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18.04.2024 à 16:10

Le metal : un style musical masculin ?

Christophe Guibert, Sociologue, Professeur des universités, Université d'Angers

Au Hellfest, les festival !ères sont de plus en plus nombreuses mais restent minoritaires, dans un univers très masculin.
Texte intégral (1980 mots)
Festival Metal Cultures à Guéret, 2017 Corentin Charbonnier

L’exposition « Metal. Diabolus in musica » à la prestigieuse Philharmonie de Paris contribue à l’évidence à accroître la notoriété et la légitimité de la musique metal (entendue au sens large). Au-delà de cette manifestation singulière et innovante, la musique metal en France reste toujours associée à des stéréotypes tenaces, notamment liés au genre ; le champ médiatique, notamment, tend à restreindre la musique metal à un univers typiquement masculin.

Les enquêtes « Les pratiques culturelles des Français » réalisées par le ministère de la Culture permettent de relativiser l’engouement pour la musique metal et le hard rock en France. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles ce genre musical est quasi-absent des offres musicales à la télévision et sur les principales ondes radiophoniques, mais avec, paradoxalement, un festival pour le moins notoire et réputé, le Hellfest dans la région nantaise. Seuls 4 % des Français en 1997 et 7 % en 2008 écoutent « le plus souvent » de la musique metal et du hard rock (contre, par exemple, 68 % pour la catégorie « chansons et variétés françaises » en 2008). Les hommes, plus que les femmes, indiquent apprécier ce style musical en 2008 : 11 % des hommes déclarent écouter « le plus souvent » du metal/hard rock contre seulement 4 % des femmes.

Au sein du public du festival Hellfest, l’un des plus gros festivals français, les festivalières ne représentaient que 3 % du public lors de la première édition de 2006 selon les organisateurs. Si, lors de l’enquête statistique menée par nos soins en 2011, les femmes ne représentaient que 18 %, la proportion de festivalières en 2015 (lors d’une seconde enquête) était de plus de 24 % puis 27 % en 2022 (données recueillies par C. Charbonnier), ce qui témoigne d’un processus continu de féminisation.

Des représentations sexistes et hétéronormées

De nombreuses raisons expliquent la surfréquentation masculine aux dépens des festivalières. Au-delà d’un univers musical produit par des hommes en direction d’un public singulièrement masculin, les médias généralistes ne sont pas sans effet sur les processus de catégorisation et d’étiquetage ayant pour directe conséquence le maintien de l’ordre genré. La sortie internationale de l’album du groupe australien AC/DC en décembre 2014 conforte l’attachement du heavy metal et du hard rock à un univers masculin. C’est bien une journaliste de France Info qui, à l’époque, soulignant les puissants jeux de guitares des musiciens, évoque métaphoriquement « un album avec des riffs testostéronés ».

Depuis la première édition en 2006, une minorité d’artistes de sexe féminin composent, tout ou partiellement, les groupes à l’affiche du Hellfest et encore plus rares en sont les « têtes d’affiche » féminines. Pour l’édition 2018, seule une dizaine de groupes sur près de 160 ont dans leurs rangs au moins une femme et un seul est composé uniquement de femmes (le groupe américain L7. Benjamin Barbaud, le responsable et fondateur du Hellfest, précise :

« On a toujours plus ou moins été dans ces moyennes et on ne va pas se cacher que cette musique, cette culture a toujours été à dominante masculine. »

Un style « naturellement » masculin

Dans la musique metal, la force de l’ordre masculin, symboliquement dominant, se voit donc au fait qu’il se passe de justification. Le metal est un style qui apparaît comme étant « naturellement » masculin. Même si, évoquant la chanteuse Joan Jett, l’article intitulé « Les femmes au pouvoir » du quotidien Ouest-France en 2018 dénote du ton généralement observé dans la presse : « l’agressivité musicale n’a rien à voir avec la testostérone », le propos, mobilisant les clichés, est plus coutumier dans la suite de l’article, en attestent les manières de décrire la « charismatique » chanteuse du groupe Nightwish, la « sculpturale chanteuse Alissa White-Gluz » du groupe Arch Enemy ou le « charme » de L7.

Les médias spécialisés se situent dans un registre sémantique similaire où « la grâce », « le charme », « l’élégance », « l’émotion », etc., caractérisent les pratiques et les consommations féminines. Alors que les techniques, l’intensité et les performances musicales masculines sont mises en avant, le hors-série consacré au Hellfest dans le magazine spécialisé Rock Hard en 2010 multiplie les propos normatifs et sexistes à l’endroit des corps des rares femmes artistes :

« La prestation du quintet le [groupe Delain] ne répond pas à toutes nos espérances. Bien sûr la charmante Charlotte Wessels, souriante, élégante et plutôt bien en voix, malgré quelques fausses notes, sait parfaitement jouer de son charme pour envoûter la gent masculine. »

Le hors-série de 2011 confirme le constat :

« Le temps n’est pas au beau fixe, mais cela n’empêche pas nos quatre sympathiques Suédoises de Crucified Barbara d’investir la scène en short et bas résille, pour le plus grand plaisir des nombreux mâles venus les écouter (qui a dit “mater : ?). Il faudrait vraiment faire la fine bouche pour ne pas se laisser séduire par le set énergique (mais aussi les jolis minois, il faut bien l’avouer). »

Mais au-delà des discours qui tendent à assigner des rôles sociaux adossés au genre dans l’univers de la musique metal, qui sont les festivalières du Hellfest ? Que recherchent-elles et comment en sont-elles arrivées à investir cet univers culturel où les dispositions masculines sont socialement valorisées d’une part et qui ne leur est a priori pas familier d’autre part ?

L’origine des goûts féminins en matière de musique metal

La supposée « docilité féminine » et la supposée « violence » du metal sont des catégories essentialisées qui apparaissent bien dans les systèmes de représentations des festivalières. Les processus de socialisation sont bien évidemment à la base des goûts culturels des apprentissages scolaires ou encore des activités sportives.

Ces enquêtes attestent la permanence de l’influence parentale des goûts culturels adolescents, malgré la relative diversité des instances socialisatrices à mesure de l’avancée en âge notamment. Les modes de socialisations à l’écoute de différents styles de musique prennent appui sur de multiples sources : famille, amis, réseaux sociaux, médias, etc. Les relations personnelles sont toutefois les plus importantes dans la découverte et l’écoute de la musique. Les socialisations relatives aux musiques metal sont également « plurielles ».

Si la sphère amicale est la plus importante dans la diffusion des goûts musicaux, des variations nettes existent entre festivalières et festivaliers. Les socialisations familiale et conjugale notamment sont très structurantes dans l’agencement des goûts chez les festivalières. L’écoute du metal et la fréquentation du Hellfest impliquent la construction et le renforcement de dispositions « inversées », c’est-à-dire construites « à contre-normes ».

Parallèlement à l’influence des amis, les femmes qui assistent au Hellfest ont été socialisées par la sphère familiale et conjugale masculine tandis que l’inverse (festivaliers influencés par des femmes) est statistiquement plus rare. Les festivalières déclarent ainsi avoir découvert les musiques « extrêmes » auprès de leur père à hauteur de 17,5 % d’entre elles contre 11,6 % pour les festivaliers ; à 15,3 % auprès de leur(s) frère(s) contre 12,5 % pour les festivaliers ; mais surtout à 18 % auprès de leur conjoint contre seulement 1,1 % pour les festivaliers.

Des consommations musicales genrées

Au-delà des sources d’influences, les goûts en matière de musique metal varient enfin entre festivalières et festivaliers. Ces goûts s’expriment à l’aune de systèmes de valeurs genrées et illustrent une permanence des hiérarchies hétéronormées. En effet, les styles de metal les plus « rapides » musicalement, joués les plus « fort » et au sein desquels les voix gutturales sont les plus « violentes » sont davantage appréciés par les festivaliers que les styles plus « lents », « mélodiques » voire « symphoniques » et « lyriques ».

Ainsi, « thrash metal », « death metal » et « grind metal » sont statistiquement nettement plus écoutés régulièrement par les hommes tandis que « symphonic metal », « gothic metal » et « folk metal » sont plus appréciés des femmes. Le « glam metal », et sa diffusion sur les radios de type « Hard FM » aux États-Unis notamment, a ainsi contribué à rendre socialement acceptable l’univers de la musique metal auprès d’un public féminin jusque-là très peu représenté statistiquement.

Trois décennies plus tard, les festivalières n’écoutent pas exactement les mêmes sous-genres de musique metal et ne fréquentent pas les mêmes scènes du Hellfest (chacune des six étant dédiée à un ou des sous-genres musicaux). Si les résultats de l’enquête de 2015 réalisée par nos soins indiquent que trois quarts des festivalières et des festivaliers déclarent à égalité fréquenter les scènes principales (« mainstage »), le public féminin est sous-représenté sur les scènes « altar » et « temple » (dédiées aux « death », « black », « grind » et « doom »).

Au-delà des goûts musicaux, les démarcations entre les pratiques masculines et féminines au Hellfest, telles que les danses, sont parfois poreuses. Le circle pit consiste à danser en rond face à la scène au rythme de la musique, à l’invite du chanteur qui harangue le public. Les corps y sont violentés et les chutes sont courantes. Des festivalières y participent parfois comme l’illustre le cliché ci-dessous. Leur présence contribue à rendre hétérogènes les gestes et usages corporels symboliquement codés et perçus comme étant masculins. Les pratiques de ces festivalières contestent et réinterprètent les usages genrés du public du Hellfest.

La présence de plus en plus affirmée des femmes sur le plan quantitatif au sein du public du Hellfest participe à la contestation et la subversion de l’ordre hétéronormatif. Cela alimente le brouillage des genres et rend plus perméable les frontières de la musique metal en France : dorénavant, la musique metal « se conjugue aussi au féminin ».

The Conversation

Christophe Guibert ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.04.2024 à 16:10

Comment nettoyer l’espace des débris en orbite ?

Pierre Omaly, Expert débris spatiaux et responsable de l’initiative Tech 4 Space Care, Centre national d’études spatiales (CNES)

Comment garantir un accès à l’espace sans danger ? Alors que le nombre de débris en orbite augmente toujours plus, de premières missions spatiales ont été lancées pour en récupérer.
Texte intégral (1399 mots)
Lancé en février, le satellite ADRAS-J a pour mission de recueillir des informations sur un étage de fusée à désorbiter. Astroscale

L’augmentation du trafic spatial, notamment due à l’arrivée de nouveaux acteurs privés et la démocratisation des technologies spatiales, se traduit par une augmentation exponentielle du nombre d’objets en orbite. Cette situation va poser de sérieux problèmes de sécurité si elle n’est pas rapidement prise en compte.

Le principal danger réside dans les collisions entre satellites et débris spatiaux. Elles se produisent à des vitesses très élevées (entre 7 et 16 km/s) et la collision d’un seul objet peut générer une multitude de débris supplémentaires, créant un effet domino et aggravant le problème. On nomme ce processus le syndrome de Kessler, du nom du scientifique américain de la NASA ayant le premier alerté sur ce problème en 1978.

Actuellement, nous ne pouvons observer depuis le sol que les objets en orbite de plus de 10 cm. On recense environ 35 000 objets supérieurs à cette taille en orbite, dont 9 000 sont des satellites actifs avec 5 200 satellites Starlink et 600 OneWeb. Le nombre de débris spatiaux dont la taille est supérieure à 1 mm est quant à lui estimé à environ 128 millions. Le risque de collision est particulièrement élevé dans certaines zones, comme l’orbite basse terrestre, où se concentrent la plupart des satellites.

Des mesures préventives : désorbiter les satellites

La France s’est imposée comme l’un des pionniers dans la lutte contre la prolifération des débris spatiaux. En effet, dès 2008, la loi relative aux opérations spatiales a posé les bases d’une approche proactive, imposant aux opérateurs français de respecter un certain nombre de règles pour limiter leur impact environnemental.

Pour prévenir la création de nouveaux débris, il est par exemple essentiel de désorbiter les satellites en fin de vie. Cette opération, complexe et coûteuse, nécessite de réserver une partie de l’énergie du satellite pour le propulser dans l’atmosphère terrestre afin qu’il se désintègre grâce aux frottements de l’air.

De nombreux satellites lancés dans les premières années de l’ère spatiale n’ont malheureusement pas été désorbités et constituent aujourd’hui des « épées de Damoclès » en orbite, augmentant le risque de collisions et constituant une réserve de petits débris non traçables en cas de fragmentation.

Comment capturer et enlever les débris spatiaux ?

Des start-up et des entreprises, notamment en France, travaillent sur les briques technologiques permettant de se rapprocher de ces débris, de synchroniser leur trajectoire avec celle du véhicule venant les ramasser, de les attraper et enfin de les désorbiter. L’opération est complexe et coûteuse.

Il existe aujourd’hui quelques projets d’active debris removal (ADR) en cours. On peut citer le projet ClearSpace-1 de l’Agence spatiale européenne (ESA) qui a pour ambition de désorbiter en 2026 un morceau d’étage de 112 kg du lanceur Vega. L’entreprise japonaise Astroscale développe aussi des activités d’ADR depuis 2013, avec un certain nombre de démonstrations en orbite déjà réalisées. Sa mission ADRAS-J, lancée le 18 février dernier, vise à se rapprocher d’un troisième étage de lanceurs japonais H-2A mis en orbite en 2009, et de se synchroniser avec cet étage pour valider la phase de rapprochement final. Astroscale a depuis peu monté une antenne en France pour développer une partie de ses activités aussi dans l’Hexagone. La start-up bordelaise Dark se positionne aussi sur l’interception de débris avec des solutions innovantes.

L’activité est en pleine expansion, mais a besoin d’un ancrage commercial afin de pouvoir vraiment « décoller ». Aujourd’hui, seuls les États financent cette thématique. Il n’est donc pas encore rentable d’un point de vue économique d’aller chercher un débris. Pour résoudre ce dilemme, il faudrait être capable de donner une valeur aux débris en valorisant leur recyclage et leur réutilisation. On pourrait aussi essayer d’estimer le coût économique d’une collision et de l’importante quantité de débris générés qui vont perturber des opérations spatiales. Ce manque à gagner déclenché par l’inaction doit être mis en regard du coût de l’intervention de nettoyage. Mais il est très difficile aujourd’hui d’estimer et de construire ces modèles économiques.

Pour remédier à ce problème, l’idée d’un service de dépannage, de remorquage et de réparation de satellites en orbite, et capable de capturer les débris spatiaux, est envisagée. Ce système s’articulerait autour d’engins spatiaux multifonctions. En plus de réparer les satellites en panne, ces engins captureraient des débris à la fin de leurs missions de réparation, les ramenant dans l’atmosphère terrestre pour les désintégrer. Ce modèle économique présente l’avantage de générer des revenus, grâce au service de réparation et à la valorisation potentielle de matériaux récupérés sur des débris.

Créer un modèle économique qui s’appuie sur la réglementation actuelle

La réglementation peut venir en aide à ce modèle économique. La règle stricte imposant que l’ensemble des objets mis en orbite doivent être désorbités à leur fin de vie avec une probabilité de 100 % oblige de fait à disposer de « systèmes » qui viendraient chercher les véhicules en panne. L’analogie avec les forfaits de dépannage sur les autoroutes n’est pas loin.

Il deviendrait alors moins cher de payer un service de dépannage qui viendra récupérer un véhicule en panne plutôt que de disposer soi-même de la capacité de dépannage. Cela peut favoriser une économie vertueuse qui nettoie les objets récemment mis en orbite, mais récupère aussi des objets issus de missions historiques et qui nous embêtent aujourd’hui.

Une nécessaire coopération internationale

Cependant, des défis subsistent. Le développement technologique de capture et de désorbitation des débris spatiaux est encore en cours. De plus, un cadre juridique international est nécessaire pour définir les responsabilités et les obligations des acteurs impliqués. La France plaide pour une action internationale concertée pour faire face à ce défi global. La collaboration entre les nations est indispensable pour développer des solutions technologiques et juridiques efficaces et garantir la sécurité de l’espace pour les générations futures.

En conclusion, la mise en place d’un modèle économique pour la dépollution spatiale est un enjeu crucial pour garantir la sécurité et la pérennité de l’exploration spatiale. Bien que des défis soient à relever, la collaboration internationale et l’innovation technologique peuvent permettre de les surmonter et d’assurer un avenir durable à l’espace.

The Conversation

Pierre Omaly ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.04.2024 à 16:09

Shinkansen : les TGV japonais bientôt en perte de vitesse ?

Taku Tamaki, Lecturer in International Relations, Loughborough University

Dans le monde des trains à grande vitesse, le Shinkansen japonais jouit d’une excellente réputation. Comment comprendre que cette technologie ait pourtant peu été exportée à l’international ?
Texte intégral (1204 mots)

Dix jours seulement avant les Jeux olympiques de Tokyo de 1964, le Japon inaugurait son Tōkaidō Shinkansen, une ligne ferroviaire à grande vitesse reliant Tokyo à Osaka. Les trains ont montré au monde entier la haute qualité de la technologie ferroviaire japonaise, avec des trains roulant jusqu’à 285 km/h avec une fréquence de départ élevée et une régularité remarquable.

Plus de dix trains partent de Tokyo par heure, et le retard moyen ne dépasse pas 54 secondes par train, ce qui est beaucoup moins élevé qu’en France où il était en 2022 de cinq minutes par trains au départ (14,2 % de TGV en retard avec un retard moyen de 35 minutes). Jusqu’à présent, les trains à grande vitesse japonais n’ont enregistré aucun décès de passagers au cours de leurs 60 années d’exploitation.

Le Shinkansen japonais est cependant un système ferroviaire autonome, isolé du réseau ferroviaire conventionnel. Les voies y sont plus écartées par exemple que celles du reste du réseau.

Cela explique pour partie que, si les fournisseurs japonais ont développé un savoir-faire technique de haut niveau, ils peinent à s’adapter au marché ferroviaire international. Fin 2023, le Japon a exprimé sa réticence à participer au projet indonésien de train à grande vitesse d’une valeur de 7,3 milliards de dollars US, invoquant des problèmes de compatibilité technique et d’atteinte possible à sa « marque ». En conséquence, l’Indonésie a choisi la Chine pour construire le chemin de fer, qui avait par ailleurs proposé de le faire plus rapidement et avec moins de conditions.

Mes recherches suggèrent que la fierté et la confiance nationales se transformeront en anxiété si l’expertise ferroviaire japonaise continue de se heurter à des rivaux étrangers et ne parvient pas à remporter des contrats.

Compétitifs, mais seulement à domicile

Dans le passé, le Japon a exporté avec succès son infrastructure ferroviaire en Inde, en Europe et au Royaume-Uni. L’expérience avec d’exportation de la technologie des trains à grande vitesse vers Taïwan à la fin des années 1990 et au début des années 2000 reste même exemplaire. Le train à grande vitesse taïwanais, une ligne de 350 km qui longe la côte ouest du pays, est le résultat d’un mélange de technologies européennes et japonaises après de nombreuses tractations politiques.

Les ingénieurs japonais craignaient que leur train à grande vitesse ne doive rouler sur des voies européennes, une exigence technique que la technologie du Shinkansen n’avait pas prévue. Ils craignaient que la réputation internationale du train à grande vitesse ne pâtisse d’un quelconque problème dans le processus de mélange des conceptions japonaise et européenne. Tout s’est passé au mieux, mais cet épisode montre à quel point les ingénieurs japonais restent obsédés par l’idée que la technologie du train à grande vitesse doit être vendue comme un ensemble complet.

C’est un exemple de ce que l’on appelle le « syndrome de Galapagos », une métaphore utilisée pour décrire les produits et services qui ont été développés en se concentrant sur un seul marché ou une seule culture, ce qui les distinguent par rapport au reste du monde. L’expérience de Taïwan a également mis en lumière une autre dimension de l’expertise ferroviaire japonaise : les fabricants japonais n’ont pas l’expertise nécessaire pour être compétitifs sur le marché ferroviaire international où le mélange de technologies de différents pays est la norme.

Risques futurs

Le gouvernement japonais a récemment annoncé qu’il soutiendrait une offre d’entreprises japonaises visant à exporter l’expertise et la technologie des chemins de fer souterrains vers la République dominicaine. Ce pays des Caraïbes prévoit en effet d’étendre son réseau de métro, principalement dans sa capitale Saint-Domingue. L’implication du Japon est logique compte tenu de son expérience dans l’exploitation de pareils systèmes de transport en commun. Il fonctionne déjà dans les grandes villes japonaises comme Tokyo, Yokohama, Kobe et Fukuoka. Toutefois, le risque existe ici encore que le système japonais reste incompatible avec ce qui est disponible sur le marché international.

Or, si le système japonais n’est pas compatible au niveau international, l’opérateur restera coincé avec la technologie japonaise lorsque le moment sera venu de la renouveler. À moins de trouver un fournisseur non japonais désireux et capable d’intégrer sa technologie dans le système japonais.

C’est exactement ce qu’il est advenu récemment à Taïwan au moment de renouveler une partie de son matériel roulant sur sa ligne à grande vitesse. L’opérateur taïwanais a dû choisir entre l’achat de trains neufs auprès de différents fabricants japonais ou de fournisseurs européens. L’achat de nouveaux trains au Japon entraînait des coûts supplémentaires, tandis que l’acquisition de matériel roulant européen rendait plus complexe l’utilisation d’une flotte mixte. Finalement, l’opérateur taïwanais a opté pour l’achat de nouvelles rames auprès des entreprises japonaises Hitachi et Toshiba.

L’image de marque du Japon repose sur l’idée que la technologie japonaise est la meilleure au monde. Mais le gouvernement et l’industrie ferroviaire du Japon ont encore beaucoup à apprendre du marché international. Pour l’instant, la confiance japonaise devra cohabiter avec l’anxiété.

The Conversation

Taku Tamaki ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.04.2024 à 16:04

Les enlèvements, une stratégie d’expansion pour les groupes extrémistes violents au Bénin

Abdel Aziz Mossi, Enseignant-chercheur à l'Université de Parakou et au Laboratoire d'Etudes et de Recherches sur les Dynamiques Sociales et le Développement Local (LASDEL), Bénin, Université de Parakou

Les groupes extrémistes violents, principalement djihadistes, commettent de nombreux enlèvements. Pour des raisons stratégiques bien plus que par simple appât du gain.
Texte intégral (2391 mots)

Cet article s’appuie sur des recherches menées par l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC) dans le cadre du projet OCWAR-T. OCWAR-T est un projet en soutien à la Commission de la Cédéao, financé par l’Union européenne et le ministère fédéral allemand des Affaires étrangères, et coordonné par la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Le rapport complet peut être trouvé ici.


Le 7 février 2024, des assaillants présumés du Jama’at Nasr al-Islam wal Muslimin (JNIM) – un groupe affilié à Al-Qaida – sont arrivés dans le village de Fendoga dans l’Alibori, situé entre le parc W et la frontière nigérienne, et ont enlevé le fils du chef de village, à défaut d’avoir localisé et trouvé son père. Ce type d’incident est loin d’être isolé.

Le nord du Bénin fait face à une augmentation de la violence depuis mi-2022 suite à l’infiltration des groupes extrémistes violents (GEV), dont les zones d’opération étaient jusqu’à présent limitées au Sahel. S’il n’est pas le premier pays côtier à avoir été frappé par les GEV, le Bénin est sans doute aujourd’hui l’État du littoral le plus touché par l’extrémisme violent au regard du nombre d’attaques enregistré. Selon les données de l’Armed Conflict Location and Event Data Project (ACLED, de cinq incidents impliquant des GEV présumés en 2021, ce nombre a connu une augmentation de 2300 % pour atteindre 120 en 2022, avant de presque doubler à nouveau pour atteindre 222 en 2023.

Dans ce contexte de violence croissante, les enlèvements se sont multipliés depuis 2022 dans la partie septentrionale du pays. Entre janvier 2022 et décembre 2023, 106 enlèvements ou tentatives d’enlèvement ont été signalés dans l’Atacora et l’Alibori. 75 d’entre eux – soit plus de 70 % – ont été perpétrés par des GEV présumés (principalement les membres du JNIM).

La majorité des enlèvements ont eu lieu dans les communes de Karimama dans l’Alibori et de Matéri dans l’Atacora. Ces localités, situées dans les zones frontalières avec le Niger et le Burkina Faso respectivement, sont particulièrement vulnérables à l’incursion et à l’implantation des GEV en raison de la porosité des frontières mais également et surtout des vastes parcs nationaux qui s’y trouvent. Parmi les 75 enlèvements perpétrés par les GEV, 18 ont eu lieu dans et autour du parc national de la Pendjari et du parc W. Les parcs nationaux sont des zones clés, dans lesquelles les activités économiques illicites, y compris les enlèvements, s’entrecroisent avec les dynamiques de conflit à l’œuvre dans le nord du Bénin et en Afrique de l’Ouest plus généralement.

Enlèvements dans l’Atakora et l’Alibori, avec une concentration importante dans est autour des parcs nationaux et des régions frontalières. Global Initiative

L’enlèvement, pratique systématique des groupes extrémistes violents

Le recours aux enlèvements est un élément systématique de la stratégie du JNIM, utilisé au Bénin mais aussi et surtout dans les trois pays du Sahel central (Mali, Burkina Faso, Niger), où le JNIM opère depuis plus de dix ans. Les recherches conduites par la GI-TOC dans la région ont permis de distinguer plusieurs motivations à l’origine des enlèvements : l’enlèvement des individus se produit à des fins de recrutement forcé, de collecte de renseignements, d’intimidation et de punition.

Bien que ces différentes motivations puissent être analysées et nuancées séparément, trois points principaux sont à retenir pour comprendre le phénomène des enlèvements par les GEV dans le nord du Bénin.

D’abord, quel que soit le type d’enlèvement, les GEV voient dans cette pratique un outil (au même titre que les menaces, les attaques directes, les engins explosifs improvisés et d’autres formes de violence) pour étendre leurs zones d’influence. Autrement dit, le phénomène est étroitement lié à la dynamique du conflit et à l’ambition d’expansion territoriale du groupe. Il ne s’agit pas de violence aléatoire ou d’enlèvements à titre purement criminel (contre demande de rançon).

Ensuite, les cas d’enlèvement ont tendance à augmenter lorsque le groupe commence à intensifier ses opérations dans une nouvelle région. Un pic d’enlèvements dans une zone est donc le signe que celle-ci est en cours d’infiltration ; cela peut être utile pour les mécanismes d’alerte précoce car souvent les enlèvements sont discrets et ont lieu avant les attaques contre les forces de défense et de sécurité, qui élèvent immédiatement le niveau d’alerte. Le nombre d’enlèvements reste élevé jusqu’à ce que le groupe parvienne à un niveau d’influence fort et largement incontesté (il s’agit de la phase d’enracinement, qui n’a encore été atteinte dans aucune région du nord du Bénin, mais qui est visible dans la région du Sahel au Burkina Faso par exemple).

Enfin, comme il s’agit d’un outil stratégique dans l’expansion de leur influence, les raisons derrière ces enlèvements évoluent en fonction du degré d’influence des GEV sur une zone donnée. Il est donc possible de distinguer des motivations différentes en fonction du degré d’influence, bien qu’il s’agisse d’un processus fluide et en variation constante. Par exemple, les motivations de recrutement forcé et de collecte de renseignements sont les premières à apparaître. Au Bénin, cela a visé dès 2020 principalement des jeunes hommes, issus soit d’une région géographique particulière soit de groupes disposant de connaissances ou de savoir-faire recherchés (typiquement, les chasseurs opérant dans les parcs nationaux), ou en prenant en compte une dimension ethnique (les GEV cherchant à recruter principalement dans la communauté peule).

Dans une deuxième phase, les GEV utilisent également l’enlèvement comme un moyen de contrôle des populations locales dès lors qu’ils atteignent un certain niveau d’infiltration et d’influence dans les zones où ils acquièrent un certain ancrage local (sans avoir besoin d’être les seuls acteurs contrôlant une zone donnée). Il peut s’agir d’une forme de punition ou d’un moyen d’intimidation des habitants. Dans le nord du Bénin, comme ailleurs dans la région, le JNIM est connu pour imposer un certain nombre de règles aux communautés. Lorsque ces règles sont enfreintes, les contrevenants sont punis, parfois par un enlèvement. Par exemple, dans la commune de Malanville dans l’Alibori, un agriculteur a été enlevé par des GEV présumés en août 2023, apparemment pour avoir cultivé des terres que les GEV lui avaient interdit de cultiver sous prétexte que ce sont eux qui contrôlent les terres dans cette zone et qu’il devait quitter cet endroit.

Comprendre pour atténuer la menace

Dans d’autres cas, des enlèvements sont perpétrés à des fins de punition à l’encontre de personnes soupçonnées d’avoir collaboré avec les autorités dans la lutte contre l’extrémisme violent. Depuis 2022, les GEV ont enlevé au moins 13 personnes qu’ils soupçonnaient de partager des informations ou d’aider d’une manière ou d’une autre les forces de sécurité. En mars 2024, un homme a été enlevé par le JNIM à Kompa, près de la frontière nigérienne, après avoir été accusé de collaborer avec l’armée.

Les chefs de village, les chefs religieux et toute personne influente ou occupant une position stratégique au sein d’une communauté sont des cibles particulièrement vulnérables aux enlèvements à des fins d’intimidation. Lorsque les GEV ciblent des membres éminents de la communauté, ils le font à des fins stratégiques. Parfois, il s’agit d’éloigner physiquement ou de déplacer des acteurs de l’État, mais souvent, il s’agit de les intimider pour qu’ils soutiennent les groupes extrémistes (acceptation forcée ou au moins pour dissuader toute résistance). De nombreux exemples illustrent cette dynamique – par exemple l’enlèvement, suivi du meurtre, d’un chef de village et de l’un de ses conseillers à Kangara Peulh en août 2023, ainsi que la tentative d’enlèvement du maire de Karimama en octobre 2022.

Les membres de la famille sont également vulnérables, comme en témoigne l’enlèvement récent (février 2024) du fils du chef de village de Fendoga, mentionné plus haut, ainsi que celui du frère du chef d’arrondissement de Monsey en septembre 2022 (il fut finalement tué en mai 2023).

Les différents types d’enlèvements dans les phases successives d’infiltration des GEV au Bénin. Global Initiative

L’augmentation du nombre d’enlèvements par les GEV est la source de nombreuses tensions et fait du tort aux communautés et aux économies locales, ainsi qu’aux relations avec les autorités locales. Étant donné que les personnes soupçonnées de collaborer avec les forces de sécurité sont systématiquement prises pour cible, les membres de la communauté sont de moins en moins enclins à se rapprocher des autorités.

Cette situation est encore aggravée par le recours fréquent des éléments des Forces de défense et de sécuritaires aux arrestations arbitraires, souvent de personnes issues de la communauté peule, qu’ils soupçonnent d’avoir des liens avec les GEV. Au moment où les GEV tentent de déstabiliser l’État en créant une rupture de confiance entre les autorités et les communautés, afin qu’eux-mêmes se retrouvent renforcés dans leur légitimité, il est important de comprendre et de souligner le rôle clé des enlèvements dans cette dynamique.

The Conversation

Abdel Aziz Mossi ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

18.04.2024 à 11:25

« Urgence climatique » : l’itinéraire d’une expression

Iris Viloux, doctorante au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisciplinaire sur les Médias (CARISM), Université Paris-Panthéon-Assas

Paradoxe de notre époque : ces dernières décennies, l’expression « urgence climatique » s’est démocratisée, mais l’injonction à agir qu’elle contient n’est pas advenue.
Texte intégral (2928 mots)
Tag « Urgence Climatique » en marge de la manifestation du 1er mai 2022 Paola Breizh/Flickr, CC BY

Dans un de ses derniers reportages, Enquête exclusive, une des émissions les plus populaires de la télévision française, proposait aux téléspectateurs le sujet suivant : « Urgence climatique : quand la jeunesse se radicalise ». L’émission promettait de présenter les modes de mobilisation des militants écologistes contemporains :

« Ils bloquent des autoroutes, aspergent de soupe des œuvres d’art ou crèvent les pneus des véhicules 4x4. Ces militants écologistes d’un nouveau genre sont prêts à tout pour faire entendre leur voix face à ce qu’ils appellent l’inaction climatique ».

« L’inaction climatique » – sous-entendue, des pouvoirs publics – est attribuée ici au discours des militants, permettant à la chaîne de maintenir l’idée à distance. « L’urgence climatique » est, en revanche, présentée comme une évidence, qui n’a pas besoin d’être attribuée à un locuteur quelconque. Elle fonctionne comme un référent social : l’équipe de journalistes part du principe que tout le monde comprend ce que cela signifie et adhère à cette idée.

Pourtant, l’« urgence climatique » n’est pas le « réchauffement », le « changement » ou le « dérèglement climatique », l’expression dépasse la simple description du phénomène : l’idée de l’urgence donne à l’expression une valeur performative. Plus concrètement, parler d’urgence climatique c’est postuler l’urgence à agir.


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Comment l’expression s’est-elle démocratisée ? Que dit-elle de notre rapport à l’action environnementale ? Invoquer sans cesse « l’urgence climatique » a-t-il permis le passage à l’action présupposé par l’expression ?

Pour répondre à ces questions, je me suis intéressée à la circulation de l’expression dans les médias, les discours militants et politiques. Et en particulier à à ses premières apparitions dans la presse française : j’ai donc analysé les 150 articles parus entre la fin des années 1990 et 2008 qui comportaient « urgence climatique ». Cela permet d’identifier les premiers énonciateurs du terme, ainsi que les transformations de sens et les appropriations subis par l’expression à mesure de sa circulation.

Ce cadrage du problème climatique comme une urgence est tout sauf anodin. Il ne s’est pas imposé naturellement dans le débat public et résulte en fait d’un travail mené par des groupes d’acteurs afin d’obtenir des réponses de la part des pouvoirs publics.

Une expression d’abord consacrée aux épisodes météorologiques extrêmes

L’urgence climatique apparaît pour la première fois dans la presse française en 1997. Avant qu’elle ne s’intègre durablement au discours public dès 2019, ses usages demeurent rares, à l’exception de quelques pics d’apparitions discontinus (2009, 2015, 2018), tributaires de contextes particuliers.

Avant 2006, ses usages, exceptionnels, sont pour la plupart réservés à des épisodes météorologiques extrêmes, caractéristiques du traitement médiatique des questions environnementales sans mise en perspectives des causes de ces dérèglements.

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En juillet 2003 par exemple, un article de Libération sur les pertes subies par les éleveurs à cause de la canicule mentionne « l’urgence climatique prise en compte par le ministre de l’Agriculture en nommant un « monsieur Sécheresse » en la personne de Pierre Portet, ingénieur général de l’agriculture ». L’urgence climatique due à la sécheresse estivale anormale est ici circonstancielle et localisée.


À lire aussi : « Catastrophes » et « naturelles » : deux mots qui vont si mal ensemble


Un usage pour se démarquer et se positionner

Elle est également utilisée, dans quelques rares cas, pour désigner l’urgence du changement climatique par des personnalités publiques et des partis politiques. Ces derniers ne sont pas exclusivement étiquetés écologistes ou appartenant à l’opposition. On peut notamment citer le parti Génération Écologie, puis Greenpeace en 2005, Al Gore, WWF, le Réseau Action Climat et France Nature Environnement en 2006, mais aussi le ministre de la Recherche de Chirac en 2001.

Dès ces premiers usages pourtant épars, l’expression remplit des fonctions idéologiques et stratégiques : elle permet à ceux qui l’emploient de se distinguer et de se positionner.

Ainsi, lorsque le ministre de la Recherche de Jacques Chirac, Roger-Gérard Schwartzenberg, l’utilise pour se féliciter du lancement d’un satellite en 2001, c’est une manière de s’inscrire dans la stratégie présidentielle de l’auteur du célèbre : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », Chirac étant le premier président à faire de l’écologie un sujet de politiques publiques.

D’autre part, c’est aussi une façon de justifier le programme de recherche qu’il parraine et dans lequel s’inscrit le lancement de ce satellite de surveillance des océans. Évoquer l’urgence climatique lui permet de cadrer un problème à la fois localisé et relié au changement climatique, auquel le programme répond. Dans un des articles reprenant les communiqués du ministre, « l’urgence climatique » perd ensuite ses marques de citation, attribuant par défaut l’expression au journaliste. Un indice que l’expression commence déjà à s’intégrer dans le discours général.

Se positionner sur l’urgence est aussi un enjeu pour les écologistes d’opposition. En campagne en 2006, France Gamerre, présidente de Génération Écologie, associe l’expression à l’urgence énergétique dans une interview reprenant les termes du débat « urgence politique, urgence climatique et urgence santé » organisé par son parti en août 2005. De quoi lier les enjeux économiques et environnementaux, mais aussi extraire l’écologie d’un positionnement bourgeois. Cette rhétorique lui permet de se présenter comme une candidate différente.

Elle est suivie, quelques mois après, par sa concurrente la plus proche, Dominique Voynet, pour les Verts. Elle ajoute ce sujet à sa campagne en évoquant l’urgence dans un discours au Conseil national des Verts en mars, puis en meeting et dans une interview télé en avril, illustrant la rapidité des phénomènes de mise à l’agenda en période électorale.

En 2007 le thème intègre durablement le discours des Verts, en témoigne notamment une lettre ouverte, parue dans Libération en juin et signée par de nombreux cadres du parti, qui déclare :

« Nous avons besoin de vous pour mettre les Verts français à la hauteur des enjeux de l’urgence écologique ».

Les ONG s’en emparent pour politiser l’urgence

Pour les ONG, actrices majeures de la publicisation de l’expression – c’est-à-dire, le fait de la porter à la connaissance du public –, celle-ci constitue un outil de politisation.

En 2005, dans sa campagne contre l’implantation du réacteur ITER à Cadarache dans les Bouches-du-Rhône, Greenpeace mobilise l’urgence climatique pour décentrer la critique.

Plutôt que de porter seulement sur le choix du site, elle porte désormais plus globalement de la politique du gouvernement en matière de lutte contre le changement climatique. L’expression est très efficace, puisqu’elle oppose la temporalité longue d’une technologie en phase de test et la situation de danger imminent appelant une réaction immédiate.

Puis d’autres organisations du climat (Agir pour l’Environnement, France Nature Environnement, Réseau Action Climat et le WWF en 2007), l’utilisent à leur tour. En juin 2007, elles lancent la campagne « Urgence climatique chauffe qui peut ! » réclamant la réglementation des émissions de CO2 des voitures.

Outre les ONG, quelques personnalités publiques se font lanceuses d’alerte sur le climat et entrepreneuses de la cause de l’urgence. Al Gore et sa vérité qui dérange contribuent à la publicisation de l’urgence, préférant cependant l’expression « planetary emergency » que l’on traduit par « urgence planétaire ».

En France, Nicolas Hulot, alors animateur populaire d’Ushuaïa Nature alerte sur « l’urgence écologique » dans une lettre ouverte au Président en 2006, puis dans son pacte écologique de janvier 2007.

« Face à l’urgence climatique, les discours ne suffisent pas » conclut cette vidéo promotionnelle de Greenpeace France.

Quand l’urgence climatique devient mainstream

Mais l’intensification des usages de l’expression en 2007 doit bien davantage à l’implication des journalistes, qui jouent un rôle central de prescripteurs de l’information. Le contexte était celui d’une actualité environnementale intense (sortie du rapport du GIEC, G8 et ses contre mobilisations, Grenelle de l’environnement, attribution du prix Nobel de la paix à Al Gore et au GIEC…).

Dans bien des cas cependant, l’expression est soit une citation implicite, soit une attribution à des locuteurs qui ne l’ont pas vraiment utilisée. Un article de Ouest France prête, à tort, par exemple, à Angela Merkel l’usage de l’expression dans son discours de préparation au G8 de 2007 devant le Bundestag en écrivant :

« Alors que la chancelière allemande Angela Merkel veut faire de ce sommet […] un “signal fort sur l’urgence climatique” […] »

Elle n’évoque en fait qu’un « signal important » (« ganz wichtiges Signal ») et « les questions mondiales urgentes de notre époque », (« die drängende globale Fragen unserer Zeit ») dont la protection du climat fait partie.

Ce désordre dans les citations révèle l’intégration de l’expression au langage commun, parachevée par les journalistes. Dès lors que sa paternité n’est plus un enjeu, c’est que l’expression a gagné un caractère consensuel.

L’urgence climatique s’installe, en parallèle, dans le discours des politiques au pouvoir. La conférence de Paris, puis le Grenelle de l’environnement en 2007, ont un poids non négligeable dans la mise en circulation de l’expression. Elle représente toujours un enjeu de positionnement pour les politiques.

Cela apparaît de manière particulièrement claire dans les travaux de préparation du Grenelle à l’hémicycle. Pendant un débat à l’Assemblée Nationale en octobre, la notion circule d’une prise de parole à l’autre, chaque député de groupes politiques différents essayant d’imposer sa définition et s’en réclamant.

La notion d’urgence est finalement entérinée par le premier article de la loi Grenelle 1 en 2009, sous la forme imposée par Nicolas Hulot avec son pacte de 2007 et reprise par Nicolas Sarkozy : « l’urgence écologique ».

Une expression au succès ambivalent

Circulant entre le discours des organisations du climat, ceux des politiciens et des journalistes, l’expression fait la preuve de son intertextualité. Elle illustre la manière dont les discours se nourrissent les uns les autres. Employée simultanément par une variété d’acteurs poursuivant des buts différents, elle pénètre plus facilement dans le langage courant. Mais elle échappe de fait à un marquage idéologique clair et donne lieu à une dispersion qui contribue à l’appauvrir, quitte à faire rimer banalisation avec dépolitisation.

Le paradoxe de l’expression se dessine alors : tandis que l’abondance de ses apparitions témoigne de sa médiagénie, c’est-à-dire la compétence d’un objet médiatique à circuler dans l’espace social, sa persistance dans les discours, près de quinze ans après ses premières apparitions, souligne sa faiblesse performative.

Beaucoup utilisée par les mouvements écologistes contemporains, car considérée comme en accord avec la science et mobilisatrice, son usage n’est pas exempt de dangers, d’après les militants. Certains estiment son inefficacité due à son ancienneté :

« C’est vrai que ça fait dix ans qu’on parle d’urgence » constatait une militante écologiste avec qui j’ai pu conduire un entretien.

D’autres soulignent l’angoisse et la démobilisation qu’elle peut susciter. Ainsi que le risque d’appropriation par des ennemis politiques, ce qui montre qu’elle demeure un enjeu de positionnement malgré sa banalisation.

L’expression témoigne également de l’entrée de la question des temporalités dans les discours écolos militants, avec la collapsologie notamment. Mais elle masque les inégalités profondes devant le droit à l’avenir : l’urgence n’est pas la même pour tout le monde.

En fin de compte, l’expression « urgence climatique » semble avoir échoué, pour l’instant, à transformer de manière significative l’action publique : l’enjeu écologique résiste décidément à la performativité du langage. On ne peut d’ailleurs que déplorer l’absence d’engagements assortis aux déclarations d’État d’urgence climatique.

Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, ne cesse de recourir à des formules de plus en plus alarmistes dans l’espoir de provoquer un sursaut. Il déclarait en septembre 2023 :

« l’humanité a ouvert les portes de l’enfer » en ne voulant pas se détourner de son addiction aux énergies fossiles.

De leur côté, certains collectifs militants, à l’instar de Dernière Rénovation optent pour la rhétorique du compte à rebours : on se souvient de l’action d’Alizée, militante du collectif qui s’était attachée au filet du court de tennis de Roland-Garros en 2022. Son t-shirt affichait en anglais « il nous reste 1028 jours ».

Les formules rivalisent pour dénoncer les responsables, nous exhorter collectivement et obliger nos dirigeants à agir à la hauteur de l’imminence du désastre, mais sans trouver de répondant.


À lire aussi : COP28 : les négociations climatiques sont-elles entrées dans l'ère du pur spectacle ?


The Conversation

Iris Viloux a obtenu un contrat doctoral pour réaliser sa thèse en sciences de l'information et de la communication au sein de l'Université Paris II Panthéon-Assas.

18.04.2024 à 11:21

Climat : derrière les objectifs chiffrés, une édulcoration des connaissances scientifiques ?

Marc Delepouve, Chercheur associé au CNAM, Docteur en épistémologie, histoire des sciences et des techniques, Conservatoire national des arts et métiers (CNAM)

Traduire les rapports du GIEC en objectifs chiffrés puis en politiques climatiques, une gageure ? Cet exercice délicat peut conduire à la sous-estimation de certains risques climatiques.
Texte intégral (2694 mots)
Certains phénomènes imprévisibles, durs à quantifier, menacent les objectifs chiffrés laborieusement fixés par les politiques climatiques.

Grâce au travail du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), les gouvernements n’ont eu d’autre choix que de prendre au sérieux le changement climatique et ses conséquences. Leurs décisions s’appuient ainsi sur les rapports du groupe d’experts, qui évaluent l’état des lieux des savoirs scientifiques et tracent plusieurs scénarios d’évolution future du climat.

Pour autant, ces décisions du monde politique répondent-elles fidèlement à l’ampleur du risque climatique ? Dans ma thèse, j’ai étudié les travaux du GIEC et leur utilisation par le monde politique.

J’en ai tiré une conclusion : les politiques climatiques reposent sur une simplification extrême du savoir scientifique, réduite à quelques chiffres. Et c’est dangereux, car cela va de pair avec une sous-estimation des risques.


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La difficile traduction des évaluations scientifiques en objectifs chiffrés

La COP26, tenue en 2021, s’est conclue par le Pacte de Glasgow où, pour la première fois, un accord politique international s’appuyait sur de tels chiffres. Cet accord portait sur :

  • l’objectif d’une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 45 % en 2030 par rapport à 2010,

  • et sur l’objectif de neutralité carbone en 2050 (c’est-à-dire, des émissions nettes de CO2 nulles, autrement dit la compensation des émissions anthropiques de CO2 par une captation d’un montant équivalent).

Ces deux objectifs devenaient, dès lors, la référence adoptée par les politiques au plan international en vue de ne pas dépasser un réchauffement de 1,5 °C en 2100 par rapport à l’époque préindustrielle. Le pacte de Glasgow complétait ainsi l’accord de Paris qui avait introduit l’objectif de 1,5 °C, aux côtés de celui de 2 °C, déjà introduit en 2009 lors de la COP15 tenue à Copenhague.


À lire aussi : À quoi servent les COP ? Une brève histoire de la négociation climatique


Deux ans plus tard, la COP28, tenue à Dubaï, reprenait dans sa conclusion l’accent mis à Glasgow sur l’objectif 1,5 °C, et en faisait la mise à jour sous la forme de trois objectifs chiffrés :

  • « réduire les émissions de gaz à effet de serre de 43 % entre 2019 et 2030 […] »

  • « […] de 60 % entre 2019 et 2035 […] »

  • « […] et parvenir à des émissions nettes de dioxyde de carbone nulles d’ici à 2050 ».

Les deux objectifs politiques de réduction d’émission de CO2 de Glasgow trouvent leur source dans le rapport spécial sur un réchauffement de 1,5 °C publié en octobre 2018 par le GIEC. Les trois objectifs de Dubaï, quant à eux, trouvent leur source dans le 6ᵉ rapport d’évaluation du GIEC, dont les différentes parties ont été publiées entre 2021 et 2023.

Toutefois, une lecture de ces rapports du GIEC permet de constater que ces objectifs ne sont qu’une libre traduction politique de scénarios climatiques de ces rapports. Comprendre : ils n’en sont nullement une traduction scientifique.

Le problème de cette traduction politique, c’est qu’elle omet de prendre en considération que les modélisations climatiques utilisées pour établir ces scénarios laissent de côté des phénomènes potentiellement amplificateurs du réchauffement climatique.

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Des « bombes climatiques » qui ajoutent à l’imprévisibilité

Parmi ces phénomènes, trois ont particulièrement attiré mon attention, car ils présentent le risque d’aggraver le changement climatique. Ce sont :

Chacun de ces trois phénomènes est susceptible d’émettre massivement du méthane et du CO2 dans l’atmosphère. Chacun d’entre eux pourrait ainsi devenir la cause d’une accélération du réchauffement climatique, laquelle viendrait en retour intensifier ces phénomènes et leurs émissions de gaz à effet de serre, d’où une accélération supplémentaire du réchauffement. Il existe ici un risque réel de boucles de rétroactions positives – autrement dit, de cercles vicieux.

Dans ma thèse, j’ai montré pourquoi dès le XXIe siècle ces trois phénomènes pris dans leur ensemble, qui plus est combinés avec d’autres phénomènes non pris en compte par les scénarios, présentent le risque d’enclencher un emballement climatique. Pourtant, ces trois phénomènes sont totalement ignorés lors de l’élaboration des scénarios du GIEC. Cela en raison de leur haut niveau d’imprévisibilité et de la difficile quantification de leurs futures émissions de gaz à effet de serre (GES).

Le bouleversement en cours de la vie dans les mers et océans est particulièrement éclairant. Il pourrait avoir des conséquences importantes sur le climat, car le rôle du vivant marin est majeur sur la composition de l’atmosphère et en particulier pour réguler la composition en CO₂ de l’air. Les mers et océans subissent en effet de plein fouet le réchauffement climatique ainsi qu’un ensemble d’autres perturbations anthropiques, comme l’acidification. La combinaison de ces perturbations crée un environnement du vivant marin inédit, si bien que ce dernier entre en zone inconnue. Son évolution d’ici à la fin du XXIe siècle est largement incertaine et présente le risque d’occasionner un surplus important de GES dans l’atmosphère.


À lire aussi : Éliminer le CO₂ grâce au puits de carbone océanique, une bonne idée ?


La quantophrénie, ou les limites de la quantification

Pourquoi le politique néglige-t-il ces éléments ? D’abord en raison de la méthode de décision par consensus entre les États. Mais aussi, d’après moi, en raison d’un biais quantophrénique. La quantophrénie est un biais de la pensée aujourd’hui très présent au sein des sociétés humaines, en particulier chez les décideurs politiques et économiques, mais aussi chez de nombreux scientifiques.

Ce terme trouve son origine dans « Fads And Foibles In Modern Sociology And Related Sciences ». Cet ouvrage, publié en 1956, a pour auteur le sociologue Pitrim Sorokin, fondateur du département de sociologie de l’Université de Harvard.

J’ai opéré un élargissement de son usage hors des Sciences humaines et sociales (SHS), et l’ai définie comme :

« la tendance à limiter les représentations des phénomènes ou objets aux seules représentations quantifiées, à nourrir les processus de décision politique de ces seules représentations quantifiées, et à largement utiliser des critères quantitatifs comme outils de la mise en œuvre et de l’évaluation des politiques publiques et du travail ».

Cette tendance, qui se déploie au détriment des formes de savoir non quantifié, a été documentée par de nombreux spécialistes. Quelques exemples, de façon non exhaustive :

  • Ida Hoos démontrait en 1979 que les modèles quantifiés utilisés pour évaluer des technologies ne prenaient pas en considération les implications institutionnelles, sociales et sociétales, et n’étaient pas fiables pour évaluer l’avenir incertain.

  • En 1993, Alain Desrosières exposait le développement de l’usage des outils statistiques et probabilistes au cours de l’histoire moderne.

  • En 2008, Wendy Nelson Espeland et Mitchell Nelson observaient les conséquences politiques, sociales et culturelles de la quantification des phénomènes sociaux.

  • En 2011, j’ai publié un ouvrage (2011) qui s’intéressait aux conséquences de la quantophrénie en termes de déshumanisation des rapports sociaux, de rapports de domination et d’absence de prise en compte de l’imprévisible.

  • En 2015, Alain Supiot explorait l’usage des nombres dans la gouvernance des populations, laquelle se substitue au gouvernement et fait surgir des liens d’allégeance oligarchique.

  • Plus récemment en 2019 et 2020, David Demortain explorait la quantification de l’action publique et Olivier Martin dressait une histoire de la quantification, de ses usages et de ses implications sur les sociétés humaines, de la préhistoire à nos jours, du comptage du bétail à l’algorithmique.

Le « reste causal » pour penser l’imprévisible

En effet, toute quantification repose sur un ou plusieurs aspects d’un phénomène ou objet étudié. Elle laisse donc sur le côté les aspects non pris en compte. C’est pourquoi j’ai introduit dès ma thèse la notion de reste associé à une quantification. Puis je l’ai déclinée en une notion de « reste causal », que j’ai appliquée aux scénarios du GIEC. Ce « reste causal », associé à un scénario chiffré d’évolution future d’un phénomène donné, regroupe l’ensemble des phénomènes qui influenceront ou pourraient influencer cette évolution, mais qui ne sont pas pris en compte par le scénario.

Il est à noter que la mission du GIEC est d’évaluer la littérature scientifique disponible. Ainsi, les scénarios dits « du GIEC » ne sont pas élaborés par le GIEC, mais par des institutions de recherche. Le reste causal associé résulte de contraintes méthodologiques.

Dans le cas de ces scénarios, le reste causal contient un certain nombre de phénomènes identifiés scientifiquement, imprévisibles dans leur ampleur et leur temporalité, porteurs du risque d’une amplification du réchauffement dont les dommages pourraient être graves et irréversibles. Parmi ces phénomènes se trouvent les trois sources naturelles de gaz à effet de serre présentées plus haut.

Ce que cela signifie pour les politiques climatiques

Les objectifs politiques des COP26 et 28 constituent des avancées notables du consensus de l’ensemble des nations. Ces objectifs sont chiffrés, ce qui n’est guère surprenant dans le contexte de quantophrénie particulièrement prégnant dans le champ politique. Toutefois, ils reposent sur une quantification qui ne prend pas en considération un reste causal chargé d’imprévisibilité, non quantifiable et porteur d’une menace majeure.

Une politique d’atténuation du changement climatique au plus proche de l’ensemble des connaissances scientifiques disponibles doit prendre en considération les phénomènes du reste causal associé aux scénarios du GIEC. Par conséquent, une telle politique doit viser des objectifs de réduction des émissions de GES plus ambitieux que ceux de la COP28. De plus, elle doit assurer une protection des mers et océans et, au plus vite, réduire les perturbations anthropiques de ces derniers.

Prioriser l’action sur les points les plus imprévisibles, tout en prenant en compte les scénarios climatiques publiés par le GIEC, ce sont les conditions nécessaires pour réduire au maximum le risque d’un emballement climatique, dont les dommages pour l’humanité seraient irréversibles et d’une extrême gravité.

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