18.09.2026 à 06:00
Sarra Grira, Bally Bagayoko, Marie Le Roch, Michael Pauron, Pierre Tévanian
Fête de l'Huma 2026. Table ronde "Racisme, islamophobie, immigration… Informer pour mieux résister" Orient XXI et Afrique XXI étaient présents à la Fête de l'Huma 2026, au Village des médias indépendants. Le dimanche 13 septembre, avec Retronews, nous avons co-organisé une table ronde intitulée « Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister ». Avec : Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis (La France insoumise, LFI) ; Pierre Tevanian, (…)
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Orient XXI et Afrique XXI étaient présents à la Fête de l'Huma 2026, au Village des médias indépendants. Le dimanche 13 septembre, avec Retronews, nous avons co-organisé une table ronde intitulée « Racisme, islamophobie, immigration : informer pour mieux résister ».
Avec :
La discussion était animée par Michael Pauron, rédacteur en chef d'Afrique XXI.
17.09.2026 à 06:00
Abdelrahim Shalaby
Après l'Irak (dans les années 1990) et la Syrie (dans les années 2010), c'est le tour de l'Iran de subir une vague de sanctions des États-Unis sans précédent. Annoncées de manière fracassante par le président états-unien, elles ne risquent cependant pas de faire tomber le régime, et renforcent plutôt ses éléments les plus radicaux. Le président états-unien Donald Trump aime les formules tonitruantes, et surtout les formules définitives. Le 20 août, sur son réseau Truth Social, il a (…)
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Après l'Irak (dans les années 1990) et la Syrie (dans les années 2010), c'est le tour de l'Iran de subir une vague de sanctions des États-Unis sans précédent. Annoncées de manière fracassante par le président états-unien, elles ne risquent cependant pas de faire tomber le régime, et renforcent plutôt ses éléments les plus radicaux.
Le président états-unien Donald Trump aime les formules tonitruantes, et surtout les formules définitives. Le 20 août, sur son réseau Truth Social, il a présenté sa nouvelle campagne de sanctions contre l'Iran comme un « ECONOMIC D-DAY », en référence au débarquement allié du 6 juin 1944 en Normandie, et comme « l'opération économique la plus écrasante » de l'histoire états-unienne. Le message est clair : un coup unique, décisif, qui doit faire plier le régime iranien. C'est le langage du combat de boxe, celui du knock-out au premier round.
Mais très vite, un autre discours s'est fait entendre, émanant de son propre gouvernement. Le vice-président J. D. Vance, dans plusieurs interviews données au moment du lancement des sanctions, a choisi un ton très différent. Il a parlé d'une « pression calibrée », d'un effort pour changer, petit à petit, les calculs stratégiques de Téhéran, sans aller jusqu'à une confrontation militaire immédiate. Ce n'est plus le langage du coup final, mais celui d'une stratégie plus longue, plus prudente, presque l'inverse du « D-Day » annoncé par Trump.
Une autre voix est venue confirmer ce glissement. Lors d'une conférence de presse à la Maison Blanche le 24 août 2026, le secrétaire au Trésor Scott Bessent a employé des mots que ni Trump ni Vance n'avaient utilisés : « asphyxie économique de ce régime », « suffocation économique ». Asphyxier, faire suffoquer, ce n'est pas assommer d'un coup. C'est un processus lent, qui suppose que l'adversaire continue, pendant longtemps, à respirer difficilement plutôt que de mourir tout de suite. En quelques jours, le « D-Day » promis par Trump s'était transformé, dans la bouche de son propre secrétaire au Trésor, en long étranglement économique.
Trois discours, trois registres, venant du même gouvernement, à quelques jours d'intervalle : ce genre de glissement de vocabulaire n'est jamais innocent.
Sur le fond, l'Operation Economic Outcast ( « Opération Paria économique ») a été lancée le 24 août 2026, par le décret présidentiel 13902. Les mesures visent cinq secteurs précis : les actifs numériques, la technologie, l'or, l'aviation et le transport maritime. Tout acteur non états-unien — banque étrangère, registre maritime, entreprise — opérant dans ces secteurs s'expose désormais à des sanctions secondaires automatiques. Près de soixante entités, individus et navires de la « flotte fantôme » ont été ajoutés à la liste noire du Trésor états-unien, touchant Hong Kong, la Chine, les Émirats arabes unis, Singapour, l'Égypte et la Suisse. L'inclusion de l'Égypte illustre la portée limitée de ces mesures : les avertissements de Washington ont visé exclusivement les succursales de la Banque Misr aux Émirats arabes unis, et non le siège au Caire. La Banque centrale d'Égypte est d'ailleurs en contact avec le Trésor états-unien pour régler ce différend réglementaire.
Washington a même suspendu des licences humanitaires qui autorisaient jusque-là les transferts d'argent personnels, les échanges universitaires et certains événements sportifs. La cible principale reste claire : les circuits non bancaires, les bureaux de change basés aux Émirats arabes unis, les sociétés-écrans, les plateformes de cryptomonnaies — tout ce qui permet de contourner le dollar.
L'histoire récente nous enseigne pourtant pourquoi ce genre de dispositif produit rarement le résultat annoncé. Les sanctions économiques, même très dures, ne font presque jamais tomber un régime. Elles changent parfois ceux qui, à l'intérieur du régime visé, tiennent le pouvoir — et ce sont le plus souvent les acteurs les plus durs qui en sortent renforcés. Et quand les régimes tombent, comme en Irak ou en Syrie, c'est pour d'autres raisons, et ils laissent une société et un État affaiblis et privés de nombreux moyens d'action.
Ainsi en a-t-il été de l'Irak des années 1990. Les sanctions internationales ont duré plus de dix ans, détruit l'économie du pays et fait souffrir d'abord la population civile, sans l'aider à renverser Saddam Hussein. Elles ont renforcé le contrôle de l'État sur les ressources rares, et donné plus de pouvoir aux cercles proches du régime qui savaient comment contourner les sanctions. Il a fallu en fin de compte l'intervention états-unienne de 2003 pour renverser Saddam Hussein, alors que l'État était détruit, favorisant la guerre civile des années 2000.
Le deuxième exemple est celui de Cuba. Depuis plus de soixante ans, l'embargo économique états-unien n'a pas provoqué le changement fondamental recherché. Il a seulement donné au pouvoir cubain un argument, une excuse pour toutes ses difficultés, et une raison de rester uni face à un ennemi extérieur.
Le troisième exemple, sans doute le plus pertinent, est la Syrie. Pendant des années, la loi César1 et les sanctions états-uniennes ont visé le régime de Bachar Al-Assad. Elles n'ont pas provoqué sa chute par asphyxie économique. C'est finalement une offensive militaire sur le terrain qui a fait tomber le régime. Mais l'effet le plus durable des sanctions a été ailleurs, un peu comme en Irak. Après plus de dix ans à vider l'État syrien de ses moyens — son système bancaire, ses douanes, sa fonction publique — il ne restait presque plus d'institutions capables de gérer une transition. Le vide a été rempli par des groupes armés, souvent les plus radicaux, et non par les forces favorables à une transition ordonnée. La Syrie d'après-Assad a hérité d'un pouvoir fragmenté, où les logiques les plus dures dominent.
D'autant qu'il existe de nombreux mécanismes de contournement des sanctions. Pour l'Iran, les choses se jouent déjà, à ciel ouvert, avec les partenaires commerciaux de Téhéran. La Chine a dénoncé ces sanctions comme du « harcèlement économique unilatéral », mais sa politique reste à géométrie variable : ses grandes banques d'État respectent les règles pour ne pas perdre l'accès au système SWIFT2, tandis que le pétrole iranien continue d'entrer sur son territoire, à travers des banques régionales et de petites raffineries, réglées en yuans plutôt qu'en dollars.
La Russie constitue l'autre pilier stratégique du contournement : Moscou et Téhéran ont interconnecté leurs systèmes bancaires nationaux (Mir et Shetab) pour se passer totalement du réseau SWIFT, tout en développant les routes à travers la Caspienne et le couloir Nord-Sud (International North-South Transport Corridor, INSTC) afin d'acheminer marchandises et pétrole à l'abri des contrôles occidentaux.
L'Inde, elle, a choisi la conformité totale, redirigeant ses achats vers le Golfe et la Russie. L'Union européenne applique les règles à la lettre, ses banques étant trop exposées au système financier états-unien pour prendre des risques. Les monarchies du Golfe, enfin, resserrent leurs contrôles tout en laissant filer, dans les zones grises maritimes, des réseaux de transbordement pétrolier difficiles à arrêter totalement. Ici aussi la même règle s'applique : plus le système est verrouillé, plus il profite à ceux qui savent déjà comment le contourner.
En Iran même, ce mécanisme est déjà bien connu. Chaque nouvelle vague de sanctions a renforcé le rôle économique des Gardiens de la révolution, le corps des Pasdaran, qui contrôlent une grande partie des réseaux de contournement, du marché noir du pétrole et des circuits financiers parallèles.
Les discours iraniens de ces derniers jours illustrent bien cette dynamique, et montrent aussi que Téhéran ne reste pas passif. Le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, a été l'un des premiers à fixer le ton, le 18 août, en affirmant que le détroit d'Ormuz « ne sera pas ouvert tant que les engagements américains prévus dans le mémorandum d'entente ne seront pas mis en œuvre ». Trois jours plus tard, à Bagdad, il ajoutait : « Si vous regardez les ressources et les matières premières des pays musulmans, vous comprendrez que nos ennemis viennent pour les piller… nous devons donc nous organiser face à des sanctions injustes pour les surmonter. »
Le président Massoud Pezeshkian, pourtant présenté comme la voix la plus modérée du système, a d'abord tenu un ton tout aussi ferme, le 21 août, devant l'Association islamique du corps médical iranien : « Il vaut mieux mettre fin à la guerre maintenant, alors que nous sommes en position de force et de dignité… le monde entier reconnaît notre victoire. » Une semaine plus tard, dans une interview télévisée, le ton s'est fait plus mesuré : « Il faut savoir raison garder… La poursuite des sanctions signifie la poursuite de la hausse des prix, c'est pourquoi la négociation reste une priorité. » Même l'homme le plus modéré du système doit naviguer entre deux registres, sans jamais paraître faible.
Le ministre de l'Économie, Seyed Ali Madanizadeh, a été plus direct encore, le 24 août, sur la télévision d'État : « Ils veulent lancer une attaque économique terroriste contre nous. Nous avons aussi nos propres outils, et nous connaissons les règles de ce jeu... ils ne devraient pas penser que notre approche sera purement défensive ; ils devraient aussi s'attendre à une attaque de notre part. » Ce n'est pas le langage d'un pays qui subit sans réagir.
1NDLR. Votée au Congrès états-unien en décembre 2019, cette loi étendait les sanctions aux sociétés étrangères impliquées plus ou moins directement dans des secteurs de l'économie syrienne liés au régime, notamment dans l'énergie et le BTP.
2NDLR. Le système SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication) est un réseau mondial de messagerie utilisé par les institutions financières pour communiquer entre elles de manière sécurisée.
16.09.2026 à 06:00
Jean-Pierre Séréni
En France, l'Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l'écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant. Quelque neuf millions d'habitants vivant dans l'Hexagone ont un lien avec l'Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois (…)
- Lu, vu, entendu / Algérie, France, Diplomatie, Guerre d'indépendance algérienne, Livres
En France, l'Algérie provoque trop souvent passions et excommunications dans un climat de guerre froide rarement rencontré depuis soixante ans. À contre-courant, l'écrivain franco-algérien Karim Amellal avance, dans La Part algérienne de la France, un plaidoyer bienveillant.
Quelque neuf millions d'habitants vivant dans l'Hexagone ont un lien avec l'Algérie. Immigrés, rapatriés, harkis, anciens de la Guerre d'indépendance algérienne (1954-1962), coopérants ou travailleurs, trois générations ont eu à un moment de leur vie un attachement plus ou moins fort avec l'autre rive. Si la majorité a souvent oublié, il reste néanmoins trois à quatre millions qui « entretiennent un lien direct, charnel, familial » avec l'Algérie.
Dans La Part algérienne de la France, Karim Amellal, écrivain franco-algérien et ancien ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée (2020-2025), déconstruit, chapitre après chapitre, des convictions largement répandues dans l'opinion métropolitaine et montre l'intimité de la relation franco-algérienne.
Non, la Guerre d'indépendance algérienne n'est pas passée : ni chez ceux pour qui le 18 mars 1962 marque une défaite de la France ni chez les descendants des militants du Front de libération nationale (FLN) pour qui c'est le jour de la libération du joug colonial.
Les relations entre Paris et Alger ne sont pas qu'une affaire politique et concernent également la vie quotidienne d'Algériens et de Franco-Algériens qui travaillent, élèvent leurs enfants, partagent les épreuves du peuple français — du COVID au chômage et à la canicule —, fréquentent les consulats et trop souvent font les frais de crises qui les oublient.
Contrairement aux hallucinations de certains responsables politiques et de médias mal intentionnés, la diaspora algérienne ne constitue pas « un bloc compact et homogène ». Au contraire, elle se diversifie socialement et culturellement. Génération après génération, ses enfants, à force de ténacité et d'endurance, font des études supérieures — la moitié des plus jeunes est diplômée de l'enseignement supérieur et occupe des emplois qualifiés ou indispensables. Où en seraient les hôpitaux français, déjà bien malades, sans les quelque 6 000 médecins venus d'Algérie et les dizaines de milliers d'infirmiers et d'infirmières qui les secondent ?
En Algérie, les classes moyennes continuent à parler français, et la population suit avec passion la vie politique dans l'Hexagone — même si la normalisation diplomatique de la Ve République ne la mobilise plus comme il y a vingt ans au moment du voyage triomphal de Jacques Chirac à Alger en pleine guerre d'Irak1.
Enfin, les tenants d'une ligne dure vis-à-vis du régime autoritaire d'Alger, qui se recrutent très à droite et à l'extrême droite, ne réussissent le plus souvent qu'à souder la population et le régime. Un exploit !
1Le voyage a eu lieu en mars 2003. Des milliers d'Algérois étaient alors descendus dans la rue pour soutenir Jacques Chirac dans son opposition à la guerre contre l'Irak menée par les États-Unis. Lors de ce séjour, Jacques Chirac avait rendu au président algérien Abdelaziz Bouteflika le sceau du dey d'Alger que celui-ci avait remis en 1830 aux autorités françaises, marquant ainsi le début de la colonisation.