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26.02.2026 à 06:00

Le cricket, instrument d'influence des Émirats arabes unis

Raphaël Le Magoariec

En ce mois de février 2026, les Émirats arabes unis disputent la coupe du monde de cricket, organisée conjointement par l'Inde et le Sri Lanka. L'équipe nationale s'appuie largement sur des joueurs originaires d'Inde ou du Pakistan. Ils ont grandi aux Émirats ou sont arrivés au gré de leurs trajectoires professionnelles. Mais ce sport met en scène une autre géopolitique, dominée par les enjeux financiers. Car Abou Dhabi a fait de ce jeu de batte et de balle — héritage colonial du (…)

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Texte intégral (2297 mots)

En ce mois de février 2026, les Émirats arabes unis disputent la coupe du monde de cricket, organisée conjointement par l'Inde et le Sri Lanka. L'équipe nationale s'appuie largement sur des joueurs originaires d'Inde ou du Pakistan. Ils ont grandi aux Émirats ou sont arrivés au gré de leurs trajectoires professionnelles. Mais ce sport met en scène une autre géopolitique, dominée par les enjeux financiers. Car Abou Dhabi a fait de ce jeu de batte et de balle — héritage colonial du Commonwealth — un atout de son rayonnement en Asie du Sud.

Avec près de 90 % d'expatriés, dont plus de 4 millions d'Indiens et une importante communauté pakistanaise, les Émirats constituent un marché naturel pour le cricket. Du « tape ball cricket », pratiqué avec une balle de tennis dans la rue ou sur des terrains improvisés, aux clubs privés très chics de Dubaï et d'Abou Dhabi, le cricket s'est imposé dans le paysage.

Sous l'impulsion de cadres originaires du sous-continent indien, des entreprises locales développent équipes, tournois et compétitions. Certaines recrutent même des employés pour leur talent en cricket afin de renforcer l'esprit de corporatisme. Cette effervescence permet aux Émirats de hisser régulièrement leur sélection sur la scène mondiale comme en témoigne leur participation à la Coupe du monde de cricket T201 en cours jusqu'au 8 mars 2026.

Cette ferveur populaire a inspiré la création de l'International League T20 (ILT20), basée aux Émirats arabes unis et qui séduit, avec ses six équipes locales, un public toujours plus large. Les stades de Charjah, Dubaï et Abou Dhabi affichent souvent complet, attirant une jeunesse cosmopolite, aisée et attachée à sa culture. «  Les jeunes Indiens et Pakistanais des Émirats veulent voir leurs stars évoluer près de chez eux. L'ILT20 répond parfaitement à cette demande  », explique à Orient XXI un des dirigeants du jeu à Abou Dhabi. La dernière édition du tournoi en janvier 2026 a couronné la franchise de Charjah, les Desert Vipers Vipères du désert »).

Un nouveau marché

Au-delà du spectacle, l'ILT20 se veut un projet stratégique mêlant intérêts économiques et diplomatiques. Elle est inspirée du modèle de l'Indian Premier League (IPL), véritable catalyseur du cricket mondial par sa puissance médiatique et financière. Cette ligue représente en effet plus de 18 milliards de dollars (15 milliards d'euros) de valorisation, plus d'un milliard de dollars (850 millions d'euros) de droits audiovisuels par saison et plus d'un milliard de téléspectateurs cumulés chaque année selon le Conseil international de cricket. Comme l'IPL donc, l'ILT20 repose non plus sur un État-nation structurant, mais s'inspire du modèle nord-américain. Il se développe sous l'impulsion d'investisseurs privés autour de franchises, où les villes deviennent des marques, les joueurs des actifs et les ligues des plateformes commerciales transnationales.

Avec l'ILT20, Abou Dhabi, épaulé par des entités dubaïotes, crée un pont sportif entre le sous-continent indien et le Golfe. Cette ligue a cédé, en 2023, ses droits télévisuels et numériques au géant du divertissement indien, Zee Entertainment, pour dix ans, pour 100 à 150 millions de dollars (85-125 millions d'euros), garantissant un accès direct au marché indien et à ses audiences. Environ 20 % des revenus sont redistribués aux franchises, qui tirent aussi profit du sponsoring et de la billetterie.

Cette dynamique s'inscrit dans une vision plus large. Abou Dhabi entend faire du sport un levier structurant de son influence régionale. Du football, avec le City Football Group (CFG, qui possède le club de football de Manchester City) aux courses de dromadaires, du Golfe au Maroc en passant par le Tchad, l'émirat mobilise ses fonds souverains, principalement Mubadala et l'Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), pour supporter son action. La rénovation en 2021 du Tolerance Oval, à côté du Zayed Cricket Stadium, pour accueillir des matchs officiels de T20, illustre cette ambition. Mais au-delà des enceintes sportives, c'est une véritable économie du cricket que les Émirats arabes unis cherchent à bâtir en partenariat étroit avec les conglomérats indiens.

Porte d'entrée aux Émirats

Au cours des années 2000, cette économie s'est rapidement financiarisée. Organisateur de l'ILT20, l'Emirates Cricket Board (ECB) s'inscrit dans un marché évalué à 4,5 milliards USD (3,8 milliards d'euros). Suivant la dynamique économique du cricket, le but de la ligue émiratie internationalisée est de capter l'attention du plus grand nombre, dépassant les sensibilités politiques et nationalistes des uns et des autres. Comme le souligne un conseiller auprès de l'ECB :


C'est simple. Abou Dhabi s'intéresse au cricket pour parler aux hommes d'affaires du sous-continent indien, par la création de l'ILT20, il crée un nouveau marché autour du cricket, pour faciliter en retour son accès à l'économie sud-asiatique, c'est du donnant-donnant.

Cinq des six franchises de l'ILT20 sont ainsi détenues par des groupes indiens majeurs — Reliance Industries, Adani Group, Knight Riders Group, GMR Group et Capri Global — et répondent à cette logique. Elles combinent implication dans le cricket et stratégie économique, utilisant leur implantation aux Émirats comme porte d'entrée vers les domaines de l'énergie, des infrastructures ou de la logistique, des secteurs clés de l'économie du pays.

Jay Shah, secrétaire général du Board of Control for Cricket in India (BCCI) et président de l'ICC, a renforcé cette synergie en facilitant la participation de joueurs indiens et en négociant des accords de diffusion, permettant à l'ILT20 de toucher des centaines de millions de téléspectateurs en Inde.

L'ILT20 s'est imposée comme la deuxième ligue au format T20 la plus regardée au monde, juste derrière l'Indian Premier League (IPL). Lors de sa première saison, elle a rassemblé 367 millions de téléspectateurs uniques à travers le monde, dont 255 millions en Inde, faisant d'emblée de l'événement l'un des championnats T20 les plus suivis. Lors de la deuxième saison, l'audience est restée très élevée, avec 221 millions de téléspectateurs en Inde et un total d'environ 348 millions dans le monde d'après les données de diffusion.

L'ILT20 illustre l'ambition d'Abou Dhabi de faire du cricket un levier supplémentaire de son influence. Des partenariats signés en juin 2025 avec le Koweït puis l'Arabie saoudite en septembre projettent une extension de la ligue avec des matchs qui pourraient être joués dans ces pays. Cette dynamique sportive se déploie dans un contexte régional tendu. La rivalité avec Riyad a éclaté au grand jour début janvier 2026 sur le théâtre yéménite, dont les Émirats ont été évincés. Cette rupture révèle des agendas concurrents et une lutte ouverte pour l'influence régionale.

Confronté à l'équation saoudienne, Abou Dhabi a renforcé ses liens avec l'Inde, tout en s'efforçant de préserver ses relations avec le rival pakistanais. Comme l'ont montré la rencontre entre le président des Émirats, Mohammed Ben Zayed (MBZ) et le premier ministre Narendra Modi à New Delhi le 19 janvier 2026, quelques jours après le divorce consommé avec Riyad, et la visite officielle du président pakistanais Asif Ali Zardari à Abou Dhabi fin janvier.

« La croissance se trouve à l'Est »

Aux Émirats, le cricket s'est historiquement enraciné, durant les années 1950, autour des clubs de communautés du sous-continent indien vivant à Charjah et Dubaï. Sa culture, qui s'ancre principalement dans ces deux ports et à proximité des bases militaires britanniques, prend une nouvelle envergure dans les années 1980, particulièrement à Charjah.

Lors de cette décennie, le Charjah Cricket Stadium devient un haut lieu de ce sport, accueillant les meilleures sélections internationales. L'enceinte devient le théâtre régulier de confrontations disputées entre les rivaux indiens et pakistanais. Le Sri Lanka, l'Australie, l'Angleterre et les West Indies, l'équipe des Antilles britanniques, s'y rendent pour y disputer des rencontres. Le stade accueille des compétitions majeures, confirmant son rôle central dans l'organisation des grands tournois ODI (One Day International) sur terrain neutre durant les années 19802. Ces championnats organisés sous l'impulsion de l'homme d'affaires, Abdel Rahman Boukhatir, le premier président de l'Emirates Cricket Board et héritier d'une famille de magnats de l'immobilier, placent les Émirats arabes unis aux premières loges des transformations de ce sport.

C'est par amour du jeu et à travers les relations entretenues par Charjah et l'émirat voisin de Dubaï avec l'écosystème économique du sous-continent indien que la culture du cricket a consolidé son assise aux Émirats. Mais, depuis une décennie, le centre de gravité du jeu s'est progressivement déplacé vers Abou Dhabi, accompagnant son affirmation politique.

Ce virage stratégique doit beaucoup à Nahyan Ben Moubarak Al-Nahyan, ministre émirati de la tolérance et de la coexistence et cousin de MBZ, dont l'engagement au Pakistan allie économie et philanthropie. Via le Abu Dhabi Group, il a investi dans des banques pakistanaises comme la Bank Alfalah et la United Bank Limited, tout en soutenant des projets éducatifs et humanitaires, renforçant ainsi l'influence d'Abou Dhabi dans ce pays. Passionné de cricket, ce sport élitiste devenu populaire au Pakistan au tournant des années 1970, Al-Nahyan le conçoit comme un levier d'influence internationale.

Pour Abou Dhabi, le cricket renforce donc la convergence entre l'émirat, l'Inde et le Pakistan, en phase avec le recentrage stratégique revendiqué par Khaldoon Al-Mubarak, le directeur du fonds souverain Mubadala et président du City Football Group : « La croissance se trouve aujourd'hui à l'Est, et si je regarde les 10 à 20 prochaines années, nous voyons la croissance en Inde et en Asie du Sud-Est », plaidait en 2023 le businessman émirati3.


1La Coupe du monde de cricket T20, lancée en 2007, est un championnat du monde de cricket au format Twenty20. Organisée par le Conseil international du cricket (International Cricket Council, ICC), l'instance dirigeante du sport, cette compétition est la variante la plus rapide du cricket, chaque équipe jouant 20 overs (séries de lancers), d'où son nom. Ces matchs durent autour de trois heures quand le format plus classique, dit test, s'étale sur plusieurs jours.

2Ces tournois ODI, très populaires, se disputent sur une seule journée et consacrent un vainqueur tandis que les rencontres de test-cricket, plus anciennes et prestigieuses, se déroulent sur une durée de plusieurs jours, jusqu'à cinq, et peuvent, elles, se terminer par un… match nul.

3«  Investment focus for Abu Dhabi wealth fund Mubadala will shift to Asia -CEO  », Reuters, 7 décembre 2023.

20.02.2026 à 06:00

« Leïla Shahid ne défendait pas la cause palestinienne, elle l'incarnait »

Rami Abou Jamous

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars (…)

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Texte intégral (1631 mots)

Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.

Jeudi 19 février 2026.

Je ne sais pas si les mots vont pouvoir exprimer ce que je veux dire. Exprimer ma tristesse, exprimer ma douleur, exprimer ma perte. La perte de cette grande dame que j'ai toujours admirée, que j'ai toujours respectée, qui a toujours été pour moi le symbole même de la dignité et de l'humanité de la cause palestinienne.

Je l'ai rencontrée pour la première fois en 1998 à Aix-en-Provence, où je poursuivais mes études. Elle était venue parler en compagnie de Mahmoud Darwich, le grand poète palestinien. Je connaissais déjà Darwich, j'attendais le moment de le revoir, mais je n'avais pas encore rencontré cette très jolie dame, très modeste, dont j'adorais l'accent chantant qui roulait les « r », chaque fois que je l'entendais à la radio ou sur les plateaux de télévision.

« Bonjour Rami, c'est Leïla Shahid à l'appareil »

Elle était pour moi un exemple de la façon de parler de la cause palestinienne, d'exprimer la douleur des Palestiniens, ou bien de ceux de Palestine ou ceux des camps de réfugiés au Liban, en Syrie ou en Jordanie.

À Aix, j'ai pu lui serrer la main brièvement, je n'ai pas eu le temps de lui exprimer mon admiration. Il m'a fallu attendre trente ans. Un jour, en plein génocide à Gaza, je reçois un appel sur mon portable et je reconnais dès le premier mot cette voix que j'entendais à la radio et à la télévision : « Bonjour Rami, c'est Leïla Shahid à l'appareil. » Je crois que ce fut la plus grande joie de ma vie. Et cette voix me disait qu'elle me soutenait, qu'elle suivait mon journal sur Orient XXI et mes interventions à la télé, à la radio. J'ai reçu ces paroles comme un grand honneur. En même temps, elles m'investissaient d'une grande responsabilité, parce que je n'arriverai jamais à faire ce qu'elle a fait pour la Palestine et pour la cause palestinienne.

Leïla Shahid n'était pas une des meilleurs diplomates palestiniens, c'était LA meilleure. Elle n'était pas née en Palestine mais savait parler au nom des Palestiniens. J'ai beaucoup appris de sa façon de parler à l'Occident, surtout aux Français. C'est elle qui m'a appris comment parler à l'Autre, à ceux qui ne font pas partie de notre culture ou qui ne partagent pas notre religion : avec amour et dignité. Elle n'essayait pas d'enfoncer les portes, mais plutôt de procéder pas à pas, de créer l'ambiance de la cohabitation. Elle parlait avec son cœur plein d'humanité, expliquait avec délicatesse et avec une grande finesse son amour pour la Palestine, et les souffrances des Palestiniens. À l'époque, quand j'écoutais ses interventions, je n'avais pas une grande connaissance des enjeux politiques et stratégiques en Occident, surtout en France, tout cela me dépassait. Mais j'étais impressionné par sa posture, sa dignité, sa façon d'aller à l'essentiel, toujours à hauteur d'humanité. Elle ne défendait pas la cause, elle l'incarnait. J'ai appris d'elle comment toucher la culture de l'autre, comment parler avec lui en utilisant son langage, en faisant des références à son histoire.

Comment toucher le cœur des autres ? Comment parler de cœur à cœur ? J'aimais la façon qu'avait Leïla Shahid de construire des ponts, de tisser des liens très forts entre les cultures et les populations. Elle défendait la cause palestinienne avec une grande noblesse et une grande intelligence. Grâce à elle, j'ai compris que débattre, ce n'est pas faire preuve de faiblesse, mais plutôt faire preuve d'une force maîtrisée, que le débat est un lieu de culture, d'échange et surtout de respect de l'autre.

Comme si j'étais décoré d'une médaille d'honneur

Leïla, j'ai beaucoup appris de toi. À l'époque, quand j'étais à Aix, la majorité des Français ne savait pas grand-chose de la Palestine. Ils connaissaient Yasser Arafat et Israël, mais c'était tout. J'essayais de faire comme toi, de parler aux gens, d'améliorer mon français pour avoir la même aisance que toi. J'essayais même de rouler les « r » comme toi, tellement j'aimais la musique de ta parole… mais sans y arriver.

Je n'ai ni ta diplomatie ni ton intelligence, mais j'ai essayé de me hisser à ton niveau et à celui de la cause palestinienne comme tu la défendais. Alors quand tu m'as téléphoné pour me dire que tu voulais préfacer mon livre, ce fut comme si j'étais décoré d'une médaille d'honneur. J'ai eu une raison de plus pour souhaiter l'arrêt de cette guerre et de ce génocide : pouvoir te dire en face tout ce que je suis en train de t'écrire. Te dire mon admiration et mon respect, te dire que tu étais ma professeure, que tu étais la meilleure représentatrice de la Palestine. Que tu étais la cause palestinienne, parlant au monde entier, d'une capitale à l'autre, de l'injustice que nous vivons. Je voulais te dire combien j'étais honoré que tu m'aies appelé au téléphone, et que tu fasses partie de mon groupe WhatsApp, et d'échanger des messages avec toi.

J'étais si heureux que tu sois là. Ton soutien m'a donné beaucoup de force, beaucoup de détermination pour continuer à parler. Mon père, qui était journaliste, m'a appris l'amour de la Palestine, et qu'une plume valait beaucoup plus que les mitrailleuses et les bombes atomiques. Mais toi, tu m'as appris comment parler aux autres, comment construire des ponts. Comment transmettre la question palestinienne à des populations entières de l'Occident, avec cette petite plume que mon père m'a donnée.

Essayer de prolonger ton chemin

Tu m'as appris à avoir le courage d'affronter celui qui nous veut du mal, ou bien celui qui, par idéologie, veut faire de nous des terroristes, transformer la victime en bourreau. Le courage d'affronter ces gens-là avec humanité, et avec beaucoup de force. Tu m'as appris à ne pas demander la compassion, mais à éveiller les consciences. Parce que nous sommes du côté du droit. Quand je fais des interventions ou quand j'écris, j'essaie de t'imiter, de me souvenir que j'ai la responsabilité de représenter avec honneur la juste cause. Comme on dit chez nous, « nous sommes les propriétaires du droit » (pour dire que le droit est de notre côté). Nous ne sommes ni des bourreaux ni des colons. Nous sommes un peuple qui vivait en paix, et dont quelqu'un est venu prendre la terre.

Et toi, tu étais la meilleure pour montrer qui est le bourreau et qui est la victime. Je voulais continuer à apprendre de toi mais tu es partie trop tôt. J'avais tant de choses à te dire. Je voulais te présenter ma famille, Sabah, Walid et Ramzi. Je voulais leur dire tout ce que tu étais pour moi, les yeux dans les yeux. Je voulais leur dire : « Voici ma professeure. » Comme quelqu'un qui veut présenter à ses enfants son professeur le plus aimé quand il était petit. Mais tu n'étais pas seulement une professeure pour moi, tu étais une véritable école à toi toute seule : une école de diplomatie, d'humanité, de savoir-faire. Une école de dignité. Une école engagée, ferme sans être dure. Et sans haine.

Ton combat continue, Leïla. On va essayer de prolonger ton chemin. Tu es toujours en nous, tu seras toujours notre guide, notre lumière et notre école. Et j'espère qu'on sera à la hauteur. Tu as tout mon respect, ma gratitude et ma fidélité.

Rencontre Orient XXI Libertalia au Lieu dit 28 novembre 2024 - YouTube

26.01.2026 à 06:00

L'Iran, meilleur ennemi d'Israël

Sylvain Cypel

Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah. « Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, (…)

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Longtemps, Téhéran a été le grand allié de Tel-Aviv dans la région. Avec les crises à répétition qui fragilisent le régime d'Ali Khamenei, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou oscille entre « changement de régime » et tentation du chaos, sous l'œil attentif de Washington qui dépêche une armada dans la région. Et il mise – sans trop d'illusions – sur Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah.

« Mais que faisait donc Reza Pahlavi en Israël ? », s'interrogeait, au printemps 2023, l'historien irano-étatsunien Arash Azizi1. Lors d'une tournée en Europe, le fils en exil du défunt chah d'Iran passait quatre jours en Israël. Il y visitait le musée de la Shoah, passage obligé de tout hôte étranger, mais allait aussi prier au mur des Lamentations, à Jérusalem. Il y rencontrait le président de l'État et son premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ainsi que plusieurs ministres — en particulier celui du renseignement. Tous lui donnaient du « Son Altesse Impériale ». À aucun moment, Pahlavi n'a prononcé le mot « palestinien ». Voilà qui ne pouvait que plaire à ses interlocuteurs.

S'il est un pays où l'on a aimé l'Iran, c'est bien Israël. Longtemps, les deux États ont filé le parfait amour. Pour David Ben Gourion (1886-1973), le fondateur de l'État d'Israël, l'ennemi principal, c'était les États arabes sunnites — surtout les nationalistes anticolonialistes. Contre eux, il fallait chercher à bâtir dans la région des alliances avec ceux qui le voudraient, États ou minorités ethniques ou religieuses, et préserver avec les autres les meilleures relations possibles. Dès les années 1950, l'alliance d'Israël avec la monarchie iranienne a été la plus importante de toutes ses alliances régionales. Elle n'a connu ses premières difficultés qu'en 1975 lorsque le monarque iranien Mohammed Reza Pahlavi et le baasiste Saddam Hussein, alors vice-président de l'Irak, mirent fin à un long litige sur le tracé des frontières du Chatt El-Arab2. La confiance s'était alors un peu érodée entre Tel-Aviv et Téhéran, mais le Chah restait un allié considérable, fournissant notamment du pétrole par l'oléoduc à travers Eilat, dans le sud d'Israël.

La révolution de 1979 et l'instauration de la République islamique en Iran bouleversèrent la donne. Pour Israël, l'Iran ne pouvait plus être perçu comme un allié fiable. Pour autant, pendant deux décennies, cela ne modifia pas les fondements de la vision israélienne quant à son environnement régional. Ainsi les services spéciaux israéliens allaient se fourvoyer dans l'Irangate, cette aide militaire étatsunienne secrète qui contournait les décisions étatsuniennes officielles d'embargo sur les armes dans la guerre Iran-Irak (1980-1988), qui faisait rage. En réalité, Washington livrait des armes à Bagdad. Et bientôt, elle en fournissait indirectement aussi à l'Iran. Israël prit sa part dans cette entreprise. Ezer Weizman, ex-chef de l'armée de l'air israélienne et futur président d'Israël (1993-2000), s'enrichit gentiment dans ces trafics. Ces relations irano-israéliennes entre chien et chat se sont maintenues jusqu'à la fin du siècle dernier. Israël était perçu par les dirigeants iraniens comme un ennemi, mais pas vraiment prioritaire. À la fin de la décennie 1990, les délicieuses pistaches iraniennes arrivaient encore, via Chypre, sur les marchés israéliens. De mauvaises langues assuraient que le fournisseur masqué n'était autre que l'ayatollah Hachemi Rafsandjani, premier producteur de pistaches en Iran, grand propriétaire terrien et président de l'Iran de 1989 à 1997.

Opération Pahlavi

Le grand bouleversement dans la relation israélo-iranienne intervint avec la montée en puissance de la fraction néoconservatrice du parti républicain aux États-Unis, dans cette même décennie 1990. Celle-ci avait, dès le début, considéré que l'Iran était devenu le cœur de tous les maux au Proche-Orient. Elle était également la plus active pour appeler à venger l'humiliation subie par Washington dans l'affaire des otages de l'ambassade étatsunienne en Iran, au lendemain de la révolution islamique. Après le 11 septembre 2001 et la création par l'équipe du président George W. Bush du concept de l'« axe du mal », formé de l'Irak, de l'Iran et de la Corée du Nord, Téhéran entrait, aux yeux des Étatsuniens, dans la catégorie des États « terroristes ». Depuis, Benyamin Nétanyahou, lui-même néoconservateur acharné, a transféré l'incarnation du mal aux yeux des Israéliens des nationalistes arabes vers la République islamique iranienne. Et il a entrepris de se rapprocher de ses adversaires en exil, surtout ceux restés fidèles à l'ex-monarchie Pahlavi.

Quatre jours avant le 7 octobre 2023, le journal israélien Haaretz et sa filiale économique The Marker publiaient une enquête très fournie sur une opération menée conjointement par le gouvernement israélien, des financiers étatsuniens et l'entourage de Reza Pahlavi3. Il en ressortait qu'une « opération d'influence numérique » de grande envergure avait été lancée pour réinstaller Reza Pahlavi comme chah d'Iran le moment venu. Celle-ci était « menée depuis Israël et financée par une entité privée bénéficiant de subventions publiques ». Une Israélienne y jouait un rôle clé : Gila Gamliel-Demri, alors députée du Likoud et aujourd'hui ministre des sciences et de la technologie, et qui a aussi été, précédemment, ministre du renseignement. Cette campagne, indique l'enquête soutenue par le laboratoire interdisciplinaire canadien Citizen Lab, a mis au jour « des centaines de faux comptes présumés » sur X faisant la promotion de Pahlavi, partageant des messages et utilisant des hashtags tels que #KingRezaPahlavi. Gila Gamliel-Demri est aujourd'hui « l'interlocutrice israélienne privilégiée de Reza Pahlavi », écrivent les enquêteurs. Plus largement, les liquidations ces dernières années sur le territoire iranien de hauts dirigeants militaires et scientifiques, celles, spectaculaires, d'alliés proches du Hezbollah ou du Hamas et enfin les frappes contre les sites nucléaires iraniens en 2024-2025 (lesquelles n'ont visiblement pas eu les résultats qu'Israël leur avait initialement attribués), ont montré combien Israël disposait d'informations de première main provenant de l'intérieur même de l'Iran.

Divergences avec la Maison Blanche

La plupart des spécialistes israéliens de l'Iran sont toutefois circonspects. Ils jugent que Reza Pahlavi, parti aux États-Unis à 18 ans un an avant la chute de son père, est resté très loin de son pays depuis bientôt un demi-siècle. Ils doutent qu'il soit capable de rallier un soutien significatif dans la population iranienne. Mais à défaut d'autre partenaire fiable en Iran, c'est bien lui qui, aujourd'hui, émerge en Israël comme son interlocuteur privilégié pour diriger un régime « post-mollahs ». Est-ce aussi l'avis de Trump ?

Jusqu'ici, il s'est plusieurs fois abstenu de manifester son soutien à Reza Pahlavi. Mais celui-ci est bien le chouchou des néoconservateurs à Washington. Et il existe une importante communauté iranienne pro-royaliste aux États-Unis qui, comme en France, a pris le parti d'Israël depuis le début de la guerre à Gaza, invoquant le soutien du régime iranien au Hamas.

Dans un entretien donné à Fox News le 15 juin 2025, en pleine phase de bombardements israélo-étatsuniens sur les sites nucléaires iraniens, Benyamin Nétanyahou a expliqué son soutien à un « changement de régime » en Iran. Le gouvernement de Téhéran, jugeait-il, est « très faible », et si l'occasion se présentait « 80 % de la population chasseraient ces voyous théologiques ». Évoquant les attaques israéliennes en cours, il n'excluait pas leur possible élargissement au QG des Gardiens de la révolution, à celui de la police et à la télévision d'État.

Le journal The Guardian rapportait la réaction de « militants pro-démocratie à Téhéran », disant qu'« une guerre israélienne ne leur serait d'aucune utilité ». À leurs yeux, Israël considère la destruction du régime « comme une fin en soi, sans aucun intérêt pour l'avenir de l'Iran au-delà de l'affaiblissement et de la déstabilisation d'un rival régional »4. De fait, à l'été 2025, même à Washington, l'enthousiasme de Nétanyahou pour un changement de régime suscitait déjà « un certain scepticisme », indiquait le journal britannique. C'était il y a sept mois, et, sur ce point, il semble que le scepticisme de Donald Trump se soit accru.

D'où les divergences que l'on constate ponctuellement entre Trump et Nétanyahou sur le sujet iranien. Depuis le 2 janvier 2026, où le président étatsunien a déclaré que les États-Unis sont prêts à intervenir — « Continuez à protester, l'aide arrive »,5 lançait-il aux Iraniens — jusqu'à ses récents propos moins belliqueux, Israël tente de s'adapter à ses volte-faces successives. Aux dernières nouvelles, le président étatsunien aurait accepté les promesses iraniennes de renoncer aux exécutions publiques de manifestants, et aussi résisté aux pressions de la partie de son entourage qui soutient publiquement Pahlavi. Le 14 janvier, dans un entretien à Reuters, il déclarait : « Nous n'en sommes pas encore là, nous examinons beaucoup de choses. » Il ajoutait ne pas être sur la longueur d'onde des « impatients » d'entrer en guerre contre l'Iran.

Politique régionale contre intérêts économiques

On peut légitimement penser que Trump, ce faisant, ne prend pas seulement en considération sa base MAGA (Make America great again), qui rejette les guerres étatsuniennes « inutiles ». Il espère aussi que sa théorie fondamentale — l'idée que la menace outrancière est plus efficace et moins coûteuse que l'action et les risques qu'elle inclut — s'appliquera à l'Iran. Et que Nétanyahou doit s'adapter. Ainsi, le 12 janvier dernier, alors que la presse étatsunienne évoquait de proches attaques contre l'Iran, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, affirmait : « La diplomatie restait la première option pour le président. » Le lendemain, Téhéran s'annonçait « disposé à reprendre le dialogue » avec l'administration étatsunienne, et indiquait que « des canaux s'étaient ouverts » entre Abbas Araghchi, son chef de la diplomatie, et le missi dominici de Trump, Steve Witkoff. Très clairement, Trump mène sa politique iranienne sans trop se préoccuper des positions profondes de Nétanyahou.

C'est que, sur le fond, États-Unis et Israël ne portent pas le même regard sur l'Iran. Trump y pense prioritairement en termes économiques internationaux, face à la Chine, qui l'obnubile. Nétanyahou, lui, porte d'abord un regard politique régional. Il ne cherche pas particulièrement d'accord avec l'Iran et il ne tient certainement pas à un Iran rétabli retrouvant une place de premier plan dans la région. À défaut d'un improbable régime royaliste qui restaurerait son lien lointain avec Israël, il privilégie un Iran affaibli et en proie au chaos.

Dès lors, à la conférence du Conseil israélien américain (Israeli American Council, IAC), tenue à Miami les 15, 16 et 17 janvier, et à laquelle Nétanyahou avait envoyé David Barnéa, son directeur du Mossad, Witkoff a mis les points sur le « i » : « J'espère qu'une solution diplomatique sera trouvée. Vraiment. » Il y affirmait qu'un accord diplomatique avec l'Iran devrait résoudre quatre enjeux : « Un, l'enrichissement nucléaire ; deux, les missiles balistiques [réduire leur arsenal]  ; trois, le matériel nucléaire dont il dispose, soit environ 2 000 kg enrichis entre 3,67 % et 60 % ; et quatre, les intermédiaires [les affidés de l'Iran, à commencer par le Hezbollah]. » Et il clôturait son exposé en assurant : « Nous pouvons régler ces quatre problèmes par la voie diplomatique, ce serait une excellente solution. L'alternative [entendre : une guerre] serait désastreuse. » Évidemment, dans cette liste, le sujet le plus chaud, tant pour les Iraniens que pour les Israéliens, est celui des missiles balistiques. Et il est très difficile d'imaginer que Téhéran soit disposé à faire des concessions importantes, si ces missiles constituent sa seule arme de dissuasion dans l'avenir.

Signaux contradictoires

À partir de là, on peut tout imaginer. Une nouvelle bouderie entre le Donald et « Bibi », dont on ne sait jamais à l'avance qui en sort vainqueur ? Un coup fourré de la Maison Blanche, qui endort Téhéran pour le surprendre avec une nouvelle attaque si la diplomatie s'étiole ? Une opération visant à pousser de l'intérieur le Guide de la révolution vers la sortie sans avoir besoin d'opération militaire ? Une pause dans les offensives des Israéliens qui peinent désormais à couvrir leurs multiples fronts ?

L'analyste israélien Barak Ravid, bête noire de Nétanyahou, qui officie sur le site étatsunien Axios, note que ce dernier aurait demandé à Trump de reporter toute action militaire contre l'Iran. Motif : « Donner à Israël plus de temps pour se préparer à d'éventuelles représailles iraniennes après une attaque d'Israël »6. Il serait donc trop tôt pour porter une attaque décisive. Mais Ravid indique aussi que l'armée étatsunienne déployait des « moyens défensifs et offensifs » supplémentaires dans la région, en particulier le porte-avion Abraham Lincoln. « Davantage de défense aérienne, d'avions de chasse et peut-être même de sous-marins devraient également arriver », ajoute-t-il. Enfin, « certains responsables » israéliens estiment que la crise actuelle pourrait « convaincre le régime iranien à faire des concessions qu'il avait précédemment refusé d'envisager ». Autant dire, Israël pourrait se passer d'une guerre avec l'Iran. Bref, chacun envoie concomitamment des signes guerriers et d'ouverture.

Mais sur le fond, les Israéliens seront-ils capables de céder à une possible évolution diplomatique ou politique tant que la République islamique reste en place ? Seront-ils capables de se dégager d'une pensée où l'hégémonie régionale garantit la pérennité de son existence ? Dans un article qui reflète l'avis d'une grande partie des experts israéliens en affaires sécuritaires — une engeance très volumineuse dans ce pays —, le principal analyste militaire du journal The Jerusalem Post imagine que, même sans viser un changement de régime en Iran, « Nétanyahou et Trump peuvent encore remodeler le Proche-Orient. »7 Il suffirait pour cela de « réduire quasiment à zéro le programme de missiles balistiques » de l'Iran et de faire de même « considérablement avec son potentiel de menace régionale ». La guerre, quoi d'autre ?


1Arash Azizi, «  What was the son of the last Shah of Iran doing in Israel  ?  », Haaretz, 19 avril 2023.

2Principal chenal du delta commun du Tigre et de l'Euphrate. Sur une partie de son parcours, il constitue la frontière entre l'Irak et l'Iran.

3Gur Megiddo et Omer Benjakob, «  The Israeli influence operation aiming to install Reza Pahlavi as Shah of Iran  », Haaretz, 3 octobre 2023.

4Peter Beaumont, «  Netanyahu speaks of regime change in Iran. What it means is regime destruction  », The Guardian, 17 juin 2025.

5Ben Samuels, «  Is Trump's bluff powerful enough to stop the US, Iran and Israel from sliding into war  ?  », Haaretz, 15 janvier 2026.

6Barak Ravid, «  Mossad director visits U.S. for Iran consultations  », Axios, 16 janvier 2026.

7Yonah Jeremy Bob, «  Even without regime change in Iran, Netanyahu and Trump can still reshape the Middle East  », The Jerusalem Post, 13 janvier 2026.

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