sa condamnation et sur le traitement qu’il subit, et veiller à ce qu’il ait accès à un avocat indépendant.
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