20.05.2026 à 11:58
Plongée dans les profits de guerre des multinationales pétrolières et gazières comme TotalEnergies et leurs manoeuvres pour esquiver les revendications de justice fiscale.
- De l'Ukraine à l'Iran, pétrole et profits de guerre
L'invasion russe de l'Ukraine a inauguré une ère de "superprofits" pour les majors pétrolières et gazières comme TotalEnergies, et de débats houleux sur la nécessaire taxation de ces bénéfices de guerre - sans beaucoup d'effets concrets. Quelques années plus tard à peine, avec le conflit en Iran et dans le Golfe, la question revient au premier plan.
20.05.2026 à 07:00
Olivier Petitjean
En signant fin 2025 un nouveau contrat avec l'ICE, la police anti-migrants de Donald Trump, Capgemini pouvait espérer toucher jusqu'à 365 millions de dollars. Une véritable manne pour sa filiale dédiée à la sous-traitance pour l'administration fédérale américaine, Capgemini Government Solutions.
Sauf que le groupe français se mettait ainsi au service de la politique la plus controversée du président américain, pour une activité qui n'a rien d'innocent : du « skip tracing », c'est-à-dire de (…)
En signant fin 2025 un nouveau contrat avec l'ICE, la police anti-migrants de Donald Trump, Capgemini pouvait espérer toucher jusqu'à 365 millions de dollars. Une véritable manne pour sa filiale dédiée à la sous-traitance pour l'administration fédérale américaine, Capgemini Government Solutions.
Sauf que le groupe français se mettait ainsi au service de la politique la plus controversée du président américain, pour une activité qui n'a rien d'innocent : du « skip tracing », c'est-à-dire de la localisation de personnes en vue de leur arrestation et de leur déportation. Pour couronner le tout, l'entreprise devait être rémunérée en fonction du nombre de migrants qu'elle aurait réussi à faire appréhender.
L'Observatoire des multinationales a révélé l'existence de ce contrat à un moment où les actions et les méthodes de l'ICE étaient au centre de l'attention des médias du monde entier, avec l'assassinat de (entre autres) Renee Good et Alex Pretti.
Suite à nos révélations et au scandale qu'elles ont suscité au sein de l'entreprise et dans l'opinion publique, la direction a annoncé, au terme d'un conseil d'administration extraordinaire début février, la mise en vente de sa filiale controversée.
Depuis, aucune nouvelle. La direction de Capgemini veut tourner la page et se concentrer sur le déploiement de l'IA, qu'elle voit comme son principal levier de croissance (et peut-être son seul moyen de survie). Mais le sujet sera certainement à nouveau à l'ordre du jour de l'assemblée générale du groupe, qui se tient le 20 mai à Paris.
07.05.2026 à 08:00
Une aide publique aussi massive que mal pensée. La subvention avait fait la une des médias il y a quatre ans : l'État français avait mis sur la table 2,9 milliards d'euros pour un projet d'extension de l'usine de semi-conducteurs de STMicroelectronics à Crolles, près de Grenoble, en partenariat avec l'entreprise GlobalFoundries. Cette aide – la plus importante dans un total de 8,7 milliards d'euros d'argent public fléchés vers les entreprises de puces, au nom de la « souveraineté (…)
- Actualités / France, Israël, Palestine, Italie, Paraguay, Bolloré, ST Microelectronics, LVMH, Carrefour, British Petroleum (BP), énergies fossiles, actionnaires, déforestation, droits humains, chaîne d'approvisionnement, aides publiques
Une aide publique aussi massive que mal pensée. La subvention avait fait la une des médias il y a quatre ans : l'État français avait mis sur la table 2,9 milliards d'euros pour un projet d'extension de l'usine de semi-conducteurs de STMicroelectronics à Crolles, près de Grenoble, en partenariat avec l'entreprise GlobalFoundries. Cette aide – la plus importante dans un total de 8,7 milliards d'euros d'argent public fléchés vers les entreprises de puces, au nom de la « souveraineté industrielle » – a fait l'objet d'un rapport très critique de la Cour des comptes. Elle pointe la faiblesse des garanties apportées par GlobalFoundries, qui semble avoir de fait abandonné le projet, le manque de conditionalités, et le fait que ces subventions bénéficient de manière disproportionnée à un petit nombre d'acteurs. Par pur hasard sans doute, on trouve derrière cette affaire les mêmes acteurs que pour le projet de centre de données Campus IA évoqué plus haut : Bpifrance, actionnaire de référence de STMicro, et le fonds émirati Mubadala, fondateur de MGX.
Carrefour met les bouchées doubles dans les territoires occupés. Mis en cause depuis de nombreux mois pour son implantation dans les colonies illégales en Cisjordanie, le groupe Carrefour ne semble pas refroidi dans ses ardeurs par le génocide en cours à Gaza, ni par les violences et abus croissants subis par la population palestinienne. Selon une note d'actualités de la Plateforme Palestine, il y a maintenant dans les territoires occupés deux supermarchés d'un franchisé israélien de Carrefour qui arborent ostensiblement l'enseigne du groupe français. Un autre franchisé de Carrefour gère une plateforme de livraison qui dessert les colonies illégales en Cisjordanie. Le champion tricolore a récemment ouvert ses premiers hypermarchés en Israël à grand renfort de publicité.
Après les médias Bolloré, les députés Bolloré. La commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur l'audiovisuel public a publié son rapport à charge, rédigé par le député ciottiste Charles Alloncle, énième produit du croisement entre le monde des start-ups (il a été analyste dans le capital-risque et cofondé une « fintech » sous l'égide du Crédit agricole) et celui de la droite radicale. Soutenu pendant six mois par les médias Bolloré, le parlementaire est désormais visé par une plainte pour prise illégale d'intérêts, tandis que Lagardère News, propriété du milliardaire d'extrême droite qui contrôle notamment Europe 1 et le JDD, est visé par une plainte pour « trafic d'influence actif ». Selon les révélations du Monde, la direction des affaires institutionnelles de Lagardère a envoyé à plusieurs membres de la commission d'enquête des listes de questions hostiles à l'audiovisuel public en amont des auditions.
Une filiale LVMH veut affaiblir les lois européennes anti-déforestation. Selon Global Witness, une tannerie italienne appartenant depuis peu au groupe français, Nuti Ivo Group, se fournirait en cuir auprès d'entreprises paraguayennes liées à la déforestation. Ce qui explique peut-être qu'au même moment, son dirigeant soit à la pointe d'une campagne d'influence à Bruxelles pour assouplir les réglementations européennes qui visent à limiter ce type d'importations. LVMH – impliqué en parallèle dans un lobbying pour la dérégulation de certains produits chimiques nocifs, voir notre article – a nié être concerné par cette campagne. Lire l'article de Politico.
Backlash anti-écolo : les actionnaires résistent (un peu). BP tenait son assemblée générale annuelle fin avril. Le groupe pétrolier britannique a décidé, plus ouvertement que ses homologues européens Shell et TotalEnergies, de surfer sur la croisade anti-renouvelables menée par Donald Trump et d'accroître drastiquement ses investissements dans les énergies fossiles. C'était quand même aller un peu trop loin pour la plupart de ses actionnaires, qui ont infligé à sa direction des défaites symboliques, votant notamment contre une résolution proposant d'abandonner tous les engagements de transparence climatique de BP. La démocratie actionnariale sera-t-elle un remède suffisant contre les reculs écologiques et le management autoritaire qui se propage depuis la Maison Blanche et la Silicon Valley jusque dans les autres entreprises ? On peut malheureusement craindre que non.