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27.02.2026 à 06:00

Dominique Eddé, penser et écrire après Gaza

Khalid Lyamlahy

Dans son dernier essai, La Mort est en train de changer, l'essayiste et romancière franco-libanaise interroge l'effondrement de l'humanité après la guerre génocidaire et explore les chemins possibles pour faire émerger un nouvel espoir. Pourquoi écrire en pleine guerre génocidaire à Gaza ? D'emblée, l'essayiste et romancière franco-libanaise Dominique Eddé donne un début de réponse : « Écrire pendant ce temps est une épreuve à la limite de l'obscénité. Ne pas écrire, alors qu'on peut (…)

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Texte intégral (2466 mots)

Dans son dernier essai, La Mort est en train de changer, l'essayiste et romancière franco-libanaise interroge l'effondrement de l'humanité après la guerre génocidaire et explore les chemins possibles pour faire émerger un nouvel espoir.

Pourquoi écrire en pleine guerre génocidaire à Gaza ? D'emblée, l'essayiste et romancière franco-libanaise Dominique Eddé donne un début de réponse : « Écrire pendant ce temps est une épreuve à la limite de l'obscénité. Ne pas écrire, alors qu'on peut donner du fil à retordre à la haine, est encore moins glorieux. Je vais donc essayer d'écrire. » La Mort est en train de changer réussit à réhabiliter la pensée comme quête de sens et mode de résistance. Si Gaza est le point de départ et d'articulation, l'ambition de l'autrice est plus large : saisir les ressorts de la défaite générale et esquisser des chemins d'éveil collectif.

Pour Eddé, l'interdiction de nommer le génocide à Gaza révèle un aveuglement indigne auquel elle oppose une lucidité politique ancrée dans la nécessité de reconnaître le mal historique infligé aux Palestiniens : « Israël est un État qui n'a pas attendu Nétanyahou pour humilier, coloniser, déposséder le peuple palestinien. » En dix-huit chapitres, l'autrice s'emploie à déchiffrer cette réalité politique tout en dénonçant la complicité et l'hypocrisie des régimes arabes.

L'inconcevable accepté

Partant de Gaza, « le point culminant de l'inconcevable accepté », l'essai a pour objectif majeur de « ramener la dimension mentale, la dimension psychique dans l'appréhension des conflits ». Il s'agit d'interroger un monde piégé dans une « lâcheté du raisonnement » qui sacrifie le sens de l'altérité. En s'appuyant sur l'exemple de Vladimir Jankélévitch, « blessé à vie par l'antisémitisme et le nazisme », mais signataire en 1982 d'une tribune dénonçant l'invasion israélienne du Liban1, Eddé appelle à « résister contre ceux qui prennent le temps en otage » et à pratiquer une pensée en mouvement, à la fois courageuse et inventive.

L'analyse d'Eddé investit d'abord le lien entre la sexualité et la guerre : « Le nœud psychotique du politique est sexuel et métaphysique, il tient à la capacité de l'être à payer le prix de la finitude, à consentir à la disparition, à l'adieu. » Ainsi, l'invasion du territoire perpétue souvent celle du corps. Estimant que les slogans illusoires des droits humains ont déresponsabilisé une humanité toujours livrée à ses instincts de destruction, Eddé nomme « perte de l'être » le processus de désintégration, à la fois individuel et collectif, qui autorise tous les crimes.

L'essai éclaire les conséquences dévastatrices de la politique israélienne qui, en programmant l'effacement de la Palestine, favorise la montée de l'antisémitisme à la faveur du « pire des amalgames dans l'esprit de ceux que l'on humilie, que l'on dresse ainsi contre soi ». Par ailleurs, le refus de comprendre la souffrance palestinienne en temps réel et le réveil survenu après l'irréparable trahissent une « mort clandestine de la conscience », comme si cette dernière avait besoin d'un « temps de récupération et d'absence ». Eddé appelle donc à réinscrire la pensée dans l'exigence et le temps long : « L'humanisme n'a de sens que s'il se fonde sur une conscience rigoureuse de l'histoire, de ses dettes accumulées. »

Ce souci d'historicisation n'empêche pas l'autrice de penser le présent, comme dans le chapitre consacré au « trumpisme ». Pour elle, le président étatsunien est à la fois le résultat et le raccourci d'un monde dissocié de la réalité, guidé seulement par la puissance de l'image et la logique de la toute-puissance et du court terme : « Il n'incarne pas l'accident, il en est le triomphant et charismatique survivant. Il est le peu qui reste de la langue une fois le langage écrasé. »

Retrouver le sens de la rencontre

En écho au titre de l'essai, l'autrice examine notre rapport à la mort et la manière dont il a infiltré le langage et le temps : « De point final qu'elle était, la mort s'est muée en point-virgule, en virgule. Elle a perdu de son caractère implacable. » L'analyse de ce déplacement épistémique se prolonge avec le questionnement du besoin d'un dieu omniprésent dans le langage quotidien et sommé de pallier la défaite de la pensée dans le monde arabe. Néanmoins, un échange avec Imane, une brodeuse syrienne réfugiée au Liban et fidèle à sa religion, amène Eddé à revoir sa pensée : « Quand j'écrivais que Dieu est un recours permanent, une excuse, je passais à côté du dieu qui sauve, du dieu intime de la foi. » Grâce à la rencontre de l'autre, l'autrice mesure l'importance de la circulation de la parole, seul moyen de libérer le savoir.

Deux autres questions essentielles traversent l'essai : le rapport au temps et la tension entre l'individu et la communauté. Dénonçant la faillite des élites intellectuelles, mais saluant la liberté des jeunes générations, Eddé appelle à rompre avec cette « esthétique de l'intelligence » qui isole le savoir derrière une parole hermétique. Une relecture critique des écrits du philosophe et romancier Emil Cioran lui permet notamment de souligner le risque d'une essentialisation « du juif » et, plus généralement, de toute « vision indifférenciée d'une communauté au détriment de l'individu, qui contribue à l'antisémitisme d'un côté, à l'abus d'identité de l'autre ».

Eddé voit dans les manuscrits de Kafka, sauvegardés par Max Brod contre la volonté de l'auteur, un écho à cette Palestine destinée à survivre malgré les tentatives d'anéantissement. Pour Eddé, l'avenir passera par « une nouvelle conception de la citoyenneté », une utopie active débordant les normes religieuses et nationalistes. Dans ce contexte, la lutte antiraciste doit combattre les « différents visages, strates, mécanismes du racisme » en s'appuyant sur la narration partagée et le refus de « l'avilissement de la souffrance ».

Hanté par l'actualité, mais libre dans son cheminement, l'essai est le reflet d'une pensée en reconstruction. La fin prend la forme d'un journal qui suit les soubresauts de la guerre tout en continuant d'interroger l'effacement de l'Europe, le mépris du droit international, la « tyrannie des intérêts » ou encore le rôle des réseaux sociaux, devenus parfois « de formidables fournisseurs de contre-mensonges ».

Sans surprise, le rapport au langage hante la pensée de l'autrice. Car comment écrire aujourd'hui avec un « vocabulaire déshabité » ? Dans quelle mesure peut-on manier des mots au « potentiel criminel » ? Quelle place pour l'écriture et la pensée à l'âge de l'IA, cette « machine à calculer et à penser sans s'encombrer de l'être » ? Selon Eddé, il faut cultiver l'obsession de la vérité, lutter contre ses conflits intérieurs et reconnaître la beauté qui résiste à l'horreur. La seule écriture possible est celle qui travaille le texte dans le sens du vécu : « Je voudrais que mes nerfs malades participent à mes phrases de manière à les faire trembler comme je tremble. »

« Troquer le miroir contre la fenêtre »

Il y a dans cet essai quelque chose de l'ordre de la mise à nu de soi et du monde, adossée à une ouverture lumineuse sur l'autre et sur l'avenir. Pour sortir de la crise, Eddé appelle à évacuer « la pression des non-dits » et à « troquer le miroir contre la fenêtre ». Ce double mouvement se décline tout au long de l'essai, notamment dans la critique simultanée des ravages du sionisme et de la « panne de pensée » dans des sociétés arabes qui souffrent encore de la perte de la présence juive.

Eddé écrit et pense en présence du monde, seule manière d'en saisir les blessures. Par-delà son Liban natal, qui revient régulièrement comme « laboratoire utile » à la pensée critique et « formidable poste d'observation » des maux de l'époque, l'essai est parsemé de voix et d'images qui éclairent ou prolongent « le vécu de la pensée » : le souvenir ému d'une marche au Yémen, la voix précieuse de Rami Abou Jamous, ou encore le visage obsédant d'une petite fille mourante. Pour creuser les sillons de sa pensée dialogique, Eddé convoque plusieurs figures littéraires et intellectuelles, dont les écrivains Marcel Proust, John Steinbeck, Fiodor Dostoïevski et Charlotte Delbo, l'islamologue Louis Massignon, la philosophe Anne Dufourmantelle et les historiens Sophie Bessis et Ilan Pappé.

Certes, quelques réflexions de l'autrice gagneraient à être nuancées ou complétées. Ainsi, l'attention portée à la dimension mentale et psychique ne doit pas occulter les agendas géopolitiques et économiques, notamment ceux du président Trump. Par ailleurs, plusieurs travaux, comme ceux de l'historien Todd Shepard sur la décolonisation et la révolution sexuelle en France2, montrent que le sexuel est loin d'être « quasi absent dans l'écriture de l'histoire ». Enfin, l'idée que les sociétés arabes auraient en commun « une même addiction à la fatalité » et « au transfert des responsabilités » ne peut que freiner l'élan de pensée actif et responsable que l'autrice appelle de ses vœux.

L'essai de Dominique Eddé n'en demeure pas moins original et bouleversant, surtout dans sa manière implacable de soumettre les failles du monde, du langage et de l'autrice elle-même à un considérable effort d'analyse et de compréhension, loin des discours convenus. En s'acharnant à parler « de personne à personne », Eddé nous révèle ce que peut la pensée exigeante et sincère en ces temps de faillite morale.


1«  Des intellectuels juifs français dénoncent la politique de Jérusalem  », Le Monde, 17 juin 1982.

2Voir Todd Shepard, Mâle décolonisation. L'homme arabe et la France, de l'indépendance algérienne à la révolution iranienne, (Payot & Rivages, 2024) et Sex, France, and Arab Men, 1962–1979 (University of Chicago Press, 2021, non traduit).

27.02.2026 à 06:00

« C'est le ramadan, mais le temps n'est pas encore venu pour les lumières »

Rami Abou Jamous

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars (…)

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Texte intégral (2156 mots)

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.

Jeudi 26 février 2026.

Aujourd'hui, c'est le neuvième jour du ramadan. Et le troisième ramadan de guerre. C'est un peu différent des deux précédents.

Le ramadan est un mois sacré pour les musulmans. C'est aussi un mois de rassemblement familial. Un mois spirituel et un mois social, de joie, où tout le monde se rend visite. On le prépare deux semaines à l'avance. Chaque maison est décorée de ces lampes spéciales, qu'on appelle les fawaniss. Il s'agit de lampions à l'ancienne, faits de papiers colorés et sur lesquels il est écrit « joyeux ramadan », et d'autres messages du genre. On les voit partout, dans les rues, sur les marchés, dans les maisons.

Mais avec le prétendu cessez-le-feu, nous sommes maintenant dans une non-guerre/non-paix, mais surtout dans la non-vie. Cette fois encore, comme lors des deux précédents ramadans, on ne voit pas beaucoup de fawaniss. En revanche, cette année, on trouve presque de tout sur les marchés et dans les rayons des épiceries. Malheureusement, c'est loin d'être à la portée de tout le monde, parce qu'Israël ne laisse entrer que des importateurs du secteur privé. Les denrées sont moins chères qu'au pic de la guerre, mais toujours trop chères pour la plupart des Gazaouis. Toute cette nourriture s'étale sous leurs yeux, sans qu'ils aient les moyens de se l'offrir.

Pendant les autres ramadans, on souffrait de malnutrition, voire de famine. Ceux qui avaient les moyens et ceux qui ne les avaient pas mangeaient la même chose, un peu de riz ou un peu de lentilles. Cette fois, ceux qui ont de l'argent mangent bien et ceux qui n'en ont pas font toujours la queue devant les tekiya, les cuisines communautaires.

Le poids des absents se faisait sentir

Ce ramadan est aussi d'une grande tristesse. Une tristesse plus forte que les années précédentes parce que nous avons le temps de la ressentir. Jusqu'ici, nous étions tous emportés dans ce mixeur, dans cette tornade qui tournait à toute vitesse, et dont étaient régulièrement éjectés ceux qui étaient tués par les Israéliens. Aujourd'hui, le mixeur tourne encore, mais moins vite. Les gens commencent à ressentir la tristesse, la douleur, les cœurs brisés.

Un petit exemple : d'habitude, quand arrive le ramadan, Sabah, mon épouse, prépare les décorations, à l'intérieur comme à l'extérieur de la maison. Elle fait le tour du marché pour acheter les fawaniss. Mais elle a perdu trop de parents — son père, même s'il n'est pas mort directement dans un bombardement, des oncles, des cousins, des neveux. La mort de son frère Mohammed, le 2 décembre 2025, a achevé de lui briser le cœur. D'habitude, je ne suis pas vraiment porté sur les décorations, je considère le ramadan plutôt comme un événement spirituel et familial. Mais c'est la tradition, et je la respectais autant que possible. J'aurais pu, cette année, trouver des lampes à accrocher, mais je n'ai même pas osé en parler à Sabah. Je savais que le temps n'était pas encore venu pour les lumières.

Ce ramadan ravive pour elle le souvenir des visites de sa famille, selon l'usage qui veut que la famille de l'épouse lui rende visite dans la maison qu'elle partage avec son mari. Elle se rappelle son papa qui venait avec ses frères, apportant cadeaux et gâteaux. Elle était toujours fière de ces visites, comme toutes les femmes mariées qui attendent ce moment de réunion. Cette année, ses frères survivants sont venus, mais le poids des absents se faisait sentir. Encore Sabah a-t-elle pu recevoir ses frères : ce n'est plus le cas pour la majorité de la population.

Les familles sont désormais dispersées

Les relations sociales se sont brisées à cause de la pauvreté, de la misère et des déplacements forcés. Les familles ne sont plus regroupées, comme avant, dans un même immeuble, où chaque homme marié avait son étage. Maintenant, les gens sont dispersés sous des tentes de fortune, souvent dans différentes villes. Et ils n'ont pas d'argent pour se payer un transport.

Les pères de famille sont les premiers à souffrir de ce sentiment d'impuissance, incapables de satisfaire les besoins de leurs fils et de leurs filles, privés de leurs petits-enfants. Je connais des gens qui n'arrivent même pas à téléphoner à leurs enfants, car ils ne veulent pas avoir à leur promettre de « venir dans quelques jours pour le ramadan » en sachant bien que c'est impossible, ou qu'ils n'auront pas les moyens d'apporter des cadeaux et des gâteaux.

Un des événements sociaux les plus importants du ramadan, c'est bien sûr l'iftar, le repas de rupture du jeûne, au moment du coucher du soleil. On se lance des invitations, la belle-famille invite la famille ou l'inverse, les frères invitent les sœurs et réciproquement, et tout le monde invite ses voisins. Aujourd'hui, malheureusement, ce n'est plus le cas. Les Gazaouis attendent devant les tekiyas pour recevoir un peu de riz avec, s'ils ont de la chance, du poulet, du veau ou autre chose. Comment pourraient-ils inviter leur famille à un iftar ? Nous avons perdu cette tradition qui se transmettait de père en fils depuis des siècles. Aujourd'hui, le tissu social s'est défait, il ne reste que la famille nucléaire, même s'il y a quelques tentatives de regroupement de la famille élargie.

Le pire, ce sont ces images que l'on voit sur les réseaux sociaux, ces grandes tablées d'iftar où tout le monde est servi, financées par des bienfaiteurs privés ou des associations. C'est que ces tablées ne rassemblent qu'une partie infime des Gazaouis. Pour quelques centaines d'invités, il y a des centaines de milliers qui regardent ces dîners sans y avoir accès. Bien sûr, ces associations sont pleines de bonne volonté, mais la conséquence est terrible pour ceux qui sont laissés de côté. Et la douleur est la même quand les gens voient sur les marchés des denrées et des cadeaux qu'ils ne peuvent pas offrir à leurs enfants.

Parler à leurs morts enterrés sous les gravats

Au niveau spirituel, là aussi, ce n'est plus du tout comme avant. Les mosquées étaient pleines de fidèles, surtout pendant la nuit, pour la prière de tarawih1. Les gens passaient entre une heure et une heure et demie à la mosquée, à prier et à écouter des prêches. Mais 90 % des mosquées sont désormais détruites. Sur leurs emplacements, le Hamas a érigé des mosquées de fortune sous des bâches. Mais les gens savent que la guerre n'est pas finie, et ils craignent que les Israéliens prétextent la présence d'un membre du Hamas dans ces assemblées pour les bombarder.

Malgré le prétendu cessez-le-feu, les Gazaouis savent que les Israéliens peuvent frapper où ils veulent et quand ils veulent. Ce sentiment d'insécurité influence leur attitude durant le ramadan, que ce soit envers la pratique spirituelle, la famille ou la société. Quand on était bombardés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, Sabah ne sentait pas la perte de son père, parce que l'adrénaline était très élevée, et la peur était toujours là ; parce qu'on était occupés à se déplacer d'un endroit à l'autre.

Aujourd'hui que nous pouvons souffler un peu, les blessures et les plaies sont en train de s'ouvrir. C'est le cas pour Sabah et pour des dizaines de milliers de personnes, surtout ceux qui ont perdu la totalité de leur famille, et dont les parents sont, souvent, toujours enfouis sous les décombres. Une psychologue que j'ai interviewée m'a raconté que des personnes allaient sur ces lieux pour parler à leurs morts enterrés sous des tonnes de gravats. Elle m'a dit que, pendant ce ramadan, de plus en plus de gens vont observer cette nouvelle coutume. Et que des Gazaouis vont même faire leurs maigres iftar sur les ruines de ces maisons détruites, pour dire aux disparus : on est en train de manger ensemble, on va bientôt vous sortir de là et vous donner une sépulture digne. Ils parlent aux morts, au vide, à des maisons détruites. Nous sommes toujours sous le choc, traumatisés par cette guerre qui n'est pas terminée.

Voilà le « sociocide ». Notre sentiment en tant que survivants se mêle à la tristesse, à la peur, à l'insécurité, à l'incertitude, à l'instabilité. Ces problèmes psychologiques, que nous avons tous, apparaissent clairement pendant ce ramadan. Tout a changé à Gaza. Mais j'espère que ce sera le dernier ramadan de souffrance. Que pour le prochain, il y aura un vrai cessez-le-feu et une meilleure vie pour les Palestiniens, surtout à Gaza, avec la libération de la Palestine à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, avec la présence des Palestiniens que les Israéliens veulent déporter pour prendre leur place, dans les territoires occupés.

Peut-être qu'il y a un peu plus de joie en Cisjordanie à l'occasion du ramadan. Mais là-bas, les villages sont attaqués tous les jours par les colons, les mosquées sont brûlées dans une impunité totale, et sous la protection de l'armée d'occupation. Si le projet de déportation fonctionne à Gaza, il fonctionnera aussi en Cisjordanie. Les Israéliens et leurs soutiens disent qu'Israël « a le droit de se défendre ». Mais il a surtout, à leurs yeux, le droit de s'étendre. Et pour s'étendre, il faut expulser la population palestinienne. Cela commence par Gaza et la Cisjordanie, puis ce sera le tour des Palestiniens de 48, c'est-à-dire les Palestiniens citoyens d'Israël. Eux aussi seront expulsés, pour qu'il ne reste que les Israéliens de confession juive en Palestine.

Benyamin Nétanyahou et ses ministres l'ont dit clairement. Même l'ambassadeur américain a parlé du « Grand Israël » qui pourrait englober tout ou une partie de l'Égypte, du Liban, de la Syrie, de l'Arabie saoudite et de l'Irak. Mais le monde ferme les yeux.

J'espère néanmoins que tous ces projets coloniaux de déportation vont tomber à l'eau, que les Palestiniens résisteront et resteront toujours sur leurs terres, et que la Palestine sera libre.


1NDLR. Prières surérogatoires accomplies par les fidèles chaque soir pendant tout le mois du ramadan.

26.01.2026 à 06:00

L'Iran, meilleur ennemi d'Israël

Sylvain Cypel

Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah. « Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, (…)

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Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah.

« Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, l'historien irano-étatsunien Arash Azizi1. Lors d'une tournée en Europe, le fils en exil du défunt chah d'Iran passait quatre jours en Israël. Il y visitait le musée de la Shoah, passage obligé de tout hôte étranger, mais allait aussi prier au mur des Lamentations, à Jérusalem. Il y rencontrait le président de l'État et son premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ainsi que plusieurs ministres — en particulier celui du renseignement. Tous lui donnaient du « Son Altesse Impériale ». À aucun moment, Pahlavi n'a prononcé le mot « palestinien ». Voilà qui ne pouvait que plaire à ses interlocuteurs.

S'il est un pays où l'on a aimé l'Iran, c'est bien Israël. Longtemps, les deux États ont filé le parfait amour. Pour David Ben Gourion (1886-1973), le fondateur de l'État d'Israël, l'ennemi principal, c'était les États arabes sunnites — surtout les nationalistes anticolonialistes. Contre eux, il fallait chercher à bâtir dans la région des alliances avec ceux qui le voudraient, États ou minorités ethniques ou religieuses, et préserver avec les autres les meilleures relations possibles. Dès les années 1950, l'alliance d'Israël avec la monarchie iranienne a été la plus importante de toutes ses alliances régionales. Elle n'a connu ses premières difficultés qu'en 1975 lorsque le monarque iranien Mohammed Reza Pahlavi et le baasiste Saddam Hussein, alors vice-président de l'Irak, mirent fin à un long litige sur le tracé des frontières du Chatt El-Arab2. La confiance s'était alors un peu érodée entre Tel-Aviv et Téhéran, mais le Chah restait un allié considérable, fournissant notamment du pétrole par l'oléoduc à travers Eilat, dans le sud d'Israël.

La révolution de 1979 et l'instauration de la République islamique en Iran bouleversèrent la donne. Pour Israël, l'Iran ne pouvait plus être perçu comme un allié fiable. Pour autant, pendant deux décennies, cela ne modifia pas les fondements de la vision israélienne quant à son environnement régional. Ainsi les services spéciaux israéliens allaient se fourvoyer dans l'Irangate, cette aide militaire étatsunienne secrète qui contournait les décisions étatsuniennes officielles d'embargo sur les armes dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui faisait rage. En réalité, Washington livrait des armes à Bagdad. Et bientôt, elle en fournissait indirectement aussi à l'Iran. Israël prit sa part dans cette entreprise. Ezer Weizman, ex-chef de l'armée de l'air israélienne et futur président d'Israël (1993-2000), s'enrichit gentiment dans ces trafics. Ces relations irano-israéliennes entre chien et chat se sont maintenues jusqu'à la fin du siècle dernier. Israël était perçu par les dirigeants iraniens comme un ennemi, mais pas vraiment prioritaire. À la fin de la décennie 1990, les délicieuses pistaches iraniennes arrivaient encore, via Chypre, sur les marchés israéliens. De mauvaises langues assuraient que le fournisseur masqué n'était autre que l'ayatollah Hachemi Rafsandjani, premier producteur de pistaches en Iran, grand propriétaire terrien et président de l'Iran de 1989 à 1997.

Opération Pahlavi

Le grand bouleversement dans la relation israélo-iranienne intervint avec la montée en puissance de la fraction néoconservatrice du parti républicain aux États-Unis, dans cette même décennie 1990. Celle-ci avait, dès le début, considéré que l'Iran était devenu le cœur de tous les maux au Proche-Orient. Elle était également la plus active pour appeler à venger l'humiliation subie par Washington dans l'affaire des otages de l'ambassade étatsunienne en Iran, au lendemain de la révolution islamique. Après le 11 septembre 2001 et la création par l'équipe du président George W. Bush du concept de l'« axe du mal », formé de l'Irak, de l'Iran et de la Corée du Nord, Téhéran entrait, aux yeux des Étatsuniens, dans la catégorie des États « terroristes ». Depuis, Benyamin Nétanyahou, lui-même néoconservateur acharné, a transféré l'incarnation du mal aux yeux des Israéliens des nationalistes arabes vers la République islamique iranienne. Et il a entrepris de se rapprocher de ses adversaires en exil, surtout ceux restés fidèles à l'ex-monarchie Pahlavi.

Quatre jours avant le 7 octobre 2023, le journal israélien Haaretz et sa filiale économique The Marker publiaient une enquête très fournie sur une opération menée conjointement par le gouvernement israélien, des financiers étatsuniens et l'entourage de Reza Pahlavi3. Il en ressortait qu'une « opération d'influence numérique » de grande envergure avait été lancée pour réinstaller Reza Pahlavi comme chah d'Iran le moment venu. Celle-ci était « menée depuis Israël et financée par une entité privée bénéficiant de subventions publiques ». Une Israélienne y jouait un rôle clé : Gila Gamliel-Demri, alors députée du Likoud et aujourd'hui ministre des sciences et de la technologie, et qui a aussi été, précédemment, ministre du renseignement. Cette campagne, indique l'enquête soutenue par le laboratoire interdisciplinaire canadien Citizen Lab, a mis au jour « des centaines de faux comptes présumés » sur X faisant la promotion de Pahlavi, partageant des messages et utilisant des hashtags tels que #KingRezaPahlavi. Gila Gamliel-Demri est aujourd'hui « l'interlocutrice israélienne privilégiée de Reza Pahlavi », écrivent les enquêteurs. Plus largement, les liquidations ces dernières années sur le territoire iranien de hauts dirigeants militaires et scientifiques, celles, spectaculaires, d'alliés proches du Hezbollah ou du Hamas et enfin les frappes contre les sites nucléaires iraniens en 2024-2025 (lesquelles n'ont visiblement pas eu les résultats qu'Israël leur avait initialement attribués), ont montré combien Israël disposait d'informations de première main provenant de l'intérieur même de l'Iran.

Divergences avec la Maison Blanche

La plupart des spécialistes israéliens de l'Iran sont toutefois circonspects. Ils jugent que Reza Pahlavi, parti aux États-Unis à 18 ans un an avant la chute de son père, est resté très loin de son pays depuis bientôt un demi-siècle. Ils doutent qu'il soit capable de rallier un soutien significatif dans la population iranienne. Mais à défaut d'autre partenaire fiable en Iran, c'est bien lui qui, aujourd'hui, émerge en Israël comme son interlocuteur privilégié pour diriger un régime « post-mollahs ». Est-ce aussi l'avis de Trump ?

Jusqu'ici, il s'est plusieurs fois abstenu de manifester son soutien à Reza Pahlavi. Mais celui-ci est bien le chouchou des néoconservateurs à Washington. Et il existe une importante communauté iranienne pro-royaliste aux États-Unis qui, comme en France, a pris le parti d'Israël depuis le début de la guerre à Gaza, invoquant le soutien du régime iranien au Hamas.

Dans un entretien donné à Fox News le 15 juin 2025, en pleine phase de bombardements israélo-étatsuniens sur les sites nucléaires iraniens, Benyamin Nétanyahou a expliqué son soutien à un « changement de régime » en Iran. Le gouvernement de Téhéran, jugeait-il, est « très faible », et si l'occasion se présentait « 80 % de la population chasseraient ces voyous théologiques ». Évoquant les attaques israéliennes en cours, il n'excluait pas leur possible élargissement au QG des Gardiens de la révolution, à celui de la police et à la télévision d'État.

Le journal The Guardian rapportait la réaction de « militants pro-démocratie à Téhéran », disant qu'« une guerre israélienne ne leur serait d'aucune utilité ». À leurs yeux, Israël considère la destruction du régime « comme une fin en soi, sans aucun intérêt pour l'avenir de l'Iran au-delà de l'affaiblissement et de la déstabilisation d'un rival régional »4. De fait, à l'été 2025, même à Washington, l'enthousiasme de Nétanyahou pour un changement de régime suscitait déjà « un certain scepticisme », indiquait le journal britannique. C'était il y a sept mois, et, sur ce point, il semble que le scepticisme de Donald Trump se soit accru.

D'où les divergences que l'on constate ponctuellement entre Trump et Nétanyahou sur le sujet iranien. Depuis le 2 janvier 2026, où le président étatsunien a déclaré que les États-Unis sont prêts à intervenir — « Continuez à protester, l'aide arrive »,5 lançait-il aux Iraniens — jusqu'à ses récents propos moins belliqueux, Israël tente de s'adapter à ses volte-faces successives. Aux dernières nouvelles, le président étatsunien aurait accepté les promesses iraniennes de renoncer aux exécutions publiques de manifestants, et aussi résisté aux pressions de la partie de son entourage qui soutient publiquement Pahlavi. Le 14 janvier, dans un entretien à Reuters, il déclarait : « Nous n'en sommes pas encore là, nous examinons beaucoup de choses. » Il ajoutait ne pas être sur la longueur d'onde des « impatients » d'entrer en guerre contre l'Iran.

Politique régionale contre intérêts économiques

On peut légitimement penser que Trump, ce faisant, ne prend pas seulement en considération sa base MAGA (Make America great again), qui rejette les guerres étatsuniennes « inutiles ». Il espère aussi que sa théorie fondamentale — l'idée que la menace outrancière est plus efficace et moins coûteuse que l'action et les risques qu'elle inclut — s'appliquera à l'Iran. Et que Nétanyahou doit s'adapter. Ainsi, le 12 janvier dernier, alors que la presse étatsunienne évoquait de proches attaques contre l'Iran, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, affirmait : « La diplomatie restait la première option pour le président. » Le lendemain, Téhéran s'annonçait « disposé à reprendre le dialogue » avec l'administration étatsunienne, et indiquait que « des canaux s'étaient ouverts » entre Abbas Araghchi, son chef de la diplomatie, et le missi dominici de Trump, Steve Witkoff. Très clairement, Trump mène sa politique iranienne sans trop se préoccuper des positions profondes de Nétanyahou.

C'est que, sur le fond, États-Unis et Israël ne portent pas le même regard sur l'Iran. Trump y pense prioritairement en termes économiques internationaux, face à la Chine, qui l'obnubile. Nétanyahou, lui, porte d'abord un regard politique régional. Il ne cherche pas particulièrement d'accord avec l'Iran et il ne tient certainement pas à un Iran rétabli retrouvant une place de premier plan dans la région. À défaut d'un improbable régime royaliste qui restaurerait son lien lointain avec Israël, il privilégie un Iran affaibli et en proie au chaos.

Dès lors, à la conférence du Conseil israélien américain (Israeli American Council, IAC), tenue à Miami les 15, 16 et 17 janvier, et à laquelle Nétanyahou avait envoyé David Barnéa, son directeur du Mossad, Witkoff a mis les points sur le « i » : « J'espère qu'une solution diplomatique sera trouvée. Vraiment. » Il y affirmait qu'un accord diplomatique avec l'Iran devrait résoudre quatre enjeux : « Un, l'enrichissement nucléaire ; deux, les missiles balistiques [réduire leur arsenal]  ; trois, le matériel nucléaire dont il dispose, soit environ 2 000 kg enrichis entre 3,67 % et 60 % ; et quatre, les intermédiaires [les affidés de l'Iran, à commencer par le Hezbollah]. » Et il clôturait son exposé en assurant : « Nous pouvons régler ces quatre problèmes par la voie diplomatique, ce serait une excellente solution. L'alternative [entendre : une guerre] serait désastreuse. » Évidemment, dans cette liste, le sujet le plus chaud, tant pour les Iraniens que pour les Israéliens, est celui des missiles balistiques. Et il est très difficile d'imaginer que Téhéran soit disposé à faire des concessions importantes, si ces missiles constituent sa seule arme de dissuasion dans l'avenir.

Signaux contradictoires

À partir de là, on peut tout imaginer. Une nouvelle bouderie entre le Donald et « Bibi », dont on ne sait jamais à l'avance qui en sort vainqueur ? Un coup fourré de la Maison Blanche, qui endort Téhéran pour le surprendre avec une nouvelle attaque si la diplomatie s'étiole ? Une opération visant à pousser de l'intérieur le Guide de la révolution vers la sortie sans avoir besoin d'opération militaire ? Une pause dans les offensives des Israéliens qui peinent désormais à couvrir leurs multiples fronts ?

L'analyste israélien Barak Ravid, bête noire de Nétanyahou, qui officie sur le site étatsunien Axios, note que ce dernier aurait demandé à Trump de reporter toute action militaire contre l'Iran. Motif : « Donner à Israël plus de temps pour se préparer à d'éventuelles représailles iraniennes après une attaque d'Israël »6. Il serait donc trop tôt pour porter une attaque décisive. Mais Ravid indique aussi que l'armée étatsunienne déployait des « moyens défensifs et offensifs » supplémentaires dans la région, en particulier le porte-avion Abraham Lincoln. « Davantage de défense aérienne, d'avions de chasse et peut-être même de sous-marins devraient également arriver », ajoute-t-il. Enfin, « certains responsables » israéliens estiment que la crise actuelle pourrait « convaincre le régime iranien à faire des concessions qu'il avait précédemment refusé d'envisager ». Autant dire, Israël pourrait se passer d'une guerre avec l'Iran. Bref, chacun envoie concomitamment des signes guerriers et d'ouverture.

Mais sur le fond, les Israéliens seront-ils capables de céder à une possible évolution diplomatique ou politique tant que la République islamique reste en place ? Seront-ils capables de se dégager d'une pensée où l'hégémonie régionale garantit la pérennité de son existence ? Dans un article qui reflète l'avis d'une grande partie des experts israéliens en affaires sécuritaires — une engeance très volumineuse dans ce pays —, le principal analyste militaire du journal The Jerusalem Post imagine que, même sans viser un changement de régime en Iran, « Nétanyahou et Trump peuvent encore remodeler le Proche-Orient. »7 Il suffirait pour cela de « réduire quasiment à zéro le programme de missiles balistiques » de l'Iran et de faire de même « considérablement avec son potentiel de menace régionale ». La guerre, quoi d'autre ?


1Arash Azizi, «  What was the son of the last Shah of Iran doing in Israel  ?  », Haaretz, 19 avril 2023.

2Principal chenal du delta commun du Tigre et de l'Euphrate. Sur une partie de son parcours, il constitue la frontière entre l'Irak et l'Iran.

3Gur Megiddo et Omer Benjakob, «  The Israeli influence operation aiming to install Reza Pahlavi as Shah of Iran  », Haaretz, 3 octobre 2023.

4Peter Beaumont, «  Netanyahu speaks of regime change in Iran. What it means is regime destruction  », The Guardian, 17 juin 2025.

5Ben Samuels, «  Is Trump's bluff powerful enough to stop the US, Iran and Israel from sliding into war  ?  », Haaretz, 15 janvier 2026.

6Barak Ravid, «  Mossad director visits U.S. for Iran consultations  », Axios, 16 janvier 2026.

7Yonah Jeremy Bob, «  Even without regime change in Iran, Netanyahu and Trump can still reshape the Middle East  », The Jerusalem Post, 13 janvier 2026.

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