03.04.2026 à 06:00
Rami Abou Jamous
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami explique les conséquences concrètes qu'aura le désarmement du Hamas. Les Gazaouis se trouvent coincés entre la possibilité d'une guerre civile ou une reprise du nettoyage ethnique. Lundi 30 mars 2026. Vous avez sans doute entendu parler du nouveau plan présenté le 19 mars par le diplomate bulgare Nikolaï Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » au sein du « Conseil de paix » de Trump. Il impose le désarmement (…)
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Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami explique les conséquences concrètes qu'aura le désarmement du Hamas. Les Gazaouis se trouvent coincés entre la possibilité d'une guerre civile ou une reprise du nettoyage ethnique.
Lundi 30 mars 2026.
Vous avez sans doute entendu parler du nouveau plan présenté le 19 mars par le diplomate bulgare Nikolaï Mladenov, le « Haut Représentant pour Gaza » au sein du « Conseil de paix » de Trump. Il impose le désarmement total du Hamas et des autres factions militaires. Total, c'est-à-dire pas seulement les armes lourdes comme les lance-roquettes, mais aussi les Kalashnikov et même les pistolets des dirigeants du Hamas et de leurs gardes du corps.
Cette exigence met le Hamas entre le marteau et l'enclume, entre la catastrophe et le désastre. S'il accepte de désarmer, ce sera le début d'une guerre civile à Gaza. Les milices armées par les Israéliens auront le champ libre. Elles ont pris leurs quartiers derrière la « ligne jaune » qui annexe de facto 60 % du territoire de la bande de Gaza, une zone vidée de ses habitants, où seules peuvent s'implanter les personnes autorisées par Israël. Et on peut douter qu'ils soient concernés par le désarmement, tant il semble que tout ce qui se trouve à l'est de la ligne jaune n'est plus considéré par les Israéliens et les Américains comme faisant partie de la bande de Gaza.
Ces gangs armés dépassent parfois la ligne pour venir commettre des enlèvements ou des assassinats, comme dernièrement celui de plusieurs membres de la police du Hamas. Celle-ci essaie de rétablir la sécurité en rouvrant les commissariats. Cela a redonné un peu de confiance aux Gazaouis. Il y a moins de vols, et il n'y a plus d'attaques contre les rares convois d'aide humanitaire. Au plus fort de la guerre, ces assauts étaient perpétrés par des clans plus ou moins mafieux, et Israël en accusait le Hamas. La population ici préfère que la police du Hamas conserve ses armes, parce qu'ils savent très bien ce qu'il se passerait si elle était désarmée. On en a eu un avant-goût après la prise du pouvoir par le Hamas en 2006, après, déjà, des affrontements entre Palestiniens. Les grandes familles de Gaza avaient profité de la période d'instabilité pour voler des voitures, kidnapper des gens, y compris des étrangers. C'était une première à Gaza.
Aujourd'hui on peut dire que la sécurité est assurée à 90 % par la police. Cela ne plaît pas du tout aux Israéliens, pour qui la police aussi doit être désarmée. C'est pour cela qu'ils visent régulièrement ses postes et ses voitures 4x4. Depuis la semaine dernière, jusqu'à ce 30 mars, plus de 20 policiers ont été tués.
Le véritable objectif d'Israël, c'est la guerre civile. Il a vu que, malgré le génocide, beaucoup de Gazaouis veulent résister en restant chez eux. Mais si une guerre civile éclate, ils partiront. Comme moi. Jusqu'à présent, je voulais résister jusqu'à la dernière minute en restant chez moi. J'ai fait le vœu de ne quitter Gaza que contraint et forcé. Mais si des Palestiniens commencent à s'entretuer pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la défense de la patrie, mais pour la vengeance ou pour le pouvoir, je serai parmi les premiers à quitter Gaza dès que ce sera possible. Je ne serai pas le seul. On a vu cela pendant la guerre civile au Liban. Beaucoup de Libanais ont quitté leur pays. Et je crois que c'est exactement ce que cherchent les Israéliens : le chaos.
Si le Hamas dépose les armes, certains pourront chercher à se venger. Le Hamas a gouverné Gaza avec une main de fer. Il a emprisonné et parfois torturé des gens. Certains de ses membres ont abusé de leur pouvoir.
La haine pourrait aussi se déchaîner contre les nouveaux riches, les profiteurs de guerre. Parmi eux, il y a les commerçants qui ont obtenu des Israéliens le monopole des importations de biens et de denrées alimentaires, les « influenceurs » qui ont fait fortune en créant des cagnottes en ligne pour aider les Gazaouis, mais qui ont gardé les dons, amassant parfois des sommes très importantes. Il y a les trafiquants de drogue et de tabac. Il y a ceux qui ont créé des ONG locales dans le seul but de recevoir des subventions des grandes ONG internationales, et qui prélèvent une partie des sommes, voire la totalité. Bien sûr, il y avait déjà des gens riches à Gaza avant la guerre, des entrepreneurs, des commerçants, ou des héritiers. Mais les riches d'aujourd'hui ont bâti leur fortune sur la misère de la majorité. La stratégie israélienne a fait disparaître la solidarité traditionnelle en créant cette nouvelle classe sociale qui ne se soucie pas des autres. Le jour où il n'y aura plus de sécurité, certains se vengeront de ces gens-là, qui le savent très bien. Ils s'y préparent en créant leurs propres milices.
Malheureusement il n'y a dans ce plan Mladenov aucune exigence concernant Israël. D'ailleurs, même s'il en comportait, les Israéliens feraient ce qu'il leur plaît, et en toute impunité, comme d'habitude. Ils ne respectent pas le cessez-le-feu soi-disant garanti par les États-Unis, contrairement au Hamas, qui n'a pas d'autre choix. Seul l'intensité des bombardements a baissé, mais il y en a quand même tous les jours. Des Gazaouis sont toujours tués quotidiennement. La deuxième phase, qui prévoyait le retrait de l'armée israélienne et un passage fluide des Gazaouis par le terminal de Rafah, n'est pas appliquée. Les passages sont soumis à des conditions très complexes, surtout pour les retours.
L'aide humanitaire n'entre qu'au compte-gouttes, et va en diminuant. On voit très bien que les Israéliens n'ont aucune intention de s'engager à quoi que ce soit. Le plan états-unien est une série d'ordres auxquels le Hamas doit obéir. Voilà pour le marteau. Et pour l'enclume : que se passera-t-il si le Hamas refuse de déposer les armes ? La réponse d'Israël serait la reprise du génocide sur une grande échelle, une augmentation du rythme des incursions terrestres d'ampleur, et peut-être un resserrement du blocus pour revenir à l'arme de la famine. Les Israéliens resserreront l'étau contre la population, et le monde laissera faire, comme pendant les deux ans et demi où le génocide battait son plein. Gaza replongerait dans un enfer où le Hamas serait toujours là et armé, et où la population ne pourrait pas vivre. Aujourd'hui, 90 % des Gazaouis dépendent de l'aide humanitaire et vivent dans la rue, sous la tente, dans des conditions très difficiles. Les ONG internationales qui opèrent encore à Gaza, surtout avec leurs hôpitaux de campagne, seront totalement interdites. Pour l'instant elles sont toujours présentes, mais trente-sept d'entre elles sont menacées d'expulsion imminente par Israël. Elles fonctionnent de façon partielle, en puisant dans leurs réserves, car elles n'ont plus le droit d'importer des médicaments ou du matériel médical.
Le monde dira que le Hamas ne veut pas céder, qu'Israël a le droit de se défendre et de s'étendre, et donc le droit d'étrangler les Palestiniens. Voilà pourquoi le Hamas n'a le choix qu'entre la catastrophe et le désastre. Le désastre s'il accepte de désarmer, et la catastrophe s'il refuse. Si la guerre civile s'installe, beaucoup de Gazaouis voudront partir. Si le génocide reprend, ils finiront par être déportés. Quelle que soit le moyen, le but est le même : le nettoyage ethnique de toute la population de Gaza.
Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, Rami Abou Jamous a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.
02.04.2026 à 06:00
Adel Kamel
Depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février 2026, Le Caire tente de se poser en médiateur pour mettre fin au conflit, tout en condamnant les bombardements iraniens contre ses « frères » arabes. Entre temps, la guerre impacte largement son économie et pourrait donner lieu à des reconfigurations d'alliances. Reportage. À la fin du ramadan, Le Caire sommeille encore moins que d'habitude. Les messahharati, tambourineurs annonçant l'heure du souhour, font vacarme auprès des (…)
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Depuis le début de l'attaque israélo-américaine le 28 février 2026, Le Caire tente de se poser en médiateur pour mettre fin au conflit, tout en condamnant les bombardements iraniens contre ses « frères » arabes. Entre temps, la guerre impacte largement son économie et pourrait donner lieu à des reconfigurations d'alliances. Reportage.
À la fin du ramadan, Le Caire sommeille encore moins que d'habitude. Les messahharati, tambourineurs annonçant l'heure du souhour1, font vacarme auprès des terrasses de cafés pour récolter leur dû à l'approche de l'aïd el-fitr. Comme le résume la maxime, y compris sous forme publicitaire : « Ramadan fi Masr, di haga tania » (« Le Ramadan en Égypte, c'est vraiment autre chose »). En particulier en termes d'effervescence et de générosité, surtout quelques minutes avant la rupture du jeûne, lorsque les automobilistes accélèrent la cadence et que les distributions de sachets de dattes et de bouteilles d'eau parsèment le bord des routes. Mais cette année, ce « quelque chose d'autre » est encore plus marqué, tant sont prégnantes les conséquences de l'agression israélo-étatsunienne contre l'Iran du 28 février.
N'accueillant aucune base militaire étatsunienne sur son sol, l'Égypte a été épargnée par la riposte iranienne. Diplomatiquement, les autorités ont dès le départ condamné les bombardements de l'Iran envers son voisinage, sans évoquer l'agression israélo-étatsunienne. En plus de nombreux échanges téléphoniques, le ministre des affaires étrangères, Badr Abdelatty, a effectué mi-mars une tournée régionale au Qatar, aux Émirats arabe unis (EAU), en Oman, en Jordanie et en Arabie saoudite, tandis que le président Abdel Fattah Al-Sissi s'est rendu aux EAU et au Qatar, puis au Bahreïn et en Arabie saoudite. Il s'agit avant tout d'un affichage vis-à-vis des « frères » arabes, qui sont également les principaux bailleurs de l'Égypte, parfois en échange de morceaux du territoire national. Sur les routes qui ne cessent de provigner, les publicités géantes de produits de luxes et d'investissements financiers et immobiliers narguent la majorité de la population. C'est le cas de celles observées pour Rass el-Hikma. Ce bout du sahel — la côte nord du pays — a été cédé en 2024 pour 35 milliards de dollars (30 milliards d'euros) aux EAU, qui y prévoient la construction d'un complexe touristique, d'une zone franche, d'infrastructures portuaires et aéroportuaires, ainsi que plusieurs quartiers commerciaux et résidentiels. Il apparaît donc logique que Le Caire marque son soutien à Abou Dhabi, principal territoire ciblé par l'Iran. Cette fraternité affichée intervient également après certaines critiques médiatiques et sur les réseaux sociaux concernant la posture du gouvernement, jugé trop en retrait et pas assez solidaire vis-à-vis de ses voisins du Golfe. Le ministère d'État de l'information a menacé les journalistes – à travers des « recommandations » — et les a « invités » à ne suivre que les déclarations officielles. Pour Amira*, journaliste indépendante, « l'Égypte affiche des messages de solidarité car elle n'a pas le choix, notamment financièrement.
Mais cela est surtout de façade. Il n'est pas exclu qu'il y ait en off des messages de soutien à l'Iran ». Les relations entre les deux pays s'étaient en effet quelque peu réchauffées en 2024 avec la visite du président iranien Massoud Pezeshkian au Caire. Le 13 mars, ce dernier a échangé au téléphone avec le président Sissi, qui cherche à se positionner comme médiateur au conflit actuel. Comme d'autres acteurs, l'Égypte ne considère pas d'un mauvais œil l'existence d'une contre-force d'influence régionale face à Israël, mais aussi à l'Arabie saoudite et la Turquie, même si elle ne peut l'assumer publiquement.
L'impact de la guerre est avant tout économique. À l'échelle macro-économique, la livre égyptienne a dévissé jusqu'à atteindre le record de 63 EGP pour un euro contre 56 EGP la veille de la guerre, accentuant le poids de la dette. Ce qui oblige la Banque centrale d'Égypte à maintenir un taux directeur élevé, avec pour effet de ralentir la consommation et l'investissement. L'activité économique est également impactée par la baisse du secteur du tourisme, qui correspond à 5 % du PIB, en particulier à la suite des annonces du département d'État étatsunien intimant au départ de ses ressortissants. « Vraiment, je ne comprends pas cette décision », avoue Ahmed*, qui gère un hôtel dans le centre du Caire, à proximité de la place Tahrir. « Le tourisme avait bien repris après le 7 octobre 2023. Mais là, les annulations se multiplient, même pour le mois d'avril, qui est normalement considéré en saison haute. » D'autres sources en Haute-Égypte, dans les villes exclusivement touristiques de Louxor et d'Assouan, confirment le constat, et soulignent le choc, y compris à moyen terme.
Autre ressource économique majeure du pays, les remises migratoires représentent près de 8 % du PIB et proviennent majoritairement des ressortissants installés dans les pays du Golfe. Elles ont été logiquement touchées par le ralentissement économique et le retour d'Égyptiens au pays. Celui-ci n'a pas toujours été possible, la compagnie nationale Egypt Air ayant été accusée de pratiquer des tarifs exorbitants. Par ailleurs, les missions de consultances dans le Golfe, qui participent à la rentrée de devises étrangères, ont été totalement suspendues, nous affirme Myriam Raymond, chercheuse spécialisée sur le monde du travail en Égypte.
En 2024, l'Égypte était au bord du défaut de paiement et a dû recevoir des fonds d'urgence, notamment du Fonds Monétaire International (FMI). « Too big to fail » (« Trop gros pour faire faillite » en français), disait-on. Mais la présente crise, qui a incité le président Sissi à déclarer un « état de quasi-urgence », fait tanguer la réplique. Le FMI et l'Union européenne (UE) ont déboursé des tranches significatives en janvier et février 2026, laissant un peu de répit à la Banque centrale. La fébrilité demeure, toutefois : lors d'un entretien du ministère des affaires étrangères avec son homologue français, celui-ci a suggéré que Paris appuie la délivrance rapide d'une nouvelle tranche de versements de l'UE.
L'impact le plus conséquent s'avère de loin celui de l'énergie. Le jour du début de son offensive contre l'Iran, Israël a annoncé stopper ses exportations de gaz naturel à l'Égypte, estimées à 17 % de la consommation intérieure. Ces exportations s'opèrent surtout depuis le champ gazier de Léviathan. Elles avaient été augmentées l'an dernier avec la conclusion d'un accord de 35 milliards de dollars (30 milliards d'euros) pour 130 milliards de mètres cubes sur quinze ans. « La dépendance du Caire au gaz israélien est d'autant plus marquée que celui-ci est le plus compatible avec les pipelines égyptiens », nous indique une source locale spécialisée dans le secteur. « Les importations de gaz naturel liquéfié de la part d'autres fournisseurs ont donc augmenté, notamment les États-Unis et la Russie. Mais elles sont en moyenne 30 % plus coûteuses », renchérit la source.
Une augmentation qui a été reportée sur les prix courants : le 3 mars, à 3 heures du matin, les autorités égyptiennes ont augmenté le prix de tous les carburants d'un pourcentage qui va de 15 à 22 %2. Le prix des tickets de métro, le transport le plus populaire, a lui aussi été réévalué. Dans un souci de contenir la grogne de ses 120 millions d'habitants, le gouvernement a annoncé qu'il ne modifierait pas le prix du pain subventionné et les spéculateurs ont été menacés de tribunaux militaires. Pour prévenir les conséquences du retour des coupures et délestages d'électricité, importants en 2023 et 2024, des mesures de restrictions ont été ordonnées : limitation de l'éclairage routier et des affichages publicitaires, restriction de déplacements et, surtout, fermeture à 21 heures en semaine des restaurants et des cafés, à 22 heures le week-end.
Lorsqu'il apprend la nouvelle, Ali*, gérant d'un café dans le quartier populaire de Mounira, est désespéré. « Je doute que cela puisse durer longtemps », se rassure-t-il. « L'application effective dépendra des quartiers. Plus il est informel, comme Imbaba ou Boulaq, plus la décision sera dure à imposer. Mais cela donnera lieu, comme pendant le Covid-19, à davantage d'amendes et de corruption. » Là encore, les conséquences économiques seront terribles pour les milliers d'emplois informels liés à la restauration.
L'impact pourrait être plus important en cas de perturbations sur le canal de Suez. Les recettes financières de celui-ci, élargi en grande pompe en 2015, correspondent à 7 % du PIB et permettent la rentrée de précieuses devises étrangères. Après le 7 octobre 2023 et l'entrée en ligne des houthistes ciblant des dizaines de navires marchands, le trafic maritime y a été réduit de plus de moitié. « Pour le moment, les houthistes ne se sont pas impliqués sur ce terrain, mais cela pourrait arriver très prochainement. Ils constituent en quelque sorte une dernière carte en main des Gardiens de la Révolution », affirme la journaliste yéménite Ahad Yaseen. En mer Rouge, des reconfigurations logistiques ont déjà eu lieu pour assurer le maintien des exportations égyptiennes vers le Golfe, depuis le port de Safaga.
Malgré ce contexte, la plupart des personnes rencontrées nous confient leur soutien, si ce n'est leur réjouissance à l'égard de la riposte iranienne face à ce nouvel élan de l'impérialisme israélo-étatsunien. Personne n'est dupe de la « paix froide » avec Israël qui s'est faite sur le dos du peuple égyptien. Certes, aucun drapeau iranien n'a été observé au Caire, ni aucune manifestation de solidarité, étant donné la répression sécuritaire. Mais un soutien à l'Iran reste palpable sur la toile, non sans sarcasme. Des personnalités et activistes, comme l'ancien prisonnier politique Ahmed Douma, l'ont tout de go manifesté. Le jour de l'aïd el-fitr, dans la nouvelle capitale administrative, devant le président Sissi, le prêche délivré par le cheikh Al-Sayed Hussein Abd Al-Bari avait une tonalité inédite, avec l'évocation de la bataille de Khaybar3 et de références privilégiées du chiisme, comme Ali et sa femme Fatima Al-Zahra, la fille du prophète Mohammed, dans un clin d'œil explicite à la résistance iranienne. Cette « réjouissance » va de pair avec le sentiment de colère et d'impuissance suscité par le génocide à Gaza. Pour absorber ce mécontentement, les autorités ont récemment lâché du lest avec la production de la série ramadanesque Sohab Al-Ard, jugée plutôt réaliste sur la situation dans l'enclave palestinienne.
« Les gens soutiennent l'Iran car c'est le seul pays de la région à faire barrage à Tel-Aviv. Dans l'opinion publique, sa chute signifierait que ce serait ensuite au tour du Caire. L'idée d'un conflit avec Israël reste ancrée dans l'imaginaire collectif », précise Amira*. En effet, début 2025, la tension était montée d'un cran entre les deux voisins, Israël pointant du doigt le renforcement des capacités militaires égyptiennes dans le Sinaï, en contravention avec les accords de Camp David de 1978. « Personne, avec l'aide de Dieu [la formule est répétée trois fois], ne pourra approcher de notre pays », a tenté de convaincre le président Sissi lors du banquet annuel de l'iftar des forces armées.
Il va de soi qu'à la méfiance des autorités égyptiennes envers leur allié étatsunien, depuis le lâchage de Hosni Moubarak par l'administration Obama en 2011, s'ajoute dorénavant la crainte de l'hégémon israélien dans la région. D'autant qu'au-delà du chaos régional qui perturbe l'économie égyptienne, s'ajoute la menace de rapprochements contraires aux intérêts égyptiens dans la corne de l'Afrique. Le Caire s'est en effet insurgé de la reconnaissance unilatérale du Somaliland par Israël, qui renforce ainsi sa position en mer Rouge. Et ce avec la bénédiction de l'Éthiopie, dont le Grand barrage de la Renaissance, récemment inauguré sur le Nil Bleu, est vu en Égypte comme une menace vitale pour son approvisionnement hydrique. Celle-ci pourrait être tentée par de nouvelles alliances régionales de sécurité, comme pourraient en témoigner les deux rencontres courant mars avec la Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan.
La guerre actuelle a toutefois pour avantage de fournir une occasion de médiation à l'Égypte, pour l'heure sans effet. Elle renforce aussi son image de stabilité, à l'intérieur comme à l'extérieur, et cristallise la rhétorique sécuritaire du régime. Ce qui légitime rétrospectivement ses dépenses exorbitantes d'armement, en premier lieu auprès de la France. Par crainte d'une « déstabilisation » de l'Égypte, les exigences en matière de réformes ou de droits humains de la part des bailleurs internationaux devraient mécaniquement diminuer, au détriment des 60 000 prisonniers politiques, comme des plus précaires.
« Les classes populaires sont les premières à pâtir des soubresauts économiques. Elles n'ont pas attendu cette énième crise pour se priver – de soins, d'aliments et de déplacements », soupire Myriam Raymond. Quinze ans après la révolution du 25 janvier, la pauvreté continue d'augmenter, de même que la faim. Les Égyptiens sont la première nationalité à quitter le continent, malgré l'extra-territorialisation des frontières de l'Union européenne et le renforcement des contrôles du côté du Caire.
Entre les chaises du café Porto, à l'angle de la rue Mohammed Mahmoud où sont tombés des dizaines de manifestants lors de cette même révolution, Om Mohammed, 70 ans passés, vend des mouchoirs pour nourrir, seule, ses trois petits enfants. C'est une « mounadila », une « militante », affirme Amira*. Cette année, rien n'indique qu'elle aura pu leur offrir les irréductibles mets de l'aïd el-fitr : kaak, fessikh et renga.
* Tous les noms suivis d'un astérisque sont des pseudonymes.
1NDLR. Repas d'avant l'aube pendant le ramadan.
2Sara Seif Eddin, « Govt rushes to hike energy prices in response to regional war », Mada Masr, 10 mars 2026.
3Celle-ci a opposé, en 628, le prophète Mohammed et ses fidèles aux tribus juives vivant dans l'oasis de Khaybar, située dans le Hedjaz, à 150 km de Médine.
01.04.2026 à 06:00
Olivier Da Lage
La visite éclair, le 19 janvier 2026, du président des Émirats arabes unis Mohammed Ben Zayed en Inde a marqué un rapprochement entre les deux pays. Quelques semaines plus tard, la veille des bombardements menés par Tel-Aviv et Washington contre Téhéran, le premier ministre indien Narendra Modi se rendait en Israël. Est-ce le signe d'un axe Inde-Émirats-Israël, symbole d'une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ? En février 2018, la princesse Latifa, fille de l'émir de Dubaï et (…)
- Magazine / Bahreïn, Israël, Turquie, Émirats arabes unis (EAU), Pakistan, Chine, Abou Dhabi, Dubaï, Arabie saoudite, Inde
La visite éclair, le 19 janvier 2026, du président des Émirats arabes unis Mohammed Ben Zayed en Inde a marqué un rapprochement entre les deux pays. Quelques semaines plus tard, la veille des bombardements menés par Tel-Aviv et Washington contre Téhéran, le premier ministre indien Narendra Modi se rendait en Israël. Est-ce le signe d'un axe Inde-Émirats-Israël, symbole d'une recomposition géopolitique au Moyen-Orient ?
En février 2018, la princesse Latifa, fille de l'émir de Dubaï et premier ministre des Émirats arabes unis (EAU) Cheikh Mohammed Ben Rachid Al-Maktoum, s'enfuit de Dubaï pour rejoindre à Oman son amoureux, un ancien officier français. Ils prennent la mer à bord du yacht de ce dernier à destination de l'Inde, où Latifa espérait demander l'asile. Mais le 4 mars, à une cinquantaine de kilomètres au large de Goa, une opération conjointe des garde-côtes indiens et des forces spéciales émiriennes met fin à l'escapade et la princesse est reconduite dans son pays où elle est enfermée chez elle.
Huit mois plus tard, les EAU, qui s'y étaient jusque-là refusés, extradent vers l'Inde un ressortissant britannique, Christian Michel, accusé d'être un intermédiaire dans le scandale des hélicoptères AugustaWestland1. Pour nombre d'observateurs, il s'agit d'un marché donnant tour à tour satisfaction aux autorités émiriennes et indiennes, en dehors de toute procédure régulière, du moins pour la livraison de la princesse.
Cette anecdote illustre l'étroitesse des liens qui se sont tissés entre l'Inde et la fédération des Émirats arabes unis, après l'accession au pouvoir de Narendra Modi. Au-delà des relations entre États, ce sont les relations personnelles très fortes unissant le premier ministre indien Narendra Modi et celui qui est alors prince héritier d'Abou Dhabi avant de devenir, en 2022, président des Émirats arabes unis, Mohammed Ben Zayed (MBZ).
Un an après son arrivée au pouvoir, Narendra Modi se rend aux EAU les 16 et 17 août 2015 — première visite d'un chef du gouvernement indien depuis Indira Gandhi, 34 ans auparavant. Au stade de cricket de Dubaï, il s'exprime devant 50 000 membres de la diaspora indienne qui représente plus du tiers de la population de la Fédération. Sa visite se conclut par la proclamation d'un « partenariat stratégique global » entre New Delhi et Abou Dhabi.
Ce ne sera pas un voyage sans lendemain : en une décennie, Modi a visité sept fois les EAU, tandis que MBZ s'est rendu à cinq reprises en Inde. Ce dernier a même été, en janvier 2017, l'invité d'honneur du défilé militaire de la Journée de la République. La fréquence de ces visites réciproques est exceptionnelle, même pour deux pays très proches.
Ces relations couvrent tout l'éventail d'un partenariat étroit. Bien entendu, la fourniture d'hydrocarbures est essentielle pour un pays de près de 1,5 milliard d'habitants qui ne dispose pas d'énergie indigène en quantité suffisante pour assurer sa forte croissance. La présence sur le sol émirien de plus de 3,5 millions de travailleurs indiens transférant chaque année dans leur pays d'origine près de 22 milliards de dollars (19 milliards d'euros) est également cruciale pour l'économie des deux nations. Enfin, l'Inde apprécie fortement la tolérance religieuse aux EAU, qui contraste avec l'absence totale de libertés politiques : Narendra Modi est d'ailleurs allé sur place, en février 2024, inaugurer le premier temple hindou au Moyen-Orient. Les EAU ne semblent guère gênés par les critiques des autorités états-uniennes et des organisations de défense des droits humains à l'encontre du pouvoir indien pour les restrictions subies par les minorités religieuses, notamment les musulmans2.
Alors que, dans un premier temps, le premier ministre était réticent à abaisser les barrières commerciales de l'Inde, notoirement protectionniste, en 2022, il a conclu avec les EAU un traité de libre-échange après seulement 88 jours de négociations. Signé en février, l'Accord de partenariat économique global (Comprehensive Economic Partnership Agreement, CEPA) entre en vigueur en mai de la même année. Il ne tarde pas à produire ses effets : en 2024-2025, le commerce total entre les deux pays a dépassé 100 milliards de dollars (86 milliards d'euros).
En juillet 2023, les deux pays décident de favoriser le règlement de leur commerce bilatéral en devises locales (dirhams et roupies), favorisant la dédollarisation, l'un des objectifs des BRICS3. La vérité oblige à dire qu'une part infime du commerce bilatéral, de l'ordre de 10 milliards de roupies (91 millions d'euros), utilise effectivement ce mécanisme.
Puis, en septembre 2023, lors du sommet du G20 à New Delhi, les participants annoncent le lancement du Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (en anglais IMEC), un couloir multimodal reliant comme son nom l'indique la côte ouest de l'Inde à l'Europe en traversant le Moyen-Orient. L'IMEC se veut un concurrent des « Nouvelles routes de la soie » chinoises, même si les EAU en sont partie prenante. Le premier segment, à l'est, connecte Bombay et un port du Gujarat à la zone franche de Jebel Ali, à Dubaï. Si la guerre de Gaza a mis sur pause la partie centrale du projet, Indiens et Émiriens n'en ont pas moins continué d'avancer ce premier tronçon qui concerne non seulement les liaisons maritimes, mais également la circulation de données informatiques. Du reste, lors du quatrième sommet sur l'intelligence artificielle à New Delhi en février 2026, les deux pays ont confirmé leurs projets communs dans ce domaine.
La connectivité numérique est effectivement l'un des aspects cruciaux d'IMEC. Le groupe émirien MGX, présidé par le cheikh Tahnoun, frère de MBZ, s'est imposé en moins de deux ans comme l'un des plus grands investisseurs mondiaux dans le domaine de l'intelligence artificielle. Il participe à la mise en œuvre de l'accord signé en février 2024 par Modi à Abu Dhabi visant à développer un cluster de supercalcul indo-émirien.
Les relations humaines et commerciales, multiséculaires, ne doivent pas occulter un aspect contemporain, qui s'est imposé comme colonne vertébrale de ces rapports : la dimension stratégique, géopolitique, de cette interdépendance. Elle était discernable dès la première visite de Modi en août 2015 : en obtenant une déclaration commune condamnant le terrorisme et les États qui le soutiennent — implicitement le Pakistan —, le premier ministre indien était parvenu à son objectif de distendre les rapports entre les monarchies du Golfe et Islamabad. Le document signé entre les deux pays évoquait déjà une coopération en matière de défense. Mais c'est avant tout la conclusion, en 2020, des « Accords d'Abraham » entre Israël et plusieurs monarchies du Golfe, dont les EAU, qui va dégager la voie à une accélération et un approfondissement de cette dimension géopolitique.
Quelques mois plus tard, en octobre 2021, l'Inde, Israël, les EAU et les États-Unis fondent un organisme informel connu sous les initiales de ces pays, I2U2 que l'on a aussi surnommé le « Quad du Moyen-Orient », par référence à l'organisme également informel rassemblant l'Inde, les États-Unis, le Japon et l'Australie dans l'Indo-Pacifique. L'officialisation des relations entre les monarchies de la Péninsule arabique et l'État israélien a libéré toutes les inhibitions indiennes pour afficher un rapprochement spectaculaire avec Tel-Aviv. Alors que les relations diplomatiques entre les deux pays n'avaient été établies qu'en 1992, des liens étroits s'étaient déjà noués en 1998, puis à partir de 1999, sous la houlette du premier ministre d'Atal Behari Vajpayee, issu comme Narendra Modi du parti nationaliste hindouiste Bharatiya Janata Party (BJP). Ce dernier a notablement accéléré le mouvement depuis son arrivée au pouvoir en 2014. Israël est devenu le troisième fournisseur d'armements du pays, après la Russie et la France. Ce rapprochement se voit également lors des votes à l'Organisation des Nations Unies (ONU) de la délégation indienne.
Certes, il ne s'agit pas d'une « alliance » : le mot est tabou en Inde où, après le non-alignement de Jawaharlal Nehru et de ses successeurs, le gouvernement Modi préfère le « multi-alignement », qui se veut plus réaliste et pragmatique tout en continuant de se revendiquer de l'autonomie stratégique mise en place par le premier chef de gouvernement de l'Inde indépendante. Il s'agit plutôt d'un axe, solidement ancré dans des intérêts convergents. Mais cet axe Abou Dhabi-New Delhi semble très solide, et la présence de voisins menaçants n'a fait que renforcer la détermination des deux partenaires.
Dans le cas de l'Inde, il s'agit naturellement du Pakistan. Pour ce qui est des Émirats, la menace, sous forme de rivalité d'influence, vient du royaume d'Arabie Saoudite, son puissant voisin. Les deux pays étaient pourtant unis en 2015 pour intervenir militairement au Yémen contre les houthistes. Mais les divergences stratégiques sur les objectifs étaient déjà perceptibles depuis plusieurs années. Ils ont éclaté au grand jour lorsque, à la fin de l'année 2025, les forces armées saoudiennes ont bombardé au Yémen des milices armées soutenues par Abou Dhabi et que les autorités de Ryad ont publié des communiqués menaçants pour les Émirats arabes unis, conduisant ces derniers à un repli tactique.
Si l'on ajoute que le 17 septembre 2025, l'Arabie Saoudite et le Pakistan, puissance nucléaire, ont conclu un pacte stratégique d'assistance mutuelle (SMDA) et qu'en janvier 2026, la Turquie a indiqué son intention de le rejoindre — certains ont parlé d'une « OTAN islamique »4) —, on conçoit l'inquiétude qu'ont pu éprouver tant l'Inde que les EAU.
C'est dans ce contexte qu'il faut analyser la visite extraordinaire de MBZ à New Delhi, le 19 janvier 2026.
Extraordinaire, elle l'est à plus d'un titre. Elle n'a été annoncée que quelques jours avant d'avoir lieu, sa durée n'a pas dépassé trois heures et, contrairement aux règles protocolaires habituelles, le premier ministre indien s'est personnellement déplacé à l'aéroport pour accueillir son invité. Rarement visite aussi courte aura été aussi productive : douze contrats et protocoles d'accord ont été conclus entre les deux dirigeants, portant sur les investissements, la coopération spatiale, la livraison de GNL sur dix ans à partir de 2028, le doublement du commerce bilatéral pour atteindre 200 milliards de dollars d'ici 2032, une coopération dans le domaine des données numériques et des échanges culturels. Mais c'est surtout la lettre d'intention sur le partenariat stratégique de défense qui retient l'attention : il est en quelque sorte la réponse au SMDA pakistano-saoudien.
Dix ans après la visite de Modi à Abou Dhabi et Dubaï, les rapports ont évolué en profondeur, passant d'une relation transactionnelle (énergie contre main-d'œuvre) à une quasi-alliance multidimensionnelle. En témoigne l'appel téléphonique passé par Narendra Modi à MBZ dans la nuit du 28 février au 1er mars 2026 pour condamner les bombardements iraniens alors qu'il a fallu attendre le 12 mars pour qu'il contacte le président iranien, sans pour autant condamner l'attaque israélo-états-unienne. Rappelons que l'Iran et les EAU sont tous deux membres de l'organisation des BRICS, actuellement présidée par l'Inde.
Cette évolution, marquée par un double rapprochement Inde-Israël et Inde-EAU, traduit la mise en place d'un triangle Émirats-Inde-Israël faisant face à l'émergence du triangle Arabie-Pakistan-Turquie, modifiant en profondeur les dynamiques géopolitiques à l'œuvre au Moyen-Orient. Même s'il ne s'agit pas à proprement parler d'un face-à-face, New Delhi ne cherchant surtout pas à rompre avec Ryad.
Beaucoup se sont étonnés que Narendra Modi ait attendu près de trois ans après son arrivée au pouvoir pour se rendre en Israël, en juillet 2017, alors qu'il a ainsi multiplié les visites dans les pays arabes du Golfe. En réalité, par ce calendrier subtilement maîtrisé, il obtenait en quelque sorte la bénédiction des Arabes du Golfe pour cette visite israélienne qui confirmait sa proximité politique et intellectuelle manifeste, depuis l'époque où il était à la tête de l'État indien du Gujarat (2001-2014). On en a eu la confirmation avec son étonnante visite des 26 et 27 février 2026, littéralement à la veille de l'attaque israélo-états-unienne contre l'Iran.
A posteriori, la proximité publiquement manifestée avec Nétanyahou, alors que ce dernier s'apprêtait à attaquer un pays avec lequel l'Inde entretient également d'étroites relations5, lui a été vivement reprochée par l'opposition ainsi que par des diplomates à la retraite. Ces derniers ont exprimé ce que beaucoup de leurs anciens collègues en fonction ne peuvent dire publiquement.
La relation New Delhi-Abou Dhabi est largement due à la chimie interpersonnelle entre Narendra Modi et MBZ, deux dirigeants autoritaires ayant la haute main sur la diplomatie de leur pays et partageant largement une même vision du monde. Bien entendu, on ne sait si, le moment venu, leurs successeurs montreront le même volontarisme dans ce rapprochement accéléré. L'autre question, qui les dépasse, est de savoir dans quelle mesure la recomposition qui naîtra de la guerre d'Iran accentuera la tendance ou, au contraire, contraindra leurs rapports. La relation tant de l'Inde que des Émirats avec l'Iran au sortir de cette guerre sera la clé de la réponse à cette interrogation.
1Le scandale concerne le versement d'environ 51 millions d'euros de pots-de-vin par le constructeur italo-britannique, filiale de Finmeccanica, pour décrocher un contrat de 556 millions d'euros portant sur la livraison de 12 hélicoptères VVIP à l'Inde en 2010.
2Lire « Annual Report 2026 », US commission on international religious freedom (Uscirf), 10 mars 2026 ; World report 2026, Human Rights Watch, février 2026.
3Acronyme de Brésil, Russie, Inde, Chine, rejoints par l'Afrique du Sud puis par l'Iran, l'Égypte, les Émirats arabes unis, l'Éthiopie, l'Indonésie
4Sinan Ciddi et William Doran, « Turkey's dangerous Defense Pivot », Foundation for Defense of Democracies, 16 janvier 2026.
5L'Inde a participé au développement du port iranien de Chabahar, en mer d'Arabie, concurrent du port de Gwadar au Pakistan, développé avec l'aide de la Chine