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27.03.2026 à 06:00

Un nouveau Moyen-Orient, plus instable, plus fragmenté

Hicham Alaoui

Coincés entre la volonté hégémonique israélienne et le radicalisme iranien, abandonnés par des États-Unis de plus en plus irresponsables, les États du Golfe voient ce nouvel ordre régional comme une source de menaces et de déstabilisation. La guerre en Iran marque une rupture majeure dans l'ordre régional au Moyen-Orient. Depuis deux décennies, la stabilité géopolitique dans le Golfe et dans une grande partie du monde arabe reposait sur un équilibre précaire. D'un côté on trouvait l'Iran, (…)

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Texte intégral (2678 mots)

Coincés entre la volonté hégémonique israélienne et le radicalisme iranien, abandonnés par des États-Unis de plus en plus irresponsables, les États du Golfe voient ce nouvel ordre régional comme une source de menaces et de déstabilisation.

La guerre en Iran marque une rupture majeure dans l'ordre régional au Moyen-Orient. Depuis deux décennies, la stabilité géopolitique dans le Golfe et dans une grande partie du monde arabe reposait sur un équilibre précaire. D'un côté on trouvait l'Iran, considérablement renforcé par la guerre de 2003 contre l'Irak, et son « Axe de la résistance », regroupant divers alliés tels que le Hezbollah et le régime syrien de Bachar Al-Assad. De l'autre se dressait un bloc conservateur composé principalement d'États arabes cherchant à contenir les ambitions régionales de l'Iran et à maintenir le statu quo avec le soutien des États-Unis. Aucune des deux parties ne prônait la démocratie, mais aucune ne cherchait non plus à anéantir l'autre. Elles s'accommodaient d'une guerre froide régionale, tendue mais gérable.

Cette époque est révolue. L'opération états-unienne « Fureur épique » déclenchée le 28 février 2026 contre l'Iran engendre un paysage plus chaotique, fait de souverainetés fragmentées et d'alliances fracturées, qui va consumer la région pour les années à venir. La guerre elle-même a suscité des critiques justifiées en raison de sa nature illégale, de ses objectifs nébuleux et de l'agression flagrante de la part des États-Unis et d'Israël ; ainsi que des représailles aveugles et injustifiées de l'armée iranienne contre une grande partie des États du Golfe, sans oublier les restrictions sur le détroit d'Ormuz, qui ont plongé les marchés mondiaux du pétrole et du gaz dans la tourmente.

L'heure de la « Pax israelica »

Lorsque ce conflit prendra fin, le nouveau Moyen-Orient devra faire face à plusieurs transformations effarantes. Tout d'abord, la région vit désormais à l'heure de la « Pax Israelica », l'État d'Israël étant devenu l'acteur militaire le plus puissant grâce à ses atouts technologiques et au soutien inconditionnel des États-Unis. Israël a fait preuve de l'aptitude de pénétration de ses services de renseignement, de sa capacité d'intervention loin de son territoire et sur plusieurs fronts simultanément. Désormais ce petit pays méditerranéen domine de manière coercitive tous les autres États du Moyen-Orient, à l'exception de la Turquie. Surtout, la guerre contre l'Iran a neutralisé la République islamique en tant que contrepoids.

L'arc du militarisme israélien s'étend désormais sur une grande partie de la zone. Depuis le début de la guerre de Gaza en octobre 2023, Israël a mené des opérations offensives en Palestine, au Yémen, en Syrie, au Liban et en Iran. Grâce aux accords d'Abraham de 2020 avec le Maroc, le Soudan, Bahreïn et les Émirats arabes unis, moins d'États arabes considèrent encore Israël comme un adversaire. Ainsi, pour la première fois depuis sa création, il ne sera pas confronté au contrepoids significatif d'un acteur étatique. Un succès incontestable pour Tel-Aviv qui, avec le traité de paix signé avec l'Égypte, avait déjà neutralisé le plus puissant pays arabe en 1979. Si des acteurs non étatiques comme le Hezbollah, le Hamas et le mouvement houthiste ne disparaîtront pas, aucun pays de la région ne peut désormais contrer de manière crédible la vision expansionniste du gouvernement de droite israélien. La seule limitation à sa puissance sera celle que traceront les États-Unis.

Les relations israélo-arabes en subiront de lourdes conséquences. Alors qu'auparavant, les États arabes étaient courtisés et incités à normaliser avec Tel-Aviv, ils seront désormais victimes d'intimidations et de menaces. Le bombardement sans précédent du Qatar par Israël en septembre 20251 a ouvert une nouvelle ère. Cette attaque a mis en évidence la vulnérabilité des émirats du Golfe non seulement face à l'Iran, mais aussi face à la prédation israélienne et à la complaisance états-unienne. La menace de Téhéran écartée, Israël a désormais le pouvoir d'intimider et de contraindre les États du Golfe.

Se profile ainsi une occasion unique pour le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salman (MBS), qui a jusqu'à présent repoussé les pressions intenses des États-Unis pour signer un accord de normalisation avec Israël. S'il continue à résister, il pourrait alors asseoir sa légitimité non seulement auprès des citoyens saoudiens, mais aussi d'un public panarabe plus vaste. Plus encore que la Vision 2030 et les mégaprojets du royaume, ce choix pourrait faire de son pays un acteur régional majeur et légitimer l'accession au trône de MBS. Mais sera-t-il capable de tracer une telle voie indépendante et audacieuse tout en préservant son pouvoir ?

En second lieu, la guerre contre l'Iran a mis à mal la réputation de l'Occident et surtout des États-Unis. Les États du Golfe perçoivent le conflit comme une aventure étatsuno-israélienne dénuée de sens, à laquelle ils n'ont pas donné leur consentement, mais dont ils doivent payer le prix fort en matière de représailles, de dégâts aux infrastructures et d'instabilité économique. Ni leurs investissements massifs aux États-Unis, ni leurs achats colossaux d'armes n'ont empêché qu'ils soient sacrifiés par Washington sur l'autel de calculs stratégiques supérieurs et de l'alliance avec Israël. Ce qui aboutit au paradoxe suivant : à l'ère de la « Pax Israelica », la seule doctrine nationale de sécurité susceptible de garantir la souveraineté des royaumes du Golfe sera l'accès aux armes nucléaires, même si cela va à l'encontre des intérêts états-uniens.

Les États-Unis, pyromanes mais pas pompiers

Pour les États-Unis, il s'agit d'un renversement radical de leur position après la guerre du Golfe de 1990-1991, lorsqu'ils exerçaient une hégémonie unipolaire sur cette région stratégique à la fois pour ses richesses pétrolières et gazières et comme route de commerce de ces produits vitaux pour l'économie mondiale. C'est au cours des années 1990 que Washington a inauguré ses plus grandes bases militaires dans les pays du Golfe, promettant de renforcer leur stabilité et leur sécurité en échange de la reconnaissance de leur primauté stratégique. Les États-Unis se sont positionnés alors comme un pompier — une puissance capable de contenir les crises régionales et les menaces telles que celles d'un Irak belliqueux ou d'un Iran expansionniste.

Désormais, ils sont perçus comme des pyromanes. Ils ont déclenché une guerre et provoqué une destruction qui, paradoxalement, a plongé leurs alliés du Golfe dans l'insécurité et l'instabilité même qu'ils pensaient pouvoir éviter en s'alliant à Washington. À l'avenir, les dirigeants du Golfe se montreront bien plus sceptiques face aux garanties de sécurité et aux promesses diplomatiques de la Maison Blanche. Ils continueront de se tourner vers l'Orient, vers la Chine en premier lieu, pour y trouver des opportunités commerciales et d'investissement. Si la République islamique ne représente plus une menace significative pour les royaumes arabes, ils n'ont plus de raison de considérer les États-Unis comme leur seul protecteur.

Troisièmement, à moins d'un revirement soudain sur le terrain, le conflit iranien a abouti exactement au contraire de ce qu'envisageaient ses architectes israéliens et états-uniens. S'il a affaibli les capacités extérieures de la République islamique, la guerre a rendu le régime encore plus extrémiste et oppressif. Les bombardements n'ont pas déclenché de soulèvement de masse, bien qu'ils aient décapité la direction du régime et détruit une grande partie de son infrastructure de missiles balistiques. La République islamique résiste parce qu'elle est davantage un réseau qu'une hiérarchie, une combinaison d'engagements idéologiques et de décentralisation organisationnelle.

Les attaques étatsuno-israéliennes ont éliminé une tension interne majeure de ce système politique. Il n'y a plus de division entre réformistes, partisans de la modération, et conservateurs intransigeants : désormais, tous sont intransigeants, car le régime lutte pour sa survie face à des ennemis mortels. De plus, la guerre a marqué le début de la succession politique et la montée de nouveaux dirigeants, tels que l'ayatollah Mojtaba Khamenei, qui n'ont aucune raison de négocier ou d'envisager des réformes. Le régime reconfiguré réprimera encore plus durement les manifestations populaires, tout en continuant à défier l'Occident.

Un cauchemar asymétrique

« Fureur épique » a également élevé les Gardiens de la révolution islamique au rang de véritable pilier institutionnel tant du régime que de l'État. Ils ont orchestré la campagne de riposte de l'Iran, y compris ses attaques de drones et de missiles les plus destructrices contre des cibles civiles et les infrastructures énergétiques des royaumes du Golfe. Comme les États-Unis et Israël refusent d'envahir l'Iran en raison de leur aversion pour une guerre au sol avec les pertes humaines qu'elle entraînerait pour l'armée états-unienne, les Gardiens et le régime savent qu'ils n'ont pas grand-chose à perdre en continuant d'infliger un châtiment maximal aux États-Unis, à Israël et à leurs alliés arabes en restreignant le passage du détroit d'Ormuz et en intensifiant leur campagne de représailles. Loin de résoudre le problème iranien, le conflit actuel l'a au contraire radicalisé, le transformant en un cauchemar asymétrique.

Quatrièmement, la guerre contre l'Iran a anéanti toute illusion selon laquelle les États-Unis et Israël pourraient être les garants de la paix ailleurs dans la région, en particulier à Gaza. Aucun de ces deux États n'a plus la moindre crédibilité en tant qu'artisans de la paix et garants de la stabilité. Bien que la bande de Gaza reste soumise au « plan de paix » états-unien, les futurs accords en matière de gouvernance et de sécurité seront vides de sens. Les gouvernements de la région les considèrent comme une couverture à la prolongation de l'occupation israélienne qu'ils seront poussés à avaliser.

Après Gaza, Israël se tourne déjà vers la Cisjordanie et accélère son projet colonial visant à annexer le territoire et à déplacer sa population, afin de liquider définitivement le rêve d'un État palestinien. Cela pose un défi majeur aux partenaires d'Israël dans le cadre des accords d'Abraham. Si les traités de normalisation de 2020 existent toujours sur le papier, dans la pratique, ces États arabes sont confrontés au fossé grandissant entre les discours sur la paix et la réalité sur le terrain. Leurs sociétés ne se laisseront peut-être plus facilement séduire par la promesse d'un développement et d'une prospérité liés à un accroissement des échanges commerciaux, technologiques et touristiques avec Israël. Elles considéreront plutôt les liens avec Israël comme un marché de dupes conclu avec un État voyou indigne de confiance.

Enfin, la guerre contre l'Iran ne parviendra pas à unir le monde arabe. Malgré la solidarité temporaire qui s'est manifestée parmi les royaumes du Golfe face aux représailles iraniennes, les divisions géopolitiques persisteront. La coalition contre-révolutionnaire arabe qui s'était imposée après les « printemps arabes » de 2011-2012, sous l'égide de certains royaumes du Golfe, a commencé à se fissurer il y a plusieurs années. Bien que ce bloc contre-révolutionnaire ait réussi à faire dérailler la vague de protestations révolutionnaires, il n'a pas réussi à répondre aux revendications populaires en faveur de la démocratie par un modèle viable de modernité autocratique susceptible de satisfaire les populations.

Un nouveau bloc régional face à l'axe Israël-Émirats arabes unis

Ainsi, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont commencé à diverger dangereusement dans leur vision stratégique. Les Émirats arabes unis ont adopté une stratégie corrosive visant à atomiser les autres pays de la région par des interventions militaires et des ingérences politiques, tandis que l'Arabie saoudite cherchait à tempérer cet aventurisme et à reconsidérer ses choix. Ces puissances moyennes du Golfe se sont déjà engagées dans des guerres par procuration sur les champs de bataille du Yémen et du Soudan, sans même parler de la Libye. Dans un ordre régional d'après-guerre où l'Iran n'est plus en mesure de les unir, un nouveau factionnalisme géopolitique prévaudra. Les Émirats arabes unis pourraient bien renforcer encore leurs liens avec Israël, pour contrebalancer une nouvelle coalition entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar, qui s'efforce de maintenir une certaine cohérence de l'ordre régional.

En conclusion, la guerre contre l'Iran va bouleverser le Moyen-Orient et transformer son paysage géopolitique en une réalité qui était inimaginable il y a à peine dix ans. Pris entre la domination israélienne et le radicalisme iranien, et face à l'irresponsabilité croissante de la puissance hégémonique que sont les États-Unis, qui expose une grande partie du monde arabe à l'insécurité, les Arabes perçoivent ce nouvel ordre régional comme saturé de risques et de dangers. Un rappel brutal, une fois de plus, que ni les interventions étrangères ni les guerres sans fin n'ont jamais apaisé la région.


1Le 9 septembre 2025, Israël a bombardé un bâtiment à Doha où se tenait une réunion des négociateurs pour un cessez-le-feu à Gaza. Six personnes ont été tuées.

26.03.2026 à 06:00

Iran – Liban – Irak. Le « moment chiite » de l'opposition à la guerre

Sabrina Mervin, Sarra Grira

En Iran comme au Liban, et par ricochet en Irak, Israël et les États-Unis s'attaquent à des acteurs qui mettent en avant une identité chiite politique, qu'il s'agisse de la République islamique, du Hezbollah ou des milices pro-iraniennes à Bagdad. Dans cet entretien, l'historienne et directrice de recherche émérite au CNRS Sabrina Mervin éclaire la réalité politique et sociale de cette appartenance dans les conflits actuels. Sarra Grira : L'évolution du régime iranien depuis 1979 jusqu'à (…)

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Texte intégral (2883 mots)

En Iran comme au Liban, et par ricochet en Irak, Israël et les États-Unis s'attaquent à des acteurs qui mettent en avant une identité chiite politique, qu'il s'agisse de la République islamique, du Hezbollah ou des milices pro-iraniennes à Bagdad. Dans cet entretien, l'historienne et directrice de recherche émérite au CNRS Sabrina Mervin éclaire la réalité politique et sociale de cette appartenance dans les conflits actuels.

Sarra Grira : L'évolution du régime iranien depuis 1979 jusqu'à aujourd'hui pousse les analystes à considérer qu'il ne reste plus grand-chose de l'idéologie de velayat-e faqih gouvernement du docte », en persan)1 et que le seul moteur du régime est sa propre survie. Que reste-t-il de l'idéologie de la Révolution islamique ? Et quel poids a-t-elle encore au sein de la société ?

Sabrina Mervin : L'idéologie de ce que les dirigeants iraniens appellent « la révolution islamique » s'est transformée, adaptée aux divers facteurs qui l'ont ébranlée, tant au niveau national, avec une population de plus en plus critique, hostile ou détachée, qu'au niveau des pressions, puis du conflit international.

Les Iraniens ont réagi de manières très variées à l'imposition d'une religion officielle incluant croyances, pratiques, slogans et calendrier auxquels se conformer. Si récemment, bon nombre de femmes ont enlevé leurs voiles, on observe depuis des années de nouveaux types de religiosité ou de spiritualité, individuelles ou collectives, souvent syncrétiques, parfois liées à la programmation neuro-linguistique (PNL)2 ou à des formes de développement personnel, par exemple.

Avant le déclenchement du conflit, le régime se souciait de faire en sorte d'attirer des adeptes tout en réprimant les autres, mais il avait capitulé sur certains points, comme le port du voile. Aujourd'hui, alors que son principal souci est en effet de se maintenir au pouvoir, il est lui-même le spectateur de la prise de pouvoir des Gardiens de la révolution (pasdarans) qui s'est précipitée avec la guerre. Cela remet en question le principe même de la guidance du jurisconsulte (velayat-e faqih) stipulant que le pouvoir suprême revient à un religieux, puisque c'est un corps armé qui dirige désormais le pays. Les pasdarans ont poussé la candidature de Mojtaba Khamenei à la fonction de Guide, alors même que son père ne la soutenait pas, parce qu'ils peuvent l'instrumentaliser comme le symbole d'un régime qui en fait est en pleine mutation.

Ali Khamenei, clerc de rang moyen qui ne pouvait logiquement prétendre à la succession de Rouhollah Khomeiny (1902 – 1989), avait finalement construit son autorité, à l'intérieur et à l'extérieur de l'Iran, pour devenir la figure tutélaire du régime. Son fils Mojtaba n'en est qu'un symbole de continuité, d'autant qu'il reste invisible et se manifeste par des messages écrits — on se demande par qui. Cependant, un sayyid3 qui disparaît pour échapper aux ennemis ayant tué son père et ne correspond avec son peuple que par messages interposés, cela renvoie les fidèles à l'histoire du douzième imam, le Mahdi, occulté en 8744 et dont ils attendent la « réapparition » afin qu'il sauve le monde.

S. G. : L'Iran appréhende-t-il cette guerre contre Israël et les États-Unis comme une guerre religieuse ?

S. M. : Ce n'est pas une guerre religieuse, mais la religion est mobilisée par les trois protagonistes, dans des variantes messianiques (juives, évangéliques, chiites) et avec l'idée partagée que l'on se bat pour le Bien et contre les forces du mal. Si l'Iran peut utiliser des slogans religieux ou d'anciens mots d'ordre révolutionnaires, il mène la guerre avec une stratégie rationnelle et mesurée qui consiste à ménager ses forces, à provoquer des dégâts économiques pour faire pression sur l'ennemi, et à compter sur ses alliés pour prolonger la guerre, à partir du Liban, de l'Irak, et du Yémen potentiellement. En revanche, à l'intérieur du pays, le régime est en conflit avec une partie de sa population. La chaîne de commandement ayant été altérée, il semble que les pasdarans eux-mêmes soient dépassés par la base populaire des bassidjis5 qui se comporte comme une milice, traque les opposants et terrifie la population.

S. G. : « La victoire du sang sur l'épée » est une expression connue du champ lexical chiite, souvent mobilisée par le précédent secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah (1960 - 2024). Pouvez-vous l'expliquer et nous dire comment elle est comprise par les militants et les soutiens du parti ?

S. M. : Le slogan fait référence au martyre du troisième imam, Hussein avec une partie de sa famille et ses compagnons, à Kerbala (Irak) en 680. La bataille asymétrique qui l'a opposé à l'armée omeyyade est commémorée chaque année. Pour les chiites, elle représente « la victoire du sang sur l'épée », c'est-à-dire celle des martyrs sur les vainqueurs, du droit bafoué sur le droit usurpé, de l'opprimé sur l'oppresseur. Il s'agit d'une victoire morale. Lorsque les commémorations de la bataille furent politisées, à partir des années 1970 surtout, le slogan religieux devint un mot d'ordre politique mobilisateur et il l'est resté. Que les chiites engagés dans un combat soient gagnants ou perdants, la victoire morale leur incombe puisqu'ils ont le droit pour eux : le droit à la succession du prophète de l'imam Hussein est mis en parallèle avec le droit à leur terre pour les chiites du Liban, par exemple.

S. G. : Le Hezbollah, resté inactif pendant un an et demi devant les bombardements quotidiens d'Israël au Liban, a finalement réagi suite à l'assassinat de Khamenei. Dans ce contexte, comment faire la part des choses entre ce qui relève de la loyauté politique et financière à l'Iran, critiquée y compris à l'intérieur du Liban, et l'idéologie religieuse dont se réclame le parti ?

S. M. : Le Hezbollah n'a pas seulement réagi à la mort de Khamenei, qui était son chef (qâ'id) religieux et, dans une certaine mesure, son chef politique. Le parti a toute latitude pour mener sa politique au sein du Liban, mais il adhère à l'idéologie de la République islamique d'Iran et est solidaire de sa politique étrangère, ou en cas de conflit. Le Hezbollah a aussi réagi à l'assassinat de Hassan Nasrallah en septembre 2024, qu'il attendait de venger. Bien plus, même s'il était très affaibli par le dernier épisode guerrier avec Israël, il n'a pas désarmé, a repris des forces et s'est préparé. Pendant ce temps, Israël violait le cessez-le-feu des milliers de fois. Aussi, après la mort de Khamenei, et alors qu'Israël battait le rappel de 100 000 réservistes dont une partie interviendrait vraisemblablement au Liban, le Hezbollah a tiré des missiles sur Israël et déclenché un nouveau conflit. Israël a répliqué avec la force de frappe aérienne que l'on sait et tente, ces derniers jours, d'avancer dans le territoire libanais pour créer une « zone tampon » au sud du fleuve Litani. L'histoire se répète. Le Hezbollah en est revenu à sa raison d'être, la résistance contre une invasion israélienne, cette fois en coordination militaire étroite avec les pasdarans sur le terrain. C'est pourquoi il a des appuis, notamment parmi les groupes palestiniens et sunnites, et des soutiens dans sa base et parmi la population. Mais il s'est aussi attiré les critiques, voire la colère, pour avoir mis le feu aux poudres.

S. G. : Côté irakien, il a souvent été question ces dernières années d'un « nationalisme chiite », porté par la figure de l'ayatollah Sistani. Quelle est la portée de cette position dans le contexte actuel, où l'Irak est à la fois la cible de bombardements iraniens, et le point de départ d'attaques de milices chiites pro-iraniennes ? Quelle est la détermination de ces milices ? Et comment cela est-il perçu par l'opinion chiite irakienne ?

S. M. : Ali Sistani est une figure religieuse et l'autorité la plus suivie dans tous les mondes chiites, qui s'étendent d'Afrique de l'Ouest jusqu'à l'Indonésie, en passant par les diasporas d'Europe, d'Amérique et d'Australie. Néanmoins, ses prises de position politiques, au sein de l'Irak où il réside — même s'il est iranien d'origine —, vont en faveur du nationalisme irakien et visent à le renforcer. Il s'agit donc moins d'un « nationalisme chiite » que d'un nationalisme irakien porté par une autorité religieuse transnationale. Dans le chiisme, il n'y a pas de contradiction puisque la haute autorité, celle du marja‘ le référent »), est supraétatique et transnationale. Sistani peut à la fois ancrer son œuvre en Irak et représenter les chiites qui suivent ses préceptes, voire les autres, du monde entier.

Il en va différemment pour les groupes « pro-iraniens », dépendant financièrement de Téhéran qui s'alignent sur l'idéologie du régime et ont/avaient adopté Ali Khamenei pour marja‘. Ils suivent les directives de l'Iran et sont prêts à combattre pour le défendre. On peut d'ailleurs craindre qu'ils s'engagent plus avant dans la guerre contre Israël et les États-Unis. Leur cible n'est pas l'Irak ou ses dirigeants, mais les États-uniens et leurs alliés, qu'ils frappent là où ils peuvent, à savoir en Irak. L'opinion publique irakienne aspire à la paix et elle s'est manifestée en 2019, lors de la « révolution d'octobre », contre les milices pro-iraniennes et la pression exercée sur l'Irak par son voisin. Mais aujourd'hui, il s'agit de défendre un pays voisin, ami, musulman chiite contre une agression extérieure. Les milices pro-iraniennes pourraient trouver des soutiens dans la population. Ali Sistani, lui, reste en dehors du jeu politique et surtout militaire. Il se garde bien d'émettre une fatwa autorisant, voire encourageant le combat, comme il l'avait fait en 2014, en appelant à la lutte armée contre l'organisation de l'État islamique.

S. G. : À l'heure où les idéologies de lutte armée côté sunnite ont perdu du terrain, du djihadisme international jusqu'aux groupes armés nationaux comme le Hamas, la lutte armée chiite peut-elle s'affirmer comme la seule voie de résistance à Israël et aux États-Unis dans la région ?

S. M. : Pour le moment, en effet, seules des factions chiites mènent la lutte armée contre Israël, hormis les groupes sunnites qui appuient le Hezbollah au Liban. À celles-ci, il faut ajouter les Houthis du Yémen qui semblent attendre leur tour d'entrer dans la stratégie iranienne, en bloquant par exemple le détroit de Bab al-Mandeb.

On est donc dans ce que j'appellerais un « moment chiite ».


1Le velayat-e faqih est défendu par une partie seulement de la hiérarchie chiite. Selon la doctrine du chiisme duodécimain, après la mort du prophète Mohammed et des onze imams qui lui ont succédé, le douzième d'entre eux s'est «  retiré  » tout en restant en vie. En attendant la fin des temps et le retour de l'«  imam caché  », durant la période de la «  Grande Occultation  », qui doit guider la communauté des croyants. Selon l'ayatollah Ruhollah Khomeiny et les partisans du Velayat-e faqih, ce rôle revient au faqih, au docte, vicaire de l'«  imam caché  » et délégataire de la souveraineté divine.

2NDLR. La programmation neuro-linguistique est un outil pseudo-scientifique de médecine alternative de communication verbale et non verbale, de développement personnel et d'accompagnement au changement.

3NDLR. Titre honorifique chez les chiites duodécimains accordé aux religieux qui seraient de la descendance du prophète Mohammed.

4NDLR. Occultation mineure où le Mahdi continue à communiquer par message. L'Occultation majeure commence en 941.

5NDLR. Force paramilitaire.

25.03.2026 à 06:00

Le Yémen, un atout en réserve pour l'Iran

Afrah Nasser

La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit. Le 26 mars 2015, alors que l'Arabie saoudite démarrait son intervention militaire au Yémen, (…)

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La guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février s'est étendue à toute la région. Un seul front est resté calme, celui du Yémen. Les houthistes qui contrôlent Sanaa se sont pour l'instant tenus à l'écart tout en soutenant verbalement Téhéran. Une hésitation qui tient autant à des facteurs internes au Yémen qu'aux calculs de la République islamique à ce stade du conflit.

Le 26 mars 2015, alors que l'Arabie saoudite démarrait son intervention militaire au Yémen, Adel Al-Jubeir, ambassadeur saoudien à Washington, assignait un double objectif à la coalition militaire dirigée par le royaume : rétablir le gouvernement yéménite internationalement reconnu, et mettre fin à l'emprise des houthistes sur Sanaa, débutée en septembre 2014. Onze ans plus tard, le gouvernement yéménite n'a toujours pas été rétabli et les houthistes tiennent la capitale. La guerre perdure, non sous la forme d'un affrontement spectaculaire d'armées en mouvement, mais comme une impasse, un conflit qui refuse de se résoudre et qui continue d'affecter les moyens de subsistance des civils yéménites.

Le Yémen se trouve dans un entre-deux précaire que les diplomates qualifient volontiers de situation de « ni guerre ni paix ». Les grandes offensives qui ont autrefois structuré le conflit se sont pour l'essentiel interrompues depuis la trêve de 2022 qui, bien que n'ayant pas été renouvelée, perdure. Les bombardements saoudiens, qui incarnaient visuellement le conflit, ont en grande partie cessé depuis quatre ans. Pourtant, aucune paix véritable ne s'est matérialisée.

Le pays s'est au contraire installé dans une fragmentation durable. Les houthistes contrôlent Sanaa et l'essentiel du nord-ouest du territoire, administrant un espace conquis au fil des années. Ailleurs, un ensemble de forces alignées sur le gouvernement reconnu internationalement et sur l'Arabie saoudite domine en théorie les régions du sud et de l'est.

Fragmentation du camp anti-houthiste

Pendant une grande partie de la dernière décennie, les forces opposées aux houthistes ont passé moins de temps et d'énergie à lutter contre leurs ennemis qu'à se diviser, et parfois même se battre entre elles. La fragmentation était profonde, accentuée par les priorités divergentes de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Pour l'essentiel, Riyad visait un État yéménite unifié sous l'autorité du gouvernement reconnu, tandis qu'Abou Dhabi semblait privilégier un Yémen fragmenté, notamment avec un sud semi-autonome, voire indépendant. Chacune des deux puissances régionales a ainsi investi dans ses propres réseaux d'alliés.

Abou Dhabi a soutenu plusieurs acteurs, dont le Conseil de transition du Sud (CTS), formation sécessionniste dirigée par Aïdarous Al-Zoubaïdi qu'elle a contribué à créer en 2017, les forces de la Ceinture de sécurité à Aden, les Brigades des Géants d'Abdulrahman Al-Mahrami, les forces de Tareq Saleh, neveu de l'ancien président Ali Abdallah Saleh, ainsi que les unités d'élite hadramies et shabwanies. Riyad, pour sa part, s'est appuyée sur des personnalités liées au parti Islah, dont Sultan Al-Arada, gouverneur de Marib, et Abdallah Al-Alimi Bawazir, ancien chef du bureau présidentiel.

Carte du Yémen montrant les forces en présence et les régions en décembre 2025.

Ces logiques ont donc fragmenté le camp anti-houthiste et détourné le conflit de sa logique initiale. Les structures de commandement se superposaient ou entraient en concurrence, le soutien militaire arrivait de manière inégale et les loyautés politiques demeuraient fragmentées.

Les formations soutenues par les Émirats arabes unis opéraient selon des ordres extérieurs aux institutions étatiques. À l'inverse, les forces soutenues par l'Arabie saoudite demeuraient formellement rattachées aux ministères de la défense et de l'intérieur, en lien notamment avec des réseaux affiliés à Islah. En pratique toutefois, ces structures pro-saoudiennes coexistaient sans réelle intégration, répondant à des parrains et à des agendas politiques variés.

À maintes reprises, ces fractures ont affaibli les tentatives de pression sur les positions houthistes, transformant ce qui aurait pu être des campagnes coordonnées en une succession d'échecs. Ainsi, en 2019, les affrontements entre forces gouvernementales et unités du CTS à Aden ont conduit ces dernières à s'emparer de la capitale intérimaire. En 2020, l'effondrement de l'offensive gouvernementale dans la province d'Al-Jawf, suivi d'une avancée houthiste vers Marib et Shabwah, a mis en lumière l'absence de commandement coordonné.

Évolution et réorganisation des différentes forces

Au début de l'année 2026, toutefois, le paysage intérieur a commencé à évoluer significativement. L'engagement militaire des Émirats arabes unis au Yémen a pris fin après l'échec de leur stratégie visant à étendre le contrôle du CTS vers l'est. L'Arabie saoudite s'y est opposée, consolidant son influence puis remodelant le mouvement sudiste à son avantage.

Ces évolutions ont ouvert la voie à une possible réorganisation des forces yéménites opposées aux houthistes. Cette dynamique s'est notamment traduite par l'annonce de la nomination d'un nouveau gouvernement en février 2026. Toutefois, pléthorique comme il est et incapable d'intervenir pleinement dans l'ensemble des zones hors du contrôle houthiste, celui-ci demeure bien fragile.

Des efforts existent désormais — encore hésitants et inégaux — pour regrouper les différentes formations militaires sous une forme de commandement unifié. Parallèlement, l'Arabie saoudite a renforcé son rôle direct dans la supervision de zones stratégiques clés, notamment Aden et certaines portions de la côte occidentale. Les partisans du CTS restent néanmoins actifs, capables d'organiser des manifestations importantes en soutien à Aïdarous Al-Zoubaïdi, exilé depuis janvier 2026.

L'approche de Riyad porte désormais la marque d'une puissance ayant appris, lentement et à grands frais, les limites de l'usage de la force au Yémen. Pourtant, rien n'est vraiment réglé sur le terrain. Dans le nord, les dirigeants houthistes conservent le pouvoir sur la majorité de la population totale du Yémen. Leur stratégie militaire agressive en mer Rouge au cours des deux dernières années et demie montre qu'ils ne constituent pas une nuisance passagère, mais un enjeu stratégique durable que Riyad et le reste du monde ne peuvent vraiment ignorer.

Depuis novembre 2023, les forces houthistes ont ciblé les routes maritimes commerciales, s'attaquant d'abord à des navires liés à Israël avant d'étendre leurs frappes à des bâtiments associés à des dizaines de pays, souvent sans discrimination. En octobre 2024, elles avaient mené plus de 190 attaques en mer, contraignant plus de 2 000 navires à contourner la zone, perturbant ainsi le commerce mondial. Des dizaines de missiles et drones avaient aussi été envoyés en Israël.

Avant cette phase de projection de la violence, les flux de missiles et de drones houthistes envoyés vers des positions en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis jusqu'en 2022 avaient déjà mis en lumière la vulnérabilité des monarchies du Golfe. La stratégie militaire des houthistes, appuyée sur des transferts de technologie iraniens, a préfiguré la situation actuelle qui, avec les attaques iraniennes et la fermeture du détroit d'Ormuz, a mis au jour les failles béantes du dispositif sécuritaire régional.

Aéroports, infrastructures pétrolières et même, potentiellement, La Mecque demeurent donc à portée d'attaque des houthistes. Pour les Saoudiens, il paraît donc nécessaire de trouver un terrain d'entente avec eux. Pour l'heure, les diplomates et militaires à Riyad semblent moins enclins à lancer une nouvelle offensive qu'à consolider ses positions : unifier leurs partenaires yéménites et renforcer les lignes déjà tenues hors des zones houthistes.

Dès lors, le terrain yéménite demeure, pour l'instant, relativement calme comparé à d'autres foyers de tension au Proche-Orient. Les lignes de front tiennent. La guerre se suspend sans s'achever, tandis que l'économie et la situation humanitaire, malgré leur dureté manifeste, révèlent une certaine capacité d'adaptation de la société.

Face à la guerre contre l'Iran, les hésitations des houthistes

Mais le calme apparent est fragilisé par la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l'Iran. Le conflit yéménite pourrait bien, une nouvelle fois, déborder de ses frontières. Les houthistes, interviendront-ils pour soutenir leur principal allié, l'Iran, comme ils l'ont fait en appui à Gaza, ou choisiront-ils la retenue ? S'ils le décident, la mer Rouge pourrait alors redevenir leur théâtre d'action.

À la mi-mars 2026, les appels publics de la nouvelle direction iranienne à fermer le détroit de Bab El-Mandeb ont reçu des réponses ambiguës de la part des dirigeants militaires houthistes. Depuis une décennie, leurs opérations au-delà des frontières semblent certes s'articuler avec les calculs stratégiques de Téhéran. Mais la relation entre les houthistes et l'Iran ne relève pas d'une hiérarchie stricte de type mandataire (« proxy »), mais plutôt d'un réseau souple d'acteurs alliés, unis par une idéologie commune, des intérêts partagés et des mécanismes de coordination régionale.

Cette configuration s'exprime dans le discours offensif des houthistes, qui insiste sur une forme de disponibilité à soutenir Téhéran. Ils multiplient les déclarations et mobilisent des foules importantes, comme lors de la manifestation du 7 mars à Sanaa dénonçant « l'agression américano-sioniste ». Pourtant, ils n'ont pas franchi le seuil d'un engagement total. Leur posture révèle une forme d'ambiguïté stratégique liée à un calcul géopolitique autant qu'interne. Les houthistes ont en effet beaucoup à perdre de la fin d'un statu-quo qui leur est favorable.

Le détroit de Bab El-Mandeb représente pour eux un levier considérable. Une perturbation, même limitée, peut affecter les flux commerciaux et énergétiques mondiaux. Mais toute escalade comporte des risques. Une campagne prolongée contre des cibles israéliennes ou étatsuniennes entraînerait très probablement une riposte d'une ampleur inédite. Les pertes subies par les houthistes — notamment la mort de membres de leur cabinet lors d'une frappe israélienne sur Sanaa en août 2025 — illustrent le coût potentiel d'une telle escalade.

Une partie du calcul se joue aussi à Téhéran. Après l'affaiblissement de plusieurs de ses partenaires régionaux, l'Iran pourrait être peu enclin à compromettre un acteur à la fois solide et stratégiquement utile. Les houthistes occupent en effet une position singulière : résilients, situés à proximité de routes maritimes vitales et capables, s'ils le décidaient, d'exercer une pression bien au-delà du Yémen. Cet atout pourrait bien être mobilisé plus tard, ultime carte gardée en réserve par l'Iran et ses rares alliés.

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