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Lignes de Crêtes Lignes de crêtes

Site d’analyse et d’opinion collectif, internationaliste. Lignes de Crêtes s’assume politiquement bienpensant, antiraciste, antifasciste, spirituel, international, féministe et résolument contre l’antisémitisme et l’islamophobie.

Publié le 14.11.2018 à 14:40

Alors le 17, on n’y va ou pas ?

Sonia

En dehors de cette orthographe, c’est la question que bien des gens de gauche se posent. Le 17 novembre est une mobilisation d’extrême-droite. Pas seulement parce que le Front National et Debout la France soutiennent. Pas seulement parce que bon nombre des promoteurs et organisateurs sont d’extrême droite. Comment une pétition qui stagnait à quelques centaines de signatures a-t-elle soudainement pris une telle ampleur ? Qui a les meilleurs réseaux sur internet depuis des années, au point d’avoir son nom, la fachosphère ? Le 17 novembre est une mobilisation d’extrême-droite dans sa nature même Il n’y a pas de corps intermédiaires dans cette mobilisation, disent les commentateurs. C’est évidemment ne pas tenir compte des réseaux qui ont donné de l’ampleur au mouvement, tant nationalement (les clubs automobiles et d’amateurs de voitures, motos, caravanes et compagnie, mais aussi la fachosphère) que localement (à Dôle par exemple, c’est un entrepreneur de droite amateur de François Ruffin qui a lancé une action dès le 2 novembre, mais il bénéficie d’un réseau déjà existant lié aux campagnes électorales et à son activité professionnelle). Ils ne sont peut-être pas encartés, et peut-être même se croient-ils sincères en se disant « apolitiques », comme l’humoriste Anthony Joubert, un des « initiateurs ». Pourtant si l’on regarde de près les pages qu’aime l’humoriste sur sa page facebook personnelle, on trouve, au milieu d’une quantité de pages liées à l’humour ou à des spectacles, quelques rares pages plus politiques : les reportages de Vincent Lapierre, qui effectue des reportages pour Egalité et Réconciliation ; la page… Continuer la lecture
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Publié le 08.11.2018 à 18:58

Macron et Pétain, quand la girouette tourne au gré des vents bruns

Antonin Grégoire

Emmanuel Macron, président libéral élu grâce au front antifasciste a donc choisi, d’autorité présidentielle octroyée par la 5eme république de célébrer le Maréchal Pétain. Choisir est à vrai dire un bien grand mot, pour un président qui se targue de construire un “récit national”, mais peut, en 24 heures, et dans le cadre d’une semaine mémorielle censée avoir été préparée pendant un an, alterner hommages et relativisation de l’hommage, pendant que son équipe de communication va chercher De Gaulle pour justifier l’éloge de Pétain. Autorité présidentielle, d’ailleurs, est aussi un bien grand mot, pour celui qui le lendemain de la révélation d’un projet d’attentat de l’extrême-droite contre lui, lui donne des gages pitoyables et dangereux sur l’histoire et la mémoire. Nous y sommes habitués depuis le début du quinquennat. Celui-ci a commencé par la réception en grandes pompes d’un bourreau autoritaire à Versailles. Image hallucinante d’un président fraîchement élu, après une campagne marquée notamment par les attaques des médias de propagande de Poutine contre lui, le recevant littéralement comme un roi. Presque immédiatement après, Emmanuel Macron entamera une idylle politique tragi-comique avec Donald Trump, autre symbole et référence de toutes les extrême-droite, tragique de par ses conséquences politiques, comique malgré tout, tant le narratif du petit Français qui allait rendre Trump raisonnable et progressiste à coup de poignées de mains viriles relevait du chauvinisme le plus éculé et le plus pitoyable qui soit. Et c’est bien ce chauvinisme étroit, irrationnel et minable qui est apparu aujourd’hui, chauvinisme de com qui… Continuer la lecture
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Publié le 06.11.2018 à 18:35

Last men in Aleppo

Benjamin Peltier

Ce samedi 27 octobre en soirée, le “Festival des Libertés” à Bruxelles diffusait pour sa soirée de clôture le film “Last men in Aleppo” qui venait de gagner le prix du meilleur documentaire du festival. L’annonce du prix est terminée. La salle s’éteint. Commencent 107 minutes de plongée dans les six derniers mois d’Alep avant sa chute aux mains du régime. On suit la défense civile syrienne, les casques blancs. Le film fait le choix de mettre le focus sur trois d’entre eux: Khaled, Subhi et Mahmoud. On les voit foncer dans les décombres après un bombardement. On les voit sortir l’un après l’autre les enfants d’une famille de sous les décombres. Certains sont morts, d’autres vivants mais en sang d’autres encore ont évité le pire. On voit les sauveteurs retourner voir la famille quelques jours plus tard et toute la reconnaissance de celle-ci envers leurs sauveteurs. Pendant cette première partie de film, on pourrait croire que cette vie fait sens. Ils sont utiles à la communauté et vivent finalement aussi de belles histoires. Mais ce sentiment va très vite passer. Car le film n’épargne pas le réel à ses spectateurs. Et le réel, ce sont des bombardements russes et syriens qui ne s’arrêtent jamais. Constamment, ils doivent repartir et repartir encore dans des décombres, affronter toujours plus de cadavres, de morts de proches, de collègues. Les heures de sommeils se réduisent et c’est dans un état de constante torpeur que nos protagonistes se trouvent. Confrontés à l’absence de perspectives… Continuer la lecture
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Publié le 04.11.2018 à 10:00

La haine des médias et des minorités, impasse des obsessions contemporaines

Marie Peltier

L’actualité semble ressasser en boucle un même récit: En France, au Brésil, aux Etats-Unis, tous les faits marquants de ces dernières semaines semblent épouser des méandres semblables. Car il s’agit bien d’un climat politique désormais transnational, mariné d’obsessions qui ont envahi le débat public depuis l’entrée dans les années 2000. Parmi ces obsessions, qui sont le fruit de discours politiques construits, la haine des médias et celle des minorités sont sans doute celles qui structurent le plus la parole politique et citoyenne. Ces dernières semaines, l’actualité semble sans cesse ponctuée de mêmes faits: scandales politiques divers, violences racistes, antisémites et homophobes, montée des discours et des candidats d’extrême-droite. Ce qui peut apparaître comme un phénomène récent plonge en réalité ses racines dans la séquence politique que nous avons traversée depuis le 11 septembre 2001. Cet événement politique hors-normes a en effet ouvert la voie à des discours et contre-discours dont nous voyons aujourd’hui, en quelque sorte, l’aboutissement. Car c’est bien dans cet événement rendu « fondateur » que sont venus s’ancrer des récits de rupture, en grande partie portés par l’extrême-droite, qui ont eux-mêmes fomenté des obsessions propres à notre époque. La première ligne narrative qu’a augurée cette ère de « lutte contre la terreur » a épousé une sémantique civilisationnelle, basée sur le « nous » et le « eux », venant charrier le vieux clivage opposant la « civilisation » à la « barbarie ». C’est en effet à cet imaginaire que sont venus s’arrimer les discours post-attentats: il s’agissait de choisir son camp, d’être d’un côté ou de l’autre,… Continuer la lecture
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Publié le 01.11.2018 à 18:16

Une autre histoire

Yas-Mina

Aujourd’hui, je commençais à 10h45. Un collège de Bruxelles. Cours de français. C’est l’heure de l’atelier d’expression. Les adolescent.e.s ont entre 14 et 16 ans. Ils sont une vingtaine, toutes et tous sont racisé.e.s, la plupart vivent des situation de grande précarité à la maison. L’un est élevé seul par une maman mourante. Il s’occupe de ses cadets. Ils vivent de colis alimentaires… Mais c’est une autre histoire. L’autre est placée dans un internat. Son frère est mort en Syrie pour un mauvais jihad. Parfois, elle fugue. Quand elle avait 12 ans, j’ai vu une pilule du lendemain dans son sac. Elle est sous l’emprise d’une bande de gars qui abusent d’elle dans des hôtels… Mais c’est une autre histoire. J’entre dans le local en préfabriqué. Cela fait une racisée de plus dans la pièce. La place de Mihaela est toujours vide. Comme ses sœurs et cousines avant elle, Mihaela vient d’être mariée à un jeune homme qu’elle appelle déjà son mari. Mihaela est battue par ce compagnon et par sa belle-mère alcoolique; elle vit désormais auprès de sa belle famille dans une caravane en banlieue parisienne. Et sa place reste vide… Mais c’est une autre histoire. Je remarque un élève absent depuis un mois. Je m’écrie: “Hey Akim, quel plaisir de te revoir! Bienvenue, j’espère que tu vas mieux!” A ce moment, Akim se retourne sur Wassima et lui demande “C’est qui?” Qui suis-je? Cela fait trois ans que je connais Akim, et il ne me reconnaît pas. Wassima… Continuer la lecture
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Publié le 29.10.2018 à 08:56

Violence à l’école, violence de l’école

Christophe Tarricone

La violence à l’école, pour moi, c’est paradoxalement d’abord le souvenir de celle d’une famille d’élève à l’encontre de son enfant. Le souvenir d’une rencontre avec un père et son fils que j’avais convoqués pour une remontée de bretelles et qui s’est terminée par une volée de coups sur un gamin de cinquième après l’exposé du premier reproche que j’avais à lui faire en tant qu’élève. La violence, pour moi, a le visage trop prévisible de ce qui devait advenir presque immanquablement à ce jeune garçon, le conseil de discipline quelques mois plus tard, la prison pour lui devenu adulte et ensuite l’errance d’hébergement d’urgence en hébergement d’urgence. Et pour moi l’apprentissage que peut-être, tout n’était pas bon à dire. Et la certitude désormais ancrée de ne pas être, ou pas assez capable de changer les destins individuels de ceux que l’Etat me confiait au nom d’une mission que l’on sent tous comme vitale pour notre commun. Mais dont on comprend rapidement qu’elle est rendue trop souvent impossible pour ceux qui en ont le plus besoin à cause des poids qui créent et entretiennent les inégalités au vu et au su de tous. #PasDeVague Le #PasDeVague semble avoir relancé le débat sur la question de l’école et la violence. Relancé plus que lancé car c’est une question lancinante en France depuis des décennies. Ces dernières années, des rapports d’origines diverses ont tenté de cerner le phénomène, d’en montrer les différentes modalités (harcèlement, nature sexiste de la violence), d’en analyser les… Continuer la lecture
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