29.07.2026 à 12:21
Florian Chaaban

À l'heure où plusieurs incendies demeurent actifs en Europe, notamment en France et en Espagne, et où les surfaces brûlées atteignent un niveau exceptionnel, l'Union européenne vient en aide en déployant des moyens aériens et terrestres grâce à la mobilisation de plusieurs pays européens. Dans la pratique, chaque pays demeure toutefois responsable de sa première […]
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À l'heure où plusieurs incendies demeurent actifs en Europe, notamment en France et en Espagne, et où les surfaces brûlées atteignent un niveau exceptionnel, l'Union européenne vient en aide en déployant des moyens aériens et terrestres grâce à la mobilisation de plusieurs pays européens.
Dans la pratique, chaque pays demeure toutefois responsable de sa première ligne de défense face aux feux de forêt. L'UE intervient lorsque les capacités nationales sont dépassées, via deux niveaux de soutien.
Un double niveau d'intervention européen face aux incendies
Le premier repose sur le "pool européen de protection civile", un réseau d'équipes pré-identifiées prêtes à être déployées rapidement.
Le second, plus structurant, est le dispositif RescEU, créé en 2019. Il constitue une réserve stratégique commune. Pour l'été 2026, l'Europe déploie 23 aéronefs et 777 sapeurs-pompiers issus de 14 pays, prépositionnés dans six pays du sud de l'Europe : Portugal, Espagne, France, Italie, Grèce et pour la première fois Chypre.
Mais alors, de quels moyens "propres" les pays membres disposent-ils et la France, particulièrement touchée par les incendies, est-elle plus ou moins bien lotie que ses voisins ?
Depuis le début de l'été 2026 et les violents incendies en Gironde, dans les Landes, le Var où encore la Corse, la sécurité civile et les services départementaux d'incendies ont déjà dû déployer leurs ressources sur une grande partie du territoire.
Longtemps cantonnés au bassin méditerranéen, les incendies gagnent désormais de nouvelles régions sous l'effet du réchauffement climatique, contraignant les services de secours à renforcer et adapter leurs moyens de lutte, aussi bien au sol que dans les airs.
La flotte aérienne de la sécurité civile repose sur 23 appareils, dont 12 Canadair, capables d'écoper 6 000 litres d'eau en douze secondes pour enchaîner rapidement les largages. Malgré un âge moyen de 30 ans selon Le Monde, 11 des 12 appareils étaient opérationnels à la mi-juillet 2026. Cette flotte comprend également 8 Dash, utilisés pour combattre les incendies et assurer des missions de surveillance préventive, ainsi que trois "Beechcraft" dédiés à la reconnaissance et à la coordination des opérations. 40 hélicoptères répartis sur 23 bases complètent ce dispositif.
La France peut aussi compter sur les aéronefs des services départementaux d'incendie et de secours. S'y ajoutent des appareils loués par la sécurité civile à des opérateurs privés. Une ressource qui "ne peut être qu'une solution d'appoint" compte tenu de son coût, comme le soulignait un rapport de la commission des finances publié en juillet 2025.
Dans les faits, il est difficile de mesurer réellement la "force" d'une flotte de lutte contre les incendies. Tout dépend du type de moyens comparés. Si l'on se concentre sur les moyens aériens les plus souvent cités, avec ses 12 Canadair, la France dispose d'une flotte plus réduite que certains de ses voisins européens.
L'Italie en a par exemple 18, dont 15 opérationnels pour la campagne estivale 2026, tandis que l'Espagne prévoyait d'en mobiliser "jusqu'à 10" pour l'été 2026 (sur un total de 14). À l'inverse, le Portugal, pourtant régulièrement confronté à de violents incendies, exploite trois Canadair (dont un bombardier de réserve) en attendant l'acquisition de deux appareils en 2029 quand la Croatie, elle, en compte six (Canadair CL-415) pour la saison estivale selon le centre de commandement de lutte contre les incendies. Rapportée à la taille de son territoire et de sa population, la Croatie dispose ainsi de l'une des flottes de bombardiers d'eau les plus denses d'Europe, avec également six "Air Tractor" en complément.
À noter que tous les pays européens ne sont pas dotés de ce types d'appareils. Par exemple, la Belgique et l'Allemagne, qui ne sont pas confrontés au même niveau de risque d'incendies de forêt que ses voisins plus au sud, ne disposent pas d'avions bombardiers d'eau.
Par ailleurs, il est aussi important d'évaluer la capacité de largage des appareils déclenchés pour lutter contre les incendies. Concrètement, Canadair, Dash ou "Air Tractor" ne peuvent pas contrer les feux à la même échelle. En cumulé, l'Espagne disposerait de la plus grande force de frappe en matière de lutte contre les feux de forêt, avec une capacité à larguer 194 tonnes d'eau au-dessus des flammes (contre 152 tonnes d'eau en un passage en France et 154 en Grèce).
Une autre façon de lire les capacités nationales de lutte contre les incendies réside aussi dans la comparaison des moyens humains. Avec 43 448 sapeurs-pompiers professionnels et 13 952 militaires en 2024 selon Eurostat, la France compte près de 57 400 pompiers de métier. À titre de comparaison, l'Espagne dispose d'environ 39 000 pompiers professionnels, l'Italie de 43 500 et le Portugal, pays de 10,6 millions d'habitants en 2025, de 12 800.
Les effectifs français sont donc supérieurs à ceux de plusieurs pays européens, même si les organisations diffèrent selon les États.
En outre, comme le rappelle France info, la France, pays plus peuplé que ses voisins du Sud, fait surtout la différence avec sa réserve de pompiers volontaires. Ces derniers sont plus de 200 000. Selon la fédération européenne des services publics, ce contingent serait de 40 000 au Portugal. L'Italie compte elle 7 000 pompiers volontaires, soit près du double que l'Espagne (4 000).

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24.07.2026 à 17:43
Arthur Olivier

"Aujourd'hui, nous entrons dans l'ère de l'indépendance énergétique totale de l'Europe vis-à-vis de la Russie", déclarait Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le 3 décembre 2025, après l'accord provisoire du Conseil de l'UE et du Parlement européen sur la suppression progressive des importations de gaz russe. A la suite de l'invasion russe […]
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"Aujourd'hui, nous entrons dans l'ère de l'indépendance énergétique totale de l'Europe vis-à-vis de la Russie", déclarait Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, le 3 décembre 2025, après l'accord provisoire du Conseil de l'UE et du Parlement européen sur la suppression progressive des importations de gaz russe.
A la suite de l'invasion russe de l'Ukraine, le 24 février 2022, la Commission européenne a présenté le 18 mai 2022 le plan REPowerEU, dont l'objectif était de réduire massivement les importations de gaz, de pétrole et de charbon russes et de s'en passer totalement à l'horizon 2027. Plus de quatre ans après, les Européens sont-ils sevrés des énergies fossiles russes ? Toute l'Europe fait le point.
Les chiffres sont sans équivoque. Depuis 2022, les Européens ont considérablement réduit leurs importations en provenance de Moscou. Début 2022, la Russie couvrait 27 % des importations totales de pétrole dans l'UE. Cette part est descendue à 2 % en 2025. Les Européens ont également totalement arrêté d'acheter du charbon russe, alors que celui-ci représentait 50 % des importations de l'UE en 2021. Ils ont enfin drastiquement diminué leurs importations de gaz russe, passant de 45 % en 2021 à 12 % en 2025. Pour le gaz acheminé par gazoduc, une seule voie relie désormais l'UE et la Russie, depuis que le transit via l'Ukraine a pris fin le 1er janvier 2025 : le gazoduc TurkStream et son prolongement BalkanStream.
Si les Européens ont décidé de se coordonner pour moins acheter de gaz russe, la baisse du transit est, au départ, une décision de Moscou. Déjà fin 2021 puis au début de la guerre en Ukraine, le Kremlin avait coupé les robinets vers l'ouest afin de faire pression sur les Européens. "Les Russes ont pris la décision d'interrompre le transit via le gazoduc Yamal, entre la Pologne et la Biélorussie", rappelle Céline Bayou, chercheuse associée au centre de recherches Europe-Eurasie de l'Inalco. Fin septembre 2022, les pipelines Nord Stream ont par ailleurs fait l'objet d'un sabotage, dont les auteurs restent à ce jour inconnus.
Mais l'Union européenne ne compte pas s'arrêter là. Elle a adopté, le 26 janvier 2026, le règlement portant sur la suppression progressive des importations dans l'UE de gaz provenant de Russie. Les Vingt-Sept doivent ainsi totalement éliminer les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) d'ici janvier 2027 et les importations de gaz par gazoduc d'ici l'automne 2027, selon un calendrier progressif.
Les contrats conclus avant le 17 juin 2025 et non modifiés après cette date, bénéficient quant à eux d'un régime transitoire, dont les dates diffèrent selon qu'il s'agisse de contrats courts (inférieur ou égal à un an) ou longs (supérieur à un an) et de gaz importé par gazoduc (état gazeux) ou de GNL (état liquide).
Une exception est prévue pour les pays enclavés (sans accès à la mer), comme la Hongrie ou la Slovaquie : certains contrats courts d'importation par gazoduc peuvent bénéficier du même horizon que les contrats longs, jusqu'au 30 septembre 2027, voire au 1er novembre 2027, au lieu du 17 juin 2026.
En plus de l'interdiction des importations de gaz russe, le règlement prévoit des mesures de surveillance et de diversification de l'approvisionnement énergétique. Avant d'autoriser des importations de gaz sur le territoire de l'Union, les États membres devront vérifier le pays dans lequel le gaz a été produit.
En parallèle, chaque État membre devait soumettre à la Commission européenne un plan national de diversification énergétique au plus tard le 1er mars 2026. L’objectif est d’éviter toute rupture d’approvisionnement, même pour les pays les plus dépendants, tout en renforçant la résilience du marché européen de l’énergie.
Pour répondre aux besoins énergétiques de l'Union malgré la sortie programmée des énergies fossiles russes, le plan REPowerEU a défini quatre piliers dont trois ambitionnent de rendre l'UE moins dépendante énergétiquement : économiser de l'énergie, accélérer la production locale d'énergies renouvelables et investir à cette fin dans de nouvelles infrastructures. Le dernier pilier vise à diversifier l'approvisionnement de l'UE en énergies fossiles en développant d'autres partenariats. Bruxelles a ainsi approfondi ses relations énergétiques avec les États-Unis, la Norvège, ainsi qu'avec des partenaires d'Afrique du Nord, du Caucase du Sud et du Moyen-Orient.
S'agissant du pétrole tout d'abord. En 2024, d'après les derniers chiffres d'Eurostat, les États-Unis abondaient l'UE en pétrole et produits pétroliers à hauteur de 16 %, suivis de la Norvège (12 %), du Kazakhstan (9 %), de l'Arabie saoudite (8 %), du Royaume-Uni et de la Libye (tous deux 6 %). Concernant les combustibles fossiles solides, surtout le charbon, ceux-ci étaient majoritairement fournis par l'Australie, à hauteur de 31 %.
Pour les importations de gaz naturel (gaz acheminé par gazoduc et GNL), la Norvège arrivait cette fois en tête avec 30 %, suivie des États-Unis (17 %), de l'Algérie et de la Russie (14 % chacune). Mais si Oslo reste en tête, toutes importations de gaz confondues, le pays dirigé par Donald Trump est à ce jour le principal fournisseur en gaz naturel liquéfié (GNL) de l'UE, faisant peser sur l'Union européenne le risque d'une nouvelle dépendance énergétique. Au premier trimestre 2026, l'approvisionnement de l'UE en GNL provenait à 57 % des États-Unis.
Fin mars 2022, Washington et Bruxelles s'étaient engagés à atteindre 50 milliards de mètres cubes de GNL américain supplémentaire par an jusqu'en 2030 au moins. Ainsi, de 2021 à 2025, l'UE a quasiment multiplié par quatre ses importations de GNL américain, passant de 21 milliards de mètres cubes à 81 milliards. L'Union pourrait s’approvisionner à hauteur de 80 % de ses importations de GNL auprès des États-Unis d'ici à 2028, selon les estimations de l'Institut d'économie énergétique et d'analyse financière.
En effet, l'accord commercial conclu le 27 juillet 2025 entre l'Union européenne et les États-Unis prévoit que l'UE achète "davantage de GNL, de pétrole et de combustibles nucléaires ainsi que des technologies et des investissements de pointe aux États-Unis au cours des trois prochaines années, jusqu'à la fin de 2028", pour une valeur estimée à 750 milliards de dollars (environ 700 milliards d'euros) sur l'ensemble de cette période.
En plus de diversifier leur approvisionnement, les Européens ont réalisé d'importantes économies d'énergie. Entre août 2022 et janvier 2026, l'UE a réduit sa demande de gaz d'environ 19 % par rapport à la période de référence d'avant-crise. La consommation finale d'énergie a quant à elle diminué de 5,1 % entre 2021 et 2024.
Les énergies renouvelables ont aussi contribué à ce que les Européens consomment moins d'énergies fossiles russes. En 2024, les énergies vertes représentaient 25,2 % de la consommation finale d'énergie de l'UE. Ces dernières sont en progression, alors qu'elles représentaient 10 % de la consommation d'énergie en 2006 selon la Commission européenne. Toutefois, elles demeurent encore loin de l'ambition fixée par la directive du 18 octobre 2023 : atteindre a minima 42,5 % de ces énergies dans la consommation finale d'énergie de l'UE d'ici 2030, voire pousser l'effort collectif à 45 %.
Bien que les quantités soient moindres, les Européens continuent toutefois d'importer de l'énergie russe. Le 12 mars 2025, Dan Jørgensen, le commissaire européen à l’Énergie, faisait ce constat amer : depuis le début de la guerre en Ukraine, l’UE avait versé davantage d’argent à la Russie pour ses importations d’énergies fossiles qu’elle n’en a accordé à Kiev sous forme d’aide. Le montant global des achats de gaz russe était ainsi estimé à près de 200 milliards d’euros - soit, "l’équivalent de 2 400 avions de chasse F-35" - contre 135 milliards d’euros d’aide européenne à l’Ukraine.
En 2025, selon l'Institut d'économie de l'énergie et d'analyse financière (IEEFA), 11 % des importations européennes de gaz par gazoduc provenaient de Russie via la Turquie, plaçant Moscou en troisième position des pays exportateurs. Les importations ont même augmenté de 8 % en 2025, faisant monter la facture à 5,9 milliards d'euros l'an passé.
Concernant le GNL, Moscou reste le deuxième fournisseur de l'UE, laquelle a dépensé 6,7 milliards d'euros pour ces importations en 2025. Les importations dans l'Union ont même atteint un record trimestriel au cours des trois premiers mois de 2026, sous le coup de la guerre au Moyen-Orient, selon l'IEEFA. Celles-ci ont progressé de 16 % au premier trimestre 2026 par rapport à l'année précédente, sous l'effet des livraisons à la France, à l'Espagne, à la Belgique, aux Pays-Bas et au Portugal.
Sur le pétrole russe, malgré un embargo de l'UE imposé dès 2022, la Hongrie et la Slovaquie, pays enclavés, importent encore à ce jour l'or noir russe via l'oléoduc Droujba, qui transite par l'Ukraine. "En 2024, la Hongrie et la Slovaquie restaient dépendantes à 87 % du brut russe transporté par un seul pipeline", soulignait en 2025 le CREA, le Centre de recherche sur l'énergie et l'air pur. Ces pays sont en effet exemptés de l'embargo qui concerne les importations acheminées par voie maritime et non par pipeline.
Par ailleurs, la Russie aurait continué après 2022 à abonder l'Union en pétrole de manière indirecte, par l'importation de produits pétroliers raffinés via des pays tiers. Des enquêtes menées par le CREA sur des expéditions spécifiques suggèrent que des pays européens pourraient avoir importé des produits pétroliers russes réexportés à partir de terminaux de stockage de pétrole en Turquie. Côté indien, les importations de pétrole brut russe en Inde ont plus que doublé entre 2022 et 2023, quand dans le même temps, les importations de pétrole raffiné de l'UE en provenance d'Inde ont atteint des niveaux records en 2023. Il est ainsi très probable que l'UE ait consommé de l'essence, du diesel et du kérosène russe, malgré les sanctions imposées.
En somme, l'invasion russe de l'Ukraine a eu pour conséquence la réduction drastique de la dépendance européenne à l'égard des énergies fossiles russes, et ce sur un temps relativement court. L'Union européenne n'est toutefois pas pleinement sevrée du pétrole et surtout du gaz russe, notamment du gaz naturel liquéfié.
Et la guerre au Moyen-Orient, déclenchée le 28 février 2026, pourrait contrarier la trajectoire de REPowerEU. "La guerre au Moyen-Orient a accru la dépendance de l’Europe envers ses deux principaux fournisseurs de GNL, les États-Unis et la Russie. La crise énergétique de 2026 démontre que tant que les pays européens choisiront de dépendre du gaz, ils devront accepter les risques géopolitiques qui en découlent", estime Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste en énergie de l'IEEFA. Se débarrasser du gaz russe dans le contexte de la crise au Moyen-Orient "est plus difficile, mais pas impossible", assure de son côté Dan Jørgensen.
Bruxelles devait également présenter le 15 avril 2026 une proposition pour bannir définitivement le pétrole russe, mais ce rendez-vous a été reporté sans indication de nouvelle date.

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20.07.2026 à 17:12
Léa Deseille

Une bataille juridique. Depuis quelques mois, la France mène un combat contre les réseaux sociaux avec une proposition de loi qui vise à interdire leur accès aux moins de 15 ans. Ce texte, porté par la députée Ensemble Laure Miller, a été adopté par l'Assemblée nationale le 26 janvier 2026 et modifié par le Sénat […]
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Une bataille juridique. Depuis quelques mois, la France mène un combat contre les réseaux sociaux avec une proposition de loi qui vise à interdire leur accès aux moins de 15 ans. Ce texte, porté par la députée Ensemble Laure Miller, a été adopté par l'Assemblée nationale le 26 janvier 2026 et modifié par le Sénat le 31 mars.
Le gouvernement souhaite une entrée en application à la rentrée. Si la mesure aboutit, la France deviendrait le premier État européen à fixer un seuil d'âge légal aussi strict pour une partie de la population.
Ce n’est pas sa première tentative. La France avait déjà tenté d'imposer une majorité numérique en 2023, avec la loi Marcangeli. Adoptée par les parlementaires français, cette dernière n'a jamais pu être appliquée faute de compatibilité avec le droit européen. Le nouveau projet de loi connaîtra-t-il le même sort ?
Au niveau européen, le règlement sur les services numériques (DSA) limite la diffusion de contenus illicites (haineux, pédopornographiques, terroristes…) et la vente de produits illicites (contrefaits ou dangereux) en ligne. Il n'instaure pas d'âge minimum d'accès aux réseaux sociaux mais fixe des règles communes aux plateformes dans toute l'Union européenne : transparence, modération, gestion des risques…
Les États membres peuvent légiférer pour protéger les mineurs, à condition que leurs règles restent compatibles avec le droit de l'Union. Leurs décisions au sujet du numérique doivent toujours être conformes au DSA, sous peine de procédure d'infraction.
Au sujet de la proposition de loi française, la Commission considère que “les autorités françaises ont le droit d’instaurer une majorité numérique qui s’adresse à ses citoyens”. Autrement dit, fixer un âge minimal peut relever du droit national, à condition de ne pas créer de nouvelles obligations nationales directement imposées aux plateformes lorsque celles-ci relèvent du DSA.
En revanche, “imposer des obligations supplémentaires aux très grandes plateformes” dépend du DSA, rappelle Thomas Regnier, porte-parole de la Commission chargé du numérique. C'est pourquoi la première version du texte, qui prévoyait “l’obligation pour les plateformes de mettre en œuvre des dispositifs afin de contrôler l’âge de leurs utilisateurs’”, a été remodelée. Dans la version votée par les députés le 26 janvier 2026, le terme "obligation" a ainsi disparu.
Cependant, la loi ne peut être appliquée que si la plateforme contrôle l'âge à l'inscription ou à l’accès. Dans les faits, la proposition de loi française "revient à imposer aux plateformes un tel contrôle", précise Maud Lambert, avocate spécialisée dans le numérique et la protection des données. Pour bloquer l'accès des moins de quinze ans, les plateformes doivent donc mettre en place des systèmes de vérification de l'âge. Ainsi, la France "reste dans une zone grise de 'contrainte indirecte' sur les entreprises”, explique Murielle Cahen, avocate spécialiste en droit du numérique.
Merav Griguer, avocate spécialisée en data et cyber-conformité, parle même d'"imperfection juridique” pour désigner le fait que la loi a “pour effet mais pas pour objet” de créer de nouvelles obligations et de potentielles violations du DSA. Sollicité par Toute l'Europe, le cabinet de la ministre chargée du numérique, Anne Le Hénanff, assure toutefois que le projet est “pleinement conforme au DSA” puisque la “mise en œuvre technique relève du cadre européen”.
Le 15 avril 2026, la Commission européenne a annoncé le lancement prochain d’une nouvelle application européenne de vérification d’âge. Sept États membres pionniers - Chypre, le Danemark, la France, la Grèce, l'Irlande, l'Italie et l'Espagne - travaillent avec la Commission sur cette solution, qui pourrait être disponible dans l'ensemble de l'UE d'ici la fin 2026.
Elle pourra être utilisée par les plateformes, qui pourront toutefois opter pour des systèmes alternatifs. “On ne va pas imposer l'outil que nous développons. Les grandes plateformes pourront utiliser l'outil qu'elles veulent, tant que cela fonctionne”, explique un haut-fonctionnaire à la Commission. Si le cadre européen harmonise davantage la vérification de l'âge, la proposition de loi française pourrait être plus facile à sécuriser juridiquement, estime Merav Griguer.
Jusqu'à récemment opposée à la mise en place d'un âge minimal européen pour l'accès aux réseaux sociaux, la Commission européenne apparaît aujourd'hui plus ouverte à l'idée. Lundi 13 juillet, lors d'une conférence de presse, Ursula von der Leyen a soutenu l'idée que les enfants très jeunes ne devraient pas utiliser les écrans et les plateformes numériques. Elle a également appelé à renforcer la protection des mineurs sur les réseaux sociaux. "Nous devons envisager un accès progressif et gradué pour différentes classes d’âge" aux réseaux sociaux et autres plateformes en ligne, a-t-elle plaidé.
La position de la Commission évolue, d'autant que d'autres pays européens réfléchissent à des projets similaires. Et que le Parlement européen y est lui-même favorable : le 26 novembre 2025, ses membres ont adopté une résolution recommandant de fixer à 16 ans l’âge minimal d’accès aux plateformes. Des initiatives qui ouvrent la voie à une solution européenne.
La conformité de la proposition de loi au droit européen dépendra du texte final et surtout de la manière dont la vérification d'âge est imposée aux plateformes, un domaine largement encadré au niveau européen, en particulier pour les très grandes plateformes.
Lundi 6 juillet, la Commission européenne a estimé que la proposition de loi française sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans n'était pas pleinement compatible avec le droit européen. Selon la Commission, si elle était mise en œuvre dans sa version actuelle, cette proposition de loi empiéterait sur les dispositions du DSA.
L'exécutif européen vise la dernière version du texte, adoptée par le Sénat en mars. Les sénateurs ont intégré un mécanisme à deux niveaux qui distingue les plateformes interdites aux moins de 15 ans et celles accessibles sous conditions, notamment avec autorisation parentale. "Nous devons réduire au minimum la fragmentation des systèmes nationaux, qui pourrait créer une insécurité juridique ou affaiblir l'application de la loi", a déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission européenne en matière de numérique.
Selon le Sénat, la Commission redoute surtout que la proposition de loi ne confie des pouvoirs trop importants au régulateur français des médias, l'Arcom, empiétant sur ses propres prérogatives dans le cadre du DSA pour les très grandes plateformes.
Le 20 juillet, députés et sénateurs se sont accordés sur une version définitive du texte, dans le cadre d'une commission mixte paritaire (CMP). Le texte pourrait être définitivement adopté le lendemain par les deux chambres, après la présentation des conclusions de l'accord. Le gouvernement vise une application de la loi dès le mois de septembre.
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