
19.06.2026 à 09:43
Déborah Yapi
Raphaël Enthoven, co-lauréat du prix Jean-Pierre-Bloch décerné par la Licra, a déclaré dans son discours que l’antisémitisme « n’a jamais été aussi virulent qu’aujourd’hui ». Tout d’abord, cette affirmation est historiquement fausse. Ensuite, dans son discours, Raphaël Enthoven associe l’antisémitisme à la critique de la politique d’Israël, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme afin de protéger la politique israëlienne de toute critique. Cet amalgame est à l’origine du silence de nombreuses personnes sur la situation à Gaza, de peur d’être taxées d’antisémitisme et d’être mises à l’écart du débat. Ce prix met en lumière le « deux poids deux mesures » qui existe dans le débat public français concernant la question de l’antisémitisme, alors que l’islamophobie en pleine explosion est invisibilisée. Évidemment, la remise d’un prix similaire pour le soutien à la cause palestinienne serait impensable. Mon analyse dans cette vidéo.
L’article Lutte contre l’antisémitisme et invisibilisation de la question palestinienne est apparu en premier sur IRIS.
Raphaël Enthoven, co-lauréat du prix Jean-Pierre-Bloch décerné par la Licra, a déclaré dans son discours que l’antisémitisme « n’a jamais été aussi virulent qu’aujourd’hui ». Tout d’abord, cette affirmation est historiquement fausse. Ensuite, dans son discours, Raphaël Enthoven associe l’antisémitisme à la critique de la politique d’Israël, instrumentalisant ainsi la lutte contre l’antisémitisme afin de protéger la politique israëlienne de toute critique.
Cet amalgame est à l’origine du silence de nombreuses personnes sur la situation à Gaza, de peur d’être taxées d’antisémitisme et d’être mises à l’écart du débat.
Ce prix met en lumière le « deux poids deux mesures » qui existe dans le débat public français concernant la question de l’antisémitisme, alors que l’islamophobie en pleine explosion est invisibilisée. Évidemment, la remise d’un prix similaire pour le soutien à la cause palestinienne serait impensable.
Mon analyse dans cette vidéo.
L’article Lutte contre l’antisémitisme et invisibilisation de la question palestinienne est apparu en premier sur IRIS.
18.06.2026 à 16:44
Coline Laroche
En mai 2026, la Chambre de commerce chinoise en Indonésie a transmis au président Prabowo Subianto une lettre de protestation formelle, copiée à l’ambassade de Chine. Ses signataires, Tsingshan, Zhejiang Huayou Cobalt et Brunp, sont les groupes qui ont financé et bâti l’industrialisation nickélifère indonésienne. Leur plainte porte sur les quotas de production, la révision du prix de référence du minerai et la hausse des royalties. Ce moment a une signification précise : les architectes de la domination indonésienne sur le marché mondial du nickel se retrouvent désormais contraints de protester auprès d’un État qu’ils pensaient avoir rendu dépendant d’eux. Jakarta a acquis un levier réel, et elle a commencé à l’utiliser.
L’article Nickel indonésien : la souveraineté minière à l’épreuve de ses propres contradictions est apparu en premier sur IRIS.
En mai 2026, la Chambre de commerce chinoise en Indonésie a transmis au président Prabowo Subianto une lettre de protestation formelle, copiée à l’ambassade de Chine. Ses signataires, Tsingshan, Zhejiang Huayou Cobalt et Brunp, sont les groupes qui ont financé et bâti l’industrialisation nickélifère indonésienne. Leur plainte porte sur les quotas de production, la révision du prix de référence du minerai et la hausse des royalties. Ce moment a une signification précise : les architectes de la domination indonésienne sur le marché mondial du nickel se retrouvent désormais contraints de protester auprès d’un État qu’ils pensaient avoir rendu dépendant d’eux. Jakarta a acquis un levier réel, et elle a commencé à l’utiliser.
L’article Nickel indonésien : la souveraineté minière à l’épreuve de ses propres contradictions est apparu en premier sur IRIS.
18.06.2026 à 11:29
Coline Laroche
L’Iran et les États-Unis ont annoncé, le 14 juin, un protocole d’accord qui doit être signé le 19 juin à Genève. Cette initiative marque l’ouverture d’une nouvelle phase de négociations entre les deux pays, trois mois après le déclenchement de la guerre. Le texte prévoirait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain visant les ports iraniens. Toutefois, plusieurs questions majeures restent en suspens, notamment sur le programme nucléaire iranien. Du côté iranien, le conflit a aggravé les difficultés économiques du pays, déjà fragilisé par les affrontements de 2025. Néanmoins, il n’a pas entraîné l’effondrement attendu du régime, au contraire, la guerre semble avoir ravivé le sentiment national et consolidé la position des autorités iraniennes. Du côté américain, l’ouverture de ces négociations marque une rupture dans la manière dont Washington envisage ses relations avec Téhéran et les limites de l’opération militaire menée par Donald Trump en Iran. Dans ce contexte, comment a évolué le rapport entre la société iranienne et le pouvoir depuis le déclenchement de la guerre ? Quels sont enjeux du protocole d’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis ? Enfin, un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable ? Le point avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran. Quel bilan peut-on dresser de la situation intérieure iranienne depuis le déclenchement de la guerre ? Le régime iranien sort-il renforcé ou affaibli de la guerre et des négociations avec Washington ? La situation intérieure sur le plan politique reste incertaine. Il est clair que l’Iran traversait, avant cette guerre, une grave crise politique, du fait des manifestations de janvier 2026 et surtout de la répression qui a suivi, ayant causé des milliers de morts. Il s’agissait de la plus grave crise de légitimité du système politique iranien depuis la révolution. […]
L’article Iran–États-Unis : un accord de paix est-il possible ? est apparu en premier sur IRIS.
L’Iran et les États-Unis ont annoncé, le 14 juin, un protocole d’accord qui doit être signé le 19 juin à Genève. Cette initiative marque l’ouverture d’une nouvelle phase de négociations entre les deux pays, trois mois après le déclenchement de la guerre. Le texte prévoirait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz et la levée du blocus américain visant les ports iraniens. Toutefois, plusieurs questions majeures restent en suspens, notamment sur le programme nucléaire iranien. Du côté iranien, le conflit a aggravé les difficultés économiques du pays, déjà fragilisé par les affrontements de 2025. Néanmoins, il n’a pas entraîné l’effondrement attendu du régime, au contraire, la guerre semble avoir ravivé le sentiment national et consolidé la position des autorités iraniennes. Du côté américain, l’ouverture de ces négociations marque une rupture dans la manière dont Washington envisage ses relations avec Téhéran et les limites de l’opération militaire menée par Donald Trump en Iran. Dans ce contexte, comment a évolué le rapport entre la société iranienne et le pouvoir depuis le déclenchement de la guerre ? Quels sont enjeux du protocole d’accord conclu entre l’Iran et les États-Unis ? Enfin, un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable ? Le point avec Thierry Coville, chercheur à l’IRIS et spécialiste de l’Iran.
Quel bilan peut-on dresser de la situation intérieure iranienne depuis le déclenchement de la guerre ? Le régime iranien sort-il renforcé ou affaibli de la guerre et des négociations avec Washington ?
La situation intérieure sur le plan politique reste incertaine. Il est clair que l’Iran traversait, avant cette guerre, une grave crise politique, du fait des manifestations de janvier 2026 et surtout de la répression qui a suivi, ayant causé des milliers de morts. Il s’agissait de la plus grave crise de légitimité du système politique iranien depuis la révolution. À cette période, une partie de la population iranienne, notamment ceux directement touchés par la répression, exprimait une colère telle que certains demandaient une intervention militaire des États-Unis. Au début de la guerre, certaines images diffusées montraient même des habitants se réjouissant des premiers bombardements américains.
Cependant, la situation s’est complexifiée : face à l’ampleur des bombardements et des destructions, un réflexe nationaliste est apparu. Beaucoup d’Iraniens ont en effet compris que l’objectif des États-Unis et d’Israël n’était pas d’apporter la démocratie en Iran, mais plutôt d’affaiblir le pays. Les scénarios, notamment israéliens, qui anticipaient une mobilisation populaire en faveur d’un changement de régime ne se sont pas concrétisés. Parallèlement, le pouvoir iranien a occupé l’espace public en mobilisant ses partisans, avec des manifestations organisées presque quotidiennement et une forte présence des forces de sécurité dans les rues.
Sur le plan politique, la résistance de l’armée iranienne face à l’attaque américano-israélienne et ce regain nationaliste, dont l’ampleur reste difficile à mesurer, conduisent à considérer que le système politique iranien, a été renforcé par cette guerre. C’est l’un des paradoxes du conflit.
En parallèle, la situation économique s’est fortement dégradée. Elle était déjà difficile avant la guerre, notamment à la suite du conflit précédent. L’Iran a connu une stagnation de l’activité en 2025 et une inflation ayant atteint 50 %. Avec la guerre, les prix ont continué d’augmenter. Selon les derniers chiffres disponibles, datant d’avril 2026, l’inflation atteindrait au moins 80 % en mai 2026 d’après la Banque Centrale d’Iran, tandis que le FMI prévoit 70 % pour l’ensemble de l’année 2026. L’activité économique a probablement reculé, notamment du fait du conflit. Les autorités iraniennes évoquent elles-mêmes deux millions de pertes d’emploi pendant la guerre. À cela s’ajoutent les destructions d’infrastructures, estimées par Téhéran à 300 milliards de dollars.
Le système politique semble donc avoir bénéficié d’un plus grand soutien du fait de ce conflit. Cependant, il faut noter que, parallèlement, la répression s’est intensifiée depuis le cessez-le-feu, avec des exécutions visant notamment des manifestants arrêtés lors des manifestations de janvier 2026 et des arrestations d’opposants. Dans le même temps, la situation économique demeure particulièrement préoccupante. Cela alimente les craintes de la part des autorités de nouvelles mobilisations sociales, les difficultés économiques ayant déjà constitué l’un des moteurs des manifestations de janvier. C’est sans doute dans ce contexte que les autorités iraniennes ont engagé des négociations avec les États-Unis afin d’obtenir une levée des sanctions et un retour des avoirs iraniens bloqués à l’étranger.
Que prévoit le protocole d’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran ? Quelles conséquences pourrait-il avoir pour l’Iran et l’équilibre régional ?
L’objectif du protocole d’accord est de définir un cadre pour de futures négociations entre les deux pays, ce qui constitue déjà une évolution importante compte tenu du niveau de méfiance existant.
À ce stade, aucun texte officiel n’a été publié. D’après les éléments disponibles, le protocole d’accord pourrait porter sur des mesures concrètes, comme l’ouverture du détroit d’Ormuz par l’Iran en échange de la levée du blocus des ports iraniens par les États-Unis. L’arrêt des combats en Iran et au Liban constituerait également un point important pour Téhéran. Par ailleurs, les sanctions américaines concernant les exportations iraniennes de pétrole et de produits pétrochimiques seront suspendues dès la signature de ce protocole.
Le protocole prévoit une période de soixante jours de négociation sur les sujets centraux : le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions. Concernant le nucléaire, les discussions porteraient notamment sur l’enrichissement d’uranium et sur le devenir du stock iranien enrichi à 60 %. Par ailleurs, un fond de 300 milliards de dollars permettant de financer la reconstruction de l’économie iranienne devrait être mis en place.
Un accord signé signifie que les deux pays ont reconnu avoir un intérêt commun. Du côté iranien, le maintien du système politique face à une attaque menée par la première puissance militaire mondiale et la principale puissance militaire du Moyen-Orient est présenté comme une forme de victoire.
Par ailleurs, la prise de conscience par le président américain de l’impossibilité d’atteindre ses objectifs par la guerre constitue clairement une victoire pour l’Iran. Le président américain, qui parlait initialement de changement de régime, en est arrivé à négocier et à signer un accord avec ce même régime. C’est là un changement complet de la politique américaine.
Pour autant, les questions de légitimité politique demeurent posées en Iran. Tout dépendra désormais de la capacité des autorités iraniennes à s’appuyer sur ce nationalisme réapparu pendant la guerre pour tenter de restaurer leur légitimité auprès d’une grande partie de la population. Dans tous les cas, la levée du blocus américain sur les ports iraniens et la suspension des sanctions américaines devraient permettre un ralentissement de l’inflation dans les prochains mois. À plus long terme, un accord de paix définitif avec les États-Unis pourrait permettre à terme une plus grande intégration de l’Iran dans l’économie mondiale, à condition que les réformes nécessaires accompagnent cette évolution.
Sur le plan régional, la capacité de résistance de l’Iran face à l’attaque américano-israélienne pourrait avoir modifié les rapports de force et démontré une capacité de réponse militaire. Le fait que l’Iran ait frappé directement Israël en réaction aux attaques israéliennes au Liban, sans réponse militaire américaine directe, est sans précédent.
Le programme balistique iranien est perçu comme un facteur central de cette capacité de résistance. C’est pourquoi les demandes européennes visant à inclure une limitation de ce programme dans les négociations apparaissent difficiles à accepter du point de vue iranien. D’un point de vue géopolitique, l’Iran semble avoir donc accru son influence régionale avec ce conflit.
Par ailleurs, le conflit va laisser des traces. Il existe désormais de fortes tensions entre l’Iran et les Émirats arabes unis. En Iran, une perception s’est développée selon laquelle les Émirats auraient collaboré avec Israël pendant le conflit. La question est désormais de savoir si l’Iran et les pays arabes du Golfe persique seront capables de dépasser ces tensions. Un élément intéressant à ce sujet est le rôle actif qu’ont joué les dirigeants de l’Arabie saoudite, du Qatar et des Émirats arabes unis dans les négociations ayant entrainé la conclusion de ce protocole d’accord[1]. Plus largement, un nouvel ordre régional et international semble émerger. Les pays du Golfe pourraient être amenés à réévaluer leurs relations avec les États-Unis et avec Israël après avoir été entraînés dans un conflit auquel ils étaient opposés et dans lequel ils n’ont pas été véritablement protégés par les États-Unis.
Un compromis sur le programme nucléaire iranien est-il envisageable et quelles concessions chaque partie serait-elle prête à accepter ?
Dans l’absolu, un compromis paraît possible.
D’après les éléments disponibles, les États-Unis demanderaient une suspension de vingt ans de l’enrichissement d’uranium iranien, alors que l’Iran évoquait une période d’environ cinq ans ou davantage. Un terrain d’entente pourrait donc exister. Concernant le stock d’uranium enrichi à 60 %, une solution pourrait également être trouvée. L’Iran avait déjà proposé que ce stock soit dilué à un niveau d’enrichissement inférieur sur son territoire.
Une première difficulté semble liée à la période relativement brève prévue pour ces négociations. Deux mois apparaissent comme un délai très court. Les négociations ayant conduit à l’accord de 2015 avaient duré deux ans. Ces discussions sont extrêmement complexes et posent notamment la question des capacités d’expertise du côté américain pour négocier des accords durables sur des sujets aussi techniques. Certains proposent donc de séquencer les négociations et de conclure plusieurs accords distincts portant sur différents sujets : enrichissement d’uranium, devenir du stock enrichi à 60 %, ou autres aspects techniques.
L’autre difficulté concerne les oppositions politiques. Aux États-Unis, une partie des milieux néoconservateurs et des courants les plus favorables à une ligne dure s’opposent fortement à cette négociation. La démarche actuelle constitue en effet une rupture avec une tradition du Parti républicain consistant à refuser toute négociation avec l’Iran depuis la crise des otages de 1979. Du côté israélien également, le gouvernement apparaît très critique à l’égard de ces négociations et du protocole signé. Les attaques dans le sud de Beyrouth peuvent être interprétées comme un signal montrant une volonté d’empêcher l’aboutissement du processus.
Ces obstacles existent, mais une première étape a néanmoins été franchie avec la signature de ce protocole d’accord.
[1] « How the US-Iran deal came together », Financial Times, 15 juin 2026.
L’article Iran–États-Unis : un accord de paix est-il possible ? est apparu en premier sur IRIS.
17.06.2026 à 18:36
Déborah Yapi
Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit. Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ? Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.
L’article Palestine : maintenir l’espoir. Avec Hala Abou Hassira est apparu en premier sur IRIS.
Alors que la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie est aujourd’hui dramatique, le bilan humain continue de s’alourdir. Malgré le cessez-le-feu à Gaza déclaré en octobre 2025, plus de mille Palestiniens ont trouvé la mort, témoignant de la poursuite des violences. Face à cette crise, la communauté internationale peine à apporter des réponses concrètes. C’est particulièrement le cas des puissances occidentales qui essuient de nombreuses critiques au regard du « deux poids, deux mesures » qu’elles appliquent dans le cadre des conflits. Si de nombreuses sanctions ont été adoptées contre la Russie depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, aucune n’a été prise à l’encontre d’Israël et cela malgré les conclusions d’une commission d’enquête des Nations unies faisant état d’actes de génocide commis à l’encontre de la population palestinienne. Au-delà de l’urgence humanitaire, le conflit soulève une question politique fondamentale : celle de la reconnaissance de l’État de Palestine. À ce jour, 80 % des membres des Nations unies reconnaissent officiellement l’État de Palestine, sans que cette reconnaissance ne permettent un règlement politique du conflit.
Quelle est aujourd’hui la situation humanitaire à Gaza et en Cisjordanie ? La population palestinienne est-elle abandonnée par la communauté internationale ? La reconnaissance de l’État de Palestine par certains États constitue-t-elle une avancée concrète ? L’après-Netanyahou pourrait-il ouvrir la voie à une relance de la solution à deux États ? Enfin, quels sont les défis politiques et institutionnels auxquels est aujourd’hui confrontée la représentation palestinienne ?
Autant d’enjeux abordés avec Hala Abou Hassira, ambassadeur de Palestine en France depuis 2021.
L’article Palestine : maintenir l’espoir. Avec Hala Abou Hassira est apparu en premier sur IRIS.
16.06.2026 à 16:59
stagiaire-comm@iris-france.org
La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques. Tour d’horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité.
L’article La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis est apparu en premier sur IRIS.
La désinformation climatique est devenue un outil mobilisé par certains États pour servir leurs stratégies d’influence. La Russie et les États-Unis illustrent comment les enjeux liés au climat peuvent être utiliser dans le cadre d’une guerre informationnelle, ciblant particulièrement l’Europe. La remise en cause de consensus scientifique et des scientifiques, le ciblage des politiques énergétiques et climatiques ainsi que l’instrumentalisation des événements climatiques extrêmes sont autant de leviers permettant à ces acteurs d’influencer les opinions publiques et de servir des intérêts économiques, géopolitiques et stratégiques.
Tour d’horizon des usages stratégiques de la désinformation climatique à travers les cas de la Russie et des États-Unis avec Mathilde Jourde, chercheuse à l’IRIS, co-directrice de l’Observatoire Défense et Climat et responsable du Programme Climat, environnement, sécurité.
L’article La désinformation climatique au service des stratégies d’ingérence : les cas de la Russie et des États-Unis est apparu en premier sur IRIS.
16.06.2026 à 15:56
Coline Laroche
La Chine a toujours placé le développement de son agriculture et sa sécurité alimentaire au cœur de ses priorités nationales. Après avoir positionné ces questions au centre de sa diplomatie ces dernières années, que ce soit à travers l’initiative « une ceinture, une route » lancée en 2013 ou sa prise de direction de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) en 2019, la puissance chinoise s’évertue désormais à devenir un grand exportateur… Produire avant tout Grand pays, très peuplé, la Chine n’a jamais sous-estimé l’importance du secteur agricole pour aller de l’avant. Après les grandes famines de l’ère Mao, qui ont fait des millions de victimes dans la décennie 1960, les réformes mises en place pour le décollage économique ont conféré aux productions agricoles nationales un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. Il fallait nourrir un milliard de personnes en 1980, marché qui s’est complexifié au début du siècle avec une population plus exigeante en matière de sécurité sanitaire et de qualité, et qui atteint désormais 1,4 milliard d’individus. Les résultats agricoles domestiques ont été probants : la Chine est devenue le premier producteur mondial dans un nombre impressionnant de filières. Quelques chiffres emblématiques : 65 % des poissons aquacoles de la planète, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs et des captures de pêche, 25 % du riz, 18 % du blé, premier producteur mondial en fruits et en légumes, de thé, d’ails, d’algues, de pommes de terre… N’en jetez plus ! Cela n’est pas toujours commenté, mais oui, la Chine est une superpuissance productive agricole, aquacole et halieutique. Elle importe massivement, nous allons y venir, mais récolte des quantités colossales sur ses propres terres, ses littoraux ou les océans du globe. Son objectif n’est pas l’autarcie, mais une formule plus subtile : produire le maximum […]
L’article Chine : superpuissance agricole en devenir est apparu en premier sur IRIS.
La Chine a toujours placé le développement de son agriculture et sa sécurité alimentaire au cœur de ses priorités nationales. Après avoir positionné ces questions au centre de sa diplomatie ces dernières années, que ce soit à travers l’initiative « une ceinture, une route » lancée en 2013 ou sa prise de direction de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) en 2019, la puissance chinoise s’évertue désormais à devenir un grand exportateur…
Grand pays, très peuplé, la Chine n’a jamais sous-estimé l’importance du secteur agricole pour aller de l’avant. Après les grandes famines de l’ère Mao, qui ont fait des millions de victimes dans la décennie 1960, les réformes mises en place pour le décollage économique ont conféré aux productions agricoles nationales un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. Il fallait nourrir un milliard de personnes en 1980, marché qui s’est complexifié au début du siècle avec une population plus exigeante en matière de sécurité sanitaire et de qualité, et qui atteint désormais 1,4 milliard d’individus. Les résultats agricoles domestiques ont été probants : la Chine est devenue le premier producteur mondial dans un nombre impressionnant de filières. Quelques chiffres emblématiques : 65 % des poissons aquacoles de la planète, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs et des captures de pêche, 25 % du riz, 18 % du blé, premier producteur mondial en fruits et en légumes, de thé, d’ails, d’algues, de pommes de terre…
N’en jetez plus ! Cela n’est pas toujours commenté, mais oui, la Chine est une superpuissance productive agricole, aquacole et halieutique. Elle importe massivement, nous allons y venir, mais récolte des quantités colossales sur ses propres terres, ses littoraux ou les océans du globe. Son objectif n’est pas l’autarcie, mais une formule plus subtile : produire le maximum à domicile, importer ce qui manque et sécuriser l’ensemble des chaînes d’approvisionnement mondiales. Mais la Chine ne cherche pas seulement à nourrir sa population imposante, elle construit progressivement une véritable architecture de puissance en matière agricole et alimentaire, en conjuguant innovations, industries et influences. Ces trois « i » sont structurants dans la stratégie de Pékin.
Les documents officiels les plus récents sont explicites. Chaque année, le pouvoir chinois publie ce que l’on appelle le « document central n°1 ». Celui rendu public au début de l’année 2026 confirme que, pour Pékin, l’agriculture reste un enjeu fondamental de sécurité nationale[1]. Mais il révèle aussi une évolution significative dans la manière dont la Chine pense désormais sa politique alimentaire. Depuis plusieurs décennies, l’objectif premier des autorités chinoises a été d’assurer l’autosuffisance en céréales. Dans un pays qui ne dispose que d’environ 9 % des terres arables mondiales pour près d’un cinquième de la population de la planète, la question agricole est intrinsèquement stratégique. Cette contrainte majeure explique l’attention constante portée par Pékin à la protection du foncier agricole, à la stabilité de la production de riz, de blé et de maïs, ainsi qu’à la gestion rigoureuse des stocks de ces grains.Mais la stratégie chinoise évolue. Le document publié pour 2026 met moins l’accent sur la seule augmentation des volumes agricoles et davantage sur la qualité, l’efficacité et la modernisation du système productif. Le gouvernement insiste aussi sur la nécessité de soutenir les revenus agricoles, d’améliorer les infrastructures rurales et de renforcer l’attractivité économique des filières agricoles. Cette dimension est cruciale pour maintenir la stabilité sociale dans un pays où les écarts entre villes et campagnes restent marqués. À ce titre, il est important de suivre les débats en cours sur la réforme du Hukou[2], ce système orchestrant les flux de ruraux vers les métropoles du pays.
Ainsi la Chine cherche désormais à construire une agriculture plus technologique, capable de répondre à une demande alimentaire en mutation et à une compétition internationale de plus en plus intense.Cette transformation repose en grande partie sur l’innovation. Les autorités mettent en avant ce qu’elles qualifient de « nouvelles forces productives » agricoles : développement des biotechnologies, amélioration des semences et édition génétique, mécanisation intelligente, recours accru aux drones et aux capteurs, efficience logistique par les données numériques et la robotique. L’agriculture, portée par une vision d’ingénieurs[3], est appelée à devenir hautement technologique, capable d’augmenter la productivité tout en faisant face aux raretés foncières et hydriques, mais aussi de vieillissement de la population rurale.Pour innover en agriculture, la Chine investit massivement dans la science, la recherche agronomique et l’intelligence artificielle, comme aucune autre nation n’est capable de le faire. L’un des axes sur lequel nous devrions porter une attention accrue concerne ces humanoïdes que la Chine invente, déploie et entend mobiliser, des champs ruraux aux logistiques urbaines en passant par les usines et les industries agro-alimentaires. Ces humanoïdes, dont les capacités augmentent rapidement[4], pourraient probablement devenir des produits d’exportation vers des pays où la main-d’œuvre agricole et industrielle fait défaut, à commencer en Europe.
Ces dynamiques reposent désormais sur le 15ème plan quinquennal chinois pour la période 2026-2030, qui révèle l’objectif de Pékin à être pleinement souverain sur le plan économique et à s’imposer désormais comme puissance productive dans une multitude de domaines, entre ceux où elle l’est déjà et ceux où elle entend le devenir[5]. Ainsi de l’agriculture, pour se transformer en force agro-alimentaire, capable d’exporter. Ce 15ème plan maintient l’alimentation comme un enjeu de sécurité nationale et la propulse comme pilier d’innovation industrielle et technologique, mais aussi d’ambition de rayonnement international.
Les communications officielles chinoises les plus récentes confirment la volonté de mieux coordonner les importations agricoles avec la production domestique. Pékin reconnaît implicitement que certaines dépendances structurelles demeurent, notamment pour le soja, certaines viandes ou les produits laitiers. Mais elle souhaite désormais gérer plus stratégiquement ces flux afin d’éviter toute vulnérabilité excessive. C’est aussi dans cette perspective qu’il faille replacer le dialogue équilibré avec Washington dans le domaine spécifique agricole, car les besoins chinois restent parfois réels et servent de négociation concrète avec le compétiteur états-unien[6].
Le sommet Trump-Xi du 18 mai 2026 s’avère d’ailleurs explicite à ce sujet. Les exportations agricoles des États-Unis vers la Chine avaient chuté de 66 % en 2025, conséquence des tensions commerciales, des surtaxes réciproques et de la volonté chinoise de réduire les achats. Lors de cette rencontre, la Chine s’est engagée à accroître ses importations de produits agricoles états-uniens, à travailler à la réduction de certaines barrières tarifaires et non tarifaires, sachant que plusieurs dossiers bloqués (bœuf, volaille) ont été relancés. La Maison-Blanche affirme que la Chine s’est engagée à acheter au moins 17 milliards de dollars de produits agricoles américains par an de 2026 à 2028, en plus des engagements sur le soja, mais Pékin s’est montrée bien moins loquace à ce sujet. Une probabilité : ce commerce agricole sino-états-unien va être davantage administré si la relation tend à l’apaisement durable, à moins qu’il soit davantage conflictuel si les tensions bilatérales progressent à nouveau. La Chine le sait et mise donc sur l’Amérique latine (Brésil, Argentine), l’Afrique (Éthiopie, Kenya, Afrique du Sud), la Russie et l’UE pour dérisquer ses approvisionnements et moins dépendre des États-Unis.
Pour autant, nous devons regarder un autre volet encore trop peu commenté : la Chine exporte de plus en plus. Sur le plan agricole, agro-alimentaire et halioalimentaire, la tendance est très nette : 12 milliards de dollars en 2000, trois fois plus en 2010, 60 milliards en 2020 et 90 milliards en 2025[7]. Cela place la Chine au 6ème rang mondial des exportateurs en la matière, juste après la France (95 milliards), pays qu’elle dépassera sous peu, sachant que les États-Unis dominent encore les débats avec 175 milliards, suivis par les Pays-Bas et le Brésil (150 milliards chacun) et l’Allemagne (120 milliards). Si l’on ajoutait l’agroéquipement avec les drones agricoles ou des technologies et robotiques entrant dans les chaînes de production agro-industrielle, nous aurions un chiffre commercial chinois à l’export encore plus significatif.
Mais retenons donc que Pékin devient l’un des grands leaders mondiaux à l’export, quand bien même la balance commerciale agricole et alimentaire demeure largement déficitaire : environ 100 milliards de dollars en 2025 ! C’est la différence avec le commerce global du pays, excédentaire de 1200 milliards l’an dernier ! De quoi acheter ce qu’il faut sur le marché mondial pour nourrir les populations et les animaux, ou nourrir peu à peu l’autonomie stratégique industrielle et technologique d’une Chine soucieuse d’être forte et influente dans les secteurs d’activité à même de perdurer dans le temps sur la planète.
Cela fait longtemps que Pékin ne dévie pas de trajectoire avec l’agriculture : vitale pour le pays, incontournable dans le monde, stratégique pour influencer les relations internationales. Notons au passage que la Chine industrialise sa décarbonation et marque également de plus en plus de points sur le terrain de l’engagement climatique, là où d’autres États rechignent ou peinent à garder le rythme en matière d’investissements à consentir. Avec comme corolaires, une influence croissante au niveau normatif, autre segment clef dans lequel Pékin joue pleinement la carte de la puissance, y compris en ce qui concerne la géoingéniérie appelée à dompter l’adversité météorologique… Depuis 2020 et la pandémie de Covid-19, l’Empire du Milieu contre-attaque donc bien sûr tous les fronts ! Et projetons cette ambition agricole avec le déclin démographique chinois, qui pourrait rééquilibrer peu à peu cette balance alimentaire à l’horizon 2050, avec davantage de surplus productifs domestiques à même de répondre aux besoins des autres. Aurons-nous dès lors inévitablement davantage de biens agro-alimentaires chinois sur nos marchés mondiaux et européens de demain ?
[1] Pour une analyse fouillée, se reporter à USDA Foreign Agricultural Service (2026), China’s Priorities in Agriculture and Rural Development in 2026, GAIN Report CH2026-0022.
[2] « A passport to prosperity : China is quietly making life easier for rural migrants », in The Economist, 30 mai 2026.
[3] À ce sujet, lire l’excellente analyse suivante : Dan Wang, « Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future », Penguin, 2025.
[4] Se reporter à Wendy Chang, Rebecca Arcesati et Altynay Junusova, « Embodied AI: China’s Ambitious Path to Transform Its Robotics Industry », Merics Report, April 2026.
[5] Matteo Torres et Thomas Grjebine, « Le 15ème plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ? », Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (HCSP), 28 mai 2026.
[6] Afin de comprendre cet arrière-plan géoéconomique, lire Jean-François Di Meglio, « Chine et États-Unis : divorce impossible », in Le Déméter 2026 : Appétits stratégiques et pivots agricoles, IRIS Éditions, Club DÉMÉTER, pp 79-99.
[7] Les chiffres avancés dans ce paragraphe relèvent de l’International Trade Centre (ITC TradeMap).
L’article Chine : superpuissance agricole en devenir est apparu en premier sur IRIS.
16.06.2026 à 10:45
Déborah Yapi
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour de la politique étatsunienne en Amérique latine alors que Donald Trump renforce la pression sur Cuba et affiche sa volonté de pousser à la chute du gouvernement cubain.
L’article Trump : main basse sur l’Amérique latine ? est apparu en premier sur IRIS.
Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, autour de la politique étatsunienne en Amérique latine alors que Donald Trump renforce la pression sur Cuba et affiche sa volonté de pousser à la chute du gouvernement cubain.
L’article Trump : main basse sur l’Amérique latine ? est apparu en premier sur IRIS.