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23.07.2024 à 18:36

5 % du territoire de Paris est totalement inaccessible sans QR code pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques

Marin Saillofest

Depuis le 18 juillet, un périmètre de protection anti-terroriste a été mis en place autour de la Seine, qui accueillera la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques vendredi 26. Près de 15 % du territoire de l’espace urbain est soumis à des restrictions drastiques en cumulant les zones interdites aux véhicules.

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Selon la carte des zones restreintes pour la préparation et la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques publiée par la préfecture de Paris, 4,87 km² seront inaccessibles pour les personnes ne pouvant justifier d’une raison valable de pénétrer dans le périmètre « Sécurité insécurité et lutte contre le terrorisme » (SILT).

  • Cette surface, principalement concentrée autour de la Seine ainsi qu’autour du Trocadéro jusqu’à la place Charles-de-Gaulle, représente 4,62 % de Paris intra-muros.
  • La zone interdite aux véhicules ne disposant pas d’une autorisation est quant à elle deux fois plus étendue : 10,88 km2 — soit 10,33 % de la surface de la ville.
  • Cumulées, les deux zones de restriction d’accès représentent 14,96 % de la ville de Paris.

Pour la période allant du 18 au 26 juillet, « seuls les riverains, les professionnels et les visiteurs (avec réservation d’un hôtel, d’un musée, d’un restaurant, etc.) seront autorisés à accéder à ce périmètre, sous réserve de détenir un Pass Jeux et les spectateurs munis d’un billet ou d’un titre d’accès leur permettant d’accéder à la cérémonie, le 26 juillet à partir de 13h »1.

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23.07.2024 à 17:27

La Russie de Poutine face aux JO de Paris 2024 : 10 points sur la géopolitique du sport dans un monde cassé

Matheo Malik

Sans hymne, sans drapeau, les quelques athlètes russes présents à Paris concourront sous bannière neutre. Cette année, aucune chaîne de télévision russe ne diffusera les Jeux Olympiques. Pourtant, l’arsenalisation du sport en Russie a une histoire longue — un passé soviétique réactivé à l’ère Poutine.

La grand-messe parisienne de l’été 2024, qui focalisera l’attention du monde entier, pourrait être le nouveau théâtre d’une guerre hybride.

Un état de l’art en 10 points par Lukas Aubin, co-auteur de la Géopolitique du sport (La Découverte, 2024).

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Texte intégral (5701 mots)

Dans une Europe prise entre deux guerres et une France en crise politique, les Jeux olympiques de Paris vont s’ouvrir dans un climat de haute tension géopolitique. Alors que la Russie entend promouvoir un sport mondial alternatif pour s’opposer à « l’Occident », nous accompagnerons notre suivi des JO de Paris 2024 en publiant et en commentant des textes sur la doctrine du sport russe. Pour les recevoir à leur sortie, abonnez-vous au Grand Continent

1 — Le sport mondial, « politique de l’apolitisme »

Qu’on le veuille ou non, le sport est un fait social qui touche tout le monde, à l’échelle planétaire, quel que soit le genre, l’âge ou l’origine sociale. Cela en fait un instrument politique et géopolitique, utilisé par un certain nombre d’acteurs tels que les États, les entreprises ou les médias. En bref, tout le monde peut utiliser le sport comme un instrument politique ou géopolitique, avec plus ou moins de succès, d’impact ou d’influence. Si bien que le « sport apolitique » est essentiellement un mythe.

Jacques Defrance parlait de « politique de l’apolitisme »1 pour qualifier l’utilisation du sport par les instances du sport international dans le cadre de leur travail. Et on peut de fait remonter à l’époque de Pierre de Coubertin, qui décida en 1896 de créer les Jeux olympiques de l’ère moderne en en faisant l’illustration de ce qu’il appelait la neutralité et l’universalité du sport. Coubertin avait ses propres représentations politiques et géopolitiques du monde qu’il a plaquées sur ses Jeux olympiques, en faisant ainsi un exemple parfait de « politique de l’apolitisme ». Alors même qu’il prône l’universalité et la neutralité du sport, il interdit aux femmes et aux ressortissants des colonies d’y participer en invitant principalement des pays occidentaux à pratiquer des sports européens. Ces premiers Jeux s’inscrivent donc d’emblée dans une démarche non avouée de politisation du sport — en l’occurrence pro-occidentale — comme cela fut souvent le cas à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Si les choses ont aujourd’hui évolué, le sport demeure un instrument de puissance politique et géopolitique essentiellement pour deux raisons. D’une part, les méga-événements sportifs comme les Jeux olympiques et paralympiques ou la Coupe du monde de football sont regardés par la moitié de l’humanité — cela en fait une arme de diffusion massive. D’autre part, le mouvement sportif mondial, allant des salaires des stars du football à l’achat de matériels sportifs, représenterait environ 2 % du PIB de la planète — soit un marché considérable.

Dans ce contexte, plusieurs puissances cherchent à territorialiser le sport et à l’utiliser comme marqueur. Ces dernières décennies, on a vu émerger un certain nombre de nouveaux pays faisant du sport un instrument de leur volonté, à l’instar du Qatar, de l’Arabie saoudite et de la Chine. Désormais, le sport n’est plus l’apanage des puissances occidentales, il est, comme le monde, multipolaire et en voie de désoccidentalisation.

Le sport est une arme de diffusion massive.

Lukas Aubin

2 — Aux origines de la « guerre froide du sport » : imposer son idéologie et son système

La guerre froide a opposé deux représentations du sport, deux visions du monde et de la façon dont il devait fonctionner. 

Du côté soviétique, il fallait performer pour démontrer que le modèle communiste était supérieur au modèle libéral et capitaliste américain. L’idée de Staline — reprise plus tard par Vladimir Poutine — était que le sport permet de mesurer la puissance vis-à-vis d’autres États. Cette idée passait par le mythe selon lequel les sportifs soviétiques étaient d’abord des amateurs avant d’être des athlètes, qu’ils étaient avant tout des travailleurs devenus performants physiquement non pas parce qu’ils s’entraînaient plus que les autres mais parce que le système sovétique permettait cet épanouissement physique. Ce discours était évidemment bien loin de la réalité. 

De l’autre côté, on amplifiait le caractère libéral du système sportif américain. On mettait en avant l’idée du self-made man à travers la figure de Rocky, dont les entraînements dans la nature sont censés véhiculer l’idée que « si l’on veut, on peut ». Son adversaire, Ivan Drago, est quant à lui dépeint comme une machine soviétique sans sentiment qui s’entraîne avec électrodes et autres appareils. Cette caricature reflète dans une certaine mesure la vision américaine et cette opposition de style est typique de la guerre froide du sport.

Alors que du côté américain le sport moderne remonte aux révolutions industrielles du XIXème siècle, en Union soviétique il s’est véritablement construit à travers le mythe de l’homo sovieticus, un modèle très spécifique, autoritaire, privilégiant les masses à l’individu. Depuis la fin de la course aux médailles entre les deux grands, on a cru dans un premier temps que cette guerre froide était complètement terminée — mais les années Poutine ont de fait marqué une forme de continuité. 

3 — Sportokratura : le sport en Russie à l’ère Poutine

Quand Vladimir Poutine arrive au pouvoir à la fin du mois de décembre 1999,  il hérite d’un modèle sportif en ruine.

Dans les années 1990, la Russie a fait face à un « exode des cerveaux et des muscles » : 7 500 athlètes de haut niveau et 2 500 entraîneurs sont partis à l’étranger, notamment aux États-Unis, au Canada et en Europe de l’Ouest afin de bénéficier de salaires plus élevés, d’infrastructures en meilleur état et de meilleures conditions de vie globales. Le passage à l’économie de marché en URSS puis en Russie à travers la thérapie de choc mise en place dans les années 1990 par Boris Eltsine, a engendré une grave crise économique, structurelle et idéologique, dont le sport, entre autres, a beaucoup pâti. Alors qu’il était entièrement financé du temps de l’URSS, il est à cette époque-là totalement mis de côté. Des clubs de football s’effondrent, de nombreuses infrastructures sportives sont abandonnées. Elles coûtent alors trop cher et les oligarques émergents préfèrent investir dans les supermarchés, le gaz ou le pétrole. Le sport n’est pas vu comme un investissement stratégique.

À son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine veut faire du sport le symbole de la renaissance de l’État russe sur la scène internationale. Il mobilise alors un certain nombre d’acteurs issus de ce que j’ai appelé la sportokratura, c’est-à-dire la nomenklatura par le sport : un système politico-économico-sportif construit par Vladimir Poutine destiné à utiliser le sport pour influencer le monde et contrôler sa population, dont les acteurs mobilisés sont les oligarques, les hommes et femmes politiques et les athlètes de haut niveau — à la retraite ou non.

À son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine veut faire du sport le symbole de la renaissance de l’État russe sur la scène internationale.

Lukas Aubin

À l’aune de cette sportokratura, Vladimir Poutine demande aux oligarques de racheter les clubs sportifs de premier plan et de reconstruire les infrastructures. Roman Abramovitch construit ainsi dans les années 2000 une centaine de terrains de football en Sibérie. Ce n’était pas par simple plaisir mais dans un rapport important de dons contre dons : en plaisant au Prince on s’assure de ne pas être dérangé. Dans les grandes et moyennes villes de Russie, le contraste devient de plus en plus saisissant entre les infrastructures sportives récentes et les Khrouchtchevkis vieillissantes des années 1960.

Dans les années 2000 puis 2010, le modèle sportif russe renaît donc de ses cendres via une forme de capitalisme administré, prélude à l’accueil par la Russie de grands événements sportifs.

4 — Les JO de 2014 et la Coupe du monde 2018 : deux études de cas de la diplomatie sportive poutinienne

Les Jeux olympiques de Sotchi et la Coupe du monde de 2018 peuvent être vus comme la consécration de la politique des années 2000. Symboliquement, la flamme olympique des JO de Sotchi avait la forme d’une plume de phénix — difficile de faire plus clair. 

Il faut toutefois apporter quelques nuances car le sport est un instrument à double tranchant, très difficile à manier politiquement. Il est, à cet égard, généralement assez difficile de satisfaire à la fois le public « domestique » et la communauté sportive internationale. Les pays misant sur le sport se retrouvent schématiquement confrontés à un dilemme : faire vibrer la corde patriotique au risque d’exclure les autres nations de la grand-messe, ou au contraire jouer à plein la carte de l’internationalisme au risque d’antagoniser sa population locale.

Les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi ont ainsi clairement été utilisés par Vladimir Poutine comme un instrument pour parler avant tout aux Russes — avec en arrière-plan une volonté de prendre sa revanche sur les Jeux olympiques de 1980 vécus comme un semi-échec car boycottés notamment par les Américains. Un discours patriotique autour des Jeux a été mis en place, plaçant notamment l’accent sur la supériorité du corps russe dont Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine parlaient régulièrement. Un programme de dopage d’État a été organisé pour améliorer les performances et faire gagner les sportifs russes. Cette politique a en partie fonctionné : elle a favorisé un regain de patriotisme important en Russie à cette période. Juste après les Jeux, la Russie annexait la Crimée et Vladimir Poutine atteignait un pic de popularité avec 90 % d’opinions favorables les mois qui suivirent ces deux événements.

Sur le plan international en revanche, la séquence ouverte par Sotchi et l’annexion de la Crimée a placé la Russie « renaissante » dans une situation d’isolement progressif : elle a pu faire peur et cristalliser une forme de défiance. S’il n’y a pas eu de boycott à proprement parler, certains États n’ont pas été représentés par leur président ou Premier ministre, si bien qu’on peut parler pour ces JO d’hiver de semi-boycott.

C’est l’exact inverse s’est produit à la Coupe du monde de football de 2018. Vladimir Poutine avait cette fois décidé de privilégier l’audience internationale. Il n’a été lui-même que très peu présent pendant la compétition — seulement aux cérémonies d’ouverture et de clôture —, et ce sont des personnalités de second plan qui ont assisté aux matchs de l’équipe russe. Cette décision stratégique a eu pour effet de mettre le sport — et non la politique — au premier plan de cette compétition. Au même moment, Poutine repoussait l’âge de la retraite et à la fin de l’événement, d’importantes manifestations eurent lieu dans la plupart des grandes villes de Russie demandant le retrait de cette loi.

Toujours est-il que la séquence 2014-2018 reste sans aucun doute l’acmé de la politique sportive poutinienne.

La séquence ouverte par Sotchi et l’annexion de la Crimée a placé la Russie « renaissante » dans une situation d’isolement progressif : elle a pu faire peur et cristalliser une forme de défiance

Lukas Aubin

5 — Une utilisation commune du sport mondial au sein des régimes autoritaires ou non-démocratiques ? 

Si on le compare à la Chine ou au Qatar, d’autres régimes verticaux, le cas russe fait figure d’exception. 

Les événements sportifs globaux qui ont eu lieu en Chine et au Qatar étaient ultra-contrôlés, ultra-réglementés et ultra-surveillés : lors de la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar, l’alcool a été interdit dans les stades quelques jours avant la compétition, non seulement pour respecter le contrat social local dans un pays musulman, mais aussi afin d’éviter tout débordement. En Chine, la sécurisation à outrance des compétitions de 2008 et 2022 n’a laissé aucune marge de manœuvre à la population et aux touristes.

En Russie, l’organisation de ces grandes compétitions a pu être utilisée pour alimenter le mythe d’un simulacre démocratique fonctionnel. La face que la fédération montre au monde en 2014 et 2018 est donc le résultat, délibéré et travaillé, d’une volonté d’affichage de changement : malgré le poutinisme et après l’annexion de la Crimée, Moscou est soucieuse de montrer au monde un visage libéral.

6 — Le sport mondial russe depuis la guerre en Ukraine

Depuis le 24 février 2022, une forme de rupture entre la Russie et un certain nombre d’instances sportives internationales s’est installée. Ces ruptures ne seront pas forcément définitives mais elles sont présentées comme telles.

Qu’on pense par exemple à Maria Zakharova, porte-parole du ministère des Affaires étrangères russe, qui a qualifié les propos de Thomas Bach — président du CIO — comme étant néo-nazis et russophobes pour montrer que la Russie n’avait plus peur de l’outrance, ni de choquer. De fait, le pays est en difficulté dans les instances sportives internationales depuis 2015 et la révélation de l’affaire du dopage, la guerre en Ukraine n’a été que l’élément déclencheur d’une réadaptation stratégique dans le monde du sport. 

Pour ce faire, le régime russe a déployé de nouvelles ressources pour proposer la création d’un modèle sportif alternatif qui mobiliserait les puissances non-occidentales des « Suds ». Selon le récit, la Russie proposerait de « désoccidentaliser » le sport mondial, en parfaite cohérence avec le discours global russe détaillé dans la doctrine Karaganov. Cela pourrait passer par la création d’un certain nombre de compétitions parallèles telles que les Jeux du futur, les Jeux des BRICS et les Jeux de l’Amitié — qui ont officiellement été reportés au mois de septembre.  L’objectif de ces derniers est de réunir les populations non-occidentales autour de la Russie pour montrer qu’il est possible d’exister à travers le sport sans les instances sportives traditionnelles décrites par la Russie comme étant aux mains des États-Unis, et plus largement des Occidentaux.

Ce discours anti-occidental diffus trouve notamment un certain écho en Amérique latine, sur le continent africain et en Chine. Cela ne signifie pas pour autant qu’il sera efficace : il paraît invraisemblable de penser que la Russie puisse concurrencer des compétitions comme les Jeux Olympiques et Paralympiques ou la Coupe du monde de football en termes d’audience. 

Mais le traitement médiatique russe des Jeux du Futur ou des Jeux des BRICS témoigne bel et bien d’une volonté d’utiliser la désinformation pour présenter l’événement comme étant bien plus important que ce qu’il n’est réellement. 

Les médias russes ont ainsi affirmé que les Jeux du Futur avaient été regardés par près d’un milliard de téléspectateurs — ce qui est évidemment faux. De même, ces événements sont systématiquement présentés comme rassemblant plusieurs milliers d’athlètes et près d’une centaine de pays. De fait, s’il peut y avoir jusqu’à 80 pays représentés lors de ces Jeux, il est important de comprendre la façon dont ils le sont : le montant des récompenses y est très élevé, et de nombreux sportifs présents ne sont pas des athlètes de haut niveau.

Le traitement médiatique russe des Jeux du Futur ou des Jeux des BRICS témoigne d’une volonté d’utiliser la désinformation pour présenter l’événement comme étant bien plus important que ce qu’il n’est réellement.

Lukas Aubin

7 — Les Jeux 2024 : cible rêvée d’une guerre hybride 

Paris 2024 est déjà au cœur de la stratégie de guerre hybride menée par la Russie contre les puissances occidentales.

À travers cette guerre, la Russie entend diffuser un récit selon lequel l’OTAN chercherait à étendre ses bases militaires jusqu’aux frontières russes pour la détruire, que l’Ukraine serait en partie peuplée de néo-nazis dont il faudrait la délivrer. L’autre objectif est de créer une confusion dans les populations occidentales afin d’éviter qu’elles ne se mobilisent contre la Russie, voire d’y trouver de nouveaux alliés.

Dans le contexte des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris, les opérations de désinformation russes présentent une France à feu et à sang, en difficulté, une ville en proie à l’insécurité et en grand danger face aux menaces terroristes. Elles montrent également les figures politiques d’Emmanuel Macron ou d’Anne Hidalgo dans des situations délicates. 

Dans cette guerre hybride, l’affaire des cercueils de « soldats français en Ukraine » déposés au pied de la Tour Eiffel est la dernière illustration en date. La tactique est simple : une opération peu chère et qui permet de faire rapidement le tour des médias français. Dans un contexte où les Jeux Olympiques 2024 pourraient être regardés par 4 à 5 milliards de personnes — soit la moitié de l’humanité —, ils sont une cible particulièrement intéressante pour ce genre d’opérations en provenance de Russie. 

Plus largement, il faut ajouter à cette menace le risque de cyber-attaques ou de doppelgangers — c’est-à-dire la création de sites miroirs — que la Russie pratique déjà. Ces Jeux se déroulent dans un contexte géopolitique sous haute tension. Avec trois conflits majeurs réactivés ces dernières années — le conflit israélo-palestinien, le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan et celui entre l’Ukraine et la Russie —, il est tout à fait imaginable qu’un groupe, terroriste ou non, souhaite utiliser les JO de Paris comme plateforme. Ce serait, évidemment, le scénario du pire. 

Ces tensions géopolitiques sont présentes en périphérie du sport, mais elles en sont aussi partie intégrante. Ainsi l’on a pu voir récemment le Comité olympique palestinien saisir le Comité International Olympique (CIO) pour demander l’exclusion des athlètes israéliens des Jeux Olympiques de Paris, après que des membres de la France insoumise et un député français ont appelé à l’exclusion de ces athlètes. Ce contexte abrasif fait surgir des questions sécuritaires immédiates et concrètes : l’emplacement où logera la délégation israélienne — protégée par le GIGN — n’est pas communiqué par mesure de sécurité.

8 — Paris 2024 : un podium pour l’Ukraine ? 

En Ukraine, le sport est beaucoup moins centralisé qu’en Russie. Un certain nombre d’oligarques ukrainiens possèdent certes des clubs importants mais sans être forcément proches du pouvoir. Néanmoins, depuis son arrivée à la tête de l’État en 2019, Volodymyr Zelensky a fait du sport un outil pour diffuser son propre récit à travers l’utilisation des médias classiques ou de nouvelle génération. Un exemple très symbolique est celui d’une vidéo d’une quinzaine de secondes devenue virale sur TikTok dans laquelle un athlète russe lance dans les airs un javelot qui se transforme en obus. Cet obus s’écrase sur un immeuble ukraininen avant que n’apparaisse le message « Boycott Russian sports » — clair, concis, efficace. Bien sûr, d’autres exemples plus anciens existent : lors de l’Euro de football de 2021 par exemple, le maillot ukrainien présentait sur le torse des joueurs les frontières ukrainiennes intégrant le Donbass et la Crimée. Par ailleurs, il était inscrit sur le col la formule désormais bien connue « Gloire à nos héros ».

Paris 2024 est déjà au cœur de la stratégie de guerre hybride menée par la Russie contre les puissances occidentales.

Lukas Aubin

L’objectif pour l’Ukraine sera donc d’utiliser l’événement comme un réceptacle pour diffuser son message. Volodymyr Zelensky avait milité de façon intense pour exclure complètement les athlètes russes et bélarusses des Jeux de Paris, en expliquant que la Russie commettait des crimes de guerre contre les athlètes ukrainiens. Ce lobbying n’a pas fonctionné, et chaque moment médiatique des Jeux de Paris qui mettront en scène des athlètes russes sera probablement utilisé par les autorités ukrainiennes et par un certain nombre d’athlètes pour relayer ses difficultés face à la Russie — pays agresseur cherchant à annihiler l’État ukrainien. 

9 — Les pays de la « Majorité mondiale » : hérauts de la Russie dans les instances sportives mondiales

Car du point de vue du sport international, l’Ukraine est de fait plus isolée qu’il n’y paraît. 

Au début de la guerre, elle était très soutenue par le CIO et les puissances occidentales. Mais le Comité doit composer avec l’ensemble des comités nationaux olympiques, Kiev s’est vite retrouvée minoritaire face à des comités nationaux olympiques africains, sud-américain ou chinois plaidant la plupart du temps pour un retour des athlètes russes et bélarusses sous bannière neutre ou parfois même sous le drapeau national. 

Pour autant, la décision finale du CIO — faire revenir les athlètes russes sous bannière neutre, sans hymne et sans participation à la cérémonie d’ouverture — a été très mal accueillie en Russie. Ce choix a exacerbé le récit russe consistant à démontrer que le CIO est aux mains des puissances occidentales car la volonté de la majorité des pays — qui souhaitaient pleinement la réintégration de la Russie aux Jeux olympiques — n’aurait pas été exaucée, justifiant ainsi l’objectif russe de construire une nouvelle place du sport mondial.

Rappelons tout de même que le discours russe est plastique et s’adaptera aux situations. Alors même que Maria Zakharova avait qualifié les propos de Thomas Bach de néo-nazis et russophobes, il n’est pas exclu qu’en cas de réchauffement des relations le tapis rouge soit déroulé au président du CIO. 

À l’époque soviétique, sous Lénine puis Staline, la création d’un espace sportif parallèle avait déjà été pensée avec la création de l’Internationale Rouge du Sport et des Spartakiades, équivalent du CIO et des Jeux olympiques pour les pays communistes. La politique russe actuelle à l’égard du sport mondial n’est donc pas une invention : Poutine l’a sortie des tiroirs soviétiques où elle avait été rangée pendant un temps — et où elle pourrait finir par retourner.

10 — Les Jeux de Paris 2024, vitrine d’une France en proie aux troubles

Si la France sera peut-être rayonnante pour l’ouverture des JO, il y a fort à parier qu’elle ne sera ni politiquement unie, ni politiquement stable. 

Il est donc tout à fait possible qu’un certain nombre d’acteurs politiques ou syndicaux utilisent cette compétition pour faire valoir leurs intérêts puisqu’elle représente une plateforme et un projecteur mondial braqué sur la France. Ces derniers jours, certains responsables ont ainsi appelé à la grève générale pendant la compétition pour bloquer le pays et exercer une pression sur Emmanuel Macron.

Dans ce contexte d’instabilité, la Russie cherchera très probablement à exacerber les tensions. À cet égard, la machine russe n’aura pas nécessairement besoin de créer des fake news mais simplement d’amplifier des sentiments négatifs. Les JO seront probablement présentés par la Russie comme un amplificateur des prétendues difficultés du camp occidental — tout en présentant Moscou comme une victime. Fait notable : les médias russes ont annoncé qu’ils ne diffuseraient pas les Jeux. Au total, le nombre d’athlètes russes — qui concourront sous bannière neutre — sera très limité, un grand nombre d’entre eux ayant préféré « boycotter » les Jeux de Paris.

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23.07.2024 à 10:51

À Pékin, le Hamas et le Fatah trouvent un accord sur la gouvernance de Gaza après la guerre

Marin Saillofest

Réunies à Pékin pour une réunion de trois jours qui s’est achevée aujourd’hui, mardi 23 juillet, 14 factions palestiniennes sont parvenues à un accord sur la formation d’un « gouvernement de réconciliation » chargé de gérer les affaires à Gaza et en Cisjordanie après la guerre. Celui-ci ne pourra cependant être formé qu’après la mise en place d’un cessez-le-feu dans l’enclave.

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Texte intégral (685 mots)

Lors de leur dernière rencontre à Pékin en avril, les principales factions palestiniennes — dont le Hamas et le Fatah — s’étaient quittées sans trouver d’accord sur la gouvernance qui devra émerger à Gaza après la guerre entre Israël et le Hamas.

  • Pékin a annoncé dans la matinée du mardi 23 juillet, qui marque le dernier des trois jours de négociations qui viennent de s’achever entre les principales factions palestiniennes, qu’un accord avait finalement été conclu1.
  • La « déclaration de Pékin », signée aujourd’hui, pourrait mettre fin à la longue période de divisions entre les deux principaux groupes palestiniens, le Hamas et le Fatah, qui s’est ouverte en 2007.
  • Le Fatah, un parti politique dirigé par le président palestinien Mahmoud Abbas, a critiqué à de multiples reprises le Hamas qu’il considère comme partiellement responsable de la guerre. Le Hamas, qui administre de facto Gaza, considère quant à lui le Fatah comme étant trop modéré.

Le Hamas était représenté à Pékin par Haniyeh, le leader politique du mouvement, tandis que le Fatah a envoyé 3 émissaires. Ce dernier domine l’Autorité palestinienne, identifiée par la plupart des Occidentaux (dont les États-Unis) comme l’acteur-clef pour la reconstruction de Gaza après la guerre.

  • Par cette rencontre, organisée par le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi, la Chine entend accroître sa place dans la géopolitique du Moyen-Orient. Dès octobre 2023, Pékin évoquait « l’injustice historique » affectant les Palestiniens.
  • Le contenu de la déclaration n’a pas été rendu public. Les rapports de médias liés aux factions palestiniennes ayant participé font néanmoins état de deux priorités : la reconstruction de la bande de Gaza et l’organisation d’élections générales2.
  • Selon une copie de l’accord obtenue par le média lié au Hezbollah Al Mayadeen, l’Égypte, l’Algérie, la Chine et la Russie « aideront les factions palestiniennes » pour surveiller la mise en œuvre des clauses de l’accord3.

Cette victoire diplomatique pour Pékin témoigne du poids dont jouit la Chine au sein du monde arabe et de l’image d’acteur œuvrant en faveur de la paix qu’elle renvoie aux yeux des factions palestiniennes. Un accord de cessez-le-feu à Gaza ainsi que le retrait de Tsahal de l’enclave seront néanmoins nécessaires pour toute forme de mise en œuvre des accords. De son côté, Israël continue de s’opposer fermement à toute participation du Hamas dans la gouvernance de Gaza.

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23.07.2024 à 06:00

« Les petits États peuvent faire ce que les grands ne peuvent pas se permettre », une conversation avec Thórdís Gylfadóttir, ministre des Affaires étrangères d’Islande

Matheo Malik

À 36 ans, Thórdís Gylfadóttir incarne une nouvelle génération de femmes politiques européennes engagées sur le soutien à l’Ukraine et l’élargissement de l’Europe à l’Est. Ministre d’une île-État qui n’est pas membre de l’Union, elle n’en entend pas moins peser — par la place de l’Islande dans le marché unique — sur le prochain cycle. Pour comprendre sa stratégie, nous l’avons rencontrée dans un entretien de fond.

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Texte intégral (5355 mots)

Cet article est également disponible en anglais sur le site du Groupe d’études géopolitiques. Si vous voulez suivre toutes nos publications cet été, abonnez-vous au Grand Continent

Quelle est votre lecture des résultats des élections européennes et du nouveau cycle politique européen qui s’ouvre ? Comment décririez-vous l’état d’esprit politique en Europe ?

Nous nous réveillons dans une Europe à la fois plus unie et plus divisée.

L’accent est actuellement mis sur les questions de sécurité et de défense, qui constitueront les principaux défis et enjeux de la prochaine législature. Cela implique un ajustement des priorités, ce qui pourrait entraîner des tensions, notamment en période de contraintes budgétaires. Nous devons donc adopter une approche plus réaliste et pragmatique, en tenant compte de la réalité politique qui dépasse le cadre de l’Union pour inclure également l’OTAN.

Pour l’Islande, qui est membre de l’OTAN mais non de l’Union européenne, les défis sont similaires : il s’agit de protéger un système basé sur des valeurs et des règles communes qui ont guidé nos démocraties et notre mode de vie. L’invasion russe de l’Ukraine met ce système à l’épreuve et exerce sur lui une pression considérable. 

En ce qui concerne les élections européennes, il est clair qu’un mécontentement social émerge au sein de certaines parties de la société : la polarisation qui en résulte est préoccupante. Notre système repose sur le consensus et la compréhension commune, d’où ma description d’une Europe plus unie mais aussi plus divisée.

L’adaptation à cette nouvelle réalité nécessitera des efforts considérables, un engagement soutenu et un degré d’unité que nous avons su atteindre mais qu’il sera difficile de maintenir. Il est crucial de rappeler à nos sociétés que la situation ne concerne pas uniquement la Russie et l’Ukraine, mais également notre propre avenir. Il est dans notre intérêt de défendre et de préserver l’ordre fondé sur des règles pour les générations futures.

L’Europe est-elle capable d’exercer un hard power ? Avec deux conflits à ses frontières et le retour des grandes puissances militaires, le scénario est très différent du soft power que l’Union a privilégié au cours des dernières décennies, axé sur le commerce et les partenariats économiques.

L’Union a non seulement la capacité et mais aussi la responsabilité d’exercer un hard power. Cela nécessite du courage politique et une définition claire des priorités. Toutefois, il est crucial de noter que la question de la sécurité ne peut être abordée efficacement sans une économie forte et compétitive. À mon avis, c’est une question centrale. Pour que des déclarations fermes soient crédibles, elles doivent être soutenues par une base économique solide.

Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union, nous attachons une grande importance à sa prospérité comme membre du marché unique par le biais de l’EEE. La stabilité et le succès de l’Union sont dans notre intérêt national. 

Un autre aspect crucial est l’unité, qui devient de plus en plus difficile à maintenir dans le contexte actuel.

Pour que des déclarations fermes soient crédibles, elles doivent être soutenues par une base économique solide.

Thórdís Gylfadóttir

Le renforcement des capacités de défense et de la compétitivité de l’Europe nécessite des investissements massifs… Où les trouver ?

Pour réussir, nous devons présenter des arguments convaincants à nos sociétés. Prenons l’exemple des dépenses de défense : elles représentent notre meilleure assurance pour être prêts à affronter les défis actuels.

Au sein de l’OTAN, cette nécessité est désormais bien comprise. Bien que certains alliés n’aient pas encore atteint les objectifs de dépenses fixés à 2 %, il est évident que l’état d’esprit a évolué. Je ne prétends pas que cette transition soit facile ; elle nécessitera du temps, pourra susciter des inquiétudes et impliquera des coûts. Cependant, il est essentiel de comprendre que l’OTAN ne se limite pas à l’achat de matériel militaire. Il s’agit avant tout de protéger le système que nous souhaitons défendre. La Russie ne ralentira pas ses actions offensives, et nous aurons besoin d’une solide capacité de dissuasion. Il est crucial de continuer à renforcer la résilience de nos sociétés face à ceux qui cherchent à saper la démocratie et l’État de droit.

À cet égard, je me réjouis que Mark Rutte ait été choisi comme futur Secrétaire général de l’OTAN. Son expérience, son pragmatisme et sa fiabilité sont des atouts précieux. Je suis heureuse que le processus de sa nomination se soit déroulé sans heurts et j’ai hâte de collaborer avec lui.

Comme vous l’avez mentionné, la puissance économique est une condition préalable au hard power. L’Union pourrait envisager d’adopter de nouveaux tarifs douaniers contre la Chine, comme les États-Unis l’ont déjà fait. Mais Pékin pourrait alors réagir par des mesures de rétorsion, et une guerre commerciale semble se profiler à l’horizon politique. Des pays comme le vôtre risquent de se retrouver pris au piège de la guerre des capitalismes politiques. Comment vous y préparez-vous ?

Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union, nous faisons partie du marché unique — que nous chérissons et sur lequel nous comptons beaucoup. Cependant, nous avons également nos propres accords de libre-échange. Nous avons conclu 34 accords de libre-échange avec 43 partenaires, ce qui est très important pour nous. Nous avons la capacité de les appliquer de manière indépendante, via l’AELE, tout en profitant du marché unique. Et nous espérons que les décisions stratégiques prises par l’Union ne l’affecteront pas.

Que se passera-t-il si le marché unique devient plus politique pour servir à mettre en œuvre une partie de l’agenda stratégique de l’Union ? Cela aura-t-il un impact sur votre pays ?

Les questions que vous soulevez englobent des aspects de politique étrangère, de politique industrielle, d’économie, et même de politique intérieure. Le rapport Letta constitue un excellent point de départ pour y répondre, riche en réflexions, et il devrait susciter un débat approfondi. Les pays doivent également mener ce débat à l’échelle nationale. Le marché unique est d’une importance capitale mais ses contours deviennent de plus en plus flous. Nous craignons que sa fragmentation éventuelle ne constitue une évolution négative pour l’Union et les pays de l’EEE. Si nous affirmons vouloir l’éviter, cela implique que des pays comme l’Islande devront s’adapter à cette évolution ou chercher à influencer le processus de manière proactive.

Le marché unique est d’une importance capitale mais ses contours deviennent de plus en plus flous. 

Thórdís Gylfadóttir

Dans le scénario le plus extrême, cela pourrait signifier imposer un choix sur l’adhésion à l’Union. Nous avons vu qu’un « non » peut devenir un « oui » lorsque les conditions appropriées sont réunies — comme en témoignent les décisions de la Suède et de la Finlande d’adhérer à l’OTAN. Envisagez-vous un tel scénario ?

Actuellement, nous faisons partie de l’Espace économique européen (EEE), qui étend le marché unique à l’Islande, à la Norvège et au Liechtenstein. Cet accord bénéficie d’un soutien majoritaire en Islande. Ceux qui souhaitent adhérer à l’Union soutiennent l’accord sur l’EEE, tout comme ceux qui ne le souhaitent pas. La majorité du pays est donc unie autour de cet accord. L’EEE unit l’Islande parce que nous voyons très clairement ce qu’il a apporté à notre économie et à notre prospérité. Nous devons préserver cela, ce qui implique de maintenir une bonne coopération avec l’Union et la Commission européenne.

À cet égard, notre relation de travail avec Ursula von der Leyen a été positive. Bien que nous ayons eu quelques divergences, notre collaboration a été globalement bonne. J’ai personnellement beaucoup investi dans ces liens et ces relations — et notre coopération s’est renforcée depuis le début de la guerre en Ukraine. Nous continuerons à soutenir fermement l’accord sur l’EEE, mais nous devons également nourrir le débat sur la manière dont il pourrait évoluer à l’avenir.

L’un des principaux défis de la politique européenne est de déterminer la manière de gérer la montée de la droite radicale. Comment envisagez-vous l’évolution de cet espace politique ?

Je considère qu’il y a des valeurs qui ne peuvent être compromises et des déclarations qui ne peuvent être normalisées. Les sensibilités politiques varient considérablement d’un pays à l’autre, et il ne serait pas judicieux de faire une déclaration générale sur cette question. Si l’on prend le cas des élections européennes, ma famille politique, le PPE, a obtenu de bons résultats dans une élection où l’on craignait que l’extrême droite ne gagne du terrain sur le centre. Comparativement aux autres, nous avons résisté à cette vague. Cela montre qu’il existe un espace pour une droite pragmatique capable de s’adapter.

Le risque est parfois de se fixer des objectifs ambitieux, dont certains ont un coût économique important et ne sont pas crédibles en termes de calendrier et de moyens pour y parvenir. Prenons l’exemple du climat : bien que je croie aux solutions climatiques, aux nouvelles technologies et à la science, je pense aussi que nous avons besoin d’une approche réaliste. J’espère que la prochaine législature sera marquée par des solutions pragmatiques. Si nous ne le faisons pas, je crains que nous ne poussions les électeurs vers des politiques radicales, ce qui serait, à mon avis, une erreur.

Pensez-vous qu’il y ait eu une attitude paternaliste envers les électeurs sur les grandes questions politiques et que la colère dans les urnes puisse s’expliquer par la condescendance de certains hommes politiques ?

Oui. Et c’est pourquoi j’insiste sur la nécessité de s’adapter, d’être flexible et pragmatique.

Pour autant, je ne crois pas que ceux qui promettent des solutions faciles à des problèmes complexes soient capables d’articuler une meilleure réponse ou fassent partie de la solution. L’histoire montre que ces approches simplistes ne fonctionnent pas.

Vous avez mentionné la nécessité de maintenir l’unité pour que l’Europe réussisse. En ce qui concerne l’Ukraine, l’Union européenne, ainsi que des pays non membres de l’Union comme le vôtre, ont pris des mesures sans précédent pour intégrer l’Ukraine dans un discours commun — des sanctions à la livraison d’armes. Alors que la guerre se poursuit, quel avenir voyez-vous pour l’Ukraine ?

Pour moi, sa place est évidente. Les Ukrainiens se battent pour leur vie et leur avenir au sein de l’Union. En ce qui concerne l’OTAN, comme je l’ai déjà dit, l’Alliance n’est pas seulement une question d’armes, mais aussi de valeurs : l’Ukraine a sa place au sein de l’OTAN.

Les Ukrainiens se battent pour leur vie et leur avenir au sein de l’Union et de l’OTAN.

Thórdís Gylfadóttir

L’Ukraine pourrait-elle devenir un membre à part entière de l’Union et de l’OTAN dans dix ou vingt ans ?

Je l’espère vivement.

Et cela semble réalisable à condition que l’Ukraine poursuive ses réformes en cours. Toutefois, cela dépend également de notre leadership politique et de notre détermination à aller jusqu’au bout. Si nous sommes véritablement engagés, si nous croyons à nos déclarations, alors nous devons concevoir des solutions innovantes pour atteindre cet objectif. Lorsque nous affirmons que l’Ukraine doit réussir et que la Russie doit échouer, cela me semble aller de pair avec l’idée que l’Ukraine trouve sa place au sein de l’Union et de l’OTAN. C’est pourquoi j’espère sincèrement que notre engagement est authentique. Par ailleurs, il est essentiel de replacer cette question dans le contexte plus large de l’avenir de la coopération transatlantique — où la question ukrainienne joue un rôle central.

Vous soulevez un point très délicat et particulièrement frustrant pour les Ukrainiens : la contradiction apparente entre les déclarations de soutien de l’Occident et de l’OTAN en faveur de la victoire de Kiev et leurs préoccupations quant aux implications d’une Russie vaincue. Cette question est souvent esquivée…

Historiquement, les conflits se finissent toujours avec des vainqueurs et des perdants. Dans un contexte stratégique plus large, il est clair que Vladimir Poutine a déjà significativement affaibli la Russie. Ce qui importe avant tout pour nous, c’est que l’Ukraine recouvre pleinement son intégrité territoriale. Si la Russie se retirait immédiatement et mettait fin à son agression, cela signifierait la fin de la guerre. En ce sens, il ne me semble pas nécessaire de s’alarmer outre mesure des répercussions pour la Russie de Poutine. Nous devons concentrer nos efforts sur notre propre situation : la Russie a choisi d’envahir un pays souverain. Elle a déjà affronté des défis politiques internes dans le passé et devra les gérer à l’avenir. Historiquement, notre influence sur ces dynamiques internes a été limitée. Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ? Nous ne devons pas nous laisser paralyser par ces préoccupations, surtout si cela entrave notre soutien à l’Ukraine.

Un autre scénario envisageable est celui de la partition de facto de l’Ukraine et d’un conflit gelé. Dans cette hypothèse, même si les combats cessaient, la menace persisterait. Que se passerait-il si l’Ukraine était contrainte de conclure un accord contre son gré ?

Souvenons-nous de nos propres déclarations. Depuis plus de deux ans, nous affirmons qu’il est inacceptable de modifier les frontières par la force. La Russie mène une guerre innommable contre l’Ukraine, au vu et au su du monde entier. Si une telle situation venait à être acceptée, cela créerait un précédent dangereux et contraire à nos propres intérêts en matière de sécurité. C’est pourquoi je maintiens que l’Ukraine ne se bat pas seulement pour elle-même, mais également pour défendre un ordre international basé sur des règles.

Il ne me semble pas nécessaire de s’alarmer outre mesure des répercussions des actions européennes pour la Russie de Poutine : elle a choisi d’envahir un pays souverain.

Thórdís Gylfadóttir

Mais envisagez-vous tout de même ce scénario à l’approche des élections américaines ?

D’autres acteurs surveillent la situation de près. Les États-Unis en sont conscients et réfléchissent à ces enjeux. Une fois de plus, si nous sommes véritablement engagés à garantir qu’une paix durable pour l’Ukraine soit également une paix juste, notre priorité doit être de fournir à Kiev les moyens nécessaires pour atteindre cet objectif. Les discussions politiques et le processus de négociation pourront avoir lieu en temps voulu — mais avant d’atteindre cette étape, il est crucial que l’Ukraine soit assurée de sa capacité à prendre ses propres décisions. Il est toujours possible d’envisager de nombreuses hypothèses sur la fin du conflit mais, à mon avis, il est essentiel de rester fidèle à nos principes fondamentaux : un pays souverain a le droit de se défendre et de déterminer son avenir.

Le monde suit également de près la situation en Géorgie, un pays confronté à une situation analogue. Vous vous êtes récemment rendue à Tbilissi alors que la population manifestait contre la loi sur les agents de l’étranger. Une vidéo de vous, accompagnée des ministres des Affaires étrangères des pays baltes, est devenue virale sur les réseaux sociaux. L’on sait que la politique est parfois une affaire de symboles : pourquoi était-il important pour vous d’être présente ?

Il était crucial pour moi d’être sur place, de recueillir des informations de première main et d’écouter directement les personnes concernées. Nous avons rencontré le président du Parlement, le président de la République, le ministre des Affaires étrangères, des membres de l’opposition, ainsi que des ONG. Ces échanges ont été très précieux. Ce voyage, organisé à la hâte dans le cadre d’une initiative nordique et balte, visait à manifester notre solidarité en tant qu’amis de la Géorgie, ce pays indépendant et souverain — ce qu’il est important de le reconnaître clairement. Notre intention n’était nullement d’interférer. Mais lorsque l’on constate que 80 % de la population aspire à rejoindre l’Union et manifeste pacifiquement en grand nombre, il est de notre devoir de les soutenir. Ignorer une telle dynamique ne serait pas approprié, et, si c’était à refaire, je le ferais à nouveau sans hésitation.

Vouliez-vous marquer le coup avec une image forte ?

Lorsque les pays baltes étaient en train de recouvrer leur indépendance, l’Islande fut le premier pays à reconnaître leur statut d’États indépendants vis-à-vis de l’Union soviétique. À l’époque, la situation n’était pas clairement définie et certains ont suggéré que cette reconnaissance pourrait ne pas être opportune ou qu’elle pourrait provoquer une réaction de l’Union soviétique. Malgré ces inquiétudes, nous avons pris cette décision. Les pays baltes s’en souviennent et apprécient cet acte de solidarité. Notre ministre des Affaires étrangères de l’époque s’était rendu à Vilnius en un moment crucial. Avec le recul, il est évident que cette décision était la bonne, et les Lituaniens en gardent un souvenir vivace. Dans les périodes de crise, il est essentiel de pouvoir compter sur le soutien de ses amis.

Pour en revenir à la Géorgie, le problème excède-t-il le cadre d’une loi en particulier — celle sur les agents de l’étranger qui a suscité le vaste mouvement de protestation ?

Oui, il ne s’agit d’une loi mais plus largement de la perspective européenne et des aspirations d’une majorité de la population géorgienne, qui souhaite se rapprocher de l’Europe et partager les valeurs européennes. Bien que l’Islande ne soit pas membre de l’Union et que je ne sois pas impliquée dans les discussions concernant l’élargissement ou la voie à suivre pour l’adhésion à l’Union, ce n’est pas le point central ici. Ce qui est en jeu, c’est la place de la Géorgie dans le monde et sa position en termes de valeurs. L’évolution de la situation politique là-bas aura quoi qu’il en soit des répercussions significatives.

De Vilnius à Tbilissi, dans les périodes de crise, il est essentiel de pouvoir compter sur le soutien de ses amis.

Thórdís Gylfadóttir

La situation à Gaza soulève également des préoccupations. Récemment, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a exprimé sa crainte que l’Uninon ne soit perçue comme pratiquant le « deux poids, deux mesures » entre deux guerres — l’Ukraine et Gaza. Cette préoccupation vous interpelle-t-elle également ?

Je comprends pourquoi certains de nos partenaires expriment ces préoccupations. Il serait malavisé de les ignorer. Mais pour ma part, je suis fondamentalement en désaccord avec l’idée que la crise à Gaza et la guerre en Ukraine seraient comparables : elles présentent des contextes et des dynamiques très différents. Peu de choses dans l’histoire sont aussi claires que ce qu’il se passe entre l’Ukraine et la Russie : si Moscou décidait de déposer les armes et de se retirer d’Ukraine, le conflit se terminerait immédiatement. En revanche, il est incertain que le simple retrait des armes par Israël, en réponse à un conflit déclenché par un terrible attentat terroriste, ne résoudrait pas le conflit — car le cœur de la question reste la coexistence pacifique et sécurisée de deux peuples.

À ce stade, notre priorité devrait être de favoriser un cessez-le-feu et de travailler à la création d’une feuille de route pour une solution à deux États qui permettrait à Israël et aux Palestiniens de coexister en paix. Il me semble enfin important de rappeler que le droit international — y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies — doit être, dans tous les cas, appliqué de la même manière pour tout le monde.

Justement : les forums internationaux comme les Nations unies ont-ils encore de la valeur à vos yeux alors qu’ils sont sous le feu des critiques qui fustigent leur inconséquence ?

Il est vrai que certaines de ces réunions peuvent sembler très formelles et scénarisées. Je trouve personnellement que la dimension informelle du travail est souvent plus productive. Une partie du problème réside parfois dans le fait que la communication reste insuffisante. Nous avons des échanges, mais ceux-ci ne se transforment pas toujours en véritables débats. Les discours et les événements se succèdent sans qu’une véritable écoute ni qu’une discussion approfondie aient lieu. Je pense qu’il serait bénéfique d’organiser davantage de réunions informelles pour favoriser un dialogue plus authentique. Mais d’un autre côté, il serait injuste de blâmer les institutions elles-mêmes pour ces lacunes.

Le véritable travail diplomatique se fait souvent en coulisses, à travers des conversations et des réunions qui ne sont pas toujours visibles ou médiatisées.

Thórdís Gylfadóttir

Compte tenu de la vitesse de circulation de l’information et de la nécessité d’être constamment visible pour bénéficier d’un moment viral, la diplomatie est-elle devenue un geste performatif plutôt qu’un moyen efficace de résoudre les problèmes ?

Il est parfois nécessaire d’attirer l’attention de l’opinion publique et d’utiliser les réseaux sociaux pour atteindre un large public. Cette visibilité peut également être bénéfique pour la démocratie en favorisant la transparence. Mais il ne faut pas s’y tromper : pour qu’une diplomatie soit efficace, elle doit d’abord et avant tout être substantielle. Le véritable travail diplomatique se fait souvent en coulisses, à travers des conversations et des réunions qui ne sont pas toujours visibles ou médiatisées. Le risque de ce travail essentiel est qu’on s’expose à la critique de ne pas partager suffisamment d’informations, ou d’être accusé de ne pas de ne pas transmettre le bon message.

La réalité est que certaines questions ne peuvent tout simplement pas être traitées ou discutées comme des performances médiatiques. La visibilité accrue peut parfois engendrer un sentiment d’égocentrisme : pour servir une cause de manière efficace, il est souvent nécessaire de mettre de côté sa propre popularité personnelle. Comme femme politique, il est crucial d’être prête à faire passer les intérêts collectifs avant les préoccupations individuelles. Autrement, on reste un acteur plutôt qu’un véritable diplomate.

Les réseaux sociaux ont-ils brouillé la ligne entre la critique et la violence ? Êtes-vous inquiète d’une montée aux extrêmes de la discussion politique ?

Oui. Il est difficile de déterminer si les réseaux sociaux sont la cause de ce brouillage ou simplement le petit bout de la lorgnette d’un esprit du temps plus diffus. Mais il est clair qu’on a observé et qu’on observe des violences et des menaces croissantes à l’encontre de responsables politiques démocratiquement élus. Bien que nous puissions élaborer diverses théories et discuter des causes, affirmer que le phénomène de la violence politique serait normal et ferait partie du travail est pour moi une grave erreur.

Il est indéniable que la liberté d’expression est un droit fondamental. Mais il faut s’interroger sincèrement sur les aspects problématiques que représentent les bots, les faux comptes et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour manipuler les informations et créer une réalité déformée. Ce n’est pas de la liberté d’expression — c’est de la manipulation délibérée. Devons-nous tolérer de telles pratiques ? C’est une question essentielle et complexe qui mérite une réflexion approfondie.

À 36 ans, en tant que femme et ministre des Affaires étrangères de l’Islande, comment votre perspective féminine influence-t-elle votre approche de la politique ?

Si je ne mentionnais pas mon identité de femme dans le contexte politique, je me sentirais presque coupable de ne pas rendre hommage à celles qui ont ouvert la voie avant moi. Mon style de leadership et ma manière de m’exprimer sont indéniablement influencés par les femmes pionnières qui ont affronté des défis pour établir leur place en politique. Leur courage et leur détermination ont permis de créer un espace dans lequel je peux évoluer librement aujourd’hui.

Je suis pleinement consciente que les femmes politiques ayant précédé ont souvent dû surmonter des critiques affirmant qu’elles n’avaient pas véritablement leur place ou qu’elles devaient se conformer à certaines attentes pour être prises au sérieux. En regardant l’égalité des genres de manière plus générale, je constate que des défis subsistent, même dans des pays comme l’Islande, qui se classe parmi les plus avancés en la matière.

Si je ne mentionnais pas mon identité de femme dans le contexte politique, je me sentirais presque coupable de ne pas rendre hommage à celles qui ont ouvert la voie avant moi.

Thórdís Gylfadóttir

En ce qui me concerne, pour répondre à votre question, je choisis de suivre mon instinct dans l’exercice de mes fonctions et je reconnais que cet instinct, qui façonne mon leadership, est en partie informé par mon expérience en tant que femme. Je ne peux pas affirmer avec certitude comment je dirigerais si j’étais un homme, mais je me sens à l’aise avec cette approche intuitive, car elle reflète clairement ma manière d’aborder les problèmes et de comprendre le monde.

En Europe, des figures telles qu’Ursula von der Leyen et Christine Lagarde ont établi un leadership féminin tandis que de nouveaux visages, comme Kaja Kallas et Sanna Marin, émergent. Giorgia Meloni, quant à elle, a franchi le plafond de verre dans un pays objectivement plus conservateur — mais ses options politiques suscitent des controverses. Le crédit accordé à une femme en politique est-il conditionné à son idéologie ?

Indéniablement, oui. C’est une réalité incontestable. Est-ce juste ? Certainement pas. Il est probable que les féministes les plus progressistes affirment que Meloni a pu atteindre cette position grâce aux luttes menées par leurs prédécesseurs et que, donc, elle devrait adopter elle aussi être féministe et progressiste. C’est sans doute vrai — jusqu’à un certain point.

Avez-vous déjà été confrontée au sexisme dans votre vie politique ?

Lorsque je suis devenue ministre à l’âge de 29 ans, le débat public s’est davantage concentré sur mon âge que sur le fait que j’étais une femme — ce qui m’a étonnée. J’étais consciente de mon âge et de mon expérience, et j’ai choisi de considérer ces éléments comme des atouts plutôt que de prétendre être quelqu’un de plus âgé ou de plus expérimenté. J’ai suivi la même conduite en faisant campagne au sein de mon parti. À l’époque de ma nomination en tant que ministre des Affaires étrangères, un poste de plus grande envergure, j’ai maintenu cette même approche.

Je suis également fondamentalement en désaccord avec l’idée que le soft power serait moins efficace que le hard power. Je suis convaincue — et je sais même — que le soft power est un outil puissant pour diriger et influencer. Il existe une demande croissante pour des profils de dirigeants plus diversifiés, non seulement en termes de genre, mais aussi d’expérience et de parcours. Qu’on pense à Sanna Marin en Finlande ou de Kaja Kallas en Estonie. Je suis persuadée que les petits États, tels que le nôtre, peuvent apporter une contribution significative aux négociations internationales. Nous avons la capacité de dire et de faire des choses que les grands États ne peuvent pas toujours se permettre en raison de leur position — nous devrions donc jouer un rôle plus important sur la scène internationale.

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22.07.2024 à 17:24

L’étrange victoire du 7 juillet. Notes sur la vacance du politique

Matheo Malik

Impression d’été : les législatives anticipées ont plongé les Français dans un intense tourbillon — qui n’aurait finalement débouché sur rien. Pourtant, l’absence de victoire du RN comme les difficultés à faire émerger une coalition masquent un symptôme plus profond. Nous allons vivre un « été vintage »—par Olivier Roy.

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Texte intégral (4706 mots)

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La France vient de vivre l’un des épisodes électoraux les plus dramatiques depuis l’avènement de la Vème république. On annonçait, à la fin du premier tour, la majorité relative ou absolue pour l’extrême droite au Parlement. Et voici qu’au second tour, suite à la mobilisation de la gauche, et surtout à sa discipline dans les désistements républicains, c’est elle qui arrive en tête  ! Le Front populaire, cela rappelle la mobilisation du peuple contre l’extrême droite, l’occupation des usines, les grandes manifestations place de la République, les pétitions d’intellectuels…

Et puis, à partir du 7 juillet au soir, rien. 

Presque rien : du bruissement à la surface. Des réunions d’états-majors, des arguties, des candidatures « brûlées », des « peones » et d’autres apparatchiks qui se haussent du col, quelques articles longs et ennuyeux dans la presse quotidienne sur les négociations de couloir ou les états d’âme du Président mais rien dans la rue, et pas grand-chose dans les têtes. Rien n’a eu lieu. Rien n’a vraiment changé : la même présidente à l’Assemblée, le même Premier ministre. Personne n’est descendu Place de la République, hormis quelques fêtards de service. Les quartiers n’ont pas bougé. Le chambardement du Grand soir et la guerre civile à venir sont renvoyés aux effets de style de la littérature houellebecquienne. Du souvenir du grand Front Populaire de 1936, il ne reste qu’un grand désir de congés — payés ou non.

On pourrait s’indigner que la classe politique de gauche ne soit pas à la hauteur du peuple de gauche. Mais le peuple de gauche n’est apparemment pas à la hauteur de l’idée que l’on s’en fait. Face à la vacance du politique, il est en vacances, certes vacances moroses à l’aune des deux climats, le politique et le météorologique. Un mauvais rose et pas de rouge du tout, ni à l’horizon, ni même au front.

À partir du 7 juillet au soir, rien. Du souvenir du grand Front Populaire de 1936, il ne reste qu’un grand désir de congés — payés ou non.

Olivier Roy

C’est là qu’il faut tirer un enseignement : le peuple n’attendait rien de ces élections, hormis le barrage au Rassemblement national (RN). Ni à gauche, ni à l’extrême droite, le peuple ne s’offusque de voir que ces élections historiques débouchent sur la même chose qu’avant, c’est-à-dire rien.

Le peuple de gauche a néanmoins le sentiment du devoir accompli  : il a empêché Jordan Bardella d’arriver à Matignon et le parti de Le Pen de prendre le pouvoir. Le reste il s’en fiche, ou plutôt : il n’y croit plus. L’utopie, il y a longtemps qu’on a donné. En fait, on a juste voté contre le RN et pas pour un changement de politique. Encore moins de société. Cela explique sans doute largement le fait que la gauche, voire l’extrême gauche, ait voté sans états d’âme pour des républicains de droite, dont on sait pertinemment qu’ils ne tireront aucune leçon de cette affaire et qu’ils continueront à faire une politique de droite — d’une droite normale, banale, plate, avec beaucoup de grands mots et quelques coups de matraque, ici et là — ou plutôt là-bas qu’ici — autour des bassines et des banlieues.

Nous allons sans doute vivre un été vintage. La quatrième république est de retour. La Corrèze revient au centre de la vie politique. Comme on nous l’explique doctement, aujourd’hui la périphérie est au centre, et vice-versa. 

Pourquoi le RN n’a pas réussi à gagner 

Cela ne nous interdit pas de tenter de réfléchir un peu, dans ce moment étonnant, à cette étrange victoire.

En creusant ou en cherchant à faire preuve de lucidité on se rend bien compte que ce n’est que partie remise. Les problèmes, les structures et les enjeux n’ont pas bougé. Le premier point doit être de comprendre l’échec très relatif du RN ; le deuxième de discerner sur quoi pourraient bien se constituer des coalitions de gouvernement, c’est-à-dire sur quelles valeurs et quelle vision de la société.

J’étais électeur à Dreux quand le Front national y a fait sa percée en 1984. Quarante ans plus tard, la ville a massivement voté LFI au premier tour, puis a élu un député de la droite républicaine — laquelle tient d’ailleurs la mairie depuis 1995. Le RN y fait un score bien en-dessous de son score national.

Mais une chose n’a pas changé. Le RN de Jordan Bardella a mené sa campagne nationale, dans la dernière ligne droite, sur le même thème que le FN de 1984  : l’immigration. Et il a délibérément mis dans le même sac les descendants de la première génération d’immigrés du travail des années 1960 et 1970, avec l’afflux récent de réfugiés et de sans papiers. La préférence nationale et l’interdiction de certains postes aux binationaux visent clairement les descendants de la première immigration. Ce refus de prendre en compte l’enracinement dans la durée de ces deuxièmes et troisièmes générations a rendu la campagne non seulement ringarde, mais contre productive car elle a aussi mobilisé une partie de ces générations dont beaucoup se seraient abstenues ou auraient même pu voter pour un RN qui se serait concentré sur la sécurité et l’opposition à l’immigration récente. On néglige souvent, notamment à gauche, la demande de sécurité au cœur même des « quartiers difficiles ».

Surtout, dans son choix d’une approche « ethnique », voire racialiste, le RN a ignoré ce qui aurait pu faire le pont avec le reste de la droite — LR et camp présidentiel — mais aussi une partie de la gauche, celle du Printemps républicain : « l’islamisation » prétendue de la société. Ces derniers ont déplacé le rejet des anciens immigrés sur celui de l’islamisation supposée être portée par leurs descendants. En bref, on est passé des « immigrés » aux « musulmans ». Le conflit porte sur le voile, le hallal et la barbe — moins sur la carte d’identité. Or curieusement, en reprenant les vieux clichés du Front National de Jean-Marie Le Pen, évidemment toujours très présents dans le noyau dur de son électorat, le RN a manqué sa conversion « laïque » pourtant avancée par Marine Le Pen depuis sa campagne présidentielle de 2017  : dénoncer le « musulman » plutôt que l’immigré, ce qui permet de toucher un électorat plus large, voire plus métissé, et de trouver un terrain d’entente avec toute cette gauche passée de l’anti-cléricalisme à l’islamophobie.

Ce qui n’a pas permis au RN de transformer l’essai du premier tour, c’est son racisme ringard.

Olivier Roy

En ce sens le RN est revenu à ses vieux démons, incarnés par tous ses candidats fantômes que personne ne connaît localement mais qui ont multiplié les déclarations racistes, voire antisémites. Ce qui n’a pas permis au RN de transformer l’essai du premier tour, c’est ce racisme ringard. 

Car ce racisme brut de décoffrage ne fonctionne plus dans toute une partie de la population. Il n’explique d’ailleurs pas le vote du RN de Marine Le Pen : la France périphérique selon Guilluy, les gilets jaunes, le désert médical, la crise des transports publics, le coût de l’essence, l’écologie punitive, tout cela a aussi joué un rôle. Ce vote a une dimension sociale évidente : il traduit une protestation contre le déclassement, la recherche de sécurité et les difficultés croissantes de la vie quotidienne.

Cela a été dit cent fois mais il faut le rappeler : ce n’est pas là où il y a le plus d’immigrés que le vote RN est le plus fort. Certes, il faut tenir compte des disparités régionales : les tensions ouvertement raciales semblent plus présentes dans le sud-est que dans la région parisienne. Mais la France a changé depuis quarante ans et ce changement est curieusement absent des discours politiques, alors qu’il sous-tend bien des pratiques politiciennes — en particulier au niveau municipal. Comment dès lors concilier les sondages qui parlent d’une France plus tolérante et des élections qui semblent montrer le contraire1  ? 

Le changement auquel on n’arrive pas à donner de nom, c’est la montée et l’enracinement de classes moyennes d’origine musulmane qui a pour conséquence l’émergence de nouvelles élites. Quand on parle de « préférence nationale » et du rôle des immigrés dans le marché du travail, on pense aux métiers mal payés, comme dans la restauration : combien de restaurants fermeraient si on renvoyait les cuistots sénégalais et les plongeurs bangladeshis. Curieusement, on parle très peu des élites2.

La défaite du RN s’explique ainsi par une considération très pragmatique, plus qu’idéologique : si son programme était appliqué, l’hôpital de Dreux fermerait. Point. Et je me doute qu’il ne serait pas le seul. Si l’on renvoyait les médecins étrangers ou ceux ayant une double nationalité, le désert médical qui se propage en France se transformerait en Sahara. Et cela, les habitants de villes comme Dreux le savent et le vivent dans leur réalité quotidienne. De plus, dans les zones urbaines, la mixité sociale sur les lieux du travail mais aussi familiale à travers les mariages mixtes, fait partie de la vie. Le métissage n’est pas une simple métaphore que l’on évacuerait en parlant soit d’un « grand remplacement », soit de « séparatisme ». Il est une réalité vécue. Mais comme le montre Giovanni Orsina, le populiste oppose justement ce concret vécu contre l’abstrait d’une analyse plus approfondie de la société ; le populisme c’est la rébellion « du concret contre l’abstrait, du proche contre le lointain, du présent contre le futur, du monde vécu contre le monde pensé. »3

Le RN de Jordan Bardella a mené sa campagne nationale, dans la dernière ligne droite, sur le même thème que le FN de 1984  : l’immigration.

Olivier Roy

Or une partie de l’intelligentsia venue de la gauche — le Printemps républicain, le site Causeur, etc. — est passée à droite sur le double thème de l’ensauvagement et de l’islamisation. Le premier thème sert bien sûr à disqualifier les « quartiers », le second à jeter la suspicion sur les nouvelles élites  : naguère on parlait de la « salafisation » des quartiers, maintenant, dans une France qui redécouvre les petits-enfants du trotskisme, on évoque « l’entrisme frériste » dans les institutions et le monde du travail. Si le danger salafiste et les Frères existent bel et bien, leur évocation sert d’abord à masquer en les disqualifiant les mouvements sociaux qui travaillent la société française et qui sont bien plus autonomes qu’on ne le dit par rapport à la religion. Pour le pire — le trafic de drogue — ou le meilleur — l’intériorisation de la laïcité.

Malheureusement, alors même qu’elles se donnent pour tâche de débusquer les préjugés, les sciences sociales restent souvent prisonnières du préjugé religieux. L’une des raisons de ce blocage est la demande publique concernant la recherche. Depuis le 11 septembre 2001, le financement de la recherche tourne largement autour de la question du rapport entre islam et violence. Pour trouver un financement, le jeune chercheur a souvent le choix entre le fromage — la radicalisation — et le dessert — la déradicalisation. L’ « islamologie » est vue comme la clef de la compréhension des phénomènes sociaux. Si elle a bien sûr un rôle à jouer, on voit aujourd’hui les dégâts de la « sur-islamisation » de la recherche, parallèle en fait à celle du discours politique. Il a fallu les longs procès pour terrorisme des années 20020-2023 — dont celui dit du V13, c’est-à-dire le procès du Bataclan — pour comprendre que « l’incubation salafiste » n’était pas la clef du djihad. 

S’il existe d’excellents travaux sur les formes de religiosité propres aux classes moyennes d’origine musulmane4, il y a en France, comme le notait Olivier Hanne, une intolérance à toute forme de religiosité conservatrice visible — et pas seulement envers les musulmans5. À cela s’ajoute un manque d’intérêt envers ceux des musulmans d’origine pour qui la question religieuse est secondaire voire indifférente, mais qui ne voient pas pourquoi ils ou elles devraient rejoindre la cohorte des bons « ex » qui en rajoutent sur la dénonciation de l’Islam. L’indifférence religieuse est à cet égard plus répandue qu’on ne le croit. On parleainsi d’un vote « musulman » pour la France Insoumise (LFI) mais, si la religion était au centre de l’auto-identification d’un grand nombre de musulmans, pourquoi ne voit-on pas apparaître de parti musulman, sans même parler de parti « islamiste » ? Si beaucoup de musulmans votent LFI, ce n’est pas parce que le parti de Jean-Luc Mélenchon met en avant la défense de l’islam, c’est peut-être parce que LFI ne parle pas de religion — et par conséquent ne présente l’islam ni comme un problème ni comme une solution. Alors que, sur le plan local, les relations entre les partis — de la droite au PS — et les imams sont nourries, les relations entre LFI et les instances religieuses sont quasi inexistantes. Si bien qu’on pourrait penser que les Français d’origine musulmane qui votent LFI lui sont justement reconnaissants de ne pas parler religion mais seulement politique et questions sociales.

Le pivot de la laïcité 

Néanmoins, le rejet partiel du RN aux dernières élections ne doit pas cacher la permanence d’une coalition politique de fait en faveur d’une laïcité autoritaire qui viserait avant tout les musulmans — avec des retombées sur les autres religions : plus grand contrôle des établissements d’enseignement privé et de l’enseignement à la maison. Mais la différence de traitement par l’État du lycée musulman Averroès à Lille et du lycée catholique Stanislas à Paris, à la suite d’une enquête sur le respect de la laïcité, montre bien qui est visé d’abord : le contrat est refusé à Averroès et conservé pour Stanislas — pourtant profondément engagé dans la défense d’un catholicisme traditionaliste.

Pour légiférer sur la question religieuse, il y a un choix à faire entre trois politiques.

La première serait libérale  : privilégier la liberté religieuse — à l’instar de l’Allemagne ou de la Grande Bretagne. Mais cela est tout à fait contraire à la tradition politique française qui, du gallicanisme régalien de Louis XIV à la laïcité républicaine, privilégie au contraire l’homogénéité de la société — qu’elle soit catholique ou laïque — et le contrôle de l’État. En ce sens Emmanuel Todd n’a pas tort de parler d’un catholicisme zombie très français au sens où il ne devrait y avoir qu’une seule religion dominante — catholicisme ou laïcité — et que toute dissidence serait perçue comme une forme d’hérésie.

La deuxième solution — prônée par un Éric Zemmour ou une Marion Maréchal — serait de privilégier l’identité et la tradition chrétienne, et donc d’assumer une laïcité à deux vitesses, bienveillante envers le catholicisme et répressive envers l‘islam. Mais la déchristianisation accélérée de la société fait de cette solution un vœu pieux — voire très pieux.

La France a changé depuis quarante ans et ce changement est curieusement absent des discours politiques, alors qu’il sous-tend bien des pratiques politiciennes.

Olivier Roy

Enfin la dernière hypothèse est une laïcité autoritaire généralisée qui trouverait un soutien du RN à la droite du PS. C’est sans doute sur cette hypothèse qu’une cohabitation entre un RN majoritaire à l’Assemblée et le Président Emmanuel Macron aurait pu fonctionner, sous réserve que le RN retrouve l’orthodoxie financière — comme tout le monde l’a fait depuis un demi-siècle — en laissant au Président l’Europe et la politique étrangère. C’était le projet le plus cohérent pour le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella — il n’a pas réussi à se structurer pour répondre à cette demande.

Cette dernière hypothèse relève d’un attelage bizarre : les « valeurs de la République » ripolinées en traditions gauloises. Elle réconcilierait aussi deux traditions antagonistes : le gallicanisme d’ancien régime avec l’anti-cléricalisme républicain — les catholiques « tradis » d’aujourd’hui sont très remontés contre le Pape, rompant avec l’ultramontanisme de leurs ancêtres du XIXème siècle.

Le dilemme du RN : entre hédonisme sécuritaire et catholicisme conservateur  

La difficulté de constituer une majorité stable ne doit donc pas cacher les convergences sur les questions de société du RN à la droite du PS, en laissant LFI isolé.

Une chose est de plus en plus claire : le RN doit faire un choix. 

Il est traversé par deux courants. Le premier, incarné par Marion Maréchal, est fait de « catho-tradi »  ; ils sont peu nombreux parmi les militants et les électeurs, mais très soutenus par une clique de milliardaires en quête de salut fiscal et spirituel — dont Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. Sachant qu’ils sont une petite minorité, ils capitalisent sur la formation des cadres et leur mise à disposition en faveur d’un appareil politique jusqu’ici surtout constitué d’amateurs et de dilettantes. 

La société a changé. La changer à nouveau demandera un effort bien plus conséquent que de créer des chaînes conservatrices.

Mais du contrôle de l’appareil à l’enracinement dans la société d’un catholicisme conservateur qui mettrait en tête de son programme l’interdiction de l’avortement et la défense de la famille traditionnelle, si possible blanche et féconde, il y a plus qu’un long travail de propagande. La société a changé. La changer à nouveau demandera un effort bien plus conséquent que de créer des chaînes conservatrices.

Le second courant, dominant parmi les électeurs RN, défend plutôt un droit de jouir : un mode de vie hédoniste menacé par le déclassement et la vie dure. Ils ont intériorisé la liberté sexuelle et les familles recomposées. Ils veulent rénover l’église de leur village pour en faire un lieu de rencontre, mais pas trop pour y célébrer la messe — ou alors sans eux. Ils aiment dans le Puy du Fou le spectacle, pas l’appel au sacrifice.

En Europe, les partis populistes qui mettent la priorité sur les normes chrétiennes perdent. C’est sans doute la raison pour laquelle le RN évite de sortir de son discours anti-migration — qui masque son incapacité de penser la question religieuse — tout en restant très mobilisateur.

La gauche n’a pas plus de succès sur ce plan là.

Le front républicain fera sens tant que le RN restera raciste ou s’il devient « catho-tradi » — ce qui demeure une hypothèse peu probable. Mais le Nouveau Front populaire n’est pas parvenu à constituer un « front des valeurs » qui le distinguerait du centre droit et de l’extrême droite car il n’arrive pas — et pas plus que les autres — à penser l’émergence d’une population musulmane qui demande tout simplement le droit à la liberté religieuse. Car c’est bien la question religieuse — et celle de cette liberté publique — qui reste le grand impensé de la culture politique française.

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22.07.2024 à 15:16

Dans l’oblast de Donetsk, en direction de Pokrovsk et Toretsk, le front ukrainien est-il en train de céder ?

Marin Saillofest

Village par village, l’armée russe progresse avec un rythme lent mais régulier depuis plusieurs semaines en direction des villes de Pokrovsk et Toretsk, dans l’oblast de Donetsk. La chute de l’une d’entre elles serait susceptible d’ouvrir la voie à des attaques vers le nord de la région, notamment vers Kramatorsk.

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Texte intégral (791 mots)

Depuis plusieurs semaines, la pression constante exercée par les forces russes dans l’oblast de Donetsk s’est intensifiée. En suivant une telle méthode, Moscou est en mesure de progresser à un rythme lent mais régulier.

  • Après avoir capturé en février la ville d’Avdiivka, située à quelques kilomètres au nord de la capitale du Donbass (au prix de plusieurs milliers de vies), l’armée russe a continué à progresser vers l’ouest et le nord-ouest.
  • Fin avril, Moscou a capturé le village d’Ocheretyne, à 15km au nord-ouest d’Avdiivka. Début juin, les forces russes pénétraient dans le quartier du canal de la ville de Tchassiv Yar, dont la position surélevée lui confère une place importante dans le réseau défensif ukrainien.
  • La progression russe continue aujourd’hui sa percée dans l’oblast de Donetsk, notamment le long de la route O0544, qui mène à la ville de Pokrovsk. Samedi 20 juillet, la Russie a forcé les troupes ukrainiennes hors du village de Prohres, situé à mi-distance entre Avdiivka et Pokrovsk1.

Les cartes ci-dessus montrent l’évolution de la ligne de front dans l’oblast de Donetsk au cours du mois qui vient de s’écouler. Les forces russes ont progressé dans la plupart des directions à l’ouest et au nord-ouest de la capitale régionale, et menacent désormais Toretsk, à 40 kilomètres au nord de Donetsk.

  • La progression russe en direction de Toretsk pose un risque important pour les villes de Kostiantynivka et de Tchassiv Yar2.
  • L’une des raisons pour lesquelles les forces ukrainiennes ont été en mesure de contenir jusqu’à maintenant la progression russe à la partie est de Tchassiv Yar est l’incapacité de l’armée russe à contourner la ville par le nord ou le sud.
  • En mars, l’Institute for the Study of War estimait qu’un encerclement de Tchassiv Yar était « peu probable » au cours des prochains mois. Nous sommes désormais en juillet et ce scénario apparaît comme étant de plus en plus plausible.

Malgré les importantes pertes russes pointées par le commandant en chef des forces armées ukrainiennes Oleksandr Syrsky, Moscou conserve un avantage numérique et matériel suffisant pour soutenir sa progression — bien que celle-ci soit très coûteuse3.

Face à une absence apparente de solution à court terme, les forces ukrainiennes dans l’oblast de Donetsk semblent contraintes de tenir le front jusqu’à l’automne prochain, lorsque le retour de la pluie et de la boue limiteront les déplacements motorisés. Jusqu’à cette date, le commandement ukrainien pourrait se retrouver face à un dilemme contraignant : défendre Pokrovsk ou protéger Toretsk4.

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