
06.05.2026 à 11:41
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Après trois ans au pouvoir sans grandes difficultés, le gouvernement de Giorgia Meloni traverse pour la première fois une période plus difficile, aussi bien sur le plan national, avec la défaite lors du référendum sur la justice des 22 et 23 mars 2026, que dans ses choix de politique étrangère. La coalition dite de centre-droit de Giorgia Meloni vient d’entrer dans l’histoire politique italienne comme le deuxième gouvernement le plus long de l’histoire républicaine du pays. Cette solidité est due à un électorat fidèle — Fratelli d’Italia reste stable dans les sondages, à 30 % — mais aussi à une politique plus modérée qu’attendue, qui limite les critiques de l’opposition. Néanmoins, la défaite au récent référendum sur la justice a forcément un impact psychologique sur les électeurs et sur l’éthos de la présidente du Conseil, qui paraissaient intouchable. Ce résultat est à prendre en compte non pas par rapport aux électeurs de droite, qui ont semblé rester fidèles à la dirigeante, mais du côté de l’électorat de l’opposition — gauche et Mouvement 5 étoiles — qui a vu, avec cette victoire du « non », qu’une majorité était atteignable si les idées présentées sont claires et le combat commun. La présidente du Conseil a perdu en stabilité ces dernières semaines, et le socle qui lui assurait une maîtrise de la scène politique s’est fissuré : Giorgia Meloni doit donc rendre des comptes de ses choix précédents, et corriger certaines stratégies politiques. Trump, un allié devenu encombrant Giorgia Meloni voulait être le pont entre l’Europe et les États-Unis. Si son rapport privilégié avec la Maison-Blanche était perçu de manière positive sous Joe Biden, il l’est nettement moins sous Donald Trump. Résultat : ce lien avec le Tycoon a fortement freiné les collaborations diplomatiques de l’Italie avec ses principaux partenaires européens. Donald Trump a totalement […]
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Après trois ans au pouvoir sans grandes difficultés, le gouvernement de Giorgia Meloni traverse pour la première fois une période plus difficile, aussi bien sur le plan national, avec la défaite lors du référendum sur la justice des 22 et 23 mars 2026, que dans ses choix de politique étrangère.
La coalition dite de centre-droit de Giorgia Meloni vient d’entrer dans l’histoire politique italienne comme le deuxième gouvernement le plus long de l’histoire républicaine du pays. Cette solidité est due à un électorat fidèle — Fratelli d’Italia reste stable dans les sondages, à 30 % — mais aussi à une politique plus modérée qu’attendue, qui limite les critiques de l’opposition. Néanmoins, la défaite au récent référendum sur la justice a forcément un impact psychologique sur les électeurs et sur l’éthos de la présidente du Conseil, qui paraissaient intouchable. Ce résultat est à prendre en compte non pas par rapport aux électeurs de droite, qui ont semblé rester fidèles à la dirigeante, mais du côté de l’électorat de l’opposition — gauche et Mouvement 5 étoiles — qui a vu, avec cette victoire du « non », qu’une majorité était atteignable si les idées présentées sont claires et le combat commun. La présidente du Conseil a perdu en stabilité ces dernières semaines, et le socle qui lui assurait une maîtrise de la scène politique s’est fissuré : Giorgia Meloni doit donc rendre des comptes de ses choix précédents, et corriger certaines stratégies politiques.
Giorgia Meloni voulait être le pont entre l’Europe et les États-Unis. Si son rapport privilégié avec la Maison-Blanche était perçu de manière positive sous Joe Biden, il l’est nettement moins sous Donald Trump. Résultat : ce lien avec le Tycoon a fortement freiné les collaborations diplomatiques de l’Italie avec ses principaux partenaires européens. Donald Trump a totalement déstabilisé l’échiquier mondial, devenant un ami bien encombrant dans le cadre d’une unité européenne en matière de relations internationales, notamment pour le soutien à l’Ukraine. Sur ce point, le problème reste toutefois relatif : le gouvernement italien dans son ensemble — sauf Matteo Salvini — a toujours condamné l’attaque russe contre l’Ukraine, gagnant ainsi des points auprès de l’électorat plus modéré, mais laissant des doutes chez les électeurs les plus souverainistes, souvent prorusses. En contradiction avec l’image proeuropéenne de Giorgia Meloni, son soutien apporté à Viktor Orbán lors des élections législatives hongroises n’a pas non plus aidé à renouer des rapports avec les partis et dirigeants modérés ou progressistes de l’Union européenne.
Giorgia Meloni a donc cherché à maintenir une forme de cohérence électorale et stratégique : rester fidèle à ses alliés politiques, comme Viktor Orbán, sans pour autant rompre avec la ligne pro-ukrainienne défendue par l’Union européenne. Mais cet équilibre, pensé pour parler à la fois à son électorat souverainiste et à ses partenaires européens, s’est révélé peu rentable dans la collaboration avec ses principaux alliés. Un risque réel pour l’économie italienne, qui peine à repartir — une croissance d’environ 0,5 % — et qui, plus que jamais, a besoin de regagner la confiance de ses partenaires. L’Italie est en effet un pays de transformation : l’augmentation du coût de l’énergie a un impact immédiat sur son économie et sur le coût de sa production. Sans un rapport privilégié avec les pays voisins, le Bel Paese pourrait se retrouver avec un manque de matières premières ou des stocks d’invendus problématiques, à cause d’un coût à la vente bien trop élevé.
Giorgia Meloni devait donc trouver une solution — un prétexte ? — pour rompre le pont qu’elle avait cherché à construire entre l’Union européenne et les États-Unis et en reconstruire un autre, entre elle et les principaux partenaires européens. L’altercation et la joute verbale entre le président des États-Unis et le pape Léon XIV ont offert à Giorgia Meloni une occasion inespérée de se libérer de cette amitié devenue bien trop embarrassante. Elle a donc pris ses distances avec l’administration américaine, ce qui, par la même occasion, la rapproche de la ligne directrice soutenue par les principaux dirigeants de l’Union européenne.
Cependant, la situation n’est pas aussi simple pour Giorgia Meloni, car l’Italie a sur son territoire deux grandes bases militaires essentielles dans le cadre des interventions au Proche et au Moyen-Orient, en particulier la base de Sigonella, en Sicile. Cette présence militaire sur l’île complique la situation, car elle expose directement l’Italie à de potentielles représailles, d’autant que, dans le même espace stratégique sicilien, se trouve le MUOS (Mobile User Objective System), un système de communication par satellite de la marine américaine. Giorgia Meloni veut s’éloigner de Donald Trump, mais elle doit maintenir des liens avec l’exécutif américain afin d’avoir une idée des risques que l’Italie encourt dans l’escalade militaire au Proche et au Moyen-Orient.
Il fallait aussi, pour Giorgia Meloni, composer avec son soutien à Viktor Orbán lors des dernières élections législatives hongroises. Avoir soutenu de manière aussi forte l’ex-Premier ministre n’est pas sans conséquence, la majorité des dirigeants européens ayant soutenu l’opposition. Cette situation apparaît cependant comme un faux problème pour les souverainistes italiens, qui rappellent que le vainqueur des élections hongroises est également issu de la droite. Ce qui était un soutien à Viktor Orbán est à présent présenté comme une simple préférence de candidat : le résultat reste tout de même satisfaisant pour la droite souverainiste italienne, qui prend des airs de droite modérée.
La leader de Fratelli d’Italia doit aussi gérer les alliés de sa coalition gouvernementale. Le référendum sur la justice était principalement à l’initiative de Forza Italia— le parti fondé par Silvio Berlusconi —, et l’échec de cette réforme met Giorgia Meloni en porte-à-faux par rapport à son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani. Matteo Salvini tente quant à lui d’exister médiatiquement, mais ses tentatives de revenir sur le devant de la scène sont généralement infructueuses, voire contre-productives, aussi bien pour lui que pour le gouvernement. Son soutien, peu voilé, à Vladimir Poutine est aussi une épine dans la cuirasse de cette coalition.
Giorgia Meloni n’est pas en grande difficulté, malgré un premier déboire électoral, mais ses alliés de coalition pourraient se transformer en poids si la tendance actuelle se confirme. Cette situation — une première depuis l’arrivée de Fratelli d’Italia au pouvoir — donne à l’opposition un nouvel élan : la victoire du « non » au référendum montre que la droite souverainiste italienne n’est pas imbattable.
Si gagner lors d’un référendum est une chose, composer un programme électoral cohérent malgré les compromis en est cependant une autre. Un mouvement plus positif et enthousiaste semble toutefois (re)naître : même les partis centristes — Azione de Carlo Calenda et Italia Viva de Matteo Renzi — semblent avoir une certaine propension à accepter un accord pour une large coalition. Difficile pour autant d’imaginer un accord stable et certain entre tous ces acteurs, tant les divergences sont grandes : alors que Giuseppe Conte (Mouvement 5 étoiles) maintient des positions contre le soutien militaire à l’Ukraine et contre certaines orientations de l’Union européenne, Carlo Calenda s’est fait tatouer sur le bras le trident ukrainien.
Une nouvelle figure montante de la gauche italienne pourrait aussi donner une nouvelle dynamique à cette gauche plurielle. Silvia Salis, actuelle maire de Gênes, semble promise à une ascension dans les rangs de l’opposition, et pourrait potentiellement réussir le difficile pari de rallier tous les partis progressistes. Une tâche ardue : les précédentes expériences de large coalition de centre gauche — de L’Ulivo à L’Unione de Romano Prodi — ont montré la difficulté de tenir ensemble des forces très différentes. Le second gouvernement Prodi, né en 2006, n’avait ainsi tenu qu’un peu moins de deux ans.
Giorgia Meloni est donc bien entrée dans une nouvelle phase politique, mais pas nécessairement dans une phase de rupture. Sur le plan national, la présidente du Conseil semble vouloir rester fidèle à la stratégie qui lui a permis de s’imposer : une coalition de droite maintenue sous contrôle, un électorat souverainiste rassuré, et une image institutionnelle plus modérée que prévu. En revanche, c’est sur le terrain international que la correction apparaît la plus nette. L’amitié avec Donald Trump, comme le soutien affiché à Viktor Orbán, ont montré leurs limites dans un contexte où l’Italie a besoin de crédibilité européenne et de confiance économique. Giorgia Meloni ne renonce donc pas à son identité politique, mais elle semble contrainte d’en rééquilibrer l’expression : moins de proximité visible avec les alliés les plus problématiques, plus de centralité européenne. La nouvelle phase melonienne n’est pas celle d’un affaiblissement immédiat, mais celle d’un ajustement nécessaire.
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05.05.2026 à 16:48
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Chaque mardi, Pascal Boniface reçoit un membre de l’équipe de recherche de l’IRIS pour décrypter un fait d’actualité internationale. Aujourd’hui, échange avec Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur de France en Russie, sur la situation politique intérieure en Russie et la diplomatie menée par Vladimir Poutine. Le président russe est-il en difficulté ?
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05.05.2026 à 09:42
Coline Laroche
Le vieux lien transatlantique se meurt, la défense européenne tarde à apparaître et dans ce clair-obscur stratégique Vladimir Poutine pourrait surgir en prenant pied dans les pays baltes pour mettre fin à toute aide à l’Ukraine… sous la menace de la force nucléaire. Incapables de se défendre comme les États-Unis – ce qui n’est ni financièrement possible, ni stratégiquement souhaitable – et ne voulant pas se battre comme les Ukrainiens – au prix de dizaines de milliers de morts – les Européens doivent inventer leur propre façon de faire la guerre ; une guerre qui ne sera pas la copie de celle qui se déroule en Ukraine. La défense européenne doit donc se renforcer conventionnellement mais aussi intégrer une composante nucléaire spécifiquement européenne afin d’éviter tout chantage de la part de la Russie, mais aussi tout abus du protecteur américain. C’est la voie que trace l’évolution de la doctrine nucléaire française. Cette évolution pourrait marquer le début d’une cohésion indispensable pour que les États européens puissent conjurer ensemble une menace qu’ils ne peuvent affronter isolément. Un nouvel avenir possible se dessine. Aux Européens de le construire. Vite.
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Le vieux lien transatlantique se meurt, la défense européenne tarde à apparaître et dans ce clair-obscur stratégique Vladimir Poutine pourrait surgir en prenant pied dans les pays baltes pour mettre fin à toute aide à l’Ukraine… sous la menace de la force nucléaire.
Incapables de se défendre comme les États-Unis – ce qui n’est ni financièrement possible, ni stratégiquement souhaitable – et ne voulant pas se battre comme les Ukrainiens – au prix de dizaines de milliers de morts – les Européens doivent inventer leur propre façon de faire la guerre ; une guerre qui ne sera pas la copie de celle qui se déroule en Ukraine.
La défense européenne doit donc se renforcer conventionnellement mais aussi intégrer une composante nucléaire spécifiquement européenne afin d’éviter tout chantage de la part de la Russie, mais aussi tout abus du protecteur américain.
C’est la voie que trace l’évolution de la doctrine nucléaire française. Cette évolution pourrait marquer le début d’une cohésion indispensable pour que les États européens puissent conjurer ensemble une menace qu’ils ne peuvent affronter isolément. Un nouvel avenir possible se dessine. Aux Européens de le construire. Vite.
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05.05.2026 à 09:30
Coline Laroche
Even though the security landscape has changed drastically since the Cold War, the main goals for Swedish arms cooperation have stayed roughly the same. Cooperation is seen as valuable for gaining access to competence, for preserving domestic competence, and for decreasing unit costs for procured equipment. The Swedish experiences of international arms collaboration vary. Success factors include constructive dialogues and relations with the partner countries and companies, and trust. Challenges include country specific equipment requirements, protection of domestic defence companies, and the differences in export regulations. Sweden will, like other countries, continue to seek the arms cooperations that benefit its national security and its defence industry. More specifically, Sweden is interested in exploring the potential of NATO collaboration, in the light of the newly acquired membership. Sweden also recognises the potential of the EU initiatives like the EDIP and the EDF, but it is through the combination of NATO and EU initiatives that real impact can be achieved. Upcoming strategic procurement decisions will also form the Swedish industry and what collaborations Sweden will pursue in the future.
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Even though the security landscape has changed drastically since the Cold War, the main goals for Swedish arms cooperation have stayed roughly the same. Cooperation is seen as valuable for gaining access to competence, for preserving domestic competence, and for decreasing unit costs for procured equipment.
The Swedish experiences of international arms collaboration vary. Success factors include constructive dialogues and relations with the partner countries and companies, and trust. Challenges include country specific equipment requirements, protection of domestic defence companies, and the differences in export regulations.
Sweden will, like other countries, continue to seek the arms cooperations that benefit its national security and its defence industry. More specifically, Sweden is interested in exploring the potential of NATO collaboration, in the light of the newly acquired membership. Sweden also recognises the potential of the EU initiatives like the EDIP and the EDF, but it is through the combination of NATO and EU initiatives that real impact can be achieved. Upcoming strategic procurement decisions will also form the Swedish industry and what collaborations Sweden will pursue in the future.
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04.05.2026 à 18:38
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Le retrait effectif des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce vendredi 1er mai 2026, n’est pas une surprise en soi. C’est le timing choisi qui l’est. En effet, la question des quotas d’exportation de pétrole est depuis quelques années le principal point de friction entre l’Arabie saoudite et Abou Dhabi, Riyad souhaitant restreindre l’offre des pays de l’OPEP pour garantir, avec l’appui de la Russie au sein de l’OPEP+, un prix de rentabilité qui répond à ses besoins de financement pour son plan ambitieux de développement « Vision 2030 ». Les Émirats qui exportaient avant le conflit en Iran près de 3MB/J avaient l’ambition d’augmenter leur production aux alentours de 5 MB/J. Cette ambition avait été annoncée par Sultan Al-Jaber, ministre de l’Énergie, président de la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi (ADNOC) lors de la COP28 qu’il présidait. Ce retrait aura sans doute une incidence sur le fonctionnement de l’OPEP déjà affaibli par plusieurs départs, dont celui du Qatar en 2018. L’organisation qui contrôlait 50 % du pétrole mis sur le marché ne représente plus que 30 % de la production mondiale. Une temporalité qui souligne des approches divergentes sur le conflit avec l’Iran Ce qui surprend le plus dans cette décision de se retirer de l’OPEP est sa temporalité. Ce retrait vient en plein milieu d’un conflit dont l’issue n’est pas prévisible. Les Émirats, qui jusqu’ici essayaient de ménager leur voisin iranien et servaient de coffre-fort aux dépôts des oligarques iraniens (gardiens de la révolution et autres mollahs), ont changé de stratégie. Les Émirats ont été probablement le pays le plus ciblé par les tirs de missiles et de drones iraniens. Ils ne sont pas intervenus militairement en appui de leurs alliés américain et israélien et ont bénéficié de l’aide française en vertu des accords de défense […]
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Le retrait effectif des Émirats arabes unis de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), ce vendredi 1er mai 2026, n’est pas une surprise en soi. C’est le timing choisi qui l’est. En effet, la question des quotas d’exportation de pétrole est depuis quelques années le principal point de friction entre l’Arabie saoudite et Abou Dhabi, Riyad souhaitant restreindre l’offre des pays de l’OPEP pour garantir, avec l’appui de la Russie au sein de l’OPEP+, un prix de rentabilité qui répond à ses besoins de financement pour son plan ambitieux de développement « Vision 2030 ». Les Émirats qui exportaient avant le conflit en Iran près de 3MB/J avaient l’ambition d’augmenter leur production aux alentours de 5 MB/J. Cette ambition avait été annoncée par Sultan Al-Jaber, ministre de l’Énergie, président de la Compagnie nationale pétrolière d’Abou Dhabi (ADNOC) lors de la COP28 qu’il présidait.
Ce retrait aura sans doute une incidence sur le fonctionnement de l’OPEP déjà affaibli par plusieurs départs, dont celui du Qatar en 2018. L’organisation qui contrôlait 50 % du pétrole mis sur le marché ne représente plus que 30 % de la production mondiale.
Une temporalité qui souligne des approches divergentes sur le conflit avec l’Iran
Ce qui surprend le plus dans cette décision de se retirer de l’OPEP est sa temporalité. Ce retrait vient en plein milieu d’un conflit dont l’issue n’est pas prévisible. Les Émirats, qui jusqu’ici essayaient de ménager leur voisin iranien et servaient de coffre-fort aux dépôts des oligarques iraniens (gardiens de la révolution et autres mollahs), ont changé de stratégie.
Les Émirats ont été probablement le pays le plus ciblé par les tirs de missiles et de drones iraniens. Ils ne sont pas intervenus militairement en appui de leurs alliés américain et israélien et ont bénéficié de l’aide française en vertu des accords de défense qui lient les deux pays. Les récentes déclarations du 1er mai sur le réseau social X de Anwar Gargash, l’influent conseiller politique de Mohamed Ben Zayed, ne laissent place à aucune ambiguïté : « Bien entendu on ne peut faire confiance à aucune disposition unilatérale iranienne ni s’appuyer sur elle après l’agression perfide contre l’ensemble de ses voisins ». La confiance est désormais totalement rompue avec l’Iran. Et en coulisse, les Émirats incitent les États-Unis à reprendre les hostilités.
Le choix des alliances
Abou Dhabi se singularise des autres États du Golfe par sa proximité avec Israël. L’entente avec Tel-Aviv va bien au-delà d’une reconnaissance ou de l’établissement de relations diplomatiques. Les deux pays sont engagés dans de nombreuses coopérations notamment dans le domaine de la défense. Israël aurait récemment fourni à son partenaire du Golfe un système sophistiqué de défense contre les missiles.
La coopération entre Israël et les Émirats s’étend à l’Afrique. Les Émiriens leur ont ouvert les portes du Somaliland un point très stratégique dans la Corne de l’Afrique et qui se situe à une courte distance du Yémen des Houthis.
Cette stratégie en solo exaspère le grand voisin saoudien qui a adopté une toute autre approche. Riyad maintient son alliance avec Washington et se garde bien de répliquer aux propos insultants de Donald Trump. En même temps, le royaume wahhabite privilégie désormais d’autres alliances en essayant de construire un axe avec le Pakistan, la Turquie et l’Égypte trois puissances régionales. Les Saoudiens veulent neutraliser la menace iranienne sans vouloir l’anéantissement de l’Iran. En cela, ils semblent beaucoup plus proches des Omanais (qui ont été marginalisés par les États-Unis). Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères iranien, s’est ainsi rendu à Mascate le 25 avril avant de se rendre à Moscou. Il a été reçu par le Sultan et a eu des discussions approfondies avec son homologue Sayed Badr Al-Busaïdi. Pourtant Oman a toujours été prudent dans ses relations avec l’Iran. Est-ce par sympathie pour le régime ou un choix de conserver des relations de bon voisinage avec un puissant voisin qui a des capacités de nuisance importantes ?
L’absence de réaction des pays du Golfe aux attaques iraniennes : impuissance ou attentisme prudent ?
L’absence de réaction des pays du Golfe dans leur ensemble est surprenante. Leurs installations vitales ont été durement frappées par les attaques balistiques iraniennes sans que cela entraîne de répliques de leur part. Ces pays auraient pu participer même symboliquement à des ripostes, vu le formidable arsenal accumulé, avec l’appui des forces américaines. Ils ont privilégié une attitude attentiste, voire pusillanime. Les Omanais qui partagent le contrôle du détroit d’Ormuz avec les Iraniens et dont une grande partie du trafic s’effectuait sur le rail dans leurs eaux territoriales ont accepté cette fermeture sans sourciller.
Cette absence de réaction peut se comprendre par les doutes sur la capacité des Américains et des Israéliens à détruire les capacités de nuisance de l’Iran, leur voisin immédiat, et avec lequel il faudra continuer de compter.
Cela explique aussi la volonté émirienne qui se distingue des autres monarchies du Golfe par cette envie d’en finir une fois pour toutes avec cette menace.
Quelles conséquences pour les pays du CCG ?
Ce conflit aura de multiples conséquences. Il officialisera une rupture de fait entre les deux monarchies rivales (Arabie saoudite et Émirats), mais pourrait remettre en question le fonctionnement du Conseil de coopération du Golfe (CCG) qui n’a jamais réussi à concilier les intérêts, souvent divergents, des uns et des autres.
L’autre conséquence sera la diminution de l’importance du détroit d’Ormuz comme débouché pour les exportations de pétrole et autres. D’ores et déjà, des plans pour faire renaître de vieilles routes sont à l’étude (le chemin de fer du Hedjaz pourrait être étendu à tous les pays du Golfe et aboutir en Méditerranée par exemple), l’Arabie saoudite dispose déjà du port de Yanbu qui lui permet d’exporter une grande partie de sa production de pétrole par la mer Rouge. Les Émiriens renforceront les capacités de leur débouché maritime à Fujairah dans la mer d’Arabie en dehors du détroit. Les Omanais ont eu une intuition qui s’avérera gagnante en développant l’immense complexe maritime de Duqm sur l’océan Indien.
Le conflit avec l’Iran aura eu le mérite de clarifier les positions des uns et des autres.
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04.05.2026 à 13:27
Déborah Yapi
Il est temps que les dirigeants européens exposent nettement leurs désaccords à l’égard de Donald Trump et cessent de le craindre. À ce jour, rares sont les voix qui s’y opposent clairement, à l’image du pape ou du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Un simple exemple illustre la situation de nombreux dirigeants européens : après une timide remarque du chancelier Friedrich Merz affirmant que les Américains avaient été humiliés en Iran, Donald Trump a décidé d’augmenter les tarifs sur les exportations d’automobiles européennes de 15 à 25%, malgré les accords négociés longuement l’été dernier. L’Europe doit-elle continuer à privilégier la relation transatlantique à tout prix ? Faut-il garder des bonnes relations par souci de préservation de l’unité de l’OTAN ? Celle-ci semble en réalité déjà très fragilisée. Ou alors s’agit-il d’assurer l’aide états-unienne à la défense de l’Ukraine ? Les Etats-Unis ont d’ores et déjà drastiquement diminué leur contribution et les pays européens supportent désormais la grande majorité de l’aide. Dès lors, les pays européens doivent prendre leurs responsabilités, pour réaffirmer leurs valeurs et sauvegarder leur crédibilité. Pour cela, il faut bâtir une autonomie européenne commune, capable de se défendre face aux chantages du président des États-Unis.
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Il est temps que les dirigeants européens exposent nettement leurs désaccords à l’égard de Donald Trump et cessent de le craindre. À ce jour, rares sont les voix qui s’y opposent clairement, à l’image du pape ou du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez.
Un simple exemple illustre la situation de nombreux dirigeants européens : après une timide remarque du chancelier Friedrich Merz affirmant que les Américains avaient été humiliés en Iran, Donald Trump a décidé d’augmenter les tarifs sur les exportations d’automobiles européennes de 15 à 25%, malgré les accords négociés longuement l’été dernier.
L’Europe doit-elle continuer à privilégier la relation transatlantique à tout prix ? Faut-il garder des bonnes relations par souci de préservation de l’unité de l’OTAN ? Celle-ci semble en réalité déjà très fragilisée. Ou alors s’agit-il d’assurer l’aide états-unienne à la défense de l’Ukraine ? Les Etats-Unis ont d’ores et déjà drastiquement diminué leur contribution et les pays européens supportent désormais la grande majorité de l’aide.
Dès lors, les pays européens doivent prendre leurs responsabilités, pour réaffirmer leurs valeurs et sauvegarder leur crédibilité. Pour cela, il faut bâtir une autonomie européenne commune, capable de se défendre face aux chantages du président des États-Unis.
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03.05.2026 à 13:24
Déborah Yapi
Quel est l’avenir de la protection médicale en temps de guerre ? Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Rony Brauman, médecin, membre de MSF Crash et ancien président de Médecins sans frontières (MSF). À l’occasion des dix ans de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU, ils échangent sur la protection des hôpitaux, des soignants et des patients en zones de conflit. Rony Brauman rappelle le caractère sacré des lieux de soin : les hôpitaux, les malades et les équipes médicales bénéficient d’une protection renforcée, car une attaque contre eux menace non seulement des vies immédiates, mais aussi l’avenir des populations qui pourraient en dépendre. Pourtant, malgré cette résolution historique, les violences sont systémiques. Syrie, Gaza, Yémen, Soudan du Sud, Ukraine… les attaques se multiplient, souvent justifiées par des accusations non prouvées. Il dénonce l’impunité des belligérants et le recul du droit humanitaire, appelant à des sanctions internationales pour mettre fin à ces crimes de guerre.
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Quel est l’avenir de la protection médicale en temps de guerre ? Dans cet entretien, Pascal Boniface reçoit Rony Brauman, médecin, membre de MSF Crash et ancien président de Médecins sans frontières (MSF). À l’occasion des dix ans de la résolution 2286 du Conseil de sécurité de l’ONU, ils échangent sur la protection des hôpitaux, des soignants et des patients en zones de conflit.
Rony Brauman rappelle le caractère sacré des lieux de soin : les hôpitaux, les malades et les équipes médicales bénéficient d’une protection renforcée, car une attaque contre eux menace non seulement des vies immédiates, mais aussi l’avenir des populations qui pourraient en dépendre.
Pourtant, malgré cette résolution historique, les violences sont systémiques. Syrie, Gaza, Yémen, Soudan du Sud, Ukraine… les attaques se multiplient, souvent justifiées par des accusations non prouvées. Il dénonce l’impunité des belligérants et le recul du droit humanitaire, appelant à des sanctions internationales pour mettre fin à ces crimes de guerre.
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