LePartisan.info À propos Podcasts Fil web Écologie Blogs Revues MÉDIAS
Orient XXI
 
Quotidien en ligne sans publicité, du Maroc à l’Afghanistan

▸ Les 10 dernières parutions

06.03.2026 à 06:00

Iran – États-Unis – Israël. Pourquoi le Hezbollah a rejoint la guerre

Elie Kosseifi

Depuis la signature du cessez-le-feu de novembre 2024, le Hezbollah n'a pas réagi aux agressions israéliennes quotidiennes. Son retour aux opérations à l'aune de la guerre contre l'Iran soulève des questions sur sa stratégie. De son côté, en appelant à l'évacuation de larges portions du Sud-Liban et à celle de la banlieue sud de Beyrouth, Israël ne cache plus ses desseins coloniaux au Liban. Le lundi 2 mars à l'aube, et contre toute attente, le Hezbollah a lancé une salve de missiles et (…)

- Magazine / , , , , , , ,
Texte intégral (2434 mots)

Depuis la signature du cessez-le-feu de novembre 2024, le Hezbollah n'a pas réagi aux agressions israéliennes quotidiennes. Son retour aux opérations à l'aune de la guerre contre l'Iran soulève des questions sur sa stratégie. De son côté, en appelant à l'évacuation de larges portions du Sud-Liban et à celle de la banlieue sud de Beyrouth, Israël ne cache plus ses desseins coloniaux au Liban.

Le lundi 2 mars à l'aube, et contre toute attente, le Hezbollah a lancé une salve de missiles et une nuée de drones vers Israël, alors que le Liban peine toujours à se remettre des répercussions du conflit de l'automne 2024.

Ces tirs ont suscité une vive colère au Liban, y compris au sein de la base du Hezbollah. Les bombardements israéliens qui ont suivi ont provoqué un mouvement de fuite des populations des villages du Sud et de la banlieue sud de Beyrouth, dans la nuit et aux premières lueurs de l'aube. Le bilan s'élevait, au jeudi 5 mars, à 77 morts et 527 blessés. Au milieu des déplacements, les interrogations angoissées et indignées quant au choix du moment et à l'efficacité de l'opération du Parti de Dieu se faisaient entendre.

Pour beaucoup, l'initiative aurait eu du sens en riposte aux agressions israéliennes continues depuis un an et demi, malgré un cessez-le-feu signé par Israël sous l'égide des États-Unis et de la France, et aux assassinats des cadres du Hezbollah. Mais pas à l'assassinat du Guide suprême iranien Ali Khamenei, survenu au premier jour de l'offensive contre l'Iran. Depuis, Israël ne cesse de bombarder le pays. Dans le Sud-Liban, la vallée de la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth – bastions du Hezbollah –, les habitants craignent de payer encore une fois un lourd tribut.

D'autant que les infrastructures civiles sont fragiles, et qu'aucun plan gouvernemental – si tant est qu'il en existe – n'est en mesure d'accueillir les dizaines de milliers de déplacés. Ces derniers éprouvent des difficultés à trouver refuge dans les zones connues pour leur hostilité politique au Hezbollah. Les habitants craignent que des dirigeants du parti se trouvent parmi les déplacés et exposent ainsi leurs quartiers à des bombardements israéliens. Dans certaines régions, les conseils municipaux ont commencé à demander aux habitants de signaler tout nouvel arrivant afin de vérifier son identité, ce qui soulève, déjà, de vives tensions.

Israël applique ici une vieille stratégie qui consiste à jouer sur les fragilités sociales pour diviser la population. Cela fait craindre que la situation dégénère, notamment suite à l'ordre d'évacuation donné, le 5 mars 2026, aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth, qui, selon le ministre israélien des finances Betzalel Smotrich, « ressemblera à Khan Younès », dans la bande de Gaza. Une campagne de bombardements israéliens intense aggravera les destructions, les déplacements de population et la crise humanitaire actuelle.

Le 4 mars 2026, Israël a intimé aux habitants du Sud-Liban de se déplacer au nord du fleuve Litani.

Divisions au sein du parti ?

Dans les heures qui ont suivi les tirs de missiles et la contre-offensive israélienne, des spéculations ont émergé quant à de possibles divisions au sein du Hezbollah. Des informations faisaient également état de l'assassinat de responsables du parti, dont le chef du bloc parlementaire Mohammed Raad — elles ont depuis été démenties. Des médias ont rapporté qu'une de ses factions, agissant sur ordre direct des Gardiens de la révolution iraniens, avait pris l'initiative de ces tirs sans décision centrale de la direction.

Des journalistes et militants proches du parti ont quant à eux appelé à attendre une déclaration officielle du Hezbollah, reflétant des soupçons de l'implication d'un tiers, comme lorsque des factions palestiniennes au Liban lancent des attaques similaires contre Israël. Ces doutes peuvent également refléter un manque de confiance envers la direction actuelle, comparée à celle du charismatique Hassan Nasrallah. L'assassinat du secrétaire général en septembre 2024 a laissé un vide immense, non seulement au sein du parti, mais aussi sur la scène politique libanaise et régionale.

Le Hezbollah a finalement revendiqué l'opération. Il l'a présentée comme un acte de « vengeance » pour Khamenei et de « défense du Liban et de son peuple », en riposte aux agressions israéliennes continues depuis le cessez-le-feu de novembre 2024. Malgré ce communiqué, le scepticisme médiatique persistait, la déclaration n'ayant pas été diffusée par les canaux officiels habituels du parti ni par son service de presse, mais seulement par le canal de « communication militaire » sur la messagerie Telegram. Il a fallu que l'information soit relayée par des personnalités proches du parti, confirmant ainsi qu'elle représentait l'ensemble du parti.

Cette situation survient alors que la situation socio-économique du Liban demeure extrêmement fragile et ne peut supporter une nouvelle guerre dévastatrice. En outre, les tensions sociopolitiques, alimentées par la question du désarmement du Hezbollah, sont persistantes. De son côté, le gouvernement a décidé lundi 2 mars, avec l'appui de deux ministres proches du président du Parlement, Nabih Berri, chef de l'autre parti chiite Amal, et allié du Hezbollah, d'interdire les activités sécuritaires et militaires du Parti de Dieu. De profondes divisions menaceraient ainsi l'establishment politique chiite. Des informations, divulguées par l'entourage de Berri, laissent entendre que ce dernier avait reçu du Hezbollah la promesse de ne pas s'engager dans une nouvelle confrontation avec Israël. Des divergences ne sont donc pas à exclure cette fois-ci entre les deux groupes, ce qui est loin d'être anodin dans le paysage politique chiite libanais, même si des affrontements les ont déjà opposés, notamment durant la guerre des camps en 19851.

Plusieurs voix dans les milieux politiques et médiatiques – à l'instar du quotidien L'Orient le jour2 – ont qualifié la décision du Hezbollah de « suicide politique », tandis que l'organisation a continué de lancer des roquettes et des drones vers Israël, et à revendiquer ces attaques dans des communiqués successifs. Si cette décision reflète une intention préméditée de s'engager dans un conflit ouvert, il faut également l'inscrire dans le contexte de la confrontation régionale plus large qui se déroule depuis l'attaque menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le samedi 28 février 2026, et la complexité des enjeux à l'œuvre dans la région.

Une implication régionale

Environ deux semaines avant son assassinat, le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, avait menacé d'étendre la guerre à un niveau régional en cas d'attaque étatsunienne et israélienne contre son pays. La décision du Hezbollah de participer à la guerre en cours intervient à un moment où Téhéran semble déterminé à accroître le coût de la guerre pour ses adversaires et à la généraliser à ses voisins. Cela apparaît avec ses attaques contre les bases étatsuniennes dans le Golfe et l'élargissement des cibles aux installations civiles et énergétiques de l'Arabie saoudite et du Qatar. Or, le jour de l'entrée en ligne du Hezbollah, les responsables militaires israéliens ont rapporté avoir observé un changement significatif dans le schéma des attaques de missiles iraniens au cours des dernières vingt-quatre heures, indiquant que Téhéran était passé d'attaques limitées à des opérations plus complexes et coordonnées.

L'opération du Hezbollah coïncide également avec l'annonce, tôt lundi matin, par une faction irakienne pro-iranienne répondant au nom de « Saraya Awliya' al-Dam » (« Brigades des gardiens du sang ») d'une attaque de drone visant la base militaire étatsunienne Victoria de l'aéroport international de Bagdad. L'on peut déduire par là une décision de Téhéran d'impliquer ses alliés régionaux dans la confrontation ouverte avec Israël et les États-Unis. De plus, le Hezbollah, en tant que parti idéologique, ne peut que réagir à l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei, figure emblématique de l'idéologie dont il se réclame.

Sur le plan national, cette séquence peut représenter une occasion pour le Hezbollah de sortir de l'impasse épuisante dans laquelle il se trouve depuis des mois, subissant des frappes israéliennes incessantes sans réagir. La confrontation actuelle restaure ainsi son poids moral et politique, puisqu'il répond enfin à la promesse de ne pas rester passif face aux attaques israéliennes. Elle pourrait également lui offrir l'opportunité de remporter des victoires territoriales face à Israël, notamment si ce dernier décide d'étendre son incursion terrestre au Liban, comme semblent le suggérer les déclarations de ses responsables, en particulier du ministre de la défense Israël Katz, et l'ordre d'évacuation du Sud-Liban en deçà du fleuve Litani. Dans ce cas de figure, le Hezbollah mènera des combats et des opérations militaires et sécuritaires contre les soldats israéliens et les positions avancées d'Israël au Sud-Liban, où ce dernier compte déjà cinq bases militaires et construit un mur qui a absorbé 4 000 mètres carrés de nouvelles terres libanaises en 2025.

Par conséquent, même si le parti subit de nouveaux revers et que ses principaux dirigeants se font de nouveau assassiner, cela représente pour lui un coût accepté pour continuer à exister et éviter d'être complètement submergé par les répercussions de la défaite ou du revers militaire subi lors de la dernière guerre, et consolidé par l'accord de cessez-le-feu. Pour le parti, chaque jour qui passe sans qu'Israël assassine un de ses dirigeants clés, en particulier son nouveau secrétaire général, Naïm Qassem – qui figure, selon Israël Katz, sur la « liste des personnes à abattre » –, est un jour où il marque un point contre Israël dans la confrontation actuelle, d'autant plus que le parti est plus efficace dans des affrontements terrestres et peut infliger des pertes plus importantes à l'ennemi. Qassem a déclaré le 4 mars au soir que « le choix du parti est l'affrontement jusqu'au bout ».

Ce choix aura certainement un coût élevé pour les partisans du Hezbollah dans leurs villages, leurs foyers et leurs lieux de déplacement forcé, ainsi qu'en vies humaines, ce qui pourrait entraîner un déclin relatif du soutien populaire au Hezbollah. Mais ce dernier, fort de l'expérience de la guerre contre Gaza, parie sans doute que ses partisans, même initialement hésitants ou réticents à ses choix, le rejoindront rapidement à mesure que la confrontation s'intensifiera, ce qui semble déjà le cas.

Si cette séquence a commencé avec le lancement de missiles du Hezbollah, l'opération des bipeurs en septembre 2024 tout comme l'avancée territoriale israélienne démontrent que les opérations d'Israël contre le Liban sont planifiées de longue date, et qu'annexer le Sud-Liban est un objectif que Tel-Aviv poursuit depuis 1978. Le parti de Dieu peut par ailleurs apparaître comme la dernière ligne de défense d'une communauté chiite qui se sent menacée dans son existence.

La confrontation entre le Hezbollah et Israël pourrait se prolonger au-delà de la résolution du conflit entre les États-Unis et Israël d'une part, et l'Iran d'autre part. Israël a déjà évoqué la possibilité de séparer les deux fronts dans le cadre de ses efforts pour « démanteler le Hezbollah ». Plus la confrontation durera, plus elle connaîtra de changements imprévus pour les deux camps. La projection militaire et populaire du Hezbollah ne se limite pas au court terme.


1NDLR. Guerre menée contre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) par la milice chiite Amal, appuyée par la Syrie de 1985 à 1987.

2«  Le Hezbollah suicide le Liban  » titrait en une le quotidien le mardi 3 mars 2026.

05.03.2026 à 06:00

L'extension territoriale d'Israël depuis octobre 2023

Armin Messager

Si le 7 octobre 2023 constitue un tournant majeur dans la recomposition des rapports de force au Proche-Orient, il a également été le prétexte pour redessiner les lignes de démarcation. Israël a ainsi saisi cette séquence pour consolider et étendre son emprise territoriale à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Sud-Liban et en Syrie, installant de facto des réalités durables sur le terrain. Une constante dans l'histoire coloniale de l'État. Quelles sont les frontières d'Israël ? Celles-ci (…)

- Magazine / , , , , , , , , ,
Texte intégral (3965 mots)

Si le 7 octobre 2023 constitue un tournant majeur dans la recomposition des rapports de force au Proche-Orient, il a également été le prétexte pour redessiner les lignes de démarcation. Israël a ainsi saisi cette séquence pour consolider et étendre son emprise territoriale à Gaza, en Cisjordanie, mais aussi au Sud-Liban et en Syrie, installant de facto des réalités durables sur le terrain. Une constante dans l'histoire coloniale de l'État.

Quelles sont les frontières d'Israël ? Celles-ci n'ont cessé d'évoluer — et d'être repoussées — depuis 1949, à chacune des guerres menées contre ses voisins. Trop souvent présentées comme des opérations de « défense », les offensives que Tel-Aviv mène sur les fronts limitrophes depuis le 7 octobre 2023 s'inscrivent dans cette histoire longue. Notons que cette évolution territoriale est largement assumée publiquement, à travers les cartographies militaires, les tribunes stratégiques et les déclarations de responsables.

Gaza, divisée en deux blocs

Le cessez-le-feu conclu en octobre 2025 n'a pas signifié un retour à la situation géographique d'avant le 7 octobre pour la bande occupée par Israël depuis 1967. Loin de figer les positions, il a entériné une transformation déjà en cours. Après des déplacements forcés de populations de l'est vers l'ouest depuis octobre 2023 et des incursions militaires progressives, un nouveau contrôle territorial s'est imposé. Ce redéploiement a ensuite été formalisé par la création de « zones de sécurité », des espaces placés sous contrôle militaire direct et vidés en partie de leur population. Quant aux « lignes de démarcation », souvent matérialisées par la « ligne jaune » sur les cartes, elles demeurent floues et mouvantes, reflétant un rapport de force encore instable plutôt qu'une frontière stabilisée.

L'enclave est divisée en deux blocs : environ 53 % du territoire est placé sous contrôle militaire israélien, contre 47 % pour la population gazaouie. Cette séparation a été matérialisée depuis décembre 2025 par une « ligne jaune » : alignements de blocs de béton peints en jaune et bermes de terre formant une frontière intérieure de fait. Ces zones ont été déclarées zones de tir ou interdites, rendant tout retour civil hautement improbable, accentuant une compression démographique sans précédent à l'ouest de l'enclave. De plus, la majorité des terres agricoles et plus de la moitié des puits d'eau se trouvent sous contrôle israélien.

Des images satellites révèlent un déplacement progressif de ces blocs, centaine de mètres par centaine de mètres, sans proclamation officielle1. Dans le même temps, le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a évoqué l'émergence d'« une nouvelle ligne de frontière », laissant entrevoir la possible stabilisation durable de cette division. La « ligne jaune » marque un tournant dans la mesure où la zone tampon n'est plus périphérique, mais intérieure et mouvante, redessinant l'espace au cœur même de l'enclave.

En Cisjordanie, un niveau record d'expansion coloniale

À la suite des accords d'Oslo (septembre 1993), la Cisjordanie a été divisée en trois zones : la zone A (18 %), avec un contrôle palestinien mais des incursions israéliennes régulières ; la zone B (22 %), avec un contrôle civil palestinien et une sécurité conjointe avec les Israéliens ; la zone C (60 %), sous contrôle total israélien, incluant la majorité des colonies et des ressources, notamment les terres agricoles. Mais les restrictions imposées par le gouvernement israélien y limitent fortement la construction, l'accès à l'eau et aux infrastructures.

Depuis le 7 octobre 2023, plusieurs pouvoirs administratifs ont été transférés de l'armée à une autorité civile dirigée par le ministre des finances, Bezalel Smotrich. Ce basculement d'un régime militaire vers une administration civile intégrée à l'État israélien constitue une étape décisive pour l'annexion et prépare sa légalisation juridique. Parallèlement, l'armement massif des colons, avec 120 000 armes distribuées depuis 2023, encouragé par Itamar Ben Gvir, le ministre de l'intérieur, et présenté comme une « défense civile », leur permet de mener directement des expulsions, des agressions et des incendies de terres palestiniennes. Ces actions visent à chasser les paysans des zones rurales pour concentrer la population dans les villes et fragmenter davantage l'espace palestinien2.

En 2025, l'expansion coloniale a ainsi atteint des niveaux records : annonce de 22 nouvelles colonies, légalisation d'avant-postes, et reprise du projet E1 qui prévoit la construction de 3 000 logements israéliens entre Jérusalem-Est et la colonie de Maale Adoumim, avec le risque de couper la Cisjordanie en deux. Par-dessus tout : la relance du cadastre foncier, le 15 février 2026, permettant de déclarer « terres d'État » des propriétés palestiniennes dont les propriétaires ont été forcés au départ. Cette procédure va faciliter et systématiser leur achat par des Israéliens et agrandir les capacités d'intervention et d'administration israéliennes. On compte aujourd'hui 737 000 colons israéliens dans tous les territoires cisjordaniens et Jérusalem-Est, contre 622 000 en 2017. Ces politiques s'inscrivent dans une ligne assumée par les ministres d'extrême droite Smotrich et Ben Gvir, partisans de l'annexion.

Depuis le 7 octobre 2023, l'expansion coloniale en Cisjordanie s'est intensifiée de manière spectaculaire. Selon l'ONG israélienne La Paix maintenant, plus de 2 400 hectares ont été déclarés «  terres d'État  » en 2024 et début 2025, soit 0,68 % de la zone C. Les colons ont ouvert 116 km de nouvelles routes non autorisées, fragmentant davantage le territoire et restreignant l'accès palestinien. Par ailleurs, 86 nouveaux avant-postes ont été établis, dont 60 fermes agricoles. L'impact humain est massif : selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), 1 222 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie depuis fin 2023, et 39 843 personnes ont été déplacées, au moins temporairement. L'année 2025 a également marqué un record dans les attaques et dommages sur les propriétés palestiniennes avec 1 828 incidents, tandis que la justice israélienne abandonne la plupart des poursuites, laissant les colons agir en quasi-impunité.

Au Sud-Liban, la « zone tampon » est une « zone morte »

L'offensive aérienne israélienne massive a commencé le 23 septembre 2024, suivie une semaine plus tard par l'engagement de l'armée de terre. Elle a entraîné une destruction massive dans une bande d'environ 5 kilomètres au nord de la « ligne bleue », démarcation tracée par l'ONU en 2000, au lendemain du retrait israélien du Sud-Liban, occupé depuis 1978. Les bombardements aériens quasi quotidiens depuis, les tirs d'artillerie, l'usage d'armes incendiaires et désormais de glyphosate ont rendu de vastes secteurs inhabitables.

Officiellement, Israël a affirmé ne pas chercher à créer une « zone tampon » mais à repousser l'unité Radwan du Hezbollah. Dans les faits, pourtant, il a installé un corridor vidé de sa population civile — plus de 95 000 Libanais avaient déjà été déplacés dès juin 2024 —, les infrastructures — routes, réseaux d'eau et d'électricité, terres agricoles — ont été détruites ou lourdement endommagées et des quartiers entiers de villages ont été rasés pendant la guerre3. Le risque de mort, les destructions, l'impossibilité de vivre faute d'infrastructures, la dégradation écologique ont transformé le tissu social et démographique local, d'où le surnom de « zones mortes ». Si certains habitants sont progressivement revenus en novembre 2025, cela ne concerne pas tous les villages.

L'armée libanaise a pourtant affirmé en janvier 2026 avoir achevé le désarmement du Hezbollah entre le Litani et la « ligne bleue » comme convenu par le cessez-le-feu, mais les bombardements se poursuivent, en violation de l'accord. Israël a positionné cinq bases israéliennes au-delà de cette ligne — Labounneh, Jabal Blat, Shaked, Houla et Hamamis — et érigé un mur en monoblocs de béton de neuf mètres de haut, absorbant de nouvelles terres de villageois du sud (4 000 m² en 2025 ). Des colons poussent pour débuter l'implantation de colonies : un scénario similaire aux annexions de la zone tampon du Golan. Le 2 mars 2026, Israël a ordonné l'évacuation de 30 villages du Sud-Liban, provoquant, encore une fois, un déplacement forcé de la population. Puis, le 4 mars, il a ordonné le déplacement de toute la population libanaise présente au sud du fleuve Litani, vers le nord, correspondant aux projections coloniales expansionnistes de l'appareil d'État israélien depuis 1978.

Ordre d
Ordre d'évacuation publié par l'armée israélienne le 4 mars 2026, intimant aux habitants du Sud-Liban de se déplacer au nord du fleuve Litani.

En Syrie, entre désir d'expansion et stratégie militaire

Depuis la guerre de juin 1967, Israël occupe le plateau du Golan, pris à la Syrie au terme des combats. Une politique de colonisation s'y est peu à peu déployée tandis que la « Loi sur le Golan » de 1981 est venue formaliser de manière illégale aux yeux du droit international l'annexion de la région. En 2019, le président étatsunien Donald Trump a reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan. Depuis, la colonisation s'est étendue, avec près de 32 implantations4.

Après la chute du régime de Bachar Al-Assad, le 8 décembre 2024, Israël a profité du chaos pour lancer une vaste opération terrestre en Syrie. Il a pris le contrôle de la zone démilitarisée instaurée en 1974, après la guerre d'octobre 1973, entravant la mission de la Force des Nations unies chargée d'observer le désengagement (FNUOD). Son armée a avancé dans les régions de Deraa et de Kuneitra, occupant environ 350 km² supplémentaires, du Mont Hermon au bassin du Yarmouk. En parallèle, plusieurs centaines de frappes aériennes ont visé les infrastructures militaires syriennes. Le gouvernement israélien a dans le même temps approuvé un plan visant à doubler la population des colons juifs dans la partie syrienne du Golan.

On compte désormais neuf positions militaires israéliennes établies dans les territoires occupés, notamment autour de Kuneitra. Au début de la transition syrienne, Israël a d'abord justifié ces mouvements par la prévention d'une menace « terroriste » et la création d'une « zone de défense stérile ». Pour Damas, il s'agissait d'une violation du cessez-le-feu de 1974. Israël soutenait alors que l'accord était caduc avec la disparition de son signataire de facto, tout en invoquant l'autodéfense.

Si la posture israélienne s'inscrit dans sa logique historique d'expansion et de projection stratégique, les analyses et discours de responsables israéliens traduisent également une inquiétude persistante face à l'émergence d'un État syrien centralisé et aligné sur Ankara à leurs frontières. La constitution d'une zone tampon s'inscrit alors dans une double finalité : contenir les recompositions régionales et entraver la consolidation d'un axe Damas-Ankara, tout en posant les jalons d'un dispositif de contrôle et de dissuasion, redessinant l'équilibre frontalier, susceptible d'influencer tout futur arrangement politique au bénéfice d'Israël.

Par ailleurs, les gestes d'ouverture adressés aux Druzes syriens qui peuplent le Golan ne relèvent pas uniquement d'une politique de voisinage pragmatique. Ils s'inscrivent dans la tradition de « la politique des périphéries » consistant à exploiter les lignes de fracture internes des sociétés voisines en cherchant des appuis parmi certaines minorités. Ici, en exploitant les massacres de Druzes de juillet 2025.

Le Golan constitue un espace stratégique fondamental pour Israël : il surplombe le Sud syrien, garantit le contrôle de ressources hydriques du lac de Tibériade et des sources du Jourdain situées sur le flanc occidental du Mont Hermon et offre une profondeur face à Damas. Grâce à l'altitude, Israël peut surveiller et contrôler un terrain avancé, détecter toute menace et intervenir, ce qui lui donne une marge de manœuvre plus importante que celle de Damas. Cette topographie vaut à ces hauteurs le surnom des « yeux d'Israël », permettant la surveillance et l'installation de bases militaires.

Parallèlement, l'intégration civile des territoires se poursuit : infrastructures, projets énergétiques et implantations renforcées transforment ces zones en parties fonctionnelles de l'État. Dans le même temps, les populations originaires des nouveaux territoires autour de Kuneitra sont poussées à quitter leurs terres.

L'extension du contrôle israélien, qu'elle prenne la forme d'occupation militaire, de colonisation ou d'annexion, repose à la fois sur des logiques matérielles — ressources, hauteurs stratégiques, axes militaires — et sur une dimension symbolique et religieuse. De nombreux espaces disputés sont investis d'une charge biblique intégrée à l'imaginaire d'Eretz Israel (la terre d'Israël) et, pour certains courants, à une temporalité messianique.

L'annexion progresse toujours par étapes : déplacement des populations natives, démilitarisation, création de zones tampons, domination militaire, implantation de colonies, puis formalisation juridique. On assiste à l'articulation de faits accomplis militaires, d'ingénierie démographique et de normalisation juridique, faisant de l'espace annexé à la fois un levier stratégique, un réservoir de ressources et un projet idéologique. Cette dynamique s'accompagne de déplacements et d'exils répétés : arrachement à la terre, à la mémoire, aux liens sociaux qui entretiennent les cycles de violence, et installent durablement un ordre structurellement inégalitaire fondé sur la contrainte, la soumission et l'humiliation des populations voisines, sous le regard au mieux passif, au pire complice des pays occidentaux.


1Benedict Garman et autres, «  Israel moves Yellow Line deeper into Gaza, satellite images show  », BBC, 16 janvier 2026.

2Marium Ali, «  Mapping forced displacements and settler attacks by Israel in the West Bank  », Al Jazeera, 17 février 2026.

3Raya Jalabi, et autres, «  Israel's push to create a ‘dead zone' in Lebanon  », Financial Times, 27 juin 2024.

4Madjid Zerrouky, «  Israël impose la même répression sur le plateau syrien du Golan qu'en Cisjordanie  », Le Monde, 9 novembre 2025.

04.03.2026 à 06:00

France. La fabrique des OQTF

Chloé Fraisse-Bonnaud, Tania Racho

Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont devenues un marqueur récurrent du débat public sur l'immigration en France. Derrière ce sigle se cache une réalité administrative souvent méconnue, propice aux simplifications et aux récupérations politiques. Mais cette mesure est surtout un mécanisme qui conduit à priver des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux. L'obligation de quitter le territoire français (OQTF) est une mesure administrative individuelle, (…)

- Magazine / , , , ,
Texte intégral (2811 mots)

Les obligations de quitter le territoire français (OQTF) sont devenues un marqueur récurrent du débat public sur l'immigration en France. Derrière ce sigle se cache une réalité administrative souvent méconnue, propice aux simplifications et aux récupérations politiques. Mais cette mesure est surtout un mécanisme qui conduit à priver des milliers de personnes de leurs droits fondamentaux.

L'obligation de quitter le territoire français (OQTF) est une mesure administrative individuelle, délivrée par la préfecture, visant à éloigner une personne du territoire national. Quelque 150 000 de ces mesures sont prononcées chaque année — soit environ 400 par jour —, pour un taux d'exécution estimé entre 10 % et 15 %. Une OQTF est délivrée en cas de séjour irrégulier, notamment lorsqu'une personne est interpellée sans titre de séjour valide, à la suite du rejet d'une demande d'asile, du non-renouvellement d'un titre de séjour — parfois imputable à des dysfonctionnements des démarches administratives dématérialisées —, ou, plus marginalement, au cours d'une incarcération.

Toutefois, les préfectures dépassent parfois ce cadre : il est ainsi arrivé qu'une OQTF soit délivrée à une personne dont la demande d'asile était encore en cours. La mesure a ensuite été annulée par le juge administratif1. C'est d'autant plus le cas à Mayotte, où les demandeurseuses d'asile sont régulièrement arrêtées devant le tribunal administratif et refoulées avant même l'examen de leur demande. C'est d'ailleurs dans ce département que le nombre d'éloignements est le plus élevé, avec environ 25 000 personnes par an, contre quelque 6 500 pour la France métropolitaine.

Cette production quotidienne et massive d'OQTF s'inscrit dans une logique bureaucratique de découragement des personnes étrangères, réduisant des situations humaines singulières à de simples catégories administratives. Le processus d'éloignement relève ainsi souvent d'une routine faisant fi de toute appréciation individuelle, notamment en raison des marges de manœuvre laissées aux préfets. Les pratiques préfectorales hétérogènes sont le fruit d'un droit complexe et de circulaires ministérielles qui, tout en restreignant progressivement les droits des étrangersères, leur permettent d'appliquer les instructions à leur guise. Il en résulte des décisions parfois arbitraires, voire contraires au droit, que les personnes concernées peuvent contester, dans un second temps, devant le juge administratif.

Par exemple, face à une personne étrangère en France depuis de longues années, multipliant les contrats de travail et pacsée à une Française, l'administration ne regarde que le statut administratif et, constatant l'irrégularité de son séjour sur le territoire, délivre l'OQTF. Celle-ci sera annulée par le juge car contraire aux droits fondamentaux — en l'occurrence, le respect de la vie privée et familiale2. Le juge administratif peut dès lors enjoindre à la préfecture de réévaluer la situation des personnes, voire directement lui ordonner la délivrance d'un titre de séjour. Ce levier contentieux demeure le principal recours des étrangersères face à l'État, à condition que les intéressées bénéficient du soutien juridique d'une association ou d'une avocate.

Quand le chiffre devient une arme raciste

Les OQTF sont devenues un sigle familier propice à l'instrumentalisation politique en France. Il rappelle, à certains égards, la stigmatisation qui entoure les fameuses « fiches S » dont on oublie que la fonction première est le renseignement3. Se pose ainsi la question de savoir quelles sont les motivations politiques de cet usage dans l'espace médiatico-politique ? Celles-ci suivent généralement deux logiques opposées.

D'un côté, les personnalités politiques brandissent le nombre d'OQTF non exécutées, soit 85 % au moins d'entre elles, comme preuve d'un dysfonctionnement étatique ou d'un prétendu laxisme. Le chiffre brut devient l'illustration d'une impuissance supposée face à l'immigration irrégulière. Cette rhétorique occulte délibérément les raisons juridiques, diplomatiques et pratiques qui expliquent ce faible taux d'exécution. Parmi celles-ci figurent l'impossibilité d'organiser un retour vers un pays instable — en Afghanistan, Soudan ou Ukraine, par exemple —, l'illégalité des OQTF constatée par le juge administratif, et parfois des difficultés à obtenir un laissez-passer consulaire. Ce dernier, que les médias évoquent régulièrement, notamment au sujet de l'Algérie, est nécessaire pour une personne qui n'a pas de papier prouvant sa nationalité. L'État d'origine doit alors d'abord reconnaître qu'il s'agit de l'une de ses ressortissantes pour permettre l'exécution (forcée) de l'OQTF. La délivrance de laissez-passer consulaire, tout comme celle des visas, varie selon l'état des relations diplomatiques de la France avec les pays de destination. La question a par exemple donné lieu à diverses tensions avec le Maroc.

Il faut de surcroît noter que presque 50 % des éloignements réalisés ont pour destination un autre pays de l'Union européenne en vertu du règlement Dublin III. Celui-ci a pour objectif de déterminer quel État va étudier la demande d'asile d'une personne, à partir d'une liste de critères, dont celui du premier pays d'arrivée, vérifié par la consultation de la base de données Eurodac. En 2025, environ 7 000 personnes ont été concernées par cette procédure.

De l'autre côté, les pouvoirs publics utilisent le volume d'OQTF prononcées comme indicateur d'un volontarisme politique, démontrant une action administrative intensive de lutte contre l'immigration et de prévention de la menace à l'ordre public. Ce volontarisme affiché a tendance à glisser vers une logique sécuritaire, souvent sans fondement, amorcée dès 2015, année de la « crise des réfugiés syriens » et des attentats parisiens.

Durcissement progressif des lois

Outre les motifs d'irrégularité du séjour sur le territoire, une OQTF peut être prononcée en raison d'une « menace à l'ordre public ». L'article L. 611-1 du Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (Ceseda) permet ainsi au préfet d'éloigner un étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la sûreté de l'État. Or, la notion de « menace à l'ordre public » n'étant pas définie, elle peut faire l'objet d'interprétations variables selon les préfectures et les juges administratifs, mettant à mal le principe de l'égalité devant la loi. Elle peut englober des comportements très divers, allant de la commission d'infractions pénales — contraventions incluses —, à des comportements jugés non respectueux des « symboles fondamentaux de la République » comme l'hymne national ou le drapeau. Les entorses supposées à la laïcité et à l'égalité femme-homme, par exemple, peuvent également servir de justification, légitimant ainsi des préjugés islamophobes. Une conduite avec un permis étranger ou un défaut d'assurance, tout comme une simple mention au fichier TAJ (Traitements d'antécédents judiciaires), même pour une garde à vue sans poursuites ou un classement sans suite, peuvent aussi suffire à déclencher une OQTF pour menace à l'ordre public.

L'exemple récent d'une jeune femme ivoirienne fuyant un mariage forcé, arrivée sur le territoire en 2023 et établie à Avignon, illustre bien l'utilisation de la « menace à l'ordre public ». Après la reconnaissance de sa minorité par plusieurs juges des enfants et sa prise en charge par l'Aide sociale à l'enfance (ASE), elle a été convoquée dès sa majorité pour fraude de document d'identité concernant son passeport ivoirien présenté pour établir qu'elle était mineure. Ce simple fait a motivé une OQTF, en décembre 2025, fondée sur la menace à l'ordre public.

Risque pénal, précarité et santé mentale

Depuis la loi Darmanin de 2024, la durée d'exécution des OQTF est passée d'un an à trois ans suivant leur édiction. La préfecture peut, passé ce délai, adopter une nouvelle OQTF, l'objectif étant simplement de forcer l'administration à revoir sa motivation.

Les OQTF peuvent également être assorties d'une interdiction de retour sur le territoire français (IRTF). Cette mesure, prise par la préfecture, consiste à bannir un étranger du territoire pour une durée de cinq ans au maximum, portée à dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. Ce délai ne commence à courir qu'à partir du départ effectif du territoire européen, et empêche, par conséquent, de solliciter un visa pour l'ensemble de l'espace Schengen. Tout retour avant son échéance expose la personne à des sanctions pénales pouvant aller jusqu'à trois ans de prison. La loi Darmanin a renforcé le recours aux IRTF en complément des OQTF.

Dans le cas où la situation de la personne a évolué — vie privée et familiale, état de santé, réexamen de la demande d'asile, contrat de travail, contrat jeune majeur, etc. —, et qu'elle peut bénéficier d'un titre de séjour, il est possible d'entamer des démarches de régularisation. Cependant, depuis la loi Darmanin, l'existence d'une OQTF peut fonder un refus de séjour. La mise en place de cette consigne a eu pour effet de bloquer les demandes de titres de séjour de nombreuses personnes sans que les préfectures en expliquent concrètement les raisons. Par ailleurs, une personne demandant un titre de séjour est en situation irrégulière tant que son dossier n'est pas considéré comme complet, ce qui ouvre la voie à la délivrance d'une OQTF, bloquant ainsi la demande en cours. Le parcours administratif des étrangersères relève dès lors d'une situation kafkaïenne.

Une fabrique à précarité

Derrière les enjeux administratifs, cette politique affecte très concrètement des vies entières, sans jamais remplir son objectif affiché. La violence administrative que ces mesures représentent pour les personnes concernées est rarement évoquée. Une OQTF, même non exécutée, place la personne dans une précarité juridique et sociale extrême : interdiction de travailler légalement, impossibilité de se loger normalement, risque permanent d'interpellation4.

Ce fut le cas, par exemple, pour Yaya Bah, arrivé mineur de Guinée et apprenti dans une boulangerie de Bourg-en-Bresse, qui a fait l'objet d'une OQTF à sa majorité. Son encadrante a entamé une grève de la faim pour protester contre cette décision. C'est aussi le cas d'un architecte libanais, marié à une Française, père d'un enfant français et travaillant dans une agence répondant à des marchés publics, qui s'est vu refuser l'octroi d'un titre de séjour alors qu'il demandait un changement de statut « salarié » pour un titre « vie privée et familiale ». Il a été licencié le temps de son recours devant le juge administratif sans savoir s'il sera réembauché à l'issue de la procédure.

Ces effets peuvent en outre grandement affecter la santé mentale des personnes concernées. Comme l'indique le Centre Primo Levi dans ses nombreux rapports5, la souffrance psychique des personnes exilées est une urgence de santé publique que la France se doit de prendre au sérieux, ne serait-ce que pour préserver l'ordre public qui l'obsède tant.


1L'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme interdit aux États de pratiquer la torture, ou de soumettre une personne relevant de leur juridiction à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. Il s'agit d'une des rares dispositions de la Convention qui ne soit pas assortie d'exceptions.

2L'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme énonce le droit de toute personne au respect «  de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance  ».

3NDLR. Les personnes fichées S peuvent être soupçonnées de visées terroristes ou d'atteinte à la sûreté de l'État, ou de complicité, sans pour autant qu'elles aient commis de délit ou de crime. C'est d'abord un outil d'alerte. Il s'agit d'un mécanisme de remontée d'informations, et non d'un placement sous surveillance active d'une personne. Cet outil est susceptible de concerner un grand nombre de personnes.

4Voir le rapport «  À la merci d'un papier  » d'Amnesty International (décembre 2025).

5Voir notamment les rapports «  Santé mentale des personnes exilées : une souffrance invisible  » (juin 2024) et «  La Souffrance psychique des exilés : une urgence de santé publique  » (juin 2018).

9 / 10
  GÉNÉRALISTES
Le Canard Enchaîné
La Croix
Le Figaro
France 24
France-Culture
FTVI
HuffPost
L'Humanité
LCP / Senat
Le Media
La Tribune
Time France
 
  EUROPE ‧ RUSSIE
Courrier Europe Ctrale
Desk-Russie
Euractiv
Euronews
Toute l'Europe
 
  Afrique ‧ Asie ‧ Proche-Orient
Haaretz
Info Asie
Inkyfada
Jeune Afrique
Kurdistan au féminin
L'Orient - Le Jour
Orient XXI
Rojava I.C
 
  INTERNATIONAL
Courrier International
Equaltimes
Global Voices
Infomigrants
I.R.I.S
The New-York Times
 
  OSINT ‧ INVESTIGATION
OFF Investigation
OpenFacto°
Bellingcat
Disclose
G.I.J
I.C.I.J
 
  OPINION
Au Poste
Cause Commune
CrimethInc.
Hors-Serie
L'Insoumission
Là-bas si j'y suis
Les Jours
LVSL
Politis
Quartier Général
Rapports de force
Reflets
Reseau Bastille
StreetPress
 
  OBSERVATOIRES
Armements
Acrimed
Catastrophes naturelles
Conspis
Culture
Curation IA
Extrême-droite
Human Rights Watch
Inégalités
Information
Justice fiscale
Liberté de création
Multinationales
Situationnisme
Sondages
Street-Médics
Routes de la Soie
🌓