17.05.2026 à 11:03
observatoirenrs
Minieye Technology s’associe à la société saoudienne d’investissement transfrontalier Ewpartners pour promouvoir l’utilisation des solutions
L’article Minieye lancera ses véhicules autonomes en Arabie saoudite d’ici 2030 est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Minieye Technology s’associe à la société saoudienne d’investissement transfrontalier Ewpartners pour promouvoir l’utilisation des solutions de conduite intelligente chinoises de ce fournisseur de véhicules autonomes de livraison en Arabie saoudite.
Minieye et Ewpartners prévoient d’explorer le déploiement à grande échelle de robovans de Niveau 4 en Arabie saoudite, avec pour objectif de déployer jusqu’à 1 000 véhicules d’ici 2030, a annoncé aujourd’hui la société basée à Shenzhen sur WeChat.
Elle a ajouté que ce partenariat marque son entrée au Moyen-Orient et constitue la première expansion à l’international de son activité dans ce domaine.
Minieye commencera progressivement à livrer le robovan Xiaozhu, principalement conçu pour les livraisons du dernier kilomètre et les scénarios de vente au détail dans les supermarchés et autres segments connexes, ainsi qu’un ensemble complet de solutions techniques en Arabie saoudite.

Par ailleurs, Minieye optimisera spécifiquement le Xiaozhu afin d’assurer son fonctionnement stable dans les températures extrêmement élevées et les tempêtes de sable de l’Arabie saoudite.Les produits de conduite intelligente et d’habitacle intelligent de Minieye ont déjà été intégrés dans de nombreux véhicules vendus à l’étranger, notamment dans l’Union européenne, en Australie, au Mexique, à Singapour, en Corée du Sud, à Dubaï et en Turquie.
Ewpartners se concentre sur la promotion des investissements transfrontaliers entre l’Asie et le Moyen-Orient. En 2017, avec le soutien de fonds souverains et d’investisseurs d’Asie et du Conseil de coopération du Golfe, elle est devenue la première institution à mettre en place une plateforme d’investissement transfrontalier entre l’Arabie saoudite et la Chine.
L’article Minieye lancera ses véhicules autonomes en Arabie saoudite d’ici 2030 est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
17.05.2026 à 06:15
observatoirenrs
La Mauritanie et la Chine entretiennent des relations diplomatiques depuis le 19 juillet 1965, établies
L’article En Mauritanie, l’or bleu sous influence, le pacte halieutique avec la Chine est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
La Mauritanie et la Chine entretiennent des relations diplomatiques depuis le 19 juillet 1965, établies en pleine Guerre froide, à une époque où la République populaire n’était pas encore membre des Nations Unies. Cet acte inaugural, audacieux pour son temps, témoignait d’une volonté mauritanienne d’autonomie vis-à-vis des blocs en présence. Soixante ans plus tard, ce lien bilatéral s’est densifié sans rupture majeure, traversant les alternances politiques des deux pays et résistant aux reconfigurations géopolitiques mondiales.
En septembre 2024, à l’occasion du Sommet du Forum sur la Coopération sino-africaine (FOCAC) à Pékin, les présidents Xi Jinping et Mohamed Ould Ghazouani ont élevé leurs relations au rang de « partenariat stratégique ». Cette formule diplomatique, qui engage les deux pays dans les domaines des infrastructures, de la pêche, du numérique et de l’agriculture, s’inscrit dans la continuité d’une dynamique bilatérale amorcée dès l’élection de Ghazouani en 2019. Aucun engagement chiffré propre à la Mauritanie, ni aucun mécanisme de suivi bilatéral, n’a cependant été rendu public à ce jour, une opacité qui caractérise l’ensemble des accords examinés dans cet article.

La contrepartie politique de cette coopération est explicitement assumée par Nouakchott car le président Ghazouani a réaffirmé l’adhésion de la Mauritanie au principe d’une seule Chine et exprimé son soutien aux grandes initiatives de Pékin, Belt and Road Initiative, un projet pour le développement mondial et pour la sécurité mondiale. Ce type d’alignement constitue une constante de la diplomatie chinoise en Afrique : les infrastructures et accords économiques financés par Pékin assurent historiquement au pays un soutien fiable dans les enceintes multilatérales.
Au cœur de cette relation se trouve un accord signé en 2010 entre l’État mauritanien et la société chinoise Poly-Hondone Pelagic Fishery Co. : un contrat de pêche industrielle d’une durée de 25 ans, portant jusqu’en 2035, qui en fait l’un des textes les plus controversés de l’histoire économique du pays.
Cet article se propose d’analyser les ressorts, les promesses et les limites de ce partenariat halieutique, ainsi que le cadre plus large dans lequel il s’inscrit, en examinant à la fois les données économiques disponibles, les impacts sociaux et environnementaux documentés, et les alternatives que représente le modèle européen.
Selon les données de la Direction générale des Douanes mauritaniennes, les flux commerciaux bilatéraux entre la Mauritanie et la Chine présentent en 2025 un tableau plus nuancé que le discours diplomatique ne le laisse généralement supposer.
Cette position de premier rang repose presque exclusivement sur les industries extractives, principalement le minerai de fer et le cuivre, le secteur halieutique restant paradoxalement marginal dans les échanges officiels avec Pékin.
Cependant, ces chiffres officiels appellent une réserve de première importance car la flotte Poly-Hondone Pelagic Fishery, qui opère sous convention d’État depuis 2010, pratique le transbordement de ses captures directement vers des navires collecteurs en haute mer, sans passer par les ports mauritaniens.
Donc, une fraction significative des prises chinoises échappe ainsi aux statistiques douanières nationales. Les 4,7 % officiels ne reflètent donc probablement pas l’empreinte réelle de la pêche industrielle chinoise dans les eaux mauritaniennes, un angle mort statistique qui fausse toute analyse basée sur les seules données douanières.
Dans ce contexte, le président Ghazouani a confirmé dans un entretien accordé à l’agence Xinhua en juillet 2025 que les échanges commerciaux bilatéraux globaux ont atteint 2,42 milliards de dollars en 2024, en hausse de 7,8 % par rapport à l’année précédente. Cet agrégat intègre des flux que les statistiques douanières mauritaniennes ne captent pas entièrement, ce qui illustre la difficulté d’une lecture transparente de la relation économique sino-mauritanienne.
Trois projets emblématiques permettent d’illustrer la présence infrastructurelle chinoise en Mauritanie, tout en révélant des dynamiques souvent simplifiées dans le discours public.
Deux autres dossiers stratégiques restent en phase de discussion sans aboutissement contractuel à ce jour : la réhabilitation du quai du Port autonome de Nouakchott, évoquée lors d’échanges entre la direction portuaire et l’ambassadeur Tang Zongdong, et la transformation numérique dans le cadre de l’Agenda national 2022-2025, pour laquelle la Chine est pressentie comme partenaire clé.
Le débat récurrent sur le « piège de la dette » associé aux investissements chinois en Afrique mérite d’être abordé avec précision car dans le cas Mauritanie, des annulations partielles de dettes ont eu lieu en 2021 et 2022, mais les clauses réelles, taux appliqués et contreparties associées restent marqués par un manque de transparence qui rend toute évaluation externe difficile. Selon une analyse de la Fondation Konrad Adenauer (2023), le véritable défi pour la Mauritanie ne réside pas tant dans le volume de sa dette envers la Chine que dans la structure même de son économie.
Remplacer un partenaire dominant par un autre ne modifie pas le cycle fondamental de dépendance : exportation de matières brutes, importation de produits à forte valeur ajoutée, faible transformation locale. Moins de 12 % des produits halieutiques sont transformés sur le territoire national, une statistique qui résume à elle seule l’incapacité structurelle du pays à monter dans la chaîne de valeur de sa principale ressource renouvelable. Ce constat dépasse le seul cadre de la relation avec Pékin et concerne l’ensemble des partenaires commerciaux de la Mauritanie, y compris l’Union européenne.
L’accord signé en 2010 entre l’État mauritanien et la société Poly-Hondone Pelagic Fishery Co. se distingue d’abord par sa durée : 25 ans, soit un engagement couvrant une génération entière de décideurs et de ressources marines. C’est l’un des contrats de pêche les plus longs jamais conclus par un État africain avec un opérateur étranger. Son modèle économique repose sur un troc stratégique : un investissement initial de 100 millions de dollars pour la construction d’un complexe industriel de traitement du poisson à Nouadhibou, en échange d’un accès élargi et privilégié aux eaux mauritaniennes.

Le processus de signature a suscité dès l’origine des interrogations sur la transparence des négociations et sur la publicité des termes contractuels. Plusieurs observateurs ont souligné l’ampleur d’un tel engagement pris sur une génération, ainsi que l’incertitude persistante sur les retombées socio-économiques réelles pour les populations du littoral.
Une clause de l’accord garantissant « la stabilité du cadre juridique » en faveur de l’investisseur a produit des effets durables sur la gouvernance sectorielle. Dans les faits, elle a contribué à une application partielle du Code des pêches mauritanien adopté en 2015 (loi n° 2015-017 du 29 juillet, complétée par le décret n°2015-159 du 10 octobre), qui imposait pourtant l’obligation de débarquement des captures sur le sol national pour favoriser la transformation locale. L’asymétrie entre le cadre légal et son exécution effective illustre les limites d’une souveraineté normative confrontée à des engagements contractuels antérieurs.
En 2025, les produits de la pêche représentent environ 24 % des exportations totales mauritaniennes en valeur, l’Agence de Promotion des Investissements retient le chiffre de 25 %. Cette part capitale dans l’économie nationale fragilise la souveraineté du pays, d’autant que les flux sont concentrés sur deux pôles portuaires, Nouakchott et Nouadhibou, facilitant le contrôle de la chaîne de valeur par des acteurs industriels étrangers et réduisant la marge de manœuvre de l’État mauritanien dans les négociations.
Les deux engagements centraux de l’accord : création d’emplois locaux et transfert de technologie ne se sont pas matérialisés à la hauteur des promesses initiales car d’après le rapport de l’Institut Mauritanien de Recherche Océanographique et des Pêches (IMROP) publié en décembre 2024 révèle que la société Hong Dong Pelagic Fishery opérant dans le cadre de l’accord Poly-Hondone n’emploie que 583 personnes, contre les 2 463 travailleurs promis lors de la signature en 2010.
L’écart est important : moins d’un quart des emplois annoncés ont été créés en quinze ans d’exploitation.
Le transfert de technologie, autre promesse fondatrice de l’accord, est resté lettre morte, il n’y a aucune montée en compétences documentée, aucun programme de formation qualifiante structuré n’a été signalé par les autorités mauritaniennes elles-mêmes. Le complexe de Nouadhibou fonctionne selon un modèle d’enclave industrielle, peu connecté au tissu économique local.
L’économie mauritanienne souffre en conséquence d’un manque à gagner structurel considérable. Moins de 12 % des produits halieutiques sont transformés sur le territoire national : la grande majorité du poisson quitte le pays à l’état brut, privant l’économie d’une part substantielle de valeur ajoutée et de milliers d’emplois potentiels dans la conservation, la découpe, le conditionnement et la commercialisation (AMPEM & Greenpeace Afrique, 2024 ; SMCP, 2024). Ce constat n’est pas propre à la relation avec la Chine : il reflète une incapacité structurelle que partagent d’autres partenaires commerciaux.
L’opacité du contrat se retrouve également dans les mécanismes de financement des infrastructures terrestres associées à la présence chinoise. L’échangeur du carrefour Madrid, dont le coût de 1,65 milliard d’ouguiyas couvrait à la fois l’ouvrage routier et des équipements pour l’aéroport d’Oumtounsy, avait été acté cinq ans avant son lancement officiel en 2023, dans la discrétion, sous une autre présidence. L’opération a ensuite été mise en scène comme un geste diplomatique spontané, illustrant une pratique de communication qui brouille la lecture des engagements réels.

L’impact social du modèle halieutique industriel se lit d’abord à travers un paradoxe : alors que les eaux mauritaniennes figurent parmi les plus poissonneuses du monde atlantique, la production maritime totale ayant atteint 1,53 million de tonnes en 2023 (IMROP, rapport annuel 2024), les marchés de Nouakchott souffrent de pénuries récurrentes de poisson frais de qualité. Les prises sont prioritairement dirigées vers l’export et la transformation industrielle, privant la population locale d’une ressource alimentaire fondamentale.
Ce siphonnage de la ressource menace directement la pêche artisanale, pilier social du littoral car selon l’IMROP (2024), le secteur halieutique génère au total 302 735 emplois en Mauritanie, dont 130 979 directs et 171 756 indirects. La pêche artisanale emploie 47 067 pêcheurs directs, auxquels s’ajoutent 141 201 emplois indirects. La zone de Nouadhibou concentre à elle seule 69 % des embarcations et 33 846 pêcheurs, soit 72 % du total artisanal. À ces chiffres s’ajoutent 24 477 emplois périphériques identifiés le long du littoral dont le commerce alimentaire, transport, réparation d’engins, restauration, attestant que la pêche structure économiquement des communautés bien au-delà du seul secteur halieutique.
La déstabilisation de ce tissu frappe en premier lieu une économie à prédominance féminine.
Selon l’IMROP, entre 90 et 95 % des mareyeurs collecteurs à Nouadhibou et Nouakchott sont des femmes. Ces dernières constituent le maillon essentiel de la distribution locale du poisson frais et se trouvent directement asphyxiées par la raréfaction des espèces de qualité. La raréfaction du poisson abordable menace des revenus familiaux entiers et fragilise la place économique que ces femmes ont construite dans l’économie mauritanienne.
La prolifération des usines de farine de poisson localement surnommée la « Moka » aggrave cette dynamique.
En 2023, ces unités industrielles ont broyé environ 150 000 tonnes de poissons, dont une large part de sardinelles comestibles, base de l’alimentation locale, pour produire seulement 25 000 tonnes d’huile de poisson destinée aux marchés asiatiques et européens (AMPEM & Greenpeace Afrique, 2024). Le ratio est éloquent : il faut environ 4,5 tonnes de poissons frais pour produire une tonne de farine. Malgré un quota de 20 % réservé à la consommation humaine, instauré en 2021, la pression sur la ressource reste documentée comme insoutenable.
La pression cumulée des flottes industrielles sur les eaux mauritaniennes a conduit à une dégradation documentée des stocks halieutiques. L’IMROP a tiré officiellement la sonnette d’alarme en 2023 : trois espèces majeures dont le chinchard noir, la sardinelle plate et l’ethmalose sont en état de surexploitation avérée, tandis que le maquereau est pleinement exploité. Ces quatre espèces contribuent à 86 % des mises à terre globales du pays : ce sont donc précisément les ressources les plus prélevées qui sont dans l’état le plus dégradé (FiTI-Mauritanie, 2023).
À l’échelle régionale, la FAO confirme en 2024 que le stock de sardine de l’Atlantique Centre-Est dont la Mauritanie et le Maroc assurent ensemble 83 % des captures mondiales s’est nettement détérioré sous l’effet conjugué d’une pression de pêche excessive et de conditions océanographiques défavorables. Les stocks de chinchard de l’Atlantique et de chinchard jaune n’ont quant à eux pas encore fait l’objet d’une évaluation diagnostique complète, lacune documentée par le rapport FiTI 2023 qui souligne l’insuffisance des données de surveillance.
Il convient cependant de replacer la responsabilité chinoise dans un tableau plus large. La demande mondiale en farine et en huile de poisson portée non seulement par la Chine mais aussi par la Norvège et la Turquie pour l’aquaculture du saumon et l’alimentation animale a alimenté une prolifération d’usines de broyage sur l’ensemble du littoral atlantique, de la Mauritanie à la Guinée-Bissau (Fondation Jean-Jaurès / Jacquemot, 2024). La dégradation écologique est le produit d’une demande globale, que la présence chinoise amplifie mais n’a pas créée seule.
* Selon FishSpektrum, la Chine disposerait de près de 600 navires le long des côtes africaines, utilisant pour un nombre significatif d’entre eux le chalut de fond — qui détruit l’habitat benthique — ou des sennes tournantes à grande capacité. L’UICN estime que 51 espèces essentielles à l’alimentation locale sont menacées. Cette estimation n’est pas datée précisément dans la source consultée et doit être traitée comme un ordre de grandeur indicatif.
Lancé en 2021 par la Commission européenne et le Haut représentant de l’Union, le Global Gateway est la stratégie européenne d’investissement dans les infrastructures mondiales pour la période 2021–2027. Il mobilise jusqu’à 300 milliards d’euros à l’échelle mondiale dans les secteurs du numérique, de l’énergie, des transports, de la santé et de l’éducation, selon une approche dite « Équipe Europe » associant les États membres, la Banque européenne d’investissement et le secteur privé. Il répond à l’engagement du G7 de juin 2021 en faveur d’un partenariat d’infrastructures fondé sur des valeurs, la transparence et des normes sociales et environnementales élevées.
Le projet intervient huit ans après le lancement de l’Initiative Ceinture et Route (Belt and Road Initiative) en 2013, dont il constitue explicitement une alternative de positionnement géopolitique. Sur les quelque 306 milliards d’euros mobilisés depuis son lancement, environ 150 milliards sont consacrés au renforcement des partenariats avec l’Afrique, avec 26 projets phares sur le continent identifiés en 2025.

La Mauritanie occupe une place croissante dans ce dispositif, au croisement de plusieurs priorités européennes : sécurité énergétique, gestion des migrations sahéliennes, pêche durable et transition verte. Lors du Forum Global Gateway 2025 à Bruxelles, le président Ghazouani et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ont annoncé une nouvelle enveloppe de 269 millions d’euros articulée en trois volets : l’extension du corridor d’électricité haute tension (225 kV) de Nouakchott à Kiffa (125 millions d’euros, financés par la BEI), la modernisation de la ligne ferroviaire de 704 kilomètres reliant Zouérate à Nouadhibou (107 millions d’euros), et un appui budgétaire de 37 millions d’euros pour l’énergie verte, la couverture sanitaire universelle et la gestion des migrations.
Ces projets s’inscrivent dans la continuité d’un premier paquet annoncé lors de la visite de la présidente von der Leyen à Nouakchott en février 2024, qui incluait notamment le développement d’infrastructures pour l’hydrogène vert, des programmes d’enseignement technique, et la construction d’un centre de données à Nouakchott visant à renforcer la souveraineté numérique du pays.
Dans le domaine halieutique spécifiquement, le modèle européen s’articule autour de l’Accord de Partenariat pour une Pêche Durable (APPD). Le protocole 2021–2026 présenté comme le plus important accord de pêche jamais conclu par l’Union européenne avec un pays tiers autorise 86 navires européens à pêcher jusqu’à 290 000 tonnes par an dans les eaux mauritaniennes, en échange d’une contribution annuelle de 57,5 millions d’euros, complétée par 3,3 millions d’euros alloués aux communautés locales de pêcheurs.
Cet accord inclut plusieurs mécanismes de gouvernance absents du contrat sino-mauritanien : une clause imposant la publication de tous les accords de pêche étrangers, une obligation de quota de marins mauritaniens à bord des navires européens, et une allocation de 2 % des captures pélagiques à la sécurité alimentaire locale. Ces dispositions constituent une différence structurelle réelle, sur le plan normatif, avec l’accord Poly-Hondone.
Cependant, ces mécanismes n’ont pas suffi à endiguer la dégradation des stocks pélagiques. Ce constat rappelle une vérité importante : la qualité d’un cadre contractuel, aussi rigoureuse soit-elle, ne garantit pas, à elle seule, la durabilité de l’exploitation des ressources. L’insuffisance des capacités de surveillance maritime mauritaniennes, la faiblesse des institutions de contrôle et la pression cumulée de l’ensemble des flottes industrielles (européennes, chinoises, mais aussi turques et russes) forment un tableau d’ensemble qui dépasse le périmètre d’un seul accord.
Deux exemples africains permettent d’éclairer les alternatives disponibles pour un État désireux de renforcer sa souveraineté halieutique. Comme le note Pierre Jacquemot (Fondation Jean-Jaurès, 2024), la Namibie offre un contre-modèle particulièrement instructif. La politique de « namibianisation » mise en œuvre depuis l’indépendance impose la priorité à la flotte nationale, l’obligation de transformation locale des prises et la réservation des emplois aux citoyens namibiens. Ces choix politiques, maintenus avec constance sur plusieurs décennies, ont permis au pays de retenir une part bien plus importante de la valeur ajoutée générée par ses ressources marines.
Le Maroc, de son côté, conditionne ses accords de pêche à un débarquement des prises dans les ports nationaux, garantissant ainsi que la ressource transite par l’économie locale avant d’être exportée. Cette exigence, simple dans son principe, produit des effets économiques significatifs : emplois portuaires, activités de transformation, recettes fiscales locales.
Ces exemples illustrent qu’une souveraineté halieutique accrue est possible et qu’elle suppose des choix politiques fermes que la Mauritanie n’a pas encore pleinement opérés. Ces choix sont indépendants de l’identité du partenaire chinois, européen ou autre. La question n’est pas tant de choisir entre Pékin et Bruxelles, mais de définir les conditions minimales non négociables auxquelles tout partenaire doit se soumettre pour accéder aux eaux mauritaniennes.
La Mauritanie s’affirme progressivement comme un nœud stratégique dans la région sahélo-atlantique. Seul pays du Sahel à ne pas avoir rompu ses relations diplomatiques avec la France et à ne pas avoir connu de présence djihadiste avérée sur son territoire, Nouakchott est devenu un interlocuteur de premier plan pour Bruxelles comme pour Paris. Ses résultats dans la réduction des flux migratoires irréguliers vers les îles Canaries en font un partenaire incontournable sur le dossier migratoire, que les dirigeants européens courtisent désormais ouvertement.
Cette centralité est illustrée par la visite d’État du président Ghazouani en France du 15 au 17 avril 2026, première visite à ce niveau protocolaire depuis plus de trente ans. Son programme révèle la densité des enjeux bilatéraux contemporains : entretien à l’Élysée sur la sécurité sahélienne et les migrations, déplacement à Brest pour les chantiers navals et l’Ifremer, forum d’affaires dédié aux partenariats économiques. La Mauritanie n’est plus seulement un partenaire de commodité pour la France, elle est devenue un pivot dans la stratégie africaine française et européenne.

Mais cette position de pivot comporte ses propres risques. L’intensification des intérêts européens dans la pêche, l’énergie, la migration et le numérique peut reproduire, sous des formes institutionnellement plus présentables, les logiques de dépendance que le modèle chinois a instaurées dans le secteur halieutique. La question centrale reste celle de la valeur ajoutée retenue sur le territoire national. Moins de 12 % des produits halieutiques sont transformés localement.
Les grands projets d’hydrogène vert fer de lance de la relation avec l’Europe demeurent pour l’heure des promesses d’exportation d’énergie brute vers des marchés européens, reproduisant en réalité le même schéma extractif que celui qui prévaut pour le minerai ou le poisson.
L’analyse de l’accord halieutique sino-mauritanien de 2010 révèle, en définitive, moins les particularités d’un partenaire chinois prédateur qu’une vulnérabilité structurelle mauritanienne : incapacité à faire respecter ses propres lois face à des investisseurs étrangers, faiblesse des mécanismes de contrôle et de surveillance, absence de stratégie claire de montée en gamme industrielle. Ces failles sont antérieures à la présence chinoise et n’en sont pas l’apanage.
La Mauritanie risque ainsi de passer d’une dépendance à une autre, en changeant de contractant sans modifier la structure extractive fondamentale de son insertion dans l’économie mondiale. La véritable question n’est pas tant de savoir qui exploite ses ressources, mais à quelles conditions et avec quelle part de valeur ajoutée conservée au bénéfice de sa population. Tant que cette question politique centrale ne sera pas tranchée, les accords, qu’ils portent le drapeau de Pékin ou celui de Bruxelles, produiront des effets analogues sur le tissu économique et social du littoral mauritanien.

Par Tom SUTTER, analyste auprès de l’OFNRS
L’article En Mauritanie, l’or bleu sous influence, le pacte halieutique avec la Chine est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
12.04.2026 à 08:46
observatoirenrs
L’année 2026 s’inscrit sous un signe diplomatique particulier : elle a été désignée « Année
L’article La Chine en Namibie, un partenariat stratégique ambitieux est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
L’année 2026 s’inscrit sous un signe diplomatique particulier : elle a été désignée « Année sino-africaine des échanges humains et culturels » lors du sommet du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) tenu à Pékin du 4 au 6 septembre 2024, avec le thème « Travailler ensemble à promouvoir la modernisation et construire une communauté d’avenir partagé Chine Afrique de haut niveau ».
Cette désignation s’accorde avec le 70e anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et les pays africains, donnant lieu à près de 600 activités planifiées dans les domaines de l’éducation, de la culture, du tourisme, des sciences et du bienêtre social.
Pour la Namibie, pays situé au Nord-Ouest de l’Afrique du Sud, ce cadre continental vient amplifier une relation bilatérale déjà importante, qualifiée officiellement d’« amitié par tous les temps » (All Weather Friendship).
Les origines de cette relation remontent à la période anticoloniale de l’après Seconde Guerre mondiale, la Chine communiste de Mao Zedong apporte son soutien aux mouvements de libération africains dès la conférence de Bandung en 1955 où elle est représentée par Zhou Enlai, une étape fondatrice du mouvement des non-alignés, officiellement lancé à Belgrade en 1961.
En Namibie, cette dynamique s’inscrit dans le contexte des rivalités sino-soviétiques : la Chine soutient la SWANU (South West Africa National Union), à dominante héréro, tandis que l’URSS appuie la SWAPO (South West Africa People’s Organization), à dominante ovambo. Cette division reflète la rupture idéologique sino-soviétique : la SWANU adopte l’option chinoise à partir de 1963, ce qui conduit l’URSS à se tourner définitivement vers la SWAPO, le mouvement qui finira par s’imposer comme principal acteur de la libération nationale et qui deviendra le parti au pouvoir à l’indépendance en 1990, jusqu’à aujourd’hui.
Ainsi, le soutien prend plusieurs formes concrètes :
La profondeur de ces liens se mesure à un fait révélateur : la direction de la SWAPO sera l’une des rares au monde à soutenir officiellement la Chine après les évenements de la place Tiananmen. L’indépendance namibienne est proclamée le 21 mars 1990 vis-à-vis de l’Afrique du Sud, la Chine établit ses relations diplomatiques avec Windhoek dès le 22 mars, dans la continuité de sa première participation à des opérations de maintien de la paix sur le sol namibien entre 1989 et 1990, où elle avait envoyé des observateurs en lien avec la mission de l’ONU (Organisations des Nations Unies)
Aujourd’hui, la relation sino-namibienne est formalisée par un accord de partenariat stratégique global signé en 2018. Il se traduit par un alignement politique marqué :
Cette réciprocité est entretenue par des visites de haut niveau régulières : la visite de Hu Jintao en 2007, des présidents namibiens Nujoma, Pohamba et Geingob à Pékin, et, plus récemment, la visite du ministre des Affaires étrangères Wang Yi en Namibie en janvier 2025, première étape de sa tournée africaine annuelle, devenue une tradition trentenaire qui, selon The Namibian, témoigne du statut stratégique accordé par Pékin au continent.

Mais, un point de vigilance est régulièrement soulevé par les analystes, notamment dans The Namibian : la Namibie manque d’une politique formelle et structurée pour encadrer cet engagement, tandis que la Chine suit des objectifs stratégiques précis inscrits dans les cadres de la BRI (Belt and Road Initiative) et du FOCAC comme le titre le journal, « les analystes appellent à des avantages équilibrés dans un contexte de négociations diplomatiques de haut niveau ».
Les relations entre la SWAPO et le PCC trouvent leur origine dans une solidarité forgée durant la lutte pour l’indépendance d’après Seconde Guerre Mondiale.
La SWAPO avait adopté une rhétorique anti-impérialiste qui l’avait inévitablement tournée vers le bloc socialiste pour obtenir le soutien militaire et diplomatique indispensable contre le régime sud-africain, bien que cette affiliation relève en partie d’un pragmatisme stratégique, il s’agissait avant tout de sécuriser des armes et des financements, elle crée une « affinité de système » durable.
Cette relation historique survit à la chute du mur de Berlin, la SWAPO continue de considérer la Chine comme un « ami » dont le soutien ne s’est jamais démenti, contrairement aux puissances occidentales perçues comme autrefois complices de l’occupant sudafricain. Le New Era, quotidien namibien public, en témoigne : la Chine « continuera d’encourager les citoyens à investir en Namibie, soutient le manifeste Swapo ».
Cette alliance s’est aujourd’hui institutionnalisée à travers une diplomatie de « parti à parti » centrée sur le partage d’expériences en matière de gouvernance avec la création de l’école de leadership Mwalimu Julius Nyerere en Tanzanie, projet de 40 millions de dollars financé par le PCC pour former les cadres de six mouvements de libération africains, dont la SWAPO.
L’objectif est de renforcer la pérennité des partis au pouvoir en s’inspirant du modèle chinois, où le parti exerce un contrôle prépondérant sur l’État. Pour la SWAPO, ce modèle offre une alternative de développement privilégiant la stabilité politique et la discipline partisane comme moteurs de la croissance. Xinhua rapporte ainsi que « le parti au pouvoir en Namibie va s’inspirer du PCC en matière de développement centré sur l’humain ».
Cette convergence idéologique est également documentée par les travaux académiques de Henning Melber notamment son article « Looking East/Going South: The NamibianChinese ‘All Weather Friendship’ » (Stichproben, 2018) et de Gregor Dobler dans « China and Namibia, 1990 to 2015 » (Review of African Political Economy, 2017).
Le secteur minier constitue le cœur des intérêts économiques chinois en Namibie, deuxième producteur mondial d’uranium en 2020, le pays est devenu un actif stratégique majeur pour Pékin, qui cherche à sécuriser son approvisionnement en combustible nucléaire alors qu’il prévoit de faire passer sa capacité énergétique de 60 à 150 GWe d’ici 2035.
La mine d’uranium de Husab, l’un des plus grands gisements au monde, est contrôlée par Swakop Uranium, filiale de China General Nuclear Power Group (CGN), constituant l’un des investissements chinois les plus importants sur le continent.

À cela s’ajoute la mine de Rössing, dont China National Nuclear Corporation (CNNC) a racheté une participation majoritaire à Rio Tinto en 2019, une opération qui a immédiatement déclenché un conflit social majeur : la CNNC tenta de remettre en cause des acquis syndicaux de longue date, comme le documente AllAfrica dans un article de 2021 intitulé « New Mine Owners Trample On Namibian Workers’ Rights ».
En février 2026, l’entreprise australienne Bannerman Energy a conclu un accord stratégique majeur avec la CNNC, via sa filiale CNOL, pour financer et exploiter le mégaprojet uranifère d’Etango, cet accord prévoit un investissement chinois pouvant atteindre 321,5 millions de dollars, permettant de lancer la construction sans endettement. En échange, la CNNC acquiert une participation effective de 42,75 % dans le projet et s’assure l’achat exclusif de 60 % de la production totale d’uranium sur toute la durée de vie de la mine ; Bannerman en conserve 52,25 % et la fondation namibienne OEF 5 %.
Comme le souligne The Namibian qui titre sur « Les ambitions nucléaires de la Namibie offrent une voie vers l’indépendance énergétique », ce contrat consolide l’emprise croissante de Pékin sur l’uranium africain, où il détient déjà des parts majeures à Husab, Rössing et Langer Heinrich en Namibie, ainsi qu’au Niger sur le gisement d’Azelik.
Mais, cette domination suscite une concurrence internationale croissante : la Russie, à travers Rosatom au Niger, et les États-Unis, avec des entreprises comme NANO Nuclear Energy déjà présentes en Namibie, multiplient les protocoles d’accord.
Cela permet à Windhoek de négocier en position de force ce que The Namibian conseille explicitement : « La Namibie est encouragée à négocier en force alors que les Etats-Unis recherchent des partenariats stratégiques. », l’accord Etango reste toutefois suspendu à diverses validations réglementaires, notamment de la Commission namibienne de la concurrence, avec une finalisation espérée d’ici mi 2026.
Au-delà du secteur minier, la présence chinoise se matérialise aussi dans l’ensemble du tissu infrastructurel namibien.
Premièrement, l’extension du port de Walvis Bay, réalisée par la China Harbor Engineering Company (CHEC) avec un financement de la China Development Bank et un bail d’exploitation de 16 ans, constitue l’illustration la plus emblématique de cette stratégie d’ancrage portuaire, le South China Morning Post y consacre une analyse sur la manière dont « la Chine devance d’autres nations pour tisser des liens commerciaux et militaires étroits en Afrique ».
Ensuite, Il y a un positionnement régulier d’entreprises étatiques comme Anhui Foreign Economic Construction Cooperation (AFECC) sur les appels d’offres pour l’extension du réseau routier et aéroportuaire, le Global Times célèbre ainsi l’« ouverture officielle d’une autoroute financée par la Chine en Namibie, stimulant la connectivité régionale » et une « route construite par la Chine qui stimule la croissance socioéconomique dans le nord de la Namibie ».
Puis, des cimenteries comme Whale Rock Cement (commercialisée sous la marque Cheetah Cement), mises en place grâce à des capitaux chinois, ont par ailleurs été créées pour briser les monopoles locaux et approvisionner les chantiers d’infrastructure.
Enfin, sur le plan technologique, la remise de la Station de réception de données satellitaires (SGDRS) constitue l’événement le plus marquant de la période récente.
Située au Telecom Earth Station en dehors de Windhoek, la station reçoit des données du satellite sino-brésilien CBERS4 et permettra de renforcer la gestion des ressources naturelles, la surveillance des terres, la lutte contre le braconnage et la pêche illégale, ainsi que la gestion des catastrophes, l’ambassadeur Zhao l’a qualifiée de « premier projet d’aide au développement dans le domaine des hautes technologies que la Chine réalise en Namibie » ; 14 techniciens namibiens ont reçu une formation spécialisée pour en assurer l’exploitation autonome.

Cette infrastructure doit toutefois être lue à la lumière d’une analyse du Center for Strategic and International Studies (CSIS, janvier 2026) : l’ancienne station de Swakopmund est gérée par le Centre de contrôle satellitaire de Xi’an, la « Base 26 », une installation opérée sous l’autorité de la Force spatiale de l’Armée populaire de libération.
La Namibie, qui ne possède pas de satellites en orbite, héberge désormais deux installations spatiales chinoises relativement sophistiquées ce que le South China Morning Post décrit comme la manière dont « la Chine construit l’épine dorsale hightech des ambitions spatiales africaines ».
L’énergie dite verte constitue le nouveau front de la coopération sino-namibienne. La Chine est devenue le principal partenaire de NamPower pour moderniser le réseau électrique et soutenir la transition énergétique, avec une série de projets emblématiques :
Ces dynamiques sont confirmées par le Global Times, qui note que « l’Afrique s’inspire de la Chine pour la coopération en matière d’énergie propre », et par le Boston University Global Development Policy Center, selon lequel le FOCAC 2024 marque un tournant vers les énergies renouvelables en Afrique subsaharienne.
L’ambition la plus importante reste cependant le projet Hyphen Hydrogen Energy qui est un investissement de plus de 10 milliards de dollars bien que soutenu par des capitaux européens, repose désormais sur l’expertise technique chinoise pour atteindre ses objectifs : 2 GW de capacité renouvelable dès fin 2026, visant à terme 7,5 GW pour produire 350 000 tonnes d’hydrogène vert par an, soit 2 millions de tonnes d’ammoniac.
Cette synergie a été techniquement validée par le succès de l’usine d’Oshivela en 2025, équipée d’électrolyseurs de 12 MW fournis par le groupe chinois Peric avec un coût de production estimé à 1,5 USD/kg, la Namibie espère générer 10 milliards de dollars d’exportations annuelles et créer 15 000 emplois, une perspective décisive pour une jeunesse touchée à 38 % par le chômage.
Enfin, en verrouillant la fourniture des composants technologiques pour des projets destinés à alimenter le marché européen notamment l’Allemagne dès 2028, Pékin se positionne comme partenaire industriel indispensable dans la nouvelle géopolitique de l’énergie propre en Afrique australe, transformant la Namibie en pont stratégique entre les technologies de l’Est et les besoins de décarbonation de l’Ouest. Le Global Times présente cette dynamique comme une « nouvelle ère de coopération verte » dans le cadre de la BRI.
La coopération militaire entre la Namibie et la Chine s’enracine dans une relation historique profonde, transformée depuis 2018 en un véritable partenariat stratégique global. Sur le plan opérationnel, Pékin s’est imposé comme le principal fournisseur d’armes de la Namibie, profitant du recul de la Russie sur le marché africain pour proposer des équipements modernes et abordables.
Cette modernisation de la Force de Défense Namibienne (NDF) a été particulièrement visible lors de récents défilés militaires à la base aérienne de Grootfontein, où ont été dévoilés des drones de reconnaissance Aisheng ASN209, des modèles à décollage vertical CW30, des mortiers autopropulsés CS/SM1 et des systèmes de défense antiaérienne FB6A, comme le documente le China Africa Project dans son article « La Namibie présente un drone chinois nouvellement acquis » (juin 2025).
Plus significatif encore, la Namibie est devenue le second client à l’exportation de l’avion de transport militaire lourd chinois Shaanxi Y9E, dont les premiers exemplaires ont été livrés fin 2024, selon Raids Aviation.

Au-delà de la vente d’armements, cette alliance se traduit par un transfert de compétences et le développement d’infrastructures stratégiques : formation d’officiers supérieurs dans les académies militaires chinoises de Shanghai, financement de la construction du Musée Militaire namibien et de la nouvelle académie de la NDF à Okahandja.
Cette influence grandissante ne va pas sans controverses :
En 2020, des débats parlementaires namibiens ont évoqué la présence supposée de 3 000 soldats chinois et le projet d’une base militaire à Walvis Bay destinée à contrer l’influence américaine au Botswana, des allégations formellement démenties par l’ambassade de Chine à Windhoek, comme le rapporte L’Initiative (APA News, septembre 2020). Des observateurs internationaux et une partie de la société civile continuent néanmoins de dénoncer l’opacité des contrats d’armement, le risque d’endettement souverain et l’importation potentielle de technologies de cyber surveillance chinoises.
Pour la Chine, cette implication sécuritaire répond à une logique claire : protéger ses intérêts économiques colossaux notamment la mine d’uranium de Husab et offrir à son industrie de l’armement un terrain de valorisation en conditions réelles, ce qu’analyse Cocodia (2025) dans le Journal of Asian Peacebuilding, article intitulé « China’s growing influence on security in Africa ».
La coopération culturelle et éducative constitue le troisième pilier de la relation sino-namibienne, et 2026 lui donne une résonance dans le cadre de l’Année des échanges humains.
Elle commence par une coopération entre des universités chinoises et namibiennes :
L’institut Confucius de l’Université de Namibie (UNAM), fondé en 2013 en partenariat avec la China University of Geosciences (CUGB) est un partenaire historique depuis 2006, il constitue le point d’ancrage institutionnel de cette diplomatie culturelle.
Il ne se limite pas à l’enseignement du mandarin : il organise notamment le concours « Pont vers le Chinois », où des étudiants namibiens remportent des séjours culturels en Chine en démontrant leur maîtrise de la langue et des arts martiaux.
Selon son directeur Liu Dianbo, cité par Xinhua en décembre 2025, l’institution avait accueilli environ 8 000 étudiants au total depuis sa création, avec une trajectoire documentée : 1 153 inscrits en 2018, environ 3 000 formés cumulativement en 2019, une contraction sévère liée au COVID en 2022, avant une reprise portant les inscrits actifs à environ 500 vers 2023.
Mais, ces chiffres appellent une lecture critique car l’Institut Confucius est directement rattaché au gouvernement chinois, et Xinhua comme CGTN sont les principales sources de ces données et ce sont des médias d’État qui ne distinguent pas les niveaux de compétence atteints ni les locuteurs actifs à long terme.
Il faut également noter qu’aucune statistique officielle du gouvernement namibien ou de l’Agence nationale de statistiques ne porte spécifiquement sur les locuteurs du mandarin : le recensement de 2023 n’a pas publié de ventilation linguistique pour les minorités non indigènes.
Ensuite, en matière de bourses, environ 40 à 50 étudiants namibiens partent chaque année en Chine via le programme CSC (China Scholarship Council) pour des cursus complets avec un chiffre confirmé par l’ambassadeur Zhao Weiping lors d’une conférence de presse en mai 2025 comme avec de jeunes ingénieurs formés dans les universités de Wuhan ou de Pékin, qui reviennent ensuite travailler sur les projets de la mine d’uranium de Husab.
Mais aussi, des dons matériels complètent ce dispositif : la Chine a offert des laboratoires informatiques complets à des écoles secondaires dans des régions rurales comme Ohangwena.
Enfin, l’aspect le plus symboliquement chargé de cette coopération culturelle reste l’inauguration, le 3 juillet 2024, de la première statue de Mao Zedong en Afrique. Elle a été dévoilée par la ministre namibienne de l’Éducation Anna Nghipondoka au Chairman Mao Zedong High School, situé dans le quartier d’Otjomuise à Windhoek, en présence de l’ambassadeur Zhao Weiping, comme le documente le site officiel de l’ambassade de Chine en Namibie. À cette occasion, l’ambassadeur déclara que Mao Zedong avait « fermement soutenu les luttes de libération des nations opprimées, y compris en Afrique », et que la statue constituerait « un symbole éternel de l’amitié sino-namibienne ».

Les liens institutionnels académiques se sont par ailleurs considérablement densifiés :
En revanche, contrairement à ce qui est parfois avancé, aucun Atelier Luban, le programme chinois de formation technique et professionnelle n’est documenté en Namibie : les sources académiques et institutionnelles disponibles n’en mentionnent aucun, alors que ce dispositif est actif dans une douzaine à une quinzaine d’autres pays africains (Éthiopie, Ghana, Kenya, Afrique du Sud, Maroc, Égypte, etc.).
Estimer le nombre de locuteurs natifs du mandarin en Namibie revient avant tout à estimer la taille de la communauté chinoise résidente est une question elle-même profondément disputée car les données les plus fiables convergent vers des chiffres modestes : une cinquantaine de Chinois en activité commerciale en 1998 selon Radio Chine Internationale, plus d’un millier en 2005, et entre 3 000 et 4 000 selon une estimation de l’ambassade américaine révélée par WikiLeaks en 2009.
En 2019, le chargé d’affaires de l’ambassade de Chine lui-même déclarait que moins de 4 000 citoyens chinois résidaient dans le pays, en recul par rapport à environ 10 000 sept ans auparavant.
De son coté, les données officielles namibiennes corroborent cette fourchette basse : l’ancienne ministre de l’Intérieur Pendukeni IivulaIthana recensait 1 358 permis de résidence permanente délivrés de 1990 à 2017, auxquels s’ajoutent 4 470 permis de travail et 1 124 permis de résidence temporaire (Namibia Fact Check).
Ces chiffres contrastent avec les estimations circulant dans le débat public : 40 000 Chinois en 2006 selon les Conseillers du commerce extérieur de la France et le South African Institute of International Affairs ; 130 000 selon un article du quotidien The Namibian en 2020 avec un chiffre formellement démenti par Namibia Fact Check, rattaché à l’IPPR.
Un rapport IPPR de 2019 concluait que les spéculations dépassant les 100 000 semblent exagérées au regard des enquêtes menées par McKinsey & Company, l’OIM et la China Africa Research Initiative de Johns Hopkins.
Tensions, controverses et résistances sociales
La relation sino-namibienne n’est pas exempte de frictions. L’installation de milliers de migrants chinois indépendants dans le petit commerce, les fameux « China Shops », y compris dans les zones rurales et autour d’Oshikango au nord du pays suscite des tensions récurrentes avec les commerçants locaux, qui dénoncent une concurrence déloyale et le non-respect des réglementations douanières.
Des violations documentées du droit du travail namibien avec des pratiques de bas salaires, conditions de sécurité insuffisantes, refus de syndicalisation sont régulièrement signalées dans des rapports cités par The World (PRX) et des publications académiques.
La gestion des mines chinoises cristallise une partie de ces tensions. À la mine de lithium de Xinfeng à Uis, des militants et parlementaires accusent l’entreprise de loger ses travailleurs namibiens dans des conditions qualifiées d’« apartheid » séparés des logements construits pour les employés chinois comme le documente le Business & Human Rights Resource Centre et le reprend Inside Climate News (novembre 2023). À Rössing, des leaders syndicaux ont été licenciés immédiatement après l’entrée de la CNNC au capital, déclenchant un conflit international impliquant IndustriALL.
Sur le plan institutionnel, plusieurs affaires nourrissent un clivage croissant entre élites politiques favorables au partenariat et une partie de la population.
Le scandale de corruption lié à l’entreprise Nuctech, anciennement dirigée par le fils de Hu Jintao et soupçonnée de versements occultes dans le cadre de contrats de scanners de sécurité portuaires, les critiques sur l’exportation illicite de bois précieux et le braconnage de rhinocéros impliquant des ressortissants chinois, ainsi que les interrogations sur l’opacité de la dette namibienne envers la Chine, alimentent des accusations de « néocolonialisme » de la part de syndicats et d’une partie de la société civile.

Dans ce contexte, le gouvernement namibien utilise également sa relation avec Pékin comme levier stratégique dans ses négociations avec les partenaires occidentaux, dans une logique de diversification des alliances qui lui permet, comme le titre The Namibian, de « négocier en force alors que les Etats-Unis recherchent des partenariats stratégiques en matière d’énergie et de minéralogie ».

Par Tom SUTTER, analyste auprès de l’OFNRS
L’article La Chine en Namibie, un partenariat stratégique ambitieux est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
10.04.2026 à 10:11
observatoirenrs
Cette semaine, un train de fret Chine-Europe est parti de Wuhan, la capitale de la
L’article Train de fret Wuhan-Bakou : le Corridor transcaspien s’accélère est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Cette semaine, un train de fret Chine-Europe est parti de Wuhan, la capitale de la province chinoise du Hubei, à destination de l’Azerbaïdjan via la Route de transport internationale transcaspienne, également connue sous le nom de Corridor transcaspien. Selon l’agence Azertag, il s’agit du premier service direct de fret Chine-Europe entre Wuhan et Bakou.
Le train transporte des équipements électroniques, des appareils électroménagers et des biens de consommation courante destinés aux marchés européens.Après avoir franchi le poste-frontière de Khorgos dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang en Chine, le train traversera la mer Caspienne pour rejoindre Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan.
Les Chemins de fer d’Azerbaïdjan (ADY) transféreront ensuite les marchandises du port de Bakou vers des trains-blocs à conteneurs à destination de l’Europe.Ce trajet multimodal, qui combine transport ferroviaire et maritime, devrait durer 18 jours, contre jusqu’à 22 jours habituellement.Cette nouvelle route devrait offrir aux entreprises exportatrices du Hubei une logistique efficace et stable, facilitant leur expansion sur les marchés émergents eurasiatiques.Wuhan s’est imposée comme un hub majeur pour les trains de fret Chine-Europe, reliant la Chine centrale à plus de 100 villes dans plus de 40 pays eurasiatiques grâce à un réseau en expansion de plus de 50 lignes. Ces trains, qui partent principalement des gares de Wujiashan et Xianglushan, transportent une grande variété de marchandises, notamment des produits électroniques, des pièces automobiles et des appareils électroménagers.
Le réseau devrait continuer de se développer en 2025 et 2026, avec le lancement de nouvelles routes qui renforceront le rôle de Wuhan dans la logistique eurasiatique. Parmi les dernières nouveautés figurent des services directs vers l’Europe du Nord, notamment Copenhague au Danemark, ainsi qu’une nouvelle liaison vers Bakou en Azerbaïdjan via le Corridor transcaspien. Les principales destinations desservies par les trains de fret de Wuhan figurent de grands centres logistiques et industriels tels que Hambourg en Allemagne, ainsi que des villes en Russie, en Pologne et dans la région nordique, notamment en Suède et en Norvège.
Les services de fret ferroviaire de Wuhan bénéficient également d’avantages logistiques, dont le dédouanement intégré à la gare de Xianglushan. Comparé aux routes logistiques internationales traditionnelles, le Corridor transcaspien présente un risque géopolitique moindre, une chaîne d’approvisionnement plus résiliente et des connexions de transport plus directes.
Le Corridor transcaspien comprend environ 4 250 kilomètres de voies ferrées et 500 kilomètres de routes maritimes. Son objectif principal est d’offrir aux marchandises chinoises et d’Asie centrale un accès aux marchés européens via la mer Caspienne, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Turquie et la mer Noire.En plus d’être efficace, ce corridor bénéficie de conditions climatiques favorables qui réduisent le temps de trajet de 15 jours par rapport aux routes maritimes traditionnelles.
Il facilite également d’importants flux de marchandises à travers l’Asie, permettant aux biens d’atteindre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et la région méditerranéenne grâce aux connexions portuaires intégrées en Turquie.Depuis 2022, le trafic de marchandises le long du Corridor transcaspien via l’Azerbaïdjan a augmenté de près de 90 %. En 2025, l’ADY a traité plus de 380 trains-blocs en provenance de Chine, soit une hausse de 35 % par rapport à 2024. Au cours de cette période, 137 000 EVP de marchandises ont été transportés, représentant une augmentation moyenne de 20 % par rapport à 2024.
Par Adrien MUGNIER
L’article Train de fret Wuhan-Bakou : le Corridor transcaspien s’accélère est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
10.04.2026 à 10:04
observatoirenrs
Le géant suédois de l’acier Alleima AB, entré en Chine en 1985, a inauguré en novembre
L’article Alleima renforce sa présence en Chine est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Le géant suédois de l’acier Alleima AB, entré en Chine en 1985, a inauguré en novembre dernier sa deuxième phase d’usine de finition à froid à Zhenjiang, dans la province du Jiangsu, dans l’est de la Chine, doublant ainsi sa capacité de production locale et introduisant des produits tubulaires haut de gamme.Cette expansion marque un jalon important pour l’entreprise, qui célèbre cette année ses 40 ans de présence sur le marché chinois. Avec un investissement de 255 millions de SEK (environ 193 millions de RMB), la nouvelle installation de 12 500 m² permet désormais de produire localement des tubes haute performance auparavant importés, tels que des tubes échangeurs de chaleur, tubes haute température, tubes composites, tubes pour stations de ravitaillement en hydrogène et tubes travaillés à froid.

Alleima, autrefois division Sandvik Materials Technology, est devenue indépendante en 2022. L’entreprise, dont les racines remontent à 1862 à Sandviken en Suède, est un leader mondial dans les aciers inoxydables avancés, les alliages spéciaux et les solutions de chauffage industriel. Ses produits servent des secteurs exigeants comme l’énergie (nucléaire, hydrogène, renouvelables), la chimie/pétrochimie, l’aérospatial, le médical et l’industrie papetière.La Chine représente un marché stratégique pour Alleima. Dès 1985, l’entreprise ouvre son premier bureau de représentation, l’une des premières sociétés suédoises à s’implanter dans le pays. En 2009, elle construit une unité de production de tubes en acier inoxydable et un centre de service à Zhenjiang. En 2024, les revenus d’Alleima en Chine dépassent 1,54 milliard de yuans, avec une croissance notable dans les segments chimie/pétrochimie, hydrogène, papier/pâte à papier et médical.
Aux yeux du PDG d’Alleima AB, Göran Björkman, les entreprises étrangères ont autrefois investi en Chine pour bénéficier de coûts peu élevés, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. « Nous investissons en Chine parce que ce pays est à la pointe de la technologie, et nous sommes attirés par le marché chinois. De nombreuses innovations écologiques verront le jour en Chine, et nous voulons y participer activement. »

Cette vision souligne le changement de paradigme : Alleima ne vient plus seulement pour produire à bas coût, mais pour collaborer à la transition énergétique et aux avancées technologiques chinoises. L’usine de Zhenjiang, certifiée « Green Factory » par la province du Jiangsu, fonctionne en partie à l’énergie solaire et utilise plus de 80 % de matériaux recyclés. L’entreprise vise une réduction de 50 % de ses émissions de CO₂ d’ici 2030 par rapport à 2019.
Avec cette extension, Alleima consolide sa position en Asie-Pacifique et démontre sa confiance dans le potentiel innovant de la Chine. En passant d’importateur à producteur local de classe mondiale, l’entreprise suédoise participe activement à la croissance verte et technologique du pays.
L’article Alleima renforce sa présence en Chine est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
20.12.2025 à 08:19
observatoirenrs
Le géant chinois BYD s’est engagé à lancer une nouvelle usine au Brésil avec des
L’article BYD, une nouvelle usine de bus et camions électriques au Brésil est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Le géant chinois BYD s’est engagé à lancer une nouvelle usine au Brésil avec des perspectives sur 3 ans.
BYD assemble des châssis de bus électriques à batterie à Campinas (État de São Paulo) depuis 2015. L’usine a produit environ 600 châssis au cours de la dernière décennie, mais les commandes actuelles explosent : l’entreprise prévoit d’en fabriquer 1 200 rien qu’en 2026, saturant ainsi complètement la capacité pour l’année prochaine.La capacité nominale de l’usine est de 2 000 châssis par an dans des conditions idéales, mais la production réelle est bien inférieure en raison de la complexité des modèles.
Par exemple, les bus articulés, également fabriqués sur place, demandent davantage de temps et de ressources.Pour répondre à la forte demande – liée à une vague de renouvellement des flottes de transports publics retardée par la pandémie de Covid-19 –, BYD adopte une stratégie en plusieurs étapes :
La nouvelle usine élargira la production locale aux camions électriques (actuellement importés) et atteindra, à pleine capacité, 6 000 à 7 000 châssis par an. Elle emploiera 700 à 800 personnes, contre moins de 100 aujourd’hui.
Outre le marché brésilien, elle servira à exporter vers l’Amérique du Sud, avec l’Afrique comme perspective future. Ces projets concernent uniquement les véhicules commerciaux dans l’État de São Paulo.
Dans l’État de Bahia, BYD construit depuis 2023 trois autres usines distinctes sur un ancien site Ford : une pour les voitures électriques et hybrides, une seconde pour les châssis de bus et camions électriques, et une troisième dédiée au traitement du lithium et du phosphate de fer pour le marché international.
L’article BYD, une nouvelle usine de bus et camions électriques au Brésil est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
18.12.2025 à 14:58
observatoirenrs
La Chine a lancé avec succès la fusée porteuse Lijian-1 Y11 (également connue sous le
L’article La Chine renforce sa coopération spatiale internationale est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
La Chine a lancé avec succès la fusée porteuse Lijian-1 Y11 (également connue sous le nom de Kinetica-1) depuis la zone d’innovation spatiale commerciale de Dongfeng, près du Centre de lancement de satellites de Jiuquan. Cette mission commerciale a placé neuf satellites en orbite, dont trois pour des partenaires internationaux, à savoir les Émirats arabes unis (EAU), l’Égypte et le Népal. On fait le point sur le détail de ces lancements.

Principaux satellites internationaux :
Les autres satellites, majoritairement chinois, soutiennent des applications comme l’urbanisme, la prévention des catastrophes et la météorologie.
Développée par CAS Space, la fusée Lijian-1 a désormais réalisé 11 vols orbitaux, plaçant 84 satellites en orbite. L’entreprise prévoit des avancées en réutilisation des fusées, notamment via sa série Lihong pour le tourisme spatial et les missions scientifiques. Cette mission illustre l’expansion des services de lancement commerciaux chinois, avec des clients dans plus de 30 pays, renforçant particulièrement les liens avec les nations arabes et du Sud global. La Chine poursuit ici sa coopération spatiale avec un pays clé de la BRI.
L’article La Chine renforce sa coopération spatiale internationale est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
14.12.2025 à 08:43
observatoirenrs
La province de Hainan compte les jours avant le lancement de sa fermeture douanière complète
L’article Hainan lance son premier port de libre-échange est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
La province de Hainan compte les jours avant le lancement de sa fermeture douanière complète le 18 décembre, date à laquelle la province la plus méridionale de la Chine commencera des opérations douanières indépendantes sur l’ensemble de l’île dans le cadre du Port de libre-échange de Hainan et déploiera une série d’incitations fiscales et de politiques préférentielles pour stimuler le commerce et l’investissement. Il ne reste plus que quelques jours avant que Hainan ne devienne une zone spéciale sous la supervision douanière chinoise, ce qui est très différent d’une zone de libre-échange classique.
Une fois la fermeture douanière complète mise en place, l’île mettra en œuvre une série d’initiatives permettant la libre circulation des marchandises et des personnes entre Hainan et les autres pays et régions, tout en gérant précisément les mesures de libéralisation entre le Port de libre-échange de Hainan et le continent.La gestion des risques est essentielle au succès du port de libre-échange.
La province a effectué des préparations approfondies contre les risques majeurs tels que la contrebande, la fiscalité et la protection de l’environnement, des systèmes réglementaires aux mécanismes opérationnels, a déclaré Tan Jian, directeur de la Division des tests de résistance et du contrôle des risques au Bureau de l’approfondissement des réformes du Comité provincial de Hainan.

Hainan a achevé la troisième série de tests de résistance avant la fermeture entre le 2 et le 10 décembre, a indiqué Tan. La coordination entre les ports, les douanes et les départements de sécurité publique s’est déroulée sans problème et toutes les installations, équipements et plateformes système ont fonctionné de manière stable. Les documents politiques et les fichiers institutionnels de soutien pour la fermeture douanière, y compris la liste des articles imposables, la liste des marchandises prohibées et restreintes ainsi que la politique d’exonération fiscale pour les produits transformés avec vente intérieure à valeur ajoutée, ont été publiés. Une fois la fermeture douanière sur l’ensemble de l’île en place, la politique de zéro tarif de Hainan pour les marchandises importées deviendra beaucoup plus large. Plus précisément, la proportion de marchandises importées éligibles aux tarifs zéro passera d’environ 21 % à environ 74 %, concernant environ 6 000 lignes tarifaires. Cet ajustement signifie que de nombreux types d’importations supplémentaires bénéficieront d’exonérations des droits de douane à l’importation, de la taxe sur la valeur ajoutée à l’importation et de la taxe à la consommation.
La politique d’exonération fiscale pour les produits transformés avec vente intérieure à valeur ajoutée permet aux marchandises produites par les industries encouragées à Hainan d’être exonérées des tarifs d’importation lorsqu’elles sont vendues sur le continent, à condition que les composants importés représentent au moins 30 % de la valeur ajoutée.
Par exemple, un lot de bœuf argentin d’une valeur d’environ 356 000 CNY (50 500 USD) serait normalement soumis à près de 43 000 CNY (6 000 USD) de droits à un taux fiscal de 12 % s’il était importé directement sur le continent chinois. Selon les règles du Port de libre-échange de Hainan, si le bœuf est transformé en viande séchée à Hainan et vendu sur le continent pour 500 000 CNY, les 43 000 CNY de tarifs peuvent être exonérés car son taux de valeur ajoutée par transformation est supérieur à 30 %.
La politique d’exonération fiscale pour les produits transformés a été introduite pour la première fois en juillet 2021 et a été affinée au cours des quatre dernières années. À fin octobre, Hainan avait approuvé 129 entreprises pour le programme pilote, avec des ventes intérieures transformées atteignant environ 11,1 milliards de CNY (1,5 milliard $), entraînant environ 860 millions de CNY (121,8 millions $) d’exonérations tarifaires. Après la fermeture douanière complète, cette politique s’étendra des programmes pilotes dans certaines industries et zones de l’île à l’ensemble de l’île.
Article original en langue anglaise : https://www.yicaiglobal.com/news/chinas-hainan-prepares-for-full-customs-closure-in-six-days
L’article Hainan lance son premier port de libre-échange est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
27.10.2025 à 01:21
observatoirenrs
Dans la course à la croissance, une obsession domine : le gain de temps. Le
L’article Quicktron Robotics, nouvel acteur majeur de l’automatisation logistique mondiale est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Dans la course à la croissance, une obsession domine : le gain de temps. Le secteur de la logistique illustre parfaitement cette dynamique, cherchant constamment à optimiser ses processus. Pour y parvenir, l’automatisation est la solution technologique privilégiée. D’ailleurs, selon un rapport du McKinsey Global Institute, l’automatisation pourrait faire croître la productivité mondiale de 0,8 à 1,4 % chaque année.
Dans ce contexte, certaines entreprises s’imposent comme des acteurs incontournables. Quicktron Robotics, un des leaders chinois du marché de l’automatisation des robots et des entrepôts (AMR), entend développer ses ambitions mondiales.
Fondée en 2014 à Shanghai par monsieur Yang Wei, Quicktron Robotics s’est développée avec pour ambition de “Libérer les êtres humains du travail manuel”, dans un contexte où la Chine rencontre de fortes pénuries de main-d’œuvre et une augmentation significative de son coût. L’automatisation du secteur logistique devrait réduire ce dernier de près de 80%.
Forte de ses ambitions, l’entreprise connaît un développement fulgurant. En 2015, un an seulement après sa création, Quicktron Robotics réalise sa première levée de fonds, et finalise ses premiers projets d’entrepôts intelligents pour Vip.com et Best inc, respectivement un acteur important du e- commerce et de la logistique intelligente en Chine.

En 2017, Quicktron reçoit un financement de la part de deux acteurs de poids: Cainiao, le bras logistique du géant chinois Alibaba et SBCVC, un fonds d’investissement spécialisé dans les technologies à fort potentiel. Leur soutien déjà considérable, environ vingt-neuf millions de dollars, permet de crédibiliser le projet de Quicktron et ouvre la voie à un développement ambitieux. En 2018 et en 2020 cela permettra à Quicktron de réaliser deux levées de fonds supplémentaires, dont la dernière atteindra les cent millions de dollars. Désormais, on retrouve des investisseurs de dimension mondiale comme Saudi Aramco, compagnie pétrolière nationale saoudienne, et Kion group, industriel allemand numéro deux de la logistique en entrepôts.
Très bien implantée sur le marché chinois, Quicktron Robotics est également porteuse d’ambitions internationales. Pour y arriver, l’entreprise s’appuie sur trois leviers stratégiques : un investissement massif en R&D; l’élaboration de partenariats avec des acteurs majeurs du secteur de l’automatisation logistique; et la validation de normes et de certifications qui faciliteront son insertion dans les différents marchés mondiaux.
Consciente de la fulgurance du milieu technologique dans lequel elle évolue, Quicktron Robotics met un point d’honneur à proposer des produits de très haute qualité, et remet régulièrement en question leur pertinence sur le marché. Elle propose aujourd’hui quatre séries de robots différentes pour accomplir la plus grande variété de missions possibles au sein d’un entrepôt. On retrouve des systèmes de tris avancés, des chariots élévateurs intelligents et des robots dits “bin-to-person” c’est-à -dire qui vont chercher le produit et l’amener à un employé chargé de sa distribution.
Guidée par sa quête de l’automatisation générale, Quicktron Robotics propose également des logiciels capables de gérer le flux robotisé et d’optimiser au maximum les opérations. Grâce à cette volonté d’excellence technologique, l’entreprise a proposé quatre générations de robots en dix ans, s’appuyant sur des investissements très importants en R&D, atteignant 60 à 75 % des dépenses annuelles de l’entreprise, tous secteurs confondus. Cette force d’innovation se traduit également par le nombre impressionnants de brevets déposés, près de quatre cents.
Malgré sa rigueur technologique, Quicktron Robotics ne peut espérer de destin mondial sans des partenaires déjà bien établis, capables de faciliter son approche sur des marchés pour l’instant hors de portée. Il s’agit également de donner confiance en son projet. Pour cela, l’entreprise chinoise peut compter sur son partenariat avec KION Group, et plus spécifiquement avec ses filiales Dematic et Linde, qui participent à la distribution de ses produits et au développement conjoint de véhicules automatisés.

L’impressionnant réseau partenarial de vingt-quatre entreprises à travers le monde témoigne lui aussi de la portée que Quicktron Robotics souhaite donner à son commerce. Dernier levier de sa stratégie internationale : l’obtention de normes et de certifications. Elles sont essentielles pour le développement des activités de l’entreprise à l’étranger. Quicktron Robotics en a acquis trois ces dernières années. La première fut l’obtention en 2019 de la certification CE pour ses robots de troisième génération, indispensable pour réaliser des ventes sur le marché européen.
Ensuite, en mai 2025, TÜV Rheinland – organisme allemand renommé et spécialisé dans la délivrance de certifications – a attribué à Quicktron Robotics les certifications CE-MD et NRTL sur certains de ses modèles de robots. La première est un marquage européen obligatoire pour la mise sur le marché de dispositifs médicaux dans l’UE. La seconde permet la validation des normes de sécurité américaines dans de nombreux secteurs, sans couvrir le domaine médical.
En août 2025, Quicktron Robotics va plus loin en obtenant une certification délivrée par TÜVSÜD. Il s’agit d’un autre organisme de certification internationale permettant de garantir la sécurité fonctionnelle de robots, c’est-à -dire leur fiabilité, même en cas de panne et dans des conditions de travail complexes. C’est une certification importante pour le projet de Quicktron Robotics qui a désormais “la capacité de rivaliser avec les plus grandes marques mondiales dans le domaine de la sécurité fonctionnelle”, selon les mots de l’organisme.
Les trois leviers que nous venons de citer s’inscrivent dans une stratégie bien définie par le fondateur et CEO de Quicktron Robotics, dites de “Dual Dual Engines Strategy”. C’est la stratégie globale de Quicktron qui repose sur quatre piliers répartis en duo. Le premier est le système de traitement de commande et la dynamique industrielle qui l’accompagne. Le second est une stratégie produit à deux échelles : une appliquée au marché chinois, l’autre à l’international.
Aujourd’hui, Quicktron Robotics est une entreprise très bien implantée sur le marché de l’AMR (Automated Mobile Robot) puisqu’elle est régulièrement classée dans le top10 mondial.

En 2020, le fondateur et CEO de Quicktron, Yang Wei, aurait déclaré que l’empreinte de Quicktron passera de quinze pays (au moment de la déclaration), à plus de cent, et atteindra un chiffre d’affaires annuel de 1,5 milliards de dollars d’ici les cinq prochaines années. Cinq ans plus tard, force est de constater que le premier objectif n’a pas été rempli puisque l’entreprise n’est présente que dans une vingtaine de pays. Concernant le chiffre d’affaires, les données n’étant pas publiques, il est difficile de vérifier si l’objectif est atteint. Mais même si ce n’est pas le cas, l’impressionnante clientèle de plus de 1000 entreprises, ainsi que les 35 000 installations AMR délivrées, attestent de son influence internationale.
Enfin, dernièrement Quicktron Robotics a fait l’actualité à propos d’une possible entrée à la Bourse de Hong Kong.
Si cette rumeur se matérialise, Quicktron entrerait dans une toute nouvelle ère de son existence. Une entrée en bourse (IPO) est l’opportunité pour l’entreprise qui en bénéficie de mettre des parts de son capital (actions) à disposition d’investisseurs du monde entier. Concrètement, il s’agirait sûrement d’une nouvelle levée de fonds estimée à cent millions de dollars.
Mais cette IPO représente surtout une visibilité internationale inédite et une confiance des investisseurs, ouvrant la voie à de nombreux marchés inexploités.
En 2021, Quicktron faisait déjà l’objet de spéculations quant à une possible inscription à la bourse de Shanghai. Ce projet n’a jamais vu le jour et plusieurs raisons sont envisageables. Tout d’abord, la régulation est plus stricte à la bourse de Shanghai et n’offre pas le régime confidentiel proposé par Hong Kong. En effet, une entrée à la bourse de Hong Kong à ceci d’attractif qu’elle propose de réaliser une IPO confidentielle. C’est un régime spécial permettant de ne pas rendre public le dossier d’entrée immédiatement. L’objectif est de s’assurer du bon déroulement du processus d’intégration sans exposer publiquement toutes les données sensibles de l’entreprise. Dans le cas d’un rejet de candidature, il serait fâcheux de voir en plus ses données dispersées dans le monde entier.
L’activité logistique de pointe développée par Quicktron Robotics a les moyens d’en faire un artisan majeur de la BRI. Cette dernière étant une gigantesque machine, les robots de Quicktron peuvent participer à la fluidification des échanges par l’automatisation. Concrètement, cet investissement pourrait se concentrer dans les grands ports de la côte chinoise – parmi les plus importants hubs maritimes mondiaux – ainsi que dans ceux des pays partenaires de la Belt and Road Initiative. Cela peut aussi avoir lieu dans les hubs logistiques ou les points relais des voies terrestres. Cette stratégie s’est traduite dès 2017 par la construction de son premier entrepôt intelligent en Malaisie.
Le projet a été mené en partenariat avec Cainiao (branche logistique d’Alibaba), Lazada, entreprise spécialisée dans le e-commerce et propriété majoritaire du groupe Alibaba, et Pos Malaysia, opérateur postal malaisien. Le destinataire, eWTP, est un géant chinois du commerce électronique, lancé par Jack Ma, figure importante du groupe Alibaba.
Ainsi, les liens communs à ces différentes entreprises traduisent bien les intentions de développement de la Chine dans le sud-est asiatique et delaroutedelasoienumérique. Le choix de la Malaisie pour son premier projet d’automatisation à l’étranger envoie un message fort alors que la région est connue pour être un centre névralgique d’Alibaba et plus largement des nouvelles routes de la soie.
Au-delà de son intervention physique, l’entreprise elle-même, en tant qu’acteur mondial de la logistique intelligente, participe à faire rayonner le soft power chinois et plus précisément la route de la soie par son volet numérique. L’image moderne et technologique de l’entreprise trouve en effet ses admirateurs dans le monde entier. Ainsi, il y a deux axes à travers lesquels Quicktron Robotics peut s’impliquer dans la BRI, un axe opérationnel et un axe stratégique.
***
Quicktron Robotics fait partie de ces “champions chinois” au développement éclair et s’impose aujourd’hui comme l’un des meilleurs de son domaine. Ses choix stratégiques d’investissements importants en R&D, de développement de partenariats solides à l’international et d’acquisition de nombreuses certifications sont centraux, mais plusieurs autres actions ont confirmé la dimension internationale revendiquée par Quicktron Robotics.
Malgré son succès évident, Quicktron continue son ascension en se fixant des objectifs toujours plus ambitieux et rêve d’imposer sa vision révolutionnaire de la logistique. Sa potentielle entrée en bourse est la prochaine étape clé de sa dynamique conquérante.

Par Paul DUPONT, Analyste – Rédacteur
L’article Quicktron Robotics, nouvel acteur majeur de l’automatisation logistique mondiale est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
29.09.2025 à 14:19
observatoirenrs
Le Parti communiste chinois (PCC) souhaite d’ici 2049, construire un pays socialiste moderne prospère, fort,
L’article Aux racines des nouvelles routes de la soie, le « rêve chinois » est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.
Le Parti communiste chinois (PCC) souhaite d’ici 2049, construire un pays socialiste moderne prospère, fort, démocratique, culturellement avancé et harmonieux (Leung, 2019). La capacité du Parti communiste chinois à rester au pouvoir dépend aussi de sa gestion de l’initiative la Ceinture et la Route. Les nouvelles routes de la soie comportent un volet politique évident, elles sont un récit développé par le gouvernement pour consolider son pouvoir invoquant un passé commun d’humiliation et de la nostalgie des temps glorieux de l’Empire du Milieu (Zheng Wang).
Le « rêve chinois » est un outil d’autolégitimation. Xi Jinping a déclaré en novembre 2014 : « Nous devons accroître le soft power de la Chine, proposer un récit chinois et mieux communiquer le message de la Chine au monde ». L’objectif principal est de faire de la Chine une puissance globale via la BRI (Lincot, 2019). En effet, la Chine est une puissance émergente et veut se positionner comme telle et assoir sa légitimité, comme les autres grandes puissances avant elle, elle propose un modèle pour le pays et pour le reste du monde. Richard T.Griffiths, dans Revitaliser la route de la soie: la ceinture et la route chinoise (2017), explique la nécessité de maintenir un dynamisme et de créer un discours autour des nouvelles routes de la soie afin qu’elles ne soient pas une simple juxtaposition de projets d’infrastructure mais une vision globale du Parti pour la Chine et pour le monde, pour les pays qui la rejoindraient volontairement.
A propos du « rêve chinois », Xi Jinping a affirmé lors du 19ème Congrès du Parti communiste chinois (PCC) que le parti était « confiant et plus que jamais capable de réaliser l’objectif d’une renaissance nationale ». « Le rêve chinois, après tout, est le rêve du peuple. Nous devons sans cesse apporter des avantages à la population. Réaliser le grand renouveau de la nation chinoise, c’est le rêve national de l’histoire moderne » (Président Xi Jinping). Le projet de l’Initiative la Ceinture et la Route est une initiative personnelle du président Xi Jinping. Selon le docteur en sciences politiques Caroline Galacteros, c’est un projet puissamment collectif et donc intrinsèquement politique, qui intervient lors d’une période de ralentissement de la croissance économique chinoise. Avec les nouvelles routes de la soie, Xi Jinping réaffirme sa maîtrise du pouvoir et propose une solution et, en outre, une vision. Cela fait partie de la tradition de planification économique du Parti. Le politologue Xu Tiebing définit l’initiative comme l’empreinte personnelle du dirigeant à court terme et une véritable stratégie à long terme, une vision qui accompagne un changement de statut de la Chine. Tom Miller a publié en 2017 « Le rêve asiatique de la Chine ». La Chine rêve d’un retour à la grande nation chinoise, d’une renaissance, et l’Initiative Belt and Road est le cadre de sa politique étrangère. Le programme vise à consolider la place du parti communiste chinois à la tête du système politique et de la société, pour replacer le Parti au centre du peuple et de la vie des chinois (Miller, 2017). Ainsi, les nouvelles routes de la soie sont un projet politique. Pour le Président Xi Jingping, la BRI est une « communauté de destin », il souhaite fédérer les pays autour de sa vision.

Le slogan du dirigeant chinois depuis son intronisation en 2013 est « Zhongguo Meng », il sert à légitimer sa position à la tête du Parti. Ses prédécesseurs avaient comme slogans « trois représentants » pour Jiang Zemin et « Société harmonieuse » pour Hu Jintao. Ces slogans sont censés rallier le peuple autour du gouvernement et du dirigeant. Tous les trois ont été forgés par Wang Huning, surnommé « l’architecte du rêve chinois ». Cet académicien au statut de roi sans couronne, a influencé le parti politique depuis les années 1990 et est surnommé « le prince de Zhongnanhai[1] ». Grande figure du monde académique, il symbolise l’effort chinois pour façonner un modèle capable de se répandre à l’extérieur des frontières et de stabiliser l’intérieur. Wang Huning a développé une théorie néo-autoritaire, il priorise le modèle centraliste au nom de l’efficacité et du besoin de stabilité dans un pays vaste et multiculturel. Il est le concepteur de la théorie centraliste du rêve chinois (la Chine est le centre puis l’extension à d’autres pays). Le Parti communiste doit contrôler le « roman national ». Selon lui, les pays occidentaux ont commis l’erreur de tomber dans l’idéalisme en poursuivant des rêves de colonisation et de mondialisation, trahissant le contrat social établi depuis l’ère westphalienne[2]. La Chine doit pouvoir s’enraciner dans son histoire, ancienne et récente. Lors de son discours de janvier 2013 devant le Comité central, Xi Jinping a expliqué que l’Union soviétique s’est effondrée parce qu’elle a nié son histoire et la lutte idéologique. Wang Huning met en garde contre le nihilisme historique. Pour Xi Jinping, « l’histoire du Parti est un tout ». Il veut mettre en lumière l’histoire chinoise depuis la période impériale pour construire un récit, fondement commun du rêve chinois. Le peuple et le parti sont unis pour l’intérêt général. Cette approche intégrale du rôle de l’État devrait idéalement dicter la marche de l’ensemble de la société chinoise vers un objectif commun et global (Théophile Sourdille, 2018).
Wang Huning a développé une approche critique de la démocratie, il a dénoncé les principes du Consensus de Washington et étudié l’individualisme américain. Les nouvelles routes de la soie pourraient être comprises comme un modèle alternatif au capitalisme américain et au « mode de vie américain », basé sur des valeurs différentes. Il a établi une « Théorie des trois représentativités » : le parti doit comprendre des représentants de l’économie (entreprises), de la culture (institutions académiques et artistiques) et des intérêts fondamentaux d’une grande majorité de la population (société civile). Ainsi, la politique de l’État prime sur tout le reste. Xi Jinping veut garantir l’exemplarité et l’éducation morale, il a lancé une politique anti-corruption en 2013. Les intérêts personnels ne peuvent pas faire obstacle au devoir civique. Les gens vont contrôler le prince non pas par la démocratie mais par une charte de principe de bonne gouvernance. La Chine veut construire ce modèle alternatif à l’Occident qui est l’homme malade de la mondialisation (taux records d’abstention aux élections, perte de légitimité, crises d’identité). Cependant, il est confronté à d’autres problèmes : la corruption, les inégalités, la fuite des cerveaux, le surpeuplement.
La Chine a des ambitions normatives, elle veut être un producteur de normes internationales. Cette ambition est une conséquence son nouveau statut de puissance. Les relations avec ses voisins sont gérées selon une logique de cercles concentriques. La notion de « soft power » (Nye, 1990) a été utilisée dans les années 2000 sous la présidence de Hu Jintao qui a parlé de « puissance nationale globale ». Cependant, le « soft power » est un concept américain, utilisé par le professeur américain Joseph Nye pour décrire une capacité de séduction, un pouvoir d’influence, par exemple le « American Way of Life ». Or, la Chine ne recherche pas le soutien des masses mais celui de partenaires politiques et diplomatiques, elle se qualifie elle-même de « pouvoir normatif ». (Alain Roux, Xiaohong Xiao-Avions, 2018).
L’Initiative la Ceinture et la Route s’inscrit dans une politique de restauration de la Chine à sa place supposée dans le système international. Elle a pour vocation de mettre fin à la « politique de discrétion » de Deng Xiaoping (XIXe Congrès, octobre 2017). C’est aussi une stratégie de réponse à la politique du « pivot asiatique » initiée par le président Obama. Wang Jisi, doyen de l’École d’études internationales de l’Université de Pékin a publié un article dans le Global Times 2012 selon lequel les États-Unis bloquaient les perspectives de la Chine dans le Pacifique et se retiraient d’Asie centrale. Il s’agirait une opportunité stratégique pour la Chine, qui doit profiter de ce vide stratégique. Le « Grand pas en avant vers l’Ouest » (da xi jin) vise à orienter les routes commerciales vers l’Eurasie.
Article initialement publié en 2020, republier fréquemment le 1 octobre à l’occasion de la fête nationale chinoise.
[1] Zhongnanhai est le siège du gouvernement.
[2] Les traités de Westphalie en 1648 établissent le concept d’Etats-nations.

Par Margaux Maurel – Diplômée de l’EDHEC, spécialiste des Nouvelles Routes de la Soie et de l’Asie centrale. Elle a travaillé pour la Commission Économique et Sociale pour l’Asie pacifique des Nations Unies, au bureau régionale pour l’Asie centrale et du Nord.
L’article Aux racines des nouvelles routes de la soie, le « rêve chinois » est apparu en premier sur Observatoire Français des Nouvelles Routes de la Soie.