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19.07.2024 à 08:14

Dans l’Antiquité, les Jeux olympiques avaient-ils une dimension politique ?

Dominique Lenfant, Professeure d'histoire grecque, Université de Strasbourg

Couramment envisagés dans leur dimension athlétique ou religieuse, les Jeux olympiques antiques avaient aussi des enjeux politiques.
Texte intégral (2661 mots)
Scène de pugilat avec arbitre, amphore du IVe s. avant notre ère. Musée du Louvre

Il n’est pas rare de dénoncer comme un mythe l’apolitisme revendiqué des Jeux olympiques modernes. De leur côté, les Jeux olympiques antiques sont envisagés le plus souvent pour leur dimension sportive ou religieuse. En tant que modèle affiché des Jeux modernes au moment de leur création, ils méritent que l’on s’interroge aussi sur leur composante politique.

Rappelons que, comme les Jeux modernes, les Jeux antiques étaient des compétitions athlétiques et hippiques entre des ressortissants de multiples États. À leur différence, cependant, ils étaient réservés aux Grecs à l’exclusion de tous ceux qui ne l’étaient pas, des Grecs qui provenaient de multiples cités-États distinctes et dispersées, des entités qui avaient chacune leur territoire et leur régime politique.

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Sans constituer une unité politique, les cités formaient une communauté culturelle, qui avait en partage une même langue, le sentiment d’une parenté, des pratiques identiques, mais aussi des cultes et des sanctuaires communs, au premier rang desquels était le sanctuaire de Zeus à Olympie.

Tous les quatre ans s’y déroulaient, pendant quelques jours d’été, des compétitions gymniques et hippiques mettant aux prises des participants qui, tout comme les spectateurs, devaient être des Grecs de sexe masculin citoyens d’une cité (et non simples immigrés résidents comme l’étaient les « métèques »).

Les bénéfices politiques des vainqueurs

Pour juger de leur dimension politique, la première question qui se pose est de savoir si un concurrent participait à titre individuel et s’il tirait dans sa propre cité un bénéfice personnel et politique de sa victoire. Disons d’abord que, pour participer, un citoyen se présentait de son propre chef sans avoir besoin de l’aval de la cité : celle-ci n’opérait pas de sélection, il n’y avait pas de délégation officielle ni d’équivalent des Comités nationaux olympiques d’aujourd’hui.

Mais l’essentiel n’était pas de participer : il fallait gagner, d’autant qu’il n’y avait qu’un gagnant par épreuve, sans qu’il y eut pour les suivants l’équivalent des médailles d’argent et de bronze. Le premier était le seul dont on retenait le nom et que l’on qualifiait pour le reste de ses jours d’olympionique, de « vainqueur olympique », et ce à travers le monde grec.

Pour l’heureux vainqueur, le succès n’était pas source d’enrichissement direct à Olympie même, où il ne recevait comme prix qu’une couronne d’olivier sauvage, une récompense purement symbolique qui lui valait une gloire internationale.

Assiette attique à figures rouges, signée Epictétos, v. 520-510 av. n. è. : un athlète vainqueur (nu) face à son entraîneur (drapé). Trouvée dans la nécropole étrusque de Vulci. Musée du Louvre

De retour dans sa cité, en revanche, il recevait d’elle des avantages qui variaient selon les cas : de l’argent, la nourriture aux frais de l’État, une place d’honneur au théâtre, le vote d’un décret honorifique qui, gravé sur une stèle de pierre, faisait l’objet d’un affichage pérenne, l’érection de sa statue au cœur de la cité ou encore le financement de son effigie dédiée à Zeus au sanctuaire même d’Olympie.

À ces récompenses matérielles et honorifiques s’ajoutait une aura de gloire qui facilitait l’accès à des fonctions de pouvoir et de prestige au sein de la cité. À Sparte, certains vainqueurs olympiques avaient l’honneur de combattre aux côtés du roi qui menait campagne. À Crotone, le fameux champion Milon fut mis à la tête des troupes de sa cité contre sa rivale Sybaris.

À Athènes, l’exemple d’Alcibiade est significatif : ayant réalisé la performance de faire arriver ses chars 1er, 2e et 4e dans la même course attelée de 416 avant notre ère (il est vrai qu’il avait fait concourir sept chars à lui tout seul), il rappela cet exploit devant l’Assemblée démocratique de sa cité comme « argument de campagne électorale », comme preuve qu’il était le plus apte à exercer la responsabilité militaire et politique qu’il était en train de solliciter.

Source de bénéfices et de gloire pour le vainqueur et sa famille, la victoire olympique avait-elle des avantages pour sa cité ? Le vainqueur olympique représentait-il sa cité et quel rôle jouait donc celle-ci avant et après sa victoire ?

Le compétiteur olympique, un représentant de sa cité ?

On a vu que la cité ne sélectionnait pas de concurrents, mais qu’elle récompensait les vainqueurs, ce qui revenait à encourager leur participation (victorieuse). C’est qu’indéniablement la gloire des vainqueurs rejaillissait sur leur cité, dont le nom était proclamé après le leur au moment de leur couronnement – équivalent approché du drapeau et de l’hymne national aujourd’hui. Et, de même, si le vainqueur faisait ériger à Olympie une statue commémorant sa victoire, la base de cette statue mentionnait le nom de l’athlète et la discipline où il avait triomphé, mais aussi le nom de sa cité, qui venait même parfois en premier.

Il n’est donc pas surprenant que ce monument commémoratif ait été parfois commandé par la cité elle-même, qui y trouvait son compte en termes de prestige. C’est pour la même raison qu’elle érigeait sur l’agora la statue d’un vainqueur olympique, ce qui était certes un honneur pour le champion, mais aussi une manifestation de fierté de la cité, qui affichait ainsi ses gloires locales aux yeux des visiteurs étrangers en même temps qu’elle encourageait les vocations en son sein.

De fait, les victoires olympiques étaient perçues comme l’indice de la force de la cité et l’Athénien Alcibiade, dans son discours déjà évoqué, présente son exploit comme une manifestation de la puissance de sa cité à un moment où ses rivales la croyaient affaiblie, comme une arme psychologique face à ses adversaires.

Les vainqueurs étaient donc bien vus comme les représentants d’une cité et cela avait des conséquences sur les concurrents et leur droit à concourir. En effet, il n’était pas possible de participer « sous bannière neutre » et les sanctions prises parfois par les organisateurs contre telle cité frappaient tous les membres de celle-ci. Il arriva ainsi à Sparte d’être exclue des Jeux pour avoir rompu la trêve sacrée, et ses ressortissants ne purent en conséquence y prendre part.

Cette perception des vainqueurs comme émanation de leur cité conduisit à faire évoluer le rôle de cette dernière, qui ne se contenta pas toujours de capter à son profit des exploits individuels. Pour les épreuves athlétiques, les cités favorisèrent peu à peu l’entraînement des athlètes dans le cadre du gymnase, où l’on se préparait aussi à la guerre. Avec le temps aussi, des professionnels apparurent et des cités se mirent à rémunérer des athlètes avant même toute victoire, même si ce n’était pas le cas général.

Si les concurrents représentaient indirectement leurs cités, les cités étaient-elles pour autant en compétition par le biais des Jeux et ces concours avaient-ils plus généralement des conséquences sur leurs rapports politiques ?

Les concours olympiques et leurs enjeux politiques

Rappelons d’abord que les cités n’étaient pas en compétition pour être le pays hôte des Jeux, avec pour ce dernier la possibilité d’en tirer du prestige en impressionnant les spectateurs (songeons aux JO de Berlin en 1936 ou, dans un autre genre, à la cérémonie d’ouverture prévue pour les JO de Paris 2024 et pour d’autres États la possibilité de boycotter les Jeux organisés par un adversaire politique (Moscou 1980 ou Los Angeles 1984).

Les Jeux antiques ne pouvaient avoir cette dimension, puisqu’ils se déroulaient toujours à Olympie, qui n’était pas une cité-État, mais un sanctuaire. Ce sanctuaire était sur le territoire d’une cité, Élis, dont le centre urbain était à 35 km de distance. C’était une cité d’importance mineure et c’était elle qui administrait le sanctuaire et organisait les concours : il n’y avait pas de comité d’organisation international. L’organisation et l’arbitrage étaient assurés par des citoyens d’Élis tirés au sort.

Une deuxième question touche la guerre entre cités. On sait que l’olympisme moderne a toujours prétendu œuvrer à la paix entre les peuples, non sans se référer parfois à la « trêve sacrée » qui prévalait dans l’Antiquité dans la période des Jeux. Or, il ne s’agissait pas de suspendre toute guerre et encore moins d’y mettre fin, mais d’interdire toute guerre avec la cité d’Élis et de garantir la protection de tous ceux, athlètes, entraîneurs, supporters et spectateurs, qui convergeaient vers Olympie pour l’occasion.

La trêve sacrée n’était pas motivée par l’idéal politique d’établir la paix, c’était un simple accord pour garantir la bonne tenue des concours en dépit des guerres en cours, qui pouvaient sinon se poursuivre. Il arrivait même que fussent prononcés à Olympie des discours d’appel à une guerre commune, par exemple contre les Perses. Ce n’est donc pas à l’Antiquité que doit se référer l’olympisme moderne s’il veut promouvoir la paix.

En troisième lieu, s’il n’y avait pas de compétition officielle entre cités, il y en avait une dans les faits : les cités appréciaient et exploitaient la victoire de leurs ressortissants. L’affichage durable des succès de leurs membres par des inscriptions gravées et des statues travaillait à leur propre prestige international. La comparaison entre ces exploits était une des dimensions de la rivalité entre cités. Elles n’hésitaient pas non plus à faire un usage diplomatique de leurs vainqueurs olympiques en les envoyant en ambassade lors des négociations entre États, de manière à faire impression, fût-ce même au roi de Perse.

Un dernier phénomène peut illustrer le rôle politique que pouvaient jouer les Jeux : la reconnaissance d’une cité à l’existence contestée.

En 368 avant notre ère, une épreuve de course fut gagnée par un citoyen de Messène, Damiskos. Or Messène avait été créée l’année d’avant sur un territoire auparavant assujetti à Sparte et dont les habitants, de statut inférieur, s’étaient alors émancipés grâce à l’intervention militaire d’une autre cité, Thèbes, ennemie de Sparte. Malgré sa défaite, cette dernière refusait de reconnaître la nouvelle cité de Messène. Or le seul fait que Damiskos ait pu concourir supposait qu’Élis ait reconnu officiellement l’existence de Messène comme cité autonome et légitime. La proclamation de la victoire devant les représentants de dizaines de cités était un acte politique fort, dont usèrent alors les juges d’Élis.

La neutralité d’Élis peut être assurément mise en doute, étant donné ses conflits fréquents avec Sparte. Il n’en demeure pas moins qu’Olympie pouvait être ainsi le lieu de reconnaissance générale d’un nouvel État pourtant contesté par certains. On songe mutatis mutandis à la participation de la Palestine aux JO modernes, qui depuis plusieurs décennies fait au moins d’elle une nation sportive et constitue une manière d’adhérer à la solution à deux États.

Compétition et communion

Au total, malgré l’absence d’organisation formelle, les cités grecques étaient en compétition comme le sont aujourd’hui les nations, une rivalité dont l’enjeu principal concernait leur image et leur prestige, non sans retombées possibles en termes de puissance. Dans le même temps, les concours d’Olympie étaient une manifestation d’affirmation de l’hellénisme par opposition aux Barbares.

Les Grecs eux-mêmes y voyaient non sans raison un facteur d’unité culturelle : c’était une occasion unique de rencontre pacifique massive entre des dizaines de milliers de Grecs venus de multiples régions, des Grecs qui parlaient la même langue, observaient les mêmes règles, pratiquaient les mêmes disciplines et prenaient part aux mêmes cultes. Quant aux JO modernes, il est certain qu’à défaut de favoriser la paix, ils n’ont pas manqué d’imposer eux aussi un langage commun à l’échelle de la planète.

The Conversation

Dominique Lenfant ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.07.2024 à 15:22

Les atouts de Galileo, le GPS européen

Jean Maréchal, Responsable de programme Navigation et localisation, Centre national d’études spatiales (CNES)

Galileo, l’équivalent européen du GPS, voit sa constellation de satellites se compléter, pour des services qui vont encore s’étendre dans les années à venir.
Texte intégral (1527 mots)

Moins connu que le GPS américain, Galileo, le système européen de navigation par satellite, délivre des services opérationnels depuis 2016 et aujourd’hui massivement utilisés par les smartphones, les véhicules, les drones et toutes les applications grand public. Ce n’est pas un hasard. Alors que la constellation de satellites était encore incomplète, la performance du système européen s’est très rapidement révélée excellente, offrant un mètre de précision, deux fois mieux que GPS. Pour tirer profit de cette nouvelle performance, les puces de navigation ont très naturellement évolué en l’espace de quelques années, pour intégrer les nouveaux signaux Galileo, améliorant ainsi la disponibilité et la précision de la position pour l’utilisateur.

27 satellites à plus de 20 000 km d’altitude

Galileo, c’est bien sûr une constellation de satellites. Elle est organisée sur trois plans orbitaux à 23 200 km d’altitude, chacun des plans contenant 8 satellites nominaux et un ou plusieurs satellites redondants. Ces satellites redondants sont actifs et prêts à être déplacés sur l’orbite pour remplacer un satellite qui tomberait en panne. Au total, la constellation contient donc 24 satellites nominaux et au moins 3 satellites redondants. Et nous y sommes presque ! Après le 13e lancement qui aura lieu en septembre 2024, le défi aura été relevé et la constellation atteindra 27 satellites.

Aussi performants soient-ils, les satellites Galileo ne peuvent cependant pas fournir seuls les services. Ils ont besoin des données de navigation calculées et transmises par le segment sol qui joue un rôle déterminant. Le segment sol est composé de stations d’émission et de réception déployées sur quinze sites européens tout autour du globe, en particulier sur les territoires d’outre-mer français et néerlandais, et de différents centres dans plusieurs pays européens.

Les traitements réalisés au sol consistent principalement à déterminer en temps réel les orbites précises des satellites à 20 cm près, à resynchroniser entre elles les horloges atomiques de chacun des satellites à la nanoseconde (milliardième de seconde) puis à transmettre ces précieuses données aux satellites pour qu’ils les rediffusent aux utilisateurs dans les signaux de navigation.

Une précision inégalée

Il faut rappeler que les quatre constellations de navigation, Galileo, GPS (Global Positioning System, le système américain), Beidou (système chinois) et Glonass (système russe) sont interopérables : leurs signaux sont assemblés dans la puce de navigation pour produire une seule position. Rappelons aussi que ce calcul est réalisé localement et de façon autonome par la puce sans échanger d’informations avec le satellite. Les signaux sont en effet simplement diffusés par les satellites vers leurs milliards d’utilisateurs, tout comme un émetteur de radio FM transmet des signaux sans connaître les auditeurs qui l’écoutent.

Si Galileo est si précis, c’est parce que les ingénieurs européens qui l’ont conçu au début des années 2000 ont su observer et analyser le fonctionnement du GPS de l’époque. Cependant, faire la course à la précision avec le GPS n’est pas la raison d’être fondamentale du système européen. Galileo, infrastructure spatiale majeure, a d’abord été voulu il y a 20 ans par les États membres de l’Union européenne pour répondre à leurs exigences de souveraineté. Il s’agissait de satisfaire tout à la fois les besoins quotidiens de 450 millions de citoyens et de plus de 20 millions d’entreprises, et de fournir aux gouvernements et à leurs forces armées des services protégés et robustes, en toute indépendance du système militaire américain GPS et des systèmes chinois et russe.

Un système de navigation aux nombreux services

Galileo est un système civil qui a été pensé depuis sa genèse pour fournir gratuitement les meilleurs services aux citoyens. Le premier d’entre eux, le service de positionnement, délivre donc mondialement des performances de très bonne qualité. En complément, Galileo transmet aussi depuis janvier 2023 un service de positionnement très précis destiné aux professionnels, le High Accuracy Service. Ce service permet d’obtenir une précision de 20 cm utilisée par exemple dans l’agriculture ou le BTP.

Galileo fournit également deux services d’authentification pour lutter contre le leurrage, c’est-à-dire la transmission de faux signaux satellite pour tromper l’utilisateur sur sa position. Le premier, OSNMA (Open Service Navigation Message Authentication), destiné aux applications grand public, est actuellement diffusé en test, et le Signal Authentication Service, second service encore plus robuste, permettra à partir de 2026 des usages professionnels très exigeants. Cette capacité à authentifier les satellites protège l’utilisateur contre les menaces malveillantes. Elle permet également de lutter contre les fraudes, lorsque la position est indispensable pour contrôler une activité comme la pêche ou le transport. La première utilisation réglementaire de l’authentification Galileo consistera à confirmer les positions calculées dans les tachygraphes, les enregistreurs de la position et de la vitesse des poids lourds.

Protection, assistance et alertes

La protection et l’assistance aux personnes sont aussi des services ayant une place particulière. Chaque satellite embarque en effet un équipement spécifique qui relaye les signaux émis par les balises de détresse lorsqu’elles sont activées en cas d’accident aérien, de naufrage ou d’accident de personne dans des zones isolées. Cette capacité de retransmission mondiale et instantanée des signaux de détresse par la constellation Galileo a révolutionné la vitesse de calcul de la position des balises, permettant une localisation quasi instantanée des détresses, alors qu’il fallait attendre autrefois plusieurs heures pour les localiser. Galileo est aussi capable de confirmer aux balises que le message de détresse a bien été reçu. Cette voie retour vers les balises permettra bientôt aux équipes de sauvetage d’échanger avec les personnes à secourir afin d’optimiser l’organisation des opérations.

Pour compléter la panoplie des services rendus aux citoyens, il faut enfin citer une autre innovation, l’alerte d’urgence aux populations, qui sera accessible aux autorités de la sécurité civile des États membres de l’UE. À leur demande, Galileo pourra transmettre dans son signal de navigation, directement vers les smartphones et vers les panneaux d’affichage publics, des messages d’alertes. Ciblés sur les zones en situation d’urgence comme les feux de forêt, les inondations ou les accidents industriels, ces messages contiendront des informations et des recommandations pour les populations concernées. Le service aura l’avantage déterminant de pouvoir fonctionner partout et en l’absence de réseau téléphonique. Actuellement en démonstration sur la constellation, ce service devrait devenir opérationnel fin 2025.

Vers une deuxième génération de satellites

Cette longue liste de services pourrait étonner par sa diversité, mais l’histoire ne fait que commencer. À quoi ressembleront les nouveaux services de Galileo en 2050 ? Difficile à prédire, et pourtant, il est déjà nécessaire de construire les satellites de 2e génération qui prendront bientôt la relève des premiers satellites lancés il y a déjà treize ans. Douze satellites sont ainsi en construction. Ils seront de plus flexibles. Lorsque les premiers d’entre eux seront en orbite en 2027, ils seront d’abord programmés pour transmettre les signaux actuels afin de garantir la continuité du service. Et puis, dans 7 à 10 ans, une fois déployés en nombre suffisant, ils transmettront aussi de nouveaux signaux innovants pour répondre aux futurs besoins de l’Europe.

Rendu possible par la détermination des États membres de l’UE qui ont voulu ensemble se doter de ce moyen souverain, Galileo est désormais disponible dans presque toutes les poches et dans tous les véhicules récents d’Europe et du monde. Galileo est là, et pour longtemps !


Cet article a été co-écrit par Jean Maréchal et Damien Bellier, coordinateur interministériel délégué pour Galileo.

The Conversation

Jean Maréchal est agent du CNES, l'agence spatiale française, et dans ce cadre il fait partie de la délégation représentant la France auprès du programme Galileo. De 2011 à 2015, il a été détaché par le CNES comme expert auprès de la Commission européenne dans l'équipe du programme Galileo.

18.07.2024 à 15:22

Pesticides : le nouvel indicateur du plan Écophyto compromet la protection de la santé

Pierre Sujobert, Professeur d'hématologie, chercheur au Centre international de recherche en infectiologie, INSERM U1111 - Université Claude Bernard Lyon 1 - CNRS UMR 5308 - ENS DE LYON, Inserm

Marc Billaud, Directeur de recherche, Centre de Recherche sur le Cancer de Lyon, Département Sciences Humaines et Sociales du Centre Léon Bérard, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Le nouveau plan Écophyto, qui vise à réduire l’emploi des pesticides, fait débat. En cause, notamment, le remplacement de l’indicateur évaluant l’usage de ces substances toxiques pour la santé.
Texte intégral (2454 mots)

Suite au mouvement de colère qui a mobilisé une partie du secteur agricole au début de l’année 2024, le gouvernement français avait annoncé en février la suspension du plan Écophyto, qui visait à diminuer l’usage des pesticides en France à l’horizon 2030.

Le 6 mai dernier, une nouvelle stratégie, baptisée Écophyto 2030, a été dévoilée. Si l’objectif de réduction de 50 % des pesticides est toujours d’actualité, le manque d’ambition de ce nouveau plan a provoqué la colère d’une partie du monde scientifique et médical.

Un collectif rassemblant près de quatre cents chercheurs, plus de deux cents soignants ainsi que des sociétés savantes, des associations de patients et de défense de l’environnement en a dénoncé le contenu dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde (cosignée par les auteurs du présent article).

Parmi les points les plus problématiques figure l’abandon de l’indicateur « historique » utilisé pour mesurer les usages des pesticides, et donc évaluer la réduction réelle de leur utilisation. Le nouvel indicateur est beaucoup moins approprié que l’ancien, et les arguments avancés pour son adoption sont, pour le moins, peu solides. Voici pourquoi.

Toxicité des pesticides : les preuves s’accumulent

Aujourd’hui, la toxicité des pesticides ne fait plus guère de doute. Diverses études scientifiques ont établi qu’il existe une forte présomption de lien entre l’exposition à certains pesticides et le développement de divers cancers (cancer de la prostate, lymphomes non hodgkiniens ou myélomes). L’exposition aux pesticides durant la période de développement fœtal ou pendant la petite enfance accroît par ailleurs le risque de développer certains cancers pédiatriques. Des associations avec la maladie de Parkinson ainsi qu’avec des troubles neurocognitifs chez l’adulte et du développement cérébral chez l’enfant ont aussi été mises en évidence.

Par ailleurs, les données épidémiologiques révèlent une présomption moyenne d’association entre l’exposition aux pesticides et diverses autres pathologies comme la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, et certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), ou encore l’asthme ou les pathologies thyroïdiennes.

Les populations les plus concernées sont celles vivant à proximité des zones d’épandage. Des travaux ont ainsi montré que l’incidence de leucémies infantiles augmente en fonction de la densité des surfaces viticoles présentes dans un rayon d’un kilomètre autour des habitations.

Les professionnels manipulant des pesticides, au premier rang desquels les agriculteurs, comptent également parmi les personnes les plus exposées.

Rappelons que selon certaines estimations, les coûts sociaux liés à l’impact économique délétère des pesticides pourraient s’élever à 8,2 milliards d’euros par an.

Afin de diminuer l’usage des pesticides dans notre pays, un plan de réduction avait été adopté en 2008 dans les suites du « Grenelle de l’environnement ». Baptisé « Écophyto 2018 », ce programme avait comme objectif d’atteindre une « réduction de 50 % des usages des pesticides dans un délai de dix ans, si possible ».

Pour évaluer cette réduction, le plan Écophyto s’appuyait sur un indicateur appelé NoDU (pour NOmbre de Doses Unité).

De l’importance des indicateurs

Pour mesurer l’utilisation des pesticides, la seule mesure des quantités vendues est insuffisante. En effet, les doses utilisées varient selon la nature des cultures traitées, et la masse totale de produit utilisé n’est pas un indicateur pertinent, car certains pesticides peuvent être aussi efficaces et toxiques que d’autres pour des doses totales inférieures. C’est pour éviter ces biais que les scientifiques de l’Inrae avaient mis au point le NoDU.

Avec le NoDU, chaque quantité de substance commercialisée est divisée par une dose de référence à l’hectare, appelée « dose unité » (DU). Celle-ci est calculée en se basant sur les doses maximales homologuées par l’Anses, calculées en fonction de l’efficacité, de la toxicité et de l’écotoxicité de chaque produit.

Si le NoDU n’est pas parfait (il ne tient pas compte du risque inhérent à chaque substance utilisée), il permet de rendre compte clairement des causes de la diminution des pesticides, lorsque l’on en observe une. Lorsque l’on se réfère au NoDU, 1 kg d’une substance très efficace appliquée sur des cultures auront le même poids que 10 kg d’une substance dix fois moins efficace. La diminution du NoDU nécessite une diminution de l’usage des pesticides, ce qui est l’objectif des plans Ecophyto.

Or, rien de tel n’existe avec le HRI-1 (pour (Harmonized Risk Indicator), le nouvel indicateur européen adopté par le gouvernement.

Pourquoi le HRI-1 est inadapté

À la différence du NoDU, l’indicateur HRI-1 prend en compte la masse de produit utilisée sans tenir compte de la dose appliquée par unité de surface. Pour comprendre le problème qui résulte de cette situation, faisons une petite expérience de pensée en imaginant que les autorités médicales décident de mettre en place des mesures pour limiter la consommation des antalgiques en France, en adoptant un indicateur similaire au HRI-1.

Si soudainement les généralistes se mettaient à prescrire de la morphine (posologie de l’ordre de 30 mg/j) pour remplacer le paracétamol (posologie de l’ordre de 4000 mg/j), la quantité d’antalgiques vendue serait réduite de 92 %, sans que l’indicateur ne puisse faire la différence entre la puissance des deux antalgiques ! Les autorités pourraient avoir l’impression que leur politique fonctionne, mais il n’est cependant pas sûr que la santé publique y gagnerait…

Autre problème : le calcul du HRI-1 repose sur un coefficient de pondération arbitraire lié à la dangerosité connue de la substance considérée : 1 pour une substance jugée à faible risque ; 16 pour les substances « candidates à la substitution », qui quitteront le marché à plus ou moins brève échéance ; 64 pour celles dont l’autorisation a été révoquée et qui ne sont plus utilisées qu’à titre dérogatoire ; et 8 pour les autres n’appartenant à aucun autre groupe.

À première vue, il semble logique de concentrer les efforts sur les produits les plus dangereux. Mais les connaissances sur la dangerosité des pesticides sont souvent imparfaites, se construisant sur le temps long nécessaire à la conduite d’études épidémiologiques, d’autant plus quand il s’agit d’étudier la survenue de maladies chroniques comme les cancers ou les maladies neurodégénératives.

Par ailleurs, les coefficients de dangerosité du HRI-1 n’ont aucun fondement clair. Pourquoi un facteur 64 pour les produits qui sont en train d’être interdits et 8 pour ceux qui ne relèvent d’aucune catégorie ? Pourquoi pas un facteur 10, 50, 100 ?

Enfin, l’indicateur HRI-1 est modifié de manière rétroactive au gré des interdictions réglementaires, ce qui entraîne des distorsions significatives de ses valeurs. Prenons deux exemples.

Premier cas : si, pour lutter contre la tavelure dans un verger de pommiers d’un hectare, vous remplacez 7500 grammes de poudre à lever (classée risque faible, pondération 1) par 56 grammes de difénoconazole (fongicide classée risque préoccupant, pondération 16), la contribution au HRI-1 passera de 7500 g (7500 x 1) à 896 g (56 x 16). Dit autrement, en remplaçant une substance sans risque apparent et autorisée en culture biologique par une autre probablement dangereuse, vous réduisez la contribution au HRI-1 de 88 % !

Autre exemple : un agriculteur traite une année une parcelle de 1 hectare avec 1000 grammes d’un produit classé préoccupant (contribution au HRI-1 : 1000 x 16 = 16 000 g). L’année suivante, cette substance est interdite. Il décide alors d’utiliser en remplacement un autre pesticide de la même catégorie et de même dose homologuée. La décision réglementaire ayant un effet rétroactif, le calcul de l’HRI-1 sera réévalué pour les années antérieures à l’interdiction, en utilisant le facteur de pondération 64. Alors que rien n’a changé en termes de pratiques agricoles, l’HRI-1 passera de 64000 g (1000 g x 64) à 16 000 g, soit une réduction de 75 %. Dans ces mêmes conditions, le NoDU, lui, ne varie pas.

Ainsi, le HRI-1 ne reflète ni l’utilisation des pesticides ni les risques associés. En outre, comme les composés utilisés en agriculture biologique ont en général des taux d’application plus élevés, l’adoption du HRI-1 revient à discriminer ce type d’agriculture comparé à celle utilisant des pesticides de synthèse. Ses insuffisances ont d’ailleurs été rappelées par la Cour des comptes européenne, par le Comité scientifique et technique du Plan Ecophyto, par l’Agence fédérale allemande de protection de l’environnement et par de nombreuses associations de défense de l’environnement.

Pourtant, malgré ces carences, le gouvernement a préféré l’indicateur HRI-1 au NoDU. Et ce, alors même qu’il n’y était pas obligé.

Une harmonisation non indispensable

Le Premier ministre Gabriel Attal affirmait en mai dernier, à propos du remplacement du NoDU par le HRI-1 dans le cadre du nouveau plan Ecophyto 2030 : « nous avons fait le choix – que j’assume totalement – de reprendre l’indicateur utilisé par les autres pays européens. ».

Gabriel Attal justifiait l’adoption du HRI-1 par une volonté d’harmonisation avec les autres états membres de l’Union européenne. Pourtant, si l’indicateur HRI-1 a bien été adopté en 2019 au niveau européen, il ne l’a pas été à titre réglementaire. Il n’y avait donc aucune obligation de l’adopter en France. Pourquoi, alors, avoir délaissé le NoDU ?

Probablement parce que l’adoption du HRI-1 est bien commode : elle permet en effet d’affirmer dès aujourd’hui que l’utilisation des pesticides a baissé de plus 30 % en 10 ans et que les objectifs d’une réduction de 50 % du plan Ecophyto sont en voie d’être atteints. Si l’on s’en réfère au NoDU, la réalité est moins brillante, puisque cet indicateur mesure au contraire, sur la même période, une augmentation de 3 % de l’utilisation des pesticides dans notre pays !

En outre, comme démontré précédemment, du fait des coefficients de pondération choisis, l’évolution des valeurs du HRI-1 n’est pas spécialement sensible aux produits les plus toxiques, mais surtout à ceux ayant été largement utilisés par le passé et désormais interdits. Rappelons que la décision de retirer ces produits de la vente s’est faite au niveau européen, et non français. Par ailleurs, tous ces pesticides dangereux désormais interdits ont un point commun : ils avaient initialement été jugés suffisamment sûrs pour obtenir une autorisation de mise sur le marché…

Un indicateur plus politique que scientifique

Le HRI-1 constitue donc principalement un outil de promotion des politiques en place, plutôt qu’un instrument réellement destiné à modifier les pratiques d’utilisation ou à améliorer la protection de la santé et de la biodiversité.

En choisissant le HRI-1, le gouvernement a suivi les revendications de ceux qui soutiennent la logique du productivisme agricole, aux premiers rangs desquels les industriels de l’agrochimie et certains syndicats agricoles comme la FNSEA, qui se sont félicités publiquement de ce choix.

Une alternative était pourtant possible afin de promouvoir au niveau européen l’utilisation d’un indicateur d’usage comme le NoDU français. Le contexte était favorable, puisque l’agence allemande s’était prononcée dans le même sens en mai 2023.

Malheureusement, l’ambition d’une harmonisation par le haut n’a pas fait le poids face aux pressions des lobbys. La santé publique et la biodiversité en paieront le prix fort.


Les auteurs tiennent à remercier Jean-Noël Aubertot et Stéphane Foucart pour leurs commentaires pertinents, qui ont grandement contribué à améliorer la qualité de cet article.

The Conversation

Pierre Sujobert a reçu des financements de recherche d'agences publiques (ANR, INCA), d'associations (Ligue contre le Cancer, Association de recherche contre le cancer (ARC), et de laboratoires pharmaceutiques (Astrazeneca, Servier). Il a aussi exercé des missions de consulting pour les sociétés Kyte/Gilead, Sandoz, Abbvie, Daiichi Sankyo, Janssen Cilag.

Marc Billaud ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.07.2024 à 15:22

Le marquis de Custine, Poutine et la Russie éternelle

Guillaume Lagane, Maître de conférences, Sciences Po

Dans quelle mesure les « Lettres de Russie » publiées par le marquis Astolphe de Custine en 1839 peuvent-elles encore nous éclairer sur la Russie contemporaine ?
Texte intégral (2288 mots)
«&nbsp;L’empereur Nicolas I<sup>er</sup>&nbsp;annonce à sa garde le déclenchement de l’insurrection de novembre en Pologne&nbsp;», tableau du peintre allemand Georg Benedikt Wunder (1786–1858). Les similitudes entre la répression en 1830 de l’insurrection polonaise par l’Empire russe et l’intervention actuelle en Ukraine ne sont pas les seuls parallèles existant entre la Russie décrite par Custine en 1839 et celle d’aujourd’hui. Georg Benedikt Wunder

On le sait depuis le succès de ses Lettres de Russie en 1839, Custine est la lecture obligée de tout bon observateur du pouvoir russe et de sa diplomatie. Légitimiste parti étudier les vertus du régime absolutiste de Nicolas Ier, le marquis de Custine en revient convaincu par la supériorité de la monarchie limitée de Louis-Philippe. S’il a un style admirable, que l’on a comparé à Tocqueville, Custine n’en a pas la profondeur. Bien des parties de son ouvrage, dont on ne lit aujourd’hui que des extraits, ont vieilli.

Mais pour reprendre le mot fameux de George Kennan, « si ce n’est pas un très bon livre sur la Russie en 1839, c’est à coup sûr un livre excellent, sans doute le meilleur de tous, sur la Russie de Staline et un livre encore pas mauvais du tout sur celle de Brejnev et de Kossyguine ». Alors que dire de la Russie de Poutine ! Force est en effet de constater l’aspect souvent troublant des digressions de Custine. Le despotisme russe du premier XIXe siècle, avec le règne d’un tsar qui a commencé par la répression sévère d’une insurrection libérale, celle des décabristes en 1825, ressemble étrangement au pouvoir russe actuel.

Des parallèles frappants avec l’actualité presque deux cents ans plus tard

Première édition du livre, 1843. Cliquer pour zoomer. Bibliothèque Gallica

Fouillé par des douaniers soupçonneux, surveillé dans toutes ses visites, Custine étouffe dans cette « oppression déguisée en amour de l’ordre ». L’aubergiste de Lübeck l’avait prévenu contre un pays « que l’on quitte avec tant de joie et où l’on retourne avec tant de regret ». Bien sûr, Custine est injuste : il n’aime pas le paysage russe, trouve fade l’architecture néo-classique, et, catholique convaincu, réserve des flèches acérées à l’Église orthodoxe. Mais il diagnostique avec précision le principe actif du régime russe : l’absence de liberté y façonne toute l’organisation sociale et jusqu’à la psychologie des individus.

La Russie est une société où « nul bonheur n’est possible parce qu’il y manque la liberté ». Custine fustige le goût généralisé du mensonge : « le régime ne résisterait pas à vingt ans de libre communication avec l’Occident », « qu’on accorde pendant vingt-quatre heures la liberté de presse à la Russie, ce que vous apprendrez vous fera reculer d’horreur ». Il moque ces « physionomies prudentes dont l’expression peu franche fait trouver vide la société elle-même », un « pays où tout homme en naissant fait l’apprentissage de la discrétion ».

Mais Custine décrit une relation avec la Russie qui, de manière troublante, semble souvent correspondre à la réalité d’aujourd’hui. Ainsi de l’impérialisme d’un État qui « ne peut vivre que de conquêtes » et d’une nation russe qui « expie d’avance chez elle, par une soumission avilissante, l’espoir d’exercer la tyrannie chez les autres ». À l’époque, le sujet est la Pologne, pays catholique et monarchie constitutionnelle dont l’insurrection en 1830 a été sévèrement châtiée, mais on voit bien le parallèle avec l’Ukraine.

« Le Prométhée polonais », tableau d’Horace Vernet (1831), également connu sous le nom de « Allégorie de la Pologne vaincue », représente l’écrasement de la révolte polonaise. L’aigle, emblème des empereurs de Russie, porte le collier de l’Ordre de Saint-André, la plus importante décoration de l’Empire russe. Bibliothèque polonaise de Paris, Paris

Ainsi du rapport à la vérité, avec ces lignes étonnantes quand on les relit actuellement, à l’heure de la guerre hybride menée contre les sociétés occidentales :

« S’il se trouve parmi les Russes de meilleurs diplomates que chez les peuples les plus avancés en civilisation, c’est que nos journaux les avertissent de tout ce qui se passe et se projette chez nous, et qu’au lieu de leur déguiser nos faiblesses avec prudence, nous les leur révélons avec passion tous les matins […] Nous marchons au grand jour, ils avancent à couvert : la partie n’est pas égale. »

Au sujet d’un naufrage lors duquel de nombreux Russes ont trouvé la mort mais dont les journaux ont eu ordre de ne pas parler, Custine s’étonne du silence de la population et du contraste avec la France de 1839 : dans notre pays, « que de journaux diraient, et que de voix répéteraient, que la police ne fait jamais son devoir, que les bateaux sont mauvais, les bateliers avides, et que l’autorité, loin de remédier au danger, l’aggrave, soit par son insouciance, soit par sa cupidité… et alors les dates, les allusions, les citations abonderaient… Ici, rien ! »

Invariants culturels ou politiques ?

Il reste que la Russie a bien changé depuis le règne de Nicolas Ier. À l’époque déjà de son voyage, Custine n’a pas vu certains changements en cours comme l’industrialisation du pays, la naissance d’une classe moyenne, les progrès économiques et sociaux qui allaient aboutir, bien plus tard, à l’abolition du servage en 1861. Il a sans doute aussi été influencé par les contempteurs du pouvoir russe qu’étaient les milieux libéraux en exil. Si la Russie de 1839 était un peu différente de celle qu’a vue Custine, elle devrait d’autant plus n’avoir aucun rapport avec celle que nous connaissons en 2024 – urbaine, vieillissante, développée, transformée par deux guerres mondiales et soixante-dix ans de soviétisme… Et pourtant, le parallèle entre la société observée par Custine et celle de Poutine ne cesse de surprendre.

Faut-il incriminer un invariant culturel qui tiendrait à la nation russe elle-même ? C’est ce que suggère Custine : « Ce n’est pas d’aujourd’hui que les étrangers s’étonnent de l’amour de ce peuple pour son esclavage. » Dans cette vision des relations internationales, chère à Samuel Huntington, la politique étrangère de Moscou serait un reflet de sa civilisation, étroitement liée à la société russe elle-même, et dont le pouvoir poutinien serait l’expression.

Ce parallélisme alimente d’ailleurs le discours de tous ceux qui, des Putinverstehers allemands jusqu’aux divers courants pro-russes français, considèrent que l’on ne peut changer la Russie, qu’elle possède d’immuables « intérêts de sécurité », une conception du monde qui lui est propre et qu’il faut donc la prendre telle qu’elle est, chercher à la rassurer faute de la changer. Poutine peut disparaître, Moscou demeurera, avec sa géographie, son peuple, ses mœurs. Custine sera le meilleur des introducteurs à la Russie de 2039.

Véra Milchina, traductrice, historienne des relations franco-russes et éditrice de « La Russie en 1839 » chez Classiques Garnier en 2015, lit un extrait du livre (à partir de 3’00).

Une autre manière d’expliquer Custine est de se référer aux théories libérales des relations internationales. La diplomatie d’un État est celle de son régime politique : si la politique étrangère de la Russie n’a pas changé, c’est que son régime demeure autoritaire ou, pour reprendre les mots de Custine, despotique. Dans cette vision, l’impérialisme est le stade suprême de la tyrannie. Cette explication peut d’ailleurs renforcer l’hypothèse culturaliste, la Russie n’ayant connu que de brèves et incomplètes expériences démocratiques, comme la création de la Douma en 1905, le gouvernement provisoire de février 1917 et la décennie 1990.

Questions pour aujourd’hui

Quelles que soient les explications à donner à l’étrange prémonition du marquis de Custine, sa lecture n’incite pas à l’optimisme sur le conflit ukrainien et l’avenir des relations de la Russie et de l’Occident. Rejetant la liberté, choisissant la force, dénigrant la vérité, la politique étrangère de Moscou est, en 1839 comme aujourd’hui, en profond décalage avec la société européenne. Faut-il en conclure que seul un changement du régime russe modifiera sa diplomatie ? C’est ce que la lecture de Custine suggère, même si la tâche paraît aussi titanesque qu’incertaine.

Faut-il, au contraire, accepter de revenir sur notre goût pour la paix et la plus complète liberté face à un impérialisme décomplexé et une société russe qui ne changera pas ? Ce sont des transformations de fond dont on voit, avant même de les entreprendre, tous les risques et toutes les difficultés. Mais Custine, se souvenant de l’occupation de Paris en 1814, anticipant semble-t-il l’expansionnisme soviétique et peut-être les menées russes de demain, nous avait prévenus :

« Si nous étions destinés à souffrir l’ignominie d’une nouvelle invasion, le triomphe des vainqueurs ne m’attesterait que les fautes des vaincus. »

The Conversation

Guillaume Lagane est Haut fonctionnaire au Ministère des Armées

18.07.2024 à 15:20

De l’eau douce à l’eau salée : les fascinantes stratégies d’adaptation de la crevette blanche

Jason Jeanne, Doctorant en écotoxicologie, Université Le Havre Normandie

Là où bon nombre de poissons d'eau douce meurent dans de l'eau salée, la crevette blanche parvient, elle, à passer de l'eau douce à l'eau salée sans risquer sa survie. Comment fait-elle ?
Texte intégral (3366 mots)

Alors que bon nombre de poissons d'eau douce meurent dans l'eau de mer et beaucoup d'organismes marins périssent dans l'eau des rivières, la crevette blanche parvient elle à naviguer entre eau douce et eau salée sans risquer sa survie. Comment fait-elle ? La réponse réside en un seul mot : osmorégulation


L’eau est essentielle à la vie sur Terre. Elle existe sous des formes plus ou moins salées. Une diversité qui s’explique par différents facteurs comme les apports d’eau douce ou bien l’évaporation. Dans les rivières, la salinité est faible, proche de zéro. En revanche, dans les océans, la salinité de l’eau de mer est en moyenne de 35 g/l, comme en Manche, mais elle peut s’étendre jusqu’à des salinités extrêmes comme en mer Morte à 277 g/l, soit presque 8 fois plus.

Cette différence de salinité a des conséquences importantes pour les organismes qui peuplent ces milieux. En effet, beaucoup d’organismes aquatiques ne peuvent changer de milieu et de salinité sans risquer leur survie. C’est le cas de bon nombre de poissons d’eau douce, qui mourraient rapidement dans l’océan, et inversement.

Mais il existe des exceptions : certains organismes sont capables de s’adapter à des changements de salinité parfois très importants. C’est le cas des bars par exemple mais pas seulement. Dans certains estuaires, où l’eau de mer se mélange à l’eau douce des fleuves, on trouve aussi des crevettes particulières, les crevettes blanches. Elles ont développé des stratégies pour vivre dans ce gradient de salinité fluctuant et saisonnier. Comment font-elles pour s’adapter aux variations de salinité ? Comment leurs larves se développent-elles dans ces conditions ? Plongeons dans les eaux troubles de ces estuaires pour tâcher d’y voir plus clair.

Les estuaires : des milieux de transition entre eau douce et eau salée

Les estuaires sont des zones de transition où les fleuves se jettent dans la mer. C’est ici que l’eau douce et l’eau salée se mélangent, créant un milieu aussi variable qu’unique. Un gradient de salinité se forme et se déplace en fonction des marées et des saisons. On y trouve de nombreuses espèces animales et végétales qui s’adaptent aux grandes variations de salinité. En plus de cela, à l’interface entre l’eau douce et l’eau salée se forme un bouchon vaseux, une zone dans laquelle les sédiments se déposent et se déplacent au gré des marées et du fleuve.

Schéma de la compartimentation et du fonctionnement d’un estuaire. Fourni par l'auteur

Les estuaires offrent ainsi une mosaïque d’habitats qui changent selon le niveau de l’eau. Quand la marée est basse, on voit apparaître la slikke, une zone vaseuse qui est recouverte par l’eau à chaque marée. Elle peut sembler déserte, mais elle abrite une multitude d’organismes, comme des vers, des crabes ou encore des colonies de bactéries. Quand la marée est haute, elle peut recouvrir également le schorre, une zone plus élevée, exposée aux embruns et souvent recouverte de plantes résistantes aux variations de salinité. Les estuaires sont de ce fait des habitats uniques pour de nombreuses espèces. On peut trouver par exemple dans leurs roseaux, certains oiseaux menacés d’extinction, comme le butor étoilé en baie de Seine. Certaines espèces y vivent pour se reproduire, comme les soles, d’autres y passeront toute leur vie, comme les crevettes blanches.

Estuaire de la Seine. Marc Ryckaert, CC BY

L’adaptabilité de la crevette blanche

La crevette blanche ou Palaemon longirostris est un décapode, c’est-à-dire qu’elle possède dix pattes, comme les crabes ou bien les homards. On la trouve dans les grands estuaires de la côte Atlantique. En France, on peut notamment l’observer dans la Loire, en Gironde et dans la Seine. Elle vit environ deux ans et elle effectuerait l’ensemble de son cycle de vie dans l’estuaire. En milieu tempéré, les femelles portent des œufs de mars à juillet avec un pic durant le mois de mai. Mais ce qui rend cette crevette remarquable, c’est sa capacité à s’adapter à des variations importantes de salinité, allant de 0 à 40 g/l. La plupart des autres espèces animales ne supportent pas de tels écarts. Alors comment font-elles ? Leurs secrets résident dans un processus biologique appelé « osmorégulation ».

Fourni par l'auteur

L’osmorégulation est la capacité des organismes vivants à maintenir un équilibre entre la quantité d’eau et la quantité de sels dissous dans leur milieu interne. Chez les crustacés adultes, l’osmorégulation est assurée par des organes spécialisés et des cellules transporteuses d’ions souvent associés aux organes respiratoires ou à d’autres parties du corps lorsque les branchies sont absentes.

Pour comprendre ce phénomène d’osmorégulation, il faut d’abord parler d’osmose. Ce phénomène biologique permet à notre corps d’absorber l’eau grâce au passage de molécules d’eau à travers les membranes cellulaires. Ces membranes sont dites semi-perméables, car elles laissent passer l’eau, mais pas les sels. L’osmose se produit lorsque deux solutions de concentrations différentes en sels sont séparées par cette membrane.

L’eau va alors se déplacer de la solution la moins concentrée à la plus concentrée, jusqu’à ce que les deux solutions aient la même concentration en sels. Ce mouvement d’eau peut entraîner des conséquences importantes sur les cellules des organismes vivants. Par exemple, si vous buvez trop d’eau, vous diminuez la concentration en sels autour de vos cellules. L’eau va alors entrer dans vos cellules (plus concentrées en sels) et les faire gonfler jusqu’à la rupture des membranes. À l’inverse, si vous buvez de l’eau de mer, vous augmentez la concentration en sels autour de vos cellules. L’eau va alors sortir des cellules (moins concentrées en sels) et les faire rétrécir, vos cellules se déshydratent.

Schéma de l’osmose (A) et de l’osmorégulation (B). Fourni par l'auteur

Pour éviter de tels déséquilibres, les organismes évoluant dans diverses salinités doivent donc réguler la quantité d’eau et de sels dans leur milieu interne. C’est ce qu’on appelle l’osmorégulation. Selon le milieu dans lequel ils vivent, les organismes peuvent être classés en deux catégories : les osmorégulateurs et les osmoconformes.

Les osmorégulateurs sont capables de maintenir une concentration constante en sels dans leur milieu interne, quelle que soit la concentration du milieu externe.

Les osmoconformes sont ceux qui ont la même concentration en sels que le milieu externe. Ils n’ont donc pas besoin de réguler leur concentration en sels dissous. C’est le cas de la plupart des invertébrés marins, comme les éponges ou les méduses. La crevette blanche fait donc partie des organismes osmorégulateurs, et peut donc s’adapter à des milieux très différents en salinité.


À lire aussi : À la rencontre de la crevette des abysses (et de sa grosse tête)


Les larves s’adaptent elles aussi aux variations de la salinité ?

Cycle de vie de la crevette blanche – (photo : Aurélie Duflot). Fourni par l'auteur

Les adultes de la crevette ne sont pas les seuls à présenter des stratégies pour surmonter les variations de salinité. Ces capacités doivent être acquises dès l’état larvaire, car les crevettes devront naviguer entre eau douce et eau salée dès leurs éclosions.

Pour se développer, les larves ont besoin d’énergie. Cette énergie est fournie en partie par la mère et par l’alimentation des larves. Pour ne pas gaspiller cette précieuse énergie, les larves doivent se développer dans un milieu présentant de faibles variations de salinité. Seulement, dans les estuaires, les variations de salinité sont monnaie courante. Bien que nos connaissances restent limitées sur les larves de la crevette blanche, différentes stratégies écologiques en plus de l’osmorégulation ont été mises en évidence chez d’autres espèces similaires vivant en estuaires.

Parmi ces stratégies, on trouve par exemple le transport des larves le long du fleuve. À l’éclosion, les larves peuvent être émises dans une eau à faible salinité. Elles vont ensuite se laisser porter par les courants de marée et du fleuve pour se retrouver dans une salinité plus élevée et surtout plus stable pour assurer leurs bons développements. Cet export des larves le long du gradient de salinité peut permettre de minimiser l’énergie allouée à l’osmorégulation. Elles peuvent aussi effectuer des migrations verticales en plongeant dans la colonne d’eau.

Une autre de ces stratégies repose sur la migration des femelles portant les œufs vers l’estuaire aval. Elles vont relâcher les larves dans une eau de plus forte salinité, plus stable que l’environnement des adultes. Ces stratégies permettent aux larves de se développer dans des conditions optimales, en limitant les dépenses énergétiques liées à l’osmorégulation, et d’optimiser leurs croissances. De plus, cela laisse le temps aux larves de mettre en place les processus physiologiques pour l’osmorégulation et de faire face aux variations de salinité.

Les défis et menaces des estuaires pour un avenir durable

Si la crevette blanche semble ainsi une championne de l’adaptation, des menaces d’origine humaine pèsent cependant sur les populations. Par exemple, en Gironde, une étude menée sur près de 30 ans, a démontré une diminution de l’abondance de cette crevette depuis les années 1980 et un décalage des populations vers l’amont de l’estuaire. Ce décalage serait en partie dû aux activités humaines, entraînant des intrusions marines, menant à des augmentations de la salinité, déplaçant les populations.


À lire aussi : Une zone côtière et des estuaires très prisés mais sous pression


Les crevettes blanches ne sont pas les seules espèces à être menacées. Les estuaires sont des milieux fragiles, menacés par le changement climatique et les activités humaines. Parmi les menaces qui pèsent sur ces milieux, la pollution est un enjeu majeur. Par exemple, certains métaux peuvent influer sur les capacités osmorégulatrices. En effet, les contaminants peuvent s’accumuler dans les sédiments, qui à leurs tours peuvent être remués par les tempêtes ou les dragages et remobiliser les polluants. De plus, l’artificialisation et l’extension des ports, réduisent aussi l’espace naturel des estuaires. Il est donc important de préserver ces milieux, qui sont à la fois des sources rares de biodiversité, mais aussi des environnements d’une grande importance économique et écologique.

The Conversation

Jason Jeanne a reçu un financement de la région Normandie pour son contrat doctoral.

18.07.2024 à 15:19

Quand le numérique booste le tourisme… mais révèle les inégalités entre grands groupes et PME

Damien Chaney, Professor, EM Normandie

Julian Hofmann, Professor of Marketing, EM Normandie

Mustafeed Zaman, Professeur Associé en Marketing Digital, EM Normandie

Le développement du numérique a changé en profondeur le secteur du tourisme et l’expérience client. Si les PME ont pris du retard, des initiatives locales doivent être observées de près.
Texte intégral (1362 mots)
En quelques années, le numérique a révolutionné les pratiques du tourisme. Shutterstock

L’industrie du tourisme a été profondément transformée par l’avènement du numérique. À titre d’illustration, en 2023, plus de 80 % des réservations de voyage par des touristes français ont été faites en ligne. Après la pandémie du Covid 19, l’attractivité touristique a connu une forte reprise, notamment grâce à la facilitation et à l’organisation numérique des voyages.

La crise sanitaire a agi comme un catalyseur. Elle a accéléré la transition numérique et rendu les outils en ligne encore plus essentiels pour la planification et la gestion des voyages. Dans l’industrie du tourisme, le numérique a remodelé la manière dont les voyageurs interagissent avec les services. Parallèlement, le développement du numérique a modifié la façon dont les entreprises adaptent leurs offres pour répondre aux attentes émergentes de leurs clients.

Une expérience personnalisée

Les comportements des voyageurs ont évolué de manière spectaculaire avec la montée en puissance du numérique. Désormais, les réservations en ligne sont devenues la norme, remplaçant les agences de voyages traditionnelles par des plates-formes. Booking, Airbnb, Expedia, parmi d’autres, offrent une accessibilité et une commodité sans précédent.Grâce à ces plates-formes, les voyageurs peuvent comparer les prix, lire des avis et réserver des services en quelques clics.

Par ailleurs, l’utilisation des algorithmes et des données massives (big data) permet aux entreprises de personnaliser les offres, en proposant des recommandations adaptées aux préférences individuelles des voyageurs.

De plus, les applications mobiles jouent un rôle crucial pendant le voyage. Elles fournissent des itinéraires, proposent des traductions en temps réel et dispensent des informations locales. Des applications comme TripAdvisor et Google Maps sont devenues des compagnons indispensables pour les voyageurs modernes. On ne le réalise plus, mais toutes ces possibilités étaient encore balbutiantes il y a une dizaine d’années. Par exemple, Airbnb a été créé en 2008 ! C’est dire la vitesse à laquelle se sont faites ces transformations.

Au-delà de ces avancées déjà bien établies, les perspectives à venir du numérique dans le tourisme sont encore prometteuses, avec des technologies émergentes qui s’apprêtent à révolutionner encore l’industrie. Ainsi, l’intelligence artificielle peut améliorer l’expérience touristique grâce au recours à des assistants virtuels et à des services de traduction instantanée. De son côté, la réalité augmentée devrait contribuer à enrichir les visites touristiques en offrant des informations contextuelles et immersives.

L’émergence du tourisme intelligent

« Le smart tourism » – ou tourisme intelligent – émerge comme une façon innovante d’intégrer les technologies de l’information afin d’améliorer l’expérience touristique, la gestion des destinations et la durabilité.

Parallèlement, les villes intelligentes (« smart cities ») intègrent des infrastructures numériques avancées pour fournir des informations en temps réel aux touristes et optimiser les flux de visiteurs. Par exemple, des capteurs et des données de localisation peuvent être utilisés pour gérer les foules dans les sites touristiques, tandis que des applications mobiles offrent des services personnalisés et des recommandations instantanées. Ces avancées technologiques offrent également des opportunités pour promouvoir un tourisme plus sûr et plus durable. Ainsi, la blockchain, avec sa capacité à sécuriser et à rendre les transactions plus transparentes, trouve des applications dans les réservations et les paiements, augmentant la confiance des consommateurs.

Une transformation nécessaire des entreprises touristiques

Les entreprises touristiques ont dû s’adapter rapidement à cette nouvelle ère numérique, en s’engageant dans la voie de la numérisation. Les grandes entreprises, grâce à leurs importantes ressources, ont adopté rapidement des technologies de pointe telles que le big data, l’intelligence artificielle et les technologies immersives, développant des stratégies de transformation digitale structurées.

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C’est le cas de la chaine d’hôtels Marriott, qui a créé une expérience en réalité virtuelle permettant aux clients de visiter ses hôtels à travers le monde. De même, le Musée du Louvre a développé une application de réalité augmentée qui superpose des informations et des images sur des œuvres d’art exposées.

En revanche, les petites et moyennes entreprises (PME) adoptent les technologies numériques de manière plus progressive en raison de l’existence d’une contrainte budgétaire plus forte et de ressources humaines limitées. Cette différence de maturité technologique est dommageable car elle creuse l’écart concurrentiel entre les grandes entreprises et les PME, ce qui a un impact sur les économies locales. Cette situation peut freiner la croissance dans le secteur du tourisme car les PME sont souvent capables de compenser leur retard technologique par des pratiques innovantes et des approches plus disruptives.

En raison de leur taille réduite et de leur flexibilité, les PME permettent une adaptation rapide et l’expérimentation.

Cette agilité favorise une culture créative, essentielle pour répondre aux besoins émergents et stimuler l’économie. Ainsi, Blablacar a révolutionné le covoiturage en Europe. TransferWise, maintenant Wise, a innové les transferts d’argent internationaux avec des frais réduits. Oculus VR, avant son rachat par Facebook, a transformé la réalité virtuelle avec des casques abordables.

Face à ce constat, le projet DIBEST(Digital Innovation for Blue Enterprises & Social Tourism) s’avère une initiative intéressante pour combler ce fossé numérique. Financé par Interreg Atlantic Area et coordonné par la Western Development Commission, ce projet rassemble divers acteurs des mondes économiques et académiques d’Irlande, du Portugal, d’Espagne et de France. Son objectif principal est de soutenir les microentreprises touristiques de la région côtière atlantique dans l’adoption d’innovations numériques. En renforçant les capacités des PME touristiques, en développant des soutiens sur mesure et en facilitant l’adoption de nouvelles technologies, le projet DIBEST ambitionne d’améliorer leur compétitivité, leur accès au marché et leur durabilité environnementale.

The Conversation

Damien Chaney a reçu des financements dans le cadre du projet DIBEST financé par le programme INTERREG Atlantic Area.

Julian Hofmann a reçu des financements dans le cadre du projet DIBEST financé par le programme INTERREG Atlantic Area.

Mustafeed Zaman a reçu des financements dans le cadre du projet DIBEST financé par le programme INTERREG Atlantic Area.

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