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Le Grand Continent - Groupe d'Etudes Géopolitiques

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08.09.2026 à 18:10

En Israël, l’étau se referme-t-il autour de Netanyahou ?

Marin Saillofest

Le Premier ministre israélien fait face à des révélations pointant son inaction en amont de l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023.

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Texte intégral (906 mots)

Selon des informations obtenues par le quotidien israélien Haaretz, Benyamin Netanyahou aurait été averti par le président émirati Mohammed bin Zayed dix jours avant l’attaque du 7 octobre 2023 que le Hamas, alors dirigé par Yahya Sinwar, préparait une opération majeure contre Israël : un « zilzal » (« tremblement de terre », en arabe) 1.

Ces révélations, réfutées dans la foulée par le bureau de Netanyahou, pourraient considérablement nuire au Likoud lors des prochaines élections.

  • Le parti du Premier ministre israélien perd du terrain dans les sondages depuis le lancement du parti Yashar par l’ancien chef d’état-major des armées, Gadi Eisenkot.
  • Si les élections avaient lieu aujourd’hui, la coalition actuellement au pouvoir ne dépasserait pas 51 sièges (contre 68 actuellement), soit 10 de moins que les 61 nécessaires pour conserver la majorité à la Knesset.

Alors qu’il peine à convaincre ses partenaires de coalition d’extrême droite – notamment le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, à la tête du parti Force juive (Otzma Yehudit) – de fusionner leurs forces à moins de deux mois des élections, prévues le 27 octobre, Netanyahou est également de plus en plus isolé diplomatiquement 2.

  • Aujourd’hui, mardi 8 septembre, 12 pays – dont la France, le Royaume-Uni et le Canada – ont annoncé mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les Territoires palestiniens occupés.
  • Les données recueillies par l’ONG Peace Now montrent que le nombre d’avant-postes, des implantations illégales créées par de petits groupes de colons, a considérablement accéléré depuis l’attaque du 7 octobre 2023.

Samedi 5 septembre, alors qu’il se trouvait dans la ville de Turmus Ayya, en Cisjordanie, où plusieurs citoyens américains d’origine palestinienne ont été pris pour cible par des colons israéliens, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a qualifié les auteurs de ces violences de « terroristes » 3.

  • La pression exercée par Washington, l’allié le plus proche d’Israël, a conduit Netanyahou à ordonner le démantèlement d’une centaine d’avant-postes illégaux installés en Cisjordanie par des colons.
  • Bezalel Smotrich, le ministre d’extrême droite des Finances à la tête du Parti sioniste religieux, s’est opposé à cette décision, ayant lui-même dirigé durant sa jeunesse un groupe de lutte contre le démantèlement des colonies dans la bande de Gaza 4.

Trump n’a pas encore apporté son soutien à son allié israélien pour les élections.

  • L’enlisement du conflit en Iran a conduit à une divergence des intérêts des deux pays, notamment vis-à-vis de Téhéran mais aussi du Liban et de Gaza.
  • Netanyahou s’était opposé en août au plan de Trump pour la reconstruction de l’enclave, refusant de retirer l’armée « tant que le Hamas n’aura pas été véritablement désarmé ».

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08.09.2026 à 15:31

Doctrine du nouvel homme fort du Vietnam

Louis Puel

À Hanoi, Tô Lâm est en train de produire un nouveau mélange entre capitalisme et communisme

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Texte intégral (4487 mots)

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Peu après avoir pris ses fonctions de secrétaire général du Parti communiste vietnamien en juillet 2024, le général Tô Lâm a proclamé « une nouvelle ère de prospérité nationale ». Il s’est engagé à porter la croissance économique du pays à un taux à deux chiffres d’ici 2030, contre 8 % actuellement. Plus marquant encore, il a rapidement traduit ces déclarations en mesures concrètes, promettant d’ouvrir une nouvelle voie pour le Vietnam, fidèle à sa propre formule : « Le temps ne nous attend pas. »

Ses premières décisions ont visé la simplification du système administratif et politique du pays. Plusieurs ministères ont ainsi été supprimés ou fusionnés. Toutes les administrations de district ont également été supprimées et leurs fonctionnaires transférés au niveau provincial, affectés au niveau communal ou encouragés à prendre leur retraite. Alors que les régions sont traditionnellement le point d’appui des factions au sein du Parti, les soixante-trois unités provinciales et de niveau provincial ont été regroupées en trente-quatre nouvelles entités, soit une réduction de près de la moitié, en l’espace de quelques mois seulement. 

Rompant avec son prédécesseur, Tô Lâm a appelé à faire du secteur privé le principal moteur de l’économie. Il a autorisé le lancement de projets d’infrastructures de grande envergure, tels que le train à grande vitesse et les centrales nucléaires, dont certains ont été attribués à quelques conglomérats privés bien introduits politiquement.

Il s’est également montré très actif en matière de politique étrangère et a visité une vingtaine de pays au cours des deux dernières années. Sous sa direction, le Vietnam a porté ses relations diplomatiques avec plusieurs pays au plus haut niveau possible. Le pays semble se porter à merveille sur le plan économique et malgré les droits de douane imposés par Trump, son excédent commercial avec les États-Unis a continué d’augmenter.

Qui est le général Tô Lâm ?

The Economist décrit Tô Lâm comme « un dur, un capitaliste et un hédoniste » 5. Ces mots sont peut-être justes, mais bien d’autres aspects du personnage nous échappent. Né en 1957 dans la province de Hưng Yên, au Nord-Vietnam communiste, à une époque où le pays était encore divisé en deux, il a atteint l’âge adulte en 1975, lorsque la guerre entre le Nord et le Sud s’est achevée par la victoire du Nord communiste.

Le père de Tô Lâm, le colonel Tô Quyền, était un agent des services de sécurité qui a passé la majeure partie de ces années de guerre au Sud-Vietnam, loin de sa famille restée au Nord, afin de soutenir la révolution communiste. Il deviendra plus tard directeur du département pénitentiaire au sein du ministère de l’Intérieur (ancêtre de l’actuel ministère de la Sécurité publique), supervisant le vaste système carcéral qui s’étendait jusque dans les zones les plus reculées du pays.

Formé à l’École de sécurité publique dans sa jeunesse, Tô Lâm a passé toute sa carrière au sein de l’appareil de sécurité, accédant au grade de général de division à 50 ans, puis à celui de ministre à 58 ans. Les origines familiales constituent un facteur majeur d’avancement professionnel pour les responsables vietnamiens, et il ne fait pas exception. On sait peu de choses sur sa vie privée, comme c’est d’ailleurs traditionnellement le cas pour les dirigeants du pays. Bien qu’il soit au pouvoir depuis des décennies, le Parti communiste continue d’agir dans le secret, comme à l’époque où il n’était encore qu’un groupe de révolutionnaires clandestins. Dans le même temps, le régime prône le collectivisme et considère l’individualisme comme un mal dont souffrent les sociétés capitalistes bourgeoises et décadentes. Les fonctionnaires ambitieux doivent apprendre à se taire et à feindre l’humilité, sous peine de ne jamais parvenir au sommet.

Tô Lâm a pourtant mené une vie plus haute en couleur que la plupart de ses pairs : il a divorcé de sa première épouse après avoir eu deux enfants, puis s’est remarié, chose presque inédite chez les responsables de sa génération. Sa deuxième épouse, Ngô Phương Ly, est de treize ans sa cadette et fille d’un artiste et d’une actrice. Elle a suivi une formation en peinture, a travaillé comme animatrice de télévision et est devenue la plus jeune première dame du Vietnam communiste. On sait par ailleurs qu’il est un passionné collectionneur d’antiquités. 

En tant que ministre de la Sécurité publique, il a piloté la construction, en 2023, du somptueux et ultramoderne opéra Ho Guom, situé dans le centre-ville de Hanoï. On ignore si Ngô Phương Ly, a exercé une quelconque influence, mais ce haut lieu supposé de l’art est géré conjointement par le ministère et la municipalité et servira probablement à mettre en valeur des « arts » parrainés par l’appareil de sécurité ou, à tout le moins, adaptés à ses goûts.

Un autre épisode, moins connu, s’est produit en 2017, également sous sa supervision : l’installation du buste de Félix Dzerjinski, surnommé « Félix de fer », dans son alma mater (rebaptisée depuis Académie populaire des services de sécurité). Dzerjinski, proche camarade de Lénine, avait fondé et dirigé la Tchéka (prédécesseur du KGB) et joué un rôle clef dans la création des premiers camps de concentration qui deviendront plus tard le Goulag. 

Peut-on être à la fois capitaliste et admirateur de Dzerjinski ?

Pour y répondre, il faut examiner les tendances politiques, sociales et économiques du Vietnam depuis le début des réformes de marché, il y a plus de trois décennies. Les contradictions que l’on observe chez Tô Lâm épousent en effet assez bien ces évolutions.

D’une crise grave à une réforme timide

Le modèle soviétique, que le Vietnam communiste a fidèlement suivi jusqu’au milieu des années 1980, a provoqué une grave crise économique et fait peser la menace d’une famine massive. C’est alors qu’une jeune génération de dirigeants s’est inspirée, à partir de 1986, des réformes de Gorbatchev en Union soviétique et mis en place un programme économique de « renouveau » (Đổi Mới). Mais après avoir assisté à l’effondrement des États communistes d’Europe de l’Est en 1989, puis à celui de l’URSS en 1991, les dirigeants vietnamiens se sont surtout tournés vers le modèle chinois, privilégiant les réformes économiques sans réformes politiques.

Ils ont libéralisé les prix et autorisé les activités commerciales et les entreprises privées, abandonné les coopératives agricoles qui avaient condamné les agriculteurs vietnamiens à la faim chronique pendant des décennies, ouvert le pays au commerce et aux investissements, autorisé les Vietnamiens à voyager à l’étranger et les membres de la diaspora à revenir au pays.

Toutefois, le gouvernement a conservé la propriété publique des terres et le contrôle des principaux secteurs économiques. Il n’autorise ni presse indépendante ni organisations privées, qu’elles soient sociales, culturelles ou politiques. À mesure que l’économie se libéralisait, l’État – y compris sa Constitution, ses lois et ses institutions clefs telles que l’armée et la police – s’est doté des technologies les plus modernes pour contrôler la société. Le Vietnam peut paraître capitaliste vu de l’extérieur, mais il reste communiste dans son fonctionnement interne.

Plus de trois décennies se sont écoulées depuis cette période de crise et le pays s’est considérablement transformé. Il n’est plus l’État pauvre et démuni qu’il était. Chaque année, les investisseurs étrangers injectent des dizaines de milliards de dollars dans l’économie et emploient des millions de travailleurs locaux. L’amélioration du niveau de vie a permis l’émergence d’une classe moyenne urbaine et d’une société civile naissante, qui s’est développée sous une étroite surveillance policière.

Le président du Myanmar, Min Aung Hlaing et Tô Lâm à Hanoï le 5 septembre 2026.

La valeur annuelle des exportations vietnamiennes équivaut désormais au produit intérieur brut annuel. Outre les ressources naturelles et les produits agricoles, l’industrie manufacturière représente une part importante de ces exportations, créant l’illusion que le pays s’industrialise rapidement et qu’il deviendra bientôt lui aussi « un tigre » asiatique. En réalité, les exportations manufacturières du pays reposent sur une main-d’œuvre peu qualifiée qui se contente essentiellement d’assembler des produits dont les composants sont pour la plupart fabriqués à l’étranger, dans des pays tels que la Chine, la Corée du Sud et Taïwan. Cette situation positionne le Vietnam dans la chaîne de valeur mondiale comme un centre de production à faible valeur ajoutée. Tô Lâm a publiquement déploré cet état de fait et ses politiques visant à accélérer la croissance économique par une plus grande centralisation du pouvoir semblent refléter son désir d’imiter la Chine de Xi Jinping.

L’ère des hommes forts

Pour comprendre le général Tô Lâm, il faut revenir un peu en arrière. Depuis les années 1990, le gouvernement tolère les sociétés privées, mais, à l’exception de quelques-unes bénéficiant d’un soutien ou d’un lien politique, il accorde la priorité aux entreprises d’État, qui sont les symboles des « orientations socialistes » du pays. Après de longs débats internes, le Parti a autorisé ses membres à diriger des entreprises à but lucratif, une activité jugée autrefois « exploiteuse ». Comme l’État reste propriétaire de toutes les terres, dont la valeur ne cesse de croître, les membres du Parti et leurs familles ont utilisé leurs relations politiques pour obtenir des droits d’utilisation foncière pour des sommes dérisoires. Une fois ces terrains aménagés, ils ont pu réaliser d’énormes profits. Les relations politiques étant lucratives, les fonctions au sein du gouvernement et du Parti sont devenues des marchandises, souvent achetées et vendues pour des montants allant de quelques milliers à plusieurs millions de dollars chacune. La corruption a atteint tous les niveaux du gouvernement, lui enlevant une grande partie de sa légitimité. Si les dirigeants vietnamiens partagent le désir de monopoliser le pouvoir et de perpétuer le régime du Parti communiste, un système parallèle de réseaux personnels rivaux s’est développé, fondé sur le pouvoir et la richesse, qui se livrent une concurrence acharnée pour occuper des postes clefs au sein de ce Parti-État.

C’est dans ce contexte que Nguyễn Phú Trọng s’est imposé au milieu des années 2010 comme un idéologue désireux de purifier le Parti. Il avait progressivement renforcé le pouvoir central et lancé une campagne anticorruption inspirée de celle menée par Xi Jinping en Chine, surnommée la « fournaise ardente » (đốt lò). Pour démasquer les fonctionnaires corrompus, il devait s’appuyer sur le ministère de la Sécurité publique, qui dispose de l’autorité et des moyens nécessaires pour enquêter et engager des poursuites. 

Sous la direction de Tô Lâm, le ministère de la Sécurité publique est donc devenu l’une des institutions les plus puissantes du Vietnam, que seul le ministère de la Défense pouvait concurrencer. Il était chargé de superviser les polices communales et les forces auxiliaires de sécurité de base. Doté de cadres en partie conseillés et formés par la Stasi est-allemande pendant la guerre froide, il employait des millions de personnes, du niveau villageois au niveau national, non seulement des agents en uniforme, mais aussi des agents infiltrés qui opéraient dans les écoles, les institutions religieuses, les milieux artistiques, les ONG et les communautés de la diaspora à travers le monde.

Dans la vie politique vietnamienne, il est de notoriété publique que la plupart des fonctionnaires entretiennent des liens étroits avec certaines entreprises « privées », souvent, mais pas toujours, dirigées par des proches. Ces sociétés tirent parti de ces relations pour obtenir facilement des terrains dans des emplacements de choix, des prêts généreux auprès des banques d’État, des licences d’exploitation commerciale et des contrats lucratifs avec le gouvernement. En contrepartie, elles fournissent des fonds aux fonctionnaires, non seulement pour financer leurs somptueuses villas et les frais de scolarité élevés de leurs enfants à l’étranger, mais aussi pour offrir des cadeaux luxueux à leurs supérieurs lorsque leur promotion à des postes plus élevés est à l’étude. Les fonctionnaires se gardent certes de rendre ces liens publics, mais les entreprises, elles, doivent les afficher auprès de leurs partenaires pour obtenir un traitement de faveur : ces relations sont donc des « secrets de polichinelle ». Il était donc aisé pour Tô Lâm, s’il le souhaitait, de recueillir discrètement des informations sur les personnes qu’il voulait cibler et de les divulguer au moment opportun. Parallèlement, il pouvait en savoir plus sur ses rivaux politiques qu’ils n’en savaient sur lui. 

Un homme au bon endroit au bon moment

Le général Tô Lâm s’est donc retrouvé au bon endroit au bon moment et s’est révélé un auxiliaire précieux dans la répression menée par Trọng. Les arrestations, y compris de militants agissant dans le strict respect de la loi, ont semé la terreur au sein de la société civile.

La campagne anticorruption de Trọng a permis, en l’espace d’une décennie, de démettre des milliers de cadres haut placés du Parti, dont plusieurs membres en exercice du Politburo. Pour appréhender Trinh Xuan Thanh, un dirigeant corrompu de l’entreprise pétrolière d’État PetroVietnam qui s’était enfui en Allemagne et y avait demandé l’asile, Tô Lâm a organisé une mission secrète qui a abouti à son enlèvement spectaculaire dans un parc berlinois, puis à son rapatriement au Vietnam via la Tchéquie et la Slovaquie.

Malgré ses déclarations selon lesquelles aucun fonctionnaire corrompu ne serait épargné, Trọng n’a poursuivi que ceux dont il voulait se défaire, et non les membres de son propre réseau. En tant que chef de l’appareil de sécurité, l’institution gouvernementale la plus corrompue du pays, Tô Lâm était loin d’être irréprochable. Bien qu’aucune preuve de corruption le concernant n’ait encore été rendue publique, il s’est fait remarquer dans une vidéo devenue virale où le célèbre chef Salt Bae lui sert, dans un restaurant de luxe londonien, un morceau de bœuf recouvert de feuille d’or.

C’est peut-être cette vidéo qui a valu à Tô Lâm le surnom d’« hédoniste ». Cela n’a toutefois pas mis fin à sa carrière. Alors que la santé de Trọng se détériorait rapidement en 2023, Tô Lâm a lancé une offensive contre des membres haut placés du Politburo, dont certains figuraient parmi les potentiels successeurs. Au cours des six premiers mois de 2024 il a réussi à écarter cinq membres du Politburo.

On pourrait presque imaginer une scène semblable à celles de l’époque impériale au Vietnam ou en Chine, lorsqu’un usurpateur bloquait l’accès au palais et falsifiait le testament d’un empereur mourant pour s’emparer du trône. Lorsque Trọng est décédé en juillet, Tô Lâm était en effet le premier dans l’ordre de succession.

Plus de pouvoir pour un seul homme

L’ascension au pouvoir du général Tô Lâm était non seulement inattendue, mais aussi sans précédent. Il est en effet le premier général de police, à la tête de l’appareil de sécurité, à occuper le poste le plus élevé au sein du Parti. Contrairement à ce qu’exige le règlement officiel du Parti pour ce poste, son expérience professionnelle se limitait à un seul ministère central. S’il n’a pu mener à bien cette manœuvre sans la collaboration d’autres dirigeants clefs, il semble avoir pris de vitesse ses principaux rivaux.

Pourtant, il ne s’est pas arrêté là dans sa quête d’un pouvoir personnel accru. Après avoir brièvement occupé la présidence de la République entre mai et octobre 2024, il l’avait cédée au général Lương Cường, respectant ainsi la règle non écrite qui réserve les deux plus hautes fonctions à deux personnes différentes, garantissant ainsi la direction collective. Le temps d’asseoir son autorité sur le Parti, réélu secrétaire général par le 14e congrès en janvier 2026, il a été élu président en avril, pour le mandat 2026-2031. En cumulant durablement ces deux fonctions, Tô Lâm est devenu le dirigeant du Parti le plus puissant depuis son fondateur, Hô Chi Minh. 

La question de savoir si un seul homme devait occuper à la fois les fonctions de secrétaire du Parti et de président de l’État faisait l’objet de débats depuis un certain temps au sein de la direction du Parti, et peut se justifier au nom de l’efficacité et de l’efficience. Les dirigeants vietnamiens s’inspirent d’ailleurs de la Chine, où Xi Jinping occupe ces deux fonctions. Cependant, les mesures prises par Tô Lâm pour placer ses hommes de confiance, issus de l’appareil de sécurité ou de sa province natale de Hưng Yên, ne manqueront pas de susciter du ressentiment. On en recense pas moins d’une douzaine – uniquement des hommes – au sein de diverses administrations de l’État et du Parti, ainsi que dans de nombreuses provinces du pays.

Qu’en est-il de la « nouvelle ère » ?

Les hommes politiques aiment faire des promesses qu’ils ne tiendront peut-être pas. Mais dans le cas du Vietnam, les responsables communistes n’ont pas besoin de faire campagne pour obtenir le soutien des électeurs et ne font généralement aucune promesse. 

Si Tô Lâm en fait exception, c’est peut-être en raison des circonstances exceptionnelles qui ont entouré son accession au pouvoir. Le déficit de légitimité aurait été trop flagrant sans quelques promesses exceptionnelles. Dans le même temps, promettre une nouvelle ère de forte croissance économique visait sans doute à obtenir l’assentiment des élites politiques quant à la concentration de son pouvoir personnel et à ses politiques radicales, telles que la rationalisation administrative. 

Pourtant, Tô Lâm et le régime prennent des risques très considérables. En réprimant la société civile, les dirigeants vietnamiens ont étouffé les aspirations démocratiques qui auraient pu voir le jour pacifiquement, comme en Corée du Sud ou à Taïwan. À présent qu’elles ne peuvent plus s’exprimer pacifiquement, ces aspirations pourraient déboucher sur des confrontations violentes. 

Sur le plan économique, le Vietnam n’a tout simplement pas la capacité d’enregistrer une croissance à deux chiffres sans nourrir l’inflation et l’endettement. Lorsque des projets coûteux sont confiés à quelques conglomérats privés dépourvus d’expertise et d’expérience, il est difficile d’éviter une corruption massive, de longs retards, des dépassements de coûts colossaux et une dette publique énorme. La concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme fait également peser un risque considérable sur la succession au sein du régime. Âgé aujourd’hui de près de soixante-dix ans, le général ne restera peut-être pas en fonction plus d’une décennie. 

Le Parti communiste vietnamien fêtera son centenaire en 2030. Le général Tô Lâm lui aura-t-il apporté un renouveau, ou n’aura-t-il fait qu’accélérer son effondrement ?

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08.09.2026 à 15:22

Convaincu du soutien de Trump, Milei veut réactiver le dossier des Malouines à l’approche des élections

Marin Saillofest

Le président américain a déclaré fin août que la position de Washington vis-à-vis de l’archipel était en cours de réexamen.

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Texte intégral (909 mots)

Le gouvernement de Javier Milei a annoncé hier, lundi 7 septembre, qu’il allait déposer une plainte pénale contre l’entreprise pétrolière israélienne Navitas, plusieurs de ses filiales et cadres supérieurs, en raison de sa participation dans un projet pétrolier offshore au large des îles Malouines, un territoire britannique dont la souveraineté est revendiquée par Buenos Aires.

  • Jeudi dernier, Milei avait menacé lors d’une allocution télévisée de sanctionner les entreprises impliquées dans le projet « Sea Lion ».
  • Il avait notamment déclaré que « toute avancée sur les îles Malouines sera considérée comme une atteinte à la sécurité nationale », et annoncé de nouveaux financements pour la construction d’une base militaire en Terre de Feu.

Le secrétaire à la Défense britannique, Wes Streeting, avait affirmé sur les réseaux sociaux « l’engagement absolu et inébranlable » de Londres vis-à-vis de l’archipel, dont la population avait voté à 99,8 % en 2013 pour conserver le statut de territoire d’outre-mer du Royaume-Uni 6.

  • Les travaux de développement des infrastructures pour soutenir le projet Sea Lion ont débuté il y a déjà plusieurs mois sur les îles Malouines.
  • Les forages des puits doivent quant à eux commencer l’an prochain, avec un début de production attendu dès 2028 qui devrait atteindre sa pleine capacité en 2032.

Les poursuites intentées par Buenos Aires font suite à des propos de Donald Trump, qui a déclaré fin août que la position des États-Unis sur les îles Malouines était en cours de réexamen 7. Washington veut notamment se servir du dossier pour faire pression sur le Royaume-Uni, accusé de ne pas suffisamment dépenser pour sa défense et de ne pas avoir assez soutenu la guerre américaine contre l’Iran.

Le virage nationaliste de Milei vis-à-vis des Malouines est lié à sa politique intérieure 8.

  • La popularité du président argentin est en baisse depuis un an : son taux d’approbation est passé de 44 % en juillet 2025 à 37 % cet été, selon le dernier sondage Latam Pulse d’AtlasIntel.
  • Milei est actuellement au coude à coude dans les sondages pour la prochaine élection présidentielle, qui aura lieu en octobre 2027, avec le candidat péroniste Axel Kicillof.
  • Ce dernier avait infligé le premier revers électoral de Milei en septembre 2025 lors des élections dans la province de Buenos Aires, la plus grande région du pays.

La revendication de la souveraineté sur les Malouines est très populaire en Argentine.

  • Des références aux Malouines figurent sur les banderoles des supporters de l’équipe nationale de football et dans les chants des supporters.
  • Lors de la Coupe du monde, en juillet, l’équipe d’Argentine avait célébré sa victoire contre l’Angleterre en brandissant une banderole portant l’inscription : « Les Malouines sont argentines ».

Milei avait relégué la question de l’archipel au second plan suite à son arrivée au pouvoir, fin 2023, notamment au profit de sa relation avec Washington. La détérioration des liens entre le Royaume-Uni et les États-Unis depuis le retour au pouvoir de Trump semble créer une fenêtre d’opportunité, qui dépendra toutefois du soutien réel apporté ou non par la Maison-Blanche.

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