24.03.2026 à 06:00
Khadija Mohsen-Finan
Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie et de la Tunisie qui, rompant avec leur positionnement traditionnel, cherchent à s'attirer les bonnes grâces du président états-unien Donald Trump. La guerre contre l'Iran par Israël et les États-Unis intervient alors que des négociations sur le Sahara occidental sont en cours sous l'égide des États-Unis et de leur (…)
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Des trois pays du Maghreb, le Maroc se situe le plus fermement du côté des attaques états-uniennes et israéliennes contre l'Iran. Plus surprenante est la position de l'Algérie et de la Tunisie qui, rompant avec leur positionnement traditionnel, cherchent à s'attirer les bonnes grâces du président états-unien Donald Trump.
La guerre contre l'Iran par Israël et les États-Unis intervient alors que des négociations sur le Sahara occidental sont en cours sous l'égide des États-Unis et de leur président Donald Trump. Washington, qui a déjà reconnu la souveraineté du Maroc sur ce territoire, soutient Rabat dans ce conflit. Par-delà cette première contrainte, le positionnement du Maroc est conditionné par le partenariat stratégique et économique dans lequel ce pays est engagé avec l'administration Trump d'une part, mais aussi avec Israël depuis la normalisation des relations bilatérales en 2020.
Ces paramètres expliquent que Rabat ait condamné les tirs de missiles iraniens contre les pays du Golfe, sans exprimer la moindre réserve sur l'opération lancée contre l'Iran. L'attitude du Maroc paraît d'autant plus cohérente qu'en juin 2025, lors de la guerre dite « des 12 jours » qui avait opposé déjà Israël, puis les États-Unis à l'Iran, Rabat n'avait publié aucun communiqué officiel.
L'hostilité du Maroc à la République islamique d'Iran est ancienne. La première rupture entre les deux pays remonte à 1980, lorsque l'Iran de l'ayatollah Ruhollah Khomeiny reconnaissait le mouvement indépendantiste du Front Polisario. La seconde date de 2018, le Maroc avait alors rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, l'accusant de livrer des armes au Front Polisario. Il n'est donc pas étonnant de voir les autorités politiques marocaines qualifier, en mars 2026, d'« abjectes » les frappes iraniennes sur les pays du Golfe, considérant cette agression comme une « violation flagrante de la souveraineté nationale de ces États, inacceptable à leur sécurité et une menace directe à la stabilité de la région. »1
Cette position n'est pas partagée par l'ensemble des formations politiques marocaines. Certaines d'entre elles, comme le Parti de la justice et du développement (PJD) ou la Fédération de la gauche démocratique (FGD), ont publié des communiqués condamnant l'attaque contre l'Iran. D'autres ont appelé à des actions, comme le Groupe d'action nationale pour la Palestine qui voulait organiser un sit-in pour « dénoncer l'agression sioniste américaine contre l'Iran ». Mais les rassemblements ont été empêchés par les autorités, tout comme la manifestation du 2 mars à Tétouan, organisée par le Front marocain de soutien à la Palestine et contre la normalisation avec Israël, et qui rassemble des ONG et des partis politiques.
L'opposition à l'attitude officielle du Maroc est également venue du monde religieux. Dans un communiqué signé par plusieurs oulémas marocains, ces derniers ont exprimé leur solidarité avec l'Iran en tant que pays musulman. Le théologien Ahmed Raïssouni, qui avait autrefois cofondé et dirigé le Mouvement unicité et réforme (MUR), véritable matrice idéologique du PJD, avant de présider l'Union internationale des oulémas musulmans (UIOM), a exprimé un positionnement sans ambiguïté : « Je suis avec l'Iran parce qu'ils sont musulmans et parce qu'ils sont opprimés. Je suis contre les agresseurs criminels et leurs alliés2 ». Même si elles émanent d'une figure paradoxale qui a toujours défendu la séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux dans un pays où le roi est commandeur des croyants, ces déclarations remettent explicitement en cause le positionnement officiel du Maroc dans le camp anti-Iran.
Mais les autorités de Rabat ne font pas grand cas de ces voix et assument leur posture solidaire des pays du Golfe avec lesquels elles entretiennent des liens solides. Les bénéfices que le Maroc tire de son partenariat avec les États-Unis et avec Israël expliquent l'absence de dénonciation de leurs bombardements. En 2020, Donald Trump reconnaissait la marocanité du Sahara occidental, ouvrant la voie à des changements de positionnement d'autres États, comme l'Espagne ou encore la France sur cette question. C'est aussi l'administration Trump qui multiplie les rencontres en 2026, de manière à clore le conflit en privilégiant l'option marocaine d'une autonomie sous souveraineté marocaine. Elle a aussi soutenu Rabat lors du vote historique du 31 janvier 2026 de la résolution 2797 du conseil de sécurité de l'ONU reconnaissant le plan d'autonomie marocain comme la référence principale d'une solution au conflit.
La contrepartie de ce soutien était la signature par le Maroc des accords d'Abraham en 2020. Dès lors, l'administration Trump considérait ce pays comme un acteur de stabilité au Maghreb et en Afrique, jugé digne d'être récompensé. Le Maroc a été invité par Donald Trump à rejoindre le Conseil de la paix, et devrait également participer à la force internationale de stabilisation à Gaza, en envoyant des soldats sur place.
Ces bonnes manières faites au Maroc ne se limitent pas au dossier du Sahara : les droits de douane imposés aux pays du Maghreb sont nettement plus faibles pour le Maroc (10 %), au lieu de 30 % pour l'Algérie et 25 % pour la Tunisie. Autre signe de distinction, Donald Trump pense transférer le siège du commandement des États-Unis pour l'Afrique (Africom) de Stuttgart à Rabat, qui accueille régulièrement l'exercice multinational African Lion, conduit par Africom. Ces différents gains, auxquels s'ajoutent les investissements états-uniens au Sahara occidental3, ne peuvent être remis en question par la guerre contre l'Iran.
D'autant que le Maroc est engagé dans une coopération avec Israël, comme l'atteste l'achat d'un système de défense antiaérienne Barak MX4, ou l'installation d'une usine de drones du groupe israélien BlueBird Aero Systems dans la province de Benslimane, près de Casablanca, qui entrera en service en avril 2026. Ce double partenariat dont bénéficie le Maroc le place naturellement dans le camp des anti-Iran. Face à ses détracteurs, Rabat n'hésite pas à mettre en avant son rôle de médiateur au service des Palestiniens, que ce soit pour débloquer des fonds, retenus par Israël, destinés à l'Autorité palestinienne, ou encore pour permettre à l'aide humanitaire d'entrer dans Gaza, sans grand succès pour l'instant.
Si l'attitude du Maroc s'inscrit dans le sillage des accords d'Abraham, la position algérienne confirme une rupture avec ses principes diplomatiques, et vis-à-vis de l'Iran. Le 1er mars, le ministre algérien des affaires étrangères, Ahmed Attaf, a exprimé « la solidarité totale de l'Algérie avec les pays arabes frères qui ont été victimes d'attaques militaires ». En revanche, Alger n'a pas déploré la mort du Guide suprême Ali Khamenei, alors qu'elle avait réagi, lors de la « guerre des 12 jours », aux bombardements israéliens sur le sol iranien en évoquant « une agression qui n'aurait pas été possible sans l'impunité dont jouit l'agresseur ». Le 13 juin 2025, l'Algérie avait aussi appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à « assumer pleinement sa responsabilité de protéger la paix et la sécurité internationales ».
Bien sûr, cette rupture avec Téhéran n'est pas une première. Il y eut un grand moment de froid entre les deux pays, de 1993 à 1999. Alger accusait alors l'Iran de soutenir et de financer les groupes armés islamistes dans le contexte de la décennie noire, et avait rompu ses relations avec Téhéran. Mais le président Abdelaziz Bouteflika les a rétablies en 2000. Ses homologues iraniens Mohammad Khatami et Mahmoud Ahmadinejad s'étaient rendus à Alger en 2004 et 2007. En 2026, Ali Khamenei y était même attendu pour une visite officielle dont la date restait à déterminer.
Ces dernières années, l'Algérie avait défendu le droit de l'Iran d'acquérir la technologie nucléaire à des fins pacifiques. Les relations avaient retrouvé leur niveau de proximité de l'année 1980. Dans le contexte de la guerre entre l'Irak et l'Iran (1980-1988), Alger avait mis en œuvre sa diplomatie en jouant un rôle majeur dans la libération des otages de l'ambassade états-unienne5, qualifiant l'Iran de « pays tiers ami ». Aujourd'hui pourtant, elle ne condamne pas les attaques israéliennes et états-uniennes.
Soucieuse de ménager Donald Trump, l'Algérie estime que cette guerre pourrait peut-être lui offrir l'opportunité de se positionner comme acteur économique. Si la guerre au Proche-Orient s'inscrit dans la durée, Alger pourrait profiter de sa proximité géographique avec l'Europe et être tentée d'augmenter sa production de barils afin d'exporter son pétrole vers des pays en difficulté d'approvisionnement. Selon une information du média spécialisé dans les affaires énergétiques Attaqa, reprise par Algérie 360 le 2 mars 2026, le pays pourrait également se positionner en recours gazier stratégique pour satisfaire une demande de plus en plus grande dans le contexte de la guerre en Iran et en Ukraine. Ses ventes de gaz liquéfié destinées au Vieux Continent peuvent s'intensifier, à travers les gazoducs Trans-med et Medgaz qui passent sous la Méditerranée. Une perspective toutefois discutable compte tenu de l'état du secteur gazier et pétrolier et de sa productivité.
Alger espère aussi sortir de son isolement diplomatique et stratégique auquel sa rigidité doctrinale et son incapacité à s'adapter aux évolutions géopolitiques ont largement contribué. Depuis 2021, le pays s'est brouillé avec la plupart de ses voisins : le Maroc en 2021, l'Espagne en 2022 pour reconnaissance de la marocanité du Sahara et la France en 2024 pour la même raison. La même année, Alger était en froid avec les Émirats arabes unis6. Sur son flanc sud, l'Algérie, traditionnellement influente dans les pays du Sahel, a été rejetée par les nouveaux gouvernements issus des coups d'État militaires — Mali, Burkina Faso et Niger —, tandis que ces États se sont regroupés dans l'Alliance des États du Sahel (AES) qui participe à la recomposition de la géopolitique de la région. Enfin, en s'éloignant progressivement de la Russie, son partenaire historique, Alger éprouve des difficultés à peser dans le conflit libyen.
Consciente de cette solitude, le pays a décidé d'opérer un rapprochement avec Washington. Ce choix explique sa non-participation au vote de la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur l'autonomie du Sahara occidental ou encore la non-condamnation des bombardements d'Israël et des États-Unis.
Comme pour Alger, le changement de posture vis-à-vis de l'Iran est de mise pour la Tunisie. Le président Kaïs Saïed s'était en effet rapproché de Téhéran ces deux dernières années. Les deux pays ont exprimé leur volonté de s'engager dans une coopération technologique dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA). Le chef de l'État s'est également rendu à Téhéran en mai 2024 suite à la mort du président iranien Ibrahim Raïssi. Lors de la « guerre des 12 jours » contre l'Iran, Tunis avait dénoncé une atteinte à la souveraineté et à la sécurité de la République islamique, une violation flagrante de la Charte des Nations unies et de toutes les lois et coutumes internationales.
Le communiqué du ministère tunisien des affaires étrangères du 1er mars 2026 est radicalement différent : il n'évoque pas l'assassinat du guide Ali Khamenei, ne condamne ni Israël ni les États-Unis — qui ne sont même pas cités — et se contente d'appeler à la sagesse et au retour à la table des négociations.
Mais contrairement à l'Algérie, qui interdit toute manifestation de protestation contre les bombardements de l'Iran, la colère des Tunisiens a pu s'exprimer dans le centre-ville de la capitale au neuvième jour de la guerre. Les participants ont pu agiter des drapeaux iraniens et des drapeaux palestiniens, ainsi que des portraits d'Ali Khamenei. En revanche, Tunis a donné des gages à Washington en arrêtant sept membres de la campagne Global Sumud Flottilla qui a organisé un départ de bateaux pour briser le siège de Gaza à l'été 2025, et s'apprêtait à refaire de même en avril 2026. Ils et elles ont été accusés de « blanchiment d'argent » dans le cadre de la collecte de fonds pour la flottille.
Dans un communiqué publié le 17 mars, plusieurs organisations, dont la Ligue tunisienne des droits de l'homme, ont dénoncé un recours « abusif » à ces accusations dans des affaires à caractère politique. Pour ces collectifs, l'objectif ne se limite pas à empêcher le départ de navires vers Gaza, mais vise plus largement à affaiblir le mouvement de soutien à la cause palestinienne. Elles accusent également le régime de « s'être contenté pendant des années de discours et de slogans sur les droits des Palestiniens, sans prendre de mesures concrètes pour les soutenir ».
Ces arrestations confirment l'embarras de l'exécutif tunisien. Depuis quelques années, sa diplomatie était quelque peu calquée sur la diplomatie algérienne. En outre, le souverainisme mis en avant par le président Saïed ne lui permet pas de se brouiller avec Donald Trump, l'armée tunisienne étant en partie financée par les États-Unis. Enfin, le pays bénéficie de l'aide financière de certains États du Golfe, en particulier l'Arabie saoudite. Autant dire que Carthage dispose d'une marge de manœuvre étroite et n'a plus d'espace diplomatique et géopolitique pour faire entendre une quelconque singularité. Comme l'Algérie, la Tunisie n'a plus les moyens d'être dans la dissidence diplomatique.
1NDLR. Dans un communiqué du ministère des affaires étrangères, de la coopération africaine et des Marocains résidant à l'étranger, 28 février 2026.
2Jassim Ahdani, « Au Maroc, le cas iranien divise », Jeune Afrique, 5 mars 2026.
3En août 2025, le département d'État a donné son feu vert à ces investissements avec un premier programme de 5 millions de dollars (4,3 millions d'euros).
4NDLR. Construit par la coentreprise entre Israel Aerospace Industries (IAI) et la société Rafael (Rafael Advanced Defense Systems).
5NDLR. Du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981, 52 diplomates et civils états-uniens sont retenus en otage par des étudiants iraniens dans l'ambassade des États-Unis à Téhéran.
6NDLR. Le gouvernement algérien reproche aux Émirats une politique régionale interventionniste, notamment en Libye, au Mali et au Soudan, des investissements au Sahara occidental et des tentatives d'ingérence dans les affaires intérieures algériennes.
23.03.2026 à 06:00
Rami Abou Jamous
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami raconte l'aïd à Gaza, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant la destruction de ce territoire. La guerre livrée par Israël a également profondément changé la structure de la société, isolant désormais les membres des familles qui vivaient en communauté. Vendredi 20 mars 2026. Aujourd'hui, c'est l'Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan. D'habitude, les nombreux préparatifs se font plusieurs jours à (…)
- Dossiers et séries / Bande de Gaza, Témoignage , Ramadan, Focus, Gaza 2023-2025
Rami Abou Jamous écrit son journal pour Orient XXI. Dans ce texte, Rami raconte l'aïd à Gaza, qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il était avant la destruction de ce territoire. La guerre livrée par Israël a également profondément changé la structure de la société, isolant désormais les membres des familles qui vivaient en communauté.
Vendredi 20 mars 2026.
Aujourd'hui, c'est l'Aïd, la fête qui marque la fin du ramadan. D'habitude, les nombreux préparatifs se font plusieurs jours à l'avance, dans la joie. On confectionne des maamoul, des gâteaux à la semoule fourrés de dattes ou de pistaches. Chaque famille offre des assiettes de pâtisseries à ses proches et à ses amis. On achète du chocolat, et surtout, des habits neufs pour les enfants. C'est aussi la joie des repas communs dans les « immeubles familiaux », ces maisons où le père et la mère cohabitent avec les familles de leurs fils, qui habitent chacun à un étage.
À présent, tout cela n'existe plus. La majorité des familles sont dispersées. Elles sont désormais réduites à la famille nucléaire, ce qui n'est pas dans nos traditions. Nombre d'entre elles n'ont pas de gaz pour préparer les maamoul. Et le génocide continue à bas bruit. Jeudi encore, il y a eu deux morts dans le quartier Zeitoun, et deux dans le quartier de Chajaya, ciblés directement par l'armée d'occupation. Leurs familles se préparaient à faire la fête, elles se retrouvent brusquement en deuil.
Pour la grande majorité des habitants de Gaza, c'est aussi un aïd dans la pauvreté. Je suis allé avec Walid dans un supermarché pour acheter du chocolat. Mon fils a désormais quatre ans, c'est la première année où il comprend vraiment ce que veut dire l'aïd. On lui a expliqué la signification de la fête au jardin d'enfants. Comme tous les enfants, il pense évidemment aux plaisirs qui l'accompagnent : les jouets, les habits et le chocolat. Il m'a demandé : « Papa, c'est l'aïd, on peut aller acheter du chocolat ? » Je l'ai emmené dans ce qu'on appelle ici un mall (centre commercial), c'est-à-dire un supermarché qui s'étend sur une superficie entre 500 et 1 000 mètres carrés. Quelques-uns sont encore debout.
Il y avait beaucoup de chocolats et de pâtisseries, mais à des prix très élevés. Seulement quelques mamans accompagnées de leurs enfants poussaient des caddies remplis de sucreries et de jus de fruits. Rien à voir avec l'affluence d'avant-guerre les jours de fête, où l'on attendait longtemps devant les caisses tellement il y avait de monde. Ces clients ne sont pas du tout représentatifs de la population de Gaza. Ils appartiennent à la minorité qui dispose d'un revenu régulier, parce qu'ils travaillent pour des ONG internationales, par exemple.
Il y a aussi ceux qui reçoivent de l'argent de l'étranger. Moi, je travaille, je reçois un peu d'argent pour mes articles et mes sujets audiovisuels. Je reçois aussi de l'aide de la part de quelques amis, et de mon frère qui vit aux États-Unis. Sans cela, je ne pourrais pas vivre une existence à peu près normale, qui me permet d'acheter du chocolat et des vêtements à mon fils. Des choses qui étaient à la portée de tout le monde et qui sont devenues des privilèges.
Devant l'une des caisses, les gens qui faisaient la queue avaient l'air plus fatigué, moins bien habillés que les autres. Ils donnaient l'impression de fréquenter ce mall pour la première fois depuis longtemps. Le caissier m'a dit que cette file était réservée à ceux qui avaient reçu des coupons des associations caritatives, d'une valeur de 200 à 300 shekels (de 55 à 83 euros). Le kilo de chocolat coûte entre 80 et 140 shekels (entre 22 et 40 euros). Cette somme leur permet donc d'acheter deux kilos de chocolat. Cela peut paraître beaucoup, mais, à Gaza, avec nos familles nombreuses, c'est le strict minimum si l'on compte aussi qu'il faut en offrir à d'autres familles, selon l'usage.
J'étais tout de même content de voir les sourires ravis des enfants, tenant chacun dans leurs mains un petit sachet de chocolat. Mais les bénéficiaires de coupons sont peu nombreux. Les associations n'ont pas les moyens d'en fournir à tout le monde. D'autres Gazaouis reçoivent des dons de ceux que l'on appelle ici les « influenceurs », des gens qui lancent des appels à la charité internationale sur les réseaux sociaux. Là encore, c'est une goutte d'eau dans l'océan, et pour une bonne raison. Nombre de ces influenceurs ne sont pas honnêtes, ils gardent l'argent pour eux. On les reconnaît à leurs vêtements de luxe et à leur façon de balancer ostensiblement leurs téléphones portables dernier cri – ils valent une fortune à Gaza - en descendant de leurs 4x4 à plus de 100 000 dollars (plus de 85 000 euros) devant les supermarchés. On dirait qu'ils ne vivent pas dans le même monde que nous.
Ces images de queues dans les supermarchés ne reflètent pas la vie à Gaza. À quelques mètres des malls, c'est la souffrance silencieuse : des tentes, des gens qui dorment à même la rue, dans des maisons à moitié détruites ou dans les ruines. Et d'autres queues, cette fois devant les citernes, où des enfants attendent de remplir un jerrican d'eau non potable, ou devant les quelques tekiyas, ces cuisines caritatives où ils patientent, une casserole à la main, pour avoir quelque chose à manger à la fin de la journée, en général du riz ou des pâtes. Si les tekiyas n'ont pas été livrées, les gens ne mangent pas. Beaucoup de Gazaouis souffrent toujours de malnutrition, alors qu'il y a tout ce qu'il faut dans les épiceries, mais à des prix exorbitants.
Devant ces épiceries, devant les boutiques de vêtements, des enfants regardent avec envie les cadeaux qu'ils ne recevront pas. Des centaines de milliers d'enfants. Ils me rappellent la petite marchande d'allumettes du conte de Hans Christian Andersen, que j'avais lu à l'école primaire, quand je vivais en Tunisie. Cette petite fille miséreuse, à la rue, n'osait pas rentrer chez elle, car elle n'avait pas réussi à vendre les allumettes confiées par ses parents. Pour se réchauffer, elle craquait chaque allumette et la lumière lui faisait voir, dans une hallucination, tout ce qu'elle n'avait pas : un foyer chaleureux, un repas de fête… J'avais bien sûr été touché par son destin, mais je ne pouvais pas m'identifier à elle, moi qui avais une famille aimante et une maison. Maintenant, je comprends mieux son histoire, parce que je sens la misère des autres, parce que je la vis avec eux.
Depuis le début de la guerre et jusqu'ici, nous étions tous à peu près égaux. Même ceux qui avaient de l'argent ne trouvaient rien à acheter. Aujourd'hui, les Israéliens laissent passer, à dessein, tout ce qui est devenu pour nous un luxe — une tablette de chocolat, des vêtements ou des chaussures —, et que peu de gens ont les moyens de s'offrir.
Les organisations internationales commencent à être très mal vues également ici. On reproche à beaucoup d'entre elles d'utiliser notre souffrance pour leur communication et leur financement, en montrant sur les réseaux sociaux des images de Gazaouis souriants devant un sac de nourriture. Nous trouvons cela humiliant. Parfois, ces initiatives se soldent par des fiascos retentissants. Pendant le ramadan, une association a voulu organiser un iftar géant pour dix mille personnes, qui aurait fourni des vidéos spectaculaires. Mais les repas sont arrivés la veille, et, comme il n'y avait pas où les garder au frais, ils se sont gâtés. Il a fallu tout jeter.
Dans la plupart des cas, la distribution est chaotique, certains récoltent des dons à plusieurs reprises, d'autres jamais. Les critiques montent aussi contre les influenceurs, les associations et les commerçants qui augmentent leurs prix.
Pour les parents, ne pas pouvoir offrir à leurs enfants les cadeaux de l'aïd, alors qu'ils sont à portée de main, est un crève-cœur. Pour ma part, j'ai pu offrir des chocolats et des bonbons à Walid, et quelques vêtements : un pantalon, un gilet chaud et une veste qui lui va bien. Mais des centaines d'enfants sont en train de vivre la vie de la petite marchande d'allumettes. Pour beaucoup d'entre eux, il n'y pas d'aïd. Leur seul espoir, c'est de ne pas se coucher le ventre vide en ce jour de fête. Leur plus beau cadeau serait une casserole remplie de pâtes.
Fondateur de GazaPress, un bureau qui fournissait aide et traduction aux journalistes occidentaux, il a dû quitter en octobre 2023 son appartement de Gaza-ville avec sa femme Sabah, les enfants de celle-ci, et leur fils Walid, trois ans, sous la menace de l'armée israélienne. Ils se sont réfugiés à Rafah, ensuite à Deir El-Balah et plus tard à Nusseirat. Après un nouveau déplacement suite à la rupture du cessez-le-feu par Israël le 18 mars 2025, Rami est rentré chez lui avec sa famille le 9 octobre 2025.
23.03.2026 à 06:00
Sylvain Cypel
Depuis le lendemain du 7 octobre 2023, Israël mène la guerre sur plusieurs fronts : palestinien, libanais, syrien, iranien, yéménite. Son premier ministre est rapidement passé d'une rhétorique de « défense », au dessein explicite de « redessiner la carte du Proche-Orient ». Mais pour justifier cela, il faut toujours s'inventer un ennemi. C'est une affaire récente passée relativement inaperçue. Elle peut paraître loufoque, mais elle dit beaucoup de ce que sont devenues la classe politique (…)
- Magazine / Israël, Proche-Orient, Armée, Guerre israélo-arabe de 1973, Guerre israélo-arabe de 1967, Guerre israélo-arabe (1947-1950), Haganah, Guerre Iran - Israël - États-Unis 2026
Depuis le lendemain du 7 octobre 2023, Israël mène la guerre sur plusieurs fronts : palestinien, libanais, syrien, iranien, yéménite. Son premier ministre est rapidement passé d'une rhétorique de « défense », au dessein explicite de « redessiner la carte du Proche-Orient ». Mais pour justifier cela, il faut toujours s'inventer un ennemi.
C'est une affaire récente passée relativement inaperçue. Elle peut paraître loufoque, mais elle dit beaucoup de ce que sont devenues la classe politique et la société israéliennes dans leur grande majorité. Ex-premier ministre de juin 2021 à juin 2022, Naftali Bennett, politicien religieux ultranationaliste, mais qui n'a pas adhéré à la mouvance messianique des ministres Itamar Ben Gvir et Betzalel Smotrich, cherche à se forger un profil de rassembleur — et donc de meilleure alternative au premier ministre Benyamin Nétanyahou — dans la perspective des futures élections législatives prévues dans huit mois, si elles ne sont pas avancées. Or, comment se positionner en Israël quand on veut afficher sa différence ? En étant – si j'ose dire – plus catholique que le pape. C'est-à-dire, par les temps qui courent, se montrer plus belliqueux encore que Nétanyahou.
Bennett a trouvé. Il sait, lui, quelle est la prochaine guerre existentielle qu'Israël devra impérativement mener. Alors que Nétanyahou projette que la guerre en Iran « durera encore plusieurs semaines »1, et au moment même où le président Donald Trump, à l'inverse, assure que la guerre en Iran va « cesser assez rapidement », Bennett a expliqué devant un groupe de notables du judaïsme étatsunien en visite en Israël, qu'« une nouvelle menace émerge : la Turquie ». Car, « et je le dis haut et fort, la Turquie est le nouvel Iran » ; Recep Tayyip Erdoğan, le président turc, est « un homme sophistiqué et dangereux qui cherche à encercler Israël », a jugé Bennett ; et son pays manigance la création d'une nouvelle alliance, qui rassemblerait « contre Israël l'Arabie saoudite et un axe sunnite hostile avec le Pakistan nucléarisé »2.
Nétanyahou n'a pas jugé nécessaire de réagir. Quant à Al Jazeera, il a traité Bennett avec davantage de respect en titrant : « Israël est déjà à la recherche d'un nouvel ennemi régional »3. Et si c'était une saine réaction ? Après l'euphorie des Accords d'Abraham puis la terreur du 7 octobre 2023, suivie de la destruction totale de Gaza et des Gazaouis, après les guerres menées au Liban et en Iran, voici qu'une nouvelle menace existentielle surgit : le retour d'une coalition des sunnites honnis, dont les Frères musulmans constituent le ciment, explique Bennett. Il faut très vite en prendre conscience.
En réalité, Israël a, de tout temps, eu besoin d'une « menace existentielle » imminente. Son histoire, de la conquête sioniste de la Palestine à nos jours, n'est qu'une suite sinon linéaire, du moins quasi constante de conflits armés. Ceux-ci n'ont qu'une seule nature : ils sont toujours existentiels. C'est pourquoi il faut toujours agir « préventivement », quoi que nous chante un droit international obsolète.
Les deux premières alyot, pluriel d'alya, ces « montées » successives d'immigrants juifs européens en Palestine, se succèdent entre 1881 et 1914. Dès ce moment-là, on assiste à la mise en place de milices via lesquelles les colons cherchent à élargir et renforcer leur mainmise sur la terre. Mais c'est après la première guerre mondiale, alors que la puissance dominante est passée des Ottomans aux Britanniques, que ces milices prennent leur essor. La Haganah (« Défense ») est formée en 1920. Cette milice et d'autres moins importantes ne se résument pas, comme on l'enseigne aux enfants israéliens encore aujourd'hui, à « se défendre des attaques contre les Juifs ». Elles ambitionnent d'élargir la maitrise du yichouv4 dans l'appropriation progressive de la terre. Les kibboutz, par exemple, ne sont pas seulement des îlots de socialisme : ils sont aussi et surtout un instrument armé de captation de la terre.
Cette militarisation de l'entreprise sioniste a donc existé quasi dès son apparition. Et elle ne cessera plus. Lorsqu'en 1936 les Palestiniens lancent la grande révolte arabe contre l'occupant britannique, les troupes de la Haganah vont fonctionner comme des supplétifs de la répression, qui est absolument terrible. Bientôt, un officier britannique, Orde Wingate, est détaché auprès de la Haganah pour améliorer la formation militaire de ses membres, qui apprennent en particulier les techniques de « contre-insurrection » des Special Nights Squads (Escouades nocturnes spéciales). C'est là que le yichouv pose les premiers jalons de sa future armée.
Dix ans plus tard, le Royaume-Uni abandonne la Palestine. Après les affrontements pour la conquête de la terre qui débutent en 1947 et qui enclenchent la Nakba, les forces du yichouv sont confrontées à des milices locales palestiniennes ou issues de Syrie et de Transjordanie. Le 15 mai 1948, la création de l'État d'Israël est officielle. Les États arabes l'attaquent. Onze jours plus tard, il officialise la formation de l'armée israélienne (dont l'acronyme hébraïque est Tsahal, Forces de défense d'Israël).
Depuis, cet État n'a plus cessé d'être en guerre dans des dimensions plus ou moins importantes. Les années 1950 ont été parsemées de la lutte contre les « infiltrés », ces Palestiniens qui avaient tout perdu dans la Nakba et qui, pour la plupart, cherchaient simplement à savoir ce qu'il était advenu de leur terre et leurs biens. Elles étaient aussi celles d'opérations dans ou hors des frontières, comme la participation en 1956 à l'attaque franco-britannique (Guerre de Suez) pour faire tomber le président égyptien Gamal Abdel Nasser, opérations qui, presque toutes, étaient accompagnées de massacres. Le plus connu est celui commis en 1956 dans le village de Kafr Kassem contre la minorité palestinien en Israël.
Les années 1960 ont été celles de l'extension territoriale, la capture de la Cisjordanie, celle du plateau du Golan en Syrie, et de Gaza et du Sinaï en Égypte. Déjà perçue auparavant comme l'institution la plus admirée du pays, l'armée devient alors l'objet d'un culte inouï, même si elle s'empêtre dans une longue « guerre d'usure » le long du canal de Suez. Les années 1970 verront le premier échec militaire israélien d'envergure lors des trois premiers jours de la guerre d'octobre 1973, suivis d'un renversement spectaculaire des forces en faveur d'Israël.
On pourrait poursuivre cette litanie guerrière, en particulier les multiples opérations militaires au Liban, de 1978 à ce jour. L'essentiel est de comprendre que l'armée a rapidement atteint en Israël un statut d'intouchable, la popularité dont elle bénéficie lui garantissant en toutes circonstances une impunité incontestable. « Tsahal est l'armée la plus morale au monde. » Cette assertion, aidée par une information totalement censurée, va servir à masquer la réalité des crimes de guerre commis par l'armée. Rien ne fut rendu public des massacres, de civils ou de soldats désarmés, commis dans diverses guerres : en 1948, bien sûr, et l'on sait désormais qu'il y en a eu plusieurs dizaines, de même que celui commis à Gaza en 1956 contre de supposés fedayins, ou celui de dizaines — ou plus probablement de centaines — de soldats égyptiens capturés dans le Sinaï en 1967 et abattus, dont certains brûlés vifs. La censure militaire empêchait toute diffusion des informations, et la Hasbara, la propagande d'État, veillait au grain. En réalité, ceux qui voulaient savoir le pouvaient. Mais la société juive israélienne dans sa grande majorité a toujours préféré s'arroger le statut de l'éternelle victime, fermer les yeux et se boucher le nez.
En revanche, dans les années 1950-1960, il n'était pas rare qu'un ou deux jeunes des kibboutzim non admis dans les écoles d'officiers – la honte ! – mettent fin à leurs jours. L'armée, c'était le must. Dans les années 1960 à 2000, les gouvernements israéliens étaient aussi pour moitié constitués de généraux à la retraite. Les premiers ministres s'appelaient Yitzhak Rabin, Ehud Barak ou Ariel Sharon : deux ex-chefs d'État-major et une icône de l'armée israélienne. Les ministres de la défense étaient fréquemment d'anciens chefs d'État-major et les généraux peuplaient nombre d'autres ministères. L'État n'avait pas une armée, c'est l'armée qui possédait un État, se désolaient quelques rares Israéliens.
Avec le temps, cette armée a connu des changements notoires. D'un côté, elle a progressivement perdu une partie de sa stature, due depuis deux décennies à la montée dans la société et dans l'armée du messianisme, pour qui rien ni personne ne peut être au-dessus de Dieu. De l'autre, elle s'est puissamment renforcée, tant en capacités opérationnelles que commerciales. Israël, ce petit État, ne dispose pas seulement d'une armée de 650 000 hommes, officiers de métier, conscrits et réservistes réunis, pour une population d'un peu plus de 10 millions d'habitants – une proportion unique au monde. Pour comparer, la France dispose d'un peu plus de 200 000 militaires pour 69 millions d'habitants. Israël a aussi bâti en quelques décennies un complexe militaro-industriel qui fait de lui le 8e acteur sur le marché mondial des armes et matériels militaires.
D'où, aujourd'hui, les comportements paradoxaux de l'opinion israélienne. Les foules exultent à chaque frappe contre « l'ennemi », qu'il soit palestinien, libanais, houtiste du Yémen ou iranien. Peu importe qu'il soit partie prenante active des conflits en cours ou simple quidam. Mais parallèlement, l'image de l'armée s'est détériorée suite à son gigantesque échec du 7 octobre 2023 et par le fait que Nétanyahou ne fait rien pour la restaurer, au contraire. Pour lui, continuer de blâmer les seuls militaires et services de sécurité intérieure de la responsabilité de cet échec est aussi la seule porte ouverte pour se sauver du possible verdict calamiteux d'une commission d'enquête quant à ses responsabilités dans l'aveuglement qui a mené au 7 octobre 2023, verdict qui mettrait fin à sa carrière politique – pis, ternirait son image politique à jamais.
Dès lors, Nétanyahou navigue, face à une société juive israélienne qui balance entre les craintes diffuses des lendemains, et un sentiment euphorique de toute-puissance. Un jour il accable l'armée, exige la mise au rencard de tel ou tel édile sécuritaire. Le lendemain, il glorifie ses multiples « succès », s'accaparant le bénéfice de chaque nouvelle terre conquise, au Liban, en Syrie, ailleurs, se faisant ainsi le chantre d'un avenir plus glorieux encore.
Malgré les signes de lassitude flagrants, malgré le coût de la vie qui augmente, malgré l'augmentation constante du nombre des citoyens qui quittent le pays, la population, en grande majorité, le suit. Nétanyahou espère bien préserver son soutien tant que la guerre se poursuivra. C'est que, les sondages le montrent, il reste l'homme qui, aux yeux d'une grande partie des citoyens, a fait d'Israël une puissance régionale de premier plan. Qui pourrait lui résister au Proche-Orient ? Qui oserait l'empêcher d'agir lorsqu'il le décide ? Il annonce un jour qu'il entend « redessiner la face du Proche-Orient », un autre qu'il maintiendra ses troupes au Sud-Liban. Ses partisans exultent lorsque les bombes israéliennes continuent de tomber sur Gaza malgré le « cessez-le-feu » officiel. Il fait ce qu'il veut. Il est invulnérable. Et ses fans veulent le croire.
La comparaison d'Israël avec Sparte est une vieille antienne. Elle manifeste, généralement, une vive critique de l'État d'Israël. Mais Nétanyahou, au contraire, se l'approprie. Le 15 septembre 2025, il déclare devant un parterre d'investisseurs et de responsables économiques israéliens qu'il entend faire de son État une « Super Sparte »5. On ne sait s'il sait vraiment ce qu'était Sparte, cette cité militarisée à l'extrême et profondément inégalitaire où régnaient un ordre strict et une absence totale de démocratie. Mais il doit bien savoir que Sparte a disparu sans rien léguer à l'humanité que l'on puisse qualifier de « civilisationnel », comme l'ont fait Athènes ou Rome. Alors, pourquoi fait-il de Sparte l'effigie d'Israël ? C'est que l'essentiel est ailleurs. Sparte est une marque. C'est la petite cité qui, aux Ve et IVe siècles avant notre ère, a pu vaincre tous ses ennemis, Athènes incluse, pour étendre son empire de la Grèce à la Perse. Régner en imposant son ordre à tout son environnement par le glaive, être une Super-Sparte, c'est le symbole qui plaira à ses partisans.
Alors, s'est dit Naftali Bennett : bon sang, mais c'est bien sûr ! Pour faire mieux que Nétanyahou, pourquoi pas, après tout, faire en plus la guerre à la Turquie ? Ensuite, on s'occupera du Pakistan, en attendant de trouver de nouvelles cibles.
1Neri Zilber et James Shotter, « Israel expects weeks-long war against Iran », Financial Times, 8 mars 2026.
2« L'ancien Premier ministre israélien Naftali Bennett affirme que ‘la Turquie est le nouvel Iran' », AllSides News, 4 mars 2026.
3Ibid.
4Nom hébraïque de la communauté des colons juifs en Palestine
5TheMarker et Jonathan Lis, « ‘We are Super-Sparta ' : Netanyahu says Israel faces isolation, must shift to self-reliance », Haaretz, 15 septembre 2025.