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INSTITUT DE RELATIONS INTERNATIONALES ET STRATÉGIQUES
Think tank français spécialisé sur les questions géopolitiques et stratégiques

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21.09.2026 à 16:31

Criminalité organisée et jeux d’argent. Des liens multiformes et une réponse institutionnelle limitée

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Depuis l’infiltration des casinos de Las Vegas par les mafias italo-américaines, et de ceux de Macao par les triades chinoises, en passant par l’implication de mafias italiennes et de réseaux criminels post-soviétiques dans le jeu en ligne, la criminalité organisée internationale entretient des liens historiques et multiformes avec le secteur des jeux d’argent. Pour l’année 2026, les projections de revenus issus du secteur des jeux d’argent (produit brut des jeux), s’élèvent à plus de 650 milliards de dollars, un ordre de grandeur comparable au Produit intérieur brut (PIB) de la Norvège ou de l’Autriche. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus issus du jeu illégal, dont il n’existe pas d’estimation globale précise. Les liens entre jeux d’argent et criminalité organisée dépassent l’offre clandestine de jeux par des groupes criminels. Le chercheur Antonius Spapens identifie trois formes principales d’interactions :  la pénétration du secteur légal des jeux (par exemple, jusqu’au début des années 1980, l’infiltration du milieu des casinos de Las Vegas par les organisations mafieuses italo-américaines), le détournement des formes de jeu légal (par exemple, à des fins de blanchiment d’argent) et l’offre illégale de jeux d’argent par les acteurs issus de la criminalité internationale. Les jeux d’argent sont généralement intégrés à une économie polycriminelle, au sein de laquelle se combinent génération de profits, blanchiment de capitaux et diversification des activités illicites. Au cours de la dernière décennie, la numérisation du secteur des jeux a changé l’échelle du phénomène avec une multiplication des plateformes, une circulation transfrontalière des services et le développement de solutions de paiement anonymisantes. Les acteurs criminels sont agiles et savent tirer profit de ces changements et faire évoluer leurs activités, qui s’insèrent elles-mêmes dans des systèmes sophistiqués mêlant activités criminelles et légales diverses, en face la réponse institutionnelle est lente et complexe. Quelles sont les […]

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Texte intégral (507 mots)

Depuis l’infiltration des casinos de Las Vegas par les mafias italo-américaines, et de ceux de Macao par les triades chinoises, en passant par l’implication de mafias italiennes et de réseaux criminels post-soviétiques dans le jeu en ligne, la criminalité organisée internationale entretient des liens historiques et multiformes avec le secteur des jeux d’argent.

Pour l’année 2026, les projections de revenus issus du secteur des jeux d’argent (produit brut des jeux), s’élèvent à plus de 650 milliards de dollars, un ordre de grandeur comparable au Produit intérieur brut (PIB) de la Norvège ou de l’Autriche. Ces chiffres ne tiennent pas compte des revenus issus du jeu illégal, dont il n’existe pas d’estimation globale précise.

Les liens entre jeux d’argent et criminalité organisée dépassent l’offre clandestine de jeux par des groupes criminels. Le chercheur Antonius Spapens identifie trois formes principales d’interactions :  la pénétration du secteur légal des jeux (par exemple, jusqu’au début des années 1980, l’infiltration du milieu des casinos de Las Vegas par les organisations mafieuses italo-américaines), le détournement des formes de jeu légal (par exemple, à des fins de blanchiment d’argent) et l’offre illégale de jeux d’argent par les acteurs issus de la criminalité internationale.

Les jeux d’argent sont généralement intégrés à une économie polycriminelle, au sein de laquelle se combinent génération de profits, blanchiment de capitaux et diversification des activités illicites. Au cours de la dernière décennie, la numérisation du secteur des jeux a changé l’échelle du phénomène avec une multiplication des plateformes, une circulation transfrontalière des services et le développement de solutions de paiement anonymisantes. Les acteurs criminels sont agiles et savent tirer profit de ces changements et faire évoluer leurs activités, qui s’insèrent elles-mêmes dans des systèmes sophistiqués mêlant activités criminelles et légales diverses, en face la réponse institutionnelle est lente et complexe.

Quelles sont les formes d’implication de la criminalité internationale dans les jeux d’argent et quels sont les défis auxquels est confrontée la réponse institutionnelle ?

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21.09.2026 à 12:48

Nouvelle séquence de la guerre au Yémen

Coline Laroche              

Le vendredi 11 septembre 2026, le groupe rebelle des Houthis, soutenu par l’Iran, s’est emparé du littoral de la mer Rouge, et notamment du détroit stratégique de Bab-el-Mandeb. Ces avancées militaires, qui s’intensifient depuis juillet 2026, soulèvent de nouvelles interrogations à l’échelle internationale. Quelles sont les conséquences du blocage de ce détroit pour la communauté internationale, et plus particulièrement pour la crédibilité de Donald Trump ? Quelles sont les origines du conflit yéménite et de son opposition avec l’Arabie saoudite ? Enfin, cette nouvelle escalade pourrait-elle ouvrir un second front dans la région ? Le point avec Didier Billion, conseiller scientifique et responsable du Programme Moyen-Orient/Afrique du Nord à l’IRIS. Quelles sont les conséquences de la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les houthistes ? En quoi le blocage de ce second détroit entame-t-il la crédibilité étatsunienne au Moyen-Orient, notamment à l’approche des midterms ? À court terme, les conséquences peuvent s’avérer d’une importance considérable pour l’économie internationale. Rappelons qu’environ 20 % du fret maritime commercial passe par ce détroit, tant sont nombreux les navires qui l’empruntent pour remonter la mer Rouge puis passer le canal de Suez. Les flux du trafic maritime sont en outre aussi orientés du nord vers le sud puisqu’à la suite du blocage partiel du détroit d’Ormuz, les autorités saoudiennes avaient décidé d’exporter un maximum de leur pétrole en passant par les ports orientaux du royaume en direction de l’océan Indien et de l’Asie. La prise de contrôle de Bab-el-Mandeb par les houthistes compromet cette possibilité, ce qui ne manquera pas d’accroître encore le prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux. Précisons que l’interdiction de passage des navires par les houthistes ne s’applique à ce jour qu’aux navires battant pavillon saoudien ou israélien – ou liés à des intérêts de ces deux États. En outre, […]

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Texte intégral (1656 mots)

Quelles sont les conséquences de la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb par les houthistes ? En quoi le blocage de ce second détroit entame-t-il la crédibilité étatsunienne au Moyen-Orient, notamment à l’approche des midterms ?

À court terme, les conséquences peuvent s’avérer d’une importance considérable pour l’économie internationale. Rappelons qu’environ 20 % du fret maritime commercial passe par ce détroit, tant sont nombreux les navires qui l’empruntent pour remonter la mer Rouge puis passer le canal de Suez. Les flux du trafic maritime sont en outre aussi orientés du nord vers le sud puisqu’à la suite du blocage partiel du détroit d’Ormuz, les autorités saoudiennes avaient décidé d’exporter un maximum de leur pétrole en passant par les ports orientaux du royaume en direction de l’océan Indien et de l’Asie. La prise de contrôle de Bab-el-Mandeb par les houthistes compromet cette possibilité, ce qui ne manquera pas d’accroître encore le prix du baril de pétrole sur les marchés internationaux.

Précisons que l’interdiction de passage des navires par les houthistes ne s’applique à ce jour qu’aux navires battant pavillon saoudien ou israélien – ou liés à des intérêts de ces deux États. En outre, un accord particulier a été passé entre les États-Unis et les houthistes garantissant la liberté de passage aux navires étatsuniens. On comprend aisément que l’administration Trump tente de parer par tous les moyens les effets négatifs de l’envolée des prix du pétrole sur la façon dont les citoyens voteront lors des midterms, organisés le 3 novembre prochain.

Au-delà du blocage des ports saoudiens, les houthistes ont été accusés par Riyad d’avoir lancé une attaque de drones sur La Mecque. Quelles sont les racines historiques de cette opposition entre l’Arabie saoudite et les milices houthistes et comment les rapports de force ont-ils évolué entre les deux parties ?

Cette information a catégoriquement été démentie par les houthistes. Ces versions contradictoires relèvent de la propagande de temps de guerre et il est difficile de recueillir la vérité des faits. Néanmoins, considérant qu’une partie de leur référent identitaire est clairement lié à la religion islamique, il semble peu crédible que les houthistes aient délibérément visé les Lieux Saints de l’islam. A contrario ils ont bombardé la capitale Riyad au cours des dernières heures.

Avant même d’aborder la relation conflictuelle de l’Arabie saoudite avec les houthistes, il convient de rappeler la prévention des Saoudiens à l’égard du Yémen. Celui-ci, pays de longue histoire, État arabe le plus peuplé de la péninsule arabique, composé de tribus et de clans turbulents, rétifs à toute autorité centrale, est depuis longtemps considéré avec défiance par les Saoudiens. On prétend qu’Ibn Saoud – premier roi de l’Arabie saoudite moderne mort en 1953 – aurait déclaré sur son lit de mort que « le bonheur du royaume réside dans la misère du Yémen » … Si des doutes subsistent sur l’authenticité et l’exactitude de la citation, elle fournit néanmoins une indication assez claire quant à la nature de la relation entre les deux pays.

Avec les houthistes, le conflit actuel s’inscrit plus précisément dans l’histoire récente et renvoie à la séquence des révoltes arabes de 2011-2012. Le Yémen connait alors une véritable transition démocratique, avec notamment l’élection d’un nouveau président Abdrabbo Mansour Hadi en 2012. Les houthistes se percevant marginalisés dans la nouvelle architecture du pouvoir organisent une énième révolte contre les autorités yéménites fraichement élues, avancent sur une partie du pays et conquièrent la capitale, Sanaa, en septembre 2014. Le président élu et son gouvernement se réfugient alors en Arabie saoudite, puis dans des régions yéménites « sécurisées » par l’Arabie saoudite. C’est à la suite de ces événements que le jeune et inexpérimenté Mohamed ben Salmane, qui vient à l’époque tout juste de gagner ses galons de ministre de la Défense, en l’occurrence bien mal conseillé par Mohamed ben Zayed prince héritier d’Abou Dabi, constitue une coalition d’une dizaine de pays arabes et attaque les positions houthistes. Guerre exclusivement aérienne du côté saoudien qui s’enlise rapidement, mais induit de considérables dégâts. Le bilan à ce jour est terrible : 400 000 morts, 2,5 millions déplacés, deux-tiers de la population qui dépendent d’une aide humanitaire ne parvenant que très difficilement.

Une trêve entre les belligérants est conclue en avril 2022, mais les négociations qui s’ensuivent piétinent. Le gouvernement internationalement reconnu – incarné par le Conseil de direction présidentiel – est très divisé devant un bloc houthiste uni et exigeant. C’est en juillet 2026 que la trêve est officiellement rompue, ce qui aboutit deux mois plus tard à la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb. Les houthistes initialement animés à la fois par des revendications anti-impérialistes et par une identité confessionnelle zaïdite – branche de l’islam chiite qui trouve ses origines au VIIIe siècle de notre ère – expriment aussi une réaction patriotique devant ce qui est perçue par une partie de la population comme une agression étrangère.

Quelles sont les répercussions de cette offensive à l’échelle régionale ? Face à un Moyen-Orient fragmenté, cette nouvelle escalade pourrait-elle ouvrir un nouveau front dans la région ?

En dépit d’une totale asymétrie des forces militaires, les événements prouvent tout d’abord une nouvelle fois que des organisations paraétatiques sont en situation de résister et de remporter des victoires contre des forces théoriquement infiniment plus puissantes qu’elles. Cela n’élude pas le fait que les houthistes pâtissent d’une autorité fragile à l’intérieur du Yémen, non seulement en raison de paramètres confessionnels, mais aussi en raison de la réalité sociologique infiniment morcelée du pays. Ali Abdallah Saleh qui a présidé aux destinées du pays durant 33 années (1978-2012) expliquait que « gouverner le Yémen c’est comme danser sur un nid de serpents ».

Ensuite, contrairement à de nombreux commentaires trop pressés, la dernière séquence politique montre que les forces de l’ « axe de la résistance » – c’est-à-dire l’ensemble des forces proches de l’Iran – sont certes affaiblies mais loin d’être annihilées. Le fait par exemple que l’oléoduc saoudien est-ouest ait été bombardé par des milices chiites irakiennes en soutien aux houthistes, constitue un indicateur assez net de la situation qui prévaut et de la coordination qui existe entre ces groupes.

Si les paramètres confessionnels ne peuvent être niés dans ce conflit, la principale racine des conflits renvoie avant tout aux rivalités de puissance politiques et géopolitiques. L’opposition sunnisme-chiisme comme grille d’explication principale des conflits au Moyen-Orient ne fonctionne décidément pas.

Si nous pouvons considérer qu’une nouvelle étape de la guerre entre les houthistes et l’Arabie saoudite vient de s’ouvrir, les événements de ces derniers jours s’inscrivent toujours dans le cours de la guerre initiée en 2015 qui ne trouvera pas d’issue proprement militaire. Cela souligne l’urgence d’une solution politique et la mise en œuvre d’un cessez-le-feu dans les meilleurs délais. Le refus de Donald Trump d’aider militairement l’Arabie saoudite, en dépit des demandes de Mohamed ben Salmane, va certainement contraindre cette dernière à reprendre des négociations avec les houthistes qui, pour leur part, vont hausser le niveau de leurs exigences.

Enfin, outre les enjeux proprement nationaux et l’agenda politique propre des houthistes, leur avancée s’inscrit aussi dans la politique régionale de la République islamique. En ce sens, la prise de contrôle du détroit de Bab-el-Mandeb est une aubaine stratégique pour l’Iran et constitue un moyen de pression supplémentaire pour réactiver de véritables négociations avec les États-Unis. Décidément la guerre déclenchée par ces derniers et Israël le 28 février 2026 est un fiasco absolu.

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18.09.2026 à 14:34

Trump n’est pas rancunier avec Netanyahou

stagiairedecomm@iris-france.org

Alors que Mahmoud Abbas devait intervenir dans le cadre de l’Assemblee générale des Nations unies, les États-Unis ont interdit l’entrée sur leur territoire à la délégation de la Palestine. Toutefois, ce 17 septembre, l’Assemblée générale a adopté une résolution autorisant le président palestinien à intervenir en visioconférence, comme l’année précédente. Embarqué par Israël dans une guerre qui semble désormais interminable, contre l’avis de son propre cabinet, Donald Trump ne semble pourtant pas être rancunier. Pour preuve, la livraison à venir de 40 000 bombes pour un montant de 2,8 milliards de dollars à Israël. Mon analyse dans cette vidéo.

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Alors que Mahmoud Abbas devait intervenir dans le cadre de l’Assemblee générale des Nations unies, les États-Unis ont interdit l’entrée sur leur territoire à la délégation de la Palestine. Toutefois, ce 17 septembre, l’Assemblée générale a adopté une résolution autorisant le président palestinien à intervenir en visioconférence, comme l’année précédente.

Embarqué par Israël dans une guerre qui semble désormais interminable, contre l’avis de son propre cabinet, Donald Trump ne semble pourtant pas être rancunier. Pour preuve, la livraison à venir de 40 000 bombes pour un montant de 2,8 milliards de dollars à Israël.

Mon analyse dans cette vidéo.

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17.09.2026 à 15:37

Midterms 2026 : entre état d’urgence et contestation

Déborah Yapi

Nous voici à sept semaines du 3 novembre. Et jamais, dans l’histoire récente des États-Unis, des élections législatives n’avaient revêtu une telle importance — ni un président sortant fait preuve d’une telle agressivité pour tenter d’en infléchir le cours. La convention républicaine de Dallas des 9 et 10 septembre aura donné le ton. Surnommée “Trumpapalooza” par une presse médusée, cette grand-messe inédite — les républicains n’avaient jamais organisé de convention à mi-mandat — a été imposée par Donald Trump lui-même. Lorsque le speaker de la Chambre Mike Johnson lui a objecté que “ça ne se fait pas”, Trump aurait répondu : « Make it a thing. » On ne saurait mieux résumer sa conception des institutions.   Le président américain a donc transformé ce scrutin en référendum sur sa propre personne, interpellant les électeurs depuis la scène de l’American Airlines Center : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Pour s’assurer que le message passe, il a promis un chèque de 5 000 dollars à chaque citoyen états-unien adulte si les républicains conservent le Congrès. Rien de moins. Le hic, c’est que tous les indicateurs lui sont défavorables. Sa cote d’approbation est au plus bas — même au Texas, État hôte de la convention. La guerre en Iran, vécue aux États-Unis comme un véritable fiasco, a fracturé sa base MAGA. Le pouvoir d’achat s’érode chaque jour davantage. Et les sondages donnent aux démocrates une nette avance pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants avec le Sénat en ligne de mire. Mais Trump n’est pas homme à accepter une défaite. Et la contestation des résultats a déjà commencé — bien avant que les bureaux de vote n’aient ouvert. Elle a débuté le 3 juillet au pied du mont Rushmore, la veille du 250e anniversaire des États-Unis, lorsque le […]

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Texte intégral (1052 mots)

Nous voici à sept semaines du 3 novembre. Et jamais, dans l’histoire récente des États-Unis, des élections législatives n’avaient revêtu une telle importance — ni un président sortant fait preuve d’une telle agressivité pour tenter d’en infléchir le cours.

La convention républicaine de Dallas des 9 et 10 septembre aura donné le ton. Surnommée “Trumpapalooza” par une presse médusée, cette grand-messe inédite — les républicains n’avaient jamais organisé de convention à mi-mandat — a été imposée par Donald Trump lui-même. Lorsque le speaker de la Chambre Mike Johnson lui a objecté que “ça ne se fait pas”, Trump aurait répondu : « Make it a thing. » On ne saurait mieux résumer sa conception des institutions.  

Le président américain a donc transformé ce scrutin en référendum sur sa propre personne, interpellant les électeurs depuis la scène de l’American Airlines Center : « Faites comme si j’étais sur le bulletin de vote. » Pour s’assurer que le message passe, il a promis un chèque de 5 000 dollars à chaque citoyen états-unien adulte si les républicains conservent le Congrès. Rien de moins.

Le hic, c’est que tous les indicateurs lui sont défavorables. Sa cote d’approbation est au plus bas — même au Texas, État hôte de la convention. La guerre en Iran, vécue aux États-Unis comme un véritable fiasco, a fracturé sa base MAGA. Le pouvoir d’achat s’érode chaque jour davantage. Et les sondages donnent aux démocrates une nette avance pour reprendre la majorité à la Chambre des représentants avec le Sénat en ligne de mire.

Mais Trump n’est pas homme à accepter une défaite. Et la contestation des résultats a déjà commencé — bien avant que les bureaux de vote n’aient ouvert.

Elle a débuté le 3 juillet au pied du mont Rushmore, la veille du 250e anniversaire des États-Unis, lorsque le milliardaire new-yorkais a prononcé un discours proprement lunaire dans lequel il agitait le spectre d’un « danger communiste » prêt à « submerger l’Amérique de l’intérieur. » Puis est venue, quelques jours plus tard, une allocution à la nation dans laquelle il affirmait, preuves à l’appui selon lui, que la Chine avait massivement truqué en faveur des démocrates les données électorales américaines depuis 2020. On se demandera naturellement comment, si tel était le cas, il a pu être brillamment réélu en 2024. Mais Donald Trump n’a jamais été embarrassé par ses propres contradictions.

L’objectif de ces déclarations est transparent : préparer le terrain et légitimer une contestation des résultats de novembre. Le scénario se dessine depuis des mois. Si les républicains perdent la Chambre, Trump n’acceptera pas le verdict. Il invoquera des fraudes, des ingérences étrangères, un complot « radical-gauchiste. » Il a déjà pratiqué l’exercice en 2020. Il recommencera.

Mais cette fois, il pourrait aller plus loin. Des rumeurs persistantes circulent à Washington selon lesquelles il envisagerait de proclamer l’état d’urgence en octobre — avant même la tenue du scrutin — pour en retarder l’organisation. 

Constitutionnellement, un président ne peut interférer sur le processus électoral : la date des élections est fixée par la loi, pas par décret. Mais plus de vingt gouverneurs républicains — qui contrôlent l’organisation des élections dans leurs États — ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils suivraient les directives de Trump, y compris inconstitutionnelles. Ce seul fait devrait faire froid dans le dos.

Proclamation d’état d’urgence avant les élections, ou contestation après — dans les deux cas, le pays plongerait dans une crise institutionnelle sans précédent. Et même si Donald Trump décidait, in fine, de s’asseoir sur des résultats défavorables et de gouverner par décrets en ignorant une nouvelle majorité démocrate à la Chambre, voire au Sénat, le bras de fer institutionnel qui s’ensuivrait serait d’une violence que les États-Unis n’ont jamais connue. Des procédures d’impeachment en cascade. Des blocages budgétaires. Des batailles judiciaires portées devant une Cour suprême trumpisée. Le tout se concluant potentiellement par un remake du 6 janvier 2021, version XXL, qui cette fois-ci pourrait même inclure les parlements locaux. Bref, une Amérique en état de guerre civile plus tout à fait froide.

Tout pointe donc, d’une manière ou d’une autre, vers une nouvelle fuite en avant autoritaire. Quelle que soit l’issue du scrutin.

Celles et ceux qui affirment avec certitude que tout se passera bien, que les institutions feront digue, que les Américains voteront sereinement le 3 novembre et que la droite crypto fasciste au pouvoir acceptera sagement le résultat, sont les mêmes qui juraient en 2015 que Trump ne serait jamais élu. Les mêmes qui, après l’assaut sur le Capitole, nous assuraient qu’il finirait ses jours en prison. Les mêmes, encore, qui, en 2024, criaient à qui voulait les entendre qu’il ne pourrait jamais revenir au pouvoir —les électeurs ayant soi-disant compris la leçon.

Dans quelques semaines, l’Amérique votera —ou du moins devrait voter. Ce qui se passera ensuite, personne ne le sait vraiment. Et c’est précisément ce qui doit nous inquiéter.


Romuald Sciora, essayiste franco-américain, est directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis de l’IRIS. Dernières publications: « America 250, une histoire graphique des États-Unis, vol. 1, Né dans le sang » et « Lettre ouverte à Trump d’un Américain de papier » (éditions Point Nemo).

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17.09.2026 à 15:34

Xi Jinping à Washington : un soutien surprise à Donald Trump ?

stagiairedecomm@iris-france.org

Donald Trump attend la visite de Xi Jinping ce 24 septembre. Les relations entre les dirigeants des deux pays les plus puissants du monde sont placées sur courant alternatif, oscillant entre déclarations d’amitié sans nuage et de rivalité extrême. C’est cependant surtout le président américain qui crée ces variations, passant sans difficulté et très rapidement de l’une à l’autre, tandis que son homologue chinois évite, lui, toute déclaration intempestive. Donald Trump vient de déclarer une guerre économique totale à l’Iran, en menaçant les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran de sanctions qui mettraient en difficulté la poursuite de leurs relations économiques. Le problème pour lui est que la Chine est le partenaire économique majeur de la République islamique et que l’on voit mal Beijing céder à ce type d’injonction de la part de Washington. Tout d’abord, parce que la Chine a besoin du pétrole iranien et qu’elle ne veut pas que l’Iran devienne un deuxième Venezuela. Un effondrement du régime, qui risquerait de faire passer l’Iran sous la coupe des États-Unis serait une catastrophe pour la Chine. Ensuite parce que sa crédibilité diplomatique serait cruellement atteinte par rapport au reste du monde si elle obéissait docilement à un ordre des États-Unis. Il s’agit là d’une question de prestige et de statut, la Chine ne pouvant se permettre de paraître agir sous la contrainte d’un autre État. Notons également le fait que ces mesures sont contraires au droit international, défendu officiellement par la Chine. Enfin, la Chine n’est certes pas un pays démocratique, mais il y existe néanmoins une opinion publique très sensible à tout ce qui touche la fierté nationale, et qui serait révulsée par de telles concessions. Or, la défense du nationalisme chinois est un facteur majeur de l’assise du Parti communiste sur la société. Dès lors, le président états-unien a […]

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Donald Trump attend la visite de Xi Jinping ce 24 septembre. Les relations entre les dirigeants des deux pays les plus puissants du monde sont placées sur courant alternatif, oscillant entre déclarations d’amitié sans nuage et de rivalité extrême. C’est cependant surtout le président américain qui crée ces variations, passant sans difficulté et très rapidement de l’une à l’autre, tandis que son homologue chinois évite, lui, toute déclaration intempestive.

Donald Trump vient de déclarer une guerre économique totale à l’Iran, en menaçant les pays qui continueraient à commercer avec Téhéran de sanctions qui mettraient en difficulté la poursuite de leurs relations économiques.

Le problème pour lui est que la Chine est le partenaire économique majeur de la République islamique et que l’on voit mal Beijing céder à ce type d’injonction de la part de Washington. Tout d’abord, parce que la Chine a besoin du pétrole iranien et qu’elle ne veut pas que l’Iran devienne un deuxième Venezuela. Un effondrement du régime, qui risquerait de faire passer l’Iran sous la coupe des États-Unis serait une catastrophe pour la Chine. Ensuite parce que sa crédibilité diplomatique serait cruellement atteinte par rapport au reste du monde si elle obéissait docilement à un ordre des États-Unis. Il s’agit là d’une question de prestige et de statut, la Chine ne pouvant se permettre de paraître agir sous la contrainte d’un autre État. Notons également le fait que ces mesures sont contraires au droit international, défendu officiellement par la Chine. Enfin, la Chine n’est certes pas un pays démocratique, mais il y existe néanmoins une opinion publique très sensible à tout ce qui touche la fierté nationale, et qui serait révulsée par de telles concessions. Or, la défense du nationalisme chinois est un facteur majeur de l’assise du Parti communiste sur la société.

Dès lors, le président états-unien a mis en avant une menace qu’il ne peut pas exécuter : on voit mal comment il pourrait se lancer dans une guerre commerciale à quelques jours de la visite du président chinois, fermement opposé à celle-ci.

Le calendrier de cette dernière peut d’ailleurs interroger. Certes Xi Jinping rend la politesse Donald Trump qui était venu à Beijing au mois de mai 2026. L’intervalle entre ce type de visite réciproque est cependant bien plus espacé habituellement. De surcroît, le président chinois avait une autre occasion de venir aux États-Unis, pour assister au sommet du G20 qui sera organisé en Floride en décembre 2026. Ce sommet international aurait très bien pu être l’occasion de prolonger son séjour dans le cadre d’une visite bilatérale avec Donald Trump. 

Ainsi, en effectuant ce déplacement en septembre, Xi Jinping s’impose soit un deuxième déplacement dans un intervalle très court aux États-Unis, soit une absence au G20, ce qui serait un mauvais signal diplomatique. Pourquoi, alors, choisir cette date ? Tout simplement pour offrir un cadeau à Donald Trump avant les élections de mi-mandat à venir début novembre. On peut s’attendre à l’annonce d’accords économiques, incluant des achats importants de la Chine aux États-Unis, afin de réduire l’immense déficit commercial des États-Unis : 1 200 milliards de dollars, dont 200 milliards à l’égard de la Chine.

Boeing, en difficulté, devrait recevoir son lot de commande, ainsi que les agriculteurs états-uniens qui subissent une importante crise économique. Les observateurs avaient été surpris de l’absence de grands contrats lors de la visite de Donald Trump en Chine en mai. Cela s’expliquait par le fait qu’il n’aurait servi à rien de les signer avant l’été, puisque les électeurs états-uniens l’auraient oublié lors des élections.

La visite à venir de Xi Jinping permettrait donc à Donald Trump d’afficher un certain succès face aux électeurs américains au moment où il n’a pas grand-chose de positif à montrer et risque de perdre sa majorité au congrès.

À celle du choix de la date, désormais résolue, succède donc une autre énigme : pourquoi Xi Jinping rendrait-t-il ce service à Donald Trump ? Pourquoi aider son principal rival ? Il est probable que ce soit lié à une certaine satisfaction de sa part vis-à-vis des actions du président américain. Le président chinois observe non sans déplaisir son homologue s’enfoncer dans la guerre contre l’Iran, et montrer son impuissance aux yeux du monde entier. La guerre commerciale lancée contre le Canada, pourtant allié historique, a rapproché Ottawa de Beijing. La brutalité de Donald Trump éloigne des États-Unis de nombreux pays, d’autant plus que cette brutalité s’avère impuissante à atteindre les objectifs qu’elle est censée servir. Xi Jinping estime donc que Donald Trump lui est utile. Malgré ses déclarations, celui-ci contribue davantage à affaiblir les États-Unis qu’à leur redonner leur grandeur.

L’enjeu le plus important pour la Chine est cependant la position trouble portée par Donald Trump concernant Taïwan. Pour Beijing, le sort de cette île est un sujet absolument majeur, rappelé par Xi Jinping avant le sommet avec Donald Trump du mois de mai.

Dans l’avion du retour de ce déplacement, le président des États-Unis avait indiqué qu’il ne fallait pas que Taïwan déclare son indépendance parce qu’ils étaient à 9 500 miles des États-Unis, et que ceux-ci auraient du mal à venir les aider en raison de l’importance de cet éloignement.

Jamais un président américain n’avait autant pris ses distances avec Taïwan. On se rappelle que Joe Biden, interrogé deux fois, avait dit que les États-Unis se porteraient au secours de Taïwan en cas d’attaque chinoise, allant même plus loin que la position officielle et traditionnelle du pays.

Le fait que Donald Trump ait mentionné la distance entre les États-Unis et Taïwan, 9 500 miles, montre que cette déclaration était longuement préparée. Il est en effet permis de douter qu’il maîtrise suffisamment la géographie pour connaître par cœur la distance séparant les États-Unis de l’île. 

Les dirigeants chinois, voyant Donald Trump plastronner et insulter jusqu’à la caricature les autres chefs d’États, y compris alliés, attendent patiemment leur heure, sachant que cette attitude accélère le rattrapage des États-Unis par la Chine.

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17.09.2026 à 15:08

When Pyongyang Enters the European Theater

Coline Laroche              

This paper examines the current state of Russia–North Korea military cooperation and tests, against China’s posture and the record of summit diplomacy, whether it is evolving into a North Korea-China–Russia triangle arrayed against the South Korea-US–Japan format. It then draws out the consequences for the security of the Korean peninsula, of Asia more broadly, and of Europe.

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This paper examines the current state of Russia–North Korea military cooperation and tests, against China’s posture and the record of summit diplomacy, whether it is evolving into a North Korea-China–Russia triangle arrayed against the South Korea-US–Japan format. It then draws out the consequences for the security of the Korean peninsula, of Asia more broadly, and of Europe.

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16.09.2026 à 17:32

Gaza : y a-t-il un génocide ? Avec Johann Soufi

Déborah Yapi

Le débat sur la qualification des crimes commis par l’armée israélienne à Gaza alimente toujours le débat public français : est-ce un génocide ? D’un point de vue juridique, le terme paraît approprié. Le concept de « génocide » est en effet défini comme un ensemble d’actes – meurtres, viols, déplacement de populations… – guidés par l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe en fonction de son ethnie, sa nationalité, sa religion ou « sa race ». De nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes et experts estiment que cette définition s’applique à la situation à Gaza. La persistance des débats sur l’existence d’un génocide à Gaza interroge donc sur les raisons réelles de la contestation de ce terme. Pourquoi le débat autour de la qualification de génocide à Gaza persiste-t-il ? Quels sont les États et ONG en avant-garde du combat juridique pour sa reconnaissance ? Combien de temps la Cour pénale internationale (CPI) prendra-t-elle à rendre un jugement définitif ? Les débats sur la qualification des crimes commis sont-ils propres au conflit à Gaza ? Quelles sont les conséquences de ces crimes sur l’avenir de la population palestinienne ? Autant d’enjeux abordés avec Johann Soufi, avocat spécialisé en droit international pénal.

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Le débat sur la qualification des crimes commis par l’armée israélienne à Gaza alimente toujours le débat public français : est-ce un génocide ? D’un point de vue juridique, le terme paraît approprié. Le concept de « génocide » est en effet défini comme un ensemble d’actes – meurtres, viols, déplacement de populations… – guidés par l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe en fonction de son ethnie, sa nationalité, sa religion ou « sa race ». De nombreuses organisations non gouvernementales (ONG) indépendantes et experts estiment que cette définition s’applique à la situation à Gaza. La persistance des débats sur l’existence d’un génocide à Gaza interroge donc sur les raisons réelles de la contestation de ce terme.

Pourquoi le débat autour de la qualification de génocide à Gaza persiste-t-il ? Quels sont les États et ONG en avant-garde du combat juridique pour sa reconnaissance ? Combien de temps la Cour pénale internationale (CPI) prendra-t-elle à rendre un jugement définitif ? Les débats sur la qualification des crimes commis sont-ils propres au conflit à Gaza ? Quelles sont les conséquences de ces crimes sur l’avenir de la population palestinienne ?

Autant d’enjeux abordés avec Johann Soufi, avocat spécialisé en droit international pénal.

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